Jérusalem Web
Jérusalem Web
Le nom usuel de la ville en hébreu est Yerushalaim. Selon les sources bi-
bliques, David, roi de Juda, conquiert vers 996 la cité des Jébusiens. À plus
de cinquante kilomètres de la grande voie côtière et à la limite du désert de
Juda, le site semble peu favorable mais les sources sont abondantes. David la
choisit comme capitale du royaume unifié d’Israël. Salomon, son fils, érige
un palais et le sanctuaire royal, le Premier Temple, sur le mont Moriah.
Les sources écrites et l’archéologie attestent l’extension et la richesse de la
cité royale de la lignée de David et sa destruction par Nabuchodonosor en
587 av. J.-C. L’élite de la population et les artisans sont déportés en Babylonie.
Vue de Jérusalem montrant
les murailles, le Temple
En 538 av J.-C., un édit de Cyrus, roi des Perses, autorise les exilés à revenir
de Salomon et les portes à Jérusalem.
de la cité. Après la conquête d’Alexandre le Grand (331 av. J.-C.) Jérusalem s’hellénise
Livre des Chroniques, tardivement sous les Séleucides et les Hasmonéens, dynastie juive d’origine
Nuremberg, 1493.
sacerdotale qui règne sur la Judée de 142 av. J.-C. à la conquête romaine.
Source [Link] / BnF
En 63 av. J.-C., Pompée Le Grand intervient dans les luttes de pouvoir en
Judée, la province devient un État-client de Rome. La « Grande révolte » juive (66-73) est écrasée,
le Temple d’Hérode est détruit (70). Vers 130, Hadrien nomme la province romaine Palaestina
et fonde une colonie pour la Xe légion sous le nom d’Aelia Capitolina dédiée à Jupiter Capitolin,
Aelia vient de Aelius, la gentilice de l’Empereur.
L’« âge d’or » de Jérusalem est inauguré par le règne de Constantin (306-337), premier empereur
romain chrétien. Dès le IVe siècle, la dévotion des chrétiens de Palaestina enrichit la topogra-
phie des lieux saints, Sépulcre, Mont des Oliviers, Mont Sion. Aux Ve et VIe siècles, Jérusalem
devient la ville sainte de toute la chrétienté. Les juifs ne sont autorisés à y prier que le jour an-
niversaire de la destruction du Temple (9 Av du calendrier hébraïque). En 614, la métropole de la
chrétienté orientale est incendiée par les Perses, l’empereur Chosroès prend la cité et emporte la
« Vraie Croix ». La reconquête byzantine par Héraclius, en 629, s’accompagne de la restitution de
la Croix et de la reconstruction du Saint-Sépulcre. q
UN EXEMPLE QUI TRAVERSE LES SIÈCLES….
La source de Gihon de la Bible, en arabe, Ayin oumm
ed-daraj, alimente Jérusalem depuis des millénaires
et représente un enjeu politique et religieux.
Elle a été christianisée sous le nom de « Source
de la Vierge ». La découverte lors des fouilles
archéologiques du XIXe siècle, du « tunnel d’Ezéchias »
(VII av. J.-C.) conduisant l’eau du Gihon à la piscine
de Silwan, est mobilisée par les sionistes pour affirmer
la souveraineté juive sur la ville.
2
Le réservoir d’Ezechias.
Tombeau d’Absalon
dans la vallée du Cédron,
Jérusalem, 1er siècle.
Jérusalem, Dôme du Rocher, en arrière plan l’Église du Saint Sépulcre. Berthold Werner. PDA.
3
Jérusalem dans l’imaginaire juif
Dans la cosmologie juive, Jérusalem,
« nombril du monde », « prunelle
de l’œil », est au centre de l’univers.
Archétype de la ville modèle, elle est
à la fois mémoire du mythe fonda-
teur symbolisé par le Temple, pont
entre le monde d’ici-bas et le Ciel,
et lieu où les défunts attendent la
rédemption. La tradition juive attri-
bue soixante-dix noms à Jérusalem,
quintessence de toutes les perfec-
tions, lieu originel où Dieu aurait
inauguré la création. Elle situe la
« Ligature » (sacrifice) d’Isaac sur la
« pierre de fondation », le rocher du
mont Moriah assimilé au lieu dési-
gné dans la Bible par « la montagne
de Yahwéh ».
Selon le philosophe andalou
Maïmonide (XIIe siècle), la sainteté
de Jérusalem est absolue et éternelle,
elle n’émane pas des lieux mais
de l’élection divine. Dans la mys-
tique juive, l’influx divin confère à
Jérusalem, « Porte du ciel », sa sain-
teté.
Des coutumes ancestrales perpétuent l’attachement à Jérusalem et à Sion dont les noms sont
prononcés quotidiennement lors des grâces et bénédictions.
Destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor.
Livre des Chroniques, Nuremberg, 1493. PDA.
4
LE SYMBOLE DE LA PORTE
Dans la tradition juive, les portes symbolisent l’accueil, le lieu où se rend la justice. Les multiples
portes du ciel, dont la porte de la Miséricorde, s’ouvriront le soir de Kippour (en français
« Le Grand pardon ») pour accueillir le repentir. Les portes illustrent aussi des manuscrits anciens,
des contrats de mariage (comme les magnifiques ketoubot italiennes des XVIIe et XVIIIe).
Le mizrah.
Dans une maison,
tableau ou plaque
indiquant la direction
de la prière vers Jérusalem.
Shiviti, 1890. Mordecai Patla. PDA
5
Imaginaire chrétien
Jérusalem incarne à la fois la Cité
biblique, l’Église, la Cité céleste,
« Ville Dieu » éternelle et vide de
tout temple, et la ville historique vers
laquelle sont orientées les églises. Le
visionnaire de l’Apocalypse de Jean
(fin du Ier siècle) annonce sa descente
sur terre : comme une fiancée, elle
viendra y célébrer son union avec
l’Agneau immolé et glorieux, symbole
de Jésus, du Paradis et de l’Église.
Dans l’imaginaire médiéval, Jérusalem
idéalisée est le reflet de la Jérusalem
céleste. Les textes et les images privi-
légient le Saint-Sépulcre, monument
symbolique, lié à la résurrection, hé-
ritier de la sacralité et de la centralité
du Temple juif dès l’époque byzan-
tine ; l’Occident médiéval édifie des
églises qui s’en s’inspirent. L’image
des Loca sancta de la ville sainte
est déclinée sur une foule d’objets
liturgiques, psautiers, reliquaires,
coupes. Les croisades renouvellent le
lien entre la Jérusalem rêvée et celle
de l’histoire.
6
siècle), mormons (XIXe siècle) à fonder leur
« Nouvelle Jérusalem » en Europe ou en
Amérique dans l’attente de son avènement.
Le grand souffle eschatologique inspire
Christophe Colomb dans son « entreprise
des Indes ». Influencé par le millénarisme
du moine calabrais Joachim de Flore (XIIe
siècle), l’amiral croit inaugurer le temps mes-
sianique du retour du Christ et œuvrer à la
délivrance de Jérusalem. q
7
Imaginaire musulman
Dès les premiers siècles de l’islam,
l’image de Jérusalem s’enrichit de lé-
gendes populaires, de récits merveil-
leux et d’évocations mystiques.
Sous les Omeyyades, la ville est
dite Bayt al Maqdis, Maison de
la Sainteté, al-Quds, la Sainte. La
Tradition lui confère le statut de troi-
sième lieu saint de l’islam en réfé-
rence à des thèmes eschatologiques
et à des épisodes fondateurs de l’is-
lam.
VERSET
« Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit son Serviteur
de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée
dont nous avons béni l’enceinte pour lui montrer
certains de nos signes ». Coran, 17, 1
8
marqué la conscience et l’imaginaire social des musulmans. En désignant le Kotel (« Mur des
Lamentations » du judaïsme) par « Mur al-Burâq » les musulmans se sont symboliquement ap-
proprié le lieu.
Dans le contexte des croisades, les récits musulmans, abondamment diffusés, popularisèrent ces
représentations. La légende dorée de la « chevauchée fantastique » traversera la Méditerranée :
l’imaginaire musulman rencontre la tradition apocalyptique biblique dans une compilation, le
Livre de l’Échelle, traduit en castillan au XIIIe siècle.
Le voyage céleste devient aussi un thème majeur de la littérature mystique du monde musulman
et l’archétype de l’ascension spirituelle à travers les « Demeures ». q
Monuments commémoratifs
du voyage céleste de Muhammad,
édifiés sur le Haram al-Sharif.
Au premier plan, Qubbat al-Mi’raj, à
l’arrière-plan Qubbat al-Nabi.
© M. Levit / Shutterstock
Vue panoramique de Jérusalem depuis le Mont des Oliviers. Gbecker248 CC BY-SA 3.0
9
Lieux saints et lieux de culte
Bâtiments prestigieux, grottes, rochers, tombes… : les sites sacrés disséminés dans Jérusalem
n’ont pu être inventoriés avec rigueur. Outre leur grand nombre, ils sont parfois imbriqués ou
vénérés par deux communautés, comme la Tombe de David.
» K otel et synagogues
Ils commémorent des épisodes attribués à la vie de Jésus, en particulier ses derniers moments
et sa résurrection. Au Moyen Âge, le développement du culte de Marie mère de Dieu enrichit
la géographie des lieux saints. Depuis quatre siècles, une trentaine de monastères, églises, tom-
beaux… sont âprement disputés par les multiples confessions chrétiennes orthodoxes et latines.
La conquête musulmane a favorisé la translation de la sainteté de Jérusalem sur le Saint-Sépulcre.
Ce lieu majeur associe des sites sacrés où la tradition situe la Passion de Jésus, son tombeau et
sa résurrection. La basilique de la Résurrection, appelée Anastasis en grec, surmonte une grotte
reconnue au IVe siècle comme tombe de Jésus. Les croisés l’ont réunie à un vaste édifice de style
roman intégrant la chapelle Sainte-Hélène et la roche du Calvaire où,
selon la tradition, fut crucifié Jésus.
La Via Dolorosa est un haut lieu de pèlerinage sur le « chemin des
souffrances » que Jésus aurait suivi avant sa crucifixion. Les stations
ont été fixées progressivement entre le XIVe et le XIXe siècle.
10
« Les clefs sont aux Turcs, sans cela
les chrétiens de toutes sectes
s’y déchireraient. [...] Ce qui frappe
le plus, ensuite, c’est la séparation
de chaque Église, les Grecs d’un côté,
les Latins, les Coptes ; c’est distinct,
retranché avec soin, on hait le voisin
avant toute chose. C’est la réunion
des malédictions réciproques »
Gustave Flaubert, Voyage en Orient,
1849-1851
Vue panoramique du Haram al-Sharif. Au centre, le Dôme du Rocher, à gauche, la Mosquée Al-Aqsa. CC0
11
Jérusalem dans la littérature
Au XIXe siècle, succédant aux relations pérégrines du Moyen Âge et à l’enquête érudite de
Volney (XVIIIe siècle), la littérature des voyages en Terre sainte est en pleine mutation. Avec
Chateaubriand (1811), Lamartine (1836), la monotonie des compilations, la litanie des références
érudites font place aux impressions personnelles et au recueillement poétique. L’écrivain-
voyageur glane des images sublimes et des souvenirs bibliques, il pose son regard sur la ville
orientale, ses quartiers insalubres et délabrés, s’étonne des mœurs et du mélange des nations
et des religions. En quête de ressourcement, Flaubert (1850), Huysmans (1857), Pierre Loti (1895),
contemporains de l’essor de la photographie et d’une abondante information sur Jérusalem (at-
las, cartes), sont sensibles aux contrastes des cultures, aux couleurs, à la lumière et au pitto-
resque de la ville pétrie de souvenirs glorieux. Pour bien des voyageurs, Gogol (1848), Melville
(1857), Renan (1860), la ville n’est qu’une « ombre », un fantôme du passé. Elle a pourtant fasci-
né et inspiré des générations d’écrivains occidentaux, de Lessing (1778) à Selma Lagerlöf, prix
Nobel de littérature 1909. [Lessing situe le dialogue de Nathan le Sage avec Saladin à Jérusalem,
à l’époque des croisades. À la fin du XIXe, l’évangélisme conduit les paysans suédois des romans
de Selma Lagerlöff vers la Ville de la Paix.]
Les révoltes de 1929 et 1936 ont donné naissance à la première « poésie de la Résistance » pales-
tinienne représentée par des écrivains nés au début du Mandat britannique, Ibrahim Touqan
(1905-1941), Jabra Ibrahim Jabra, (1919-1994), Emile Habibi (1921-1996).
Pour les exilés, Jérusalem est une image à la
fois douce et amère, poignante et apaisante,
nostalgie du Paradis perdu, mémoire d’un
peuple.
Fragment de la Palestine isolée depuis 1967,
encerclée par les implantations, étouffée par
les restrictions de circulation, Jérusalem
fédère les divers courants de la littérature
palestinienne. Transcendant le drame natio-
nal de la dépossession et de l’humiliation,
Jérusalem, ville de vocation plurielle, ap-
porte un message universel et spirituel. q
Jérusalem 2008 © D. R.
12
« À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur des
vieux remparts, je marche d’un temps vers
un autre sans un souvenir qui m’oriente. Les
prophètes là-bas se partagent l’histoire du
sacré … Ils montent aux cieux et reviennent
moins abattus et moins tristes, car l’amour et
la paix sont saints et ils viendront à la ville.
(...)
Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.
Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?
Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension ».
MAHMOUD DARWICH
Jérusalem 2008 © D. R.
Il est né en 1942 près de Saint-Jean-d’Acre.
Jérusalem 2008 © D. R. Il quitte la Galilée en 1948, revient
en Palestine clandestinement en 1950.
Militant de la cause palestinienne, trois
fois emprisonné, il quitte la Palestine
en 1970. Il est décédé aux États-Unis
en août 2008. S’inspirant des
Lamentations de Jérémie, il compose
une élégie « Variations sur la sourate
Jérusalem ». Par sa poésie aux accents
lyriques et aux images somptueuses,
Mahmoud Darwich est une référence
fondamentale de la littérature arabe.
AMOS OZ
Grande figure de la littérature israélienne et militant
de la paix, Amos Oz est né dans le modeste quartier
de Kérem Abraham à Jérusalem en 1939.
Il est l’auteur de romans ayant pour cadre
la Jérusalem du Mandat britannique.
Collection Jaquet. Panorama de Jérusalem, Le Monde Illustré, 1885. Jérusalem, fin XIXe siècle © D. R.
Gravure de Beltrand Deté d’après un dessin de Lepère.
Source [Link] / BnF
13
Cartographie
Jérusalem est au centre de la plus ancienne carte de la Terre sainte des chrétiens, la mosaïque
de l’église Saint-Jean-de Mâdabâ (Jordanie, VIe siècle). Le Saint-Sépulcre est au cœur de la cité
terrestre. L’urbanisme païen d’Aelia capitolina se lit encore dans la structure de la ville byzantine
avec l’axe du grand cardo (N-S) bordé de colonnes et la monumentale porte romaine flanquée de
hautes tours.
TANAÏS : LE DON
Au XVIe siècle la connaissance de la terre s’étend
à l’Amérique, Jérusalem perd sa place symbolique,
cependant le traité de Heinrich Bunting, pasteur
réformé allemand, Hanovre (1545-1606) place
Jérusalem au cœur du trèfle des trois continents.
« La graine ou la semence de ce trèfle est
la demeure de l’église, la Judée, avec au centre
la très sainte ville de Jérusalem. Les trois feuilles
étendues vers le couchant et le midi représentent
les trois parties du monde, à savoir, l’Europe, l’Asie
et l’Afrique »
14
Itinerarium Sacrae Scripturae
(réédité à Magdebourg en 1582)
servit de guide de voyages
jusqu’au XVIIIe siècle.
PDA
15
Récits des géographes musulmans
Tous les grands voyageurs musulmans du Moyen Âge décrivent avec admiration la troisième
ville sainte de l’islam.
Dans son De la meilleure répartition pour la connaissance des provinces, description de la géogra-
phie et des coutumes des provinces de la mamlaka (le domaine de l’islam), al-Muqaddasî (Xe
siècle) accorde un statut particulier à sa ville natale [dont le nom fait référence à la ville]. Si
Jérusalem souffre de la lourdeur des taxes, de la faible fréquentation de ses mosquées, elle est
sans rivale par sa localisation, sa « modération ». La nostalgie de Jérusalem est présente dans
toute son œuvre : « En Palestine, chaque nuit d’été quand souffle le vent du Sud, il descend une rosée
telle que les chéneaux de la Mosquée éloignée en ruissellent. » La Terre bénie « réunit les avantages de
ce monde et ceux de l’au-delà ». De surcroît, Jérusalem est l’un des deux cœurs du Shâm (Syrie-
Palestine), avec la capitale Damas.
Vers 1047, avant la première croisade, Nâser Khosrow, poète et philosophe persan chiite, visite
Jérusalem à deux reprises sous le califat des Fâtimides d’Égypte. Jérusalem tient une grande
place dans sa relation de voyage, le Safar Nameh. Il admire la propreté de la ville, la richesse des
campagnes et le flux considérable de pèlerins de toutes confessions, chrétiens de rite grec, juifs
et musulmans.
Il remarque que les musulmans de Syrie accomplissent le sacrifice rituel à Jérusalem et fêtent la
circoncision de leurs enfants au moment du grand pèlerinage de La Mecque.
16
Chaire sur l’esplanade des mosquées
© D. R.
© D. R.
17
De la conquête arabe aux mamelouks
Pendant quatorze siècles, de 638 à 1917, Jérusalem va demeurer sous la souveraineté des musul-
mans, à l’exception de la période du Royaume chrétien et latin (1099-1187).
En 636, l’empereur byzantin Héraclius, vaincu sur le Yarmouk, perd la Syrie. En 638, après deux
ans de siège, la prestigieuse cité des juifs et des chrétiens est conquise par les Arabes. Selon un
récit byzantin du début du Xe siècle, c’est le patriarche de Jérusalem Sophronius qui remet la
reddition de la ville au deuxième calife, Omar. Un « pacte » garantit la sécurité et l’intégrité des
biens des chrétiens.
Jérusalem acquiert le statut de ville sainte de l’islam, elle devient « La Maison de la Sainteté »
(Bayt al-Maqdîs), « La Sainte » (al-Quds). Seule la poésie arabe classique conserve le souvenir
d’Urshalîm. q
18
Sous les Abbassides, Bagdad éclipse Damas. Le calife Haroun al-Rachid concède à Charlemagne
la protection des chrétiens de Palestine (797), l’empereur envoie à Jérusalem des moines béné-
dictins qui fondent l’église Sainte-Marie latine et un hospice pour les pèlerins. Dès la fin du IXe
siècle, Jérusalem s’impose comme un grand foyer de vénération, la cité sainte devient lieu de
pèlerinages et d’inhumations des trois monothéismes.
Jusqu’à la première croisade, elle est l’enjeu des conflits entre Fâtimides et Turcs seldjoukides.
La destruction du Saint-Sépulcre en 1009 sous le règne du calife fâtimide Al-Hakim a un grand
retentissement dans la chrétienté. L’église est reconstruite vers 1030. Au cours du XIe siècle, les
quartiers communautaires confessionnels (harat en arabe) s’individualisent.
Les Ayyoubides (1187-1250) rétablissent le culte musulman. De puissantes fortifications pro-
tègent Jérusalem. L’église Sainte-Anne élevée par les croisés est transformée en médersa, collège
officiel d’enseignement des sciences religieuses.
Avec les sultans Mamelouks, nouveaux maîtres de l’Égypte et de la Syrie, Jérusalem connaît une
longue période de paix et de prospérité (1250 à 1517). Un style architectural coloré et l’ornementa-
tion raffinée des monuments rehaussent la beauté de la ville. q
OMAR
Selon les sources grecques et musulmanes,
le calife Omar, deuxième successeur du Prophète
(634-644), vint humblement recevoir la capitulation
de Jérusalem. Le Patriarche de Jérusalem lui aurait
désigné sur le site, un emplacement marqué
par « une pierre sacrée » afin d’édifier une mosquée
sur le lieu visité par le Prophète lors de son Voyage
nocturne. Invité à prier dans le Saint-Sépulcre, Omar
aurait préféré accomplir ses dévotions devant l’église.
En ce lieu fut édifiée la mosquée d’Omar au XIIe siècle.
19
Architecture
Dans la vieille ville et hors les murs, Jérusalem inscrit dans la pierre et dans la trame de ses rues
une histoire multimillénaire. Depuis 1982, ses 220 monuments historiques et les remparts de la
vieille ville sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. L’institution du Waqf
(biens inaliénables) a pu préserver l’essentiel du caractère architectural arabe de la vieille ville.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la sécurité s’améliore, la circulation s’intensifie, les portes
restent ouvertes la nuit, d’autres sont percées ou rouvertes. La géographie des quatre « voisi-
nages » (quartiers) : musulman, arménien, chrétien, juif, est bousculée par les imbrications, les
enclaves, les bâtiments occidentaux qui s’inscrivent dans le tissu urbain d’un territoire exigu.
L’YMCA (1933)
Ce bâtiment élancé, couronné d’un clocher
a été conçu par A. Loomis Harmon, architecte
de l’Empire State Building. Les chapiteaux,
le long de la loggia, sont ornés de sculptures
représentant la flore et la faune locale.
Première piscine de Jérusalem, il accueille
aujourd’hui le centre culturel de Jérusalem-Est
et une école maternelle mixte juive et arabe.
YMCA. CC0
LA MAISON THABOR
Conrad Schick (1822-1901),
archéologue suisse et protestant,
architecte au servicedes Ottomans,
réalise aussi les plans d’édifices
privéset de lotissementsà Jérusalem.
Il y construit rue des Prophètes
une maison à l’architecture curieuse.
21
Jérusalem capitale du Royaume latin des croisés
L’appel du pape Urbain II au concile de Clermont (1095) est suivi de la première croisade. Les
chevaliers de la chrétienté latine se lancent vers la Terre sainte pour la rémission de leurs péchés
et la libération des chrétiens d’Orient du joug des Turcs. Jérusalem est prise le 15 juillet 1099, l’en-
trée triomphale des Francs est suivie de pillages, incendies, massacres de juifs et de musulmans.
Quatre États latins d’Orient sont fondés, le plus étendu est le royaume de Jérusalem.
Les conquêtes sont défendues par un réseau de forteresses aux points stratégiques de Syrie et de
Palestine, tenues par des moines organisés en « ordres de chevalerie », Templiers, Hospitaliers,
Chevaliers teutoniques. Ils assurent aussi la protection des pèlerins qui affluent, attirés par la re-
découverte en 1099 du fragment de la « Vraie Croix » replacé dans le Saint-Sépulcre. Les croisés
arborent la relique lors de chaque combat contre les musulmans.
22
Des figures célèbres, de la domination romaine aux croisades
L’auteur à son pupitre, Les Antiquités judaïques, Flavius Josèphe, vers 1470.
Source [Link] / BnF.
» L’
impératrice Hélène et « l’invention de la Croix »
Des légendes attribuent à Hélène, mère de l’empereur
Constantin, une extraordinaire découverte lors d’un
voyage à Jérusalem en 326. Guidée par une intervention
divine, elle retrouve les lieux saints dont le souvenir avait
été effacé par la domination romaine : le lieu de la cru-
cifixion – Golgotha ou « lieu du crâne » –, le sépulcre du
Christ et les morceaux de bois de la « Vraie croix ». Elle
aurait aussi fondé des églises en Terre sainte. Le culte de
la Croix et celui de sainte Hélène atteignent l’Occident
latin dès le haut Moyen Âge.
» ‘A bd al-M alik
5e calife omeyyade (685-705). Sous son règne, de grandes Rue Saint-Hélène. © M. Levit. Shutterstock
réformes sont accomplies dans l’Empire : arabisation de
l’administration, création d’un système monétaire basé
sur le dinar d’or frappé à Damas. ‘Abd al-Malik affermit son autorité en réprimant plusieurs ré-
voltes. Son nom est attaché au premier grand monument
de l’islam impérial, le Dôme du Rocher à Jérusalem, dont
il ordonna la construction.
23
» S aladin, le combattant « magnanime »
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’autorité ottomane s’affaiblit au profit des grandes familles de no-
tables urbains (Husseini, Alami…), qui se transmettent héréditairement la dignité de pacha et
lèvent de lourdes taxes sur les pèlerins et le commerce des objets de piété.
La campagne de Bonaparte en Égypte et en Palestine (1799) relance l’intérêt de la France pour
l’Orient et la Terre sainte. À leur tour, au XIXe siècle, les nations européennes, déterminées à
défendre leurs intérêts rivaux en Méditerranée et en Orient, redécouvrent la Terre sainte, nouvel
enjeu dans le conflit entre Constantinople et l’Europe.
25
De 1831 à 1841, la Palestine est sous la tutelle du « pacha
réformateur » d’Égypte Muhammad Ali. Cette période
marque un tournant majeur pour Jérusalem qui s’ouvre
à l’Occident. À la suite des Britanniques (1838), des
consulats européens et celui des États-Unis s’installent
à Jérusalem. Les réformes d’Ibrahim Pacha, fils de
Muhammad Ali, sont mal accueillies par les notables ;
elles provoquent une révolte en 1834. Sous la pression
des puissances européennes, l’Égypte renonce en 1841 à
ses ambitions territoriales, les Ottomans reprennent la
Palestine. q
26
Changements et réformes, seconde moitié du XIXe siècle
En 1841, la convention de Londres rétablit l’autorité ottomane sur la Palestine. Parallèlement aux
réformes (tanzimat) conduites par les sultans jusqu’aux années 1870, la pénétration occidentale
s’affirme : offensives économiques, missionnaires, hospitalières, ingérence culturelle. Les mis-
sions anglicanes et protestantes cherchent à réduire l’hégémonie orthodoxe russe et à convertir
les juifs. La concurrence est vive entre les écoles fondées par les missions. Les recherches archéo-
logiques occidentales en quête de nouvelles mémoires redessinent le passé de la ville.
27
Guillaume II entrant dans Jérusalem, octobre 1898.
Collection Eric and Edith Matson. PDA
Le sultan Abdul Hamid ordonna d’importants travaux
pour recevoir le couple impérial dont la visite fut
organisée par l’agence Cook’s.
Guillaume II installa son camp devant la porte de Jaffa.
En souvenir des croisés, il renonça à la voiture et entra
dans Jérusalem monté sur un cheval blanc. L’événement
fut couvert officiellement par un photographe de presse.
À la fin du siècle, Jérusalem est une ville de contrastes à la fois dans la bigarrure de ses résidents
et dans son paysage urbain : îlots occidentaux autour des missions et des consulats, modernité
et élégance de la « rue de l’aristocratie » s’opposant aux quartiers surpeuplés de la vieille ville. q
NOTRE-DAME-DE-FRANCE
Le rétablissement du Patriarcat latin
de Jérusalem en 1847 est suivi
de l’implantation de congrégations
catholiques françaises : Sœurs de Saint-Joseph
(1848) de Notre-Dame de Sion (1856),
Carmélites (1873), Frères des Écoles chrétiennes
(1876), Dominicains (1883) et surtout
Assomptionnistes à l’origine d’un véritable
« quartier français » autour de Notre-Dame-
de-France fièrement implantée sur une colline Hôtel Notre Dame de France, Jérusalem.
extra muros. L’architecture est une subtile Hoshvilim CC BY-SA 4.0
association de l’Orient et du style français,
comme à Notre-Dame de Fourvière.
Ce complexe grandiose achevé vers 1900
est à la fois maison d’études et hôtel
pour les pèlerins.
28
La Palestine mandataire 1917-1948
Le 9 décembre 1917 les Ottomans, alliés de
l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie du-
rant la Première guerre mondiale, se replient
devant les Anglais et remettent les clefs de
Jérusalem au général Allenby. Par la mise
en scène symbolique de son entrée dans
Jérusalem, Sir Edmund Allenby entend an-
noncer une ère nouvelle pour la Terre sainte.
Le premier gouverneur civil, Sir Hebert
Samuel, s’installe à Jérusalem, la plus grande
ville de Palestine, en 1920. Le 24 juillet 1922,
la SDN ratifie le Mandat confiant le gouver-
nement de la Palestine à la Grande-Bretagne.
La Palestine acquiert sa configuration terri-
toriale contemporaine. Jérusalem se moder-
Arrivée de Sir Herbert Samuel à Jaffa, 1920. D. R. nise avec l’électricité, les premières voitures,
un réseau de taxis et d’autobus. Un sévère
contrôle s’exerce sur la moralité de la ville sainte. Juifs, chrétiens et musulmans sont représentés
dans la municipalité, le gouverneur choisit un maire musulman.
Une nouvelle étape s’ouvre pour
l’immigration juive, conformément
aux engagements de 1922 stipulant
que la puissance mandataire sera
« responsable de la mise à exécu-
tion » de la Déclaration Balfour
du 2 novembre 1917 en faveur d’un
« Foyer national pour le peuple
juif ». Vingt-huit nouveaux quar-
tiers juifs sont créés hors les murs
à Jérusalem entre 1921 et 1938. La
population juive atteint environ
50 000 habitants en 1931 sur un total
de 90 000.
Dindes pour le diner de Thanksgiving des américains,
L’identité arabe palestinienne s’af- rue King David, Jérusalem. D. R.
firme avec la création de « clubs » et
surtout lors des conflits, particulièrement violents à Jérusalem, entre Arabes et sionistes. Une
série de manifestations dirigées à la fois contre le Mandat et le sionisme radicalisent la vie po-
litique. En 1920, des affrontements opposent
juifs et Arabes au lendemain du pèlerinage
musulman de Nabî Mûsâ près de Jéricho ; en
1929, la question symbolique des lieux saints
déclenche les « émeutes du Mur » contre les
juifs : de 1936 à 1939, la Grande révolte arabe
dans toute la Palestine commence par une
grève de six mois.
29
Le rapport d’enquête de la commission royale
présidée par Peel en 1937, recommande pour
la première fois la partition en deux États,
à l’exception des lieux saints, qui seraient
maintenus sous Mandat britannique. Le
plan est rejeté par les nationalistes palesti-
niens et des chefs d’État arabes, à l’exception
de la Transjordanie, et divise le mouvement
sioniste. La brutale répression de la révolte
par l’armée britannique détruit la classe po-
litique palestinienne : déportations, interne-
ments, pendaisons d’insurgés.
Le « Livre Blanc » anglais (17 mai 1939)
marque un tournant dans la politique man-
Manifestation antisioniste à la Porte de Damas à Jérusalem dataire : il propose un État palestinien de
le 8 mars 1920. D. R. population mixte dans lequel l’immigration
juive et les ventes de terres seraient contrô-
lées. Divisés, les Palestiniens rejettent le
plan. Sous l’influence du Grand mufti Hadj
Amin al-Hosseini le mouvement nationa-
liste se radicalise. Le drame du génocide juif,
la question des survivants et les boulever-
sements de la géopolitique au lendemain de
la Deuxième Guerre mondiale constituent
une nouvelle donne dans le conflit entre
Palestiniens et sionistes.
Le Mandat prend fin le 15 mai 1948. q
30
La Ligne verte
Le 29 novembre 1947, par la réso-
lution 181, l’Assemblée générale de
l’ONU adopte le plan de partage
de la Palestine mandataire entre
un État juif (55 % du territoire) et
la Palestine. La zone de Jérusalem-
Bethléem est placée « sous un ré-
gime international particulier ».
Aussitôt éclate la première guerre is-
raélo-arabe (1948-1949). De violents
combats ont lieu à Jérusalem. Le 14
mai 1948, à Tel Aviv, Ben Gourion
Jérusalem ouest © Posztos / Shutterstock
lit la déclaration d’indépendance de
l’État d’Israël. La Jordanie signe le
cessez-le-feu en décembre 1948. Israël étend son territoire à environ 78 % de la Palestine.
À l’issue de la troisième guerre israélo-arabe dite guerre des Six-Jours (1967), Israël annexe
Jérusalem-Est (27 juin). Des centaines de familles sont expropriées par les travaux devant le
Mur (Kotel), dont l’accès avait été interdit aux juifs par les Jordaniens. Expulsées de la vieille
ville, elles rejoignent le camp des réfugiés de Shu ‘fat. Les Palestiniens de Jérusalem-Est (envi-
ron 205 000 en 2008) deviennent des « résidents étrangers » privés de citoyenneté, aux droits
civiques limités.
Mur séparant Jérusalem. © S. Kashov / Shutterstock Une série de mesures démographiques, ter-
ritoriales, législatives, violent le statut juri-
dique de Jérusalem et modifient le caractère
spirituel et religieux de la ville. En 1980, la
Knesset déclare Jérusalem « réunifiée »,
« capitale éternelle de l’État d’Israël », déci-
sion déclarée nulle et non avenue par l’ONU
(résolution 478).
31
Le tracé du « mur de protection » (2003) cerne
Jérusalem-Est sur 150 km et préfigure l’extension de
la colonisation au-delà du Grand Jérusalem. Il isole
Jérusalem-Est des territoires occupés de Cisjordanie et
parfois des villages arabes de son propre territoire. Des
check points contrôlent l’accès à Jérusalem. q
SAMIH AL-QASSIM
Né en 1939 en Jordanie, d’une famille druze originaires de Galilée. Militant politique, journaliste, écrivain,
il dirige à Haïfa les éditions Arabisk. Poète très populaire dans le monde arabe, il a reçu le prix Naguib
Mahfuz en 2006. Le poème « Les enfants de 1948 » évoque les ravages de la première guerre israélo-arabe.
32
Intifadas
Cette seconde intifada s’enracine dans la frustration palestinienne liée au blocage du long pro-
cessus de paix (juillet 2000, Camp David) et à l’intensification de la colonisation en Cisjordanie
et à Jérusalem-Est parallèlement aux négociations entre Israël et l’OLP. L’immense chantier du
quartier de colonisation de Har Homa, au sud-est de Jérusalem-Est, lancé en 1997, est la réali-
sation emblématique de la politique d’implantation reconnue illégale par le droit international.
D. R.
Le caractère arabe de la démographie de Jérusalem-Est s’est pro-
fondément modifié depuis 1967 : près de 210 000 colons vivent
dans les sept grandes unités implantées à l’est de la Ligne verte.
Les Palestiniens ne sont plus que 205 000.
33
le camp de réfugiés de Jénine. En 2003, Ariel
Sharon, Premier ministre, annonce la construc-
tion d’un « mur de sécurité » contre les attentats
et les incursions « terroristes » palestiniennes.
Le bilan de quatre années d’intifada est très lourd :
3500 morts côté palestinien, 972 côté israélien ;
des maisons et l’infrastructure à peine créée (port,
radio, télévision…) sont détruites ; l’économie pa-
lestinienne est anéantie.. q
Carte du grand Jérusalem, 2004 © J. de Jong
La culture brimée
Depuis la première intifada, les deux grandes salles historiques
de cinéma à Jérusalem, l’Alhambra et al-Quds
sont fermées, tandis que Jérusalem-Ouest
aligne ses multiplexes. Leur rénovation devait se faire
dans le cadre de la manifestation
« Jérusalem, capitale de la culture arabe, 2009 »
34
Jérusalem au cœur des négociations 1993-2005
Un processus de paix se dessine en septembre
1993 avec « la Déclaration de Principes »
(accords d’Oslo) adoptée par Israël et les
Palestiniens des territoires occupés. Elle
pose les bases d’un régime d’autonomie pa-
lestinienne en Cisjordanie et à Gaza, durant
une période transitoire. Le règlement dé-
finitif sur la base des résolutions 242 et 338
de l’ONU prévoit une négociation sur les
frontières communes et la sécurité. Israël
reconnaît « l’OLP comme représentant des
Palestiniens » et l’OLP reconnaît Israël. Les
premiers accords intérimaires (Oslo I, 1994)
élargissent les compétences qui seront trans- Bill Clinton, Yitzhak Rabin, Yasser Arafat à la Maison
férées à l’Autorité nationale palestinienne et Blanche le 13 septembre 1993.
Vince Musi / The White House PDA
prévoient le retrait de l’armée israélienne de
la bande de Gaza et de Jéricho. Les accords Oslo II (1995) divisent la Cisjordanie en trois zones ;
la question cruciale de Jérusalem, proclamée capitale de l’État d’Israël par la loi fondamentale de
1980, est reportée à l’étape finale des négociations.
Bienvenue à Jérusalem.
Pawel Ryszawa. CC BY-SA 4.0
35
Au cours de la seconde intifada, en janvier 2001 et en pleine campagne électorale israélienne,
des négociations s’engagent à Taba (Égypte) sur la base des propositions du président Clinton :
Jérusalem, « ville ouverte », deviendrait capitale de deux États, Yéroushlaïm ayant la souverai-
neté sur les quartiers juifs et al-Quds sur ceux des Palestiniens. Ces derniers refusant toute sou-
veraineté israélienne sur et sous l’Esplanade, celle-ci et le Mur occidental seraient confiés à des
délégués de l’ONU et au Maroc pendant trois ans.
36
Al-Quds et al-Aqsa
Par leur symbolique religieuse, nationale,
identitaire, al-Quds et al-Aqsa représentent
un mythe puissant dans l’idéologie palesti-
nienne et dans l’ensemble du monde arabe
et musulman.
Al-Aqsa est la plus grande mosquée de Jérusalem. Son édification daterait du règne d‘Abd
al-Mali. Sept fois reconstruite à la suite de tremblements de terre, plusieurs fois restructurée,
elle constitue le modèle de la mosquée classique basilicale. Du magnifique décor initial subsiste
le plafond en bois sculpté et le mihrab orné d’une mosaïque de verre.
Durant les quatre siècles de domination ottomane, le contrôle des lieux saints et leur libre accès
étaient régis par un arbitrage, en particulier le firman de 1852. Des traités internationaux (dont
celui de de Berlin, 1878 article 62 : « Aucune atteinte ne saurait être apportée au statu quo dans
les Lieux saints ») confirment le statu quo, assurant la coexistence des religions chrétiennes et
musulmanes.
37
Ancien mirhab en 1914, détruit plus tard Actuel mirhab de la mosquée al-Aqsa.
par un acte de malveillance en 1969. D. R.
Collection Eric and Edith Matson. PDA
Dans la Palestine mandataire, les lieux saints sont au cœur des conflits entre sionistes et
musulmans, ces derniers dénoncent les mesures de contrôle britannique et redoutent une re-
construction du Temple sur l’Esplanade. Érigé en symbole de cohésion nationale, le Mur est
instrumentalisé par les deux communautés, qui organisent des comités de défense, les uns du
Kotel, les autres du Bouraq. C’est sur les Lieux saints que débutent les violentes manifestations
de la « révolte d’al-Bouraq ».
LA RÉVOLTE D’AL-BOURAQ.
Le 15 août 1929, lors d’une manifestation juive
venue de Tel Aviv à Jérusalem à l’occasion
du 9 Av, un drapeau sioniste est hissé sur le Mur.
Les musulmans s’y rendent le lendemain
pour la célébration de la naissance du Prophète
et détruisent les objets cultuels apportés
par les juifs pour le shabbat.
Un légiste natif de Jérusalem au XIe siècle, Ibn-al-Qaysarani rédige dans cette ville un ouvrage
sur la licéité du chant le Kitâb al-samâ’. Quelques siècles plus tard, Ibn Ghânim al-Maqdisî en
écrit un autre à Jérusalem où à l’inverse, il condamne l’activité chantée : Masâyid al-shaytân wa
dhamm al-hawa (Les pièges de Satan et la censure de la passion).
39
assez peu mentionnée à travers le temps. Ce
n’est que sur la fin du XIXe siècle que l’on
commence à décrire, la musique des cafés,
où les instruments sont regroupées en petit
ensemble takht, formé de qânûn (cithare
sur table), kamaja (violon), oud (luth), nây
(flûte de roseau), et duff (tambour sur cadre).
Sous la Jérusalem ottomane des orchestres
militaires sont tout aussi présents.
En 1936 Radio Jérusalem (Idha’at al-Quds)
inaugure ses antennes et accueille tous les
musiciens qui transitent par la Palestine
pour se rendre soit en Égypte soit au Liban,
en Syrie, ou en Iraq. Umm Kulthum et
Mohammed Abdel Wahhab en sont parmi
ces voyageurs, les plus illustres. Plus tard, ils
Ensemble musical, takht. Coll. Ch. P chanteront la Palestine. Des compositeurs
dans le style occidental, natifs de Jérusalem
ont grandi dans le giron de l’église catho-
lique, représentée par les Dominicains et
les Franciscains : la majorité ont exercé le
métier d’organiste. Certains se sont exilés,
l’un d’eux, Youssef Khasho (décédé en 1996),
est l’auteur, en 1967, d’une symphonie pour
grand orchestre La Symphonie Jérusalem mar-
quée par l’esthétique romantique.. q
Uum Kulthum au cinéma Aden à Jérusalem.
Collection privée de Saleh Abdel Jawad.
PDA
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