5 - Psychologie Cognitive
5 - Psychologie Cognitive
Conception de l’individu
Psychologie cognitive
Christelle Robert
Le terme « cognition » est un terme assez à la mode. Il désigne tout ce qui se rapporte à la
connaissance, tout ce qui cherche à la décrire et à l’expliquer. Ce terme s’applique à des
organismes qui peuvent être très différents les uns des autres. L’être humain n’est pas le
seul doué de cognition. Quand on parle d’organismes, ici, cela désigne aussi bien les
animaux et les humains que les robots (systèmes artificiels). Certains systèmes artificiels
sont en effet aussi doués de cognition.
ex : le robot Ashimo, mis au point pas des japonais, et le robot Deep Blue, le
premier ordinateur ayant vaincu un champion d’échec en 1997. Leur cognition est
calquée sur celle des êtres humains.
On va étudier la façon dont les systèmes cognitifs naturels (ex : les être humains)
réalisent des tâches complexes. On est donc assez proches des sciences de la vie. Quelles
sont les étapes, au niveau psychologique, qui permettent de réaliser une tâche complexe ?
Comment, par exemple, transformer une phrase verbale en prise en notes ? Mais ce n’est
pas que s’intéresser à l’être humain : étudier les systèmes cognitifs, c’est aussi étudier la
façon dont les systèmes artificiels (les robots) doivent être conçus pour réaliser les
mêmes tâches.
Le fonctionnement de ces systèmes est très complexe car ce sont des systèmes
adaptatifs, ils ne sont pas figés. Ils sont capables d’apprendre des informations et de se
Conception de l’individu –psychologie cognitive (L1 S1)
La psychologie cognitive peut être située au sein d’un ensemble de sciences : les sciences
cognitives. C’est un ensemble de disciplines scientifiques qui ont toutes pour point
commun d’étudier des systèmes cognitifs sous différents aspects. Parmi les sciences
cognitives, on trouve la philosophie, tout ce qui est de l’ordre de l’intelligence artificielle
(qui travaille sur des modélisations, des simulations, et le développement de robots), la
sociologie cognitive, la linguistique (mais aussi la psycholinguistique), les neurosciences,
et puis bien sûr la psychologie. Toutes ces disciplines interagissent entre elles pour
donner lieu à des recherches interdisciplinaires (ou multidisciplinaires). L’objectif de ce
type de recherche est d’étudier un même objet sous différents angles, ce qui permet
d’avoir une compréhension très complète du fonctionnement de cet objet.
ex : comment rédige-t-on un texte ? On pourrait solliciter un psychologue, un
linguiste et un chercheur en intelligence artificielle.
① modèles de rédaction de texte (développés dès les années 80). Le modèle
de Kellogg, en 1996, stipule qu’il y a 3 étapes : formulation (planifier et
traduire), exécution (programmer et exécuter) et contrôle (lire et éditer).
② Expérience avec des participants (psychologie) : recueillir les
comportements manifestés par différents participants.
③ Analyse des verbalisations (linguistiques) : le participant cherche ce qu’il va
dire, sa formulation, sa conclusion…
④ Conception d’un programme informatique (IA) qui simule les mécanismes
de rédaction de texte à partir des résultats.
⑤ Mise en commun des données.
On aurait aussi pu solliciter un chercheur en neurosciences pour enregistrer
l’activité cérébrale d’un participant de l’expérience du psychologue lorsqu’il rédige
un texte.
Les recherches interdisciplinaires sont donc très intéressantes, mais compliquées à
mettre en œuvre.
2/ La psychologie cognitive
2-1/ Etudier le comportement humain
L’objectif est d’étudier l’ensemble des états mentaux et des processus psychiques. En
d’autres termes, on étudie l’ensemble des activités mentales (ex : le langage, la
perception, la mémoire, la résolution de problèmes, la perception) qui donnent une
représentation interne de données externes pour permettre à l’individu de prendre des
décisions et d’agir avec son environnement. Plus spécifiquement, ce qui nous intéresse de
façon générale, c’est de déterminer comment les individus acquièrent, traitent,
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Ce qui est aussi intéressant, ce sont les capacités dites « normales » (chez individu sain) et
le fonctionnement global. On cherche donc à mettre en évidence des lois de
fonctionnement chez les individus sains. Cependant, on s’intéresse aussi aux
dysfonctionnements de ces capacités. Pour comprendre un dysfonctionnement, il faut à
la base bien comprendre le fonctionnement. Quand on parle de dysfonctionnements, on
pense plutôt à la neuropsychologie cognitive, dont c’est l’objet d’étude.
Les patients ayant un trouble à l’étape 1 font des erreurs sémantiques, ils se trompent au
niveau du sens des mots (ex : ils répondent « souris » à une photo de chat). Pour ce type
de patients, on va donc mettre en place une thérapie concentrée sur la signification des
mots.
Les patients ayant un trouble à l’étape 2 font des erreurs phonologiques, ils se trompent
au niveau des sons à produire. C’est une catégorie complètement différente des autres
patients (ex : ils répondent « fa », ou « sa » à une photo de chat). Ils n’ont donc aucun
problème au niveau sémantique, mais au niveau phonologique. On va alors mettre en
place une aide qui va spécifiquement cibler la prononciation des mots.
Questionnaires
Protocoles verbaux
Epreuves de rappel
Epreuves de reconnaissance (on apprend une liste de mots, ensuite on nous
présente une autre liste de mots avec certains qui ont été appris et d’autres non,
et on doit reconnaître ceux qui ont été mémorisés)
Tâches de jugement (ex : est-ce que le mot présenté vous est familier ? Est-il
plaisant ? Vous évoque-t-il quelque chose de positif ou négatif ?)
Langage Raisonnement
Perception
Résolution
Psychologie des
cognitive problèmes
Attention
Apprentissage
Mémoire
○ La perception
Ce qu’on cherche à faire, c’est étudier comment le système cognitif traite et transforme
l’information issue des organes sensoriels (modalités tactile, olfactive, visuelle…). C’est
un peu différent de l’approche purement biologique, car on considère que percevoir,
c’est le résultat d’une interaction entre des processus dits « ascendants » (bottom-up) et
« descendants » (top-down). Les processus ascendants sont liés aux stimuli visuels
(physique) et les processus descendants sont les connaissances liés aux objets. Ces
phénomènes perceptifs ont été très étudiés, notamment avec les illusions d’optique.
ex : la loi de la bonne forme (gestaltistes Koffka). Ces chercheurs ont mis en
évidence plusieurs lois perceptives. Cette loi stipule que nous avons tendance, en
tant qu’êtres humains, à organiser les données
sensorielles pour qu’elles ressemblent à des formes
simples, des formes symétriques et continues. Il y a des
formes qu’on a du mal à ne pas percevoir.
○ L’attention
C’est une notion très difficile à étudier en psychologie car on
peut lui donner des fonctions très différentes, et parce que l’attention peut s’appliquer à
des domaines aussi très différents. Si on veut lui donner une définition, on peut dire que
l’attention est un processus de « haut niveau » qui permet de contrôler ou moduler les
processus psychologiques. C’est une fonction « exécutive » qui permet la mise en œuvre,
la poursuite, l’arrêt, l’alternance d’une tâche.
ex : l’attention divisée et la concurrence cognitive. Cette étude a été réalisée par
des chercheurs français (Lieury, Robert et Castell, 1990). On demande au
participant d’appuyer le plus vite possible sur un bouton réponse en fonction d’un
stimulus. En même temps, on lui fait écouter un message sonore, qui peut être de
différents types :
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1 : « froid, région d’Evreux, toute la semaine » (suite de mots sans lien
apparent)
4 : « la prudence est au rendez-vous car on annonce du froid avec du verglas
dans la région d’Evreux, surtout sur la route de Dreux qui sera glissante toute
la semaine de 18h à 11h » (message détaillé)
Est-ce que le niveau d’un message sonore a un effet sur le temps d’appui ? Oui, au
niveau 1 on voit déjà une petite augmentation, mais au niveau 4 le temps de
réaction est doublé. L’attention a donc été divisée entre la réalisation de la tâche
et l’écoute du message sonore.
○ L’apprentissage
C’est une modification des connaissances en mémoire, soit par l’intégration de nouvelles
connaissances, soit par une réorganisation des connaissances existantes. L’apprentissage
est un domaine vaste, qui peut aller de l’apprentissage du vélo à celui de langues
étrangères. Les questions principales qu’on se pose sur l’apprentissage sont : par quelles
étapes j’apprends des informations ? Peut-on apprendre de façon inconsciente, implicite ?
Peut-on apprendre en dormant ?
Une étude a été réalisée avec 2 groupes de participants, auxquels on a demandé
d’apprendre une liste de mots. On teste ensuite leur performance une première
fois. On leur demande ensuite, après un certain temps, de rappeler une 2 ème fois la
liste de mots : le 1er groupe est resté éveillé alors que le 2 ème groupe a dormi
entretemps. Le groupe qui a dormi voit ses performances être améliorées. Cette
étude montre donc que le sommeil a un effet bénéfique sur l’apprentissage.
○ La mémoire
Ça correspond à l’ensemble des systèmes de conservation de toutes les réponses
acquises par l’organisme (conservation des connaissances, des schémas d’action, et des
souvenirs personnels). Un ou plusieurs systèmes de stockage ? Plusieurs, dont la mémoire
sémantique, la mémoire à long terme, la mémoire épisodique…Sous quelle forme
l’information est-elle stockée : de façon imagée ou abstraite ? Est-ce que c’est organisé ou
non ? Quelle est la capacité de la mémoire ? Pourquoi oublie-t-on ?
réponses au 2ème semestre avec V. Postal.
○ Le langage
C’est une compétence spécifique, pas forcément humaine, qui a pour première fonction
d’assurer la communication entre les êtres humains. Cependant, c’est aussi une fonction
qui sert de support à l’ensemble de la cognition. Pour mémoriser, pour apprendre, pour
raisonner… on a besoin du langage. Il faut bien faire la distinction oral/écrit, ainsi qu’entre
production et compréhension (ex : les personnes âgées n’ont pas de difficulté à produire
du langage, mais parfois à le comprendre). On peut s’intéresser aux :
lettes/phonèmes/syllabes/mots/phrases/textes. On peut aussi s’intéresser aux différences
liées à l’âge, ou étudier les dysfonctionnements comme l’aphasie, la dyslexie…Mais aussi
Conception de l’individu –psychologie cognitive (L1 S1)
étudier le langage chez les populations particulières comme chez les bilingues, ou dans
des situations particulières comme les messages d’annonce du cancer.
on verra tout ça en L2.
○ Le raisonnement
Une activité mentale qui consiste à augmenter l’information disponible et à produire de
nouvelles informations à partir d’informations anciennes. Bien souvent, on a des biais de
raisonnement, et c’est ce qui nous intéresse en psychologie.
expérience de Wason (1960) : on donne au participant un triplet de nombres et on
lui demande de découvrir la règle qui a permis de former ce triplet. Pour découvrir
la règle, le participant peut proposer autant de triplet qu’il souhaite, et à chaque
fois l’expérimentateur lui dit si son triplet est conforme ou non.
1–3–5
7 – 9 – 11 ? oui.
19 – 21 – 23 ? oui.
règle : nombre impairs croissants de 2 en 2 ? non.
80% des participants se trompent, ils utilisent le biais de confirmation
d’hypothèse sans chercher à l’infirmer avant de donner une réponse.
3 – 4 – 5 ? oui.
7 – 2 – 1 ? non.
règle : 3 nombres ordonnés de façon croissante ? oui.
○ La résolution de problèmes
Etudier la résolution de problèmes, c’est étudier comment les individus s’y prennent pour
trouver des solutions à des situations pour lesquelles ils n’ont pas de réponse a priori.
Dans ce domaine-là, généralement, on créé des problèmes pour observer le chemin pris
par le participant pour le résoudre.
un exemple typique : « le problème des 9 points » de Weisberg et Alba (1981).
« le problème de la bougie » de Duncker (1945). On dispose de 3 objets : une boîte
d’allumettes, une bougie et des punaises. Comment fixer la bougie au mur sans que
la cire tombe ? biais de la fixité fonctionnelle : chaque objet a une utilité propre
et on ne pense pas forcément à les utiliser d’une autre manière. Ici, la boîte
d’allumette doit servir de support à la bougie.
On peut faire des liens entre différents domaines d’étude de la psychologie cognitive (ex :
influence de la langue sur la résolution de problème, lien entre capacité de mémoire et
compréhension du langage).
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On peut aussi faire des liens entre les disciplines de la psychologie, exemples :
psychologie du développement : acquisition de la lecture
psychologie clinique : modification des performances mnésiques chez les
schizophrènes
psychologie sociale : influence des stéréotypes
psychologie différentielle : influence des traits de personnalité sur la mémorisation
IV/ Conclusion