Réseaux Électriques Intelligents: Livre Blanc
Réseaux Électriques Intelligents: Livre Blanc
fr
LIVRE BLANC
Des industriels au service de
l’intelligence énergétique
RÉSEAUX ÉLECTRIQUES
INTELLIGENTS
• La normalisation internationale,
• La réglementation pour un marché domestique exemplaire,
• Les incitations pour assurer dans la durée l’excellence de
l’industrie électrique française.
B.3. Les acteurs d’un nouveau marché pour un usage électrique innovant :
la filière industrielle électrique française, entre excellence mondiale
et pionnière 10
D. La normalisation internationale
et les réseaux électriques intelligents 23
Les trois niveaux de systèmes qui vont s’interpénétrer sont les suivants :
Ces trois systèmes ont été résumés dans la matrice suivante 4 par
le Groupe de Travail du Comité d’Orientation Stratégique des Eco-
Industries (COSEI) 5, dédié aux Systèmes Electriques Intelligents et
Stockage d’énergie:
HT / MT
Efficacité tertiaire
Poste Postes et industrielle
Charbon Gaz naturel transformateur de livraison
• réparti • distribué
Systèmes de stockage • de masse • de puissance, … Stockage aval compteur
Le lancement par les Etats-Unis d’un plan smart grids en 2009 a ré-
vélé au grand public cette notion qui, depuis, a généré une prise de
conscience générale, notamment dans les pays et continents en pleine
croissance.
Moteurs
Accélérateurs
3 5
Protection, Stockage distribué
automatisation de l’électricité
et contrôle des 7
réseaux électriques Système de comptage
1 communicant
Production d’énergies
conventionnelles
et renouvelables
9
Gestion du consom’acteur
dans le secteur résidentiel
2
Qualité et efficacité du transport
de l’énergie électrique
10
Intégration des
véhicules électriques
4
Gestion et pilotage
global des systèmes
8
Gestion active
énergétiques
des bâtiments
6
Gestion informatique
des données
HT / MT
Résidentiel
Poste
transformateur
Transport
Utilisateur final
Production Electronique
d'énergie renouvelable de puissance
Transport
Poste Postes
transformateur de livraison
(MT / BT)
HT / MT
Contrôle-commande
des postes électriques
Energies Stockage
renouvelables sur site
Opérateurs
de Réseau
Serveur
Centrale Virtuelle
Technique
(TVPP)
Pilotage et
Comptage
intelligent
Économies d'énergie
40%
= + actions
sur les équipements
30% et l'enveloppe
du bâtiment
Gestion de
la charge
Gestion du chauffage
& air conditionné
Gestion de
Sécurité
la demande
Contrôle
Détection CO / CO2
Eau & Gaz
Contrôle
photovoltaïque
Contrôle
électrique
1 et 3 : charge
lente sur réseau
domestique
2 : station
d’échange rapide
de batterie
4 : stations de
charge rapide
Proposition 1
Incitation
Proposition 2
Proposition 3
Proposition 4
Réglementation
Proposition 5
Proposition 6
Proposition 7
Réglementation Incitation
Propositions transversales
en faveur d’une fiscalité environnementale durable
Proposition 8
Proposition 9
Proposition 10
Réglementation Incitation
-oOo-
RÉSEAUX ÉLECTRIQUES
INTELLIGENTS
RÉSEAUX ÉLECTRIQUES
INTELLIGENTS
- Version détaillée -
« Ils ne savaient pas
que c’était impossible…
alors ils l’ont fait. »
Mark Twain
Les entreprises du Gimélec ont formalisé dans ce livre blanc les enjeux associés
au développement des réseaux électriques intelligents, ainsi que la palette des
solutions technologiques et des mesures de politiques publiques susceptibles de
répondre à ces enjeux, de manière opérationnelle.
Par cette contribution au débat public, les entreprises du Gimélec sont désireuses
de maintenir et de renforcer l’excellence de l’industrie électrique française au
niveau mondial grâce à un partenariat renforcé entre les entreprises privées
industrielles et l’Etat français autour d’un XXIème siècle qui sera électrique
et écologique. Pour cela, il est important de souligner combien le mariage
de l’intelligence énergétique et du numérique est nécessaire à la révolution
industrielle que représentent les réseaux électriques intelligents.
Le succès de cette révolution industrielle en marche repose tant sur les synergies
entre les industries électrique et numérique que sur une modélisation en France
de l’ensemble de ces nouvelles fonctionnalités susceptible de générer des succès
à l’exportation.
Ces entreprises soutiennent les efforts engagés par les Pouvoirs Publics
français pour faciliter le développement industriel des systèmes élec-
triques intelligents et du stockage de l’énergie, notamment dans le cadre du
« COmité Stratégique des Eco-Industries » (COSEI), dont la présidence est
assurée par le Gimélec.
Ce livre blanc s’attache à présenter avec acuité les enjeux des réseaux élec-
triques intelligents et à proposer des solutions concrètes et opérationnelles
pour accélérer leur émergence et leur développement en France et dans
l’Union Européenne.
F. Feuille de route 63
F.1. La normalisation internationale et les réseaux électriques intelligents 63
F.2. Les modifications réglementaires et les incitations pour développer
les réseaux électriques intelligents en France 65
L’électricité est très difficile à stocker. Il est donc nécessaire à tout instant d’équilibrer le
réseau, en d’autres termes de s’assurer que la production (l’électricité injectée sur le réseau
par les producteurs, c’est-à-dire l’offre d’électricité) est égale à la consommation (l’électricité
soutirée sur le réseau par les consommateurs, c’est-à-dire la demande d’électricité). Si l’écart
entre production et consommation augmente trop, le réseau subit des écarts de fréquence et
de tension dommageables pour les équipements du réseau et ceux des consommateurs. Les
conséquences peuvent aller jusqu’à la déconnexion de certaines branches du réseau (entraînant
la coupure du courant chez certains consommateurs), voire l’incident généralisé (blackout).
C’est ce type d’incident qui s’est produit le 4 novembre 2006, lorsque des problèmes survenus
sur le réseau allemand ont provoqué, une rupture de plusieurs heures de l’alimentation de
15 millions d’Européens.
Pour préserver cet équilibre du réseau, il est nécessaire de prévoir au mieux la consommation
et de disposer de capacités d’ajustement très réactives s’appuyant sur la mise en œuvre de
moyens de production adéquats.
lieu en été. La consommation d’électricité varie également sensiblement à l’échelle d’une jour-
née : en France, pendant l’hiver, la « pointe journalière » se situe aux alentours de 19 heures.
90000
Eclairage
80000
Consommation (MW)
70000 Chauffage
60000
50000
40000
30000
Usages réguliers
20000
10000
Les capacités de production de base sont celles qui fonctionnent la majorité du temps. Nécessi-
tant des investissements lourds, elles ont un coût d’exploitation relativement faible. En France,
la majorité de la production électrique de base est assurée par les centrales nucléaires : en 2009
1
, celles-ci ont fourni 75% de l’électricité produite dans le pays. Face à une pointe, il faut dé-
marrer des moyens de production auxiliaires très réactifs. Puisque ces derniers ne sont utilisés
qu’une partie de leur temps de disponibilité, on privilégie des moyens nécessitant de faibles coûts
d’investissement, quitte à ce que leur coût d’exploitation soit plus élevé. Cela explique pourquoi
l’électricité produite en pointe coûte plus cher que celle produite en base 2.
Le graphique ci-après, qui détaille la puissance appelée par type de moyen de production au
cours de l’hiver 2008-2009, met en évidence la sollicitation très variable du parc installé en
fonction de la filière :
90000
80000
Puissance appelée (MW)
70000 Fioul
Charbon & gaz
60000
Hydraulique
50000
40000
30000
Nucléaire
20000
10000
Fig.2 : Puissance appelée par type de moyen de production au cours de l’hiver 2008-2009
(Source UFE)
Par ailleurs, le réseau est également soumis à des phénomènes de pointe locale indépendants
de la pointe synchrone nationale : une pointe peut être observée sur le réseau de distribution et
conduire à une défaillance sans pour autant qu’il y ait un déséquilibre entre la production et la
consommation au niveau national. Des coupures peuvent donc être dues à des défaillances du
réseau, c’est-à-dire son incapacité à acheminer la production disponible au point de consom-
mation à cause de congestions, pertes ou pannes, alors que l’équilibre global du réseau est
assuré. Les coupures d’électricité de ces dernières années en France métropolitaine ont eu
très majoritairement pour origine une défaillance du réseau.
A.1.2 Un réseau électrique est le fruit de l’interaction entre des acteurs variés
Plusieurs grands types d’acteurs sont amenés à interagir au sein d’un réseau électrique. Les
producteurs assurent la génération de courant électrique grâce à des centrales de production
d’électricité. Lorsque ces centrales sont de type nucléaire ou thermique à énergies fossiles
(fioul, charbon, gaz), elles constituent des sources d’énergie non renouvelables, dans le sens
où la consommation de ces énergies est plus rapide que leur renouvellement naturel. A contra-
rio, lorsque ces centrales sont de type hydro-électrique, solaire, éolienne, ou encore fondées
sur la biomasse, ces sources d’énergie sont considérées comme renouvelables. L’activité de
production d’électricité est ouverte à la concurrence en Union Européenne. En France, l’acteur
historique et détenteur de la majeure partie des moyens de production est Électricité de France
(EDF). D’autres producteurs lui font concurrence, parmi lesquels POWEO, Direct Energie ou
encore Gaz de France. Enfin, de nouvelles catégories de producteurs sont récemment apparues
à l’occasion de la mise en place des politiques d’encouragement et de soutien aux énergies
renouvelables.
Le transport sur de longues distances de grandes quantités d’électricité sur les lignes à haute
et très haute tension 6 est assuré par le gestionnaire du réseau de transport. Celui-ci est res-
ponsable de l’équilibre général du réseau, c’est-à-dire l’équilibre à tout instant entre l’offre et
la demande d’électricité. En France, la responsablité de cette activité (considérée comme un
monopole naturel) incombre à Réseau de Transport d’Electricité (RTE).
Au bout de la chaine, les consommateurs d’électricité peuvent être de nature très différente,
depuis les très gros consommateurs industriels jusqu’aux clients résidentiels, en passant par
les consommateurs du secteur tertiaire.
L’ensemble de ces acteurs doit collaborer pour assurer la fourniture à tout instant d’une élec-
tricité de bonne qualité. Une entité est chargée de jouer le rôle de régulateur du marché de
l’électricité et de veiller à son bon fonctionnement. En France, il s’agit de la Commission de
Régulation de l’Energie (CRE), autorité administrative indépendante également en charge du
marché du gaz.
Cette description des différents acteurs d’un réseau d’électricité s’inscrit dans un contexte
européen. En effet, les réseaux nationaux européens sont tous interconnectés et les échanges
entre eux sont importants, sous la responsabilité du gestionnaire du réseau de transport.
Par ailleurs, la situation actuelle est le fruit de la déréglementation – toujours en cours – des
marchés européens de l’électricité. La Directive Européenne Electricité de 1996 sur la libérali-
sation du marché Intérieur de l’énergie a transformé la chaîne de valeur en créant de nouveaux
maillons pour réduire les situations de monopole et en demandant à chaque Etat membre de
mettre en place une autorité indépendante de régulation. Adopté par le Parlement Européen le
22 avril 2009, le troisième Paquet Energie poursuit cette dynamique.
En 2009, le réseau électrique français a produit 518,8 TWh, l’origine de cette production étant
répartie de la façon suivante :
Dans cette même année, les consommateurs français ont consommé 486 TWh. La France a ex-
porté 68,2 TWh d’électricité auprès des pays transfrontaliers, mais a aussi importé ponctuelle-
ment de l’électricité (57 journées d’importation contractuelle nette pour un total de 43,5 TWh)
afin de répondre à ses besoins de pointe. Le solde de la France en 2009 est donc exportateur net
(24,7 TWh), mais les quantités d’électricité exportées diminuent chaque année (48 TWh en 2008
et 57 TWh en 2007). Le réseau électrique français possède donc des capacités de base qui lui
permettent d’être exportateur. Mais ces capacités sont limitées en pointe, ce qui oblige à importer
de l’électricité de façon ponctuelle pour assurer l’équilibre entre production et consommation.
Le réseau électrique français est constitué de plus d’1,3 million de kilomètres de câbles. Le
réseau de transport (haute et très haute tension) représente environ 100.000 km et celui de
distribution environ 1,2 million de km.
Après une longue période de hausse régulière, la consommation totale d’électricité en France
a baissé de 1,6% en 2009. En cause, la crise économique et la moindre activité des industries
(consommation en baisse de 8,6% pour la grande industrie et de 3% pour les PME-PMI). Néan-
moins, la baisse s’est atténuée en fin d’année et la consommation des ménages et des activités
tertiaires a augmenté de 2% 8. Les prévisions anticipent une augmentation tendancielle de la
consommation d’électricité en France. A l’échelle mondiale, l’Agence Internationale de l’Energie
(IEA) prévoit un doublement de la demande d’électricité d’ici 2020. En Europe, la consommation
électrique devrait augmenter de 40% entre 2003 et 2030.
Fig 3 : Prévision d’évolution de la consommation d’électricité en France d’ici 2025 selon divers scénarios
Source RTE
Cette tendance à la hausse est liée à la croissance globale de l’économie et, plus particuliè-
rement, à la croissance de l’économie tertiaire et de l’économie numérique. Ces économies
s’appuyent sur le développement de technologies particulièrement gourmandes en électricité
et très sensibles à la sécurité du réseau électrique (Datacenters, serveurs, calculateurs, infras-
tructures de télécommunication).
Le réseau électrique devra donc être capable de transporter et d’amener au consommateur des
quantités croissantes d’énergie électrique.
600 100
90
80
Consommation corrigée (TWh)
70
400 Consommation brute (TWh)
60
300 50
40
200
30
20
100
10
0 0
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Fig 4
Les scénarios proposés par RTE illustrent clairement la hausse attendue des niveaux de pointe
d’ici 2025 :
2012/13 2014/15 2019/2020 2024/25
Pointe à température normale (GW) 86,9 88,2 91,0 94,9
Pointe « à une chance sur dix » (GW) 102,0 103,8 107,7 112,0
Fig 5 : Prévisions de puissance de pointe d’ici l’hiver 2024/2025 dans le scénario de « référence »
du bilan prévisionnel 2009 de l’équilibre offre/demande
Source RTE
Cette plus grande volatilité de la demande s’explique notamment par le développement du chauf-
fage électrique en France, qui rend le pays très sensible aux variations de température : on es-
time aujourd’hui qu’une baisse de 1°C en hiver entraine une demande électrique supplémentaire
de 2100 MW, soit l’équivalent de 2 fois la consommation d’une ville comme Marseille. L’impact
du chauffage électrique et de son développement (les trois-quarts des installations neuves sont
équipés de chauffage électrique) associée à l’avènement des nouveaux usages électriques, dont
on ne connaît pas encore précisément l’impact sur la demande 9, risquent d’accentuer cette sen-
sibilité, qui devrait atteindre 2 500 MW par °C en 2025 à cadre inchangé. Cette plus grande volati-
lité de la demande exige donc de disposer d’un réseau plus flexible et plus réactif, pour assurer à
tout instant – et en particulier en pointe – l’équilibre entre l’offre et la demande.
4000
3500
Puissance installée (MW)
2000
1500
1000
500
0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
50
Puissance installée (MW)
40
Puissance annuelle installée
Puissance cumulée
30
20
10
0
2003 2004 2005 2006 2007 2008
Les nouvelles capacités de production fondées sur les énergies renouvelables participent réso-
lument à l’augmentation de la puissance installée en France. Ainsi, parmi les 2600 MW de ca-
pacité supplémentaire installée en France en 2009, 1070 MW sont des capacités de production
fondées sur l’éolien 10.
En intégrant de plus en plus de sources de production fondées sur des énergies renouve-
lables, la production d’électricité en France va progressivement changer de nature. La forte
progression de ce type de production électrique répond au fort souhait sociétal d’accélérer
leur développement. Néanmoins, ces sources d’énergie possèdent des caractéristiques tout à
fait particulières qu’il s’agit de bien prendre en compte pour envisager d’en faire des sources
importantes de production électrique.
Par ailleurs se pose la question de la nature de ces centres de production : le réseau d’électri-
cité a été historiquement conçu pour transmettre de façon unidirectionnelle du courant élec-
trique produit de manière centralisée, dans un nombre restreint de grandes centrales de pro-
duction. Si des fermes éoliennes ou des centrales photovoltaïques disposent de capacités de
production supérieures à 100 MW, le développement d’une production décentralisée, de petite
capacité et localisée à proximité des lieux de consommation va nécessiter pour le réseau de
gérer des flux bidirectionnels et de les intégrer dans l’optimisation de son équilibre. Représen-
tant aujourd’hui environ 14% 11 de la production française, cette production décentralisée de-
vrait largement augmenter. La France vise en effet un objectif de 23% d’énergies renouvelables
dans sa consommation énergétique finale brute d’ici 2020 et l’Etat soutient cet objectif par une
politique volontariste avec le mécanisme d’obligation d’achat.
Les évolutions que connaissent l’offre et la demande d’électricité vont rendre leur ajustement
plus complexe. Fini le réseau traditionnel où il s’agissait d’ajuster la production centralisée à la
demande ; il s’agit désormais de plus en plus d’ajuster la production centralisée, la production
décentralisée, la production issue de moyens de stockage décentralisés et enfin les éventuelles
importations et exportations à une demande rendue plus flexible et pilotable.
Cet ajustement devient d’autant plus difficile que l’offre d’énergies renouvelables ne concorde
généralement pas avec la demande, ni sur une journée, ni sur une période temporelle. Les
deux graphes ci-après illustrent cette non-concordance de l’offre éolienne (en gris) et de la
demande (en bleu) mesurées à un poste source :
3000
90000
80000
2000
70000
1500
60000
1000
50000
500
40000 0
90000 1800
80000 1600
70000 1400
60000 1200
50000 1000
40000 800
30000 600
20000 400
Bien qu’elle soit dotée de capacités de base importantes grâce à son parc électronucléaire, la
France doit faire face à tout instant à une problématique d’équilibre de l’offre et de la demande
de plus en plus complexe. Cette situation est à son paroxysme lorsque la demande atteint des
niveaux de pointe et dépasse les limites de capacité.
Les experts de la Taskforce for Smart Grids de la Commission Européenne retiennent la dé-
finition suivante : « un réseau électrique intelligent est un réseau qui est capable d’intégrer
au meilleur coût les comportements et les actions de tous les utilisateurs qui y sont reliés :
producteurs, consommateurs ainsi que ceux qui sont les deux à la fois. L’objectif est d’assurer
au système électrique d’être durable et rentable, avec des pertes faibles et avec des niveaux
élevés de sécurité, de fiabilité et de qualité de la fourniture 12».
De façon plus précise, un réseau électrique intelligent (Smart Grid en anglais) a pour objectif
de générer et distribuer de l’énergie de façon plus efficace, plus économique et plus durable
qu’un réseau classique, tout en assurant la sécurité de l’approvisionnement. Il intègre et inter-
connecte à cette fin des technologies (produits et services) et outils innovants sur l’ensemble de
sa chaine de valeur, depuis la production d’énergie jusqu’aux équipements du consommateur.
Cette intégration est réalisée grâce à l’utilisation de capteurs et d’équipements numériques de
protection, de mesure et de communication, en interface avec les centres de contrôle et de pi-
lotage. Le réseau électrique intelligent offre à tous les consommateurs la possibilité d’obtenir
des informations précises sur leurs usages électriques. Cela leur permet de mieux connaître et
piloter leur propre consommation, leur éventuelle autoproduction et d’améliorer leur efficacité
énergétique, en liaison avec le réseau et ses opérateurs.
Enfin, il est important de noter que l’enjeu technique du développement du réseau électrique
intelligent relève peu d’une révolution technologique, mais plutôt de la capacité du réseau élec-
trique à adopter et intégrer dans ses systèmes des équipements et technologies de l’information
et de la communication de façon optimale, tout en garantissant pendant toute cette mutation le
maintien de la qualité de la fourniture d’électricité et la sécurité du réseau.
Le réseau électrique intelligent constitue un écosystème complexe que l’on peut décrire sous forme
d’une combinaison de systèmes afin de saisir les éléments les plus structurants de cette « nouvelle
économie de l’électricité » ou « nouvelle économie de l’énergie » au sens large. L’écosystème des
réseaux électriques intelligents modifie le système actuel des réseaux qui repose sur une gestion
unidirectionnelle (de l’amont vers l’aval) en introduisant une gestion systématique intégrée à plu-
sieurs niveaux et bidirectionnelle (de la production centralisée aux productions décentralisées).
Le réseau électrique intelligent ainsi constitué répond aux priorités de la nouvelle économie de
l’électricité, que l’on peut synthétiser en trois grandes valeurs d’usage :
Ces trois systèmes sont représentés dans le schéma ci-dessous 16 élaboré par le Groupe de
Travail du Comité d’Orientation Stratégique des Eco-Industries (COSEI) 17, dédié aux Systèmes
Electriques Intelligents et Stockage d’énergie :
HT / MT
Efficacité tertiaire
Poste Postes et industrielle
Charbon Gaz naturel transformateur de livraison
• réparti • distribué
Systèmes de stockage • de masse • de puissance, … Stockage aval compteur
Au delà de cette vision synthétique d’un écosystème complexe, le réseau électrique intelligent
se caractérise tout d’abord par sa capacité à gérer des productions d’énergie centralisées et
décentralisées (notamment les productions à base d’énergies renouvelables, dont il permet le
développement et l’intégration optimale). Il permet aussi le développement et l’intégration de
sources d’énergie issues de moyens de stockage, notamment diffus et décentralisés.
Il se caractérise ensuite par le déploiement massif et l’utilisation à tous les niveaux de comp-
teurs intelligents (ou Smart Meters). Ces compteurs sont plus précis, capables de mesurer plu-
sieurs types de flux électriques et surtout, ils sont communicants. Ils permettront de contrôler
et de piloter des flux bidirectionnels de courant et d’information, à tous les niveaux du réseau.
Si les grandes caractéristiques d’un réseau électrique intelligent sont similaires partout dans
le monde, les objectifs visés diffèrent quelque peu selon le continent où l’on se place : les Etats-
Unis mettent en particulier l’accent sur la sécurité du système énergétique et le renouvelle-
ment d’un réseau de plus en plus obsolète. La Chine insiste plutôt sur son besoin de répondre
à la forte croissance de la demande, quand l’Australie cherche avant tout à lisser sa pointe
électrique saisonnière.
Notre approche et notre vision des réseaux d’électricité intelligents s’inscrit dans le contexte
européen, où le fonctionnement des marchés de l’énergie est soumis à des règles similaires.
L’ensemble des acteurs de ces réseaux fait aujourd’hui face au défi de l’optimisation des pro-
cessus énergétiques globaux, dans un contexte juridique et règlementaire en évolution dans
tous les pays et où l’interconnexion des différents réseaux nationaux est aussi une source d’op-
timisation globale.
Pour autant, l’expression smart grids recouvre des dimensions différentes : certains y voient
une solution numérique en aval compteur et destinée majoritairement aux clients résidentiels
alors que d’autres considèrent qu’il s’agit d’une vision systémique globale, transcendant la
structure actuelle du marché énergétique pour générer des bénéfices économiques, environ-
nementaux et sociétaux pour tous.
C’est cette vision technologique, marketing et économique que les industriels du Gimélec et
leurs partenaires souhaitent faire partager et développer dans la suite de ce livre blanc dédié
aux réseaux électriques intelligents.
La réponse globale et locale du réseau électrique aux défis du changement climatique implique
des actions tant au niveau de la fourniture que de la demande d’électricité. L’objectif est de
répondre à une demande toujours plus grande et volatile, tout en diminuant drastiquement les
émissions de CO2. La mise en œuvre d’un réseau électrique intelligent permet une diminution
conséquente de l’impact de la fourniture d’électricité sur l’environnement par :
Ainsi, un rapport du Climate Group estime que grâce au déploiement des réseaux électriques
intelligents, la réduction des émissions de gaz à effet de serre dues à la production d’électricité
atteindra 2,03 GT équivalent CO2 dans le monde en 2020.
Aux États-Unis, selon l’Electric Power Research Institute (EPRI), une amélioration de 5% de
l’efficacité du réseau aux Etats-Unis se traduit par une économie de 44 GW en pointe, soit la
production de 25 centrales au charbon ou encore les rejets de 53 millions de véhicules. Les
économies d’énergie attendues devraient représenter en 2020 entre 3,7 et 8,3% de la consom-
mation totale d’énergie 18.
En Europe, selon Cap Gemini, un programme de MDE modéré aurait comme impact une écono-
mie de 59 TWh par an en 2020, une réduction du pic de production de 28 GW et une diminution
des émissions de CO2 de 30 MT par an.
Un réseau électrique plus intelligent constitue donc une réponse pertinente aux enjeux environ-
nementaux. Il doit permettre à la France et aux autres Etats membres de l’Union Européenne,
de tenir leur engagement du Paquet Energie Climat. Ce train de mesures, adopté en décembre
2008 par l’Union Européenne, engage les 27 aux « 3 x 20 » : il s’agit, par rapport au niveau de
1990, de réaliser 20% d‘économies d’énergie, de diminuer de 20% les émissions de gaz à effet
de serre et d’intégrer 20% d’énergie renouvelable dans la consommation totale d’énergie.
À plus long terme, l’objectif fixé par l’Union Européenne est le Facteur 4. Il s’agit d’un enga-
gement, pris officiellement par la France en 2003, à diviser par quatre d’ici 2050 le niveau des
émissions de gaz à effet de serre par rapport à celui de 1990.
• Il rend possible une gestion plus efficace du patrimoine que constituent les actifs du
réseau, en particulier sur le réseau de distribution sur lequel la visibilité est très faible
actuellement ;
• C’est un vecteur d’émergence de l’innovation, de nouvelles offres, de nouveaux métiers
et d’emplois, avec des champions français reconnus comme des leaders mondiaux ;
Le niveau des investissements consentis est à la hauteur de l’intérêt porté aux réseaux élec-
triques intelligents. Ainsi, suite à l’American Recovery and Reinvestment Act de 2009, les Etats-
Unis y consacrent un budget de recherche d’environ 4,5 milliards de dollars. Les sociétés de
capital-risque, de leur côté, y ont investi en 2007 et 2008 plus de 800 millions de dollars. En
France, le Grenelle de l’environnement a posé les bases d’une politique d’investissements publics
de grande envergure dans le développement durable, avec 440 milliards d’Euros à l’horizon 2020,
dont 115 consacrés aux énergies renouvelables.
En permettant la hausse de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, un réseau
d’électricité intelligent rend possible une moindre dépendance aux sources d’énergies fossiles.
Il permet d’accompagner une croissance durable, en répondant aux besoins en énergie et à leur
augmentation, notamment celle entrainée par le développement de nouveaux usages.
L’enjeu de moindre dépendance énergétique est également stratégique. Les niveaux de dé-
pendance risquent d’augmenter si le mix énergétique n’évolue pas. Ainsi, on estime que d’ici
2030 l’Europe pourrait devoir importer jusqu’à 84% de son gaz, 59% de son charbon et 94%
de son pétrole.
Ces améliorations permettent d’envisager un réseau plus sûr et plus fiable en cas d’incident,
dans un contexte de dépendance de plus en plus forte de toutes les activités humaines vis-à-
vis de l’électricité. Face, notamment, aux phénomènes climatiques de grande ampleur ou au
risque d’attaque terroriste, la sécurisation de l’alimentation électrique permet de répondre à
une demande de plus en plus forte de la collectivité.
B.2.4 Une réponse à des attentes sociétales et des bénéfices répartis sur la
chaîne des acteurs
C’est pour assurer l’équilibre entre l’offre et la demande énergétique, toutes deux en pleine
mutation, qu’il faut rendre les réseaux électriques intelligents pour, à terme, intégrer par capil-
larité les autres réseaux énergétiques.
Il est possible de synthétiser les moteurs et accélérateurs de mise en œuvre des réseaux élec-
triques intelligents ainsi que les bénéfices attendus dans les tableaux ci-après.
Moteurs
1. Ajouter de la stabilité aux réseaux électriques existants pour intégrer les nouvelles
énergies et les nouvelles utilisations finales des énergies.
Accélérateurs
2. Renforcer l’implication des Pouvoirs publics sur des impulsions structurelles pour
faire évoluer le cadre réglementaire et fiscal national et européen.
Car, s’il y a bel et bien un nouvel acteur dans la nouvelle économie de l’électricité, c’est le
« consom’acteur », qui est la mutation du consommateur en producteur et en utilisateur
d’énergies, tout en restant un citoyen, un contribuable et un acteur de la Cité au sens large.
C’est la raison pour laquelle les technologies de l’information ont un rôle fondamental à jouer
pour assurer l’interaction active entre l’amont et l’aval du compteur communicant et/ou évolué ;
le croisement des technologies numériques et énergétiques va générer un nouveau marché syno-
nyme de maintien d’emplois à forte valeur ajoutée dans l’industrie française, tout en faisant naître
des nouveaux métiers sur la chaîne aval d’exécution.
3 5
Protection, Stockage distribué
automatisation de l’électricité
et contrôle des 7
réseaux électriques Système de comptage
1 communicant
Production d’énergies
conventionnelles
et renouvelables
9
Gestion du consom’acteur
dans le secteur résidentiel
2
Qualité et efficacité du transport
de l’énergie électrique
10
Intégration des
véhicules électriques
4
Gestion et pilotage
global des systèmes
8
Gestion active
énergétiques
des bâtiments
6
Gestion informatique
des données
Fig. 10
L’arborescence évoquée par les dix fonctions essentielles montre combien leur intégration res-
pective dans les différents niveaux de systèmes locaux et transversaux de production se fera
par les technologies de l’information dans leurs différentes composantes.
En amont des Systèmes Energétiques Intelligents se situent les centrales de production, his-
toriquement basées sur des moyens de production centralisés conventionnels – charbon, gaz,
nucléaire et hydro-électrique – et évoluant progressivement vers des moyens de production re-
nouvelables décentralisés : éolien, solaire thermique et photovoltaïque, géothermie, énergies
marines et piles à combustibles.
HT / MT
Résidentiel
Poste
transformateur
Transport
Utilisateur final
Fig. 11
Le futur réseau d’électricité, qui devra gérer une demande plus volatile et une part plus impor-
tante d’énergies renouvelables intermittentes, valorisera auprès des producteurs leur capacité
à être flexibles. Ces derniers devront être capables de vendre leur production sur les marchés
de l’énergie au moment le plus opportun, en fonction de la demande et de l’état du réseau. Le
producteur qui ne s’adapte pas s’exposera au risque de produire de l’électricité à des instants où
elle est en surplus par rapport aux besoins, ce qui peut se traduire sur les marchés par des prix
de vente nuls voire négatifs.
Pour répondre à ces besoins, les centrales doivent donc intégrer des fonctionnalités plus
abouties de contrôle-commande, de mise en réseau et d’optimisation de la production.
La transition de ces moyens de production intégrant une part croissante de ressources renou-
velables nécessite donc de mettre en œuvre de nouveaux systèmes de pilotage et de contrôle
de ces moyens de production pour amener une flexibilité opérationnelle suffisante.
Le réseau de transport électrique comporte des lignes à haute et très haute tension qui per-
mettent la transmission de grandes quantités d’électricité sur de longues distances. Au même
titre que les moyens de production intermittents perturbent l’équilibrage offre-demande, ces
moyens impactent aussi la qualité de l’onde électrique et impliquent en particulier de nou-
velles contraintes de stabilité en cas de défaut dans le réseau, du fait de leur très faible inertie.
Production Electronique
d'énergie renouvelable de puissance
Transport
Ceci nécessite, d’une part, la mise en œuvre de systèmes d’électronique de puissance associés
au réseau pour compenser les défauts induits au niveau de la qualité de l’onde électrique en
cas de défaut, d’autre part, d’optimiser les capacités des infrastructures de transport et de
distribution selon la disponibilité temps réel de l’énergie renouvelable.
Les réseaux électriques permettent un aiguillage des flux électriques entre la production en
amont et la consommation en aval. Leur grande diffusion et leurs caractéristiques critiques de
disponibilité nécessitent la mise en œuvre d’équipements de protection extrêmement rapides
permettant d’une part d’isoler les sections de réseau en défaut et d’autre part de piloter à dis-
tance la reconfiguration de certaines branches de réseau selon les incidents encourus ou les
campagnes de mise en retrait de certains équipements.
Poste Postes
transformateur de livraison
(MT / BT)
HT / MT
Contrôle-commande
des postes électriques
Fig. 14
Sur la base des informations fournies par les capteurs et les équipements de protection et de
contrôle répartis dans les postes électriques, ils interagissent en temps réel avec les clients
offrant une flexibilité suffisante pour contribuer à l’équilibrage des réseaux.
Plus largement, le GRT va devoir faire appel, dans le cadre de sa recherche d’un équilibre
optimal, à des services de stockage local, de production locale ou encore de mise en œuvre
et de pilotage de son système d’information.
Cela nécessite par ailleurs la mise en œuvre de nouvelles structures d’agrégation d’informa-
tion en lien avec les services (responsabilité d’équilibre) requis au niveau de la gestion des
marchés.
Les besoins du réseau de distribution pour intégrer un réseau véritablement intelligent sont
donc nombreux, en particulier :
Tout au long du réseau de distribution français (1,2 million de kilomètres de câble), le gestion-
naire du réseau doit être capable de collecter et de transmettre des données qui seront cen-
tralisées puis analysées. Pour gérer ces données et pouvoir s’en servir de façon optimale, le
gestionnaire a aussi besoin de renforcer ses technologies de contrôle-commande pour être en
mesure de prendre des décisions instantanées impliquant des millions d’adresses de commu-
nication différentes ainsi que des milliards d’unités de données collectées puis transmises par
le réseau. Les logiciels devront embarquer des fonctions améliorées d’analyse d’incidents et de
reprise automatique du service. Ces besoins doivent pouvoir être mobilisés pour gérer de façon
locale le réseau qui peut être soumis ponctuellement à des pointes extrêmement localisées.
En cas d’incident, le gestionnaire du réseau doit être capable de faire de l’ilotage, c’est-à-dire
d’isoler certaines zones afin d’éviter la propagation de l’incident.
Plus largement, une meilleure conduite du réseau passe par de nouveaux moyens de supervi-
sion, de pilotage et de contrôle des infrastructures du réseau Basse Tension, au plus proche des
consommateurs et jusqu’à leur compteur, sur lequel le gestionnaire est aujourd’hui quasiment
aveugle : les pannes qui surviennent au delà d’un poste source ne sont pas détectées par ERDF,
mais signalées par les consommateurs qui appellent pour l’en informer.
Afin d’optimiser la longévité et la disponibilité des différents équipements installés sur le ré-
seau de distribution (gestion optimisée de ses actifs), le gestionnaire doit aussi développer ses
capacités de prévision de défaillance et de détection de panne. Il doit enfin disposer d’outils
plus efficaces de diagnostic de défaillance, tant à distance que sur le lieu de la panne.
Ces outils d’anticipation, de détection et d’analyse de panne reposeront également sur des
moyens avancés de collecte et de transmission des données du réseau. Le gestionnaire du
réseau de distribution doit également être capable d’incorporer et piloter tous les équipements
actuels et futurs. L’intégration optimale de tous les types d’équipements amenés à être raccor-
dés au réseau de distribution, en particulier des équipements de stockage et de production à
base d’énergie renouvelables, passe par des standards ouverts.
Energies Stockage
renouvelables sur site
Fig.15
Pouvoir stocker l’électricité, c’est offrir la possibilité d’introduire de l’élasticité dans le flux tendu
permanent, entre production et consommation, d’un réseau d’électricité. Le développement de
capacités de stockage est un élément absolument nécessaire au développement d’un réseau
intelligent, auquel il contribue de plusieurs manières : grâce à sa grande flexibilité et réactivité,
le stockage permet de contribuer ponctuellement à l’équilibre du réseau et à sa stabilité, comme
variable d’ajustement, notamment en pointe. C’est déjà la fonction principale des unités de pro-
duction d’énergie hydroélectrique, mais ces capacités sont limitées par les stocks hydriques.
Les solutions de stockage de masse demeurent encore limitées. Le stockage diffus et décen-
tralisé constitue une piste d’amélioration mais il faudra pouvoir l’intégrer au réseau et le piloter
de façon globale avec les outils adéquats.
Pour pouvoir servir un réseau électrique intelligent, ces capacités de stockage requièrent donc
des technologies fiables et économiquement accessibles, ainsi qu’une intégration optimale
dans le réseau de distribution optimale, tant du point de vue des flux bidirectionnels d’électri-
cité que des flux de données qui permettront de les piloter.
Le déploiement significatif des véhicules électriques permettra par ailleurs d’améliorer les
technologies de stockage électrique à base de batteries tant en termes de durabilité que de
coût, ce qui conduit à considérer de nouveaux usages de batteries connectées aux réseaux,
soit directement dans les postes électriques, soit au niveau des centrales renouvelables ou de
grands centres de consommation. Pour être exploités, ces moyens de stockage fortement dis-
tribués doivent être intégrés aux centres de contrôle.
Par ailleurs, d’autres moyens de stockage sont en phase d’émergence : dans les centrales de
production, on utilise l’air comprimé ou le stockage thermique, alors que les volants à inertie
sont pour l’instant réservés à des usages spécifiques.
L’intégration des consommateurs dans le réseau nécessite une modélisation plus fine de leurs
usages ; en particulier, il s’agit de prendre en compte la flexibilité énergétique potentiellement
dérivée des nouveaux usages du « consom’acteur ». Ceci requiert d’intégrer plus étroitement
les systèmes d’information pour la gestion de ces nouveaux profils de clients avec les centres
de contrôle « agrégateurs » intégrant ces nouveaux usages.
Opérateurs
de Réseau
Serveur
Centrale Virtuelle
Technique
(TVPP)
Pilotage et
Comptage
intelligent
Cette plus grande intégration a pour conséquence de rapprocher les mondes des intégrateurs
IT et les spécialistes et industriels de l’efficacité énergétique afin d’offrir de nouvelles solutions
clés en main incorporant des systèmes d’information et des solutions de gestion active selon
des échanges d’information standardisés.
Les compteurs communicants sont une des composantes du déploiement des réseaux élec-
triques intelligents. Ils sont une première étape vers le déploiement de futurs systèmes de
comptage intelligent. Les nouveaux produits proposés sont de plus en plus complexes ; ils
gèrent les fonctions classiques de mesure de l’énergie consommée et de tarification variable (a
minima le tarif Heures Pleines / Heures Creuses, mais à terme des tarifications beaucoup plus
flexibles et dynamiques).
Ces compteurs sont capables de mesurer l’énergie produite (mesure de flux bidirectionnels),
de gérer la puissance qui transite et de piloter la courbe de charge. Ils disposent enfin de capa-
cités de communication bidirectionnelle qui permettent de faire de la relève à distance et qui les
rendent pilotables à distance. Ils donnent donc, enfin, la possibilité au consommateur d’avoir
facilement une meilleure appréhension de ses consommations.
Pour être effectivement utiles, les données de comptage devront être intégrées dans les centres
de pilotage du réseau et traitées par les outils informatiques appropriés. Cela permettra la mo-
délisation fine du pilotage de la charge ainsi que l’anticipation de la production d’énergie et du
stockage décentralisés.
La qualité et le coût de la fourniture d’électricité ont un impact important sur l’activité de nom-
breuses industries. L’impact des perturbations électriques sur l’activité peut se traduire par d’im-
portants surcoûts opérationnels voire une baisse sensible de la productivité. Par ailleurs, dans
certaines industries, les coûts énergétiques pèsent significativement sur les coûts de production :
ceci fait du coût énergétique un critère essentiel d’investissement et de compétitivité globale.
Les industriels travaillent donc depuis longtemps en collaboration étroite avec les gestion-
naires de réseau afin d’optimiser leur consommation d’électricité, le meilleur exemple en
France étant le tarif EJP (Effacement Jour de Pointe). Pour autant, elles ont d’importantes
opportunités à saisir en s’intégrant dans le développement d’un réseau électrique intelligent. Il
s’agit de passer à une véritablement haute performance énergétique et environnementale, en
pilotant et maîtrisant son approvisionnement énergétique.
Les moyens d’informations sur l’état du réseau, sa courbe de charge, le coût de l’électricité,
ainsi que les prévisions sur ces dimensions, permettent aux industriels de mettre en œuvre un
véritable management de l’énergie, c’est-à-dire de piloter l’outil industriel en optimisant son
impact sur le réseau et, par voie de conséquence, les coûts et la qualité de la fourniture. Il est
aussi possible à l’industriel de réguler la compensation d’énergie réactive des grosses unités à
un seuil adapté, en fonction des besoins du gestionnaire du réseau de distribution.
Pour les entreprises et les administrations publiques, la gestion active est le moyen le plus
rapide, le plus économique et le plus efficace de réduire leur facture énergétique et leurs émis-
sions de CO2 tout en accompagnant la croissance de la demande et de la production indus-
trielle. La gestion active couvre l’ensemble du cycle énergétique d’un bâtiment, neuf ou ancien,
industriel ou commercial.
À partir d’audits – donc de mesures vérifiables –, il s’agit d’installer des équipements à basse
consommation, d’introduire des outils de mesure et de contrôle en temps réel et d’optimiser en
permanence l’ensemble des utilisations finales grâce à l’intelligence énergétique « ajoutée ».
Éclairage, chauffage et air conditionné, équipement informatique et serveurs, moteurs dans les
procédés industriels, variation de vitesse… dans le cadre d’une gestion globale d’un bâtiment,
le potentiel d’économies d’énergies peut être similaire à l’isolation extérieure, faisant de la
gestion active des bâtiments un complément indispensable aux solutions passives si l’on veut
atteindre voire dépasser les objectifs du Grenelle.
Économies d'énergie
40%
= + actions
sur les équipements
30% et l'enveloppe
du bâtiment
Les habitats équipés d’un système de commande disposent de capteurs et d’une infrastructure
d’information et de communication permettant de mesurer la consommation, de détecter des dys-
fonctionnements et d’actionner des équipements (stores, systèmes de chauffage ou de climatisa-
tion, chauffe-eau, équipements électroménagers, éclairage). Pour les occupants, les économies
d’énergie permises par ces équipements sont immédiates : chaque année, le potentiel d’économies
d’énergies pour un ménage est estimé à 20% en moyenne en cas de mise en place d’une domotique
résidentielle optimisant les utilisations finales (coupure eau chaude sanitaire, coupure des appa-
reils électroniques en veille, volets roulants, coupure d’éclairage en mode absence, régulation du
chauffage) et en informant les utilisateurs de ces consommations par usages.
Gestion de
la charge
Gestion du chauffage
& air conditionné
Gestion de
Sécurité
la demande
Contrôle
Détection CO / CO2
Eau & Gaz
Contrôle photovol-
taïque
Contrôle
électrique
Pour être correctement perçue, la valeur ajoutée d’un tel système doit aussi être portée par des
interfaces utilisateurs suffisamment ergonomiques, qui sauront afficher l’impact des usages
électriques et des actions de MDE (Maîtrise de la Demande d’Electricité) du consommateur :
consommation globale, par équipement, par usage, variation coûts, empreinte carbone, etc.
Mais l’enjeu du développement de réseaux électriques intelligents est aussi d’optimiser les coûts
et les émissions de CO2 en interaction avec l’intelligence du réseau. Il s’agit, une fois encore, de
faire du consommateur un véritable acteur de sa consommation d’électricité. Au delà du simple
suivi du coût temps réel de ses consommations, ce dernier peut faire ses choix de confort et de
pilotage énergétique, en interaction avec les informations obtenues du réseau intelligent.
Ces systèmes permettent par exemple le délestage ciblé de certains équipements, l’ajustement
de courbe de consommation et l’autorégulation de la maison sur le plan énergétique (pilotage
intégré et optimisé des consommations et des éventuels apports du stockage intégré aux ins-
tallations photovoltaïques ou au véhicule électrique). Cette régulation peut être pilotée par le
consommateur, en fonction de ses besoins et de ses absences (vacances, week-ends), mais
aussi de façon automatique. Le réseau a donc une meilleure visibilité sur la demande diffuse,
et peut agir dessus. Il lui est possible de mieux coupler la production d’électricité et sa consom-
mation en termes de puissance appelée et, ce faisant, de diminuer les appels de puissance en
pointe ainsi que les congestions de réseau.
La création d’une valeur ajoutée suffisante aux yeux du consommateur est essentielle dans le
développement de l’habitat intelligent. Elle exige des incitatifs forts, tels une construction dy-
namique du prix de l’électricité, avec une modulation des tarifs et d’importantes contreparties
financières en cas de délestage ou d’utilisation des moyens de stockage diffus au service de
l’équilibre du réseau.
Les offres de téléservices nécessiteront des infrastructures télécom fiables (qualité de service,
maîtrise de la cybersécurité) et optimisées, en particulier dans l’habitat (des protocoles de commu-
nication, technologies sans fil, courants porteurs ou technologie bus standardisés et à très basse
consommation), associées à des solutions logicielles modulaires et flexibles. Les équipements ins-
tallés localement embarqueront des automatismes avancés et de l’intelligence logicielle.
Dans ce cadre, la protection des données individuelles doit être un point de vigilance pour as-
surer une pénétration acceptable des nouvelles technologies de l’énergie et de l’information ;
l’enjeu est de réussir la massification sans créer de défiance de la part des consommateurs-
citoyens-contribuables.
1 et 3 : charge
lente sur réseau
domestique
2 : station
d’échange rapide
de batterie
4 : stations de
charge rapide
devra donc, d’une part, assurer et automatiser la communication entre le véhicule et le réseau
et, d’autre part, gérer des fonctions annexes comme l’identification du propriétaire du véhicule
ou la facturation.
Cependant, le véhicule électrique offre aussi au réseau des possibilités de pilotage et d’opti-
misation extrêmement intéressantes, grâce à la capacité de stockage diffus qu’il peut repré-
senter. En effet, un véhicule est le plus souvent à l’arrêt : 95% du temps s’il parcourt 16.000 km
par an à 40 km/h de moyenne. Dans la mesure où il est connecté au réseau, sa charge et son
pilotage sont contrôlables la majorité du temps et peuvent participer largement à l’équilibre du
réseau et à sa stabilité. Ainsi, le même million de véhicules électriques pourrait proposer au
réseau jusqu’à 8 GWh, avec une puissance de 1,6 GW. Il est donc possible de fournir au réseau
quelques GWh dès la mise en circulation du premier million de véhicules électriques en France.
Cette ambition se fonde sur la qualité des infrastructures de recharge, sur leur capacité à op-
timiser la charge et à offrir la possibilité de délestage et d’injection ponctuelle d’énergie sur
le réseau (gestion de flux d’information et de courant bidirectionnels). Cette ambition suppose
évidemment des mesures incitatives qui rémunèreront justement le pilotage de la charge au
service de l’équilibre du réseau.
Il faut cependant noter que les spécifications de performances attendues des batteries pour les
véhicules électriques sont actuellement peu compatibles avec les attentes placées sur la fonc-
tion de gestion de réseau. De même, ce second usage qui est envisagé est de nature à réduire
significativement la durée de vie de la batterie embarquée, ce qui compromettrait l’équilibre
économique de son exploitation.
Cet appel de puissance électrique dédiée à la recharge des véhicules électriques va conduire à
une modification du scénario conventionnel de la consommation électrique et implique que des
dispositions spécifiques à la charge et à sa tarification soient intégrées dès l’origine pour ne
pas perturber l’équilibre des réseaux électriques.
Enfin, la charge devra s’effectuer dans le respect des normes applicables tant pour la sécurité
des personnes que celles des biens en France.
Ces technologies se développent aussi sur les autres réseaux d’énergie, de gaz, de chaleur et
d’eau. Elles permettront à ces réseaux de devenir eux aussi plus intelligents, au service d’une
optimisation et d’une meilleure maîtrise de la demande de ces sources d’énergie.
Les consommateurs, qui disposent de ces multiples sources d’énergie, vont vouloir en opti-
miser l’usage et ils vont pousser à la convergence et à la compatibilité entre ces réseaux. Les
équipements terminaux de ces derniers devront donc intégrer de l’intelligence pour être ca-
pables d’interagir avec le réseau électrique.
L’utilisateur pourra alors disposer d’un véritable hub, qui lui permettra d’optimiser son mix
énergétique global. Le système de contrôle actif saura à tout instant gérer la stratégie d’optimi-
sation du bâtiment ou du domicile, entre la réduction de la demande, l’optimisation des apports
électriques gratuits (énergies renouvelables), les apports du véhicule électrique et le choix des
équipements de production et de distribution d’énergie. Il utilisera les énergies lorsqu’elles
sont les plus pertinentes, et le consommateur ne fera pratiquement plus la différence entre
les sources.
Les scénarios de prospective intègrent cette optimisation dans leurs hypothèses et en quantifient
l’impact. Ainsi, dans son scénario dit « de référence », RTE considère que des pompes à chaleur
pourraient être installées dans l’habitat ancien en conservant toujours les chaudières existantes,
que des solutions de chauffage bi-énergie dans ces logements seraient encouragées et péren-
nisées. Ainsi, lors des jours très froids, la présence d’un appoint fioul ou bois pourrait permettre
l’effacement de la pompe à chaleur. À l’échelle de la France, cela représente un potentiel d’effa-
cement de puissance de 1,5 GW sur l’hiver 2012-2013 et de 2,8 GW sur l’hiver 2019-2020.
L’expertise acquise permet une maîtrise simultanée des disciplines d’électrotechnique, d’élec-
tronique de puissance, d’automatismes et de TIC qui sont applicables sur la chaine de valeur
globale d’un réseau électrique intelligent, depuis les producteurs d’énergie jusqu’à l’ensemble
des consommateurs. Elles peuvent donc en faire bénéficier largement l’ensemble des parties
prenantes impactées par les réseaux intelligents et les différents opérateurs, à savoir les Pou-
voirs Publics, les entreprises et les ménages.
L’essentiel de ces technologies est mature et disponible : c’est donc un élan supplémentaire
donné à l’ensemble de la filière et un signal fort aux investisseurs sur un programme ambitieux
en matière de réseaux électriques intelligents.
Les entreprises du Gimélec développent des offres de compteurs communicants et des systèmes
répondant aux besoins de tous les acteurs amenés à intervenir sur les réseaux intelligents :
Ces systèmes de comptage intelligents doivent en particulier être hautement sécurisés pour
résister à des cyberattaques et permettre une sécurisation de bout en bout des informations
de comptage.
L’ensemble de ces technologies doit s’intégrer avec les dispositifs mis en place par les gestion-
naires de réseau qui permettent de faire de la gestion de la charge et de l’optimisation globale
du réseau. Il est enfin important de noter que les compteurs communicants ne se situent pas
uniquement chez les consommateurs ; ils ont vocation à être placés à tous les niveaux du réseau.
HT / MT
Résidentiel
Poste
transformateur
Tertiaire
Industrie
Mesure
intelligente
Transport
Utilisateur final
Fournisseurs Agrégateur
d'électricité
Fig. 20
Ainsi, elles sont capables de proposer des offres de comptage, de mesure et d’équipement de
contrôle complètes, intégrées et optimisées, au service du développement de réseaux élec-
triques intelligents. Elles participent d’ailleurs au projet d’expérimentation Linky, mené par
ERDF sous contrôle de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE),
Les capteurs de données physiques, qui embarquent de plus en plus d’électronique à des coûts
compétitifs, permettent d’obtenir, en plus des données de comptage, des informations perti-
nentes nécessaires d’une part à une gestion optimale des flux dans les réseaux énergétiques
et d’autre part à la protection de ces infrastructures. Associés à des actionneurs, les capteurs
de courant et de tension, situés au pied de l’appareillage des postes électriques, sont des élé-
ments critiques et de base de l’intelligence du réseau électrique.
Les équipements de stockage proposés par les entreprises du Gimélec sont principalement
basés sur l’électrochimie Li-Ion. Cette technologie s’est dans un premier temps développée
pour répondre aux deux extrêmes du spectre des attentes ; d’un côté, le stockage destiné à la
grande consommation de faible capacité, faible coût et durée de vie réduite, essentiellement
pour téléphonie mobile et petits équipements similaires et, de l’autre côté, le stockage très
performant à cyclage fréquent, longue durée de vie et très faible série pour satellites civils et
militaires. Cette technologie peut dorénavant être utilisée pour les applications de stockage au
sein d’un réseau électrique.
Intégrés au réseau, des dispositifs de stockage décentralisés peuvent répondre aux besoins
d’injection et de soutirage rapide et ainsi participer aux fonctions de service système au niveau
national. Dans le cadre d’une gestion plus fine des équilibres locaux, ils peuvent aussi apporter
la flexibilité nécessaire au réseau de distribution.
Enfin, ces installations diffuses peuvent aussi être placées sous le contrôle et la commande
d’un opérateur de réseau dans le cadre d’un contrat adapté. L’opérateur dispose ainsi d’un
« nuage d’énergie » (cloud storage) qui lui donne la possibilité d’insérer aux tranches horaires
désirées une énergie répartie.
Il est à noter que d’autres technologies de stockage éprouvées sont à la disposition des opé-
rateurs. Ces dernières couvrent plutôt les besoins de stockage massif et sont en dehors du
champ couvert par le Gimélec : Stations de Transfert d’Énergie par Pompage (STEP) ou encore
Compressed Air Energy Storage (CAES). D’autres enfin sont en phase de développement ou de
mise au point tels que les volants d’inertie ou le stockage par hydrogène.
Stockage d’électricité
Service
Opérateurs de Utilisateurs
génération et transmission
• Energie • Stockage commercial
Déplacement d’énergie dans le temps Ecrêtement de la demande
centralisée
• Puissance pour réduire les facturations
(MW)
Localisation
Fig. 21
Dans le cadre du développement des réseaux électriques intelligents, elles proposent des so-
lutions de centre de pilotage intégrées pour faciliter notamment le pilotage de la production à
base d’énergie renouvelable, l’optimisation des flux d’énergie dans les réseaux de Transport
et de Distribution (centres de contrôle) ainsi que la gestion temps réel de la maîtrise de la
demande en énergie (MDE).
Opérateurs
de Réseau
Serveur
Centrale Virtuelle
Technique
(TVPP)
Pilotage et
Comptage
intelligent
• MMS IEC61850 pour l’échange d’informations techniques temps réel (pas de temps à
la seconde et moins), pour la gestion des services auxiliaires « primaires » entre les
moyens de production renouvelable et la Centrale Virtuelle Technique (par exemple le
contrôle de fréquence, pilotage de tension, réglages harmoniques, etc.),
• CIMxml Service Web (standard IEC) pour l’échange d’informations techniques (pas de
temps minute et plus) pour la gestion des services auxiliaires « secondaires » et ter-
La centrale virtuelle Commerciale (CVPP, Commercial Virtual Power Plant) assure l’accès au
marché de l’électricité de la production de différents sites. Elle planifie, facture la fourniture
d’électricité et est aussi responsable des contrats de livraison. Elle dispose d’outils de prévi-
sion des moyens de production intermittents d’énergie distribuée, d’un suivi en temps réel de
la production et de la consommation par rapport aux prévisions. Elle est aussi en charge de la
supervision du vieillissement et de l’usure des équipements dont elle assure la maintenance.
C’est enfin elle qui se charge de centraliser les données de comptage et de facturer l’électricité
produite, en optimisant les revenus à partir du portefeuille de production et de la demande sur
le réseau.
La centrale virtuelle technique (TVPP, Technical Virtual Power Plant) assure la stabilité du ré-
seau d’énergie auxquels les moyens de production décentralisée agrégés sont connectés. Elle
dispose d’outils de supervision, de gestion et de pilotage centralisé des ressources connectées
En aval du compteur, les entreprises du Gimélec offrent différents types de systèmes d’automa-
tisation, d’efficacité énergétique active et de gestion de la demande, partie prenante de la ges-
tion active dans l’industrie, dans les bâtiments tertiaires et résidentiels (Cf C7-8-9) au service
des utilisateurs et des consommateurs.
Dans le monde tertiaire et commercial, les offres de Gestion Technique du Bâtiment s’adaptent,
en intégrant le pilotage de systèmes et la gestion de données techniques et économiques en
interaction avec le réseau électrique et les systèmes de communication associés.
Proposées aux maîtres d’ouvrage et gestionnaires de bâtiment soucieux d’optimiser leur effi-
cacité énergétique, ces solutions intègrent différentes technologies déjà disponibles (contrô-
leurs programmables, système de comptage et de sous-comptage, téléservices…) qui permet-
tent d’envisager, avec les acteurs qui conviennent, le développement rapide et prioritaire d’un
marché de l’effacement dans le monde tertiaire.
Aux consommateurs domestiques, les entreprises du Gimélec proposent des systèmes gestion
de la demande intégrant des offres d’effacement qui pilotent au plan énergétique des systèmes
domotiques existants ou à installer. Associées ou non à un compteur communicant et via des
interfaces utilisateurs dédiées, ces applications offrent la possibilité au consommateur de me-
surer précisément l’impact de ses usages électriques (coût et impact CO2) et de modifier ses
comportements pour améliorer son efficacité énergétique de façon active, tenant compte d’une
nécessaire modulation tarifaire dynamique.
Efficacité domestique
• Gestion du consom'acteur
dans le secteur résidentiel
• Intégration des
Gestion de véhicules électriques
l'offre et de
la demande
Efficacité tertiaire
et industrielle
• Gestion
informatique
des données Tertiaire Industrie Datacenter
• Systèmes
de comptage
communiquant
Fig. 23
Ces mêmes entreprises offrent des dispositifs de stockage diffus (associés aux installations
de production domestique d’ENR). En adaptant la courbe de production locale à la courbe de
charge domestique, ces dispositifs permettent de réaliser au plus près du consommateur un
meilleur équilibre production-consommation.
Le pilotage de la demande passe aussi par des solutions d’agrégation et d’effacement diffus
intégrées à la centrale virtuelle (cf. paragraphe précédent).
Ce type d’offre de service consiste à agréger des capacités d’effacement diffus dans les diffé-
rents foyers afin de valoriser sur le marché de l’énergie une capacité de délestage. Ce délestage
peut être effectué sur ordre extérieur ou, plus simplement, en fonctionnement automatique sur
les heures de pointe. Le consommateur en sera averti la veille et aura moyen de déroger au
délestage. L’efficacité de ce type de pilotage peut être renforcée par la mise à disposition d’un
stockage auprès des producteurs domestiques d’ENR.
Les entreprises du Gimélec ont toujours associé à une infrastructure de télécommunication les
équipements et les infrastructures fournis à leurs clients. En effet, parallèlement à l’architec-
ture physique de transport et de distribution électrique, le réseau de communication assure la
circulation d’informations nécessaires à la gestion du réseau : pas de système de supervision
d’infrastructure sans transmission de données et système de télécommunication associé…
On peut d’ailleurs remarquer que le réseau de fibre optique installé sur le réseau de RTE est
le troisième plus long de France, avec 15.000 kilomètres de fibre optique portés par près de
250.000 pylônes électriques. Au delà de son usage propre, RTE valorise d’ailleurs ses infras-
tructures télécom en les louant, via sa filiale @rteria, aux collectivités territoriales et aux opé-
rateurs de télécoms.
Fortes de leur expertise métier dans le monde électrique, les entreprises du Gimélec four-
nissent aujourd’hui des solutions de téléconduite et télécontrôle des postes et centrales de
commande qui utilisent les infrastructures télécoms parallèles aux infrastructures électriques.
Les entreprises du Gimélec souhaitent poursuivre cette collaboration fructueuse avec les
entreprises du monde des télécoms et des technologies d’information et rappeler que l’in-
frastructure du réseau électrique est absolument indissociable de son « intelligence ». Les
infrastructures de télécommunication associées au développement d’un réseau d’électricité
intelligent devront être le fruit d’une vraie intermédiation entre les métiers et les expertises
intersectorielles.
Les entreprises du Gimélec n’ont donc pas vocation à proposer à leurs clients des solutions de
systèmes d’information de gestion. En revanche, les équipements et infrastructures qu’elles
fournissent à leurs clients embarquent de plus en plus de couches logicielles intégrées
(firmware) associées à des systèmes d’information techniques dédiés à leur métier. Ces couches
logicielles permettent de contrôler et de piloter au mieux ces équipements. Les entreprises du
Gimélec sont donc des fournisseurs de logiciels sur leurs propres équipements et proposent
à leurs clients des logiciels spécifiques de leurs métiers, en particulier les applicatifs d’un ré-
seau électrique intelligent.
Les entreprises du Gimélec souhaitent rappeler que les développements logiciels nécessaires
au déploiement d’un réseau électrique intelligent seront le fruit d’une collaboration accrue
entre les parties prenantes et que les solutions de systèmes d’information n’ont de sens qu’en
interaction et en bonne compréhension avec les données des équipements électriques.
Cette coopération accompagne, en particulier dans le cadre de ces partenariats, les aspects liés à
la cybersécurité, afin de protéger les réseaux contre tout risque d’attaque qui pourrait se traduire
par une prise de contrôle du réseau et son éventuel effondrement. Les entreprises du Gimélec
appliquent à cette fin un certain nombre de règles, de normes et de standards existants.
De même, toujours dans le cadre de ces collaborations, elles intègrent dans leurs démarches
de conception les principes fondamentaux liés à la gestion de données privées.
de grands parcs de production éolienne off-shore installés loin des côtes, des autoroutes de
l’énergie à base de liaisons en courant continu à haute tension (HVDC) assureront la connexion
au réseau. Des quantités importantes de courant, produites parfois à plus de 50 km des côtes,
peuvent ainsi être transmises avec des pertes et des coûts réduits. Tous ces équipements ont
aussi un rôle important pour assurer une qualité d’électricité élevée, conforme aux règles im-
posées par les opérateurs de réseau.
Ces technologies sont également au cœur des dispositifs de pilotage des solutions de stockage
et de gestion de la charge/décharge des batteries. Les entreprises du Gimélec offrent les so-
lutions technologiques qui permettent aux fournisseurs d’une solution de stockage d’enrichir
la fonction d’une batterie par des fonctionnalités complémentaires et de disposer ainsi d’un
système performant de stockage adapté aux différents besoins d’un réseau électrique. Elles
apportent des solutions aux différentes échelles, de la gestion de moyens de stockage pour lis-
ser des fluctuations à très court terme à la gestion et au pilotage des infrastructures de charge
des véhicules électriques, en passant par le stockage de quelques minutes (qui améliore la
disponibilité de l’alimentation électrique dans un bâtiment tout en procurant une certaine ca-
pacité de délestage).
L’électronique de puissance offre également des solutions pour améliorer l’efficience du réseau
de transport. Elle se retrouve ainsi dans les Systèmes de Transmission Flexible en Courant
Alternatif (FACTS, Flexible Alternating Current Transmission Systems), ensemble d’équipements
d’appoint utilisés pour contrôler la tension, assurer la stabilité dynamique et améliorer les
capacités de transit des réseaux.
Les entreprises du Gimélec proposent enfin des solutions d’électronique de puissance inno-
vantes aux clients industriels. Les équipements (variateurs de vitesse, onduleurs, filtres harmo-
niques actifs et passifs, redresseurs qui intègrent des semi-conducteurs comme les thyristors,
etc.) ont pour objectif d’optimiser la qualité de l’onde électrique utilisée par les équipements
industriels. Ils permettent notamment la compensation d’énergie réactive, c’est-à-dire la dimi-
nution de la part de la puissance du courant alternatif qui n’est pas transformée en chaleur ou
en travail par les équipements électriques 19. Ce faisant, l’énergie totale soutirée au réseau est
globalement réduite. Avec des économies d’énergie réalisées qui se chiffrent par dizaines de %
de la consommation globale, les procédés de compensation d’énergie réactive constituent des
solutions extrêmement attractives en matière de maîtrise de la demande d’électricité.
Un réseau électrique intelligent repose sur l’interaction de multiples compétences, des produc-
teurs d’électricité aux consommateurs de tous types, en passant par les gestionnaires du ré-
seau. S’y ajoutent de nouvelles parties prenantes, tels que les acteurs de la mobilité électrique
(constructeurs automobiles), les acteurs du monde des systèmes d’information, ou encore les
acteurs de la domotique. Un réseau électrique intelligent est ainsi un véritable écosystème.
Dès lors, la valeur ajoutée générée par chaque sous-système rattaché au réseau dépend prio-
ritairement de son intégration optimale dans l’architecture d’ensemble de ce réseau. Ainsi, si
l’installation de compteurs communicants est une condition sûrement nécessaire à la mise
en œuvre d’une tarification flexible et dynamique, elle est très loin d’être suffisante. Sans une
Dans ce cadre, le Gimélec a vocation à devenir le chef de file de cet écosystème complexe et
souhaite, par l’expertise acquise lors de ses travaux techniques et normatifs au plan interna-
tional et par sa compréhension des besoins, se faire le porte-parole de l’industrie à tous les
niveaux des pouvoirs politiques nationaux et européens.
La France bénéficie aujourd’hui d’une industrie énergétique et électrique de renom, filière d’ex-
cellence internationalement reconnue et dotée d’un socle normatif performant.
Le contexte énergétique est globalement positif en France, avec un faible coût collectif de
l’électricité 20, une production peu carbonée 21, une bonne sécurité d’approvisionnement, des ta-
rifs intéressants pour les particuliers, une stabilité du réseau et un faible niveau de congestion
en dehors de quelques régions (Bretagne, PACA). Ce contexte, associé à un certain nombre de
solutions technologiques et industrielles déjà disponibles, offre un terrain favorable à l’émer-
gence de réseaux électriques intelligents.
À l’instar du programme électronucléaire des années 1970 qui avait permis l’émergence de la
filière électrique actuelle, l’émergence d’une filière Smart Grid reconnue constitue une grande
opportunité pour la France de maintenir son leadership industriel en Europe et dans le monde.
La filière industrielle électrique, représentée par le Gimélec, est constituée par les fournisseurs
d’équipements et de services pour l’ensemble des acteurs du réseau, de la production d’élec-
tricité aux consommateurs industriels, tertiaires et domestiques. Cette filière industrielle se
complète par sa filière aval, constituée par l’ensemble des acteurs qui sont à l’interface entre
l’industrie et le consommateur : les installateurs et metteurs en œuvre de nos offres, les gros-
sistes et distributeurs, les bureaux d’étude, les entreprises de service de maintenance, les
entreprises de chauffage et de climatisation ou encore les opérateurs de réseau.
Pour se développer, cette filière doit être soutenue par de véritables écosystèmes de crois-
sance. Ces écosystèmes intègrent de nombreux acteurs : aux acteurs historiques de la filière
se joignent aujourd’hui de nouveaux entrants, qui proposent de nouvelles sources de valeur
ajoutée dans de nouveaux cadres d’interaction. Ils sont les porteurs de nouvelles offres de
produits et de service associées à de nouveaux modèles d’affaires, offres qui permettront le
développement d’un réseau électrique intelligent.
Auprès des gestionnaires de réseau doit se développer un écosystème dédié, constitué d’ac-
teurs qui proposeront des offres de stockage local, de production locale (centrale virtuelle de
production), d’effacement de consommation (agrégateurs de demande), d’optimisation du ré-
seau, de prédiction de charge ou encore de maintenance des installations.
Auprès des consommateurs doivent se développer des offres de services de gestion énergé-
tique (pilotage de la production décentralisée, effacement, optimisation multi-énergie, gestion
de la charge des véhicules électriques), des contrats d’engagements de performance (bâti-
ments tertiaires, collectivités) ainsi que des offres de contrats énergétiques plus flexibles et
enrichis de services additionnels (facturation dynamiques de l’électricité, facilités de change-
ments de puissance ou de transfert d’abonnement, choix d’une électricité verte, etc.).
Un réseau électrique intelligent repose sur des modes d’interactions nouveaux entre toutes
ces parties prenantes. Ces interactions sont rendues possibles par des interfaces d’échange
claires et standardisées.
Les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution vont devoir faire face à des flux
d’électricité désormais bidirectionnels, les consommateurs pouvant également être des pro-
ducteurs. Ces flux supposent une collaboration plus avancée (systèmes de contrôle, partage
d’information en temps réel) entre les gestionnaires de réseaux, pour favoriser des équili-
brages locaux (sur le réseau de distribution) tout en assurant la stabilité et la sécurité globale
du réseau.
Les données issues du comptage vont être multiples et riches. Le gestionnaire du réseau de
distribution doit gérer les flux, retransmettre les informations reçues en toute confidentialité,
et partager les données de façon efficace fiable et non discriminatoire aux fournisseurs de ser-
vices reconnus comme tels.
La filière Smart Grid, qui regroupe donc des acteurs multiples aux compétences distinctes mais
complémentaires, pourra avoir un effet d’entraînement important sur toutes les industries qui
La diversité des acteurs, tant par leur taille, leur positionnement et leur expertise, démontre
bien l’enjeu de coordination globale et de définition d’interfaces claires entre toutes ces parties
prenantes, au service de notre stratégie énergétique.
Les expériences passées ont bien montré que sans l’adhésion des utilisateurs, les meilleures
technologies ne trouvent pas de marché (ex : le véhicule électrique et la domotique dans les
années 1990). On peut d’ailleurs remarquer que les déploiements des compteurs communi-
cants en Californie, Texas et aux Pays-Bas sont ralentis actuellement à cause de procédures à
l’initiative de groupes de consommateurs.
Les potentielles parties prenantes du développement d’un réseau électrique intelligent sont de
natures très variées. La France voire l’Europe disposent de leaders internationaux, de nouveaux
entrants et d’un foisonnement de startups innovantes et émergentes.
Les industriels de la filière sont des firmes multinationales reconnues et intégrées. Ils sont les
fournisseurs des grands producteurs d’électricité et gestionnaires de réseau, dans un contexte
de monopole ou quasi-monopole en France et en Europe. La filière compte aussi des entre-
prises plus spécialisées – chacune bien souvent leader mondial dans son domaine – ainsi qu’un
grand nombre de spécialistes, de généralistes et de startups dans la fourniture de compteurs,
sur le marché des équipements de commande et de régulation, chauffage et climatisation.
Les nouvelles offres de management de l’énergie sont en train de se développer, portées par
des startups ou filiales de grands groupes, sur les logiciels et services de récupération de don-
nées de gestion d’énergie. Des opérateurs dédiés aux offres d’effacement diffus à partir de
logiciels dédiés voient également le jour.
courant porteur en ligne sur différents appareils destinés aux usages domestiques et tertiaires.
Les acteurs de la filière travaillent de longue date en partenariat avec ceux de l’industrie infor-
matique (équipementiers, fournisseurs de composants, fournisseurs de services informatiques
et de systèmes d’information de gestion, etc.).
Le stockage et le développement de batteries sont soutenus par les acteurs de la filière élec-
trique industrielle. D’autre part, des développements sont menés pour le compte des construc-
teurs automobiles dans le cadre des accords stratégiques qui se sont mis en place entre
constructeurs français et japonais, par exemple.
Les initiatives françaises répondent avant tout aux problématiques européennes, avec une forte
composante locale. Mais le marché auquel elles s’adressent à terme est mondial et elles peu-
vent aussi connaître de grands succès à l’export.
Les acteurs de la filière électrique intègrent aussi dans leurs projets d’innovation les acteurs
de leur filière aval.
Les technologies et services mis au service d’un réseau électrique intelligent doivent être
fiables, abordables et compétitifs. Les modèles économiques associés doivent être pérennes,
c’est-à-dire que la valeur ajoutée de ces offres doit être correctement perçue par les différents
types de consommateurs pour justifier leur prix et leur assurer des débouchés.
Ces objectifs nécessitent un effort continu de R&D pour tester, valider et démontrer la valeur
et la pertinence de ces offres qui vont intégrer plusieurs dimensions (technologies électriques,
informatiques, service associés). Il s’agit de maintenir et de renforcer dans la durée les posi-
tions actuelles pour favoriser une filière d’excellence, avec des emplois non dé-localisables,
des technologies et de nouveaux métiers associés.
La France a donc intérêt à multiplier les projets de recherche, les pilotes et les démonstrateurs
pour se positionner comme un acteur de référence à l’international et faire levier avec son
expertise en termes d’architecture de réseaux électriques. Les projets de démonstrateurs à
grande échelle jouent, en particulier, un rôle crucial dans le développement et l’adoption d’un
réseau électrique intelligent, car ils constituent un moyen d’adhésion et de compréhension à
grande échelle des bénéfices d’un tel réseau (intégration de la dimension sociologique, expéri-
mentation grandeur nature de la maîtrise de la demande).
En partenariat avec le secteur industriel, les fournisseurs de services et les centres de re-
cherche publics comme privés, les entreprises du Gimélec se mobilisent déjà pour travailler
ensemble à la concrétisation de nombreuses solutions. Elles bénéficient du soutien des pou-
voirs publics (appels à projet et sources de financement). En Région Parisienne, en PACA, en
Rhône-Alpes, certains pôles de compétitivité accueillent ces projets de R&D.
La problématique de l’intégration au réseau des énergies renouvelables est traitée dans le cadre
de nombreux projets. Un programme de R&D européen lancé suite au 3ème paquet énergie de
2009 a donné lieu au lancement de projets de recherche comme Twenties, consacré à la faisabilité
des réseaux off-shore à courant continu (HVDC), Safewind, dont l’objectif est d’améliorer les pré-
visions de production éolienne, ou encore Optimate, dédié à l’étude des modèles de marchés les
plus favorables à l’intégration des énergies renouvelables. L’expérimentation Linky, menée par
ERDF sous la supervision de la CRE et avec de nombreux partenaires adhérents du Gimélec, est
le premier projet de déploiement de compteurs intelligents à grande échelle en France.
Les problématiques liées à l’efficacité énergétique grâce à une plus grande implication du
consommateur sont également au cœur de nombreux projets de recherche. En France, le pro-
gramme Eco Watt a testé en Bretagne l’envoi de SMS à des volontaires pour les prévenir du
besoin de couper leurs appareils électriques. Le projet OPCO a pris le relais et teste la faisa-
bilité, le pilotage et l’impact de micro-coupures de courant sur les installations de chauffage
électrique des particuliers.
Le pilotage de la demande grâce au réseau électrique intelligent fait également l’objet de nom-
breuses études. En PACA, autre région française sensible aux coupures électriques, le projet
Premio, mené à Lambesc, cherche à associer de petits producteurs d’électricité et des consom-
mateurs à la gestion du réseau. L’expérimentation doit fournir des enseignements de terrain
sur le pilotage, sur un territoire donné, de ressources électriques de différentes natures, y
compris les capacités de production décentralisée, d’effacement et de stockage.
Le pilotage de la demande par effacement diffus va être étudié en France au travers d’expéri-
mentations telles que Greenlys et Millener, dans le cadre du 1er AMI. Celles-ci étudient l’impact
et la faisabilité technique de l’effacement, éventuellement associé à d’autres moyens de pilo-
tage de la charge comme le stockage. À l’échelle européenne, la France participe par exemple
à ADDRESS, doté de 16 millions d’euros sur quatre ans, dont les objectifs sont de proposer des
solutions techniques de délestage, d’en identifier les bénéfices et de proposer des structures
de marché (rôle des agrégateurs) et des mesures d’accompagnement nécessaires à son déve-
loppement.
Des projets comme Multisol, dont le relais a été pris par Reactiv’Home, ont pour objectif de
gérer l’énergie électrique et de l’optimiser en suivant des critères économiques et écologiques
sans dégradation de confort. Ils intègrent des études de scénarios de réduction des pics de
consommation, de valorisation optimale de l’électricité photovoltaïque et d’intégration du vé-
hicule électriques (charge et éventuel délestage). Doté de 88 millions d’euros sur quatre ans,
le projet HOMES regroupe 120 chercheurs et 14 partenaires européens, parmi lesquels EDF, le
CEA, Schneider Electric, Philips, Delta Dore et Watteco. Il a pour objet de doter chaque bâti-
ment des solutions d’efficacité énergétique active nécessaires pour atteindre sa meilleure per-
formance énergétique. Dédié aux bâtiments tertiaires et résidentiels, neufs comme existants,
il cherche à développer et évaluer l’impact dans la durée d’outils de gestion optimisée des
équipements électriques et d’outils d’optimisation des apports des énergies renouvelables. Il
s’accompagne du développement d’outils collaboratifs et simplificateurs pour la filière. HOMES
est donc un projet qui traduit une démarche d’intégration des technologies dans le bâtiment en
lien avec un réseau électrique intelligent.
D’autres projets comme ECOLINK regroupent des fournisseurs d’énergie (EDF), des agréga-
teurs et fournisseurs de service (Edelia, Netseenergie), des industriels du bâtiment (Legrand,
Delta Dore, Atlantic, Wirecom, Daikin) et des sociologues. Ce type de projet vise à développer et
expérimenter sur le terrain des systèmes qui répondent aux sollicitations du réseau électrique
pour optimiser l’équilibre entre offre et demande, répondre en urgence à des problématiques
de congestion du réseau et/ou des pertes non programmées de groupe de production, pour
optimiser l’utilisation du parc de production.
L’appropriation de ces technologies par l’utilisateur s’avère déterminante, c’est pourquoi plus
de 650 sites résidentiels et 35 bâtiments tertiaires seront équipés de démonstrateurs et suivi
par des sociologues, afin d’en tirer des enseignements dans les domaines :
Constituée pour définir l’impact des réseaux d’électricité intelligents sur la gestion de la
consommation et de la production d’énergie par les bâtiments au XXIème siècle, la chaire Eco-
noving se veut un catalyseur d’éco-innovation. Elle réunit des partenaires privés et publics :
SNCF, Alstom, GDF Suez, SAUR, ADEME, Ecole Centrale Paris, Supélec, ENS Cachan, etc.
Les entreprises du Gimélec souhaitent aller plus loin dans l’accompagnement de la recherche
et proposent, au travers du projet Ireli, de créer un institut de recherche consacré exclusivement
aux réseaux électriques intelligents. Basé à Grenoble, il profiterait d’un bassin d’emploi, de com-
pétences et de formation unique en France, ainsi que des deux pôles de compétitivité Tenerrdis et
Minalogic. Ce projet, porté par l’INPG de Grenoble, permettrait de fédérer de façon transversale
l’industrie, la recherche et les acteurs institutionnels (ADEME, Etat, collectivités locales).
Il faut cependant noter que le régime actuellement en place pour le soutien des démonstra-
teurs ne permet souvent qu’un financement très partiel des équipements. Dans le cadre d’ex-
périmentations de solutions matérielles à grande échelle, ceci s’avère un handicap ; il est en
effet très complexe de faire cohabiter une exploitation commerciale avec une expérimentation
ainsi que des recettes liées à la vente d’un service avec la présence d’un soutien public. Il
conviendrait d’apporter une solution à cette limitation.
Les réseaux d’électricité intelligents regroupent des acteurs variés, porteurs de technologies
et de standards multiples. Si cette multiplicité de standards semble inévitable, il n’est pas pos-
sible d’envisager le développement de tels réseaux sans une convergence et une harmoni-
sation entre les différents secteurs, pour permettre l’interopérabilité indispensable entre les
parties prenantes.
Du point de vue normatif, cela se traduit par la nécessaire collaboration entre les différents
groupes normatifs, au travers de consortiums ou d’alliances portant la vision globale d’un ré-
seau électrique intelligent. Le plan normatif du développement des réseaux électriques intelli-
gents doit être concerté entre toutes les professions qui en sont partie prenante.
La feuille de route du Gimélec en termes de travaux normatifs est donc de participer active-
ment aux travaux où ses apports sont pertinents, mais aussi d’œuvrer au rapprochement de
tous les groupes de travail, pour une harmonisation dans le temps et l’espace des réflexions et
des standards qui en émergeront, aux niveaux français et européen.
Le Gimélec est d’ores et déjà très actif, en particulier au travers du Strategic Group 3 de l’IEC et du
Focus group du CEN-Cenelec-ETSI, groupes de travail européens au sein desquels nos membres
ont des rôles d’importance. Fortes d’une vision globale d’un réseau d’électricité intelligent et de
ses cas d’usages associés, ces activités ont l’ambitiond’analyser l’existant normatif, d’identifier
les éventuels manques et de proposer les développements additionnels nécessaires.
Au delà de ces actions, le Gimélec soutient les alliances porteuses de standards ouverts et
rappelle la nécessité de ne pas multiplier davantage le nombre d’initiatives normatives, déjà
foisonnantes en France, en Europe et dans le monde.
PRODUCTION CONSOMMATION
INTELLIGENTE NEMA DoE Intelligrid NERC INTELLIGENTE
SMART GRID
ERP IT UTILITÉS
Facturation
Centre d’appel
JTC1 BDI
SCM
Fig. 24
Le Gimélec propose qu’un certain nombre de mesures soient mises en œuvre par les Pouvoirs
publics français pour assurer un développement réussi des réseaux électriques intelligents.
Ces propositions sont classées par ordre hiérarchique décroissant en termes d’urgence d’ac-
tions pour le succès de la filière électrique industrielle dans la conquête de ces nouveaux
marchés à l’international.
Proposition 1
Incitation
Proposition 2
Proposition 3
Proposition 4
Réglementation
Proposition 5
Proposition 6
Proposition 7
Réglementation Incitation
Proposition 8
Proposition 9
Proposition 10
Réglementation Incitation
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