DICTIONNAIRE
DES
PHILOSOPHES ANTIQUES
DICTIONNAIRE
DES
PHILOSOPHES ANTIQUES
publié sous la direction de
RICHARD GOULET
Chercheur au CNRS
Babélyca d' Argos à Dyscolius
CNRS ÉDITIONS
20/22, rue Saint-Amand, 75015 PARIS
1994
112
DSQ
1994
v .2
© CNRS Éditions, Paris, 1994
ISBN : 2-271-05195 .9
grad
41406151
philo
62/25 /04
AVANT-PROPOS
Voici une nouvelle moisson de plus de cinq cent-quarante philosophes
antiques ou du moins de témoins importants du mouvement philosophique dans
l' Antiquité. Il nous aura fallu plus de quatre ans pourmettre au point ce second
tome qui nous permet d'atteindre la lettre D . C 'est un délai bien long quand on
regarde tout le programme qui reste à réaliser.Mais identifier et sélectionner ces
centaines de noms, aller chercher dans une quinzaine de pays près d 'une cen
taine de rédacteurs compétents, les rappeler périodiquement à leurs engage
ments, puis adapter et souvent traduire leurs notices écrites en quatre ou cing
langues , en assurer la saisie typographique sur micro -ordinateur, la mise en
page, la correction, l' indexation , et enfin l'impression est un lourd travail qu 'on
ne saurait brusquer, d 'autant plus que, reposant sur l'amicale collaboration de
collègues tous plus occupés les uns que les autres, notre projet est fort dépendant
des disponibilités de chacun s 'il veut recourir pour certaines notices aux spécia
listes les plus compétents.
Dans la préparation de ce deuxième tome, mon fardeau a été allégé par la
précieuse assistance de Jean -Marie Flamand, que la Direction scientifique du
Départementdes Sciences de l'homme et de la Société du C .N . R .S . a bien voulu
affecter en commun à l'Année philologique et au Dictionnaire des philosophes
antiques. Jean -Marie Flamand a assuré la saisie de plusieurs notices en collabo
ration parfois avec leurs auteurs, il s'est chargé d 'un certain nombre de notices
importantes et difficiles , a minutieusement relu les premières épreuves du
manuscrit et a patiemment collaboré aux innombrables vérifications auxquelles
la phase finale de préparation de cet ouvrage m ' a contraint de procéder.
Je dois également remercier deux autres collègues qui ont pris la peine de
relire l'ensemble des épreuves. Tiziano Dorandi tout d 'abord a enrichi nombre
de notices en puisant dans sa vaste érudition de philologue et de papyrologue .
Quant à Simone Follet, elle a renouvelé le service qu 'elle nous avait rendu lors
de la publication du premier tome en relisant et annotant l'ouvrage avec une
minutieuse attention, débusquant d' innombrables fautes de toutes sortes, repé
rant les contradictions et les obscurités de l'argumentation, les imprécisions et
les lacunes de la bibliographie . Nous avons profité de ses remarques pour véri
fier des centaines de références bibliographiques en plusieurs langues. S 'il n 'a
pas toujours été possible de conduire toutes les notices jusqu'au point de
perfection dont ses indications montraient la voie , la qualité finale de l'ouvrage
doitbeaucoup à sa perspicacité et à son inépuisable érudition .
Plusieurs autres collègues nous ont apporté leur concours, en proposant le
nom de rédacteurs compétents ou en relisant et révisant certaines notices
relevant de leur domaine de recherche. Pour le secteur arabe, nous avons pu
DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
compter sur l'aide amicale de Maroun Aouad qui prépare maintenant, avec
Roshdi Rashed , un Dictionnaire des philosophes et des savants arabes (du jer au
ve siècle de l'hégire ). Enfin , Pedro Pablo Fuentes González, de l'Université de
Grenade, nous a acquis , pour plusieurs historiens, la collaboration de collègues
espagnols spécialistes de l'historiographie antique et a assuré l'adaptation fran
çaise des notices qu 'ils ont bien voulu rédiger pour nous. A eux et à tous ceux
qu 'il n 'est pas possible de nommer individuellement, j'adresse mes remer
ciements .
Je dois également remercier mon épouse ,Marie-Odile Goulet-Cazé, qui s'est
chargée de la relecture finale du Dictionnaire et a ainsi permis la correction de
nombreuses fautes ou coquilles .
La préparation de ce dictionnaire est, dans le cadre du C .N .R .S., l'une des
“ opérations de recherche " de l'Unité propre de recherche 76 (« Histoire des
doctrines de la fin de l'Antiquité et du HautMoyen Age »), fondée par M . Jean
Pépin et actuellement dirigée par Marie-Odile Goulet-Cazé. Depuis avril 1992, à
cette U .P.R . s'est adjointe l'équipe parisienne de l'Année philologique, dont le
rédacteur en chef est Pierre -Paul Corsetti. Ce rapprochement institutionnel a été
l'occasion d 'une collaboration étroite entre les chercheurs et les ingénieurs de
ces deux projets, de même qu 'avec deux autres entreprises bibliographiques ani
mées par des chercheurs de l’U . P . R . 76 : la Bibliographie platonicienne de Luc
Brisson et le Bulletin augustinien de Goulven Madec, et deux revues publiées
sous la responsabilité de membres de la même équipe : la revue Chrysopæia
dirigée par Sylvain Matton et les Archives d 'histoire doctrinale et littéraire du
Moyen Age, dont la rédactrice en chef est Françoise Hudry . Les échanges que
permet cette concentration de responsables de publications érudites a été pour
nous un grand stimulant. Je tiens à préciser que la préparation de ce second tome
a été financée uniquement sur les crédits de l'U .P .R . 76 et je remercie lesmem
bres de cette équipe d'avoir accepté que leurs crédits de fonctionnement soient
ainsi amputés.
Je ne puis achever cette introduction sans rappeler la disparition d'un de nos
collaborateurs de la première heure. Christian Guérard, chercheur au C .N .R .S ,
décédé le 13 décembre 1991, consacrait ses recherches au néoplatonisme et,
bien qu'il fût rattaché au Centre Léon Robin , participait activement aux réunions
de l’ U .P . R . 76 sur les Sentences de Porphyre. Il entretenait un dialogue très
intime avec les philosophes néoplatoniciens qu 'il étudiait et il était bien le
dernier historien de la philosophie qu 'on eût pu accuser d 'une sèche érudition.
Lors du lancement de notre projet en 1981, il m 'avait proposé de s'occuper des
philosophes stoïciens et il fut parmi les premiers à me fournir toute une série de
notices, d'Archédème à Zénon de Citium , toutes soigneusement présentées.
On remarquera que la table des rédacteurs comprend presque deux fois plus
de noms que celle du premier tome. Cet accroissement du nombre de nos
collaborateurs signifie qu 'il nous a été possible de faire appel à un plus grand
nombre de spécialistes et donc de réduire la part des notices purement
" rédactionnelles”.
AVANT-PROPOS
Je remercie enfin les auteurs quinous ont fait parvenir leurs ouvrages ou des
tirés à part de leurs publications. Étant donné l'éclatement actuel de la biblio
graphie scientifique en des revues et des recueils toujours plus nombreux, c'est
pour eux une garantie supplémentaire de voir leurs études les plus récentes
prises en compte dans les notices du Dictionnaire .
Nous avons maintenu pour l'essentiel la présentation choisie lors de la publi
cation du premier tome. Comme l'ont suggéré certains recenseurs, les indices ne
renvoient plus seulement aux numéros des notices, mais aussi aux pages, du
moins pour les notices importantes qui courent sur plusieurs pages. A la suite
des noms des rédacteurs, nous avons indiqué les numéros des notices qu' ils ont
signées. Nous avons enfin ajouté une liste succincte de toutes les notices du
deuxième tome, de façon à ce que le lecteur puisse plus facilement repérer les
notices qui l'intéressent parmi les différents homonymes qui parfois figurent
dans le Dictionnaire .
RICHARD GOULET.
Toute correspondance peut être adressée à
Richard Goulet
4, rue de l'Abbaye
F - 92160 ANTONY
- Fig. 1: Carnéade de Cyrène. Bâle, Antikenmuseum Basel und Sammlung
Ludwig , Inv. Kä 210. Photo D . Widmer (Basel).
- Fig. 2: Buste de Chrysippe de Soles. Florence, Musée des Offices. Cliché
Brogi-Giraudon .
- Fig. 3 : Chrysippe de Soles. Paris, Musée du Louvre, statue Ma V . Photo
Réunion des Musées Nationaux .
- Fig . 4 : Cicéron « Chiaramonti » . Rome,Musée du Vatican, XXX. 11.41.
- Fig . 5: Cléanthe d'Assos. Londres, British Museum , Walters, Cat. of
Bronzes, nº 848; Select Bronzes, pl. LXV.
- Fig. 6 : Crantor de Soles. Paris, Bibliothèque Nationale , monnaie du Cabinet
des Médailles, collection Waddington , sous Gordien III, 240 (revers): Babelon ,
Revue numismatique, 1898 , p . 181, nº 4525, pl.6 , 18 .
AUTEURS DES NOTICES DU TOME II
Maroun AQUAD C .N .R .S. (Paris)
D 91
Annie BÉLIS C .N .R .S. (Metz )
B 61
Janine BERTIER C .N .R.S. (Paris)
C 184; D 216
Margarethe BILLERBECK Université de Fribourg (Suisse )
D 43; 56
Marie-Françoise BILLOT Institut de recherche sur l'architecture
antique (C .N .R . S.)
“ Cynosarges”
Jean BOUFFARTIGUE Université de Paris X (Nanterre )
C 148
Toni BRÄM Université de Zürich
B 12
Luc BRISSON C .N .R .S. (Paris )
C 15; 16 ; 31; 48;62; 79; 89; 102; 109; 111; 157;
174 ; 175; 216 ; 217; 220 ; 227 ; D 71; 72 ; 79 , 84;
91; 167; 195; 204
José María CAMACHO ROJO Université de Grenade
D1
Javier CAMPOS DAROCA Faculté d'Humanités (Almería , Espagne)
B 26
Françoise CAUJOLLE -ZASLAWSKY C .N .R .S . (Paris)
C 53; 54; D 177; 203
Bruno CENTRONE C .N.R . (Rome)
B 1; 3; 22; 34; 52; 55; 58, 59, 64; 65;66 ; 70; C 1;
10; 11; 19; 23; 29; 46 ; 82; 84 ; 105 ; 106 ; 107 ;
108 ; 120 ; 135; 137; 139 , 142; 144; 145 ; 168;
170; 171; 194; 221; 229; D 2; 7; 10; 11; 15; 18;
26 ; 28 ; 29; 40 ; 64 ; 73; 76 ; 78 ; 89; 97 ; 99; 101;
102; 103; 116 ; 117 ; 128; 174; 197; 209; 229 ; 230
YsabelDE ANDIA C .N .R . S. (Paris )
C 51
DICTIONNAIRE DESPHILOSOPHES ANTIQUES
Daniel DELATTRE Institut de Papyrologie de la Sorbonne -
C .N .R .S . (Paris )
D 13; 146
Paolo DESIDERI Università degli Studi di Firenze
D 166
John DILLON Trinity College, Université de Dublin
B 43; C 12; D 33; 42; 62; 87
Tiziano DORANDI Institut de Papyrologie (Florence)
B 16 ; 21; 23; 24 ; 35; 36 ; 45; 46 ; 51; 60 ; 67; 71;
C 18 ; 21; 25 ; 30 ; 37 ; 42 ; 43 ; 44 ; 81; 92 ; 96 ; 100 ;
104; 129; 136 ; 149 ; 156 ; 173; 180 ; 195; 201;
202; 204; 206 ; 208 ; 218 ; 222 ; 226 ; D 12; 14 ; 16 ;
19 ; 36 ; 37 ; 38; 39; 47 , 51; 55 ; 59 ; 60 ; 67; 75 ; 77 ;
120 ; 121; 122; 125; 126 ; 138 ; 142 ; 149; 152 ;
158 ; 162; 165; 168: 171; 179 ; 180 : 181; 191;
193; 194; 206 ; 208; 222 ; 223; 232
Michèle DUCOS Université de Dijon
B 7 ; 8 ; 18; 38 ; 39; 40; 62;63; C 2 ; 3; 4 ; 6 ; 8 ; 38;
56 , 57, 58, 59; 60 ; 64 ; 75; 123; 124 ; 125; 127;
128 ; 133; 153; 178 ; 193; 197 ; 198 ; 213; 214 ;
D 4 ; 41;66 ; 134 ; 160; 189; 215; 225
† Jean -PaulDUMONT Université de Lille III
D 146
Jean-Marie FLAMAND C .N .R .S. (Paris)
C 62; 95; 112; 161; 176 ; 182; 191; 192; 203; 224 ;
D 95; 100; 106 ; 114 ; 130 ; 146 ; 188; 202
Simone FOLLET Université de Paris IV (Sorbonne)
B 14; 1a; 76 ; C 77 ; 126 ; D 44;92; 94; 155; 182
JesúsMaría GARCÍA GONZÁLEZ Université deGrenade
C 177
Stephen GERSH Université Notre-Dame (Indiana)
B 41; C 52; 132; 189
Pedro Pablo FUENTESGONZÁLES Université de Grenade
C 190
Marie-Odile GOULET-CAZÉ C .N .R .S. (Paris)
B 30; C 37a; 40; 45; 61; 83; 103; 117; 122; 163;
164 ; 205; 209; 211; 230 ; D 31; 46 ; 47a; 74; 107;
147 ; 151
Richard GOULET C .N .R .S . (Paris)
B 4 ; 5 ; 10 ; 19 ; 25; 31; 33; 35; 44; 47; 49; 50 ; 54 ;
56 ; C7; 20 ; 22; 26 ; 27; 28 ; 31; 34 ; 41; 65; 67;
68;69; 72; 74; 78;87; 88; 90; 91; 97; 101; 116 ;
AUTEURS DES NOTICES 13
118 ; 119; 121; 130 ; 131; 143; 150 ; 151; 158;
159; 162; 165 ; 166 , 167; 169; 172; 183; 186 ;
187 ; 199 ; 200 ; 207 ; 219; 225 ; 233; D 5 ; 21 ; 22 ;
24 ; 27 ; 30 ; 32; 34; 35; 45; 48; 49; 50; 58; 61;
70a ; 80 ; 93 ; 96 ; 104 ; 110 ; 111; 113; 115 ; 118 ;
119 ; 123; 127, 129, 132, 135 , 136 , 137 , 141;
144; 145; 148; 157; 161; 164; 170 ; 175; 185 :
186 ; 187 ; 200 ; 201; 202 ; 205 ; 211; 212; 220 ;
221; 224 ; 228
† Christian GUÉRARD C .N .R .S. (Paris)
C 32; 114 ;138;212; D 82; 146; 159 ;210
François GUILLAUMONT Université de Rennes
C 123
Dimitri GUTAS Yale University
C 62; D 69; 147
Pierre HADOT Collège de France
C 121
Marie -Christine HELLMANN Institut de recherche sur l'architecture
antique (C . N . R . S .)
D 70 ; 147
Philippe HOFFMANN École Pratique des Hautes Études, Section
des sciences religieuses - École Normale
Supérieure (Paris)
D 2a; 3
Frédérique ILDEFONSE Fondation Thiers (Paris)
D 86
Éric JUNOD Université de Lausanne
D 81
Jan Fredrik KINDSTRAND Université d'Uppsala
B 32
André LAKS Université de Lille III
D 139
Alain LE BOULLUEC École Pratique des Hautes Études, Section
des sciences religieuses
C 154
Jesús LENS TUERO Université de Grenade
D 17; 131
Georges LEROUX Université du Québec (Montréal)
D 88
RE S
ONNAI SOPHE UES
14 DICTI DES PHILO ANTIQ
Jean LETROUIT Paris
B 53
Carlos LÉVY Université de Paris XII (Créteil)
C 123
Salvatore LILLA Biblioteca Apostolica Vaticana
D 85
Juan Luis LÓPEZ CRUCES Faculté d'Humanités (Almería, Espagne)
C 83
Goulven MADEC C .N .R .S (Paris)
C 5;66;D 199
Jean -Pierre MAHÉ École Pratique des Hautes Études, Section
des sciences historiques et philologiques
C 55
Pierre MARAVAL Université de Strasbourg II
C 20; 24; 71; 72 ; 85; 152; 179; 181; 196 ; 215;
228; 234; D 61; 140; 143; 196; 231
Sylvain MATTON C . N . R . S . (Paris )
D 150
Jørgen MEJER Université de Copenhague
D 52; 150
Serge MOURAVIEV École Pratique des Hautes Études, Section
des sciences religieuses
C 210; D 169
Claire MUCKENSTURM Université de Besançon
C 14; D 20
RobertMULLER Université de Nantes
B 68; C 146; 147; D 83; 109; 124;213
Michel NARCY C .N .R .S . (Paris)
C 17; D 172 ; 184; 192 ;214
Denis O 'BRIEN C .N . R .S . (Paris )
D 68; 70
Agnès OUZOUNIAN Institut National des Langues et
Civilisations Orientales (Paris)
D 23
Jean PÉPIN C .N .R .S. (Paris)
D 156
Laurent PERNOT École Normale Supérieure (Paris)
C 80; D 25; 65
AUTEURS DES NOTICES
Bernadette PUECH Université de Nancy II
B 2 ; 6 ; 9 ; 15; 17 ; 27; 28; 29; 42; 57 ;C9; 13; 35;
39; 49; 50 ; 63; 73; 86 ; 94; 98; 111a; 134; 155;
160; 185 ; 188 ; 231; 232; D 53; 57 ; 63; 90 ; 105 ;
108; 112 ; 133; 141; 153; 154; 163; 173; 176;
178; 183 ; 190 ; 218
François QUEYREL Université de Paris IV (Sorbonne)
C 42; 59; 121; 123; 138; 180; 195; 205; D 54;
163; 217
Patrick ROBIANO Professeur agrégé de lettres classiques
( Toulouse )
B 20; C 110; 140 ; D 8; 9; 198 ;207
Ulrich RUDOLF Université de Göttingen
C 14
Henri Dominique SAFFREY C .N .R .S. (Paris )
C 115; D 227
Dirk M . SCHENKEVELD Vrije Universiteit, Amsterdam
C99
Jean -Pierre SCHNEIDER Université de Neuchâtel
B 48; C 93; 141; D 54; 98
Alain -Philippe SEGONDS C .N .R .S. (Paris )
C33; 47; D 219
Walter SPOERRI Université de Neuchâtel
C 36 ; D 226
Michel TARDIEU Collège de France
B 12a; 13 ; 37; C 113
Javier TEIXIDOR Institut d'Études sémitiques (Collège de
France) - C .N .R .S. (Paris)
B 11; 69
Robert B . TODD University of British Columbia
(Vancouver)
D6
John WHITTAKER Memorial University ofNew Foundland
C 70; 223
ABRÉVIATIONS
I. Revues et périodiques
A& A Antike und Abendland. Beiträge zum Verständnis der
Griechen und Römer und ihres Nachlebens. Berlin.
A& R Atene e Roma. Rassegna trimestrale dell' Associazione
italiana di cultura classica. Firenze .
AA Archäologischer Anzeiger. Berlin .
AAA ’Apxalodoyixà ’Avalexta ÉE ’AInv@ v. Athènes.
AAAH Acta ad Archaeologiam et Artium Historiam pertinentia.
Institutum Romanum Norvegiae, Roma.
AAHG Anzeiger für die Altertumswissenschaft, hrsg. von der Öster
reichischen Humanistischen Gesellschaft. Innsbruck .
AAntHung Acta Antiqua Academiae Scientiarum Hungaricae. Buda
pest.
ААР Atti dell'Accademia Pontaniana .Napoli.
AAPal Atti dell'Accademia di Scienze, Lettere e Arti di Palermo.
Palermo.
AAPat Atti e Memorie dell'Accademia Patavina di Scienze, Lettere
ed Arti, Classe di Scienzemorali, Lettere ed Arti. Padova .
AAT Atti della Accademia delle Scienze di Torino, Classe di
Scienze morali, storiche e filologiche. Torino.
AATC Atti e Memorie dell'Accademia Toscana “ La Colombaria ”.
Firenze.
AAWG Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften in Göttin
gen . Philologisch - historische Klasse. Göttingen . 3. Folge,
27, 1942 - . (Auparavant AGWG )
1. Ces listes ont pour but de faciliter l'identification des sigles et des abréviations utilisés
dans l'ouvrage. Il ne s'agit donc pas d'une bibliographie générale sur la philosophie antique.
On n ' y cherchera pas non plus une description bibliographique complète des périodiques et
des collections qui y sont recensés. Les sigles adoptés sont le plus souvent ceux de l'Année
philologique. On a retenu dans d'autres cas les usages établis dans les publications spéciali
sées (orientalisme, archéologie ). Nombre de revues ont connu des changements dans leur titre,
leur sous-titre, leur système de tomaison et leur lieu de publication. Il nous était impossible de
rendre compte de toutes ces variations. Certaines revues ont paru en plusieurs séries succes
sives ayant chacune leur tomaison propre. Dans nos notices, nous n 'avons pas précisé à quelle
série correspondait la tomaison d 'une référence lorsque la date de publication permettait faci
lementde la retrouver.
18 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
AAWM /GS Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften (und der
Literatur), Mainz, Geistes- und sozialwissenschaftliche
Klasse. Wiesbaden.
AAWM /L Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften (und der
Literatur),Mainz, Klasse der Literatur.Wiesbaden .
AB Analecta Bollandiana. Société des Bollandistes, Bruxelles.
ABAW Abhandlungen der Bayerischen (- 1920 : Königl. Bayer.)
Akademie der Wissenschaften , Philosophisch -historische
Klasse. München.
ABSA Annualof the British School at Athens. London .
AC L 'Antiquité Classique. Louvain -la -Neuve.
ACD Acta Classica Universitatis Scientiarum Debreceniensis.
Debrecen , Univ . Kossuth .
ACF Annuaire du Collège de France. Paris.
Acme Acme. Annali della Facoltà di Filosofia e Lettere dell'Uni
versità statale diMilano .Milano.
ADMG Abhandlungen der Deutschen Morgenländischen Gesell
schaft. Leipzig.
AE voir ArchEph .
Aegyptus Aegyptus. Rivista italiana di egittologia e di papirologia.
Milano .
AEHE, IVe sect. Annuaire de l'École pratique des Hautes Études, Sciences
historiques et philologiques. Paris.
AEHE, Ve sect. Annuaire de l'École pratique des Hautes Études, Sciences
religieuses. Paris.
Aesculape Aesculape. Revue mensuelle illustrée des lettres et des arts
dans leurs rapports avec les sciences et la médecine. Société
internationale d'histoire de la médecine. Paris.
Aevum Aevum . Rassegna di scienze storiche, linguistiche e filolo
giche. Milano.
AFMC Annali della Facoltà di Magistero dell'Università di
Cagliari. Cagliari.
AFLB Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia di Bari, Bari.
AFLL Annali della Facoltà diLettere di Lecce. Lecce.
AFLM Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia, Università di
Macerata . Padova.
AFLN Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia della Università
diNapoli. Napoli.
AGM Sudhoffs Archiv für Geschichte der Medizin und Natur
wissenschaften. Wiesbaden .
AGPh Archiv für Geschichte der Philosophie. Berlin.
ABBRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES
AGWG Abhandlungen der (- 1921: Königl.) Gesellschaft der
Wissenschaften zu Göttingen, (à partir de 1893 :) Philolo
gisch -historische Klasse. (Berlin , puis) Göttingen . 1 , 1838 /
1842 – 40 , 1894 /1895 ; N . F. 1 , 1896 /1897 - 25, 1930/ 1931 ;
3. Folge 1, 1932 – 26 , 1940 . Pour la suite , voir AAWG .
AHAW Abhandlungen der Heidelberger Akademie der Wissen
schaften , Philosophisch -historische Klasse . Heidelberg.
AHMA Archives d 'Histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge.
Paris.
Abstrlran Abstracta Iranica. Revue bibliographique pour le domaine
irano -aryen publiée en Supplément à la revue Studia
Iranica. Institut français d' iranologie . Téhéran /Leiden .
AIHS Archives Internationales d 'Histoire des Sciences. Roma.
AIPho Annuaire de l' Institut de Philologie et d 'Histoire Orientales
et Slaves de l'Université Libre de Bruxelles. Bruxelles.
AIV Atti dell'Istituto Veneto diScienze, Lettere ed Arti, Classe di
Scienze morali e Lettere. Venezia.
AJA American Journal of Archaeology. New York .
AJAH American Journal of Ancient History. Cambridge (Mass.).
AJPh American Journal of Philology. Baltimore .
AK Antike Kunst, hrsg. von der Vereinigung der Freunde antiker
Kunst in Basel. Olten .
Al-muktataj Al-muktataf. An Arabic scientific review . Le Caire.
Altertum (Das) Das Altertum , hrsg. vom Zentralinstitut für Alte Geschichte
und Archäologie der Deutschen Akademie der DDR . Berlin .
AMal Analecta Malacitana. Revista de la Sección de Filología de
la Facultad de Filosofía y Letras.Malaga.
Ambix Ambix. The Journal of the Society for the study of alchemy
and early chemistry. Cambridge.
AN Aquileia Nostra. Bollettino dell'Associazione nazionale per
Aquileia .Aquileia.
AncPhil Ancient Philosophy. Pittsburgh .
AncSoc Ancient Society. Louvain .
AncW The AncientWorld . Chicago.
Angelicum Angelicum . Universitas a Sancto Thoma Aquinate in Urbe.
Roma.
Annales E . S. C . Annales (Économie, Sociétés, Civilisations). Paris.
AnnEpigr L'Année Epigraphique. Paris.
Anregung Anregung. Zeitschrift für Gymnasialpädagogik .München .
Antichthon Antichthon. Journal of the Australian society for classical
studies. Sydney.
20 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
Antiquitas Antiquitas. Rivista trimestrale di antichità classica. Salerno .
Antiquity Antiquity. A quarterly review of archaeology. Newbury,
Berks.
APAW Abhandlungen der ( -1870 : Königl.; 1871- 1917 : Königl.
Preuß.; 1918 -44 : Preuß.; puis:) Deutschen Akademie der
Wissenschaften zu Berlin , Philosophisch -historische Klasse.
Berlin .
Apeiron Apeiron , published by the Department of classical studies of
Monash University. Clayton , Victoria , Australia.
APF Archiv für Papyrusforschung und verwandte Gebiete.
Leipzig
AO Al-Qanțara. Revista de estudios árabes.Madrid.
Arabica Arabica. Revue d' études arabes. Leiden.
ArchClass Archeologia Classica. Rivista della Scuola nazionale di
Archeologia , pubblicata a cura degli Istituti di archeologia e
storia dell'arte greca e romana e di etruscologia e antichità
italiche dell'Università di Roma. Roma.
ArchDelt ’Apxaloloyixov Aeatíov. Athènes.
Archeion Archeion . Archivio di storia della scienza . Roma.
ArchEph ’Apxaloloyin ’Eonuepis (-1909 : ’ED. 'Apx.) év 'Aon
vais (’Apxaloloyixń ÉTalpeta ). Athènes.
ArchOrient Archiv Orientální. Praha.
ArchivPhilos Archiv fürPhilosophie. Stuttgart.
ArchPhilos Archives de Philosophie . Recherches et documentation.
Paris .
Arts Asiatiques Arts Asiatiques. Paris.
ARID Analecta Romana Instituti Danici.Odense.
AS Anatolian Studies. Journal of the British Institute of
Archaeology at Ankara . London .
AsiatStud Asiatische Studien. Études Asiatiques. Berne.
ASNP Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa, Classe di
Lettere e Filosofia. Pisa .
Athena 'Anvã. Eúyypayua neploÔLxòv tñs év ’AOńvanç éML
omuovi»ñÇ Étalpelaç. Athènes.
Athenaeum Athenaeum . Studi periodici di Letteratura e Storia dell'Anti
chità . Pavia .
Augustinus Augustinus. Revista publicada por los Padres Agustinos
recoletos.Madrid .
BAB Bulletin de la Classe des Lettres de l'Académie Royale de
Belgique. Bruxelles.
BABesch Bulletin Antieke Beschaving. Leiden .
ABBRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 21
BAGB Bulletin de l'Association GuillaumeBudé. Paris.
BAR Bulletin de l'Académie des sciences de l’ U . R .S. S. Lenin
grad, puis Moscou.
BAug « Bulletin Augustinien » dans REAug.
BCAI Bulletin critique des Annales Islamologiques. Supplément
aux Annales Islamologiques. Institut français d 'archéologie
orientale . Le Caire.
BCH Bulletin de Correspondance Hellénique. Paris.
BE « Bulletin épigraphique » dans REG .
BEO Bulletin d'Études Orientales, publié par l'Institut français de
Damas. Beyrouth .
BFCI Bollettino di Filologia Classica. Torino .
BIEH Boletín del Instituto de EstudiosHelénicos. Barcelona.
BK Bedi Kartl(h )isa. Revue de kartvélologie (Études géor
giennes et caucasiennes). Destin de la Géorgie. Paris .
Devenu, à partir de 1985, Revue des études géorgiennes et
caucasiennes.
Berytus Berytus. Archaeological Studies published by the Museum
of Archaeology of the American University of Beirut.
Beirut.
Bessarione Bessarione. Pubblicazione periodica di studi orientali.
Roma.
BHM Bulletin of the History of Medicine. Baltimore .
BIAO Bulletin de l'Institut français d 'Archéologie Orientale . Le
Caire .
BICS Bulletin of the Institute of Classical Studies. University of
London .
BIE Bulletin de l'Institut d'Égypte. Le Caire .
BLE Bulletin de Littérature Ecclésiastique. Toulouse.
BLR The Bodleian Library Record. Oxford.
BMAH Bulletin des Musées royaux d 'Art et d 'Histoire. Bruxelles.
BO Bibliotheca Orientalis, uitg. van het Nederlandsch Instituut
voor het Nabije Oosten .Leiden.
BollClass Bollettino dei classici, a cura del Comitato per la prepa
razione dell'edizione nazionale dei classici greci e latini.
Roma.
BonnerJb Bonner Jahrbücher des Rheinischen Landesmuseums in
Bonn und des Vereins von Altertumsfreunden im Rhein
lande. Kevelaer.
Boreas Boreas. Münstersche Beiträge zur Archäologie .Münster.
BPhW Berliner Philologische Wochenschrift. Leipzig/Berlin .
(Suite : PhW ).
DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
BRGK Bericht der Römisch -Germanischen Kommission des
Deutschen Archäologischen Instituts. Berlin .
BSOAS Bulletin of the School of Oriental and African Studies.
London .
BWPr Winckelmannsprogramm der Archäologischen Gesellschaft
zu Berlin . Berlin .
Byrsa Cahiers de Byrsa . Musée Lavigerie (Carthage, Tunisie ).
Paris.
Byzantion Byzantion. Revue internationale des études byzantines.
Bruxelles.
Byz] Byzantinisch-neugriechische Jahrbücher. Athènes.
Byzs Byzantinoslavica . Revue internationale des études byzan
tines. Praha
Byzz Byzantinische Zeitschrift.München .
C &M Classica et Mediaevalia. Revue danoise d 'histoire et de
philologie publiée par la Société danoise pour les études
anciennes etmédiévales . København .
Caesarodunum Caesarodunum . Institut d' études latines de l'Université de
Tours .
CCC Civiltà classica e cristiana. Genova.
ССМ Cahiers de Civilisation Médiévale. Poitiers.
CE Chronique d 'Égypte . Bruxelles .
Centaurus Centaurus. Internationalmagazine of the history ofmathe
matics, science and technology. København.
Chiron Chiron. Mitteilungen der Kommission für alte Geschichte
und Epigraphik des Deutschen Archäologischen Instituts .
München.
C) The Classical Journal. Athens (Georgia).
ClAnt Classical Antiquity. Berkeley.
CPh ClassicalPhilology. Chicago.
ce Classical Quarterly. Oxford .
COR Church Quarterly Review. London.
CR Classical Review . Oxford.
CRAI Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles
Lettres. Paris.
CRASR Comptes Rendus de l'Académie des Sciences de Russie.
Leningrad.
CronErc Cronache Ercolanesi. Bollettino del Centro internazionale
per lo studio dei Papiri Ercolanesi. Napoli.
CrSt Cristianesimo nella storia . Ricerche storiche esegetiche
teologiche.Bologna.
ABBRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES - 23
CSCA California Studies in Classical Antiquity. Berkeley.
CT Les Cahiers de Tunisie. Tunis .
CW Classical Weekly. New York .
CWO The ClassicalWorld . Pittsburgh (Pennsylvania ).
DA Dissertation Abstracts. International abstracts of disserta
tions available in microfilm or as xerographic reproductions.
Ann Arbor (Mich .).
Dacia Dacia. Revue d'archéologie et d'histoire ancienne. Buca
rest.
DArch Dialoghi diArcheologia. Roma.
DAW Denkschriften der Akademie der Wissenschaften in Wien.
Wien .
DHA Dialogues d'Histoire ancienne. Paris.
Diálogos Diálogos. Revista del Departamento de filosofía. Universi
dad de Puerto Rico .
Dioniso Dioniso. Rivista trimestrale di studi sul teatro antico . Sira
cusa .
Dionysius Dionysius. Halifax, Nova Scotia (Dalhousie University).
Diotima Diotima. Revue de recherche philosophique. Athènes.
DLZ Deutsche Literaturzeitung für Kritik der internationalen
Wissenschaft. Berlin .
DOP Dumbarton Oaks Papers.New York.
EA Epigraphica Anatolica. Zeitschrift für Epigraphik und histo
rische Geographie Anatoliens. Bonn .
ΕΕα Estudios Eclesiásticos. Revista trimestral de investigación e
información teológica.Madrid .
EEAth Επιστημονική Επετηρίς της φιλοσοφικής Σχολής του
Mavenilomnulov ’AInvāv. Athènes.
EHBS 'Enernpic 'Eraipelaç Bučavtivāv EnovdWv. Athènes.
EHR English Historical Review . London.
Eirene Eirene. Studia Graeca et Latina. Praha.
Elenchos Elenchos. Rivista di studi sul pensiero antico. Roma,
Napoli.
EMC Échos du Monde Classique. Classical Views. Calgary
(Alberta ).
Emerita Emerita .Revista de Lingüística y Filología clásica .Madrid .
Eos Eos. Commentarii Societatis Philologae Polonorum .
Wrocław .
EPh Études Philosophiques. Paris.
Epos Epos. Revista de filología de la Universidad nacional de
educación a distancia (Facultad de filología ).Madrid.
24 DICTI DES PHILO ANTIQ
ONNAI SOPHE UES
Eranos Eranos. Acta S
RE Philologica Suecana.Uppsala.
Erasmus Erasmus. Speculum Scientiarum . Bulletin international de la
science contemporaine. Wiesbaden .
Florllib Florentia liberritana. Revista de estudios de antigüedad
clásica.Granada.
Fortunatae Fortunatae. Revista Canaria de filología , cultura y huma
nidades clásicas. La Laguna (Canarias).
FZPhth Freiburger Zeitschrift für Philosophie und Theologie . Frei
burg in der Schweiz .
G &R Greece and Rome. Oxford .
GB Grazer Beiträge. Zeitschrift für die klassische Altertums
wissenschaft. Graz.
GCFI Giornale Critico della Filosofia Italiana. Firenze.
GFF Giornale Filologico Ferrarese . Ferrara.
GIF Giornale Italiano di Filologia . Rivista trimestrale di cultura .
Roma.
Glotta Glotta. Zeitschrift für griechische und lateinische Sprache.
Göttingen .
Gnomon Gnomon. Kritische Zeitschrift für die gesamte klassische
Altertumswissenschaft.München .
GRBS Greek, Roman and Byzantine Studies. Durham (N . C .).
Gregorianum Gregorianum . Commentarii de re theologica et philoso
phica .Roma.
Gymnasium Gymnasium . Zeitschrift für Kultur der Antike und huma
nistische Bildung. Heidelberg.
Hebraica Hebraica. A quarterly journal in the interest of Hebrew
study.New Haven (Conn.), puis Chicago.
Helikon Helikon. Rivista di tradizione e cultura classica. Roma.
Hellenica Ελληνικά. Φιλολογικόν, ιστορικών και λαογραφικών
περιοδικόν σύγγραμμα της Εταιρείας Μακεδονικών
Enovo@ v. Thessalonique.
Hephaistos Hephaistos. Kritische Zeitschrift zur Theorie und Praxis der
Archäologie, Kunstwissenschaft und angrenzender Gebiete .
Bremen .
Hermathena Hermathena. A series of papers by members of Trinity
College, Dublin .
Hermeneus Hermeneus. Tijdschrift voor de antieke Cultuur. Culemborg.
Hermes Hermes. Zeitschrift für klassische Philologie. Wiesbaden .
Hesperia Hesperia . Journal of the American school of classical stu
dies at Athens. Athens.
Hestia ‘Eotia . Athènes.
abil
ABBRÉVIATIONS – REVUES ET PÉRIODIQUES
Historia Historia. Zeitschrift für alte Geschichte . Wiesbaden.
H ]
I isn Historisches Jahrbuch. München .
Homine (De) De Homine. Roma.
Horos " Opoç. "Eva åpxacoYwOTIXÒ TEPLOƏLXÓ. Athènes.
HSCP voir HSPh.
es
the
HSF Historische Sprachforschung (Historical Linguistics).
Göttingen .
HSPh Harvard Studies in Classical Philology. Cambridge (Mass.).
HTAR Harvard Theological Review . Cambridge (Mass.).
ICS Illinois Classical Studies. University of Illinois Press , Chi
cago .
IEJ Israel Exploration Journal. Jerusalem .
IJMES International Journal ofMiddle East Studies. Cambridge.
IL L 'Information Littéraire. Paris.
Iraq Iraq, published by the British school of archaeology in Iraq.
London.
Irénikon Irénikon. Bulletin mensuel des moines de l'union des
églises. Prieuré d'Amay surMeuse.
Isis Isis. An international review devoted to the history of
science and its cultural influences. Washington.
Isl Der Islam . Berlin .
IslCult Islamic Culture. An English quarterly .Hyderabad.
IQ The Islamic Quarterly. London .
JA Journal Asiatique. Paris.
Janus Janus. Revue internationale de l'histoire des sciences, de la
médecine, de la pharmacie et de la technique. Amsterdam .
JAOS Journal of the American Oriental Society. Baltimore .
JAW Jahresbericht für die Fortschritte der Altertumswissen
schaft. Leipzig .
ЈБАС Jahrbuch für Antike und Christentum .Münster i. W .
JDAI Jahrbuch des Deutschen Archäologischen Instituts. Berlin .
JEA Journal of Egyptian Archaeology. London.
JHA Journal for the History of Astronomy. Chalfont St. Giles ,
Bucks.
JHAS Journal for the History of Arabic Science. Alep .
JHI Journal of the History of Ideas. Ephrata, Penna & Phila
delphia .
JHPh Journal of the History of Philosophy. Berkeley.
JJP Journal of Juristic Papyrology. Warszawa.
JKPh Jahrbücher für klassische Philologie. Leipzig. Le périodi
que s'est intitulé diversement à différentes périodes de son
DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
histoire , de 1826 à 1943: Neue Jahrbücher für Philologie
und Pädagogik , Neue Jahrbücher für das klassische Alter
tum , Geschichte und deutsche Literatur und für Pädagogik ,
Neue Jahrbücher für Wissenschaft und Jugendbildung,Neue
Jahrbücher für deutsche Wissenschaft, Neue Jarhbücher für
Antike und deutsche Bildung.
INES Journal ofNear Eastern Studies. Chicago.
ING Jahrbuch für Numismatik und Geldgeschichte. Kallmünz.
JEAI Jahreshefte des Österreichischen Archäologischen Instituts.
Wien .
JP Journal of Philology. London/Cambridge.
JPakHS Journal of the Pakistan Historical Society. Karachi.
JRA Journal of Roman Archaeology. Ann Arbor (Michigan ).
JRAS Journal of the Royal Asiatic Society. London .
JRS Journal of Roman Studies. London .
JS Journaldes Savants. Paris.
JThS Journal of Theological Studies. Oxford .
JWCI Journal of the Warburg and Courtauld Institute. London .
Kairos Kairos. Zeitschrift für Religionswissenschaft und Theologie.
Salzburg
Kleio Kleio. Tijdschrift voor oude talen en antieke kultuur.
Leuven .
Kleronomia Kleronomia. Thessalonique.
Klio Klio . Beiträge zur alten Geschichte. Berlin .
Koinonia Kouvwvía . Organo dell'Associazione di Studi tardoantichi.
Napoli.
Ktèma Ktèma. Civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome
antiques. Strasbourg, Centre de recherche sur le Proche
Orient et la Grèce antique et Groupe de recherche d'histoire
romaine.
Latomus Latomus. Revue d'études latines. Bruxelles.
LCM Liverpool Classical Monthly. University ofLiverpool, Dept
of Greek .
LEC Les Études Classiques.Namur.
LF Listy Filologické. Praha.
Litteris Litteris. An international critical review of the humanities
published by the New society of letters at Lund .Lund .
LNV Litterae Numismaticae Vindobonenses.Wien .
Lustrum Lustrum . Internationale Forschungsberichte aus dem
Bereich des klassischen Altertums.Göttingen.
LS Leipziger Studien . Leipzig.
ABBRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 27
LZB Literarisches Zentralblatt für Deutschland. Leipzig.
Maia Maia . Rivista diletterature classiche. Bologna.
MAL Atti della (-1946 : Reale) Accademia (depuis 1921:) nazio
nale dei Lincei. Memorie della classe di scienze morali e
storiche dell'Accademia dei Lincei. Roma.
MALKAW Mededelingen der Koninklijke Nederlandse Akademie van
Wetenschappen. Afdeling Letterkunde. Amsterdam .
MARS Mémoires de l'Académie Roumaine (Section scientifique).
Bucarest.
MCr Museum Criticum . Quaderni dell' Istituto di filologia clas
sica dell'Università di Bologna. Roma.
MDAFA Mémoires de la Délégation Archéologique Française en
Afghanistan. Paris.
MDAI( A ) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts
(Athenische Abteilung). Berlin .
MDAI(I ) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts
(Abteilung Istanbul). Tübingen .
MDAI( R ) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts
(Römische Abteilung). Heidelberg.
MEAH Miscelánea de estudios árabes y hebraicos. Granada.
Meander Meander. Revue de civilisation du monde antique.
Warszawa.
Medioevo Medioevo . Rivista di storia della filosofia medievale .
Padova.
MEFRA Mélanges d 'Archéologie et d'Histoire de l'École Française
de Rome. Rome.
MEFRM Mélanges de l'École Française de Rome. Moyen âge et
temps modernes. Paris.
MH Museum Helveticum . Revue suisse pour l' étude de l’Anti
quité classique. Båle.
MHJ Medizin-historisches Journal. Stuttgart.
MIDEO Mélanges de l'Institut Dominicain d 'Études Orientales. Le
Caire.
Minerva Minerva. Revista de filologia clásica . Valladolid .
Mind Mind. A quarterly review of psychology & philosophy.
London .
MIEG Mitteilungen des Instituts für Österreichische Geschichts
forschung. Wien .
MME Manuscripts of the Middle East. A Journal devoted to the
study of handwritten materials of the Middle East. Leiden .
Mnemosyne Mnemosyne. Bibliotheca Classica Batava. Leiden .
28 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
MRS Mediaeval and Renaissance Studies. London .
MSLC Miscellanea di Studi di Letteratura Cristiana antica .
Catania .
MSR Mélanges de Science Religieuse. Lille .
Muséon Le Muséon. Revue d'études orientales. Louvain .
MUSJ Mélanges de l'Université Saint- Joseph. Beyrouth .
NAWG Nachrichten von der Akademie der Wissenschaften in
Göttingen, Philologisch-historische Klasse. Göttingen .
(Avant 1941: NGG )
Neue Jahrbücher... cf. JKPh.
NGG Nachrichten von der Gesellschaft der Wissenschaften zu
Göttingen . Philologisch -historische Klasse. 1894 -1940.
Göttingen. (Pour la suite , voir NAWG ).
NRL Nouvelles de la République des Lettres. Napoli.
NSchol The New Scholasticism . Baltimore.
NTS New Testament Studies. An international journal published
quarterly under the auspices of Studiorum Novi Testamenti
Societas. Cambridge.
NumChron Numismatic Chronicle and journal of the Royal numismatic
society . London.
Numen Numen. International review for the history of religions.
Leiden .
OC Oriens Christianus. Hefte für die Kunde des christlichen
Orients . Wiesbaden .
OCP Orientalia Christiana Periodica. Roma.
OLP Orientalia Lovaniensia Periodica. Louvain .
OLZ Orientalistische Literaturzeitung. Berlin .
OM Oriente Moderno. Roma.
Oriens Oriens. Journal de la Société internationale d' études orien
tales. Leiden .
Orientalia Orientalia . Commentarii periodici Pontificii Instituti Biblici.
Roma .
Orpheus Orpheus. Rivista di umanità classica e cristiana. Catania.
OSAPh Oxford Studies in Ancient Philosophy. Oxford .
PAA cf. PraktAkadAth .
PACPhA Proceedings of the American Catholic Philosophical Asso
ciation . Washington.
Paideia Paideia. Rivista letteraria di informazione bibliografica.
Roma.
Pallas Pallas. Revue interuniversitaire d 'études antiques. Tou
louse .
ABBRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 29
PAPhS Proceedings of the American Philosophical Society. Phila
delphia.
PAS Proceedings of the Aristotelian Society. London .
PBSA Papers of the British School at Athens. London .
PBSR Papers of the British School at Rome. London .
PCPhs Proceedings of the Cambridge Philological Society. Cam
bridge .
Pensamiento Pensamiento. Revista de investigación e información filosó
fica.Madrid .
Ph & Rh Philosophy and Rhetoric.University Park, Pennsylvania .
Philologus Philologus. Zeitschrift für klassische Philologie. Berlin .
PhilolRschau Philologische Rundschau. Bremen.
Philosophia Φιλοσοφία. Επετηρίς του Κέντρου ερεύνης της ελλη
VLXDS pioooplaç. Athènes.
PhM Philosophische Monatshefte. Berlin, Leipzig , Heidelberg .
Phoenix The Phoenix. The Journal of the Classical association of
Canada. Toronto .
PhR PhilosophicalReview .New York.
Phronesis Phronesis. A Journal for ancientphilosophy. Assen .
PhStud Philosophische Studien. Leipzig.
PhᎳ Philologische Wochenschrift.Leipzig.
Physis Physis. Rivista di storia della scienza . Firenze.
Platon MAátwv. Aertíov tñs 'Eralpeias 'Erań wv Qidoróywv.
Athènes.
POC Proche-Orient Chrétien . Jérusalem .
Polemôn Moréuwv. 'Apxaloloyixòv TTEPLOOLXÓv. Athènes.
PP La Parola del Passato . Rivista distudi antichi. Napoli.
PPol Il pensiero politico. Rivista di storia delle idee politiche e
sociali. Firenze.
PraktAkadAth Mpaxtixà tñs ’Axadnulaç év ’AIŃvais. Athènes.
PraktArchEt Πρακτικά της εν Αθήναις Αρχαιολογικής Εταιρείας.
Athènes.
Prometheus Prometheus. Rivista quadrimestrale di studi classici.
Firenze.
Prudentia Prudentia. A journal devoted to the intellectual history of
the ancient world . Auckland .
PSBA Proceedings of the Society of Biblical Archaeology. London .
Pour la suite, voir Journal of the Royal Asiatic Society.
QIS Quarterly Journal of Speech. New York .
QS Quadernidi Storia . Rassegna di antichità redatta nell'Isti
tuto di storia greca e romana dell'Università di Bari. Bari.
30 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
QUCC Quaderni Urbinati diCultura Classica. Roma.
RA Revue Archéologique. Paris.
RAAN Rendiconti dell'Accademia di Archeologia , Lettere e Belle
Arti diNapoli. Napoli.
RAL Atti della (-1946 :Reale ) Accademia (depuis 1921:) nazio
nale dei Lincei. Rendiconti della classe di scienze morali,
storiche e filologichedell'Accademia dei Lincei. Roma.
RAM Revue d'Ascétique et de Mystique (devenue en 1972 Revue
d 'Histoire de la Spiritualité ). Toulouse , puis Paris .
RBen Revue Bénédictine. Abbaye de Maredsous, Belgique.
RBi Revue Biblique. Paris .
RBNum Revue Belge de Numismatique. Bruxelles.
RBPH Revue Belge de Philologie et d 'Histoire. Mechelen .
RCr Revue Critique. Paris .
REA Revue des Études Anciennes. Talence.
REAug Revue des Études Augustiniennes. Paris.
REByz Revue des Études Byzantines. Paris.
RecSR Recherches de Science Religieuse. Paris.
REG Revue des Études Grecques. Paris.
REGC Revue des études géorgiennes et caucasiennes. Paris . Suite
de Bedi Kartl(h )isa. Revue de kartvélologie (Études géor
giennes et caucasiennes). Destin de la Géorgie, paru de 1948
à 1984 .
REISI Revue des Études Islamiques. Paris.
REJ Revue des Études Juives. Louvain .
REL Revue des Études Latines. Paris.
RelStud Religious Studies. Cambridge.
RenQ Renaissance Quarterly, published by the Renaissance
society of America.New York .
Revue Revue. Informatique et statistiques dans les sciences
humaines. Liège.
RF Rivista di Filosofia . Torino.
RFIC Rivista di Filologia e di Istruzione Classica. Torino/
Firenze/Roma.
REN Rivista difilosofia neoscolastica.Milano.
RhM Rheinisches Museum für Philologie. Frankfurt am Main.
RHPR Revue d 'Histoire et de Philosophie Religieuses. Paris.
RHR Revue de l'Histoire des Religions. Paris.
RHT Revue d 'Histoire des Textes. Paris.
RIDA Revue Internationale des Droits de l'Antiquité. Bruxelles.
ABBRÉVIATIONS - REVUESET PÉRIODIQUES 31
RIGI Rivista Indo-Greco -Italica di filologia , lingua, antichità .
Napoli.
RIL Rendiconti dell'Istituto Lombardo. Classe di lettere, scienze
morali e storiche.Milano .
RIMA Revue de l'Institut des manuscrits arabes.Le Caire .
Rinascimento Rinascimento. Rivista dell'Istituto nazionale di studi sul
Rinascimento . Firenze.
RIPh Revue Internationale de Philosophie. Paris.
RMAL Revue du Moyen Age Latin . Strasbourg.
RMM Revue de Métaphysique etdeMorale. Paris.
RNeosc Revue Néoscolastique de philosophie publiée par la Société
philosophique de Louvain . Louvain (suite :RPHL).
RN Revue Numismatique. Paris .
ROC Revue de l'Orient Chrétien. Paris.
RPAA Rendiconti della Pontificia Accademia di Archeologia.
Roma.
RPM Revue de philologie, de littérature et d 'histoire anciennes.
Paris.
RPHA Revue de Philosophie Ancienne. Bruxelles.
RPhilos Revue Philosophique de la France et de l'étranger. Paris.
RPHL Revue Philosophique de Louvain. Louvain .
RQA Römische Quartalschrift für christliche Altertumskunde und
für Kirchengeschichte . Freiburg.
RSA Rivista Storica dell'Antichità. Bologna.
RSCF Rassegna di Scienze Filosofiche. Napoli.
RSF Rivista critica di Storia della Filosofia . Firenze.
RSLR Rivista di Storia e Letteratura Religiosa. Firenze.
RSO Rivista degli Studi Orientali. Roma.
RSPT Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques. Paris.
RSR Revue des Sciences Religieuses. Strasbourg .
RT Revue Thomiste. Toulouse.
RTAM Recherches de Théologie Ancienne etMédiévale. Louvain .
RThPh Revue de Théologie et de Philosophie. Lausanne.
RTSFR Rivista Trimestrale di StudiFilosofici e Religiosi. Perugia.
RVE Revista Venezolana diFilosofía. Caracas.
Salesianum Salesianum . Theologiae. Iuris canonici. Philosophiae. Pae
dagogiae.Roma.
SAWW Sitzungsberichte der Österreischischen Akademie der
Wissenschaft in Wien, Philosophisch-historische Klasse.
Wien .
DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
SBAW Sitzungsberichte der Bayerischen Akademie der Wissen
schaften, Philosophisch -historische Klasse.München .
Scholastik Scholastik (devenue par la suite Theologie und Philoso
phie). Freiburg im Breisgau .
SCI Scripta Classica Israelica. Yearbook of the Israel Society
for the promotion of classical studies. Jerusalem .
SCO Studi Classici e Orientali. Pisa.
Scriptorium Scriptorium . Revue internationale des études relatives aux
manuscrits. Anvers/Amsterdam /Bruxelles.
SEJG Sacris Erudiri. Jaarboek voor Godsdienstwetenschappen .
Steenbrugge.
SHAW Sitzungsberichte der Heidelberger Akademie der Wissen
schaften, Philosophisch-historische Klasse. Heidelberg.
SI Studia Islamica. Paris.
SicGymn Siculorum Gymnasium . Rassegna semestrale della Facoltà di
lettere e filosofia dell'Università di Catania . Catania .
SIFC Studi Italianidi Filologia Classica. Firenze.
Sileno Sileno. Rivista di studi classici e cristiani. Roma.
StudMed StudiMedievali. Torino .
SO Symbolae Osloenses, auspiciis Societatis Graeco -Latinae.
Oslo .
Sophia Sophia . Rivista internazionale di fonti e studi di storia della
filosofia. RomaNapoli/Padova.
SPAW Sitzungsberichte der (-1944 : Preußischen, puis:) Deutschen
Akademie der Wissenschaften zu Berlin, Philosophisch
historische Klasse. Berlin .
SPG Studia Philosophica Gandansia .Gand .
SRen Studies in the Renaissance. New York. (Cette revue a cessé
de paraître avec le tome 21 en 1974 ; pour la suite voir
RenQ .)
StudClas Studii Clasice. București, Soc. de Studii clasice din RSR .
Studiran Studia Iranica. Institut français d' iranologie de Téhéran .
Paris/Téhéran .
StudUrb (Ser. B ) Studi Urbinati di Storia , Filosofia e Letteratura. Urbino .
Syria Syria . Revue d'art oriental et d 'archéologie . Paris.
TAPLA Transactions and Proceedings of the American Philological
Association. Lancaster (Pennsylvania ).
TAPHS Transactions of the American Philosophical Society. Phila
delphia (Pennsylvania).
Temenos Temenos. Studies in comparative religion presented by
scholars in Denmark, Finland , Norway and Sweden .
Helsinki.
ABBRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES
Th & G Theologie und Glaube. Paderborn .
ThLZ Theologische Literaturzeitung. Berlin .
ThQ Theologische Quartalschrift.München .
ThZ Theologische Zeitschrift. Basel.
TPh Tijdschrift voor Philosophie. Utrecht.
Traditio Traditio . Studies in ancient and medieval history, thought
and religion . New York .
Ur Ur. London, Iraqi Cultural Center.
VChr Vigiliae Christianae. A review of early christian life and
language. Amsterdam .
Verbum Verbum . Revue de linguistique publiée par l'Université de
Nancy II.
Viator Viator.Medieval and Renaissance studies. Berkeley.
Vichiana Vichiana. Rassegna di studi filologici e storici.Napoli.
Vivarium Vivarium . A journal for mediaeval philosophy and the
intellectual life of the Middle Ages. Leiden .
VKF Voprosy klassičeskij Filologii.Moskva.
WJA Würzburger Jahrbücher für die Altertumswissenschaft .
Würzburg.
WKPh Wochenschrift für klassische Philologie. Berlin .
WS Wiener Studien . Zeitschrift für klassische Philologie und
Patristik . Wien .
WZJena Wissenschaftliche Zeitschrift der Friedrich -Schiller-Uni
versität Jena, Gesellschafts- und sprachwissenschaftliche
Reihe. Jena.
YCIS Yale Classical Studies.New Haven.
ZAS Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde.
Berlin .
Zant Ziva Antika. Antiquité vivante. Skopje.
ZASS Zeitschrift für Assyriologie und verwandte Gebiete. Leipzig,
Weimar,Berlin .
ZDMG Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft.
Wiesbaden.
ZGAIW Zeitschrift fürGeschichte der Arabisch -Islamischen Wissen
schaften . Institut für Geschichte der Arabisch - Islamischen
Wissenschaften an der Johann Wolfgang Goethe -Univer
sität. Frankfurt am Main .
ZKG Zeitschrift für Kirchengeschichte. Stuttgart.
ZKTH Zeitschrift für Katholische Theologie. Wien .
ZPE Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik. Bonn.
ZPhF Zeitschrift für Philosophische Forschung .Meisenheim .
ON NAIRE SOPHES UES
34
DICTI DES PHILO ANTIQ
ZSWG Zeitschrift für Semitistik und verwandte Gebiete. Deutsche
MorgenländischeGesellschaft. Leipzig.
ZWTH Zeitschrift für die Wissenschaftliche Theologie . Iena.
II. Collections, dictionnaires et ouvrages de référence
ACO Acta Conciliorum Ecumenicorum , ed . E . Schwartz . Berlin
1914 - .
ANF Ante-Nicene Fathers, Buffalo New York .
ANL Ante -Nicene Christian Library, Edinburgh 1864 - .
ANRW Aufstieg und Niedergang der römischen Welt. Geschichte
und KulturRomsim Spiegel der neueren Forschung. Berlin .
AugLex Augustinus-Lexikon , Basel 1986 - .
AvP Altertümer von Pergamon, Berlin /Leipzig 1885 - .
BA Coll.« Bibliothèque augustinienne » . Paris.
BEFAR Coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de
Rome » . Paris.
BT Coll. « Bibliotheca Scriptorum Graecorum et Romanorum
Teubneriana» . Leipzig/Stuttgart.
CAG Commentaria in Aristotelem Graeca, edita consilio et aucto
ritate Academiae Litterarum Regiae Borussicae. Berlin
1891- 1909.
Catholicisme Catholicisme, hier, aujourd'hui, demain . Encyclopédie pu
bliée sous le patronage de l'Institut Catholique de Lille.
Paris .
CCAG Coll. « Catalogus Codicum Astrologorum Graecorum » , t. I
XII. Bruxelles 1898- 1953.
CCG Coll. « Corpus Christianorum ». Series Graeca. Turnhout
1977 -
CCL Coll. « Corpus Christianorum ». Series Latina. Turnhout
1953 - .
CGFr Comicorum Graecorum Fragmenta , ed . G . Kaibel. Berlin
1899.
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Socratis et Socraticorum Reliquiae collegit, disposuit,appa
ratibus notisque instruxit Gabriele Giannantoni, coll. « Elen
chos» 18, Napoli 1990, 4 vol. Les tomes I et II (XII-521 p. et
XII-652 p.) contiennent les textes, le tome III (301 p .) un
Conspectus librorum , un Index fontium et un Index nomi
num , le tome IV (XII-609 p .) le commentaire (sous forme de
56 notes développées).
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Roman period, 2e éd ., Leiden 1964, XVI-673 p .
Avertissement
La transcription française des noms propres grecs et latins est toujours chose
délicate. La tendance traditionnelle est de donner une forme française quand
c 'est possible et que le personnage est connu de cette façon , ce qui peut entraî
ner des problèmes d 'ordre alphabétique. Fallait-il adopter Aischinès, Aeschines,
Eschine ? Nous avons tenté de respecter dans pareil cas la forme la plus proche
du grec, au moins dans l'intitulé de la notice, quitte à rappeler entre parenthèses
la forme courante connue par le lecteur français et à utiliser cette dernière dans
le corps de l'article. Nous avons également essayé de ne pas transcrire différem
ment les homonymes qui se succèdent directement,mais il a semblé impossible
d'appliquer des règles immuables. On rencontrera des Denys et des Dionysios.
Les noms latins sont classés au cognomen,mais des renvois sont prévus pour les
autres composantes importantes du nom . La liste finale des notices du deuxième
tome devrait faciliter le repérage des différents noms.
L ' intitulé de chaque notice indique le numéro attribué par la Realencyclo
paedie aux différents homonymes, accessoirement le numéro qu'il a reçu dans
d 'autres prosopographies (PLRE, PIR ?, PA ). On ne s' étonnera pas de trouver des
indications comme RE ou RESuppl. IV : (sans chiffre arabe), lorsque les articles
de cette encyclopédie de comportent pas de numéro. Quand l'article de la Real
encyclopaedie n 'offrait aucune information supplémentaire par rapport à ce que
l'on peut lire dans notre notice, nous n 'avons pas fourni une référence biblio
graphique complète : le renvoi initial suffira à rappeller qu' il existe un article
consacré à ce philosophe. Une lettre ou un nom n 'est ajoutée au numéro
d 'homonymie que si la forme retenue par cette encyclopédie allemande ne
correspond par à la forme française du nom (RE K 2 pour “ Callisthène ” ).
L 'intitulé de chaque notice comprend également une datation au moins
approximative du personnage. Dans l'indication des siècles, un petit a en
exposant signale une date antérieure à l'ère chrétienne (Iva signifie « IVe siècle
avant Jésus-Christ» ). La lettre p sert de même, mais seulement si nécessaire , à
indiquer une date de notre ère . Dans ces indications chronologiques, les lettres
D , M et F signifient “ début” , “milieu” et “ fin " .
Pour simplifier le système de référence bibliographique à l'intérieur des
notices, nous avons choisi de numéroter en chiffres gras les références succes
sives et d 'y renvoyer dans la suite de la notice. Par exemple , on trouvera 3 V .
Brochard , Les sceptiques grecs, 2e éd ., Paris 1923, p . 303 n . 2 , puis, plus loin
dans la notice une simple référence à Brochard 3 , p . 300. Ce système n 'a pas été
employé pour les très courtes notices où il n ' y avait pas de renvoi interne.
46 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
Les informations sont réparties sous un certain nombre de rubriques (mises
en relief par l'emploi de caractères gras ou espacés) qui reviennent de notice en
notice et facilitent la consultation de l'ouvrage. Par exemple : Chronologie,
Bibliographies (où sont signalées les bibliographies consacrées à ce philosophe
et non pas les ouvrages comme tels ; à ne pas confondre avec Cf.), Euvres
conservées, Datation , Éditions et traductions, etc. Certaines notices très dévelop
pées peuvent comporter toute une hiérarchie de titres intermédiaires, ainsi qu'un
sommaire initial.
De façon générale, nous avons résisté à la tentation courante d' identifier les
personnages homonymes. Même là où l' identification nous semblait probable ,
nous avons regroupé les informations en blocs distincts à l'intérieur de la notice.
Le signe » renvoie aux notices déjà parues dans les tomes I et II du Diction
naire. Il signifie que le personnage a fait l'objet d'une notice, mais nous ne
l'avons pas employé pour les noms les plus importants qui reviennent souvent. Il
n 'apparaît d' ailleurs qu'à la première occurrence d'un nom dans la notice . Une
référence plus précise (avec indication du nom de l'auteur de l'article ) est faite
lorsque le contenu même de la notice est visé.
1 BABÉLYCA D 'ARGOS
Femme pythagoricienne dontle nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V . pyth . 36, 267 ; p. 147, 5 Deubner.
BRUNO CENTRONE.
la BACCHIOS
Dans une épigramme conservée dans l'Anthologie Palatine IX 412, le poète
et philosophe épicurien Philodème de Gadara déplore , en s'adressant à son ami
Sosylos, la récente disparition de leurs amis communs Antigénès (- DPhA
Suppl. A 192 a) et Bacchios.
M . Gigante, « Gli epigrammi di Filodemo quali testimonianze autobio
grafiche. Filodemo nella Villa di Ercolano : incontri albelvedere (Anth. Pal. IX
412 e XI 35)», dans Studidi filologia classica in onore diGuido Monaco, t. I,
Palermo 1991, p . 421-427, et dans Filodemo in Italia , Firenze 1990, p .69-79,
considère que ces trois amis appartenaient au cercle épicurien qui était réuni
avec Philodème dans la Villa des papyri à Herculanum .
[D 'autres amis de Philodème,mentionnés dans l'épigramme A .P. XI 35,mériteraient peut
être d'être rattachés au même cercle . Il s'agit d' Artémidore, Aristarque, Athénagoras et
Apollophanès. Ces noms sont trop fréquents dans la tradition philosophique pour autoriser des
identifications sûres, mais on connaît chez les épicuriens un Apollophanès de Pergame
(nA 292), ambassadeur à Rome au jer s. av. J.-C ., et un Athénagoras (** A 474), xadnyoú
HEVOÇ épicurien connu par Philodème. Des identifications avec des figures romaines ont été
envisagées par Cichorius. Voir les notes de l' édition H . Beckby, t. III, p . 832, etGigante, loc.
cit., p. 427. R . G .)
SIMONE FOLLET.
2 BACCHIOS DE PAPHOS PIR2 B 6 DM II
A . Bacchios de Paphos faisait partie , avec trois de ses collègues – Zosimos et
Nicostratos d' Athènes , Cornelianus de Mallos (- C 188) -, d'un groupe de
philosophes platoniciens qui reçut le droit de cité à Delphes (FD III 4 , 94 ).
L 'événement se place sous l'archontat d 'Euboulidès, vers le milieu du II s. de
notre ère. A quelques mois d' intervalle au plus (les deux décrets sont datés
d 'archontats différents mais gravés à la suite l'un de l'autre et de la même
main ), Calvenus Taurus avait bénéficié de la même mesure (FD II 4, 91). Cette
arrivée groupée à Delphes de philosophes platoniciens , dont trois sur cing
étaient sûrement installés à Athènes , suggère l'existence , sinon d 'une école
constituée , du moins de liens étroits entre platoniciens venus d'horizons divers,
48 BACCHIOS DE PAPHOS
mais dont le centre de ralliement, avant Delphes, doit avoir été Athènes. Elle
montre également que la tradition du séjour à Delphes était perpétuée, après
Ammonios ( » A 141) et Plutarque, par les platoniciens du IT s.
Bacchios, à la suite de son patronyme, fait préciser qu ' il a été adopté par
Gaius. Faut- il reconnaître en ce père adoptif le platonicien, attesté par Galien et
Proclus, qui devait enseigner au début du siècle (J. M . Dillon , The Middle
Platonists, p . 266 -267) ? Bacchios et ses compagnons seraient- ils alors des
représentants de la fameuse « école de Gaius » (dont l'existence a été mise en
doute : Dillon , ibid ., chap. VI), qui aurait eu ainsi son centre à Athènes ? La
documentation est trop fragmentaire pour permettre de rien affirmer.Mais les
époques concordent: le philosophe Gaius, qui avait lui-même reçu à Delphes les
mêmes honneurs une vingtaine d'années plus tôt (FD III 4, 103), pourrait être
identique au maître platonicien .
B . Aucun autre homonymen ' étant attesté dans les milieux philosophiques de
l'époque, Bacchios est très probablement identique , comme on l'a reconnu
depuis longtemps (voir notamment K . Praechter, « Nikostratos der Platoniker » ,
Hermes 57, 1922, p. 483, repris dans Kleine Schriften, hrsg. von H . Dörrie , coll.
« Collectanea » 7, Hildesheim /New York 1973, p. 103), au philosophe men
tionné par Marc -Aurèle (I 6 ) comme son premier maître .
BERNADETTE PUECH.
3 BACCHIOS GÉRON RE 10 IV
Musicien , ayant vécu au temps de Constantin, dont il avait célébré les
louanges si l'on en croit quelques trimètres transmis avec son ouvrage
Eloaywy téxung UOVOLXñS. Il s'agit d'un traité par questions et réponses sur
la musique qui a été édité par C . von Jan , Musici Scriptores Graeci, Leipzig
1895 -1899, p. 283-316 , et plus récemment par L . Zanoncelli, La manualistica
musicale greca, Milano 1990 (introduction , p. 247-251 ; édition et traduction,
p. 253-283; commentaire, p. 287 -304 ). Le texte , qui a sans doute été remanié
plus tard, trahit l'influence d'Aristote , d 'Aristoxène, et présente des points de
contacts avec Aristide Quintillien .
Cf. K . von Jan, art. « Bakcheios » 10 , RE II 2, 1896 , col. 2790 -2792.
BRUNO CENTRONE .
4 BAGÔAS FII
Péripatéticien , eunuque, candidat à une chaire impériale de philosophie
péripatéticienne à Athènes, contre un adversaire , Dioclès l’ éristique (- D 114 ),
dans le dialogue satirique de Lucien , L ’Eunuque. Les noms et peut-être même
les détails humoristiques du concours, présidé à l’agora par les citoyens les plus
éminents d' Athènes, sont probablement fictifs.
Bagôas était le nom de plusieurs eunuques et devint typique dans la littérature ancienne
pour ce genre de personnage (cf. Pline, N . H . III, IX 41, à propos des dattes royales du jardin
de Bagoas à Babylone : « c'est le nom que les Perses donnent aux eunuques, car il y en eut qui
BALBILLUS (TIB . CLAUDIUS -)
régnèrent chez eux » (trad. Ernout]). Cf. Ovide, Amor. II 2, 1, et F . Cauer, art. « Bagoas », RE
II 2 , 1896 , col. 2771.
RICHARD GOULET.
5 BALAPSIDUS DE NICOMÉDIE VII
Ce « nom de fantaisie » cité par Virgile de Toulouse, Epitomae XV, p . 95, 7
(ed. J. Huemer, coll. BT, Leipzig 1886 ), serait, d 'après P . Courcelle (Les lettres
grecques en Occident de Macrobe à Cassiodore, coll. BEFAR 159, Paris ,
« nouvelle édition revue et augmentée» , 1948, p. 252), le pseudonyme d'un
maître de l'école de Toulouse à la fin du VIe siècle . Sur le grammairien Virgile
de Toulouse, voir H . Schuster, art. « Virgilius» 3, RE IX A 1, 1961, col. 186
194, qui le situe, après Isidore de Séville , au début du vil siècle . Dans un
catalogue de grammairiens (XV), Virgile fait allusion au début d'un traité que
Balapsidus aurait écrit en grec : « Il y avait aussi près de Nicomédie Balapsidus,
récemment décédé, qui, sur mon ordre, traduisit en latin les livres de notre
doctrine, que je lis, moi, dans le texte grec. En voici le début: in principio celum
terramque mare omniaque astra spiritus intus fovet» (trad. Tardi). Courcelle y
reconnaît un philosophe néoplatonicien : « en effet, l’ incipit de son livre n 'est
autre que les vers de l'Énéide (VI 724-726 ] sur l'Ame du monde, qui avaient
déjà suscité tant de commentaires. Telle est la doctrine que Virgile de Toulouse
appelle : notre loi, et le genre de livre qu 'il prétend lire en grec » (p. 253). Le
nom est absent de la RE et ne semble pas attesté par ailleurs.
Cf. D . Tardi, Les epitomae de Virgile de Toulouse. Essai de traduction critique avec une
bibliographie, une introduction etdes notes, Thèse complémentaire, Paris 1928, 152 p .
RICHARD GOULET.
6 BALBILLUS (TIB . CLAUDIUS -)RESuppl V 82 PIR2B 38,C812 -813 MI
Savant et astrologue, directeur de la Bibliothèque et du Musée d 'Alexandrie .
Sources biographiques anciennes : - littéraires : (1) Tacite , Annales XIII
22 ; (2 ) Pline , Nat. Hist. XIX 3 ; ( 3) Sénèque, Quaest. Nat. IV 2 , 13 ; (4 ) Suétone,
Nero 36 ; (5 ) Dion Cassius LXVI 9, 2 ; (6 ) Acta Isidori, dans H . A . Musurillo
(édit.), The Acts of the Pagan Martyrs, Oxford 1954, p. 18- 26 .
- papyrologiques et épigraphiques : (7 ) P . Lond. 1912 (« Lettre de Claude
aux Alexandrins» , rééditée avec traduction et commentaire par H . I. Bell, Jews
and Christians in Egypt, London 1929, p . 1 - 37) ; (8 ) 1. Ephesos 3041;
(9) 1. Ephesos 3042 ; (10) ZPE 31, 1978 , p . 186 - 187 ; (11 ) ID 1861; (12) OGIS
666 ; (13) A . et E . Bernand, Inscriptions du Colosse de Memnon, Paris 1960 ,
n° 29, p . 86 -92 ; (14) E . Bernand , Recueil des inscriptions grecques du Fayoum ,
t. I, Leiden 1975,n° 99, li. 8.
Euvres. On a conservé des fragments de ses Astrologoumena, dédiés à un
certain Hermogène : CCAG VIII 3, p. 103, et VIII 4, p. 233-234.
Cf. 1 C . Cichorius, « Der Astrologe Thrasyllos und sein Haus », dans
Römische Studien, Berlin 1922 , p . 390 - 398 ; 2 A . Piganiol, « Balbillus» , dans
Mélanges G . Glotz, t. II, Paris 1932, p . 723-730 ; 3 J. Schwartz , « Ti. Claudius
50 BALBILLUS (TIB . CLAUDIUS -)
Balbillus» , BIAO 49, 1950, p. 45-55 ; 4 F. H . Cramer, Astrology in Roman Law
and Politics, Philadelphia 1954, p. 112 -139 ; 5 H . G . Pflaum , Les carrières
procuratoriennes équestres, t. I, Paris 1960 , n° 15, p. 34-42; 6 J. Gagé, Basileia ,
Paris 1968, p. 75 - 124 et 158 - 163; 7 P. Grimal, « Le De clementia et la royauté
solaire de Néron » , REL 49, 1971, p. 205-207 ; 8 M .-F . Baslez, Saint Paul, Paris
1991, p . 216 -217 et 292 ; 9 S . Demougin , Prosopographie des chevaliers
romains julio -claudiens, Rome 1992, n° 538, p. 447 -449.
Biographie. A propos de l'origine et de la carrière de Balbillus, les prises de
position souvent contradictoires des commentateurs ont abouti à une confusion
telle qu 'une analyse de ces questions nécessiterait de longs développements .
L 'argumentation de Cichorius 1, selon qui l'astrologue de Néron serait le fils de
Thrasyllos, astrologue et ami de Tibère , ne peut être considérée comme une
démonstration définitive mais s'appuie sur de très solides vraisemblances: le fils
de Thrasyllos, astrologue comme son père, avait prédit l'avènement de Néron
(Tacite, Annales VI 22) ; le rapprochement avec Balbillus, qui bénéficiait de la
faveur d'Agrippine avant de devenir l'astrologue de Néron , paraît donc diffi
cilement évitable . La dédicace de Smyrne (10 ), où le fils d’un Tib . Claudius
Thrasyllos manifeste son attachement à Néron et Agrippine, pourrait avoir
valeur de confirmation s'il était certain que ce Thrasyllos soit l'ami de Tibère.
Cette identification ne fait aucun doute pour Merkelbach, qui restitue le nom de
Balbillus dans le document édité ( 10 ), mais elle ne peut s 'appuyer pour le
moment que sur les liens de Balbillus avec la province d'Asie, où des Balbilleia
seront célébrés après sa mort. En tout cas, l'objection chronologique qui amenait
Schwartz 3, Pflaum 5 et Gagé 6 à rejeter les conclusions de Cichorius est sans
portée. Son hypothèse n 'oblige nullement à « attribuer un âge biblique » (Pflaum
5) à la petite - fille de Balbillus, Iulia Balbilla , connue pour ses poèmes gravés sur
le Colosse de Memnon en 130 (13): Thrasyllos a pu naître vers 35 avant J.-C .,
Balbillus vers 5 de notre ère et Balbilla vers 65 -70 , ce qui rejoindrait l'indication
de Flavius Josèphe (B. J. VII 228 -237) selon qui les fils d'Antiochos IV de
Commagène, dont l'un était le père de Balbilla , étaient encore néoi en 72 .
Le nom , fort rare, de Balbillus ou Barbillus a été porté par divers person
nages : – le chef de l'ambassade des Grecs d' Alexandrie auprès de Claude en 41
(7) ; – un procurateur de Claude, directeur de la Bibliothèque et du Musée
d'Alexandrie, ainsi que des cultes de l'Égypte (8) (9) ; – un conseiller de Claude
qui intervient à Rome au procès des Alexandrins Isidôros et Lampon (6 ) ; - le
préfet d 'Égypte de 55-59 (1) (2 ) ( 3) (12) ; - l'astrologue de Néron, également
conseiller de Vespasien (4) (5) ; - le grand-père de Iulia Balbilla (13). A
l'exception de celle de Cramer 4 , les études mentionnées ci-dessus se sont
appliquées à répartir ces attestations entre divers homonymes. Le caractère
hasardeux de cette démarche apparaît suffisamment dans les conclusions contra
dictoires qu 'elle a inspirées. Par ailleurs aucune donnée dans la documentation
n 'impose nimême n 'autorise pareille distinction. Au contraire, la convergence
chronologique et géographique des documents est très nette : tous se réfèrent à
un personnage dont l'acmè se situe entre 40 et 70 environ et qui a des liens
BALBILLUS (TIB .CLAUDIUS -) 51
étroits avec l'Égypte. La permanence de ces liens s 'explique naturellement par
l'origine alexandrine de Balbillus. On voit mal pourquoi cette origine serait
incompatible avec l'identification de Balbillus au fils de Thrasyllos , comme
l'affirme Demougin 9, prêtant à Thrasyllos une origine asiatique qui n'est pas
confirmée par la documentation ; le serait-elle qu 'elle ne prouverait rien :
Thrasyllos avait été formé dans la tradition de l'astrologie égyptienne ; il avait
nécessairement séjourné à Alexandrie et avait fort bien pu s'y établir. Une
analyse approfondie de la carrière que décrivent tous ces documents permettrait
également de mettre en évidence une cohérence et une continuité remarquables
dans l'activité de Balbillus.
Car depuis 41 - date à laquelle, peut-être déjà en qualité de prêtre du culte
impérial (voir 10 H . Henne, « Petites recherches sur le directeur des cultes dans
l'Égypte romaine », dansMélanges N . Iorga, Paris 1933, p. 435-464 ), il presse
vainement Claude d 'accepter un culte officiel de sa personne en Égypte -
jusqu 'au -delà de sa mort - les concours qui porteront son nom en Asie seront
associés au culte impérial -, l'aspect le plusmarquant de l'activité de Balbillus
est le rôle qu 'il joua dans la diffusion de l'idéologie impériale. Contrariée par la
prudence de Claude, son action fut favorisée sous Néron à la fois par sa position
influente (il était parvenu, avec la préfecture d'Égypte , au sommet de sa carrière
procuratorienne) et par son incontestable autorité intellectuelle . Car s'il ne fut
jamais considéré comme un philosophe, il jouissait auprès des milieux intel
lectuels d'un prestige dont Sénèque témoigne avec chaleur (3). Balbillus était un
savant, et c'est bien ce qui lui valait sa célébrité : rien n 'autorise à le présenter
comme un thaumaturge, comme l'ont fait plusieurs commentateurs . Et en ces
temps de stoïcisme triomphant, l'astrologie scientifique était l'objet du plus vif
intérêt. Précisément, Balbillus comptait chez les stoïciens au moins deux amis,
comme lui nourris de culture égyptienne et observateurs comme lui du phéno
mène des comètes : Chairémon (son compagnon d ' ambassade en 41) et Sénèque.
Leur réunion auprès du jeune Néron ne fut certainement pas due au hasard et
leur collaboration favorisa le développement de la mythologie solaire qui
entoura le jeune prince dès le débutde son règne. Dans cette association, le rôle
de Chairémon (- C 91) et de Sénèque, pour concilier la tradition religieuse
égyptienne avec l'enseignement du stoïcisme, a été mis en évidence par 11 P.
Grimal, Sénèque ou la conscience de l'Empire , Paris 1991, p . 116 - 119.
Balbillus, lui aussi parfaitement informé des rites égyptiens, apportait de plus la
tradition astrologique desmonarchies hellénistiques qui avait nourri l'astrologie
égyptienne et qu 'il put sans doute enrichir encore grâce à ses liens avec la
famille dynastique de Commagène : en effet, si les origines royales ou le
mariage princier que lui prêtent plusieurs commentateurs (1, 4, 6) reposent sur
une mauvaise interprétation de (13), il est certain en revanche qu 'il maria sa fille
à l'un des fils d 'Antiochos IV . Ce sont d 'ailleurs les principes de cette astrologie
royale qui, d'après Suétone (4), lui feront conseiller à Néron les exécutions qui
suivirent la découverte de la conjuration de Pison , et par là causer indirectement
la mort de Sénèque. En tant que préfet d'Égypte , il veilla à la diffusion de
52 BALBILLUS (TIB . CLAUDIUS -)
l'idéologie qu 'il avait contribué à élaborer, avec une efficacité donttémoignent
plusieurs documents (voir Grimal 7 ; 12 O .Montevecchi, « Nerone e l'Egitto » ,
PP 160, 1975, p .48-58). Balbilla perpétuera cette tradition lorsqu' elle guidera
en 130 le pélerinage du couple impérial à la statue de Memnon .
Le rôle qu 'il avait joué en 41 à Alexandrie laisse supposer que Balbillus n 'a
pas toujours entretenu les meilleures relations avec les communautés juives; il
ne permet pas pour autant de supposer entre elles et lui une hostilité implacable
et sans trêve. Évoquant les épreuves subies par saint Paul à Éphèse dans l'hiver
53-54, Baslez 8 en attribue l' origine en grande partie au rôle de Balbillus. Il
serait visé dans l'expression de la deuxième Épître aux Corinthiens 1, 9, où Paul
évoque la « réponse de mort » qu 'il a reçue en Asie : ce serait une allusion codée
à Balbillus, qui était secrétaire ad responsa graeca ; il aurait été le catalyseur qui
aurait transformé en hostilité ouverte contre Paul l'antisémitisme latent à
Éphèse.Mais le seul document daté qui atteste le passage de Balbillus à Éphèse
(9) est postérieur à la mort de Claude en octobre 54 : la présence de Balbillus au
début de la même année est donc possible,mais nullement certaine. Surtout, le
secrétariat de Balbillus ad responsa est antérieur à ses fonctions en Égypte qui
se sont étendues sur plusieurs années: il doit se placer aux environs de 45 et rien
ne prouve que Paul en ait eu connaissance, comme rien ne prouve que Balbillus
ait jamais entendu parler de Paul.
L 'idée d 'un antagonisme entre les chrétiens et Balbillus a été introduite par
l'hypothèse de Piganiol 2 , reprise par Schwartz 3, selon laquelle il faudrait
reconnaître Balbillus dans la deuxième bête de l'Apocalypse (13, 11), celle qui
veut gagner les habitants de la terre au culte de la première : ce serait l'activité
de Balbillus au service du culte impérial qui serait ainsi désignée, et l'hostilité à
son égard de la communauté chrétienne d' Éphèse aurait été exaspérée par le rôle
qu'il aurait joué dans la persécution du règne de Néron . Mais là encore la
documentation ne fournit aucun support à cette hypothèse: les victimes expia
toires que Balbillus, selon Suétone, aurait proposées à Néron n ' étaient pas des
chrétiens et ses conseils, on l'a vu, étaient inspirés par une tradition magique
orientale qui n 'avait rien à voir avec une quelconque rancæur personnelle ni
avec l'intolérance religieuse ou le cynisme politique. Les commentateurs récents
de l'Apocalypse estiment d'ailleurs que le passage en question vise l' institution
même du culte impérial plutôt qu 'une personne précise (voir entre autres 13 F .
Bovon, « Les institutions romaines selon l'Apocalypse de Jean » , CrSt 7 , 1986 ,
p . 221-238 ; 14 P. Prigent, L 'Apocalypse de Saint Jean, Lausanne/Paris 1981,
p. 209-212).
Il reste qu ' aux yeux de ses contemporains Balbillus aurait bien pu passer
pour le vivant symbole de cette institution. Autant qu 'une indispensable sou
plesse de caractère, c'est sans doute sa fidélité à une certaine idée du pouvoir
impérial qui lui avait permis d 'être tout à la fois l'ami de Claude, celui de
Sénèque et le protégé d'Agrippine avant de passer, apparemment sans heurt, de
la faveur de Néron à celle de Vespasien . Elle avait aussi amené ce savant à tirer
parti de sa familiarité avec des cultures diverses pour devenir, quelles qu 'aient
BALBUS (Q . LUCILIUS -) 53
été ses options philosophiques personnelles, l'agent de diffusion d'une idéologie
d'inspiration stoïcienne, qui faisait de l'empereur romain , en même temps que le
« bon génie de l'univers » , héritier de Pharaon et des Ptolémées, le Roi-Soleil
conducteur du monde.
BERNADETTE PUECH .
7 BALBUS (L . LUCILIUS -) RE “ Lucilius” 19 ja
Mentionné comme stoïcien par Crassus dans Cicéron , De oratore III 21, 78 .
La fréquence du cognomen rend l' identification délicate et il faut que les
deux Balbi puissent figurermême allusivement dans un dialogue qui se déroule
en 91a. On admet en général que l'un d 'eux est Q . Lucilius Balbus ( B 8).
L . Lucilius Balbus serait son frère ou son cousin . L ' identification avec celui qui
fut gouverneur de Priène dans les années 90a reste bien hypothétique (cf. J.-L .
Ferrary, Philhellénisme et impérialisme, p.606 ). Faut-il plutôt le confondre avec
L . Lucilius (cf. F. Münzer, art. « Lucilius» 19, RE XIII 2 , 1927, col. 1640) qui
fut l'élève de Scaevola et le maître du juriste Servius ?Même si nous savons peu
de chose sur cet homme réservé (Cicéron, Brutus 154 ), ce rapprochement est
intéressant à cause des liens de Scaevola avec le stoïcisme.Mais il n 'est pas
possible d 'apporter d 'autres précisions.
MICHÈLE DUCOS.
7a BALBUS (L . THORIUS -) RET 4
Originaire de Lanuvium (Cicéron, Fin. II 22 ,63), L. Thorius Balbus fut l'un
des uirimonetales, sans doute à la fin du IIe siècle, ou peut-être au début du jer
siècle av . J.-C . (voir la discussion dans T. S. Broughton , The Magistrates of the
Roman Republic, New York 1950- 1960 , t. II, p. 453) et fut en 79a légat de Q .
Metellus (Plutarque, Sert. 12, 4 ; Florus II 10) pour finalementmourir au combat
en luttant contre Sertorius (Cicéron, ibid .).
Pour le considérer comme un épicurien , il est d 'usage de se référer au De
finibus II 63 et 70) où Cicéron décrit la vie voluptueuse qui fut la sienne, une vie
à laquelle nemanquait aucun raffinement dans le plaisir. Il paraît néanmoins
difficile de faire de cethédoniste un épicurien ; C . J. Castner, Prosopography of
Roman Epicureans, Frankfurt 1988, p. 111, le classe parmiles Epicurii dubii. Ce
choix est d'autant plus nécessaire que l'exemple de Thorius Balbus est utilisé
par Cicéron pour réfuter les thèses épicuriennes en montrant que cet homme
recherchait avant tout le plaisir et ne limitait pas ses désirs selon la classification
d 'Épicure,mais selon sa propre satiété.
Cf. F. Münzer, art. « Thorius», RE VI A 1, 1936 , col. 345-346 .
MICHÈLE DUCOS.
8 BALBUS (Q .LUCILIUS -) RE “ Lucilius” 20 ја
Mentionné comme stoïcien dans Cicéron , De oratore III 21, 78, avec son
frère ou son cousin ( » B 7) , Q . Lucilius Balbus est le porte -parole de la thèse
54 BALBUS ( Q . LUCILIUS - )
stoïcienne dans le livre II du De natura deorum . Nous savons peu de choses sur
ce personnage qui fut sans doute sénateur (cf. R . Syme, « Missing senators » ,
Historia 4, 1955, p . 52-71, repris dans Roman papers, Oxford 1979, t. I, p . 271
291 ; E . S. Gruen, The last generation of the Roman Republic, Berkeley 1974 ,
p . 519, qui le classe dans les pedarii de famille sénatoriale). Sa formation
philosophique nous est tout aussi peu connue : il semble proche de Posidonius
(De natura deorum I 123; II 88) et Cicéron souligne qu' il est comparé aux
meilleurs des Grecs (I 6 , 15) ; mais il est aussi lié à Antiochos d ’Ascalon
(» A 200) qui lui dédicace un livre, ce qui prouve que Balbus ne se confine pas à
un cercle étroit.
Cf. F .Münzer, art. « Lucilius» 20, RE XIII 2 , 1927, col. 1640.
MICHÈLE DUCOS.
9 B [AN ]ŅON ? ép.imp.
L 'un des graffiti grecs du tombeau de Ramsès VI dans la Vallée des Rois
( neuvième « syringe» ), publié par J. Baillet, Inscriptions grecques et latines des
tombeaux des rois ou Syringes, fasc . 2, nº 1097, porte la signature d'un philo
sophe dont le nom , si la lecture de l'éditeur pour les lettres conservées est
exacte , devait être B [an ]non ou B [a ]non . L 'écriture , en onciale du type le plus
courant, n 'autorise aucune datation précise : ce philosophe peut avoir vécu à
n 'importe quelmoment entre le fer et le IVe siècle de notre ère.
BERNADETTE PUECH .
10 BARACHUS RE PLREI: FIV
Philosophe, amide Symmaque, qui fait son éloge et le recommande dans une
lettre à Ausone (I 29, que l'on date d'avant 380). Symmaque oppose sa sagesse
authentique, digne des temps anciens, à l'attitude de « cette multitude vile qui
par sa morgue et son accoutrement (fastu et habitu ) contrefait la philosophie »
( trad. J.-P . Callu , CUF 1972 ). Peut-être le philosophe s 'apprêtait- il à entre
prendre un voyage de Rome en direction de la Gaule .
RICHARD GOULET .
11 BARDESANE DE SYRIE RE II-III
Philosophe stoïcien né à Édesse (moderne Urfa,au S.- E.de la Turquie ).
Informations biographiques. D ' après les différentes chroniques syriaques,
Bardesane naquit le 11 juillet 154 sur les bords du fleuve Daïsan, d'où son nom
syriaque Bar- Daișan , « fils du Daişan » ; ses parents étaient païens, mais il se
convertit jeune au christianisme: (1) Théodore Bar Koni (VIII s.), Livre des
scolies, édité par 1 Addai Scher , CSCO, Script. syr., IIe série , t. 66 , Louvain
1912 , p. 307 ; traduit par 2 R .Hespel et R. Draguet, CSCO 432, Script. syr. 188,
Louvain 1982, p . 229 ( cf. 3 H . Pognon , Inscriptions mandaïtes des coupes de
Khouabir, Paris 1898, texte , p. 122 ; trad., p. 177- 178) ; voir aussi (2 ) la Chro
nique de Michel le Syrien, patriarche d 'Antioche (1166 -1199), éditée par 4 J.-B .
Chabot, t. I, Paris 1900, p . 109-110 , 183- 184 ; 5 F. Nau en donne le texte
BARDESANE DE SYRIE 55
syriaque avec une traduction latine dans son édition du Liber Legum regionum ,
coll. « Patrologia syriaca » V2 , Paris 1907, p . 522-523. Cf. 6 H . J. W . Drijvers,
Bardaişan of Edessa,Assen 1966 , p. 186 - 187.
On ne peut pas savoir où Bardesane fit ses études: d 'aprèsMichel le Syrien ,
à Hiérapolis (Maboug, l'actuelle Manbij), où il aurait été élevé par un prêtre qui
lui apprit les chants païens, mais on ne peut pas exclure Antioche ou même
Apamée (Qalat al-Mudiq ), la ville du néopythagoricien Numénius et, avant lui,
de Posidonius (Amélius, philosophe néoplatonicien , disciple et assistant de
Plotin à Rome, se retira à Apamée vers 270 , et ce fut là aussi que Jamblique (ca
250 -330 ) ouvrit son école de philosophie ). Bardesane ne dut pas faire ses études
à Athènes où enseignait peut-être son contemporain Alexandre d 'Aphrodisias :
s'il y avait séjourné, il aurait sans doute écrit en grec comme tant d'autres philo
sophes syriens. D 'autre part, Bardesane pourrait aussi avoir vécu longtemps à
Babylone. Il dit lui-même qu'il avait suivi les enseignements des Chaldéens et,
dans ce domaine, Babylone conservait encore au fer et au IIe siècle son hégé
monie intellectuelle. Or, ce qu 'on sait des Chaldéens, et qui vaut aussi pour les
Mages de Perse avec qui ils étaient en contact, laisse penser que le père de
Bardesane était un Chaldéen puisque l'enseignement des Chaldéens, comme
celui des Mages, se transmettait exclusivement de père en fils (à propos de la
propagation de la doctrine de Zoroastre, Ammien Marcellin l'a brièvementdit:
« per suam quisque progeniem » (XXIII 6 , 33) ; cette phrase ne fait que résumer
ce que d 'autres historiens anciens avaient déjà affirmé sur les connaissances
ésotériques des Mages, cf. 7 J. Bidez-F . Cumont, Les mages hellénisés II, Paris
1938, p . 7 - 9 n. 5 (sur un texte de Diogène Laërce ) et Diodore de Sicile II 29, 4 ).
Peut-être le terme de Chaldéen appliqué à Bardesane est- il à interpréter comme
« maguséen » ou Mage occidental, dont la langue aussi bien parlée qu ' écrite était
l'araméen , cf. Hérodote VII 37 et le commentaire de Bidez-Cumont 7, p. 34 -35 .
« Chaldéen » pouvait signifier que l'individu appartenait à une caste de Mages
ou bien désigner son appartenance ethnique. Jérôme cite Bardesane à propos des
gymnosophistes hindous et il l'appelle « vir babylonius » , Adv. Jovinianum 2 ,
14 ; PL 23, col. 317. Du temps de Strabon (quimourut entre 21 et 25), les
Chaldéens disputaient dans les écoles de Borsippa et d 'Orchoi (Uruk ) sur les
premiers principes et l'astronomie , et les noms des principaux mathématiciens
étaient connus jusqu'en Occident (XVI 1, 6 ). Bardesane, bien entendu,aurait pu
connaître les doctrines chaldéennes hors de Babylone, car l'astrologie pratiquée
sur les bords de l'Euphrate avait été accueillie sans réserve par les Syriens.
D 'autre part, la conquête de la Mésopotamie par Trajan en 115 /6 favorisa proba
blement la diffusion en Occident des doctrines chaldéennes. Un autre témoi
gnage sur Bardesane provient de la Vie d 'Abertius, évêque d' Hiérapolis en
Phrygie (ca 175), où on lit que pendant son voyage en Orient (une inscription
grecque en fait état, cf. 8 J. Quasten, Patrology I, Utrecht 1950, p . 171-173 ;
trad. franc. parue sous le titre Initiation aux Pères de l'Église. Trad. de l' anglais
par J. Laporte, t. I, Paris 1955, p. 193-196 ), il rencontra Bardesane à la tête
d 'une délégation envoyée pour le recevoir: 9 Th. Nissen, Sti Abercii Vita, coll.
56 BARDESANE DE SYRIE
TU , Leipzig 1912 ; 10 H .Grégoire , « Bardesane et Abertius» , Byzantion 25/27 ,
1955-1957, p. 363- 368 ; des remarques importantes de Drijvers 6 , p. 32, 63, 83,
170 -171 sur ce texte . L 'auteur de la Vie note que Bardesane « se distinguait par
son lignage et par sa richesse » .
On n 'en sait guère plus sur la vie de Bardesane, si ce n 'est qu'il fut un grand
poète dont les æuvres figurent au répertoire de la musique syriaque, qu 'à Édesse
il eut des disciples et qu'ilmourut en 222, laissant derrière lui une réputation qui
lui survécut longtemps. La figure du philosophe syriaque devint vite légendaire :
Julius Africanus, polygraphe né à Jérusalem , voyageur infatigable et ami
d 'Origène, dit avoir rencontré Bardesane à la cour du roi Abgar d ’Édesse où le
philosophe aurait eu la réputation d'être bon archer, capable de dessiner une
figure sur un bouclier avec des flèches tirées de loin ; voir 11 J.-R . Vieillefond ,
Les “ Cestes " de Julius Africanus. Étude sur l'ensemble des fragments avec
édition, traduction et commentaires, Publications de l' Institut français de
Florence, Paris 1970 , p . 180 -182.
Orientation bibliographique. Article « Bardesane » dans 12 RGG I, 1957) ,
col. 870 (G . Kretschmar); 13 RAC I, 1950 , col. 1180 -1186 (L . Cerfaux ) ;
14 Enciclopedia italiana VI, 1930 (réimpr. 1949), p . 167- 168 (G . Furlani) ;
15 A . Abel, art. « Dayşāniyya » , El II, Leiden /Paris 1965, p . 205 -206 . La
meilleure étude sur Bardesane est celle de Drijvers 6 , qui divise en trois périodes
les nombreuses publications concernant l'enseignement du philosophe d 'Édesse
et ses rapports réels ou supposés avec les écrits gnostiques et la littérature judéo
chrétienne (p. 1-59).
Études importantes de 1855 à 1897 : 16 W . Cureton, Spicilegium syriacum ,
London 1955 ; 17 R .A Lipsius, « Über die ophitischen Systeme» , ZWTh 6 , 1863,
p .410 -457; 18 A .Merx , Bardesanes von Edessa,nebst einer Untersuchung über
das Verhältnis der clementinischen Recognitionen zu dem Buche der Gesetze
der Länder, Halle 1863 ; 19 A . Hilgenfeld, Bardesanes, der letzte Gnostiker,
Leipzig 1864 ; 20 J. J. Overbeck, S . Ephraemi Syri, Rabulae Episcopi Edesseni,
Balaei aliorumque opera selecta , Oxford 1865, et 21 G . Krüger,RPTK II, 1897,
p. 400-403.
De 1897 à 1932 : 22 F . Nau , Une biographie inédite de Bardesane l'astro
logue, Paris 1897, et Nau 5 , col. 492 -657 ; études de F. C . Burkitt à partir de
1899, cf. son chapitre sur le christianisme en Orient dans 23 The Cambridge
Ancient History XII (réimpr. 1961), chap. XIV ; 24 Th. Nissen , « Die Petrusakten
und ein bardesanitischer Dialog in der Aberkiosvita » ,ZNW 9, 1908, p. 315-328 ;
25 F . Haase, Zur Bardesanischen Gnosis, coll. TU III 4 , 1910 , et 26 Id., « Neu
Bardesanesstudien » , OC N .S . 12- 14 , 1925 , p. 129- 140 ; 27 F. Schulthess , « Zum
Buch der Gesetze der Länder » , ZDMG 64, 1910 , p . 91-94 , 745 -750 , et
remarques de Th. Nöldeke, p. 555-560; 28 G . Levi Della Vida, « Bardesane e il
dialogo delle leggi dei paesi», RTSFR 1, 1920 , p . 399 -430 ; en particulier p . 408
( cet article est inclus dans 29 G . LeviDella Vida, Pitagora, Bardesane e altri
studi siriaci, éd . Riccardo Contini, coll. « Studi Orientali» 8, Roma 1989), et
30 C . W . Mitchell, S. Ephrem 's Prose Refutations of Mani, Marcion , and
BARDESANE DE SYRIE
Bardaisan , vol. I, London 1912 ; vol. II, London 1921 (complété par A . A .
Bevan et F . C . Burkitt ).
De 1932 à 1965 : 31 H . H . Schaeder, « Bardesanes von Edessa in der Über
lieferung der griechischen und der syrischen Kirche » , ZKG 51, 1932, p. 21-74
(publié à nouveau dans 32 H . H . Schaeder, Studien zur orientalischen Religion
geschichte , éd. C . Colpe, Darmstadt 1968, p. 108 -160 ) et remarques de Drijvers
6 , p . 46 - 50 ; 33 A . Baumstark , « Iwannís von Dàrâ über Bardaişàn » , OC N . S . 8 ,
1933 , p .62-71; 34 W . Bauer, Rechtgläubigkeit und Ketzerei im ältesten
Christentum , Tübingen 1934, p.6 -48 (édité à nouveau en 1964 avec des correc
tions et deux essais dus à Georg Strecker ; trad. anglaise de Bauer et Strecker
avec un commentaire et une bibliographie récente par les membres du « Phila
delphia Seminar on Christian Origins » de l'Université de Philadelphie : 35 R .
Kraft et G . Krodel [édit.], Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity,
Philadelphia 1971) ; 36 D . Amand, Fatalisme et liberté dans l'antiquité grecque,
coll. « Recueil de Travaux d'Histoire et de Philologie » III/19, Louvain 1945,
p . 228 -257 ; 37 I. Ortiz de Urbina, Patrologia syriaca, Roma 19652, p. 43 ;
ajouter maintenant: 38 A . Dihle, « Zur Schicksalslehre des Bardesanes» , dans
A . M . Ritter (édit.), Kerygma und Logos. Festschrift für C . Andresen, Göttingen
1979 , p . 123 - 135 , puis dans Antike und Orient, Heidelberg 1984, p . 161- 173
(mais l'auteur n 'utilise pas le texte syriaque) ; 39 H . J. W . Drijvers , « Bardaişan
von Edessa als Repräsentant des syrischen Synkretismus im 2. Jahrhundert n .
Chr. » dans A . Dietrich (édit.), Synkretismus im syrisch-persischen Kulturgebiet,
Göttingen 1975, p. 109- 122 ; 40 H . Kruse , « Die “mythologischen Irrtümer” Bar
Daişāns» , OC 71, 1987 , p . 24 -52 ; 41 J. Teixidor, Bardesane d 'Édesse. La
première philosophie syriaque, Paris 1992.
Bardesane parla et écrivit en syriaque, la langue araméenne de l’Osrhoène et
de la Syrie du Nord à partir du 1er siècle ap. J.-C .,mais on ne connaît aucun de
ses écrits. Son système philosophique nous est connu par Le livre des lois des
pays, l'æuvre d 'un de ses disciples, par un fragmentde sa cosmologie copié par
Théodore Bar Koni (voir infra) et par quelques textes que rapporte saint Éphrem
d 'Édesse (v. 306 -373) dans ses nombreuses hymnes. D 'après le témoignage des
contemporains, Bardesane fut un auteur prolifique de poèmes que le peuple
apprenait et chantait à l'église et dans la rue,mais que l'autorité ecclésiastique
n 'appréciait guère . Sur la base de son enseignement oral et de ses compositions
populaires, les hérésiologues syriaques firent de lui l'instigateur de maintes
tendances hérétiques en vogue dans l'Édesse du IIe et du IVe siècle. Bardesane
aurait été le maître de Mani, d'après Éphrem , « Deuxième discours à Hypatius» ,
Mitchell 30, vol. I, p. 8 (texte) et p. XXXII (trad.). La littérature théologique en
langue syriaque et la tradition grecque que reflètent des historiens comme
Sozomène et Théodoret présentent toujours Éphrem comme l'ennemiacharné de
Bardesane: dans ses hymnes, Éphrem ne manquait pas d'attaquer ses idées
quand il fustigeait celles de Marcion et de Mani, tout en admettant que la
doctrine de Bardesane différait en partie de celle de ces deux auteurs ; voir Levi
Della Vida 29 , p . 31-62. Maruta de Maipherkat, contemporain d'Éphrem ,
58 BARDESANE DE SYRIE
affirme que les Bardesanites « croient dans l'existence du Bien et du Mal; dans
le Génie de la Fortune, les oracles et les constellations, comme disent les Mani
chéens, et ainsi, révérant les Sept (planètes) et les Douze (signes du zodiaque) ,
enlèventau Créateur son pouvoir de gouverner le monde. Ils disent que la liberté
n 'existe point dans l'homme et vilipendent la résurrection du corps, comme les
Marcionites et les Manichéens. Ils s'habillent de blanc parce qu' ils soutiennent
que tous ceux qui s'habillent de blanc participent du Bien , comme ceux qui
s 'habillent de noir participent du Mal» (Traité sur les hérétiques, éd. 42 I .
Rahmani, Studia syriaca IV , p . 98 - 103. Drijvers 6 , p . 106 ; je donne ici ma
traduction ). Rabboula , évêque d' Édesse (ca 415), démantela l'Église des Barde
sanites et confisqua leurs propriétés (Overbeck 20, p. 159-209; 43 P. Bedjan ,
Acta martyrum et sanctorum , vol. 4 , Paris 1894, p . 396 -470 ; 44 Georges G .
Blum , Rabbula von Edessa . Der Christ, der Bischof, der Theologe, CSCO 300 ,
Subsidia 34,Louvain 1969).
Eusébe de Césarée, en revanche,présente la personnalité de Bardesane autre
ment. Voici la description qu' il en fait dans son Histoire ecclésiastique : « Un
homme très capable et très fort dialecticien dans la langue des Syriens,
Bardesane, composa des Dialogues contre les Marcionites et quelques autres qui
étaient à la tête de diverses croyances ; il les écrivit dans sa langue et son écriture
nationales, avec de très nombreux autres ouvrages. Ces dialogues furent traduits
du syriaque en grec par ses disciples : ceux - ci étaient très nombreux, parce qu 'il
avait une éloquence puissante. Parmi ses livres figurent le très habile dialogue
Sur le destin , adressé à Antonin (G . Bardy pense que le dédicataire fut Caracalla
ou Élagabal] et tous les autres livres qu 'il écrivit, dit-on, à l'occasion de la
persécution de ce temps-là. Il avait d 'abord été de l'école de Valentin ,mais il la
méprisa et réfuta la plupart des fables de cet homme, et il se parut à lui-même
être revenu à une opinion plus orthodoxe. Cependant, il ne parvint pas à laver
complètement la tache de l'ancienne hérésie » ( H . E. IV 30 ; trad. Bardy, SC 31,
p.214-215). Ce renseignement, inexact, d'Eusébe sur Bardesane « valentinien >>
doit provenir d'une source grecque, puisque Hippolyte de Rome, Épiphane de
Salamine, Jérôme et Théodoret pensèrentaussi que Bardesane avait été un élève
de Valentin ,mais Éphrem , touten le cataloguant commehérétique,ne dit jamais
qu'il avait appartenu à cette école. En fait, il n'y a pas trace chez Bardesane de
la doctrine valentinienne selon laquelle existe une opposition entre le monde
spirituel et le monde matériel d' ici-bas (Levi Della Vida 28 , p . 403 -404 ; 29,
p . 35-36 ). Éphrem , dans ses diatribes contre Bardesane, le confond souvent avec
les Bardesanites dont certains semblent, en effet, avoir suivi la doctrine de
Valentin .
Cette façon erronée de présenter l'æuvre de Bardesane fut acceptée par la
tradition intellectuelle de la région , au point que même les auteurs arabes
d 'ouvrages historiques ou littéraires du Xe et du XIe siècle, influencés par les
préjugés des sources syriaques, n'hésitèrent pas à répéter qu'il était un dualiste
comme Valentin . ( Al-Masʼūdi, al-Nadim , al-Birūni, al-Shahrastāni connurent
peut-être Bardesane par le théologien Abū ’ Isā al-Warrāq (ob . 861/862), voir
BARDESANE DE SYRIE 59
Abel 15 , p . 205-206 ; un bon résumé de cette tradition chez Drijvers 6 , p . 200
207. Dans son traité Des différentes religions, cultes et sectes, Ibn Hazm de
Cordoue (994- 1063] mentionne la cosmologie de Bardesane en suivant l'ordre
des idées plutôt que la chronologie , voir 45 H . Corbin , Histoire de la philo
sophie islamique, Paris 1986, p . 313-319, et 46 D . Urvoy, Penseurs d'al
Andalus. La vie intellectuelle à Cordoue et Séville au temps des empires
berbères, Toulouse-Le Mirail, 1990 , p. 45.)
Cosmologie. D 'après Grégoire Aboulfaradj dit Barhebraeus (1225-1286 ),
Bardesane admettait cinq éléments : le feu, le vent, l'eau, la lumière et les
ténèbres (éd . et trad . de 47 J. Bakoš, PO 22/4 , Paris 1930 , p . 542-547). Les
commentaires d 'Éphrem et le résumé que fait Théodore Bar Koni des idées de
Bardesane laissent conjecturer que la cosmologie fut un sujet important de
l'enseignement du philosophe syriaque. Voici le texte de Théodore Bar Koni
(Scher 1, p . 308 (texte) et Hespel-Draguet 2 , p. 230 (trad.) ; Pognon 3 , p . 123 et
178) : « (Bardesane) dit qu 'il y a cinq éléments (îthyê) existant par eux-mêmes
de toute éternité , qu ' ils étaient défaillants et errants mais qu 'à la fin ils se mirent
par un hasard quelconque en mouvement. Le vent souffla dans sa violence,
chaque élément rampa et en atteignit un autre; le feu s'éteignit (d 'habitude, on
interprète le terme syriaque SPT par saph , " brûler” , voir Pognon , Nau, Hespel
Draguet, Drijvers,mais étant donné ce qui suit, il paraît préférable d 'y voir la 3e
pers. fém . de sôph , “ éteindre” ) dans la forêt et se forma une fumée obscure qui
n ' était pas née du feu et l'air pur se raréfia . Les éléments semélangèrent les uns
avec les autres et leur meilleure raison d 'être fut atteinte : ils commencèrent à se
mordre les uns les autres comme des animaux nuisibles. Alors leur maître
envoya sur eux la Parole de l'Intelligence; ildonna au vent l'ordre de se calmer,
et le vent fit venir son souffle vers lui. Le vent des hauteurs souffla et le trouble
fut soumis par la force et précipité dans son abîme. L 'air devint serein , le calme
et la tranquillité s'établirent, le Seigneur fut glorifié dans sa sagesse et une
action de grâce monta vers sa miséricorde. Du mélange et de l'amalgame des
éléments qui resta, il fit toutes les créatures, les créatures supérieures et les
créatures inférieures. Voici que toutes les natures et les créatures s 'efforcent de
se purifier et d' enlever ce qui a été mélangé à la nature mauvaise » .
Ce texte est probablement une citation littérale de Bardesane (Schaeder 31,
p. 48 -49 (p. 134- 136 ); Drijvers 6 , 98 -105). Il ne dit nulle part que les éléments
avaient été créés. La préexistence de ces éléments fondamentaux et d 'un support
hylémorphe ne semble pas scandaliser le chrétien Bardesane (la notion
chrétienne d 'une création ex nihilo n'apparaîtra que beaucoup plus tard dans la
pensée occidentale et, bien entendu, elle requerra un réajustement de la cosmo
logie classique). Sa doctrine des éléments s 'inscrit dans la tradition d 'autres
cosmogonies orientales. Si l'on analyse les écrits d'Éphrem sur Bardesane, on
découvre dans le discours de ce dernier une conception poétique de l'origine du
monde ; il semble même recourir au vocabulaire mythologique pour mieux
frapper l'imagination de ses disciples, voir Levi Della Vida 28, p. 411-413 (29,
p . 43-45). Pour Barhadbeshabba d'Arbaïa, qui fut à la tête du corps d 'interprètes
SANE E RIE
60 BARDE D SY
de l'École de Nisibe à la fin du vie siècle (Nau , PO XXIII, p. 191), ou pour
Moïses Bar Kepha, un auteur du IXe siècle (Nau 5, p.513-517), le chaos produit
par la confusion des éléments dut être ordonné et le « Verbe de l'Intelligence »
descendit comme une « Voix sonore » sur le fracas produit par le mélange et
établit l'ordre, mais la libération du Mal produit par l'irruption des ténèbres
s'accomplit lentement. Le passage d'une matière sans repos et désordonnée à un
monde ordonné grâce à l'intervention d'une Cause suprême est une thèse qui
apparaît, comme on le sait, dans le Timée de Platon ; Bardesane connut Platon et
il a bien pu utiliser ce texte .
Le Livre des lois des pays. Le texte est conservé dans un manuscrit du Vir
siècle (British Museum , Add . 14658 ). Trad . anglaise avec notes : Cureton 16 ;
texte et trad. latine : Nau 5 ; trad. italienne avec notes: Levi Della Vida 29 ; trad.
allemande : Merx 18 et 48 H . Wiesmann , Die Schrift über die Gesetze der
Länder, 75 Jahre Stella Matutina, Feldkirch 1931, p. 553-572 ; texte et trad .
anglaise : 49 H . J. W . Drijvers, The Book of the Laws of the Countries . Dialogue
on Fate of Bardaişan of Edessa, Assen 1965; trad . espagnole (fragments ) : 50 J .
Teixidor, La filosofía traducida. Crónica parcial de Edesa en los primeros
siglos, Barcelone 1991, ch . III ; trad. franç. (fragments): Teixidor41.
Le livre a été considéré à bon droit comme un chef-d 'œuvre et ilest vrai que
la langue syriaque atteint ici, après moins de trois siècles d'existence , un haut
degré de perfection . Il peut dater des années entre la fin du IT siècle et le
commencement du lire. Cette æuvre , fameuse dans la littérature orientale chré
tienne, est un traité abrégé d'anthropologie et de cosmologie , le récit imaginaire
d 'un entretien philosophique de Bardesane avec ses élèves. Le maître, versé à la
fois dans la science chaldéenne et dans la culture hellénique de son temps, y
exprime ses idées à travers des dialogues où il figure à la troisième personne.
Bardesane entre en scène alors que ses disciples sont en pleine discussion : « De
quoi parliez-vous ? J'ai entendu vos voix de l'extérieur» . En se servant de la
dialectique socratique, le maître enchaîne et classifie les notions, indique la
méthode à suivre dans toute discussion scientifique et à travers une série
d'exemples pris dans la nature et dans l'ethnologie, à l'aide d 'une terminologie
empruntée à l'astrologie, soutient que l'homme jouit du libre arbitre . La liberté
existe partoutmais demanière différente ; elle existe même dans les « éléments >>
et le fait qu 'ils aient été maculés par les ténèbres n 'a point éliminé leur liberté
essentielle : Dieu a donné aux éléments moins de liberté qu'à l'hommemais il ne
leur en demandera pas moins des comptes pour ce peu de liberté qu'ils possè
dent (Nau 5 , § 548 -551). Bardesane clarifie pour ses disciples la distinction qui
existe entre ce qui est naturel et ce qui est l'æuvre du libre arbitre ($ 558-563).
A la question : jusqu ' à quel point y a -t- il un destin ? il répond que la sagesse
divine a donné à chaque être ( anges, Puissances, planètes, éléments, hommes,
animaux ) un pouvoir adéquat ($ 566 -568). « Ce qu 'on appelle destin est l'agen
cement (teksa ) du cours imposé par Dieu aux Puissances et aux éléments.
Suivant ce cours et cet agencement, les intelligences changent quand elles
descendent dans les âmes et les âmes changent à leur tour quand elles descen
BARDESANE DE SYRIE
dent dans le corps. Le changement s'appelle destin et c'est l'horoscope ( en
syriaque, “maison de nativité” ) du mélange produit, un mélange qui se purifie au
profit des choses qui existent et existeront avec l'aide de la grâce et de la bonté
divine, jusqu 'à la fin de tout. Le corps, dans sa condition naturelle , n 'est ni forcé
ni aidé par le destin à faire aucune des choses qu'il fait pendant que l'âme
souffre et sent avec lui » (8 572 ). Bardesane ne dit pas d 'où descendent les âmes.
Le destin commence là où se termine la nature, enseigne Bardesane; l'union
de l'homme et de la femme et son accomplissement sexuel est l'œuvre de la
nature, le divorce, celle du destin . La nature fait que l'on est rassasié, le destin
est responsable du manque de nourriture. La nature ordonne que les anciens
soient les juges des jeunes et les sages, des sots et que les forts soient les guides
des faibles, mais le destin bouleverse cet ordre et le contraire s'impose.
« Sache » , dit le maître à son disciple, « que chaque fois que la nature dévie de la
bonne voie , la cause de l'écart est due au destin , c'est-à-dire que les Puissances
et les Gouverneurs, de qui dépend le changement du thème de nativité , s'étaient
mis contre elle » . Il s'impose donc de se dérober à son propre thème de nativité
en fléchissant la puissance des astres ($ 575-576 ).
Les exemples rassemblés par les disciples de Bardesane pour combattre la
croyance populaire dans l'influence des étoiles sont multiples : les Mèdes jettent
leurs morts aux chiens, et pourtant on ne peut pas croire que tous les Mèdes sont
nés quand , « pendant la journée et au-dessous de l'horizon » la lune était avec
Mars dans le Cancer, c' est- à-dire quand, d 'après les Chaldéens, « sont nés ceux
qui sont mangés par les chiens » ; les Indiens, quand ils meurent, sont brûlés et
l'on sait que, souvent, leurs femmes sont brûlées avec eux ; et pourtant, on ne
peut pas croire que toutes ces femmes « sontnées quand , pendant la nuit, sous la
terre, le Soleil était avec Mars dans le Lion , moment dans lequel, selon les
Chaldéens, sont nés ceux quimourront brûlés » . Ce n 'est donc pas le destin qui
fait que tous les Mèdes sont mangés par les chiens ou que tous les Indiens sont
brûlés ( 599) . L 'intérêt de Bardesane pour l'ethnographie se manifeste à
plusieurs reprises dans le Livre. L 'opinion générale est que la doctrine anti
astrologique de Bardesane dérive de la philosophie sceptique de Carnéade (214
129 av. J.-C .), voir Amand 36 , p. 250 -257, et 51 É. des Places (édit.), Eusébe de
Césarée, La préparation évangélique V - VI, coll. SC 266 , Paris 1980 , p. 21.
Mais Bardesane n 'eut probablement pas de contacts avec Athènes où il aurait pu
connaître l'enseignement de Carneade. Il avait une personnalité indépendante et
originale et ses arguments contre l'astrologie sont sans doute d 'origine
chrétienne; dans le Livre n 'affleurent certainement pas les enseignements de
Carnéade sur l'incertitude, sur les dieux ou sur la justice.
Logique. Si l'on tient compte du témoignage d' Éphrem , Bardesane écrivit
une æuvre appelée De Domnus contre les platoniciens. Elle n 'est connue que par
la Réfutation d 'Éphrem , malheureusement très lacunaire (voir F .C . Burkitt,
« Introductory Essay » dans Mitchell 30 , vol. II ; toutefois, il y a lieu de penser
qu ’Éphrem ne comprit pas la pensée de Bardesane, moins encore celle de
Platon). En traitant du problème des incorporels chez Bardesane, un thème clé
BARDESANE DE SYRIE
de l' école stoïcienne, Éphrem dit qu'il y a trois classes d'incorporels: les noms
des choses, les notions d 'espace, temps et nombre et les verbes qui se réfèrent
aux choses, mais les stoïciens considéraient comme les incorporels les trois
dimensions, espace, temps, nombre et les verbes. Éphrem ne comprend pas
pourquoi ils n 'incluent pas les noms des choses parmi les incorporels et il
explique : quand on entend un mot, l'ouïe entend le son ,mais si ceux qui parlent
sont Perses, l'esprit ne comprend pas ce que signifie le mot; si la signification
des noms était corporelle, l'ouïe serait également capable de l'entendre.
Le stoïcisme de Bardesane est mis en évidence par Sergius de Reš'aina, un
philosophe syriaque du vie siècle (51 H . Hugonnard-Roche, « Aux origines de
l'exégèse orientale de la Logique d 'Aristote: Sergius de Reš'aina (+536 ),
médecin et philosophe» , JA 277, 1989, p . 1-17 ), dans un traité sur les Catégo
ries d'Aristote qu 'il dédia à son ami Théodore de Merw . A propos des « qua
lités » , Sergius dit qu '« il est bien connu qu'elles n 'ont pas d 'existence en dehors
des corps auxquels elles surviennent» . Sergius pense aux couleurs, aux figures
et formes comme le cercle ou la sphère, aux saveurs : « elles ne peuvent exister
par elles-mêmes quand elles s' éloignent des corps » . Et il ajoute : « Mais si quel
ques-uns des stoïciens, qui pensent qu'il n 'y a rien qui ne soit corporel et avec
lesquels s'accorde dans l'argument des qualités le syrien Bardesane, ont cru que
les qualités,desquelles nous avons dit qu'elles ont leur existence dans les corps,
sont des corps, ils seront réprouvés clairement par tout ce qu 'on voudra prendre
à leur réprobation » (texte du traité syriaque de Sergius publié et traduit par
53 G . Furlani dans « Sur le stoïcisme de Bardesane d'Édesse » , Archiv orientální
9 , 1937, p . 347 -352 ; voir p . 350) . C 'est là qu 'Éphrem ne suivait pas les stoï
ciens, puisqu' il affirme que les notions des choses sont incorporelles autant que
les verbes et l'on peut s 'expliquer pourquoi il s'étonna de lire chez Bardesane
que la ligne était corporelle (Mitchell 30, p. IX et 20 -21).
Personnalité philosophique. L ' ampleur des connaissances astrologiques et
scientifiques de Bardesane put donner l'impression à ses contemporains qu'il
manquait d'esprit religieux et pourtant, au viie siècle, Sévère Sébokt, moine du
monastère de Qennešrê puis évêque de Nisibe , lui-même homme de science
notoire, n 'hésite pas à accepter que les deux aspects aient coexisté dans la per
sonnalité du philosophe. Dans un texte qui fut repris plus tard par Georges des
Arabes ( † 724), Sévère explique à un visiteur du monastère : « Pour que tu saches
encore que cela (la conjonction des planètes) n 'était pas connu seulement de
ceux du dehors (des païens) mais encore de certains Syriens qui avaient été
instruits dans le christianisme – il s'agit de Bardesane qui est appelé le philo
sophe araméen , homme très instruit dans toutes les choses de ce genre , il
connaissait celle -là et elle figurait pour lui parmiles plus importantes » (d 'après
un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris étudié par 54 F. Nau, « La
cosmographie au Vile siècle chez les Syriens» , ROC 15, 1910 , p. 225-254 ; le
texte cité est à la p . 239). Bardesane est un penseur rompu à la philosophie de
son temps. Porté sans doute par son éducation teintée de chaldéisme, il se posa
de façon radicale le problème du destin . Quand on regarde de près ce que ses
BARLAAM ET JOSAPHAT
disciples ont écrit de lui, on comprend que son enseignement fut, comme dans le
cas de Socrate , au centre de sa vie , et l'homme et son destin un thèmeauquel il
revenait constamment. Les difficultés qu'on éprouve à le juger ne tiennent pas
seulement à la pauvreté des sources mais aussi aux manipulations dont souf
frirent sa doctrine et ses écrits de la part de ses ennemis.Mais l'importance de
ceux-ci semble s'affaiblir après le Ive siècle et Marcionites, Bardesanites et
Manichéens perdentde l'importance à Édesse en laissant la place aux querelles
christologiques. Après Bardesane, on n 'y connaît aucun penseur digne du nom
de philosophe, mais toujours est-il que l'ouverture de l'École d 'Édesse à
l'exégèse biblique pratiquée à Antioche (en particulier aux commentaires de
Théodore de Mopsueste ) ainsi qu'aux écrits d'Aristote et de Porphyre , prépara le
terrain pour la floraison de philosophes syriaques que connut l'Osrhoène au vre
siècle.
JAVIER TEIXIDOR.
BAREA → SORANUS (BAREA)
12 Le roman de Barlaam et Josaphat
Le roman spirituel de Barlaam et Josaphat (BJ), d'inspiration bouddhique,
met en scène le motif bien connu du fils de roi qui, las des jouissances que peut
lui offrir le monde d'ici-bas, est constamment à la recherche de Dieu en son for
intérieur et finit par être converti par un ermite. Le principal intérêt que présente
cette æuvre pour l'antiquisant est dû au fait que la version grecque de l'Apologie
d'Aristide (AA ) y est intégrée dans sa quasi-totalité. Or, on n 'en possède par
ailleurs que quelques fragments conservés sur papyrus. AA a été traitée par
1 J. Pépin , art. « Aristide d'Athènes» , DPHA I, Paris 1989, p. 366 - 367, et 2 J.-P .
Mahé, art. « Tradition arménienne » , ibid ., p . 367- 368, auxquels on ajoutera ici
un certain nombre d'informations, notamment sur le roman spirituel où AA est
conservée et que ces chercheurs n'ont pas envisagé.
Plan de la version grecque de Barlaam et Josaphat.
Le temps de l'initiation :
Prologue
1: Le roi Abenner (père de Josaphat);la persécution des Chrétiens dans son royaume
2 : Le roi et le satrape qui se convertit au christianisme; la naissance de Josaphat
3 : Les prédictions des astrologues concernant l' avenir de Josaphat ; Josaphat est enfermé
dans un palais
4 : Le ministre du roi et le « raccommodeur de paroles» ; les deux ascètes
5 : Josaphat,ayant obtenu la permission de sortir du palais où son père le tient emprisonné,
découvre la vanité de ce monde ; les trois rencontres
6 -20 : L 'arrivée de Barlaam ; la catéchisation de Josaphat par Barlaam ; le baptême de
Barlaam
21 : Le départ de Barlaam
BARLAAM ET JOSAPHAT
Le temps des épreuves:
22 : Zardan révèle au roi les visites de Barlaam ; Araches, conseiller du roi, propose de
regagner ce dernier à l'idolâtrie en produisantun ascète nomméNachor en faux Barlaam
23 : L 'interrogatoire du porteur d'ossements
24 : La capture du faux Barlaam (Nachor); entretien d 'Abenner et de Josaphat
25 : Nouvel entretien d ' Abenner et de Josaphat
26 : Abenner propose à Josaphat d 'organiser une controverse publique opposant les
adeptes du christianisme aux idolâtres ; un seul homme, nommé Barachias, se range du côté
des défenseurs du christianisme
27 : La controverse publique : Le discours du faux Barlaam (Nachor), c.-à- d . l’Apologie
d 'Aristide : I. La déduction de l'existence de Dieu à partir de l'harmonie du cosmos ; II. La
répartition de l'humanité en trois races : idolâtres, Juifs et Chrétiens, les idolâtres étant divisés
à leur tour en Chaldéens, Grecs et Égyptiens; III-XIII. Les idolâtres; XIV . Les Juifs; XV
XVII. LesChrétiens
28 : La victoire du faux Barlaam (Nachor), qui, quoiqu'idolâtre , s'était décidé à plaider en
faveurdu christianisme; la conversion de Nachor
29 : Lemagicien Theudas propose à Abenner demettre Josaphat à l' épreuve en l'exposant
à la tentation des femmes
30 : La tentation de Josaphat par une femme-démon ; entretien de Josaphat et d 'Abenner
Le temps du prosélytisme:
31-32 : Entretien de Josaphat et de Theudas; la conversion de Theudas
33 : La division du royaume d'Abenner entre le roi et son fils
34-35 : La conversion d 'Abenner ; samort
Le temps de la vie ascétique:
36 : Josaphat désigne Barachias commeson successeur, afin de pouvoir vivre en ascète ; le
départ de Josaphat
37 : Josaphat se met à la recherche de Barlaam
38 : Josaphat rencontre Barlaam ; leur vie ascétique
39 : Lamort deBarlaam
40 : L 'enterrement de Barlaam ; la mort de Josaphat, quiest enterré dans la même tombe
que Barlaam ; le transfert de leurs corps dans le royaume de Barachias ; épilogue.
Date et auteur de la version grecque de Barlaam et Josaphat. La version
grecque de BJ futrédigée parEuthyme l’Hagiorite (moine d'origine géorgienne,
† 1028) entre 975 et environ 982 ou 987. La date de 975 correspond au début de
l'activité littéraire d’Euthyme, celle de 982/987 aux deux termini post quos
proposés pour la mort de Syméon Métaphraste , dont on ignore la date exacte.
3 R . Volk, « Urtext und Modifikation des griechischen Barlaam -Romans.
Beitrag zum “ Runden Tisch ” der Sektion III beim 4. Symposium des Mediä
vistenverbandes, Köln , 12. März 91 » (communication non publiée), propose
toutefois la date de 984 . On ne peut pas reculer la date de rédaction de la version
grecque de BJ à une époque postérieure à la mort du Métaphraste, ce dernier
ayant intégré des citations tirées de ce roman spirituel dans son æuvre . Volk 3 a
prouvé par une étude détaillée de la tradition manuscrite de BJ grec que Syméon
Métaphraste a puisé dans toutes les modifications conservées de ce texte (cf.
BARLAAM ET JOSAPHAT
infra, « Manuscrits de la version grecque de Barlaam et Josaphat» ). La thèse
selon laquelle la Passion de Sainte Catherine dans la version du Métaphraste
aurait été intégrée dans BJ grec , soutenue par la plupart des critiques, est donc à
rejeter, ne tenant pas compte de la tradition manuscrite de BJ. Il en est de même
de l'hypothèse qui consiste à supposer une source commune à la Passion de
Sainte Catherine et à BJ grec. Pour plus de détails sur la datation , on consultera
la « Vie de Jean et Euthyme» écrite par Georges l'Hagiorite († 1066 ) : 4 I.
Džawahišwili (édit.), GiorgiMt'ac 'mideli, Chorebay Iowanesi da Ep't'wimesi.
Gamosac'emad daamsada Iw . Džawahišwilma-G .Mt'ac ’midelis ena « Iowanes
da Ep't'wimes c'howrebis » mihedwit A . Sanidzisa ,coll. « Dzweli kʼart'uli enis
dzeglebi» 3, Tbilisi 1946, p. 15 (référence médiate), passage figurant aussi dans
5 P . Peeters , « La première traduction latine de “ Barlaam et Joasaph ” et son
original grec » , AB 49, 1931, p .276 -312 , spécialement p . 283-284, et dans
6 G . Garitte, « Le témoignage de Georges l'Hagiorite sur l'origine du “ Barlaam ”
grec » , Muséon 71, 1958, p . 57-63, notamment p . 59 -60 ; 7 Giorgi Mt'ac'mideli,
Chorebay net'arisa mamisa č’uensa Iowanesi da Ep 't'wimesi, coll. « Dzweli
k'art'uli agiograp'iuli literat'uris dzeglebi» 2, Tübilisi 1967,p . 38 - 100 (référence
médiate ). Traduction latine: 8 P. Peeters, « Histoires monastiques géorgiennes»,
AB 36 -37 , 1917 -1919 , p . 8 - 159 (Vie des SS. Jean et Euthyme, p . 13 -68 ; passage
concernant BJ grec, p . 15) ; Peeters 5 , p . 284 ; Garitte 6 , p . 60 . Traduction
française faite sur la version latine dans 9 Irénikon 6 , 1929, p . 767-784 , surtout
p . 770 -771; 10 Irénikon 7 , 1930 , p . 50 -67; 11 ibid ., p . 181-196 ; 12 ibid ., p . 448
460. Traduction anglaise donnée par 13 D . M . Lang, Lives and Legends of the
Georgian Saints, London 1956 , réimpr. London /Oxford 1976 , p . 155 - 156 .
Cf. également 14 M . Tarchnišvili, « Die Anfänge der schriftstellerischen Tätig
keit des hl. Euthymius und der Aufstand von Bardas Skleros» , OC 38, 1954,
p. 113- 124 (notamment p. 114-115) ; 15 M . Brière, « Lettres géorgiennes chré
tiennes » , JA 245, 1957, p . 75 -98 (surtout p . 83) ; 16 J. Kirchmeyer, art. « Eu
thyme l'Hagiorite ( saint) » , DSp IV , 1961, col. 1722 - 1723 ; 17 E . Chintibidse ,
« Ekwtime Atoneli, der Verfasser der griechischen Version von “ Barlaam und
Joasaph ” » , WZJena 26 , 1977, p . 29-41 (traduit du géorgien par H . Fähnrich ;
passage en question p . 32) ; 18 M . van Esbroeck, « Die Barlaam ' YXN20EAHE
IETOPIA und Johannes von Sankt Sabas. Beitrag zum “ Runden Tisch ” der
Sektion III beim 4 . Symposium des Mediävistenverbandes, Köln , 12. März
1991 » (à paraître dans ByzZ ?) ; 19 M . van Esbroeck, « La “ Sagesse de Bala
var ” à travers la tradition géorgienne » . Communication faite le 27 mars 1992
dans le cadre d'un séminaire intitulé « Sagesse, voie de vie et conduite spirituelle
chez les peuples et dans la littérature de l'Orient chrétien » , organisé par l'Institut
de Recherche sur l'Orient Chrétien à l'Institut Catholique de Paris (à paraître
dans une publication collective chez Beauchesne).
Plusieurs indices portent à affirmer qu’Euthyme († 1028) est l'auteur de BJ
grec. (1) Tout d 'abord, cette æuvre est rédigée en style métaphrastique et ne
peut donc pas dater d 'une époque antérieure au Métaphraste . Le style méta
phrastique est typique de la fin du Xe siècle , époque où Euthyme avait atteint
66 BARLAAM ET JOSAPHAT
l'apogée de sa gloire littéraire , et tranche trop sur le style de Jean Damascène
(† autour de 750) pour qu 'on puisse prendre ce dernier en considération comme
auteur de BJ. Les différences entre BJ géorgien et BJ grec sont dues au fait que
les adaptations d'Euthyme ne sont en général pas littérales, à l'exception des
textes bibliques , et qu'Euthyme se permet souvent d’abréger ou de développer
son modèle. (2) Un des témoignages les plus importants permettant d'attribuer
BJ grec à Euthyme est la « Vie de Jean et Euthyme» rédigée par Giorgi
Mt'ac'mideli, mentionnée déjà avant. (3) De plus, deux manuscrits grecs attri
buent l'æuvre à Euthyme, à savoir le cod.Marc. gr. VII. 26 et le cod. Paris. gr.
1771. Le troisième manuscrit attribuant BJ grec à Euthyme est la première
version latine de ce texte, à savoir le cod. Neapol. VIII B 10 , à dater de 1047
(pour plus de détails sur cette datation , cf. infra, « Éditions et traductions de la
version grecque de Barlaam et Josaphat» ). Quant à la tradition manuscrite de
BJ grec, on ajoutera que cette æuvre est apparue d 'abord à l'Athos, où Euthyme
vécut et travailla , et qu 'aucun manuscrit à dater avant le XIe siècle ne nous en est
parvenu. De plus, le Damascène ne figure comme auteur de BJ grec dans les
manuscrits grecs qu 'à partir du XIIIe siècle . Il est mentionné comme auteur de BJ
grec pour la première fois dans la Vulgate latine du XII° siècle, où Jean de Saint
Sabas, présenté antérieurement dans le lemme comme transmetteur, est rem
placé par Jean Damascène auteur. ( 4 ) Le « testament » de Jean constitue un
document semblable à la « Vie de Jean et Euthyme» . Un manuscrit du
monastère de Ghelati daté de 1047, qui contient ce testament, donne une liste
des cuvres traduites par Euthyme. BJ y est mentionné; mais il s'agit d'une
interpolation évidente, vu que BJ ne figure dans aucun autre manuscrit du
« testament» de Jean . Le copiste du manuscrit de Ghelati mentionné avant n 'en
doit pas moins avoir lu ou entendu qu ’Euthyme est l'auteur de BJ grec.
Aucun des arguments en faveur de la thèse selon laquelle Jean Damascène
serait l'auteur de BJ grec ne soutient l'examen. Cette thèse a été défendue par
20 F . Dölger, Der griechische Barlaam -Roman , ein Werk des H . Johannes von
Damaskos, coll. « Studia Patristica et Byzantina » 1, Ettal 1953, et reprise surtout
par H .-G . Beck, notamment dans 21 H .-G . Beck , Geschichte der byzantinischen
Volksliteratur, coll. « Byzantinisches Handbuch im Rahmen des Handbuchs der
Altertumswissenschaft » 2 , 3 (= « Handbuch der Altertumswissenschaft » 12 , 2,
3 ) ,München 1971, p . 35 -41, et par 22 B . Kotter, art. « Johannes von Damaskus
(ca. 650 - ?)» , TRE XVII, 1988, p. 127 -132, notamment p. 129. (1) Quant à AA, il
est peu probable que le Damascène ait connu une version grecque de ce texte
considéré comme perdu dès le ve siècle; c 'est bien Euthyme qui a reconquis AA
aux lettres grecques. ( 2) Un autre argument allégué en faveur du Damascène est
l'expression tõv ALOLÓTWV Xópaç dans le lemme. Or, ce lemme mentionne
précisément dans deux manuscrits Euthyme comme auteur. Sous prétexte que
cette expression ne faisait aucun sens dans le contexte de BJ, d'aucuns ont
prétendu que les informations données dans le lemme étaient en général sujettes
à caution . Mais à l' époque où BJ grec fut rédigé, on entendait par Éthiopie
l'Inde transgangétique. L ' identification de l' Inde avec l'Éthiopie se trouve
BARLAAM ET JOSAPHAT 67
attestée dans BJ grec, mais non en géorgien ni en arabe. Néanmoins, Éthiopie
dans la Bible grecque est rendu par Inde dans la Bible géorgienne. (3 ) Un terme
fort controversé est la preposition υπέρ (υπέρ Ευθυμίου) dans le lemme de BJ.
'Yhép est à rendre par « par» et non par « pour», parce qu'il n'est pas question
d'une copie faite pour Euthyme, mais d 'un texte rédigé par lui, d 'une méta
phrase. L 'intitulé du cod. Neapol. VIII B 10, f.4166, ne laisse pas de doute sur
la signification de Únép dans le lemme de BJ grec : «Hystoria Barlae et Josaphat
de interiori Ethiopia deducta per Johannem venerabilem monachum monasterii
sancti Sabe in Heliam urbem et translata in eolico per Eufinium sanctum
virum » . ( 4) Quelques critiques ont essayé de tirer argument d'une Vita arabe
rédigée vers 1085 par Michel d’Antioche, dans laquelle le Damascène est dési
gné comme auteur de BJ grec. Ce passage est interpolé , vu que la version
géorgienne de la Vita , traduite sur la version grecque de Samuel d'Adana par
Ep'rem Mcire († vers 1110 ), amide Michel d'Antioche, ne mentionne pas BJ
parmi les euvres à attribuer au Damascène. En outre, le plus ancien manuscrit
de la Vita arabe date du XIIe ou du XVe siècle d'après quelques critiques, époque
où l'attribution de BJ grec au Damascène était très répandue. (5 ) Une autre
preuve alléguée en faveur du Damascène est l'abondance de citations emprun
tées à l'æuvre de ce dernier . Mais invoquer le parallélisme de tels ou tels
passages pour affirmer que les uns et les autres sont du même auteur constitue
une assertion hardie au point d' être périlleuse. L ' auteur de BJ grec doit avoir
connu l' euvre du Damascène et s 'en être inspiré, sans plus. (6 ) Le fait que BJ
grec n 'a pas laissé de traces dans les synaxaires ne constitue pas non plus une
preuve concluante contre l'attribution de ce roman spirituel à Euthyme. Les
adversaires de cette attribution ont daté les synaxaires des XII -XIIIe siècles;
cette datation est à rejeter, les synaxaires remontant à un prototype du Xe siècle,
époque où l'on n'y ajoutait presque jamais des saints postérieurs à la mort de
saint Antioche Cauléas († 901). (7 ) Les allégories que l' on trouve dans BJ ne
témoignent pas non plus en faveur du Damascène. Plutôt que de penser qu 'on
aurait résisté pendant des siècles à la tentation de s'inspirer de ces joyaux, il y a
lieu de croire que cette tentation n 'a pas existé . (8 ) En dernier lieu, il faut
mentionner dans ce contexte les agitations anti-géorgiennes qui expliquent le
silence de tant de manuscrits athonites sur Euthyme. L 'atmosphère hostile aux
Géorgiens culmina dans le pillage de monastères géorgiens par des Grecs et
dans la guerre de 1021- 1022. Pour plus de détails sur la date et l'auteur de BJ
grec, on consultera 23 J. Rendel Harris, « A new Christian apology » , BRL 7 ,
1922 - 1923, p. 355 -383; 24 J. Armitage Robinson , « The Passion of St. Catherine
and the Romance of Barlaam and Joasaph » , JTHS 25, 1923-1924, p . 246 -253 ;
25 E . Klostermann , E . Seeberg, Die Apologie der Heiligen Katharina , coll.
« Schriften der Königsberger Gelehrten Gesellschaft, Geisteswissenschaftliche
Klasse » 1, 2, Berlin 1924, p. 82 -87; Peeters 5 , p. 282-296 ; 26 S . Der
Nersessian, L ' illustration du roman de Barlaam et Joasaph (thèse de doctorat),
Paris 1936 , p. 11 ; 27 G . Graf, Geschichte der christlichen arabischen Lite
ratur 2 : Die Schriftsteller bis zur Mitte des 15. Jahrhunderts, coll. « Studi e
BARLAAM ET JOSAPHAT
Testi » 133, Città del Vaticano 1947 , p . 69 ; 28 P . Peeters, Orient et Byzance : Le
tréfonds oriental de l'hagiographie byzantine, coll. « Subsidia Hagiographica »
26 , Bruxelles 1950 , p . 216 ; 29 J.M . Hoeck, « Stand und Aufgaben der
Damaskenos-Forschung » , OCP 17, 1951, p. 5-60 , notamment p . 9 -10 ; Dölger
20, p . 35-37; 30 c.r. de Dölger 20 par F . Halkin , AB 71, 1953, p .475 -480 ;
Tarchnišvili 14 , p . 115- 116 ;31 M . Tarhnišwili, « Ist 'oriul-lit'erat'uruli z 'no
bebi» , BK 18 , 1954, p . 19-26 , spécialement p. 21- 26 ; 32 c.r. de Dölger 20 par
B . Laourdas, EHBS 24, 1954, p . 383 - 384 ; 33 D . M . Lang, « St. Euthymius the
Georgian and the Barlaam and Ioasaph Romance» , BSOAS 17, 2, 1955, p. 306
325 ; 34 J. Leroy, « Un nouveau manuscrit arabe-chrétien illustré du Roman de
Barlaam et Joasaph » , Syria 32, 1955, p . 101- 122 ; 35 M . Tarchnichvili et
J . Assfalg, Geschichte der kirchlichen georgischen Literatur auf Grund des
ersten Bandes der georgischen Literaturgeschichte von K . Kékélidzé, coll.
« Studi e Testi » 185, Città del Vaticano 1955 , p. 394 -395 ; 36 G . Downey, c .r. de
Dölger 20, dans Speculum 31, 1956 , p. 165-168, surtout p. 166- 167; Brière 15 ,
p . 85 ; 37 P . Devos, « Les origines du “ Barlaam et Joasaph ” grec. A propos de la
thèse nouvelle de M .Nucubidze » , AB 75 , 1957, p. 83- 104 , notamment p. 84 -94 ;
38 L . Abramowski, c.r. de Dölger 20, dans ZKG 69, 1958, p . 145- 147 ; Garitte
6 ; 39 V . Grumel, c.r. de Dölger 20 , dans REByz 16 , 1958 (Mélanges
S. Salaville ), p. 256 -259 ; 40 M . Tarchnišvili, « Les deux recensions du “ Bar
laam ” géorgien » ,Muséon 71, 1958, p .65- 86 , surtout p.66 ; 41 K . K 'ek 'elidze,
« Balawarianis romani k ‘rist'ianul mc'erlobaši» , Et'iudebi dzweli k 'art'uli
lit'erat'uris istoriidan 6 , Tbilisi 1960, p . 41-71 ; 42 K . Salia, « Les moines et les
monastères géorgiens à l'étranger» , BK 8 -9, 1960, p. 30-59, spécialement p . 44
46 (quelques inexactitudes dans les références bibliographiques) ; Kirchmeyer
16 ; 43 H . Grégoire , « Le monastère d 'Iviron et le rôle des Géorgiens du Mont
Athos» , EHBS 32 , 1963, p.420 -426 , notamment p .422-426 (notons que dans
son premier article où il avait traité BJ, H . Grégoire s 'était encore rangé à l'avis
de Dölger 20 : 44 H . Grégoire , « Notice sur la vie et les travaux du R . P . Paul
Peeters» , CRAI 1952 , p . 24 -45 , notamment p . 35- 37) ; 45 D . M . Lang, « Saint
Euthyme le Géorgien et la légende grecque de Barlaam » , BK XVII-XVIII
(n°45-46), 1964, p . 62-68 ; 46 K . Salia, « La littérature géorgienne I (Ve-XIIIe
siècles) » , BK XVII -XVIII (nºs 45-46 ), 1964, p . 28 -61, surtout p . 41-42; 47 J.
Kirchmeyer, art. « Georges l’Hagiorite (saint)» , DSp VI, 1967, col. 240 -242 ;
48 B . L. Fonkič, « Perevodčeskaja dejatel’nost' Evfimija cvjatogorca i biblioteka
iverskogo monasterija na Afone v načale XI v.» , Palestinskij Sbornik 19 (82)
[sic ], Leningrad 1969, p . 165 - 170, spécialement p . 169 ; 49 € . Hint'ibidze,
Bizant’iur-k 'art'uli lit'erat'uruli urt'iert'obani, Tbilisi 1969, p . 8 - 14 (la nouvelle
édition revue et augmentée de cette æuvre , à savoir 50 Ė . Hintibidze,
Gruzinskoe-bizantijskje literaturnye bzamootnošenija , Tbilisi 1989, ne nous a
pas été accessible ) ; 51 c.r. de Woodward et Mattingly 117 (cité plus loin ) par
M .Aubineau, RPh 44, 1970, p. 137-138 ; 52 D . M . Lang, « Oriental materials on
the Georgian “ Balavariani” » , BK 28 , 1971, p. 106-121, surtout p . 106, 111 ;
53 K . Salia, « La littérature géorgienne des origines à nos jours» , BK 29- 30 ,
BARLAAM ET JOSAPHAT
1972 , p . 205- 239, notamment p. 210 ; 54 B . L . Fonkič, « Un “ Barlaam et
Joasaph ” grec daté de 1021» , AB 91, 1973, p. 13-20 ; 55 S .G . Kauhčišvili,
« Proizhoždenie romana “ Varlaam i Joasaf” , vopros ob avtore romana » ,
Antičnaja drevnost i srednie veka 10 (= hommage à Mihail Jakovlevič Sjuzju
mov ), Sverdlovsk 1973, p.64-66 ; 56 K . Salia, « Bref aperçu sur les rapports
géorgiano-byzantins» , BK 33, 1975, p . 119- 161, spécialement p . 130 -131 ;
Chintibidse 17 , p. 30- 38 ; 57 W . Gaak 'ašwili, « K 'art'ul-bizant'iuri met'ap'rasuli
agiograp 'iis urt'iert'mimart'eba da dzirit'adi t'awiseburebani», dans I. Lolašwili
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(cod . Parisinus gr. 1771) spiskov grečeskojversii “ Varlaama i Ioasafa” », dans
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edición crítica, introducción por Olga T. Impey y John E . Keller, coll. « Clásicos
hispánicos, serie II: Ediciones críticas» 21,Madrid 1979, p . XVII-XXII; 61 Ė . G .
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delis “ Iowanesa da Ep't'wimes c'horebis " sat'aurisatwis » , dans Dž. Barda
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anglais : E . Khintibidze , On the history ofGeorgian-Byzantine literary contacts ;
résumé anglais p . 398 -415 ) ; 68 E . G . Hintibidze, Afonskaja gruzinskaja litera
turnaja škola , Tbilisi 1982, p . 49-75, 104 -128 (titre anglais : E . Khintibidze, On
Mt. Athos Georgian Literary School, résumé anglais p . 129-137) ; 69 V . A .
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georgischen Mönche auf dem Berge Athos und die Geschichte der georgischen
Schriftsprache » , BK 41 1983, p. 85 -95 ; 71 H . Métrévéli, « Le rôle de l'Athos
dans l'histoire de la culture géorgienne» , BK 41, 1983, p . 17 - 26 ; 72 K . Salia,
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Koller , « Johannes von Damaskus. Über die editorische Arbeit am Byzan
tinischen Institut des Klosters Scheyern » , dans W . Suerbaum , F . Maier et G .
BARLAAM ET JOSAPHAT
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Februar 1985, München 1985, p. 163- 169, spécialement p. 165- 166 ; 74 K .
Salia , art. « La littérature géorgienne » , Encyclopaedia Universalis X , Paris
1989 , p . 381-382 , surtout p. 381 ; 75 Ph . Almond, « The Buddha of Christen
dom : a review of the Legend of Barlaam and Josaphat», RelStud 23, 1987 ,
p. 391-406 , surtout p . 400 -404 ; 76 H .Métrévéli, « Du nouveau sur l'Hymne de
Joasaph » ,Muséon 100 , 1987 , p. 251-258 ; 77 R . A . Aguirre, Barlaam e Josafat
en la narrativa medieval, coll. « Nova Scholar» ,Madrid 1988, p . 21-24 ; 78 M .
van Esbroeck , « Euthyme l'Hagiorite : le traducteur et ses traductions», REGC 4 ,
1988 , p. 73 - 107 ; Esbroeck 18 ; Esbroeck 19 ; 79 K .- H . Uthemann, art.
« Johannes von Damaskos» , Biographisch -bibliographisches Kirchenlexikon III,
Herzberg 1992, col. 331-336 , notamment col. 334.
Les antécédents de la version grecque de Barlaam et Josaphat. BJ grec
découle de la version géorgienne longue (IX®-Xe siècles), qui dépend elle -même
de la version arabe ismaélienne, à dater entre 750 et 900. Pour les éditions et
traductions de l'arabe et du géorgien , cf. 80 M . Geerard , art. « 8120 . Vita
Barlaam et Ioasaph » , CPG 3, 1979, p. 532 -535, surtout p. 533 -534 ; pourle texte
grec, voir infra , « Editions et traductions de la version grecque de Barlaam et
Josaphat» . Il n 'est pas nécessaire de postuler une version syriaque perdue de BJ
pour aboutir à une filiation correcte . La preuve la plus concluante qu 'on puisse
alléguer à l'appui de la filiation arabe- géorgien -grec est la preuve textuelle,
c 'est-à-dire que certaines formes verbales du texte grec ne s'expliquent que par
l'intermédiaire géorgien. Les noms propres des personnages principaux de BJ
démontrent eux aussi clairement la filiation proposée . Les allégories serties dans
les différentes versions de BJ constituent un autre argument en faveur de la
filiation arabe- géorgien -grec. Aucune allégorie figurant dans BJ arabe, mais
manquant dans BJ géorgien , n 'est à relever dans BJ grec, alors que quelques
allégories transmises en arabe et en géorgien manquent en grec. Cet argument
est toutefois plus faible que les autres, vu la tendance des allégories à se
détacher de l'ensemble d 'un contexte et à apparaître soit dans des collections
d 'allégories, soit séparément. Pour plus de détails concernant les antécédents de
BJ grec, on consultera Peeters 5 , surtout p. 289-293, 298-307 ; 81 H . Bacht, art.
« Barlaam u . Joasaph » , RAC I, 1950 , col. 1193- 1200, notamment col. 1195
1196 ; Lang 33, p. 319 ; Leroy 34 , p. 101- 102 ; Downey 36 , p. 165 ; 82 D .M .
Lang, « The life of the blessed lodasaph : A new oriental christian version of the
Barlaam and Ioasaph romance » , BSOAS 20 , 1957 , p. 389 -407, spécialement
p. 395-399 ; 83 F . W . Bolton, « Parable, Allegory and Romance in the Legend of
Barlaam and Josaphat», Traditio 14, 1958, p . 359- 366 ; Tarchnišvili 40, p. 72 ;
84 W . B. Henning, « Die älteste persische Gedichthandschrift: eine neue Version
des Barlaam und Joasaph » , dans H . Franke (édit.), Akten des 24. internationalen
Orientalisten -Kongresses München , 28. August bis 4 . September 1957,
Wiesbaden 1959, p . 305 -307, notamment p . 306 ; 85 c .r. par S . M . Stern , « David
Marshall Lang : The wisdom of Balahvar: a Christian legend of the Buddha
(Ethical and Religious Classics of East and West, Nº 20), London/New York
BARLAAM ET JOSAPHAT 71
1957 », BSOAS 22, 1959, p. 149-152, surtout p . 150 - 152 ; K 'ek'elidze 41 ;
86 D .M . Lang, art. « Bilawhar wa-Yūdāsaf» , EI I, 1960, p. 1251- 1254, spécia
lement p. 1252- 1253 ; Lang 45, p. 62 ; Aubineau 51, p . 138 ; 87 D . Gimaret (trad .
et comm .), Le livre de Bilawhar et Būdāsf selon la version arabe ismaélienne,
coll. « Centre de recherches d'histoire et de philologie de la ive section de
l'École Pratique des Hautes Études, IV : Hautes Études Islamiques et Orientales
d'Histoire Comparée » 3, Genève/Paris 1971, p. 3-8 ; Lang 52, p. 114 ; Chinti
bidse 17, p . 38 -40 ; Khintibidzé 59, p. 281 ; Hintibidze,Gvaharija 61, p.41, 57 ;
Keller et Linker 60, p. XVIII ; Hintibidze 63; Tiftixoglu 65 , p. 197; Hint'ibidze
67, p. 332 - 360; Hintibidze 68 , p. 75 - 104 ; 88 A . Gwaharia , « Balawarianis »
sp 'arsuliwersiebi, Tbilisi 1985, p. 137-144, 153; 89 J.C . Hirsh, Barlaam and
losaphat: a Middle English Live of Buddha, coll. « Early English Text Society »
290 , London 1986 , p. 195-203 (= Appendix A : The Apologues of Barlaam and
losaphat); Almond 75 , p. 400-403; 90 M . B . Pitts, Barlam et Jozaphas.Roman
du XIVe siècle en langue d 'Oc (BN. fr. 1049). Edition critique, traduction , notes
et commentaires, coll. « Langue et littérature d'Oc » 5, Paris 1989, p. 323;
Esbroeck 18 ; Esbroeck 19.
Sources de la version grecque de Barlaam et Josaphat. BJ est essen
tiellement d 'inspiration bouddhique et manichéenne. La source bouddhique ne
se laisse pas ramener à un ouvrage précis de la tradition bouddhiste indienne. BJ
est redevable au Buddha-carita et aux Contes de Jātaka aussi bien qu 'au
Mahāvastu et au Lalita -vistara. Le rapprochement entre BJ et la légende du
Bouddha est fait pour la première fois dans un manuscrit du récit de voyage de
Marco Polo , intitulé Il Milione, à savoir dans le manuscrit Donà delle Rose 224
du Civico Museo Correr de Venise. Il est toutefois peu probable que Marco Polo
lui-même ait fait ce rapprochement, vu que les autres manuscrits du Milione ne
contiennent qu 'un résumé de BJ sans rapprochement aucun avec la légende du
Bouddha. Cf. 91 L .F. Benedetto, Marco Polo. Il Milione, Firenze 1928,
P . CLXXXII-CLXXXVII. En revanche, Diogo do Couto († 1616 ) a fait ce rappro
chement expressis verbis dans son œuvre Da Asia (92 D . do Couto , « Decada
quinta da “ Asia ” . Texte inédit publié d'après un manuscrit de la bibliothèque de
l'Université de Leyde » , Boletim da Biblioteca da Universidade de Coimbra 13,
1937, p. 367). Notons qu 'en faisant le rapprochement de la légende de Bouddha
et de BJ, Diogo do Couto croyait que l'Inde avait adapté BJ. Par la suite , on a
prouvé que BJ est d'inspiration bouddhique et non pas l' inverse. Cf. à ce propos
Esbroeck 19 . Nous croyons que les parallèles entre BJ et la légende du Bouddha
ne se limitent pas à des détails comme les trois rencontres, contra 93 D .
Gimaret, « Traces et parallèles du Kitāb Bilawhar wa-Būdāsf dans la tradition
arabe » , BEO 24, 1971, p . 97-133, à ce sujet.La tramede BJ nous paraît suivre
de près la légende du Bouddha ; voir cependantGimaret 93, p. 97, qui s'appuie
sur l'avis de l' éminent spécialiste du bouddhisme qu 'était A . Bareau, selon qui
BJ est étranger à la tradition bouddhique, exception faite de quelques traces
authentiques. De plus, Gimaret 93, p. 111- 131, semble vouloir réfuter la thèse
selon laquelle BJ serait d 'inspiration bouddhique, en se fondant essentiellement
BARLAAM ET JOSAPHAT
sur les allégories intégrées dans ce roman spirituel. Or, les allégories permettent
en général mal de trancher des questions d 'origine ou de filiation d 'une auvre ;
cf. supra, « Les antécédents de la version grecque de Barlaam et Josaphat» .Les
arguments de Gimaret 93, p . 97-98 , avancés contre les sources manichéennes de
BJnous paraissent aussi discutables. Il souligne que les fragments découverts à
Tourfan (dans le Sinkiang), qui constituent l'argument le plus sérieux en faveur
d'une origine manichéenne de BJ, datent des ix -Xe siècles et sont donc posté
rieurs à la première version arabe de BJ. Cette observation est à nuancer, du fait
que l'un de ces fragments , rédigé en persan archaïque et écrit en caractères
manichéens, conserve les noms de Bilawhar et Būdāsf sous la forme de
« Bylwhr» et « Bwdysf» . Or, il est évident que « Bwdysf » est plus proche de
« Bodhisattva » que n 'importe quelle autre forme conservée de ce nom . Il s'ensuit
que le fragment en question représente une tradition antérieure au premier texte
arabe de BJ; la datation relativement tardive, quoique sans doute exacte , n 'y
change rien . Le deuxième fragment de Tourfan , un texte turc en écriture mani
chéenne, contient la parabole du prince ivre. Ce passage revêt un intérêt parti
culier dans le contexte des originesmanichéennes et bouddhiques de BJ. Il est
intégré dans l'épilogue de BJ arabe imamite, rédigé par Ibn Bābūya ( + 991) ,
épilogue qui constitue une sorte de légende du Bouddha abrégée. Pour les
éditions de BJ arabe imamite, on consultera Gimaret 87, p. 27- 35 .
A part les sources bouddhiques et manichéennes de BJ grec, Bacht 81,
col. 1199, en signale quelques-unes de tradition hellénistique et antéchrétienne
en général. Tout d' abord , l' original indien ne connaît pas l'opposition entre le
roi cruel et son bon fils. Dans la légende du Bouddha, le père, sans se mettre en
colère ni passer aux menaces, ne fait que révéler à son fils sa crainte que celui- ci
renonce à la succession au trône paternel et rejoigne les ascètes. La tension dans
les rapports entre le père et le fils n 'appartient néanmoins pas exclusivement à
BJ grec et aux versions en découlant ; ce motif apparaît déjà dans BJ arabe
ismaélien . L ' intégration fréquente de songes et de prédictions dans le récit
constitue également un motif typique du roman grec et de la littérature anté
chrétienne. Pour finir, on signalera le motif de la chasteté du fils de roi. Si ce
motif n 'est pas étranger à la légende du Bouddha, il est agencé tout diffé
remment dans BJ grec, où la princesse essayant de séduire le fils du roi met à
l'épreuve la chasteté de ce dernier en lui promettant de se convertir au
christianisme pour le cas où il céderait à ses avances. Ce subterfuge n ' échoue
que grâce à l'intervention divine.
L 'esprit de l' époque de la composition de BJ grec a lui aussi marqué ce
roman spirituel. L 'auteur de BJ grec s'est complu à montrer la conformité de son
roman aux Saintes Écritures et à l'enseignement des premiers pères de l'Église ;
d 'où l'abondance de citations tirées de la Bible ou des æuvres d 'autorités telles
qu'Athanase d 'Alexandrie, Basile , Cyrille de Jérusalem ,Grégoire de Nazianze ,
Jean Chrysostome, Jean Climaque, Jean Damascène, Maxime le Confesseur et
Némésius d 'Émèse . Pour plus de détails sur les sources de BJ grec, on
consultera 94 M . Steinschneider, « Ueber eine arabische Uebersetzung des
BARLAAM ET JOSAPHAT 73
Barlaam und Josaphat » , ZDMG 5 , 1851, p. 89 -93 ; 95 E . de Laboulaye, « Le
Barlaam et le Lalita Vistara » , Journal des débats politiques et littéraires, Paris,
26 juillet 1859, p . 1 - 2 ; 96 F. Liebrecht, « Die Quellen des “ Barlaam und
Josaphat” » , dans A . Ebert ( édit.), Jahrbuch für romanische und englische Lite
ratur 2 , Berlin 1860 , p. 314 -334, réimpr. dans 97 F. Liebrecht, Zur Volkskunde.
Alte und neue Aufsätze, Heilbronn 1879, p. 441-460 ; 98 E . Cosquin , « La
légende des saints Barlaam et Josaphat, son origine » , Revue des Questions
historiques 28 (15€ année), Paris 1880 , p . 579-600 , réimpr. partielle sous le titre
de « La “ Vie des saints Barlaam et Josaphat” et la légende du Bouddha » dans
99 E . Cosquin , Contes populaires de Lorraine comparés avec les contes des
autres provinces de France et des pays étrangers, et précédés d'un essai sur
l'origine et la propagation des contes populaires européens 1, Paris (préf. 1886 )
1887, p .XXXXVII-LVI (= Appendice Al) ; 100 E . Cosquin , « Questions reli
gieuses : La vie des saints Barlaam et Josaphat et la légende du Bouddha. - Une
attaque contre le catholicisme. - Quelle est exactement l'autorité du Mar
tyrologe romain », Le Français, 1 déc . 1883, p.2 ; 101 W . Bang, « Manichäische
Erzähler» , Muséon 44 , 1931, p. 1- 36 , surtout p. 7-11; Peeters 5, p . 293 ; Bacht
81, col. 1195, 1198 ; Lang 33, p . 306 - 307, 322 -324 ; Downey 36 , p . 165- 166 ;
Lang 82, p . 389-390 ;Grumel 39, p .256-257 ; Henning 84 ; 102 P . Pelliot, Notes
on Marco Polo 1, Paris 1959, p. 81-82; Stern 85, p. 150 ; Lang 86, p . 1251
1252 ; 103 W . B . Henning, « Persian poetical manuscripts from the time of
Rudaki» , dans W . B. Henning et E . Yarshater (édit.), A Locust's Leg, Studies in
honour of S. H . Tagizadeh , London 1962, p. 89- 104, spécialement p.91-98 ;
als Vermittler literarischen Gutes » , Temenos 2 , 1966 , p. 5 -21 ; 105 D . Gimaret,
« Bouddha et les bouddhistes dans la tradition musulmane» , JA 257, 1969,
p. 273 -316 ; Lang 52, p. 106 - 114 ; 106 A . Abel, « Influences du légendaire boud
dhique dans le légendaire islamique», RAL 26 , 1971, p . 53-61, notamment p. 56
57 ; 107 B . Altaner et A . Stuiber, Patrologie. Leben , Schriften und Lehre der
Kirchenväter, 9e éd., Freiburg/Basel/Wien 1978 , p. 529-530 ; Keller et Linker
60, p. XI-XVII ; 108 B .I. Kuznecov, « Povest' o Varlaame i Ioasafe (k voprosu o
proizhoždenii) » , Trudy otdela drevnerusskoj literatury 33, Leningrad 1979,
p. 238 -245 ; 109 J. Procopé, art. « Erbauungsliteratur I: Alte Kirche; 4 . 3 :
Romanhafte Literatur », TRE X , p. 41 ; 110 R . W . Thomson , art. « Balavariani» ,
Dictionary of the Middle Ages II, New York 1983, p. 54-55 ; Gwaharia 88, p. 27
44 ; Hirsh 89 , p .XVII; Almond 75 , p . 391-392, 395 -400 , 403-406 ; 111 T .
Calders i Artís (trad . et comm .), El Príncep i elMonjo, d ’Abraham ben Semuel
ha-Levi ibn Hasday, coll. « Orientalia Barcinonensia » 2 , Sabadell 1987 , p. 19
23 ; 112 R . Grégoire, Manuale di agiologia . Introduzione a la letteratura
agiografica,coll. « Biblioteca Montisfani» 12 , Fabriano 1987, p . 272-273, 393 ;
Aguirre 77, p . 15-20, 30 -39 ; Pitts 90 , p. 235-236 ; 113 W . J. Aerts, « Einige
Überlegungen zu Sprache und Zeit der Abfassung des griechischen Romans
“Barlaam und Joasaph ” » , à paraître dans O . Engels et P . Schreiner (édit.), Die
Begegnung des Westens mit dem Osten . Kölner Symposium des Mediävisten
BARLAAM ET JOSAPHAT
verbandes, Sigmaringen 1993 ( ?) ; 114 J. Tubach, « Das Bild vom idealen
Christen. Askese im Barlaam -Roman », à paraître dans le même volume;
Esbroeck 19.
Manuscrits de la version grecque de Barlaam et Josaphat. Comme Volk 3
ne sera, semble -t-il, pas publié , nous rapportons ici l'essentiel de ce qu 'il dit des
manuscrits, vu l'intérêt de sa communication :
BJ grec ne nous est pas parvenu dans sa version originale. On distinguera
cing groupes demanuscrits, une forme du texte relativement proche de l'original
perdu (U ) et quatre modifications ( A , B , C , D ).
Quant au lemme de la version U , il suit de très près le type A1 signalé par
Dölger 20 , p. 11-12 . On n' y trouve pas intégré l'ajout toŰ Aquaoxnvoð après
Ιωάννου μοναχού, ανδρός τιμίου και εναρέτου, μονής του Αγίου Σάββα
(Dölger 20 , p. 12). La version U est la seule à ne pas contenir de faux - sens ni de
lacunes. Les rares corruptions qu 'elle contient se limitent à des mots isolés
qu 'on arrive facilement à corriger grâce à une comparaison systématique avec
les autres versions. Le seul terme qui fasse difficulté est, d 'après Volk 3 , celui
de Étavoida en tant qu 'attribut d 'Apollon dans un passage tiré de AA (115 J. Fr.
Boissonade, Anecdota Graeca, t. IV , Paris 1832, p . 247 ; 116 PG 96 , col. 1116 ;
117 G . R . Woodward et H . Mattingly (édit. et trad.), (St. John Damascene )
Barlaam and loasaph. Introd . by D . M . Lang, coll. LCL 34, London /Cambridge
(Mass.) 1967, réimpr. 1983, p .410 ; cité d 'après LCL) :
Τον δε ' Απόλλωνα παρεισάγουσι θεόν είναι ζηλωτήν, έτι δε και τόξον
και φαρέτραν κρατούντα, ποτέ δε και κιθάρας και επαυθίδα, και μαν
τευόμενον τούς ανθρώποις χάριν μισθού.
D 'après Volk 3, il faut conserver cette vox nihili telle quelle dans le texte . En
revanche, 118 C . Alpigiano (édit., trad . et comm .), Apologia/Aristide di Atene,
coll. « Biblioteca patristica» 11, Firenze 1988, p . 94 - 95 , propose une conjecture
convaincante à partir de la version syriaque de AA, à savoirañxtpov.
Lamodification A présente beaucoup de différences par rapport au texte de
U , quoique seulement dans les détails (changement d 'ordre des mots , abré
viations de dialogues, synonymes fréquents remplaçant des termes rares, etc .).
Mais le sens de certains passages est parfois défiguré par ces changements au
point de devenir inintelligible .
La modification B constitue une transformation de U . Le rédacteur y a
intégré des éléments de U aussi bien que de A et a opéré selon toute probabilité
des modifications sur son modèle , croyant ainsi améliorer la qualité du texte, ce
qui n 'est pas vraiment le cas. Le rédacteur de B raccourcit souvent ce qu'il
considère comme des longueurs , sans être capable de se mettre à la place de ses
prédécesseurs. Il en résulte souvent des difficultés de compréhension, voire des
faux-sens. De plus, des citations et des expressions imagées se trouvent souvent
détruites. Les deux manuscrits attribuant BJ grec à Euthyme appartiennent à la
modification B .
BARLAAM ET JOSAPHAT
Après un certain temps de coexistence, les modifications A et B forment peu
à peu une sorte d 'amalgame. D 'autre part, on trouve, à l' intérieur de la modi
fication B , des manuscrits présentant un texte qui n 'entre pas tout à fait dans le
cadre général de cette modification . Ajoutons à cela que la plupart des
manuscrits conservés de BJ grec appartiennent aux modifications A et B et qu'il
faut en supposer la perte d'un nombre assez considérable, sans quoi l'on
s'expliquerait mal les particularités à relever à l'intérieur de ces deux modi
fications. A partir du milieu du XIe siècle , on observe une détérioration continue
de la qualité du texte des modifications A et B , modifications que l'on peut
considérer comme inexistantes à partir du XVI° siècle.
La modification C représente une version systématiquement remaniée et très
raccourcie fondée sur la version B . Elle réduit habilement la trame de BJ à ses
passages les plus dramatiques, mais elle s' écarte par ce subterfuge de l' essence
de l'euvre en tant que dogmatique mise en forme de roman , voire roman
dogmatique. Elle élimine les développements de dogmes théologiques dans la
mesure du possible et n 'insère pas dans le récit AA dans son intégrité . Après le
XVIe siècle , il n' y a plus trace de la modification C dans la tradition manuscrite.
La forme U et les modifications A , B et C sont conservées dans des
manuscrits du début du XIe siècle ; Volk 3 prétend que ces groupes doivent donc
s'être formés quelques décennies, si ce n ' est des siècles avant cette date , sans
quoi leur coexistence au début du XIe siècle serait exclue. Cette conclusion est à
rejeter ; cf. supra, « Date et auteur de la version grecque de Barlaam et
Josaphat» .
La modification D est de loin la plus récente , mais n 'est pas pour autant la
plus mauvaise. Elle fut rédigée avec soin - sans doute sur l'Athos - aux XVII et
XVIIIe siècles sur la base de U et des modifications A et B . La modification A y
tient la première place et a été mise à contribution sous une forme encore bien
conservée. Lamodification D se caractérise en outre par quelques ajouts récents
à U , A et B . Elle a servi de base à l'édition du moine athonite 119 S.
Kechajoglu , ' lotopia ourypagetoa napà toð év ávious ’Iwávvov toŨ
Δαμασκηνού διαλαμβάνουσα τον βίον των οσίων πατέρων ημών Βαρλαάμ
και Ιωάσαφ ανέκδοτος ούσα εκδίδοται ήδη ελληνιστί υπό Σωφρονίου
μοναχού Αγιορείτου εκ Ραιδεστού Κεχαγιόγλου επί τη βάσει μεμβραί
νων χειρογράφων της εν τω αγιωνύμω όρει ιεράς σκήτεως της Θεοπρο
uńtopos " Avins, Athènes 1884 (référencemédiate). Si nous mentionnons cette
édition dans la rubrique consacrée aux manuscrits, c 'est que la tradition
manuscrite la concernant fait l'objet de controverses. Au XVIIIe siècle, la
modification D était concurrencée par la forme U ; des manuscrits précieux de
ces deux branches de transmission en témoignent. D 'après Volk 3 , les
manuscrits de la scite de sainte Anne cités par Kechajoglu 119 comme base de
son édition n 'existeraient pas. Cette édition se fonderait sur d 'autres manuscrits
qu'il se fait fort d 'avoir identifiés, mais sur lesquels il ne nous apprend rien . Il
est toutefois peu probable que Kechajoglu 119 ait renvoyé expressément à des
manuscrits inexistants dans l'intitulé de son édition.Grumel 39, p.259, soutient
76 BARLAAM ET JOSAPHAT
dans son commentaire sur cette édition qu'il vaudrait la peine de rechercher les
manuscrits auxquels Kechajoglu 119 fait allusion. Volk 3 relègue ce renvoi dans
le domaine de la fiction .
Éditions et traductions de la version grecque de Barlaam et Josaphat.
Pour les éditions de BJ grec, on consultera Geerard 80, p . 532, à quoi on ajoutera
Koller 73 , qui fournit des informations sur l'édition en préparation à l'Institut
Byzantin de Scheyern (Allemagne), et Alpigiano 118, p. 38-45, qui traite de la
tradition du texte grec de BJ. Dans les éditions accessibles actuellement, on n ' a
pas mis à contribution la forme U qui représente la tradition manuscrite la plus
proche de l'original grec (cf. supra , « Manuscrits de la version grecque de
Barlaam et Josaphat» ). L 'amalgame que forment, après un certain temps de
coexistence, les modifications A et B (cf. supra, «Manuscrits de la version
grecque de Barlaam et Josaphat» ) et qu'on retrouve dans le Paris. gr. 903,
utilisé, quoique non systématiquement, par Boissonade 115 , se répercute sur la
qualité du texte de cette édition . Le passage contenant l'allégorie de la licorne
est là pour en témoigner (cf. à ce propos Volk 3). Dans une lettre du 26 juillet
1991, le Dr. R . Volk a eu l'obligeance de nous communiquer la référence exacte
de l'édition en préparation à l' Institut Byzantin de Scheyern (Allemagne ) :
120 Institut Byzantin de Scheyern (édit.), coll. « Die Schriften des Johannes von
Damaskos, herausgegeben vom Byzantinischen Institutder Abtei Scheyern » 6 ,
dans le cadre de la coll. « Patristische Texte und Studien » , Berlin New York .
Les éditeurs de Scheyern ne tiendront pas compte d'un des manuscrits les plus
importants de BJ grec , à savoir du Paris. gr. 1771, à dater du XVe siècle.Mais,
malgré cette date tardive et l'incorrection de la langue, le manuscrit en question
appartient à une branche de transmission assez proche de l'original. Euthyme a
réellement été xaonynths de la laure de Saint-Athanase , fonction attestée par le
lemme du Paris. gr. 1771 (cf. Peeters 5, p. 283). Signalons encore trois tra
ductions de BJ grec que Geerard 80 ne mentionne pas : ( 1) 121 F . Liebrecht, Des
heiligen Johannes von Damascus Barlaam und Josaphat. Aus dem Griechischen
übertragen von Felix Liebrecht. Mit einem Vorwort von Rudolph von Becken
dorff, Münster 1847 ; (2 ) 122 L . Burchard , Die Legende von Barlaam und
Josaphat, zugeschrieben dem heiligen Johannes von Damaskus. ( Aus dem
Griechischen übersetzt von Ludwig Burchard ), München (1924 ), (référence
médiate ] ; ( 3 ) 123 S . Ronchey, P . Cesaretti (trad. et comm .), Vita bizantina di
Barlaam e Ioasaf, coll. « Le Saghe» , Milano 1980 . Pour les versions latines, on
consultera Geerard 80, p. 534, à quoi on ajoutera 124 H . Fros (édit.), Bibliotheca
Hagiographica Latina antiquae et mediae aetatis, novum supplementum , coll.
« Subsidia Hagiographica » 70 , Bruxelles 1986 , p . 115 -117. Sur la date (1047) et
l'auteur de la version latine la plus ancienne (BHL 979), cf. 125 P . Chiesa,
« Ambiente e tradizioni nella prima redazione latina della leggenda di Barlaam e
Josaphat» , StudMed 24, 1983, p .521-544, surtout p .524 -526 . Cette version suit
la modificatin A de la tradition manuscrite de BJ grec ; il en est de même pour la
Vulgate latine (BHL 980 ) (cf. Volk 3), qui date du XII° siècle. L 'hypothèse de
Volk 3 , selon laquelle la Vulgate latine pourrait être antérieure à BHL 979, ne se
BARLAAM ET JOSAPHAT 77
défend pas. Cf. à ce propos Grumel 39, p . 258 ; 126 H . Peri < Pflaum > , « La plus
ancienne traduction latine du roman grec de Barlaam et Josaphat et son auteur » ,
Studi mediolatini e volgari, a cura dell'Istituto di filologia romanza della
Università di Pisa 6 - 7 , Bologna 1959, p . 169- 189, surtout p . 171 ; 127 H . Peri
< Pflaum > , Der Religionsdisput der Barlaam -Legende, ein Motiv abend
ländischer Dichtung, coll. « Acta Salamanticensia, serie de filosofía y letras»
14 , 3 , [Salamanca) 1959, p . 125 ; Grégoire 43, p . 422 ; Chintibidse 17, p. 33 ;
Hirsh 89, p . XIX . La version latine la plus proche de BJ grec est celle de Jacques
de Billy ( † 1581), publiée dans (116 ) PG 96 , col. 859-1239, avec le texte de
l'original grec en regard , et dans 128 PL 73, col. 443-606 . Notons que le lemme
manque dans PL 73 ( 128). Nous ne pouvons pas trancher la question de savoir si
la version française de Jean de Billy († 1580) est fondée sur BJ grec ou sur la
version latine de Jacques de Billy († 1581). Elle ne provient en tout cas pas de
BHL 980 , étantdonné le jugement très défavorable porté par Jean de Billy sur ce
texte . La version française de Jean de Billy est publiée dans 129 J.- P . Migne
( édit.), art. « Barlaam et Josaphat (Saints ) » , Dictionnaire des légendes du
christianisme,... contenant des documents sur l'origine de chacune de ces
pièces, et sur la langue dans laquelle elles ont été écrites, avec traduction de la
plupart en français, par M . le comte de Douhet, Paris 1855 , réimpr. Turnhout
1989, col. 59-252 . Pour ce qui concerne la version française de BJ rédigée par
130 A . Girard († 1679), Histoire de Josaphat, roy des Indes, tirée de S. Jean
Damascène , Paris s.d . [ 1642], réimpr. 1643, elle est traduite de BHL 980. La
traduction fragmentaire de BJ grec en ancien français, publiée par 131 P .Meyer,
« Fragments d' une traduction française de Barlaam et Joasaph faite sur le texte
grec au commencement du treizième siècle » , Bibliothèque de l'École des
Chartes 27, 2 (6e série ), Paris 1866 , p . 313-334, ne nous est parvenue qu 'en
marge d 'un manuscrit de la modification C de ce roman spirituel. Par consé
quent, cette traduction repose directement sur la modification C , sans inter
médiaire latin (cf. Volk 3). Les manuscrits slavons mis à contribution pour
l' édition de la version de BJ grec en vieux slave présentent des textes légère
ment différents les uns des autres, mais suivant sans exception la modification B
( cf. Volk 3). Ce texte a été édité par 132 I.N . Lebedeva (édit. et comm .), Povest
o Varlaame i loasafe . Pamjatnik drevnerusskoj perevodnoj literatury XI-XII vv. ;
podgotovka teksta , issledovanie i kommentarij 1. N . Lebedevoj; otvetstvennyi
redaktor 0 . V . Tvorogov, Leningrad 1985. A propos de cette version slavonne,
on consultera encore : 133 I.N . Lebedeva, « О drevnerusskom perevode povesti
o Varlaame i loasafe» , Trudy otdela drevnerusskoj literatury 33, Leningrad
1979, p. 246-252; 134 I. N . Lebedeva, « K istorii drevnerusskogo prologa :
Povest' o Varlaame i Ioasafe v sostave prologa» , Trudy otdela drevnerusskoj
literatury 37, Leningrad 1983, p . 39-53 ; 135 I.N . Lebedeva, Slovoukazateľk
tekstu « Povesti o Varlaame i loasafe », pamjatnika drevnerusskoj perevodnoj
literatury XI-XII vv. ; sostaviteľ I. N . Lebedeva ; otvetstvennyi redaktor 0 . V .
Tvorogov, Leningrad 1988.
78 BARLAAM ET JOSAPHAT
Postérité de la version grecque de Barlaam et Josaphat. Pour les versions
arménienne, arabe chrétienne et éthiopienne, on consultera Geerard 80 , p. 535.
Quant aux versions de BJ conservées en langues romanes, cf. 136 F . Brunhölzl
et al., art. « Barlaam und Joasaph (Barlaam und Josaphat) » , Lexikon des
Mittelalters I,München /Zürich 1980, col. 1464- 1469, notamment M . Vuijlsteke,
art. « Barlaam und Joasaph (Barlaam und Josaphat), B , IV : Romanische Litera
turen » , col. 1466 , à quoi on ajoutera l'édition la plus récente de la version
provençale de BJ (Pitts 90 ) et une étude sur les traces cathares qu ’on a
longtemps cru pouvoir repérer dans cette version : 137 T. Bräm , La version
provençale de « Barlaam et Josaphat» – une æuvre cathare ?, Konstanz 1990.
On signalera aussi une étude très importante sur les versions roumaines de BJ:
138 H .Mazilu, Varlaam şi Ioasaf; istoria unei cărţi, coll. « Confluente» , Buca
resti 1981, surtout p. 77 -158. Pour ce qui concerne les versions anglaises de BJ,
cf. Brunhölzl 136 , spécialement H . Sauer , art. « Barlaam und Joasaph (Barlaam
und Josaphat), B , V : Englische Literatur », col. 1466 - 1467, à quoi on ajoutera
l'édition récente d'une version anglaise de BJ datant du XVe siècle (Hirsh 89).
Pour les versions allemandes de BJ, cf. Brunhölzl 136 , surtout H . Rosenfeld , art.
« Barlaam und Joasaph (Barlaam und Josaphat), B , VI: Deutsche Literatur» , col.
1467- 1468, à quoi on ajoutera l'édition d ' une version allemande de BJ datant du
xve siècle : 139 S. Calomino, From verse to prose : The Barlaam and Josaphat
legend in fifteenth -century Germany, coll. « Scripta Humanistica » 63, Potomac
1990 . Pour les littératures scandinaves, cf. Brunhölzl 136 , notamment H .
Ehrhard , art. « Barlaam und Joasaph (Barlaam und Josaphat), B , VII : Skandi
navische Literaturen » , col. 1468 -1469, à quoi on ajoutera : 140 M . Rindal
(édit.), Barlaams ok Josaphats saga, utgjeven for Kjelderskriftfondet ved
Magnus Rindal, coll. « Norrøne Tekster» 4, Oslo 1981 ; 141 M . Rindal,
Ortografi, fonologiog morfologi i Sth . perg. fol. nr. 6 (Barlaams ok Josaphats
saga ), coll. « Nordisk Institutts skriftserie » 13, Oslo 1987.
Iconographie de Barlaam et Josaphat. Le motif de BJ le plus souvent
représenté est l'allégorie de la licorne, appelée aussi allégorie de l'hommedans
le puits. Les représentations de AA ne font néanmoins pas tout à fait défaut.
Aussi peut-on relever des gravures sur bois dans la version suivante de BJ en
vieux haut-allemand : 142 [H ]je vahet ann eyn gar loblich vnnd heylsam christ
glaubigen cronica . Sagend von eynem heiligen künig mit namen Josaphat. wie
der ward bekeret von eynem heyligen vatter vnnd aynsideln genant Barlaam ,
Auxburg, vers 1476 (référence médiate). La question de savoir si ces gravures
sur bois sont à attribuer à Zaïner ou à son élève J. Bämler n ' est pas encore
définitivement tranchée (cf. Pitts 90 , p. 324). Les gravures en question sont
évoquées et reproduites dans 143 E . A . Wallis Budge ( éd ., trad. et comm .),
Baralâm and Yěwāsēt,being the Ethiopic version of a christianized recension of
the buddhist legend of the Buddha and the Bodhisattva . Vol. 1 : Ethiopic text ;
vol. 2 : An English translation and introduction, etc., Cambridge 1923, réimpr.
New York 1976 , p. VI et les planches X -LXXIII à la fin du volume, AA étant
représentée sur les planches XXXVII -XLVI. Les seules illustrations de peinture
BARLAAM ET JOSAPHAT 79
qu 'on connaisse de BJ sont conservées au monastère de Neamţu , en Moldavie :
144 I. D . Ştefănescu, « Le roman de Barlaam et Joasaph illustré en peinture » ,
Byzantion 7 , 1932, p. 347-369, signale une scène illustrant AA , où Josaphat
menace le faux Barlaam (c.-à -d . Nachor) de le mettre à mort pour le cas où il ne
sortirait pas vainqueur du discours opposant les adeptes du christianisme à ceux
du paganisme (cf. Ştefănescu 144, p. 362). AA est également illustrée par un
nombre assez important de miniatures dans le manuscrit russe Leningrad n° 71 .
Le discours du faux Barlaam (c 'est-à -dire Nachor) étant centré sur la réfutation
du paganisme, on a surtout représenté des scènes d 'idolâtrie (cf. à ce propos Der
Nersessian 26 , p. 27-28, 48, 52). L 'ouvre de Der Nersessian 26 constitue de loin
la référence la plus importante sur l'iconographie de BJ. Pour plus d 'infor
mations à ce sujet, on consultera 145 B . Dorn , « Note 17 : Ueber eine Hand
schrift der arabischen Bearbeitung des Josaphat und Barlaam » , Bulletin de la
classe historico-philologique de l'Académie Impériale des Sciences de St.
Pétersbourg 9 (n° 211, 212), St. Pétersbourg /Leipzig 1852, col. 305 -323, surtout
col. 312 , 315 -317 ; 146 K . Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Lite
ratur, München 1897, p . 777 ; Bacht81, col. 1195 ; Leroy 34 ; 147 K . W . Forster,
art. « Barlaam und Joasaph » , Lexikon der christlichen Ikonographie 1, Rom /
Freiburg /Basel/Wien 1968, col. 244 -245 ; 148 0 . Odenius, « Der Mann im
Brunnen und der Mann im Baum . Ein ikonographischer Beitrag » , dans W .
Escher, T . Gantner et H . Trümpy ( édit.), Festschrift für Robert Wildhaber zum
70. Geburtstag am 3. August 1972, Basel 1973, p.477-486 ; 149 R . Pitman et J.
Scattergood , « Some illustrations of the unicorn apologue from Barlaam and
loasaph » , Scriptorium 31, 1977, p.85- 90 ; Brunhölzl 136 , spécialement K .
Wessel, art. « Barlaam und Joasaph (Barlaam und Josaphat), C : Ikonographische
Darstellungen » , col. 1469 ; 150 O . Wimmer et H . Melzer, art. « Josaphat,
Königssohn in Indien, Hl. (Joasaph) », Lexikon der Namen und Heiligen ,
bearbeitet und ergänzt von J. Gelmi, 6 . verb . u . erg. Aufl., Innsbruck/ Wien
1988, p. 453 ; Pitts 90, p . 324-325 ; 151 E . M . Jeffreys, M .J. Jeffreys, A . Cutler
et A . Kazhdan , art. « Barlaam and Ioasaph » , The Oxford Dictionary of
Byzantium I, New York/Oxford 1991, p . 256 -257 (beaucoup d 'erreurs dans
« Zur Ikonographie des Barlaam -Stoffs » (à paraître dans 0 . Engels et P .
Schreiner (édit.), Die Begegnung des Westens mit dem Osten. Kölner Sympo
sium des Mediävistenverbandes, Sigmaringen 1993 (?) ).
Études d 'orientation sur Barlaam et Josaphat. Pour les articles et ouvrages
publiés avant 1886 , on consultera la bibliographie raisonnée de 153 V . Chauvin ,
Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes publiés dans l'Europe
chrétienne de 1810 à 1885 3 , Liège/Leipzig 1898, réimpr. Xerox Copy Ann
Arbor, Michigan , University Microfilms 1967, p. 83-112 ; 154 M . Jugie, art.
« Barlaam e Ioasaph (losaphat)», Enciclopedia Cattolica II, Città del Vaticano
1949, col. 858 ; pour les articles et ouvrages parus jusqu 'en 1959, on consultera
la bibliographie raisonnée de Peri <Pflaum > 127 , p. 224 -262 ; 155 P . Pelliot,
Notes on Marco Polo 2 , Paris 1963, p .750-752 ; Lang 86 ; 156 D .M . Lang, art.
80 BARLAAM ET JOSAPHAT
« Barlaam and Josaphat» , Encyclopaedia Britannica III, 1964, p . 167-168 ;
Woodward, Mattingly 117 : introduction par D . M . Lang, p . IX -XXXV ;
Hint'ibidze 49, p . 8 - 14 ; bibliographie p . 184 - 193 ; Gimaret 87 , p . 3 -64; 157 B .
Studer, art. « Jean Damascène ou De Damas ( saint), † vers 750 » , DSp VIII ,
1974 , col. 452-466 , notamment « Le roman de Barlaam et Joasaph » , col. 464
466 ; Geerard 80 ; Keller et Linker 60 , p . XI-XXIV ; 158 F. Köprülü , art.
« Berle 'am ile Yûdâsef» , İslâm Ansiklopedisi II, Istanbul 1979, p. 558 -560 ;
Brunhölzl 136 ; Mazilu 138, p . 5 -76 ; 159 M . B . Pitts, « Barlaam and Josaphat :
A legend for all seasons » , Journal of South Asian Literature 16 , 1981, p. 3- 16 ;
Hint'ibidze 67 , p . 262-372 ; bibliographie p . 416 -431; Hintibidze 68 ; Gwaharia
88, p . 8 -26 ; 160 C . Andresen , art. « Aristides» , RGG 1, 1986 (3e éd ., réimpr. de
l' éd . 1957), col. 596 -597 ; Hirsh 89 , P . XV-XXVII; Almond 75 ; Calders i Artís
111, p . 19-23, 62-63; 161 J. P . Asmussen , art. «Barlaam and Iosaph [ sic ] » ,
Encyclopaedia Iranica III, 1989, p . 801; Pitts 90 , p. 263-310 ; bibliographie
p. 326 -334 ; Calomino 139 , p. 1 -11; Esbroeck 18 .
Apologie d 'Aristide. A propos de AA proprement dite , on ajoutera aux
informations de Pépin 1 et de Mahé 2 :
Éditions et traductions de l'Apologie. 162 M . Picard (trad. et comm .),
L 'Apologie d 'Aristide, Paris 1892 (thèse de doctorat souvent mal citée ;
traduction de AA telle qu'elle est conservée dans BJ p . 22-39). 163 G . Ruhbach ,
Altkirchliche Apologeten , coll. « Texte zur Kirchen - und Theologiegeschichte >>
1,Gütersloh (1966 ), (texte de AA p. 15-28, édité d 'après 164 J.Geffcken , Zwei
griechische Apologeten , Leipzig /Berlin 1907, réimpr. 1970 , p . 3 -27). On relè
vera quelques inexactitudes dans la bibliographie de Ruhbach 163, p . 9 - 11 :
165 J. C . T. De Otto , Corpus Apologetarum Saeculi Secundi 9 , lenae 1872,
p . 342-348, signalé dans la rubrique des éditions, contient en réalité : le témoi
gnage d 'Eusébe et des témoignages postérieurs de AA, p . 342 -343 ; une lettre de
Constantinos Kontagonis à J. C . T . De Otto , p. 343- 344 ; le témoignage des
martyrologes édit. Rosweyde, Anvers 1613, et Usuardus, Paris 1718 , où il est
question de Dionysius l’Aréopagite , martyr dont Aristide d 'Athènes aurait
dénoncé à la justice de l'empereur la mise à mort, avec commentaire, p . 344
346 ; le témoignage du martyrologe sur Aristide d 'Athènes, avec commentaire ,
p. 346 -348.
On consultera surtout Alpigiano 118 (introduction traitant de la probléma
tique de l'auteur, du destinataire et de la datation de AA , de sa structure, de sa
thématique ainsi que des critères selon lesquels le texte a été établi, p. 7-48 ;
table des sigles, p . 49 -51 ; texte grec avec traduction italienne et traduction
italienne de la version syriaque en regard , p. 53- 127 ; riche commentaire portant
sur les sources d'Aristide et les traces qu'a laissées AA dans la littérature
religieuse et profane, p. 129 - 184 ; traduction italienne de la version arménienne,
p . 185 -188 ; abréviations, p . 189; riche bibliographie , p . 191- 197 ; références
bibliques, p . 199 ; index des noms, p. 201; glossaire complet, p. 203-213.
Quelques inexactitudes dans la bibliographie , p. 191: l' étude de De Otto 165 est
mentionnée dans la rubrique des éditions et traductions; la thèse de Picard 162
BARLAAM ET JOSAPHAT 81
est citée sous R . Picard). L 'intérêt de cette édition réside dans le fait que les
fragments conservés sur papyrus ont été mis à contribution pour l' établissement
du texte grec complet de AA. 166 C .r. de Alpigiano 118 par G . Puccioni, CCC 9,
1988, p . 383 , et par 167 P. Carrara, Prometheus 14 , 1988, p. 189- 190 . Dans le
contexte de BJ, on n 'applique d'ordinaire le terme de fragments de AA qu 'aux
passages conservés sur papyrus. Le fait que 168 C . Vona ( édit., trad. et comm .),
L'Apologia di Aristide, coll. « Lateranum » NS 16 , 1-4, Roma 1950 , présente le
texte conservé dans BJ grec comme fragmentaire n'y change rien , vu que AA y
est introduite intégralement. Aussi ne peut-on pas considérer comme Pépin 1,
p. 366 , les éditeurs qui se sont seulement servis de la version de AA conservée
dans BJ (169 E . Hennecke, Die Apologie des Aristides, coll. TU 4, 3 , Leipzig
1893, Geffcken 164 et Vona 168) comme éditeurs des fragments grecs de celle
ci. Seule la dernière des références données par Pépin 1 , p. 366, à savoir
170 C . Alpigiano , « L 'Apologia di Aristide e la tradizione papiracea » , CCC 7 ,
1986 , p. 333- 357 , concerne les fragments POxy 1778 et PLitLond 233, qui nous
sont parvenus sur papyrus.
Version syriaque de l'Apologie. 171 K . Julius (trad. et comm .), Des
Aristides von Athen Apologie. Mit Berücksichtigung der griechischen und
armenischen Bruchstücke aus dem Syrischen übersetzt..., coll. « Bibliothek der
Kirchenväter » 1, Kempten München , 1913. Les notes de 172 R . Raabe (trad. et
comm .), Die Apologie des Aristides, coll. TU 9, 1, 2, Leipzig 1892 , p.63- 97, ne
portent pas sur la doctrine de AA, mais sur les sources d 'Aristide d 'Athènes et
sur la mythologie .
Date de l’Apologie. D 'après Alpigiano 118 , p. 10, AA serait antérieure à
l'Apologie de Justin , et aurait été rédigée entre 124 et 140. Pour la date du
voyage de l'empereur Hadrien à Athènes, Alpigiano 118 , p. 8, donne deux dates
différentes, à savoir 124 - 125 et 128- 129, sans trancher. En revanche, la dédicace
à Antonin le Pieux († 161) (cf. Alpigiano 118, p. 129 -130 ) n'est pas sujette à
caution , quoique certains critiques l'aient considérée comme interpolée, du fait
qu'elle pèche contre la grammaire. Mais cela pourrait être dû à la transmission
syriaque ou au processus d 'adaptation de AA d'une version à l'autre. Le seul
problème que pose l'évaluation de la dédicace est l'impossibilité apparente de
justifier la vaste diffusion de la tradition selon laquelle AA aurait été adressée à
l'empereur Hadrien. Toutefois , l'état actuel de la recherche permet d 'émettre
l'hypothèse qu 'elle aurait été rédigée au temps d'Hadrien , mais que l'auteur,
surpris par la mort de ce dernier, aurait dû la présenter à son successeur en la lui
dédicaçant, après quoiplusieurs versions de la dédicace auraient eu cours. Sur la
problématique de la dédicace, cf. aussi 173 H .J. Oesterle, « Textkritische
Bemerkungen zur “ Apologie ” des Aristides von Athen », ZDMG 130, 1980,
p. 15-23. 174 K . G . Essig , « Erwägungen zum geschichtlichen Ort der Apologie
des Aristides » , ZKG 97, 1986 , p . 163- 188, relègue AA dans le domaine de la
fiction (p . 185- 187), soulignant qu 'on ne connaît pas le motif qui aurait incité
Aristide d 'Athènes à adresser un écrit de défense à Antonin le Pieux. En outre ,
on devrait trouver dans l'agencement de AA une tendance pédagogique posant le
82 BARLAAM ET JOSAPHAT
problème de l'autorité de l' empereur, ce qui est le cas pour l'Apologie de Justin
(† 165), mais non pour celle d ' Aristide d 'Athènes. Vu le but purement propa
gandiste de AA, la reconstruction de la dédicace, si elle est en elle -même possi
ble, ne permet pas pour autant de situer ce document chronologiquement. Le
témoignage d 'Eusébe, d 'après lequel AA serait, après le fragment attribué à
Quadratus (DM II), l'apologie chrétienne la plus ancienne qui nous soit
parvenue, est contesté par Essig 174 , p . 165- 166 , qui insiste sur le fait que le
renvoi à la composition des deux apologies sous l'empereur Hadrien constitue le
seul rapport entre ces documents . Les rattacher l'un à l'autre du point de vue
chronologique reviendrait donc à souscrire aux informations données par
Eusébe, dont l’æuvre n 'est guère à considérer comme une source digne de foi.
De fait, Essig 174 , p . 165 - 166 , nie catégoriquement qu 'Aristide pourrait avoir
dédié AA à l' empereur Hadrien, malgré les assertions d'Eusébe. Ce dernier
n 'aurait probablement pas connu ce texte, sans quoi il en aurait analysé le
contenu. La tradition désignant Hadrien comme destinataire du fragment
conservé de l’Apologie de Quadratus serait elle -même d 'autant plus sujette à
caution que ce texte ne donne pas l'impression d ' être aussi ancien que le laisse
raient croire les assertions d'Eusébe. Aristide d'Athènes pourrait avoir rédigé
AA après Justin , sans avoir connu ce dernier , Eusébe s'étant inspiré d'une fausse
transmission en ce qui concerne le destinataire de Aa . Cf. encore 175 H .
Doulcet, Essai sur les rapports de l'Église chrétienne avec l'État romain
pendant les trois premiers siècles. Suivi d 'un Mémoire relatif à la date du
martyre de Sainte Félicité et ses sept fils et d 'un appendice épigraphique (thèse
de doctorat ), Paris 1882 (AA p . 72-73), réimpr. 1883 .
Contenu de l’Apologie . Au thème très important de la répartition du genre
humain en différentes races, signalé par Pépin 1 , p. 367, on ajoutera que le
passage en question manque dans les fragments grecs de AA. C 'est ainsi que
s 'explique l'hypothèse d 'Alpigiano 118, p. 137, selon laquelle l'auteur de BJ
aurait introduit la division du genre humain en trois catégories.Néanmoins, cette
hypothèse est discutable , le passage en question s' inspirant de la tradition
ancienne qui ne mentionne toujours que trois catégories (cf. à ce propos
Geffcken 164, p . 41) .
Sources et doctrines de l'Apologie . D 'après 176 B . Altaner, art. « Aristides
von Athen » , RAC I, 1950, col. 652-654 , il est peu probable qu 'Aristide ait été
bien initié à l'œuvre des philosophes antiques; à peine pourrait-on lui supposer
la connaissance d 'une æuvre doxographique. Il a probablement puisé dans un
manuel de vulgarisation de philosophie ; cela expliquerait le syncrétisme philo
sophique dont il fait preuve dans son cuvre, tendance que les critiques affirment
d ' un commun accord. Même Geffcken 164, p . 35 -38, qui a particulièrement
insisté sur les influences stoïciennes à relever dans le premier chapitre de AA,
soutient qu'Aristide n 'avait pas de formation philosophique. D 'après lui, les
influences stoïciennes seraient redevables à un fond commun d 'idées en cours à
l'époque. On ne peut toutefois pas réfuter la thèse de Geffcken 164 en tirant
argument du fait qu ' Aristide aurait pu s 'inspirer aussi bien de Platon et
BARLAAM ET JOSAPHAT
d'Aristote que des stoïciens, comme l'a fait Altaner 176 , col.652. A propos du
syncrétisme d ' Aristide d' Athènes, Alpigiano 118, p. 15, affirme que le
christianisme ne puisera directement dans les æuvres de Platon et d 'Aristote que
dans une période plus tardive. Pour le chapitre 12 de AA, où Aristide s ' en prend
au culte voué par les Égyptiens aux animaux et aux plantes, il a probablement
tiré son information sur la mythologie d 'un traité de tendance syncrétique
répandu pendant les siècles de lutte contre les croyances populaires. Ces traités,
dont la plupart se sont perdus, étaient rédigés dans des milieux philosophiques
très divers : épicuriens, stoïciens, sceptiques et cyniques (cf. à ce propos Altaner
176 , col. 652) . Si l'on ne peut pas relever des empreintes de telle ou telle cuvre
philosophique, littéraire ou historique chez Aristide, l'on ne saurait pour autant
prétendre avec Essig 174 , p. 188 , que AA n 'ait commencé à influer sur la
littérature et la théologie qu 'au moment de son intégration à BJ et de la réception
de ce roman spirituel dans la littérature arménienne. Aussi Alpigiano 118 ,
p . 129- 184 , signale -t- elle plusieurs auteurs influencés – ne serait-ce qu 'indi
rectement - par AA , dont Origène, Tertullien et Eusèbe de Césarée. Aristide
d' Athènes aurait à son tour puisé dans l'euvre des présocratiques, de Platon ,
d'Aristote et de Philon d 'Alexandrie ;mais là encore, l' on ne saurait lui supposer
une connaissance directe des auteurs cités. Il en est de même pour Hésiode,
Hérodote , Isocrate , Apollodore , Cicéron , Horace, Strabon , Diodore et Plutarque,
dont l'æuvre, sans constituer une source directe d ' Aristide d 'Athènes, aurait fait
partie du fonds culturel commun en cours à son époque et aurait par conséquent
marqué AA. Il s 'ensuit que celle -ci s'inscrit parfaitement dans la pensée du 11€
siècle , constatation confirmée par le fait que les doctrines philosophiques et
chrétiennes exprimées par Aristide d 'Athènes se retrouvent dans l'euvre
d'apologistes tels que Justin , Théophile, Athénagore d'Athènes et Tatien , aussi
bien que dans celle d 'autres auteurs contemporains comme Polycarpe, Juvénal,
Sextus Empiricus et Clément d 'Alexandrie . Pour plus de détails sur la doctrine,
cf. 177 W . Den Boer, « Hermeneutic problems in early christian literature » ,
VChr 1 , 1947, p . 150 - 167 (pour AA , voir surtout p . 155 -158 : Earliest opinions
on the interpretation of pagan tradition : Aristides and Tatian . The technical
expressions QUOLXÓç and puOLXÁTepov) ; 178 J. Pépin ,Mythe et allégorie. Les
origines grecques et les contestations judéo -chrétiennes, « nouvelle édition ,
revue et augmentée » , Paris 1976 , p.410 -412 ; Alpigiano 118 , p . 129- 184 ;
179 A . Wartelle , « Sur le vocabulaire du sacré chez les pères apologistes grecs» ,
REG 102, 1989, p.40-57.
Tradition arménienne de l'Apologie. Traduction française des fragments
arméniens, avec étude introductive, donnée par 180 L . Gautier, « Un fragment de
l'Apologie d 'Aristide retrouvé dans une traduction arménienne» , RThPh 12,
1879 , p. 78 -82. Traduction italienne donnée par Alpigiano 118 , p. 185-188.
Études d 'orientation sur l'Apologie. 181 G . Bareille , art. « Aristide» , DTC
I 2 , 1909, réimpr. 1937, col. 1864- 1867; Alpigiano 118 ; Pitts 90, p . 249-250.
TONI BRÄM .
84 BARȘAUMA DE QARDOU
12a BARŞAUMA DE QARDOU VI
Évêque de Qardou (la Topồunvý des géographes grecs, act. région de Cizre ,
rive orientale du Tigre, Kurdistan turc) et, à ce titre , signataire du synode du
catholicos Joseph en 554 (Synodicon Orientale, p.336 Chabot). Selon la Chro
nique de Séert, c 'est auprès de lui que « Kisrā Anūširwān (Chosroès [ - C 113 ],
durant son séjour dans la région (= à l'occasion de la seconde guerre contre
Justinien ) a appris, dit-on , la philosophie » (II 24 ; PO VII, p. 147) ; il fit partie
ensuite d 'une délégation de Maîtres (ar. malāfana = syr. malpânē, titre hono
rifique nestorien ) envoyés par Chosroès à Justinien (Chronique de Séert II 33 ,
p . 187 ; étude de ce passage dans L . Sako, Le rôle de la hiérarchie syriaque
orientale dans les rapports diplomatiques entre la Perse et Byzance aux Ve- Vire
siècles, Paris 1986 , p. 92-95, qui place cette ambassade en 546 -547). Le fait que
la Chronique de Séert mentionne de conserve Barşaumā de Qardou et Paul le
Perse comme ayant enseigné la philosophie au Roi laisse à penser que le premier
devait avoir écrit également un traité connu de philosophie dédié à Chosroès.
MICHEL TARDIEU .
BASILEUS → PORPHYRE
13 BASILIDE (Bаolhelons) RE 2
Gnostique qui enseigna à Alexandrie sous Hadrien (117-138 ), composa des
'E &nyntixá et fut le père d 'Isidore le Gnostique.
Témoignages et fragments. La collection la plus complète avec texte partiel,
sans traduction ni commentaire , est celle de 1 A . von Harnack , Geschichte der
altchristlichen Literatur bis Eusebius, t. I, Leipzig 1893, p. 157- 161. Le texte
entier et revu , mais sans traduction ni commentaire,de sept fragments seulement
est fourni par 2 W . Völker, Quellen zur Geschichte der christlichen Gnosis,
Tübingen 1932, p . 38 -57, qui ajoute aux sept fragments les notices sur les
Basilidiens transmises par Irénée (Adv. Haer. I 24, 3- 7), l'Elenchos (VII 20-27)
et Eusebe (H . E . IV 7, 5-8).
Études d 'orientation. D 'utiles éléments bibliographiques sont fournis dans
3 E .Mühlenberg, art. « Basilides » , TRE V , 1980, p. 300- 301. - Pour s'en tenir,
dans le cadre de ce Dictionnaire, aux contributions portant sur des problèmes
d 'histoire de la philosophie , sont à signaler: la dissertation doctorale de
4 P . J. G . A . Hendrix , De Alexandrijnsche Haeresiarch Basilides. Een bijdrage
tot de geschiedenis der gnosis, Amsterdam 1926 , 127 p . (analyse de l' ensemble
des fragments et notices, qui a le mérite de placer Basilide dans le contexte de la
philosophie religieuse alexandrine). 5 H . Langerbeck, « Die Anthropologie der
alexandrinischen Gnosis . Interpretationen zu den Fragmenten des Basilides und
Valentinus und ihrer Schulen bei Clemens von Alexandrien und Origenes»
[1948 ), repris dans ses Aufsätze zur Gnosis, hrsg . von H .Dörries, Göttingen
1967, p . 38 -82 (explique les positions de Basilide en éthique et en métaphysique
dans le cadre du développement du platonisme et du stoïcisme aux fer- 11° s.).
6 G . Quispel, « L 'homme gnostique. (La doctrine de Basilide) », Eranos-Jahr
BASILIDE LE GNOSTIQUE 85
buch 16 , 1948 , publié en 1949, p. 89-139 (adaptation anglaise dans J. Campbell
[ édit.), The Mystic Vision . Papers from the Eranos Yearbooks, coll. « Bollingen
Series» XXX /6 , Princeton 1968, p .210-246, et reproduite dans G . Quispel,
Gnostic Studies, Istanbul et Leiden 1974, t. I, p. 103-133) : rattache Basilide au
moyen -platonisme et voit des parallèles avec les Oracles chaldaïques (théorie de
la triple filialité ). Pour 7 H . A . Wolfson , « Negative attributes in the Church
Fathers and the Gnostic Basilides » (1957), reproduit dans ses Studies in the
History of Philosophy and Religion , edd. I. Twersky et G . H . Williams,
Cambridge (Mass.) 1973, p . 131-142, les positions de Basilide en théologie
négative seraient déterminées par des considérations de logique aristotélicienne.
Selon 8 W . Foerster, « Das System des Basilides» , NTS 9, 1962- 1963, p. 233
255, les fragments éthiques de Basilide prônant la bonté de la Providence et la
liberté des actes humains dans le cadre d'une harmonisation entre philosophie
grecque et gnose chrétienne, les doctrines attribuées à Basilide par Clément et
autres sur la préexistence des âmes, la réincarnation, la divinisation du diable, le
déterminisme et le libertinisme sont des conclusions malveillantes des auteurs
chrétiens. Le point de vue de Quispel 6 est repris et développé par 9 H .J.
Krämer, Der Ursprung der Geistmetaphysik . Untersuchungen zur Geschichte
des Platonismus zwischen Platon und Plotin , Amsterdam 1964, 2e éd. 1967,
p. 234 -238 . Le point de vue de Wolfson 7 est rejeté par 10 J. Whittaker,
« Basilides on the Ineffability of God » , HTHR 62, 1969,p . 367-371, repris dans
ses Studies in Platonism and Patristic Thought, London 1984 , n° X .
11 P .Nautin , « Les fragments de Basilide sur la souffrance et leur interprétation
par Clément d'Alexandrie et Origène» , dansMélanges d 'histoire des religions
offerts à H .- Ch. Puech , Paris 1974, p. 392 -403, prolonge l'étude de Foerster 8 en
signalant que le témoignage d 'Origène sur Basilide dans ses Commentaires de
Matthieu etde l'Épître aux Romains dépend de la conclusion arbitraire (inutilité
du martyre pour l'expiation des péchés) que Clément tire du fragment cité en
Stromates IV 81-83 (fr. 3 Völker). Les présupposés psychologiques de la théorie
éthique de Basilide ont été l'objet d'un examen extrêmement fouillé de la part
de 12 A . Orbe , « Los " apéndices” de Basílides. (Un capítulo de filosofía
gnóstica )» , Gregorianum 57, 1976 , p . 81- 107, 251-284. Alors que pour
13 M . Jufresa, « Basilides, a path to Plotinus» , VChr 35, 1981, p. 1-15, le Dieu
de Basilide s'avère un précurseur de l’Un plotinien, 14 R . Mortley, From Word
to Silence, Bonn 1986, t. I, p. 157-158, et t. II, p . 28 -29, situe le transcen
dantalisme de Basilide sur la non -existence de Dieu dans le droit fil de la
sixième hypothèse du Parménide de Platon .
Source biographique et datation . Selon les Acta Archelai (67, 4 ; fr. 1
Völker), Basilide apparaît non longo post nostrorum apostolorum tempore.
Cette datation est à préciser par les données des Tables chronologiques d'Eusébe
et du Chronicon de Jérôme, lesquelles fixent le séjour de Basilide à Alexandrie
dans la dix - septième année d 'Hadrien (p . 201 a Helm ), c 'est- à -dire en 133, la
même année où commence en Palestine la révolte de Bar Kokhba (p . 201 b
Helm ; Jérôme, De vir. inl. 21) . La reconstitution de l'histoire ecclésiastique des
IDE E NOSTIQUE
86 BASIL L G
hérésies chez Clément d ' Alexandrie place Basilide « parmi ceux qui sont
apparus au temps de l'empereur Hadrien et qui sont parvenus jusqu ' à l'âge
d 'Antonin le Pieux » (Strom . VII 106, 4 ). Autrement dit, l'activité de Basilide à
Alexandrie prend fin lorsque commence à Rome celle de Valentin et de Cerdon ,
le « maître » de Marcion , dans la troisième année d 'Antonin le Pieux ( p. 202c
Helm ), c'est-à -dire en 140.Un tel synchronisme pourraitrépondre , de la part de
l'historiographie ecclésiastique, au souci d 'établir une continuité dans la
succession des hérésies. Rien n ' autorise cependant à faire descendre l'activité de
Basilide jusqu'à l'extrême fin du règne d 'Antonin ( 160- 161) .
Le lieu d'origine et de formation de Basilide reste inconnu. Qu'il ait été élève
de Ménandre à Antioche de Syrie et condisciple (ovoyohaoths) de Sator
ninos/Satornilos (Eusèbe, H . E. IV 7 , 3 -4 ; Épiphane, Pan. XXIV 1, 5-6 ) est une
opinion théologique d 'hérésiologues s'efforçant de construire une filiation
d 'hérésies se rattachant par Simon le Magicien aux temps apostoliques. De la
même façon, l'affirmation des Acta Archelai, selon laquelle Basilide aurait été
praedicator apud Persas (67, 4 ; fr. 1 Völker), semble bien n 'être qu'une
déduction arbitraire de l'auteur de cette compilation antimanichéenne, soucieux
de situer le prophète iranien, Mani, dans la mouvance des hérésies chrétiennes.
Enfin , que Basilide ait fréquenté à Alexandrie une colonie de marchands indiens
qui lui auraient enseigné les principes du bouddhisme (ainsi 15 J. Kennedy,
« Buddhist Gnosticism , the System of Basilides» , JRAS 1902, p . 377 -415 ) reste
une hypothèse gratuite . Les prétendues obscurités de Basilide, dans lesquelles
Kennedy voit une influence indienne, peuvent s'expliquer à moindres frais par le
contexte philosophique grec local. D 'autre part, les témoignages épigraphiques
de la présence de marchands indiens, au ir siècle, sur le sol égyptien concernent
Leukos Limên , act. Qusayr al-Qadim , sur la côte de la mer Rouge, et non pas
Alexandrie .
Les sources patristiques sont unanimes sur trois détails biographiques: Basi
lide était chrétien, il exerça l'essentiel de son activité à Alexandrie sous Hadrien ,
ileut un fils qui s'appelait Isidore et qui fut son disciple (Clément, Strom . VI 53,
2 ; Elenchos VII 20 , 1) .
Basilide est le premier intellectuel chrétien connu de l'histoire de l'Église
d ' Égypte. Il s'efforça de réfléchir à sa croyance en philosophe et en théologien ;
et, cas qui n 'est pas fréquent dans l'histoire de cette Église, il mena cette
réflexion sans vouer aux gémonies qui que ce soit. Pour l'historien du gnosti
cisme, il représente le premier gnostique ayant une réalité historique et littéraire
discernable. C' est dans cette perspective qu'il convient de comprendre la remar
que lapidaire du Chronicon de Jérôme (p . 2010 Helm ), considérant Basilide
comme point de départ historiquement repérable du gnosticisme: A quo
Gnostici.
Titres attestés. De l'œuvre écrite de Basilide, ne subsiste qu 'un seul titre qui
soit étayé par des fragments : les ’EENyntixá. Ceux-ci comportaient au moins 24
livres, selon Agrippa Castor, Κατά Βασιλείδου έλεγχος, refutation perdue
BASILIDE LEGNOSTIQUE 87
mais connue d 'Eusebe ( H . E . IV 7 , 6 -7 ). Le titre de cette æuvre s' explique par le
fait que Basilide y exposait son système sous forme de commentaires d 'Écritures
sacrées, qu 'il s'agisse principalement de versets bibliques et évangéliques, ou
qu ' il s'agisse aussi de óyou anóxpupoi, soit mis sous le nom d'apôtres comme
Glaukias, « interprète de Pierre » (Clément, Strom . VII 106 , 4 ) et Matthias
(Elenchos VII 20, 1), disciple de Jésus et remplaçant Judas au sein des Douze,
soit attribuées à des « prophètes » fictifs comme Barkabba et Barkôph (Agrippa
Castor ap. Eusébe, H . E . IV 7, 7 ; Jérôme, De vir. inl. 21 ; les étymologies par
des appellatifs qu 'Épiphane, Pan . XXVI 2 , 2, donne du premier de ces noms
propres sont fausses).
Les fragments qui subsistent de cette æuvre dans les Acta Archelai (fr. 1
Völker) et Clément (fr. 2 et 4 Völker) nementionnent aucun nom de philosophe.
La dérivation de Basilide par rapport à Aristote , que présente la notice de
l' Elenchos (VII 14 ), est une extrapolation hérésiologique fondée sur le fait que
le Stagirite était cité et mis à profit dans les Exegetica de Basilide, comme il
l'est dans les Exegetica de son fils Isidore (voir infra ). En conséquence,
l'Aristote cité et paraphrasé dans Elenchos VII 15 -19 pourrait provenir non de
l'hérésiologue, mais, comme l'a signalé sur la base de correspondances litté
raires 16 M . Marcovich (Hippolytus. Refutatio omnium haeresium , coll. PTS 25 ,
Berlin /New York 1986 , p. 24 , et 17 Id., « New Gnostic Texts » , dans ses Studies
in Graeco -Roman Religions and Gnosticism , Leiden 1988 , p . 131-133), « d 'un
traité de Basilide » lui-même, c' est-à -dire, à mon avis, d 'une doxographie
interne à l'un des livres des Exegetica.
(Sur le témoignage de l'Elenchos, voir l' étude récente de J. Mansfeld ,
Heresiography in context. Hippolytus ' Elenchos as a source for Greek philo
sophy, coll. « Philosophia Antiqua» 56 , Leiden 1992. T. D.]
Ces Exegetica de Basilide constituent l'œuvre unique de Basilide, car les
autres titres qui lui sont attribués,mais qui ne sont pas étayés de fragments,
paraissent relever de l'imagination malveillante des hérésiologues.
Ainsi, le nouus psalmorum liber dont parle le Fragmentum Muratorianum
( fin ire s., ou début lire s.) à propos de Basilide, mais aussi de Valentin , de
Marcion et des Montanistes (lignes 82 -84 ), semble bien n 'être qu 'une extra
polation hérésiologique d 'un fait littéraire concernant Valentin seul. La même
constatation vaut pour les wdai Baolheídou dont il est question chez Origène,
In Job XXI 11 ap. Pitra , Analecta Sacra, t. II, p . 368 ; elles aussi sont
mentionnées à côté des paruol Oủarevtívov .
Quant à l'Eủayyéniov xatd Baoleiðnv, qui figure à la suite d'une liste
d' évangiles apocryphes chez Origène, In Lucam I 2, il n 'a jamais existé ni sous
cet intitulé ni comme recension évangélique que commenteraient les Exegetica ,
ainsi que l'a montré en dernier lieu 18 P.Nautin , AEHE, ve sect. 84, 1975- 1976,
p . 311-312 .
De l'œuvre d ' Isidore, fils et disciple de Basilide, trois titres sont attestés et
illustrés par des fragments :
88 BASIL L G
IDE E NOSTIQUE
(1) Les 'EENyntixà ToŨ nepoońtov Tapxáp, qui comprenaient au moins
deux livres et dont trois fragments sont cités par Clément, Strom . VI 53, 2 -5 (fr.
6 Völker). Le « prophète Parkhôr» représente la figure du « vrai» philosophe,
c'est-à-dire du gnostique, ayant obtenu des révélations directes, à la différence
des philosophes grecs censés n 'avoir fait que des emprunts à des révélations déjà
écrites.
(2) Un traité lepì tpoopvoŨC Quxñs, dont un fragment est cité par Clément,
Strom . II 113 ,3 - 114 , 1 (= fr. 5 Völker).
(3) Des 'HOixá , dont plusieurs fragments sont transmis par Clément, Strom .
III 1, 1 - 3, 2 (= fr. 7 Völker), qu'Épiphane, Pan. XXXII 4 , 4 -9, recopie comme
matériaux destinés à grossir artificiellement sa notice sur les disciples de
Sekundos et dontil change l'intitulé en MapaLVÉDELÇ/Tlapalvetixá.
Les seuls philosophes mentionnés dans les fragments subsistants des Exege
tica d'Isidore sont, dans le livre I, Socrate et Aristote , à propos de la doctrine du
savoir prophétique (nipoontixòv uáоnua ) et du rôle du daimôn intérieur;
source : Aristote, fr. 193 Rose, fragment que l'éditeur rattache au lepi tõv
Πυθαγορείων, mais que L . Alfonsi prefere faire dépendre du Περί φιλοσοφίας
( 19 L. Alfonsi,« Intorno alle Menippee di Varrone», RFIC 30 , 1952, p.23 n. 3).
[Le fragment a été récemment attribué au Ipoc toùç Mudayopelouç d'Aristote par Gigon
(fr. 176 ). T. D.)
Le livre II des Exegetica d 'Isidore polémiquait contre ceux qui se targuent de
philosopher, tel Depexúóns qui « théologise en allégorisant» , c'est-à-dire
Phérécyde de Syros, dit le Théologien , auteur de l’' Entauuyos. Selon Isidore ,
Phérécyde aurait emprunté son υπόθεσις a la prophetie de Cham (ή του Χάμ
Tipoońtela ), fragment partiellement intégré dans DK 7 B 2 (t. I, p .47, 17-20).
Survie de l'auvre et école. Il ne semble pas que l'æuvre écrite de Basilide et
d 'Isidore ait survécu au -delà du IIIe siècle .
Elle fut connue de façon directe par Agrippa Castôr, son plus ancien témoin
(ca 150 ), par Clément d 'Alexandrie et par l'auteur de l'Elenchos. Le caractère
authentiquement basilidien de la documentation utilisée par ce dernier, long
temps contesté (20 A . Hilgenfeld , Die Ketzergeschichte des Urchristentums,
Leipzig 1884, p . 195 -230 ; 21 E . de Faye, Gnostiques et gnosticisme, 2e éd.,
Paris 1925, p. 39-56 , 227-237 ; 21 R . McL . Wilson , The Gnostic Problem ,
London 1958, p. 123- 127), est largement admis aujourd 'hui (Hendrix 4 ;
22 G . Bardy, art. « Basilide » , DHGE VI, 1932, col. 1169- 1175 ; Quispel 6 ;
23 J. H . Waszink , art. « Basilides» , RAC I, 1950 , col. 1217 - 1125 ; Foerster 8 ;
Mühlenberg 3 , p . 296 -300 ; Marcovich 16 et 17 ; bibliographie complémentaire
dans 25 W . D . Hauschild , « Christologie und Humanismus bei dem “Gnostiker"
Basilides » ,ZNW 68, 1977, p.67 n . 2).
L 'euvre écrite elle-même de Basilide et d' Isidore reste inconnue d'Origène,
qui n'ajoute rien à ce que l'on sait déjà par Clément et l'Elenchos; le fr. 3
Völker (= In Ep . ad Romanos V 1) n 'est pas un fragment de Basilide, mais un
commentaire d 'une citation de Basilide lue par Origène chez Clément (Nautin
BASILIDE LE GNOSTIQUE 89
11, p . 402 -403 ) . C ' est pareillementde façon indirecte, c 'est-à -dire par un canal
hérésiologique qui a pu être l'” Enerxoç d’Agrippa Castor, qu’un fragment du
livre XIII des Exegetica de Basilide (= fr. 1 Völker) est parvenu , au milieu du
IVe siècle , à l' auteur de la compilation antimanichéenne des Acta Archelai. A la
différence de l'ouvre du Syrien Bardesane (154 -222), qui est parvenue aux
auteurs syriaques et arabes, celle de Basilide ne semble pas avoir franchi le bord
oriental de la Méditerranée, mais elle est connue à Rome au III° siècle .
Plus surprenant, en Égypte même et dans le milieu gnostique, l'œuvre écrite
de Basilide et d' Isidore semble bien n 'être plus connue au IVe siècle , du moins
chez les gnostiques dont les productions littéraires, traduites en copte , sont arri
vées jusqu 'à nous par les hasards du marché des antiquités. Les collections de
textes gnostiques coptes ne transmettent que des traités anonymes, qui ne reven
diquent jamais comme leur ni n 'évoquent comme autorité scripturaire aucun
gnostique historique connu par ailleurs. L 'unique mention de Basilide et de son
fils Isidore, que l'on trouve dans les papyrus gnostiques coptes dits de Nag
Hammādi (Témoignage de vérité, NHC IX 3 , p . 57, 6 - 12 ; état de la question sur
ce passage dans 26 Cl. Scholten, Martyrium und Sophiamythos im Gnostizismus
nach den Texten von Nag Hammadi, Münster Westfalen 1987, p. 113 n . 97), est
négative , intervenant dans un exposé polémique où des noms d 'hérésiarques
(Simon, Valentin, Basilide, Isidore ) font figure d'épouvantails du passé .
Toutefois , la même collection de papyrus coptes, qui contient trois codices
“ valentiniens” (I, XI, XII) , renferme également un codex d 'écrits (VII)
identifiables comme " basilidiens" : 27 M . Tardieu, « Le codex VII » , AEHE, ve
sect. 94, 1985 -1986 , p . 465 -466 ; 28 Id., « Commémoration gnostique de Sem »,
dans Ph . Gignoux (édit.), La Commémoration, Paris 1988, p . 219-223 ; 29 Id.,
« Hérésiographie de l'Apocalypse de Pierre» , dans Histoire et conscience
historique dans les civilisations du Proche-Orient ancien , Leuven 1989, p . 33
39 . Dans le cadre de tels regroupements, qui semblent bien hérésiologiques et
imputablesmoins aux pachômiens de l'endroit qu'à d'autres moines ayant vécu
sur le site , hétérodoxes et plus instruits que les précédents, le codex VII s'avère
un témoin de la survivance d 'un courant de pensée se réclamant de la tradition
de l'antique hérésiarque. Épiphane de Salamine, qui vit en Égypte à l'époque où
sont fabriqués les codices de Nag Hammādi et qui est l'expert que l'on sait en
matière de sectes, signale (Pan. XXIV 1, 4 ) que l'hérésie de Basilide « garde
toute sa force mêmejusqu'à présent» (xaieic devpo axuá covoa ).
A cette École , non de Basilide mais dans la tradition de Basilide, sont à
rattacher le contenu des notices hérésiologiques qui dépendent du EÚvtayua
(perdu ) de Justin , donc celle d ' Irénée I 24, 3 -7 . La pensée s'y trouve reformulée
en fonction du modèle valentinien, et elles font état de pratiques incantatoires à
la façon des astrologues. Agrippa Castör (ap. Eusèbe, H . E . IV 7 , 7) signale
seulement comme coutume propre aux disciples mêmes de Basilide un silence
pythagoricien de cinq années, et Clément (Strom . I 146 , 1), une célébration de
vigiles pour la fête conjointe de la naissance et du baptême de Jésus le 6 janvier.
MICHEL TARDIEU .
E POLIS
90 BASILID DE SCYTHO
14 BASILIDE DE SCYTHOPOLIS RE 8 PIR2 B 62 DM II
Philosophe stoïcien (?).
Basilide de Scythopolis (Beth -Shan , en Palestine) est cité dans deux listes de
philosophes qui ont vécu sous Antonin le Pieux et formé le futur empereur
Marc-Aurèle . La Chronique d 'Eusébe- Jérôme, pour la deuxième année de la
232e Olympiade ( 150P), indique: Apollonius Stoicus natione Chalcidicus (lire
Chalcedonius) et Basilides Scythopolitanus philosophi inlustres habentur, qui
uerissimiquoque Caesaris praeceptores fuerunt (éd . R .Helm , Eusebius Werke? ,
t. VII, Berlin 1956 , p . 203). Georges le Syncelle , dans sa Chronographie (éd .
A . A . Mosshammer, coll. BT, Leipzig 1984, t. I, p . 429), pour la même époque à
peu près ,note : « Maximede Tyr; Apollonius de Chalcédoine, stoïcien ; Basilide
de Scythopolis : ceux -ci ont été aussi les maîtres du Verissimus Caesar» .
Basilide ne paraît cité nipar Fronton niparMarc-Aurèle.
Rien n 'autorise à identifier le maître de Marc -Aurèle au gnostique Basilide
(- B 13), dont le lieu de naissance est inconnu , même si les deux philosophes
sont contemporains et ont pu étudier en Samarie et/ou en Syrie (Antioche ?).
Discutant des rapports entre le signe et l'énoncé, Sextus Empiricus, Adv.
math . VIII 258, écrit : «Nous voyons que certains ont supprimé l'existence des
énoncés (dextőv), et non seulement les adeptes d 'une autre doctrine, comme les
épicuriens, mais aussi les stoïciens, par exemple Basilide, qui a jugé que “ rien
n 'est incorporel" (undèv elval áobuatov ) » . Il est impossible de dire si cette
notice concerne notre Basilide ou l'homonyme du IT s. av. J.-C . (-- B 15).
Cf. H .von Arnim , art. « Basileides » 8 ,RE III 1, 1897, col.46 ; A . Stein, PIR ?
B 62, p . 355. SIMONE FOLLET.
15 BASILIDE DU PIRÉE (Basileidès) RE 7 М Іга
Comme une bonne partie de l'école stoïcienne d 'Athènes (» A 205, 250 et
455), Basileidès du Pirée fut au nombre des hiéropes qui participèrent à la
célébration solennelle des Ptolemaia vers 148 (IG II 1938 ; sur la date, voir
T . Dorandi, « Contributo epigrafico alla cronologia di Panezio » , ZPE 79, 1989,
p . 87- 92 , repris dans Ricerche sulla cronologia dei filosofi ellenistici, coll.
« Beiträge zur Altertumskunde » 19, Stuttgart 1991, p . 35 -42). Il est mentionné
dans l'Epitome Laertiana entre Nestor et Dardanus (cf. T . Dorandi, « Consi
derazioni sull'index locupletior di Diogene Laerzio » , Prometheus 18 , 1992,
p . 121- 126 ). Peut-être est-ce lui qu 'il faut reconnaître dans le fragmentde Sextus
Empiricus, Adv. Math . VIII 258 , mentionnant oi Etwixol, os oi trepi tov
Baodeiony, ots £8o unoèv elval koguatov (voir cependant la notice
précédente). Il n 'y a aucune raison, en revanche, de l'identifier au poète comi
que athénien de même nom cité dans une inscription de Delphes (FD III 2 , 47).
Son démotique ne prouve pas qu 'il ait été Athénien d'origine : ses contem
porains Antipatros de Tarse , Apollodore de Séleucie et Asclépiodote de Nicée
avaient tous été inscrits également dans le dème du Pirée (» A 205 , 250 et 455).
BERNADETTE PUECH .
BASSOS POLYAINOS (T. AVIANIUS - )
BASILDE LE SYRIEN RE 6 ca 245-175
Épicurien , quatrième scholarque du Jardin , successeur de Dionysios de
Lamptres (- D 181). Il assuma le scholarcat en 201/0 sous l'archontat d 'Isocrate
(Philodème, PHerc. 1780, fr. 7m 15-17 et D . L . X 25 . Cf. 1 Chr. Habicht,
Studien zur Geschichte Athens in hellenistischer Zeit, Göttingen 1982, p . 163
165). Sur la base de ce renseignement, il est possible de fixer approxima
tivement ses limites chronologiques : naissance en 245 environ ; scholarcat de
20170 à 175 environ, année de sa mort. 2 W . Crönert, Kolotes und Menedemos,
P . 88 , avait au contraire situé son acmè en 180 - 150 , en se fondant sur le fait que
Basilide est cité par Hypsicles dans la préface au quatorzième livre des Éléments
d'Euclide (cf. 3 T . Dorandi, Cronologia , p. 49-51, avec la bibliographie signa
lée . Pour PHerc. 1780, voir 4 A . Tepedino Guerra , CronErc 10 , 1980, p. 17-24).
De Basilide nous savons seulement qu 'il étudia les mathématiques et qu 'il fut
l'ami du père de l'astronome Hypsiclès ; il avait eu avec lui une longue discus
sion à Alexandrie à propos d 'un écritmathématique d 'Apollonios de Pergé ( cf.
Hypsiclès (Eucl. XIV ), vol. V , p . 2 , 1 - 4 , 4 Heiberg = vol. V 1 , p . 1, 1 - 2 ,6
Stamatis, et 5 P . M . Fraser, Ptolemaic Alexandria , Oxford 1972, t. I, p . 424 ; t. II,
p . 612-613 , n . 380 - 381). Il était intervenu avec un autre épicurien, Thespis, dans
un débat sur la colère en attaquant les positions de Nicasicratès et de
Timasagoras (Philodème, De ira, col. 5, 17 -25 ; cf. 6 G . Indelli (édit.), Filodemo,
L 'ira, Napoli 1988, p. 149-151) . Dans la Vita Philonidis (PHerc. 1044, fr. 11), il
est cité avec Thespis commemaître de Philonidès (sur ce passage difficile, voir
en dernier lieu : 7 T. Dorandi, ZPE 45, 1982, p . 50 -52, et contra 8 I. Gallo , ibid.,
51, 1983, p. 51 -54 ). On peut considérer comme hasardeuse l'hypothèse de
Crönert 2, p . 88 , qui en fait un des maîtres épicuriens de Métrodore de Strato
nicée avant son passage à l'école de Carneade, en se fondant sur la restitution de
son nom dans l’ Ind. Acad. Herc. de Philodème, col. 24 , 12 - 16 : 12 Baol
hel]dous à la place du Aloyév]ouc de Bücheler, repris par Mekler et confirmé,
apparemment, par la relecture du papyrus : Aloyé ]youç. Cf. 9 T. Dorandi,« Filo
demo e l' Academia Nuova (PHerc. 1021, XVIII-XXVI) » , CronErc 17, 1987,
p . 129 n . 79. Les témoignages sur Basilide ont été rassemblés et étudiés par
Crönert 2 , p . 87-89.
TIZIANO DORANDI.
17 BASSOS POLYAINOS (T. AVIANIUS -) Mou F II
On a conservé la dédicace de la statue élevée à ce philosophe stoïcien dans sa
patrie d 'Hadrianoi : cf. E . Schwertheim , Die Inschriften von Hadrianoi, coll. IK
33, Bonn 1987, nº 52, p .43-44. Elle avait été financée par son amile philosophe
Avianius Apollonios (> A 273). A une époque voisine, un T . Avianius Arrianos
élève dans la même ville la statue d 'un philosophe P . Avianius Valerius, fils de
Lysimachos. On aimerait pouvoir situer l' introduction dans la petite cité
mysienne de ce cognomen Avianius, si présent, apparemment, dans les milieux
philosophiques d 'Hadrianoi, et par ailleurs si rare en pays grec.
BERNADETTE PUECH .
BASSUS (AUFIDIUS - )
18 BASSUS (AUFIDIUS -) RE 15 PIR2 A 1381 DMI
Historien qui vécut au le siècle .
Cf. 1 P. von Rohden , art. « Aufidius » 15 , RE II 2, 1896 , col. 2290 -2291 ;
2C .J. Castner, Prosopography of the Roman Epicureans, Frankfurt 1988, p. 12
15 .
Il meurt sous le règne de Néron (cf. Sénèque, Epist. 30 ) sans que l'on puisse
apporter d'autres précisions.Nous savons seulement par Quintilien (Inst. Orat.
X 1, 102-103) qu'il était un peu plus âgé qu'un autre historien de cette période :
Servilius Nonianus, consul en 35 etmort en 59. Aufidius Bassus avait écrit deux
æuvres importantes, fréquemment utilisées par ses successeurs, en particulier
Tacite : une monographie des guerres de Germanie ,menées par Tibère et Ger
manicus (cf. 3 R . Syme, Tacitus, Oxford 1958, Ap. 38, p.697) et des Historiae
plus amples, continuées ultérieurement par Pline l’Ancien dans ses 31 livres a
fine Aufidii Bassi (cf. N. H . Praef. 20 ; Pline le Jeune, Epist. III 5, 6 ), mais les
limites chronologiques de l’æuvre sont elles-mêmes discutées (Syme 3 , p. 698
699, et 4 J. Wilkes, « Julio -Claudian Historians » , CWO 65 , 1972, p. 192 , qui
suggère avec de bons arguments que l'ouvrage s'arrêtait sous le règne de
Tibère ). De ces écrits ne subsiste pratiquement rien . Sénèque le Rhéteur cite
dans ses Suasoriae quelques extraits concernant la mort de Cicéron , mais qui
font sans doute partie d 'æuvres d 'une autre nature (cf.Wilkes 3, p . 197).
Il faut peut- être identifier cet historien (Syme 3, p.274 ) avec L . Aufidius
Bassus, auteur d 'une dédicace à Esculape et à Valetudo à Athènes (ILS 3832) .
Sénèque lui-même a rappelé sa santé fragile et décrit son affaiblissement dans
ses dernières années (Epist. 30 , 1) . Il a insisté sur sa sérénité et son courage dans
cette situation . Cette sérénité est l'æuvre de la philosophie , comme l'indique
Sénèque lui-même (§ 3). Plus précisément Aufidius Bassus doit être considéré
comme un épicurien , un de ceux qui suivent les préceptes d'Épicure (§ 14) en
rappelant que la mort n 'est pas un mal qu 'il faut redouter,mais un état qui nous
rend insensibles ($ 6 ). En un mot, il s'exerce à mettre en pratique les conseils
donnés par les philosophes du Jardin .
MICHÈLE DUCOS.
19 BASSUS cf. RE Iulius 122 I?
Médecin , désigné comme stoïcien par Galien qui lui attribue une recette
pharmaceutique (De compositione medicamentorum per genera, t. XIII, p . 1033
Kühn ).
Dans le même ouvrage et dans le De compositione medicamentorum secundum locos, le
nom de Bassos apparaît plusieurs fois, sans que l'on puisse savoir combien de médecins
différents sont visés : un médicament appelé ’ApteuÓVLOV est attribué à Báoooc Ó Étatpos
(XII 780 ), une autre recette à un Pomponius Bassus (XII 781), d'autres encore à Bassus, sans
autre précision (XIII 60 , 1017 et 1018 ).
M . Wellmann, art. « Iulius» (Bassus)» 122, RE X 1, 1918, col. 180-181,
identifie le stoïcien Bassus au médecin asclépiade Iulius Bassus, amide Sextius
BATHYLAOS DE PAESTUM 93
Niger le jeune (début de l'ère chrétienne), connu par Pline, Dioscoride, Caelius
Aurelianus et d 'autres sourcemédicales.
Si cette identification est exacte, il faut le distinguer de Bassus (RE 34) qui
suggéra à Galien d 'écrire son lepi tõv idlwv B .bhiwv ( cf. p . 91 , 1 -2 et 92, 13
Müller).
Cf. M . Wellmann, « Sextius Niger. Eine Quellenuntersuchung zu Diosco
rides », Hermes 24 , 1889, p. 530-569, notamment p. 546.
RICHARD GOULET.
BASSUS DE CORINTHE fl.MI
Philostrate , Vita Apollonii IV 26 , rapporte qu 'Apollonios de Tyane (-- A 284),
de passage à Corinthe sept ans avant le projet de percement de l'Isthme par
Néron (ibid . IV 24), i.e. en 61, « entra en conflit » ( invéxOn) avec Bassus. Cet
individu , qui affichait une sagesse mensongère (ooplav... ÉAUTOŨ XATEVEÚ
BETO ), aurait été un parricide. Injurié par lui, Apollonios répliqua par des lettres
et des harangues. Les Lettres 36 et 37 d 'Apollonios sont adressées à Bassus.
Celui-ci, présenté comme « philosophe et agônothète des Jeux Isthmiques» , est
accusé d 'avoir empoisonné son père (Ep . 37) et tenté d 'assassiner Apollonios
par l'intermédiaire d'un certain Praxitèle de Chalcis (Ep. 36 , 60, 77). Le philo
sophe Euphratès aurait été impliqué dans l' affaire (Ep. 60). Enfin , Bassus est
montré comme un mari complaisant et un homosexuel (Ep. 36 , 74).
Cf. R . J. Penella, The Letters of Apollonius of Tyana. A critical text with
prolegomena , translation and commentary, coll. « Mnemosyne- Supplementum »
56, Leiden 1979, p . 109.
PATRICK ROBIANO.
21 BATACÈS DE NICÉE M II
Académicien , élève de Carneade, mentionné dans l'Ind. Acad. Herc. de
Philodème, col. 23, 43-44 = 32, 36 (= Carneade, T 36 13 Mette). Cf. Zeller III
1°, p . 544 n . 1 ; H . von Arnim , RE III 1, 1897, col. 114 ; W . Crönert, SPAW ,
Berlin , 1904, p .481, etKolotes und Menedemos, p . 188 (s. v.).
TIZIANO DORANDI.
22 BATHYLAOS DE PAESTUM RE 6 M VI- V
Pythagoricien ancien dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V.pyth . 36 , 267 ; p . 145, 10 Deubner. Selon D . L . VIII 83 (= DK 24 B 1) un
certain Báourros serait, avec Bro ( n ) tinos et Léon , le dédicataire du ſlepi
PÚCewç d 'Alcméon . Il s'agit vraisemblablement de la même personne.
BRUNO CENTRONE.
BATHYLLOS + BATHYLAOS
94 BATIS
23 BATIS D IIIa
Épicurienne, sæur de Métrodore et épouse d’Idoménée (cf. D .L . X
23 = Métrodore , p . 565-566 Körte = Idoménée , fr. 3 Angeli). A . Angeli, « La
scuola epicurea di Lampsaco nel PHerc. 176 (fr. 5 coll. I, IV , VIII-XXIII) » ,
CronErc 18, 1988, p . 27 -51, a démontré , de façon convaincante , qu 'une large
section de l'ouvrage anonyme conservé dans PHerc. 176 transmettait une
biographie de Batis émaillée denombreux extraits épistolaires.
Sénèque, Lettre 99 , 25 , cite en grec quelques lignes extraites de l'ouvrage
intitulé :Mntpooápov ÉtiLOTOWU OUV< aywyn > tipos thu đôenonv.
TIZIANO DORANDI.
24 BATON RE 6 IIIa
Auteur comique, élève d ' Arcésilas. La tradition a transmis les titres de quatre
A
" vopoda traverse-35).
comédies apparemment centrées sur la caricature des philosophes : Altwrós ,
'Avopogóvoc, Eủepyétai, EuveEanatõv. On possède en tout sept fragments,
connus à travers Athénée et Stobée et rassemblés dans les PCG de Kassel et
Austin (IV , p . 28 -35) . Cf. 1 1. Gallo , « Commedia e filosofia in età ellenistica :
Batone » , Vichiana 5, 1976 , p . 214 -235 = Teatro ellenistico minore, Roma 1981,
p . 15 -67. D 'un passage de Plutarque, De adul. et am . 55c ( T 3 K .- A .), on peut
déduire que Baton avait été l'élève d 'Arcesilas et qu 'il avait attaqué, dans une
comédie , le stoïcien Cléanthe : Arcésilas lui aurait interdit pour cette raison de
continuer à fréquenter son école et se serait réconcilié avec lui seulement après
que Baton eut présenté des excuses à Cléanthe. C 'est au même épisode que fait
allusion un passage de la Vie de Cléanthe dans l' Ind. Stoic . Herc. de Philodème
(PHerc. 1018 , col. 22 = T 4 K .- A .), si l'on suit l'exégèse de Gallo 1, p. 207-214
= Teatro, p . 19- 26 .
Il est plus difficile d'attribuer à une comédie de Baton l'anecdote rapportée
par D . L . IV 59 et Numénius (ap. Eusébe, P . E . XIV 7 , 1 - 13 = fr. 26 des Places
= Lacydès, T 3 Mette ) concernant lesmoqueries subies par Lacydès de la part de
ses esclaves. Cf.Gallo 1 , p .235 -238 = Teatro, p .58-62.
Les fragments conservés ne permettent d ' établir chez Baton aucune allé
geance à un système philosophique déterminé, ni à l'Académie d 'Arcésilas, ni
encore moins au Jardin d'Épicure (dont G . Kaibel, RE III 1 , 1897, col. 143,
faisait de Baton un partisan).
Il n 'y a aucune raison, à mon avis, de l'identifier avec l'historien Baton de
Sinope. Sur ce personnage, voir E . Schwartz , art. « Baton » 7 , RE III 1 , 1897,
col. 143- 144.
TIZIANO DORANDI.
25 BÉRONICIANUS DE SARDES RE 4 PLREI:2 (Veronicianus) FIV - D V
Avec Épigonos de Sparte , l'un des deux « diadoques» du philosophe néopla
tonicien Chrysanthe de Sardes (»- C 116 ). Ils marquent dans les Vies des philo
sophes et des sophistes d 'Eunape de Sardes le terme d 'une longue succession
BÉROSE DE BABYLONE 95
qui, à partir de Plotin , Porphyre et Jamblique, passait par Aidésios et Chrysanthe
pour parvenir à l' époque d 'Eunape (voir le stemma dansDPHA A 56 ). Ces deux
philosophes enseignaient à Sardes lors de la composition des Vies dans les
dernières années du IVe siècle ou les toutes premières du ve (XXIV 1 ; p . 101,
17-20 Giangrande). Eunape juge les deux personnages « dignes du nom de
philosophie » , mais ajoute que ( seul) Béronicianus « a sacrifié aux Grâces>>
(allusion littéraire déjà présente, p . 11, 6 - 7 , dans une comparaison entre
Porphyre et Jamblique et qui rappelle le jugement de Platon sur Xénocrate, par
exemple en D . L . IV 6 ] et « est capable de s'entretenir avec les hommes (ixavós
av púTOLÇ OULTETU Ćoti)» , XXIV 2 ; p. 101, 20-21, ce qui signifie sans doute
qu 'il était meilleur orateur que son collègue.
RICHARD GOULET.
26 BÉROSE DE BABYLONE RE 4 FGrHist680 IV - IIIa
Prêtre de Bel-Marduk à Babylone et historien d 'époque hellénistique (IV /III ),
connu de façon fragmentaire . Il était l'auteur de Baßuwvlaxá en trois livres
qui s ' étendaient des origines à Alexandre le Grand . Il est également connu pour
le rôle qu ' il a joué dans la diffusion de l'astrologie orientale dans le monde
hellénistique .
Cf. 1 J . Boncquet, « Berossus en de griekse geschiedschrijvers over Meso
potamie » , Kleio 10, 1980, p . 22 -28 ; 2 S . M . Burstein , The Babyloniaca of
Berossus, coll. « Sources from the Ancient Near East » I 5 ,Malibu (California )
1979 ; 3 F . Cornelius, « Berossos und die altorientalische Chronologie » , Klio 35 ,
1942, p . 1 sqq. ; 4 G . Komoroczy, « Berosos and theMesopotamian Literature» ,
AAntHung 21, 1973, p . 125-152 ; 5 A . Kuhrt, « Berossus' Babyloniaka and the
Seleucid Rule in Babylonia » , dans A . Kuhrt and S. Sherwin -White (édit.) ,
Hellenism in the East. The Interaction of Greek and non -Greek Civilizations
from Syria to Central Asia after Alexander, London 1987, p . 32-56 ; 6 C . F .
Lehmann -Haupt, «Neue Studien zu Berossos» , Klio 22, 1929, p . 125- 160 ; 7 P.
Schnabel, Berossos und die babylonisch -hellenistische Literatur, Leipzig/Berlin
1923 ; 8 E . Schwartz , art. « Berossos » 4 , RE III 1, 1897, col. 309 -316 (repris
dans Griechische Geschichtsschreiber, Leipzig 1957, p. 189 sqq.) ; 9 W . Spoerri,
art. « Beros( s)os», KP I, 1975, col. 1548.
La compilation de 10 F . Jacoby, FGrHist 680, t. III C, section V , p . 364-397,
marque un progrès substantiel par rapport aux éditions antérieures de 11 I.D .G .
Richter, Historiae quae supersunt cum commentario prolixiori de Berosi vita et
librorum eius indole , Leipzig 1825, qui inclut les fragments d ’Abydènos ; de
12 C . Müller, FHG , t. II, p. 495 -510, et de Schnabel 7, p . 250 -275, dans la
mesure où elle tente de différencier dans les témoignages et les fragments trans
mis sous le nom de Bérose une double tradition qui permettrait de distinguer
l'historien du début de l'époque hellénistique de l'astrologue, identifié par
Jacoby 10 comme étant un (Pseudo-)Bérose de Cos (FGrHist 680 F 15-22),
fondateur d 'une école d 'astrologie à Cos et cité dans la littérature technique
d' époque impériale : Pline l'Ancien, Ptolémée, Sénèque, Cléomède et Vitruve.
96 BÉROSE DE BABYLONE
Jacoby 10 assigne au (Pseudo -)Bérose la série de témoignages et de fragments qui
attribuent à ce personnage, outre le mérite d 'avoir transmis à l'Occident, à travers une école
fondée à Cos (T 5a = Vitruve, De Arch ., IX 6 , 2), la sagesse astrologique chaldéenne (cf. T3
= Flavius Josèphe, C . Ap. I 129 ; T 4 = Moïse deKhorène, Hist. Arm . I 1 ; T 5 b = Vitruve , De
Arch. IX 2, 1 = fr. 20 ; T 6 = Pline, N . H . VII 123 ; à propos d'une statue qui lui aurait été
dédiée à Athènes, voir Schwartz 8, col. 316 ), les découvertes et opinions astronomiques ou
cosmologiques suivantes (Lehmann-Haupt6, p. 158 -60 ; Kuhrt 5 , p . 36 -44 ) :
- une explication des éclipses et des phases de la lune à partir de sa nature nuinupov ; cf.
fr. 19 = Cléomède, Demot. circ. II 4 [passage d'interprétation astronomique délicate , traduit
par R . Goulet, Cléomède, Théorie élémentaire, Paris 1980, p . 156 - 157, avec commentaire ,
p . 220 -221) ; fr. 19 a = Aétius, Plac. II 25, 12 , p. 356 Diels ; fr. 19 b = id . II 28, 1, p. 358, où
sont citées les opinions parallèles d 'Anaximandre de Milet (DK 12 A 22) et de Xénophane de
Colophon (DK 21 A 43) ; fr. 19 c = id . II 29, 2, p. 359 ; fr. 20 = Vitruve, De Arch. IX 2 , 1. Sur
ces fragments, voir 13 S. Toulmin , « The Astrophysics of Berosos the Chaldean », Isis 58 ,
1967, p.65 -76 , article discuté dans Isis 59, 1968, p. 91-94, par P. Forman , J.J.D . Palgen et
A . Aaboe, avec uneréplique de S. Toulmin .
- une version des catastrophes universelles, déluge et conflagration , déterminées par les
conjonctions des astres (cf. fr . 21 = Sénèque , N . Q . III 29 , 1). Sénèque, dans le cadre de son
long récit sur les causes du déluge, fait mention de la conflagratio comme une catastrophe
parallèle et alternative dans l'histoire du monde (III Praef. 5 ; 28 , 7 : aqua et igni terrae
dominantur... ergo quandoque placuere res novae mundo sic in nos mare emittitur desuper ut
fervor ignisque cum aliud genus exitii placuit). Bérose aurait apporté la correspondance
astrologique (Schwartz 8, col. 316 ; cf. Censorinus, De die natali 18, 11). Si l'on identifie la
conflagratio de Sénèque avec l'Éxnúpwoic stoïcienne, on aurait dans le passage cité de cet
auteur la première attestation d 'une assimilation entre le déluge et la destruction cosmique par
le feu . Le feu et l'eau étaient familiers au public grec comme causes de la destruction
périodique des êtres vivants (cf. Platon, Timée 22b -e, où l'on traite justement d'une sagesse
non grecque). Les stoïciens semblent avoir maintenu la différence entre les destructions
partielles causées par le feu et par l'eau et la destruction cosmique produite par l'Extúpwolf
(Chrysippe, SVF II 1174 = Origène, Contra Celsum IV 64 ); Sénèque lui-même attribue au feu
seul la responsabilité de la catastrophe universelle (N . Q . III 13, 1 : ignis exitus mundi est),
tandis que dans les autres passagesmentionnés l'intérêt porte sur l'exitium humani generis.
Schnabel 7, p . 94-110 , fait remonter à Posidonius l'ensemble de ces traditions sur Bérose .
Jacoby 10 attribue aussi au (Pseudo -)Bérose,mais avec des réserves, les témoignages qui
en fontmention comme époux d 'Erymanthe et père de la Sibylle chaldéenne (babylonienne,
hébraïque ou égyptienne ; cf. T 7a = Pausanias, X 12 , 9 ; T 7b = Souda, s.v. « Eißula
Aendis » ; 17 c = (Pseudo -]Justin , Ad Gent. 37). Cette identification est attribuée à Alexandre
Polyhistor; cf. 14 E .Maas, De Sibyllarum indicibus, Berlin 1879, p. 18 ; 15 K . Tümpel, art.
« Bnpooog » 3 ,RE III 1, 1897, col. 309; voir, cependant, Schnabel 7, p. 87).
La figure du (Pseudo-)Bérose de Cos,à qui on n'attribue aucune auvre dans
les fragments (voir cependant le fr. 17 = Introduction anonyme aux " Phéno
mènes ” d 'Aratos, p. 142, 13 Maass, qui mentionne une Procreatio ), présente
toutes les caractéristiques d'une falsification d'époque hellénistique tardive faite
au profit d'un nom prestigieux ; voir Kuhrt 5 , p.43-44 ; cf., de plus, les figures
de Pétosiris et Néchepso . Il fautreconnaître, d'autre part, que les deux traditions
apparaissent combinées dans le cas de Flavius Josèphe, Contre Apion I 128-131
(T 3; en fait, Jacoby 10 hésite à attribuer le chapitre 129 à Bérose ), ainsi que
dans celui de Georges le Syncelle (fr. 16a). Ce fragment est spécialement remar
quable parce que c'est le seul dans lequel des intérêts astronomiques ethistorio
graphiques paraissent confluer; cf.Kuhrt 5, p. 38. Il semble que la solution du
problème consisterait à trouver un emplacement pour les fragments astro
BÉROSE DE BABYLONE
logiques à l'intérieur de l'œuvre historique, ce qui permettrait de rapporter les
deux séries d 'informations à un seul auteur et une seule æuvre ; le livre fer offri
rait l'endroit le plus indiqué, après la cosmogonie qui s'achevait avec la mise en
ordre des astres ; cf. Schwartz 8 , col. 316 ; Schnabel 7, p. 17- 19 ; Burstein 2 ,
p . 15 - 16 et 31-32. La tentative de 16 R . Drews, « The Babylonian Chronicles and
Berossus » , Iraq 37, 1975, p . 39 -55, pour insérer les fragments astronomiques
dans le plan de l’æuvre historique et les rattacher à une tradition historiogra
phiquemésopotamienne n 'a pas été acceptée par les spécialistes ; cf. 17 W . G .
Lambert, « Berossus and Babylonian Eschatology » , Iraq 38 , 1976 , p . 171-173 ;
une justification plus récente de la pertinence des fragments astronomiques dans
l'ensemble de l'euvre historique a été proposée par 18 K . Meister, Die
griechische Geschichtsschreibung. Von den Anfängen bis zum Ende des
Hellenismus, Köln 1990, p . 141. La tendance est cependant à maintenir la
distinction des deux personnages et à aborder l' étude de Bérose à partir des
fragments historiques.
Nom . Le nom mésopotamien serait Bēl- rē ’uššu , qui signifierait « Bel-Marduk
est son pasteur » ; cf. 19 C .F . Lehmann-Haupt 6 , p. 128-130 ; 20 id ., « Beros
SOS » , Reallexikon der Assyriologie II, 1937, col. 2a, et Komoroczy 4 , p. 125.
Selon 21 M . Streck , RESuppl. I, 1903, col. 249 (ajout à Schwartz 8 , col. 309,
52), la forme grecque Berosos, ou Berossos, correspondrait au babylonien
Muraššu, étymologie réfutée par Schnabel 7, p. 4-5, qui suggère une autre éty
mologie (voir p. 5). La graphie authentique en grec paraît être Bnpwooóc (dans
Eusèbe, P . E ., et Flavius Josèphe, A . J.). Les variantes qu ’offre la tradition
manuscrite , qui n 'est même pas constante chez un même auteur, sont peu signi
ficatives: Bnpwooós ( Tatien avec des variantes) Bhpwoooc (Clément
d 'Alexandrie, Georges le Syncelle avec des variantes), Búpwooc (Athénée ),
Bnpboog (Flavius Josèphe, C. Ap.).
Données biographiques. Pour la datation de cet auteur, nous disposons de
deux renseignements qui figuraient dans la préface de son æuvre : Bérose se
présentait comme contemporain d' Alexandre le Grand (cf. T 1, T 2, fr. 1) et
dédiait son æuvre à Antiochos jer Soter (281/0 -262/ 1, co -régentde Séleucos fer
depuis 294/3 ). Bérose assista, du point de vue privilégié d 'un prêtre de Marduk
( T 2 ) à Babylone, aux premières tentatives des nouveaux monarques gréco
macédoniens pour stabiliser leurs domaines et promouvoir une certaine colla
boration avec les classes influentes des pays conquis , processus auquel contribua
largement l'acceptation des traditions religieuses indigènes ; cf. Kuhrt 5 , p . 48
52 , et 22 S . Sherwin -White, « Seleucid Babylonia : a Case Study for the
Installation and Development of the Greek Rules » , dans A . Kuhrt and
S . Sherwin -White (édit.), Hellenism in the East. The Interaction of Greek and
hel anistiafter Alexander,
from lSyria
non -Greek Civilizations from l' lenAsia
imites todeCentral que et popular 64.
London
1982,
1987, p . 1-31; au sujet des limites de l'hellénisation dans le royaume des
Séleucides, cf. 23 P . Briant, « Colonisation hellénistique et populations indi
gènes. II. Renforts grecs dans les cités hellénistiques d 'Orient» , Klio 64, 1982,
p . 83-98 (repris dans Rois, tributs et paysans. Études sur les formations tribu
98 BÉROSE DE BABYLONE
taires du Moyen -Orient ancien, coll. « Annales littéraires de l'Université de
Besançon >> 269, Paris 1982, p. 263-279). Dans ce sens, déjà dans l'Antiquité on
l'associait à son contemporain Manéthon d'Égypte, auteur d'Aiyuntiaxá dédiés
à Ptolémée II Philadelphe ( cf. T 10 = FGrHist 609 T 11c ); cf. 24 P.M . Fraser ,
Ptolemaic Alexandria , Oxford 1972, t. I, p .505-506 .
uvre.
Titre: Baßuiwviaxá (cf. fr. 1a = Eusébe, Chron . (Arm .); fr. 1b = Georges le
Syncelle , Ecl. Chron . p . 28, 21 Mosshammer ; fr. 2 = Athénée XIV , 639 c ),
cuvre historique en trois livres (cf. T 2 = Tatien , Adv. Graec. 36 ) dédiée à
Antiochos jer Soter et publiée ca 275a (Lehmann -Haupt 6, p. 130 -35). Avec ce
titre Bérose fait référence à l'histoire et à la civilisation de la Mésopotamie
envisagées du point de vue de Babylone ; cf. 25 R . Drews, « Assyria in Classical
Universal Histories» , Historia 14, 1965 , p . 129- 142, notamment p . 130 -131.
Pour une évaluation de l'ouvrage dans le cadre des sources classiques sur la
Mésopotamie, voir Boncquet 1 et 26 A . Kuhrt, « Assyrian and Babylonian
Traditions in Classical Authors: a Critical Survey » , dans H . J. Nissen et
J.Renger (édit.), Mesopotamien und seine Nachbarn , t. II, Berlin 1983, p . 539
554.
L 'ouvrage est également présenté sous d 'autres titres: Xardaïxal iotopíal (cf. fr. 8a
= Flavius Josèphe, A . J. X 219), ' lotopía tõv Xandalwv (T 2 = fr. 8 b = Tatien, Adv. Graec.,
36 ) ; Xarbaïxen åpxatologia ( T 86 = Georges le Syncelle , Ecl. Chron. p. 14 , 26
Mosshammer ), Xardaïxá (T 8 a = Flavius Josèphe, A .J. I 107 ; fr. 8 a = Flavius Josèphe
C . Ap. I 142 ; fr. 11 = Clément d ' Alexandrie , Protr. I 65, 3); ces diverses sources, à
l' exception de Tatien , semblent dépendre de la diffusion de l’æuvre d 'Alexandre Polyhistor.
Structure :
- Livre 1 : préface avec la dédicace, des informations biographiques et des
références aux sources. Section géographique. Aux origines de la civilisation on
trouve l' énigmatique figure d'Oannès, monstrueuse créature au corps de poisson
avec une tête et des jambes humaines ; il fait connaître aux hommes tous les
éléments de la culture une fois pour toutes, ainsi que les origines du monde sous
la forme d'un écrit d 'Oannès lui-même que Bérose cite : un premier état où tout
est eau, où les créatures monstrueuses naissent, est suivi d 'un ordre instauré par
Bèlos, qui divise le corps de Talat (qui gouverne sur les eaux originaires) en
deux, ciel et terre, crée leshommes et dispose en ordre les astres (fr. 1).
- Livre 2 : liste des dix premiers rois et des monstres ichtyformes qui conti
nuent à apparaître de façon intermittente (fr. 3). Déluge (fr. 4). Rois et dynasties
jusqu 'à Nabonasar au VIIIe siècle (747-734 ; cf. fr. 5 et fr. 16 a ).
- Livre 3 : domination assyrienne (fr. 7 ), empire néo-babylonien (fr. 8 ) et
domination perse jusqu'à Alexandre le Grand (fr. 9-11).
Transmission .Notre connaissance de l'euvre de Bérose est entravée par le
fait qu'il n' en reste plus que des fragments qui, de plus, ne nous sont parvenus
qu'à travers de nombreux intermédiaires. La grande majorité des fragments
historiques provientde deux auteurs :
BÉROSE DE BABYLONE 99
- la Chronique d'Eusébe de Césarée, æuvre qui, à son tour, nécessite une
reconstruction complexe ; cf. 27 A . A .Mosshammer , The Chronicle of Eusebius
and Greek Chronographic Tradition , London 1979, p . 29-83. Les passages
pertinents pour Bérose nous ont été transmis seulement en version arménienne
(Eusebius, Werke, t. V : Die Chronik aus dem Armenischen übersetzt mit
textkritischem Commentar von J. Karst, coll. GCS 20 , Leipzig 1911), dont le
texte peut être vérifié par une comparaison avec des sections de l'Ecloga
Chronographica de Georges le Syncelle, lequel a connu Eusébe par l'intermé
diaire de Panodoros; cf. Mosshammer 27, p. 77-78. Eusèbe, pour sa part, ne
consulte Bérose qu 'à travers les Xardaixa d'Alexandre Polyhistor (- A 118 )
= FGrHist 273 F 79-81, et peut- être ne connaît-il ce dernier, si l'on en croit
Müller 12, p . 496 , qu’à travers Jules l’Africain (contra, Schnabel 7 , p . 154 -155 ;
cf. fr. 8c = Eusèbe, P . E. X 10, 3 ). Le titre Xardaïxá choisi par Alexandre pour
son ouvrage sur les monarchies orientales répond à l'intérêt ressenti à l'époque
hellénistique tardive et romaine pour les “ Chaldéens” , dans le sens spécifique,
déjà attesté chez Hérodote (I 181 et 183), d 'une caste de philosophes et
d 'astronomes ; cf. Diodore de Sicile II 29-32 , et Diogène Laërce I 6 . Un abrégé
des Baßurwvlaxá de Bérose y était inclus à côté d 'un autre matériel provenant
du livre III des Oracles Sibyllins; cf. fr. 1(8 ) a = Eusébe, Chron. (Arm .) I 12 , 9
16 ; fr. 1 (8 ) b = Georges le Syncelle, 46 , 1- 9 Mosshammer; Orac. Sib . III 97
sqq.; Abydènos, FGrHist 685 F 4 ; Alexandre Polyhistor, FGrHist 273 F 79. Sur
le problème complexe de la relation de ce passage avec la Sibylle babylonienne
de Bérose, cf. Schnabel 7 , p . 73 -93 ; Lehmann -Haupt 6 , p . 137- 139 ; 28 A .
Peretti, La sibylla babilonese nella propaganda ellenistica, Firenze 1943 ;
29 W . Spoerri, Untersuchungen zur babylonischen Urgeschichte und zu den
Turmbausibyllina, Habilitationschrift (inédite),Hamburg 1961; 30 E . Schürer,
The History of the Jewish People in the age of Jesus Christ, t. III 1 (éd . angl. par
G . Vermes, F . Millar et M . Goodman ), Edinburgh 1986 , p .618 ,622-626 , 646) .
Eusébe consulte une version interpolée de l'ouvrage,marquée par l'apologétique
juive et chrétienne (dans sa compilation , Jacoby 10 signale entre crochets droits
([ ]) les interpolations détectées par Schnabel 7 , et entre doubles crochets ([ [ ]])
celles qu' il a lui-même repérées) ; cf. Schnabel 7 , p. 155 - 162; 31 F . Jacoby ,
FGrHist III a Comm ., p . 289; pour les fragments du (Pseudo -)Apollodore
interpolés, cf. FGrHist 244 F 84 -85 et II b Comm ., p . 752 ; Schürer 30, p .698
699). Chaque étape de cette tradition complexe a aménagé le matériel de Bérose
en fonction d'intérêts communs (souci de résumer et d'abréger) et spécifiques:
intérêt paradoxographique chez Alexandre Polyhistor (cf., récemment, 32 L .
Troiani, « Sull'opera di Cornelio Alesandro soprannominato Polistore » , dans
Due studi di storiografia e religione antiche, coll. « Biblioteca di Athenaeum »
10 , Como 1988, p. 9-39), souci d'harmonisation avec l'Écriture Sainte et exploi
tation dans le cadre de la polémique anti-païenne chez Eusébe et les chrono
graphes postérieurs.
- Flavius Josèphe fournit les seuls extraits littéraux de l'euvre de Bérose
( fr. 8 et 9 a ), quoique, selon certains auteurs, Flavius Josèphe connaisse luiaussi
E
100 BÉROSE DE BABYLON
Bérose par l'intermédiaire du Polyhistor ; cf. Schwartz 8, col. 315 ; Schnabel 7 ,
p. 166 ; 33 L . Troiani, Commento storico al « Contro Apione » diGiuseppe, Pisa
1977, p. 104. Voir cependant 34 L . H . Feldman, art. « Berossus», Encyclopaedia
Judaica Yearbook, Jerusalem 1973, p . 177.
Importance historiographique. Les Baßuwvlaxá de Bérose constituent un
témoignage important sur les contacts culturels inaugurés par l'expédition
d'Alexandre et poursuivis avec la constitution des états hellénistiques ; sur les
aspects et les limites de ce contact, cf. 35 A . Momigliano, Alien Wisdom . The
Limits of Hellenization, Cambridge 1975. L 'ouvre a été interprétée comme un
témoignage sur la résistance offerte par la culture indigène à l'expansion de la
culture grecque (cf. 36 J. Oelsner, « Kontinuität und Wandel in Gesellschaft und
Kultur Babyloniens in hellenistischer Zeit » , Klio 60, 1978 , p. 113-114 ), comme
un document de propagande anti-hellénistique (Drews 16 ; 37 S . K . Eddy, The
King is dead. Studies in the Near Eastern Resistance to Hellenism 334 -31 B .C .,
Lincoln 1961, p. 125- 127) et comme un instrument d'instruction du jeune prince
Antiochos (Burstein 2, p. 5) ou encore de légitimation de la dynastie séleucide
(Kuhrt 5, p. 53-54, avec uneréférence à Hécatée d'Abdère ). L 'étude de Bérose a
été traditionnellementmenée de façon parallèle à celle de Manéthon d'Egypte
(FGrHist 609), aussi bien chronologiquement qu 'en ce qui concerne ses inten
tions et ses critères fondamentaux :
- Diffusion en grec d'une version de l'histoire des nations en question
(Égypte ou Babylonie ) à partir d'une documentation écrite en langue non grec
que et spécialement digne de foi, à savoir les registres millénaires conservés
dans des temples (avaypadaí, cf. T 3 et fr. 1). L 'accès à cette documentation
est assuré dans les deux cas par l'origine de l'auteur et sa condition de prêtre .
Face à la tradition historiographique grecque, Bérose insiste sur la valeur que son cuvre
acquiert du fait qu'il peut accéder à une tradition ininterrompue de registres écrits (avaypa
pai, Ti, 3, fr. 1 ). C ' est justement grâce à l'importance qu ' il accorde à la documentation écrite
que Bérose est apprécié par les écrivains judéo -chrétiens. D 'ailleurs, pour Bérose, l'écriture
est un facteur fondamental dans le processus de civilisation : elle est le premier élément de
culture offert aux hommes par Oannès (fr. 1 [4 ]) ; en outre la cosmogonie que celui-ci leur
donne est, en réalité , un écrit trepi yeveãç xai toatelac (fr. 1 [5 ]) . Le récit du déluge de
Bérose présente la particularité de faire référence à l'écriture comme facteur de continuité
culturelle entre les époques antérieure et postérieure au déluge : lorsque Cronos prévient
Xisuthros du cataclysme, il lui donne comme première instruction d ' enterrer dans la ville de
Sispares (Sippar, aujourd 'hui Abu Habba; cf. 38 J. Knobloch, « Eine etymologische Fabel im
Sintflutbericht bei Berossos» , Glotta 63, 1985 , p . 1) la totalité des documents écrits afin de
les sauvegarder ; après le déluge, c'est la redécouverte de ces écrits qui permet de garantir la
continuité de la culture (cf. Schnabel 7 , p . 175 , pour des références à des documents
prédiluviens dans les textes mésopotamiens). L ' importance de ce facteur de continuité dans
l'histoire orientale fait contraste avec la pénurie que les catastrophes naturelles occasionnent
périodiquementdans le monde grec, comme le remarque Platon dans Les Lois III 680 a.
La confrontation avec les sources assyriennes et babyloniennes pour la
mythologie et pour l'histoire de la Mésopotamie est assez favorable pour Bérose
(Schnabel 7, p. 173-210 ; Kuhrt 5, p. 46 ): par exemple la Liste royale sumé
rienne (Sumerian King List = SKL ; on peut en lire un fragment dans 39 J. B .
Pritchard , Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament, 3e éd.,
BÉROSE DE BABYLONE 101
Princeton 1969, p. 265- 266 ) divise l'histoire en rois antédiluviens, déluge et
dynasties postdiluviennes ; cf. 40 J. van Seters, In Search of History, New
Haven/London 1983, p . 70 -72. Cette préférence pour les sources indigènes est
liée au souci de corriger les versions grecques de l'histoire orientale , condam
nées comme fausses et mal informées. En ce sens, on remarque un désir de
réduire ou d ' éliminer les figures « romanesques» , comme celles de Ninus et de
Sémiramis, rendues populaires par l'æuvre de Ctesias et par une florissante
littérature romanesque (fr. 8 contre la fondation de Babylone par Sémiramis ;
Abydènos, FGrHist 685 F 7 ; cf.41 M . Braun, History and Romance in Graeco
Oriental Literature , Oxford 1938, p. 15 ).
– rédaction en accord avec les pratiques littéraires de la tradition historio
graphique grecque ; cf. Momigliano 35, p . 92. L'organisation de l'euvre obéit,
en effet, à certaines exigences littéraires: préface , section géographique et
histoire, dans lesquelles on détecte le modèle ethnographique hérodotéen, en
pleine vigueur à l'époque hellénistique à travers des historiens comme Hécatée
d'Abdère ; cf. 42 O .Murray, « Herodotus and Hellenistic Culture » , CQ 66 ,
1972, p. 200 -213, notamment p. 208 -209. Il convient, cependant, de faire remar
quer aussi l'originalité de Bérose et son indépendance par rapport à la pratique
historiographique grecque dans certains aspects significatifs ; 43 R . Drews, The
Greek Accounts of Eastern History, Cambridge (Mass.) 1973, p. 139, a signalé
l'absence d'Historie (cf., néanmoins, Schwartz 8, col. 315) et le fait que la
documentation est fondée sur les archives.
Importance philosophique. Pour l'histoire de la pensée grecque, l' intérêt de
l'æuvre de Bérose se concentre dans les OloOopoúueva qui suivent la préface
et la section géographique conformes au modèle ethnographique hellénistique
( fr. 1) : dans ces chapitres, des traditions et des mythes d 'une origine authen
tiquement proche-orientale (Komorocžy 4) se combinent de façon originale avec
des formes typiques de la pensée grecque. Nous soulignerons:
- une cosmogonie , où l'on peut reconnaître des épisodes significatifs du
Poème de la Création (cf. Pritchard 39, p.69-72 et 501-503 ; sur son influence
dans le monde grec , voir 44 P .Walcot, Hesiod and the Near East, Cardiff 1966 ,
p . 27-46 et 54-57; 45 F .M . Cornford , Principium Sapientiae. The Origins of
Greek Philosophical Thought, Cambridge 1952; la version la plus ancienne que
nous possédons en grec est celle d' Eudème de Rhodes, fr. 150 Wehrli =
Damascius, Dubitationes et solutiones de primis principiis in Platonis Parmeni
dem 124 , 1, p . 319 Ruelle): état primitif sous forme d'eau primigène (Pritchard
39, p. 60 -61 Tab I 1-5 = Tiamat); mise en ordre du monde réalisée par Bélos à
partir de la scission du corps de la divinité en ciel et terre (Pritchard 39, p.67
Tab IV 97 sqq. ; Tab V ) ; création de l'homme avec de l'argile et le sang d 'un
dieu décapité (Bèlos lui-même dans Bérose, Kingu dans le mythemésopotamien
cf. Pritchard 39, p. 68, Tab VI 1-34). Nous ne pouvons pas déterminer jusqu'à
quel point l'" épitomisation ” répétée a simplifié le récit de Bérose, mais nous
pouvons détecter des altérations significatives du mythe mésopotamien dans
lesquelles on reconnaît l' ingérence de la tradition grecque: ( 1) les créatures
102 BÉROSE DE BABYLONE
monstrueuses que Tiamat créa pour son affrontementavec Marduk sont ainsi les
êtres nés dans cette condition chaotique de l'eau primitive (Eusébe, Chron .
[ Arm ), p . 7 , 29 - 8 , 10 ; Georges le Syncelle, p . 29 ,22- 30 ,4 Mosshammer ),
constituant ainsi le composant zoogonique caractéristique de la tradition philo
sophique grecque ; (2 ) le caractère mythologique du récit cosmogonique est
restreint: (i) par l'interprétation allégorique de l'origine de l'homme : créé
d 'argile et du sang d'un dieu , ce qui explique son intelligence naturelle et sa
partie divine (Eusèbe, Chron. (Arm ), p . 8 , 17-24 ; Georges le Syncelle, p. 30, 9
13) ; bien qu 'elle réponde au mythe mésopotamien , l'interprétation paraît spéci
fiquement grecque ; (ii) par l'élimination de la théogonie et la réduction de
l'élément divin presque au seul personnage de Bèlos (voir cependant Eusébe,
Chron. (Arm .), p . 8 , 22 ;Georges le Syncelle p. 30, 7 Mosshammer), phénomène
qui paraît répondre à la tendance « evhémériste» qui s'impose dans la pensée
grecque ; et (iii) par la correspondance du récit cosmogonique avec l'essentiel du
modèle appelé Diakrisis -Kosmogonien par 46 W . Spoerri, Späthellenistische
Berichte über Welt, Kultur und Götter, Basel 1956 , p . 69-70 et 107 sqq., modèle
qui remonte aux premiers présocratiques et trouve une vigueur et un développe
ment spéciaux à l' époque hellénistique tardive sous une forte influence du
platonisme. L 'eau originaire , dont le rôle dans les cosmogonies grecques est
connu , a des traits du chaos qui précède la création ; nous pouvons nous souvenir
de la formation des créatures monstrueuses des premiers stades de la configu
ration du monde dans la cosmogonie d'Empédocle telle qu ' elle est exposée par
Élien (N .A. XVI 29 = DK 31 B 61). L 'action du dieu répond à l'acte
transcendant d 'ordonner les éléments à travers la division de la matière primi
tive ; sur le dieu transcendant dans les cosmogonies hellénistiques tardives, cf.
Spoerri 47, p. 107 - 111. Cette analogie présente deux problèmes : ( 1) nous ne
savons pas si elle répond au texte original ou bien au résumé d'Alexandre
Polyhistor effectué sur le modèle des Diakrisis -Kosmogonien qui étaient fort
répandues au fer siècle av. J.-C .; (2) elle peutrépondre à un lien de parenté plus
fondamental comme celui que propose Cornford 45 entre la philosophie préso
cratique et la mythologie mésopotamienne; il faut souligner, en tout cas, que le
récit de Bérose maintient toujours un ton mythique, sans qu 'une mention d ' élé
ments (humide, sec , etc.) ou de principes mécaniques apparaisse .
- Cette cosmogonie se trouve encadrée dans un récit sur les origines de la
civilisation qui a comme héros la créature amphibie appelée Oannès ;
cf. Schnabel 7 , p . 173 ; et, pour des références à cette créature dans la littérature
gréco -romaine sansmention de Bérose , cf. Hygin , Fabulae 274 , Hippolyte,
Refutatio V 7 , Helladius apud Photius cod. 279, 535 a, p . 185 , 34 sqq. Henry .
Sous le règne du premier monarque, Aloros, Oannès surgit de la Mer Rouge et
enseigne aux hommes durant le jour (pendant la nuit il retourne à son élément)
les arts, les techniques et les sciences, ainsi que les fondements de la vie sociale,
les cités, les lois et les dieux (sur les traditions mésopotamiennes au sujet des
inventeurs des arts et des techniques, cf. 48 E . Reiner , « The EtiologicalMyth of
the Seven Sages» ,Orientalia 30 , 1961, p . 1-11). Le récit cosmogonique est en
BÉROSE DE BABYLONE 103
réalité son dernier travail civilisateur; l'œuvre d'Oannès sera interprétée en
détail par les créatures marines de son espèce qui pendant toute l'étape prédi
luvienne continueront à visiter le royaume (Eusébe, Chron. (Arm .), p. 5, 16 -17
Karst ; Georges le Syncelle, p. 40 , 18 -19 Mosshammer).
Le travail hermeneutique que réalisent les successeurs d'Oannès sur l'æuvre originaire et
fondamentale de celui-ci n 'est rapporté que dans le passage de Georges le Syncelle (F 36
[12]) : τούτους δέ φησι πάντας τα υπό Ώάννου κεφαλαιωδώς ρηθέντα κατά μέρος
ÉEnynoaodai; la version arménienne de la Chronique d'Eusebe (F 3a (12]) offre un texte très
différent: « Dieses sämtliche gibt er vor aus dem Oan auszugsweise , eins nach dem anderen ,
berichtet zu haben » . D 'après le texte arménien , le livre d 'Oannès aurait inclus un catalogue
des monstres qui devaient apparaître après lui, jusqu'au déluge .
Dans ce récit surprenant nous reconnaissons des conceptions familières au
monde grec : l'opposition entre d'une part une situation d'átaxtos Bloc et
d 'autre part la civilisation marquée par le couple technique-société répond à un
modèle de l'histoire humaine que l'on observe dans la pensée grecque dès le ve
siècle et qui est associé à des personnalités comme Anaxagore de Clazomènes,
Démocrite d 'Abdère et les sophistes ; cf. 49 L . E . Edelstein , The Idea of
Progress in Classical Antiquity, Baltimore 1967, p . 21 sqq. La tradition grecque
attribue à des êtresmonstrueux comme les Telchines, qui sont aussi pisciformes
(cf. Suétone, Des termes injurieux, p . 54 et 133 -136 Taillardat), un rôle
important dans la découverte des techniques (surtout la métallurgie ; cf. 50 K .
Thraede, art. « Erfinder II » , RAC V , 1962, col. 1191-1278, notamment col.
1197). Finalement, les créatures amphibies ont un rôle dans la zoogonie d'au
teurs comme Anaximandre de Milet ; cf.Censorinus, De die natali 4 , 7 = DK 12
A 30 : Anaximander Milesius videri sibi ex aqua terraque calefactis exortos esse
sive pisces seu piscibus simillima animalia ; Plutarque, Quaest. Conv. VIII,
730e ; Aétius XIX 430 Diels ; DK 12 A 10 - 11 ; ce parallélisme est particu
lièrement remarquable par le rôle ambigu joué par ces créatures sur le double
plan de la zoogonie et de l'histoire de la culture ; cf. 51 M . V . García Quintela ,
« L 'Anthropogonie d 'Anaximandre - Problèmes d 'interprétation tournant autour
de la sagesse milésienne archaïque» , QS 26 , 1987, p. 161- 176 . Ces créatures
amphibies, cependant, apparaissent aussi associées au monde mésopotamien ; cf.
Ctésias FGrHist 688 F1b = Diodore de Sicile II 4 , 2 ; Flea = Ératosthène,
Catast. 38, 180 Robert; F1eß = Hygin , Astronomica II 41 ; Fley = Tzetzès,
Chil. IX 502. Indépendamment de l'origine des matériaux que nous trouvons
dans les fragments de Bérose, il semble que l'orientation de l'ensemble dans le
cadre d 'une cosmogonie et d'une technogonie réponde au désir de s'adapter au
public de culture grecque, mais Bérose a altéré substantiellement l'ordre normal
de la série en introduisant le récit des origines de la civilisation avant celui de la
cosmogonie-zoogonie et en faisant de ce second récit une révélation . Peut-être le
parallèle le plus significatif dans l'histoire grecque est-il constitué par l'Histoire
phénicienne de Philon de Byblos au 1er siècle ap . J.-C . (cf. 52 A .I. Baumgarten,
The Phoenician History of Philo of Byblos. A commentary, Leiden 1981, p .4 ),
où nous trouvons une adaptation semblable des traditions ancestrales au goût
104 BÉROSE DE BABYLONE
grec mais avec une disposition originale (cf. Van Seters 40, p . 207-208) et le
recours aux prestigieux écrits d 'un savant du passé.
Postérité de Bérose. L 'æuvre de Bérose, comme celle de Manéthon, n 'a pas
réussi à s'imposer comme une alternative aux versions de l'histoire orientale
rédigées par des historiens grecs tels Hérodote , Ctésias et Hécatée d ’Abdère et
elle fut de la sorte peu lue durant l'époque hellénistique; voir, à propos de
Clitarque, Schnabel 7, p . 33 -66 ; d 'Ératosthène, Mosshammer 27, p. 262. Ce ne
sera qu ' à la fin de l'époque hellénistique et grâce à l'intérêt renouvelé pour
l'Orient suscité par l'expansion romaine, que des auteurs de caractère érudit
comme Alexandre Polyhistor (FGrHist 273) ou Juba de Mauritanie (FGrHist
275 F 4 = T 2) revaloriseront l'histoire de Bérose (Jacoby 31, p. 251; Troiani 32,
p . 33) et en feront usage dans leur ample projet ethnographique. C 'est aussi à
cette époque que paraît être née la figure du (Pseudo-)Bérose avec l'intérêt
progressif pour la « sagesse chaldéenne» et l'astrologie, dans le cadre général
d 'une mise en valeur de la sagesse barbare ; cf. 53 A . J. Festugière, La révélation
d 'Hermès Trismégiste , I: L 'astrologie et les sciences occultes, 2e éd., Paris
1950 ; réimpr. ibid . 1985, p . 19 -44 ; Spoerri 46, p . 64-69. La médiation de la
littérature érudite a été décisive pour la fortune de notre auteur en garantissant sa
survie, fût-ce d 'une façon très altérée . Dans la littérature païenne, Athénée (XIV ,
639 = fr. 2 ) et Abydènos (FGrHist 685 ), auteur d 'une histoire desMèdes et des
Assyriens en dialecte ionien que nous connaissons seulement par Eusebe ( P . E .
et Chron .), témoignent de la survie de l'æuvre de Bérose dans les premiers
siècles de notre ère. D 'un autre côté, ces historiens orientaux si particuliers
attirent l' attention de l'apologétique juive comme autorités susceptibles de
corroborer l'antiquité et la véracité de l'histoire juive (cf. 54 W . Speyer , Die
literarische Fälschung im heidnischen und christlichen Altertum . Ein Versuch
ihrer Deutung, München 1971, p . 164- 165) et, plus tard, de l'apologétique
chrétienne pour confirmer la supériorité et la plus grande antiquité de la culture
biblique face à la « barbare» . Par la suite, les chronographes chrétiens: Jules
l 'Africain , Eusébe et la tradition chronographique qui dépend de lui, montrent
un certain intérêt pour l'œuvre de Bérose , bien que sa chronologie des rois de
Babylone ne soit pas prise en compte par Eusébe ; cf. Schwartz 8 , col. 315 .
L 'attirance de la figure de Bérose comme garantie d'antiquité sera encore
suffisamment forte à la Renaissance pour que Giovanni Nanni ( Johannes
Annius) de Viterbo ( 1432-1502) compose une série de falsifications sous le nom
de l'historien babylonien pour donner de l'autorité à ses opinions patriotiques et
théologiques sous le nom de Antiquitatum variorum volumina XVII, Roma 1498 ,
@ uvre qui fut réfutée par G . Varrerius, Censura in quendam auctorem qui sub
falsa inscriptione Berosi Chaldaei circumfertur, Roma 1598 ; cf. Speyer 54 ,
p . 101 et 319 avec bibliographie .
Traduit de l' espagnol et adapté par Fedra Egea Tsibidou et Pedro Pablo Fuentes González.
JAVIER CAMPOS DAROCA .
BÈSAS 105
27 BÈSARION MF IV
Une brève inscription du tombeau de Ramsès VI (J. Baillet, Inscriptions
grecques et latines des tombeaur des rois ou Syringes, fasc . 2, Le Caire 1923,
nº 1519) porte un nom , Bèsarion, suivi des lettres pin -. La restitution placó
oodoc), proposée avec réserve par l'éditeur, paraît d 'autant plus vraisemblable
que le document, pour ce qui est du style général de l'écriture, peut parfaitement
être contemporain du groupe des graffiti apposés lors de la visite du gouverneur
de Thébaïde Flavius Eutolmius Tatianus. Or ce gouverneur était accompagné
notamment par le philosophe cynique Bèsas (- B 28), qui a lui-même laissé une
inscription où il mentionne un Bèsarion : il s'agit certainement de l'auteur du
nº 1519, qui faisait donc partie lui aussi de la suite officielle de Tatianus –
escorte nombreuse, car une dizaine de ses membres au moins ont apposé leur
signature sur les murs de la tombe. Qu 'il soitle seul de ses compagnonsde visite
mentionné par Bèsas peut aisément se comprendre si les deux personnages
avaient en commun la même activité : Bèsarion était l'autre intellectuel « profes
sionnel» de l'entourage du gouverneur et, à ce titre , était apparemment venu au
secours de son collègue dans la rédaction laborieuse du proscynème de Tatianus.
Vu la parenté des noms, il est assez tentant de supposer, avec G . Seure , « Les
impromptus touristiques aux tombeaux des rois» , REA 29, 1927, p . 353, que
Bèsarion était le fils de Bèsas ; mais la fréquence de ces noms dérivés de celui
du dieu Bès rend cette filiation très hypothétique. Peut-être est-ce encore le
philosophe Bèsarion qui a laissé son nom , gravé cette fois, dans une autre salle
du même tombeau (Baillet,nº 1744).
BERNADETTE PUECH .
28 BÈSAS MF IV
C 'est entre 357 et 367 que le cynique Bèsas avait visité le tombeau de
Ramsès VI dans la montagne de Thèbes: l'inscription qui en témoigne
(J. Baillet, Inscriptions grecques et latines des tombeaux des rois ou Syringes,
fasc. 2, Le Caire 1923, n° 1381), quoique nettement plus bâclée , est de la même
main que celle qu 'avait fait apposer juste au -dessus (nº 1380, republiée par
E . Bernand, Inscriptions métriques de l' Égypte gréco-romaine, Paris 1969,
nº 150, p. 547-548) le gouverneur de Thébaïde Flavius Eutolmius Tatianus, dont
le cursus est bien connu par ailleurs (voir Bernand, loc. cit.). Bèsas appartenait
donc à la suite du gouverneur et celui-ci, qui avait à ses moments perdus
l'humeur poétique (voir Libanios, Ep. 909), l'avait chargé peut-être de compo
ser, comme le suppose J. Baillet, en tout cas d 'inscrire quelques vers bien sentis
pour commémorer sa visite . Après s'être consciencieusement acquitté de sa
tâche, Bèsas avait hâtivement ajouté son propre commentaire, d 'une plume
sensiblement plus négligente , signe peut-être de sa nervosité . Car l'admiration
conventionnelle qu 'il exprime au sujet d'un monument n 'a pu avoir raison d 'une
humeur bien sombre : il dit « être dans un mauvais jour» . Le tour assez allusif du
message et l'effacement des derniers mots laissent planer le doute sur les causes
de cette morosité. Après la mention d 'un autre philosophe, Bèsarion (- B 27),
106 BÈSAS
Baillet déchiffrait le mot xáoapua , qui pouvait laisser craindre le pire sur les
sentiments de Bèsas pour son collègue – représentant d'une école philosophique
différente , en concluait Baillet. Une vision moins alarmante de la convivialité
philosophique a été restituée par G . Seure, « Les impromptus touristiques aux
tombeaux des rois » , REA 29, 1927, p. 353, avec la lecture xaoóp [O ]wok. Si le
mot est correctement déchiffré, il suggère que les corrections en question avaient
dû consister, en partie au moins, à rendre à l'orthographe du proscynème une
allure moins exotique et qu 'elles n 'auraient pas été superflues non plus dans le
« post-scriptum » de Bèsas; il est vrai que de pareils flottements dans l'usage de
l'aspiration sont fréquents dans les inscriptions (aux Syringes, voir les nºs 546 ,
580, 1135, 1283, 1375, 1491, 1772). Peut-être l'assistance de Bèsarion avait- elle
porté aussi sur la composition du poème, si Tatianus avait pris le risque de la
confier à Bèsas au lieu de s'en charger lui-même. Quoi qu'il en soit, l'épreuve
qui lui avait été imposée avait laissé Bèsas bien abattu ; le niveau d 'éducation et
de culture des cyniques était pour le moins inégal (voir M .- O . Goulet-Cazé, « Le
cynisme à l' époque impériale», ANRW II 36 ,4, p. 2734 -2735) et l'on serait tenté
d' émettre quelques doutes sur celui de Bèsas, s'il ne nous avait pas lui-même
mis en garde contre la déloyauté qu'il y aurait à le juger sur cette prestation : il
était dans un mauvais jour.
BERNADETTE PUECH .
29 BÈSAS DE PANOPOLIS IV
« Scholasticos» égyptien et philosophe platonicien.
Sur l'un des graffiti qu 'il a laissés dans la neuvième « Syringe » de Thèbes
(1 J. Baillet, Inscriptions grecques etlatines des tombeaux des rois ou Syringes,
fasc . 2, Le Caire 1923, n° 1266 ), Bèsas précise qu'il a visité le monument « à
cause de Platon » . C 'est du moins l'interprétation qui paraît la plus satisfaisante
(plutôt qu'« après Platon » ou « par la faveur de Platon » , comme le proposait
Baillet) pour la formule qui suit l'expression traditionnelle d'admiration pour le
monument (édatuaoa... Olà Mátwvos). C 'est donc sa qualité de platonicien
qui a amené Bèsas à faire l' excursion de la Vallée des Rois. Précisément, il avait
apposé son inscription dans le tableau dit « de la Métempsycose » où se pressent
les signatures de plusieurs platoniciens (Bourikhios, Nicagoras, Ioulianos, Lysi
machos) ; le proscynème du philosophe loulianos (nº 1255 ) confirme l'existence
dans cette école d'une tradition évoquant la visite de Platon aux tombeaux
royaux, et l' inscription voisine du dadouque Nicagoras (nº 1265) montre com
ment le voyage, sur les traces du maître, aux « divines» syringes pouvait prendre
au IVe siècle l'allure d 'un pèlerinage mystique. Bèsas avait pour compagnon son
collègue palestinien Bourikhios, qui tint luiaussi à proclamer son attachement à
Platon (- B 57). En dépit de l'identification admise par 2 G . Seure, « Les
impromptus touristiques aux tombeaux des rois », REA 29, 1927, p. 353, le
scholasticos de Panopolis n 'a certainement rien de commun avec le cynique
homonyme qui a également laissé sa signature dans le tombeau (- B 28 ). Un peu
plus loin sur le mêmemur, le platonicien a tenté d'exprimer son admiration pour
BÈTION 107
les syringes dans une formule plus recherchée, à prétentions métriques, sinon
poétiques (3 E . Bernand, Inscriptions métriques de l'Égypte gréco-romaine,
Paris 1969, n° 147, p.434 -545) dont il paraît ne pas avoir été mécontent,
puisqu 'il l'a en partie recopiée dans un troisième graffiti (Baillet, n° 1403 ; cf.
Seure 2). Il annonçait également être « le fils cadet de Kolanthos» . C'est une
manière de se présenter qui paraît mieux convenir à un jeune homme qu 'à un
homme mûr. Il n 'est peut-être pas inutile de le noter , si l'on veut apprécier la
signification, dans ce cas précis, du titre scholasticos que se donnent Bèsas et
son compagnon Bourikhios.
Lemot a fait l'objet d'une étude approfondie de 4 A . Claus, ' O oxohaotixóc, Diss. Köln
1965, qui a retracé son évolution et souligné notamment son emploi spécialisé, surtout à partir
du IVe siècle , dans le sens d 'avocat. Or le groupe des proscynèmes platoniciens dont font
partie nos documents semble pouvoir être attribué assez sûrement au IVe siècle : on a déjà
souligné les points communs avec l'inscription de Nicagoras, qui date du règne de Constantin,
Bèsas vivait donc à l' époque où lemot scholasticos commençait à s' imposer pour désigner un
avocat. Aussi les commentateurs lui ont-ils unanimement attribué cette profession : après
avoir hésité entre professeur et avocat, Baillet (1, fasc . 4 , p . XLIX ) finit par retenir la seconde
solution ; c'est aussi l' interprétation de 5 M . N . Tod , « Notes on someGreek graffiti» , JEA 11,
1925 , p . 258, suivi par 6 A . Bataille, Les Memnonia, Paris 1952, p . 171, et Bernand 3 . D 'une
manière générale le choix de cette traduction semble devenu systématique pour les attesta
tions postérieures à 300 . Pourtant cette tendance ne va pas toujours sans incohérences - A .
Bataille considère Bourikhios comme un avocat, mais parle ensuite du caractère platonicien
de son enseignement - ni sans risque de raisonnement circulaire , la traduction par avocat
devenant à son tour un élément de datation (Bernand 3 : « basse époque impériale , d 'après le
métier du personnage » ) . Par ailleurs, deux autres inscriptions des syringes prouvent que le
mot, même à cette époque, n ' a pas toujours ce sens : sinon , à quelle espèce hybride appar
tiendraient le oxoraotixòç latpixóc du n° 1402 (cf. Seure 2 , p . 345) et le oxonaOTIXOS
ciotopixóc du n° 1861? L 'adjonction de ces qualificatifs montre que le sens d 'origine, en
rapport avec l'école et l'organisation de l'enseignement, s'étaitmaintenu.
Les convictions platoniciennes affichées par Bèsas et Bourikhios suggèrent
que dans leur cas le mot doit être en rapport avec l'enseignement universitaire
plutôt qu 'avec l'éloquence judiciaire . Désignait- il celui qui enseignait dans une
oxorn, le professeur (ce serait alors un équivalent de xaonynths), ou l' étudiant
parvenu à un certain niveau de spécialisation ? L 'âge probable de Bèsas invite
rait plutôt à voir en nos deux compères de jeunes diplômés, fraîchement sortis
des écoles, que des maîtres chevronnés. C ' étaient probablement aussi leurs
années d' études communes à Alexandrie qui avaient pu rapprocher l'habitant de
Panopolis et celui d'Ascalon .
BERNADETTE PUECH .
30 BÈTION ou BITION FIV -D III
Ami (ouvons ) de Bion de Borysthène ( - B 32). Une de ses paroles à
Ménédème d'Érétrie est citée par Diogène Laërce IV 54 (= Bion T 3 Kindstrand )
comme illustration de l’åvaloxovtia dans laquelle Bion entraînait ses amis:
« Pour ma part, mon cher Ménédème, la nuit je m ’unis à Bion et je n 'ai pas
l'impression de subir quoi que ce soit de déplacé (átorov ) » .
108 BÈTION
Sur le nom Bntiwv, voir J.F . Kindstrand, Bion of Borysthenes, p . 142- 143,
qui dit notamment: « This form of the name, which goes back to the editio
princeps of Frobenius, has been kept by later editors, although it seems to be
extremely rare. The most importantMSS ., on the other hand, have Bit( t )iwv.
The form Bitiwv may very well be correct, as according to (E .) Diehl, ( art.
« Olbia » ,RE XVII 2, 1937 ), col. 2409 this name is found on an inscription from
Olbia . However I have not been able to locate this inscription . Diehlmakes the
further assumption that this man may be the friend of Bion ,which of course can
only remain a guess. »
MARIE -ODILE GOULET-CAZÉ.
31 BION D ’ABDÈRE RE 11 DK 77 DIV ?
A . Diogène Laërce IV 58 (= fr. 1) mentionne comme quatrième homonyme
de Bion de Borysthène (- B 32) un mathématicien « démocritéen » d 'Abdère ,
ville natale de Démocrite (- D 70 ). Il aurait écrit en dialectes attique et ionien. Il
aurait été le premier à dire qu'il y avait des habitats (oixńoels ) où la nuit durait
six mois et le jour six mois.
Cf. Fr. Hultsch, art. « Bion » 11, RE III 1, 1897 , col. 485 -487.
Selon Hultsch , l'opinion de Bion correspondrait aux idées d 'une époque
antérieure à la sphérique d 'Eudoxe.
B . Il faut peut-être l'identifier à Biwv ó đotporóyos (Strabon I 2, 21 = fr. 2 )
qui, selon Posidonius (F 137a Edelstein - Kidd), avait traité de la théorie des
vents. Il est mentionné dans ce passage après Aristote et Timosthène.
RICHARD GOULET.
32 BION DE BORYSTHÈNE RE 10 FIV - D III
Philosophe cynique itinérant des premières années de l'époque hellénistique.
Témoignages et fragments. 1 J. F. Kindstrand, Bion of Borysthenes. A
collection of the fragments with introduction and commentary, coll. « Acta
Universitatis Upsaliensis : Studia Graeca Upsaliensia » 11, Uppsala 1976 , XXII
310 p .
Sommaire . L 'introduction est consacrée à la vie , à la langue et au style de Bion , à son
point de vue philosophique et à l'influence qu'il a exercée ; elle établit aussi les principes du
recueil de fragments. Le texte comprend la biographie de Bion dans Diogène Laërce , 28
témoignages (T 27 devant être supprimé), ainsi que 81 fragments ; il est suivi d'un
commentaire .
La présentation de Bion se trouve complétée dans quelques ouvrages plus
récents : 2 M . Gigante , « Una nuova edizione di Bione » , RAAN N . S . 53, 1978 ,
p. 3- 16 ; 3 M .Gigante et G . Indelli, « Bione e l'epicureismo» , CronErc 8, 1978,
p . 124- 131 ; 4 A . Brancacci, « Teodoro l'Ateo e Bione di Boristene fra Pirrone e
Arcesilao » , Elenchos 3 , 1982, p. 55-85. Parmi les recueils de fragments plus
anciens,citons surtout 5 0 .Hense ( édit.), Teletis reliquiae. Recognovit prolego
mena scripsit O. H ., 2e édit., Tübingen 1909 (réimpr. Hildesheim 1969), CXXIV
107 p. Cet ouvrage, principalement consacré à Télès, soulève, dans l'intro
BION DE BORYSTHÈNE 109
duction, bon nombre de problèmes fondamentaux relatifs à Bion, tout en
dressant une liste à peu près complète des fragments du philosophe ( p. 100- 102) .
Traduction française. 6 L. Paquet, Les Cyniques grecs. Fragments et
témoignages, coll. « Philosophica » 4 , Ottawa 1975, p . 127 -135 (traduction de 42
fragments) ; 2e éd . 1988, p. 121-133 (traduction de 66 fragments).
Traduction anglaise . 7 F . Sayre, The Greek Cynics, Baltimore 1948, p . 102
109 (traduction de 74 fragments ).
Études d 'orientation . 8 H . von Arnim , art. « Bion » 10 , RE III, 1899, col.
483 -485 ; 9 D . R . Dudley, A History of Cynicism . From Diogenes to the 6th
Century A . D ., London 1937 (réimpr. Hildesheim 1967), p. 62-69 ; 10 R .S . W .
Hawtrey, « On Bion the Borysthenite» , Prudentia 9 , 1977, p .63- 80.
Bibliographie. Kindstrand 1, p . XI-XXII.
Sources biographiques anciennes. Diogène Laërce IV 46- 58 . Le texte se
trouve imprimé dans Kindstrand 1, p. 103- 105, et il est commenté à propos de
chaque témoignage et chaque fragment particulier (voir la liste, p. 302). Pour
une analyse de la biographie de Bion dans D . L ., voir 11 F. Leo , Die griechisch
römische Biographie nach ihrer litterarischen Form , Leipzig 1901, (réimpr.
Hildesheim 1965), p .65 -66 , et Kindstrand 1 , p . 16 -19. D . L . fait référence à deux
sources seulement: ( 1 ) 46 -47 ( F 1 A Kindstrand ), un passage autobiographique,
où nous assistons à un dialogue entre Bion et Antigone Gonatas ; cf. également
Stobée IV 29 a , 13 (F 2 K .) ; (2) 54 ( T 5 K .) = Favorinus, Omnigena historia, fr.
66 Barigazzi, fr. 34 Mensching.
Abstraction faite de la biographie chez D . L., la tradition antique n 'a conservé
que très peu de notices biographiques consacrées à Bion.
Datation . On ne connaît pas avec exactitude les dates de la naissance et de la
mort de Bion . Il faut donc prendre pour points de repère ses relations avec des
personnes et des événements qui sont mieux connus. Deux événements per
mettent de situer avec plus ou moins d 'exactitude sa naissance et sa mort. Bion
arriva à Athènes avant 314 av. J.-C ., date de la mort de Xénocrate ( D . L . IV 10
= T 22 K.), et il est vraisemblable qu 'il décéda avant Antigone Gonatas,mort en
240/ 39 (D . L . IV 54 = T 5 K .). Ces dates, associées à d ' autres indices, suggèrent
que Bion vécut de 335 à 245 environ . Voir Kindstrand 1, p . 5 -6 .
Origine. Bion naquit dans la ville d 'Olbia, située près du fleuve Borysthène ,
d 'où le surnom qu 'on lui donne généralement. Il fournit lui-même des rensei
gnements sur les premières années de sa vie dans un passage autobiographique.
Bion était issu de la couche la plus basse de la société. Son père, un esclave
libéré, était poissonnier et sa mère, du nom d 'Olympia (nom conservé dans
Athénée XIII, 591f - 592a = T 1 K .), était prostituée. Par suite de quelque faute
d 'ordre financier commise par le père , tous les membres de la famille furent
vendus comme esclaves. Bion fut acheté par un rhéteur, qui, avant de mourir, fit
de Bion son héritier et lui redonna la liberté. Sur quoi Bion quitta Olbia et se
rendit à Athènes pour étudier la philosophie (D. L . IV 46-47 = F 1 A K .).
110 BION DE BORYSTHÈNE
Formation philosophique. Arrivé à Athènes, Bion commença par entrer en
contact avec l'Académie et Xénocrate (D . L . IV 10 = T 22 K .). En ce qui
concerne les études philosophiques de Bion pendant les années suivantes, D . L .
IV 51-52 (T 19 K .) en fait le résumé. Son premier professeur fut Cratès
(- C 206 ) , qui était membre de l'Académie (attesté également dans Philodème,
Ind. Acad. Herc., si l'on suit la reconstitution de Mekler, p .62-63 = T 21 K .
(mais le passage concernerait, selon K . Gaiser et le dernier éditeur, T . Dorandi,
p . 55- 56 et p . 241, non pas les élèves de Cratès,mais ceux de Crantor – R . G .), et
dans D . L . IV 23 = T 20 K .), après quoi il adhéra à l' école cynique (aucun
professeur n 'est précisé ); il se rallia ensuite à la doctrine de Théodore de l' école
cyrénaïque (attesté également dans D . L . IV 23 = T 20 K . et IV 54 = T 3 K ., et
dans Eusébe, P. E . XIV 6 , 6 = T 23 K .) et finit par écouter l'enseignement du
péripatéticien Théophraste. Il est impossible de savoir si cette biographie
correspond à la réalité,mais il se peut bien qu'ilen ait été ainsi. Pour l'influence
exercée par ces quatre écoles sur le point de vue philosophique adopté par Bion ,
voir Kindstrand 1, p. 56 -78 .
La tradition antique semble incertaine en ce qui concerne l'école à laquelle
appartient Bion . Chose curieuse, D . L . le range parmi les philosophes de l'Aca
démie. Dans certaines sources, Bion est également appelé Ó nepifatnTIXOS
(Favorinus, fr. 115 Barigazzi, et Gnomologium Vaticanum 161 = F 39 A et C
K .), tandis que o oogloths est une désignation plus courante ( D . L . IV 47 = T 2
AK ; voir les références signalées dans Kindstrand 1 , p . 13 n . 51). En revanche,
Bion n' est jamais expressément qualifié de cynique.
Activité philosophique. Bion agissait en tant que philosophe itinérant de
type cynique (D . L . IV 53 = T 3 K .), même si la tradition antique n 'atteste que
ses visites à Rhodes (D .L . IV 49 = F 4 K . et IV 53 = T 3 K .). Il est très probable
qu'il visita la Macédoine, étant donné son amitié avec Antigone Gonatas (cf.
plus bas). Bion enseigna moyennant paiement (Stobée II 31, 97 = F 78 K .). Il eut
de nombreux auditeurs , mais ne fonda jamais une école à proprement parler :
ουδείς μαθητής αυτού επιγράφεται , τοσούτων αυτω σχολασάντων ( D . L .
IV 53 = T 3 K .). Commela tradition antique ne connaît pas de disciples de Bion ,
l'affirmation de Diogène Laërce doit correspondre à la réalité . Seul le philo
sophe péripatéticien Ariston de Céos (- A 396 ) est appelé Biwvoc (nawths
(Strabon X 5 , 6 = T 24 K .), ce qui pourrait cependant résulter d 'une confusion
entre celui-ci et le stoïcien Ariston de Chios (-- A 397) ; sur ce problème, voir
Kindstrand 1, p . 79 -82 ; 12 D . Tsekourakis, « Zwei Probleme der Aristonfrage » ,
RhM 123, 1980, p. 238 -257.
Relations avec les contemporains. Outre les philosophes mentionnés en leur
qualité de professeurs et d 'imitateur de Bion , un certain nombre de personnages
entretinrent des relations avec le philosophe :
(1) Antigone Gonatas (320/19 – 240/239) (» A 194 ], roi deMacédoine à partir
de 27776 . L 'amitié entre Bion et ce souverain est bien attestée ( D . L . IV 46 = F
1 A K ., et Stobée IV 29 a , 13 = F 2 K .), et lui valut un soutien matériel (Plutar
que, De vitioso pudore 7 , 531 e = T 4 K ., et Favorinus, Omnigena historia , fr. 66
BION DE BORYSTHÈNE 111
Barigazzi, fr. 34 Mensching = T 5 K .); voir 14 W . W . Tarn , AntigonosGonatas,
Oxford 1913 (réimpr. Oxford 1969), p . 233-239, Kindstrand 1, p . 14- 16 .
( 2 ) Les philosophes stoïciens Persaios et Philonidès, dont les relations avec
Bion étaient tendues (D . L . IV 47 = F 1 A K ., et Athénée IV , 162 d - e = F 73 K .).
(3) Ménédème d'Érétrie (D . L . II 135 = F 32 K .,et IV 54 = T 3 K .).
(4 ) Arcésilas (> A 302), fondateur de la Moyenne Académie (Clément
d ' Alexandrie , Strom . VII 4 , 24, 5 = F 31 A K ., et Eusébe, P . E . XIV 6 , 6 = T 23
K .). Voir 15 M . Lancia , « Arcesilao e Bione di Boristene» , dans Lo Scetticismo
antico, coll. « Elenchos» 6 , Napoli 1981, t. I, p . 163-177.
(5 ) Ératosthène (Strabon I 2 , 2 = T 12 K .). Voir 16 G . Dragoni, « Introduzione
allo studio della vita e delle opere di Eratostene (ca 276 - ca 195 a. C .) » , Physis
17, 1975, p. 53-54.
Bion était très vieux quand il mourut à Chalcis sur l'île d 'Eubée , après avoir
reçu , pendant la maladie qui précéda sa mort, l'aide d ' Antigone Gonatas
(Favorinus, Omnigena historia , fr. 66 Barigazzi, fr. 34 Mensching = T 5 K .).
Euvres philosophiques. Bion laissa à sa mort de nombreux écrits, vrai
semblablement sous forme de discours philosophiques auxquels il n 'avait pas
encore donné leur forme stylistique définitive. C 'est ce qui ressort des deux
informations suivantes: Tietotá tɛ xataréoltev únouvnuata , årà xal
ånopołyuata Xpeluôn npaquatelav TepléXOVTA (D .L . IV 47 = T 7 A K .), et
6c faoi oiTepi Tòv Bíwva év taſc dlatpibaīç (D . L . II 77 = T 8 A K .). Deux
titres seulement sont connus :
(1) Hepi dovrelaç (Stobée III 2, 38 et IV 19 ,42 = T 9 AB K .).
(2 ) llepì tñs ópyñs (Philodème, De ira, p . 17 Wilke = T 10 K .). (Voirmain
tenant la nouvelle édition de G . Indelli (édit.), Filodemo. L ' ira (PHerc. 182),
Napoli 1988,col. I.]
Les œuvres de Bion furent beaucoup utilisées par Télès et étaient proba
blement encore lues par Plutarque et Sénèque. Par la suite , les æuvres de Bion
ont dû être conservées uniquement sous forme de citations dans des florilèges,
son style s' y prêtant particulièrement bien , et ces textes sont les principales
sources des fragments de Bion.
Jugements anciens sur son style. Le style de Bion fut sévèrement critique
aussi bien par Théophraste (Démétrios Lacon, p . 75 De Falco = T 13 K .) que par
Ératosthène (Strabon I 2 , 2 = T 12 K ., et D .L . IV 52 = T 11 K .), qui le jugeaient
indigne d'un message philosophique. On trouve encore un jugement négatif
chez D . L . IV 52 ( T 11 K .), ainsi que dans un vers célèbre d'Horace : Bioneis
sermonibus et sale nigro (Ep. II 2 , 60 = T 14 K .). Voir aussi Kindstrand 1 , p. 49
55 .
Iconographie . Les sources anciennes ne fontmention d' aucun portrait de
Bion . On a pensé cependant que certains portraits de philosophes cyniques
représentaient Bion ; cf. 17 K . Schefold , Bildnisse, p . 122- 123 ; 18 S . Karusu ,
« Der Bronzekopf aus Antikythera – ein kynischer Philosoph » , dans Pro arte
112 BION DE BORYSTHÈNE
antiqua. Festschrift für Hedwig Kenner, coll. « Sonderschriften herausgegeben
vom Österreichischen Archäologischen Institut in Wien » 18 ,Wien /Berlin 1985,
t. II, p . 207-213 + Tafel VIII.
JAN FREDRIK KINDSTRAND .
33 BION LE PÉRIPATÉTICIEN
Le dit prêté à ce philosophe (« La Fortune n'a pas donné, mais seulement
prêté les richesses aux riches» ) dans certains gnomologia (notamment Gnomo
logium Vaticanum 161, p.67 Sternbach ) est attribué à Bion tout court dans
l’Anthologie de Stobée (IV 41, 56 ). Du fait que Diogène Laërce IV 52 présente
Bion de Borysthène (T 19 Kindstrand ; » B 32) comme un auditeur de Théo
phraste (fr. 18, 3 Fortenbaugh ), Kindstrand a choisi de regrouper les quatre
passages parallèles sous le fr. 39 (A -D ) de son recueil. Cf. J.F. Kindstrand, Bion
of Borysthenes. A collection of the fragments with introduction and commentary,
coll. « Acta Universitatis Upsaliensis : Studia Graeca Upsaliensia » 11, Uppsala
1976 , p. 122- 123 (texte ), 248 (commentaire) et 70 -73 (« Bion and the Peripatetic
school» ).
RICHARD GOULET.
34 BI( S ) TALÈ RE 10
Dans une lettre pseudépigraphe de Lysis à Hipparque (Hercher, Epistolo
graphi Graeci, p . 603, 9 = p . 114 , 8 -10 Thesleff), il est rapporté que Damô
(- D 10 ), à sa mort, aurait confié les hypomnemata de Pythagore à sa fille
Blotára avec la consigne de n 'en communiquer le contenu à personne. D 'après
Jamblique, V. pyth . 28, 146, Bitalè , fille de Damô et épouse de Télaugès, le fils
de Pythagore, aurait reçu à la mort de Damô les hypomnemata de Pythagore .
Voir cependant A . Städele (édit.), Die Briefe des Pythagoras und der Pytha
goreer, Meisenheim am Glan 1980, p.210 n . 20 : Bi(s)talè, qui ne figure pas
dans le Catalogue de Jamblique, nidans les autres témoignages sur la famille de
Pythagore , est, commeDamô, un personnage fictif, créé par l' auteur de la lettre ,
un apocryphe que l'on peutprobablementdater du jer siècle (voir p. 212 ; 352).
La forme authentique du nom est celle qui est transmise dans la Lettre à
Hipparque ; la forme Bitárn provient vraisemblablement d'une confusion avec
des nomsformés à partir de la racine latine vita .
BRUNO CENTRONE.
35 BITON MII
Académicien , disciple de Carneade , mentionné dans l' Ind. Acad. Herc. de
Philodème, col. 23, 13. Mekler, p. 122, s. v., semble enclin à l'identifier avec
Biton de Soles (- B 36 ), également disciple de Carneade,mentionné à la col. 24 ,
1. Mais on constate que les noms de la première liste ( col. 23) ne sont pas repris
dans le seconde ( col. 24). Voir T . Dorandi, Filodemo : Platone e l'Academia,
p. 261 (Prosopographia Academica ), où deux noms sont distingués.
TIZIANO DORANDI et RICHARD GOULET.
BITYS 113
6 BITON DE SOLES RE 4 м Іта
Académicien, disciple de Carnéade, mentionné dans l' Ind. Acad . Herc. de
Philodème, col. 24 , 1-2 , (= Carneade, T 3 b 16 Mette ). Cf. H . von Arnim , RE III
1, 1897 , col. 545. Mekler, p. 122, s. v., semble enclin à l'identifier avec l'autre
Biton (- B 35), également disciple de Carneade,mentionné à la col. 23, 13 .
TIZIANO DORANDI.
37 BITYS RE
Nom propre transmis par Jamblique,Demysteriis VIII 5, p.267, 14 Parthey:
Bítus Toońtns. Le personnage reste isolé, en dépit de rapprochements ono
mastiques factices trouvés chez Manéthon , Zosime l'alchimiste , Pline l’Ancien
et dans les papyrusmagiques.
Selon Jamblique, ad loc. cit., Bitys aurait découvert (EUPÁv), gravé en lettres
hiéroglyphiques dans un sanctuaire de Saïs (Basse -Égypte ), un écrit sur le nom
du dieu unique et sur la méthode permettant de s'élever jusqu'à lui, puis aurait
interprété (npuńVevoe), c'est-à-dire traduit en grec, cet écrit pour le roi
Ammôn . Il est difficile de voir dans ce récit sacré autre chose qu 'une fiction
littéraire destinée à mettre en valeur par une haute antiquité égyptienne un écrit
hermétique grec récent. Les deux personnages du récit sont des Égyptiens
fictifs : Bitys inventeur et traducteur de l'écrit, Ammôn destinataire royal du
travail de Bitys. Le titre de tipooning donné à ce dernier s'explique par le récit :
il s'agit,non d'un prophète au sens sémitique,mais d 'un interprète, traducteur et
commentateur d'un texte sacré, autrement dit un repuplaots et un èenynths.
En Demyst. X 7, Jamblique déclare que Bitys a traduit en grec (ueanpun .
VEVOEV) des 'Epuaïxai Blool (l'écrit signalé en VIII 5 ), dans lesquels le bien
suprême aurait été défini (selon une terminologie néoplatonicienne, peut-être
d 'origine porphyrienne) comme « dieu prénotionnel » (npoevvooúuevoç Debc)
et le bien humain comme processus d'unification (ÉVWOLS) à ce dieu . La diffi
culté du témoignage de Jamblique est que, si Ammôn est bien un authentique
nom propre égyptien , abondamment attesté, la graphie Bítus n 'est nulle part
attestée comme nom égyptien par l'onomastique gréco-romaine.
Le premier rapprochement effectué, inlassablement repris, a été l'euvre de
1C. C .J. Bunsen , Aegyptens Stelle in der Weltgeschichte , t. I, Hamburg 1845
(traduit en anglais par Ch. H . Cottrell, sous le titre Egypt's Place in Universal
History, 2e éd., t. I, London 1867, p. 81-82). Bitys le prophète y est identifié
avec le roi Bydis (ou Bidis, Bytis, Bites) qui chez Manéthon clôt la série des rois
divins censés avoir régné sur la Basse -Égypte durant 13 900 années (Aegyptiaca,
I, fragment grec perdu,mais connu de façon complète par la version arménienne
de la Chronographie d'Eusébe et reproduit dans FGrHist III C 1, nº 609, Leiden
1958, p. 12 ). Selon Bunsen, ce personnage unique reconstitué serait à la fois
demi-dieu, roi, héros et prophète . Cette hypothèse est tenue par 2 K . Sethe, art.
« Bydis (Bites)» , RE III 1, 1897, col. 1104, pour « sehr fraglich » , mais admise
encore par l'éditeur de Manéthon dans la LCL, 3 W . G . Waddell, Manethon ,
London 1940, p. 4, 1 (ne signale pas que l' identification vient de Bunsen et
114 BITYS
qu 'elle n 'est pas admise par Sethe). Selon cette hypothèse , les deux noms
propres transmis par Manéthon et Jamblique dériveraient de l'ég. by. ty, « api
culteur » et « roi de la Basse -Égypte » , titre que Waddell, à la suite de Flinders
Petrie (1900) et de H .R . Hall (1913), rapproche de façon erronée de Bártos ,
nom que selon Hérodote IV 155 les Libyens donnent à leur roi. Sur ce dernier
nom propre, voir la mise au point de 4 0 .Masson , « Le nom de Battos, fon
dateur de Cyrène, et un groupe de mots grecs apparentés» (1976 ), repris dans
Onomastica Graeca selecta, t. I, Paris 1990, p. 269-283. Si l'étymologie Bítuci
Bydis< by.ty était fondée, on aurait en grec * 'E6 (e ) irns ou * 'E8 (e ) itos sur le
modèle by.ty > copt. EBEIT ; sur les graphies égyptiennes et coptes, voir 5 A .
Erman et H . Grapow , Wörterbuch der Aegyptischen Sprache, t. I, Leipzig 1925 ,
p . 434 -435 ; à compléter par 6 E . Otto , « Der Gebrauch des Königstitels bitj » ,
ZAS85, 1960, p . 143-152. D 'autre part, la connotation royale de l'idéogramme
by.ty reste essentielle chez les Égyptiens hellénophones de la fin de l'Antiquité
(Chérémon ap. Porphyre, De abst. IV 9 ; Hermapion ap. Ammien Marcellin , Res
gestae XVII 4, 11 ; Horapollon , Hieroglyphica I 62). Or le Bitus de Jamblique,
qui provient d'un traité hermétique perdu, n 'a pas le statut de roi,mais celui de
scribe et d' interprète (ntpoonins) au service d' un roi.
Les autres explications connues de Bítuç sont tout aussi suspectes que
l'identification précédente.
L 'hypothèse de 7 Fr. J. Lauth , Aegyptische Chronologie, München 1877 ,
p . 30 , et Id., Aus Aegyptens Vorzeit, Berlin 1881, p. 104 , selon laquelle le
personnage reconstitué de Jamblique /Manéthon serait le héros légendaire du
Conte des deux frères, Bata (b3t3), prenant forme de taureau et, à la fin du
Conte, accédant au trône de l'Égypte , est admise par 8 Ed .Meyer, « Nachträge
zur Aegyptischen Chronologie » , APAW 1908, p. 21 n . 1 ,mais tenue par 9 A . H .
Gardiner, « The Hero of the Papyrus d'Orbiney », PSBA 27, 1905, p . 185,
comme« a brilliant and even probable, yetwholly unproven,conjecture » .
Les rapprochements opérés par les spécialistes du monde gréco-romain n 'ont
pas abouti à des résultats plus satisfaisants . 10 A . Dieterich , « Papyrus Magica
Musei Lugdunensis Batavi» , JKPh, Supplementband 16 , 1888 , p. 752-754 ,
rapprocha l'hypothétique Bituc/Bydis de deux autres noms propres: 1. lat.
Bithus, médecin de Dyrrhachium , auj. Durrës (côte de l' Albanie), lequel aurait
selon Pline, N . H . XXVIII 82, inventé deux recettes censées annuler le pouvoir
nocif du sang menstruel si la femme indisposée prend soin de ne pas passer
devant un miroir et si elle porte sur elle un petit poisson , en l' occurrence un
mulet (sorte de rouget ); 2 . Vitus, qui, selon le codex grec magique de Paris
(B . N . Suppl. gr. 574, ca 300 , reproduit dans K . Preisendanz [édit. ), Papyri
Graecae Magicae, nº IV ), aurait inventé trois recettes de séduction dans les
quelles il est qualifié tantôt de « roi» ( 1928 -2139), tantôt de « Thessalien »
(2140-2144); selon Dieterich , seul le Bítus de Jamblique serait identique au
Bithus de Pline. 11 E . Riess, art. « Bitys» , RE III 1, 1897, col. 550, rejette cette
identification mais ajoute à la liste des prétendus homonymes un autre nom
propre : Bitos, mentionné par Zosime l'Alchimiste , Commentaire sur la lettre
BLAESUS DECAPRI 115
Oméga, § 9- 10, et censé avoir composé une tablette (rivat) sur le nom de
l'Homme primordial, Thoyth selon les Égyptiens, Adam selon les Chaldéens.
12 R . Reitzenstein , Poimandres, Leipzig 1904, p. 106 -108, puis 13 W .
Bousset, Hauptprobleme der Gnosis, Göttingen 1907, p . 192 n . 1 , estiment de
façon gratuite que ces multiples noms propres désignent un seul et unique
auteur, qui serait le premier témoin de la doctrine hellénistique de l'Anthropos
qu 'adopteront plus tard les gnostiques Naassenes. 14 W . Kroll, « Die religions
geschichtliche Bedeutung des Poseidonios» , JKPh 39, 1917, p. 156 n . 2, pense
que seul le Bithus de Pline, portant un nom thrace, est un personnage réel, les
autres nomspropres étant des fictions littéraires. 15 W . Scott, Hermetica, t. IV ,
Oxford 1936 , p . 73, adopte le point de vue inverse de Reitzenstein 12 et Bousset
13 ( autant de personnages que de noms) et suppose de façon gratuite que le
Bítus de Jamblique serait un prêtre égyptien d 'un certain rang et de date
récente. Pareillement, 16 K . Preisendanz, art. « Pitys » 3, RE XX 2 , 1950, col.
1882 - 1883, estime que Bitus serait un Égyptien qui aurait vécu sous Néron
comme le stoïcien Chérémon cité par Jamblique en De myst. VIII 4, sorte de
« théosophe hermétiste » qui serait identique au Bítoç de Zosime et n 'aurait rien
à voir avec les « magiciens charlatans» non- Égyptiens, NítuC/ Bithusmention
nés dans les papyrus magiques et chez Pline. Le point de vue de Preisendanz 16
est repris par 17 W . Gundel et H . G . Gundel, Astrologumena, Wiesbaden 1966 ,
p . 39 n. 13, ainsi que par 18 H .G . Gundel, Weltbild und Astrologie in den
griechischen Zauberpapyri, München 1968, p . 75. 19 É . des Places ( édit.),
Jamblique, Les mystères d 'Égypte, CUF, Paris 1966, p . 221, ne connaît sur le
sujet que l'opinion émise par Scott 15, qu 'il prend pour vérité établie.
La seule certitude en cette affaire est que le nom propre Bítus, qui sert à
désigner le « prophète » du roi Ammôn, est une variante graphique de l'anthro
ponyme thraco -bithynien Blous, répandu en Égypte dès l'époque ptolémaïque
(voir le Thesaurus Linguae Latinae, t. II, Leipzig 1900 -1906 , p . 2017- 2018, et, à
titre d'exemple , SEG XXVII, 1977, n° 973 bis, ligne 23). Des phénomènes
homonymiques anciens ont pu être à l'origine de l'utilisation de ce nom propre
authentiquement grec là où on attendrait un nom égyptien. L 'état actuel de la
documentation ne permet ni de restituer la graphie exacte de l' anthroponyme
égyptien du récit sacré transmis par Jamblique, ni d 'identifier le personnage à tel
héros légendaire de l'histoire de l'Égypte reconstituée par Manéthon ou à telle
autre figure déjà signalée.
MICHEL TARDIEU .
38 BLAESUS DE CAPRIRE 4 ?
Ce poète, originaire de Capri (Kanpeárns), ne nous est connu que par
quelques raresmentions (références dans 1 G . Kaibel, art. « Blaisus» 4, RE III 1,
1897, col. 556 , et 2 CGrF fr. 3 -5). Étienne de Byzance (p .357, 1 M .) le présente
comme un onovôoyenoiwv Tronths, ce qui a conduit à le considérer comme un
auteur de Ménippées (Kaibel 1). Néanmoins cette hypothèse n 'a guère de
fondements solides : Blaesus de Capri est essentiellement associé à des auteurs
116 BLAESUS DE CAPRI
comme Rhinton ou Skiras, c' est-à -dire ceux qui pratiquaient la phlyaque ou
hilarotragédie en Grande-Grèce (Athénée III, 111c ; J. Lydus, De magistratibus
I 41; cf. 3 M . Gigante, Rintone e il teatro in Magna Grecia , Napoli 1971, p . 82
83). Comme eux, il est également considéré comme un pythagoricien par J.
Lydus (loc. cit.). Une telle mention a été souvent critiquée, voire corrigée (cf.
4 Susemihl, GGLA, t. I, p . 242). Mais pour Rhinton nous possédons d'autres
témoignages (cf. Gigante 3 ) et, comme son activité se déroule à Tarente,
l' influence du pythagorisme n 'est pas à rejeter. La même conclusion peut
s' étendre à Blaesus de Capri, bien qu'il ne soit pas possible de l'étayer plus
solidement en l'absence de témoignages précis.
MICHÈLE DUCOS.
39 BLANDUS (RUBELLIUS -) Fja
Ce chevalier, originaire de Tibur (Tacite , Ann . VI 27, 1), fut le premier
membre de l'ordre équestre à enseigner la rhétorique à Rome (Sénèque le
Rhéteur, Contr. II praef. 5 ). Sénèque le cite assez souvent (Contr. VII et IX ),
mais ces fragments très courts permettent difficilement de se représenter son art.
Ses liens avec la philosophie tiennent surtout à ses relations avec Papirius
Fabianus qui suivit ses leçons, alors même qu'il se consacrait à la philosophie
aux côtés de Sextius (Sénèque le Rhéteur, loc. cit.). L 'éloquence de Rubellius
Blandus était peut-être plus proche de l'éloquence de combat recherchée par
Fabianus que l'art asianiste d 'Arellius Fuscus, son premiermaître , à moins que
Rubellius Blandus n 'ait fait preuve de quelque intérêt pour l'école sextienne,
mais rien ne permet de l'affirmer.
Cf. J. Broszka, art. « Blandus» ,RE III 1, 1897, col. 557-558.
MICHÈLE DUCOS.
40 BLOSSIUS DE CUMES (C . -) RE 1 IIa
Stoïcien, ami et conseiller de Tiberius Gracchus. Il est cité par Cicéron (De
amicitia XI 37) et par Valère-Maxime (4 , 7 , 1), mais les renseignements que
nous possédons sur lui proviennent essentiellement de Plutarque (Vie de Tib .
Gracchus VII et XX ). Originaire de Cumes (cf. 1 D . R . Dudley, « Blossius of
Cumae » , JRS 31, 1941, p . 94-99, qui étudie ses origines familiales), il fut l' élève
d ' Antipatros de Tarse « qui lui avait fait l'honneur de lui dédier plusieurs traités
philosophiques » (Plutarque, Vie de Tib . Gracchus VIII 6 ). On le retrouve
ensuite aux côtés de TiberiusGracchus, au momentde son tribunat (1339) et des
propositions de loi agraire. Le jour de sa mort, Blossius le poussa à ne pas se
laisser arrêter par un présage défavorable (ibid . XVII 6 ). Après sa mort, il est
interrogé devant le sénat (ou les consuls ) et défend la mémoire de son ami (ibid .
XX 5-6) en reconnaissant avoir agi sur son ordre et en considérant qu 'il aurait
obéi à toutes ses demandes, même s'il s'agissait de brûler le Capitole, « car
Tiberius ne l'aurait pas commandé, si cela n ' avait pas été utile au peuple » (cf.
De amicitia XI 37). Blossius évite finalement une condamnation; ultérieu
BOETHIUS 117
rement, il se rend près d 'Aristonicos (RE 14 ) et se donne la mort quand celui-ci
échoue dans son programme révolutionnaire .
Ces éléments permettent-ils de préciser qui fut Blossius de Cumes ? Si son
appartenance au stoïcisme ne fait aucun doute , il ne semble pas avoir laissé
d ' écrits et c ' est seulement à travers son action que l'on peut entrevoir le philo
sophe qu ' il fut. Son influence sur TiberiusGracchus ne fait guère de doute et les
sources s'accordent pour le présenter comme un conseiller et un inspirateur, bien
qu'il n 'ait pas fait partie de ceux qui l'ont formé (cf. Dudley 1 ; et 2 G .
Garbarino, Roma et la filosofia greca , p . 445 -455). Des études précises
(3 I. Hadot, « Tradition stoïcienne et idées politiques au temps des Gracques» ,
REL 48 , 1970 , p. 133-179, et 4 C . Nicolet, « L 'inspiration de Tiberius
Gracchus» , REA 67, 1965, p. 142-158 ) ontmontré le rôle qu 'a joué la Grèce
dans l' inspiration des Gracques. Et sans doute Blossius a -t-il cherché à exercer
une action identique auprès d'Aristonicos, qui souhaitait établir la « Cité du
Soleil » et assurer l'égalité de tous en libérant les esclaves (Strabon XIV 1, 38).
Dans ces conditions, Blossius ne se présente pas seulement comme un stoïcien
qui se fait le conseiller des hommes politiques, mais aussi comme un repré
sentant de ce stoïcisme qui, à la suite d' Antipatros, privilégie avant tout une
justice équitable , marque les limites de la propriété privée et insiste sur les
devoirs envers la communauté du genre humain .
Cf. 5 E . Klebs, art. « Blossius» 1, RE III 1, 1897, col. 571 ; 6 M . Gigante,
«Momenti e motivi dell'antica civiltà flegrea » , dans l'ouvrage collectif Il
destino della sibilla ,Napoli 1986 , p . 81-84.
MICHÈLE DUCOS .
41 BOETHIUS (AniciusManlius Severinus - ) RE 1 PLRE II :5 V -VI
La date de naissance de Boèce est inconnue. On peut supposer qu 'il est né
dès les années 480, car il fait lui-mêmemention de l'extrême jeunesse de ses fils
lorsqu ' ils furent choisis comme consuls en 522 et Ennodius présente les æuvres
de Boèce achevées vers 507 commela production d'un jeune prodige.
On sait peu de chose de son éducation . Elle a dû initialement se dérouler dans
le cercle de Symmachus, son père adoptif, puis son beau-père, où il acquit
également sa connaissance du grec . Cassiodore , Var. I 45, s'adresse à Boèce en
employant la formule sic enim Atheniensium scholas longe positus introisti qui
peut signifier ( a ) littéralement, qu 'il étudia la philosophie en étant person
nellement présentdans les écoles à Athènes, ou (b ) au sensmétaphorique, qu'il
étudia la philosophie grecque, tout en étant géographiquement isolé de son lieu
d 'enseignement. Cf. 1 P. Courcelle , Les lettres grecques en Occident de
Macrobe à Cassiodore, Paris 1943, p . 259-261, et 2 J. Shiel, « Boethius'
Commentaries on Aristotle » ,MRS 4 , 1958, p . 217-244 .
Des listes d 'ouvrages de Boèce sont fournies par des sources contemporaines
ou quasi contemporaines. Les témoignages les plus importants sont (a) Boèce, In
De interpr., ed . sec., II, p . 79 -80 (présentation détaillée de son projet de
traduction de tous les traités aristotéliciens disponibles, puis des dialogues de
118 BOETHIUS
Platon) ; (b) Cassiodore , Ordo gen. Cassiod. = « Anecdoton Holderi » (la
compétence de Boèce en grec et en latin ; composition du De Trinitate, du
Contra Eutychen et Nestorium , et des « capita quaedam dogmatica » (De fide
catholica ?]; et traduction d 'ouvrages de logique et de mathématique); et
(c ) Cassiodore , Var. I 45 (traduction d 'ouvrages de « Pythagore » (= Nico
maque ? ] sur la musique, de Ptolémée sur l'astronomie, de Nicomaque sur
l' arithmétique, d’Euclide sur la géométrie , de Platon sur la théologie , d' Aristote
sur la logique et d' Archimède sur la mécanique). Des traités particuliers de
Boèce sont également mentionnés par Boèce, De syllog. categ. 822 B , 830 D
(traduction des Analytica priora d 'Aristote (et des Analytica posteriora ?)); De
diff. top. 1173 C (traduction et commentaire des Topiques d 'Aristote); De
consol. phil. I m . 1, 7 - 8 (@ uvres poétiques) ; Cassiodore, Inst. II 3 , 11 (commen
taire sur le De interpretatione d'Aristote ), II 3, 18 (commentaire sur l’Isagoge de
Porphyre), II 4 , 7 (traduction de l'Introductio arithmetica) et II 6 , 3 (traduction
d'Euclide).
Les allégeances philosophiques de Boèce peuvent être déduites premièrement
des citations qu 'il fait, principalement dans le De consolatione philosophiae.
Dans cet ouvrage apparaissent incontestablement des enseignements tirés du
Gorgias, du Ménon , du Phédon et de la République de Platon . Le Timée tient
également une place importante et son contenu est transposé en hexamètres dans
le De consol. phil. III m . 9 . Ailleurs dans le même ouvrage la Physique
d 'Aristote est citée explicitement. Que Boèce lisait ces deux auteurs à la manière
d 'un néoplatonicien athénien ou alexandrin du ve siècle est suggéré par (a ) sa
conviction qu 'Aristote et Platon sont en harmonie dans leurs doctrines (Boèce,
In De interpr., ed. sec. II, p. 79-80), que le premier doit être étudié comme une
propedeutique à l'étude du second (ibid .), et qu 'Aristote est principalement un
logicien , alors que Platon est principalement un théologien (Cassiodore , Var. I
45) ; (b ) l'association de la philosophie avec un canon de textes scientifiques ou
mathématiques « pythagoriciens » : Euclide, Nicomaque, Ptolémée, etc. (ibid.);
et (c ) le recours, parfois explicite , à des philosophes et des commentateurs grecs
néoplatoniciens comme Plotin , Porphyre et Jamblique. En vérité, l'approche de
Boèce est essentiellement celle qui était la plus répandue dans les écoles depuis
l'époque de Porphyre. Boèce interprétait apparemment tout ce matériel du point
de vue des successeurs chrétiens d'Augustin , l'influence de ce dernier étant
explicitement reconnue dans la préface du De Trinitate.
La carrière politique de Boèce à la cour du roi ostrogoth Théodoric est décrite
dans les passages autobiographiques du De consol. phil. II pr. 3 et II pr. 4. La
source principale relative à sa chute , son emprisonnement et son exécution (vers
524 ) se trouve dans Excerpta Valesiana II, ed . 3 J. Moreau et V . Velkov,
Leipzig 1968, p. 85-87. Sur ce passage et les témoignages parallèles, voir 4 C .
Morton, «Marius of Avenches, the 'Excerpta Valesiana', and the Death of
Boethius », Traditio 38, 1982, p. 107 -136 .
BOETHIUS 119
Euvres et éditions.
1. EUVRES MATHÉMATIQUES.
(1 ) De institutione arithmetica libri duo, ed. 5 G . Friedlein , Leipzig 1867,
p . 1 - 173, réimpr. Frankfurt am Main 1966. Traduction anglaise par 6 M .Masi,
Boethian Number Theory, Amsterdam 1983.
(2 ) De institutione musica libri quinque, dans Friedlein 5 , p. 175 -371.
Traduction anglaise par 7 C . Bower, Boethius: Fundamentals of Music, New
Haven (CT) 1989. On trouvera une étude sur les æuvres mathématiques dans
8 J . Caldwell, « The De institutione arithmetica and De institutione musica » ,
dans 9 M . Gibson ( édit.), Boethius. His Life, Thought, and Influence, Oxford
1981, p . 135 -154.
Au cours du Moyen -Age, divers traités géométriques ont circulé sous le nom
de Boèce (cf. le témoignage de Cassiodore en Var. I 45 concernant la traduction
d'Euclide par Boèce). Édition dans Friedlein 5, p. 372-428 . Bien qu'une partie
de ce matériel soit très ancienne, on ne peutmontrer qu 'il se rattache directe
ment à Boèce. Au Xe siècle , Gerbert d' Aurillac prétendait avoir vu un traité de
Boèce sur l'astronomie (cf. le témoignage de Cassiodore signalé plus haut sur
une traduction de Ptolémée ). Quel qu' ait été ce traité, il n 'en reste aucune trace.
Sur ces traditions scientifiques pseudo -boéthiennes, voir 10 M . Folkerts,
Boethius ' Geometrie II. Ein mathematisches Lehrbuch des Mittelalters, Wies
baden 1970 , et D . Pingree, « Boethius' Geometry and Astronomy» , dans Gibson
9 , p . 155 - 161.
II.CUVRES LOGIQUES.
A . TRADUCTION ET COMMENTAIRES DE L' ISAGOGE DE PORPHYRE.
(3) Traduction : 11 L .Minio -Paluello et B . Dod (édit.), Categoriarum supple
menta , Porphyrii Isagoge, coll. « Aristoteles Latinus» I 6 -7, 1966 .
(4 ) Premier commentaire. 12 G . Schepps et S . Brandt (édit.), In Porphyrii
Isagogen , editio prima, coll. CSEL 48,Wien/Leipzig 1906 , p . 1-132 .
(5) Second commentaire. Voir Schepps et Brandt 12, p. 133-348.
B . TRADUCTIONS ET COMMENTAIRES D 'ARISTOTE.
(a) Catégories.
(6) Traduction : 13 L. Minio-Paluello (édit.), Categoriae vel praedicamenta ,
coll. « Aristoteles Latinus» I 1- 5, 1961.
(7 ) (Premier ?) commentaire. In Categorias Aristotelis, 14 PL 64, col. 159
294.
(8 ) (Fragment d 'un second commentaire ?) 15 P . Hadot, « Un fragment du
commentaire perdu de Boèce sur les Catégories d 'Aristote dans le codex
Bernensis 363» , AHMA 26 , 1959, p . 11-27 .
120 BOETHIUS
(b ) De interpretatione.
(9 ) Traduction : 16 L . Minio -Paluello ( édit.), De interpretatione, coll.
« Aristoteles Latinus » II 1-2 , 1965.
( 10 ) Premier commentaire. 17 C . Meiser (édit.), In Aristotelis De inter
pretatione, Leipzig 1877.
(11) Second commentaire. Voir Meiser 17 .
(c ) Premiers analytiques.
(12) Traduction : 18 L . Minio -Paluello (édit.), Analytica Priora , « Aristoteles
Latinus» III 1-4 , 1962.
(d ) Topiques.
(13) Traduction : 19 L .Minio -Paluello et B . Dod ( édit.), Topica, « Aristoteles
Latinus » VI 1- 3, 1975 .
C . COMMENTAIRES SUR CICÉRON .
(a) Commentaire sur les Topiques.
(14) 20 J. C . Orelli et J.G . Baiter (édit.), Commentarii in Ciceronis Topica,
dans M . Tulli Ciceronis opera quae supersunt, Zürich 1833, t. I, p . 269
395 . Traduction anglaise : 21 E . Stump, Boethius's In Ciceronis Topica, Ithaca
(NY) 1988.
D . TRAITÉS ORIGINAUX.
( 15) De syllogismis categoricis, 22 PL 64, col. 793-832.
( 16 ) Introductio ad syllogismos categoricos, 23 PL 64, col. 761-794.
( 17 ) De divisione, 24 PL 64, col. 875-892. Traduction italienne par 24 bis L .
Pozzi, Boezio : Trattato sulla divisione, Padova 1969.
( 18) De syllogismis hypotheticis, ed. 25 L . Obertello, Brescia 1969.
Traduction italienne par 26 L . Obertello, Boezio : De hypotheticis syllogismis,
Brescia 1969.
(19) De differentiis topicis, 27 PL 64, col. 1173 - 1216 . Traduction anglaise :
28 E . Stump, Boethius's De topicis differentiis, Ithaca (NY) 1978.
Étude sur les traités logiques de Boèce dans Shiel 2 , et 29 L .Minio -Paluello ,
Opuscula : The Latin Aristotle, Amsterdam 1972 .
La traduction latine des Seconds analytiques imprimée dans PL 64, col. 711
762, a été attribuée à Jacques de Venise (XI s.) par 30 L . Minio -Paluello ,
« Jacobus Veneticus Grecus : Canonist and Translator of Aristoteles » , Traditio
8 , 1952, p . 265-304. La traduction qu' en avait faite Boèce (mentionnée dans De
syllog. categ. 822 B , 830 D ) est par conséquent perdue ou du moins n 'a pas
encore été identifiée.
BOETHIUS 121
III. EUVRES THÉOLOGIQUES.
(20 ) Quomodo Trinitas unus deus ac non tres dii (habituellement citée sous le
titre De Trinitate).
(21) Utrum Pater et Filius et Spiritus Sanctus de divinitate substantialiter
praedicentur.
(20 ) Quomodo substantiae in eo quod sint bonae sint cum non sint
substantialia bona (traditionnellement citée , de façon incorrecte , sous le titre De
hebdomadibus).
(22 ) De fide catholica .
(23) Contra Eutychen et Nestorium .
Ces cinq traités ont été édités par 31 R . Peiper, Leipzig 1871. Traduction
anglaise par 32 H .F . Stewart, E .K . Rand et J. S. Tester, Boethius: The Theo
logical Tractates and the Consolation of Philosophy, coll. LCL 74 , « Revised
edition » Cambridge (Mass.) 1973, p . 2- 129.
Le De fide catholica a été conservé sans nom d'auteur et sans titre dans les
meilleurs manuscrits, ce quiexplique les controverses soulevées à propos de son
authenticité. Cependant, le témoignage de Cassiodore (Ordo gen . Cassiod.) qui
rapporte que Boèce a écrit capita quaedam dogmatica apporte un poids consi
dérable en faveur de son authenticité. Pour un examen récent de la question, voir
33 H . Chadwick , Boethius: The Consolation of Music, Logic, Theology, and
Philosophy, Oxford 1981, p. 175- 180.
IV . EUVRES PHILOSOPHIQUES.
(25) De consolatione philosophiae, ed . 34 L. Bieler, CCSL 94 , deuxième
édition , Turnhout 1984 . Il en existe des traductions dans toutes les principales
langues européennes. Étude de l'euvre, en même temps que de ses sources et de
l'influence qu 'elle a exercée dans 35 P . Courcelle , La Consolation de philo
sophie dans la tradition littéraire , Paris 1967, et 36 J . Gruber, Kommentar zu
Boethius De consolatione philosophiae, Berlin 1978.
Chronologie des œuvres. On ne peut dater avec exactitude qu ’un nombre
relativement restreint d'euvres de Boèce (si l'on excepte le De institutione
arithmetica dont le terminus ad quem de 507 est fourni par Cassiodore , Var.
I 45 , et le De consolatione philosophiae qu'il faut dater du séjour de Boèce en
prison vers 524 ). Les principales datations proposées se trouvent dans 37 L .M .
de Rijk , « On the Chronology of Boethius' Works on Logic » , Vivarium 2 , 1964,
p . 1-49 et p . 125- 162, et 38 L . Obertello , Severino Boezio, Genova 1974, t. I,
p. 342.
Concordances. Voir 39 L . Cooper, A Concordance of Boethius: The Five
Theological Tractates and the Consolation of Philosophy, Cambridge (Mass .)
1928 , et 40 M . Bernhard, Wortkonkordanz zu Anicius Manlius Severinus
Boethius De institutione musica,München 1979.
122 BOETHIUS
Bibliographie. Une bibliographie complète jusqu 'en 1974 a été publiée par
Obertello 38, t. II. Elle est répartie en diverses sections portant sur les éditions,
les études, le contexte général, etc .
STEPHEN GERSH .
42 BOÉTHOS RE 6 MFI
Épicurien athénien ,contemporain et amide Plutarque de Chéronée (De Pyth .
or. 396d - 398 ; Quaest. conv. V 1 ; VIII 3 ). Il était géomètre de formation et
devait avoir atteint une certaine notoriété dans cette spécialité, car elle est
évoquée dans deux des trois passages où Plutarque le fait intervenir.Le narra
teur du De Pyth . or. évoque son ralliement à l'épicurisme (396d),mais lui donne
encore son titre de géomètre. Pourtant Boéthos reniait désormais catégorique
ment cette période de sa carrière , qu'il présente dans les Quaest. Conv. VIII 3
comme une erreur de jeunesse (720e). L 'expression de 396d : « qui se range à
présent dans le camp d 'Epicure » laisse entendre que cette conversion est
intervenue assez tardivement. Elle se place néanmoins avant les années 80 , car
le banquet des Quaest. Conv. VIII 3 , donné par Ammonios ( ~ A 138 ) lors de sa
troisième stratégie des hoplites, ne peut, vu l'âge déjà avancé d ' Ammonios à
cette époque, se placer plus tard. Elle fut aussi définitive que tardive. C 'est à un
exposé très orthodoxe de physique épicurienne que se livre Boéthos au banquet
d' Ammonios : on ne peut donc dire, avec K . Ziegler, art. « Plutarchos », RE
XXI 1, 1951, col. 669, qu 'il ait appartenu au « cercle » d 'Ammonios. Car l'ami
tié qui le liait au maître platonicien n 'impliquait aucune convergence philo
sophique. C 'est en épicurien convaincu que Boéthos intervient aussi dans le De
Pyth. or., où ilmanifeste sansménagement son scepticisme ironique à l'égard de
l' oracle de Delphes en particulier et de la divination en général.
BERNADETTE PUECH .
43 BOÉTHOS RE 8
Eusébe de Césarée, P . É . XI 28 ; XIV 10 ; XV 11 et 16 , a conservé des extraits
d ' un ouvrage de Porphyre intitule Περί ψυχής προς Βόηθον. Dans la mesure
où ce Boéthos est présenté commeun péripatéticien soutenant que l'âme est une
entéléchie (XV 11) et déniant son immortalité (XIV 10), je ne vois pas de raison
contraignante empêchant de l'identifier avec le péripatéticien Boéthos de Sidon
( - B 48). Je sais que P . Moraux, Der Aristotelismus, t. I, p . 172 - 176 , a tiré
argument du fait que Porphyre attaque également des positions stoïciennes dans
son ouvrage pour soutenir qu 'il s'en prenait au stoïcien Boéthos (- B 47),
comme le fait Simplicius dans son De anima, mais cela ne me paraît pas
convaincant. En toute hypothèse, qu 'il soit péripatéticien ou stoïcien, il faut
l'identifieravec l'un ou l'autre des Boéthos de Sidon.
JOHN DILLON .
BOÉTHOS DE SIDON 123
44 BOÉTHOS
Auteur d'un ouvrage lexicographique intitule Λέξεων Πλατωνικών συνα
ywyn xatà otoLXETov (Collection alphabétique de mots propres à Platon ),
dédié à Mélantas (Photius, Bibl. cod. 154 ). Peut-être faut-il également lui
attribuer le Περί των παρά Πλάτωνα απορουμένων λέξεων (Sur les mots
difficiles chez Platon) dédié à Athénagore (- A 476 ). Photius, Bibl. cod. 154
155 , lisait les deux traités dans un volume qui regroupait également les lexiques
de Timée (cod. 151), Denys d'Halicarnasse (cod. 152), Pausanias (cod. 153),
Dorothée (cod . 156) et Moeris (cod. 157). Sur les sources et l'utilisation posté
rieure de ces lexiques platoniciens, voir L . Cohn , art. « Boethos» 7 , RESuppl. I,
1903, col. 253-254 . Les vestiges des lexiques de Boéthos sont regroupés dans
A .R . Dyck, « Notes on Platonic Lexicography in Antiquity » ,HSPh 89, 1985,
p . 75-88. Selon Dyck, p . 76 , Boéthos, le plus ancien lexicographe platonicien
connu , aurait utilisé le lexique de Pamphile d ' Alexandrie (RE 25, ca 50 de notre
ère ) et aurait été lui-même utilisé par Diogénianus d 'Héraclée (RE 4 , ir s.).
Voir aussi L . Cohn, « Untersuchungen über die Quellen der Plato -Scholien », JKPh Suppl.
13, Leipzig 1884, p . 781-864 ; sur Boéthos, p. 794-808.
RICHARD GOULET.
45 BOÉTHOS DE MARATHON RE 5 FIIa
Académicien, contemporain de Carnéade (-- C 42),mentionné dans la Chro
nologie d 'Apollodore apud Philodème, Ind. Acad. Herc., col. 28, 38 - 29, 17
(FGrHist 244 F 53 = Carnéade, T 3 a Mette ) ; voir col. 26 , 33-42 . Boéthos, fils
d'Hermagoras, fut disciple d'Ariston d 'Éphèse (> A 394 ) et d 'Eubule ; il mourut
dix ans après Carnéade en 120/19 , sous l' archontat d 'Eumaque. La date de
naissance est inconnue, mais il dut vivre jusqu'à un âge avancé, puisque Eubule
estmort avant 168 /7 . Apollodore le décrit comme un penseurhabile ,mais plutôt
faible dans le raisonnement. Voir H . von Arnim , RE III 1, 1897, col. 603 ;
D .Matthes, « Hermagoras von Temnos » , Lustrum 3 , 1958, p. 70 n . 1 ;
T . Dorandi, Filodemo : Platone e l'Academia , p .71-72.
TIZIANO DORANDI.
46 BOÉTHOS DE PAROS IIa
Académicien , élève de Carneade ( C42),mentionné dans l'Ind. Acad. Herc.
de Philodème, col. 23, 44 = 32, 42 (= Carnéade, T 3 b 15- 16 Mette ).
TIZIANO DORANDI.
47 BOÉTHOS DE SIDON RE 4 MII
Philosophe stoïcien , disciple de Diogène de Babylone (mort vers 150 -140
- D 146 ), commentateur d 'Aratus ( A 298) et auteur de plusieurs ouvrages dont
les maigres fragments conservés semblent attester le caractère hétérodoxe (rejet
des doctrines de l'ecpyrösis et de la palingénésie cosmique au profit de l'éternité
et de l'incorruptibilité du monde, rejet de la représentation du monde comme un
animal).
124 BOÉTHOS DE SIDON
Fragments et témoignages. 1 SVF III, Fragmenta Successorum Chrysippi,
VI, p. 265-267. Ce recueil doit être complété par plusieurs témoignages que
nous citerons plus bas. Les fragments retenus par von Arnim sont traduits en
italien dans 2 M . Isnardi Parente , Stoici Antichi, coll. « Classici della Filosofia » ,
Torino 1989 , p .675 -679.
L 'extension du fr. 7, emprunté à Philon , De incorr. mundi 76 ; 78-84 , a fait l'objet de
propositions diverses. 3 M . Pohlenz, Die Stoa , t. II, p. 94 , propose de l'étendre à 85 - 103 .
L 'analyse des sources la plus poussée reste celle de 4 H . von Arnim , Quellenstudien zu Philon
von Alexandria, coll. « Philologische Untersuchungen >> 11, Berlin 1888 , p. 1-52 (« Uber die
pseudophilonische Schrift tepi apoapolaç xoquou » ). Von Arnim rattache les extraits de
Boéthos à une source péripatéticienne qui entendait démontrer l' éternité du monde contre les
doctrines stoïciennes de l'ÉXttúpwols et de la nariy Yeveola ; cette source (que l'on peut dater
du jer s. av. J. -C .) s'en prenait également aux conceptions platonicienne, atomiste et épicu
rienne de l'univers . Selon von Arnim la critique de la renaissance du cosmos qui se lit en 85
93 pourrait se rattacher également à Boéthos, tel qu ' il était utilisé par cette source péripaté
ticienne .
Les fr. 10 et 11 qui concernent l'âmedoivent être étudiés en rapport avec les fragments du
traité de Porphyre intitulé lepiquxñs npoc Bóndov conservés par Eusebe (P . E . XI 28 ; XIV
10 , 3 ; XV 11 et 16 ). S 'agit- il de Boéthos de Sidon le stoïcien , de son homonyme et compa
triote péripatéticien (- B 48) ou d'un tout autre Boéthos (- B 43) ? L 'identification est rendue
difficile par le fait que Boéthos ne semble pas personnellement visé dans ces fragments qui
attaquent aussi bien la doctrine péripatéticienne de l'âme que la doctrine stoïcienne ou
épicurienne.
Cf. 5 R . Hirzel, Untersuchungen zu Ciceros philosophischen Schriften , t. II,
Leipzig 1882 (réimpr. Hildesheim 1964), p. 221-230 ; 6 H . von Arnim , art.
« Boëthos» 4, RE III 1, 1897, col. 601-603 ; Pohlenz 3, t. I, p. 180 et 185-186 ;
t. II, p. 93-94 ; 7 E .Maass, Aratea, coll. « Philologische Untersuchungen » 12 ,
Berlin 1892, notamment p . 152 - 158 ; 8 J. Martin , Histoire du texte des Phéno
mènes d 'Aratos, Paris 1956 , notamment p. 18 -22 .
Ouvrages attestés.
(1)Tepipúoewç, Sur la nature: D .L. VII 148 (fr. 3);
(2)Iepi eiuapuévns, Sur le destin :le premier livre est cité par D .L . VII 149
(fr. 5);
(3) Commentaire sur les Phénomènes d'Aratos: Géminos XVII 48 cite le
quatrième livre (év TĄ TETáptw Bibliw tñs 'Apátou Enyhoewc) à proposdes
« causes physiques des vents et des pluies» et des prévisions météorologiques
que l'on peut tirer – comme le fait Aratos – « du lever et du coucher du soleil,
des levers et des couchers de lune, du halo qui se produit autour de la lune, des
étoiles filantes et des animaux privés de raison » (47 ; trad. Aujac). Selon Martin
8 , p. 19 et 21, Boéthos résistait à l'invasion des pronostics astrologiques et
préférait substituer des causes naturelles aux prétendus changements atmosphé
riques dus aux levers et aux couchers des constellations.Maass 7, p. 153- 154,
attribue à Boéthos l'ensemble des développements du chapitre XVII de Géminos
sur les étionuaolai. C 'est sans doute le premier livre de cet ouvrage qui est
désigné sous le titre de premier livre ſlepi ’Apátov par l’Isagoga bis Excerpta
5, p. 324 , 8-9 Maass = Vita II, p. 12, 15-17 Martin ( Teubner 1974 ): selon
BOÉTHOS DE SIDON 125
Boéthos de Sidon , Aratos aurait cherché à imiter la poésie d 'Homère plutôt que
celle d 'Hésiode . « Car il s' est élevé à l'ampleur de vue des philosophes
physiciens, selon lesquels il existe un principe qui gouverne le monde dans ses
plus petits détails , qui veille au déroulement des années, desmois,des jours,des
saisons, ainsi qu ' aux levers et couchers du soleil, de la lune et des cing
planètes » (trad . Martin ). Une scholie au v. 62 d' Aratos (p . 98 , 24 -25 Martin )
associe Boéthos à Aristyllos et les qualifie tous deux de uaonuatixoi. Témoi
gnages absents de SVF . La tentative de Boéthos pour justifier par des causes
physiques la validité des pronosticsmétéorologiques est égalementmentionnée
par Cicéron , De divinatione I 13-14 et II 47 (SVF fr. 4).
( 4 ) On connaît maintenant de ce philosophe un traité Sur l'ascèse en au
moins quatre livres (Bondou llepi đoxńoews Y 8') signalé, avec d 'autres
traités stoïciens de Diogène, Chrysippe, Antipatros et Posidonius, dans
PMilVogliano 11 (lettre du II s.). Cette lettre de Théon à son " ami” (étaipw )
Héraclide le " philosophe" commence par la formule de salutation platonicienne
(D . L . III 61 , Lucien, Laps. 4 ) EŬ TpáTTELV. Sur cette formule, voir récemment
9 A . Acosta Méndez, « Diogenes Laertius X 14, 1 -2 » , dans Syzetesis. Studi M .
Gigante , Napoli 1983, p. 121-132. La lettre est éditée , traduite et commentée par
10 A . Linguiti, dans CPF, t. I 1 *, nº 6 , p . 110-114 , qui rappelle qu'Hérillus et
Denys d 'Héraclée (»- D 82) avaient composé des ouvrages portant ce titre .
Le lieu d 'origine, qui en fait non seulement l'homonymemais le compatriote
du péripatéticien Boéthos de Sidon , est attesté par la Vita II d ' Aratus, p . 12, 15
Martin , et par Philon (De incorr.mundi 76 = SVF fr. 7 ), qui associe Boéthos à
Panétius en les désignant comme « des hommes qui s' étaient affermis dans les
doctrines stoïciennes, sous l'effet d 'une inspiration divine » (trad. Pouilloux) :
ăvopec ÉV totc Etwixonç dóyuaoi loXuxÓTES, áte Deółnntol. Grâce à ces
témoignages, on peut restituer son nom dans un passage de l' Index Stoicorum de
Philodème où l'on croit reconnaître une liste de disciples de Diogène de
Babylone : Bón ]100¢ £ .86 (Vlog ] (sect. 9, col. 51, 8 - 9, omis dans les SVF, mais
voir Diogène de Babylone, fr. 11) . Il suit dans la liste Apollodore de Séleucie
(- A 250 ) sur le Tigre qui succéda à Diogène.
Boèce figure, à la suite d 'Apollodore à nouveau , dans la table des matières du
Parisinus graecus 1759 (et ses copies) qui a conservé la liste des stoïciens qui
étaient traités dans la partie perdue du livre VII. Voir 11 V . Rose, « Die Lücke
im Diogenes Laërtius und der alte Übersetzer » , Hermes 1, 1866 , p . 367-397, en
particulier p . 370-372 (d 'après le Laurentianus 69. 35 , fol. 1" , un descendant
tardif du Parisinus) ; 12 E . Martini, « Analecta Laertiana, I » , LS 19 , 1889, p . 86
(d 'après le Parisinus lui-même, fol. 1" ) ; plus récemment: 13 T . Dorandi,
« Considerazioni sull’ index locupletior di Diogene Laerzio » , Prometheus 18,
1992, p . 121- 126 . Cetémoignage est également absent des SVF .
RICHARD GOULET.
S
126 BOÉTHO DE SIDON
48 BOÉTHOS DE SIDON RE 9 ма
Philosophe péripatéticien qu'il faut distinguer d'un homonyme stoïcien
(- B 47), antérieur d'un siècle.
Édition. Les fragments de Boéthos de Sidon et les témoignages sur sa vie et
ses cuvres n'ont pas encore été rassemblés.
Études d 'orientation . L ' étude critique la plus complète sur la pensée de
Boéthos est celle de 1 P.Moraux, Aristotelismus, t. I, p . 143- 179. 2 A . Gercke ,
art. « Boethos» 9, RE III, 1899, col. 603 -604 ; 3 Überweg-Praechter, 192011,
p. 572 ; 4 K . O . Brink , art. « Peripatos» , RESuppl. VII, 1940, col. 899 - 949 (sur
Boéthos, col. 945 -946) ; 5 Fr. Wehrli, « Der Peripatos bis zum Beginn der
römischen Kaiserzeit » , GGP, Antike 3 , p . 459-599 ( sur Boéthos, p. 595 -596 ) ;
6 H .B . Gottschalk , « Boethus' psychology and the Neoplatonists » , Phronesis
31, 1986 , p . 243-257 ; 7 id ., « The earliest Aristotelian commentators » , dans
R . Sorabji (édit.), Aristotle Transformed, London 1990, p. 55-81 (il s 'agit de la
réimpression, avec additions et corrections, des pages 1089 -1112 et 1150 - 1151
de l'article paru dans ANRW II 36 , 2 , Berlin 1987, p . 1079 - 1174, sous le titre
« Aristotelian philosophy in the Roman world from the time of Cicero to the end
of the second century A . D . » ).
Vie. Comme les dates de la vie de Boéthos dépendent de celles d 'Andronicos
de Rhodes, on se reportera à 8 , la notice (> A 181) que R . Goulet a consacrée au
premier éditeur des æuvres ésotériques d'Aristote . Boéthos fut en effet l'élève
d 'Andronicos de Rhodes et, selon certains, son successeur à la tête de l'École
péripatéticienne d 'Athènes. Si l'on admet pour Andronicos une datation haute
(activité de 78 à 47 environ à Athènes), on situera l'activité de Boéthos vers le
milieu du jer siècle av. J.- C ., mais si l'on retient la datation basse (activité de 40
à 20 environ à Rome), il faut situer l'activité de Boéthos dans la seconde moitié
du jer siècle av. J.-C . Ammonius mentionne Boéthos comme le onzième succes
seur d 'Aristote : 8 dè Bondoc ÉvÉXatoç ÅTÒ ’AplotoTÉMOUS YEVÓLEVOÇ (In
Anal Pr., p . 31, 12-13 Wallies). Notons que dans son commentaire sur le De
Interpretatione (In De interpr., p . 5 , 24 Busse), Ammonius accorde le onzième
rang à Andronicos; il est possible que, dans cette liste , Aristote soit compté ;
Andronicos serait alors le dixième successeur d ' Aristote et Boéthos, le onzième.
Wehrli 5, p. 595 note que ce témoignage d'Ammonius repose certainement sur
une reconstruction des successions remontant à l'époque du néoplatonisme et
pense que Boéthos a vécu comme son maître à Rome et qu ' il a exercé son
activité dans l'entourage d 'Octave . Pour d 'autres références sur cette question,
cf.Goulet 8, p. 201.
Boéthos naît certainement dans la première moitié du jer siècle av. J.- C .
Strabon (XVI 2, 24, p . 757 C .), né vers 64/3 , mentionne dans sa Géographie, à
propos de la ville de Sidon , deux philosophes réputés ( Évoočou) originaires de
cette cité et vivant à son époque, Boéthos et son frère Diodote (- D 136 ) .
Strabon connaît personnellement Boéthos et il se sert de la formule suivante
pour caracteriser son rapport avec lui : Βόηθός τε και συνεφιλοσοφήσαμεν
BOÉTHOS DE SIDON 127
Miuets rà ’AplotOTÉhela . Le verbe ovudioOopetv est compris comme
désignant tantôt un rapport d 'élève à élève (Gercke 2 , col. 603, et 9 H . Dörrie ,
KP, « Boethosd» 3), tantôt la arelation du disciple au maître (Wehrli 5 , p . 595 ;
sophie arisCommentaire
$ succ«eSimplicius,
10 I. Hadot, aleless catégories
tor :25).Morsur catégori » , fasc . I, Leiden 1989,
p. 4 n . 10 ; Moraux 1, p . 54 n . 25 ). Moraux 1 , p . 143, précise que Strabon a
étudié la philosophie aristotélicienne auprès de lui, non pas à Athènes où
Boéthos succédera finalement à Andronicos à la tête de l'École péripatéticienne
(« vers le milieu du per siècle av. J.-C . ou quelques années après » ),mais plutôt en
Asie mineure ou à Alexandrie , ou même à Rome (cf. encore Moraux 1 , p . 54
55) .
Euvres .
( 1) Philosophie de la nature.
Nous savons par plusieurs commentaires tardifs sur les Catégories que
Boéthos s ' était écarté de son maître Andronicos sur la question de savoir par
quelle partie de la philosophie il fallait commencer l'étude d 'Aristote. Tandis
que son maître défend la primauté de la logique dans l'ordre de l'étude des
traités d ' Aristote (il sera suivi en cela par la plupart des commentateurs
d 'Aristote ), Boéthos défend celle de la philosophie de la nature : « Boéthos de
Sidon dit qu'il faut commencer par la doctrine de la nature ( tñs puolXDS
mpayuatelac) parce qu'elle nous est facilement connaissable et plus familière
(ovvndeotépac)» (Philop., In Cat., p. 5, 16 - 17 Busse ). Cette thèse est peut-être
à mettre en rapport avec une autre thèse importante de Boéthos, celle de l'anté
riorité du singulier sur l'universel, non seulement dans l' ordre du connaître ,
mais aussi dans celui de l'être (cf. infra). On ne sait si Boéthos discutait cette
question dans une introduction générale à la lecture d'Aristote ou dans un autre
contexte. Sur la question, traditionnelle chez les commentateurs des Catégories,
de savoir par où commencer l'étude d'Aristote, voir Hadot 10 , p . 94 - 96 . Malgré
l'importance que Boéthos a donnée à la physique, aucun témoignage ne nous
garantit que Boéthos ait écrit un commentaire sur la physique. Cependant nous
possédons trois fragments concernant la philosophie de la nature, grâce à la
paraphrase de Thémistius sur la Physique et au commentaire de Simplicius sur le
même traité . Rien n 'indique que ces citations soient extraites d 'un commentaire
suivi sur la physique.Moraux 1 , p . 170 -171, a montré que les trois citations de
Thémistius, qui figurent aussi chez Simplicius, sontcertainement empruntées au
commentaire d 'Alexandre d'Aphrodise ( A 112) sur la Physique. Deux de ces
fragments traitent du temps. Boéthos semble s'écarter de l'opinion d'Aristote ,
puisqu 'il critique la définition du temps comme mesure du mouvement. Pour
Boéthos cette définition qui lie le temps à une âme qui calcule (mesurer et
calculer étant des activités psychiques) ne permet pas d 'accorder au temps la
réalité physique objective qui est la sienne (Thémistius, In Phys., p . 160, 26 -28
et p . 163, 5- 7 Schenkl; Simplicius, In Phys., p .759, 18 - 20 et p. 766 , 16 - 19
Diels).
128 BOÉTHOS DE SIDON
(2) Commentaire sur les Catégories.
Les citations les plus nombreuses de Boéthos sontextraites de son commen
taire sur les Catégories. Les commentateurs postérieurs des Catégories, en
particulier Simplicius, rapportent avec respect (par ex. Simplicius, In Cat., p . 1 ,
17 - 18 Kalbfleisch ) nombre d 'opinions de Boéthos. Les fragments de ce
commentaire de Boéthos sont importants pour nous, dans la mesure où ils
contiennentdes réponses à des objections formulées avant lui contre la doctrine
des catégories et nous permettent par là d ' inscrire la critique plotinienne des
catégories dans une tradition. Boéthos apparaît comme le défenseur d 'Aristote
contre les reproches injustifiés et les fausses interprétations qu'il trouvait parfois
chez son maître et, plus souvent, chez les stoïciens qui se sont intéressés de
bonne heure aux Catégories (cf. Moraux 1, p. 148, et, pour une critique plato
nicienne des Catégories, contemporaine de Boéthos, 11 H . Dörrie, « Der Plato
niker Eudoros von Alexandreia » , Hermes 79, 1944, p . 29, repris dans Platonica
Minora, München 1976 , p . 300 -301 ; voir en outre 12 J. Dillon , The Middle
Platonists, London 1977, p. 133-135 ). Les fragments conservés portent entre
autres sur: (a ) l'objet propre du traité, (b ) la définition des homonymes, (c) la
substance (ojola ), (d ) la relation , ( e) les catégories de l'action (TTOLETV ), de la
passion (Ttáoxelv ), de la position (xelobal), du temps (noú, cf. 13 S .
Sambursky, The physicalworld of late Antiquity, London 1962, p . 12-13, et la
critique de 14 R . Sorabji, Time, creation and the continuum , London 1983,
p . 82) et de l' état (ŠXELV ) (rien sur les catégories de la quantité et de la qualité ),
(f) les postprédicaments. Pour le détail de l'interprétation des fragments et
témoignages conservés, voir Moraux 1, p. 147- 164. Nous ne retiendrons que
deux points. Boéthos est, semble -t-il, le premier à interpréter l'objet des Caté
gories comme n 'étant ni les éléments du langage, ni les genres suprêmes de
l' être considérés en eux-mêmes,mais comme étant les éléments du langage en
tant qu 'ils signifient les êtres. Les heyóueva désignent premièrement des
concepts et par accident les objets ( 15 P .Moraux, Aristotelismus, t. II, p . 336
337). D 'autre part, il soulève la question de savoir à laquelle des trois substances
mentionnées par Aristote , la matière, la formeet le composé des deux , convient
la définition de la substance première. En effet, la matière et le composé ne sont
pas dits d 'un sujet et n 'existent pas dans quelque chose d 'autre. Il n 'en va pas de
même pour la forme, qui tombe ainsi sous une catégorie autre que celle de la
substance, que ce soit la qualité, la quantité ou une autre encore (Simplicius, In
Cat., p . 78, 4 -20 Kalbfleisch ). Pour Boéthos, la forme devient donc un accident
de la substance. De cette thèse découle celle de la postériorité ontologique de
l'universel par rapport au singulier (cf. Dexippe, In Cat., p . 45, 12 -31 Busse ;
Syrianus, In Met., p . 106 , 5 - 7 Kroll ( sur ce texte, cf. Moraux 15 , p .600 ] et
Überweg-Praechter 3, p . 572 et 577). Cf. 16 P . M . Huby, « An excerpt from
Boethus of Sidon 's Commentary on the Categories ? » , CQ 31, 1981, p. 398
409 : l' auteur pense pouvoir attribuer au péripatéticien Boéthos deux textes
concernant la catégorie du temps publiés par 17 Th. Waitz , Aristotelis Organon
Graece, I, Leipzig 1844 , p . 19-23.
BOÉTHOS DE SIDON 129
(3) Traité particulier sur la catégorie de la relation .
Dans son commentaire sur les Catégories (p. 163, 6 Kalbfleisch ), Simplicius
cite un traité particulier que Boéthos aurait consacré au problème de la relation :
Περί του πρός τι και πρός τί πως έχοντος. Boéthos y defendait l'unité de la
catégorie de la relation contre les attaques des stoïciens. Ceux -ci distinguaient en
effet les propriétés relatives d 'une chose ( tà npós tl), comme le doux et l'amer,
et les relations pures qui ne dépendent pas d 'une qualité spécifique de la chose
(Tà npóç ti nws Éxovta ), comme “ père de” , “ situé à droite ” ou “ plus grand” .
Pour sauver l' unité de la catégorie, Boéthos souligne que ,même dans le cas des
relations pures, il y a toujours un lien avec la chose ainsi qualifiée : une chose
qui est dite plus grande qu 'une autre doit posséder au moins la grandeur (cf.
Simplicius, In Cat., p . 165,32 - 166,29 Kalbfleisch).
(4 ) Commentaire sur les Premiers Analytiques.
Nous n 'avons que deux témoignages qui puissent se rapporter à un commen
taire (ou à une recherche monographique ) sur la théorie du syllogisme. Dans le
premier (Ammonius, In Anal. Pr., p . 31, 11-25 Wallies), on apprend que
Boéthos défendait la thèse selon laquelle les syllogismes de la deuxième et de la
troisième figure sont parfaits (téneLoi). C 'est la thèse admise par les néoplato
niciens Porphyre, Jamblique, Syrianus, Proclus, Hermias, Ammonius, et peut
être déjà par Théophraste (18 A. Graeser , Die logischen Fragmente des
Theophrast, Berlin /New -York 1973, p .83, et 19 I.M . Bocheński, La logique de
Théophraste, Fribourg 1947, p . 64-65). Le second témoignage (Galien, Instit.
Log . VII 2 , p . 17, 4 - 9 Kalbfleisch ) présente une thèse où se lit l'influence du
stoïcisme. Boéthos considère comme premiers et évidents par eux-mêmes
(avantó ELXTOL) les syllogismes hypothétiques du type « - si A , alors B . – A . -
Donc B » . PourMoraux 1 p . 169, cette modification de la doctrine d ' Aristote va
de pair avec la thèse de la priorité du singulier sur l' universel. En effet, Boéthos
se donne par là la possibilité de conclure à partir des données singulières de la
perception sensible .
(5) Éthique.
Sur l' éthique, nous ne possédons également que deux témoignages, l'un
concernant la notion de passion (nádoc), l'autre celle d 'appropriation à soi
même (oixeiWOLS, npőtov oixelov). Dans le premier, on voit Boéthos attaquer
le monisme psychologique des stoïciens en distinguant deux parties de l'âme,
l'une rationnelle , l'autre irrationnelle (Aspasius, In E . N ., p . 44, 20-33 Heylbut
avec la correction de Moraux 1 , p. 177 n . 6 , et, mieux, Moraux 15 , p . 284
n . 198 ; voir encore 20 F . Becchi, « Aspasio e i peripatetici posteriori : la formula
definitoria della passione» , Prometheus 9 , 1983, p .83- 104, surtout p. 98 -104);
dans le second, il affirme que l'homme est l'objet originel de son intérêt
(Alexandre , De An. mant., p . 150 , 19 - 153, 27 Bruns). Comme le concept
d 'oixeiwolc est central dans la théorie stoïcienne de la morale, on pense immé
diatement à une influence de la Stoa. Mais, comme Boéthos réfute par ailleurs
les thèses stoïciennes, il est préférable de replacer cette discussion à l'intérieur
130 BOÉTHOSDE SIDON
du Péripatos, en prenant au sérieux la thèse de 21 F . Dirlmeier (« Die Oikeiosis
Lehre Theophrasts » , Philologus, Suppl. 30, 1, 1937), et de considérer Théo
phraste comme l'initiateur de cette problématique au sein de l'aristotélisme.
Dubia .
(6 ) Psychologie .
De la doctrine de l'âme de Boéthos, nous connaîtrions quelques indications à
travers les citations faites par Eusébe d'un ouvrage de Porphyre intitulé lepi
yuxñs tpos Bóndov, si le Bondoc (- B 43) en question s 'avérait être le péri
patéticien . Les citations de ce texte de Porphyre ont été conservées dans les
livres XI, XIV et XV de la Préparation évangélique (XI 28, 1- 16 ; XIV 10 , 3 ;
XV 11, 1 -4 et 16 , 1- 2). Le premier traducteur français des fragments de l'ou
vrage polémique de Porphyre, 22 E . Lévêque (« Fragments de psychologie
néoplatonicienne » (dans: M .- N . Bouillet, Les Ennéades de Plotin , t. II, Paris,
1859, p .609-687 ; le Traité de l'âme contre Boéthus occupe les pages619-624 ]),
indiquait en note : “ Boéthus est un philosophe stoïcien mentionné par Diogène
Laërce VII 143 et 149" (n . 1 , p .619). La même opinion est défendue aujour
d 'hui par Moraux 1, p . 172 -176 , qui attribue aussi au stoïcien les deux autres
testimonia relatifs à la psychologie de Boéthos (Macrobe, In Somn. Scip . I, 14 ,
20 Willis, et Simplicius (Priscianus ?), In De An., p. 247, 24 -26 Hayduck = SVF
III, p. 267, 11-14 ). Il faut donc corriger la notice que P .Moraux a consacrée à
Boéthos dans le 23 LAW , art. « Boethos » 4 , 1965. Contre Moraux 1, Gottschalk
6 défend l'attribution au péripatéticien des testimonia sur la psychologie , à
l'exception de celui transmis parMacrobe. De son côté, 24 G .Movia, Anima e
intelletto . Ricerche sulla psicologia peripatetica da Teofrasto a Cratippo,
Padova 1968, p. 194-200 (chapitre intitulé « Boeto di Sidone : forma, universale
e anima» ) admet que le Boéthos contre qui Porphyre écrivit son traité sur l'âme
et dont Simplicius rapporte une aporie sur l'immortalité est le péripatéticien. Il
souligne la cohérence entre la théorie ontologico -gnoséologique de la substance
(négation de la substantialité de la forme) et les témoignages de Porphyre et de
Simplicius sur la psychologie (apories sur l'immortalité de l'âme).
JEAN -PIERRE SCHNEIDER.
49 BOÉTHOS (FLAVIUS -) REB 10, F51 PIR F 229 MII
Consulaire (åvno ÚTATIXÓC), originaire de Ptolémaïs en Syrie -Palestine.
Il nous est connu principalement par quelques passages du De praenotione de
Galien . Voir 1 V . Nutton (édit.), Galen, On Prognosis. Edition, translation and
commentary by V . N ., coll. CMG V 8, 1, Berlin 1979. Certains passages sont
traduits par 2 P . Moraux, Galien de Pergame. Souvenirs d 'un médecin , Paris
1985 , 197 p .
Cf. 3 A . Kappelmacher, art. « Flavius » 51, RE VI 2 , 1909, col. 2534 -2535 ;
4 E . Groag, PIR2 F 229, t. III, Berlin 1943, p . 140.
Lors de son premier séjour à Rome ( 162-166 ), Galien fit la connaissance de
Flavius Boéthos au chevet d'un malade âgé de 63 ans (p . 82, 20-21 Nutton ), le
BOÉTHOS (FLAVIUS -) . 131
péripatéticien Eudème (p. 80, 15-19 Nutton ),maître et voisin de Galien (p. 82 ,
12). Galien présente Boéthos comme dióxaróç te xai pinouaons (p. 96 , 6
Nutton) et adepte de la philosophie péripatéticienne (xatà Tv ’AplotoTÉNOUS
aipeolv OlooODOūvti: De propriis libris, p. 94 , 20-21 Müller; v. aussi
ÉOTEUXUS OÈ nepiTv ’AplotOTÉRouc pioooplav : XIV ,612).
Boéthos avait en effet étudié les doctrines péripatéticiennes avec Alexandre
de Damas (XIV , 627, » A 114 ), « qui connaissait les doctrines de Platon ,mais
s'attachait davantage à celles d'Aristote » (c'est à tort que Kappelmacher rap
porte ce trait à Boéthos lui-même). S 'étant passionné comme aucun de ses
contemporains pour l'anatomie (II, 215 Kühn), il demanda à Galien de « faire
une démonstration sur la voix et la respiration , en expliquant comment et grâce à
quels organes elles se produisent » (p. 80 , 26 -27 Nutton ; trad . Moraux , texte
n° 27 , p . 80 ) . Cette conférence , pour laquelle Boéthos fournit les chevreaux et
les porcs nécessaires aux expériences (p. 96 , 10-11 Nutton ), se prolongea sur
plusieurs jours, après une première séance ratée à cause d'Alexandre qui se ridi
culisa en posant comme question préalable : « Pouvons-nous faire confiance aux
données de la sensation ? » (p. 96 , 5 -6 .9- 10 Nutton ). Boéthos avait rassemblé à
cette occasion toute une société cultivée (cf. p. 80, 23-25 Nutton : noav 8' oŬTOL
σχεδόν άπαντες οι κατά την Ρωμαίων πόλιν αξιώματί τε και παιδεία
npoŰXOVTEC). La rencontre est relatée par Galien (p. 96 ,5 - 100,6 Nutton) qui la
présente comme une chmolç dirigée contre les stoïciens et lespéripatéticiens en
présence d'autres médecins et de philosophes (p . 94 , 20 - 21.25 -26 Nutton ).
Après la conférence, Boéthos, qui devait quitter Rome, demanda au médecin de
rédiger des hypomnemata consignant le contenu de son enseignement et lui
envoya des tachygraphes (τους διά σημείων ήσκημένους) pour noter sous sa
dictée (p. 98, 27- 100 , 20 Nutton ). Boéthos reçut ainsi une première version, en
deux livres, du Περί ανατομικών εγχειρήσεων (le De anatomicis administra
tionibus, que Galien allait devoir réécrire plus tard parce que Boéthos étaitmort
entre temps et que les manuscrits que Galien possédait à Rome avaient péri dans
l'incendie du temple de la Paix en 192), et plusieurs autres ouvrages (II, 215
Kühn ).
Boéthos est le dédicataire des traités suivants : lepi avanvons altiwv a ', B '; Nepi ouvñs
a ’- 8'; lepi tñs ' Intoxpátous ávatouñs a '-s '; lepi tñs 'Epaolotpátou ávatouñs a '- r ';
Περί της επί των ζώντων ανατομής α', β '; Περί της επί των τεθνεώτων ανατομής;
' Ανατομικών εγχειρήσεων α', β '; Περί των Ιπποκράτους και Πλάτωνος δογμάτων α '
s' (conservé); Nepi xpelas uopiwv a' ( conservé). Soit 9 traités et 27 livres (voir la liste dans
Kappelmacher 3, col. 2535, à la suite de 5 J. Ilberg, « Über die Schriftstellerei des Klaudios
Galenos. II » , RhM 47, 1892, p . 512).
Édition récente des 'Avatouixai értelphoeis par 6 I. Garofalo ,Galeno, Procedimenti
anatomici. Introduzione, traduzione e note di I. G .,Milano 1991, 3 vol. Une version arabe des
quatre premiers livres a également été publiée par le même éditeur: 7 I. Garofalo , Galenus,
Anatomicarum Administrationum libri qui supersunt novem . Earundem interpretatio arabica
Hunaino Isaaci filio ascripta . Tomus prior libros I- IV continens, Napoli 1986 .
Comme médecin, Galien eut à traiter la femme de Boéthos (cf. p. 110 , 18
116 , 23 Nutton , ainsi que XI, 341 Kühn ) et son fils Cyrillos (p. 104, 24 - 110 , 12
Nutton ; p . 138 , 11- 12) .
132 BOÉTHOS (FLAVIUS -)
Boéthos avait sans doute été consul suffect à la fin du règne d' Antonin le
Pieux ou au début de celui de Marc-Aurèle et de Lucius Verus. Avant que
Galien ne quitte Rome (été 166 ), il fut envoyé, probablement comme
gouverneur (cf. ápcwv), en Syrie -Palestine, sa patrie d 'origine (II, 215 Kühn ),
où ilmourut (De propriis libris, p . 96 , 23-24 Müller).
RICHARD GOULET.
50 BOÏDAS (Botbac) RESuppl <2 > DK 34 va ? Iva ?
Philosophe d'époque inconnue mentionné dans une Scholie sur les Nuées
d'Aristophane (v. 96 ).
La scholie doit maintenant être lue dans l'édition de D . Holwerda, Scholia Vetera in
Nubes, coll. « Scholia in Aristophanem » I III 1, Groningen 1977, p . 31 (ad 96d).
Afin de montrer qu 'il n 'y avait pas d 'inimitié personnelle entre Socrate et
Aristophane, le scholiaste donne deux exemples analogues: « D 'abord (on
songe) à Diphile, qui composa contre le philosophe Boïdas un poème entier
(óóxanpov... Toinua) où le philosophe était insulté et même traité comme un
esclave, sans qu 'il ait été pourtant son ennemi; puis à Eupolis, qui, tout en ayant
fort peu mentionné Socrate , l'a attaqué bien plusméchamment qu 'Aristophane
ne l'a fait tout au long des Nuées » (trad . D . Delattre dans J.-P. Dumont (édit.),
Les Présocratiques, Paris 1988, p. 447). Boïdas devait donc être un contem
porain de Diphilos, tout comme Socrate l’était d'Eupolis et d'Aristophane,mais
l'identification et donc la datation de ce poète n'est pas assurée.
Delattre (p . 1333 n . 1) semble penser à Diphilos de Sinope, poète de la nouvelle comédie
(RE 12 ), contemporain de Ménandre, mais on a identifié le poète de la scholie à un autre
Diphilos (RE 11), auteur de choliambes, de date inconnue ; cf. Th. Bergk, Poetae Lyrici
Graeci, 4e éd., vol. II, Leipzig 1882, p . 504. Selon Diels-Kranz, les mots « d 'abord » et
« ensuite » dans la scholie n'impliqueraient pas (contrairement à ce que suppose O. Crusius,
art. « Diphilos » 11, RE V 1, 1903, col. 1152 -1153) une succession chronologique des
exemples et ne prouveraient pas que Diphilos ait été antérieur à Eupolis.
RICHARD GOULET.
51 BOÏDION IVA-IIIa
Épicurienne, hétaïre du Jardin , mentionnée par Plutarque, Non posse suav.
vivi sec. Epic. 1097 e. C.J . Castner , « Epicurean Hetairai as Dedicants to
Healing Deities ? » , GRBS 23, 1982, p.51-57, a émis l'hypothèse qu'il faudrait
identifier à la Bordion épicurienne la dédicataire homonyme de SEG XVI 300,
12. Cf. H . W . Pleket, SEG XXXII 1687, p . 467.
TIZIANO DORANDI.
52 BOIÓ D 'ARGOS
Femme pythagoricienne dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V. pyth. 36 , 267 ; p . 147, 5 Deubner.
BRUNO CENTRONE.
BOLOS DE MENDÈS 133
53 BOLOS DE MENDÈS RE 3
Columelle (ier siècle de notre ère) nous apprend qu'un auteur égyptien
nommé Bolos de Mendès a publié ses ouvrages sous le nom de Démocrite , et en
cite deux passages:
– Res rustica VII 5, 17: « Bolos [le texte porte Dolus corrigé en Bolus par
Thomas Reinesius) deMendès, fameux auteur égyptien qui publia ses ouvrages
(commenta ) intitulés en grec Xelpoxunta en les faisant circuler faussement
sous le nom de Démocrite , pense qu 'à cause de ce fléau (hanc pestem ) (cf. $ 16 ,
où la maladie est appelée sacer ignis, terme qui, dans le cas des ovins, désigne la
clavelée ou variole du mouton ), il faut examiner fréquemment et soigneusement
le dos des moutons. Si par hasard quelque trace de la maladie vient à être décou
verte , on creuse un trou au seuil de la bergerie , on y couche vivante la bête qui
présente des pustules et, après l'avoir enfouie, on fait passer dessus l'ensemble
du troupeau pour qu'ainsi la maladie se trouve chassée.»
- Ibid . XI 3, 53: « J'ai lu , chez l'auteur égyptien Bolos deMendès, qu'on
peut atteindre le même résultat plus facilement. Il conseille de planter , dans un
endroit du jardin exposé au soleil et bien fumé, férules et ronces en rangs
alternés, puis , après l' équinoxe, de les couper légèrement au -dessous du niveau
du sol et d'introduire du fumier dans les tiges avec un stylet en bois, pour y
mettre ensuite des graines de concombre (et ligneo stilo laxatis vel rubi vel
ferula medullis stercus inmittere atque ita semina cucumeris inserere...). En
s'accroissant, elles s'incorporeront aux férules et aux ronces, tirant leur nourri
ture non de leurs propres racines mais, pour ainsi dire , de celles de leur mère .
Ces plantes ainsi greffées donnentdes concombresmême pendant le froid .»
Mais la singulière prolifération des écrits pseudo-démocritéens (cf. outre les
euvres attribuées à Démocrite dans les lettres pseudo-hippocratiques, Aulu
Gelle, Nuits attiques X 12 , 8, Diogène Laërce IX 49), alliée au caractère essen
tiellement anonyme ou polyonyme de la recette , interdit d ' imputer à Bolos des
textes mis sous le seul nom de Démocrite , comme l'a fait M . Wellmann qui lui
attribue 82 fragments à la fin de sa monographie « Die Georgika des Demo
critos» , APAW 4, 1921 (voir encore, id., art. « Bolos» 3 , RE III 1, 1897, col.
676 -677 ; « Die Ovoixá des Bolos Democritos und der Magier Anaxilaos aus
Larissa » , APAW 7 , 1928 ; Id ., Der Physiologus, coll. « Philologus, Suppl.-Bd. »
22 , 1, 1930 ; voir aussi les réserves formulées par W . Kroll, « Bolos und
Demokritos » , Hermes 69, 1934, p . 228-232 ). En particulier, rien ne permet
d 'identifier, avec M . Berthelot (Les Origines de l'alchimie, Paris 1885 , p. 99,
thèse reprise par J. Bidez et Fr. Cumont, Les Mages hellénisés, Paris 1938, t. II ,
p . 324, A . J. Festugière , La Révélation d 'Hermès Trismégiste, t. I, Paris 19502,
p . 224 sqq., amplifiée par J. Lindsay, The Origins of Alchemy in Graeco -Roman
Egypt, London 1970 , p . 90 sqq., et acceptée par G . Fowden, The Egyptian
Hermes, Cambridge 1986 , index s. v. “ Bolus ofMendes” , p .238, col. a ), Bolos à
l'un des pseudo -Démocrite alchimistes, notamment à l'auteur de l'ouvrage en
IV livres, De l'or, de l'argent, des pierres et de la pourpre, postérieur à l'empe
reur Claude ( cf. I. Hammer -Jensen, « Die älteste Alchymie » , Det kongelige
134 BOLOS DE MENDÈS
danske Videnskabernes Selskab, Historisk-filologiske Meddelelser IV 2,
København 1921, p . 80 -98 ; J. Letrouit, « Datation des alchimistes grecs» , dans
D . Kahn et S. Matton (édit.), Alchimie : art, histoire et mythes. Actes du jer
colloque international de la Société d'Étude de l'Histoire de l'Alchimie , Paris,
Collège de France, 14- 16 mars 1991, coll. « Textes et Travaux de Chrysopæia »
1, Paris 1994, p. 80 - 98.
A strictement parler, au plus trois autres textes en sus de ceux de Columelle
peuvent être rapportés à Bolos.
- Étienne de Byzance , 'EOVixá, s. v. "Aquvdoç : « Absinthe [...] il y a aussi
une sorte de plante de ce nom dont parle Bolos le démocritéen .» [Nous repre
nons la ponctuation de l'édition A .Meineke : "Abuvoog: ... ŠOTL DÈ xai eldoç
φυτού περί ου Βώλος ο Δημοκρίτειος. “ Ότι Θεόφραστος εν τω Περί φυτών
ενάτω τα πρόβατα τα εν τω Πόντω το αψύνθιον νεμόμενα ουκ έχει χολήν.
En effet: ( 1) Il ne subsiste des ’EOvixá qu'un abrégé, d 'où la structure oti sans
verbe après un point (cf. s. v. "Aotu , Bévva, Aáovn, Alvouua , Odoog – nous
devons ces trois dernières références à D . Béguin ); (2) Étienne de Byzance tire
la phrase Oeoppaotoc- xoanv des Histoires merveilleuses d'Apollonios (§ 31
Giannini). Ce paradoxographe du IIe siècle av. J.-C . paraphrase ici Théophraste ,
Histoire des plantes IX 17 , 4, comme le feront après lui Pline, H . N . XI 194 ,
XXVII 45, et Élien, H .A . XI 29.]
- Scholie à Nicandre , Thériaques, v. 764 : « Bolos le démocritéen déclare
dans son livre Sympathies et antipathies (Ilepi ovunaDeLĀv xalårtinaOELĀv)
que les Perses, qui avaientchez eux une plante mortelle, la plantèrent en Égypte
dans l'espoir de faire périr beaucoup d' Égyptiens, mais elle devint comestible et,
s'étant transformée en son contraire , elle produisit un fruit très sucré.» (Le texte
porte ‘ Põãos corrigé en Bõios par Lucas Holste, cf. A . Crugnola (édit.),
Scholia in Nicandri Theriaka, coll. « Testi e documenti per lo studio dell'
antichità » 34 ,Milano 1971, p. 276 .]
- Souda, s.v. Boros B 481, t. I, p. 489, 27-28 Adler: « Bolos Démocrite,
philosophe, Recherche et Science médicale ('Iotopía xai téxin latpixń ) :
contiennent des remèdes merveilleux tirés de moyens naturels (iáoelç PUOLXdG
ÅTÓ TIVWV BonOnuátwv tñs púoewc) » . Et ibid., B 482, t. I, p . 289,29 - 290 , 3
Adler : « Bolos de Mendès, pythagoricien , Sur ce qui nous conduit au savoir
dans la lecture des recherches (Ilepi tõv £x tñs åvayvúcewÇ tõv iotoplav
kiç étiotaolv nuāç åyóvtwv), Sur les prodiges (Ilepi Davuaoiwv), Proprié
tés naturelles ( voixà duvauspá) : contiennent des considérations sur les
sympathies et les antipathies des pierres par ordre alphabétique ; Sur les signes
provenant du Soleil, de la Lune, de la Grande Ourse, de la Lampe et de l'arc
en -ciel (IIepi onuelwv TÕVÉg nalov xai dennvns xal õpxtov xai lugvlov
xai (pudoc).»
Ces textes montrent que l'existence de plusieurs auteurs du nom de Bolos
n 'est pas à exclure. Le ou les Bolos ont pu non seulement rédiger des écrits
pseudo -démocritéens, mais encore en faire circuler d 'autres sous leur propre
nom . JEAN LETROUIT .
BOURIKHIOS D 'ASCALON 135
BONUS → SOUAPIS (SEXTUS -)
54 BOTÔN D 'ATHÈNES RE PA 2901 DM VI ?
Maître de Xénophane de Colophon (ca 570 -470 ?) selon D .L. IX 18 (DK 21
A 1), qui rapporte que d'autres prétendaient que Xénophane avait été l'élève
d 'Archélaos (- A 308) et d'autres encore qu'il n'avait pas eu de maître. Il n' était
pas nécessairement philosophe .
Diels et Kranz proposent de l'identifier avec le Botôn mentionné dans les Vies des dix
orateurs du Pseudo -Plutarque, IV , 837 a : Isocrate se serait servi dans un procès contre des
sycophantes de téxval de son maître Théramène qui étaient intitulées (Étlyeypaquéval) “ de
Botôn ”.Mais ce Botôn a vécu à la fin du Ve siècle et il faudrait supposer, avec Diels et Kranz,
que le renseignement concernait à l'origine Xénophon et non Xénophane. Sur ce type de
confusion dans les abréviations des noms de philosophes chez Diogène Laërce, voir J.Mejer,
Diogenes Laertius, p. 25-27, et, pour notre passage, n . 54 : « While Xenophon could have
heard A (rchelaos), Xenophanes could not» . Une confusion entre les deux philosophes est
manifeste en D . L . II 13 (cf. IX 20 ).
RICHARD GOULET.
55 BOULAGORAS
Diadoque pythagoricien , successeur de Mnémarque et prédécesseur de
Gartidas, d'après Jamblique, V. pyth . 36, 265 ; p . 142, 19-21 Deubner ; c 'est à
son époque que serait survenu le sac de Crotone (379). Selon A . Rostagni,
(« Pitagora e i Pitagorici in Timeo » , AAT 1913- 14, repris dans Scritti minori II
1: Hellenica-Hellenistica, Torino 1956 , p. 3-50 ), qui suppose dans la liste des
diadoques une lacune d 'un ou deux noms avant ou après Boulagoras, la prise de
Crotone par Denys l'Ancien serait survenue lorsque le successeur de Boulagoras
était chef de l'école. Voir cependant F. Prontera , « Gli ultimipitagorici» , DArch
IX -X , 1976 -1977, p. 267-332, notamment p. 274-275 et n. 13.
BRUNO CENTRONE .
56 BOULÔN FIIIa
Péripatéticien , un de dix popqual auxquels Lycon (mort vers 2254) lègue le
péripatos dans son testament et confie la charge de choisir un nouveau scho
larque (D . L . V 70). Premier nommé dans la liste, il est également chargé, avec
Callinos (- C 26 ), de s'occuper du cortège funèbre et de la crémation du
scholarque, sans parcimonie, mais aussi sans dépense inutile, et de rétribuer les
médecins qui l'ont soigné à partir des revenus d'une maison léguée en commun
à ces deux disciples ( V 71).
RICHARD GOULET.
57 BOURIKHIOS D 'ASCALON IV
Cet étudiant ou professeur ( sur le sens de scholasticos, voir s.v. « Bèsas de
Panopolis » , » B 29), originaire de Palestine, avait visité la « syringe» de
Memnon (tombeau de Ramsès VI) en compagnie de Bèsas de Panopolis
( 1 J. Baillet, Inscriptions grecques et latines des tombeaux des rois ou Syringes,
fasc . 2, nºs 1266 , 1279, 1405). Comme lui, ilmet sa visite en rapport avec son
136 BOURIKHIOS D ' ASCALON
attachement à la philosophie platonicienne (did Mátwva édatuaoa , n° 1279),
mais lesmessages qu 'il a laissés ontun caractère beaucoup plus énigmatique.
Dans le n° 1279, après un proscynème au nom de son frère et « seigneur» Sapricius, il
termine par une formule assez obscure : où è toúltov Évexa årtoldÉEETé (= tal) lueMátov,
d 'après la lecture de 2 A . Bataille, Les Memnonia , Paris 1952, p. 172, préférable à celle de
J . Baillet, (anooÉETE ). Les deux commentateurs estiment que le démonstratif doit renvoyer à
la visite des tombeaux : « il entend peut-être par là que ce n 'est pas pour avoir accompli ce
geste, auquel l'engageait le souvenir de Platon , que ce même Platon le reconnaîtra pour son
disciple : il lui a donné d 'autres gages de sa fidélité, par exemple en donnant à son ensei
gnement un caractère platonicien » (Bataille 2 ).
Le n° 1405 est une curieuse inscription en forme de dialogue. Dans la première partie,
Bourikhios semble se reprocher de ne pas comprendre le message des hiéroglyphes
(xatbyvwv éluautoŨ Old to un érvwXÉVAL Tov Noyov ). J. Baillet a fait remarquer que la
formule semble en rapport avec l'inscription voisine nº 1404 , dont l'auteur se vantait d ' avoir
lu ” (åvayvoúc): Bourikhios, reprenant à dessein la même racine verbale, avoue pour sa part
ne pas comprendre (un érvwXÉval) et se condamne (xatbyvwv ). Les lignes qui suivent
reproduisent le commentaire d 'un autre personnage, qui interpelle le philosophe : oủx
ATTEDEEaunu oe t[ñ ] s Énultpibñs, 1 Boupplyle . A en juger par la copie de Baillet, elles ne
sont pas de la même main , et le nom est orthographié cette fois avec deux p . L ' éditeur
comprend cet ajout comme la réponse du n° 1404, qui serait donc un compagnon de voyage
de Bourikhios, et traduit : « Je ne t'approuvai pas pour cette irritation , ô Bourikhios » ; il
commente : « son ami n 'admet pas le reproche qu ' il s'adresse » . Compte tenu de la lecture,
améliorée par Bataille 2 , du 1279, on peut se demander si le rapport ne serait pas plutôt à
établir entre les deux messages de Bourikhios : oỦx ÅTEDEEaunu qe, en 1405, semble bien
correspondre à oudè ... & TODÉEETÉ (= TAL) 4e de 1279 et t[n ]s Énultpions pourrait être un
génitif de cause correspondant à toúltov Évexa. Ne s 'agirait- il pas de la « réponse » de
Platon, imaginée par un compagnon de Bourikhios, à la remarque finale du n° 1279 ? Celle-ci
paraît bien avoir été ajoutée après coup au proscynème: la photographie donnée par Baillet 1,
pl. 16 , montre que l'encre n 'est pas la même que dans les premières lignes. Quoi qu' il en soit,
le sens précis d 'étitpibn reste bien difficile à déterminer, de sorte que la signification du
dialogue demeure mystérieuse. Mais il n 'est pas impossible qu'il y ait dans tout cela une
bonne part de jeu .
BERNADETTE PUECH .
58 BOUTHÉROS DE CYZIQUE RE 10
Pythagoricien ancien dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V. pyth. 36 , 267 ; p. 146, 10 Deubner.
Témoignages. FPhG II 50 ; H . A . Brown, Philosophorum Pythagoreorum
collectionis specimen , Chicago 1941, p. 16 - 18 ; H . Thesleff, The Pythagorean
Texts, p . 59, 1-19.
Sous le nom de Bouthéros a été transmis en dialecte attique, chez Stobée I 1,
5, un fragment d 'un llepì đplouõv ( p. 59, 3 -19 Thesleff) : le nombre se
compose de monades; il est le principe éternel et la mesure des êtres; l'impair
est plus parfait que le pair ; l'un est substance, physis et nolls. Il est possible qu 'il
s'agisse d'un fragment authentique selon 1 H . Thesleff, An Introduction to the
Pythagorean Writings of the Hellenistic Period, Åbo 1961, p. 112, qui propose
de le dater du milieu ou de la fin du IVe siècle av. J.- C .
BRUNO CENTRONE.
BRO (N )TINOS 137
59 BOUTHOS DE CROTONE
Pythagoricien ancien dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V . pyth. 36 , 267; p . 143, 21Deubner.
Il faut peut-être l'identifier avec Xouthos DK 33 [23], qui ne figure pas dans
le Catalogue de Jamblique.
BRUNO CENTRONE.
BRETTIUS -> BOÉTHOS
(Dans l'article de J. Ferguson, revu et complété après sa mort par J. P . Hershbell,
« Epicureanism under the Roman Empire » , ANRW II 36 , 4 , p . 2289, il faut corriger Brettius
en Boethus. R . G .)
BROMIOS RE 5 II /IP ( ?)
Épicurien , uniquement connu par les mentions de son nom que l'on peut lire
dans le De signis (PHerc. 1065, col. 19, 4 - 11) et dans le second livre de la
Rhétorique de Philodème (PHerc . 1674, col. 34, 11-31). Nous ne possédons à
son sujet aucun détail biographique. A partir des deux passages mentionnés de
Philodème, nous apprenons que dans le De signis il constitue un point de
référence pour la réfutation des critiques dirigées par les stoïciens contre la
logique épicurienne (cf. A . Angeli et M . Colaizzo, CronErc 9 , 1979, p . 58-59, et
J . Barnes, « Epicurean Signs » , OSAPh Suppl. 1988 , p .91- 134, notamment p. 92
n . 6 - 7 : on suppose également que cette partie de l'ouvrage dépend d'un
commentarium de Bromios). Dans la Rhétorique, Philodème s'adresse à lui en
l'appelant DataToC, mais lui reproche de s'être éloigné de l'interprétation
commune de la rhétorique sophistique. On ne peut pas toutefois parler d'une
appartenance de Bromios au cercle des épicuriens dissidents (cf. F. Longo
Auricchio , CronErc 11, 1981, p. 39-40, et D . Sedley, « Philosophical Allegiance
in Greco -Roman World » , dans J. Barnes et M . Griffin (édit.], Philosophia
Togata , Oxford 1989, p. 109) .
TIZIANO DORANDI.
61 BROTINOS Via
Philosophe pythagoricien de la première génération.
Édition des fragments et des témoignages. 1 H . Thesleff, The Pythagorean
texts of the Hellenistic period, p .54, 19- 56 ,10 ; 2 M . Timpanaro Cardini,
Pitagorici, t. I, p . 74-77.
La tradition rapporte deux formes différentes du nom : Bpotīvos ( D . L . VIII
55 et 83 ; Jamblique, V. Pyth. 267; Souda, s. v. 'Opoɛúc ) ou Bpovtīvoç (Jambl.,
ibid ., catalogue des femmes pythagoriciennes, § 132 ; D .L . VIII 42) ; pour les
variantes des manuscrits, voir textes dans l'apparat critique de Thesleff 1, p. 54
55 , et DK , t. I, p . 214, 24, avec références. La forme Bpotīvos, défendue par
Usener dans son édition de Syrianus, p. 926 a 2 , est généralement préférée ; cf.
Timpanaro Cardini 2, t. I, p. 74-77.
138 BRO (N ) TINOS
Il serait né à Métaponte (Jambl., V . Pyth . 267, qui le range parmi les
MetanovTĪVOL) ou à Crotone (D .L . VIII 42). On le donne tantôt comme beau
père de Pythagore ( D . L . VIII 42 : « Pythagore avait épousé une femme du nom
de Théano, fille de Brotinos de Crotone » ), tantôt comme son gendre (D . L .
ibid.),mais ailleurs, on le dit marié à une des disciples de Pythagore , sans lien
de parenté avec lui (Jambl., V . Pyth . 132 ). Le nom de cette femme varie : Osavo
ou Δεινώ ( MD 28), var. Δεινωνώ; sur la confusion entre Θεανώ et Δεινώ dans
la tradition , voir Timpanaro Cardini 2 , t. I, p . 75, avec les références critiques.
Autres sources antiques: Souda, s. v. Oeavó 1 et 2 , et Iudayópaç.
Son existence historique et sa chronologie sont établies par D . L . VIII 83 qui
cite la « dédicace » (Burnet) qu'Alcméon de Crotone (- A 98) avait faite de son
livre à Brotinos : 'Anxualwv Kpotwvining ráoe & Rete Telploov vids
Bpotivul xal Abouti xal Badúlawl nepi tõv å avbwv xt . (DK 24 B 1).
Léon est cité dans la liste de Jamblique parmi les Métapontins, et un Bathylaos
(- B 22] (var. du même nom , cf. Timpanaro Cardini 2 , t. I, p . 148 n .) par les
« Posidoniates » (citoyens de Paestum ). Sur les rapports entre Alcméon et
Brotinos, voir 3 W . K .C . Guthrie, A History ofGreek Philosophy, t. I, p . 344
n . 1, et p .341- 343.
Un témoignage isolé et controuvé de D . L . VIII 55 met Brotinos en rapport
avec Empédocle : « La lettre qui circule sous le nom de Télaugès, selon laquelle
Empédocle aurait suivi l' enseignement d 'Hippasos et de Brotinos, n 'est pas
digne de foi (un åÇLÓTLOTOV )» . Sur cette lettre apocryphe (citée aussi par D .L .
VIII 53 = DK 31 A 1 8 53),voir Timpanaro Cardini 2, t. I, p . 76 n. 3.
Euvres. Quatre titres, variablement attribués, et un fragment sont connus.
( 1)Héthoç (« Lemanteau » ), Souda s. v. 'Oppeús, attribué soit à Brotinos,
soit à Zopyros d 'Héraclée par la notice, mais donné comme de Brotinos par
Clément, Strom . I 131.
(2) AÍXTVOV (« Le filet» ), Souda, ibid ., avec la même incertitude.
(3) DUOLXá (« Physiques »), Souda, ibid ., et Clément, ibid.
(4 ) lepi voở xai lavolaç (« Sur l' intelligence et la pensée » ), Jambl. De
comm . math. sc . 8 , p. 34 , 20 Festa, où Brotinos aurait fait la distinction entre tà
διανοητά et τα νοητά, pensée discursive et pensée intuitive. Toutle passage (en
dorien) qui suit, repris par Sophonias (CAG XXIII 1, p . 130 Hayduck ), est une
falsification (voir Thesleff 1, p . 38 n . 24, et Timpanaro Cardini 2 , t. I, p . 77 n . 5 ).
Ce texte est cité par Syrianus, In Metaph. 926 a 2 , 935 b 13 Usener; Pseudo
Alexandre , In Metaph. 821, 34 Hayduck ; Stobée, apud Photius, Bibl. 114 a 29.
ANNIE BÉLIS .
62 BRUTTIUS RE 1 ја
Personnage mentionné dans une lettre du jeune Cicéron, écrite pendant son
séjour à Athènes en 44a (Fam . XVI 21, 4 - 5 ). Marcus apprécie sa compagnie ,
remédie à son dénuement (8 5 ) et s'exerce avec lui à la déclamation latine ( § 4 ) ;
BRUTUS (M . IUNIUS -) 139
il apprécie également son érudition, qui n 'exclut pas la plaisanterie : non est
seiunctus iocus a philologia et quotidiana ouinmoel (§ 4 ).
Même si le nom est fréquent en Italie , nous n 'avons pas d'autres renseigne
ments sur ce personnage, présenté le plus souvent comme un rhéteur ou un
pauvre maître d'école (1 E . Klebs, art. « Bruttius» 1, RE III 1, 1897, col. 911
912). Toutefois, en 46a, Cicéron parle d'un L . Bruttius, eques Romanus, qu'il
recommande à M . Acilius Caninus (Fam . XIII 38) ; il n'est pas exclu qu'il
s'agisse du même personnage (voir 2 C . Nicolet, L 'ordre équestre , coll. BEFAR
207, t. II, Paris 1974, p. 805 n . 54). En ce cas, il ne s'agit plus de relations de
maître à élève, mais d 'amitié entre deux jeunes gens.Les liens de Bruttius avec
la philosophie sont encore plus malaisés à préciser que son identité : seul le
terme ovchinois, employé par le jeune Marcus, suggère un intérêt dans ce
domaine,mais qui, en l'absence d'autres indications,reste des plus vagues.
MICHÈLE DUCOS.
63 BRUTUS (M . IUNIUS -) RE 53
Les principales sources de notre connaissance de Brutus sont les Lettres de
Cicéron à lui adressées ( éd . D . R . Shackleton-Bailey, Cambridge 1980 (le recueil
comprend des lettres de Brutus lui-même); dans la CUF l'édition est incomplète
et s'arrête au tome X , édité par J. Beaujeu , Paris 1991). Les lettres grecques de
Brutus ont été éditées par L . Torraca, Marco Giunio Bruto , Epistole greche,
Napoli 1959. Nous disposons également d'une Vie de Brutus par Plutarque (éd .
R . Flacelière et E . Chambry, CUF, t.XIV , Paris 1978 ).
Né vers 858, comme on l'admet en général aujourd 'hui (voir cependant les
réserves de 1 A . Alföldi, « Caesar in 44 v . Chr.», Antiquitas, Reihe 3, t. 16,
Bonn 1974, p . 345 -361), fils de M . Iunius Brutus, mort en 78, et de Servilia,
Brutus fut élevé par son oncle Caton et se trouva très tôt en contact avec des
rhéteurs et des philosophes (Plutarque, Brut. 2). Il se trouve également en
contact avec le monde politique : en 58 , il accompagne son oncle Caton à
Chypre, et à son retour en 56 commence une carrière politique. Triumuir mone
talis en 54 , il est questeur en 53 et se rend en Cilicie aux côtés de son beau-père
Ap. Claudius Pulcher qui en était le proconsul; il fut légat en 50 /49. En même
temps, en 52, il prononce contre Pompée, alors consul unique, un discours où se
manifeste son refus de l'esclavage et sa volonté de vivre dans l'honestum
(Quintilien IX 3, 95 ) ; il assiste Cicéron dans le procès de Milon et semble
d 'ailleurs avoir écrit un discours en faveur de l'accusé. Pendant la guerre civile ,
il se range d'abord aux côtés de Pompée, puis, après Pharsale en 48 , il se rallie à
César, qui l'admet au nombre de ses familiers. Il reste d ' abord en Orient avec
César, puis, à son retour en Italie, il devient legatus pro praetore en Cisalpine
(46 ). Après Thapsus, comme Cicéron, mais avec moins de succès, il écrit un
éloge de Caton d'Utique. En 45, il demeure gouverneur de Cisalpine et épouse
Porcia, la fille de Caton. En 44, César lui attribue la préture urbaine, mais en
même temps, Brutus se trouve avec Cassius à la tête de la conjuration qui
aboutit à la mort de César, le 15 mars 44 . Les raisons de son engagement ont
140 BRUTUS (M . IUNIUS -)
suscité bien des discussions: excès de César (2 H . Gelzer, art. « Iunius» 51
[M . Iunius Brutus), RE X 1, 1918, col. 973-1020, notamment col. 980) ?
influence de Cicéron qui le pousse à dépasser ses hésitations coutumières
(Alföldy 1 et 3 H . Bengtson , «Zur Geschichte des Brutus» , SBAW 1970
[München 1971), p. 1- 50 ) ? Mais la situation n 'est pas moins complexe après la
mort du dictateur: les « libérateurs » , qui n 'avaient peut-être pas de programme
précis (Bengtson 3, 4 E . Wistrand, The policy of Brutus the tyrannicide, coll.
« Acta Regiae Societatis Scientiarum et Litterarum Gothoburgensis – Huma
niora » 18, Göteborg 1980 , 37 p .) se heurtent aux partisans de César et au consul
Marc-Antoine. Brutus et Cassius, chargés d 'unemission par le sénat, s'éloignent
d 'abord de Rome (juin 44), puis quittent l' Italie (fin août, début septembre).
Brutus se rend à Athènes et, tout en levant une armée , rallie à sa cause la Grèce,
la Macédoine et l' Illyrie ( février 43). La cause républicaine semble triompher
avec la défaite d 'Antoine à Modène (avril 43), bien que les divergences avec
Cicéron se multiplient (cf. 5 U . Ortmann, Cicero, Brutus and Octavian , Bonn
1988 , 559 p.), surtout à cause d'Octavien dont se défie Brutus. Il reste en
Macédoine, malgré le rappel du sénat, et décide de passer en Asie pour regrou
per ses forces avec celles de Cassius, qui se trouvait en Syrie , et mener ainsi la
lutte contre le second triumvirat. Un premier combat à Philippes en Thrace n 'est
pas décisif mais aboutit à la mort de Cassius ; trois semaines plus tard , la
seconde bataille de Philippes (octobre 42) entraîne la défaite des républicains et
le suicide de Brutus.
Si le personnage de Brutus nous échappe parfois, ses liens avec la philo
sophie ne font aucun doute. Ils se traduisent dans la formation du neveu de
Caton , mais c'est surtout à l'Académie et aux tendances représentées par
Antiochos d'Ascalon (> A 200 ) que vont ses sympathies. Plutarque insiste sur
ses liens d'amitié avec Aristos d 'Ascalon (» A 406 ), le frère d'Antiochos (2, 1);
il reste ainsi proche de l'Académie et des stoïciens. De telles connaissances
furent sans doute acquises lors de son séjour d ' études à Athènes (Cicéron,
Brutus 331). Et, en 43, lorsqu 'il se trouve à Athènes pour d'autres raisons, on le
voit suivre les leçons du péripatéticien Cratippe ( C208 ) et de l'académicien
Théomnestos (Plutarque, Brutus 3 ). Nombreuses sont aussi les pages où Cicéron
fait mention de cette culture philosophique : Brutus 120, 149; Tusculanes V 21 ;
De finibus I 8 . Les liens d 'amitié entre les deux hommes sont d'ailleurs étroits:
l'orateur romain parle souvent de lui dans sa correspondance et lui dédie de
nombreux traités (Brutus, Orator, Tusculanes, De finibus, De natura deorum ,
Paradoxa Stoicorum ).
Brutus est l'auteur de plusieurs traités dont nous connaissons au moins les
noms: l'abrégé de Polybe, qu 'il écrivit avant Pharsale , ne nous est connu que
par Plutarque (4, 8) et nous ne savons à peu près rien de l'éloge de Caton qui lui
valut quelques critiques de Cicéron (Att. XII 21, 1) , sinon que la question du
suicide y était peut-être abordée. Cet intérêt montre que, malgré des talents
oratoires certains, Brutus était surtout un philosophe: on ne peut rien dire du De
patientia , dont il ne subsiste qu 'une trèsmaigre citation (Diomède, GLK I 383,
BRYSON 141
8 ) , mais il avait aussi écrit un De virtute et un lepi waonxovtoç (« Du
devoir » ). Le contenu du premier traité est malaisé à préciser (cf. De finibus I 8 ;
Tusc. V 1), mais il était dédié à Cicéron , comme le précise le Brutus 11.
( L 'hypothèse de 6 G . L . Hendrikson, « Brutus De virtute » , AJPh 70 , 1939,
p. 401-413, qui en fait une lettre écrite par Brutus en Asie , est en général
rejetée ); l'auteur y évoquait l'exil etMarcellus (Sénèque, Ad Helviam VIII 1 -3 ;
IX 4 ) ; sans doute traitait-il de la vertu et du bonheur, autrement dit de la vita
beata et de la vita beatissima, question importante pour Antiochos et ses
disciples. Le Traité des devoirs est mentionné essentiellement par Sénèque
(Lettre 95 , 45) ; il précise que Brutus donne de nombreux préceptes pour les
parents, les enfants et les frères ; il s'agit donc avant tout d'un traité de morale
pratique.
Il est plus délicat de s'interroger sur la part de la philosophie dans sa
conduite. L 'image idéalisée donnée par Plutarque a été corrigée par les histo
riens, qui rappellent les hésitations du personnage, bien que Gelzer 2 tende à
faire une part importante à la philosophie dans ses choix . On ne peut lui dénier
un sens de la libertas, inspiré d'une double tradition familiale , celle de L . Iunius
Brutus, le consul de 509, et de Servilius Ahala, et sans doute renforcé par ses
rencontres avec les stoïciens ou les disciples d 'Antiochos. Pour la postérité
Brutus restera l'homme de la uirtus et le uindex libertatis (sur cette tradition ,
voir 7 M . L . Clarke, The Noblest Roman. Marcus Brutus and his Reputation,
London 1981) .
MICHÈLE DUCOS.
64 BRYAS DE CROTONE
Pythagoricien ancien dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V. pyth . 36 , 267; p . 143, 22 Deubner.
BRUNO CENTRONE.
65 BRYAS DE TARENTE
Pythagoricien ancien dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V. pyth . 36 , 267; p. 144, 18 Deubner.
BRUNO CENTRONE.
66 BRYSON RESuppl. XI:1
Selon Jamblique V. pyth . 23, 104, p.60, 2 -4 Deubner, Bryson fut dans sa
jeunesse , avec d 'autres pythagoriciens, contemporain et disciple de Pythagore,
alors que ce dernier était déjà âgé.
Témoignages. 1 H . Thesleff, The Pythagorean Texts, p. 56 , 11- 58 , 36 . Sous
le nom de Bryson ont été conservés deux fragments d 'un Oixovoulxóc chez
Stobée IV 28, 15 (p . 56 , 14 - 57, 10 Thesleff). Datation probable : le siècle ,
d 'après 2 F . Wilhelm , « Die Oeconomica der Neupythagoreer Bryson , Kalli
kratidas, Periktione, Phyntis » ,RM 70 , 1915, p . 161- 223; notamment p . 222
223 ; arguments contraires dans 3 H . Thesleff, An Introduction to the Pytha
142 BRYSON
gorean Writings of the Hellenistic Period, Åbo 1961, p. 57-59. Selon Thesleff,
p. 111- 112 ; 115 , la date de composition remonterait au IIIe siècle av. J.-C .
L' Économique de Bryson a été transmise en versions arabe (début du Xe s.),
hébraïque (XIVe s.) et latine (ca 1300, sous le titre Economica Galieni). Voir,
sur ces versions, 4 M . Plessner, Der Oixovoucxóc des Neupythagoreers
" Bryson " und sein Einfluß auf die islamische Wissenschaft, coll. « Orient und
Antike » 5 ,Heidelberg 1928.
Études d 'orientation . Thesleff 3 ; 5 M . Plessner, art. « Bryson », RESuppl.
XI, 1968, col. 356-357.
Traduction allemande dans Plessner 4, p . 214 -259. Un résumé de cette
traduction se trouve dans Thesleff 3,p . 57, 18 -58, 36 .
Selon Thesleff 1 , p . 56 , il est possible que Bryson soit à identifier avec
Bryson d'Héraclée (- B 68), le sophiste mentionné par Athénée XI, 508d, 509 d ,
509c, et Pseudo-Platon, Ep. XIII, 360c; l' intérêt marqué par l' Académie envers
les citoyens d 'Héraclée pourrait avoir contribué à faire de luiun pythagoricien .
BRUNO CENTRONE.
67 BRYSON D 'ACHAÏE RE 3 Iva
Maître de Cratès de Thèbes (- C 205) d 'après le témoignage d 'Hippobote
(fr. 8 Gigante = D . L . VI 85. Voir Suidae Lex., s. v . Kpárns, t. III, K 2431,
p . 182 Adler ), et maître aussi d 'Hipparchia (Suidae Lex., s. v. ' Inttapxia , t. II,
I 517, p . 657 Adler ). Cf. P . Natorp, RE III 1, 1897, col. 928 ; M . Gigante ,
« Frammenti di Ippoboto » , in Studi Treves, Padova, 1983, p . 164 et 168 ;
G . Giannantoni, SSR, t. IV , p . 107-113 (avec un status quaestionis concernant
l' identité du personnage ).
TIZIANO DORANDI.
68 BRYSON D 'HÉRACLÉE RE 2 Iva
Philosophe rattaché à l'École de Mégare , fils de l'historien Hérodore, et
originaire d 'Héraclée du Pont.
Témoignages. 1 K . Döring, Die Megariker, p .62-67: fr. 202 -206 (données
biographiques), fr. 207-210 (écrits et doctrine); ainsi que fr. 34 , 63 , 189 et 211 ;
2 G . Giannantoni, SSR, t. I, p. 475 -483, fr. II S 1 -11. Traduction italienne dans
3 L . Montoneri, IMegarici, Catania 1984, p . 249 -256 . Traduction française dans
4 R .Muller, Les Mégariques, p . 66 -71.
Euvres. Diogène Laërce rapporte une tradition anonyme selon laquelle
Bryson n 'aurait rien écrit (fr. 189), mais Athénée cite un passage de Théopompe
de Chios qui prétend que Platon aurait souvent plagié Bryson (fr. 207 ; d ' après
5 P . Natorp , art. « Bryson » 2 , RE III 1 , 1899, col. 928-929, cette accusation
viserait notamment l' argument du Troisième Homme, que Bryson aurait lui
même emprunté à son ami ou élève Polyxène); et les fr. 208 -210 (parmi lesquels
trois témoignages d 'Aristote ), qui exposent et commentent deux thèses de notre
philosophe, impliquent vraisemblablement une référence à des écrits.
BRYSON D 'HÉRACLÉE 143
Datation , école d 'appartenance, influence . Le nom de Bryson figure dans
un certain nombre de témoignages qu'il est difficile d 'accorder, la principale
incertitude concernant le nombre de personnes différentes ainsi désignées (de
deux à quatre , selon les interprètes). Les indications des paragraphes précédents
n 'ont de signification que si l'on se rallie aux hypothèses de Döring 1 , p . 157
163, dont le long et minutieux travail de clarification devrait désormais – sauf
sur un point – faire autorité . Ses conclusions peuvent se résumer ainsi: (1) dans
les ouvrages d 'Aristote (fr. 202, 208 A , 209 A , 210 A ), la lettre platonicienne
(fr. 211), et le fr. 206 , on a bien affaire à un seul etmême Bryson , personnage
suffisamment connu pour être désigné simplement par son nom (ou avec la seule
mention « le sophiste » ) ; les fr. 207 et 34 visent le même individu ; (2 ) ce per
sonnage était relativement connu dans les années 60 et 50 du IVe siècle (d'après
les mêmes fragments et leurs dates probables) ; il doit donc être né au plus tard
au début du siècle ; (3) ce philosophe a très bien pu, par suite , être le maître de
Pyrrhon (fr. 34, li. 6 - 7 , et fr. 203), né vers 3604,mais non de Théodore (fr. 34 , li.
8, et fr. 204), né vers 340 ou 330 ; (4) par contre , les informations qui le ratta
chent à Socrate et aux mégariques (fr. 34, li. 3-6 ; fr. 203 A et B ) sont dénuées de
valeur et s' expliquent par le désir des auteurs anciens de trouver un lien entre le
scepticisme et Socrate par l'intermédiaire du maître de Pyrrhon , c 'est-à -dire
Bryson ; (5) celui qui est appelé « Bryson l’Achéen » (fr. 205 , - B 67) est peut
être le même homme, mais cela reste douteux ; (6 ) enfin , il faut évidemment
mettre à part l'élève de Pythagore (Jamblique, V . Pyth . 23, 104 ), ainsi que le
pythagoricien tardif, auteur, sous le nom d 'emprunt de Bryson (- B 66 ) , de
l'Oixovoulxóc cité par Stobée (Flor. IV 28, 15 Hense ; cf. Bryson RE 1).
Les arguments avancés pour exclure Bryson des cercles mégariques ne
manquent pas de poids, mais n ' emportent pas totalement la conviction : s'il est
exclu , pour des raisons chronologiques, que Bryson ait pu entendre Socrate ou
se mettre à l'école de Stilpon , rien n 'empêche qu'il ait pu suivre les leçons
d 'Euclide. Cependant, c' est surtout ce qui est transmis de sa doctrine (la thèse
selon laquelle il n 'y a pas de mots obscènes, fr. 208, et une solution au problème
de la quadrature du cercle, fr. 209-210) qui impose le rapprochement avec la
pensée mégarique, comme lemontre par exemple 6 K . von Fritz, c .r. de Döring
1, dans Schriften zur griechischen Logik, Stuttgart/Bad Cannstatt 1978, t. II,
p. 97-98 . Les incertitudes pesant sur la personne de Bryson et sur ses rapports
avec les autres philosophes ne permettent pas d ' évaluer exactement son
influence ; sa relative notoriété, ses liens avec Polyxène ( et peut-être , par son
intermédiaire, avec l'Académie), ses relations probables avec Pyrrhon font
cependant de lui une figure non négligeable de la vie intellectuelle du IVe siècle
av. J.- C .
Études d 'orientation et bibliographie. Il faut insister sur l'intérêt du
commentaire et de la bibliographie de Döring 1, p . 157 - 166 , préférables à
l'article de Natorp 5 ; voir aussi Giannantoni 2 , t. III, p . 97-103. Mise au point et
commentaire des fragments dans Muller 4 , p . 174 -179.
ROBERT MULLER .
144 BUD
69 BÛD VI
Périodeute de l'Église perse et traducteur d'Aristote .
Informations biographiques. La source unique est le Catalogue d'écrivains
nestoriens de ‘Abdiso ' bar Berika (Ebedjésus de Nisibe, † 1318); texte et
traduction latine dans 1 J. S . Assemani, Bibliotheca orientalis Clementino
Vaticana, vol. III 1, Roma 1728 (réimpr. Hildesheim 1975), p . 219-222. Bûd
vécut en Perse et à l'ouest de l'Inde au temps du Patriarche nestorien Ézéchiel
(569/570 ), traduisit du pehlevi en syriaque un recueil de contes connu sous le
nom de Kalîlah et Dimnah, où les personnages sont des animaux (voir 2 G .
Bickell, Das Buch von Kalîlah und Damnag, Leipzig 1876 , et 3 F. Schulthess,
Kalila und Dümna, Berlin 1911). Il est l'auteur, toujours selon 'Abdiso ', d'un
discours sur la foi, de traités Contre lesManichéens et Contre les Marcionites et
du Livre des questions grecques. L 'intitulé Aleph migin , donné à ce dernier
ouvrage , serait l'équivalent du grec to ārpa uéyav, c'est-à -dire le livre A des
Métaphysiques d 'Aristote : voir 4 W . Wright, A Short history of Syriac
literature, London 1894 (= art. « Syriac Literature» , Encyclopaedia Britanica
XXII, 1887), réimpr. Amsterdam 1966 , p . 123-124 . Assemani 1 , p. 219 n . 1, se
demande s'il ne faut pas lire aleph mellin , « les mille paroles » .
Études d'orientation . Les renseignements de ‘Abdiso' ont été répétés par
Wright 4 et par 5 R . Duval, Anciennes littératures chrétiennes, t. II : La
littérature syriaque, Paris 1899, p . 257 et 324. Rien de nouveau dans les notices
de 6 J.- B . Chabot, Littératures chrétiennes d 'Orient. Littérature syriaque, Paris
1934, p. 144, et de 7 A. Baumstark , Geschichte der syrischen Literatur, mit
Ausschluß der christlich -palästinensischen Texte , Bonn 1922 (réimpr. Berlin
1968 ), p . 124 - 125 . 8 Khalil Georr, Les Catégories d 'Aristote dans leurs versions
syro -arabes, Beyrouth 1948, p . 23, mentionne Bûd (considéré à tort comme
monophysite) parmi les traducteurs et commentateurs d' Aristote de la période
qu 'il appelle « encyclopédique » et qui fut dominée par Sergius de Resh'aina
(p . 16 ). Voir aussi 9 I. Ortiz de Urbina , Patrologia syriaca, 2e éd ., Roma 1965,
p . 130 .
On ne connaît pas l'æuvre elle -même de Bûd.
JAVIER TEIXIDOR .
70 BYNDACOS ou RHYNDACOS
Pythagoricien ancien, frère de Philtys (DITÙS ... Buvoárov å eron) ,
femme pythagoricienne dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V. pyth. 36, 267 ; p . 146 , 19 Deubner. M . Timpanaro Cardini, Pitagorici. Testi
monianze e frammenti, fasc. II, Firenze 1962, p . 387, lit cependant, en se
rapprochant de la leçon de Rohde ('Puvdaxw ), BUVOaxù , considérant comme
inexplicable la mention d 'un Byndacos qui n 'aurait pas été nommé parmi les
pythagoriciens de sexe masculin et apparaîtrait ici sans être rattaché à une patrie .
Byndacô serait cependant une femme pythagoricienne, la sœur d'Occellos et
d ' Eccelos de Leucade .
BRUNO CENTRONE.
-BJOULOS 145
71 -BJOULOS
Vestiges probables d 'un nom propre conservé dans un contexte incertain et
lacunaire en PHerc . 223, fr. 3 , 10 (Philodème, lepi zoraxelac. Cf. M .Gigante
et G . Indelli, CronErc 8 , 1978, p . 128 et n . 67). W . Crönert, Kolotes und
Menedemos, p. 35 et 195, avait supposé ,non sans hésitation, qu 'il s'agissait de
l' auteur d'un traité Sur la flatterie.
TIZIANO DORANDI.
CAECILIUS – BALBUS (CAECILIUS - )
1 CAECILIUS RE 9
Chez Jean Lydus, Demensibus II 8, est cité un fragment pythagoricien où il
est dit que la triade est le premier nombre comprenant début, milieu et fin .
L 'auteur serait un Kexlacos autrement inconnu ; d' autres manuscrits ont
" SexeMoç. Le fragment figure dans FPhG II 53, sous le nom Kalx [ LOG.
BRUNO CENTRONE.
2 CAECILIUSMETELLUS NUMIDICUS (Q . -) RE 97 III
Homme politique romain , né vers 152a.
Cf. 1 F .Münzer,art. « Caecilius» , RE III 1, 1897, col. 1218-1221.
Consul en 109, il eut à mener les débuts de la guerre contre Jugurtha
(proconsul 108-106 ). Il fut censeur en 102. En 100, sous le sixième consulat de
Marius, il refuse de jurer de « se conformer aux votes du peuple et de n 'y faire
aucune opposition » , comme l'imposait la loi agraire de Saturninus (Plutarque,
Marius 28 -29). Ce refus l'oblige à quitter l'Italie et à s'exiler à Rhodes, mais il
est rappelé d 'exil en 99, après la mort de Saturninus, par une loi (Tite-Live, Per.
69, 6 ) ; il mourut sans doute peu après son retour.
Metellus Numidicus était un orateur célèbre et plusieurs fragments de ses
discours ont été conservés (voir les fragments dans E . Malcovati, Oratorum
Romanorum Fragmenta , Torino 1953, 4e éd . Torino 1976). Fut-il aussi un
philosophe ? Plutarque (Marius 29, 12) affirme « qu 'il vécut à Rhodes en
philosophe pendant son exil » , ce qui reste bien vague; mais nous n 'avons pas
conservé – ou il n ' a pas écrit – la vie de Metellus dont il fait mention à ce
propos. De plus, s 'il faut en croire Cicéron (De Orat. III 18, 68 ), Metellus
affirmait « avoir suivi à Athènes pendant plusieurs jours les leçons de Carnéade,
déjà accablé par la vieillesse » . Carneade meurt en 130 /29, et c 'est peu avant
cette date que Metellus a dû le rencontrer; peut-être Metellus faisait-il partie de
la suite d 'un autre légat, comme le suggère 2 J.- L . Ferrary , Philhellénisme et
impérialisme, Rome 1988 , p .604 n .62. De toute façon , cette indication ne suffit
pas à faire de Metellus un disciple de Carneade: per multos dies ne signifie pas
une formation prolongée, et rien ne prouve qu 'il ait fait siennes les thèses
propres de Carneade. En revanche, sa culture philosophique est indéniable : dans
un de ses discours (ORF 7 Malcovati), il reprend la parole socratique : « il est
préférable de subir l'injustice plutôt que de la commettre ». 3 G . Garbarino,
Roma e la filosofia greca, Torino 1973, p . 473-475, préfère toutefois voir en
Metellus un stoïcien : le choix de Rhodes comme lieu d ' exil n 'est sans doute pas
l'effet du hasard et son comportement fait de rigueur et d 'intransigeance mais
CAECILIUS STATIUS 147
aussi d 'une absolue intégrité prouverait les mêmes tendances. De plus, le
grammairien L . Aelius Stilo , lui aussi proche du stoïcisme, l'accompagna dans
son exil. Ces éléments ne sont pas vraimentdéterminants, mais ils montrent au
moins l'intérêt qu 'éprouvaitMetellus Numidicus pour la philosophie .
MICHÈLE DUCOS.
3 CAECILIUS STATIUS RE 25 III/ II
Auteurde palliatae.
Fragments. 1 O . Ribbeck, Scaenicae Romanorum poesis fragmenta II,
Leipzig 1873.
(Voir aussi l'édition de T. Guardì, Palermo 1974. T.D .)
Cf. 2 Fr. Skutsch , art. « Caecilius» 25,RE III 1, 1897, col. 1189-1192; 3 P .
Faider, « Le poète Caecilius, sa vie et son æuvre » , Musée Belge 12, 1908 ,
p . 268-341; 13, 1909, p. 5 -35.
Né vers 2304, Caecilius Statius appartient à la génération intermédiaire entre
Plaute et Térence . Originaire du Nord de l'Italie, il fut emmené comme esclave à
Romevers 222 (ou plus tard , si l' on adopte la chronologie de 4 M . T . Camilloni,
« Una ricostruzione della biografia di Cecilio Stazio » ,Maia 9 , 1957, p . 115 - 143)
et fut affranchi. Saint Jérôme (Euseb . Chronicon, p . 138 Helm ), à qui nous
devons la plupart des renseignements biographiques sur Caecilius Statius,ajoute
même qu'il fut le contubernalis du poète Ennius, terme qui a suscité de
nombreuses discussions, mais que l'on s'accorde pour comprendre comme
l'expression de rapports de maître à élève (cf. Faider 3, Camilloni 4). Ses succès
comme écrivain ne furent pas immédiats, mais l'acteur et metteur en scène
Ambivius Turpio réussit à l'imposer et à le faire acclamer (Térence, Hécyre 14
27). Saint Jérôme situe son acmè vers 179 et le poète serait mort vers 168.
Caecilius Statius paraît avoir été un auteur estimé des Romains (cf. les cita
tions rassemblées dans l'article de Skutsch 2 ) ; ils le citent fréquemment, appré
cient sa gravitas (Horace ), son art de conduire une intrigue ou de peindre les
passions (Varron ). Sa production fut abondante , à en juger par les divers titres
ou fragments qui nous sont parvenus. Les titres restent très proches des modèles
grecs (voir, dans Aulu -Gelle II 23, la comparaison entre Ménandre et Caecilius
Statius (cf. L . Gamberale , La traduzione in Gellio, coll. « Ricerche di Storia
della lingua latina » 3 , Roma 1969]) et l' auteur ne semble pas avoir pratiqué la
contaminatio . Peut-on en outre déceler des traces d 'influence philosophique
dans cet ensemble ? L ' intérêt pour les passions et leurs ravages (fr. 259) est
manifeste, mais ne prouve rien. Un seul vers a pu retenir l'attention ( fr. 265) :
Homo homini deus si suum officium sciat. On l'oppose à l'Asinaria 495, où il est
dit que l'homme est un loup pour l'homme, car l' accent est mis sur un devoir de
solidarité qu'il faut évidemment rattacher à la philosophie. On aurait pu effec
tuer un rapprochement avec Panétius, comme le suggère 5 L . Alfonsi, « Sul v .
365 Ribbeck di Cecilio Stazio » , Dioniso 17, 1954, p . 3-6 , si bien entendu la
chronologie ne s 'y opposait. 6 G . Garbarino, Roma e la filosofia greca, Torino
1973, p. 576-578 , envisage diverses possibilités, sans véritablement proposer de
148 CAECILIUS STATIUS
solution . Mais les liens de Caecilius avec Ménandre , qu 'il imite de près,
l'influence aristotélicienne qui s'exerça sur ce dernier laissent penser qu 'il faut
rattacher ce vers à l'école péripatéticienne, même si ses échos restent bien
assourdis chez l' écrivain romain .
MICHÈLE DUCOS .
4 CAECINA (AULUS - ) RE7
Chevalier romain originaire de Volterra, issu d 'une importante et ancienne
famille étrusque, A . Caecina fut le client et l'ami de Cicéron. Sans doute la
discussion reste-t-elle toujours ouverte sur l'identité de celui que Cicéron
défendit en 692: s'agit-il du père (1 F.Münzer, art. « Caecina » 7, RE III 1, 1897,
col. 1237 -1238 ; 2 E . Rawson « Caesar, Etruria and the disciplina Etrusca » , JRS
68 , 1978, p. 132- 143, notamment p. 137 n . 43) ou de celui qui nous occupe
( 3 P . Hohti, « Aulus Caecina the Volaterran » , dans Studies in the Romanization
of Etruria, coll. « Acta Instituti Romani Finlandiae » , Rome 1975, p. 405-433;
4 C .Nicolet, L 'ordre équestre à l'époque républicaine, t. II,Rome 1974, p.812
814 ) ?
En tout cas, les liens étroits de Cicéron et de Caecina sont attestés par leur
correspondance, surtout après la guerre civile .Caecina s' était rangé aux côtés de
Pompée, avait participé à la bataille de Thapsus et avait même écrit un violent
pamphlet contre César (Suétone, Diuus Iulius 75, 5). Ce dernier luiinterdit tout
séjour en Italie : relégué en Sicile ,Caecina cherche à rentrer en Italie , il échange
des lettres avec Cicéron , qui le recommande auprès du gouverneur de l'île . De
plus, pour s'assurer les bonnes grâces de César, Caecina compose un volume de
Querelae (plaintes) où il fait l'éloge du dictateur et le soumet au préalable à
Cicéron (Fam . VI 5 et VI 6 ). Le livre est sans doute achevé vers septembre 46a
et cette activité se prolonge par un autre ouvrage (de critique littéraire ?) datant
de décembre 46 , que les éditeurs récents des lettres cicéroniennes s'accordent
pour distinguer du précédent (5 D . R . Shackleton -Bailey, Epistulae ad Fami
liares, Cambridge 1977, t. II , p. 234, 239 et 402 ; 6 J. Beaujeu [édit.), Cicéron,
Correspondance, CUF, Paris 1980, t. VII, p. 205-206 ).
Cette activité littéraire ne se limite pas là : Sénèque (Questions Naturelles II
56 , 1) rappelle qu 'il aurait acquis du renom dans l'éloquence, si la gloire de
Cicéron ne l'avait rejeté dans l'ombre. De plus, la science de Caecina fut consi
dérable . Il avait été formé à la science étrusque (en matière de divination ) par
son propre père (Cicéron , Fam . VI 6 , 3 ) et il écrivit un ouvrage sur la théorie des
foudres que cite Pline l' Ancien dans ses sources (L . II) et que Sénèque utilise
largement dans le livre II des Questions Naturelles. Le titre n 'est pas connu , ni
la date de rédaction ,mais les citations de Sénèque montrent que Caecina avait
au moins traité des interprétations que l'on peut tirer de la foudre (elle peut être
conseillère , « d'autorité» ou d ' « état » , II 3), des avertissements venus des éclairs
(II 4 ), qu 'il classait en treize catégories. Par là se révèle l'intérêt porté par
Caecina à tout ce qui peut dévoiler l'avenir. Une telle science s'alliait-elle à la
philosophie ? Les citations où figure expressément le nom de Caecina apportent
CAERELLIA 149
peu d 'éléments probants. Sénèque préfère le classement d'Attale aux distinc
tions de Caecina, mais, s'il se soucie de ne pas confondre science étrusque et
philosophie stoïcienne, c' est peut-être parce que l'æuvre de Caecina n ' était pas
entièrement dépourvue d'influence philosophique, comme Münzer 1 en est
persuadé. De façon plus nuancée , 7 S . Weinstock a montré dans une étude
minutieuse (« Libri fulgurales » , PBSR 19 , 1951, p. 122- 153) comment la repré
sentation des trois types de foudre alliait aux éléments proprement étrusques les
classifications issues de la science et de la philosophie grecques.
MICHÈLE DUCOS.
CAECUS → CLAUDIUS CAECUS (APPIUS -)
CAELESTIUS IV - V
De famille aristocratique, avocat de formation, gagné à l'ascétisme chrétien
par Pélage, Caelestius fut l'un des principaux acteurs de la controverse péla
gienne. On ne saurait disserter longuement sur sa culture philosophique, car il ne
reste que des débris de son œuvre écrite . Voir la notice détaillée et documentée
de F . G . Nuvolone, dans le DSP, art. « Pélage et pélagianisme» , col. 2891-2895.
Tout au plus y discerne-t-on une tonalité stoïcienne commune aux auteurs
pélagiens. Mais il convient de prêter attention à la facture argumentative de ses
Definitiones ( recueillies par J. Garnier , Paris 1673 = PL 48 , 617 -622): « Ante
omnia interrogandus est qui negat hominem sine peccato esse posse, quid sit
quodcumque peccatum ... Iterum quaerendum est, peccatum uoluntatis an
necessitatis est. Si necessitatis est, peccatum non est ; si uoluntatis est, uitari
potest. .. Iterum quaerendum est quid est peccatum , actus an res. .. » Caelestius
aligne ainsi une bonne douzaine de thèses philosophiques, avant d 'en venir aux
arguments scripturaires (les testimonia ). Augustin les cite et s'applique à les
réfuter dans le De perfectione iustitiae hominis (BA 21, p . 128-151).
GOULVEN MADEC.
CAELIANUS → CAILIANOS (TIBERIUS VARIUS - )
6 CAERELLIA RE10 ja
Femme riche et cultivée, avec laquelle Cicéron entretenait des relations
épistolaires.
Cf. 1 F. Münzer, RE III 1, 1897, col. 1283 ; 2 L . Austin , « The Caerellia of
Cicero 's Correspondence » , CJ 41, 1946 , p . 305- 309 ; 3 J. Carcopino, Les secrets
de la correspondance de Cicéron, Paris 1949 (passim ).
Elle estmentionnée à plusieurs reprises dans sa correspondance (au cours des
années 46 -45) et il existait sans doute des lettres de Cicéron à Caerellia que nous
n 'avons pas conservées (cf. Quintilien , Inst. Orat. VI 3 , 112). Le nom est fré
quent sous la République, sans que l' on puisse donner quelques précisions sur sa
famille : Austin 2 la croit originaire d'Asie , sans que cette hypothèse s'appuie
sur d 'autres faits que ses biens dans cette région . Ses liens avec Cicéron sont
assurés, non qu ' il faille la croire sa maîtresse en s 'appuyant sur le discours
150 CAERELLIA
d 'ailleurs rempli de calomnies que Dion Cassius prête à Q . Fufius Calenus
(Dion Cassius XLVI 18 , 4 ), mais l'écrivain la qualifie de necessaria mea dans la
lettre qu 'il adresse à P. Servilius Isauricus (Fam . XIII 72 ) pour lui demander de
veiller sur les biens et les intérêts de Caerellia en Asie . Leurs relations sont
d'abord des relations d'affaires. Cicéron lui emprunte à plusieurs reprises de
l'argent (Att. XII 51, 3 ; XV 26 , 4).Caerellia intervient aussi pour le réconcilier
avec Sulpicia , sa seconde femme, ce qui suppose tout de même des liens plus
étroits . Enfin , sa passion pour la philosophie est attestée par les Lettres à
Atticus: malgré Cicéron, Caerellia s'empare du manuscrit du De finibus, et en
fait faire des copies sur l'exemplaire d 'Atticus (Att. XIII 21 a, 2 ; XIII 22, 2). Ce
passage est bien le seul à permettre de relever un intérêt marqué pour la
philosophie chez Caerellia et ne la rattache pas à une école précise. Cicéron
souligne lui-même ce que cet attrait a d'excessif et d 'inattendu : « Caerellia brû
lant apparemment d 'une ardeur surprenante pour la philosophie » (Att. XIII 21 a,
2). Un tel intérêt paraît bien suspect: c 'est peut-être bien de la curiosité pour la
dernière nouveauté, à moins qu'elle ne soit une admiratrice sincère, comme le
croit Carcopino 3, p. 109. En tout cas, les éléments manquent pour en faire une
« femme savante » .
MICHÈLE DUCOS.
7 CAERELLIUS (QUINTUS -) RE 4 PIR C 156 DM III
Riche patron du grammairien Censorinus et dédicataire du De die natali, écrit
en 238 sous les consuls Pius et Pontanus (21, 6) pour célébrer son 49e anni
versaire de naissance (15, 1).
Censorinus présente son protecteur comme « formé à l' école des philosophes » (1, 2 ; trad.
G . Rocca -Serra , Paris 1980) et conscient, de ce fait, que ses richesses « ne sont ni des biens ni
des maux en soi, mais qu 'elles font partie des choses intermédiaires, c 'est-à -dire qu 'on les
estime situées entre les biens et les maux » ( ibid .). Dans son prologue, Censorinus se défend
de vouloir offrir des conseils de philosophie ou d'éloquence : « Tu as atteint un tel sommet
dans toutes les vertus que tous les préceptes de la sagesse et toutes les proclamations de
l' éloquence , tu les as surpassés par ta vie et tes meurs .. . » ( 1, 6 ). En lui souhaitant plus loin la
longévité des hommes « qui pratiquent la sagesse » , il célèbre chez Caerellius « la prudence, la
modération , la justice et la force d 'âme» (15 , 4 ) . Il souligne également les activités politiques
de son patron : « Toi, qui as exercé des responsabilités municipales, qui as été honoré parmi
les premiers de ta ville par une charge sacerdotale , qui as dépassé ton rang de provincial par
l'entrée dans l'ordre équestre, non seulement tu n 'as jamais provoqué le blâme ni la haine,
mais tu as su te concilier l'amour de tous, uni à l' illustration la plus grande » (15 , 4 ) . Il loue
enfin les talents d 'orateur de Caerellius : « Je me tairai aussi sur ton éloquence, que tous les
tribunaux de nos provinces et tous leurs gouverneurs connaissent bien , que Rome enfin et les
auditoires les plus sacrés ont admirée» ( 15 , 6 ).
RICHARD GOULET.
8 CAESAR (C . IULIUS -) RE 131
Nous possédons deux biographies antiques de César: celle de Suétone, Divus
Iulius (éd. R . Ailloud, Vies des Césars, CUF, t. I, Paris 1931) et celle de
Plutarque, Vie de César ( éd. R . Flacelière et É . Chambry, CUF, t. IX , Paris
1975) .
CAESAR (C . IULIUS -) 151
Il serait trop long de retracer ici en détail la carrière de César - dont bien des
aspects offrent encore matière à discussion – et nous nous bornerons à une
esquisse rapide. Né en 1009, selon la date généralementadmise , César appartient
à une famille patricienne aux origines anciennes, même si elle n 'a pas un rôle de
premier plan à cette date . Il est le neveu de Marius et épouse en 84 la fille de L .
Cornelius Cinna ; ces attaches familiales et cette alliance le rangentdu côté des
populares et parmiles adversaires de Sylla. En 82, la victoire de ce dernier le
met en danger, il quitte Rome et accomplit son service militaire sous les ordres
de M . Minucius Thermus dans la province d'Asie , puis en Cilicie . De retour à
Rome, en 77, il se fait connaître en accusant d 'anciens syllaniens. Après un
séjour à Rhodes – c'est pendant le voyage que se situe sa fameuse rencontre
avec les pirates (Suétone, Diu . Iul. 4 , 1 ; Plutarque, César 3, 1) - auprès du
rhéteur Apollonius Molon (» A 267), séjour dont les activités militaires ne sont
pas absentes (lutte contre les pirates ou contre Mithridate , menée d'ailleurs à sa
propre initiative), il revient à Rome en 73 : il a déjà été choisi comme pontife en
74 , il se fait connaître par ses discours et se trouve élu tribun militaire en 72, et,
en 69, questeur (pour les discussions que suscitent les premières étapes de ce
cursus, voir 1 L . Ross- Taylor, « Caesar's Early Career », AJPh 37, 1941, p. 113
132, et 2 E . Badian , « Caesar's Cursus and the Intervals between Offices» , JRS
49, 1959, repris dans Studies in Greek and Roman History, New York 1964,
p . 140- 156 ). Il est envoyé en Espagne Ultérieure et cette charge le fait entrer au
sénat. Tout en se montrant proche des populares, il s 'assure les bonnes grâces de
Pompée en soutenant les mesures qui lui confèrent les pouvoirs extraordinaires
(Lex Gabinia, Lex Manilia), il s'allie avec d'autres membres de la nobilitas et
est finalement élu édile en 65, deux ans avant l'âge légal ( cf. Ross -Taylor 1 et
Badian 2). César gagne en influence : la splendeur des concours qu'il donne
frappe l'opinion publique ; son élection comme Grand Pontife en 63 lui confère
une place importante dans la cité romaine; il fait alliance avec Crassus, soutient
les mesures les plus populaires : projet de remise des dettes, loi agraire proposée
au moment du consulat de Cicéron ; il joue un rôle certain dans le procès de
Rabirius, qui ranime le débat sur le sénatus-consulte ultime au moment où se fait
sentir la menace de conjuration préparée par Catilina. Lorsque le sénat débat de
la peine qui doit être infligée à ses complices (5 décembre 63), ilse refuse à les
condamner à mort et pour la première fois s'exprime l'opposition entre César et
Caton . Au cours de sa préture en 62 , il s' en prend à Catulus, l'un des optimates,
et soutient Q .Metellus Nepos, qui proposait le rappel de Pompée pour lutter
contre Catilina, malgré les affrontements violents que suscite cette rogatio.
Suspendu de ses fonctions, il est finalement réintégré. Le scandale de la Bona
Dea en décembre (cf. 3 Ph.Moreau, Clodiana religio . Un procèspolitique en 61
av. J.- C., Paris 1982, 267 p.) attire à nouveau l'attention sur lui. En 61, il est
propréteur de l'Espagne Ultérieure et ses combats contre quelques tribus lui
valent d'être acclamé comme Imperator et d'avoir droit au triomphe.Mais il y
renonce finalement pour briguer le consulat. Fort de l'appui de Pompée et de
Crassus (premier triumvirat: pour la date , voir 4 E .S. Gruen , The Last Gene
152 CAESAR (C . IULIUS -)
ration of the Roman Republic, University of California Press, 1974, p. 88), il est
élu pour 59. Au cours de cette année, malgré bien des oppositions qu 'il élimine
(y compris celle de son collègue Bibulus, qu'il tientpour négligeable), César fait
voter de nombreuses lois : loi agraire, loi judiciaire, loi sur la ferme d'Asie (cf.
l'analyse de 5 M . Gelzer, Caesar, der Politiker und Staatsmann, 2e éd., Wies
baden 1960, trad. anglaise , Oxford 1968, p . 71- 101 ; pour la chronologie, voir
6 L .Ross- Taylor, « The dating ofmajor legislation and elections in Caesar 's first
Consulship » , Historia 17, 1968, p . 173-193). Mais César cherche aussi à obtenir
ensuite une province où il pourra faire de grandes conquêtes: la répartition est
déjà faite , mais une loi proposée par le tribun P . Vatinius lui fait attribuer pour
cinq ans la Gaule et l'Illyrie , auxquelles le sénat ajoutera même la Transalpine .
Au départ, le projet de César est surtout de se forger une armée dévouée et une
clientèle, et aussi de s 'enrichir. Il est ainsi conduit à intervenir en Gaule (cf.
7 Ch . Goudineau , César et la Gaule , Paris 1991, où l'on trouvera la biblio
graphie antérieure) en s'en prenant d'abord aux Helvètes, puis aux Germains, à
la Gaule Belgique (57), puis à l'Armorique (56 ). Il combat les Germains,
cherche à conquérir la Bretagne (54 ), mais la révolte commence et va s'ampli
fier pour aboutir au soulèvement général de 52 et à la révolte de Vercingétorix,
qui unit autour de lui les peuples du centre , mais doit capituler à Alésia . En
outre, la rencontre de Lucques (mars 56 ), ainsi que les accords renouvelés entre
Pompée, César et Crassus ont permis la prolongation du proconsulat jusqu 'en 50
(Lex Licinia Pompeia ). Toutefois, le triumvirat se défait rapidementdans les
années suivantes. Lamort de Julie (en 54), fille de César et épouse de Pompée,
la mort de Crassus en Orient en 53, laissent face à face Pompée et César. Ce
dernier tient à obtenir le consulat à sa sortie de charge et doit donc être autorisé à
« poser sa candidature malgré son absence » ( sur cette « question de droit » , voir
Gruen 4 , p. 492-494). Telle est la question qui aboutit à la guerre civile, d'autant
plus que la date où expirent ses pouvoirs n 'est pas claire. Finalement, en
décembre 50, les optimates confient à Pompée la défense de la République, le
senatus-consulte ultime est voté et, en janvier 49, César quitte sa province sans
autorisation et franchit le Rubicon : la guerre civile est commencée. Dans un
premier temps, César s 'empare de l' Italie puis remporte la victoire sur Pompée à
Pharsale (août 48) . Il reste en Égypte d 'octobre 48 à mars 47, puis reprend et
multiplie les campagnes: contre le fils de Mithridate en Arménie (juillet-août
47), en Afrique contre les Pompéiens (décembre 47-juin 46) et Caton , qui se
donne la mort à Utique, contre les fils de Pompée en Espagne (victoire de
Munda en avril 45). En même temps son activité politique, législative et
administrative est intense (cf. l' étude de 8 Z . Yavetz , César et son image (1983),
trad. française, Paris 1990, 297 p.). En 49, une loi lui confère une dictature
extraordinaire , mais il y renonce pour se faire élire consul en 48 . Après Pharsale ,
César est réélu dictateur pour un an , puis en 46 il reçoit une dictature pour dix
ans, renouvelable chaque année. Entre ses campagnes, il élabore de nombreuses
réformes: élargissement du sénat, accroissement du nombre des préteurs, octroi
de la citoyenneté , loi sur les provinces, mesures économiques et sociales. Mais
CAESAR (C . IULIUS -) 153
son pouvoir,accompagné d'honneurs civiques et religieux (voir 9 S . Weinstock,
Divus Iulius, Oxford 1971), prend assurément une allure monarchique etmécon
tente la nobilitas. Peut-être songeait-il à se faire décerner le titre de roi en 44 .
C 'est alors qu'une conjuration dirigée par Brutus (2- B 63) et Cassius aboutit à
son assassinat le 15 mars 44 .
César n'est pas seulement un homme politique et un stratège de premier
ordre , c'est aussi un écrivain dont les Commentaires sur la guerre des Gaules et
la guerre civile constituent un apport fondamental pour la prose latine et
l'historiographie romaine (cf. les études de M . Rambaud et notamment 10 L 'art
de la déformation historique dans les Commentaires de César, Paris , 2e éd .,
1966 ) . C 'est aussi un orateur de talent (Cicéron, Brutus 261- 262). En homme
cultivé, il avait écrit des poèmes et une tragédie (Suétone, Iul. 56 , 2 ; cf. 11 A .
Klotz, art. « Iulius» 131 [Caesar als Schriftsteller ), RE X 1, 1918, col. 259-275,
notamment col. 260 ). Aux éloges de Caton d 'Utique (- C 59) écrits par Cicéron
et par Brutus, il répond par un Anticato (voir l' étude de 12 T. Tschiedel, Caesars
Anticato . Eine Untersuchung der Testimonien und Fragmente, Darmstadt 1981,
148 p .) , où il attaquait les défauts et laissait voir les limites de celui que l'on
tendait à considérer comme un héros et un sage. C 'est évidemment une ultime
manifestation de l'opposition entre les deux hommes, mais aussi une forme de
son opposition au stoïcisme.
César est également l'auteur de traités savants : on lui doit d 'abord un traité
de grammaire, De analogia, en deux livres, dédié à Cicéron (Aulu-Gelle XIX 8 ,
3 ; Suétone, Iul. 56 , 5 ), écrit en 54 ou 52; il y défend ce principe qui permet de
classer et de déterminer des paradigmes (13 J. Collart, Varron grammairien
latin , Paris 1954 ) et, sans éliminer vraiment l'usage, il en limite la place et ainsi
se distingue à nouveau des stoïciens, qui sont favorables à l'anomalie. Il est
possible que l'ouvrage ait également contenu des conseils permettant d' acquérir
la pureté et l'élégance dans le style qui sont caractéristiques de César lui-même.
On doit aussià César un livre d 'astronomie : De siderum motu (Macrobe I 16 ,
39 ), peut-être lié à son séjour à Alexandrie, s'il fut véritablement « tiré des livres
égyptiens» comme l'affirme le même auteur,mais son origine est vague. Il est
cité dans les sources de Pline l'Ancien (livre XVIII), mais sans indication
supplémentaire. Les scholies de Lucain (Comm . Bern . in Lucan. 10 , 187) en font
un liber fastorum secundum auctoritatem compositus Chaldeorum et le ratta
chent ainsi à la réforme du calendrier opérée par César, même si ce traité
pouvait être d'une autre nature : étude des planètes ou des corps célestes. Mais
aucun élément de ce traité ne nous est parvenu et son authenticité est même
douteuse (cf. Klotz 11, col. 266 ).
Mais le problème fondamental pour notre étude reste celui des liens de César
avec l'épicurisme: pour 14 O . Seel, Caesars Studien, Stuttgart 1967, p . 77 -92),
la réponse à cette question va de soi, même s'il reconnaît la difficulté de définir
l'épicurisme de César, mais d 'autres savants ont souligné les difficultés de cette
enquête. Certes, nombreux sont les épicuriens dans son entourage : Pison ,
154 CAESAR (C . IULIUS - )
Hirtius, Cassius et bien d'autres. Mais les témoignages explicites des anciens
sont rares et limités ; ils concernent l'attitude de César envers le châtiment des
complices de Catilina : il refusa la mort et proposa la relégation à vie. Dans les
Catilinaires (IV 7 ), Cicéron en conclut que, selon lui, la mort n'est pas une
peine, mais unenécessité ou une libération , mais cette affirmation est trop vague
pour que l'on puisse en tirer des conclusions solides. L 'allusion à l'épicurisme
est plus explicite dans le Catilina de Salluste : César suggère que la mort est la
fin des peines et, dans sa réponse , Caton déclare que César « considère comme
fausses les traditions relatives aux Enfers, selon lesquelles lesméchants , loin des
bons, occupent des lieux sombres, sauvages et épouvantables» (52, 13). Cette
remarque rappelle évidemment les analyses du Jardin etde Lucrèce (De rerum
natura III). Mais cette affirmation , qui figure dans un discours , est peu
probante : dans ce débat in utramque partem , il est aisé d 'opposer au stoïcien
que fut Caton l'épicurien qu 'aurait été César (cf. les réserves de 15 C . W .
Mulgan , « Was Caesar an Epicurean ? », CW 72, 1978 - 1979, p. 337 -339) ; au
mieux peut-elle suggérer que la conduite de César pouvait passer pour
épicurisme. C 'est bien sur ce point que l'analyse est plus délicate encore : son
ambition et son avidité de pouvoir conviennentmal à un épicurien , son mépris
pour la religion est indéniable mais s'accorde avec le déclin de la religion tradi
tionnelle à cette époque. M . Rambaud (16 « César et l'épicurisme d 'après les
Commentaires » , dans les Actes du Viile Congrès de l'Association Guillaume
Budé, Paris 1969, p.411-435 ) a étudié l'image du chef impassible, gardant le
sens de l'utilitas, mais cette image du général prévoyant et habile ne semble pas
propre à l'épicurisme, pas plus que l'art de maîtriser ses émotions, et il faudrait
démontrer que la clémence est vraiment à cette date l'une des valeurs appréciées
par le Jardin. Ainsi l'appartenance de César à l'épicurisme n 'est pas un fait qui
va de soi. C .J . Castner (17 Prosopography of Roman Epicureans from the
Second Century B. C. to the Second Century A. D ., Frankfurt am Main 1988) le
classe parmi les Epicurei incerti. L 'analyse la plus nuancée reste celle de
M . Fußl ( 18 « Epikurismus im Umkreis Caesars », dans Symmicta Philologica
Salisburgensia, Festschrift G . Pfligersdorffer, Roma 1980, p .63-80 ; voir aussi
19 F .C . Bourne, « Caesar the Epicurean » , CW 70, 1976 -1977, p.417 -432), qui
formule les réserves nécessaires mais met l'accent sur le sens de l'amitié et la
maîtrise de soi, insiste sur le mépris de la mort ou la faible valeur que César
attache à la vie humaine. De telles données laissent ainsi penser que César est
proche de l'épicurisme par bien des côtés,mais, si cette philosophie peut exercer
une influence sur son comportement, elle ne détermine ni ses choix politiques ni
son action .
Cf. 20 P . Groebe, art. « Iulius» 131, RE X 1, 1918, col. 186 -259; 21 H .
Gesche, Caesar, Darmstadt 1976 , 357 p. (très importante bibliographie ) ;
22 Chr.Meier, César (1982), trad . française , Paris 1989, 490 p.
MICHÈLE DUCOS.
CAILIANOS (T.VARIUS -) 155
9 CAILIANOS (T . VARIUS -) RE 19a DII
Cailianos était titulaire à Athènes d 'une chaire de philosophie (diadochos).
Son activité se place vers le premier quart du II s. Des inscriptions athéniennes,
publiées par 1 J. H . Oliver, « Philosophers and Procurators. Relatives of the
Aemilius Juncus of Vita Commodi 4, 11» , Hesperia 36 , 1967, p. 42- 56 ,
prouvent en effet que la fille du philosophe, Varia Archélais, avait épousé
L . Aemilius Juncus. Or ce sénateur originaire de Tripolis , consul suffect à la fin
de 127, avait été , de 129 à 135 au moins, envoyé spécial d'Hadrien en Achaïe ,
avec le titre de legatus pro praetore, pour régler les litiges entre les cités libres :
voir le résumé de sa carrière et les références dans 2 H . Halfmann , Die
Senatoren aus dem östlichen Teil des Imperium Romanum bis zum Ende des 2.
Jahrhunderts n. Chr., coll. « Hypomnemata » 58, Göttingen 1979, n° 55, p. 145
146 .
L 'interprétation donnée par Oliver 1 pour les inscriptions d'Athènes appelle
plusieurs réserves, exprimées par 3 J. et L . Robert, Bull. 1968, n° 226 , et
4 D . Peppa-Delmouzou, ArchDelt 25, 1970, p . 194 : les inscriptions ne sont pas
des dédicaces honorifiques mais proviennent du monument funéraire de la
famille et ne mentionnent pas deux Juncus mais un seul, le gendre de Cailianos,
ce que semble avoir admis ultérieurement 5 J. H . Oliver, « The Diadochē at
Athens under the humanistic Emperors » , AJPh 98 , 1977, p. 170 - 171. Comme
l'a indiqué le même auteur ( 1 et 5 ), il faut établir un rapprochement avec le
philosophe Juncus, auteur d'un lepi mowę dont Stobée a reproduit de larges
extraits: l'époque conviendrait bien au style du traité et le mariage du sénateur,
révélant sa familiarité avec les milieux philosophiques, pourrait appuyer
l'hypothèse (mais dans ce cas pourquoi attribuer l'ouvrage, plutôt qu'à Aemilius
lui-même, à un Flavius Juncus dont les liens de parenté avec le sénateur sont
difficiles à définir ?). Quant à vouloir reconnaître, dans l'évocation du professeur
de philosophie mis en scène dans le traité, un portrait de Cailianos,même « not
very realistic » (Oliver 5, p. 166 et 168 -173), c'est naturellement une hypothèse
gratuite .
Il n 'est pas davantage possible de tirer argument des liens familiaux de
Cailianos pour définir l'école philosophique à laquelle il se rattachait. C 'est
peut- être déjà beaucoup s 'aventurer que de voir en l'auteur du ſepi mowç un
« péripatéticien platonisant» ; il est encore plus risqué d'attribuer d'office à
Cailianos les mêmes options. Peut-être l'inscription de son tombeau comportait
elle un qualificatif après le titre de diadochos : on ne peut niaffirmer ni exclure
l'existence d 'une quatrième ligne.
Qu 'il ait eu ou non le droit de cité à Athènes (dans une inscription privée,
l'absence de démotique ne constitue pas la preuve absolue qu'y trouvait J.H .
Oliver ), Cailianos n 'était peut- être pas d'origine athénienne. Une notice de la
Souda consacrée à Alexandre d ’Aigai mentionne un Caili< a >nos, fils du philo
sophe (» A 111 ( S . Follet]) . Oliver 5 , p . 176 - 178, propose de reconnaître en lui
le diadochos athénien . L 'hypothèse est séduisante car les époques pourraient
156 CAILIANOS (T. VARIUS -)
concorder et le nom n 'est pas des plus répandus. Mais il serait très risqué d' en
conclure que Cailianos, comme Alexandre, était péripatéticien.
BERNADETTE PUECH .
10 CAINIAS DE TARENTE va
Pythagoricien ancien dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V. pyth. 36 , 267 ; p. 144, 12 Deubner.
BRUNO CENTRONE.
11 CALAÏS DE RHÉGIUM va
Pythagoricien ancien dont le nom figure dans le Catalogue de Jamblique,
V. pyth. 36 , 267 ; p . 145, 20 Deubner.
BRUNO CENTRONE.
12 CALCIDIUS RE s. v. « Chalcidius» IV
Commentateur de Platon . 1 J. H .Waszink (édit.), Timaeus a Calcidio trans
latus commentarioque instructus, coll. « Plato Latinus >> 4 ,London /Leiden 1962,
p. XVII, a montré que la forme correcte du nom était Calcidius et non
Chalcidius.
Il n 'est connu que pour un seul ouvrage, une traduction et un commentaire du
Timée. La traduction et le commentaire ne vont que jusqu'à 53c. Calcidius
énumère (sect. 7 du Commentaire ) une liste de 27 thèmes à discuter; 13
seulement sont conservés,mais il n'est pas sûr qu'il en ait composé davantage.
L 'identité et la datation de Calcidius sont très discutées. L 'ouvrage est dédié
à un certain Osius, qui est un ami et un patron . La question décisive est celle de
savoir si l'on doit croire le témoignage de certainsmanuscrits qui rapportent que
Calcidius était archi-diacre dans l'entourage d'Osius, évêque de Cordoue (ca
256 -357). On a autrefois accepté cette identification ,mais Waszink, en se fon
dant à la fois sur le langage et le contenu de l'ouvrage, souhaite le dater de la fin
du IVe s. ou du début du ve, et il est donc contraint de rejeter ces indications des
manuscrits comme des inventions. Calcidius présente cependant son patron
comme une autorité en matière de doctrine chrétienne (Comm . chap . 133) et,
dans sa Préface (p. 6 , 5), il déclare qu ’Osius lui a confié cette tâche non sine
diuino instinctu , ce qui semble impliquer, puisque Calcidius est chrétien , un
rapport particulier entre Osius et le Tout-Puissant. Ce sont là , me semble -t-il,
des indications suggérant qu 'Osius était un ecclésiastique éminent.
Les arguments linguistiques de Waszink en faveur d'une datation plus tardive
(Praef. p. XIV -XV) sont bons, mais non irrésistibles (Calcidius pouvait être un
novateur en matière de termes techniques, afin de répondre aux exigences de sa
tâche), et ses arguments doctrinaux sont conditionnés par le fait qu 'il est
convaincu que Calcidius dépend du Commentaire de Porphyre sur le Timée. Je
crois avoir présenté des arguments concluants contre cette hypothèse
(2 J. Dillon, The Middle Platonists, London /Cornell 1977, p .401-408), et, en
CAL(L )ANUS 157
faveur d 'une dépendance principale de Porphyre à l'égard du néopythagoricien
Numénius et du péripatéticien Adraste (> A 24), on doit remarquer qu'il ne se
trouve aucun élément doctrinal dont on ne puisse rendre compte en termes
médio -platoniciens; en revanche on s'expliquemal la disparition chez Calcidius
de beaucoup de points qui ne pouvaientmanquer de figurer dans un commen
taire porphyrien . Dans cette perspective , le commentaire de Calcidius est un
remarquable dépôt d' érudition médio-platonicienne.
La traduction et le commentaire de Calcidius étaient l'unique forme sous
laquelle Platon fut accessible à l'Occident latin au cours du Moyen Âge et en
conséquence il a joui d 'une énorme influence au moins jusqu 'au XIII° s .
Études d 'orientation . 3 J. H . Waszink, Studien zum Timaioskommentar des
Calcidius, t. I, Leiden 1964 ; 4 J.C . M . van Winden, Calcidius on Matter: his
doctrine and sources, coll. « Philosophia Antiqua » 9 , Leiden 1965 ; 5 J. den
Boeft, Calcidius on Fate : his doctrine and sources, coll. « Philosophia Antiqua»
18,Leiden 1970 ; 6 Id ., Calcidiuson Daemons, coll. « Philosophia Antiqua » 33,
Leiden 1977 ; 7 S . Gersh , Middle Platonism and Neoplatonism : The Latin
Tradition , Notre Dame 1986 , t. II, p . 421-492.
JOHN DILLON.
13 CALLAISCHROS ( T . FLAVIUS - ) PIR2 F 230 F II - D III
Philosophe platonicien d ' Athènes.
Sa carrière se situe dans le dernier quart du n° s. et le premier quart du
suivant, car il était le frère de Glaucos de Marathon , hiérophante , à un âge
avancé, entre 210 et 230 (IG I12 3661; cf. S . Follet, Athènes au Ire et au Ille
siècle , Paris 1976 , p . 262). Sa famille , alliée à la descendance du sophiste Isée et
à celle du philosophe stoïcien Sarapion , est connue par une série de dédicaces
métriques d'Éleusis, composées par le neveu de Callaischros, T . Flavius Glau
cos de Marathon , lui-même philosophe autant que poète et rhéteur (cf. J. H .
Oliver, « Two Athenian poets » , Hesperia Suppl. 8, 1949, p . 243-258 ). Dans le
poème IG II ? 3709, Callaischros est présenté comme « le maître illustre d 'une
sagesse qu 'il avait cueillie chez Platon » . De cette célébrité témoigne aussi
Philostrate , V . Soph. II 11, qui le cite au nombre des philosophes réputés et
indique qu'il avait été l'élève du sophiste Chrestos de Byzance .
BERNADETTE PUECH .
14 CAL (L )ANUS RESuppl. V 396a ?-323a
Sage indien qui serait entré en contact avec les Grecs lors du séjour
d'Alexandre à Taxila au début de l' année 326 . Il aurait accepté de quitter le
Pendjab pour suivre Alexandre en Perse, où il se serait immolé sur un bûcher,
peu de temps avant la mort d 'Alexandre , à l'âge de 73 ans, selon Diodore de
Sicile XVII 107, et Strabon XV 1 ,68.
Cf. 1 J. André et J. Filliozat, L 'Inde vue de Rome, Paris 1986 , 462 p. ;
2 B. Breloer et F. Bömer, Fontes Historiae Religionum Indicarum , Bonn 1939,
158 CAL (L )ANUS
229 p .; 3 A . Dihle, « The conception of India in Hellenistic and Roman
literature » , PCPhS 10, 1964 , p . 15-23 ; 4 G . Dumézil, « Alexandre et les sages
de l'Inde » , étude n° 31 de La courtisane et les seigneurs colorés, Paris 1983,
p . 66 - 74 ; 5 A . J . Festugière, « Trois rencontres entre la Grèce et l'Inde » , RHR
125, 1943, p. 32-57, repris dans Études de philosophie grecque, Paris 1971,
p. 157 -182 ; 6 R . Fick, « Der indische Weise Kalanos und sein Flammentod » ,
NGG , 1938, p . 1-32 ; 7 J. Filliozat, « La valeur des connaissances gréco -romaines
sur l'Inde » , JS, avril-juin 1981, p . 97- 135 ; 8 id ., « La doctrine des Brahmanes
d 'après saint Hippolyte », RHR 130, 1945, p . 59 -91 ; 9 id., « L 'abandon de la vie
par le sage et les suicides du criminel et du héros dans la tradition indienne » ,
Arts Asiatiques 15 , 1967, p .65-88 ; 10 G . H . Hansen , « Alexander und die
Brahmanen » , Klio 45, 1965, p. 351-380 ; 11 M . Mund-Dopchie et S . Vanbaelen,
« L 'Inde dans l'imaginaire grec » , LEC 57, 1989, p . 209-226 ; 12 J. W . Sedlar,
India and the Greek world , Totowa (N . J.) 1980 , 381 p.; 13 G . Zuntz, « Zu
Alexanders Gespräch mit den Gymnosophisten » , Hermes 87, 1959, p. 436 -440 ;
14 C . Muckensturm , « LesGymnosophistes étaient-ils des Cyniquesmodèles ? » ,
dans Le Cynisme ancien et ses prolongements, Paris 1993, p . 225-239.
Les témoignages les plus anciens sur Calanos sont ceux des historiens
compagnons d 'Alexandre, Néarque et Onésicrite (cf. 15 P . Pédech ,Historiens
compagnons d 'Alexandre , Paris 1984, p. 71-214), et celui de Mégasthène,
ambassadeur de Séleucos Nicator auprès de Candragupta dans les années 304
297. Mais ils ne sont connus que par des fragments cités par des auteurs plus
tardifs comme Strabon (XV 1 , 63-66), Plutarque (Vita Alexandri 65) et Arrien
(Anab. VII 2 , 2 - 4 ).
Nom . Selon Plutarque (Vita Alex. 65, 5), « le vrai nom de Calanos était
Sphinès, mais comme il disait à ceux qu 'il rencontrait le mot indien xaré en
guise de salut, il fut appelé Karavós par les Grecs» . J. Filliozat, dans André et
Filliozat 1, p . 343 n . 47, pense que le surnom du sage vient du prakrit kallāņam
qui signifie " bonheur" et sert d'exclamation de salut. Il réfute l'hypothèse de
Dumézil 4, selon laquelle xaré serait une transcription du locatif sanscrit kāle =
“ en temps opportun ”, car cette forme ne peut servir de formule de salutation .
Dans une citation de Cléarque de Soles conservée par Flavius Josèphe
(Contre Apion I 179) et Eusébe de Césarée (Praep. Evang. IX 5 , 5 ), Calanoi
(pluriel de Calanos) est considéré comme un nom générique qui désigne les
philosophes indiens: « On appelle , dit-on , les philosophes Karavol en Inde et
Ιουδαίοι en Syrie » .
Outre le qualificatif d'Indien (cf. Cicéron, Tusc . II 52 et De diuinat. I 46 ;
Valère Maxime I 8 ext. 10 ; Diodore XVII 107 ; Athénée Poliorcète, llepi uny.
V 7 et Élien , Hist. Var. V 6 ), qui souligne le caractère exotique de ce sage exté
rieur au monde grec, certains auteurs emploient à propos de Calanos les termes
de Diaboodos (cf. Strabon XV 1, 68 ; Athénée X , 437 a ) ou de oogloths
(Strabon XV 1, 63; Arrien , Anab. VII 2, 2) qui suggèrent au contraire une sorte
de parenté avec les sages grecs. Philon (Probus 94), Ambroise (Epist. 37, 34) et
Photius (Bibl. 91, 68b) présentent Calanos comme un gymnosophiste , c'est-à
CAL(L )ANUS 159
dire un “ sage nu” . Contrairement à Néarque qui affirmait que Calanos n 'appar
tenait pas à la catégorie des brahmanes (cf. Strabon XV 1, 66 ), certains textes
tardifs (Lucien, Peregr. 25 ; Hippolyte de Rome, Elenchos I 24, 7 ; Élien , Hist.
Var. II 41) ou byzantins (Syncelle, Chronogr. ad mundi ann. 5653, et la Souda)
font de Calanos un brahmane, voire un jaïniste (cf. Hésychius, s.V. VÉVVOL).
Activités. Selon les historiens compagnons d 'Alexandre, Calanos ne jouait
aucun rôle politique. Néarque précise en effet que « les brahmanes accompa
gnent le roi en qualité de conseillers, mais les autres philosophes s'occupent
uniquement d'observer la nature. Calanos était du nombre de ces derniers »
(Strabon XV 1 , 66 ). Onésicrite, pour sa part, nous présente Calanos comme un
sage qui passait ses journées à l'écart de la ville , allongé sur des pierres brû
lantes et entouré de disciples qui restaient figés en d 'étonnantes postures (cf.
Strabon XV 1,63). Mais, suivant une tradition qui remonte à Mégasthène (cf.
Strabon XV 1, 68), Calanos abandonna ses fonctions de conseiller des rois pour
suivre Alexandre . De fait, Plutarque nous le montre en train de donner à ce
dernier une leçon mimée de géopolitique (cf. Plutarque, Vita Alex.65, 6 ).
Biographie. Les textes grecs et latins ne retiennent de la vie de Calanos que
deux événements : sa rencontre avec les Grecs et son suicide.
1) La rencontre avec les Grecs. Quand Calanos rencontre des Grecs, son
comportement dépend de la présence ou de l'absence du gymnosophiste Dan
damis (- D 20 ). Si Dandamis participe à l'entretien avec les Grecs, Calanos
adopte l'attitude inverse de celle de son collègue : alors que Dandamis se montre
bienveillant et courtois envers Onésicrite, Calanos se moque de l'émissaire grec
et lui ordonne « sur un ton brutal et plein d'hybris » d'enlever sa tunique (cf.
Strabon XV 1, 64 et Plutarque, Vita Alex. 65 , 2). De même, quand Dandamis
refuse l'invitation d 'Alexandre à le suivre, Calanos s 'empresse de l'accepter ,
parce qu 'il est « un homme intempérant et asservi aux tables d 'Alexandre »
(Strabon XV 1, 68), sans aucune maîtrise de lui-même (Arrien , Anab . VII 1, 4 )
et même, dans le Récit sur la vie des brahmanes de Palladios, un xaxos åvno, à
la fois fou , uátalos, et vénal, plaaprupnoac (De gentibus Indiae et Brag
manibus II 3 ; II 11).
En revanche, si Calanos est seul face à Alexandre (cf. Philon, Probus 94- 96 ,
et Ambroise, Epist. 34, 37), il refuse d'accompagner le roi et concentre en lui
toutes les qualités que les autres récits attribuent à son collègue. Philon loue son
endurance, Ambroise l'autorité de sa parole . Ses propos hardis portent la marque
d'un « esprit plein de liberté » (voûÇ Èhevdeplas réuwv / mens plena libertatis).
2) Son suicide. Plus encore qu 'à sa rencontre avec Alexandre, Calanos doit sa
célébrité à son suicide. Les textes sont unanimes à ce propos :malade et affaibli,
Calanos décida de mettre fin à ses jours en s'étendant sur un bûcher ardent. S 'ils
louent tous le courage et la fermeté d 'âme du gymnosophiste , les récits diver
gent néanmoins sur des points de détail : Calanos se rend au bûcher tantôt à
cheval (Plutarque, Vita Alex. 69, 6 -8), tantôt en courant (Élien , Hist. Var. V 6 ),
tantôt sur une civière (Arrien VII 3, 1-6 ). Le plus souvent, Calanos se précipite
160 CAL (L )ANUS
dans les flammes sans mot dire, mais il lui arrive de se comparer à Hercule
(Cicéron, De diuinat. I46), de prédire la fin prochaine d 'Alexandre (Plutarque,
Vita Alex. 69, 6 - 8 ; Cicéron, Tusc. II 52) ou d'accomplir certains actes rituels
avant l'immolation : libation et sacrifice d 'une mèche de cheveux, dans le récit
de Plutarque, salutation au soleil, dans celui d'Élien . D 'après Charès de Myti
lène, Alexandre organisa en l'honneur du défunt des jeux funèbres, et en parti
culier des concours de beuveries (cf. Plutarque, Vita Alex. 70, 1- 2 ; Élien , Hist.
Var. II 41, et Athénée X , 437 a).
Le suicide de Calanos devient une sorte de référence obligée quand d'autres
sages s'immolent, notamment le cynique Peregrinus
173 )
(cf. Lucien, Peregr. 25) et
Zarmanochegas (cf. Strabon XV 1, 4 et XV 1, 73).
Pour les sages de l'Inde, cette façon d'achever leur itinéraire spirituel – en
laissant se consumer un corps abîmé par la vieillesse et la maladie – n 'avait rien
de surprenant.
Euvre. Nous ne possédons bien évidemment aucune æuvre de Calanos.
Mais Philon (Probus 96 ) et Ambroise (Epist. 37, 34) lui attribuent une lettre à
Alexandre, dans laquelle il affirme la supériorité de la sagesse indienne sur la
sagesse grecque (cf. R . Hercher, Epistolographi Graeci, Paris 1873, réimpr.
Amsterdam 1965, p. 192).
CLAIRE MUCKENSTURM .
TRADITION ARABE
La figure de l' Indien Calanos est passée de la littérature grecque à la littéra
ture arabe. Au cours de ce processus, elle a subi une profonde modification , au
point que l'image orientale de Calanos n 'a plus grand chose de commun avec la
figure grecque. Cependant, nous sommes heureusement en mesure de décrire
cette transformation avec une relative exactitude, depuis que nous disposons de
deux textes arabes anciens qui ont joué un rôle déterminant dans ce processus.
Témoignages. ( 1) En premier lieu, il fautmentionner « Le livre d'Ammonios
sur les opinions des philosophes» (Kitāb Amūniyūs fi ārā' al-falāsifa ), texte
structuré d 'un pointde vue doxographique, dont on suppose qu'il a été composé
en arabe vers le milieu du IXe s. Bien que son auteur (> A 142) inconnu ait utilisé
la façade de la doxographie à seule fin d'attribuer à de nombreux auteurs anti
ques ses propres conceptions, il n 'a pas manqué d 'agrémenter son exposé d'un
certain nombre de détails authentiques empruntés à la littérature doxographique
de l'Antiquité tardive (voir 1 U . Rudolph, Die Doxographie des Pseudo- Ammo
nios. Ein Beitrag zur neuplatonischen Überlieferung im Islam , coll. « Abhand
lungen für die Kunde desMorgendlandes» 49, 1, Stuttgart 1989) . Pour autant
qu 'on puisse en suivre la trace, ces détails remontent en grande partie à la
Refutatio omnium haeresium d'Hippolyte. Cela vaut également pour la figure de
Calanos, qui est immédiatement passée de la Refutatio grecque au Pseudo
Ammonios arabe.
Chez Hippolyte, Calanos ne joue qu'un rôle secondaire. Il est brièvement
mentionné dans le chapitre consacré aux Brahmanes , où l'on apprend qu'il
CAL(L )ANUS 161
n ' était pas apprécié par ses compatriotes, sous prétexte qu 'il se serait détourné
de leurs préceptes de sagesse (Refutatio 1 24, 7 : p . 29, 13- 15 Wendland ; I 24, 7 ,
li. 32- 33 Marcovich ). Le Pseudo-Ammonios, en revanche, attribue au philo
sophe indien une fonction importante . Il lui suffit dans ce passage de s 'inspirer
des deux noms qu'il a trouvés dans le texte d'Hippolyte pour imaginer sur cette
base une toute nouvelle légende.Calanos aurait été un élève de Pythagore (qui
joue par ailleurs un rôle important chez le Pseudo-Ammonios) et il aurait intro
duit la sagesse de ce philosophe en Inde. Il y aurait prodigué son enseignement à
un Indien du nom de Brahman. Après la mort de son maître , Brahman serait
parvenu à la tête du peuple indien et aurait répandu la doctrine philosophique de
Pythagore et de Calanos (Pseudo-Ammonios XVI 1-2 et 13-16 ).
Tout ce récit est naturellement fictif et on aurait peine à le rattacher à l'ex
posé d' Hippolyte si l'on ne savait par ailleurs que la Refutatio a certainement
constitué la source du Pseudo-Ammonios.Mais la nouvelle image de Calanos a
été reçue et transmise comme historique par les auteurs islamiques plus tardifs,
du fait qu' ils n'étaient pas en mesure de la comparer avec les modèles antiques.
C 'est ainsi que nous rencontrons à nouveau Calanos en tant que disciple de
Pythagore et maître de Brahman dans trois textes arabes plus récents qui ont
copié le Pseudo -Ammonios : (a ) Abū Hātim ar-Rāzi († 933), Kitāb A 'lām an
nubūwa, p . 147, 4 - 8 Al-Sawy/ Aavani; (b ) al-Birūni, Kitāb al- Atār al-baqiya ,
p . 950 , 2 -6 Taqizadeh (= Suppl. à l'édition de Sachau dans BSOAS 8 , 1935
1937] ; (c ) as-Sahrastāni, Kitāb al-Milal wa-n -niḥal, p. 277, 20 - 278, 2 et
p. 455 ,18 -456 , 3 Cureton.
( 2) De moindre importance, mais tout aussi insolite s'avère l'image du sage
indien esquissée dans le second texte qu 'il nous faut aborder: « Le livre sur le
mystère de la création » (Kitāb Sirr al-haliqa), encyclopédie philosophique trai
tant en six longs chapitres de Dieu et des différents domaines de la nature (des
planètes jusqu'aux minéraux). Voir 2 U . Weißer, Buch über das Geheimnis der
Schöpfung und die Darstellung der Natur (Buch der Ursachen ), coll. « Sources
& Studies in the History of Arabic - Islamic Science - Natural Sciences Series>>
1 , Aleppo 1979, et 3 Id., Das “Buch über das Geheimnis der Schöpfung " von
Pseudo - Apollonios von Tyana, coll. « Ars Medica. Texte und Untersuchungen
zur Quellenkunde der Alten Medizin » III 2, Berlin New York 1980. Ce texte est
lui aussi attribué dans les manuscrits à une autorité antique, à savoir la figure
semi-légendaire d'Apollonios de Tyane (> A 284 ), mais ici aussi on peut très
vraisemblablement estimer qu 'il s'agit d'un pseudépigraphe arabe du IXe siècle
ap . J.-C .: voir 4 F . W . Zimmermann, « The Origins of the So-called Theology of
Aristotle » , dans 5 J. Kraye, W .F . Ryan, C . B . Schmitt (édit.), Pseudo -Aristotle
in the Middle Ages. The « Theology » and other texts, coll. « Warburg Institute
Surveys and Texts » 11, London 1986 , p. 112, 135 et 197-198, et 6 U . Rudolph,
« Kalām im antiken Gewand. Das theologische Konzept des Kitāb Sirr al
haliga» , dans les Actes du XIVe Congrès de l'Union européenne des Arabisants
et Islamisants (Budapest 1988 ), Budapest 1991.
162 CAL(L )ANUS
Dans le premier chapitre de son ouvrage, le Pseudo-Apollonios traite des
attributs de Dieu et de la création du monde. Dans ce contexte il met en scène
Calanos qui soulève trois questions que l'auteur qualifie expressément d ' absur
des et de provocatrices: Dieu , le Tout-Puissant, peut-il se rendre visible à sa
créature ? Est-il capable de créer un être semblable à lui-même ? Et a-t-il le
pouvoir de faire tenir le cosmos tout entier dans un seul grain de moutarde ?
(Sirr al-haliqa I 3 , 6 , 1-3 : p .67, 9 -69, 5 , et le commentaire de Weiber 3 , p . 83) .
Or ces questions n 'ont aucun rapport avec le Calanos antique et n 'ont de sens
que dans le cadre de la théologie islamique (cf. Rudolph 6 , n . 14 ). Il est même
permis de se demander si, en introduisant ce philosophe, l'auteur pensait vrai
ment à Calanos, car les manuscrits conservés de ce texte transmettent comme
nom les formes Kālūs ou Kābūs et l’éditrice, U . Weißer, a renoncé à proposer
une identification.Mais ici aussi le contexte est suffisamment instructif: juste
avant de mentionner Calanos, l'auteur expose les vues théologiques des Brah
manes et les réfute en s'appuyant sur une argumentation détaillée (Sirr al-haliqa
I 3 , 5, 1 -5 : p . 63, 3 -67,8 , et le commentaire de Weißer 3, p. 82 -83). On peut
donc considérer comme assuré que le Pseudo -Apollonios a trouvé dans sa
source un passage dans lequel non seulement les Brahmanes indiens étaient
mentionnés de façon générale , mais où également Calanos figurait nommément
comme l'un de leurs représentants. Il est probable que, comme le Pseudo
Ammonios, il n 'a emprunté à sa source que les noms et leur a conféré dans son
propre exposé un nouveau visage.
Dans le cas du Sirr al-haliqa, à la différence de ce qui se passa pour le
Pseudo - Ammonios, nous ne pouvons cependant pas aller plus loin dans nos
spéculations, car nousne connaissons pas lemodèle grec sur lequel se fonde ce
passage, et nous ignorons jusqu'à présent si son affirmation a été reprise par la
suite dans la littérature arabe.
ULRICH RUDOLPH .
15 CALLIAS D 'AIXÔNÈ RE K 6 Mva
Homme politique, fils de Calliadès, du dème d'Aixônè (IG 112 5430 ; sur
l'interprétation controversée de cette inscription , cf. D . M . Lewis, « Double
representation in strategia », JHS 81, 1961, p. 118 - 119). Il travaille au renfor
cement d'Athènes en vue d 'une confrontation avec Sparte . En 434 , il propose
d 'augmenter le trésor d'Athéna Poliade jusqu 'à la somme de 3 000 talents (IG 12
91 = Sylloge? 91). Un peu plus tard , il se fait le défenseur du renouvellement de
l'alliance avec Rhegium et Léontinoi (IG 13 52, 53). Il tombe comme stratège en
432 devant Potidée (Thuc. I 61, 1 ;63, 3). Suivant Socrate , dans le premier
Alcibiade (119 a), dialogue dont l'authenticité est discutée, ce Callias, fils de
Calliadès, aurait été , avec Pythodore , disciple de Zénon d' Élée. Et il est précisé
que « l'un et l'autre , moyennant cent mines (= 10 000 drachmes, 1 drachme
représentant le salaire quotidien moyen d 'un ouvrier qualifié dans l' Athènes du
ve et du IVe siècle ) données au même Zénon (né à la fin du vie ou au début du ve
siècle ), seraient devenus habiles et renommés. » On a beaucoup discuté sur le
CALLIAS D 'ALOPÉKÈ 163
point de savoir si cette somme était vraisemblable et donc si le témoignage était
recevable .
Cf. J. Kirchner, PA I 7827 ; J. Kirchner, art. « Kallias » 6 , RE X 2 , 1919,
col. 1622 - 1623 ; H . Gärtner, art. « Kallias » , KP III, 1969, p .67; G . Vlastos,
« Plato' s testimony concerning Zeno of Elea » , JHS 95, 1975, Appendix :
“ Alcibiades I, 119 A 1-6 ” , p . 155- 161 (Vlastos semble avoir confondu Callias
d 'Aixônè avec Callias d ’Alopékè) ; M . Caveing, Zénon d 'Élée, Prolégomènes
aux doctrines du continu. Étude historique et critique des fragments et témoi
gnages, coll. « Histoire des doctrines de l' Antiquité classique» 7, Paris 1982,
p . 154- 157.
LUC BRISSON .
16 CALLIAS D ’ALOPÉKÈ REK 3 V -IV
Fils d 'Hipponicos (Prot. 311 a ), il serait né entre 455 et 450 à Athènes dans le
dème d 'Alopékè. Selon J. K . Davies (APF, n° 7826 ), c' est la seule famille du
génos des Kerykes qui ait obtenu de hautes charges politiques à Athènes. Les
alliances familiales expliquent probablement cette particularité . Suivant la
reconstruction de J. K . Davies, APF, p. 262- 263, qui va à l'encontre du témoi
gnage de Plutarque (Périclès 24 , 5 et 8 ), Hipponicos épousa vers 450 l'ancienne
femme de Périclès, qui avait aussi des liens de parenté avec l'homme d 'État et
qui lui avait donné pour fils Xanthippe et Paralos. A Hipponicos, cette femme
donna un fils, Callias, et une fille Hipparétè, qui deviendra pour quelque temps
l'épouse d 'Alcibiade. On comprend dès lors plus facilement le passage suivant
du Protagoras : « Quand nous fûmes entrés, nous trouvâmes Protagoras qui se
promenait sous les portiques, accompagné et suivi dans sa promenade, d 'un côté
par Callias, le fils d 'Hipponicos, par le frère que Callias avait de sa mère,
Paralos, fils de Périclès, par Charmide ( C 102), le fils de Glaucon, et, de
l' autre , par Xanthippe, l'autre fils de Périclès, par Philippide, le fils de Philo
mèlos, par Antimoïros de Mendé ( ~ A 198 ), qui est précisément le plus réputé
des élèves de Protagoras» (314e- 315a). Hipponicos mourut en 423- 422, en
laissant à Callias une immense fortune et en lui transmettant sa charge reli
gieuse.
Les principaux ministres du culte d 'Éleusis appartenaient à deux génè: les
Eumolpides et les Kérykes. Les membres de famille de Callias tinrent la charge
de dadouque pendant trois générations, peut-être même quatre : le dadouque, le
« porteur de torche » , venait, pour l' importance, tout de suite après l'hiérophante .
Il occupait sa fonction pour la vie et avait pour nom Callias ou Hipponicos. Il
participait à la célébration des Mystères, intervenait dans l'initiation et prenait
part aux sacrifices purificatoires.
164 CALLIAS D ’ALOPÉKÈ
Arbre généalogique de la famille de Callias.
Kérykes
Phaisippos
Callias I
Hipponicos I
Callias II 0 Elpinicè
fille de Miltiade
Périclès o femme Hipponicos II o femme
fils de Xanthippe
Xantippe Paralos Callias III Hipparéte o Alcibiade Hermogène
bâtard
fille d 'Hipponicos
Les trois épouses de Callias.
Alcibiade | Glaucon du Céramique
fille oo Callias III - Chrysilla oo Ischomachos
fille Hipponicos III o fille - Épilycos
donc cousine
d 'Hipponicos bâtard de Callias fille
orpheline, elle fut
revendiquée par Callias
pour son fils Hipponicos
Callias est par ailleurs l'héritier de l'une des plus riches famillesde la Grèce.
Son grand -père était, selon Plutarque (Aristide 25 , 4), le plus riche citoyen
d 'Athènes ; il disposait, selon Lysias (Sur les biens d 'Aristophane [19 ] 48), de
200 talents ( 1 200 000 drachmes, 1 drachme représentant le salaire moyen
quotidien d 'un travailleur dans l'Athènes du ve et du IVe siècle ). Cette somme
permit à son fils Hipponicos de recevoir de la part d 'Andocide (I 130 ) le titre,
plus flatteur encore , d'« homme le plus riche de Grèce ». Pour le mariage de sa
fille Hipparétè, la sœur de Callias, avec Alcibiade, Hipponicos versa une dot de
20 talents (120 000 drachmes), telle qu'aucun Grec n 'en avait reçu (Andocide
IV 14 ). A la troisième génération, Callias reçut la fortune de son père et le titre
d 'homme le plus riche de Grèce (Lysias 19, 48).
Une partie de cette fortune provenait de l'exploitation des mines du Laurion .
D 'après xénophon (Revenus 4, 15 ), Hipponicos possédait 600 esclaves qui y
travaillaient pour lui et lui rapportaient, après déduction d'impôts, la somme
d'une mine par jour (1 mine = 100 drachmes = 0, 15 talent); une inscription
CALLIAS D ’ALOPÉKÈ 165
ca reprise dans le t. 19 , 1950, p . 206, et
(Hesperia 10 , 1945,A p. 14 , nºCal1, ligne 43,
gora, t.e XIXliecr:e Mdu. B .lWalbank,
mas leo Leases of public land, 1001,
dans The Athenian Agora,
p. 5, li. 43) mentionne que Callias était propriétaire d'une concession à Napè,
lieu -dit situé dans la région minière du cap Sounion . Les mines, dont les revenus
n 'étaient pas illimités, ne garantissaient pas le développement du capital. Voilà
pourquoi le patrimoine familial avait été placé dans une banque dont la gestion
appartenait, à la fin du Ve siècle , au père de Callias, selon Andocide ( 1 130 ) .
Banquier, Callias était aussi propriétaire immobilier. Xénophon situe la scène de
son Banquet dans une de ses maisons au Pirée (Banquet I 2). Mais le cadre dans
lequel Platon place la scène du Protagoras donne à penser que la maison où
étaient descendus les sophistes se trouvait en ville.
Beau -frère d 'Alcibiade, qui épousa sa sour Hipparétè, Callias appartenait par
ailleurs, comme on l' a vu aussi, au génos des Kérykes, dont on sait le rôle dans
les cérémonies d'Éleusis. Est-il possible dans ces conditions qu'il ait participé
lui-même aux parodies des Mystères en 416 -415 ? On ne peut le savoir , mais il
ne figure sur aucune des listes de dénonciation produites par Andocide.
Pourtant, en 399, dans son discours Sur les Mystères, Andocide le met en
cause. En 400 , Andocide avait été accusé d'avoir, au mépris d 'une loi des aïeux,
déposé , pendant les Mystères, un rameau de suppliant dans l’Éleusinion d'Athè
nes. L ' instigateur du procès aurait été Callias fils d 'Hipponicos, dont Andocide
dénonce à son tour les manquvres dans son discours. Callias a voulu s 'assurer
personnellement, par concupiscence, même s 'il la revendique pour son fils , la
possession de la fille orpheline d' Épilycos, oncle d' Andocide ; mais , comme
celui-ci la revendiquait selon la loi sur l'« épiclérat » , Callias a , pour mille
drachmes, soudoyé Céphisios, un « sycophante » , et il a , de sa propre main ,
déposé dans l'Éleusinion le rameau de suppliant. L 'accusé était assisté par des
membres choisis de sa tribu et par deux chefs du parti populaire , Anytos
(l'accusateur de Socrate, » A 227) et Céphalos (un ancien potier). Pour bien
comprendre toutes les implications de cette affaire où se mêlent inceste , héritage
et pouvoir politique, rappelons que Callias fut marié trois fois.
Callias épousa d 'abor