Fonctions Continues sur un Intervalle
Fonctions Continues sur un Intervalle
Plan du chapitre
1 Fonctions continues sur un intervalle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 2
1.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 2
1.2 Fonctions continues et opérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 2
2 Les grands théorèmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 3
2.1 Le théorème des valeurs intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 3
2.1.1 Compléments sur les intervalles de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 3
2.1.2 Le théorème des valeurs intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 4
2.2 Image continue d’un segment . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 6
3 Fonctions uniformément continues sur un intervalle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 6
3.1 Définition et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 6
3.2 Fonctions lipschitziennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .page 9
3.3 Le théorème de Heine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 11
4 Fonctions continues strictement monotones . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 12
La définition de la continuité sur un intervalle ou une réunion d’intervalles pose quelques problèmes techniques. On
commence par le cas d’un intervalle ouvert.
Définition 1.
1) Soit f une fonction définie sur un intervalle ouvert non vide I de R à valeurs dans R ou C.
f est continue sur I si et seulement si f est continue en chaque point de I.
2) Soit f une fonction définie sur un intervalle I de la forme [a, b[ (a réel et b réel ou infini et a < b) (resp. ]a, b] (b
réel et a réel ou infini et a < b)) à valeurs dans R ou C.
f est continue sur I si et seulement si f est continue en chaque point de ]a, b[ et continue à droite en a (resp. continue
à gauche en b).
3) Soit f une fonction définie sur un intervalle I de la forme [a, b] (a et b réels et a < b) à valeurs dans R ou C.
f est continue sur I si et seulement si f est continue en chaque point de ]a, b[, continue à droite en a et continue à
gauche en b.
La continuité de f sur I peut s’écrire avec des quantificateurs :
Notation. L’ensemble des fonctions continues sur un intervalle I à valeurs dans K = R (resp. C) se note C(I, R) (resp.
C(I, C)) ou aussi C0 (I, R) (resp. C0 (I, C)) (C0 (fonctions de classe C0 ) est le début d’une liste : C0 , C1 (fonctions de classe
C1 déjà définies dans le chapitre « Calculs de primitives et d’intégrales » pour les intégrations par parties), C2 , . . . , C∞ ).
➱ Commentaire . La définition précédente se généralise sans problème à des sous-ensembles D de R tels que D = R∗ (qui n’est
pas un intervalle) ou D =]0, 1] ∪ [2, +∞[. Ici D est une réunion de deux intervalles disjoints et f est continue sur D si et seulement
si f est continue sur chacun des deux intervalles.
Mais il faut se méfier : si D = I1 ∪ I2 où I1 = [0, 1[ et I1 = [1, +∞[, la continuité sur I1 et sur I2 n’assure pas la continuité D car
une fonction continue sur I1 et sur I2 est continue à droite en 1 mais n’est pas nécessairement continue en 1. Par contre, puisque
D = [0, +∞[, une fonction est continue sur D si et seulement si elle est continue en tout point de ]0, +∞[ et continue à droite en 0.
Démonstration . Il est clair que tout intervalle vérifie la propriété (∗) : ∀(a, b) ∈ I2 (a 6 b ⇒ [a, b] ⊂ I).
➱ Commentaire . Si I est un intervalle et si on pose m = Inf(I) et M = Sup(I) où m et M sont réels ou infinis, alors
Théorème 5 (théorème des valeurs intermédiaires). Soit f une fonction définie sur un intervalle I de R à valeurs
dans R.
Si f est continue sur I, alors f(I) est un intervalle.
Démonstration .
1ère démonstration. Posons J = f(I). On va démontrer que ∀[c, d] ∈ J2 , (c 6 d ⇒ [c, d] ⊂ J). Soient donc c et d deux éléments de
J tels que c 6 d. Il existe deux réels a et b de I tels que c = f(a) et d = f(b). Quite à remplacer f par −f (qui est continue sur I),
on peut supposer que a 6 b ce que l’on fait dorénavant. Puisque I est intervalle, on a [a, b] ⊂ I.
Soit γ ∈ [c, d]. On va montrer qu’il existe x0 ∈ I tel que f (x0 ) = γ. Soit E = {x ∈ [a, b]/ f(x) 6 γ}. Puisque f(a) = c 6 γ, on a a ∈ E.
D’autre part, pour tout x ∈ E, on a x 6 b. Ainsi, E est une partie non vide et majorée (par b) de R. E admet donc une borne
supérieure que l’on note x0 . x0 est un élément de [a, b] et donc de I. On va montrer que f (x0 ) = γ.
1er cas. Supposons que x0 < b. Puisque x0 est un majorant de E, si x ∈ ]x0 , b], x n’est pas un élément de E et donc f(x) > γ.
On fait tendre x vers x0 par valeurs supérieures. Par continuité de f sur I et donc en x0 , f(x) tend vers f (x0 ) quand x tend
vers x0 par valeurs supérieures et on obtient donc f (x0 ) > γ.
1
D’autre part, puisque x0 = Sup(E), pour tout n ∈ N∗ , il existe un ∈ E tel que |un − x0 | 6 . Pour chaque n ∈ N∗ , un est un
n
1
élément de I tel que f (un ) 6 γ. Puisque pour tout n ∈ N∗ , |un − x0 | 6 , la suite (un )n∈N∗ converge vers x0 . Puisque f est
n
continue sur I et en particulier en x0 , la suite (f (un ))n∈N∗ converge vers f (x0 ). Puisque pour tout n ∈ N∗ , f (un ) 6 γ, quand
n tend vers +∞, on obtient f (x0 ) 6 γ et finalement f (x0 ) = γ.
2ème cas. Supposons que x0 = b. On a déjà γ 6 d = f(b) = f (x0 ). D’autre part, comme dans le premier cas, on peut construire
une suite (un )n∈N∗ d’éléments de E convergeant vers x0 = b et comme précédemment, on obtient f (x0 ) 6 γ puis f (x0 ) = γ.
➱ Commentaire .
⋄ Le théorème des valeurs intermédiaires se résume parfois en la phrase : « l’image continue d’un intervalle est un intervalle ».
⋄ Si f est continue sur un intervalle I à valeurs dans R et si on pose m = Inf(f(I)) et M = Sup(f(I)) où m et M sont réels ou
infinis, alors
Théorème 7. Un polynôme de degré impair à coefficients réels s’annule au moins une fois sur R.
Démonstration . Puisque f est un polynôme de degré impair, ou bien lim f(x) = −∞ et lim f(x) = +∞, ou bien
x→−∞ x→+∞
lim f(x) = +∞ et lim f(x) = −∞. Dans tous les cas, Inf(f(R)) = −∞ et Sup(f(R)) = +∞. Puisque f est un polynôme, f est
x→−∞ x→+∞
continue sur R et donc f(R) est un intervalle de R ou encore
Théorème 8. Soit f une fonction définie est continue sur un segment [a, b] de R à valeurs dans R.
Alors, f([a, b]) est un segment de R.
Démonstration . D’après le théorème des valeurs intermédiaires, f([a, b]) est un intervalle I de R.
• Montrons que I est borné. Supposons par l’absurde I non majoré. Alors, pour chaque n ∈ N, il existe vn ∈ I tel que vn > n. Pour
n ∈ N, il existe un ∈ [a, b] tel que f (un ) = vn . Puisque pour tout n ∈ N, f (un ) > n, on a lim f (un ) = +∞.
n→+∞
La suite (un )n∈N est une suite d’éléments de [a, b] et en particulier, la suite (un )n∈N est une suite réelle bornée. D’après le théorème
de Bolzano-Weierstrass, on peut extraire de la suite (un )n∈N une sous-suite uϕ(n) n∈N convergeant vers un certain réel x0 .
Puisque pour tout n ∈ N, a 6 uϕ(n) 6 b, par passage à la limite quand n tend vers +∞, on obtient a 6 x0 6 b ou encore x0 ∈ [a, b].
Puisque f est continue sur [a, b], f est continue en x0 .
Puisque la suite uϕ(n) n∈N converge vers x0 et que f est continue en x0 , on a lim f uϕ(n) = f (x0 ). Ceci contredit le fait que
n→+∞
lim f (un ) = +∞. Il était donc absurde de supposer I non majoré.
n→+∞
➱ Commentaire . Le théorème 8 se réénonce parfois sous la forme « l’image continue d’un segment est un segment » ou sous
la forme « si f est une fonction continue sur un segment, f est bornée et atteint ses bornes », cette dernière phrase signifiant que f
admet un minimum et un maximum.
f est continue sur I ⇔ ∀x0 ∈ I, ∀ε > 0, ∃α > 0/ ∀x ∈ I, (|x − x0 | 6 α ⇒ |f(x) − f (x0 )| 6 ε).
Cette définition traduit la continuité de f en chaque x0 de I (éventuellement continuité à droite ou à gauche en une
éventuelle borne de I comprise). Dans cette définition, le réel α est fonction de ε mais aussi de x0 et ce réel α peut changer
quand x0 change.
Démonstration .
∀ε > 0, ∃α > 0/ ∀x ∈ I, ∀y ∈ I, (|x − y| 6 α ⇒ |f(x) − f(y)| 6 ε) ⇒ ∀x ∈ I, ∀ε > 0, ∃α > 0/ ∀y ∈ I, (|x − y| 6 α ⇒ |f(x) − f(y)| 6 ε).
❏
La réciproque est fausse. L’exercice suivant fournit un premier exemple de fonction continue qui n’est pas uniformément
continue.
Exercice 2.
1) Montrer que la fonction f : x 7→ x2 est uniformément continue sur [0, 1].
2) Montrer que la fonction f : x 7→ x2 n’est pas uniformément continue sur [0, +∞[.
Solution 2.
1) Montrons que : ∀ε > 0, ∃α > 0/ ∀(x, y) ∈ [0, 1]2 , |x − y| 6 α ⇒ x2 − y2 6 ε .
ε
Soit (x, y) ∈ I2 . x2 − y2 = |x − y||x + y| 6 2|x − y|. Soit alors ε > 0. Soit α = . Si |x − y| 6 α, alors
2
x − y2 6 2|x − y| 6 2α = 2 ε = ε.
2
2
2
On a montré que : ∀ε > 0, ∃α > 0/ ∀(x, y) ∈ [0, 1] , |x − y| 6 α ⇒ x − y2 6 ε . Donc, f est uniformément continue
2
sur [0, 1].
2) Montrons que : ∃ε > 0, ∀α > 0/ ∃ (x0 , y0 ) ∈ [0, +∞[2 , |x0 − y0 | 6 α et x20 − y20 > ε .
Soit ε = 1. Soit α > 0. Soient x ∈ [0, +∞[ puis y = x + α. On a déjà y ∈ [0, +∞[ et |x − y| 6 α. D’autre part,
➱ Commentaire . L’uniforme continuité de la fonction x 7→ x2 sur [0, 1] peut se visualiser. On se donne une « longueur
mobile » ε > 0 sur l’axe (Oy) et on fournit une longueur α > 0 sur l’axe (Ox) telle que quand x et y sont dans un segment
de longueur α contenu dans [0, 1], alors x2 et y2 sont dans un segment de longueur ε. La courbe étant plus pentue du côté de 1
qu’ailleurs, c’est les valeurs proches de 1 de la variable qui commandent le choix de α.
ε
α α α
1
Le fait que la fonction x 7→ x2 ne soit pas uniformément continue sur [0, +∞[ (bien que continue sur [0, +∞[) est moins facile
à appréhender. Si x et y sont deux réels distants de α (ou encore si y = x + α) l’écart entre les carrés de ces nombres à savoir
(x + α)2 − x2 = 2αx + α2 n’est pas borné quand x décrit [0, +∞[ et donc ne peut être choisi uniformément sur la totalité de la
demi-droite [Ox) de manière à ce que l’écart entre x2 et (x + α)2 soit uniformément inférieur à ε.
11
10
1 2 3
√
Exercice 3. Montrer que la fonction x 7→ x est uniformément continue sur [0, 1].
Exercice 4.
1) Montrer que la fonction x 7→ x2 n’est pas uniformément continue sur [0, +∞[.
2) Montrer que la fonction x 7→ sin x2 n’est pas uniformément continue sur [0, +∞[.
Solution 4.
1
1) Pour n ∈ N∗ , posons xn = n et yn = n + . Pour tout n ∈ N∗ , xn et yn sont des réels positifs et de plus, la suite
n
(xn − yn )n∈N∗ converge vers 0. Mais
2
2
xn − y2n = 1 1
− n2 = 2 + 2
n+
n n
ne tend pas vers 0 quand n tend vers +∞. Donc la fonction x 7→ x2 n’est pas uniformément continue sur [0, +∞[.
r r
π π
2) Pour n ∈ N, posons xn = + 2nπ et yn = + 2nπ + π. Pour tout n ∈ N, xn et yn sont des réels positifs et de
2 2
plus, la suite (xn − yn )n∈N converge vers 0 car
r r
π π π
|xn − yn | = + 2nπ + π − + 2nπ = r r .
2 2 π π
+ 2nπ + π + + 2nπ
2 2
Mais
[0, +∞[.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
−1
Si ∀(x, y) ∈ I2 , |f(x) − f(y)| 6 k|x − y|, on dit que f est k-lipschitzienne. Le nombre k n’est pas unique car si ∀(x, y) ∈
I2 , |f(x) − f(y)| 6 k|x − y|) alors par exemple, ∀(x, y) ∈ I2 , |f(x) − f(y)| 6 (k + 1)|x − y|.
Un résultat immédiat est
f(x) − f(y)
Théorème 11. f est lipschitzienne sur I ⇔ Sup , (x, y) ∈ I2 , x 6= y < +∞.
x−y
Exercice 5.
√
1) Montrer que la fonction x 7→ x est lipschitzienne sur [1, +∞[.
√
2) Montrer que la fonction x 7→ x n’est pas lipschitzienne sur [0, 1].
Solution 5.
1) Soient x et y deux réels de [1, +∞[.
√
x − √y = √|x − y| |x − y| 1
√ 6√ √ = |x − y|.
x+ y 1+ 1 2
√ 1
Donc, la fonction x 7→ x est -lipschitzienne sur [1, +∞[.
2
√ √
x − y 2
2) Soit M = Sup , (x, y) ∈ [0, 1] , x 6= y . M est un élément de [0, +∞].
x − y
x − √0
√
1
Pour tout x ∈]0, 1], M > = √ . Quand x tend vers 0 par valeurs supérieures, on obtient M > +∞. Finalement,
x−0 x
√ √
x − y
Sup , (x, y) ∈ [0, 1]2 , x 6= y = +∞ et donc la fonction x 7→ √x n’est pas lipschitzienne sur [0, 1].
x−y
➱ Commentaire . Une fonction lipschitzienne à valeurs dans R est une fonction dont les valeurs absolues des pentes des cordes
√ 1
de son graphe constituent un ensemble majoré. La fonction x 7→ x est -lipschitzienne sur [1, +∞[ : les pentes des cordes à son
2
1
graphe sont positives et inférieures ou égales à qui est la pente de la tangente à son graphe en son point d’abscisse 1.
2
3
b
2
b
b
1
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
√
La fonction x 7→ x n’est pas lipschitzienne sur [0, 1] car l’ensemble des pentes des cordes de son graphe n’est pas majoré.
Théorème 12. Soit f une fonction définie sur un intervalle I de R à valeurs dans R ou C.
Si f est lipschitzienne sur I, alors f est uniformément continue sur I (et en particulier continue sur I).
Démonstration . Supposons f lipschitzienne sur I. Il existe k ∈ R+ tel que ∀(x, y) ∈ I2 , |f(x) − f(y)| 6 k|x − y|. Quite à
remplacer k par k + 1, on peut supposer k > 0, ce que l’on fait.
ε
Soit ε > 0. Soit α = . Soient x et y deux réels de I tels que |x − y| 6 α. Alors,
k
ε
|f(x) − f(y)| 6 k|x − y| 6 k × = ε.
k
On a montré que : ∀ε > 0, ∃α > 0/ ∀(x, y) ∈ I2 , (|x − y| 6 α ⇒ |f(x) − f(y)| 6 ε). Donc, f est uniformément continue sur I.
❏
√ 1 √
Par exemple, on a vu que la fonction x 7→ x est -lipschitzienne sur [1, +∞[. La fonction x 7→ x est donc uniformément
2
continue sur [1, +∞[.
Citons aussi l’exemple de la fonction θ 7→ eiθ . Pour tous réels θ et θ ′ ,
iθ
θ+θ ′ θ−θ ′
iθ ′ i 2 i 2 −i θ−θ
′
θ − θ ′
− e = − e = 2 sin
2
2
e e e
θ − θ′
6 2 = |θ − θ ′ | .
2
La fonction θ 7→ eiθ est 1-lipschitzienne sur R et donc uniformément continue puis continue sur R.
Exercice 6.
√
1) Montrer que la fonction x 7→ x est uniformément continue sur [0, 1].
√
2) Montrer que la fonction x 7→ x est uniformément continue sur [1, +∞[.
√
2) Montrer que la fonction x 7→ x est uniformément continue sur [0, +∞[.
Solution 6.
√
1) La fonction x 7→ x est continue sur [0, 1] et donc uniformément continue sur [0, 1] d’après le théorème de Heine.
2) Pour tout (x, y) ∈ [1, +∞[2 ,
√
x − √y = √|x − y| 1
√ 6 |x − y|.
x+ y 2
√
La fonction x 7→ x est lipschitzienne sur [1, +∞[ et donc uniformément continue sur [1, +∞[.
√ √ ε
3) Soit ε > 0. Il existe α1 > 0 tel que pour tout (x, y) de [0, 1]2 , |x − y| 6 α1 ⇒ x − y 6 et il existe α2 > 0 tel que
√ 2
√ ε
pour tout (x, y) de [1, +∞[2 , |x − y| 6 α2 ⇒ x − y 6 .
2
Soit α = Min {α1 , α2 } > 0. Soit (x, y) ∈ [0, +∞[2 .
• Si (x, y) ∈ [0, 1]2 ,
√ √ ε √ √
|x − y| 6 α ⇒ |x − y| 6 α1 ⇒ x − y 6 ⇒ x − y 6 ε.
2
• Si (x, y) ∈ [1, +∞[2 ,
√ √ ε √ √
|x − y| 6 α ⇒ |x − y| 6 α2 ⇒ x − y 6 ⇒ x − y 6 ε.
2
• Si par exemple 0 6 x 6 1 6 y, puisque |x − y| = y − x = (y − 1) + (1 − x) = |y − 1| + |x − 1|, si |x − y| 6 α, alors
|x − 1| 6 |x − y| 6 α 6 α1 et |y − 1| 6 |x − y| 6 α 6 α2 puis
√ √ √ √
x − √y 6 √y − 1 + 1 − x 6 ε + ε = ε.
2 2
√ √
Ainsi, pour tout (x, y) ∈ [0, +∞[2 , si |x − y| 6 α, alors x − y 6 ε.
√ √ √
On a montré que : ∀ε > 0, ∃α > 0/ ∀(x, y) ∈ [0, +∞[2 , |x − y| 6 α ⇒ x − y 6 ε . Donc la fonction x 7→ x est
uniformément continue sur [0, +∞[.
3ème cas. On suppose que I est un intervalle ouvert ]a, b[ (a et b réels ou infinis tels que a < b). Supposons de plus f
continue et strictement croissante sur [a, b[. On sait que ∀x ∈ [a, b[, lim f(t) < f(x) < lim f(t). Plus précisément, on sait
t→a
t→b
que lim f(t) = Inff et que lim f(t) = Supf. Donc f(]a, b[) = Inff, Supf = lim f(t), lim f(t) .
t→a I t→b I t→a
I I t→b
De même, si f est strictement décroissante sur ]a, b[, f(]a, b[) = lim f(t), lim f(t) .
t→b t→a
On a montré :
Théorème 14. Soit f une fonction définie sur une intervalle I de R à valeurs dans R.
Si f est continue et strictement monotone sur I alors f réalise une bijection de I sur J = f(I) qui est alors un intervalle
de même nature que I (ouvert, semi-ouvert, fermé).
On va maintenant établir que la réciproque f−1 est continue sur J. On a besoin du lemme suivant :
Théorème 15. Soit f une fonction définie sur une intervalle I de R à valeurs dans R, strictement monotone sur I.
f est continue sur I si et seulement si f(I) est un intervalle.
Démonstration . On sait déjà que si f est continue sur l’intervalle I, alors f(I) est un intervalle.
Réciproquement, supposons que f(I) soit un intervalle que l’on note J. Quite à remplacer f par −f (qui est aussi strictement monotone
sur I), on supposera que f est strictement croissante sur I.
Soit x0 un élément de I qui n’est pas une borne de I. Montrons que f est continue en x0 .+Puisque f est strictement
croissante sur
I, on sait que f admet en x0 des limites à gauche et à droite que l’on note f x− et f x0 respectivement (f x−
0 0 lim f(x) et
= x→x
0
x<x0
f x+ lim f(x)) et que f x− +
0 = x→x 0 6 f (x0 ) 6 f x0 .
0
x>x0
➱ Commentaire . La continuité de la réciproque n’a rien d’anecdotique. En deuxième année, on s’intéressera à la continuité
d’une application dans une situation beaucoup plus générale que le cadre des fonctions de R dans R. La réciproque d’une bijection
ne sera alors pas automatiquement continue.
On termine par un résultat plus fin que le résultat : « si f est strictement monotone, alors f est injective ».
Théorème 17. Soit f une fonction définie et continue sur un intervalle I à valeurs dans R.
Si f est injective, alors f est strictement monotone.
Démonstration . On montre la contraposée : si f n’est pas strictement monotone sur I, alors f n’est pas injective sur I.
Supposons f non strictement monotone sur I. Il existe donc trois réels x1 , x2 et x3 de I tels que x1 < x2 < x3 et ou bien f (x1 ) 6 f (x2 )
et f (x3 ) 6 f (x2 ), ou bien f (x1 ) > f (x2 ) et f (x3 ) > f (x2 ). Quite à remplacer f par −f (qui est continue et non strictement monotone
sur I), on peut supposer que f (x1 ) 6 f (x2 ) et f (x3 ) 6 f (x2 ).
Si f (x1 ) = f (x2 ) ou f (x3 ) = f (x2 ), f n’est pas injective et c’est fini. Supposons maintenant que f (x1 ) < f (x2 ) et f (x3 ) < f (x2 ).
Soit γ un réel de l’intervalle ]Max {f (x1 ) , f (x3 )} , f (x2 )[ (qui n’est pas vide). Puisque f (x1 ) < γ < f (x2 ) et f est continue sur [x1 , x2 ],
d’après le théorème des valeurs intermédiaires, il existe α ∈]x1 , x2 [ tel que f(α) = γ. De même, il existe β ∈ ]x2 , x3 [ tel que f(β) = γ.
α et β sont deux réels distincts et éléments de I tels que f(α) = f(β). Donc, f n’est pas injective.
Par contraposition, si f est injective et continue sur I, alors f est strictement monotone sur I.
❏