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Centre René Labusquière, Institut de Médecine Tropicale, Université de Bordeaux, 33076 Bordeaux (France)

Bartonelloses
Actualités 2019
Professeur Pierre Aubry, Docteur Bernard-Alex Gaüzère. Texte écrit le 25/01/2019
www.medecinetropicale.com

1. Généralités

Les infections à Bartonella sont mal connues, à l’exception de la Maladie des griffes du chat, décrite
en 1950 par Robert Debré, et dont l’agent pathogène, Bartonella henselae, a été isolé en 1992. En
fait, la première Bartonella a été identifiée en 1909 : c’est Bartonella bacilliformis qui causait la fièvre
de Oroya décrite au Pérou chez des ouvriers construisant une voie de chemin de fer en 1870. En
1932, après la guerre entre la Colombie et le Pérou, une nouvelle maladie, la verruga peruana, était
apparue, due à la même bactérie, Bartonella bacilliformis. La relation entre la fièvre de Oroya et la
verruga peruana a été établie par Carrion qui, après s’être inoculé du sang d’une verruga peruana, a
présenté une fièvre de Oroya dont il est mort. Les deux maladies ont alors été réunies sous le nom de
maladie de Carrion.
Pendant la guerre de 1914-1918, il a été décrit « la fièvre des tranchées », se caractérisant par des
accès fébriles tous les cinq jours d’où son nom de « fièvre quintane », et dont l’agent causal, d’abord
classée parmi les Rickettsia, a été identifié comme Bartonella quintana. Plus d’un million de
combattants ont été infectés.
Trente-trois espèces sont actuellement validées, dont l’hôte habituel est l’homme ou des mammifères.
Les bartonelloses sont des maladies émergentes ou ré-émergentes du fait de l’augmentation de leur
prévalence chez les immunodéprimés, en particulier infectés par le VIH, de la dégradation des
conditions socio-économiques, du contact plus fréquent avec les animaux réservoirs et avec les
vecteurs.
Leur connaissance a progressé rapidement du fait de l’apport des techniques d’amplification génique.
Ce sont des maladies ubiquitaires, sauf la maladie de Carrion qui sévit uniquement en Amérique du
Sud.

2. Epidémiologie

Les Bartonella rencontrées chez l’homme sont, soit des espèces spécifiquement humaines (B.
bacilliformis, B. quintana), soit des espèces comme B. henselae, dont l’hôte habituel est un
mammifère dont le réservoir habituel est le chat domestique.

B. bacilliformis est transmis par un phlébotome, Lutzomyia verrucarum, insecte hématophage qui
pique la nuit. Sa région d’endémie est la Cordillère des Andes entre 500 et 3 200 m d’altitude (Pérou,
Equateur, Colombie) où la séroprévalence est élevée (0,5 % de bactériémies asymptomatiques au
Pérou).
B. quintana a une répartition mondiale. Le vecteur est le pou de corps, Pediculus humanis corporis. Le
pou demeure infectant plusieurs mois et la contamination se fait par les lésions de grattage, B. quitana
étant dans la salive et les fèces du pou.
B. henselae a pour principal hôte le chat domestique qui transmet la maladie par griffure, plus
rarement par morsure. C’est une des zoonoses les plus répandues dans le monde. La transmission
pourrait aussi se faire par les puces du chat, Ctenophalides felis.

3. Bactériologie

Les bactéries du genre Bartonella sont de petits bacilles à Gram négatif. Leur croissance nécessite la
présence d’hémine, de CO² à 35 °C. Leur isolement peut être obtenu sur gélose enrichi au sang frais
d’animal (lapin, mouton ou cheval). Leur culture est lente et difficile. Les colonies apparaissent après
9 à 15 jours d’incubation, le délai de croissance pouvant atteindre 45 jours.

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Centre René Labusquière, Institut de Médecine Tropicale, Université de Bordeaux, 33076 Bordeaux (France)

Les Bartonella sont des microorganismes intracellulaires facultatifs. In vivo, ils ont la capacité de
coloniser les érythrocytes de leurs hôtes. Les Bartonella colonisent une niche primaire, encore non
identifiée, avant de coloniser le sang, de reconnaître les globules rouges et les infecter. Seule, B.
bacilliformis provoque la lyse de globules rouges qu’elle infecte.

4. Clinique

Chaque espèce de Bartonella va déterminer un certain nombre de manifestations cliniques,


biologiques et histologiques. Certaines de ces manifestations sont spécifiques d’une espèce donnée,
d’autres sont communes à différentes espèces de Bartonella.

4.1. La maladie de Carrion


La maladie de Carrion est due à B. bacilliformis et regroupe deux formes cliniques bien distinctes : la
fièvre de Oroya et la verruga peruana.
La fièvre de Oroya, après une incubation de trois semaines en moyenne, est a début progressif avec
fièvre, céphalées, malaise ou a début brutal avec fièvre, frissons, ictère conjonctival et parfois une
encéphalite aiguë. Il s’agit d’une bactériémie avec invasion des globules rouges entraînant une
hémolyse dont témoigne l’ictère conjonctival qui est d’origine hémolytique. Au cours de cette phase
septicémique, les bactéries sont facilement mises en évidence au sein des hématies circulantes par la
coloration de Giemsa. La mortalité est élevée pouvant atteindre 40 % en l’absence de traitement.
Un à deux mois après l’épisode aigu peut survenir une lésion cutanée, la verruga peruana, qui est une
tuméfaction violacée, angiomateuse, unique ou multiple, saignant au contact, de 2 à 10 mm de
diamètre. Ces lésions peuvent persister plusieurs mois, mais finissent par disparaître sans cicatrice.
L’antécédent de fièvre de Oroya n’est pas toujours retrouvé.

4.2. La fièvre des tranchées ou fièvre quintane


La fièvre quintane due à B. quintana, décrite chez les combattants pendant la première guerre
mondiale, est caractérisée par sa rythmicité. Après une incubation de 15 à 25 jours apparaît une
première phase fébrile de 5 jours (2 à 3 jours d’ascension thermique suivie d’une défervescence
thermique de 2 à 3 jours), suivies de récurrences d’intensité décroissante. La maladie peut durer 4 à 6
semaines. A chaque poussée fébrile, céphalées, myalgies, arthralgies, douleurs pré-tibiales plus
spécifiques sont associées à la fièvre. Hépatomégalie, splénomégalie, éruption cutanée à type de
maculo-papules sont fréquemment constatées, ainsi qu’une franche hyperleucocytose.
La maladie a été par la suite rapportée en Algérie, en Egypte, en Ethiopie, au Japon, en Chine et au
Mexique. A la fin des années 1990, B. quintana a circulé dans les camps de réfugiés au Burundi. Des
bactériémies à B. quintana sont observées chez des patients désocialisés, sans domicile fixe, en
France et aux USA depuis 1990, réalisant la « fièvre des tranchées urbaine ». Les bactériémies
peuvent être à l’origine d’endocardites en cas de lésions valvulaires.
Des cas de bactériémies isolées ont été rapportés en 1990 chez trois malades immunodéprimés, dont
2 VIH positifs.

4.3. La maladie des griffes du chat


La maladie des griffes du chat due à B. henselae touche surtout les enfants. Elle se manifeste par la
survenue d’adénopathies inflammatoires localisées dans le territoire de drainage d’une inoculation par
griffure, rarement par morsure, datant de quelques semaines. On retrouve parfois des lésions
cutanées au site d’inoculation, 3 à 10 jours après la contamination. Les adénopathies sont de siège
inguinales, axillaires ou cervicales. Le malade présente de la fièvre, des céphalées, des douleurs
articulaires ou musculaires, une splénomégalie. Une fistulisation ganglionnaire s’observe dans 10 %
des cas. La guérison est longue.
Une forme particulière est le syndrome oculo-glandulaire de Parinaud, caractérise par une atteinte
oculaire lors d’une inoculation conjonctivale et une adénopathie prétragienne homolatérale.

4.4. L’angiomatose bacillaire et la péliose hépatique


L’angiomatose bacillaire est une manifestation commune à B. quitana et B. henselae. Elle est
particulièrement associée à l’infection à VIH/Sida, mais peut survenir dans d’autres déficits
immunitaires. Il s’agit de lésions nodulaires, rouge violacé, uniques ou multiples, dermiques ou
muqueuses. Des atteintes viscérales ont été rapportées, parfois isolées. Le principal diagnostic
différentiel est le Sarcome de Kaposi lié au sida. L’histologie contribue au diagnostic.
La péliose hépatique est l’équivalent viscéral de l’angiomatose bacillaire dans sa forme hépatique. Le
diagnostic est histologique. Elle un lien avec l’infection à VIH/Sida.

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4.5. L’atteinte rétinienne


L’atteinte rétinienne est une manifestation commune à B. quitana et B. henselae. Il s’agit le plus
souvent de rétinites stellaires.

4.6. Les endocardites à hémoculture négative


Vu les difficultés d’isolement des Bartonella, les endocardites sont dites « à hémoculture négative ».
Ce sont des manifestations communes à B. quintana et B. henselae. Les endocardites à B. quintana
surviennent sans valvulopathie prééxistante, alors que les endocardites à B. henselae s’observent sur
valvulopathie prééxistante.

4.7. Les atteintes neurologiques


B. bacilliformis est cause d’encéphalite aiguë. B. henselae de méningo-encéphalites, de syndrome de
Guillain-Barré et d’épidurite.

5. Diagnostic

5.1. Le diagnostic est direct par la culture et l’amplification génique.


Les Bartonella peuvent être isolées du sang et de différents tissus (ganglion, foie, peau, moelle
osseuse,…). Ce sont des bactéries à croissance difficile. Les méthodes de biologie moléculaire (PCR
en temps réel, très spécifique) constituent actuellement les techniques de référence.

5.2. Le diagnostic est indirect par la sérologie.


La sérologie est la technique la plus simple en routine, mais elle est peu spécifique et peu sensible,
que ce soit l’immunofluorescence indirecte ou les tests immunoenzymatiques.
La sérologie a été largement utilisée dans la maladie des griffes du chat, mais elle présente des
limites dues à la variabilité des taux des anticorps détectés en fonction de la technique de préparation
des antigènes bactériens, de l’absence d’anticorps spécifiques à un taux détectable chez les sujets
immunodéprimés et à des réactions croisées entre le genre Bartonella, le genre Chlamydia et Coxella
burnetii.

5.3. L’histologie contribue au diagnostic


L’examen histologique a été le premier élément du diagnostic.

Dans l’angiomatose bacillaire, on observe une prolifération capillaire lobulaire et des cellules
endothéliales constituant la paroi des néo-vaisseaux avec risque d’obstruction. Le stroma entourant
les lobules contient un infiltrat inflammatoire à prédominance de polynucléaires neutrophiles. Des
amas bactériens peuvent être révélés au sein du stroma sous forme d’amas éosinophiles. L’aspect
histologique est semblable à celui de la verruga paruana. Il se différencie des lésions du sarcome de
Kaposi.

Dans la péliose hépatique, il s’agit d’une prolifération vasculaire avec dilatation des vaisseaux
capillaires sinusoïdes hépatiques conduisant à la formation d’espaces vasculaires étendus. Le stroma
myxoïde contient des cellules inflammatoires.

Dans la maladie des griffes du chat, l’examen histologique d’un ganglion montre un granulome
épithélioïde et giganto-cellulaire avec une nécrose pyogène entourée d’une couronne de cellules
lymphocytaires ou de cellules macrophagiques et histiocytaires. Cet aspect n’est pas spécifique.
L’imprégnation argentique (coloration de Warthin-Starry) ou l’immunohistochimie peuvent mettre en
évidence les bactéries au sein des tissus nécrosés.

6. Traitement

Le traitement repose sur l’antibothérapie et plusieurs familles d’antibiotiques ont une bonne efficacité
sur les bactéries du genre Bartonella : macrolides, cyclines, aminosides, rifampicine, fluoroquinolones.

Dans la fièvre de Oroya, le chloramphénicol reste le traitement de référence par voie orale (500 mg x
4/j, jusqu’à 10 jours après l’apyrexie).

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Centre René Labusquière, Institut de Médecine Tropicale, Université de Bordeaux, 33076 Bordeaux (France)

Dans la verruga perruana, la rifampicine est le traitement de choix (600 mg/j chez l’adulte ; 10 mg/kg/j
chez l’enfant pendant 15 à 21 jours).

Dans l’angiomatose bacillaire, l’érythromycine est le traitement de choix : 500 mg quatre fois par jour
pendant 3 mois. Chez les immunodéprimés, un traitement par les macrolides est nécessaire pendant
plusieurs mois.

Dans la fièvre des tranchées ou chez les personnes sans domicile fixe, l’association gentamycine (3
mg/kg/j pendant 14 jours) et doxycycline (200 mg/j Po pendant 28 jours) est efficace.

Dans la maladie des griffes du chat, le traitement antibiotique a peu d’influence et l’antibiothérapie ne
doit pas être systématique. Cependant, l’azithromycine administrée à la dose de 500 mg le premier
jour puis 250 mg par jour pendant cinq jours, permet une diminution plus rapide de la taille des
adénopathies. Dans les formes suppurées, le drainage s’impose. Dans les formes compliquées ou
chez les malades immunodéprimés, une association d’antibiotiques est nécessaire

Dans les endocardites, des associations d’antibiotiques sont utilisées, mais aucun schéma
thérapeutique précis n’a fait la preuve de sa supériorité. L’association doxycycline per os (100 mg, 2
fois par jour pendant 6 semaines) et gentamycine (3 mg/j en une seule dose quotidienne pendant 14
jours) peut être conseillée. Il peut être nécessaire d’intervenir pour un remplacement valvulaire.

7. Prévention

La prévention repose sur la lutte contre les vecteurs : phlébotomes pour la maladie de Carrion, poux
pour la fièvre des tranchées. Pour la maladie des griffes du chat, il faudrait traiter tous les chats
infectés et contrôler l’infestation des chats par les puces.

Références

- Parola P. Bartonelloses. Médecine Treopicale. Lavoisier édit. 2012, pp. 630-634 (10 références).
- Hansmann Y. Infections à Bartonella. EMC-maladies infectieuses 2017 ; 14(4) : 1-10 [Article 8-037-
I-30] (114 références).
- Vayssier-Taussat M, Rolain JM. Bartonella. Bactériologie clinique. Editions Eska 2019, pp. 1459-
1470, n° 96 (139 références).

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