Coiffe Arthroscop
Coiffe Arthroscop
Le traitement arthroscopique des lésions de la coiffe des rotateurs connaît actuellement un grand essor du
fait de la découverte de ses possibilités et de sa fiabilité. Si les indications du traitement arthroscopique
des ruptures de coiffe étaient initialement limitées aux petites lésions, actuellement, l’arthroscopie est
devenue le mode de traitement de toutes les lésions pour de nombreux auteurs. Un des points clés est le
choix des voies d’abord pour la visualisation, l’instrumentation, l’exposition des lésions intra-articulaires,
aidé par la bursectomie sous-acromiale. L’analyse lésionnelle guide les principes de réduction puis de
fixation de la lésion tendineuse. Les principes de fixation sont identiques à ceux de la chirurgie ouverte : les
sutures doivent être solides, avec un ancrage fiable, un passage transtendineux adapté au siège de la
réinsertion et un minimum de tension facilité par l’éventuelle arthrolyse et ténolyse dans les formes
rétractées. L’arthroscopie a permis une amélioration essentielle de la connaissance et du traitement des
formes de déchirures partielles intra-articulaires et des lésions isolées du biceps. Les lésions
intratendineuses ne doivent pas être négligées. Le traitement des lésions du sous-scapulaire, longtemps
considéré impossible à effectuer sous arthroscopie, est actuellement bien codifié et a montré sa fiabilité.
La réinsertion osseuse des lésions transfixiantes du sus- et du sous-épineux peut se faire sur une seule ou
deux rangées d’implants ; dans ce cas la surface de contact est augmentée. Cette restauration du pied
tendineux (ou foot print) semble assurer une meilleure cicatrisation de la réparation lésionnelle. Les
réparations partielles des formes étendues par suture bord à bord éventuellement combinées à des
réinsertions osseuses assurent d’excellents résultats fonctionnels grâce à un délabrement minimal. Par
rapport à la réparation à ciel ouvert, c’est une chirurgie plus facile pour le patient mais parfois plus difficile
pour le chirurgien.
© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Mots clés : Arthroscopie ; Épaule ; Coiffe des rotateurs ; Sous-scapulaire ; Foot print ; Nerf sus-scapulaire
Bilan préopératoire
Le bilan préopératoire définit la réparabilité de la lésion en
fonction de la rétraction tendineuse et de la dégénérescence
musculaire en sachant que pour les lésions étendues, il est très
difficile de savoir la forme de rétraction qui conditionne
souvent la réparabilité.
■ Principes généraux
Anesthésie et positionnement opératoire Figure 2. Voies d’abord : cinq voies d’arrière en avant selon l’ordre de
Sous anesthésie locorégionale C6, complétée par un bloc l’alphabet.
plexique ou par une anesthésie générale, le patient est installé A. Vue postérieure.
en position assise ou en décubitus latéral. B. Vue latérale. Voie classique : voie scapulohumérale et sous-acromiale
La position assise avec une traction collée afin de maintenir postérieure (a) ; voie latérale d’acromioplastie (c) ; voie antérieure d’accès
le bras en légère tension (Fig. 1) permet la mobilisation et le classique pour les réparations de Bankart (e) à la partie médiane du bord
positionnement de l’épaule en légère antéflexion, exposant ainsi antérieur du ligament acromiocoracoïdien ; deux autres voies (b) et (d) :
un excellent accès aux lésions antérieures. angles postérieurs et antérieurs de l’acromion ; en avant, à 5 cm sous la
Le décubitus latéral permet une meilleure décoaptation sous- coracoïde, juste en dehors du tendon conjoint, une voie antérieure très
acromiale et un accès à la coiffe postérieure plus aisé, mais reste inférieure (f), excellent accès au sous-scapulaire ; voie de Neviaser (N)
plus difficile pour l’exposition et la réparation des lésions du dans l’angle formé par acromion et clavicule, à 1 cm en dedans de
sous-scapulaire. l’articulation acromioclaviculaire ; plus en dedans de 2,5 cm, une voie
d’abord spécifique à la libération du nerf suprascapulaire à l’aplomb du
ligament de l’échancrure coracoïdienne (g).
Voies d’abord
Repérages
Les classiques repères cutanés (acromion, clavicule, coracoïde,
ligament acromiocoracoïdien et tendon conjoint) sont dessinés
sur l’épaule positionnée en traction ; cinq voies sont schémati-
sées d’arrière en avant selon l’ordre de l’alphabet (Fig. 2A, B).
En premier, les trois voies d’abord repères sont marquées :
• la voie classique, voie scapulohumérale postérieure (a) ;
• la voie latérale d’acromioplastie (c) ;
Figure 1. Position assise avec le bras en légère tension, l’épaule en • la voie antérieure d’accès classique pour les réparations de
légère antéflexion exposant ainsi un excellent accès aux lésions antérieu- Bankart (e) à la partie médiane du bord antérieur du ligament
res. acromiocoracoïdien.
Ces trois voies d’abord sont reliées par des lignes, et deux
autres voies (b) et (d) sont repérées en face des angles posté-
rieurs et antérieurs de l’acromion. D’autres voies d’abord
permettent un accès plus spécifique :
• en avant, à 5 cm sous la coracoïde, juste en dehors du tendon
conjoint, une voie antérieure très inférieure (f) permet un
excellent accès au sous-scapulaire ;
• la voie de Neviaser (N) [43] située dans l’angle formé par
acromion et clavicule, à 1 cm en dedans de l’articulation
acromioclaviculaire ;
• plus en dedans de 2,5 cm, une voie d’abord spécifique à la
libération du nerf suprascapulaire est située à l’aplomb du
ligament de l’échancrure coracoïdienne (g) [44].
D’autres voies d’abord sont utilisées à la demande, de façon Figure 3. Lésions transfixiantes coronales distales (type 1), intermédiai-
ponctuelle, en fonction des lésions et en respectant les règles de res (type 2), et rétractées (type 3).
sécurité.
Diagnostic arthroscopique
Principes diagnostiques
L’exploration doit être complète, rigoureuse, en appréciant
dans l’ordre préétabli chacun des éléments articulaires et sous-
acromiaux. Dans les ruptures partielles, l’exploration se fait en
intra-articulaire par la voie postérieure puis en sous-acromial par
la même incision cutanée.
Dans les ruptures transfixiantes, la visualisation est aidée d’un
nettoyage articulaire avec résection et électrocoagulation des
hyperplasies synoviales et surtout bursectomie, étape importante
souvent longue et hémorragique mais indispensable. L’évalua-
tion est statique et dynamique, en s’aidant de la mobilisation
articulaire du palpeur et d’une prise latérale de la coiffe pour
apprécier la possibilité et le sens de réductibilité des lésions,
éventuellement après libération périglénoïdienne et sous-
acromiale si nécessaire.
Formes lésionnelles
L’analyse lésionnelle suit la classification de Patte reprise par
Figure 5. Rupture en U.
la SFA [45], qui évalue la localisation et la rétraction de la lésion
tendineuse (Fig. 3, 4) dans les ruptures perforantes. Les ruptures
massives sont définies par l’atteinte des trois tendons avec au
moins l’un d’eux rétracté jusqu’à la glène. • la rupture en L antérieure (Fig. 6) se produit lorsque l’inter-
Les différentes formes de déchirure du sus- et sous-épineux se valle des rotateurs est déchiré en avant et que le sous-
présentent en fonction du siège de la désinsertion, la rétraction épineux tire le tendon du sus-épineux vers l’arrière ;
tendineuse étant alors secondaire à la traction musculaire : • la rupture en L postérieure (Fig. 7) est due à une déchirure
• la rupture en U (Fig. 5) du sus-épineux se produit lorsque ses entre sus- et sous-épineux, le sus-épineux se rétracte en
insertions antérieures et postérieures sont encore au moins dedans et en avant, restant attaché en avant par ses fibres
partiellement épargnées ; croisées avec le ligament coracohuméral ;
Arthrolyse et ténolyse
Quelle que soit la taille de la rupture de coiffe, il existe une
inflammation réactionnelle et une rétraction tendineuse
permanente qui évolue vers la fixation. La réduction nécessite
une libération tendineuse de part et d’autre du tendon en vue
d’une réparation avec un minimum de tension des parties
molles. L’arthroscopie est sans aucun doute le meilleur moyen
de procéder à cette libération de façon précise et non déla-
brante, exactement adaptée aux besoins. Les deux temps intra-
articulaire et sous-acromial sont menés parallèlement, de
préférence avec un appareil bipolaire (Fig. 10A à C), éventuelle-
ment aidé d’un fil de traction placé par une voie d’abord dans
l’axe de la réduction. Dans les rétractions antérieures, les
ligaments coracohuméral et glénohuméral supérieurs sont
détachés du côté de la coracoïde et non sur leur partie distale,
préservant ainsi la continuité entre sus-épineux et sous-
scapulaire. La libération antérieure expose à des dangers propres
à la proximité des éléments du plexus brachial et des vaisseaux
antérieurs. Pour les rétractions postérieures, la bursectomie
postérieure s’étend latéralement jusqu’au cul-de-sac postérolaté-
ral et médialement jusqu’à l’épine de l’acromion, jusqu’à voir
Figure 7. Rupture en L postérieure. les fibres musculaires des sus- et sous-épineux. En intra-
articulaire, la capsulectomie peut être effectuée à 360°, en
échangeant les voies d’abord, souvent facilitées par la perfora-
• la rupture en V est un clivage longitudinal dans le tendon du tion de la coiffe. Les villosités synoviales sont réséquées et
sus-épineux qui est attiré de part et d’autre par les structures coagulées.
musculotendineuses antérieures et postérieures (Fig. 8). Ces
Acromioplastie et résection
.
Les principes généraux sont les mêmes quels que soient les
tendons concernés.
.
Figure 13. Instrument libre perforant le tendon pour aller chercher le fil. Puis le fil est ensuite amené en retirant l’instrument du tendon. Ce passage est fait
depuis l’avant.
Figure 19. Point de mattress lasso loop. Figure 21. Point de mattress.
Nœud
Les fils monobrins résorbables, type PDS®, ou non résorba- À part cela, signalons la possibilité d’utiliser des ancres
bles, type monocryl, sont pratiques à utiliser car ils passent knotless initialement décrites et utilisées pour la stabilisation
directement avec le Spectrum®, mais ils sont rigides et vulnéra- glénohumérale [50] mais actuellement adaptées aux réparations
bles aux angles parfois aigus lors du passage à travers les œillets de coiffe ; elles sont munies de fils sertis en boucle attrapés par
des ancres métalliques. Les fils tressés sont, soit à résorption l’extrémité de l’ancre après son passage à travers le tendon
lente type Panacryl®, soit non résorbables, type Éthibond®, ou (Fig. 26A à F), évitant ainsi l’utilisation du nœud.
Figure 22. Sutures bord à bord. Épaule droite ; la caméra est placée en voie d’abord c et maintenue
par l’aide opératoire qui suit l’évolution des instruments. Les instruments type « Clever Hook » (CH) sont
manipulés avec les deux mains, le rouge passe par la voie d’abord antérieure, le vert par la voie
postérieure.
A. Le CH rouge, chargé du fil en son milieu, pénètre la partie antérieure du tendon ; le CH vert vide
pénètre la partie postérieure du tendon, récupère la boucle du fil et puis la passe à travers le tendon
postérieur.
B. Le CH vert lâche la boucle pour passer dedans et attraper un des brins antérieurs.
C. Le CH rouge récupère le fil une fois passé dans la boucle.
D. Les deux brins du fil sont récupérés par la voie d’abord en B, le libre est celui passé dans la boucle.
E. La traction est exercée sur le brin libre pour rapprocher les berges de la rupture.
F. Le pousse-nœud est passé sur le brin qui passe dans la boucle et la traction y est exercée pour
maintenir le serrage de la rupture.
G. Les nœuds sont descendus l’un après l’autre en maintenant la traction sur le brin où se trouve le
pousse-nœud pour les deux premiers, puis sont descendus en alternance.
Ancres
Types d’ancres
Figure 25. Nœud sur fil fixe.
Différents types d’ancres sont utilisés, différents dans leur A. Première double clé en lacet de chaussure qui maintient la réduction de
forme et leur principe d’ancrage ; mais on peut schématique- la fermeture.
ment les différencier en ancres vissées et ancres à impacter : B. Deuxième demi-clé pour obtenir un nœud plat.
• les ancres vissées ont une tenue dans l’os globalement C. Troisième descendu sur le fil violet comme fil tracteur.
meilleure que les ancres impactées, mais la manipulation du D. Alternance de descente de demi-clé sur le fil blanc puis violet.
fil ne peut se faire qu’après fixation de l’ancre ;
• les ancres impactées permettent le passage du fil en premier,
puis de porter le tendon là où il peut être réduit, avant de Os
choisir l’emplacement et l’introduction de l’ancre.
Sa qualité conditionne également les possibilités de répara-
Métalliques ou résorbables ? tion, et en cas d’os poreux juxtacartilagineux ou plus rarement
• Les ancres métalliques offrent l’avantage d’être sûres dans le latérocortical sur la face latérale du trochiter, la coiffe ne peut
temps, mais s’exposent à l’érosion du fil par leur œillet et à pas être réattachée par ces techniques d’ancrage. Le bilan de
leur éventuel déplacement visible à la radiographie postopé- densité osseuse doit être systématique chez les patients à risque.
ratoire. De plus, elles créent des artefacts aux éventuels
scanners et surtout aux imageries par résonance magnétique
Canules
(IRM) de contrôle postopératoires. Les canules contraignent la manipulation des instruments,
• Les ancres résorbables ont une tenue moins solide dans le agrandissent la voie d’abord et limitent le nombre d’accès sans
temps, peuvent exceptionnellement créer des réactions vraiment diminuer la fuite liquidienne. Sans canule, il est
biologiques mais sont moins agressives pour les sutures et simple d’éviter les interpositions de partie molle au moment du
permettent plus facilement des examens IRM de contrôle sans nœud en prenant les deux brins dans la même pince de
artefact. préhension à travers la voie d’abord qui est utilisée pour faire
Figure 26. Ancres knotless munies de fils sertis en boucle, attrapés par l’extrémité de l’ancre après son passage à travers le tendon.
le nœud. Une autre astuce pour éviter la gêne par l’interposition la coiffe par traction du PDS® depuis la voie antérieure. Après
de parties molles est de se placer dans une voie d’abord à forage de la corticale externe au ras du bord du trochiter, l’ancre
distance de la réalisation du nœud pour l’introduction cutanée à quatre ailettes est glissée le long du fil externe dans l’orifice
du pousse-nœud. osseux à travers la canule qui permet d’éviter l’interposition de
parties molles, puis le fil antérieur est récupéré grâce à une
pince non traumatique à travers la canule. On pratique un
■ Réparations tendineuses nœud coulissant sur le brin antérieur du fil allant vers le
tendon, qui coulisse habituellement sans difficulté. Lorsque le
Ruptures partielles nœud arrive sur le tendon, un mouvement de traction externe
.
du pouce-nœud complète la traction et assure un plaquage de
Déchirures de la face superficielle : la coiffe sur le trochiter.
technique du haubanage avec fil relais .
Ruptures intratendineuses
Dans ces formes, une simple acromioplastie permet souvent
de casser le cercle vicieux du conflit et du dysfonctionnement
tendineux.
Déchirures transfixiantes
Ruptures du sus-épineux
Plusieurs techniques de fixation sont possibles. Elles sont
réparties en deux groupes :
• les réinsertions tendineuses distales dites en simple rangée ;
• les réinsertions avec double fixation : distales et proximales
latérocartilagineuses, dites « en double rangée » avec pour
concept le placage et le maintien tendineux sur une surface
osseuse recréant ainsi le classique foot print, plus difficile
techniquement, surtout en début d’expérience.
La fixation distale simple est identique dans son principe à Figure 27. Classique rupture en U.
celle utilisée pour les ruptures de la face superficielle mais
comme pour la fixation en double rangée, elle est différemment
exécutée en fonction des types de ruptures. Rupture en V (Fig. 28A à D)
.12
La fixation sur l’ancre médiale prend les lambeaux antérieurs
Classique rupture en U
et postérieurs par un passage de chacun des brins dans le
La fixation proximale juxta-articulaire est effectuée selon les tendon proximal. Cela réalise une suture bord à bord appuyée
.14
mêmes règles que pour les ruptures de la face profonde de la sur une ancre.
coiffe, mais la visualisation est plus facile ; l’arthroscope est La fixation latérale est identique aux ruptures en U, sans
situé, soit en intra-articulaire, soit préférentiellement en latéral nécessiter de bord à bord comme en proximal afin d’éviter de
(c), en postérolatéral (b) ou en antérolatéral (d) pour accéder à créer un paletot.
l’espace sous-acromial et au contrôle intra-articulaire dans le
.
même temps. Les sutures passées à travers la coiffe à la jonction
tendinomusculaire ne sont pas serrées mais laissées en attente
pendant la mise en place de la fixation latérale.
La fixation latérale ou distale se fait sur une ancre vissée au “ À retenir
sommet de la corticale externe, en général, par la voie antéro-
latérale (d). L’arthroscope est placé en position latérale (c) ou Étapes de la réparation arthroscopique de lésions
postérolatérale (b). L’instrumentation par voie postérieure (a) ou transfixiantes de sous- et/ou sus-épineux par la
antérieure (e) sous-acromiale permet de perforer le bord distal technique du foot print.
du tendon depuis sa partie médiane fixe puis d’attraper, soit par Scope : abord latéral (c).
l’intermédiaire d’un fil relais, soit directement les quatre brins Abord instrumental en d puis en b pour nettoyage
de fils sortant de l’ancre. Les points sont passés pour la fixation
articulaire, bursectomie, compréhension de la lésion
du tendon : simple ou mattress lasso loop en fonction de la taille
de la rupture et de l’importance de la traction. (ruptures en U, en V, en L antérieures ou postérieures,
Les nœuds sont serrés dans un premier temps en distal, dédoublement des feuillets profonds et superficiels) et de
permettant le maintien de la réduction de la coiffe, puis en la réduction de la rupture après ténoarthrolyse.
proximal pour obtenir le placage du tendon. Détermination de l’emplacement des ancres.
Au total, la plupart du temps, le tendon est fixé grâce à trois Ancre(s) proximale(s) juxta-articulaire(s) puis passage des
prises proximales et deux prises distales, réalisant une véritable fils à l’union muscle-tendon en mattress par instrumen-
surface de fixation tendue sous un W ; c’est la technique de tation, maintenus ensemble dans un Redon.
Cassiopée (Fig. 27). Ancre(s) distale(s) latérocorticale(s) puis passage des fils
Rupture en L (cf. Fig. 23) dans le tendon distal par instrumentation.
Fermeture tendineuse en distal puis application du foot
On reconnaît ce type de rupture lors des manœuvres de
print par serrage des nœuds de la fixation proximale.
réduction. La fixation se fait en distal et en proximal selon les
mêmes principes que pour la rupture en U mais deux éléments
sont différents :
Ruptures du sous- et sus-épineux
.11
ensuite renforcée par une suture bord à bord entre la partie même temps que le sous-scapulaire, soit par ténodèse. Quand le
antérieure restante du ligament coracohuméral ou le sous- biceps est conservé, il faut se méfier de ne pas aggraver ou créer
scapulaire et le bord antérieur du sus-épineux rompu. une instabilité par lésion du ligament coracohuméral, et de ne
Dans ces formes à rétraction postérieure, il est souhaitable pas créer non plus de conflit entre le nœud et la longue portion
d’effectuer une exploration du nerf suprascapulaire pour vérifier .
du biceps.
son trajet dans l’échancrure avant, pendant et après la manœu-
vre de réduction de la coiffe. Sa libération est possible sous Stade III
arthroscopie par section du ligament de l’échancrure coracoï- La technique est différente car la rétraction demande un
dienne grâce à une voie supérieure et interne complémentaire. abord sous-acromial. Le scope est placé en position (c) et la
visualisation se fait dans l’axe du sous-scapulaire vers la
Rupture du sous-scapulaire
.
tendon du sous-scapulaire en passant sous la coracoïde. La la partie supérieure du sous-scapulaire ne s’aidant modérément
dissection pour libération du sous-scapulaire peut être menée que de la rotation interne, la libération devant permettre une
très en dedans par une voie d’abord antérieure et inférieure réinsertion tendineuse en position neutre.
complémentaire en « f », mais les structures vasculonerveuses
sont juste en dedans du bord médial de la coracoïde. La
Tendon du long biceps
structure la plus haute et aussi la plus fragile est la branche Le tendon du long biceps peut être le siège, soit d’une lésion
d’innervation directe du faisceau supérieur du sous-scapulaire par tendinopathie dégénérative primitive, soit par érosion
provenant directement du circonflexe après sa naissance du secondairement à une instabilité à l’entrée de sa coulisse. Le
tronc secondaire postérieur. La réduction et la libération traitement est, soit la simple ténotomie réservée aux personnes
tendineuse sont aidées par un fil tracteur passé au bord distal âgées n’ayant pas d’usage de force musculaire, soit la ténodèse
et supérieur du tendon. dans la gouttière humérale associée à une ténotomie
juxtaglénoïdienne.
La vis est introduite par la voie « f », les fils récupérés dans la
De nombreuses techniques de ténodèse ont été décrites, soit
voie « e » puis positionnés en intra-articulaire entre le tendon
par suture du tendon du biceps à la coiffe ou dans la gouttière
du sous-scapulaire et le ligament glénohuméral moyen. Le
appuyée sur des ancres, soit par enfouissement avec blocage par
passe-suture (Clever Hook ® ) est passé par la voie antéro- une vis d’interférence dans la tête humérale.
inférieure (f), perfore le tendon du sous-scapulaire et récupère .15
Une technique fiable et rapide consiste à ténodéser le biceps
les fils préparés en intra-articulaire. Là encore, la technique de dans sa gouttière en le strangulant par une double suture
fixation est identique, pouvant être réalisée, soit en simple (Fig. 29A à H). Deux voies instrumentales suffisent : une voie
attache distale, soit en double rangée avec une à deux ancres antérolatérale (d) à l’aplomb de l’entrée de la gouttière du
proximales et deux à trois ancres distales. Le premier ancrage biceps et la voie latérale (c). Après avivement, l’ancre est placée
doit être le plus inférieur placé au bord inférieur du tendon du dans la gouttière par la voie antérolatérale (d). Lorsque la
sous-scapulaire ; les fils sont passés à travers le tendon et gardés pathologie du biceps est isolée, la vis est placée à travers le toit
en attente regroupés dans un tube transparent de Redon jusqu’à de la gouttière au niveau du ligament coracohuméral ; son
ce que toutes les autres ancres soient introduites et tous les fils ouverture est guidée par une aiguille repère à la fin de la partie
passés. Le serrage des fils se fait depuis la partie inférieure vers horizontale intra-articulaire ; sinon, lorsque le sus-épineux est
rompu, on utilise la perforation pour le passage des instru- tendance à se bloquer avant une tension satisfaisante, ou à
ments. Le crochet Malin® est introduit à travers la voie latérale casser le fil. Il faut être prêt à couper les fils non satisfaisants et
(c), et passe les fils à deux reprises à travers le tendon du long recommencer les sutures avec de nouvelles ancres.
biceps. Le deuxième fil est passé selon la technique du lasso loop
afin de stranguler le biceps au moment du serrage du nœud,
assurant une prise efficace. Les fils sont récupérés par une pince
à travers la voie libre, puis la ténotomie est effectuée permettant ■ Suites postopératoires
une descente du tendon du long biceps. Les deux brins sont
Les voies d’abord sont fermées au résorbable, le membre
noués en descendant le pousse-nœud sur le brin qui passe
supérieur est soulagé par un petit coussin qui écarte le coude à
simplement à travers le biceps, fixant et pelotonnant le tendon
30° d’abduction et d’antépulsion, le poignet soutenu par une
du long biceps à l’entrée de sa coulisse externe. Cette technique
écharpe. La rééducation passive est débutée dans tous les
a le double avantage de détendre le biceps en rallongeant son
tendon d’environ 2 cm, et de bloquer son extrémité à l’entrée secteurs, sauf la rotation interne, et sauf la rotation externe pour
de la coulisse externe. La fixation est du coup moins sollicitée les réinsertions du sous-scapulaire. Le but de la rééducation n’est
et plus solide. pas d’obtenir une grande mobilité, le risque de raideur articu-
laire étant quasi nul dans les réparations arthroscopiques, mais
Ruptures massives de mobiliser l’épaule « sans douleur » afin de préserver les
sutures jusqu’à cicatrisation tendineuse et diminuer au maxi-
Dans ces formes avec rétraction à l’aplomb de la glène, le mum le risque d’inflammation postopératoire.
plus important est la réductibilité. Si certaines formes sont
Le coussin de repos est retiré par le patient éduqué par le
irréductibles, même après large libération, leur réinsertion
kinésithérapeute, aussi souvent qu’il le souhaite, mais l’expé-
partielle en avant et en arrière permet le plus souvent de
rience prouve que le confort de ce coussin est tel que les
transformer à peu de frais une épaule pseudoparalytique en une
patients le portent le plus souvent 6 semaines, surtout la nuit.
épaule faible mais fonctionnellement utile. Dans d’autres cas
La rééducation reste passive 3 mois en proscrivant la rotation
souvent plus récents, avec une meilleure trophicité musculaire,
interne forcée, les patients débutant spontanément une auto-
la suture bord à bord associée à une réinsertion osseuse juxta-
cartilagineuse et haubanage est possible sans tension excessive, rééducation active dans les premières heures du réveil du bloc
à condition de bien comprendre le sens de la déchirure qui interscalénique, progressivement croissante avec les activités
conditionne le sens de la réduction. Il vaut mieux une répara- quotidiennes au fur et à mesure de la diminution des douleurs.
tion partielle sans tension qu’une fermeture complète sous Le patient est revu cliniquement avec des radiographies
tension dont le risque majeur est la rerupture massive. Tout simples à 6 semaines, 3 mois puis à 6 mois avec un arthroscan-
comme dans les ruptures assez rétractées, une réparation ner de contrôle en cas de nécessité pour évaluer la qualité de la
tendineuse anatomique n’est pas forcément complètement réparation tendineuse et la trophicité musculaire (volume et
étanche du fait de la persistance ou de la création d’hiatus entre infiltration graisseuse).
les tendons. Le résultat obtenu à 3 mois représente habituellement
environ 75 % du résultat définitif, lui même obtenu à
Reprises 10-12 mois. Le patient est prévenu de cette évolution théorique
en préopératoire, ainsi que des risques d’échecs, basés sur le
Reprise de coiffes opérées sous arthroscopie terrain, la lésion et les aléas de la chirurgie et de l’anesthésie.
Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espoirs .
[13] Hersch JC, Sgaglione NA. Arthroscopically assisted mini-open rotator [32] Wolf EM, Pennington WT, Agrawal V. Arthroscopic rotator cuff repair:
cuff repairs. Functional outcome at 2- to 7-year follow-up. Am J Sports 4- to 10-year results. Arthroscopy 2004;20:5-12.
Med 2000;28:301-11. [33] Burkhart SS. Arthroscopic treatment of massive rotator cuff tears. Clin
[14] Pollock RG, Flatow EL. The rotator cuff. Full-thickness tears. Mini- Orthop Relat Res 2001;390:107-18.
open repair. Orthop Clin North Am 1997;28:169-77. [34] Walch G, Nove-Josserand L, Boileau P, Levigne C. Subluxations and
[15] Blevins FT, Warren RF, Cavo C, Altchek DW, Dines D, Palletta G, et al. dislocations of the tendon of the long head of the biceps. J Shoulder
Arthroscopic assisted rotator cuff repair: results using a mini-open Elbow Surg 1998;7:100-8.
deltoid splitting approach. Arthroscopy 1996;12:50-9. [35] Walch G, Boileau P, Noel E, Liotard JP, Dejour H. Surgical treatment of
[16] Gartsman GM. Arthroscopic treatment of rotator cuff disease. painful shoulders caused by lesions of the rotator cuff and biceps,
J Shoulder Elbow Surg 1995;4:228-41. treatment as a function of lesions. Reflections on the Neer’s concept.
[17] Thomazeau H, Gleyze P, Frank A, Levigne C, Walch G, Devallet P. Rev Rhum Mal Osteoartic 1991;58:247-57.
Arthroscopic debridement of full-thickness tears of the rotator cuff: a
[36] Maynou C, Mehdi N, Cassagnaud X, Audebert S, Mestdagh H. Clinical
retrospective multicenter study of 283 cases with 3-year follow-up. Rev
results of arthroscopic tenotomy of the long head of the biceps brachii
Chir Orthop Reparatrice Appar Mot 2000;86:136-42.
in full thickness tears of the rotator cuff without repair: 40 cas. Rev Chir
[18] Kempf JF, Gleyze P, Bonnomet F, Walch G, Mole D, Frank A, et al. A
multicenter study of 210 rotator cuff tears treated by arthroscopic Orthop Reparatrice Appar Mot 2005;91:300-6.
acromioplasty. Arthroscopy 1999;15:56-66. [37] Gill TJ, McIrvin E, Mair SD, Hawkins RJ. Results of biceps tenotomy
[19] Gartsman GM. Arthroscopic acromioplasty for lesions of the rotator for treatment of pathology of the long head of the biceps brachii.
cuff. J Bone Joint Surg Am 1990;72:169-80. J Shoulder Elbow Surg 2001;10:247-9.
[20] Hoe-Hansen CE, Palm L, Norlin R. The influence of cuff pathology on [38] Boileau P, Neyton L.Arthroscopic tenodesis for lesions of the long head
shoulder function after arthroscopic subacromial decompression: a 3- of the biceps. Oper Orthop Traumatol 2005;17:601-23.
and 6-year follow-up study. J Shoulder Elbow Surg 1999;8:585-9. [39] Verma NN, Drakos M, O’Brien SJ. Arthroscopic transfer of the long
[21] Ellman H, Kay SP, Wirth M. Arthroscopic treatment of full-thickness head biceps to the conjoint tendon. Arthroscopy 2005;21:764.
rotator cuff tears: 2- to 7-year follow-up study. Arthroscopy 1993;9: [40] Ahmad CS, ElAttrache NS.Arthroscopic biceps tenodesis. Orthop Clin
195-200. North Am 2003;34:499-506.
[22] Farrall LA. Arthroscopic rotator cuff repairs using suture anchors. Aorn [41] Gartsman GM, Hammerman SM. Arthroscopic biceps tenodesis:
J 1995;62:739-46 (748, 750; quiz 754, 756-8). operative technique. Arthroscopy 2000;16:550-2.
[23] Gartsman GM, Hammerman SM. Full-thickness tears: arthroscopic [42] Osbahr DC, Diamond AB, Speer KP. The cosmetic appearance of the
repair. Orthop Clin North Am 1997;28:83-98. biceps muscle after long-head tenotomy versus tenodesis. Arthroscopy
[24] Snyder SJ. Technique of arthroscopic rotator cuff repair using 2002;18:483-7.
implantable 4-mm Revo suture anchors, suture Shuttle Relays, and n° 2 [43] Neviaser TJ. Arthroscopy of the shoulder. Orthop Clin North Am 1987;
nonabsorbable mattress sutures. Orthop Clin North Am 1997;28: 18:361-72.
267-75. [44] Warner JP, Krushell RJ, Masquelet A, Gerber C. Anatomy and
[25] Warner JJ, Goitz RJ, Irrgang JJ, Groff YJ. Arthroscopic-assisted rotator relationships of the suprascapular nerve: anatomical constraints to
cuff repair: patient selection and treatment outcome. J Shoulder Elbow mobilization of the supraspinatus and infraspinatus muscles in the
Surg 1997;6:463-72. management of massive rotator-cuff tears. J Bone Joint Surg Am 1992;
[26] Shea KP, Jennings JE. Arthroscopic rotator cuff repair using a
74:36-45.
transhumeral approach to fixation. Arthroscopy 1998;14:118-22.
[45] Thomazeau H, Gleyze P, Lafosse L, Walch G, Kelberine F, Coudane H.
[27] Tauro JC. Arthroscopic rotator cuff repair: analysis of technique and
Arthroscopic assessment of full-thickness rotator cuff tears.
results at 2- and 3-year follow-up. Arthroscopy 1998;14:45-51.
[28] Boileau P, Brassart N, Watkinson DJ, Carles M, Hatzidakis AM, Arthroscopy 2000;16:367-72.
Krishnan SG. Arthroscopic repair of full-thickness tears of the [46] Hardy P. Chirurgie arthroscopique de la coiffe des rotateurs (sous-
supraspinatus: does the tendon really heal? J Bone Joint Surg Am 2005; scapulaire exclu). In: Conférence d’enseignement SOFCOT. Paris:
87:1229-40. Elsevier Masson; 2006.
[29] McBirnie JM, Miniaci A, Miniaci SL. Arthroscopic repair of full- [47] Gerber C, Schneeberger AG, Beck M, Schlegel U. Mechanical strength
thickness rotator cuff tears using bioabsorbable tacks. Arthroscopy of repairs of the rotator cuff. J Bone Joint Surg Br 1994;76:371-80.
2005;21:1421-7. [48] Gerber C, Schneeberger AG, Perren SM, Nyffeler RW. Experimental
[30] Wolf EM, Pennington WT,Agrawal V.Arthroscopic side-to-side rotator rotator cuff repair. A preliminary study. J Bone Joint Surg Am 1999;81:
cuff repair. Arthroscopy 2005;21:881-7. 1281-90.
[31] Gartsman GM, O’Connor DP. Arthroscopic rotator cuff repair with and [49] Mishra DK, Cannon Jr. WD, Lucas DJ, Belzer JP. Elongation of
without arthroscopic subacromial decompression: a prospective, arthroscopically tied knots. Am J Sports Med 1997;25:113-7.
randomized study of one-year outcomes. J Shoulder Elbow Surg 2004; [50] Thal R. Knotless suture anchor: arthroscopic Bankart repair without
13:424-6. tying knots. Clin Orthop Relat Res 2001;390:42-51.
L. Lafosse ([email protected]).
ALPS Surgery Institute, Clinique générale, 4, chemin Tour-de-la-Reine, 74000 Annecy, France.
Toute référence à cet article doit porter la mention : Lafosse L. Traitement arthroscopique des lésions de la coiffe des rotateurs. EMC (Elsevier Masson SAS,
Paris), Techniques chirurgicales - Orthopédie-Traumatologie, 44-284, 2007.