Enseignante H.
Belalite Géochimie des enveloppes superficielles
La géochimie
1. Définitions
La géochimie s'occupe de l'étude de la répartition des éléments chimiques (et de leurs
isotopes), et des lois de leur comportement chimique dans les constituants de la Terre et du
Système solaire. Elle comporte l'étude des roches et des sédiments qui constituent la Terre
solide, les météorites et matériaux extra-terrestres, ainsi que les fluides des océans, des mers,
des eaux souterraines et de l'atmosphère. La géochimie s'occupe donc de l'étude du
mouvement ou flux des éléments chimiques à travers les solides et fluides de la Terre. En tant
que Science, cette branche de la géologie comporte aussi bien un aspect fondamental
qu'appliqué. Certains géochimistes étudient les matériaux terrestres pour comprendre le
fonctionnement du système Terre et les principes qui régissent ce système. La géochimie a
ainsi contribué d'une manière remarquable à la compréhension de divers processus tels que la
convection mantellique, la formation des planètes ou l'origine des roches magmatiques telles
que les granites et basaltes.
D'autres géochimistes utilisent les principes et méthodes de la géochimie à des fins appliqués,
par exemple pour la recherche des substances minérales et énergétiques, ou pour la
décontamination des sols et des eaux pollués.
2. Les différentes branches de la géochimie
Les principales branches de la géochimie sont les suivantes :
2.1. La géochimie isotopique : discipline fondée sur la mesure et l'interprétation des
compositions isotopiques des éléments chimiques constituant les divers milieux naturels.
2.2. Cosmochimie : Etude de la répartition, de l'origine et de l'histoire des éléments dans
l'Univers, et dans le Système solaire en particulier.
2.3. Biogéochimie : Etude du rôle des systèmes biologiques sur les conditions physico-
chimiques régnant à la surface de notre planète.
2.4. Géochimie organique : a pour but de reconstituer les caractères de la matière biologique
fossile et son origine, à déterminer les processus de diagenèse de celle-ci. Elle est en grande
partie axée sur la genèse des hydrocarbures.
2.5. Géochimie des eaux : elle traite de l'abondance absolue et relative des éléments et des
isotopes dans l'eau, ainsi que de l'évolution de leur concentration en fonction des conditions
physico-chimiques rencontrées par l'eau pendant son cycle ou son emmagasinement.
2.6. Géochimie environnementale : utilise les données de la géochimie pour l'étude de
l'environnement.
2.7. Géochimie appliquée (ou prospection géochimique) : utilise les données de la
géochimie fondamentale pour découvrir, recenser et estimer les ressources minérales.
2.8. Géochimie marine : Etude des principes qui régissent la répartition des éléments,
isotopes et composants et les lois de leur comportement chimique dans le milieu marin.
3. Classification géochimique des éléments (rappelle)
Dans le processus de condensation à l’origine des minéraux constitutifs des météorites,
comment se sont répartis « distribués » disent les géochimistes – les différents éléments
constituant « l’abondance cosmique » ? V.M. Goldschmidt (1888-1947), fondateur de la
géochimie, a eu l’idée de répondre à cette question en analysant les trois grands types de
minéraux existant dans les chondrites: les silicates, le sulfure et le métal. Il a classé les
éléments en fonction de leur affinité (le suffixe –phile signifiant « qui aime ») pour ces trois
types de phases en éléments sidérophiles (sideros = fer), chalcophiles (chalcos = cuivre) et
lithophiles (lithos = pierre), auxquels s’ajoutent les éléments atmophiles (atmos = air)
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Tableau 1 : Classification géochimique des éléments
Lithophiles Siderophiles Chalcophiles Atmophiles
Na , K , Si , Al Ti , Fe , Co , Ni , Pt , Re , Cu ,Ag , Zn , pb , S O , N , H , les gaz
Mg Ca Os rares
En fait, on sait depuis Mendeleïev que ces regroupements traduisent les propriétés de la
structure électronique des atomes, laquelle détermine le type de liaison que l’atome
affectionnera. Les lithophiles donneront des liaisons ioniques (caractère électronégatif), les
chalcophiles des liaisons covalentes, les sidérophiles des liaisons métalliques.
4. Composition chimique de la croûte
La composition chimique de la croûte terrestre (Fig.1) est la résultante des processus
complexes qui se sont déroulés pendant la différenciation primitive et qui ont modifié la
composition chondritique. On peut très schématiquement justifier le résultat final en faisant
appel à la classification géochimique des éléments. Les éléments sidérophiles et chalcophiles
sont largement déprimés car ils sont concentrés dans le coeur. Les éléments les plus
lithophiles sont au contraire concentrés dans la croûte, en particulier l’uranium U et le thorium
Th. A l’examen de la composition de la croûte, on peut faire les remarques suivantes sur la
composition du monde qui nous entoure :
1. une douzaine d’éléments seulement dépassent le % : ce sont les éléments majeurs pour la
plupart de faible numéro atomique (Tableau 2) ;
2. l’élément le plus abondant est l’oxygène, surtout si on calcule la composition en % en
volume (Tableau 2) ; nous marchons en fait sur un matelas d’atomes d’oxygène reliés entre
eux par d’autres atomes ;
3. l’élément second est le silicium Si : nous sommes donc dans un monde dominé par les
silicates ;
4. les autres éléments sont inférieurs à 0,1% (éléments mineurs) ou en trace (ppm – part par
million ; ppb – part par milliard) ; certains de ces éléments, comme par exemple le plomb Pb
et le zinc Zn, forment des minéraux PbS et ZnS qui peuvent localement être concentrés en
amas ou en veines et devenir des minerais, c’est-à-dire des substances que l’homme trouve un
intérêt à exploiter ;
5. les éléments de la mine du platine (Ru, Rh, Pd, Os, Ir, Pt) et Au sont en très faible
concentration (<10-6 %). Cela s’explique par leur caractère fortement sidérophile. Ils ont été
concentrés dans le cœur de la Terre lors de la différentiation primitive. Leurs minéraux sont
rares et donc chers !
6. le caractère lithophile de U et Th se confirme avec des teneurs comprises entre 10-2 et 10-4
%.
Tableau 2 : Les éléments les plus communs dans la croute terrestre
Poids % Volume %
O 46,60 62,55
Si 27,72 21,22
Al 8,13 6,47
Fe 5,00 1,92
Mg 2,09 1,84
Ca 3,63 1,94
Na 2,83 2,64
K 2,59 1,42
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5. Origine et évolution de la croûte continentale
La croûte continentale est le stade le plus avancé de la différenciation du globe en
enveloppes concentriques. Son évolution est complexe depuis 4 Ga comme en témoigne son
hétérogénéité latérale et verticale en composition chimique, minéralogie et lithologie. Elle est
principalement créée dans les arcs magmatiques qui se localisent le long des zones de
subduction. À la surface de la croûte, ce magmatisme est représenté par des arcs volcaniques,
édifices qui s’allongent sur des milliers de kilomètres, telle la ceinture de feu du Pacifique.
6. Les processus pétrologiques
Il s’agit de la fusion partielle (FP), de la différenciation magmatique, de la
contamination par assimilation ou par mélange magmatique. Ces différents processus sont à
l’origine de roches magmatiques contrastées que l’on qualifie de roches ultrabasiques (=
péridotite), basiques (basalte, gabbro), intermédiaires (granodiorite, andésite) et acides
(granite, rhyolite). Les adjectifs basique et acide n’ont pas la signification que leur donnent les
chimistes, mais se référent à la teneur en silice.
Figure 1 : Schéma simplifié des principaux processus pétrologiques à l’origine des différentes
roches magmatiques que l’on classe en fonction de leur acidité - basicité.
6.1. La fusion partielle
Elle est à l’origine du magma que l’on qualifie de primitif. La fusion est toujours
partielle et le taux (ou %) de fusion partielle, pour produire un magma en quantité suffisante
pour pouvoir migrer vers la surface, est variable en fonction de la roche source. En règle
générale, la fusion partielle d’une roche d’une « catégorie » produit un magma plus acide de
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la « catégorie » suivante : la fusion partielle d’une roche ultrabasique produit un magma
basique, celle d’une roche basique produit un magma intermédiaire et celle d’une roche
intermédiaire, un magma acide. Il n’est pas possible de « sauter » une étape et de produire, par
exemple, un magma intermédiaire à partir de la fusion partielle d’une péridotite du manteau.
Le % minimum de FP susceptible de produire un magma en quantité suffisante pour que
celui-ci puisse migrer est contrôlé par la perméabilité de la roche et la viscosité du magma
produit. Ainsi un très faible taux de FP d’une péridotite produit une toute petite quantité de
magma (de composition intermédiaire) mais qui ne peut pas se séparer de la roche source. Le
% maximum possible de FP est contrôlé par la nature de la roche et la chaleur disponible dans
le globe.
6.2. La différenciation magmatique
Le magma primitif peut subir une différenciation magmatique produisant des cumulats
et des magmas résiduels dont la composition devient de plus en plus acide. Le processus peut
produire tout ou une partie de la succession des roches UB-B-I-A. En simplifiant, les premiers
minéraux qui cristallisent sont très riches en éléments Fe-Mg et s’accumulent, formant les
cumulats. Le magma résiduel devient plus acide et peut être extrait de la chambre magmatique
et produit des roches de plus en plus acides au fur à mesure que le processus de
différenciation magmatique se poursuit.
6.3. La contamination
Le magma peut être contaminé par son environnement. Cette contamination peut se
produire par assimilation de roches encaissantes au contact ou roches arrachées et incorporées
dans le magma. Elle peut se faire également par mélange de magmas.
7. Réservoirs géochimiques
7.1. Les roches ignées ou endogènes (basalte, granite, gabbro, …) sont issues de processus
magmatiques, la fusion partielle et la cristallisation fractionnée.
7.2. Les roches sédimentaires (pélite, calcaire, grès, …) se forment avec l’accumulation de
particules détritiques et biologiques ou par précipitation chimique majoritairement au fond des
océans mais également à la surface des continents.
7.3. Les roches métamorphiques (schiste, marbre, gneiss, …) résultent de la transformation
des deux types de roches précédentes. Il s’agit d'une « recuisson » à haute température, sous
pression et en présence de fluides aqueux.
Sur la durée des temps géologiques, les conséquences sont:
1. Le manteau montre un enrichissement en éléments réfractaires (Mg et Cr), et un
appauvrissement en éléments fusibles (Na, K, Al, Ca, et Si). Le manteau est un réservoir à
caractère résiduel.
2. La croûte continentale montre un enrichissement en éléments fusibles ou volatils, présents
dans les feldspaths, le quartz et les minéraux micacés.
3. Les océans sont enrichis en cations solubles (Na, K, Ca) et en anions solubles (Cl, SO4).
4. Les roches sédimentaires détritiques concentrent les éléments insolubles et fusibles (Si,
Fe et Al) représentés par le quartz et les minéraux argileux.
Fractionnement et équilibre géochimiques
Les causes de la différenciation des principaux réservoirs terrestres sont :
- les réajustements thermodynamiques et cinétiques (chaleur et flux)
- la radioactivité naturelle
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Le système Rb-Sr
Le strontium (symbole : Sr) possède de nombreux isotopes (Z = 38 et 73 < A < 105 ; M=
87,62). Seuls 4 sont stables dans la nature (84Sr, 86Sr, 87Sr et 88Sr), les autres isotopes ont
des demie-vies très courtes et ont donc des abondances dans la nature négligeables. Le 87Sr
provient pour partie de la désintégration β- du 87Rb.
Le rubidium (Rb) possède de nombreux isotopes (Z = 37 et 71 < A < 101 ; M= 85,4678).
Seuls 1 est stable dans la nature (85Rb), et 1 possède une demie-vie très longue (87Rb). Les
autres isotopes ont des demie-vie très courtes et ont des abondances dans la nature
négligeables. Le 87Rb est radiogénique et se désintègre en 87Sr par radioactivité β-.
Dans le cas du couple 87Rb-87Sr, l’équation (5) devient:
Pour permettre la résolution de cette équation dans un système naturel, Chaque terme est
normalisé au nucléide stable 86Sr.
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1. Géochimie du Rb et du Sr
[Link] strontium appartient au groupe des alcalino-terreuses (deuxième colonnes) tout
comme le calcium et le barium. Sr et Ca ont le même comportement et le Sr intégrera
donc les minéraux calciques tels que les plagioclases, l’apatite, le sphène, les pyroxènes
calciques et les amphiboles calciques en milieu endogène et la calcite, le gypse, la baritine
etc. en milieu exogène.
[Link] rubidium appartient à la première colonne de la classification périodique des
éléments, c’est un alcalin tout comme le potassium et le sodium. En milieu magmatique,
le Rb sera donc incompatible tout comme le potassium et le substituera lors de la
formation de minéraux potassiques tels que les feldspaths alcalins et les micas.
D’une manière générale, le rubidium et le strontium sont enrichis dans les matériaux crustaux
plutôt que dans les matériaux mantelliques. Les roches granitiques présentent des rapports
Rb/Sr importants alors que les roches mafiques présentent des rapports Rb/Sr faibles limitant
alors l’utilisation de la méthode.
Au cours d'un processus de cristallisation fractionnée (donnant un corps granitique par
exemple), il existera des variations importantes de concentration en strontium et en rubidium
au sein des différents termes de la séquence lithologique. Les différences de comportement
entre ces deux éléments se traduiront à leur tour par des variations importantes du rapport
Rb/Sr et ainsi du rapport 87Rb/86Sr. Les premières lithologies issues de la cristallisation
fractionnée sont plus calciques et donc plus riches en Sr, alors que dans les derniers liquides et
les minéraux qui se formeront à partir de ces liquides, la concentration en Sr diminue et la
concentration en Rb augmente tout comme celle du potassium. Dans l’exemple suivant, la
roche 1 de composition granodioritique est plus riche en calcium et plus pauvre en potassium
que la roche 2 monzogranitique et que la roche 3 granitique. Les rapports Rb/Sr (et bien
entendu 87Rb/86Sr) seront plus élevés dans les roches granitiques que granodioritiques.
Exemple schématique de la répartition du strontium et du rubidium au sein d’une intrusion
granitique en fonction des différentes lithologies. Trois roches co-génétiques présentent des
rapports 87Sr/86Sr initiaux identiques pour des rapports 87Rb/86Sr différents.