0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
327 vues100 pages

Réseaux Électriques Intelligents: Livre Blanc

Transféré par

papa abdoul sow
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
327 vues100 pages

Réseaux Électriques Intelligents: Livre Blanc

Transféré par

papa abdoul sow
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

© Gimélec - Tous droits réservés - Edition novembre 2010 - Réalisation : www.pianoforte.

fr
LIVRE BLANC
Des industriels au service de
l’intelligence énergétique

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES
INTELLIGENTS

Des propositions concrètes


au service de la nouvelle organisation
du marché énergétique

Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés


11-17 rue de l’Amiral Hamelin - 75783 Paris cedex 16 - France - Tél. : +33 (0) 1 45 05 71 55 - www.gimelec.fr
« Ils ne savaient pas
que c’était impossible…
alors ils l’ont fait. »
Mark Twain

Le présent document, rédigé par le Gimélec, est la propriété du


Gimélec. Il est protégé par le droit d’auteur. Il ne peut être reproduit,
modifié, diffusé, exploité sans l’autorisation écrite du propriétaire.
Une révolution industrielle en marche
L’objectif du Livre blanc est de valoriser et de faire connaître le
savoir-faire de l’industrie électrique française ainsi que l’offre déjà
disponible en vue de développer un environnement stable et sécurisé
pour les opérateurs et investisseurs, nécessaire à la genèse d’un
système électrique français et européen tourné vers l’intelligence et
l’énergie durable.

Pour cela, il est important de souligner combien le mariage de


l’intelligence énergétique et numérique est nécessaire à la révolution
industrielle que représentent les réseaux électriques intelligents.

Le succès de cette révolution industrielle en marche repose tant sur


les synergies entre l’industrie électrique et numérique que sur une
modélisation en France de l’ensemble de ces nouvelles fonctionnalités
pour en faire un succès d’exportation.

Après une définition de l’écosystème correspondant au réseau


électrique intelligent, et une description des objectifs sociétaux associés
à la nouvelle économie de l’électricité, le Livre blanc présentera un
programme d’actions et de mesures à destination des Pouvoirs publics
français construit autour de 3 axes principaux pour assurer le succès à
l’international de notre filière électrique industrielle :

• La normalisation internationale,
• La réglementation pour un marché domestique exemplaire,
• Les incitations pour assurer dans la durée l’excellence de
l’industrie électrique française.

L’ensemble de ces recommandations constitue un socle de mesures


et d’actions en vue d’assurer le maintien du statut de filière
d’excellence de l’industrie électrique et de la recherche française à
travers le monde.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 3


SOMMAIRE

Introduction : une révolution industrielle en marche 3

A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents 5

B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociaux


des réseaux électriques intelligents 7

B.1. Les réseaux électriques intelligents : un marché mondial


en cours de construction 7

B.2. Les réseaux électriques intelligents : une réponse industrielle


à des objectifs sociétaux différenciés 8

B.3. Les acteurs d’un nouveau marché pour un usage électrique innovant :
la filière industrielle électrique française, entre excellence mondiale
et pionnière 10

C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents 12

D. La normalisation internationale
et les réseaux électriques intelligents 23

E. Les modifications réglementaires et les incitations pour


développer les réseaux électriques intelligents en France 24

4 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux
électriques intelligents ou la
nouvelle économie de l’électricité
Les smart grids ou réseaux électriques intelligents constituent un
écosystème complexe que l’on peut décrire sous forme de combinaison
de systèmes afin de saisir les éléments les plus structurants de cette
« nouvelle économie de l’électricité » ou « nouvelle économie de l’énergie  »
au sens large.

L’écosystème des réseaux électriques intelligents va ainsi s’articuler


autour de trois systèmes modifiant le système actuel des réseaux
reposant sur une gestion unidirectionnelle de l’amont vers l’aval par une
gestion systématique intégrée à plusieurs niveaux et bidirectionnelle : de
la production centralisée aux productions décentralisées.

Les trois niveaux de systèmes qui vont s’interpénétrer sont les suivants :

• les systèmes de production d’énergies conventionnelles et renou-


velables, qui regroupent l’ensemble des capacités de production du
vecteur électrique,
• le système local qui correspond à une activation de l’intelligence
énergétique dans l’industrie et les bâtiments résidentiel 1, tertiaire
ou collectif 2, et à l’intégration des énergies renouvelables, des
systèmes de stockage et des véhicules électriques,
• le système transversal qui est constitué des réseaux de distribution
et de transport actifs, pilotés et ajustés en temps réel entre l’offre
d’énergies conventionnelles et renouvelables, et la demande du
système local.

La combinaison de ces trois systèmes constitue dès lors le réseau


électrique intelligent et répond aux priorités de la nouvelle économie de
l’électricité que l’on peut synthétiser en trois grandes valeurs d’usage :

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 5


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents ou la nouvelle économie de l’électricité

• l’intégration des énergies renouvelables, intermittentes, et des


nouveaux usages électriques,
• la flexibilité de la production et de la consommation pour la ré-
duction de la pointe électrique,
• la gestion de flux d’information et d’énergies bidirectionnels 3
entre les trois niveaux de systèmes.

Ces trois systèmes ont été résumés dans la matrice suivante 4 par
le Groupe de Travail du Comité d’Orientation Stratégique des Eco-
Industries (COSEI) 5, dédié aux Systèmes Electriques Intelligents et
Stockage d’énergie:

Production d'énergies Efficacité domestique


conventionnelles
• Gestion du consom'acteur
Transport et dans le secteur résidentiel
distribution ajustable • Intégration des
Gestion de véhicules électriques
l'offre et de
la demande
Déchets Nucléaire

HT / MT
Efficacité tertiaire
Poste Postes et industrielle
Charbon Gaz naturel transformateur de livraison

Connexion et intégration • Qualité du transport de • Gestion


des énergies renouvelables l'énergie électrique informatique
• Distribution automatisée des données Tertiaire Industrie Datacenter
Photovoltaïque Eolien Biomasse • Protection, automatisation • Systèmes
et conduite des réseaux de comptage
• Gestion et pilotage global communiquant
des systèmes électriques
• Gestion active des bâtiments
• Intégration des
véhicules électriques
Centrales de production

• réparti • distribué
Systèmes de stockage • de masse • de puissance, … Stockage aval compteur

Systèmes Electriques Intelligents et Stockage de l’Energie


Source : COSEI - novembre 2010

Le Livre blanc détaille les offres industrielles correspondant aux


fonctions essentielles et constitutives du réseau électrique intelligent
(voir le chapitre C.)

6 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


B. Les objectifs économiques,
environnementaux et sociaux des
réseaux électriques intelligents
B.1. Les réseaux électriques intelligents :
un marché mondial en cours de construction

Le lancement par les Etats-Unis d’un plan smart grids en 2009 a ré-
vélé au grand public cette notion qui, depuis, a généré une prise de
conscience générale, notamment dans les pays et continents en pleine
croissance.

Cette notion a ainsi pris une dimension planétaire où l’expression smart


grids recouvre des dimensions différentes : certains y verront une so-
lution numérique en aval compteur et destinée majoritairement aux
clients résidentiels alors que d’autres considèrent qu’il s’agit d’une vi-
sion systémique globale, transcendant la structure actuelle du marché
énergétique pour générer des bénéfices économiques, environnemen-
taux et sociétaux pour tous.

C’est cette vision technologique, marketing et économique que les


industriels du Gimélec et leurs partenaires souhaitent faire partager
et développer dans la suite de ce Livre blanc, dédié aux réseaux
électriques intelligents.

Pour renforcer cette impression de révolution industrielle en marche,


il suffit de rappeler la dimension mondiale du marché des réseaux
électriques intelligents et les premières valorisations financières de
cette nouvelle économie de l’électricité :

Valorisation du marché mondial :


entre 12 et 50 Milliards d’Euros par an à l’horizon 2020 6

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 7


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociaux des réseaux électriques intelligents

B.2. Les réseaux électriques intelligents :


une réponse à des attentes sociétales
et des bénéfices répartis sur la chaîne des acteurs

La protection de la qualité de l’air et du climat combinée à la raréfaction


programmée des énergies fossiles et à l’impératif de sécurité énergé-
tique nous entraîne dans un mouvement inéluctable de recours accrus
aux énergies renouvelables, qu’elles proviennent du vent, du soleil, de
la terre ou de la mer.

Compte tenu de la volatilité intrinsèque de la production des énergies


renouvelables (cycle diurne/nocturne, conditions météorologiques), il
est essentiel de renforcer la disponibilité et la flexibilité de la produc-
tion d’électricité et d’en faire un axe structurant du changement d’orga-
nisation globale et nationale du système électrique existant.

La fourniture d’énergies conventionnelles et renouvelables doit en


outre répondre aux besoins de la demande des consommateurs à une
échelle macroéconomique et, si possible, avec une instantanéité entre
l’adéquation de l’offre et de la demande.

C’est pour assurer l’équilibre entre l’offre et la demande énergétique,


toutes deux en pleine mutation, qu’il faut rendre les réseaux élec-
triques intelligents pour à terme intégrer par capillarité les autres
réseaux énergétiques.

Il est possible de synthétiser les moteurs et accélérateurs de mise


en œuvre des réseaux électriques intelligents ainsi que les bénéfices
attendus dans les tableaux ci-après.

8 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociaux des réseaux électriques intelligents

Les moteurs et accélérateurs


de la mise en œuvre des réseaux électriques intelligents

Moteurs

1. Ajouter de la stabilité aux réseaux électriques existants pour


intégrer les nouvelles énergies et les nouvelles utilisations
finales des énergies

2. Augmenter la puissance électrique disponible et l’efficacité


énergétique des réseaux pour couvrir les nouveaux besoins
tels que le véhicule électrique et l’émergence des nouvelles
économies

3. Diminuer l’émission de CO2 pour toutes les composantes de


l’économie conventionnelle par l’intégration des énergies
renouvelables et de l’efficacité énergétique dans les usages
finaux

Accélérateurs

1. Mobiliser les technologies de l’énergie et du numérique déjà


existantes, tout en promouvant l’innovation, pour donner
un élan de relance économique après une crise financière,
économique et industrielle sans précédent

2. Renforcer l’implication des Pouvoirs publics sur des


impulsions structurelles pour faire évoluer le cadre
réglementaire et fiscal national et européen

3. Accroître le rôle actif du consommateur (consom’acteur)


dans sa propre gestion de performance énergétique par une
acceptation sociétale largement partagée

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 9


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociaux des réseaux électriques intelligents

Les bénéfices attendus des réseaux électriques intelligents

Pour l’état et les comptes publics nationaux :


• Atteinte des objectifs de l’Agenda 20/20/20
• Mise en place des conditions favorables à l’efficacité énergétique
• Accroissement de l’indépendance énergétique par l’intégration des énergies
renouvelables et la réduction de la pointe
• Contribution à la sécurité des réseaux électriques et plus largement à la
cybersécurité,
• Sécurisation des débouchés commerciaux pour les industriels nationaux du
secteur électrique
• Pénétration des nouvelles technologies de l’énergie et soutien à la recherche nationale
• Contribution à l’économie circulaire et à la préservation des matières premières

Pour les consommateurs :


• Accès à des solutions d’efficacité énergétique économiquement compétitives et
déjà existantes
• Promotion des comportements vertueux par une tarification plus flexible en
fonction des usages
• Modification volontaire des comportements dans le respect de la vie privée grâce à
une standardisation et une législation spécifique de protection des données
• Meilleure maîtrise de la production d’énergie renouvelable et des nouveaux usages

Pour les distributeurs d’électricité :


• Optimisation des réseaux et de leur gestion en fonction de la source de production
d’électricité
• Intégration harmonieuse de l’utilisation des véhicules électriques et des nouveaux
usages électriques
• Sécurisation de l’équilibre des réseaux

Pour les transporteurs d’énergie :


• Pilotage global du système de production, de transport et de distribution
• Gestion par anticipation et modélisation des capacités disponibles de production
d’énergies en fonction de la demande réelle et/ou spontanée

Pour les constructeurs et industriels électriques français :


• Pérennité d’emplois à haute valeur ajoutée sur le territoire
• Soutien à l’exportation du savoir-faire et de l’excellence de l’industrie électrique
française et européenne par l’interconnexion croissante des réseaux
• Renforcement de la normalisation et des standards pour la pénétration des
économies émergentes

10 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociaux des réseaux électriques intelligents

Pour l’Université et la recherche :


• Mobilisation des chercheurs et universitaires autour de plateforme applicative et
grandeur réelle pour le croisement des technologies

B.3. Les acteurs d’un nouveau marché pour un usage


électrique innovant : une mobilisation totale
des constructeurs et industriels du Gimélec

Le concept de « réseau électrique intelligent » signifie que la flexibilité


de la production, la distribution, le stockage et l’utilisation des énergies,
avec une croissance des renouvelables, sera fondé sur un système d’in-
formation capillaire assurant l’équilibre du système électrique d’amont
en aval et, réciproquement, de l’utilisation finale à la production. De plus,
la locution « réseau électrique intelligent » implique, par association de
notions juridiques, des questions fondamentales autour de la protection
de la vie privée qui ne trouveront leur règlement que dans une accepta-
tion sociétale largement partagée et une réglementation spécifique.

Car, s’il y a bel et bien un nouvel acteur dans la nouvelle économie de


l’électricité, c’est le « consom’acteur » 8 qui est la mutation du consom-
mateur en producteur et en utilisateur d’énergies, tout en restant un
citoyen, un contribuable et un acteur de la Cité au sens large.

C’est la raison pour laquelle les technologies de l’information ont un


rôle fondamental à jouer pour assurer l’interaction active entre l’amont
et l’aval du compteur communicant et/ou évolué ; le croisement des
technologies numériques et énergétiques vont générer un nouveau
marché synonyme de maintien d’emplois à forte valeur ajoutée dans
l’industrie française, tout en faisant naître des nouveaux métiers sur la
chaîne aval d’exécution 9.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 11


C. Les dix fonctions intégrées des
réseaux électriques intelligents

3 5
Protection, Stockage distribué
automatisation de l’électricité
et contrôle des 7
réseaux électriques Système de comptage
1 communicant
Production d’énergies
conventionnelles
et renouvelables
9
Gestion du consom’acteur
dans le secteur résidentiel
2
Qualité et efficacité du transport
de l’énergie électrique
10
Intégration des
véhicules électriques
4
Gestion et pilotage
global des systèmes
8
Gestion active
énergétiques
des bâtiments

6
Gestion informatique
des données

L’arborescence évoquée par les dix fonctions essentielles montre com-


bien leur intégration respective dans les différents niveaux de systèmes
locaux et transversaux de production se fera par les technologies de
l’information dans leurs différentes composantes.

12 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

C.1. Production d’énergies conventionnelles et renouvelables

En amont des Systèmes Energétiques Intelligents, se situent les


centrales de production, historiquement basées sur des moyens de
production centralisés conventionnels – charbon, gaz nucléaire et
hydro-électrique - et évoluant progressivement vers des moyens de
production renouvelables décentralisés : éolien, solaire thermique et
photovoltaïque, géothermie, énergies marines et piles à combustibles.

Production centralisée RÉSEAU DE DISTRIBUTION Production répartie

Déchets Nucléaire Charbon Gaz naturel Energies Stockage Energie


renouvelables sur site de secours
Postes
de livraison

HT / MT
Résidentiel

Poste
transformateur

Photovoltaïque Eolien Biomasse


Tertiaire

Production d'énergie renouvelable


Industrie
Mesure
intelligente
RÉSEAU DE TRANSPORT

Transport
Utilisateur final

Régulateur Place de marché Traders Fournisseurs Agrégateur


d'électricité

La transition de ces moyens de production intégrant une part crois-


sante de ressources renouvelables pose en particulier des difficultés
vis-à-vis de :

a) l’intégration de ces ressources fortement distribuées – alors


qu’historiquement l’équilibrage temps réel offre/demande était

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 13


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

réalisé au travers de quelques centaines de points de production


dans le réseau nécessitant une interaction et un réglage temps
réel. La diffusion de ces ressources nécessite des interactions au
niveau de dizaines de milliers de points de contrôle et d’équili-
brage diffus dans les réseaux de distribution.
b) l’intermittence de l’énergie produite : certaines énergies renouve-
lables directement corrélées aux phénomènes météorologiques,
typiquement l’éolien et le solaire, induisent une fluctuation temps
réel de la capacité de production de ces ressources. Ceci nécessite
d’une part l’intégration de nouvelles ressources flexibles capables
d’équilibrer ces fluctuations, comme des ressources de stockage,
d’autre part la mise à jour des systèmes de contrôle et de pilotage
dans les centrales conventionnelles existantes pour permettre
une réponse plus rapide de ces ressources.

Ceci nécessite donc de mettre en œuvre de nouveaux systèmes de pi-


lotage et de contrôle de ces moyens de production pour amener une
flexibilité opérationnelle suffisante.

C. 2. Qualité et efficacité du transport de l’énergie électrique

Au même titre que les moyens de production intermittents perturbent


l’équilibrage offre-demande, ces moyens impactent aussi la qualité de
l’onde électrique impliquant en particulier de nouvelles contraintes de
stabilité en cas de défaut dans le réseau du fait de leur très faible inertie.

Production Electronique
d'énergie renouvelable de puissance
Transport

De nouveaux systèmes d’électronique de puissance au service de


la qualité de l’onde électrique

14 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Ceci nécessite d’une part la mise en œuvre de nouveaux systèmes


d’électronique de puissance connectés dans le réseau pour compen-
ser les défauts induits au niveau de la qualité de l’onde électrique
en cas de défaut et d’optimiser les capacités des infrastructures de
transport et de distribution selon la disponibilité temps réelle de
l’énergie renouvelable.

De plus, ces contraintes impliquent la mise en œuvre de nouvelles


technologies de conversion de puissance au niveau des installations –
convertisseurs éoliens et onduleurs solaires – devant échanger des in-
formations en temps réel avec les opérateurs de réseau pour être télé-
réglées selon les conditions de fonctionnement d’ensemble du réseau.

C.3. Protection, automatisation


et contrôle des réseaux électriques

Les réseaux électriques permettent un aiguillage des flux électriques


entre la production en amont et la consommation en aval. Leur grande
diffusion et leurs caractéristiques critiques de disponibilité nécessitent la
mise en œuvre d’équipements de protection extrêmement rapides per-
mettant d’une part d’isoler les sections de réseau en défaut et d’autre part
de piloter à distance la reconfiguration de certaines branches de réseau
selon les incidents encourus ou les campagnes de mise en retrait de cer-
tains équipements.

Poste Postes
transformateur de livraison
(MT / BT)

HT / MT

Contrôle-commande
des postes électriques

Les gestionnaires de réseaux doivent pouvoir piloter à distance


les divers postes électriques

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 15


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Ceci nécessite la mise en œuvre d’équipements de protection, de


contrôle et d’automatisme dans chacun des postes électriques des ré-
seaux de transport et de distribution. Alors que ces technologies ont
progressivement migré vers les technologies numériques dans les
postes de transport critiques des réseaux, une part importante d’auto-
matisation reste à réaliser au niveau des réseaux de distribution pour
permettre une interaction bidirectionnelle avec les nouveaux consom-
mateurs énergétiques incorporant de plus en plus de points de micro-
production. Ceci requiert le déploiement de technologies ouvertes vers
les technologies de contrôle commande employées au niveau des res-
sources de production et de consommation.

C.4. Gestion et pilotage global des systèmes électriques

L’optimisation globale des systèmes énergétiques nécessite la mise en


œuvre de technologies de « Centres de Contrôle » opérant en tant que
« tour de contrôle » des flux énergétiques temps réels dans les réseaux
de transport et de distribution. Ces centres de contrôle sont distribués
à différents niveaux des réseaux (nationaux, régionaux et urbains) et
opérés par les gestionnaires de réseau dans le cadre de leurs fonctions
d’opérateurs systèmes.

Ces centres de contrôle interagissent en temps réel d’une part avec


les capteurs, équipements de protection et de contrôle répartis dans
les postes électriques et, d’autre part, avec les clients offrant une
flexibilité suffisante pour contribuer à l’équilibrage des réseaux.

Alors qu’historiquement seules les centrales de production convention-


nelles offraient ce type de services, la pénétration croissante d’éner-

16 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

gies intermittentes nécessite l’interfaçage de nouvelles ressources de


production, de stockage et de clients consommateurs prêts à mieux
synchroniser leur demande en énergie, ce qui correspond à une théma-
tique-clé des réseaux intelligents.

La migration des réseaux vers les réseaux intelligents nécessite donc


une refonte significative de ces systèmes d’information temps réel
avec de nouveaux enjeux liés à l’intégration de très grands volumes de
données – ces données devront potentiellement être issues de chaque
consom’acteur - et de nouvelles technologies de visualisation en sup-
port à l’aide à la décision.

Cela nécessite par ailleurs la mise en œuvre de nouvelles structures


d’agrégation d’information en lien avec les services (responsabilité
d’équilibre) requis au niveau de la gestion des marchés.

C.5. Stockage distribué de l’électricité

Le fort caractère intermittent des moyens de production renouvelable


nécessite la mise en œuvre de nouvelles ressources permettant un
équilibrage de cette intermittence au niveau des systèmes énergé-
tiques. Le stockage électrique – quoique complexe à réaliser – répond
exactement à ces besoins.

À ce jour les technologies de stockage d’énergie sont principalement


limitées aux ouvrages de pompage-turbinage hydroélectriques dont les
évolutions technologiques ont récemment permis un pilotage de plus
en plus fin et précis en réponse aux fluctuations énergétiques.

Le déploiement significatif des véhicules électriques a par ailleurs


permis d’améliorer les technologies de stockage électrique à base
de batteries tant en terme de durabilité que de coût, ce qui conduit à
considérer de nouveaux usages de batteries connectées aux réseaux,
soit directement dans les postes électriques ou au niveau des centrales
renouvelables ou de grands centres de consommation. Ces moyens de
stockage fortement distribués doivent, pour être exploités, être inté-
grés aux centres de contrôle.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 17


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Par ailleurs d’autres moyens de stockage sont en phase d’émergence à


partir d’air comprimé ou de stockage thermique dans les centrales de
production et de volants à inertie pour des usages particuliers.

Energies Stockage
renouvelables sur site

C.6. Gestion et informatique des données

L’intégration des consommateurs dans le réseau nécessite une modéli-


sation plus fine de leur usage en particulier de la flexibilité énergétique
potentiellement dérivée des nouveaux usages du « consom’acteur  ».
Ceci requiert d’intégrer plus étroitement les systèmes d’informa-
tion requis pour la gestion de ces nouveaux profils de clients avec les
centres de contrôle « agrégateurs » intégrant ces nouveaux usages.

Centrale Virtuelle Commerciale


(CVPP)
Internet

Ethernet Webservice CIM 61968 / 970

Opérateurs
de Réseau
Serveur
Centrale Virtuelle
Technique
(TVPP)

Ethernet MMS IEC 61850

Pilotage et
Comptage
intelligent

Résidentiel Tertiaire Industrie Energies renouvelables

L’architecture de contrôle des réseaux électriques intelligents

18 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Cette plus grande intégration a pour conséquence de rapprocher les


mondes des intégrateurs IT avec les spécialistes et industriels de l’effi-
cacité énergétique pour être capable d’offrir de nouvelles solutions clés
en main intégrant systèmes d’information et solutions de gestion active
selon des échanges d’information standardisés.

C.7. Systèmes de comptage communicant

Les compteurs communicants sont une des composantes du déploie-


ment des réseaux d’électricité intelligents dont ils constituent l’ossa-
ture. Ils sont une première étape vers le déploiement de futurs sys-
tèmes de comptage intelligent. Les nouveaux produits proposés sont
de plus en plus complexes ; ils gèrent les fonctions classiques de me-
sure de l’énergie consommée et de tarification variable (a minima le
tarif Heures Pleines / Heures Creuses, mais à terme des tarifications
beaucoup plus flexibles et dynamiques).

Ces compteurs sont capables de mesurer l’énergie produite (mesure


de flux bidirectionnels), de gérer la puissance qui transite et de piloter
la courbe de charge. Ils disposent enfin de capacités de communication
bidirectionnelle qui les rendent pilotables à distance. Ils donnent donc,
enfin, la possibilité au consommateur d’avoir facilement une meilleure
appréhension de ses consommations.

C.8. Gestion active des bâtiments

Pour les entreprises et les administrations publiques, la gestion ac-


tive est le moyen le plus rapide, le plus économique et le plus efficace
de réduire leur facture énergétique et leurs émissions de CO2 tout en
accompagnant la croissance de la demande et de la production indus-
trielle. La gestion active couvre l’ensemble du cycle énergétique d’un
bâtiment, neuf ou déjà construit, industriel ou commercial.

À partir d’audits –donc de mesures vérifiables –, il s’agit d’installer des


équipements à basse consommation, d’introduire des outils de mesure

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 19


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

et de contrôle en temps réel, et d’optimiser en permanence l’ensemble


des utilisations finales grâce à l’intelligence énergétique « ajoutée ».

Eclairage, chauffage et air conditionné, équipement informatique et


serveurs, moteurs des procédés industriels, variation de vitesse… dans
le cadre d’une gestion globale d’un bâtiment, le potentiel d’économies
d’énergies peut être similaire à l’isolation extérieure 10, faisant de la
gestion active des bâtiments un complément indissociable aux solu-
tions passives pour atteindre et dépasser les objectifs du Grenelle 11.

En connectant des bâtiments devenus actifs aux réseaux électriques


intelligents par le biais de réseaux locaux (microgrids) au sein d’éco-
quartiers, les gestionnaires et propriétaires immobiliers profiteront
des nouvelles opportunités offertes pour optimiser leur budget d’in-
vestissement et de fonctionnement.

Économies d'énergie

40%

= + actions
sur les équipements
30% et l'enveloppe
du bâtiment

Comptage Matériaux performants,


Analyse isolants thermiques, équipement
20% de production et terminaux,
Affichage
Reporting vitrages, photovoltaïque
15% = + actions
sur les systèmes
10%
Gestion d'énergie
Systèmes intelligents de contrôle,
mesure régulation, gestion, automatisme

1 an 3 ans 5 ans 10 ans 15 ans 25 ans

Retour sur investissement (ROI)

Offre de gestion active des bâtiments

C.9. Gestion du consom’acteur dans le secteur résidentiel

Les consommateurs qui souhaitent réduire leur facture d’électricité et


jouer un rôle plus actif dans le débat énergétique – contribuer à lutter
contre le changement climatique, participer à la réduction de la consom-

20 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

mation d’énergie – en ont désormais les moyens : c’est donc la mutation


de l’usager en « consom’acteur ».

Aujourd’hui, le consom’acteur peut d’ores et déjà intervenir sur son éclai-


rage, son chauffage, son équipement informatique, technologique et élec-
troménager, et il peut même contribuer à l’effacement de la pointe grâce
aux offres déjà disponibles de délestage, tout en étant acteur de sa modifi-
cation graduelle de comportement.

Grâce aux nouvelles technologies de l’information, chaque maison indivi-


duelle dotée de solutions de gestion active sera ainsi connectée au réseau
intelligent, et permettra une intégration efficace des énergies renouve-
lables et un rechargement optimisé du véhicule électrique.

Dans ce cadre, la protection des données individuelles doit être un point


de vigilance pour assurer une pénétration des nouvelles technologies de
l’énergie et de l’information des plus acceptables car l’enjeu est de réussir
la massification sans créer de défiance de la part des consommateurs-
citoyens-contribuables.

Gestion de
la charge

Gestion du chauffage
& air conditionné

Gestion de
Sécurité
la demande

Contrôle
Détection CO / CO2
Eau & Gaz

Contrôle
photovoltaïque

Contrôle
électrique

L’écosystème énergétique de la maison

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 21


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

C.10. Intégration des véhicules électriques

L’avènement programmé du véhicule électrique impactera fortement à


la fois l’infrastructure urbaine et les réseaux électriques. En effet, l’un
des facteurs-clés du succès du véhicule électrique étant la disponibilité
de structures de charge sûres et faciles d’utilisation, il va falloir mul-
tiplier les points de charge électrique : dans les maisons individuelles,
dans les bâtiments privés (parking d’immeuble résidentiel ou de bu-
reaux), dans les infrastructures publiques (voirie) ou accessibles au pu-
blic (parking de centre commercial ou station-service).

Cet appel de puissance électrique dédiée à la recharge des véhicules


électriques va conduire à une modification du scénario conventionnel
de la consommation électrique et implique que des dispositions spéci-
fiques à la charge et à sa tarification soient intégrées dès l’origine pour
ne pas perturber l’équilibre des réseaux électriques.

Enfin, la charge devra s’effectuer dans des conditions de sécurité par-


faites et respectueuses des normes applicables tant pour la sécurité
des biens que celles des personnes, car il en va de la réussite du dé-
ploiement des véhicules électriques en France.

1 et 3 : charge
lente sur réseau
domestique

2 : station
d’échange rapide
de batterie

4 : stations de
charge rapide

Véhicule électrique : infrastructures de recharge

22 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


D. La normalisation internationale
et les réseaux électriques
intelligents
La normalisation est essentielle si la résolution de l’équation entre l’at-
teinte de l’optimum économique du marché, la mise en réseau de l’en-
semble du système électrique et la sécurité juridique des investisse-
ments est un objectif prioritaire pour les Pouvoirs publics et les acteurs
de la filière électrique.

Les actions prioritaires en matière de normalisation sont déjà forte-


ment engagées au sein de la Commission Electrotechnique Internatio-
nale (IEC) qui doit rester le lieu principal d’élaboration des normes afin
de ne pas générer des initiatives redondantes voire contreproductives.
En outre, la France bénéficie d’une forte représentation et de postes-
clés au sein des comités de l’IEC déjà impliqués dans la normalisation
des réseaux électriques intelligents.

Parmi les actions prioritaires en matière de normalisation à l’IEC figu-


rent notamment :

• Accélérer les processus déjà engagés,


• Harmoniser les mesures d’énergie ainsi que leur contrôle selon
des règles opposables,
• Accroître la coopération avec les nouvelles technologies de l’in-
formation,
• Formaliser des règles de protection et de confidentialité des
données personnelles.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 23


E. Les modifications réglementaires
et les incitations pour développer
les réseaux électriques
intelligents en France

Le Gimélec propose qu’un certain nombre de mesures puissent être


mises en œuvre par les Pouvoirs publics français pour assurer un dé-
veloppement réussi des réseaux électriques intelligents.

Ces propositions sont classées par ordre hiérarchique décroissant en


termes d’urgence d’actions pour le succès de la filière électrique in-
dustrielle dans la conquête de ces nouveaux marchés à l’international.

Proposition majeure pour un marché domestique exemplaire

Proposition 1

1.1. Lancer rapidement plusieurs démonstrateurs


à l’échelle d’une ou plusieurs régions pour les
réseaux électriques intelligents du futur dans le I
cadre du programme des Dépenses d’Avenir, à
condition d’être coordonnés entre eux

1.2. Structurer un fonds d’amorçage dédié aux réseaux


électriques intelligents pour l’assurance d’une
I
action à long terme et par un fléchage de taxes
existantes pour la constitution des fonds propres

Incitation

24 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


E. Les modifications réglementaires et les incitations pour développer les réseaux électriques intelligents

Mesures réglementaires pour la structuration


du nouveau marché de l’électricité

Proposition 2

2.1. Généraliser la régionalisation de la gestion des


réseaux électriques intelligents après l’évaluation
R
du démonstrateur en termes de mutation de
modèle économique

2.2. Accroître la transparence de gestion du TURPE


en termes d’accès aux financements réservés à
R
la promotion de l’innovation par les industriels
de la filière

Proposition 3

Lancer la concertation autour des projets de


décrets et d’arrêtés à prendre en application du
R
projet de loi NOME en cours d’adoption en profitant
de la plateforme du COSEI

Proposition 4

Etablir un tarif d’autoconsommation de l’électricité


R
produite par des énergies renouvelables et durables

Réglementation

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 25


E. Les modifications réglementaires et les incitations pour développer les réseaux électriques intelligents

Propositions en faveur du « consom’acteur » pour assurer


des débouchés aux nouvelles technologies de l’énergie

Proposition 5

Organiser la fongibilité des certificats


d’économies d’énergies en « certificats carbone »
pour générer les fondations d’un marché réel et R I
assurer ainsi la liaison avec le marché européen
des certificats carbone

Proposition 6

Conditionner les aides fiscales « économies


d’énergies » pour les clients domestiques
à des offres garantissant des résultats réels R I
en termes d’économies d’énergies et de
réduction d’émission de CO2

Proposition 7

Adopter une réglementation spécifique


pour la protection des données personnelles R
du « consom’acteur »

Réglementation Incitation

26 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


E. Les modifications réglementaires et les incitations pour développer les réseaux électriques intelligents

Propositions transversales
en faveur d’une fiscalité environnementale durable

Proposition 8

Créer un Conseil National de l’Energie Durable


composé des associations de consommateurs, R
des syndicats patronaux et salariés, et de l’Etat

Proposition 9

Réformer la RT (Réglementation Thermique des


bâtiments) en R3E (Réglementation Efficacité
Energétique et Environnementale) afin d’acter
de l’interdépendance entre les réseaux et les R I
bâtiments, et migrer vers la culture du résultat
par une approche systématique englobant tous les
vecteurs énergétiques

Proposition 10

Mobiliser les acteurs institutionnels européens


pour relancer le débat sur une Contribution Climat
Energie aux frontières de l’Union Européenne

Réglementation Incitation

-oOo-

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 27


Notes explicatives

1 Expression consacrée en anglais par smart home.


2 Expression consacrée en anglais par smart building qui inclut de facto les micro-réseaux
électriques intelligents (microgrids).
3 Il s’agit de générer un contexte législatif, réglementaire et fiscal favorisant les flux physiques
(électron) et monétaires (euros).
4 Il est à noter que la matrice du COSEI SEISE a été volontairement allégée pour simplifier la
lecture, sans toutefois modifier le schéma, les fonctions et leurs intitulés respectifs.
5 Comité d’Orientation Stratégique des Eco-Industries co-piloté par le Ministre de l’Ecologie
et le Ministre de l’Industrie qui ont confié au Gimélec la présidence du groupe de travail
Systèmes Electriques Intelligents et Stockage de l’Energie.
6 Cette estimation est une fourchette qui varie selon les analyses et les périmètres techniques
couverts par ces mêmes analyses (on citera celle de McKinsey en référence) et qui corrobore
le potentiel de marché identifiés par les industriels du Gimélec sur leurs activités.
7 Notion traduite en anglais par virtual power plant ou flexible alternating current transmission.
8 Notion développée par le Gimélec lors d’une présentation du programme de recherche Homes
au sein du Groupe de Travail Maîtrise de la Demande d’Energie à la Commission de Régulation
de l’Energie.
9 Il s’agit des installateurs, des intégrateurs, des sociétés de services et de conseils
énergétiques, des gestionnaires d’énergies indépendants, des tiers certificateurs, etc qui
représentent des centaines de milliers d’emplois en aval de la filière industrielle du Gimélec
avec un caractère non délocalisable
10 Rapport de l’OPECST sur la performance énergétique des bâtiments – 2 décembre 2009
11 Dans le bâtiment : 38% de réduction des consommations énergétiques, 50% de réduction des
émissions de CO2.

Ce document est imprimé sur papier certifié


© Gimélec - Tous droits réservés - Edition novembre 2010 - Réalisation : www.pianoforte.fr
LIVRE BLANC
Des industriels au service de
l’intelligence énergétique

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES
INTELLIGENTS

Des propositions concrètes


au service de la nouvelle organisation
du marché énergétique

Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés


11-17 rue de l’Amiral Hamelin - 75783 Paris cedex 16 - France - Tél. : +33 (0) 1 45 05 71 55 - www.gimelec.fr
LIVRE BLANC
Des industriels au service de
l’intelligence énergétique

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES
INTELLIGENTS

Des propositions concrètes


au service de la nouvelle organisation
du marché énergétique

- Version détaillée -
« Ils ne savaient pas
que c’était impossible…
alors ils l’ont fait. »
Mark Twain

Le présent document, rédigé par le Gimélec, est la propriété du Gimélec.


Il est protégé par le droit d’auteur. Il ne peut être reproduit, modifié, diffusé,
exploité sans l’autorisation écrite du propriétaire.
4 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS
SYNTHÈSE
Ce livre blanc consacre le développement des réseaux d’électricité intelligents
comme un axe majeur des réponses à apporter aux enjeux économiques,
écologiques et sociétaux liés à notre politique énergétique.

Les entreprises du Gimélec ont formalisé dans ce livre blanc les enjeux associés
au développement des réseaux électriques intelligents, ainsi que la palette des
solutions technologiques et des mesures de politiques publiques susceptibles de
répondre à ces enjeux, de manière opérationnelle.

Les propositions du livre blanc suivent un fil conducteur, la gestion énergétique


active au service de la Maîtrise de la Demande d’Electricité (MDE) pour tous. Ce
concept peut se résumer en 4 points :

1. Les technologies exposées sont disponibles et en capacité de répondre


immédiatement à des objectifs de réduction majeure des consommations
énergétiques et d’émissions de CO2.

2. Les investissements dans la mise en œuvre de ces technologies ont une


efficacité économique des plus compétitives à condition de disposer d’un
environnement juridique, fiscal et réglementaire tourné vers l’intégration des
nouvelles technologies de l’énergie et vers le changement des comportements.

3. Les domaines d’investissement visés prioritairement – véhicule et transport


électrique, énergies renouvelables, industrie à haute performance énergétique
et environnementale, intelligence des réseaux et des bâtiments – sont porteurs
des métiers et des emplois de demain, tout en construisant les fondations de
l’écologie industrielle.

4. Les propositions d’actions, de mesures et d’investissement portées dans le


livre blanc doivent être comprises comme un bloc de « croissance durable »
dont l’éventuel émiettement ou parcellisation dans des politiques sectorielles
isolées les unes par rapport aux autres réduirait significativement les bénéfices
escomptés en matière d’amélioration climatique.

Par cette contribution au débat public, les entreprises du Gimélec sont désireuses
de maintenir et de renforcer l’excellence de l’industrie électrique française au
niveau mondial grâce à un partenariat renforcé entre les entreprises privées
industrielles et l’Etat français autour d’un XXIème siècle qui sera électrique
et écologique. Pour cela, il est important de souligner combien le mariage
de l’intelligence énergétique et du numérique est nécessaire à la révolution
industrielle que représentent les réseaux électriques intelligents.

Le succès de cette révolution industrielle en marche repose tant sur les synergies
entre les industries électrique et numérique que sur une modélisation en France
de l’ensemble de ces nouvelles fonctionnalités susceptible de générer des succès
à l’exportation.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 5


6 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS
Préambule
Les entreprises du Gimélec (Groupement des industries de l’équipement
électrique, du contrôle-commande et des services associés) ont décidé de
se positionner comme des acteurs leaders dans le domaine des réseaux
électriques intelligents, dits Smart Grids. Dans un contexte d’évolution des
besoins énergétiques au niveau mondial, leurs offres contribuent au déve-
loppement de ces réseaux d’électricité intelligents et constituent, pour les
principaux secteurs de l’économie, un axe majeur de la lutte contre le chan-
gement climatique.

Ces entreprises soutiennent les efforts engagés par les Pouvoirs Publics
français pour faciliter le développement industriel des systèmes élec-
triques intelligents et du stockage de l’énergie, notamment dans le cadre du
« COmité Stratégique des Eco-Industries » (COSEI), dont la présidence est
assurée par le Gimélec.

Ce livre blanc s’attache à présenter avec acuité les enjeux des réseaux élec-
triques intelligents et à proposer des solutions concrètes et opérationnelles
pour accélérer leur émergence et leur développement en France et dans
l’Union Européenne.

Ce livre blanc s’inscrit dans le prolongement du livre blanc « l’Efficacité éner-


gétique » du Gimélec et détaille le Livre Blanc sur les Réseaux Electriques
Intelligents. Ces deux documents sont des composantes essentielles de ce
que nous appelons l’ « intelligence énergétique ».

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 7


SOMMAIRE

Synthèse stratégique du livre blanc 5

A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents 9


A.1. Une mutation nécessaire du réseau électrique 9
A.2. Un réseau électrique plus intelligent, une combinaison de trois systèmes 18

B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociétaux


des réseaux électriques intelligents 22
B.1. Les réseaux électriques intelligents : un marché mondial
en cours de construction 22
B.2. Les bénéfices attendus de la mise en œuvre des réseaux électriques intelligents
sont d’ordre environnemental, économique et sociétal 22
B.3. Les constructeurs et industriels du Gimélec, acteurs totalement mobilisés
d’un nouveau marché pour un usage électrique innovant 27

C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents 28


C.1. Production d’énergies conventionnelles et renouvelables 29
C.2. Qualité et efficacité du transport de l’énergie électrique 30
C.3. Protection, automatisation et contrôle des réseaux électriques 31
C.4. Gestion et pilotage global des systèmes électriques 32
C.5. Stockage distribué de l’électricité 34
C.6. Gestion et informatique des données 35
C.7. Systèmes de comptage communicant 36
C.8. Gestion active des bâtiments 37
C.9. Gestion du consom’acteur dans le secteur résidentiel 39
C.10. Intégration des véhicules électriques 41
C.11. Autres réseaux d’énergie 42

D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information 44


D.1. Comptage, mesure et équipement de contrôle 44
D.2. Systèmes de pilotage d’infrastructures 48
D.3. Pilotage de la demande 52
D.4. Infrastructures de télécommunication 53
D.5. Systèmes d’information 54
D.6. Solutions à base d’électronique de puissance 54
D.7. Architectures d’ensemble de systèmes et sous-systèmes 55

E. Opportunités pour une filière industrielle française du Smart Grid 57


E.1. Une filière industrielle performante qui trouve des relais de croissance 57
E.2. Grands acteurs historiques et entreprises émergentes de la filière 59
E.3. Pôles de compétences, démonstrateurs et projets de recherche 60

F. Feuille de route 63
F.1. La normalisation internationale et les réseaux électriques intelligents 63
F.2. Les modifications réglementaires et les incitations pour développer
les réseaux électriques intelligents en France 65

8 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux
électriques intelligents

A.1. Une mutation nécessaire du réseau électrique


Les réseaux électriques actuels sont inéluctablement destinés à connaître une profonde mu-
tation dans les prochaines années. En effet, dans un contexte de développement d’énergies
renouvelables intermittentes et probablement diffuses, de développement de nouveaux usages
électriques et de nécessité d’optimiser l’efficacité des réseaux, il faudra continuer à assurer le
meilleur équilibre possible entre la production et la consommation.

A.1.1 Principes structurants d’un réseau électrique

Un réseau électrique est un ensemble d’infrastructures qui assure l’acheminement de l’électri-


cité depuis les lieux de production jusqu’au consommateur. Les premiers réseaux électriques
ont été mis en place dès le milieu du XIXème siècle. Les grands principes d’un réseau électrique
en vigueur à cette époque restent aujourd’hui d’actualité.

A.1.1.1 Nécessité d’équilibrer à tout instant production et consommation

L’électricité est très difficile à stocker. Il est donc nécessaire à tout instant d’équilibrer le
réseau, en d’autres termes de s’assurer que la production (l’électricité injectée sur le réseau
par les producteurs, c’est-à-dire l’offre d’électricité) est égale à la consommation (l’électricité
soutirée sur le réseau par les consommateurs, c’est-à-dire la demande d’électricité). Si l’écart
entre production et consommation augmente trop, le réseau subit des écarts de fréquence et
de tension dommageables pour les équipements du réseau et ceux des consommateurs. Les
conséquences peuvent aller jusqu’à la déconnexion de certaines branches du réseau (entraînant
la coupure du courant chez certains consommateurs), voire l’incident généralisé (blackout).
C’est ce type d’incident qui s’est produit le 4 novembre 2006, lorsque des problèmes survenus
sur le réseau allemand ont provoqué, une rupture de plusieurs heures de l’alimentation de
15 millions d’Européens.

Pour préserver cet équilibre du réseau, il est nécessaire de prévoir au mieux la consommation
et de disposer de capacités d’ajustement très réactives s’appuyant sur la mise en œuvre de
moyens de production adéquats.

A.1.1.2 Gestion de la pointe électrique

La consommation d’électricité est éminemment variable. Cette variabilité est sensible à


l’échelle d’une année, avec des consommations plus ou moins fortes selon les saisons. En
France, où le chauffage électrique est très répandu, la « pointe saisonnière » a lieu en hiver.
Dans les pays plus chauds, largement équipés en climatisation, la pointe saisonnière a plutôt

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 9


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

lieu en été. La consommation d’électricité varie également sensiblement à l’échelle d’une jour-
née : en France, pendant l’hiver, la « pointe journalière » se situe aux alentours de 19 heures.

L’équilibrage du réseau est particulièrement crucial à la « pointe maximale », c’est-à-dire


lorsque la demande atteint son maximum durant les jours de très grande consommation. C’est
la valeur de cette pointe qui dimensionne le réseau d’électricité ; pour assurer la sécurité du
réseau, des capacités de production complémentaires doivent être dédiées à la couverture de
cette pointe.

90000
Eclairage
80000
Consommation (MW)

70000 Chauffage

60000

50000

40000

30000
Usages réguliers
20000

10000

Fig 1 : Profil de consommation en puissance (MW) au cours d’une journée d’hiver


(Source RTE)

Les capacités de production de base sont celles qui fonctionnent la majorité du temps. Nécessi-
tant des investissements lourds, elles ont un coût d’exploitation relativement faible. En France,
la majorité de la production électrique de base est assurée par les centrales nucléaires : en 2009
1
, celles-ci ont fourni 75% de l’électricité produite dans le pays. Face à une pointe, il faut dé-
marrer des moyens de production auxiliaires très réactifs. Puisque ces derniers ne sont utilisés
qu’une partie de leur temps de disponibilité, on privilégie des moyens nécessitant de faibles coûts
d’investissement, quitte à ce que leur coût d’exploitation soit plus élevé. Cela explique pourquoi
l’électricité produite en pointe coûte plus cher que celle produite en base 2.

Le graphique ci-après, qui détaille la puissance appelée par type de moyen de production au
cours de l’hiver 2008-2009, met en évidence la sollicitation très variable du parc installé en
fonction de la filière :

• le recours au parc nucléaire en base avec modulation saisonnière ;


• l’utilisation du parc hydraulique à la fois en base (installations au fil de l’eau) et en
pointe (lacs et stations de transfert d’énergie par pompage - STEP) ;
• l’exploitation des filières charbon et gaz en période de pointe ;
• le recours à la filière fioul uniquement en extrême pointe.

10 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

90000

80000
Puissance appelée (MW)
70000 Fioul
Charbon & gaz
60000
Hydraulique
50000

40000

30000
Nucléaire
20000

10000

Fig.2 : Puissance appelée par type de moyen de production au cours de l’hiver 2008-2009
(Source UFE)

Par ailleurs, le réseau est également soumis à des phénomènes de pointe locale indépendants
de la pointe synchrone nationale : une pointe peut être observée sur le réseau de distribution et
conduire à une défaillance sans pour autant qu’il y ait un déséquilibre entre la production et la
consommation au niveau national. Des coupures peuvent donc être dues à des défaillances du
réseau, c’est-à-dire son incapacité à acheminer la production disponible au point de consom-
mation à cause de congestions, pertes ou pannes, alors que l’équilibre global du réseau est
assuré. Les coupures d’électricité de ces dernières années en France métropolitaine ont eu
très majoritairement pour origine une défaillance du réseau.

Au delà de la sécurité du réseau, la gestion de la pointe revêt un enjeu environnemental. En


effet, les différents types de production influent sur la nature plus ou moins carbonée de l’élec-
tricité produite : la production hydroélectrique ou à base d’autres énergies renouvelables ne
rejette pas de CO2, tandis qu’on évalue à 0,96 tonne la quantité de CO2 rejetée pour la produc-
tion d’un Mégawattheure 3 avec une centrale à charbon 4. Faisant largement appel – en France
notamment – aux centrales thermiques à énergie fossiles et génératrices de CO2, l’électricité
produite en pointe est plus carbonée que celle produite en base 5.

A.1.2 Un réseau électrique est le fruit de l’interaction entre des acteurs variés

Plusieurs grands types d’acteurs sont amenés à interagir au sein d’un réseau électrique. Les
producteurs assurent la génération de courant électrique grâce à des centrales de production
d’électricité. Lorsque ces centrales sont de type nucléaire ou thermique à énergies fossiles
(fioul, charbon, gaz), elles constituent des sources d’énergie non renouvelables, dans le sens
où la consommation de ces énergies est plus rapide que leur renouvellement naturel. A contra-
rio, lorsque ces centrales sont de type hydro-électrique, solaire, éolienne, ou encore fondées
sur la biomasse, ces sources d’énergie sont considérées comme renouvelables. L’activité de
production d’électricité est ouverte à la concurrence en Union Européenne. En France, l’acteur
historique et détenteur de la majeure partie des moyens de production est Électricité de France
(EDF). D’autres producteurs lui font concurrence, parmi lesquels POWEO, Direct Energie ou

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 11


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

encore Gaz de France. Enfin, de nouvelles catégories de producteurs sont récemment apparues
à l’occasion de la mise en place des politiques d’encouragement et de soutien aux énergies
renouvelables.

Le transport sur de longues distances de grandes quantités d’électricité sur les lignes à haute
et très haute tension 6 est assuré par le gestionnaire du réseau de transport. Celui-ci est res-
ponsable de l’équilibre général du réseau, c’est-à-dire l’équilibre à tout instant entre l’offre et
la demande d’électricité. En France, la responsablité de cette activité (considérée comme un
monopole naturel) incombre à Réseau de Transport d’Electricité (RTE).

Le raccordement et la distribution au quotidien du courant électrique auprès de l’ensemble des


consommateurs sont assurés par le gestionnaire du réseau de distribution. En France, cette
activité, également considérée comme un monopole naturel, est la responsabilité d’Electricité
Réseau Distribution France (ERDF).

Les fournisseurs sont les entreprises responsables de la commercialisation et de la factura-


tion de l’électricité auprès des consommateurs. Dans cette activité ouverte à la concurrence en
France et en Union Européenne, nous retrouvons EDF, POWEO, Direct Energie et Gaz de France.

Au bout de la chaine, les consommateurs d’électricité peuvent être de nature très différente,
depuis les très gros consommateurs industriels jusqu’aux clients résidentiels, en passant par
les consommateurs du secteur tertiaire.

L’ensemble de ces acteurs doit collaborer pour assurer la fourniture à tout instant d’une élec-
tricité de bonne qualité. Une entité est chargée de jouer le rôle de régulateur du marché de
l’électricité et de veiller à son bon fonctionnement. En France, il s’agit de la Commission de
Régulation de l’Energie (CRE), autorité administrative indépendante également en charge du
marché du gaz.

Cette description des différents acteurs d’un réseau d’électricité s’inscrit dans un contexte
européen. En effet, les réseaux nationaux européens sont tous interconnectés et les échanges
entre eux sont importants, sous la responsabilité du gestionnaire du réseau de transport.

Par ailleurs, la situation actuelle est le fruit de la déréglementation – toujours en cours – des
marchés européens de l’électricité. La Directive Européenne Electricité de 1996 sur la libérali-
sation du marché Intérieur de l’énergie a transformé la chaîne de valeur en créant de nouveaux
maillons pour réduire les situations de monopole et en demandant à chaque Etat membre de
mettre en place une autorité indépendante de régulation. Adopté par le Parlement Européen le
22 avril 2009, le troisième Paquet Energie poursuit cette dynamique.

A.1.3 Le réseau électrique français en chiffres 7

En 2009, le réseau électrique français a produit 518,8 TWh, l’origine de cette production étant
répartie de la façon suivante :

• 390 TWh de production nucléaire (75,2%)


• 54,8 TWh de production thermique à combustible fossile (10,6%)
• 61,8 TWh de production hydroélectrique (11,9%)
• 7,8 TWh de production éolienne (1,5%)
• 4,4 TWh de production issue d’autres énergies renouvelables (0,8%)

12 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

Dans cette même année, les consommateurs français ont consommé 486 TWh. La France a ex-
porté 68,2 TWh d’électricité auprès des pays transfrontaliers, mais a aussi importé ponctuelle-
ment de l’électricité (57 journées d’importation contractuelle nette pour un total de 43,5  TWh)
afin de répondre à ses besoins de pointe. Le solde de la France en 2009 est donc exportateur net
(24,7 TWh), mais les quantités d’électricité exportées diminuent chaque année (48 TWh en 2008
et 57 TWh en 2007). Le réseau électrique français possède donc des capacités de base qui lui
permettent d’être exportateur. Mais ces capacités sont limitées en pointe, ce qui oblige à importer
de l’électricité de façon ponctuelle pour assurer l’équilibre entre production et consommation.

La puissance installée en France, c’est-à-dire la capacité de production théorique maximale


à un instant donné, est d’environ 116 GW. Pour autant, la disponibilité de cette capacité de
production n’est pas égale à 100% : les pannes, les opérations de maintenance et d’entretien,
les rénovations, l’absence de vent ou d’ensoleillement pour les énergies renouvelables font
que la puissance installée réellement disponible à un instant donné est largement inférieure.
La consommation à la pointe a dépassé trois maxima historiques les 5, 6 et 7 janvier 2009. Un
maximum a été enregistré le 15 décembre 2010 à 19 heures avec une demande de 96,710 GW.

Le réseau électrique français est constitué de plus d’1,3 million de kilomètres de câbles. Le
réseau de transport (haute et très haute tension) représente environ 100.000 km et celui de
distribution environ 1,2 million de km.

A.1.4 Vers une demande d’électricité plus importante et plus volatile

Après une longue période de hausse régulière, la consommation totale d’électricité en France
a baissé de 1,6% en 2009. En cause, la crise économique et la moindre activité des industries
(consommation en baisse de 8,6% pour la grande industrie et de 3% pour les PME-PMI). Néan-
moins, la baisse s’est atténuée en fin d’année et la consommation des ménages et des activités
tertiaires a augmenté de 2% 8. Les prévisions anticipent une augmentation tendancielle de la
consommation d’électricité en France. A l’échelle mondiale, l’Agence Internationale de l’Energie
(IEA) prévoit un doublement de la demande d’électricité d’ici 2020. En Europe, la consommation
électrique devrait augmenter de 40% entre 2003 et 2030.

Fig 3 : Prévision d’évolution de la consommation d’électricité en France d’ici 2025 selon divers scénarios
Source RTE

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 13


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

Cette tendance à la hausse est liée à la croissance globale de l’économie et, plus particuliè-
rement, à la croissance de l’économie tertiaire et de l’économie numérique. Ces économies
s’appuyent sur le développement de technologies particulièrement gourmandes en électricité
et très sensibles à la sécurité du réseau électrique (Datacenters, serveurs, calculateurs, infras-
tructures de télécommunication).

La tendance s’explique également par le développement de nouveaux usages électriques et le


transfert d’usages depuis une source d’énergie non électrique vers l’électrique. Le véhicule
électrique, dont le développement est l’occasion de transformer la consommation d’énergie
issue du pétrole en une consommation électrique, représente le cas le plus emblématique de
ces transferts d’usage.

Le réseau électrique devra donc être capable de transporter et d’amener au consommateur des
quantités croissantes d’énergie électrique.

Au delà de la hausse de la quantité globale d’électricité consommée, l’autre tendance lourde de


la demande est sa volatilité de plus en plus grande : les variations de la puissance électrique
appelée par rapport à la moyenne deviennent de plus en plus importantes. Depuis une dizaine
d’années, la puissance appelée en période de pointe de consommation croit plus rapidement
que la consommation. Ainsi, entre 1997 et 2008, la différence entre la puissance moyenne et la
puissance maximale appelées en hiver est passée de 14 GW à 19 GW. On constate donc que la
progression des niveaux de pointe n’est plus corrélée et dépasse la progression de la consom-
mation globale d’électricité.

600 100

90

Puissance appelée (GW)


500 Puissance maximale appelée (GW)
Consommation (TWh)

80
Consommation corrigée (TWh)
70
400 Consommation brute (TWh)
60

300 50

40
200
30

20
100
10

0 0
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010

Fig 4

Les scénarios proposés par RTE illustrent clairement la hausse attendue des niveaux de pointe
d’ici 2025 :
2012/13 2014/15 2019/2020 2024/25
Pointe à température normale (GW) 86,9 88,2 91,0 94,9
Pointe « à une chance sur dix » (GW) 102,0 103,8 107,7 112,0

Fig 5 : Prévisions de puissance de pointe d’ici l’hiver 2024/2025 dans le scénario de « référence »
du bilan prévisionnel 2009 de l’équilibre offre/demande
Source RTE

14 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

Cette plus grande volatilité de la demande s’explique notamment par le développement du chauf-
fage électrique en France, qui rend le pays très sensible aux variations de température : on es-
time aujourd’hui qu’une baisse de 1°C en hiver entraine une demande électrique supplémentaire
de 2100 MW, soit l’équivalent de 2 fois la consommation d’une ville comme Marseille. L’impact
du chauffage électrique et de son développement (les trois-quarts des installations neuves sont
équipés de chauffage électrique) associée à l’avènement des nouveaux usages électriques, dont
on ne connaît pas encore précisément l’impact sur la demande 9, risquent d’accentuer cette sen-
sibilité, qui devrait atteindre 2 500 MW par °C en 2025 à cadre inchangé. Cette plus grande volati-
lité de la demande exige donc de disposer d’un réseau plus flexible et plus réactif, pour assurer à
tout instant – et en particulier en pointe – l’équilibre entre l’offre et la demande.

A.1.5 Vers une production d’électricité plus erratique et plus décentralisée

En 2009, la production d’électricité issue d’énergies renouvelables hors hydraulique (éolien,


photovoltaïque, biomasse) a atteint 12,2 TWh, soit environ 2,3% de la production totale fran-
çaise. Grâce aux mécanismes de soutien mis en œuvre depuis quelques années en France,
c’est le type de production qui se développe le plus actuellement (+ 35% d’électricité produite
par l’éolien en 2009 par rapport à 2008) et dont les perspectives sont les plus grandes.

4000

3500
Puissance installée (MW)

3000 Puissance annuelle installée

2500 Puissance cumulée

2000

1500

1000

500

0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008

Fig. 5 : Evolution de la puissance éolienne installée en France, en MW


Source RTE

50
Puissance installée (MW)

40
Puissance annuelle installée

Puissance cumulée
30

20

10

0
2003 2004 2005 2006 2007 2008

Fig. 6 : Evolution de la puissance photovoltaïque installée en France, en MW


Source RTE

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 15


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

Les nouvelles capacités de production fondées sur les énergies renouvelables participent réso-
lument à l’augmentation de la puissance installée en France. Ainsi, parmi les 2600 MW de ca-
pacité supplémentaire installée en France en 2009, 1070 MW sont des capacités de production
fondées sur l’éolien 10.

En intégrant de plus en plus de sources de production fondées sur des énergies renouve-
lables, la production d’électricité en France va progressivement changer de nature. La forte
progression de ce type de production électrique répond au fort souhait sociétal d’accélérer
leur développement. Néanmoins, ces sources d’énergie possèdent des caractéristiques tout à
fait particulières qu’il s’agit de bien prendre en compte pour envisager d’en faire des sources
importantes de production électrique.

Il s’agit tout d’abord de sources d’énergie intermittentes et assez difficilement prévisibles,


puisque dépendantes de contraintes météorologiques très variables : le ratio de disponibilité
des ressources éoliennes et solaires dépend fortement de la vitesse du vent et des radiations
solaires, qui varient d’une minute à l’autre. A contrario, les énergies thermique ou hydraulique
dépendent de la situation pluviométrique ou de la température ambiante, dont la variabilité
s’étale sur plusieurs jours. Pour assurer l’équilibre du réseau, il faudra pouvoir piloter finement
la production électrique de ces sources d’énergie et disposer de capacités d’équilibrage du ré-
seau pouvant être mises très rapidement à profit en cas de baisse (nuage, baisse de l’intensité
du vent) de la production solaire et/ou éolienne.

Par ailleurs se pose la question de la nature de ces centres de production : le réseau d’électri-
cité a été historiquement conçu pour transmettre de façon unidirectionnelle du courant élec-
trique produit de manière centralisée, dans un nombre restreint de grandes centrales de pro-
duction. Si des fermes éoliennes ou des centrales photovoltaïques disposent de capacités de
production supérieures à 100 MW, le développement d’une production décentralisée, de petite
capacité et localisée à proximité des lieux de consommation va nécessiter pour le réseau de
gérer des flux bidirectionnels et de les intégrer dans l’optimisation de son équilibre. Représen-
tant aujourd’hui environ 14% 11 de la production française, cette production décentralisée de-
vrait largement augmenter. La France vise en effet un objectif de 23% d’énergies renouvelables
dans sa consommation énergétique finale brute d’ici 2020 et l’Etat soutient cet objectif par une
politique volontariste avec le mécanisme d’obligation d’achat.

A.1.6 Un équilibre de plus en plus complexe à atteindre

Les évolutions que connaissent l’offre et la demande d’électricité vont rendre leur ajustement
plus complexe. Fini le réseau traditionnel où il s’agissait d’ajuster la production centralisée à la
demande ; il s’agit désormais de plus en plus d’ajuster la production centralisée, la production
décentralisée, la production issue de moyens de stockage décentralisés et enfin les éventuelles
importations et exportations à une demande rendue plus flexible et pilotable.

Cet ajustement devient d’autant plus difficile que l’offre d’énergies renouvelables ne concorde
généralement pas avec la demande, ni sur une journée, ni sur une période temporelle. Les
deux graphes ci-après illustrent cette non-concordance de l’offre éolienne (en gris) et de la
demande (en bleu) mesurées à un poste source :

16 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

3000

90000

Production éolienne (MW)


Consommation France (MW) 2500

80000

2000

70000
1500

60000
1000

50000
500

40000 0

Fig. 7 : Janvier 2010 - comparaison de l’offre éolienne à la demande


Source RTE

90000 1800

Production éolienne (MW)


Consommation France (MW)

80000 1600

70000 1400

60000 1200

50000 1000

40000 800

30000 600

20000 400

Fig. 8 : 14 Janvier 2010 - comparaison de l’offre éolienne à la demande


Source RTE

Bien qu’elle soit dotée de capacités de base importantes grâce à son parc électronucléaire, la
France doit faire face à tout instant à une problématique d’équilibre de l’offre et de la demande
de plus en plus complexe. Cette situation est à son paroxysme lorsque la demande atteint des
niveaux de pointe et dépasse les limites de capacité.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 17


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

A.2. Un réseau électrique plus intelligent, une combinaison


de trois systèmes

A.2.1 Définition d’un réseau électrique intelligent

Les experts de la Taskforce for Smart Grids de la Commission Européenne retiennent la dé-
finition suivante : « un réseau électrique intelligent est un réseau qui est capable d’intégrer
au meilleur coût les comportements et les actions de tous les utilisateurs qui y sont reliés :
producteurs, consommateurs ainsi que ceux qui sont les deux à la fois. L’objectif est d’assurer
au système électrique d’être durable et rentable, avec des pertes faibles et avec des niveaux
élevés de sécurité, de fiabilité et de qualité de la fourniture 12».

De façon plus précise, un réseau électrique intelligent (Smart Grid en anglais) a pour objectif
de générer et distribuer de l’énergie de façon plus efficace, plus économique et plus durable
qu’un réseau classique, tout en assurant la sécurité de l’approvisionnement. Il intègre et inter-
connecte à cette fin des technologies (produits et services) et outils innovants sur l’ensemble de
sa chaine de valeur, depuis la production d’énergie jusqu’aux équipements du consommateur.
Cette intégration est réalisée grâce à l’utilisation de capteurs et d’équipements numériques de
protection, de mesure et de communication, en interface avec les centres de contrôle et de pi-
lotage. Le réseau électrique intelligent offre à tous les consommateurs la possibilité d’obtenir
des informations précises sur leurs usages électriques. Cela leur permet de mieux connaître et
piloter leur propre consommation, leur éventuelle autoproduction et d’améliorer leur efficacité
énergétique, en liaison avec le réseau et ses opérateurs.

Ainsi, on mobilise l’intelligence du réseau au service de la continuité et de la qualité de l’alimen-


tation électrique, dans un contexte de hausse de la demande et de la volatilité de celle-ci, et avec
une offre plus décentralisée et plus intermittente, tout en permettant de minimiser (retardement
ou suppression) les investissements lourds en matière d’infrastructures de réseaux d’énergie.

Enfin, il est important de noter que l’enjeu technique du développement du réseau électrique
intelligent relève peu d’une révolution technologique, mais plutôt de la capacité du réseau élec-
trique à adopter et intégrer dans ses systèmes des équipements et technologies de l’information
et de la communication de façon optimale, tout en garantissant pendant toute cette mutation le
maintien de la qualité de la fourniture d’électricité et la sécurité du réseau.

A.2.2 Caractérisation d’un réseau électrique intelligent

Le réseau électrique intelligent constitue un écosystème complexe que l’on peut décrire sous forme
d’une combinaison de systèmes afin de saisir les éléments les plus structurants de cette « nouvelle
économie de l’électricité » ou « nouvelle économie de l’énergie » au sens large. L’écosystème des
réseaux électriques intelligents modifie le système actuel des réseaux qui repose sur une gestion
unidirectionnelle (de l’amont vers l’aval) en introduisant une gestion systématique intégrée à plu-
sieurs niveaux et bidirectionnelle (de la production centralisée aux productions décentralisées).

Trois niveaux de systèmes s’interpénètrent:

• les systèmes de production d’énergies conventionnelles et renouvelables, qui regrou-


pent l’ensemble des capacités de production du vecteur électrique,

18 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

• le système local qui correspond à une activation de l’intelligence énergétique dans


l’industrie et les bâtiments résidentiel 13, tertiaire ou collectif 14 et à l’intégration des
énergies renouvelables, des systèmes de stockage et des véhicules électriques,
• le système transversal qui est constitué des réseaux de distribution et de transport
actifs, pilotés et ajustés en temps réel entre l’offre d’énergies (conventionnelles et re-
nouvelables) et la demande du système local.

Le réseau électrique intelligent ainsi constitué répond aux priorités de la nouvelle économie de
l’électricité, que l’on peut synthétiser en trois grandes valeurs d’usage :

• l’intégration des énergies renouvelables, intermittentes et des nouveaux usages électriques,


• la flexibilité de la production et de la consommation pour la réduction de la pointe électrique,
• la gestion de flux d’information et d’énergie bidirectionnels 15 entre les trois niveaux
de systèmes.

Ces trois systèmes sont représentés dans le schéma ci-dessous 16 élaboré par le Groupe de
Travail du Comité d’Orientation Stratégique des Eco-Industries (COSEI) 17, dédié aux Systèmes
Electriques Intelligents et Stockage d’énergie :

Production d'énergies Efficacité domestique


conventionnelles
• Gestion du consom'acteur
Transport et dans le secteur résidentiel
distribution ajustable • Intégration des
Gestion de véhicules électriques
l'offre et de
la demande
Déchets Nucléaire

HT / MT
Efficacité tertiaire
Poste Postes et industrielle
Charbon Gaz naturel transformateur de livraison

Connexion et intégration • Qualité du transport de • Gestion


des énergies renouvelables l'énergie électrique informatique
• Distribution automatisée des données Tertiaire Industrie Datacenter
Photovoltaïque Eolien Biomasse • Protection, automatisation • Systèmes
et conduite des réseaux de comptage
• Gestion et pilotage global communiquant
des systèmes électriques
• Gestion active des bâtiments
• Intégration des
véhicules électriques
Centrales de production

• réparti • distribué
Systèmes de stockage • de masse • de puissance, … Stockage aval compteur

Fig. 9 : Systèmes Electriques Intelligents et Stockage de l’Energie


Source : COSEI - novembre 2010

Au delà de cette vision synthétique d’un écosystème complexe, le réseau électrique intelligent
se caractérise tout d’abord par sa capacité à gérer des productions d’énergie centralisées et
décentralisées (notamment les productions à base d’énergies renouvelables, dont il permet le
développement et l’intégration optimale). Il permet aussi le développement et l’intégration de
sources d’énergie issues de moyens de stockage, notamment diffus et décentralisés.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 19


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

Il se caractérise ensuite par le déploiement massif et l’utilisation à tous les niveaux de comp-
teurs intelligents (ou Smart Meters). Ces compteurs sont plus précis, capables de mesurer plu-
sieurs types de flux électriques et surtout, ils sont communicants. Ils permettront de contrôler
et de piloter des flux bidirectionnels de courant et d’information, à tous les niveaux du réseau.

Un réseau d’électricité intelligent rend également possible la Maîtrise de la Demande


d’Electricité (MDE), au service de tous les consommateurs. Il s’agit premièrement de dimi-
nuer globalement la consommation d’électricité en changeant les comportements. En four-
nissant aux consommateurs des informations précises sur leur consommation et l’impact de
leurs usages électriques, un réseau d’électricité intelligent permet à ces derniers de devenir
« consom’acteurs » et d’adapter leurs comportements. Le pilotage et la gestion de leur éven-
tuelle autoproduction leur permet de devenir « consommateurs-producteurs » (prosumers). La
gestion active des bâtiments (secteur tertiaire), le pilotage énergétiquement plus efficace des
procédés de fabrication (secteur industriel) et l’optimisation de la consommation domestique
sont facilités, au service de l’efficacité énergétique de tous les consommateurs. À plus grande
échelle, un réseau électrique intelligent favorise le développement des villes du futur (smart
cities) constituées d’éco-quartiers disposant de productions décentralisées et des moyens de
pilotage de ces productions (microgrids).

La Maîtrise de la Demande d’Electricité consiste à faire de la demande une variable d’ajus-


tement : cela signifie que l’on doit pouvoir répondre à un déséquilibre du réseau en agissant
sur la demande d’électricité plutôt que sur l’offre. Un réseau électrique intelligent est capable
de piloter finement et de lisser la courbe de charge pour agir sur la demande, notamment en
pointe (pic de consommation). Le pilotage de la courbe de charge passe par des effacements de
consommation, c’est-à-dire la coupure momentanée, autorisée et ciblée (usages électriques
reportables ou annulables sans impact sur le confort) de l’alimentation électrique de certains
équipements. Pour offrir une grande capacité de demande effaçable, ces effacements – ou déles-
tages – peuvent être diffus, c’est-à-dire qu’ils sont répartis entre de très nombreux consomma-
teurs. Le pilotage de la courbe de charge passe également par des effacements programmés, qui
visent en particulier le secteur industriel.

En diminuant ou en reportant dans le temps certains appels de puissance électrique, il est


possible d’assurer l’équilibre du réseau tout en limitant le recours au démarrage de nouvelles
productions d’électricité (qui sont les plus polluantes).

Enfin, un réseau d’électricité intelligent permet le développement et l’intégration des nouveaux


usages électriques, notamment dans le transport (transports en commun, véhicule hybride re-
chargeable, véhicule électrique). Les véhicules électriques sont intégrés au réseau et leur usage
(V2G, Vehicle to Grid) est optimisé : la rapidité de la charge est pilotée selon l’infrastructure et
les moyens de production disponibles et les véhicules peuvent être utilisés comme un moyen
de stockage diffus.

Si les grandes caractéristiques d’un réseau électrique intelligent sont similaires partout dans
le monde, les objectifs visés diffèrent quelque peu selon le continent où l’on se place : les Etats-
Unis mettent en particulier l’accent sur la sécurité du système énergétique et le renouvelle-
ment d’un réseau de plus en plus obsolète. La Chine insiste plutôt sur son besoin de répondre
à la forte croissance de la demande, quand l’Australie cherche avant tout à lisser sa pointe
électrique saisonnière.

20 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


A. L’écosystème des réseaux électriques intelligents

Notre approche et notre vision des réseaux d’électricité intelligents s’inscrit dans le contexte
européen, où le fonctionnement des marchés de l’énergie est soumis à des règles similaires.
L’ensemble des acteurs de ces réseaux fait aujourd’hui face au défi de l’optimisation des pro-
cessus énergétiques globaux, dans un contexte juridique et règlementaire en évolution dans
tous les pays et où l’interconnexion des différents réseaux nationaux est aussi une source d’op-
timisation globale.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 21


B. Les objectifs économiques,
environnementaux et sociétaux des
réseaux électriques intelligents

B.1. Les réseaux électriques intelligents :


un marché mondial en cours de construction
Le lancement par les Etats-Unis d’un plan Smart Grids en 2009 a révélé au grand public cette
notion qui, depuis, a généré une prise de conscience générale, notamment dans les pays et
continents en pleine croissance.

Pour autant, l’expression smart grids recouvre des dimensions différentes : certains y voient
une solution numérique en aval compteur et destinée majoritairement aux clients résidentiels
alors que d’autres considèrent qu’il s’agit d’une vision systémique globale, transcendant la
structure actuelle du marché énergétique pour générer des bénéfices économiques, environ-
nementaux et sociétaux pour tous.

C’est cette vision technologique, marketing et économique que les industriels du Gimélec et
leurs partenaires souhaitent faire partager et développer dans la suite de ce livre blanc dédié
aux réseaux électriques intelligents.

Pour renforcer cette impression de révolution industrielle en marche, il suffit de rappeler la


dimension mondiale du marché des réseaux électriques intelligents et les premières valorisa-
tions financières de cette nouvelle économie de l’électricité :

Valorisation du marché mondial :


entre 12 et 50 Milliards d’Euros par an à l’horizon 2020

B.2. Les bénéfices attendus de la mise en œuvre de réseaux


électriques intelligents sont d’ordre environnemental,
économique et sociétal

B.2.1 Bénéfices environnementaux

La réponse globale et locale du réseau électrique aux défis du changement climatique implique
des actions tant au niveau de la fourniture que de la demande d’électricité. L’objectif est de
répondre à une demande toujours plus grande et volatile, tout en diminuant drastiquement les
émissions de CO2. La mise en œuvre d’un réseau électrique intelligent permet une diminution
conséquente de l’impact de la fourniture d’électricité sur l’environnement par :

22 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociétaux des réseaux électriques intelligents

• L’évolution du mix énergétique,


• Une meilleure maîtrise de la demande d’électricité (MDE),
• L’amélioration de l’efficacité du réseau.

Ainsi, un rapport du Climate Group estime que grâce au déploiement des réseaux électriques
intelligents, la réduction des émissions de gaz à effet de serre dues à la production d’électricité
atteindra 2,03 GT équivalent CO2 dans le monde en 2020.

Aux États-Unis, selon l’Electric Power Research Institute (EPRI), une amélioration de 5% de
l’efficacité du réseau aux Etats-Unis se traduit par une économie de 44 GW en pointe, soit la
production de 25 centrales au charbon ou encore les rejets de 53 millions de véhicules. Les
économies d’énergie attendues devraient représenter en 2020 entre 3,7 et 8,3% de la consom-
mation totale d’énergie 18.

En Europe, selon Cap Gemini, un programme de MDE modéré aurait comme impact une écono-
mie de 59 TWh par an en 2020, une réduction du pic de production de 28 GW et une diminution
des émissions de CO2 de 30 MT par an.

Un réseau électrique plus intelligent constitue donc une réponse pertinente aux enjeux environ-
nementaux. Il doit permettre à la France et aux autres Etats membres de l’Union Européenne,
de tenir leur engagement du Paquet Energie Climat. Ce train de mesures, adopté en décembre
2008 par l’Union Européenne, engage les 27 aux « 3 x 20 » : il s’agit, par rapport au niveau de
1990, de réaliser 20% d‘économies d’énergie, de diminuer de 20% les émissions de gaz à effet
de serre et d’intégrer 20% d’énergie renouvelable dans la consommation totale d’énergie.

À plus long terme, l’objectif fixé par l’Union Européenne est le Facteur 4. Il s’agit d’un enga-
gement, pris officiellement par la France en 2003, à diviser par quatre d’ici 2050 le niveau des
émissions de gaz à effet de serre par rapport à celui de 1990.

B.2.2 Bénéfices économiques

Un réseau électrique intelligent offre d’importantes perspectives de développement écono-


mique de l’ensemble du secteur des réseaux d’énergie et de l’écosystème associé :

• Il rend possible une gestion plus efficace du patrimoine que constituent les actifs du
réseau, en particulier sur le réseau de distribution sur lequel la visibilité est très faible
actuellement ;
• C’est un vecteur d’émergence de l’innovation, de nouvelles offres, de nouveaux métiers
et d’emplois, avec des champions français reconnus comme des leaders mondiaux ;

• La maturité des technologies électriques, électroniques, informatiques et télécom per-


met d’envisager un déploiement rapide et à grande échelle. Diffusées massivement
auprès du grand public, financièrement abordables, avec des protocoles ouverts, mo-
dulaires et flexibles, ces technologies permettent d’accompagner le déploiement d’un
réseau électrique intelligent. Leur accessibilité, leur compatibilité et leur ergonomie
seront cruciales, notamment dans le résidentiel, pour sensibiliser le public et en faire
de véritables « consom’acteurs ».

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 23


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociétaux des réseaux électriques intelligents

Le niveau des investissements consentis est à la hauteur de l’intérêt porté aux réseaux élec-
triques intelligents. Ainsi, suite à l’American Recovery and Reinvestment Act de 2009, les Etats-
Unis y consacrent un budget de recherche d’environ 4,5 milliards de dollars. Les sociétés de
capital-risque, de leur côté, y ont investi en 2007 et 2008 plus de 800 millions de dollars. En
France, le Grenelle de l’environnement a posé les bases d’une politique d’investissements publics
de grande envergure dans le développement durable, avec 440 milliards d’Euros à l’horizon 2020,
dont 115 consacrés aux énergies renouvelables.

B.2.3 Bénéfices sociétaux

Au delà des aspects environnementaux et économiques, un réseau électrique intelligent fournit


des réponses à l’évolution des besoins fondamentaux de la société en énergie et accompagne
la politique énergétique globale de la France.

En permettant la hausse de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, un réseau
d’électricité intelligent rend possible une moindre dépendance aux sources d’énergies fossiles.
Il permet d’accompagner une croissance durable, en répondant aux besoins en énergie et à leur
augmentation, notamment celle entrainée par le développement de nouveaux usages.

L’enjeu de moindre dépendance énergétique est également stratégique. Les niveaux de dé-
pendance risquent d’augmenter si le mix énergétique n’évolue pas. Ainsi, on estime que d’ici
2030 l’Europe pourrait devoir importer jusqu’à 84% de son gaz, 59% de son charbon et 94%
de son pétrole.

Un réseau électrique intelligent est enfin l’occasion d’assurer et d’améliorer la qualité de la


fourniture et la sécurité du réseau. En effet, il pérennise le développement de la télérelève
et de la téléconduite des équipements électriques installés et en optimise la maintenance, il
améliore la détection et la localisation des pannes. Ce faisant, il est capable de lancer des re-
configurations automatiques suite à un incident et devient autocicatrisant.

Toutes ces améliorations permettent d’assurer la qualité du courant fourni, et de diminuer la


fréquence et la durée des coupures. En particulier, les moyens de pilotage de la demande et
de meilleure efficacité du réseau permettent d’améliorer la gestion de la pointe et d’éviter les
grands blackouts.

Ces améliorations permettent d’envisager un réseau plus sûr et plus fiable en cas d’incident,
dans un contexte de dépendance de plus en plus forte de toutes les activités humaines vis-à-
vis de l’électricité. Face, notamment, aux phénomènes climatiques de grande ampleur ou au
risque d’attaque terroriste, la sécurisation de l’alimentation électrique permet de répondre à
une demande de plus en plus forte de la collectivité.

B.2.4 Une réponse à des attentes sociétales et des bénéfices répartis sur la
chaîne des acteurs

Combinée à la raréfaction programmée des énergies fossiles et à l’impératif de sécurité éner-


gétique, la protection de la qualité de l’air et du climat nous entraîne dans un mouvement iné-
luctable de recours accrus aux énergies renouvelables, qu’elles proviennent du vent, du soleil,
de la terre ou de la mer.

24 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociétaux des réseaux électriques intelligents

Compte tenu de la volatilité intrinsèque de la production des énergies renouvelables (cycle


diurne/nocturne, conditions météorologiques), il est essentiel de renforcer la disponibilité et la
flexibilité de la production d’électricité et d’en faire un axe structurant du changement d’orga-
nisation globale et nationale du système électrique existant.

La fourniture d’énergies conventionnelles et renouvelables doit en outre répondre aux besoins


de la demande des consommateurs à une échelle macroéconomique et, si possible, avec une
instantanéité entre l’adéquation de l’offre et de la demande.

C’est pour assurer l’équilibre entre l’offre et la demande énergétique, toutes deux en pleine
mutation, qu’il faut rendre les réseaux électriques intelligents pour, à terme, intégrer par capil-
larité les autres réseaux énergétiques.

Il est possible de synthétiser les moteurs et accélérateurs de mise en œuvre des réseaux élec-
triques intelligents ainsi que les bénéfices attendus dans les tableaux ci-après.

Les moteurs et accélérateurs de la mise en œuvre des réseaux électriques intelligents

Moteurs

1. Ajouter de la stabilité aux réseaux électriques existants pour intégrer les nouvelles
énergies et les nouvelles utilisations finales des énergies.

2. Augmenter la puissance électrique disponible et l’efficacité énergétique des réseaux


pour couvrir les nouveaux besoins tels que le véhicule électrique et l’émergence des
nouvelles économies.

3. Diminuer l’émission de CO2 pour toutes les composantes de l’économie conventionnelle


par l’intégration des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique dans les usages
finaux.

Accélérateurs

1. Mobiliser les technologies de l’énergie et du numérique déjà existantes, tout en promou-


vant l’innovation, pour donner un élan de relance économique après une crise financière,
économique et industrielle sans précédent.

2. Renforcer l’implication des Pouvoirs publics sur des impulsions structurelles pour
faire évoluer le cadre réglementaire et fiscal national et européen.

3. Accroître le rôle actif du consommateur (consom’acteur) dans sa propre gestion de


performance énergétique par une acceptation sociétale largement partagée.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 25


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociétaux des réseaux électriques intelligents

Les bénéfices attendus des réseaux électriques intelligents

Pour l’état et les comptes publics nationaux :


• Atteinte des objectifs de l’Agenda 20/20/20,
• Mise en place des conditions favorables à l’efficacité énergétique,
• Accroissement de l’indépendance énergétique par l’intégration des énergies renouvelables
et la réduction de la pointe,
• Contribution à la sécurité des réseaux électriques et plus largement à la cybersécurité,
• Sécurisation des débouchés commerciaux pour les industriels nationaux du secteur électrique,
• Pénétration des nouvelles technologies de l’énergie et soutien à la recherche nationale,
• Contribution à l’économie circulaire et à la préservation des matières premières.

Pour les consommateurs :


• Accès à des solutions d’efficacité énergétique économiquement compétitives et déjà existantes,
• Promotion des comportements vertueux par une tarification plus flexible en fonction des
usages,
• Modification volontaire des comportements dans le respect de la vie privée grâce à une
standardisation et une législation spécifique de protection des données,
• Meilleure maîtrise de la production d’énergie renouvelable et des nouveaux usages.

Pour les distributeurs d’électricité :


• Optimisation des réseaux et de leur gestion en fonction de la source de production d’électricité,
• Intégration harmonieuse de l’utilisation des véhicules électriques et des nouveaux usages
électriques,
• Sécurisation de l’équilibre des réseaux.

Pour les transporteurs d’énergie :


• Pilotage global du système de production, de transport et de distribution,
• Gestion par anticipation et modélisation des capacités disponibles de production d’énergies
en fonction de la demande réelle et/ou spontanée.

Pour les constructeurs et industriels électriques français :


• Pérennité d’emplois à haute valeur ajoutée sur le territoire,
• Soutien à l’exportation du savoir-faire et de l’excellence de l’industrie électrique française
et européenne par l’interconnexion croissante des réseaux,
• Renforcement de la normalisation et des standards pour la pénétration des économies
émergentes.

Pour l’Université et la recherche :


• Mobilisation des chercheurs et universitaires autour de plateforme applicative et grandeur
réelle pour le croisement des technologies.

26 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


B. Les objectifs économiques, environnementaux et sociétaux des réseaux électriques intelligents

B.3. Les constructeurs et industriels du Gimélec,


acteurs totalement mobilisés d’un nouveau marché
pour un usage électrique innovant

Le concept de réseau électrique intelligent signifie la flexibilité de la production, la distribution,


le stockage et l’utilisation des énergies, avec une croissance des renouvelables. De ce fait, un
système d’information capillaire assurant l’équilibre du système électrique d’amont en aval et,
réciproquement, de l’utilisation finale à la production, en devient la base. De plus, la locution
« réseau électrique intelligent » implique, par association de notions juridiques, des questions
fondamentales autour de la protection de la vie privée qui ne trouveront leur règlement que
dans une acceptation sociétale largement partagée et une réglementation spécifique.

Car, s’il y a bel et bien un nouvel acteur dans la nouvelle économie de l’électricité, c’est le
«  consom’acteur », qui est la mutation du consommateur en producteur et en utilisateur
d’énergies, tout en restant un citoyen, un contribuable et un acteur de la Cité au sens large.

C’est la raison pour laquelle les technologies de l’information ont un rôle fondamental à jouer
pour assurer l’interaction active entre l’amont et l’aval du compteur communicant et/ou évolué ;
le croisement des technologies numériques et énergétiques va générer un nouveau marché syno-
nyme de maintien d’emplois à forte valeur ajoutée dans l’industrie française, tout en faisant naître
des nouveaux métiers sur la chaîne aval d’exécution.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 27


C. Les dix fonctions intégrées des
réseaux électriques intelligents

3 5
Protection, Stockage distribué
automatisation de l’électricité
et contrôle des 7
réseaux électriques Système de comptage
1 communicant
Production d’énergies
conventionnelles
et renouvelables
9
Gestion du consom’acteur
dans le secteur résidentiel
2
Qualité et efficacité du transport
de l’énergie électrique
10
Intégration des
véhicules électriques
4
Gestion et pilotage
global des systèmes
8
Gestion active
énergétiques
des bâtiments

6
Gestion informatique
des données

Fig. 10

L’arborescence évoquée par les dix fonctions essentielles montre combien leur intégration res-
pective dans les différents niveaux de systèmes locaux et transversaux de production se fera
par les technologies de l’information dans leurs différentes composantes.

28 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

C.1. Production d’énergies conventionnelles et renouvelables

En amont des Systèmes Energétiques Intelligents se situent les centrales de production, his-
toriquement basées sur des moyens de production centralisés conventionnels – charbon, gaz,
nucléaire et hydro-électrique – et évoluant progressivement vers des moyens de production re-
nouvelables décentralisés : éolien, solaire thermique et photovoltaïque, géothermie, énergies
marines et piles à combustibles.

Production centralisée RÉSEAU DE DISTRIBUTION Production répartie

Déchets Nucléaire Charbon Gaz naturel Energies Stockage Energie


renouvelables sur site de secours
Postes
de livraison

HT / MT
Résidentiel

Poste
transformateur

Photovoltaïque Eolien Biomasse


Tertiaire

Production d'énergie renouvelable


Industrie
Mesure
intelligente
RÉSEAU DE TRANSPORT

Transport
Utilisateur final

Régulateur Place de marché Traders Fournisseurs Agrégateur


d'électricité

Fig. 11

C.1.1 Production centralisée

Les gestionnaires de centrales s’efforcent déjà de maximiser le rendement en énergie issu


de la conversion de leurs combustibles primaires en électricité. À cette fin, ils renouvellent et
optimisent les technologies de contrôle et de pilotage de leurs installations. Actuellement, le
rendement calorifique moyen de la base installée des centrales à charbon est inférieur à 30 % :
plus de deux tiers de l’énergie générée du charbon part littéralement en fumée. L’amélioration
des technologies de contrôle des centrales électriques pourrait, à long terme, élever ce ren-
dement jusqu’à près de 50 %.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 29


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Le futur réseau d’électricité, qui devra gérer une demande plus volatile et une part plus impor-
tante d’énergies renouvelables intermittentes, valorisera auprès des producteurs leur capacité
à être flexibles. Ces derniers devront être capables de vendre leur production sur les marchés
de l’énergie au moment le plus opportun, en fonction de la demande et de l’état du réseau. Le
producteur qui ne s’adapte pas s’exposera au risque de produire de l’électricité à des instants où
elle est en surplus par rapport aux besoins, ce qui peut se traduire sur les marchés par des prix
de vente nuls voire négatifs.

Pour répondre à ces besoins, les centrales doivent donc intégrer des fonctionnalités plus
abouties de contrôle-commande, de mise en réseau et d’optimisation de la production.

Par ailleurs, nous rejoignons la préconisation du rapport Sido-Poignant de développer un


marché secondaire dit de capacités. Sur ce marché, les producteurs pourraient faire valoir des
capacités d’ajustement, par une hausse de la production mais aussi par le délestage, au service
de l’équilibre du réseau.

C1.2 Production distribuée et décentralisée

La production décentralisée est essentiellement associée à des moyens de production d’énergie


renouvelable intermittente intégrés aux bâtiments (panneaux photovoltaïques, etc.), mais aussi
à des moyens de production disponibles au niveau des infrastructures (cogénération, biomasse,
moyens de génération de secours). Ces sources de production ont une capacité bien moindre
(typiquement entre 0,1 et 50 MW) que celle des centrales de production (typiquement supérieure
à 50 MW). Pour s’intégrer dans un réseau d’électricité intelligent, elles vont nécessiter :

• Une forte coordination de la production de multiples petites sources de production


(alors qu’historiquement l’équilibrage temps réel offre/demande était réalisé au tra-
vers de quelques centaines de points de production) ;
• De meilleurs outils de planification de la production selon les données météo, les
estimations de consommation, etc. ;
• Une intégration dans le réseau au travers de flux d’information bidirectionnels ;
• Des facilités d’intégration et raccordement au réseau électrique (de distribution no-
tamment) ;
• L’intégration éventuelle de capacités de stockage permettant de compenser l’intermit-
tence de ces sources d’énergie.

La transition de ces moyens de production intégrant une part croissante de ressources renou-
velables nécessite donc de mettre en œuvre de nouveaux systèmes de pilotage et de contrôle
de ces moyens de production pour amener une flexibilité opérationnelle suffisante.

C.2. Qualité et efficacité du transport de l’énergie électrique

Le réseau de transport électrique comporte des lignes à haute et très haute tension qui per-
mettent la transmission de grandes quantités d’électricité sur de longues distances. Au même

30 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

titre que les moyens de production intermittents perturbent l’équilibrage offre-demande, ces
moyens impactent aussi la qualité de l’onde électrique et impliquent en particulier de nou-
velles contraintes de stabilité en cas de défaut dans le réseau, du fait de leur très faible inertie.

Production Electronique
d'énergie renouvelable de puissance
Transport

Fig. 12 : De nouveaux systèmes d’électronique de puissance au service de


la qualité de l’onde électrique

Ceci nécessite, d’une part, la mise en œuvre de systèmes d’électronique de puissance associés
au réseau pour compenser les défauts induits au niveau de la qualité de l’onde électrique en
cas de défaut, d’autre part, d’optimiser les capacités des infrastructures de transport et de
distribution selon la disponibilité temps réel de l’énergie renouvelable.

De plus, ces contraintes impliquent la mise en œuvre de nouvelles technologies de conversion


de puissance au niveau des installations – convertisseurs éoliens et onduleurs solaires – devant
échanger des informations en temps réel avec les opérateurs de réseau pour être téléréglées
selon les conditions de fonctionnement d’ensemble du réseau.

C.3. Protection, automatisation et contrôle


des réseaux électriques

Les réseaux électriques permettent un aiguillage des flux électriques entre la production en
amont et la consommation en aval. Leur grande diffusion et leurs caractéristiques critiques de
disponibilité nécessitent la mise en œuvre d’équipements de protection extrêmement rapides
permettant d’une part d’isoler les sections de réseau en défaut et d’autre part de piloter à dis-
tance la reconfiguration de certaines branches de réseau selon les incidents encourus ou les
campagnes de mise en retrait de certains équipements.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 31


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Poste Postes
transformateur de livraison
(MT / BT)

HT / MT

Contrôle-commande
des postes électriques

Fig. 13 : Les gestionnaires de réseaux doivent pouvoir piloter à distance


les divers postes électriques

Ceci nécessite la mise en œuvre d’équipements de protection, de contrôle et d’automatisme


dans chacun des postes électriques des réseaux de transport et de distribution. Alors que ces
technologies ont progressivement migré vers les technologies numériques dans les postes de
transport, une part importante d’automatisation reste à réaliser au niveau des réseaux de
distribution décentralisés pour permettre une interaction bidirectionnelle avec les nouveaux
consommateurs énergétiques incorporant de plus en plus de points de micro production.

C.4. Gestion et pilotage global des systèmes électriques

L’optimisation globale des systèmes énergétiques nécessite la mise en œuvre de technologies


de « Centres de Contrôle » opérant sur les flux énergétiques temps réel dans les réseaux de
transport et de distribution. Ces centres de contrôle sont répartis à différents niveaux des ré-
seaux (national, régional et urbain) et opérés par les gestionnaires de réseau dans le cadre de
leur fonction d’opérateurs systèmes.

Fig. 14

32 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Sur la base des informations fournies par les capteurs et les équipements de protection et de
contrôle répartis dans les postes électriques, ils interagissent en temps réel avec les clients
offrant une flexibilité suffisante pour contribuer à l’équilibrage des réseaux.

C.4.1 Au niveau du réseau de transport

Le développement d’un véritable réseau de transport d’électricité intelligent, impactant tous


les acteurs à tous les niveaux de ce réseau, répond à des besoins d’amélioration spécifiques.
Le gestionnaire du réseau de transport cherche aujourd’hui à améliorer la fiabilité du système
global, son efficacité opérationnelle et à utiliser au mieux ses infrastructures.

Ces objectifs exigent l’amélioration des équipements électrotechniques et de leur efficience.


Ils nécessitent aussi la mise en œuvre de capacités améliorées du système d’information, fon-
dé sur la collecte et la transmission de données sur le réseau de transport, mais aussi de
données issues des acteurs avec lesquels le Gestionnaire du Réseau de Transport (GRT) est
en interaction et qui vont lui permettre de piloter plus finement et de façon plus optimale
l’équilibre général du réseau : producteurs de tous types, réseau de distribution, moyens de
stockage, consommateurs de tous types et autres réseaux de transport européens. Pour être
correctement comprises et analysées, ces données doivent être parfaitement standardisées
et partagées selon des règles claires.

Plus largement, le GRT va devoir faire appel, dans le cadre de sa recherche d’un équilibre
optimal, à des services de stockage local, de production locale ou encore de mise en œuvre
et de pilotage de son système d’information.

Cela nécessite par ailleurs la mise en œuvre de nouvelles structures d’agrégation d’informa-
tion en lien avec les services (responsabilité d’équilibre) requis au niveau de la gestion des
marchés.

C.4.2 Au niveau du réseau de distribution

Le gestionnaire du réseau de distribution est le garant du raccordement au réseau du consom-


mateur – ce dernier pouvant également être producteur. Il fait donc face à des variations de
plus en plus intermittentes et localisées de l’offre et de la demande, variations sur lesquelles
il n’a aujourd’hui quasiment aucune maîtrise. Afin d’optimiser son rendement, le gestionnaire
du réseau de distribution doit élargir son rayon d’action et sa capacité d’analyse.

Les besoins du réseau de distribution pour intégrer un réseau véritablement intelligent sont
donc nombreux, en particulier :

C.4.2.1 Améliorer la conduite et l’exploitation du réseau

Tout au long du réseau de distribution français (1,2 million de kilomètres de câble), le gestion-
naire du réseau doit être capable de collecter et de transmettre des données qui seront cen-
tralisées puis analysées. Pour gérer ces données et pouvoir s’en servir de façon optimale, le
gestionnaire a aussi besoin de renforcer ses technologies de contrôle-commande pour être en
mesure de prendre des décisions instantanées impliquant des millions d’adresses de commu-
nication différentes ainsi que des milliards d’unités de données collectées puis transmises par

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 33


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

le réseau. Les logiciels devront embarquer des fonctions améliorées d’analyse d’incidents et de
reprise automatique du service. Ces besoins doivent pouvoir être mobilisés pour gérer de façon
locale le réseau qui peut être soumis ponctuellement à des pointes extrêmement localisées.
En cas d’incident, le gestionnaire du réseau doit être capable de faire de l’ilotage, c’est-à-dire
d’isoler certaines zones afin d’éviter la propagation de l’incident.

Plus largement, une meilleure conduite du réseau passe par de nouveaux moyens de supervi-
sion, de pilotage et de contrôle des infrastructures du réseau Basse Tension, au plus proche des
consommateurs et jusqu’à leur compteur, sur lequel le gestionnaire est aujourd’hui quasiment
aveugle : les pannes qui surviennent au delà d’un poste source ne sont pas détectées par ERDF,
mais signalées par les consommateurs qui appellent pour l’en informer.

L’exploitation au quotidien d’un réseau de distribution intelligent suppose également le dé-


veloppement de capacités améliorées de communication avec le terrain, afin de piloter plus
précisément les actions des agents et, ce faisant, d’améliorer la qualité de la fourniture et de
diminuer la fréquence et la durée des interruptions de service.

C.4.2.2 - Optimiser et faciliter l’intégration des actifs du réseau

Afin d’optimiser la longévité et la disponibilité des différents équipements installés sur le ré-
seau de distribution (gestion optimisée de ses actifs), le gestionnaire doit aussi développer ses
capacités de prévision de défaillance et de détection de panne. Il doit enfin disposer d’outils
plus efficaces de diagnostic de défaillance, tant à distance que sur le lieu de la panne.

Ces outils d’anticipation, de détection et d’analyse de panne reposeront également sur des
moyens avancés de collecte et de transmission des données du réseau. Le gestionnaire du
réseau de distribution doit également être capable d’incorporer et piloter tous les équipements
actuels et futurs. L’intégration optimale de tous les types d’équipements amenés à être raccor-
dés au réseau de distribution, en particulier des équipements de stockage et de production à
base d’énergie renouvelables, passe par des standards ouverts.

C.5. Stockage distribué de l’électricité

Le caractère intermittent des moyens de production renouvelable nécessite la mise en œuvre


de nouvelles ressources permettant un équilibrage de cette intermittence au niveau des sys-
tèmes énergétiques. Le stockage électrique, quoique complexe à réaliser, répond exactement
à ces besoins.

Energies Stockage
renouvelables sur site

Fig.15

34 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Pouvoir stocker l’électricité, c’est offrir la possibilité d’introduire de l’élasticité dans le flux tendu
permanent, entre production et consommation, d’un réseau d’électricité. Le développement de
capacités de stockage est un élément absolument nécessaire au développement d’un réseau
intelligent, auquel il contribue de plusieurs manières : grâce à sa grande flexibilité et réactivité,
le stockage permet de contribuer ponctuellement à l’équilibre du réseau et à sa stabilité, comme
variable d’ajustement, notamment en pointe. C’est déjà la fonction principale des unités de pro-
duction d’énergie hydroélectrique, mais ces capacités sont limitées par les stocks hydriques.

Ces capacités d’ajustement permettent également d’augmenter la fiabilité globale du réseau


en régulant la fréquence du courant transmis. Des unités de stockage peuvent également être
adossées aux centres de production fondés sur les énergies renouvelables et permettre de
lisser l’intermittence de leur production en stockant de l’électricité lors de périodes de forte
production pour la délivrer lors des périodes de pointe de consommation.

Des capacités de stockage peuvent également offrir – très ponctuellement – de précieuses


solutions de secours en cas de risque de chute du réseau (blackout). Les solutions de stockage
diffus doivent enfin permettre de favoriser l’autoconsommation, ce qui déchargerait les ré-
seaux et limiterait les pertes dues au transport de l’électricité.

Les solutions de stockage de masse demeurent encore limitées. Le stockage diffus et décen-
tralisé constitue une piste d’amélioration mais il faudra pouvoir l’intégrer au réseau et le piloter
de façon globale avec les outils adéquats.

Pour pouvoir servir un réseau électrique intelligent, ces capacités de stockage requièrent donc
des technologies fiables et économiquement accessibles, ainsi qu’une intégration optimale
dans le réseau de distribution optimale, tant du point de vue des flux bidirectionnels d’électri-
cité que des flux de données qui permettront de les piloter.

Le déploiement significatif des véhicules électriques permettra par ailleurs d’améliorer les
technologies de stockage électrique à base de batteries tant en termes de durabilité que de
coût, ce qui conduit à considérer de nouveaux usages de batteries connectées aux réseaux,
soit directement dans les postes électriques, soit au niveau des centrales renouvelables ou de
grands centres de consommation. Pour être exploités, ces moyens de stockage fortement dis-
tribués doivent être intégrés aux centres de contrôle.

Par ailleurs, d’autres moyens de stockage sont en phase d’émergence : dans les centrales de
production, on utilise l’air comprimé ou le stockage thermique, alors que les volants à inertie
sont pour l’instant réservés à des usages spécifiques.

C.6. Gestion et informatique des données

L’intégration des consommateurs dans le réseau nécessite une modélisation plus fine de leurs
usages ; en particulier, il s’agit de prendre en compte la flexibilité énergétique potentiellement
dérivée des nouveaux usages du « consom’acteur ». Ceci requiert d’intégrer plus étroitement
les systèmes d’information pour la gestion de ces nouveaux profils de clients avec les centres
de contrôle « agrégateurs » intégrant ces nouveaux usages.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 35


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Centrale Virtuelle Commerciale


(CVPP)
Internet

Ethernet Webservice CIM 61968 / 970

Opérateurs
de Réseau
Serveur
Centrale Virtuelle
Technique
(TVPP)

Ethernet MMS IEC 61850

Pilotage et
Comptage
intelligent

Résidentiel Tertiaire Industrie Energies renouvelables

Fig. 16 : L’architecture de contrôle des réseaux électriques intelligents

Cette plus grande intégration a pour conséquence de rapprocher les mondes des intégrateurs
IT et les spécialistes et industriels de l’efficacité énergétique afin d’offrir de nouvelles solutions
clés en main incorporant des systèmes d’information et des solutions de gestion active selon
des échanges d’information standardisés.

C.7. Systèmes de comptage communicant

Les compteurs communicants sont une des composantes du déploiement des réseaux élec-
triques intelligents. Ils sont une première étape vers le déploiement de futurs systèmes de
comptage intelligent. Les nouveaux produits proposés sont de plus en plus complexes ; ils
gèrent les fonctions classiques de mesure de l’énergie consommée et de tarification variable (a
minima le tarif Heures Pleines / Heures Creuses, mais à terme des tarifications beaucoup plus
flexibles et dynamiques).

Ces compteurs sont capables de mesurer l’énergie produite (mesure de flux bidirectionnels),
de gérer la puissance qui transite et de piloter la courbe de charge. Ils disposent enfin de capa-
cités de communication bidirectionnelle qui permettent de faire de la relève à distance et qui les
rendent pilotables à distance. Ils donnent donc, enfin, la possibilité au consommateur d’avoir
facilement une meilleure appréhension de ses consommations.

36 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Pour être effectivement utiles, les données de comptage devront être intégrées dans les centres
de pilotage du réseau et traitées par les outils informatiques appropriés. Cela permettra la mo-
délisation fine du pilotage de la charge ainsi que l’anticipation de la production d’énergie et du
stockage décentralisés.

C.8. Gestion active dans l’industrie et le bâtiment

C.8.1 Gestion active dans l’industrie

La qualité et le coût de la fourniture d’électricité ont un impact important sur l’activité de nom-
breuses industries. L’impact des perturbations électriques sur l’activité peut se traduire par d’im-
portants surcoûts opérationnels voire une baisse sensible de la productivité. Par ailleurs, dans
certaines industries, les coûts énergétiques pèsent significativement sur les coûts de production :
ceci fait du coût énergétique un critère essentiel d’investissement et de compétitivité globale.

Les industriels travaillent donc depuis longtemps en collaboration étroite avec les gestion-
naires de réseau afin d’optimiser leur consommation d’électricité, le meilleur exemple en
France étant le tarif EJP (Effacement Jour de Pointe). Pour autant, elles ont d’importantes
opportunités à saisir en s’intégrant dans le développement d’un réseau électrique intelligent. Il
s’agit de passer à une véritablement haute performance énergétique et environnementale, en
pilotant et maîtrisant son approvisionnement énergétique.

Les moyens d’informations sur l’état du réseau, sa courbe de charge, le coût de l’électricité,
ainsi que les prévisions sur ces dimensions, permettent aux industriels de mettre en œuvre un
véritable management de l’énergie, c’est-à-dire de piloter l’outil industriel en optimisant son
impact sur le réseau et, par voie de conséquence, les coûts et la qualité de la fourniture. Il est
aussi possible à l’industriel de réguler la compensation d’énergie réactive des grosses unités à
un seuil adapté, en fonction des besoins du gestionnaire du réseau de distribution.

Ce management de l’énergie s’accompagne du développement de l’intelligence des systèmes


et solutions d’automatismes (optimisation de la maintenance et de la disponibilité des équipe-
ments, amélioration de leur productivité) qui permet des économies supplémentaires de l’ordre
de 10%.

On parle déjà de certains centres industriels comme de « micro-réseaux » (microgrids), c’est-


à-dire de centres équipés de systèmes énergétiques qui incluent la capacité à consommer de
l’électricité produite sur site tout autant que de l’électricité issue du réseau. Cette flexibilité les
rend moins dépendants des éventuelles perturbations du réseau et leur permet de revendre
leur autoproduction au moment le plus propice.

Le management de l’énergie inclut le pilotage de capacités de production installées sur le site,


dont l’utilisation (autoconsommation, stockage, injection sur le réseau) doit être optimisée en
fonction de l’état du réseau et des besoins des industriels. Le management de l’énergie sup-
pose également de disposer des outils d’analyse, de contrôle et de pilotage de ces équipements
de production, ainsi que d’une connexion au réseau. Disponibles et opérationnels, ces sys-
tèmes d’optimisation et d’efficience énergétique globale deviennent accessibles aux petites et
moyennes industries.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 37


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

C.8.2 Gestion active des bâtiments

Pour les entreprises et les administrations publiques, la gestion active est le moyen le plus
rapide, le plus économique et le plus efficace de réduire leur facture énergétique et leurs émis-
sions de CO2 tout en accompagnant la croissance de la demande et de la production indus-
trielle. La gestion active couvre l’ensemble du cycle énergétique d’un bâtiment, neuf ou ancien,
industriel ou commercial.

À partir d’audits – donc de mesures vérifiables –, il s’agit d’installer des équipements à basse
consommation, d’introduire des outils de mesure et de contrôle en temps réel et d’optimiser en
permanence l’ensemble des utilisations finales grâce à l’intelligence énergétique « ajoutée ».

Éclairage, chauffage et air conditionné, équipement informatique et serveurs, moteurs dans les
procédés industriels, variation de vitesse… dans le cadre d’une gestion globale d’un bâtiment,
le potentiel d’économies d’énergies peut être similaire à l’isolation extérieure, faisant de la
gestion active des bâtiments un complément indispensable aux solutions passives si l’on veut
atteindre voire dépasser les objectifs du Grenelle.

Désormais, il s’agit de disposer de suffisamment d’intelligence pour transformer le bâtiment


en un « consom’acteur » de sa consommation énergétique et intégrer ses éventuelles produc-
tions d’énergie. Ainsi, l’arrivée du véhicule électrique dans les parkings collectifs va nécessiter
de piloter leur recharge et leur éventuelle décharge. De même, les capacités de production
installées sur le bâtiment, généralement intermittentes, vont devoir être pilotées. L’optimisa-
tion et le pilotage de ces nouveaux flux passe par une interactivité et une communication avec
le réseau électrique, afin de déterminer à tout moment le choix énergétique optimal, y compris
le délestage.

Économies d'énergie

40%

= + actions
sur les équipements
30% et l'enveloppe
du bâtiment

Comptage Matériaux performants,


Analyse isolants thermiques, équipement
20% de production et terminaux,
Affichage
Reporting vitrages, photovoltaïque
15% = + actions
sur les systèmes
10%
Gestion d'énergie
Systèmes intelligents de contrôle,
mesure régulation, gestion, automatisme

1 an 3 ans 5 ans 10 ans 15 ans 25 ans

Retour sur investissement (ROI)

Fig. 17 : Offre de gestion active des bâtiments

38 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

La GTB (Gestion Technique du Bâtiment) doit donc développer de nouvelles fonctionnalités


pour offrir une véritable gestion active du bâtiment. Ces fonctionnalités reposeront sur plus
d’automatismes, plus d’interactions entre les équipements et le réseau et enfin des appli-
cations avancées de gestion de flux électriques. En connectant des bâtiments devenus actifs
aux réseaux électriques intelligents par le biais de réseaux locaux (microgrids) au sein d’éco-
quartiers, les gestionnaires et propriétaires immobiliers profiteront des nouvelles opportuni-
tés offertes pour optimiser leur budget d’investissement et de fonctionnement.

C.9. Gestion du consom’acteur dans le secteur résidentiel

À l’instar de l’industrie et du tertiaire, l’enjeu des réseaux électriques intelligents du point de


vue de l’habitat est d’en améliorer l’efficacité énergétique en rendant le bâtiment acteur de sa
consommation et du marché libéralisé de l’énergie, au travers du réseau.

Les habitats équipés d’un système de commande disposent de capteurs et d’une infrastructure
d’information et de communication permettant de mesurer la consommation, de détecter des dys-
fonctionnements et d’actionner des équipements (stores, systèmes de chauffage ou de climatisa-
tion, chauffe-eau, équipements électroménagers, éclairage). Pour les occupants, les économies
d’énergie permises par ces équipements sont immédiates : chaque année, le potentiel d’économies
d’énergies pour un ménage est estimé à 20% en moyenne en cas de mise en place d’une domotique
résidentielle optimisant les utilisations finales (coupure eau chaude sanitaire, coupure des appa-
reils électroniques en veille, volets roulants, coupure d’éclairage en mode absence, régulation du
chauffage) et en informant les utilisateurs de ces consommations par usages.

Gestion de
la charge

Gestion du chauffage
& air conditionné

Gestion de
Sécurité
la demande

Contrôle
Détection CO / CO2
Eau & Gaz

Contrôle photovol-
taïque

Contrôle
électrique

Fig. 18 : L’écosystème énergétique de la maison

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 39


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Pour être correctement perçue, la valeur ajoutée d’un tel système doit aussi être portée par des
interfaces utilisateurs suffisamment ergonomiques, qui sauront afficher l’impact des usages
électriques et des actions de MDE (Maîtrise de la Demande d’Electricité) du consommateur :
consommation globale, par équipement, par usage, variation coûts, empreinte carbone, etc.

Mais l’enjeu du développement de réseaux électriques intelligents est aussi d’optimiser les coûts
et les émissions de CO2 en interaction avec l’intelligence du réseau. Il s’agit, une fois encore, de
faire du consommateur un véritable acteur de sa consommation d’électricité. Au delà du simple
suivi du coût temps réel de ses consommations, ce dernier peut faire ses choix de confort et de
pilotage énergétique, en interaction avec les informations obtenues du réseau intelligent.

Ces systèmes permettent par exemple le délestage ciblé de certains équipements, l’ajustement
de courbe de consommation et l’autorégulation de la maison sur le plan énergétique (pilotage
intégré et optimisé des consommations et des éventuels apports du stockage intégré aux ins-
tallations photovoltaïques ou au véhicule électrique). Cette régulation peut être pilotée par le
consommateur, en fonction de ses besoins et de ses absences (vacances, week-ends), mais
aussi de façon automatique. Le réseau a donc une meilleure visibilité sur la demande diffuse,
et peut agir dessus. Il lui est possible de mieux coupler la production d’électricité et sa consom-
mation en termes de puissance appelée et, ce faisant, de diminuer les appels de puissance en
pointe ainsi que les congestions de réseau.

Cette amélioration de l’efficacité énergétique globale nécessite des infrastructures de produc-


tion et de stockage diffus qui s’intègrent dans le système électrique de la maison, des systèmes
de pilotage et d’optimisation de l’ensemble des flux, des facilités de raccordement au réseau de
distribution qui devra être capable de gérer des flux bidirectionnels d’information et de courant.

La création d’une valeur ajoutée suffisante aux yeux du consommateur est essentielle dans le
développement de l’habitat intelligent. Elle exige des incitatifs forts, tels une construction dy-
namique du prix de l’électricité, avec une modulation des tarifs et d’importantes contreparties
financières en cas de délestage ou d’utilisation des moyens de stockage diffus au service de
l’équilibre du réseau.

Enfin, le développement de l’habitat intelligent et connecté au réseau passe par le développe-


ment de nombreux services à valeur ajoutée pour le consommateur. En amont doivent se déve-
lopper des offres de conseils en gestion énergétique (aide à la décision, détection et diagnostic
des dysfonctionnements pour l’énergie dans le bâtiment). Au quotidien, des offres de services
intégrés dans une energy box incluent un ensemble de prestations domestiques, avec la ges-
tion d’alertes techniques (fumée, inondation, alarmes anti intrusion), l’optimisation du confort
(éclairage), la gestion des entrées et sorties, et bien sûr l’efficacité énergétique : régulation et
optimisation thermique, gestion de la consommation énergétique, information sur le réseau
et de mise en service… Ces services peuvent être accompagnés d’options innovantes telles les
téléservices énergétiques sur la facturation, les tarifs, la nature de l’électricité (plus ou moins
carbonée), les possibilités de changement de puissance ou de transfert d’abonnement, au tra-
vers de nouveaux types de contrats.

Les offres de téléservices nécessiteront des infrastructures télécom fiables (qualité de service,
maîtrise de la cybersécurité) et optimisées, en particulier dans l’habitat (des protocoles de commu-
nication, technologies sans fil, courants porteurs ou technologie bus standardisés et à très basse
consommation), associées à des solutions logicielles modulaires et flexibles. Les équipements ins-
tallés localement embarqueront des automatismes avancés et de l’intelligence logicielle.

40 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Dans ce cadre, la protection des données individuelles doit être un point de vigilance pour as-
surer une pénétration acceptable des nouvelles technologies de l’énergie et de l’information ;
l’enjeu est de réussir la massification sans créer de défiance de la part des consommateurs-
citoyens-contribuables.

C.10. Intégration des véhicules électriques

Le développement attendu du véhicule électrique et de son impact sur le réseau d’électricité va


en faire un acteur majeur du développement des réseaux électriques intelligents. Le succès du
véhicule électrique est intimement lié à la mise à disposition préalable des infrastructures de
recharge adéquates. En cours de développement actuellement, celles-ci seront de différentes
natures (rapidité de la recharge, station d’échange de batterie…).

1 et 3 : charge
lente sur réseau
domestique

2 : station
d’échange rapide
de batterie

4 : stations de
charge rapide

Fig. 19 : Véhicule électrique : infrastructures de recharge

Le dimensionnement du parc d’infrastructure de recharge devra prendre en compte la forte


densité urbaine, la variabilité dans le temps de la demande (journalière, hebdomadaire, sai-
sonnière) et garantir la mobilité continue du véhicule électrique à l’aide d’installations au ni-
veau résidentiel, dans les immeubles de bureaux ou dans les lieux publics. Ces infrastructures
nécessiteront des outils d’optimisation, de lissage et de pilotage de la charge, en lien avec le
réseau afin d’assurer la sécurité du réseau et la qualité de la fourniture. En effet, on estime
que la charge lente simultanée d’un million de véhicules électriques, soit moins de 3% du parc
automobile actuel, appellerait une puissance électrique d’environ 3 GW, soit la puissance de
deux centrales nucléaires EPR : un étalement et un pilotage de la charge, fondé sur l’intelli-
gence du réseau et celle du véhicule électrique, est indispensable. L’infrastructure de recharge

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 41


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

devra donc, d’une part, assurer et automatiser la communication entre le véhicule et le réseau
et, d’autre part, gérer des fonctions annexes comme l’identification du propriétaire du véhicule
ou la facturation.

Cependant, le véhicule électrique offre aussi au réseau des possibilités de pilotage et d’opti-
misation extrêmement intéressantes, grâce à la capacité de stockage diffus qu’il peut repré-
senter. En effet, un véhicule est le plus souvent à l’arrêt : 95% du temps s’il parcourt 16.000 km
par an à 40 km/h de moyenne. Dans la mesure où il est connecté au réseau, sa charge et son
pilotage sont contrôlables la majorité du temps et peuvent participer largement à l’équilibre du
réseau et à sa stabilité. Ainsi, le même million de véhicules électriques pourrait proposer au
réseau jusqu’à 8 GWh, avec une puissance de 1,6 GW. Il est donc possible de fournir au réseau
quelques GWh dès la mise en circulation du premier million de véhicules électriques en France.

Cette ambition se fonde sur la qualité des infrastructures de recharge, sur leur capacité à op-
timiser la charge et à offrir la possibilité de délestage et d’injection ponctuelle d’énergie sur
le réseau (gestion de flux d’information et de courant bidirectionnels). Cette ambition suppose
évidemment des mesures incitatives qui rémunèreront justement le pilotage de la charge au
service de l’équilibre du réseau.

Il faut cependant noter que les spécifications de performances attendues des batteries pour les
véhicules électriques sont actuellement peu compatibles avec les attentes placées sur la fonc-
tion de gestion de réseau. De même, ce second usage qui est envisagé est de nature à réduire
significativement la durée de vie de la batterie embarquée, ce qui compromettrait l’équilibre
économique de son exploitation.

Le développement du véhicule électrique doit donc s’accompagner d’infrastructures et d’outils


permettant l’optimisation de sa charge. On parle de V2G (Vehicle To Grid). Là encore, la maîtrise
de la demande d’électricité trouve un important gisement de progrès.

Cet appel de puissance électrique dédiée à la recharge des véhicules électriques va conduire à
une modification du scénario conventionnel de la consommation électrique et implique que des
dispositions spécifiques à la charge et à sa tarification soient intégrées dès l’origine pour ne
pas perturber l’équilibre des réseaux électriques.

Enfin, la charge devra s’effectuer dans le respect des normes applicables tant pour la sécurité
des personnes que celles des biens en France.

C.11 Autres réseaux d’énergie

Le développement d’un réseau électrique intelligent doit permettre d’améliorer l’interactivité


avec tous les consommateurs en intégrant des technologies de l’information et de la communi-
cation, des automatismes et des équipements de contrôle-commande plus avancés.

Ces technologies se développent aussi sur les autres réseaux d’énergie, de gaz, de chaleur et
d’eau. Elles permettront à ces réseaux de devenir eux aussi plus intelligents, au service d’une
optimisation et d’une meilleure maîtrise de la demande de ces sources d’énergie.

42 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


C. Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques intelligents

Les consommateurs, qui disposent de ces multiples sources d’énergie, vont vouloir en opti-
miser l’usage et ils vont pousser à la convergence et à la compatibilité entre ces réseaux. Les
équipements terminaux de ces derniers devront donc intégrer de l’intelligence pour être ca-
pables d’interagir avec le réseau électrique.

L’utilisateur pourra alors disposer d’un véritable hub, qui lui permettra d’optimiser son mix
énergétique global. Le système de contrôle actif saura à tout instant gérer la stratégie d’optimi-
sation du bâtiment ou du domicile, entre la réduction de la demande, l’optimisation des apports
électriques gratuits (énergies renouvelables), les apports du véhicule électrique et le choix des
équipements de production et de distribution d’énergie. Il utilisera les énergies lorsqu’elles
sont les plus pertinentes, et le consommateur ne fera pratiquement plus la différence entre
les sources.

Les scénarios de prospective intègrent cette optimisation dans leurs hypothèses et en quantifient
l’impact. Ainsi, dans son scénario dit « de référence », RTE considère que des pompes à chaleur
pourraient être installées dans l’habitat ancien en conservant toujours les chaudières existantes,
que des solutions de chauffage bi-énergie dans ces logements seraient encouragées et péren-
nisées. Ainsi, lors des jours très froids, la présence d’un appoint fioul ou bois pourrait permettre
l’effacement de la pompe à chaleur. À l’échelle de la France, cela représente un potentiel d’effa-
cement de puissance de 1,5 GW sur l’hiver 2012-2013 et de 2,8 GW sur l’hiver 2019-2020.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 43


D. Solutions techniques
et architectures des
systèmes d’information

Les entreprises du Gimélec ont massivement investi dans la recherche et le développement


de technologies efficaces sur l’ensemble de la chaine de valeur des réseaux électriques
intelligents.

L’expertise acquise permet une maîtrise simultanée des disciplines d’électrotechnique, d’élec-
tronique de puissance, d’automatismes et de TIC qui sont applicables sur la chaine de valeur
globale d’un réseau électrique intelligent, depuis les producteurs d’énergie jusqu’à l’ensemble
des consommateurs. Elles peuvent donc en faire bénéficier largement l’ensemble des parties
prenantes impactées par les réseaux intelligents et les différents opérateurs, à savoir les Pou-
voirs Publics, les entreprises et les ménages.

L’essentiel de ces technologies est mature et disponible : c’est donc un élan supplémentaire
donné à l’ensemble de la filière et un signal fort aux investisseurs sur un programme ambitieux
en matière de réseaux électriques intelligents.

D.1. Comptage, mesure et équipement de contrôle

D.1.1 Compteurs intelligents

Les entreprises du Gimélec développent des offres de compteurs communicants et des systèmes
répondant aux besoins de tous les acteurs amenés à intervenir sur les réseaux intelligents :

• Les opérateurs de réseau


Ils pourront intégrer les informations de comptage intelligent en temps réel à leur
centre de contrôle pour permettre une modélisation plus fine du réseau et de la de-
mande, en lien avec les différents usages.
• Les fournisseurs / agrégateurs
Ils permettront un accès plus fréquent aux profils de consommation de leurs clients
pour élaborer des offres de tarif et de service multiples.
• Les consommateurs / consom’acteurs
Ils pourront directement accéder à des informations concernant leur consommation.
Ils pourront, s’ils le souhaitent, connecter leur compteur avec le système de gestion
énergétique et permettre un affichage déporté en temps réel des informations.

L’infrastructure passe par des moyens de communication et des concentrateurs de données


associés à un système d’information capable de traiter et modéliser les données générées ainsi
qu’à des technologies de contrôle-commande capables de piloter les compteurs.

44 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

Ces systèmes de comptage intelligents doivent en particulier être hautement sécurisés pour
résister à des cyberattaques et permettre une sécurisation de bout en bout des informations
de comptage.

L’ensemble de ces technologies doit s’intégrer avec les dispositifs mis en place par les gestion-
naires de réseau qui permettent de faire de la gestion de la charge et de l’optimisation globale
du réseau. Il est enfin important de noter que les compteurs communicants ne se situent pas
uniquement chez les consommateurs ; ils ont vocation à être placés à tous les niveaux du réseau.

RÉSEAU DE DISTRIBUTION Production répartie

Energies Stockage Energie


renouvelables sur site de secours
Postes
de livraison

HT / MT
Résidentiel

Poste
transformateur

Tertiaire

Industrie
Mesure
intelligente

Transport
Utilisateur final

Fournisseurs Agrégateur
d'électricité

Fig. 20

Les entreprises du Gimelec mettent en œuvre des offres :

• de pilotage à distance des compteurs (AMM, Advanced Metering Management),


• de construction des infrastructures nécessaires à la collecte et à la transmission des
données de comptage (AMI, Advanced Metering Infrastructures),
• de gestion des données collectées (MDM, Metering Data Management).

Ainsi, elles sont capables de proposer des offres de comptage, de mesure et d’équipement de
contrôle complètes, intégrées et optimisées, au service du développement de réseaux élec-
triques intelligents. Elles participent d’ailleurs au projet d’expérimentation Linky, mené par
ERDF sous contrôle de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE),

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 45


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

D.1.2 Equipements de mesure et instrumentation : capteurs, actionneurs et


équipements d’automatisme

Les capteurs de données physiques, qui embarquent de plus en plus d’électronique à des coûts
compétitifs, permettent d’obtenir, en plus des données de comptage, des informations perti-
nentes nécessaires d’une part à une gestion optimale des flux dans les réseaux énergétiques
et d’autre part à la protection de ces infrastructures. Associés à des actionneurs, les capteurs
de courant et de tension, situés au pied de l’appareillage des postes électriques, sont des élé-
ments critiques et de base de l’intelligence du réseau électrique.

Ces équipements mesurent, surveillent et recueillent les informations d’environnement là où


ils ont installés. Ces données peuvent être de nature variée, selon les besoins d’analyse et de
suivi de la qualité de l’onde électrique (phase, fréquence, tension, intensité, etc.). Ils permet-
tent, en plus, d’analyser ces données, de les formater et de les enregistrer localement. Cer-
taines de ces données sont transmises au niveau des centres de contrôle via des systèmes de
télécommunication de diverses natures (optique, wireless, etc..) en utilisant différents types de
protocoles dédiés.

Les entreprises du Gimélec fournissent des solutions de mesure, d’instrumentation complètes


et d’automatisation répondant à tous ces besoins, depuis le capteur jusqu’aux systèmes d’infor-
mation des clients qui opèrent sur la chaine des réseaux intelligents, tant sur l’amont compteur
(les infrastructures) que sur l’aval compteur (les usages). Elles proposent des dispositifs de
cybersécurité permettant de protéger l’accès aux solutions de pilotage de ces infrastructures.

D.1.3 Equipements de stockage

Les équipements de stockage proposés par les entreprises du Gimélec sont principalement
basés sur l’électrochimie Li-Ion. Cette technologie s’est dans un premier temps développée
pour répondre aux deux extrêmes du spectre des attentes ; d’un côté, le stockage destiné à la
grande consommation de faible capacité, faible coût et durée de vie réduite, essentiellement
pour téléphonie mobile et petits équipements similaires et, de l’autre côté, le stockage très
performant à cyclage fréquent, longue durée de vie et très faible série pour satellites civils et
militaires. Cette technologie peut dorénavant être utilisée pour les applications de stockage au
sein d’un réseau électrique.

Intégrés au réseau, des dispositifs de stockage décentralisés peuvent répondre aux besoins
d’injection et de soutirage rapide et ainsi participer aux fonctions de service système au niveau
national. Dans le cadre d’une gestion plus fine des équilibres locaux, ils peuvent aussi apporter
la flexibilité nécessaire au réseau de distribution.

Couplés aux installations de production d’électricité renouvelable d’une certaine dimension,


ces dispositifs décentralisés permettent d’améliorer la qualité et donc la valeur d’usage de
l’électricité produite, notamment en minimisant l’écart entre le profil de l’énergie réellement
produite et le profil d’une prévision communiquée préalablement au gestionnaire, en lissant la
production pour en gommer l’intermittence (sur période comprise entre quelques secondes et
quelques heures) et en déplaçant (de quelques heures) l’injection de la période de production
vers la période de pointe de consommation.

46 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

Le panachage de ces différentes fonctions, au bénéfice du réseau comme de l’installation de


production, est d’ailleurs le modèle d’affaire envisagé et testé à ce jour.

À l’extrémité de la ligne, les équipements de stockage « diffus », situés en proximité immédiate


des producteurs domestiques et de capacité réduite, permettent d’assurer l’autoconsommation
de ces utilisateurs, autoconsommation génératrice d’économies pour la collectivité (réduction
du tarif de rachat), pour le client (facture d’électricité réduite) et pour l’opérateur de réseau
(moindre besoin d’adaptation du réseau aux exigences des ENR).

Enfin, ces installations diffuses peuvent aussi être placées sous le contrôle et la commande
d’un opérateur de réseau dans le cadre d’un contrat adapté. L’opérateur dispose ainsi d’un
« nuage d’énergie » (cloud storage) qui lui donne la possibilité d’insérer aux tranches horaires
désirées une énergie répartie.

Il est à noter que d’autres technologies de stockage éprouvées sont à la disposition des opé-
rateurs. Ces dernières couvrent plutôt les besoins de stockage massif et sont en dehors du
champ couvert par le Gimélec : Stations de Transfert d’Énergie par Pompage (STEP) ou encore
Compressed Air Energy Storage (CAES). D’autres enfin sont en phase de développement ou de
mise au point tels que les volants d’inertie ou le stockage par hydrogène.

Ressources Génération Transmission Distribution Utilisateurs


primaires

Stockage d’électricité

Service
Opérateurs de Utilisateurs
génération et transmission
• Energie • Stockage commercial
Déplacement d’énergie dans le temps Ecrêtement de la demande
centralisée
• Puissance pour réduire les facturations
(MW)
Localisation

Ecrêtage - Lissage - Montée en en heures « pleines »


puissance - Services réseaux
• Réseaux de distribution • Maisons intelligentes
décentralisée Contrôle des flux d’énergie Autoconsommation
(kW) entre génération décentralisée Maison avec zéro impact énergétique
et réseau de distribution Protection contre les pannes secteur

Fig. 21

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 47


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

D.2 Systèmes de pilotage d’infrastructures

Les entreprises du Gimélec accompagnent les producteurs d’électricité, les gestionnaires de


réseau et les agrégateurs énergéticiens en leur proposant un ensemble d’équipements, d’in-
frastructures électriques et des moyens de pilotage associés.

Dans le cadre du développement des réseaux électriques intelligents, elles proposent des so-
lutions de centre de pilotage intégrées pour faciliter notamment le pilotage de la production à
base d’énergie renouvelable, l’optimisation des flux d’énergie dans les réseaux de Transport
et de Distribution (centres de contrôle) ainsi que la gestion temps réel de la maîtrise de la
demande en énergie (MDE).

Les entreprises du Gimélec maîtrisent en particulier l’ensemble des technologies logicielles et


applicatives d’optimisation énergétique, ce qui leur permet de fournir des solutions « produit »
complètes de pilotage des infrastructures de production, de réseau et de consommation en
faisant bénéficier les opérateurs de ces infrastructures des meilleurs pratiques établies dans
le monde dans ce domaine. Ces solutions s’appuient sur un socle temps réel middleware issu
des SCADA (systèmes de contrôle et de supervision au niveau des mesures et des commandes),
complété par un ensemble d’applications logicielles nécessaires à un équilibrage temps réel
et une optimisation énergétique multiniveau de ces infrastructures. Ces systèmes permettent
typiquement de piloter l’ensemble de la production (fréquence, qualité de l’énergie, convertis-
seurs de puissance, transformateurs, poste électrique) des équipements de réseau (poste de
transport et de distribution) ainsi que l’agrégation des ressources de production, de consom-
mation et de stockage distribuées selon différentes échelles temporelles allant de la millise-
conde (pour la stabilité dynamique des réseaux) à la seconde, la minute, l’heure et jusqu’à des
horizons temporels multijournaliers (pour permettre une optimisation de programmes de flux
énergétiques).

Parallèlement à l’architecture physique des réseaux de transmission et de distribution d’éner-


gie, ces systèmes nécessitent le déploiement d’infrastructures de communication permettant
une circulation temps réel bidirectionnelle des informations nécessaires à la gestion des ré-
seaux et des responsables d’équilibre dans le réseau (incluant les marchés d’équilibre). Le
déploiement des réseaux intelligents nécessite notamment un renforcement significatif des
réseaux de communication et de transmission des données pour permettre, d’une part, l’in-
tégration de la production décentralisée et, d’autre part, un pilotage plus flexible des moyens
de consommation (offrant de nouvelles ouvertures auprès des clients finaux). Les entreprises
du Gimélec ont historiquement établi des relations stratégiques avec les équipementiers de
télécommunication pour réaliser l’adaptation de ces technologies aux spécificités du monde de
l’énergie (disponibilité, environnements électromagnétiques contraints, besoins de résilience
en cas d’incident énergétique majeur).

L’architecture générale mentionnée dans ce document s’appuie sur les recommandations


scientifiques exprimées au travers de différents groupes de travail internationaux tels que le
groupe de travail D2.24 du comité d’étude CIGRE (Système de gestion de l’énergie – Architec-
ture pour le 21ème siècle), le Comité Technique de normalisation IEC TC57 (Conduite des sys-
tèmes de puissance et échanges d’informations associées) ainsi que les projets de recherche
déjà réalisés dans le cadre de différents programmes internationaux liés au déploiement de
réseaux intelligents (en particulier le projet européen Fenix qui correspond aux fonctions du
point C6 du présent document).

48 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

Cette architecture distingue :

• les Systèmes liés à la gestion de Centrales Virtuelles Commerciales (CVPP), assurant


l’accès au marché d’une agrégation de centrales de production décentralisée et de
moyens de consommation flexible (agrégation de points de consommation flexible),
• les Systèmes liés à la gestion de Centrales Virtuelles Techniques (TVPP), assurant
la stabilité du réseau et l’optimisation des réseaux énergétiques dans leur ensemble
en prenant en compte, d’une part, le modèle technique de l’ensemble des ressources
de production, consommation et stockage fournies par les CVPP et, d’autre part, les
contraintes techniques et limites liées à la gestion des infrastructures de réseau.

Centrale Virtuelle Commerciale


(CVPP)
Internet

Ethernet Webservice CIM 61968 / 970

Opérateurs
de Réseau
Serveur
Centrale Virtuelle
Technique
(TVPP)

Ethernet MMS IEC 61850

Pilotage et
Comptage
intelligent

Résidentiel Tertiaire Industrie Energies renouvelables

Fig. 22 : L’architecture de contrôle des réseaux électriques intelligents

Le schéma précédent représente les différents étages de l’architecture de Système d’information


du réseau intelligent interconnectant les différentes sources de production, de consommation et
de stockage décentralisées jusqu’au niveau du pilotage des réseaux et des marchés. Il capitalise
sur le déploiement et la pénétration des réseaux IP aux plus bas niveaux des procédés et des
infrastructures. Il s’appuie sur les standards établis par le TC57 de l’IEC, en particulier :

• MMS IEC61850 pour l’échange d’informations techniques temps réel (pas de temps à
la seconde et moins), pour la gestion des services auxiliaires « primaires » entre les
moyens de production renouvelable et la Centrale Virtuelle Technique (par exemple le
contrôle de fréquence, pilotage de tension, réglages harmoniques, etc.),
• CIMxml Service Web (standard IEC) pour l’échange d’informations techniques (pas de
temps minute et plus) pour la gestion des services auxiliaires « secondaires » et ter-

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 49


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

tiaires entre les moyens de production renouvelable et la Centrale Virtuelle Commer-


ciale (programmes de production J-1 & Intraday, programmes d’équilibre, programmes
de réserves secondaires et tertiaires, etc.).

La Centrale Virtuelle couvre notamment les fonctions suivantes :

• Les outils de supervision des moyens de production et de consommation distribuée.


Un des premiers enjeux pour l’opérateur de réseau de transport est de disposer de
100 % d’observabilité de ces moyens de production ou de consommation flexible. Ceci
est possible via la connexion des systèmes de télémesure et d’échange d’informations
(DEIE) ou de systèmes SCADA via des protocoles de communication standards (IEC 870-
5-101/104 par exemple amenés à évoluer vers de nouveaux standards orientés objet tels
que l’IEC61850 permettant une intégration IT de ces ressources à moindre coût),
• Les outils de gestion active des moyens de production et de consommation distribuée,
• Les outils de prévision d’énergies renouvelables. L’intégration des prévisions de pro-
duction d’énergie renouvelable en France au niveau de la conduite est une étape clé
pour améliorer la connaissance des conditions à venir. Grâce à la mise à jour pério-
dique des prévisions, les incertitudes liées à la production intermittente des fermes
éoliennes ou solaires sont réduites et un calcul des nouvelles réserves de production
nécessaires peut être réactualisé afin de ne pas surdimensionner celles-ci. D’autre
part, la gestion d’alarmes associées à des fortes variations de conditions climatiques
ou de production d’énergie renouvelable peut alerter l’opérateur sur la nécessité de
relancer les études de sécurité réseaux sur la base des dernières informations reçues.
• Les outils de contrôle automatique des moyens de production et de consommation
distribuée. À ce jour, le contrôle automatique (asservissement automatique pour le ré-
glage secondaire fréquence / puissance) est relativement peu mis en œuvre dans les
pays européens au niveau des fermes éoliennes, alors même que la technologie et
la législation le permettent. L’enjeu se situe donc davantage au niveau de l’améliora-
tion de la connaissance des conditions d’exploitation des moyens de production (par
exemple la disponibilité des ouvrages de production) et de l’amélioration des prévisions
de production. De meilleures prévisions permettront un calcul optimal des besoins
de réserves et donc une minimisation des écarts et des sollicitations vers le marché
d’ajustement.

Deux entités distinctes composent une centrale virtuelle :

La centrale virtuelle Commerciale (CVPP, Commercial Virtual Power Plant) assure l’accès au
marché de l’électricité de la production de différents sites. Elle planifie, facture la fourniture
d’électricité et est aussi responsable des contrats de livraison. Elle dispose d’outils de prévi-
sion des moyens de production intermittents d’énergie distribuée, d’un suivi en temps réel de
la production et de la consommation par rapport aux prévisions. Elle est aussi en charge de la
supervision du vieillissement et de l’usure des équipements dont elle assure la maintenance.
C’est enfin elle qui se charge de centraliser les données de comptage et de facturer l’électricité
produite, en optimisant les revenus à partir du portefeuille de production et de la demande sur
le réseau.

La centrale virtuelle technique (TVPP, Technical Virtual Power Plant) assure la stabilité du ré-
seau d’énergie auxquels les moyens de production décentralisée agrégés sont connectés. Elle
dispose d’outils de supervision, de gestion et de pilotage centralisé des ressources connectées

50 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

au réseau en visant à préserver la disponibilité de ce dernier et en maximiser son usage temps


réel. Ces solutions de dispatching, généralement opérées par les gestionnaires de réseau, cou-
vrent en particulier les fonctionnalités suivantes :

• Les Outils de gestion de marché d’équilibrage


Ces outils offrent aux acteurs du marché une interface temps réel permettant un équi-
librage instantané du réseau en lien avec les programmes de production et de consom-
mation échangés avec les acteurs de production et les agrégateurs de consommation.
Ces outils sont critiques pour indiquer le prix de l’énergie en temps réel en fonction des
ressources énergétiques disponibles à chaque instant au niveau du système. Dans le
cadre des réseaux intelligents, ces outils doivent évoluer pour permettre une interac-
tion en temps réel des transactions énergétiques avec la granularité nécessaire pour
permettre aux agrégateurs de consommation de positionner leurs nouvelles offres
d’énergie flexible.

• Les Outils d’estimation d’état et d’analyse de contingence transport


Sachant que la majeure partie de la production d’énergie éolienne est injectée depuis
les réseaux moyenne tension (HTA), il est important pour les analyses de sécurité ré-
seaux de disposer d’informations fiables sur les injections effectives au niveau des
points de raccordement au réseau de transport, non seulement en temps réel, mais
aussi pour un futur proche. Grâce aux télémesures complémentées par les techniques
d’estimation, grâce au calcul d’agrégation des prévisions d’injection aux points de rac-
cordement au réseau de transport, les calculs d’estimation d’état gagnent en observa-
bilité et les calculs d’analyse de contingence gagnent en précision. Ces outils doivent
en particulier évoluer pour mieux intégrer les modèles liés à la gestion de ressources
de production intermittente et pour intégrer les points de consommation flexibles.

• Les Outils d’observabilité et d’analyse de contingence distribution


Tout comme pour la conduite des réseaux de transport, un des principaux enjeux de
la conduite en distribution est de disposer d’informations fiables en temps réel ainsi
qu’en prévisionnel (d’où l’importance d’un interfaçage avec les outils de prévisions de
production, notamment pour les parcs d’éoliennes). Grâce à ces informations, les ap-
plications d’analyses réseaux peuvent détecter les risques potentiels de surcharge et
permettre à l’opérateur de modifier les consignes de production voire de consomma-
tion (lorsque cette dernière est flexible) pour revenir à des conditions d’exploitation
normales. Un autre enjeu est de s’assurer qu’aucun moyen de production décentralisé
n’opère en condition de réseau isolé, ceci afin de limiter les risques de sécurité et de
dommages sur les réseaux, ouvrages et personnels intervenant sur ces réseaux.

• Les Outils de pilotage de Tension


Un des problèmes de l’insertion de productions décentralisées et de véhicules élec-
triques dans les réseaux de distribution est la possibilité d’avoir un plan de tension
hors condition nominale d’exploitation. Dans ce cas, et si les ouvrages réseaux et de
production le permettent, il est possible d’optimiser le plan de tension sur ces réseaux
grâce à des fonctions de type VVC (Voltage Var Control) qui permettent d’asservir des
profils de tension, sous réserve de disponibilité de téléinformation, d’intelligence lo-
cale et d’actionneurs avec effet sur la consigne de tension. Ces outils permettent en
particulier une meilleure optimisation des pertes au niveau des systèmes énergétiques
dans leur ensemble.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 51


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

D.3 Pilotage de la demande

En aval du compteur, les entreprises du Gimélec offrent différents types de systèmes d’automa-
tisation, d’efficacité énergétique active et de gestion de la demande, partie prenante de la ges-
tion active dans l’industrie, dans les bâtiments tertiaires et résidentiels (Cf C7-8-9) au service
des utilisateurs et des consommateurs.

Dans le monde industriel, par exemple, les systèmes de contrôle-commande de procédés et


d’utilités énergétiques intégrant des moteurs électriques à vitesse variable permettent une
plus grande flexibilité des processus industriels.

Dans le monde tertiaire et commercial, les offres de Gestion Technique du Bâtiment s’adaptent,
en intégrant le pilotage de systèmes et la gestion de données techniques et économiques en
interaction avec le réseau électrique et les systèmes de communication associés.

Proposées aux maîtres d’ouvrage et gestionnaires de bâtiment soucieux d’optimiser leur effi-
cacité énergétique, ces solutions intègrent différentes technologies déjà disponibles (contrô-
leurs programmables, système de comptage et de sous-comptage, téléservices…) qui permet-
tent d’envisager, avec les acteurs qui conviennent, le développement rapide et prioritaire d’un
marché de l’effacement dans le monde tertiaire.

Aux consommateurs domestiques, les entreprises du Gimélec proposent des systèmes gestion
de la demande intégrant des offres d’effacement qui pilotent au plan énergétique des systèmes
domotiques existants ou à installer. Associées ou non à un compteur communicant et via des
interfaces utilisateurs dédiées, ces applications offrent la possibilité au consommateur de me-
surer précisément l’impact de ses usages électriques (coût et impact CO2) et de modifier ses
comportements pour améliorer son efficacité énergétique de façon active, tenant compte d’une
nécessaire modulation tarifaire dynamique.

Efficacité domestique
• Gestion du consom'acteur
dans le secteur résidentiel
• Intégration des
Gestion de véhicules électriques
l'offre et de
la demande

Efficacité tertiaire
et industrielle

• Gestion
informatique
des données Tertiaire Industrie Datacenter
• Systèmes
de comptage
communiquant

• Gestion active des bâtiments


• Intégration des
véhicules électriques

Fig. 23

52 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

Ces mêmes entreprises offrent des dispositifs de stockage diffus (associés aux installations
de production domestique d’ENR). En adaptant la courbe de production locale à la courbe de
charge domestique, ces dispositifs permettent de réaliser au plus près du consommateur un
meilleur équilibre production-consommation.

Le pilotage de la demande passe aussi par des solutions d’agrégation et d’effacement diffus
intégrées à la centrale virtuelle (cf. paragraphe précédent).

Ce type d’offre de service consiste à agréger des capacités d’effacement diffus dans les diffé-
rents foyers afin de valoriser sur le marché de l’énergie une capacité de délestage. Ce délestage
peut être effectué sur ordre extérieur ou, plus simplement, en fonctionnement automatique sur
les heures de pointe. Le consommateur en sera averti la veille et aura moyen de déroger au
délestage. L’efficacité de ce type de pilotage peut être renforcée par la mise à disposition d’un
stockage auprès des producteurs domestiques d’ENR.

D.4 Infrastructures de télécommunication

Les entreprises du Gimélec ont toujours associé à une infrastructure de télécommunication les
équipements et les infrastructures fournis à leurs clients. En effet, parallèlement à l’architec-
ture physique de transport et de distribution électrique, le réseau de communication assure la
circulation d’informations nécessaires à la gestion du réseau : pas de système de supervision
d’infrastructure sans transmission de données et système de télécommunication associé…
On peut d’ailleurs remarquer que le réseau de fibre optique installé sur le réseau de RTE est
le troisième plus long de France, avec 15.000 kilomètres de fibre optique portés par près de
250.000 pylônes électriques. Au delà de son usage propre, RTE valorise d’ailleurs ses infras-
tructures télécom en les louant, via sa filiale @rteria, aux collectivités territoriales et aux opé-
rateurs de télécoms.

Pour autant, l’intégration de la production décentralisée va nécessiter un renforcement consi-


dérable des capacités des infrastructures de télécommunication. Les évolutions récentes et la
standardisation des réseaux télécom autour de l’IP ou des standards issus du TC 57 de la CEI ou
de la CEI 61850 apportent des solutions à forte valeur ajoutée (flexibilité et simplicité de l’accès
à l’information, transparence et partage d’interfaces standardisées). Cependant, ces solutions
nécessitent d’être correctement couplées au réseau électrique et de répondre à ses besoins
spécifiques. Les enjeux de cybersécurité, de protection et de confidentialité des données de-
meurent particulièrement cruciaux à tous les niveaux du réseau.

Fortes de leur expertise métier dans le monde électrique, les entreprises du Gimélec four-
nissent aujourd’hui des solutions de téléconduite et télécontrôle des postes et centrales de
commande qui utilisent les infrastructures télécoms parallèles aux infrastructures électriques.
Les entreprises du Gimélec souhaitent poursuivre cette collaboration fructueuse avec les
entreprises du monde des télécoms et des technologies d’information et rappeler que l’in-
frastructure du réseau électrique est absolument indissociable de son « intelligence ». Les
infrastructures de télécommunication associées au développement d’un réseau d’électricité
intelligent devront être le fruit d’une vraie intermédiation entre les métiers et les expertises
intersectorielles.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 53


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

D.5 Systèmes d’information

Les entreprises du Gimélec n’ont donc pas vocation à proposer à leurs clients des solutions de
systèmes d’information de gestion. En revanche, les équipements et infrastructures qu’elles
fournissent à leurs clients embarquent de plus en plus de couches logicielles intégrées
(firmware) associées à des systèmes d’information techniques dédiés à leur métier. Ces couches
logicielles permettent de contrôler et de piloter au mieux ces équipements. Les entreprises du
Gimélec sont donc des fournisseurs de logiciels sur leurs propres équipements et proposent
à leurs clients des logiciels spécifiques de leurs métiers, en particulier les applicatifs d’un ré-
seau électrique intelligent.

En conséquence, la responsabilité des entreprises du Gimélec est de fournir des systèmes de


gestion technique qui puissent s’interfacer au mieux avec les systèmes d’information, les ERP
et autres systèmes de gestion. Ce faisant, les flux bidirectionnels d’information peuvent être
véhiculés par le réseau de télécommunication vers des partenaires qui sauront en tirer profit
(facturation, information, supervision et gestion, etc.).

Les entreprises du Gimélec souhaitent rappeler que les développements logiciels nécessaires
au déploiement d’un réseau électrique intelligent seront le fruit d’une collaboration accrue
entre les parties prenantes et que les solutions de systèmes d’information n’ont de sens qu’en
interaction et en bonne compréhension avec les données des équipements électriques.

Cette coopération accompagne, en particulier dans le cadre de ces partenariats, les aspects liés à
la cybersécurité, afin de protéger les réseaux contre tout risque d’attaque qui pourrait se traduire
par une prise de contrôle du réseau et son éventuel effondrement. Les entreprises du Gimélec
appliquent à cette fin un certain nombre de règles, de normes et de standards existants.

De même, toujours dans le cadre de ces collaborations, elles intègrent dans leurs démarches
de conception les principes fondamentaux liés à la gestion de données privées.

D.6 Solutions à bases d’électronique de puissance

L’électronique de puissance regroupe l’ensemble des technologies qui permettent la com-


mande électronique des processus de conversion de l’électricité (onduleurs, redresseurs, etc.).
Ces technologies sont au cœur du métier des entreprises du Gimélec.

L’électronique de puissance va prendre une importance croissante dans le management de


l’énergie, en particulier dans les réseaux électriques. Ces technologies sont présentes à tous
les niveaux de la chaine électrique, des moyens de production aux équipements des consom-
mateurs en passant (bien évidemment) par le réseau électrique. Fondées sur des systèmes
électroniques, elles facilitent la transmission, la collecte et le partage d’informations, en temps
réel avec d’autres éléments du réseau. Leur développement et leur intégration au réseau per-
mettent donc de les mettre au service du développement des réseaux électriques intelligents.
Ces technologies offrent des solutions particulièrement attractives pour faciliter le dévelop-
pement des énergies renouvelables. Toutes les éoliennes ainsi que les installations solaires
photovoltaïques comprennent des convertisseurs permettant la connexion au réseau. Pour

54 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

de grands parcs de production éolienne off-shore installés loin des côtes, des autoroutes de
l’énergie à base de liaisons en courant continu à haute tension (HVDC) assureront la connexion
au réseau. Des quantités importantes de courant, produites parfois à plus de 50 km des côtes,
peuvent ainsi être transmises avec des pertes et des coûts réduits. Tous ces équipements ont
aussi un rôle important pour assurer une qualité d’électricité élevée, conforme aux règles im-
posées par les opérateurs de réseau.

Ces technologies sont également au cœur des dispositifs de pilotage des solutions de stockage
et de gestion de la charge/décharge des batteries. Les entreprises du Gimélec offrent les so-
lutions technologiques qui permettent aux fournisseurs d’une solution de stockage d’enrichir
la fonction d’une batterie par des fonctionnalités complémentaires et de disposer ainsi d’un
système performant de stockage adapté aux différents besoins d’un réseau électrique. Elles
apportent des solutions aux différentes échelles, de la gestion de moyens de stockage pour lis-
ser des fluctuations à très court terme à la gestion et au pilotage des infrastructures de charge
des véhicules électriques, en passant par le stockage de quelques minutes (qui améliore la
disponibilité de l’alimentation électrique dans un bâtiment tout en procurant une certaine ca-
pacité de délestage).

L’électronique de puissance offre également des solutions pour améliorer l’efficience du réseau
de transport. Elle se retrouve ainsi dans les Systèmes de Transmission Flexible en Courant
Alternatif (FACTS, Flexible Alternating Current Transmission Systems), ensemble d’équipements
d’appoint utilisés pour contrôler la tension, assurer la stabilité dynamique et améliorer les
capacités de transit des réseaux.

Les entreprises du Gimélec proposent enfin des solutions d’électronique de puissance inno-
vantes aux clients industriels. Les équipements (variateurs de vitesse, onduleurs, filtres harmo-
niques actifs et passifs, redresseurs qui intègrent des semi-conducteurs comme les thyristors,
etc.) ont pour objectif d’optimiser la qualité de l’onde électrique utilisée par les équipements
industriels. Ils permettent notamment la compensation d’énergie réactive, c’est-à-dire la dimi-
nution de la part de la puissance du courant alternatif qui n’est pas transformée en chaleur ou
en travail par les équipements électriques 19. Ce faisant, l’énergie totale soutirée au réseau est
globalement réduite. Avec des économies d’énergie réalisées qui se chiffrent par dizaines de %
de la consommation globale, les procédés de compensation d’énergie réactive constituent des
solutions extrêmement attractives en matière de maîtrise de la demande d’électricité.

D.7 Architectures d’ensemble de systèmes et sous-systèmes

Un réseau électrique intelligent repose sur l’interaction de multiples compétences, des produc-
teurs d’électricité aux consommateurs de tous types, en passant par les gestionnaires du ré-
seau. S’y ajoutent de nouvelles parties prenantes, tels que les acteurs de la mobilité électrique
(constructeurs automobiles), les acteurs du monde des systèmes d’information, ou encore les
acteurs de la domotique. Un réseau électrique intelligent est ainsi un véritable écosystème.

Dès lors, la valeur ajoutée générée par chaque sous-système rattaché au réseau dépend prio-
ritairement de son intégration optimale dans l’architecture d’ensemble de ce réseau. Ainsi, si
l’installation de compteurs communicants est une condition sûrement nécessaire à la mise
en œuvre d’une tarification flexible et dynamique, elle est très loin d’être suffisante. Sans une

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 55


D. Solutions techniques et architectures des systèmes d’information

vision d’ensemble et une compréhension des enjeux de cohérence globale de l’écosystème,


il est tout à fait envisageable d’assister au développement d’architectures de sous-systèmes
particulièrement réussies en elles-mêmes, mais qui ne permettront pas d’accompagner le dé-
veloppement d’un véritable réseau d’électricité intelligent, et les objectifs fixés ne pourront pas
être atteints.

Les entreprises du Gimélec proposent des solutions d’équipement et d’architecture système


à tous les acteurs des réseaux électriques. Elles bénéficient d’une vision globale des futurs
réseaux électriques intelligents et sont bien positionnées pour en accompagner les enjeux de
coordination globale.

Elles insistent sur l’intérêt de collaboration à l’échelle européenne au travers de consortiums


et de politiques ainsi que sur l’importance d’une standardisation globale et cohérente. Elles
mettent également l’accent sur la nécessité de partage entre les parties prenantes de plates-
formes communes de développement.

Dans ce cadre, le Gimélec a vocation à devenir le chef de file de cet écosystème complexe et
souhaite, par l’expertise acquise lors de ses travaux techniques et normatifs au plan interna-
tional et par sa compréhension des besoins, se faire le porte-parole de l’industrie à tous les
niveaux des pouvoirs politiques nationaux et européens.

56 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


E. Opportunités pour une filière
industrielle française du Smart Grid

E.1. Une filière industrielle performante qui trouve


des relais de croissance

E.1.1 Des écosystèmes de croissance

La France bénéficie aujourd’hui d’une industrie énergétique et électrique de renom, filière d’ex-
cellence internationalement reconnue et dotée d’un socle normatif performant.

Le contexte énergétique est globalement positif en France, avec un faible coût collectif de
l’électricité 20, une production peu carbonée 21, une bonne sécurité d’approvisionnement, des ta-
rifs intéressants pour les particuliers, une stabilité du réseau et un faible niveau de congestion
en dehors de quelques régions (Bretagne, PACA). Ce contexte, associé à un certain nombre de
solutions technologiques et industrielles déjà disponibles, offre un terrain favorable à l’émer-
gence de réseaux électriques intelligents.

À l’instar du programme électronucléaire des années 1970 qui avait permis l’émergence de la
filière électrique actuelle, l’émergence d’une filière Smart Grid reconnue constitue une grande
opportunité pour la France de maintenir son leadership industriel en Europe et dans le monde.

La filière industrielle électrique, représentée par le Gimélec, est constituée par les fournisseurs
d’équipements et de services pour l’ensemble des acteurs du réseau, de la production d’élec-
tricité aux consommateurs industriels, tertiaires et domestiques. Cette filière industrielle se
complète par sa filière aval, constituée par l’ensemble des acteurs qui sont à l’interface entre
l’industrie et le consommateur : les installateurs et metteurs en œuvre de nos offres, les gros-
sistes et distributeurs, les bureaux d’étude, les entreprises de service de maintenance, les
entreprises de chauffage et de climatisation ou encore les opérateurs de réseau.

Pour se développer, cette filière doit être soutenue par de véritables écosystèmes de crois-
sance. Ces écosystèmes intègrent de nombreux acteurs : aux acteurs historiques de la filière
se joignent aujourd’hui de nouveaux entrants, qui proposent de nouvelles sources de valeur
ajoutée dans de nouveaux cadres d’interaction. Ils sont les porteurs de nouvelles offres de
produits et de service associées à de nouveaux modèles d’affaires, offres qui permettront le
développement d’un réseau électrique intelligent.

Auprès des gestionnaires de réseau doit se développer un écosystème dédié, constitué d’ac-
teurs qui proposeront des offres de stockage local, de production locale (centrale virtuelle de
production), d’effacement de consommation (agrégateurs de demande), d’optimisation du ré-
seau, de prédiction de charge ou encore de maintenance des installations.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 57


E. Opportunités pour une filière industrielle française du Smart Grid

Auprès des consommateurs doivent se développer des offres de services de gestion énergé-
tique (pilotage de la production décentralisée, effacement, optimisation multi-énergie, gestion
de la charge des véhicules électriques), des contrats d’engagements de performance (bâti-
ments tertiaires, collectivités) ainsi que des offres de contrats énergétiques plus flexibles et
enrichis de services additionnels (facturation dynamiques de l’électricité, facilités de change-
ments de puissance ou de transfert d’abonnement, choix d’une électricité verte, etc.).

L’ensemble des fournisseurs d’équipements pour la maison participe au développement d’un


réseau électrique intelligent en associant leurs produits et leurs offres au réseau (gestion-
naires d’énergie, afficheurs, etc.). Ils peuvent être associés aux acteurs télécom dont les
atouts (grande connaissance du client final, capacités de facturation, d’assistance, maîtrise
des canaux de distribution et de communication, image technologique) peuvent les amener à
proposer des offres triple play enrichies d’offre domotique ou de GTB évoluée intégrant de la
gestion énergétique.

Enfin, les acteurs du monde du transport électrique (constructeurs automobiles, transport


publics) doivent s’associer aux membres de la filière électrique, leurs offres étant indisso-
ciables des infrastructures du réseau associées. Ils forment ensemble un autre écosystème
de croissance pour la filière électrique.

E.1.2 Nouveaux modes d’interaction

Un réseau électrique intelligent repose sur des modes d’interactions nouveaux entre toutes
ces parties prenantes. Ces interactions sont rendues possibles par des interfaces d’échange
claires et standardisées.

Les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution vont devoir faire face à des flux
d’électricité désormais bidirectionnels, les consommateurs pouvant également être des pro-
ducteurs. Ces flux supposent une collaboration plus avancée (systèmes de contrôle, partage
d’information en temps réel) entre les gestionnaires de réseaux, pour favoriser des équili-
brages locaux (sur le réseau de distribution) tout en assurant la stabilité et la sécurité globale
du réseau.

Comme les producteurs, les fournisseurs de solutions de stockage, d’effacement ou de pilotage


de la charge des véhicules électriques doivent pouvoir trouver leur place dans le fonctionne-
ment des marchés de l’électricité au travers d’engagements contractuels justes pour tous les
acteurs auprès des gestionnaires de réseau. Le consommateur doit bénéficier d’informations
pertinentes concernant ces offres pour en percevoir la valeur.

Les données issues du comptage vont être multiples et riches. Le gestionnaire du réseau de
distribution doit gérer les flux, retransmettre les informations reçues en toute confidentialité,
et partager les données de façon efficace fiable et non discriminatoire aux fournisseurs de ser-
vices reconnus comme tels.

E.1.3 Effet d’entraînement et rôle des entreprises du Gimélec

La filière Smart Grid, qui regroupe donc des acteurs multiples aux compétences distinctes mais
complémentaires, pourra avoir un effet d’entraînement important sur toutes les industries qui

58 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


E. Opportunités pour une filière industrielle française du Smart Grid

y sont liées au travers des écosystèmes de croissance – transport, bâtiment et activités de


services associées (installeurs, réparateurs, etc.) –, à supposer qu’il y ait un cadre juridique et
réglementaire adapté à la collaboration de tous ces acteurs.

La diversité des acteurs, tant par leur taille, leur positionnement et leur expertise, démontre
bien l’enjeu de coordination globale et de définition d’interfaces claires entre toutes ces parties
prenantes, au service de notre stratégie énergétique.

En tant que fournisseurs de solutions technologiques et de services associés, les entreprises


du Gimélec sont présentes à tous les niveaux de la filière et proposent des offres répondant à
toutes les valeurs d’usages de chaque typologie de clientèle. Leur vision s’appuie sur des réa-
lités industrielles (technologies existantes et souvent éprouvées), sur leur connaissance des
spécificités du monde de l’électricité et sur l’ambition de bâtir les modèles économiques qui
génèrent une véritable valeur ajoutée auprès des clients. Elles préconisent de s’appuyer sur
leur expertise pour construire un écosystème globalement performant et pérenne, c’est-à-dire
capable de répondre aux valeurs d’usages perçues par les clients.

Les expériences passées ont bien montré que sans l’adhésion des utilisateurs, les meilleures
technologies ne trouvent pas de marché (ex : le véhicule électrique et la domotique dans les
années 1990). On peut d’ailleurs remarquer que les déploiements des compteurs communi-
cants en Californie, Texas et aux Pays-Bas sont ralentis actuellement à cause de procédures à
l’initiative de groupes de consommateurs.

E.2. Grands acteurs historiques


et entreprises émergentes de la filière

Les potentielles parties prenantes du développement d’un réseau électrique intelligent sont de
natures très variées. La France voire l’Europe disposent de leaders internationaux, de nouveaux
entrants et d’un foisonnement de startups innovantes et émergentes.

Les industriels de la filière sont des firmes multinationales reconnues et intégrées. Ils sont les
fournisseurs des grands producteurs d’électricité et gestionnaires de réseau, dans un contexte
de monopole ou quasi-monopole en France et en Europe. La filière compte aussi des entre-
prises plus spécialisées – chacune bien souvent leader mondial dans son domaine – ainsi qu’un
grand nombre de spécialistes, de généralistes et de startups dans la fourniture de compteurs,
sur le marché des équipements de commande et de régulation, chauffage et climatisation.

Les écosystèmes de croissance se développent également grâce à de nombreux acteurs.

Les nouvelles offres de management de l’énergie sont en train de se développer, portées par
des startups ou filiales de grands groupes, sur les logiciels et services de récupération de don-
nées de gestion d’énergie. Des opérateurs dédiés aux offres d’effacement diffus à partir de
logiciels dédiés voient également le jour.

De nombreuses firmes se développent pour proposer des solutions de télécommunication qui


répondent aux besoins d’un réseau d’électricité intelligent : certaines entreprises technolo-
giques proposent des composants électroniques utilisant soit des technologies radio soit le

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 59


E. Opportunités pour une filière industrielle française du Smart Grid

courant porteur en ligne sur différents appareils destinés aux usages domestiques et tertiaires.
Les acteurs de la filière travaillent de longue date en partenariat avec ceux de l’industrie infor-
matique (équipementiers, fournisseurs de composants, fournisseurs de services informatiques
et de systèmes d’information de gestion, etc.).

Le stockage et le développement de batteries sont soutenus par les acteurs de la filière élec-
trique industrielle. D’autre part, des développements sont menés pour le compte des construc-
teurs automobiles dans le cadre des accords stratégiques qui se sont mis en place entre
constructeurs français et japonais, par exemple.

Les initiatives françaises répondent avant tout aux problématiques européennes, avec une forte
composante locale. Mais le marché auquel elles s’adressent à terme est mondial et elles peu-
vent aussi connaître de grands succès à l’export.

Les acteurs de la filière électrique intègrent aussi dans leurs projets d’innovation les acteurs
de leur filière aval.

E.3. Pôles de compétences, démonstrateurs


et projets de recherche

Les technologies et services mis au service d’un réseau électrique intelligent doivent être
fiables, abordables et compétitifs. Les modèles économiques associés doivent être pérennes,
c’est-à-dire que la valeur ajoutée de ces offres doit être correctement perçue par les différents
types de consommateurs pour justifier leur prix et leur assurer des débouchés.

Ces objectifs nécessitent un effort continu de R&D pour tester, valider et démontrer la valeur
et la pertinence de ces offres qui vont intégrer plusieurs dimensions (technologies électriques,
informatiques, service associés). Il s’agit de maintenir et de renforcer dans la durée les posi-
tions actuelles pour favoriser une filière d’excellence, avec des emplois non dé-localisables,
des technologies et de nouveaux métiers associés.

La France a donc intérêt à multiplier les projets de recherche, les pilotes et les démonstrateurs
pour se positionner comme un acteur de référence à l’international et faire levier avec son
expertise en termes d’architecture de réseaux électriques. Les projets de démonstrateurs à
grande échelle jouent, en particulier, un rôle crucial dans le développement et l’adoption d’un
réseau électrique intelligent, car ils constituent un moyen d’adhésion et de compréhension à
grande échelle des bénéfices d’un tel réseau (intégration de la dimension sociologique, expéri-
mentation grandeur nature de la maîtrise de la demande).

En partenariat avec le secteur industriel, les fournisseurs de services et les centres de re-
cherche publics comme privés, les entreprises du Gimélec se mobilisent déjà pour travailler
ensemble à la concrétisation de nombreuses solutions. Elles bénéficient du soutien des pou-
voirs publics (appels à projet et sources de financement). En Région Parisienne, en PACA, en
Rhône-Alpes, certains pôles de compétitivité accueillent ces projets de R&D.

La problématique de l’intégration au réseau des énergies renouvelables est traitée dans le cadre
de nombreux projets. Un programme de R&D européen lancé suite au 3ème paquet énergie de

60 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


E. Opportunités pour une filière industrielle française du Smart Grid

2009 a donné lieu au lancement de projets de recherche comme Twenties, consacré à la faisabilité
des réseaux off-shore à courant continu (HVDC), Safewind, dont l’objectif est d’améliorer les pré-
visions de production éolienne, ou encore Optimate, dédié à l’étude des modèles de marchés les
plus favorables à l’intégration des énergies renouvelables. L’expérimentation Linky, menée par
ERDF sous la supervision de la CRE et avec de nombreux partenaires adhérents du Gimélec, est
le premier projet de déploiement de compteurs intelligents à grande échelle en France.

Les problématiques liées à l’efficacité énergétique grâce à une plus grande implication du
consommateur sont également au cœur de nombreux projets de recherche. En France, le pro-
gramme Eco Watt a testé en Bretagne l’envoi de SMS à des volontaires pour les prévenir du
besoin de couper leurs appareils électriques. Le projet OPCO a pris le relais et teste la faisa-
bilité, le pilotage et l’impact de micro-coupures de courant sur les installations de chauffage
électrique des particuliers.

Le pilotage de la demande grâce au réseau électrique intelligent fait également l’objet de nom-
breuses études. En PACA, autre région française sensible aux coupures électriques, le projet
Premio, mené à Lambesc, cherche à associer de petits producteurs d’électricité et des consom-
mateurs à la gestion du réseau. L’expérimentation doit fournir des enseignements de terrain
sur le pilotage, sur un territoire donné, de ressources électriques de différentes natures, y
compris les capacités de production décentralisée, d’effacement et de stockage.

Le pilotage de la demande par effacement diffus va être étudié en France au travers d’expéri-
mentations telles que Greenlys et Millener, dans le cadre du 1er AMI. Celles-ci étudient l’impact
et la faisabilité technique de l’effacement, éventuellement associé à d’autres moyens de pilo-
tage de la charge comme le stockage. À l’échelle européenne, la France participe par exemple
à ADDRESS, doté de 16 millions d’euros sur quatre ans, dont les objectifs sont de proposer des
solutions techniques de délestage, d’en identifier les bénéfices et de proposer des structures
de marché (rôle des agrégateurs) et des mesures d’accompagnement nécessaires à son déve-
loppement.

Des projets comme Multisol, dont le relais a été pris par Reactiv’Home, ont pour objectif de
gérer l’énergie électrique et de l’optimiser en suivant des critères économiques et écologiques
sans dégradation de confort. Ils intègrent des études de scénarios de réduction des pics de
consommation, de valorisation optimale de l’électricité photovoltaïque et d’intégration du vé-
hicule électriques (charge et éventuel délestage). Doté de 88 millions d’euros sur quatre ans,
le projet HOMES regroupe 120 chercheurs et 14 partenaires européens, parmi lesquels EDF, le
CEA, Schneider Electric, Philips, Delta Dore et Watteco. Il a pour objet de doter chaque bâti-
ment des solutions d’efficacité énergétique active nécessaires pour atteindre sa meilleure per-
formance énergétique. Dédié aux bâtiments tertiaires et résidentiels, neufs comme existants,
il cherche à développer et évaluer l’impact dans la durée d’outils de gestion optimisée des
équipements électriques et d’outils d’optimisation des apports des énergies renouvelables. Il
s’accompagne du développement d’outils collaboratifs et simplificateurs pour la filière. HOMES
est donc un projet qui traduit une démarche d’intégration des technologies dans le bâtiment en
lien avec un réseau électrique intelligent.

D’autres projets comme ECOLINK regroupent des fournisseurs d’énergie (EDF), des agréga-
teurs et fournisseurs de service (Edelia, Netseenergie), des industriels du bâtiment (Legrand,
Delta Dore, Atlantic, Wirecom, Daikin) et des sociologues. Ce type de projet vise à développer et
expérimenter sur le terrain des systèmes qui répondent aux sollicitations du réseau électrique
pour optimiser l’équilibre entre offre et demande, répondre en urgence à des problématiques

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 61


E. Opportunités pour une filière industrielle française du Smart Grid

de congestion du réseau et/ou des pertes non programmées de groupe de production, pour
optimiser l’utilisation du parc de production.

L’appropriation de ces technologies par l’utilisateur s’avère déterminante, c’est pourquoi plus
de 650 sites résidentiels et 35 bâtiments tertiaires seront équipés de démonstrateurs et suivi
par des sociologues, afin d’en tirer des enseignements dans les domaines :

• Technologique : en expérimentant des solutions de communication entre l’amont et


l’aval du compteur électrique rendant les systèmes plus interopérables entre eux
• Sociétal : en étudiant l’acceptation de ces technologies et les nouveaux usages induits
auprès des utilisateurs
• Economique : en imaginant de nouveaux modèles économiques (agrégateurs de puis-
sance) qui chercheront à maximiser les retours sur investissement pour tous les acteurs.

Constituée pour définir l’impact des réseaux d’électricité intelligents sur la gestion de la
consommation et de la production d’énergie par les bâtiments au XXIème siècle, la chaire Eco-
noving se veut un catalyseur d’éco-innovation. Elle réunit des partenaires privés et publics :
SNCF, Alstom, GDF Suez, SAUR, ADEME, Ecole Centrale Paris, Supélec, ENS Cachan, etc.

T&D Europe, association européenne des fournisseurs d’équipements de réseau de transport


et distribution d’électricité, est l’émanation des organisations professionnelles nationales de la
filière électrique telles que le Gimélec. En partenariat avec l’université de Gênes, T&D Europe a
récemment lancé une étude consacrée à la définition de critères qui permettront d’évaluer pré-
cisément l’amélioration de l’impact environnemental du réseau électrique permise par leurs
équipements innovants. Cela permettra de mieux évaluer le potentiel du réseau électrique pour
atteindre les objectifs européens des « 3 x 20 ».

Les entreprises du Gimélec souhaitent aller plus loin dans l’accompagnement de la recherche
et proposent, au travers du projet Ireli, de créer un institut de recherche consacré exclusivement
aux réseaux électriques intelligents. Basé à Grenoble, il profiterait d’un bassin d’emploi, de com-
pétences et de formation unique en France, ainsi que des deux pôles de compétitivité Tenerrdis et
Minalogic. Ce projet, porté par l’INPG de Grenoble, permettrait de fédérer de façon transversale
l’industrie, la recherche et les acteurs institutionnels (ADEME, Etat, collectivités locales).

Il faut cependant noter que le régime actuellement en place pour le soutien des démonstra-
teurs ne permet souvent qu’un financement très partiel des équipements. Dans le cadre d’ex-
périmentations de solutions matérielles à grande échelle, ceci s’avère un handicap ; il est en
effet très complexe de faire cohabiter une exploitation commerciale avec une expérimentation
ainsi que des recettes liées à la vente d’un service avec la présence d’un soutien public. Il
conviendrait d’apporter une solution à cette limitation.

62 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


F. Feuille de route

F.1. La normalisation internationale


et les réseaux électriques intelligents

Les réseaux d’électricité intelligents regroupent des acteurs variés, porteurs de technologies
et de standards multiples. Si cette multiplicité de standards semble inévitable, il n’est pas pos-
sible d’envisager le développement de tels réseaux sans une convergence et une harmoni-
sation entre les différents secteurs, pour permettre l’interopérabilité indispensable entre les
parties prenantes.

Du point de vue normatif, cela se traduit par la nécessaire collaboration entre les différents
groupes normatifs, au travers de consortiums ou d’alliances portant la vision globale d’un ré-
seau électrique intelligent. Le plan normatif du développement des réseaux électriques intelli-
gents doit être concerté entre toutes les professions qui en sont partie prenante.

La feuille de route du Gimélec en termes de travaux normatifs est donc de participer active-
ment aux travaux où ses apports sont pertinents, mais aussi d’œuvrer au rapprochement de
tous les groupes de travail, pour une harmonisation dans le temps et l’espace des réflexions et
des standards qui en émergeront, aux niveaux français et européen.

Le Gimélec est d’ores et déjà très actif, en particulier au travers du Strategic Group 3 de l’IEC et du
Focus group du CEN-Cenelec-ETSI, groupes de travail européens au sein desquels nos membres
ont des rôles d’importance. Fortes d’une vision globale d’un réseau d’électricité intelligent et de
ses cas d’usages associés, ces activités ont l’ambitiond’analyser l’existant normatif, d’identifier
les éventuels manques et de proposer les développements additionnels nécessaires.

Au delà de ces actions, le Gimélec soutient les alliances porteuses de standards ouverts et
rappelle la nécessité de ne pas multiplier davantage le nombre d’initiatives normatives, déjà
foisonnantes en France, en Europe et dans le monde.

Les grandes orientations du Gimélec en termes de standardisation sont les suivantes :

• Mettre en priorité l’IEC comme instance première de standardisation de Smart Grid,


• Promouvoir et aider à l’harmonisation des modèles de données, sous le pilotage des
« électriciens »,
• Promouvoir les protocoles basés sur IP.

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 63


F. Feuille de route

Les adhérents identifient, dans ce contexte, sept grandes actions prioritaires :

• Promouvoir les bénéfices de l’emploi de standards (propositions de valeur clairement


identifiées et promues dans les communications institutionnelles).
• Accélérer les processus IEC relatifs au Smart Grid, s’adapter pour répondre aux chal-
lenges, accompagner la maturité croissante du domaine et mieux traiter la nécessité
d’une cohérence transverse entre les multiples Comités Techniques. L’action porte sur
l’expression des exigences (Use cases) et la réalisation des standards (modèles de don-
nées et de communication).
• Accroître la prise en compte de la sécurité et de la confidentialité des données et du système.
• Réduire les risques de divergence liés à la prolifération des activités mondiales de
standardisation.
• Equilibrer les efforts américains (NIST) vers une dimension plus internationale : Les
standards issus du NIST répondent aux besoins des Etats-Unis et ne répondent pas
dans certains cas aux besoins européens et français.
• Continuer à harmoniser les standards relatifs à la mesure d’énergie : l’existence de
différents modèles de données (COSEM, CIM, 61850) est source de confusion et freine
le développement.
• Mieux comprendre et coopérer avec les nouveaux acteurs majeurs des Smart Grids
(notamment les sociétés spécialisées dans les technologies de l’information).

PRODUCTION CONSOMMATION
INTELLIGENTE NEMA DoE Intelligrid NERC INTELLIGENTE

FP7-EU E-energy Gridwise IEC

SMART GRID

ERP IT UTILITÉS
Facturation
Centre d’appel
JTC1 BDI
SCM

IEC IEEE IEC TC57 EN EDIFACT


proprietary
Eolienne Charges
offshore Gestion d’énergie Systèmes de IEC industrielles et
(EMS) gestion de la commerciales
distribution CLC
IEEE IEC TC57
IEC TC65
ISO
Protection de Gestion Gestion des
Photovoltaïque l’intégrité du des actifs données de
distant système comptage
IEC TC57 IEC TC57
Recherche
UCA ESMIG Charges
résidentielles
IEC TC57
Automatisation et Automatisation de ISO TC205
Ressources protection du poste la distribution DRSG
énergétiques transformateur
réparties
Recherche
HVDC & Surveillance Compteurs
FACTS des états intelligents
Véhicules IEC Véhicules
électriques électriques
IEC IEC
Recherche Recherche

RÉSEAU DE TRANSPORT RÉSEAU DE DISTRIBUTION

Fig. 24

64 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


F. Feuille de route

F.2. Les modifications réglementaires et les incitations pour


développer les réseaux électriques intelligents en France

Le Gimélec propose qu’un certain nombre de mesures soient mises en œuvre par les Pouvoirs
publics français pour assurer un développement réussi des réseaux électriques intelligents.

Ces propositions sont classées par ordre hiérarchique décroissant en termes d’urgence d’ac-
tions pour le succès de la filière électrique industrielle dans la conquête de ces nouveaux
marchés à l’international.

Proposition majeure pour un marché domestique exemplaire

Proposition 1

Lancer rapidement plusieurs démonstrateurs à l’échelle d’une ou plusieurs


1.1.
régions pour les réseaux électriques intelligents du futur dans le cadre du I
programme des Dépenses d’Avenir, à condition d’être coordonnés entre eux.
Structurer un fonds d’amorçage dédié aux réseaux électriques intelligents
1.2.
pour l’assurance d’une action à long terme et par un fléchage de taxes I
existantes pour la constitution des fonds propres.

Incitation

Mesures réglementaires pour la structuration du nouveau marché de l’électricité

Proposition 2

Généraliser la régionalisation de la gestion des réseaux électriques


2.1.
intelligents après l’évaluation du démonstrateur en termes de mutation de R
modèle économique.
Accroître la transparence de gestion du TURPE en termes d’accès aux
2.2.
financements réservés à la promotion de l’innovation par les industriels R
de la filière.

Proposition 3

Lancer la concertation autour des projets de décrets et d’arrêtés à



prendre en application du projet de loi NOME en cours d’adoption en R
profitant de la plateforme du COSEI.

Proposition 4

Etablir un tarif d’autoconsommation de l’électricité produite par des


R
énergies renouvelables et durables.

Réglementation

RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS • 65


F. Feuille de route

Propositions en faveur du « consom’acteur »


pour assurer des débouchés aux nouvelles technologies de l’énergie

Proposition 5

Organiser la fongibilité des certificats d’économies d’énergies en



« certificats carbone » pour générer les fondations d’un marché réel et R I
assurer ainsi la liaison avec le marché européen des certificats carbone.

Proposition 6

Conditionner les aides fiscales « économies d’énergies » pour les clients



domestiques à des offres garantissant des résultats réels en termes R I
d’économies d’énergies et de réduction d’émission de CO2.

Proposition 7

Adopter une réglementation spécifique pour la protection des données per-


R
sonnelles du « consom’acteur ».

Réglementation Incitation

Propositions transversales en faveur d’une fiscalité environnementale durable

Proposition 8

Créer un Conseil National de l’Energie Durable composé des associations


R
de consommateurs, des syndicats patronaux et salariés, et de l’Etat.

Proposition 9

Réformer la RT (Réglementation Thermique des bâtiments) en R3E



(Réglementation Efficacité Energétique et Environnementale) afin d’acter
de l’interdépendance entre les réseaux et les bâtiments, et migrer vers R I
la culture du résultat par une approche systématique englobant tous les
vecteurs énergétiques.

Proposition 10

Mobiliser les acteurs institutionnels européens pour relancer le débat sur



une Contribution Climat Energie aux frontières de l’Union Européenne.

Réglementation Incitation

-oOo-

66 • RÉSEAUX ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS


Notes explicatives

1 Source : Rapport annuel 2009 RTE.


2 Le rapport entre le prix d’un MWh en base et celui d’un MWh en pointe peut être de 1 à 200
sur les marchés de l’énergie en Europe.
3 Pour rappel, la puissance électrique instantanée est généralement mesurée en Watts (W).
Le Wattheure (Wh) est l’unité de mesure de la consommation de quantité d’électricité (1Wh
correspond à la quantité d’énergie consommée par un appareil utilisant 1W pendant une
heure).
4 Source : Agence internationale de l’énergie (AEI)
5 Cf. « Le contenu en CO2 du kWh électrique », ADEME & RTE, 2007
6 Afin de diminuer les pertes d’électricité par effet Joule (résistance thermique des matériaux
conducteurs), l’électricité est transportée sur de longues distances à de hautes et très
hautes tensions (de 63.000 à 400.000 Volts en France). La tension est ensuite diminuée par
un ensemble de transformateurs pour atteindre 230 ou 400 Volts lorsqu’elle est distribuée au
consommateur.
7 Source : Rapport annuel 2009 de RTE
8 Source : Rapport annuel 2009 de RTE
9 Selon leur lieu de charge (public ou privé), le moment et la durée de charge (charge lente,
rapide, ultra-rapide), la demande d’électricité d’un véhicule électrique sera très variable et
impactera fortement le moment et le niveau de pointe.
10 Source : Rapport annuel 2009 de RTE
11 Source : RTE
12 Source : Expert Group 1 from UE Commission Task Force for Smart Grids - Functionalities of
Smart Grids and Smart Meters.
13 Expression consacrée en anglais par smart home.
14 Expression consacrée en anglais par smart building qui inclut de facto les micro-réseaux
électriques intelligents (microgrids).
15 Il s’agit de générer un contexte législatif, réglementaire et fiscal favorisant les flux physiques
(électron) et monétaires (euros).
16 Il est à noter que la matrice du COSEI SEISE a été volontairement allégée pour simplifier la
lecture, sans toutefois modifier le schéma, les fonctions et leurs intitulés respectifs.
17 Comité d’Orientation Stratégique des Eco-Industries co-piloté par le Ministre de l’Ecologie
et le Ministre de l’Industrie qui ont confié au Gimélec la présidence du groupe de travail
Systèmes Electriques Intelligents et Stockage de l’Energie.
18 Source: GeSI, BCG –Smart 2020 US Addendum
19 L’énergie électrique est essentiellement distribuée aux utilisateurs sous forme de courant
alternatif. L’énergie consommée est composée d’une partie “active”, transformée en chaleur
ou mouvement, et d’une partie “réactive” transformée par les actionneurs électriques pour
créer leurs propres champs électromagnétiques. L’utilisateur ne bénéficie que de l’apport
énergétique de la partie “active”; la partie “réactive” ne peut pas être éliminée, mais doit être
compensée par des dispositifs appropriés.
20 Le KWh coûte en moyenne 30% en France que dans le reste de l’Europe occidentale.
21 Le MW produit en France est en moyenne 50% moins carboné que celui produit en Allemagne.
© Gimélec - Tous droits réservés - Edition mars 2011 - Réalisation : www.pianoforte.fr

Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés


11-17 rue de l’Amiral Hamelin - 75783 Paris cedex 16 - France - Tél. : +33 (0) 1 45 05 71 55 - www.gimelec.fr

Vous aimerez peut-être aussi