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Droit Commercial et Sociétés OHADA

Ce document présente un cours sur le droit commercial général et le droit des sociétés commerciales. Il contient des informations sur les principaux acteurs de la vie commerciale comme le commerçant et l'entreprenant, ainsi que sur les biens du commerçant. Le document comprend également une bibliographie.

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Droit Commercial et Sociétés OHADA

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Cours du Dr DJONGOUE Gérard Chargé de cours

DROIT COMMERCIAL GENERAL ET DES SOCIETES COMMERCIALES

Bibliographie indicative

Ouvrages

AKUETE SANTOS (P.) et YADO TOE (J.), OHADA, Droit commercial général, Coll. Droit
uniforme africain, Juriscope, 2002, 478 pp ; ANOUKAHA (F.), ABDOULLAH (C.), NDIAW
(D.), NGUEBOU TOUKAM (J.), POUGOUE (P.G.) et MOUSSA (S.), Sociétés
commerciales et GIE, Coll. Droit uniforme africain, éd. Bruylant, Bruxelles, 2002, 598 pp ;
ANOUKAHA (F.), NGUEBOU TOUKAM (J.), et POUGOUE (P.-G.), Le droit des sociétés
commerciales et du groupement d’intérêt OHADA, Coll. Droit uniforme africain, PUA, 1998,
630 pp ; MERLE (Ph.), Droit commercial. Sociétés commerciales, 19ème éd., Dalloz, 2016,
995 pp ; COZIAN (M.), VIANDIER (A.), DEBOISSY (Fl.), Droit des sociétés, 24ème éd ;
LexisNexis, 2011, 856 pp ; RIPERT (G.) et ROBLOT (R.), Traité de droit commercial, t. 1,
18ème éd., par GERMAIN (M.) et VOGEL (L.), LGDJ, 2001, 905 pp ; CONTANTIN (A.),
Droit des sociétés, 6ème éd., Dalloz, 2014, 415 pp ; MAGNIER (V.), Droit des sociétés, 7ème
éd., Dalloz, 2015, 466 pp.

Textes

Traité de l’OHADA signé à Port-Louis le 17 octobre 1993 ;

Acte uniforme du 15 décembre 2010 portant sur le droit commercial général ;

Acte uniforme du 30 janvier 2014 relatif au droit des sociétés commerciales et du GIE ;

Acte uniforme relatif aux procédures collectives d’apurement du passif;

Acte uniforme portant organisation de la comptabilité des entreprises ;

Loi camerounaise du 21 décembre 2015 régissant l’activité commerciale.

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PREMIERE PARTIE. DROIT COMMERCIAL GENERAL

Le droit commercial est une branche du droit privé dont l’objet est l’étude des règles
applicables aux opérations juridiques accomplies par les commerçants entre eux ou entre les
commerçants et leurs clients. Il convient ainsi d’étudier d’une part les acteurs de la vie
commerciale et, d’autre part, les biens du commerçant.

TITRE I. LES PRINCIPAUX ACTEURS DE LA VIE COMMERÇIALE

Deux principaux acteurs dominent la vie des affaires : le commerçant et l’entreprenant. L’Acte
uniforme organise minutieusement l’accès à la profession de commerçant et d’entreprenant et
prévoit les conséquences attachées à cette qualité.

CHAPITRE 1. LE COMMERÇANT ET L’ENTREPRENANT

Nous examinerons successivement la qualité de commerçant et celle de l’entreprenant.

Section 1. La qualité du commerçant

L’article 2 de l’Acte uniforme définit le commerçant comme toute personne qui fait
de l’accomplissement d’actes de commerce par nature sa profession. Ainsi, la qualité de
commerçant découle de l’accomplissement de manière professionnelle d’actes de commerce
par nature. Cet exercice doit être aussi indépendant. Nous envisagerons d’une part les critères
de détermination de la qualité de commerçant, et d’autre part, la preuve de cette qualité.

P 1. Les critères de détermination de la qualité de commerçant

Il s’agit de l’accomplissement d’actes de commerce par nature, de manière


professionnelle et à titre personnel.

A. L’accomplissement d’actes de commerce par nature

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L’acquisition de la qualité de commerçant est subordonnée à l’accomplissement d’actes


de commerce par nature. L’acte de commerce par nature se distingue des autres types d’actes
de commerce

1. L’acte de commerce par nature

On entend par acte de commerce par nature tout acte par lequel une personne
s’entremet dans la circulation des biens qu’elle produit ou achète ou par lequel elle fournit des
prestations et services avec l’intention de réaliser un bénéfice.

Sont rangés dans cette catégorie :

 L’achat des biens meubles et immeubles en vue de la revente. Toutefois, une revente
après achat n’est pas un acte de commerce si au moment de l’achat, il n’y a pas eu intention
directe de revente.
 Les opérations d’intermédiaires pour la location d’immeubles.
 Les opérations d’assurance, de transit, de banque, de bourse, de courtage et de
change.
 L’exploitation industrielle des ressources naturelles (carrières, eau minérale etc.…)
 Les opérations de télécommunications. (MTN, Orange, Camtel etc.).
 Les actes effectués par les sociétés commerciales.

2. Les autres types d’actes de commerce

- L’acte de commerce par la forme

Ce sont les actes réputés commerciaux quelle que soit la personne qui les accomplit.
On les appelle les actes de commerce objectifs. L’acte uniforme fait allusion à ce que l’on
appelle les effets de commerce. Dans son énumération, le législateur renvoie à la signature
d’une lettre de change, d’un billet à ordre et du warrant. (Cependant, il fait abstraction au
chèque qui, dans sa formulation obéit au régime de ces effets de commerce).

Par effet de commerce, on entend tout titre négociable qui donne droit au paiement
d’une somme d’argent à vue ou à échéance assez proche.

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La lettre de change est un écrit par lequel le tireur donne l’ordre à l’un de ses débiteurs
(tiré) de payer une certaine somme à une certaine date au bénéficiaire ou au porteur.

Le billet à ordre est un écrit par lequel une personne (souscripteur) s’engage à payer à
une époque déterminée une somme d’argent à un bénéficiaire ou au porteur.

Enfin, le warrant est un billet à ordre souscrit par un commerçant et garanti par les
marchandises disposées dans un magasin général qu’il s’engage à conserver chez lui.

- L’acte de commerce par accessoire

Il s’agit des actes accomplis par des personnes physiques ou des sociétés commerciales
à l’occasion ou pour les besoins de leur activité. De même, les opérations d’intermédiaires de
commerce entrent dans cette catégorie. Exemple : un commerçant qui achète un ordinateur
pour informatiser son entreprise ou un véhicule pour transporter ses marchandises.

- Les actes mixtes

Un acte de commerce est mixte lorsqu’il a le caractère d’acte de commerce pour le


commerçant et d’acte civil pour le non commerçant. C’est le cas d’une vente intervenue entre
un professionnel commerçant et un consommateur. Exemple : achat d’aliments, de place de
cinéma, de théâtre, etc.

C’est alors la qualité de la personne qui accomplit l’acte qui détermine le droit qui lui
est applicable (droit commercial ou droit civil). Les deux contractants ne sont pas soumis pour
un même contrat aux mêmes dispositions légales. En cas de litige, la compétence du tribunal
varie selon la qualité du défendeur.

Si le défendeur est la partie pour laquelle l’acte est commercial, alors le demandeur a le
choix entre la chambre civile et la chambre commerciale du TPI ou du TGI selon le montant
de sa demande. Si le défendeur est la partie pour laquelle l’acte est civil, le demandeur doit
obligatoirement saisir la chambre civile du TPI ou du TGI selon le montant de la demande.

Dans les deux cas, l’action est soumise à la prescription de 5 ans puisque l’article 16
de l’AUDCG précise que cette prescription a une portée générale et joue à l’égard de
toutes les obligations commerciales, qu’elles soient contractuelles ou extra contractuelles.

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NB : Pour la preuve de la conclusion des actes de commerce, l’article 5 de


l’AUDCG admet le principe de la liberté des preuves en précisant qu’ils peuvent être
prouvés par tout moyen même par voie électronique.

B. L’accomplissement à titre de profession

L’activité commerciale doit occuper l’essentiel du temps de celui qui l’exerce. Les actes
doivent être accomplis dans un cadre professionnel, c’est-à-dire que le commerçant doit
effectuer de manière habituelle les actes de commerce dans le but d’en tirer profit. Cela suppose
une constance et la répétition des actes. Par conséquent, celui qui exerce occasionnellement
des actes de commerce ne saurait acquérir la qualité de commerçant ; car il fait un acte de
commerce isolé.

C. L’accomplissement à titre personnel

Le commerçant agit d’une manière indépendante sans être subordonné à une autorité
supérieure. Il s’attribue les bénéfices obtenus de même qu’il assume les risques liés à son
activité. Cela exclut les commerciaux salariés bénéficiant ou non du statut de VRP
(Voyageurs représentants Placiers).

P 2. La preuve de la qualité de commerçant

En principe, pour établir la preuve de la qualité de commerçant, seul le critère posé par l’article
2 précité de l’AUDCG doit être retenu dans l’hypothèse d’un contentieux. Ainsi, ce qui
importe n’est pas la qualité que s’attribue usuellement l’intéressé. Celui-ci peut se déclarer
commerçant, alors qu’il n’est qu’un agriculteur qui vend sa propre production.

Section 2. La qualité de l’entreprenant

Aux termes de l’art 30 de l’AUDCG, l’entreprenant est un entrepreneur individuel, qui


exerce une activité professionnelle civile, commerciale, artisanale ou agricole et qui en fait la
déclaration au RCCM.

P 1. L’exercice d’une activité professionnelle

Tout comme le commerçant, l’entreprenant exerce une activité professionnelle, c'est-à-


dire de manière habituelle. Cela signifie que les actes accomplis doivent être répétés et fait

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dans le but de réaliser les bénéfices. Cette activité doit occuper l’essentiel de son temps, au
cas contraire, il ne saurait être considéré comme tel.

L’entreprenant doit exercer son activité de manière indépendante, c'est-à-dire en son


nom et pour son intérêt personnel. Par conséquent, il doit assurer seul les risques de son
exploitation. C’est en cela qu’il se distingue du salarié qui doit exécuter les ordres de son
employeur.

Les actes pouvant être accomplis par l’entreprenant sont de natures diverses. Il peut
s’agir d’actes de nature civile ou commerciale.

L’entreprenant peut aussi exercer les activités artisanales (fabrication et


commercialisation d’objets d’art, sculpture, vannerie...).

P 2. L’exigence d’un système minimal de trésorerie

Est entreprenant, celui qui exerce une activité dont le chiffre d’affaire annuel généré
pendant les deux derniers exercices successifs n’excède pas les seuils fixés par l’AUDCG sur
la comptabilité des entreprises. Ces seuils prévus par l’article 30 de l’AUDCG précité sont
fonction de la nature des activités. Ainsi, le seuil est de :

- 30 millions pour les entreprises de négoce


- 20 millions pour les entreprises artisanales et assimilées
- 10 millions pour les entreprises de service.

CHAPITRE 2. L’ACCES A LA PROFESSION DE COMMERÇANT ET


D’ENTREPRENANT

En principe, en vertu du principe de la liberté du commerce et de l’industrie, chacun


est libre d’exercer l’activité de son choix. Mais l’exercice de l’activité professionnelle est
parfois soumis à certaines exigences. Il existe différentes conditions à respecter pour devenir
commerçant ou entreprenant.

Section1. Les conditions d’accès à la profession de commerçant

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L’accès au statut suppose que la personne concernée ait la capacité juridique d’exercer
le commerce, qu’elle ne soit frappée d’aucune interdiction ou qu’elle ne soit sous le coup d’une
incompatibilité. Dans certains cas, il est nécessaire d’obtenir des autorisations ou agréments.

P 1. La capacité d’exercer le commerce

Le commerçant doit avoir la capacité commerciale. Nul ne peut accomplir les actes de
commerce à titre de profession habituelle s’il n’est juridiquement capable d’exercer le
commerce. Ainsi, les mineurs non émancipés et les majeurs incapables ne peuvent exercer le
commerce.

A. Le cas des majeurs incapables

L’Acte uniforme n’a prévu aucune disposition relative à leur statut. Selon les règles
prescrites par le droit civil en matière d’exercice d’une activité commerciale, les majeurs sous
curatelle (assistance) pourraient théoriquement exercer le commerce à condition d’être
continuellement assistés de leur curateur.

Par contre, le majeur qui est dans un état habituel d’imbécillité, de démence ou de folie
c’est- à- dire dont les facultés mentales sont altérées, ne peut exercer le commerce.

De même les majeurs dont la prodigalité, l’intempérance ou l’oisiveté les exposent à


tomber dans le besoin et à compromettre l’exécution de leurs obligations ne peuvent exercer le
commerce, car ils sont assimilés aux mineurs non émancipés. Il s’agit ainsi des majeurs sous
tutelle.

B. Le cas des mineurs non émancipés

Le mineur non émancipé ne saurait exercer l’activité commerciale par lui-même ou par
personne interposée, car il n’y a pas de représentation possible dans l’exercice d’une
profession. Le mineur non émancipé est donc inapte à exercer le commerce par lui-même ou
même par l’intermédiaire de son représentant légal. Ainsi, en cas du décès du père
(commerçant), les enfants mineurs (héritiers) sont obligés de faire vendre le fonds de commerce

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ou de le mettre en location gérance sauf s’il s’agit des sociétés de capitaux (où le mineur peut
avoir la qualité d’actionnaire).

Cependant, en vertu de l’article 7 alinéa 1er de l’AUDCG, le mineur émancipé peut


avoir la qualité de commerçant et effectuer des actes de commerce sans autres formalités.
L’émancipation est un fait qui, en principe, met fin à l’incapacité du mineur en l’affranchissant
de l’autorité parental et de la tutelle. Elle résulte de plein droit du mariage de l’enfant mineur
(article 476 du Code civil) ou d’une déclaration de son père ou de sa mère ou, à défaut, du
conseil de famille reçu par le juge de tutelle (article 477 du Code civil).

C. Le cas du conjoint du commerçant

L’article 7 alinéa 2 de l’AUDCG dispose que le conjoint du commerçant peut être


commerçant à condition d’accomplir les actes de commerce à titre de profession habituelle
et séparément de ceux de son époux.

P 2. Les incompatibilités

Les incompatibilités ont pour objet d’éviter le cumul d’une activité commerciale avec
une autre profession. Ainsi, conformément à l’article 9 de l’AUDCG, sont frappés
d’incompatibilités :

- les fonctionnaires et personnels des collectivités publiques et des entreprises à participation


publique ;

- les officiers ministériels et auxiliaires de la justice, avocats, huissiers, notaires, commissaires


priseurs, agents de change, greffiers, administrateurs et liquidateurs judiciaires ;

- les experts comptables agrées et comptables agrées, commissaires aux comptes et aux apports,
conseils juridiques, courtiers maritimes ;

- plus généralement, les membres de toute profession dont l’exercice fait l’objet d’un
règlement interdisant le cumul de cette activité avec l’exercice d’une profession commerciale.

P 3. Les interdictions et les déchéances

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Elles tendent à faire régner un minimum de moralité dans la vie des affaires en excluant
du corps des commerçants les personnes qui ont fait preuve d’indignité. Mais il faut distinguer
les interdictions des déchéances.

A. Les interdictions

Certaines interdictions sont générales et d’autres spéciales.

a) Les interdictions générales

Elles découlent de l’article 10 de l’AUDCG qui dispose que « nul ne peut exercer
une activité commerciale directement ou par personnes interposées s’il a fait l’objet :

- d’une interdiction générale, définitive ou temporaire, prononcée par une juridiction


de l’un des Etats parties, que cette juridiction l’ait prononcée comme peine principale ou
complémentaire.
- d’une interdiction prononcée par une juridiction professionnelle. Dans ce cas,
l’interdiction ne s’applique qu’à l’activité commerciale considérée ;
- d’une condamnation définitive à une privation de liberté pour un crime de droit
commun, ou une peine d’au moins 3 ans d’emprisonnement sans sursis pour un délit contre les
biens et une infraction en matière économique ou financière.
Les actes accomplis par l’interdit lui sont opposables et inopposables aux tiers de
bonne foi. L’interdit est passible de sanctions.

b) Les interdictions spéciales

Elles sont multiples et tirent leur origine dans la réglementation propre à certaines
activités professionnelles ou certaines infractions. Par exemple, l’Etat du Cameroun peut, aux
termes de l’article 7 de la loi du 10 août 1990 portant organisation de l’activité commerciale,
prendre des mesures de sauvegarde en faveur des industries locales menacées par la
concurrence internationale. Ces mesures de sauvegarde peuvent consister en des restrictions
aux importations de certains produits similaires à ceux fabriqués au Cameroun.

La violation de ces textes entraîne la fermeture de l’établissement pouvant aller


jusqu’aux peines privatives de liberté. De même, il est interdit sous peine d’emprisonnement

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de faire le commerce des stupéfiants, d’exploiter les tableaux ou images obscènes


(pornographiques et maison de tolérance).

B. Les déchéances

Sont déchues les personnes ayant fait l’objet de jugement prononçant la faillite ou celles
ayant commis les délits tels le vol, l’abus de confiance, l’usure, etc). En principe, la déchéance
est automatique dès le jugement de condamnation. Sa durée ne peut être supérieure à 5 ans, et
en cas de silence de la décision, la déchéance est perpétuelle sauf relèvement et réhabilitation.

P 4. Les autorisations

Certaines concernent à la fois les étrangers et les nationaux, d’autres sont spécifiques aux
étrangers.

A. Les autorisations applicables aux nationaux et aux étrangers

L’exercice de certains commerces est nécessairement soumis à l’autorisation préalable


qui prend la forme d’une licence ou d’un agrément quelconque. Il peut s’agir d’un diplôme
(exemple : pharmacien, exploitation du bois, des mines). L’autorisation est donnée par le
gouvernement ou par les autorités compétentes (gouverneur, préfet, maire, ministre, etc).
Certaines personnes sont obligées de se faire inscrire ou s’enregistrer sur une liste dressée par
une administration publique (assureurs, banquiers) ou par un organisme professionnel (par
exemple, l’inscription à l’ordre des avocats).

B. Les restrictions spécifiques aux étrangers

Il existe un principe et des exceptions.

1. Le principe

Pour valablement exercer le commerce sur le territoire camerounais, les étrangers


doivent disposer d’un agrément de l’autorité administrative compétente. En outre, ils doivent
disposer d’une carte de commerçant étranger qui est distincte de la carte de séjour.

2. Les exceptions

Certains étrangers n’ont pas besoin d’agrément pour exercer une activité commerciale
au Cameroun. Il s’agit :
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- des personnes physiques ayant la nationalité d’un pays avec lequel le Cameroun a
conclu des accords ou convention d’assimilation en matière commerciale (exemple : pays de
la CEMAC).
- toutes les sociétés commerciales comportant des capitaux étrangers dont le siège
social est situé au Cameroun et dont plus de la moitié du capital est détenue effectivement,
directement ou indirectement par des personnes physiques de nationalité camerounaise.

Section 2. Les conditions d’accès à la profession d’entreprenant

L’acquisition de la qualité d’entreprenant suppose la réunion des conditions de fond et


la déclaration de l’activité au RCCM.

P 1. Les conditions de fond

Elles sont au nombre de deux. Elles ont trait à la personne du postulant et à l’activité à
exploiter.

A. La personne du postulant

Il doit s’agir d’une personne physique ayant la capacité juridique et ne pas faire l’objet d’un
certain nombre de mesures visant à la protection de l’intérêt général.

1. Entreprenant : personne physique ou personne morale

L’individu intéressé par l’exploitation d’une activité économique sous le couvert de la qualité
d’entreprenant ne saurait être une personne morale. Seules des personnes physiques devraient
y postuler, avec en bonne place les femmes qui, selon les conclusions d’études récentes, sont
nombreuses à animer le secteur de l’économie informelle et de l’agriculture.

2. La capacité

Cette condition n’est pas prévue expressément par l’AUDCG. Elle se déduit de l’interprétation
des textes. Du fait de la nature civile ou commerciale de son activité, il est normal que
l’entreprenant ait la capacité juridique, car les règles de droit commercial et de droit civil

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exigent cette capacité pour la validité des actes conclus. A cet effet, il ne fait aucun doute que
l’entreprenant est soumis aux mêmes règles de capacité applicables au commerçant.

3. Les règles protectrices de l’intérêt général

Ces règles sont prévues de manière incidente par l’article 63 AUDCG qui fait mention
des pièces justificatives devant accompagner la déclaration au RCCM. Aucun individu, qu’il
soit commerçant ou non, ne peut avoir la qualité d’entreprenant s’il est frappé d’une
interdiction.

En outre, en fonction de l’activité exercée, une autorisation préalable peut être exigée
du futur entreprenant (article 63 al 5 AUDCG).

B. L’activité à exploiter

Ne peuvent accéder au statut d’entreprenant que ceux qui entendent exploiter une activité d’une
nature déterminée et d’une certaine envergure.
S’agissant de la nature des activités à déployer par le truchement de la casquette d’entreprenant,
l’Acte uniforme vise celles qui sont civiles, commerciales, artisanales et agricoles.

P 2. Les conditions de forme

La formalité la plus importante à accomplir est celle de la déclaration d’activité. À quel moment
est faite la déclaration d’activité ? Où doit-on l’accomplir ? Comment se fait-elle ? Quels en
sont les effets ?

Sur le premier point relatif à l’époque de la déclaration d’activité et conformément à l’article


62 alinéa 2 de l’AUDCG, l’entreprenant ne peut commencer son activité qu’après
réception de son numéro de déclaration d’activité.

Sur le second point relatif au lieu de la déclaration d’activité, elle se fait soit au greffe de la
juridiction compétente de l’endroit où l’entreprenant exercera, soit auprès de l’organe
qui, dans chaque État partie au traité OHADA, est désigné pour recevoir la déclaration
d’activité.

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La procédure de déclaration d’activité est la suivante :


- rendu auprès des autorités ayant compétence pour accueillir sa déclaration, le postulant
reçoit, sans frais, un formulaire à compléter qui renseigne sur son identité, son adresse,
son activité, son régime matrimonial en tant que de besoin (article 62 alinéa 1er
AUDCG).
- À l’appui de sa requête, il fournit un certain nombre de pièces justificatives quels que
soient leurs forme et support : extrait de son acte de naissance ou de tout document
justifiant de son identité ; extrait de son acte de mariage dans l’hypothèse où il est marié
; certificat de résidence ; autorisation lorsque l’activité à exploiter requiert
préalablement une habilitation sous la forme d’un diplôme ou d’un titre particulier ;
déclaration sur l’honneur contenant l’affirmation qu’il n’est pas atteint par une
interdiction, laquelle devrait être complétée dans un délai de soixante-quinze jours (75)
à compter de sa date par un extrait de casier judiciaire ou au moins par un document en
tenant lieu (article 63 AUDCG).

Dès réception du dossier et des pièces justificatives, le greffier ou l’autorité chargée de recevoir
la déclaration d’activité dans la circonscription où se trouve le postulant délivre un accusé
d’enregistrement mentionnant la date de la formalité satisfaite et le numéro octroyé.

CHAPITRE 3. LES CONSEQUENCES DE L’ACQUISITION DE LA QUALITE


DE COMMERÇANT ET D’ENTREPRENANT

Le commerçant et l’entreprenant sont soumis aux règles dérogatoires de droit commun.


L’acquisition de cette qualité entraîne des obligations spécifiques.

Section 1. La soumission aux règles dérogatoires de droit commun

Les règles dérogatoires applicables au commerçant et à l’entreprenant sont relatives à


la preuve, la prescription extinctive et la responsabilité indéfinie du commerçant.

P 1. La liberté de preuve

La preuve des actes des commerçant et entreprenant est libre. On dit alors que la preuve
se fait par tout moyen (article 5 et 65 AUDCG). Cette preuve peut se faire par écrit, témoignage,

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et même par voies électroniques. Contrairement au droit civil où l’écrit est exigé lorsque l’objet
du contrat est supérieur à 5 000 frs CFA, en matière commerciale, aucune formalité n’est
imposée aux cocontractants. Le contrat peut être verbal ou écrit.

Cette liberté de preuve vise à faciliter la conclusion et la réalisation des opérations


commerciales. Elle permet également de sécuriser les relations d’affaires, car la
disparition des documents ne devrait pas compromettre le paiement des créanciers.

P 2. La brièveté de la prescription

L’article 16 de l’AUDCG dispose que « les obligations nées à l’occasion de leur


commerce entre commerçants, ou entre commerçants et non commerçant, se prescrivent
par 5 ans si elle n’est pas soumises à une prescription plus courte ». Cette disposition
s’applique aussi aux entreprenants.

Cependant, il convient de noter que dans les relations entre commerçant et non
commerçant, le commerçant ne peut invoquer cette prescription à l’encontre du non
commerçant. Ce dernier est soumis à la prescription de trente (30) ans prévue en matière civile.

Section 2. Les obligations spécifiques du commerçant et de l’entreprenant

On distingue trois principales obligations : l’accomplissement des formalités de


publicité au RCCM, les obligations comptables et fiscales.

P 1. L’accomplissement des formalités de publicité au RCCM

Ces formalités de publicité consistent pour le commerçant à son immatriculation au


RCCM, et pour l’entreprenant, à la déclaration de son activité au RCCM.

A. L’immatriculation du commerçant au RCCM

Aux termes de l’article 44 de l’AUDCG, « tout commerçant doit s’immatriculer au


registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM) dans le mois qui suit le démarrage de son
activité ».

En tant que formalité obligatoire, l’immatriculation respecte une procédure légale, peut
subir des modifications et en cas de non respect, les contrevenants peuvent se voir radier de
RCCM.
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1. Les modalités de l’immatriculation

La demande d’immatriculation doit être adressée au greffier en chef du Tribunal de


Première Instance du lieu de situation du fonds de commerce. L’immatriculation confère par
présomption, la qualité de commerçant (article 59 AUDCG).

2. Les modifications des mentions du RCCM

Le commerçant doit procéder à l’inscription au RCCM de toutes les modifications


survenues dans sa situation personnelle ou dans celle de son exploitation.

3. La radiation du RCCM

La radiation de l’inscription du registre de commerce peut intervenir dans deux


hypothèses :

 la première, concerne le commerçant ayant déplacé son fonds de commerce et qui


doit demander sa radiation du RCCM dans le ressort du tribunal où il était initialement
immatriculé afin de pouvoir solliciter une nouvelle immatriculation dans la localité du transfert
du fonds de commerce.
 La deuxième concerne le commerçant ayant cessé ses activités et qui doit également
se faire radier du RCCM dans le délai d’un mois (article 55 AUDCG). On peut envisager le
décès comme cause de cessation et dans ce cas, la demande doit être faite par les ayants droit.
A défaut de la demande de radiation dans le délai visé, le greffier ou l’organe
compétent dans l’Etat partie peut se faire autoriser par la juridiction compétente ou de
l’autorité compétente dans l’Etat partie saisie à sa requête ou de tout intéressé.

4. Les effets de l’immatriculation

Toute personne immatriculée est présumée, sauf preuve contraire, avoir la qualité
de commerçant.

Les personnes assujetties à l’obligation d’immatriculation qui n’ont pas requis


celle-ci dans les délais prévus, ne peuvent se prévaloir de la qualité de commerçant. Elles
ne peuvent non plus se prévaloir de leur défaut d’immatriculation pour se soustraire aux
responsabilités et aux obligations qui incombent aux commerçants. De même, toute personne

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s’étant abstenue d’accomplir cette formalité ou qui l’aurait fait par fraude peut se voir
punir par la loi nationale ou par la loi spéciale prise par l’Etat partie.

B. Les effets de la déclaration de l’activité de l’entreprenant au RCCM

La personne physique qui satisfait aux obligations déclaratives prévues aux articles
62 à 64 de l’AUDCG est présumée avoir la qualité d’entreprenant.

La déclaration d’activité a un caractère personnel.

L’acquisition de cette qualité confère le bénéfice des règles de preuves, de


prescription et celles applicables au bail professionnel ci-dessus présentées.

Modifications et radiation des mentions déclaratives

L’entreprenant doit procéder à la déclaration au RCCM de toutes les modifications


intervenues dans sa situation personnelle ou celle de son activité. C’est le cas lorsqu’il y a
changement d’activité ou de son lieu d’exercice (article 65 AUDCG). Cette déclaration
modificative se fait au greffe de la juridiction ayant reçu la déclaration initiale.

La déclaration au RCCM prend fin par la radiation. Elle peut intervenir en cas de délocalisation,
cessation de l’activité, décès de l’entreprenant. Elle peut aussi intervenir en cas de découverte
d’un obstacle à l’exercice de l’activité menée.

P 2. Les obligations comptables

L’obligation de tenir une comptabilité est imposée au commerçant (article 13 AUDCG)


et à l’entreprenant (article 31 AUDCG). Ainsi, conformément à l’Acte Uniforme relatif au droit
comptable, « Toute entreprise en activité doit mettre en place une comptabilité destinée à
l’information externe comme à son propre usage ». Cette disposition fait donc de la tenue de
la comptabilité, une obligation pour le commerçant. Il convient donc de déterminer les
documents comptables prescrits par la loi, les règles relatives à leur tenue et à leur preuve.

A. Les documents comptables

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Selon l’article 13 AUDCG, tout commerçant, personne physique ou morale, doit tenir tous les
livres de commerce conformément aux dispositions de l’Acte uniforme relatif à l’organisation
et à l’harmonisation des comptabilités des entreprises. Il s’agit :

- du livre journal qui constitue la mémoire comptable de l’entreprise. Il enregistre


chronologiquement au jour, toutes les opérations commerciales effectuées par le
commerçant concerné ;

- du grand livre qui regroupe l’ensemble des comptes (mouvement de l’exercice


enregistré en comptabilité). Il comprend les différentes écritures du livre journal
reparties entre les différents comptes.

- de la balance générale des comptes qui est un état récapitulatif faisant apparaître à la
clôture de l’exercice pour chaque compte, le solde créditeur ou le solde débiteur au
début de l’exercice ; les mouvements créditeurs et débiteurs depuis le début de
l’exercice, le solde débiteur ou le solde créditeur à la période considérée. Les
différentes écritures du livre journal s’y trouvent, reparties entre les différents comptes.

- du livre d’inventaire qui regroupe les données de l’inventaire qui est un état descriptif
et estimatif de l’ensemble des divers éléments de l’actif et du passif.

S’agissant des comptes annuels, il s’agit des états financiers de synthèse encore appelés états
financiers annuels. C’est un ensemble de documents comptables élaborés par les commerçants
qui « forment un tout indissociable et décrivent de façon régulière et sincère les évènements,
opérations et situations de l’exercice pour donner une image fidèle du patrimoine, de la
situation financière et du résultat de l’entreprise ».

En ce qui concerne l’entreprenant, le législateur de l’OHADA a simplifié


l’obligation comptable de l’entreprenant. Il doit tenir dans le cadre de son activité au jour
le jour, un livre mentionnant chronologiquement l’origine et le montant de ses ressources. Il
doit dans cette opération distinguer les règlements en espèce des autres modes de règlement
d’une part, la destination et le montant de ses emplois d’autre part. Ledit livre doit être
conservé pendant cinq (05) ans.

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En outre, l’entreprenant qui exerce une activité de vente doit tenir un registre récapitulé
par année, présentant le détail des achats et précisant leur mode de règlement et les références
de pièces justificatives. Aussi, l’entreprenant est tenu de mentionner sur ses factures, bons de
commande, tarifs et documents ou correspondances professionnels, son numéro de déclaration
d’activité. Ce numéro est suivi de l’indication RCCM auprès duquel sa déclaration a été
effectuée, avec la mention « entreprenant dispensé d’immatriculation ».

B. Les règles de tenue des livres

Le livre journal et le livre inventaire doivent être sur des registres côtés et paraphés par
le président du tribunal de première instance. Ils doivent mentionner le numéro
d’immatriculation du RCCM. Surtout, ils doivent être tenus sans blanc, ni altération d’aucune
sorte.

Les livres doivent respecter les principes fondamentaux de régularité, de sincérité et de


fidélité, être écrits en langue française et en FCFA. La comptabilité doit aussi se caractériser
par la technique dite de la partie double : à gauche les entrées, et à droite les sorties.

P 3. Les obligations fiscales

Elles sont diverses :

A. L’acquisition du titre de patente et de la carte de contribuable pour le commerçant

Au cours du premier mois de l’exercice de son activité, tout commerçant doit au


préalable acquérir un titre de patente au près de l’administration fiscales. La délivrance du titre
de patente donne droit au paiement des frais dont le montant dépend du secteur d’activité et
du chiffre d’affaire envisagé.

Le commerçant doit aussi se faire établir une carte de contribuable pour chaque
exercice.

B. L’enregistrement du bail professionnel

La loi fiscale fait obligation à tout commerçant et entreprenant de procéder à


l’enregistrement de son contrat de bail. Cette formalité fait revêtir au contrat un caractère
authentique. L’opération implique des frais qui sont fonction du montant du loyer. Ils

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correspondent à 10 % du montant du loyer mensuel (sous réserve de la modification de la loi


de finance).

C. Le paiement périodique des impôts

L’acquisition de la qualité de commerçant et d’entreprenant induit automatiquement le


paiement régulier des impôts. Ces impôts sont généralement liés au chiffre d’affaire, à la nature
ou la forme de l’activité exercée. C’est le cas de la TVA ou de l’IRPP.

Les sanctions

Sur le plan commercial, la jurisprudence a admis que le commerçant qui cesse ses
paiements et ne peut présenter une comptabilité conforme aux usages de sa profession peut être
mis personnellement en faillite avec toutes les déchéances qui s’en suivent.

Sur le plan pénal, l’article 314 du Code pénal sanctionne la falsification des livres de
commerce d’une peine de 5 à 10 ans d’emprisonnement et d’une amende de 100 000 à 2
millions. En cas d’irrégularité ou d’absence de tenue des livres, l’article 332 du Code pénal
prévoit un emprisonnement d’un mois à 2 ans. En cas de falsification ou de suspension des
livres de commerce, le commerçant est passible d’un emprisonnement de 5 à 10 ans. Ces peines
sont doublées pour le banquier, l’agent de change et le courtier.

TITRE II : LES BIENS DU COMMERÇANT

Le commerçant utilise pour l’exploitation de son activité un ensemble de biens


corporels et incorporels qui demeurent sa propriété: c’est le fonds de commerce, principal bien
du commerçant. Il bénéficie, en vue de la continuité de l’exploitation du fonds de commerce,
de la propriété commerciale.

CHAPITRE 1. LE FONDS DE COMMERCE

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Le fonds de commerce se définit comme l’ensemble de moyens qui permettent au


commerçant d’attirer et de conserver une clientèle (article 135 AUDCG).

La nature juridique du fonds de commerce

Les biens qui composent le fonds de commerce sont affectés à la réalisation de l’objet
de l’entreprise notamment la recherche et la conservation de la clientèle. Certains caractères
juridiques sont reconnus au fonds de commerce : universalité de fait et meuble incorporel.

Le fonds de commerce : une universalité de fait

Dire que le fonds de commerce est une universalité de fait revient à reconnaître ce
dernier comme étant une fiction juridique. Il est constitué de divers biens meubles corporels ou
incorporels affectés à un objectif commercial ayant chacun une nature juridique propre. Du
coup, le fonds apparaît comme un contenant, l’enveloppe juridique qui permet de créer
le lien entre ces biens. Ce n’est donc ni un patrimoine autonome ni une fusion de biens en
un tout.

Le fonds de commerce est un bien meuble incorporel

Matériellement, le fonds de commerce n’existe pas. Il n’a qu’une existence juridique.


Le fonds de commerce a une nature incorporelle, il n’a pas d’existence physique. Cette nature
découle de l’identification du fonds à la clientèle, élément incorporel le plus important.

Le fonds de commerce est composé d’éléments nécessaires et d’éléments facultatifs.

Section 1. Les éléments du fonds de commerce

D’après l’article 136 de l’AUDCG, « Le fonds de commerce comprend nécessairement


l’enseigne et la clientèle ou la clientèle et le nom commercial sans préjudice du cumul de la
clientèle avec l’enseigne et le nom commercial ». Concrètement, le fonds de commerce
comprend nécessairement :

- Soit l’enseigne et la clientèle ;


- Soit la clientèle et le nom commercial ;
- soit la clientèle, l’enseigne et le nom commercial.

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P 1. Les éléments nécessaires du fonds de commerce

A. La clientèle

La clientèle est le principal élément du fonds de commerce, celui sans lequel il ne


saurait exister. On la définit comme l’ensemble de ceux qui s’approvisionnent habituellement
auprès d’un commerçant déterminé. La clientèle se distingue de l’achalandage qui désigne une
clientèle potentielle, passagère, occasionnelle sans aucun lien de stabilité ou de fidélité au
commerçant. La clientèle se caractérise essentiellement par la permanence, la constance ou la
régularité. Comme qualités, elle doit être réelle, certaine, personnelle et licite.

B. L’enseigne

L’enseigne est le signe extérieur permettant d’individualiser un établissement. C’est


une inscription ou image apposée sur un immeuble et qui se rapporte à l’activité qui y est
exercée. En général, l’enseigne peut renvoyer à un emblème (animal, objet, signe…), il peut
s’agir d’une dénomination fantaisiste (aux vieux rêves, coin du paradis). Moyen de ralliement
de la clientèle, l’enseigne est liée au fonds de commerce et transmissible avec lui.

C. Le nom commercial

Il désigne l’appellation sous laquelle le commerçant exerce son activité. Il peut s’agir
de son patronyme, de son prénom, de son surnom ou même d’une dénomination fantaisiste. Le
nom commercial est transmissible avec le fonds de commerce en cas de cession ou de
succession. Il est protégé contre les usurpations et les imitations par l’action en concurrence
déloyale. Le nom doit faire l’objet d’une publicité légale au RCCM et doit figurer dans tous les
actes et documents de l’entreprise.

P 2. Les éléments facultatifs du fonds de commerce

Ils sont constitués des autres éléments incorporels et d’éléments corporels.

A. Les autres éléments incorporels du fonds de commerce

Les éléments suivants peuvent également faire partie du fonds de commerce : le droit au bail,
les licences d’exploitation et les propriétés industrielles.
1. Le droit au bail

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Le plus souvent, le commerçant n’est pas propriétaire du local dans lequel il exploite son
activité et se doit alors de conclure une convention dite bail à usage professionnel avec une
autre personne (le bailleur).
Il s’agit du contrat par lequel une personne, le bailleur, confère pendant un certain temps la
jouissance de son local à une autre personne, dénommée preneur ou locataire, contre le
paiement d’un loyer.

2. Les licences d’exploitation


Toute personne est libre d’exercer une activité commerciale de son choix. Néanmoins, cette
liberté est assortie de restrictions dans la mesure où certaines activités ne peuvent être menées
qu’à la condition que le promoteur satisfasse à plusieurs exigences. C’est dans cette perspective
que tout professionnel de commerce désireux de développer son activité dans certains secteurs
doit au préalable obtenir une forme de permission appelée tantôt autorisation administrative,
tantôt agrément, tantôt licence d’exploitation.
Il s’agit, à titre d’exemples, des autorisations administratives au Cameroun, de la nécessité
d’obtenir un agrément du Ministre en charge des finances pour l’exercice de l’activité
d’établissement de crédit, d’établissement de micro-finance ou même de compagnie
d’assurance. Il en est de même pour l’exercice des activités de guide de tourisme, d’exploitation
d’une agence de tourisme ou d’Établissement de tourisme (hôtel, restaurant, boîte de nuit…).
Ces autorisations font normalement partie du fonds de commerce lorsqu’elles sont rattachées
à celui-ci et non à la personne.
3. La propriété industrielle ou incorporelle
Ce sont des droits qui portent sur les créations de l’intelligence et qui confèrent à leur titulaire
un monopole d’exploitation ou d’utilisation pendant un certain temps. Au nombre de ces droits,
le législateur OHADA mentionne : les brevets d’invention (titre de propriété délivré par
l’O.A.P.I qui confère à son titulaire un droit exclusif d’exploitation sur son invention ; la
protection du brevet est en principe de 20 ans et au delà le brevet tombe dans le domaine
public) ; les marques de fabrique et de commerce (signe apposé sur les marchandises pour les
distinguer de celles des concurrents) ; les dessins et modèles de manière générale ( par modèle,
on désigne toute forme nouvelle donnée à un objet commercial ou industriel).

B. Les éléments corporels

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Il s’agit des installations, des aménagements, du matériel, du mobilier et des


marchandises en stock. De tous ces éléments corporels, les plus utiles sont : les marchandises,
le matériel et l’outillage.

1. Les marchandises en stock

Elles sont des stocks de matières premières ou de produits destinés à la vente. Les
marchandises font parties du fonds de commerce. Puisqu’elles ont vocation à être renouvelées,
elles peuvent servir d’assiette à une garantie notamment le gage sans dépossession.

2. Le matériel et l’outillage

Ce sont des objets mobiliers servant à l’exploitation du fonds de commerce. Il peut


s’agir des machines ou de matériels roulants. Dans certaines activités, la possession d’un
matériel très spécialisé constitue l’essentiel du fonds de commerce. Exemple : les rotatives
pour une imprimerie ; la machine à laver pour un pressing.

Section 2 : LES OPERATIONS SUR LE FONDS DE COMMERCE

Le fonds de commerce est le principal bien du commerçant. Il peut faire l’objet de


plusieurs opérations telles la cession, le nantissement et la location gérance.

P 1. La cession du fonds de commerce

Les éléments obligatoirement cédés sont ceux qui ont pour objet le fonds commercial.
La vente du fonds de commerce ne porte sur d’autres éléments qu’à condition que l’acte de
cession le précise. Elle obéit à des conditions strictes et produit de nombreux effets.

A . Les conditions de validité de la cession du fonds de commerce

On distingue les conditions de fond, de forme et la publicité de l’acte de cession.

1. Les conditions de fond

Il s’agit du consentement, de la capacité, de l’objet et de la cause.

 Il faut un consentement libre et éclairé, il doit être exempt de tous vices (dol, erreur,
violence).

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 La capacité de contracter. Seules les personnes ayant la capacité d’exercer le


commerce, peuvent céder ou acquérir un fonds de commerce étant donné que la cession
constitue un acte de commerce ;
 L’objet de la cession du fonds de commerce doit obligatoirement être le fonds de
commerce lui-même. Il n’y a de cession valable d’un fonds de commerce que celle qui
comprend la clientèle, l’enseigne et le nom commercial. Il ne peut y avoir de cession de fonds
de commerce sans clientèle.
 Enfin, toute cession supposant le paiement du prix par l’acquéreur, ce prix sera
considéré comme la cause du contrat pour le vendeur et l’acquisition du fonds comme la cause
pour l’acheteur.

2. Les conditions de forme

« La vente d’un fonds de commerce peut être réalisée soit par acte sous seing privé
soit par acte authentique ». Elle doit comporter certaines mentions obligatoires dont l’absence
entraîne des sanctions.

a.Les mentions obligatoires

L’acte de cession doit contenir les mentions suivantes.

 l’état civil complet du vendeur et de l’acheteur pour les personnes physiques ; les
noms, dénomination sociale, la forme juridique, l’adresse du siège et l’objet sociaux du vendeur
et de l’acheteur pour les personnes morales. ;
 leur numéro d’immatriculation au RCCM ;
 l’état des privilèges, nantissement et inscription grevant le fonds ;
 le prix convenu ;
 la date et la durée du bail ainsi que le nom et l’adresse du bailleur et du cédant s’il y
a lieu ;
 l’origine de la propriété du précédent vendeur s’il y a lieu ;
 le nom et l’adresse de l’établissement bancaire désigné comme séquestre si la vente
a lieu par acte sous seing privé.

b.La sanction des irrégularités affectant l’acte de cession

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L’omission ou l’inexactitude des mentions obligatoires de l’acte de vente n’entraîne


son annulation que si l’acquéreur en fait la demande et surtout s’il prouve que cette omission
ou cette inexactitude a substantiellement affecté la consistance du fonds cédé et s’il en ait
résulté un préjudice. La nullité doit être formée dans un délai d’un an à compter de sa date.

3. La publicité de la vente du fonds de commerce

La publicité est destinée à informer et à protéger les créanciers inscrits contre les
dangers que peut leur faire courir la vente du fonds.

L’AUDCG prévoit deux principales formalités pour la publicité de la cession du fonds


de commerce.

- Le dépôt d’une copie certifiée conforme de l’acte de cession par le vendeur ou


l’acquéreur au RCCM.
- La publication à la diligence de l’acquéreur de l’acte de cession dans un journal
d’annonces légales sous forme d’avis dans un délai de 15 jours à compter de sa signature.

Le défaut de publicité n’empêche pas la vente d’être valable. Mais si le prix est versé entre les
mains du vendeur en l’absence de toute publicité ou avant l’expiration du délai ouvert aux
créanciers pour faire opposition, ce paiement pourra être déclaré inopposable aux créanciers
du vendeur. Dans ce cas, l’acheteur sera obligé de verser une seconde fois le prix entre leurs
mains.
Si les créanciers du vendeur estiment que le prix de la cession est insuffisant, ils peuvent
faire soit opposition au paiement du prix, soit exercer leur droit de surenchère.

- L’opposition au paiement du prix

L’opposition se fait sur le prix de vente dû par l’acheteur ou déposé chez les personnes
habilitées (notaire ou tout établissement bancaire désigné comme séquestre par les
parties). Ces personnes doivent conserver le prix issu de la vente du fonds de commerce
pendant un délai de 30 jours à compter du jour de la publicité. Au terme de ce délai, elles
doivent soit remettre les fonds au vendeur s’il n’y a aucune opposition, soit les conserver en
cas d’opposition jusqu’à la main levée de toutes les oppositions. .

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L’opposition a pour principal effet de bloquer le prix de vente entre les mains de
l’acheteur ou de la personne conservant les fonds et d’empêcher que ce prix soit versé au
vendeur.

- L’exercice du droit de surenchère

Le droit de surenchère joue un rôle important de prévention contre les sous évaluations
flagrantes du fonds de commerce. Alors, si le prix de vente est insuffisant pour désintéresser
les créanciers du vendeur, un créancier opposant peut faire surenchère du sixième du prix dans
le mois de la publicité. Ainsi, le créancier opposant qui estime que le prix déclaré est
inférieur à la valeur réelle du fonds a le droit de demander que le fonds soit remis en vente
aux encan. Mais il s’engage, au cas où il n’y aurait pas d’offre supérieure de se porter acquéreur
du fonds pour un prix égal au prix initialement convenu avec l’acquéreur majoré du sixième.

Le surenchérisseur doit consigner dans un délai d’un mois au greffe de la


juridiction compétente le montant du prix initialement convenu augmenté du sixième.

Exemple : un fonds de commerce est vendu à 1200 000 FCFA.

Le droit de surenchère est la somme de :

1200 000 + (1200 000 : 6) = 1200 000 + 600 000

= 1800 000 FCFA.

B. Les obligations relatives à la cession du fonds de commerce

La vente du fonds de commerce crée les obligations à la charge du vendeur et de


l’acheteur.

1. Les obligations du vendeur du fonds de commerce

Le vendeur est tenu au respect de deux principales obligations à savoir la délivrance et


la garantie.

a. L’obligation de délivrance et transfert de propriété

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Le vendeur du fonds est tenu de mettre le fonds cédé à la disposition de l’acheteur à la


date prévue dans l’acte de cession (article 154 AUDCG). La délivrance consiste pour le
vendeur à mettre tous les éléments du fonds à la disposition de l’acheteur.

b. L’obligation de garantie

Il s’agit de la garantie contre les vices rédhibitoires (cachés) du fonds cédé et une
garantie contre l’éviction

La garantie des vices cachés couvre tous les vices du fonds de commerce susceptibles
d’occasionner les pertes de la clientèle et présentant ainsi un caractère nuisible à l’utilité du
fonds cédé. Exemple : la vente d’une charcuterie située dans un quartier où on ne
consomme pas la viande du porc et l’acheteur ne fait pas les recettes promises. Dans ce
cas, l’acheteur peut obtenir la résolution judiciaire de la vente à condition de pouvoir prouver
ce fait.

Pour ce qui est de la garantie d’éviction (article 155 AUDCG), le vendeur doit assurer
à l’acquéreur la possession paisible de la chose vendue (faits personnels) et en particulier
protéger l’acquéreur contre les droits que les tiers prétendraient faire valoir sur le fonds cédé
(faits des tiers).

2. Les obligations de l’acheteur du fonds de commerce

L’acquéreur d’un fonds de commerce a pour principales obligations d’en prendre


livraison et de payer le prix convenu (article 157 AUDCG).

En cas de non paiement du prix par l’acquéreur, le vendeur créancier bénéficie des
garanties telles que :

 Le droit de suite : il permet au vendeur de saisir le fonds de commerce entre


quelconque main si l’acquéreur venait à le céder à son insu.
 Le droit de préférence : il permet au vendeur de se faire payer en premier sur le
prix de vente du fonds par préférence aux autres créanciers.

 l’action résolutoire du vendeur.

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P 2. Le nantissement du fonds du commerce (articles 162 et suivants AUS)

Le nantissement du fonds de commerce est la convention par laquelle le constituant


affecte en garantie d'une obligation, les éléments incorporels constitutifs du fonds de commerce
(à savoir la clientèle et l'enseigne ou le nom commercial). Pour produire ses effets, le
nantissement obéit à certaines conditions.

A. Les conditions de validité du nantissement

Le nantissement se réalise par la conclusion d’un contrat dont la validité est soumise au
respect des conditions de fond et de forme.

1. les conditions de fond

Elles renvoient à :

 l’existence du fonds de commerce, c’est-à-dire que le nantissement doit porter sur un


fonds déjà constitué et non en formation. Toutefois, il s’agit d’un principe qui admet des
exceptions. C’est le cas d’une promesse de nantissement à réaliser au moment de la création
du fonds de commerce.
 le constituant doit être le propriétaire du fonds de commerce ;
 La créance garantie doit être valable (certaine, exigible et liquide), peu importe que
celle-ci soit future, conditionnelle ou éventuelle.

2. Les conditions de forme

A peine de nullité, l’acte constitutif de nantissement du fonds de commerce doit faire


l’objet d’un acte écrit authentique ou sous seing privé dûment enregistré (publicité) et
comportant des mentions suivantes :

- noms, prénoms et domicile du créancier et du débiteur ;


- numéro d’immatriculation des parties au RCCM ;
- la désignation précise du siège social du fonds de commerce et si possible de sa ou de
ses succursales ;
- le montant de la créance garantie ;
- les éléments du fonds nanti ;
- l’élection du domicile du créancier dans le ressort de la juridiction où est tenu le RCCM.

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B. Effets et extinction du nantissement

De prime abord, il faut noter que les créanciers chirographaires ont des droits
conservatoires (déchéance du terme).

1. Les effets du nantissement

Ces effets sont relatifs au droit du créancier nanti et du débiteur

Les droits du créancier nanti

Le créancier nanti bénéficie, en plus des droits d’opposition et de surenchère, des droits
de suite, de réalisation (il permet au créancier muni d’un titre exécutoire qui n’a pas été payé
à l’échéance, de demander au tribunal de faire vendre le fonds aux enchères publiques, huit
jours après une sommation de payer restée sans effet) et de préférence.

Les droits du débiteur

Le commerçant qui constitue un nantissement sur son fonds de commerce conserve la


propriété de son fonds. Il peut déplacer son fonds. Néanmoins, il doit notifier son intention au
créancier nanti dans un délai de 15 jours en indiquant le nouvel emplacement du fonds. Tout
manquement à cette obligation entraîne déchéance du terme. Cette déchéance peut aussi
intervenir en cas de déplacement du fonds entraînant la diminution de la garantie du créancier.

2. L’extinction du nantissement

Le nantissement s’éteint par l’extinction de la créance. Cette extinction peut aussi


résulter à titre principal d’un acte unilatéral. Par exemple renonciation du créancier. Cette
renonciation qui n’est soumise à aucune formalité particulière ne peut être révoquée une fois
consentie.

P 3. La location gérance du fonds de commerce

La location gérance est une convention par laquelle le propriétaire d’un fonds de
commerce en concède la gérance à un tiers qui l’exploite à ses risques et périls (article 138
alinéa 3 AUDCG). Il convient de noter que l’entreprenant ne peut être partie à un contrat de
location gérance.

A. Les conditions de validité de la location gérance


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La location gérance du fonds de commerce constitue une concession temporaire de la


jouissance du fonds moyennant une redevance. Elle porte sur le fonds lui-même et non sur un
ou plusieurs éléments isolés de celui-ci.

Le locataire gérant doit avoir la qualité de commerçant.

Le bailleur doit avoir exploité pendant deux ans au moins le fonds mis en gérance en
qualité de commerçant. Ce délai peut être réduit sans pouvoir être inférieur à un an (1 an) par
la juridiction compétente lorsque le bailleur justifie qu’il était dans l’impossibilité d’exploiter
son fonds personnellement ou par l’intermédiaire de ses préposés. Les personnes déchues ou
interdites de l’exercice de la profession commerciale ne peuvent consentir à une location
gérance (article 141AUDCG). Certaines personnes sont cependant dispensées de cette
exigence : Etat, collectivité publique, incapable (commerçant avant d’être incapable), héritiers
ou légataires d’un commerçant décédé, les mandataires de justice.

Le contrat doit faire l’objet des mesures de publicité sous quinzaine au journal
d’annonce légale. Il s’agit d’informer les tiers que c’est un nouveau commerçant qui exploite
le fonds de commerce.

B. Les effets de la location gérance

Jusqu’à l’accomplissement des mesures de publicité, le propriétaire du fonds et le


locataire gérant sont indéfiniment et solidairement responsables des dettes contractées à
l’occasion de l’exploitation du fonds de commerce. Au-delà de l’accomplissement des mesures
de publicité, le locataire gérant devient seul responsable.

Une fois le contrat conclu, le propriétaire du fonds, doit mettre à la disposition du


locataire le fonds de commerce en question et ne doit pas troubler sa jouissance par quelque
moyen que ce soit. Il ne doit pas exercer un commerce concurrent.

S’agissant du locataire du fonds, il doit gérer celui-ci en bon père de famille et ne doit
pas le sous louer sans l’autorisation du bailleur. Les dettes du bailleur nées de l’exploitation du
fonds peuvent être déclarées immédiatement exigibles par la juridiction compétente si elle
estime que la location gérance met en péril leur recouvrement (article 144 AUDCG)

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Le contrat de location gérance est un contrat à durée déterminée. A son expiration, sauf
renouvellement exprès, le locataire gérant doit restituer le fonds.

CHAPITRE II. LE BAIL A USAGE PROFESSIONNEL

L’AUDCG a déterminé le champ d’application et le régime de conclusion du bail à


usage professionnel, les droits et les obligations des parties, la cession et la sous-location ainsi
que le droit au renouvellement dudit bail à usage professionnel.

Section 1. Champ d’application et conclusion du bail à usage professionnel

P 1. Champ d’application du bail à usage professionnel

Seuls les locaux dans lesquels une activité professionnelle est exploitée sont protégés.
Les dispositions sur le bail professionnel s’appliquent aux :

 locaux ou immeubles à usages commercial, industriel, artisanal et professionnel ;


 locaux accessoires dépendant d’un local ou d’un immeuble à usage commercial,
industriel, artisanal ou professionnel à condition de l’avoir préciser au bailleur pendant la
conclusion du bail
 terrains nus sur lesquels ont été édifiés avant ou après la conclusion du bail, des
constructions à usage commercial, industriel, artisanal ou professionnel si ces constructions
ont été élevées ou exploitées avec le consentement du propriétaire ou à sa connaissance.

P 2. Conclusion du bail à usage professionnel

Le bail à usage professionnel est défini comme « toute convention, écrite ou non, entre
une personne investie par la loi ou une convention du droit de donner en location tout ou partie
d’un immeuble compris dans le champ d’application du présent titre, et une autre personne
physique ou morale, permettant à celle-ci, le preneur, d’exercer dans les lieux avec l’accord
de celle-là, le bailleur, une activité commerciale, industrielle, artisanale ou toute autre activité
professionnelle ».

- La durée du bail à usage professionnel est librement fixée par les parties.

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- Le bail à usage professionnel est écrit ou verbal. Il peut être conclu pour une
durée déterminée ou indéterminée. A défaut d’écrit, le bail est réputé conclu
pour une durée indéterminée.

Section 2. L’exécution du bail à usage professionnel

Dans le cadre de l’exécution du bail à usage professionnel, les obligations d’une partie
constitue les droits de l’autre.

P 1. Les obligations des parties

A. Les obligations du bailleur

Le bailleur :
- est tenu de délivrer les locaux en bon état. Il est présumé avoir rempli cette obligation
lorsque le bail est verbal ou lorsque le preneur a signé le bail sans formuler de réserve
quant à l'état des locaux.

- fait procéder, à ses frais, dans les locaux donnés à bail à toutes les grosses réparations
devenues nécessaires et urgentes. En ce cas, le preneur en supporte les inconvénients.
Les grosses réparations sont notamment celles des gros murs, des voûtes, des poutres,
des toitures, des murs de soutènement, des murs de clôture, des fosses septiques et des
puisards. Le montant du loyer est alors diminué en proportion du temps et de l'usage
pendant lequel le preneur a été privé de la jouissance des locaux.

Si les réparations urgentes sont de telle nature qu’elles rendent impossible la jouissance du bail,
le preneur peut en demander la suspension pendant la durée des travaux à la juridiction
compétente statuant à bref délai.

Il peut également en demander la résiliation judiciaire à la juridiction compétente.

Lorsque le bailleur refuse d’assumer les grosses réparations qui lui incombent, le preneur peut
se faire autoriser par la juridiction compétente, statuant à bref délai, à les exécuter
conformément aux règles de l'art, pour le compte du bailleur. Dans ce cas, la juridiction

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compétente, statuant à bref délai, fixe le montant de ces réparations et les modalités de leur
remboursement.

Le bailleur ne peut, de son seul gré, ni apporter des changements à l'état des locaux donnés à
bail, ni en restreindre l'usage.

Le bailleur est responsable envers le preneur du trouble de jouissance survenu de son fait, ou
du fait de ses ayants-droit ou de ses préposés.

B. Les obligations du preneur


En contrepartie de la jouissance des lieux loués,

- le preneur doit payer le loyer aux termes convenus entre les mains du bailleur ou de son
représentant dûment mandaté. Le paiement du loyer peut être fait par correspondance
ou par voie électronique.

- Le preneur est tenu d’exploiter les locaux donnés à bail, en bon père de famille, et
conformément à la destination prévue au bail ou, à défaut de convention écrite, suivant
celle présumée d’après les circonstances.

Toutefois il est possible, pour le preneur, d’adjoindre à l’activité prévue au contrat de bail des
activités connexes ou complémentaires relevant d’un même domaine que celui envisagé lors
de la conclusion du bail. Le preneur doit en aviser de manière expresse le bailleur. Le bailleur
peut s’y opposer pour des motifs graves.

En cas de changement de l’activité prévue au contrat, le preneur doit obtenir l’accord préalable
et exprès du bailleur qui peut s’y opposer pour des motifs sérieux. En cas de conflit entre le
bailleur et le preneur, il appartient à la partie la plus diligente de saisir la juridiction compétente.

- Le preneur est tenu aux réparations d'entretien.


- Il répond des dégradations ou des pertes dues à un défaut d'entretien au cours du bail.

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- A l'expiration du bail, le preneur qui, pour une cause autre que celle prévue à l'article
126 de l’AUDCG, se maintient dans les lieux contre la volonté du bailleur doit verser
une indemnité d'occupation égale au montant du loyer fixé pendant la durée du bail,
sans préjudice d'éventuels dommages et intérêts.

P 2. La cession et la sous location du bail à usage professionnel

La cession du local ou de l’immeuble en partie ou en totalité à un tiers est subordonnée


à l’accord du bailleur. Cette cession doit être signifiée au bailleur par acte extrajudiciaire ou
par tout moyen écrit contenant les mentions figurant dans le RCCM concernant le
cessionnaire. A défaut de cette signification, elle est inopposable au bailleur. Ce dernier peut
s’opposer à cette cession dans le délai d’un mois à compter de la signification s’il justifie d’un
motif sérieux et légitime (par exemple le non paiement du loyer).

Pour ce qui est de la sous location totale ou partielle, elle est en principe interdite mais
demeure possible lorsqu’elle est autorisée par le bailleur qui doit être simplement averti par
écrit. Lorsque le prix de la sous location est supérieur à celui du bail principal, le bailleur a la
faculté d’exiger une augmentation correspondant au prix du bail principal devant le juge à
défaut d’accord entre les parties.

Section 3. Le renouvellement et la résiliation du bail à usage professionnel

La propriété commerciale se définit comme le droit accordé au locataire d’obtenir le


renouvellement de son bail arrivé à expiration ou une indemnité compensatrice du préjudice
que lui cause la perte des locaux.

P 1. Le renouvellement du bail à usage professionnel

A. Les conditions du renouvellement

Le droit au renouvellement est reconnu au locataire qui a exploité son activité dans les
locaux loués pendant une durée au moins égale à 2 ans.

En cas de bail à durée déterminée, le preneur doit demander son renouvellement par
acte extrajudiciaire au plus tard 3 mois avant la date d’expiration du bail, faute de quoi il est
déchu de son droit. Dans ce cas, le bailleur doit faire connaître sa réponse au plus tard un mois
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avant l’expiration du bail, faute de quoi, il est sensé avoir accepté le renouvellement. En cas de
renouvellement tacite ou express, le bail est conclu pour une durée minimale de trois ans

En cas de bail à durée indéterminée, la partie qui veut résilier doit donner à l’autre
par acte extrajudiciaire un préavis de congé d’au moins 6 mois à l’avance. Le locataire qui
entend rester dans les locaux peut s’opposer à ce congé en notifiant sa contestation au bailleur
par acte extrajudiciaire 1 mois au plus tard après avoir reçu le préavis, faute de quoi le bail
cesse à la date fixée par le congé.

B. Le refus du renouvellement du bail à usage professionnel

1. Le refus du renouvellement avec paiement d’une indemnité d’éviction

Le bailleur peut s'opposer au droit au renouvellement du bail à durée déterminée ou


indéterminée en réglant au locataire une indemnité d'éviction.

A défaut d'accord sur le montant de cette indemnité, celle-ci est fixée par la juridiction
compétente en tenant compte notamment du montant :
- du chiffre d'affaires ;
- des investissements réalisés par le preneur ;
- de la situation géographique du local et des frais de déménagement imposés par le
défaut de renouvellement.

2. Le refus du renouvellement sans paiement d’une indemnité d’éviction

Le bailleur peut s'opposer au droit au renouvellement du bail à durée déterminée ou


indéterminée, sans avoir à régler d'indemnité d'éviction, dans les cas suivants :

1°) s'il justifie d'un motif grave et légitime à l'encontre du preneur sortant. Ce motif doit
consister :
- soit dans l'inexécution par le locataire d'une obligation substantielle du bail ;
- soit encore dans la cessation de l'exploitation de l’activité.

2°) s'il envisage de démolir l'immeuble comprenant les lieux loués, et de le reconstruire.

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Le bailleur doit dans ce cas justifier de la nature et de la description des travaux projetés.

Le preneur a le droit de rester dans les lieux jusqu'au commencement des travaux de démolition,
et il bénéficie d'un droit de priorité pour se voir attribuer un nouveau bail dans l'immeuble
reconstruit.

Si les locaux reconstruits ont une destination différente de celle des locaux objet du bail, ou s'il
n'est pas offert au preneur un bail dans les nouveaux locaux, le bailleur doit verser au preneur
l'indemnité d'éviction prévue à l'article 126 de l’AUDCG.

3°) Le bailleur peut également, sans versement d'indemnité d'éviction, refuser le


renouvellement du bail portant sur les locaux d'habitation accessoires des locaux principaux,
pour les habiter lui-même ou les faire habiter par son conjoint ou ses ascendants, ses
descendants ou ceux de son conjoint.

Cette reprise ne peut être exercée lorsque le preneur établit que la privation de jouissance des
locaux d'habitation accessoires apporte un trouble grave à la jouissance du bail dans les locaux
principaux, ou lorsque les locaux principaux et les locaux d'habitation forment un tout
indivisible.

P 2. La résiliation du bail à usage professionnel

Le preneur et le bailleur sont tenus chacun en ce qui le concerne au respect de chacune des
clauses et conditions du bail sous peine de résiliation.

La demande en justice aux fins de résiliation du bail doit être précédée d’une mise en demeure
d’avoir à respecter la ou les clauses ou conditions violées. La mise en demeure est faite par
acte d’huissier ou notifiée par tout moyen permettant d’établir sa réception effective par le
destinataire.

A peine de nullité, la mise en demeure doit indiquer la ou les clauses et conditions du bail non
respectées et informer le destinataire qu’à défaut de s’exécuter dans un délai d’un mois à

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compter de sa réception, la juridiction compétente statuant à bref délai est saisie aux fins de
résiliation du bail et d’expulsion, le cas échéant, du preneur et de tout occupant de son chef.

SECONDE PARTIE. DROIT DES SOCIETES COMMERCIALES

A titre introductif, il convient de s’appesantir essentiellement sur la définition de certains


concepts (I), la classification des sociétés (II) et les sources du droit des sociétés (III).

I. Définitions
1. Société commerciale
L’article 4 de l’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales
(AUSC) définit la société commerciale comme celle « créée par deux ou plusieurs personnes
qui conviennent par un contrat d’affecter à une activité des biens en numéraire ou en nature,
ou de l’industrie, dans le but de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra
en résulter ». L’article 5 du même texte ajoute que « la société peut être également créée, dans
les cas prévus par le présent Acte uniforme, par une seule personne, dénommée
« associé unique », par un acte écrit ».

Au regard de ces dispositions, la société commerciale est selon les cas soit un contrat,
soit une acte unilatéral. Lorsqu’elle résulte d’un acte unilatéral, la société commerciale est dite
unipersonnelle. L’AUSCGIE ne prévoit sa création que pour les sociétés anonymes (SA), les
sociétés à responsabilité limitée (SARL) et les sociétés par actions simplifiées (SAS). Lorsque
la forme unipersonnelle est adoptée, ces sociétés sont désignées respectivement : société
anonyme unipersonnelle, société à responsabilité limitée unipersonnelle et société par actions
simplifiée unipersonnelle.

2. Commercialité de la société

Par application de l’article 6 alinéa premier de l’AUSCGIE, « le caractère commercial


d’une société est déterminé par sa forme et par son objet ». Sont commerciales en raison de
leur forme et quelque soit leur objet, les sociétés en nom collectif (SNC), les sociétés en
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commandite simple (SCS), les SARL, les SA et les SAS. A contrario, sont commerciales en
raison de leur objet, les sociétés qui accomplissent les actes de commerce à titre de profession.

3. Droit des sociétés commerciales

On peut définir le droit des sociétés commerciales comme la branche du droit des
affaires dont le but est l’étude des règles applicables à la naissance, à l’organisation, à
l’administration ainsi qu’à la dissolution des personnes morales commerçantes. C’est
l’ensemble des règles juridiques qui régissent les sociétés commerciales depuis leur
constitution jusqu’à leur dissolution, en passant par leur fonctionnement

II. Classification des sociétés


Avant de procéder à la classification, il convient de préciser que les sociétés sont des
groupements de personnes à but lucratif et se distingue ainsi des groupements à but non lucratif
que sont les associations et les syndicats. On distingue :

1. Les sociétés civiles et les sociétés commerciales

Les sociétés civiles sont celles qui accomplissent les actes civiles et qui n’ont pas adopté
l’une des formes de sociétés prévues par le législateur OHADA. Ex : les sociétés agricoles,
sociétés civiles professionnelles, sociétés immobilières.
Les sociétés commerciales sont soit celles qui accomplissent les actes de commerce,
soit celle qui ont adopté l’une des forme de société commerciale prévue par l’AUSC (SNC,
SCS, SARL, SA). Ex : les SNC, SARL.
Mais l’évolution contemporaine du droit des sociétés rend cette distinction relative. En
effet, l’AUSC qualifie de société commerciale en raison de leur forme, les SNC, SCS, SARL
et SA quand bien même leur objet est civil.

2. Les sociétés de personnes et les sociétés de capitaux

Dans sa classification des sociétés commerciales, l’Acte uniforme reconnaît trois


catégories de sociétés :
- les sociétés de personnes ;
- les sociétés de capitaux ;
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- un type de société qui emprunte les caractéristiques des deux catégories ci-dessus : c'est la
société à responsabilité limitée.
a. Sociétés de personnes ou sociétés par intérêts
L’AUSC retient d’une part les sociétés en nom collectif et d’autre part, les sociétés en
commandite simple. Les caractéristiques de ces deux sociétés sont connues : les associés se
connaissent tous et contractent en considération de la personne (on parle de contrat de société
conclu intuitus personae) ; la contrepartie de l'apport est constituée par des parts sociales
attribuées à chaque associé ; les parts sociales sont désormais en principe cessibles mais il faut
le consentement unanime de tous les autres associés ; les dirigeants sont nommés et révoqués
à l'unanimité des associés ; les associés sont responsables indéfiniment et solidairement du
passif social.
b. Sociétés de capitaux ou par actions
Les sociétés de capitaux ou par actions sont ainsi appelées parce qu'elles sont
constituées principalement en vue des capitaux qui doivent être mis en commun par les
associés. La considération de la personne des associés est en principe indifférente. D'ailleurs,
ils s'ignorent le plus souvent et peuvent s'interchanger sans aucun problème. Chacun n'attend
de ses coassociés qu'une chose : qu'il libère son apport. La contrepartie de l'apport est appelée
action ; celle-ci est librement transmissible voire négociable. Les formes retenues par l’Acte
uniforme sont la société anonyme (SA) et la société par actions simplifiée (SAS).
Dans les sociétés de capitaux, la responsabilité des associés est limitée au montant des
apports. Il en est de même de la société à responsabilité limitée.

c. La société à responsabilité limitée a une nature mixte


Elle se rapproche des sociétés de personnes en ce que la contrepartie des apports est
constituée de parts sociales : ce qui implique les difficultés de cessibilité, le contrôle par les
associés des adhésions nouvelles (c’est la caractéristique de l'intuitus personae).
Elle se rapproche des sociétés de capitaux parce que la responsabilité des associés est
limitée au montant de leur apport.

III. Les sources du droit des sociétés

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On peut citer :
-La loi constituée essentiellement des dispositions de l’AUSCGIE et, à titre
complémentaire, des dispositions particulières applicables aux sociétés commerciales à statuts
spécial.
-Les statuts : A coté de la loi, une place de choix est accordée aux statuts des sociétés
qui sont une espèce de charte ou de loi fondamentale de la société. En effet, sur plusieurs points,
le législateur OHADA laisse le soin aux statuts de régler.
-La jurisprudence : elle joue un rôle non négligeable dans l’interprétation des
dispositions de l’AUSCGIE.

L’AUSCGIE comprend deux types de dispositions. Les unes sont générales et


concernent toutes les sociétés commerciales : on parle d’un droit commun des sociétés
commerciales. Les autres ne s’appliquent qu’à une catégorie donnée de sociétés commerciales :
il s’agit du droit spécial de société commerciale.

TITRE. LE DROIT COMMUN DES SOCIETES COMMERCIALES

Il s’agit des règles qui s’appliquent à toutes les formes sociétés commerciales. Elles
concernent la naissance, la vie et la dissolution des sociétés commerciales.

Chapitre 1. LA NAISSANCE DE LA SOCIETE COMMERCIALE

Il convient d’examiner successivement les conditions de création (section 1), les


sanctions du non respect de ces conditions (section 2) et la personnalité juridique (section 3).

Section 1. Les conditions de création des sociétés commerciales


On distingue les conditions de fond et les conditions de forme.

P1. Les conditions de fond

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En tant que contrat, la société commerciale doit respecter les conditions générales de
formation des contrats telles que prévues par l’article 1108 du Code civil (1). Des conditions
particulières viennent s’y ajouter, mettant en exergue la spécificité du contrat de société (2).

A. Les conditions générales

Elles ont trait selon l’article 1108 du code civil, au consentement, à la capacité, à l’objet
et à la cause.
*Un consentement exempt de vices
Les associés doivent manifester leur consentement d’être membres de la société. Le
consentement doit être exempt de vices. Par ailleurs le contrat de société ne doit comporter
aucune clause léonine, c’est-à-dire une clause dont l’exécution aurait pour résultat de procurer
à l’un des contractants un avantage exorbitant au détriment des autres (Par exemple lui
attribuant la totalité des bénéfices ou l’exonérant de la contribution aux pertes). Le vice de
consentement ne constitue toutefois une cause de nullité du contrat de société que dans les SNC
et les SCS (voir art. 243 AUSC).
*La capacité
La capacité c’est l’aptitude à exercer les droits dont on est titulaire. Les personnes
frappées d’incapacités d’exercer le commerce sont le mineur non émancipé, le majeur
incapable et le conjoint du commerçant. Mais l’exigence de la capacité dépend du type de
société. Elle n’est requise qu’à l’égard des associés tenus indéfiniment et solidairement des
dettes sociales parce qu’ils ont la qualité de commerçant.
C’est ainsi que les mineurs non émancipés et les majeurs incapables ne peuvent être
associés d’une SNC ou commandités d’une SCS. Ils peuvent cependant être associés d’une
SARL, d’une SA ou d’une SAS ou commanditaires d’une SCS.
De même, les époux ne peuvent être associés de SNC, ni commandités de SCS. En
revanche, tous les deux peuvent être associés de SA, SAS, SARL ou commanditaires d’une
SCS.

*L’objet
L'objet d'une société est susceptible de deux acceptions :

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-d'une part, l'article 1832 du Code civil conforté par l’article 4 alinéa 1 de l’Acte
uniforme précise que l'objet de la société est la mise en commun de quelque chose, des biens,
en vue de se partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter. Il s'agit
alors selon le droit des sociétés, des apports des parties ;
-d'autre part, et plus concrètement, l'objet de la société c'est le genre d'activité que cette
dernière se propose d'exercer (Art.19 AUSC). La société est créée pour une exploitation
déterminée. Celle-ci constitue l'objet qui doit être mentionné avec une relative précision dans
les statuts. Cette acception correspond à la notion d’objet social ou d’objet statutaire. L’objet
social ne doit être ni trop vague, ni illimité. Il doit être licite et moral (article 20 A.U.). Il ne
doit pas s'agir d'une activité interdite, ou limitativement réglementée.
*La cause
L’article 1108 du Code civil énonce la nécessité de la « cause licite dans l’obligation ».
Allant dans le même sens, l’article 1131 du même Code dispose que « l’obligation sans cause,
ou sur une fausse cause, ou sur une cause illicite, ne peut avoir aucun effet ». En évoquant
ainsi la cause comme l’une des conditions essentielles de la formation du contrat, le Code civil
s’est abstenu de la définir et de déterminer à quel moment elle peut être considérée comme
absente, fausse et illicite. Il est revenu à la doctrine la tâche de déterminer le sens de cette
notion.
La cause est entendue comme « le but contractuel commun aux parties ou poursuivi
par l’une d’elles et pris en compte par les autres, l’absence de cause se traduisant par
l’impossibilité pour les parties d’atteindre ce but contractuel ». Concrètement, la cause renvoie
à la raison pour laquelle on a contracté, le but que l’on a poursuivi en le faisant. Il s’agit de la
raison d’être de la société. La cause doit exister, être licite et morale.

B. Les conditions particulières

Elles sont constituées de l’affectio societatis qui doit exister entre les associés, de la
mise en commun des apports, ainsi que de la participation de tous les associés aux résultats.

*L’affectio societatis
L’article 4 de l’AUSCGIE ne fait pas directement référence à l’affectio societatis. Il
n’en demeure pas moins qu’elle est l’un des éléments essentiels du contrat de société. L’affectio
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societatis apparaît aujourd’hui comme une notion non seulement conceptuelle, mais aussi
fonctionnelle.
En tant que concept, l’affectio societatis désigne l’intention de s’associer ou le lien
psychologique entre les associés. Toutefois, l’affectio societatis ne saurait se réduire à la simple
volonté de s’associer et encore moins à un sentiment non extériorisé par des actes. Il exprime
aussi et surtout une collaboration volontaire, active, intéressée et égalitaire des associés à la
vie sociale. Cet état d’esprit doit être commun à tous ceux qui choisissent de devenir des
collaborateurs parce qu’ils prennent conscience qu’ensemble, ils pourront exploiter leur
entreprise commune avec une plus grande possibilité de succès sur le marché.
L’affectio societatis se distingue du consentement. Ce dernier est la volonté de contracter au
moment de la constitution de la société. L'affectio societatis existe quant à lui aussi bien au
moment de la constitution de la société que pendant son fonctionnement.

*La mise en commun des apports


L’apport est un bien en nature ou en numéraire, ou des connaissances ou des services
qu’une personne s’engage à mettre à la disposition de la société en vue d’une exploitation
commune. Chaque associé est tenu de faire un apport car celui-ci représente la mesure de son
engagement envers la société. Cette exigence est impérative et la société est annulable pour
cause d'apport fictif ou d'absence d'apport. Aux termes de l’article 40 de l’Acte uniforme sur
les sociétés commerciales, l’apport peut être en numéraire, en nature ou en industrie.
- L'apport en numéraire : Il est réalisé par le versement d'une somme d'argent promise
par l'associé, soit en une seule fois lors de la constitution de la société, soit en plusieurs fois
selon les vœux des associés. Selon le type de société, la loi ou les statuts fixent alors librement
le pourcentage du capital à libérer lors de la souscription.
– L’apport en nature : Il est réalisé par le transfert des droits réels ou personnels
correspondant aux biens apportés et par la mise à la disposition effective de la société des biens
sur lesquels portent ces droits. Cet apport peut être fait en pleine propriété ou en jouissance.
Lorsque l’apport est fait en jouissance, l’associé continue d’être propriétaire et de
supporter les risques auxquels pourraient être exposé le bien (la société n’ayant qu’un droit
d’usufruit sur le bien). En conséquence si le bien venait à périr par cas fortuit, l’associé pourrait
perdre sa qualité.

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Lorsque l’apport est fait en propriété, la société devient propriétaire du bien et supporte
seule les risques liés au bien. En conséquence, si le bien venait à périr par cas fortuit, cette
situation serait sans incidence sur la situation de l’associé qui continuera d’être considéré
comme tel.
Que l’apport en nature soit fait en jouissance ou en propriété, il nécessite une
évaluation afin d’être pris en compte dans la répartition des bénéfices et éventuellement la
contribution aux pertes. L’évaluation est faite par les associés dans les statuts. Mais lorsque la
valeur de l’apport est supérieure à 5 millions de FCFA, l’évaluation doit être faite par un
commissaire aux apports.
L’apport en nature doit être libéré intégralement lors de la constitution de la société ;
son évaluation doit être faite par les associés dans les statuts et dans les cas prévus par l’Acte
uniforme ; cette évaluation est contrôlée par un commissaire aux apports.
-L’apport en industrie : Il est constitué des connaissances techniques ou
professionnelles, ou des services qu’un associé met ou promet de mettre à la disposition de la
société.
- Les apports en industrie sont interdits dans les SA.
- L’apport en industrie, parce qu’il n’a pas de valeur pécuniaire ne concourt pas à la formation
du capital social.
- Les titres sociaux résultant de l’apport en industrie ne sont ni cessibles, ni transmissibles.
- Les droits de vote attachés aux titres sociaux résultant d’apports en industrie ne peuvent être
supérieurs à 25% de l’ensemble des droits de vote.
- La part totale attachée à ces titres sociaux ne peut excéder 25% des bénéfices, de l’actif net
et des pertes de la société.

La somme des apports constitue ce qu’on appelle le capital social. Le montant du


capital social est déterminé par les associés. Mais l’AUSCGIE impose un capital social
minimum pour certains types de sociétés : Un million pour les SARL (sauf disposition
nationale contraire, 100 000 f au Cameroun), 10 millions pour les S.A. et 100 millions pour les
S.A. faisant appel public à l’épargne.
Le capital social est divisé en titres sociaux. Les titres sociaux sont des droits remis
aux associés en contrepartie de leurs apports. Ils son dénommés actions dans les sociétés par
actions (SA, SAS) et parts sociales dans les autres sociétés (SNC, SCS, SARL).
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*La participation aux bénéfices, aux économies et aux pertes


La société ne peut être valablement créée que si tous les associés ont la possibilité de
participer aux résultats, à savoir :
-la participation aux bénéfices : tous les associés ont le droit aux bénéfices lorsque la
société a réalisé des bénéfices. Toute clause qui exclurait un associé des bénéfices partageables
est qualifiée de clause léonine. Le bénéfice partageable est appelé dividende (Le dividende
représente tout ou partie du bénéfice distribuable par décision de l’assemblée générale).
-La participation aux pertes : tous les associés doivent contribuer aux pertes
lorsque la société subit des pertes. Toute clause qui exonérait un associé de la contribution
aux pertes est qualifiée de clause léonine.

P2. Les conditions de forme et de publicité


En principe, la constitution d'une société commerciale n'exige pas d'autorisation
administrative sauf lorsque l'activité exercée est soumise à une telle formalité. En revanche, le
législateur institue un certain nombre de conditions relatives à la forme du contrat de société.
Il s'agit des conditions de forme communes à toutes les sociétés. Ces conditions sont relatives
à l'établissement de l'acte de société et à la publicité.
A. L’établissement des statuts
Conformément à l’article 10 de l’Acte uniforme, les statuts sont établis par acte notarié
ou par tout acte offrant des garanties d’authenticité dans l’État du siège de la société déposé
avec reconnaissance d’écritures et de signatures par toutes les parties au rang des minutes d’un
notaire.
Les statuts doivent être signés par les associés. Ceux-ci peuvent le faire personnellement
ou par l'intermédiaire d'un mandataire muni de procuration spéciale. Les statuts doivent
contenir obligatoirement les mentions indiquées à l’article 13 de l’Acte uniforme (la forme de
la société; sa dénomination; la nature et le domaine de son activité ; son siège social; sa durée
; le montant du capital social ; etc).

B. La publicité des statuts


La publicité permet de porter l’acte de société à la connaissance des tiers. Elle est
réglementée par les articles 257 à 269 de l’Acte uniforme. Les formalités de publicité sont
effectuées à la diligence et sous la responsabilité des représentants légaux des sociétés. L’acte
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uniforme organise ainsi deux types de mesure d’information : l’immatriculation et l’insertion


d’un avis dans un journal d’annonces légales. L’immatriculation est l’acte par lequel la société
accède à la vie juridique. Elle jouit de la personnalité juridique à compter se son
immatriculation au RCCM. Cette immatriculation doit intervenir dans le mois de la constitution
de la société auprès du greffe de la juridiction compétente ou de l’organe compétent dans l’État
Partie du lieu du siège social.

Dans un délai de 15 jours suivant l’immatriculation, un avis doit être inséré dans un
journal habilité à recevoir les annonces légales dans l’État partie du siège social (article 261 de
l’Acte uniforme).

Section 2. Les sanctions du non respect des conditions de création de la société


commerciale

La méconnaissance des conditions de création peut conduire à diverses sanctions. On


peut citer la nullité de la société et la responsabilité des fondateurs.

P 1. La nullité de la société
La nullité est la sanction qui entraîne l’effacement rétroactif d’un acte juridique dont
les conditions de formation n’ont pas été respectées. C’est une sanction grave. C’est pourquoi
le législateur OHADA a essayé de la canaliser à travers :
*La limitation des cas de nullité
-Dans les SARL, SA et SAS, la nullité ne peut résulter du vice de consentement et de
l’incapacité d’un associé, sauf si celle-ci atteint tous les associés fondateurs (art.242).
-Dans les SARL, SA et SAS le non respect des conditions de forme que sont
l’établissement d’un écrit authentique ou sous seing privé et la publicité n’est pas sanctionné
par la nullité. La société qui n’est pas constituée par écrit ne peut être immatriculée et par
conséquence fonctionne sans personnalité juridique. Mais dans les SNC et les SCS, le non
accomplissement des formalités de publicité est sanctionné par la nullité.
-L’énonciation incomplète des mentions devant figurer dans les statuts n’entraîne pas
la nullité (art. 242). L’AUSC (art. 75) encourage plutôt la régularisation.

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*La possibilité de régularisation de la cause de nullité : la régularisation est l’ensemble des


moyens déployés pour rendre un acte nul valable. La loi encourage la régularisation en cas de
méconnaissance des conditions de création de la société, sauf en cas d’illicéité de l’objet social.
*La limitation des effets de la nullité : en général l’annulation d’une convention entraîne
l’anéantissement rétroactif des engagements souscrits par les parties contractantes. Il en va
différemment quand il s’agit du contrat de société : lorsque la nullité est prononcée, elle met
fin sans rétroactivité à l’exécution du contrat ; elle entraine donc simplement la dissolution de
la société, puis sa liquidation.

P 2.La responsabilité des auteurs des irrégularités de constitution de la société


commerciale

L’atténuation des nullités de sociétés est largement compensée par le renforcement de la


responsabilité de ceux qui interviennent dans leur constitution.

Les fondateurs, ainsi que les premiers membres des organes de gestion, de direction ou
d'administration, sont solidairement responsables du préjudice causé soit par le défaut d'une
mention obligatoire dans les statuts, soit par l'omission ou l'accomplissement irrégulier d'une
formalité prescrite pour la constitution de la société (article 78 AUSCGIE). Leur responsabilité
pénale peut aussi être engagée.

Section 3. La personnalité juridique


La personnalité juridique c’est l’aptitude à être titulaire de droit et à être soumis à des
obligations. Il convient d’examiner l’existence de la personnalité morale, les conséquences de
la personnalité morale, ainsi que le sort des engagements pris pour le compte de la société non
encore immatriculée.

P 1. L’acquisition de la personnalité morale


La personnalité morale s’acquiert à compter de l’immatriculation de la société au
RCCM. L’article 98 de l’AUSCGIE dispose en ce sens que : « Toute société jouit de la
personnalité juridique à compter de son immatriculation au RCCM, à moins que le présent
Acte uniforme en dispose autrement ».
La personnalité morale dure en principe aussi longtemps que dure la société. La durée
de vie de la société est librement déterminée par les associés et mentionnée dans les statuts.
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Elle ne peut cependant pas excéder 99 ans. La prorogation de durée demeure possible à
condition que cela se fasse avant l’expiration de la première durée.

P 2. Les conséquences de la personnalité morale


Une société titulaire de la personnalité juridique peut désormais avoir :
-un patrimoine distinct de celui des associés qui la compose.
-une dénomination sociale : c’est l’appellation de la société. Aux termes de l’article 14 de
l’AUSC, « toute société est désignée par une dénomination sociale qui est mentionnée dans
ses statuts ». Elle doit être obligatoirement suivie de l’indication de la forme de la société, du
montant du capital social, de l’adresse du siège social et de la mention relative à son
immatriculation au RCCM. La dénomination social doit figurer dans tous les documents de la
société (factures, lettre, annonces…)
-le domicile : le domicile d’une société renvoie à son siège social. Le siège est fixé au choix
des associés soit au lieu du principal établissement de la société, soit à son centre de direction
administratif et financier. Le siège ne peut être constitué uniquement par une domiciliation à
une boite postale. Le siège social peut être modifié par une décision qui suppose la modification
des statuts. Il peut être transféré dans une autre ville par simple décision des organes de gestion
ou d’administration de la société.
-La nationalité : c’est celle du pays ou est situé le siège social.
-La capacité juridique : la capacité juridique, c’est l’aptitude à être titulaire de droit et à les
exercer soi même. La société titulaire de personnalité morale est apte exercer ses droits (par
exemple, ester en justice). Mais ne pouvant pas agir par elle-même, elle est représentée par ses
dirigeants sociaux.

P 3. Sort des engagements pris pour le compte de la société non encore immatriculée

Il convient de distinguer selon que ces actes et engagements ont été accomplis pour le compte
de la société en formation ou de la société constituée non encore immatriculée.

A. Sort des engagements pris pour le compte de la société en formation avant sa


constitution
Une société en formation n’existe ni en tant que contrat, ni en tant que personne morale. Elle
tient lieu de simple étape préparatoire à la signature des statuts. A ce titre, des actes nécessaires

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au passage du stade de société en formation à celle de société constituée doivent être accomplis.
En l’absence de personnalité juridique la société en formation n’a pas la capacité de contracter.
Pour éviter que ce défaut de capacité juridique ne constitue un obstacle à la création de la
société, le législateur OHADA a mis sur pied un palliatif. Il s’agit de la possibilité offerte aux
fondateurs d’accomplir des actes et engagements pour le compte de la société en formation.

Lorsque lesdits actes et engagements ont été accomplis dans le strict respect des conditions
prévues par l’AUSCGIE (indication impérative de l’identité du souscripteur et du bénéficiaire
de l’acte, information des associés, établissement d’un document intitulé « état des actes et
engagements accomplis pour le compte de la société de formation »), la société peut les
reprendre. Dans cette hypothèse, elle est seule responsable à l’égard des tiers cocontractants de
l’exécution des obligations issues des actes et engagements repris. Dans le cas contraire, c’est-
à-dire en l’absence de reprise, il revient aux souscripteurs de ces actes et engagements d’en
répondre vis-à-vis des tiers.

B. Sort des engagements pris pour le compte de la société constituée non encore
immatriculée

Dès la signature des statuts ou, le cas échéant la tenue de l’assemblée générale constitutive, les
dirigeants sociaux, substitués aux fondateurs, agissent au nom de la société constituée et non
encore immatriculée au RCCM. Leurs pouvoirs sont fixés conformément aux dispositions de
l’AUSCGIE ou aux statuts. Dans l’exercice desdits pouvoirs, les dirigeants peuvent prendre
des engagements pour le compte de la société constituée mais non encore immatriculée. Ces
engagements peuvent être repris par la société dès son immatriculation au RCCM à condition
que les dirigeants aient agi en vertu d’un mandat à eux conféré par les associés sous le respect
strict des exigences de l’AUSCGIE.

En principe, seuls les actes accomplis par les dirigeants, conformément à l’étendue des
pouvoirs à eux conférés par le mandat, peuvent être repris. Néanmoins, les actes accomplis par
les dirigeants en méconnaissance de l’étendue et de l’objet de leurs pouvoirs tels que définis
par le mandat peuvent également être repris. Il suffit, à cet effet, que l’assemblée générale
ordinaire approuve lesdits actes dans le strict respect des conditions requises pour la validité
de ses délibérations pour chaque de société.

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Chapitre 2. LA VIE DE LA SOCIETE COMMERCIALE

Elle est surtout marquée par les actes de gestion. Il s’agit tantôt de la gestion normale
(Section 1), tantôt de la gestion des crises (Section 2). Parfois même, la société connaît une
restructuration au cours de sa vie.

Section 1. La gestion normale


Malgré leur diversité, il existe des mécanismes de gestion communs à toutes les sociétés
commerciales. Il en est ainsi de leur organisation et de la circulation des titres qu’elles émettent.
P 1. L’organisation des sociétés commerciales
A.L’organe de décision
L’organe de décision est constitué de la collectivité des associés. Ceux-ci jouissent de
prérogatives importantes dans la société. D’après l’article 53, les titres sociaux confèrent à leur
titulaire :
1°) un droit sur les bénéfices réalisés par la société lorsque leur distribution a été décidée ;
2°) un droit sur les actifs nets de la société lors de leur répartition, à sa dissolution ou à
l'occasion d'une réduction de son capital ;
3°) le droit de participer et de voter aux décisions collectives des associés, à moins que l’Acte
uniforme en dispose autrement pour certaines catégories de titres sociaux.
Le regroupement des droits de l’associé énumérés par l’Acte uniforme conduit à distinguer les
droits pécuniaires des droits extra-pécuniaires. En tant qu’organe de la société, le droit le plus
important est celui de la participation à la vie sociale. Pour l’expression de ce droit, les associés
se regroupent au sein des assemblées. Ils peuvent aussi être consultés par écrit.

La participation à la prise de décisions collectives se fait au moyen d’un vote. Le droit de vote
est une prérogative essentielle. Aux termes de l’article 129 de l’Acte uniforme, le droit de vote
de chaque associé est proportionnel à sa participation au capital de la société à moins qu’il n’en
soit disposé autrement par ledit Acte. En contrepartie de ces droits, l’associé a l’obligation de

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libérer les apports promis et celle de participer aux pertes éventuelles subies par la société
commerciale

A contribution égale au capital social, vote égal. L’abus du droit de vote est sanctionné. Ainsi
l’Acte uniforme vise expressément l’abus de majorité (article 130), l’abus de minorité et l’abus
d’égalité (article 131).

B. Les dirigeants sociaux


1. Désignation et révocation des dirigeants sociaux
Les SNC, SCS et SARL sont dirigées par des gérants. La SAS est gérée par un président
ou un DG.
La SA est gérée :
-soit par un conseil d’administration qui nomme parmi ses membres un président du
conseil d’administration (PCA) et un directeur général (DG) ou un président directeur général
(PDG). Cette faculté est réservée aux S.A. constituées de plus de trois actionnaires.
-soit par un administrateur général (AG) –Faculté réservée aux S.A. constituées d’un
nombre d’actionnaires inférieur ou égal à trois actionnaires.
En principe, ce sont les associés qui désignent les dirigeants sociaux. A titre
exceptionnel, les tribunaux peuvent être appelés à désigner un administrateur provisoire ou un
syndic lorsque la société est en crise.
2. Pouvoirs et obligations des dirigeants sociaux
De manière générale, les dirigeants de la société ont :
-le pouvoir de la représenter ;
-le pouvoir de direction ;
-le pouvoir réglementaire ;
-le pouvoir disciplinaire, etc.

Les dirigeants sociaux ont également des obligations, par exemple, l’obligation de tenir
une comptabilité. Ils doivent établir ou faire établir les états financiers de synthèse annuels, le
rapport de gestion, etc.

3. La rémunération des organes de gestion


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Sauf clause contraire des statuts, la rémunération des gérants de la SNC est fixée par les
associés, à la majorité en nombre et en capital des associés (article 278 AUSCGIE).

Les fonctions du gérant de la SARL sont gratuites ou rémunérées dans les conditions fixées
dans les statuts, ou dans une décision collective des associés (article 325 AUSCGIE).

Les fonctions d’administrateurs peuvent être rémunérées ou non. Comme tout mandat, si la
rémunération des fonctions d’administrateur n’est pas expressément déterminée par l’organe
compétent notamment l’assemblée générale, alors les administrateurs sont censés exercer leur
mandat à titre gratuit.

La rémunération des administrateurs n’est pas un salaire mais une indemnité de fonction, c’est-
à-dire une indemnité qui tend à valoriser et à rémunérer l’exercice des fonctions
d’administrateur. Ainsi, l’assemblée générale ordinaire peut, souverainement, décider
d’allouer aux administrateurs, en rémunération de leurs activités, une somme fixe annuelle à
titre d’indemnité de fonction.

Exceptionnellement, le conseil d’administration peut, conformément à l’article 437 de


l’AUSCGIE, allouer des rémunérations spéciales pour les missions ou mandats confiés à des
administrateurs qui ne rentrent pas dans le cadre normal des fonctions des administrateurs et
qui ne revêtent pas un caractère permanent.

4. La responsabilité des dirigeants sociaux


En contrepartie de leurs pouvoirs étendus, l’Acte uniforme organise un régime sévère de
responsabilité des dirigeants sociaux. Sur le plan civil, les hypothèses où leur responsabilité
personnelle peut être engagée sont nombreuses. Il en sera ainsi pour les fautes et infractions
commises dans l’exercice de leurs fonctions. Cette responsabilité civile peut être recherchée
par la voie d’une action sociale et/ou d’une action individuelle.

L’action individuelle est l’action en réparation du dommage subi par un tiers ou par
un associé, lorsque celui-ci subit un dommage distinct du dommage que pourrait subir la
société, du fait de la faute commise individuellement ou collectivement par les dirigeants

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sociaux dans l'exercice de leurs fonctions. Cette action est intentée par celui qui subit le
dommage.

L’action sociale est l'action en réparation du dommage subi par la société du fait de la
faute commise par le ou les dirigeants sociaux dans l'exercice de leurs fonctions. Cette action
est intentée par les dirigeants sociaux, dans les conditions prévues par l’Acte uniforme pour
chaque forme de société. Cependant, conformément à l’article 167 de l’AUSCGIE, un ou
plusieurs associés peuvent intenter l'action sociale après une mise en demeure des organes
compétents non suivie d'effet dans le délai de trente jours.

C. L’Organe de contrôle
Le contrôle d’une société est une prérogative des associés. Découlant de l’affectio
societatis, il se manifeste de plusieurs manières :
- à travers l’information (articles 157 à 158 de l’Acte uniforme) : Tout associé peut poser par
écrit au gérant, au PDG, au DG ou à l’administrateur général, deux fois par exercice, des
questions sur tout fait de nature à compromettre la continuité de l’exploitation. Les destinataires
de ces questions doivent lui répondre, par écrit, dans le mois qui suit ;
- par l’approbation des comptes qui est de la compétence exclusive de l’assemblée générale
(article 140 de l’Ace uniforme). Celle-ci doit obligatoirement, et sauf prorogation du juge, être
tenue dans les six mois qui suivent la clôture de l’exercice social sur convocation de l’organe
de gestion ;
- par la faculté de déclencher une procédure d’alerte ;
- par la demande d’une expertise de gestion.

Dans certains types de sociétés, des organes extérieurs indépendants sont spécialement
chargés du contrôle de la société. Il s’agit des commissaires aux comptes.
Leur désignation est obligatoire dans les SA. Elle est facultative dans les autres formes de
société. Ainsi, les SNC et SCS qui remplissent, à la clôture de l’exercice, deux (02) des
conditions suivantes :
- Un total du bilan supérieur à 250 millions de francs CFA ;
- Un chiffre d’affaires annuel supérieur à 500 millions de francs CFA ;
- Un effectif permanent supérieur à 50 personnes,
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sont tenues de désigner au moins un (01) commissaire aux comptes.

Aussi, les SARL et SAS qui remplissent, à la clôture de l’exercice, deux (02) des conditions
suivantes :
- Un total du bilan supérieur à 125 millions de francs CFA ;
- Un chiffre d’affaires annuel supérieur à 250 millions de francs CFA ;
- Un effectif permanent supérieur à 50 personnes,
sont tenues de désigner au moins un (01) commissaire aux comptes.
Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, ces sociétés peuvent désigner
volontairement le commissaire aux comptes. Leur désignation peut également être demandée
en justice par les associés détenant au moins le dixième (1/10) du capital social.
La mission du commissaire aux comptes est essentiellement et traditionnellement une mission
de contrôle des comptes, c’est-à-dire une mission permanente de contrôle sur les valeurs et les
documents comptables de la société. De manière plus ponctuelle, le commissaire aux comptes
est appelé à exercer deux types de contrôle : certifier la régularité, la sincérité et la fidélité des
états financiers de synthèses ; vérifier le respect de l’égalité entre associés.

Dans l’exercice de ses missions, le commissaire aux comptes est obligé de porter à la
connaissance des dirigeants sociaux et des associés les faits découverts au cours de ses
investigations ; il doit dénoncer au ministère public les faits délictueux découverts ; il peut être
amené, lorsque la situation de la société lui semble périlleuse sur le plan financier, à déclencher
la procédure d’alerte.

Les commissaires aux comptes peuvent engager leur responsabilité. Ainsi, il ressort de
l'article 725 de l’AUSCGIE que le commissaire aux comptes est civilement responsable, tant à
l'égard de la société que des tiers, des conséquences dommageables des fautes et négligences
qu'il commet dans l'exercice de ses fonctions. Il peut être responsable des dommages causés
par les infractions commises par les membres du conseil d'administration ou par
l'administrateur général si, en ayant eu connaissance, il ne les a pas révélées dans son rapport
à l'assemblée générale. Sa responsabilité peut également être engagée sur le plan pénal.

P 2. Les titres des sociétés commerciales


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Il s’agit principalement des parts sociales des sociétés de personnes et des actions des sociétés
de capitaux.
A. Les parts sociales des sociétés de personnes
Le droit de l’associé d’une société de personnes est représenté par un titre appelé part sociale
ayant un caractère intuitu personae qui les rend en principe incessible, sauf consentement
unanime des associés. De même les parts sociales sont transmissibles de telle sorte que le décès
d’un associé entraîne normalement la dissolution de la société de personne. Cependant, les
associés peuvent prévoir dans les statuts qu’en cas de décès de l’un d’eux, la société pourra
continuer avec son héritier ou entre les associés survivants.

B. Les valeurs mobilières des sociétés de capitaux


Il s’agit principalement des actions auxquelles il faut ajouter les obligations que la société émet
au profit des tiers qui lui ont consenti un prêt.

1. L’action
L’action est un titre matérialisé par un certificat qui constate que son titulaire ou son porteur
possède dans le capital social une somme égale à la valeur mentionnée sur le titre. Elle se
caractérise essentiellement par sa négociabilité c’est-à-dire que l’actionnaire peut par exemple
vendre ses titres à un autre ou à un tiers sans solliciter l’accord des autres associés.

Cette libre négociabilité est parfois limitée. Les actionnaires peuvent prévoir dans les statuts
des clauses permettant de contrôler la cession de leur titre : il s’agit de la clause d’agrément et
de la clause de préemption.

2. Les obligations
Lorsqu’une société a besoin de capitaux à long terme, pour financer ses projets
d’investissement, elle peut recourir à un crédit bancaire ou émettre des obligations.
L’obligation est alors définie comme un titre de créance à long terme conférant à son titulaire
un droit précis sur la valeur nominale déterminée. Les obligations sont négociables au même
titre que les actions et confèrent à leur titulaire en contrepartie un intérêt en plus du
remboursement du capital selon les modalités de l’emprunt obligataire convenu entre le tiers
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et la société. L’intérêt est en principe fixe quelque soit le résultat de l’entreprise. Et c’est la
principale différence avec l’action qui donne droit à un dividende variable avec les bénéfices
de la société.

Section 2. La gestion des crises


Lorsque des suspicions pèsent sur la gestion régulière de la société par ses dirigeants,
il peut être déclenché contre eux deux procédures : la procédure d’alerte (A) et l’expertise de
gestion (B). Par ailleurs, lorsque le fonctionnement de la société est rendu impossible, il peut
lui être désigné un administrateur provisoire (C).
P 1. La procédure d’alerte
C’est une procédure visant à attirer l’attention sur des actes ou des faits de nature à
compromettre la continuité de l’exploitation de l’entreprise. Elle peut être déclenchée soit par
les commissaires aux comptes (articles 150 et ss de l’AUSCGIE), soit par les associés (articles
157 et ss de l’AUSCGIE).

P 2. L’expertise de gestion
Aux termes de l’article 159 de l’AUSCGIE « un ou plusieurs associes représentant au
moins le dixième du capital social peuvent, soit individuellement, soit en se groupant sous que1
que forme que ce soit, demander à la juridiction compétente du siège social, statuant à bref
délai, la désignation d'un ou de plusieurs experts charges de présenter un rapport sur une ou
plusieurs opérations de gestion ».

L’action en désignation d’un expert de gestion doit être intentée par un demandeur qualifié.
D’abord, le demandeur doit avoir la qualité d’associé. Ensuite, en plus de la qualité d’associé,
le demandeur doit détenir au moins le dixième du capital de la société en cause. Les associés
peuvent agir soit individuellement, soit collectivement.

- L’objet de l’expertise de gestion. L’expertise de gestion a pour but de renseigner les


demandeurs et la société sur la régularité ou la conformité d’une ou plusieurs opérations de
gestion à l’intérêt social. Ainsi, sous peine de rejet, la demande d’expertise de gestion doit avoir
pour objet une ou plusieurs opérations de gestion déterminées et non l’ensemble de la gestion.

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- La compétence du juge. L’une des innovations introduites par l’AUSCGIE dans le régime
de l’expertise de gestion est relative à l’organe compétent pour recevoir la demande en
désignation de l’expert de gestion. Il s’agit non plus du président de la juridiction compétente
mais de la juridiction elle-même, statuant à bref délai.

La procédure d’expertise de gestion n’est pas en soi une procédure d’urgence. Elle le
devient lorsque le retard dans la décision à intervenir risque de mettre en péril les intérêts d’un
ou de plusieurs associés. Dans ce cas, le juge des référés est compétent. De même, la mission
de l’expert est entendue de façon stricte et est circonscrite rigoureusement dans le cadre de ou
des opérations de gestion en cause.

A la fin de sa mission, l’expert est tenu d’établir un rapport adressé non seulement au
demandeur, mais également à la société et au commissaire aux comptes.

P 3. L’administration provisoire
Lorsque le fonctionnement normal de la société est rendu impossible, soit du fait des
organes de gestion, de direction ou d’administration, soit du fait des associés, la juridiction
compétente peut décider (à la requête soit des organes de direction ou d’administration, soit
d'un ou plusieurs associés) de nommer un administrateur provisoire aux fins d’assurer
momentanément la gestion des affaires sociales.

La décision de nomination de l’administrateur détermine sa rémunération, l’étendue de


sa mission, sa durée. La durée de la mission ne peut excéder six (6) mois. Mais la juridiction
compétente peut proroger cette durée, à la requête de l’administrateur provisoire, sans que la
durée totale de la mission ne puisse excéder 12 mois.

Chapitre 3. LA DISSOLUTION DE LA SOCIETE COMMERCIALE

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La dissolution est le terme de l'existence sociale. Les liens qui unissent les associés se
dénouent et la personnalité morale s'affaiblit puis disparaît. La dissolution marque donc la fin
de la société. Il convient d’étudier ses causes et ses effets.

Section 1. Les causes de dissolution


Il conviendra d’examiner d’une part les causes de dissolution communes à toutes les
sociétés, et d’autre part, les causes spécifiques de dissolution à chaque type de société
commerciale.
Sous- Section 1. Les causes de dissolution communes à toutes les sociétés
Toutes les sociétés commerciales peuvent être dissoutes de plein droit ou de manière
provoquée.
P 1. La dissolution de plein droit
Elle découle de l’expiration du temps pour lequel la société a été constituée, donc de
l’arrivée du terme convenu, de la réalisation ou l'extinction de l'objet social, de l’annulation du
contrat de société, de l’effet d’un jugement ordonnant la liquidation des biens de la société et
enfin, de toute autre cause prévue par les statuts.

A. L’arrivée du terme convenu


Les associés fixent dans les statuts une durée à l’expiration de laquelle la société prendra
fin de plein droit. Cependant, ils peuvent prolonger cette durée lorsqu’ils ont de bonnes raisons
de penser que l’exploitation peut être poursuivie, notamment quand la société est prospère.
Dans ce cas ils établissent un écrit à joindre à l’acte constitutif pour des besoins de preuve. Les
sociétés sont constituées pour une durée qui ne saurait excéder 99 ans.

B. La réalisation ou l’extinction de l’objet social


L’objet social est réalisé lorsque la raison pour laquelle la société avait été constituée est
totalement achevée ou interrompue. Exemple : la construction d’une route ou d’un immeuble
et de manière générale la réalisation d’un ouvrage. La société doit alors être dissoute même si
le terme n’est pas encore échu. Néanmoins, pour éviter la dissolution les associés peuvent
prévoir dans les statuts d’autres activités à venir à coté de l’objet principal. De la sorte, lorsque
l’objet principal devient impossible, la société se rabat sur d’autres activités jusques là
inexploitées.
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C.Annulation et faillite de la société


L'annulation d'une société est rare. Cependant lorsqu'elle est prononcée, son effet est
atténué ; elle n'opère pas de manière rétroactive. Elle produit alors les effets d'une dissolution.
Dans le même sens, le jugement ordonnant la liquidation d'une société entraîne
automatiquement la dissolution de celle-ci.
D.Causes statutaires
La société peut prendre fin pour toute cause prévue par les statuts. La vie d'une société
suppose le maintien de ses éléments essentiels. Dès lors, les statuts peuvent prévoir une
dissolution en cas de pertes graves telles que la perte de l'objet social ou d'un apport. La perte
de l'objet social est la perte de la richesse pour l'exploitation de laquelle la société avait été
constituée. La perte d'un apport par contre est une perte partielle de l'actif social. Elle ne
constitue une cause de dissolution que si la considération du bien perdu a été jugée assez
essentielle pour les associés.

P 2. La dissolution provoquée
La dissolution d'une société peut résulter de la volonté d'un ou des associés. Dans certains cas
déterminés, elle peut découler d'une décision judiciaire. Il s’agit dans ce dernier cas de la
dissolution judiciaire pour justes motifs.

A. Par la volonté d'un ou des associés

En dehors des hypothèses de dissolution de plein droit, la société peut prendre fin, de manière
anticipée, à l’initiative d’un ou de plusieurs associés. La société peut également être dissoute
par renonciation et même en cas de réunion de toutes les parts sociales en une seule main.

1. Dissolution anticipée
Avant le terme prévu par les statuts, les associés peuvent mettre fin au contrat dans les mêmes
formes que pour le modifier c’est-à-dire à l'unanimité ou à la majorité qualifiée selon le type
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de société. La dissolution anticipée peut être directe ou indirecte. Elle est directe lorsqu'elle
émane d'une décision de l'assemblée générale des associés, ou survient en application d'une
clause des statuts. Elle est indirecte lorsqu'elle est la conséquence nécessaire d'une autre
décision collective (par exemple, une décision de se laisser absorber par une autre société à
l'occasion d'une fusion, ...). La dissolution volontaire ne doit pas être dictée par une intention
frauduleuse, ou par l'intention de nuire à la minorité.
2. Renonciation
L'hypothèse est prévue par le droit commun des contrats. Un associé qui ne souhaite plus faire
partie d'une société peut unilatéralement y renoncer.

La renonciation n'est possible que dans les contrats dont la durée est indéterminée, soit qu'il n'y
a pas de terme, soit que le terme est si lointain qu'il dépasse l'espérance de vie active de
l'homme. De même, l'associé doit être dans l'impossibilité de sortir de la société par une cession
de parts (par exemple, une société interdisant ou limitant la négociabilité des titres sociaux).
Enfin, le renonçant doit être de bonne foi, c’est-à-dire selon le droit commun, qu'il ne doit pas
vouloir quitter la société dans l'intention de nuire en s'appropriant les bénéfices réalisés en
commun. Bien plus, il ne doit pas renoncer à contretemps, c’est-à-dire à une période
économiquement inopportune.

Sur le plan de la forme, la renonciation doit se faire par une signification par acte d'huissier à
tous les associés. Ceux-ci peuvent agir en justice s'ils estiment que le renonçant n'a pas respecté
les conditions de fond ci-dessus.

3. Réunion de toutes les parts en une seule main


La réunion de toutes les parts ou actions en une seule main était sous l’ancienne législation une
cause commune de dissolution de plein droit de toutes les sociétés. Les circonstances
génératrices d’une telle situation étaient plutôt fréquentes. A la suite d'une cession ou d'une
transmission successorale, les parts ou actions d'une société pouvaient se trouver réunies entre
les mains d'un seul associé. Le défaut de pluralité d'associés, condition du contrat de société,
devait entraîner la dissolution immédiate de celle-ci. L'unique associé ne pouvait éviter cette
dissolution même s'il se trouvait un autre associé ; cela aurait été la création d'une nouvelle
société.
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En consacrant la société d’une seule personne, l’AUSCGIE a aussi relativisé cette cause de
dissolution de la société commerciale. Dès lors, une société, pluripersonnelle au départ, qui
devient unipersonnelle par survenance d’un quelconque événement, ne peut plus être dissoute.
L’article 60 de l’Acte uniforme reconnaît alors que la réunion de toutes les parts sociales en
une seule main ne peut plus être cause de dissolution que dans certains cas seulement : une
société en nom collectif ou en commandite simple qui deviendrait unipersonnelle. Il ressort en
effet de ce texte que : « Dans le cas des sociétés dont la forme unipersonnelle n’est pas
autorisée par le présent Acte uniforme, la détention par un seul associé de tous les titres
sociaux n’entraîne pas la dissolution de plein droit de la société. Tout intéressé peut
demander au Président de la juridiction compétente cette dissolution, si la situation n’a
pas été régularisée dans le délai d’un an. Le tribunal peut accorder à la société un délai
maximal de six mois pour régulariser la situation. Il ne peut prononcer la dissolution si,
au jour où il statue sur le fond, cette régularisation a eu lieu ». Si donc il n’y a pas eu
régularisation, on peut penser que la société sera considérée comme une société créée de fait.

B. Par une décision de justice pour juste motif


La dissolution judiciaire pour juste motif intervient en cas d’inexécution de ses
obligations par un des associés ou en cas de mésentente entre associés empêchant le
fonctionnement normal de la société.

De manière générale le juste motif s’entend de toute circonstance qui empêche


définitivement la société de réaliser convenablement son objet. Il en est ainsi d’une discorde
grave entre les associés et qui se traduit par l’impossibilité de choisir un gérant ou de s’entendre
sur la méthode d’évaluation du bilan entraînant ainsi la paralysie de la société.

Sous- section 2. Les causes de dissolution spécifiques à chaque type de société

Cas de la SNC

En dehors des causes générales de dissolution, la SNC peut être dissoute en de survenance
d’événements touchant personnellement un associé. Il s’agit par exemple de la révocation d’un
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associé gérant sauf s’il n’est pas nommé dans les statuts, du décès d’un associé, de la liquidation
des biens d’un associé et de la survenance d’une incapacité ou d’une mesure d’interdiction chez
un associé. La continuation peut cependant être décidée par les autres associés ou prévue par
les statuts. Dans ce cas, l’associé concerné devra quitter la société contre remboursement de
ses droits sociaux.

Cas de la SCS

Les causes de dissolution de la SCS et leurs effets sont les mêmes que pour la SNC. Mais il
faut signaler qu'en ce qui concerne les commanditaires, la considération de leur personne étant
moins importante, les statuts prévoient généralement, en cas de décès de l'un d'eux, la
continuation de la société sans lui ou avec ses héritiers. Cependant, s'il est stipulé que malgré
le décès de l'un des associés commandités, la société continue avec ses héritiers, ceux-ci
deviennent associés commanditaires lorsqu'ils sont mineurs non émancipés.

En revanche, si l'associé décédé était seul associé commandité et si ses héritiers sont alors
mineurs non émancipés, il doit être procédé à son remplacement par un nouvel associé
commandité ou à la transformation de la société dans un délai d'un an à compter du décès. A
défaut, la société est dissoute de plein droit à l'expiration de ce délai.

Cas de la SARL

En plus des causes communes à toute société, la SARL comporte des causes propres de
dissolution. Il s'agit :

- de la réduction du capital au-dessous du minimum légal ;

- de la perte d’une fraction importante de son capital social.

Malgré l’intuitus personae qui caractérise la SARL, les événements qui atteignent
personnellement les associés, n’entraînent pas la dissolution de la société. Exemples : la mort
d'un associé n'est pas, en principe, une cause légale de dissolution de la SARL. Néanmoins,
une clause des statuts peut en disposer ainsi. La SARL n'est pas dissoute en cas d'interdiction,
de faillite ou d’incapacité d'un associé.

Cas de la SAS

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En dehors des causes communes de dissolution des sociétés commerciales, la SA peut être
dissoute :

- en cas de perte d’une part importante de son capital social

La dissolution de la SAS pluripersonnelle entraîne de plein droit sa mise en liquidation. S’il


s’agit d’une SA unipersonnelle, il y a transmission universelle de son patrimoine à l’actionnaire
unique.

Cas de la SA

En dehors des causes communes de dissolution des sociétés commerciales, la SA peut être
dissoute :

- en cas d’insuffisance du capital social, c’est-à-dire lorsque le capital social est passé en
deçà du seuil légal

- en cas de perte de la moitié du capital social.

La dissolution de la SA pluripersonnelle entraîne de plein droit sa mise en liquidation. S’il


s’agit d’une SA unipersonnelle, il y a transmission universelle de son patrimoine à l’actionnaire
unique.

La personnalité morale de la société dissoute subsiste pour les besoins des opérations de
liquidation et jusqu’à leur fin. La dissolution n’a d’effets à l’égard des tiers qu’à compter de sa
publication au RCCM.

Section 2. Les conséquences de la dissolution

Les conséquences de la dissolution varient selon que l’on est en présence d’une société
pluripersonnelle ou unipersonnelle.

P 1. Les conséquences de la dissolution d’une société pluripersonnelle

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La personnalité morale de la société dissoute subsiste pour les besoins de la liquidation et


jusqu’à la clôture de celle-ci. La dissolution de la société pluripersonnelle entraîne de plein
droit sa mise en liquidation suivie du partage.

A. La liquidation du patrimoine social

C’est l’ensemble des opérations consistant après règlement du passif sur les éléments d’actif à
convertir ces éléments en argent de telle sorte que partage puisse être effectué. Trois opérations
sont donc nécessaires pour la liquidation.

1. La réalisation des éléments de l’actif

Le liquidateur doit commencer par recouvrer les sommes dues à la société par des tiers ou par
les associés. Il demande alors la libération intégrale des apports lorsque celle-ci n’a pas encore
eu lieu. Il doit ensuite vendre les biens qui composent le patrimoine social

2. Le règlement du passif

Avec les fonds recueillis au cours de la première opération, le liquidateur doit désintéresser les
créanciers sociaux au fur et à mesure qu’ils se présentent. Il tient compte des créanciers
privilégiés et des créanciers chirographaires. Il peut aussi établir un calendrier de paiement qui
tient compte du rythme de ses recouvrements auprès des débiteurs de la société.

3. L’établissement des comptes entre les associés

La dernière opération avant le partage consiste pour le liquidateur à établir pour chacun des
associés un compte global qui présentera un solde créditeur ou débiteur.

B. Le partage

Le partage consiste en une simple répartition de ce qui reste entre les associés. Il s’agit du boni
de liquidation qui comprend les bénéfices mis en réserves, ou plus exactement ce qui reste
lorsque le passif a été réglé et que le capital a été remboursé.

Lorsque la société a au contraire subi des pertes, la répartition doit également être faite
conformément aux statuts et proportionnellement aux apports pour les sociétés de capitaux.

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P 2. Les conséquences de la dissolution d’une société unipersonnelle

La dissolution d’une société dans laquelle tous les titres sont détenus par un seul associé
n’entraîne la liquidation du patrimoine de la société. Cette dissolution emporte transmission
universelle du patrimoine de la société à l’associé unique.

Les créanciers peuvent faire opposition à la dissolution, devant la juridiction compétente, dans
le délai de trente (30) jours à compter de la publication de celle-ci. La juridiction compétente
rejette l'opposition ou ordonne soit le remboursement des créances, soit la constitution de
garanties si la société en offre et si elles sont jugées suffisantes. La transmission du patrimoine
n'est réalisée et il n'y a disparition de la société qu'a l'issue du délai d'opposition ou, le cas
échéant, lorsque l'opposition a été rejetée ou que le remboursement des créances a été effectue
ou les garanties constituées.

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