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UE 111 Introduction Aux Droits

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UE 111 ➟ INTRODUCTION
AU DROIT

Année 2013-2014

Ce fascicule comprend :
La présentation de l’UE
La série 1
Le devoir 1 à envoyer à la correction

En collaboration avec
le Centre National
d’Enseignement à Distance Marielle MARTIN
Institut de Lyon

W1111-F1/4
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Introduction au droit • Série 1

L’auteur :
Marielle MARTIN : Docteur en droit privé et sciences criminelles, maître de conférences au Cnam.

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L’ensemble des contenus (textes, images, données, dessins, graphiques,


etc.) de ce fascicule est la propriété exclusive de l’INTEC-CNAM.
En vertu de l’art. L. 122-4 du Code de la propriété intellectuelle, la repro-
duction ou représentation intégrale ou partielle de ces contenus, sans auto-
risation expresse et préalable de l’INTEC-CNAM, est illicite. Le Code de la
propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions stricte-
ment réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation
collective » (art. L. 122-5).

2
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UE 111 • Introduction au droit

••• OBJECTIFS •••

La présente série a la double ambition d’initier le lecteur à la science juridique, tant


au fond qu’en la forme.
Au fond, il s’agit d’exposer les notions juridiques de base indispensables à la
poursuite des études en la matière : qu’est-ce que le droit ? à quoi sert-il ? com-
ment est-il élaboré ?… (Partie 1) comment peut-on le faire respecter, en particulier
en justice ?… (Partie 2).
En la forme, il s’agit de souligner l’importance de l’acquisition d’un raisonne-
ment juridique rigoureux, indissociable des connaissances de fond, par la maî-
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trise des techniques de résolution des différents exercices pouvant constituer


la nature de l’épreuve (cas pratiques, commentaires de documents, questions de
cours) tel que cela est expliqué dans le feuillet méthodologique.

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UE 111 • Introduction au droit

TABLE DES MATIÈRES

PRÉSENTATION DE L’UE 9
I. Programme de l’UE d’introduction au droit ......................................................9
II. Le cours d’introduction au droit du Cnam-Intec ............................................13
III. Feuillet méthodologique .................................................................................14

PLAN ANNUEL DU COURS 22

PARTIE 1. LE DROIT ET SA GENÈSE 25

TITrE 1. NoTIoNS INTrodUcTIvES foNdAmENTAlES ......................... 25


chapitre 1. déinition et inalités du droit ............................................................25
Section 1. Déinition.............................................................................................25
Section 2. Finalités ..............................................................................................26
chapitre 2. les caractères des règles de droit ...................................................26
Section 1. Le caractère général ...........................................................................26
Section 2. Le caractère impersonnel ...................................................................26
Section 3. Le caractère permanent .....................................................................26
Section 4. Le caractère obligatoire ......................................................................26
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chapitre 3. les branches du droit ........................................................................27


Section 1. Le droit privé.......................................................................................27
Section 2. Le droit public .....................................................................................28
chapitre 4. les droits subjectifs et les obligations.............................................29
Section 1. Les droits subjectifs ...........................................................................29
Section 2. Les obligations ...................................................................................33

TITrE 2. lES SoUrcES dU droIT ............................................................. 35


chapitre 1. la constitution française du 4 octobre 1958 ...................................36

chapitre 2. les traités internationaux ..................................................................36

chapitre 3. les sources européennes .................................................................36


Section 1. Les règlements européens .................................................................37
Section 2. Les directives européennes ................................................................37
Section 3. Les décisions européennes ................................................................37

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Introduction au droit • Série 1

chapitre 4. la loi nationale ...................................................................................38


Section 1. Descriptif ............................................................................................38
Section 2. Conditions d’application de la loi .......................................................40
chapitre 5. les ordonnances du gouvernement .................................................43

chapitre 6. les règlements de droit interne ........................................................44

chapitre 7. la coutume .........................................................................................44

chapitre 8. la jurisprudence .................................................................................45

chapitre 9. la doctrine ..........................................................................................45

PARTIE 2. LE DROIT PROCESSUEL 47

TITrE 1. lE foNcTIoNNEmENT dE lA jUSTIcE ...................................... 47


chapitre 1. Présentation de l’action en justice ...................................................47
Section 1. L’intérêt à agir : condition de recevabilité d’une action en justice .....47
Section 2. Les principaux acteurs en présence lors d’une action en justice ......49
chapitre 2. les principaux principes directeurs du procès ...............................51
Section 1. Les grands principes européens ........................................................51
Section 2. Les grands principes français ............................................................52
chapitre 3. l’organisation des juridictions françaises .......................................53
Section 1. La compétence d’attribution (compétence ratione materiae).............54

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Section 2. La compétence territoriale (compétence ratione loci) ........................62
chapitre 4. les voies de recours ..........................................................................64
Section 1. Les voies de recours ordinaires ..........................................................64
Section 2. Les voies de recours extraordinaires..................................................64
chapitre 5. les voies d’exécution ........................................................................66
Section 1. Les personnes concernées ................................................................66
Section 2. Les modalités d’exécution .................................................................68
chapitre 6. les juridictions de l’Union européenne............................................70
Section 1. Le tribunal (de première instance) ......................................................70
Section 2. La Cour de justice de l’Union européenne .........................................71
chapitre 7. les modes Alternatifs de règlement des conlits (mArc)............73
Section 1. Des procédures particulières ..............................................................73
Section 2. Les modes privés de résolution des litiges ........................................75

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UE 111 • Introduction au droit

TITrE 2. lA PrEUvE ..................................................................................... 77


chapitre 1. l’objet de la preuve ............................................................................77
Section 1. Les actes juridiques............................................................................78
Section 2. Les faits juridiques..............................................................................78
chapitre 2. les modes de preuve .........................................................................78
Section 1. Les preuves parfaites .........................................................................78
Section 2. Les preuves imparfaites .....................................................................82
chapitre 3. l’administration de la preuve ............................................................83
Section 1. La preuve des actes juridiques...........................................................83
Section 2. La preuve des faits juridiques.............................................................84

LEXIQUE 86
EXERCICES AUTOCORRIGÉS 91
ANNEXES 95
INDEX 101
DEVOIR 1 105
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UE 111 • Introduction au droit

PRÉSENTATION DE L’UE

Soyez les bienvenus dans cet enseignement de l’UE1 (unité d’enseignement n° 1) du DGC
(Diplôme de gestion et de comptabilité), de niveau licence, du Cnam-Intec ; enseignement dont
le programme est rigoureusement conforme aux textes officiels régissant l’« Introduction au
droit » dans le cadre du Diplôme de comptabilité et de gestion (décret n°  2006-1706 du
22 décembre 2006 et arrêté du 18 mars 2010).

I. PROGRAMME DE L’UE D’INTRODUCTION AU DROIT

Sens et portée de l’étude Notions et contenus


1. Introduction générale au droit (40 heures)
1.1 Prolégomènes
La règle de droit est une construction sociale. À travers elle Finalités du droit
s’expriment certaines valeurs fondamentales. La prise en Définition du droit
compte des finalités du droit permet de comprendre le sens Caractères de la règle de droit
de la règle, de l’interpréter et, éventuellement, d’en prévoir Branches du droit
l’évolution.
Le droit distingue, classe, range. Le classement sert à
ordonner la présentation de la règle de droit. Il répond donc
à des nécessités pédagogiques. Mais ses utilités vont
au-delà. En effet, le droit en France repose sur une summa
divisio qui oppose le droit public et le droit privé. Les
intérêts de cette distinction concernent la compétence des
juridictions, les personnes visées par les règles et la mise en
évidence d’acteurs du droit qui disposent de prérogatives
exceptionnelles : l’État et les collectivités territoriales.
1.2 Les sources du droit
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Les sources du droit sont nombreuses et diffuses. Plusieurs Sources internationales


raisons expliquent ce constat ; elles tiennent à Sources communautaires
l’accroissement constant du rôle du droit comme régulateur Sources nationales : étatiques et professionnelles
social, à la multiplication à côté des instances traditionnelles
de nouveaux lieux de fabrication du droit et au
développement à côté du « droit dur » d’un « droit mou ».
Face à ce foisonnement il est nécessaire d’ordonner les
sources du droit et donc de les présenter dans leur
hiérarchie.
1.3 La preuve des droits
L’étude de la preuve doit être guidée par la recherche de Objet
ses finalités. En amont du procès la preuve a un rôle de Charge
prévention. La partie qui sait que le juge lui donnera tort doit Modes
s’abstenir de recourir au juge. La pré-constitution de preuve Admissibilité
a donc une vertu dissuasive. En aval du procès, le droit de Évolution
la preuve articule idéal (la recherche de la vérité) et
contingence (la recherche d’un apaisement du conflit). Ainsi
se comprennent les textes qui réglementent la preuve et
ceux qui obligent le juge à dire le droit et donc à trancher le
conflit, construisant une vérité judiciaire.
1.4 L’organisation judiciaire

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Introduction au droit • Série 1

Sens et portée de l’étude Notions et contenus


Quand les droits sont contestés, en faire cesser les atteintes Les juridictions :
est nécessaire. Le recours au service de la justice s’impose : • juridictions communautaires ;
celui-ci obéit à des principes qui le structurent et en • juridictions nationales du premier degré : civiles,
organisent le fonctionnement. commerciales, pénales et administratives ;
• juridictions du second degré : cours d’appel et cours
administratives d’appel ;
• Cour de cassation et Conseil d’État.
Les personnels des juridictions : magistrats et auxiliaires.
Droit commun du procès :
• grands principes européens : droit à un procès équitable,
droit à un procès public et droit à un procès d’une durée
raisonnable ;
• grands principes français : principes relatifs à la
compétence des juridictions (compétence d’attribution et
territoriale), au déroulement du procès (principes
directeurs de la contradiction, de la publicité, de l’oralité
des débats, de la neutralité du juge, de la gratuité), au
jugement (force exécutoire et autorité de la chose jugée).
1.5 Les modes alternatifs de règlement des conflits
Le procès est porteur d’un conflit dont on peut craindre qu’il Les règlements amiables :
ne dégénère. Le rétablissement de la paix sociale passe par • définition ;
la procédure judiciaire mais aussi par des modes alternatifs • cas de recours (conciliation et médiation civile, médiation
de règlement des conflits (MARC). Ces derniers présentent pénale et transactions administratives) ;
des avantages : ils peuvent être, alternativement ou • mise en œuvre.
cumulativement, plus rapides, moins coûteux, plus Les règlements juridictionnels : l’arbitrage
appropriés à certaines formes de conflictualité sociale. • définition ;
• domaine ;
• mise en œuvre.
2. Les personnes et les biens (45 heures)
2.1 Les personnes
La personnalité est l’aptitude à participer au commerce La personne juridique :
juridique. Elle est conférée aux personnes physiques et à • les utilités de la notion de personne juridique ;
certains groupements. • diversité ;

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Pour chaque sujet de droit il importe de définir les Les personnes physiques :
conditions de sa participation à la vie juridique : c’est le rôle • capacité et incapacité : définition et distinction ;
de la capacité. • éléments d’identification (nom de famille, domicile et
Les personnes morales sont des fictions juridiques nationalité).
construites pour répondre à des besoins sociaux. En effet, Les personnes morales :
très tôt, on s’est aperçu que la réussite de certains projets • capacité, principe de spécialité, nécessité d’une
de grande envergure nécessitait de constituer des représentation ;
groupements de personnes mettant en commun leurs • éléments d’identification : dénomination sociale, siège
activités et leurs ressources. Par ailleurs, ces groupements social et nationalité.
peuvent poursuivre des buts différents de ceux de leurs
membres. Tout ceci conduit à conférer à certains
groupements la personnalité morale, calquée sur celle des
personnes physiques.
2.2 Les commerçants, personnes physiques
Les premiers acteurs de la vie commerciale sont les Définition
commerçants en tant que personnes physiques. Ils dirigent Commerçant et entreprise individuelle
des entreprises individuelles qu’ils exploitent en nom Actes de commerce
propre. Ces commerçants effectuent des actes de Activités interdites ou contrôlées
commerce à titre de profession habituelle. On constate Statut personnel du commerçant : incapacité, régime
donc que c’est l’activité commerciale qui confère le statut matrimonial, PACS, nationalité, interdictions,
de commerçant. incompatibilités et déchéances
Dans le cadre de ses affaires, le commerçant a besoin de Statut du conjoint
règles adaptées à ses besoins. Conséquences de l’activité commerciale : statut juridique et
obligations du commerçant

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UE 111 • Introduction au droit

Sens et portée de l’étude Notions et contenus


2.3 Les autres professionnels de la vie des affaires
Longtemps l’usage a été d’opposer le commerçant à Les artisans : définition et statut
d’autres catégories professionnelles : les artisans, les Les agriculteurs : définition et statut
agriculteurs et les professionnels libéraux. Aujourd’hui on Les professionnels libéraux : diversité et statut
constate un mouvement d’unification et les clivages
s’estompent.
2.4 Théorie du patrimoine
Dans la tradition juridique française, le patrimoine est une Approche personnaliste et thèse du patrimoine
émanation de la personne. Il constitue une véritable d’affectation : intérêts et limites
universalité de droit et trouve sa base légale dans Approche du droit positif français : rattachement à la thèse
l’article 2092 du Code civil. Cet article d’une grande personnaliste et conséquences, composition (biens, droits
richesse pose, notamment, que les biens et les dettes de la patrimoniaux et dettes) Nature juridique
personne sont dans une étroite dépendance : les biens Droit de gage général et nécessité des sûretés
garantissent les dettes. Ce droit de gage général qui
appartient à tout créancier souffre de diverses lacunes.
C’est dans ce contexte que s’enracine le droit des sûretés.
2.5 La propriété
Le droit de propriété est le plus complet des droits réels. Il Théorie générale de la propriété :
donne la possibilité de tirer de la chose toutes les utilités • les attributs du droit de propriété ;
dont elle est susceptible. • les caractères du droit de propriété.
Le droit de propriété satisfait aux intérêts individuels. L’acquisition de la propriété :
Toutefois, une partie de la doctrine considère que la • par un acte juridique : le contrat.
propriété remplit aussi une fonction sociale qui fonde toutes Présentation du principe du transfert immédiat et de ses
les entorses au droit de propriété. Ces deux fonctions, à la limites
fois compatibles et contradictoires, imprègnent le droit • par un fait juridique : étude de la règle « en fait de
positif de la propriété. meubles, la possession vaut titre ».
L’étendue du droit de propriété :
• l’objet du droit de propriété ;
• les servitudes : notion, caractéristiques, diversité et régime
juridique ;
• la propriété démembrée : l’usufruit (constitution, effets et
reconstitution) ;
• l’exercice entravé de la propriété : abus de droit et
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troubles anormaux de voisinage.


2.6 Applications particulières de la propriété
Depuis l’élaboration du Code civil la propriété a souvent fait Le fonds de commerce : notion, composition et nature
l’objet d’atteintes. Mais, en même temps, la plasticité de la La propriété commerciale :
notion et la tendance du droit à procéder plus par imitation • conditions d’application du statut des baux commerciaux ;
que par invention, traduisent le succès de cette notion. Ainsi • régime applicable au bail commercial ;
s’explique l’utilisation de cette notion hors de son strict • droit au renouvellement.
champ technique. La propriété industrielle :
Le fonds de commerce est un bien unitaire, différent des • la protection des créations industrielles par les brevets
éléments qui le composent. C’est aussi un bien incorporel d’invention ;
de nature mobilière. La propriété commerciale permet à un • la protection des créations ornementales par les dessins
preneur à bail commercial d’obtenir à l’expiration du contrat et modèles ;
le renouvellement du bail commercial ou, à défaut, une • la protection des signes distinctifs par la marque.
indemnité d’éviction. Le droit d’auteur : étude des conditions de la protection des
La propriété intellectuelle protège l’inventeur (droit de la œuvres, des personnes protégées et des droits de ces
propriété industrielle) comme l’auteur (droit d’auteur). personnes (droits patrimoniaux et droit moral)
2.7 L’entreprise en difficulté
L’expression « droit des entreprises en difficulté » s’est Notions sur la prévention des difficultés des entreprises :
largement substituée à d’autres expressions comme celle • rôle des exigences comptables ;
de « droit des procédures collectives » ou de « droit de la • déclenchement de la procédure d’alerte par le
faillite ». Cette formulation traduit la volonté du législateur commissaire aux comptes ;
d’orienter la matière vers la prévention et le traitement des • missions du mandataire ad hoc et du conciliateur.
défaillances tout en essayant de concilier les nombreux Notions sur le traitement des difficultés des entreprises :
intérêts en présence, notamment ceux du débiteur, des finalités des procédures de sauvegarde, redressement et
créanciers et des salariés. liquidation judiciaire

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Introduction au droit • Série 1

Sens et portée de l’étude Notions et contenus


3. L’entreprise et les contrats (35 heures)
3.1 Théorie générale du contrat
Le contrat est le véhicule juridique de la vie des affaires. Il Notion et fonctions économiques du contrat
s’analyse comme la façon de créer volontairement un lien Principes fondateurs du droit des contrats : liberté
juridique d’obligation : les contractants s’engagent de leur contractuelle, force obligatoire et bonne foi
propre gré. La formation du contrat :
Le contrat remplit de nombreuses utilités, notamment • conditions de formation ;
économiques. C’est un instrument de communication • clauses contractuelles particulières ;
économique entre les parties, de redistribution, de gestion • sanctions des conditions de formation.
patrimoniale et de stabilisation des relations économiques. L’exécution du contrat :
Le contrat est un outil d’organisation de la vie des affaires. • les obligations à exécuter (voulues par les parties,
C’est aussi une institution dont la plasticité autorise imposées par le juge) ; interprétation du contrat ;
invention et créativité. Le caractère vivant de l’institution • les personnes obligées : le principe de l’effet relatif et ses
exige une analyse des différents stades de la vie du contrat : exceptions ;
de sa formation à son exécution en passant par ses • le paiement, mode normal d’exécution du contrat ;
pathologies. • les sanctions de l’inexécution.
3.2 Les contrats de l’entreprise
Dans la vie des affaires, l’entreprise passe de nombreux Les contrats portant sur le fonds de commerce :
contrats. Cette mise en situation contractuelle permet le location-gérance, nantissement conventionnel et vente
passage de la théorie générale aux « contrats spéciaux ». La (formation et effets des contrats) Le contrat de vente et le
matière est dominée par une double antinomie : d’une part, contrat d’entreprise (formation et effets des contrats)
l’opposition entre les règles générales et spéciales, d’autre Les contrats de consommation :
part l’opposition entre contrats nommés et contrats • l’achat de biens ou de prestations de services : étude des
innommés ; d’où les spécificités du régime juridique des règles protégeant le consommateur au moment de la
contrats de l’entreprise. formation du contrat et de son exécution ;
• le contrat de crédit à la consommation : formation et effets.
Le compte de dépôt bancaire : création, fonctionnement et
fermeture Les transferts de fonds
• par virement : définition, régime, avis de prélèvement et TIP ;
• par chèque : émission, transmission et paiement ;
• par carte : les contrats et les incidents.
Les contrats de crédit aux entreprises :
• le contrat de prêt ;
• avec mobilisation de créances : escompte ;

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• affacturage et bordereau Dailly ;
• sans mobilisation de créance : crédit-bail mobilier.
Les sûretés : nature et caractéristiques essentielles
4. L’entreprise et ses responsabilités (30 heures)
4.1 L’entreprise et la responsabilité délictuelle
En développant ses activités l’entreprise peut commettre un Théorie de la responsabilité délictuelle :
fait causant un dommage à autrui. • le domaine : distinction responsabilité civile délictuelle,
Le délit et le quasi-délit engagent sa responsabilité. contractuelle et pénale ;
• les fonctions de la responsabilité délictuelle (réparer, punir,
prévenir) ;
• les fondements de la responsabilité délictuelle (faute,
risque, garantie, solidarité, précaution) ;
Les conditions de mise en œuvre :
• le dommage (types, exigences relatives aux dommages
réparables) ;
• le fait générateur : le fait personnel (la faute), le fait des
choses (inclusion de la responsabilité du fait des produits
défectueux) et le fait d’autrui ;
• le lien de causalité.

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UE 111 • Introduction au droit

Sens et portée de l’étude Notions et contenus


4.2 L’entreprise et la responsabilité pénale
Dans le cadre du développement de ses activités, Le droit pénal général :
l’entreprise peut mettre en cause sa responsabilité pénale. • les éléments constitutifs de l’infraction (éléments légal,
Cette dernière a pour objet l’infraction et pour but la matériel, moral) ;
défense sociale. La réaction sociale peut mettre en jeu la • la classification des infractions (crime, délit,
liberté des hommes de l’entreprise et/ou porter atteinte à contravention) ;
ses intérêts. Pour ces deux raisons la mise en œuvre de la • l’identification de la personne responsable (l’auteur, le
responsabilité pénale de l’entreprise doit être entourée de complice) ;
nombreuses garanties tant en terme de droit substantiel • la peine : notion, principes directeurs (légalité et
qu’en terme de droit processuel. subjectivité), nature (la classification tripartite et
secondaire), formes (atteinte à la personne, aux biens et
aux droits).
La procédure pénale :
• les actions : l’action publique (acteurs, exercice,
extinction), l’action civile (acteurs, exercice, extinction) ;
• l’instruction préparatoire : juge et chambre d’instruction ;
• le jugement et les voies de recours.
INDICATIONS COMPLÉMENTAIRES
2.1 Les personnes ne sont pas ici envisagées en elles-mêmes mais comme des acteurs de la vie juridique.
Une telle approche conduit, en ce qui concerne les personnes physiques, à exclure du champ du programme tout ce qui
relève de l’étude des droits de la personnalité. Une même considération conduit à centrer l’étude des incapables sur les
actes qu’ils peuvent ou ne peuvent pas accomplir. L’étude des règles relatives à l’attribution du nom, au changement de
nom et celles portant sur l’attribution de la nationalité est exclue. En revanche, on montre l’utilité de ces trois éléments
d’identification.
En ce qui concerne les personnes morales, les règles d’attribution des éléments d’identification ainsi que les utilités de
ces éléments sont étudiées.
2.5 L’acquisition de la propriété : en ce qui concerne les limites du transfert immédiat, on distinguera celles nées de la
volonté des parties, celles tenant à la nature du bien vendu et celles tenant à la protection des tiers.
Pour l’objet du droit de propriété, on fera une présentation succincte de l’assiette du droit de propriété exercé sur un
immeuble et du droit d’accession immobilière.
2.6 Dans chacun des cas de propriété industrielle, on étudiera les conditions et les effets de la protection en droit national.
Pour le droit d’auteur, on se limitera aux personnes physiques et aux salariés, en excluant les œuvres
à plusieurs auteurs. L’étude des droits post mortem est exclue.
4.1 En ce qui concerne la responsabilité du fait des choses, sont exclus le cas des animaux, la ruine des bâtiments et les
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accidents de la circulation. En ce qui concerne la responsabilité du fait d’autrui sont exclus la responsabilité des père et
mère du fait de leur enfant mineur ; en revanche, la responsabilité des maîtres du fait de leurs domestiques et préposés
(art. 1384 al. 5) et celle des artisans du fait de leurs apprentis (art. 1384 al. 6) font partie du programme.

II. LE COURS D’INTRODUCTION AU DROIT DU CNAM-INTEC


le droit est à l’évidence une matière incontournable, aussi passionnante qu’indispensable
pour tout citoyen et, a fortiori, pour tout intervenant en entreprise.
En particulier, le professionnel de la comptabilité ne saurait faire abstraction de l’univers
juridique dans lequel s’exerce son art et les textes précités du 22 décembre 2006, portant
réforme des études menant à l’expertise comptable, témoignent de l’importance de cette
UE1, dont le contenu participe de la bonne compréhension des autres matières du diplôme et
doit absolument être connu pour aborder le cycle suivant.
En toute logique, pour cette initiation au droit de l’entreprise tel qu’il est en vigueur en France
(abstraction faite de règles particulières pouvant s’appliquer sur certaines parties du territoire :
Alsace-Moselle, DOM-TOM…), le programme est varié et donc attractif car il prévoit des
thèmes relevant de différentes branches du droit (droit des affaires, mais aussi droit civil, droit
pénal…), l’ensemble de ces thèmes contribuant à comprendre le fonctionnement des
entreprises.
d’où la division du présent cours en 4 séries, selon un ordre permettant l’intégration pro-
gressive des connaissances visées (cf. plan annuel du cours ci-après).

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Introduction au droit • Série 1

Afin de faciliter votre tâche, toutes les séries sont bâties de la même façon autour de diverses
rubriques constituant autant de points de repère, à savoir :
• la définition des objectifs de la série.
• le plan général du cours de la série : offrant les grandes lignes de l’architecture du cours,
lequel est très structuré pour vous aider à mieux le mémoriser.
• le texte du cours en tant que tel.
• Un lexique juridique : reprenant les définitions essentielles rencontrées dans le cours. En
effet, la science juridique utilise un vocabulaire spécifique auquel il faut se familiariser,
d’autant que la signification donnée aux mots est souvent différente de celle du langage cou-
rant (ex. : en droit, un bien meuble n’est pas seulement une table ou une chaise !).
• des tests de compréhension (Qcm) autocorrigés.
• des exercices d’application (cas…) autocorrigés.
• des annexes illustrant le cours de la série : les annexes forment une sorte de dossier dont les
pièces (textes de lois, décisions de justice, entretiens avec des juristes, études doctrinales, for-
mulaires administratifs…) sont destinées à illustrer plus concrètement les explications du cours.
• Une conclusion.
• le sujet du devoir de la série à soumettre à la correction dans les délais impartis, après
avoir étudié la série : la série  1 ne comporte qu’un seul devoir afin que vous puissiez
prendre plus sereinement contact avec la matière. En outre, cette première série développe,
d’une part, des notions de base nécessaires à la compréhension de la suite du programme et,
d’autre part, des conseils de méthode sur la technique de résolution propre à la nature de
l’épreuve de l’UE1, méthodologie que vous devez impérativement respecter. À noter que les
séries 2 et 3 comportent chacune deux devoirs et que la série 4, proche de la fin de l’année
universitaire et des révisions, ne comporte qu’un devoir. ces devoirs font partie intégrante
de la préparation et constituent un irremplaçable outil d’entraînement à l’examen. vous
recevrez un corrigé-type intégral pour chacun d’eux.
L’UE1 réclame de la rigueur, de la ténacité, de la régularité dans l’effort. La discipline juridique ne
s’improvise pas. Elle a ses propres règles (on peut être commerçant sans le savoir !…), son vocabu-
laire, son mode de raisonnement (il y a un véritable esprit juridique à acquérir), sa méthodologie…
Vous pouvez relever ce défi en lisant attentivement ce cours, en l’apprenant et en effectuant régu-
lièrement les devoirs. Comme vos prédécesseurs, vous allez découvrir que le droit est non seule-

Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite
ment utile mais également que, loin d’être austère, il est souvent surprenant et enthousiasmant.
Cette matière, par essence évolutive, est traitée de la manière la plus actualisée et la plus com-
plète possible par l’auteur du présent cours qui, en corrélation avec chacune des quatre séries
de ce cours par correspondance, a également créé des compléments pédagogiques à caractère
ludique (composés de documents et exercices variés avec corrigés) que l’on peut consulter sur
le site Internet de l’Intec ([Link]

III. FEUILLET MÉTHODOLOGIQUE


Aux termes des textes officiels, l’épreuve n° 1 (« Introduction au droit ») du DCG se déroule en
trois heures.
12 crédits européens sont associés à cette épreuve.
Il est rappelé qu’aucun document (code…) autre que le sujet n’est autorisé au cours de
l’épreuve.
Cette épreuve consiste en :
« Une épreuve écrite portant sur l’étude d’une ou de plusieurs situations pratiques et/ou
le commentaire d’un ou plusieurs documents et/ou une ou plusieurs questions. »

Autrement dit, l’épreuve est écrite mais de nombreuses combinaisons quant à sa nature
sont envisageables.
Des conseils et un sujet corrigé figurent dans les développements qui suivent.

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UE 111 • Introduction au droit

A. L’ÉTUDE D’UNE OU DE PLUSIEURS SITUATIONS PRATIQUES


Une situation pratique, c’est-à-dire un cas pratique, comporte, outre un libellé, une ou plusieurs
questions et, le cas échéant, une ou plusieurs annexes. Une situation pratique est une « his-
toire » générant des problématiques qu’il faut résoudre. Pour cela, il faut, en toutes hypothèses,
bâtir un plan structuré.
L’étude d’une situation pratique s’effectue en deux grandes étapes : la lecture attentive du sujet
et la rédaction des réponses.

1re étape : Lire attentivement et intégralement le sujet


Il peut se présenter de différentes manières :

a. Schématisation de la 1re formule possible

Le texte de l’« histoire »


Une question générique

Ex. : Quels sont les recours des protagonistes ?

b. Schématisation de la 2e formule possible

1re partie du texte de l’histoire


La question qui s’y rapporte

Ex. : M. X a-t-il raison d’invoquer la clause attributive de compétence juridictionnelle figurant au


contrat ?

2e partie du texte de l’histoire


La question se rapportant à cette 2e partie

Ex. : M. Y peut-il valablement prouver son droit à l’aide d’une lettre missive simplement paraphée ?
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etc.

c. Schématisation de la 3e formule possible

Le texte de l’« histoire »


1. La première question qui s’y rapporte
2. La deuxième question qui s’y rapporte
3. La troisième question qui s’y rapporte

etc.

2e étape : La rédaction structurée des réponses


Lors de la lecture du sujet, le candidat peut prendre quelques notes au brouillon, mais la rédac-
tion proprement dite des réponses doit se faire directement sur la copie à remettre au correcteur,
compte tenu du peu de temps imparti pour le déroulement de l’épreuve.
Les questions doivent être traitées dans l’ordre suivant lequel elles sont posées par le sujet, en
veillant à proscrire les empiétements entre elles (ne pas développer, à propos d’une question,
des points inutiles la concernant et qui, au contraire, seraient indispensables pour la résolution
d’une autre question) ; d’où la nécessité d’une lecture de la totalité du sujet, préalablement à la
rédaction des réponses. Cela permet, d’une part, d’affecter la bonne démonstration à la bonne
question sans avoir maladroitement à se répéter et, d’autre part, de repérer l’éventuelle dépen-
dance des questions.

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Introduction au droit • Série 1

ExEmplE
De la réponse à la question :
• M. Z peut-il se prévaloir de la qualité de commerçant ?
dépend la réponse à la question :
• Comment M. Z peut-il être mis en demeure d’exécuter ses engagements professionnels par
son adversaire ?

le « cas pratique » est une consultation. le candidat doit savoir utiliser ses connaissances
théoriques, acquises au cours de sa formation, dans le cadre d’une situation concrète. Ses
conclusions doivent être le fruit d’une argumentation détaillée.
À cet effet, la réponse à chaque question doit être bâtie successivement autour de 4 éléments
liés par la rédaction :

a. le rappel des faits utiles pour la résolution de la question étudiée.


Le candidat est ici jugé sur sa capacité à trier les faits importants et ceux qui ne le sont pas,
voire à formuler des hypothèses sur d’éventuels faits cruciaux que le sujet, parfois, ne mentionne
pas délibérément.

b. l’expression de la problématique générale soulevée par la question étudiée.


Le candidat est ici jugé sur sa faculté à isoler les problèmes.
Il ne sert à rien de recopier la question telle qu’elle apparaît dans le sujet. C’est la question
qu’elle présuppose qui est intéressante.

ExEmplES
1. Au lieu de recopier la question :
• M. X a-t-il raison d’invoquer la clause attributive de compétence juridictionnelle figurant au
contrat ?
le candidat devrait écrire :

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• À quelles conditions une clause attributive de compétence juridictionnelle est-elle juridique-
ment valable ?
2. Au lieu de recopier la question :
• M. Z peut-il se prévaloir de la qualité de commerçant ?
le candidat devrait écrire :
• Comment définit-on juridiquement la qualité de commerçant ?

c. l’exposé de la partie du cours ayant trait à la question étudiée.


Le candidat est ici jugé sur sa connaissance du cours, sa maîtrise des règles existantes et
son aisance à n’évoquer que celles (mais toutes celles) ayant un lien direct avec la question
envisagée.
En matière juridique, les règles peuvent être légales et/ou jurisprudentielles, doctrinales,
coutumières.

d. le contenu de la (des) solution(s) à la question étudiée, appliquée(s) au cas.


Née de la confrontation des faits avec le fond (le droit en vigueur), la solution doit être le
résultat logique de tout ce qui précède.
Le retour au cas pratique peut être réalisé par une phrase du type : « En l’espèce, M. Z peut donc
se prévaloir de la qualité de commerçant puisqu’il vérifie toutes les conditions exigées par la
loi… »

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UE 111 • Introduction au droit

REmaRquES
La méthode d’étude des situations pratiques telle qu’elle vient d’être résumée peut apparaître
de prime abord très contraignante. En réalité, son respect est une garantie de rigueur. la
démonstration est essentielle, à tel point qu’une réponse exacte sans justification de la part
du candidat ne mérite pas la moyenne. À l’inverse, une réponse pertinente, à laquelle n’avait
peut-être pas songé le correcteur, mérite une note correcte pourvu qu’elle soit amenée par une
démonstration judicieuse. Un entraînement régulier à ce type d’exercice est la meilleure
voie vers la réussite.

B. LE COMMENTAIRE D’UN OU PLUSIEURS DOCUMENTS


Là encore, la lecture attentive du ou des documents permet, dans un premier temps, d’en
prendre connaissance avant, dans un second temps, d’en rédiger le commentaire sur la copie.

1re étape : La lecture attentive du ou des documents à commenter


les documents à commenter peuvent prendre les formes les plus variées : textes courts
(quelques lignes) ou longs (une ou plusieurs pages), extrait ou intégralité d’un texte de loi,
extrait ou intégralité d’une décision de justice, extrait ou intégralité d’un article de presse,
citation d’un auteur…
De même, les documents à commenter peuvent être récents ou anciens. Bien que rédigés en
français, ils ne sont pas nécessairement de source française et ils n’ont pas à avoir été vus
dans le cours dont la connaissance aide cependant à les appréhender.
Soit ce (ou ces) document(s) s’accompagne(nt) de questions précises (commentaires diri-
gés), soit il(s) s’accompagne(nt) d’une question générique (ex. : quelle est la force probante
du document reproduit ?) ou de la formule : « commenter ce(s) document(s) » ou « comparer
ces documents ».

2e étape : La rédaction structurée des réponses


Comme pour l’étude des situations pratiques, lors de la lecture du sujet, le candidat peut prendre
Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite

quelques notes au brouillon, mais la rédaction proprement dite des réponses doit se faire
directement sur la copie à remettre au correcteur, compte tenu du peu de temps imparti pour
le déroulement de l’épreuve.
La structuration des réponses dépend de la façon dont le document à commenter se présente :
• lorsque le document s’accompagne de questions précises :
Le candidat doit y répondre dans l’ordre et de la façon la plus complète possible ; en citant
le document pour justifier ses réponses.
• lorsque le document s’accompagne d’une question générique :
Le candidat doit y répondre de la façon la plus complète possible, en s’appuyant sur le
document pour justifier sa réponse.
• lorsque le document ne s’accompagne d’aucune question particulière (si ce n’est :
« commenter ce document » ou « comparer ces documents ») :
Le candidat doit dégager la (ou les) problématique(s) et y répondre de la façon la plus
complète possible, en s’appuyant sur le document pour justifier sa réponse.

REmaRquES
Dans tous les cas, le commentaire de document, si besoin est, doit faire état du droit en vigueur
relativement aux questions posées (ex. : définitions des preuves parfaites et imparfaites…) et,
éventuellement, soulever d’autres questions. Le candidat doit être attentif à ne pas faire de hors
sujet ou de développements trop courts (répondre par oui ou par non !) ou trop longs (plusieurs
pages). Spécialement dans l’hypothèse d’une question générique et dans celle de l’ab-
sence de question particulière : le commentaire doit être construit successivement en

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Introduction au droit • Série 1

une introduction (qui situe le document, pose la problématique, indique l’intérêt du sujet et
l’annonce du plan), un plan (de préférence en deux parties cohérentes et équilibrées, avec tran-
sition entre elles) et une conclusion (qui résume la démonstration et ouvre, le cas échéant, des
perspectives en raison de réformes à l’étude…).

C. LA RÉPONSE À UNE OU PLUSIEURS QUESTIONS DE COURS


Il convient de répondre aux questions de cours de la façon la plus complète et la plus struc-
turée possible sans, toutefois, que le développement soit celui d’une dissertation juridique.
Il s’agit là, à la faveur d’une question transversale ou au contraire portant sur une partie pré-
cise du programme, de restituer de façon organisée les éléments correspondants du cours que
l’on a appris.
Bien qu’il n’existe pas de véritable méthodologie pour répondre à une question de cours, il peut
être utile, pour la production des idées, de se poser à propos de la question de cours les
questions clés de toute réflexion (méthode des QOQQCPC !) : quoi ? (de quoi s’agit-il ?) où ?
(où la question se pose-t-elle ?) qui ? (qui sont les personnes concernées ?) quand ? (dans quel
contexte temporel la question de cours se pose-t-elle ?) comment ? (quelles sont les règles juri-
diques applicables ?) pourquoi ? (quel est l’intérêt de la question ?) combien ? (une réponse
numérique peut-elle être apportée ?) ; peu importe si, pour une question de cours donnée, cha-
cune de ces sept interrogations n’appelle pas forcément une réponse (ex. : la question « com-
bien » est parfois sans intérêt).
Il est à noter que les questions peuvent se présenter sous la forme de questions à choix
multiples (Qcm) : plusieurs réponses parmi celles exposées peuvent être valables mais le
choix doit toujours être juridiquement explicité.

REmaRquES généRalES
• Le devoir doit être clair et cohérent.
• Le style, l’orthographe, l’écriture, la présentation doivent être soignés.
• L’invention de cours de même que des prises de position politiques, idéologiques… sont à
proscrire !

Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite
• Le brouillon ne sert qu’à la préparation du devoir : il est impensable de le recopier en
intégralité !
• Il faut apprendre à gérer la durée de l’épreuve (trois heures).
• Contrairement au cours par correspondance qui les utilise à des fins pédagogiques, les
devoirs ne doivent pas comporter de tableaux et autres schémas, sauf indications expresses
du sujet.
• Le candidat aura toujours soin d’employer le vocabulaire juridique à bon escient, d’où la
constitution nécessaire d’un lexique dès le début des études de droit.
• En tout état de cause, le devoir est apprécié par rapport à la qualité du raisonnement et non par
rapport à la quantité de pages. En règle générale, quatre à six pages semblent raisonnables.
• La méthodologie à respecter n’est contraignante qu’en apparence car, en réalité, elle est la
condition et la garantie d’un exposé rigoureux sur le fond.

D. EXEMPLES
À titre d’exemple (à ne pas envoyer à la correction), trois sujets portant sur des thèmes traités
dans cette série.

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UE 111 • Introduction au droit

Exercice 1 : Exemple d’étude d’une situation pratique

ÉNONCÉ
Mme Piquet tient un commerce de prêt-à-porter dans la bonne ville de Rouen. Le 22 mai 2013,
elle est arrêtée au volant de sa voiture pour un délit dont la sanction est réduite de 100 euros à
80 euros par une loi promulguée le 23 mai et entrée en vigueur le 29 mai 2013. Au moment de sa
condamnation et de payer son amende, début juin, Mme Piquet prétend ne devoir que 80 euros.
Quel est le montant de l’amende réellement due par Mme Piquet ?

CORRIGÉ
Le 22 mai 2013, Mme Piquet est arrêtée au volant de sa voiture pour un délit dont la sanction est
réduite de 100 euros à 80 euros par une loi entrée en vigueur le 29 mai suivant. Lors de sa
condamnation début juin, Mme Piquet prétend ne devoir payer que le montant de l’amende tel
qu’il résulte des nouvelles dispositions.
Il convient de se demander si une loi rétroagit sur les événements nés antérieurement à son
entrée en vigueur.
L’article 2 du Code civil énonce un principe en la matière : « La loi ne dispose que pour l’avenir ;
elle n’a point d’effet rétroactif. » Ceci signifie qu’une loi nouvelle s’applique seulement aux situa-
tions juridiques nées à partir de son entrée en vigueur. Par exception, les contrats en cours
continuent à être régis par la loi ancienne sauf à ce que la loi nouvelle soit d’ordre public. En
outre, le principe de non-rétroactivité des lois est écarté lorsque la loi nouvelle est expressément
rétroactive, lorsque c’est une loi de compétence et de procédure, lorsqu’il s’agit d’une loi inter-
prétative d’une loi antérieure ou lorsque la loi nouvelle est une loi pénale plus douce (elle atténue
les sanctions des infractions).
En l’espèce, la loi entrée en vigueur le 29 mai 2013 et qui abaisse de 100 euros à 80 euros
l’amende encourue pour un délit pénal donné est une loi pénale plus douce qui bénéficie donc
aux situations en cours nées avant son entrée en vigueur. Tel est le cas pour Mme Piquet qui
n’est redevable que des 80 euros.
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Exercice 2 : Exemple de commentaire de documents

ÉNONCÉ
Comparer ces textes :
Art. 214 al.  1er, C.  civ. : « Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des
époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives. »
Art. L. 210-1 al.  1er, C.  com. : « Le caractère commercial d’une société est déterminé par sa
forme ou par son objet. »

CORRIGÉ
Les deux textes à comparer sont respectivement insérés dans le Code civil (art. 214, al. 1er) et
dans le Code de commerce (art. L. 210-1 al. 1er). Ce sont tous les deux des textes législatifs,
c’est-à-dire des dispositions votées par le Parlement français. La loi occupe une place impor-
tante dans la hiérarchie des sources du droit, autrement dit dans les diverses origines des règles
de conduite juridique dont l’inobservation est sanctionnée par les pouvoirs publics. Or, pour une
bonne application de la loi, il importe de savoir si elle laisse ou non, aux personnes qu’elle
concerne, la possibilité d’exercer un choix. En d’autres termes, la loi est-elle supplétive (A) ou
impérative (B) ?

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Introduction au droit • Série 1

A. La loi supplétive
La loi est supplétive de volonté lorsqu’elle laisse aux personnes qu’elle vise la faculté d’effectuer
un choix qui doit toutefois rester dans les limites de la légalité (respect de l’ordre public et des
bonnes mœurs…). À défaut pour les parties de manifester ce choix, la loi supplétive prévoit une
règle qui leur est automatiquement appliquée. Ainsi, par exemple, l’alinéa 1er de l’article 214 du
Code civil, qui est l’une des dispositions relatives au statut des couples mariés, est une illustra-
tion de la supplétivité de la loi : en ce qui concerne « la contribution des époux aux charges du
mariage », les époux peuvent décider par contrat de quelle façon s’effectuera entre eux cette
contribution. Dans le silence de leur part sur cette question, chacun des conjoints doit prendre
en charge lesdites dépenses proportionnellement à ses revenus : « Ils y contribuent à proportion
de leurs facultés respectives. »
La loi qui n’est pas supplétive est impérative.

B. La loi impérative
La loi est impérative lorsqu’elle ne laisse aucun choix aux personnes qu’elle vise. Au contraire,
elle leur impose une règle incontournable. Ainsi, par exemple, l’article L. 210-1 al. 1er du Code de
commerce, qui est l’une des dispositions relatives aux sociétés commerciales, est une illustra-
tion du caractère impératif de la loi : le caractère commercial d’une société est déterminé soit par
sa forme, soit par son objet, sans que l’on puisse invoquer un autre critère (« Le caractère com-
mercial d’une société est déterminé par sa forme ou par son objet »).
En conclusion, quelle que soit la branche du droit (ici, le droit civil et le droit commercial), savoir
si la loi est supplétive ou impérative permet de connaître la latitude qu’elle laisse et dans quelle
mesure l’on est dans la légalité. Cependant, il n’est pas toujours aisé de déterminer si la loi est
supplétive ou impérative. Il faut interpréter sa formulation. Fort heureusement, la loi indique par-
fois expressément qu’elle est impérative par les formules suivantes : « la présente loi est impé-
rative », « la présente loi est d’ordre public ».

Exercice 3 : Exemple de questions de cours

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ÉNONCÉ

TRAVAIL À FAIRE
1. Les prérogatives conférées aux titulaires de droits réels accessoires.
2. Un testament est :
a. un acte juridique (unilatéral).
b. un fait juridique.
c. ni l’un, ni l’autre.
3. Suite au défaut d’entretien normal par une commune de la route la traversant, un automo-
biliste, qui passait par là, a été victime d’un accident. Pour entendre dire droit, doit-il saisir :
a. le tribunal des conflits ?
b. l’ordre administratif ?
c. l’ordre judiciaire ?
4. Une clause pénale est :
a. une convention entre la victime et l’auteur d’une infraction.
b. une stipulation prévoyant un dédommagement forfaitaire au cas de l’inexécution du contrat
par l’une des parties.
c. un extrait d’une loi pénale.

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UE 111 • Introduction au droit

CORRIGÉ
1. Les droits réels accessoires sont des sûretés réelles qui ont pour vocation de garantir des
droits de créance (droits personnels). Un droit réel accessoire est un droit accessoire à un droit
de créance ; il ne se conçoit pas sans ce rapport de subordination. Puisque évaluables en argent
et susceptibles d’opérations juridiques, ces sûretés sont des droits subjectifs patrimoniaux. Ce
peut être un gage, une hypothèque, un nantissement… selon que le bien donné en garantie est
respectivement un meuble, un immeuble, un fonds de commerce…
Un droit réel accessoire confère au créancier qui en est titulaire une double prérogative. D’une
part, un droit de préférence qui permet d’être désintéressé avant les autres créanciers sur le prix
de la chose donnée en garantie si le débiteur ne paie pas ce qui est dû. D’autre part, un droit de
suite qui autorise le créancier privilégié à saisir la chose qui lui a été donnée en garantie, en
quelques mains qu’elle se trouve.
À noter qu’il existe également des sûretés personnelles (ex. : le cautionnement).
2. a. Le testament est un acte juridique ; il traduit la volonté de celui qui en est l’auteur (volonté
d’établir l’acte et recherche des effets de droit qui y sont attachés : dévolution successorale à
telle ou telle personne…). C’est un acte juridique unilatéral car seul le testateur « s’engage » à
quelque chose.
3. b. En l’espèce, la route est un ouvrage public. C’est la responsabilité de puissance publique
de la commune qui est en cause ; l’ordre administratif est donc compétent pour statuer sur cette
affaire. On remarquera que le tribunal des conflits peut être préalablement saisi mais seulement
en cas de doute quant à la compétence de l’ordre administratif ou de l’ordre judiciaire.
4. b. La clause pénale, contrairement à son appellation, n’a pas trait au droit pénal. Il s’agit de la
clause par laquelle, dans un contrat, le débiteur, s’il manque à son obligation, devra verser au
créancier une somme d’argent dont le montant, fixé à l’avance, est a priori indépendant du pré-
judice réellement subi.
Cette clause permet donc d’aménager, de façon privée et par anticipation, la résolution d’un
éventuel litige contractuel.
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En souhaitant vivement répondre aux besoins de tous les étudiants et en formant des vœux pour
leur réussite.

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Introduction au droit • Série 1

PLAN ANNUEL DU COURS

SÉRIE 1

PARTIE 1. LE DROIT ET SA GENÈSE


Titre 1. Notions introductives fondamentales
Chapitre 1. Déinition et inalités du droit
Chapitre 2. Les caractères des règles de droit
Chapitre 3. Les branches du droit
Chapitre 4. Les droits subjectifs et les obligations
Titre 2. Les sources du droit
Chapitre 1. La constitution française du 4 octobre 1958
Chapitre 2. Les traités internationaux
Chapitre 3. Les sources européennes
Chapitre 4. La loi nationale
Chapitre 5. Les ordonnances du gouvernement
Chapitre 6. Les règlements de droit interne
Chapitre 7. La coutume
Chapitre 8. La jurisprudence
Chapitre 9. La doctrine

PARTIE 2. LE DROIT PROCESSUEL


Titre 1. Le fonctionnement de la justice
Chapitre 1. Présentation de l’action en justice

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Chapitre 2. Les principaux principes directeurs du procès
Chapitre 3. L’organisation des juridictions françaises
Chapitre 4. Les voies de recours
Chapitre 5. Les voies d’exécution
Chapitre 6. Les juridictions européennes
Chapitre 7. Les Modes Alternatifs de Règlement des Conlits (MARC)
Titre 2. La preuve
Chapitre 1. L’objet de la preuve
Chapitre 2. Les modes de preuve
Chapitre 3. L’administration de la preuve

SÉRIE 2

PARTIE 1. LE DROIT DES PERSONNES


Titre 1. La personnalité juridique
Chapitre 1. Les personnes physiques
Chapitre 2. Les personnes morales
Titre 2. La capacité juridique
Chapitre 1. Notions introductives

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UE 111 • Introduction au droit

Chapitre 2. Les personnes physiques


Chapitre 3. Les personnes morales

PARTIE 2. LE DROIT DES BIENS


Titre 1. Les classiications des biens
Chapitre 1. La distinction des biens corporels et des biens incorporels
Chapitre 2. La distinction des biens meubles et des biens immeubles
Titre 2. La propriété et ses démembrements
Chapitre 1. Théorie générale de la propriété
Chapitre 2. L’acquisition de la propriété
Chapitre 3. L’étendue du droit de propriété
Titre 3. Le patrimoine
Chapitre 1. Nature juridique du patrimoine
Chapitre 2. Approche personnaliste et thèse du patrimoine d’affectation
Chapitre 3. Approche personnaliste du droit positif français

SÉRIE 3

PARTIE 1. L’ACTIVITÉ COMMERCIALE ET NON COMMERCIALE


Titre 1. L’entrepreneur individuel
Chapitre 1. L’entrepreneur individuel commerçant
Chapitre 2. L’entrepreneur individuel non-commerçant
Titre 2. Le fonds de commerce
Chapitre 1. Présentation du fonds de commerce
Chapitre 2. Opérations pouvant porter sur le fonds de commerce

PARTIE 2. LE DROIT DES CONTRATS


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Titre 1. La théorie générale des contrats


Chapitre 1. Propos introductifs
Chapitre 2. La formation des contrats
Chapitre 3. L’exécution des contrats
Titre 2. Les contrats de l’entreprise
Chapitre 1. Les contrats de fourniture de biens ou de services
Chapitre 2. Les contrats de consommation
Chapitre 3. Les conventions relatives aux modes de paiement
Chapitre 4. Les contrats de crédit aux entreprises

SÉRIE 4

PARTIE 1. LE DROIT DE LA RESPONSABILITÉ


Titre 1. L’entreprise et la responsabilité délictuelle
Chapitre 1. Les conditions de mise en œuvre de la responsabilité
Chapitre 2. Les causes d’exonération
Chapitre 3. L’action en responsabilité

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Introduction au droit • Série 1

Titre 2. L’entreprise et la responsabilité pénale


Chapitre 1. L’infraction : fait générateur de responsabilité pénale
Chapitre 2. Les personnes tenues pour pénalement responsables
Chapitre 3. La mise en œuvre de la responsabilité pénale

PARTIE 2. LE DROIT DES ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ


Titre 1. La prévention des dificultés des entreprises
Chapitre 1. Les mesures destinées à anticiper les dificultés
Chapitre 2. Les mesures destinées à éviter l’ampliication des dificultés
Titre 2. Le traitement judiciaire des dificultés des entreprises
Chapitre 1. La sauvegarde
Chapitre 2. Le redressement judiciaire
Chapitre 3. La liquidation judiciaire

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PARTIE
LE DROIT ET SA GENÈSE

Pour appréhender ce qu’est le droit, des notions introductives fondamentales (Titre 1) doivent
être présentées, avant de s’interroger sur ses sources (Titre 2).

TITRE 1. NOTIONSINTRODUCTIVES
FONDAMENTALES

Retrouvez des compléments pédagogiques de l’UE 111 sur le site Internet de l’Intec :


[Link]

La sagesse populaire enseigne de « commencer par le commencement » ! C’est pourquoi nous
débuterons ces études juridiques en précisant le sens du mot « droit » et les finalités qu’il pour-
suit (Chapitre 1), puis nous verrons les caractères des règles de droit (Chapitre 2) et l’organisa-
tion de ces règles selon leur domaine (Chapitre 3). Enfin, nous exposerons en quoi le droit se
distingue des droits subjectifs mais aussi des obligations qu’ont les personnes (Chapitre 4).

CHAPITRE 1. DÉFINITION ET FINALITÉS DU DROIT


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La définition du droit traduit les buts qu’il poursuit.

SECTION 1. DÉFINITION
Dans son interprétation la plus large, le droit désigne la discipline juridique, la science humaine
(« faire des études de droit… »). Il s’agit en réalité du « droit objectif ». D’emblée, la signification
de l’expression « droit positif » doit également être signalée.

I. LE DROIT OBJECTIF

définition
le droit objectif (défini par son objet) est l’ensemble des règles de conduite (règles de com-
portement) juridiques (de nature juridique) qui gouvernent la vie des personnes (les per-
sonnes humaines mais aussi certains groupements) en société (dans une nation donnée)  ;
règles dont l’inobservation est sanctionnée par les pouvoirs publics, la contrainte sociale.

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Introduction au droit • Série 1

II. LE DROIT POSITIF

définition
On entend par droit positif, le droit objectif actuellement en vigueur dans un certain pays.
(Ex. : le droit positif français est le droit actuellement en vigueur en France.)

SECTION 2. FINALITÉS
Le droit a donc pour fondement l’établissement d’un certain ordre social assuré par des réfé-
rences communes, des règles d’orchestration conçues et sanctionnées par les pouvoirs
officiels afin de garantir la liberté de tous contre les comportements abusifs de chacun.
Certes, d’autres règles de conduite tendent au même but. Ce sont la morale ou encore la religion.
Mais si le droit s’en rapproche et s’en inspire, poursuivant un idéal de ce qui est bien et juste, il s’en
distingue aussi dans ses modalités d’élaboration et surtout dans les sanctions qu’il prévoit.
L’inobservation d’une règle de droit est sanctionnée par les pouvoirs publics, alors qu’en prin-
cipe seule la conscience est sollicitée lorsque l’on enfreint la morale ou la religion.
La spécificité du droit objectif, qui vise donc à obtenir un minimum d’équilibre entre les individus
et la société, justifie les caractères des règles de droit.

CHAPITRE 2. LES CARACTÈRES DES RÈGLES DE DROIT


Toute règle de droit est générale, impersonnelle, permanente et obligatoire.

SECTION 1. LE CARACTÈRE GÉNÉRAL

La règle de droit est générale car elle a vocation à s’appliquer à tous (à toutes les personnes du
pays qui l’a édictée).

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SECTION 2. LE CARACTÈRE IMPERSONNEL

La règle de droit est impersonnelle car elle s’applique sans distinction de personne à quiconque
se trouve placé dans la même situation (ex. : règles permettant de déterminer l’existence juri-
dique d’une personne).

SECTION 3. LE CARACTÈRE PERMANENT

La règle de droit est permanente car elle s’applique tant qu’elle n’a pas été supprimée et rem-
placée par une autre règle de droit.

SECTION 4. LE CARACTÈRE OBLIGATOIRE

La règle de droit est obligatoire car tous ceux qui tombent sous le coup d’une règle de droit qui
régit leur situation ne peuvent y échapper et, s’ils tentent de le faire en la violant, ils seront sanc-
tionnés soit par une sanction civile (ex. : condamnation à réparer le préjudice causé par un ver-
sement de dommages et intérêts), soit par une sanction pénale (peine privative de liberté et/ou
amende…), soit par les deux.
Les règles de droit peuvent être réunies en plusieurs catégories selon le domaine sur lequel elles
portent.

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UE 111 • Introduction au droit

CHAPITRE 3. LES BRANCHES DU DROIT


Le classement des règles de droit en différentes branches facilite la tâche du praticien qui,
lorsqu’il identifie la nature de la question dont il a à traiter (droit commercial, droit de la famille…),
repère plus facilement les règles applicables.
Diverses classifications sont envisageables. Elles peuvent d’ailleurs être croisées (distinction
droit privé/droit public, distinction droit national/droit international…).
Cependant, c’est habituellement la division entre droit privé et droit public que l’on retient en
premier lieu :

DROIT POSITIF

DROIT PRIVÉ DROIT PUBLIC

DROIT DROIT
CIVIL CONSTITUTIONNEL

DROIT DROIT
COMMERCIAL ADMINISTRATIF

DROIT DROIT
DU TRAVAIL PÉNAL

DROIT DROIT
INTERNATIONAL FISCAL
PRIVÉ
DROIT
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INTERNATIONAL
PUBLIC

SECTION 1. LE DROIT PRIVÉ

C’est l’ensemble des règles juridiques s’appliquant aux rapports des particuliers entre eux
et aux rapports entre les particuliers et l’Administration lorsque le rôle et le fonctionne-
ment de celle-ci ne sont pas en cause.
En réalité, il convient d’étendre la notion de particuliers non seulement aux individus mais aussi
aux groupements, sociétés, associations, syndicats…
Les principales sous-branches du droit privé sont les suivantes :

I. LE DROIT CIVIL
C’est l’ensemble des règles juridiques régissant les rapports des particuliers entre eux sur
le plan individuel, familial et pécuniaire : règles relatives à la protection des personnes (droit à
l’intégrité physique, droit au respect de la vie privée…), filiation, mariage, divorce, biens, succes-
sion, contrats, responsabilité civile…
Le droit civil est la branche dite de « droit commun » car elle s’applique, en outre, à toutes
matières en l’absence d’autres dispositions spécifiques.

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Introduction au droit • Série 1

II. LE DROIT COMMERCIAL


C’est l’ensemble des règles juridiques régissant l’exercice de l’activité commerciale (régime des
actes de commerce, statut de commerçant, sociétés commerciales, difficultés des entreprises…).

III. LE DROIT DU TRAVAIL


C’est l’ensemble des règles juridiques régissant les relations de travail existant entre
employeurs et salariés, sur le plan individuel (embauche, rémunération, formation, congés
payés, licenciements individuels…) et sur le plan collectif (conventions collectives, représenta-
tion du personnel, licenciements collectifs…).
Le droit privé n’a pas que des implications nationales…

IV. LE DROIT INTERNATIONAL PRIVÉ


C’est l’ensemble des règles juridiques régissant les relations des particuliers lorsqu’inter-
vient une dimension internationale (mariages mixtes…).

SECTION 2. LE DROIT PUBLIC

C’est l’ensemble des règles juridiques qui, dans un État donné, président à l’organisation
de cet État et aux rapports entre ce dernier et les particuliers.
Les principales sous-branches du droit public sont les suivantes :

I. LE DROIT CONSTITUTIONNEL
C’est l’ensemble des règles juridiques régissant la forme de l’État et le fonctionnement des
institutions (rôle du Parlement, mandat présidentiel, élections…).

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En France, l’essentiel du droit constitutionnel est contenu dans la constitution du 4 octobre 1958.

II. LE DROIT ADMINISTRATIF


C’est l’ensemble des règles juridiques réglementant l’organisation de l’Administration, des
collectivités territoriales (communes, départements, régions…), des services publics (RATP,
France 2…) et leurs rapports avec les particuliers.

III. LE DROIT PÉNAL


C’est l’ensemble des règles juridiques qui déterminent la réaction de l’État vis-à-vis des
auteurs d’infractions. On recense trois catégories d’infractions, des moins graves aux plus
graves. Ce sont : les contraventions (elles-mêmes subdivisées, selon leur gravité, en cinq
classes), les délits et les crimes.

IV. LE DROIT FISCAL


C’est l’ensemble des règles juridiques qui déterminent les sortes et modalités d’imposi-
tions (types de prélèvements, assiettes, taux…).
Le droit public n’a pas seulement un rayonnement national…

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UE 111 • Introduction au droit

V. LE DROIT INTERNATIONAL PUBLIC


C’est l’ensemble des règles juridiques qui régissent les relations entre États (définition d’es-
paces territoriaux…).

REmaRquE
Le droit étant en constante évolution, il se crée d’autres branches que celles présentées ci-
avant (droit de l’environnement, droit de l’Internet…). En outre, la distinction entre droit privé et
droit public est à relativiser à maints égards (extension de l’activité de l’État à des domaines
traditionnellement privés tels que le négoce, effets privés des infractions : dommages subis
par les victimes…).
Le droit (droit objectif), en ses différentes règles, est créateur de droits (droits subjectifs) et
d’obligations pour les personnes qu’il régit.

CHAPITRE 4. LES DROITS SUBJECTIFS ET LES OBLIGATIONS


C’est dans le cadre du droit que l’on est titulaire de droits et tenu à des obligations.

SECTION 1. LES DROITS SUBJECTIFS

Ce sont les droits d’un sujet de droits, d’un titulaire de droits donné. Ce sont les prérogatives
juridiques individuelles reconnues à une personne dans le cadre du droit positif. Le droit
positif contient donc un certain nombre de droits précis (ex. : droit à l’intégrité physique, droit de
propriété…) et chaque personne, à un moment donné, est titulaire de plusieurs de ces droits,
voire de tous ces droits. Ce sont les droits subjectifs de cette personne. Habituellement, on dis-
tingue les droits subjectifs extrapatrimoniaux des droits subjectifs patrimoniaux, subdivisés eux-
mêmes en différentes catégories.

DROITS SUBJECTIFS
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DROITS EXTRAPATRIMONIAUX DROITS PATRIMONIAUX

DROITS DE DROITS
LA PERSONNALITÉ INTELLECTUELS

DROITS DROITS
DROITS DE PERSONNELS RÉELS
LA FAMILLE

DROITS RÉELS DROITS RÉELS


DROITS PRINCIPAUX ACCESSOIRES
CIVIQUES

DROITS DROITS DE DROITS


PROFESSIONNELS PROPRIÉTÉ DEMEMBRÉS

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Introduction au droit • Série 1

I. LES DROITS SUBJECTIFS EXTRAPATRIMONIAUX


Il s’agit de droits qui ne sont pas évaluables en argent : ils n’ont pas de valeur pécuniaire ; ils
ne sont pas susceptibles de transactions. Ces droits sont incessibles et liés à la vie de
l’individu.

A. LES DROITS DE LA PERSONNALITÉ


Ces droits sont attachés à la personne même de l’individu.
Ce sont, par exemple :
• le droit au nom ;
• le droit à l’intégrité morale ;
• le droit à l’intégrité physique ;
• le droit au respect du corps humain :
Art. 16-1 du Code civil :
« Chacun a droit au respect de son corps.
Le corps humain est inviolable.
Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit
patrimonial. »

• le droit au respect de la vie privée :


Art. 9 du Code civil :
« Chacun a droit au respect de sa vie privée.
Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes
mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une
atteinte à l’intimité de la vie privée ; ces mesures peuvent, s’il y a urgence, être ordonnées
en référé. »

B. LES DROITS DE LA FAMILLE


Ce sont les droits dévolus à un individu eu égard à la position qu’il occupe au sein de sa

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famille.
Il en est ainsi, par exemple :
• Des droits du conjoint marié.
Art. 212 du Code civil :
« Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. »

• Du droit à faire valoir sa qualité de successible.


– La loi prévoit les divers ordres de succession pour le cas où le décédé (de cujus) n’a exprimé
aucune volonté testamentaire (succession ab intestat) entre ses enfants et descendants
(petits-enfants…), ascendants (parents, grands-parents…), parents collatéraux (frères et
sœurs…) et son conjoint survivant (le sort jusque-là peu enviable de ce dernier ayant fait
récemment l’objet de l’attention du législateur).
– De même, les droits de certains successibles sont protégés par la loi, y compris au cas d’une
succession testamentaire :
Art. 913 alinéa 1er du Code civil :
« Les libéralités, soit par actes entre vifs, soit par testament, ne pourront excéder la moitié
des biens du disposant, s’il ne laisse à son décès qu’un enfant ; le tiers, s’il laisse deux
enfants ; le quart, s’il en laisse trois ou un plus grand nombre. »
Les enfants peuvent donc en principe invoquer le bénéfice d’une réserve héréditaire de
nature à invalider, au moins partiellement, les éventuelles dispositions testamentaires prises
par leur parent décédé au profit d’autrui.
• Des droits issus du lien de filiation en général.
En principe, les parents exercent l’autorité parentale relativement à la personne de leur enfant.

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UE 111 • Introduction au droit

Art. 371-1 al. 1er du Code civil :


« L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt
de l’enfant. »

nota bEnE
Tous ces droits sont bien extrapatrimoniaux car ils ne peuvent faire l’objet de transactions (être
vendus…) même s’ils ont parfois des incidences pécuniaires (ex. : droit à faire valoir sa qualité
de successible).

C. LES DROITS CIVIQUES


Ce sont les droits inhérents à la qualité de citoyen possédée par l’individu au sein de la
nation (droit de vote…).

D. LES DROITS PROFESSIONNELS


Ce sont les droits attachés à l’exercice d’une profession par l’individu (droit à la formation,
droit à la représentation du personnel…).

II. LES DROITS SUBJECTIFS PATRIMONIAUX


Il s’agit de droits évaluables en argent : ils ont une valeur pécuniaire et sont susceptibles de
transactions. Ils sont cessibles et prescriptibles.

A. LES DROITS INTELLECTUELS


Ce sont des droits de propriété intellectuelle portant sur des œuvres de l’esprit.
On distingue :
• les droits de propriété industrielle reconnus à certaines conditions sur :
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– les brevets d’invention ;


– les marques de fabrique, de commerce ou de service ;
– les dessins et modèles…
(Pour de plus amples développements sur les droits de propriété industrielle, voir la série 3.)
• les droits de propriété littéraire (roman…) et artistique (tableau de maître, film cinémato-
graphique…) :
Art. L. 111-1 du Code de la propriété intellectuelle :
« L’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d’un
droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous.
Ce droit comporte des attributs d’ordre intellectuel et moral, ainsi que des attributs d’ordre
patrimonial, qui sont déterminés par les livres I et III du présent Code… »

nota bEnE
Le droit d’auteur a non seulement une composante patrimoniale, mais aussi une composante
extrapatrimoniale (il « comporte des attributs d’ordre intellectuel et moral »).

B. LES DROITS PERSONNELS


Plus communément appelés droits de créance, ils s’exercent directement d’une personne sur
une autre : l’une (le créancier) ayant le droit d’exiger de l’autre (le débiteur) une prestation (ce peut
être le versement d’une somme d’argent, la livraison d’un bien, l’exécution d’un service…).

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Introduction au droit • Série 1

C. LES DROITS RÉELS


Ils s’exercent directement par une personne sur une chose (du latin res, rei : la chose).

1. Les droits réels principaux


Ce sont le droit de propriété et les démembrements de celui-ci.

a. le droit de propriété
C’est le plus complet des droits réels ; il confère à son titulaire trois attributs :
• l’usus : le droit de se servir de la chose, objet de la propriété ;
• le fructus : le droit de percevoir les fruits de la chose, objet de la propriété (les fruits s’entendent
de ce que fournit régulièrement la chose sans que soit altérée la substance de celle-ci) ;
• l’abusus : le droit de disposer de la chose, objet de la propriété (ex. : vendre, donner la chose…).
Art. 544 du Code civil :
« La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue,
pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. »

b. les démembrements du droit de propriété (droits démembrés)


Ils ne confèrent à leur titulaire qu’une partie des attributs du droit de propriété.
l’usufruit
L’usufruitier, c’est-à-dire le bénéficiaire de l’usufruit, possède l’usus et le fructus sur la chose,
objet de son droit, tandis que le nu-propriétaire conserve dessus un abusus restreint.
Art. 578 du Code civil :
« L’usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le proprié-
taire lui-même, mais à la charge d’en conserver la substance. »

les servitudes et droits d’usage


Leurs bénéficiaires disposent seulement de l’usus sur la chose, objet de leur droit, laquelle
demeure la propriété d’autrui. Il existe différentes sortes de servitudes : d’éclairement, de vue,

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de puisage, de pacage, de passage…
Art. 637 du Code civil :
« Une servitude est une charge imposée sur un héritage pour l’usage et l’utilité d’un héri-
tage appartenant à un autre propriétaire. »

nota bEnE
Il convient de traduire « héritage » par « fonds », le fonds dominant étant le bénéficiaire de la
servitude supportée par le fonds servant.
(Pour une étude approfondie des droits réels principaux, voir la série 2.)

2. Les droits réels accessoires


Plus couramment appelés garanties ou sûretés réelles, ils sont « accessoires » à un droit de
créance dont ils renforcent les chances de recouvrement.
Les droits réels accessoires n’ont donc pas lieu d’être en l’absence d’un droit personnel préexis-
tant. Ils lui sont subordonnés.
Bien évidemment, tout créancier n’exige pas de son débiteur qu’il lui consente une sûreté : un
tel créancier est dit chirographaire. Au contraire, le créancier, à qui le débiteur a donné une
garantie sur un bien lui appartenant, a davantage de possibilités pour obtenir son désintéresse-
ment le moment venu : il est un créancier privilégié.

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UE 111 • Introduction au droit

La garantie peut porter sur un bien meuble corporel (gage), un bien immeuble (hypothèque), un
fonds de commerce (nantissement)…
Le créancier privilégié peut, au cas de défaillance du débiteur, réclamer le bien objet de sa garan-
tie en quelque main qu’il se trouve (droit de suite) et se faire payer en priorité sur son prix, par
rapport à d’autres créanciers éventuels (droit de préférence).

nota bEnE
Il existe aussi des sûretés personnelles (ex. : le cautionnement. La caution personnelle est
une personne qui s’engage à exécuter l’obligation d’un débiteur si celui-ci venait à être
défaillant).
Si, dans le cadre du droit objectif, l’on peut être titulaire de droits subjectifs, on peut aussi être
tenu à des obligations.

SECTION 2. LES OBLIGATIONS

Qu’entend-on par « obligations » ? Quelles en sont les principales classifications ?

I. DÉFINITION
Les obligations sont des liens juridiques en vertu desquels une personne peut exiger d’une autre
qu’elle accomplisse une prestation déterminée.
L’obligation de l’un (le débiteur, celui qui est tenu à quelque chose) est ainsi le corollaire du droit
(subjectif) de l’autre (le créancier).

ExEmplES
La personne qui en a blessé une autre a l’obligation d’indemniser celle-ci ; l’acheteur a l’obli-
gation de payer le prix du bien acheté au vendeur, lequel a l’obligation de le lui fournir…
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II. PRINCIPALES CLASSIFICATIONS


Selon que l’on retienne le critère de l’objet des obligations, celui de leur étendue, celui des
modalités pouvant les affecter…, on obtient plusieurs classifications qu’il est évidemment pos-
sible de croiser.

A. LA CLASSIFICATION CONTENUE DANS L’ARTICLE 1101 DU CODE CIVIL


Cet article, qui donne la définition du contrat, offre une distinction tripartite des obligations. En
effet, il dispose :
« Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent envers
une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose. »

1. Les obligations de donner (lat. dare : transférer)


Il s’agit pour le débiteur non pas de consentir une donation, mais de transférer ou de constituer
un droit réel (livrer un bien vendu, mettre à disposition un bien loué…).

2. Les obligations de faire


Le débiteur s’engage à faire un acte positif, à exécuter une prestation (transporter un bien,
construire une maison, louer ses services…).

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Introduction au droit • Série 1

3. Les obligations de ne pas faire


Le débiteur doit s’abstenir de commettre tel ou tel acte (clause de non-concurrence, pro-
messe de ne pas construire, de ne pas sous-louer…).

B. LES OBLIGATIONS DE RÉSULTAT ET LES OBLIGATIONS DE MOYENS


1. Les obligations de résultat
Le débiteur tenu à une obligation de résultat doit atteindre un résultat déterminé.

ExEmplES
Obligation du dépositaire qui doit restituer l’objet qu’on lui a confié en dépôt ; obligation du
transporteur de personnes qui doit conduire le voyageur sain et sauf à destination…

2. Les obligations de moyens


L’obligation de moyens impose au débiteur de mettre en œuvre tous les moyens dont il dispose
pour parvenir au résultat recherché, sans toutefois pouvoir promettre d’obtenir ce résultat.

ExEmplES
Obligation de l’avocat qui doit faire de son mieux pour convaincre les juges du bon droit de son
client ; obligation de l’enseignant qui doit faire de son mieux pour aider ses élèves à réussir…

C. LES OBLIGATIONS AFFECTÉES D’UNE MODALITÉ


Sont des modalités pouvant affecter une obligation : le terme et la condition.

1. Le terme
Une obligation peut être affectée d’un terme (événement futur et certain). C’est une modalité
qui affecte l’obligation dans son exigibilité ou sa durée. Un terme peut être suspensif lorsqu’il

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diffère l’exécution d’une obligation (ex. : fixation d’une échéance) ; il peut être extinctif lorsqu’il
fixe l’instant auquel le débiteur cessera d’exécuter ses obligations (ex. : contrat de travail à durée
déterminée, fin de bail).

2. La condition
Une obligation peut être affectée d’une condition. C’est une modalité qui affecte l’obligation
dans son existence même puisqu’elle subordonne la création ou l’extinction de l’obligation à un
événement futur et incertain. Ainsi, la création d’une obligation peut être subordonnée à la
réalisation d’un événement : la condition est dite suspensive (ex. : je vous accorde ce prêt si
vous me fournissez une garantie). À l’inverse, la condition est dite résolutoire, lorsque la surve-
nance d’un fait emporte disparition de l’obligation (ex. : le compte que nous vous ouvrons sera
clos si vous ne l’approvisionnez pas).

D. LES OBLIGATIONS À OBJETS COMPLEXES


1. Les obligations conjonctives
Le débiteur doit exécuter cumulativement plusieurs prestations (ex. : remise d’une chose et
d’une somme d’argent).

2. Les obligations alternatives


Le débiteur s’exécute correctement par l’accomplissement de l’une ou de l’autre prestation prévue
(ex. : remise d’une chose ou d’une somme ou accomplissement d’une prestation de services).

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UE 111 • Introduction au droit

3. Les obligations facultatives


Le débiteur doit fournir une prestation pour éteindre son obligation, mais il a la faculté de se
libérer en en exécutant une autre (ex. : remise d’une chose mais faculté de se libérer par la
remise d’une somme d’argent).

E. LES OBLIGATIONS À SUJETS COMPLEXES


Il s’agit des obligations à pluralité de sujets lorsqu’il y a plusieurs débiteurs et/ou plusieurs
créanciers.

1. Les obligations conjointes


Il y a obligation conjointe quand une obligation qui implique plusieurs débiteurs ou plusieurs
créanciers se divise activement ou passivement entre eux de telle sorte que chaque créancier
n’ait le droit de réclamer que sa part de la créance, ou que chaque débiteur ne puisse être
poursuivi que pour sa part de la dette. C’est le droit commun des obligations à sujets
complexes.

2. Les obligations solidaires

a. Solidarité active
L’obligation est solidaire entre plusieurs créanciers lorsque le titre donne expressément à chacun
d’eux le droit de demander le paiement total de la créance et que le paiement fait à l’un d’eux
libère le débiteur, encore que le bénéfice de l’obligation soit partageable et divisible entre les
divers créanciers.

b. Solidarité passive
Il y a solidarité entre plusieurs débiteurs qui sont obligés à une même chose, de manière que
chacun puisse être contraint pour la totalité et que le paiement fait par un seul libère les autres
envers le créancier (quitte à ce que le débiteur qui a payé se retourne ensuite contre ses codé-
biteurs pour leur part de la dette).
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On le voit, droits subjectifs et obligations sont indissociables et forment respectivement l’en-


semble des prérogatives et des devoirs que peuvent avoir les personnes. Les catégories et le
régime juridique des droits subjectifs et des obligations sont bel et bien conçus par le droit
positif. Mais comment s’élaborent les règles du droit positif ? Telle est la question des sources
du droit.

TITRE 2. LES SOURCES DU DROIT

d’où proviennent les règles de droit ? Les règles de droit trouvent leur origine dans diverses
émanations juridiques, exprimées ou non par écrit. le droit positif français se construit évi-
demment au plan national, par des sources tant étatiques (lois…) que professionnelles
(code de déontologie de telle ou telle profession…) ; mais, l’État français étant un État membre
de l’Union européenne, le droit positif français intègre également des règles de dimension
européenne. Par ailleurs, lorsque l’État français s’engage par des conventions internatio-
nales, le droit positif français intègre des règles de dimension internationale.
On choisira de présenter ces sources du droit positif français selon le principe hiérarchique qui
les lie, la Constitution française se situant au sommet de cette hiérarchie et chacune des sources
citées ensuite ne pouvant déroger aux sources citées avant elle.

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Introduction au droit • Série 1

CHAPITRE 1. LA CONSTITUTION FRANÇAISE


DU 4 OCTOBRE 1958
C’est un document contenant les règles qui régissent les institutions publiques françaises
(les gouvernants que sont le Président de la République et le Gouvernement auxquels est dévolu
le pouvoir exécutif qui consiste à diriger l’État ; le Parlement, composé de l’Assemblée nationale
et du Sénat, auquel est dévolu le pouvoir législatif qui consiste à adopter les lois ; les juridictions
auxquelles est dévolu le pouvoir de trancher les litiges en respect du droit en vigueur). la
constitution française, qui reprend dans son préambule la déclaration des droits de
l’homme et du citoyen du 26 août 1789, est la plus élevée et la plus solennelle des normes
juridiques de la france et aucune autre règle de droit applicable en France ne pourrait lui être
contraire.

CHAPITRE 2. LES TRAITÉS INTERNATIONAUX


Ce sont des accords conclus à l’échelle internationale (avec des États, qu’ils soient ou non
membres de l’Union européenne ; des organisations internationales…) et dont la France est
signataire.

ExEmplES
Les traités fondateurs de l’Union européenne (le traité de Paris du 18 avril 1951, les deux trai-
tés de Rome du 25 mars 1957, le traité de Maastricht du 7 février 1992, le traité d’Amsterdam
du 2 octobre 1997, etc.)…
Un traité international n’engage l’État français qu’à la condition d’être ratifié, c’est-à-dire approuvé,
par les organes internes compétents (le Président de la République et parfois le Parlement).
Dans la hiérarchie des sources du droit, les traités internationaux doivent respecter la
constitution nationale. Ainsi, par exemple, le traité sur l’Union européenne, signé le 7 février
1992 à Maastricht, a d’abord été déclaré contraire à la Constitution française par une décision

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du Conseil constitutionnel rendue le 9 avril 1992, sur saisine du Président de la République. Il a
fallu, pour permettre la conformité du traité à la Constitution, une révision ponctuelle de celle-ci,
consistant essentiellement en l’ajout d’un nouveau titre (Titre XIV : « Des Communautés euro-
péennes et de l’Union européenne ») et opérée par la loi constitutionnelle n° 92-554 du 25 juin
1992.

CHAPITRE 3. LES SOURCES EUROPÉENNES


Les règles du droit européen applicables en France sont issues des traités européens originaires
(cf.  ci-dessus) mais aussi des différentes sortes d’actes (règlements européens, directives
européennes, décisions européennes) pris par les institutions européennes que sont le
conseil européen (composé des chefs d’État ou de Gouvernement des États membres de
l’Union européenne), le conseil de l’Union européenne (sorte de conseil des ministres de
l’Union européenne, composée des représentants des Gouvernements des États membres), la
commission européenne (composée de hauts fonctionnaires désignés par les Gouvernements
des États membres) et le Parlement européen (composé de députés élus par les peuples des
États membres). Dans la hiérarchie des sources du droit, ces actes (droit européen dérivé)
doivent respecter les traités fondamentaux et, a fortiori, les textes constitutionnels mais ils ont
une force supérieure à la loi française à proprement dite (de même que dans tout État membre,
la règle de droit européen l’emporte sur la législation nationale).

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UE 111 • Introduction au droit

SECTION 1. LES RÈGLEMENTS EUROPÉENS

Ils sont obligatoires et directement applicables dans le droit des États membres.

ExEmplE
Règlement (CE) n° 1103/97/CE du Conseil de l’Union européenne du 17 juin 1997 fixant cer-
taines dispositions relatives à l’introduction de l’euro (JOCE n° L 162, 19 juin 1997), art. 6 :
« Le présent règlement entre en vigueur le jour suivant celui de sa publication au Journal
officiel des Communautés européennes.
Le présent règlement est obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable
dans tout État membre.
Fait à Luxembourg, le 17 juin 1997. »

SECTION 2. LES DIRECTIVES EUROPÉENNES

Elles fixent des objectifs que les États membres doivent obligatoirement atteindre, tout en les
laissant choisir les moyens à utiliser (lois nationales…) pour leur transposition en droit interne.

ExEmplE
Directive n° 98/6/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 février 1998 relative à la pro-
tection des consommateurs en matière d’indication des prix des produits offerts aux consom-
mateurs (JOCE n° L 80, 18 mars 1998), art. 11 :
« 1. Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et
administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le
18 mars 2000. Ils en informent immédiatement la Commission. Ils appliquent ces disposi-
tions à partir de cette date. »

Nota bene : Tous les textes du droit européen ont d’abord été publiés au JOCE (Journal officiel
de la Communauté européenne), puis désormais au JOUE (Journal officiel de l’Union euro-
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péenne) qui lui a succédé.

SECTION 3. LES DÉCISIONS EUROPÉENNES

Elles s’adressent à un État membre donné ou un particulier pour qui elles sont directement
obligatoires.

REmaRquE
La primauté du droit européen n’empêche pas les États membres de légiférer, pourvu que ce
soit dans le respect des normes européennes. Le traité de Maastricht institue même un « prin-
cipe de subsidiarité » en vertu duquel l’Union européenne, en dehors de sa compétence exclu-
sive, n’intervient et ne crée des règles que si les États membres ne peuvent le faire de manière
suffisante.

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Introduction au droit • Série 1

CHAPITRE 4. LA LOI NATIONALE


C’est une règle de droit écrite, générale et permanente, élaborée par le Parlement français.
On se propose ici de répertorier les diverses sortes de lois et d’en préciser les conditions
d’application.

SECTION 1. DESCRIPTIF

I. LA LOI CONSTITUTIONNELLE
C’est une loi de révision de la constitution.
Constitution du 4 octobre 1958, art. 89 :
« L’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la
République sur proposition du Premier ministre et aux membres du Parlement.
Le projet ou la proposition de révision doit être […] voté par les deux assemblées en
termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum.
Toutefois, le projet de révision n’est pas présenté au référendum lorsque le Président de la
République décide de le soumettre au Parlement convoqué en Congrès ; dans ce cas, le
projet de révision n’est approuvé que s’il réunit la majorité des trois cinquièmes des suf-
frages exprimés. Le bureau du Congrès est celui de l’Assemblée nationale.
Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté
atteinte à l’intégrité du territoire.
La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision. »

ExEmplES
Loi n° 92-554 du 25 juin 1992 liée à la ratification du traité de Maastricht ; loi n° 2000-964 du
2 octobre 2000 relative au quinquennat portant de 7 à 5 ans la durée du mandat présiden-
tiel. Constitution du 4 octobre 1958, art. 6 al. 1er :
« Le Président de la République est élu pour 5 ans au suffrage universel direct. »

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II. LA LOI ORGANIQUE
C’est une loi destinée à compléter les dispositions de la Constitution, entre autres, quant à l’or-
ganisation des pouvoirs publics.

ExEmplES
Loi organique précisant les conditions du vote des projets de loi de finances par le Parlement ;
lois organiques relatives au statut des magistrats…

III. LA LOI ORDINAIRE


C’est une loi votée par le Parlement selon la procédure législative de principe et dans l’une des
matières qui lui sont réservées expressément par la Constitution (art. 34).

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UE 111 • Introduction au droit

Constitution du 4 octobre 1958

Art. 24 :
« Le Parlement vote la loi […]. »

Art. 34 :
« La loi fixe les règles concernant :
• les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des
libertés publiques ; la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias ; les sujétions imposées
par la Défense nationale aux citoyens en leur personne et en leurs biens ;
• la nationalité, l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et
libéralités ;
• la détermination des crimes et délits ainsi que les peines qui leur sont applicables ; la procédure
pénale ; l’amnistie ; la création de nouveaux ordres de juridiction et le statut des magistrats ;
• l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toutes natures ; le régime
d’émission de la monnaie.
La loi fixe également les règles concernant :
• le régime électoral des assemblées parlementaires, des assemblées locales et des instances
représentatives des Français établis hors de France ainsi que les conditions d’exercice des
mandats électoraux et des fonctions électives des membres des assemblées délibérantes des
collectivités territoriales ;
• la création des catégories d’établissements publics ;
• les garanties fondamentales accordées aux fonctionnaires civils et militaires de l’État ;
• les nationalisations d’entreprises et les transferts de propriété d’entreprises du secteur public au
secteur privé.
La loi détermine les principes fondamentaux :
• de l’organisation générale de la Défense nationale ;
• de la libre administration des collectivités territoriales, de leurs compétences et de leurs ressources ;
• de l’enseignement ;
• de la préservation de l’environnement ;
• du régime de la propriété, des droits réels et des obligations civiles et commerciales ;
• du droit du travail, du droit syndical et de la Sécurité sociale.
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Les lois de finances déterminent les ressources et les charges de l’État dans les conditions et sous
les réserves prévues par une loi organique.
Les lois de financement de la Sécurité sociale déterminent les conditions générales de son équi-
libre financier et, compte tenu de leurs prévisions de recettes, fixent ses objectifs de dépenses,
dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique.
Des lois de programmation déterminent les objectifs de l’action de l’État.
Les orientations pluriannuelles des finances publiques sont définies par des lois de programma-
tion. Elles s’inscrivent dans l’objectif d’équilibre des comptes des administrations publiques.
Les dispositions du présent article pourront être précisées et complétées par une loi organique. »

Art. 39 al. 1er :
« L’initiative des lois appartient concurremment au Premier ministre et aux membres du Parlement. »

Art. 45 :
« Tout projet ou proposition de loi est examiné successivement dans les deux assemblées du
Parlement en vue de l’adoption d’un texte identique. […] »

L’initiative d’une loi appartient donc au Gouvernement (projet de loi) ou au Parlement (proposi-
tion de loi). Quoi qu’il en soit, pour être adoptée, une loi doit être soumise pour des lectures
successives (navette) à l’Assemblée nationale et au Sénat, qui peuvent lui apporter des modi-
fications (amendements), et doit finalement être votée en termes identiques par ces deux
assemblées.

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Introduction au droit • Série 1

Les lois organiques et, a fortiori, les lois ordinaires ne sauraient déroger à la Constitution (ainsi
qu’aux autres sources du droit qui leur sont supérieures : traités, sources européennes).
Le contenu des différentes lois ordinaires est en principe inséré dans les codes correspondant à
leur domaine d’intervention (ex. : une loi relative aux successions sera intégrée dans le Code
civil ; une loi relative à la détermination des actes de commerce sera intégrée dans le Code de
commerce…).
Une loi ordinaire est dite impérative lorsque tout individu auquel elle s’applique est obligé de s’y
soumettre sans pouvoir opter pour une autre règle.

ExEmplE
Art. 6 du Code civil :
« On ne peut déroger par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre
public et les bonnes mœurs. »

Au contraire, une loi ordinaire est dite supplétive lorsqu’elle s’applique en l’absence de toute
autre volonté de l’individu. Une loi supplétive laisse donc aux personnes la possibilité d’effectuer
un autre choix (pourvu que ce choix soit lui-même conforme au droit en vigueur : respect de
l’ordre public et des bonnes mœurs…) et, en l’absence de choix de leur part, leur applique une
solution qu’elle prévoit.

ExEmplE
À défaut de contrat de mariage par lequel les époux manifesteraient leur choix de tel ou tel
régime matrimonial, ils sont réputés mariés sous le régime légal de la communauté réduite aux
acquêts.
Art. 1400 du Code civil :
« La communauté, qui s’établit à défaut de contrat ou par la simple déclaration qu’on se
marie sous le régime de la communauté… »

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SECTION 2. CONDITIONS D’APPLICATION DE LA LOI

I. ENTRÉE EN VIGUEUR DE LA LOI


Lorsqu’elle est votée, la loi entre en vigueur à l’issue de deux formalités :

A. LA PROMULGATION
C’est l’acte par lequel le Président de la République atteste l’existence de la loi et en ordonne la
publication et l’exécution.
Art. 10 de la Constitution du 4 octobre 1958 :
« Le Président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la
transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée.
Il peut, avant l’expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de
la loi de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée. »

Signalons que la constitutionnalité d’une loi peut et parfois doit être contrôlée par un organe
spécial, le conseil constitutionnel.
Art. 56 al. 1 et 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 :
« Le Conseil constitutionnel comprend neuf membres, dont le mandat dure neuf ans et
n’est pas renouvelable. Le Conseil constitutionnel se renouvelle par tiers tous les trois ans.

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UE 111 • Introduction au droit

Trois des membres sont nommés par le Président de la République, trois par le Président
de l’Assemblée Nationale, trois par le Président du Sénat. […]
En sus des neuf membres prévus ci-dessus, font de droit partie à vie du Conseil constitu-
tionnel les anciens Présidents de la République. »

nota bEnE
Au moment où le présent cours est rédigé (printemps 2013), il est question d’une réforme selon
laquelle les futurs anciens présidents de la République ne seraient plus membres de droit du
Conseil constitutionnel.
Ainsi, doivent être soumises au conseil constitutionnel avant leur promulgation : notam-
ment les lois organiques.
Art. 61 al. 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 :
« Les lois organiques, avant leur promulgation, les propositions de loi mentionnées à l’ar-
ticle 11 avant qu’elles ne soient soumises au référendum, et les règlements des assem-
blées parlementaires, avant leur mise en application, doivent être soumis au Conseil
constitutionnel qui se prononce sur leur conformité à la Constitution. »

Par ailleurs, sur saisine par le Président de la République, le Premier Ministre, le Président de
l’Assemblée Nationale, le Président du Sénat ou soixante députés ou soixante sénateurs, toute
loi peut, avant sa promulgation, être déférée au conseil constitutionnel.
Art. 61 al. 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 :
« […] Les lois peuvent être déférées au Conseil constitutionnel, avant leur promulgation,
par le Président de la République, le Premier Ministre, le Président de l’Assemblée Natio-
nale, le Président du Sénat ou soixante députés ou soixante sénateurs. »

Une disposition que le conseil constitutionnel déclare inconstitutionnelle ne peut pas être
promulguée et ne sera pas applicable.
Art. 62 al. 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 :
« Une disposition déclarée inconstitutionnelle sur le fondement de l’article 61 ne peut être
promulguée ni mise en application. »
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B. LA PUBLICATION
C’est l’insertion de la loi dans le Journal officiel de la République française afin de la porter à la
connaissance du public.
En vertu de l’adage selon lequel « nul n’est censé ignorer la loi », celle-ci s’applique alors en
principe un jour franc après que le numéro du Journal Officiel qui la contient est parvenu au chef-
lieu d’arrondissement, et ce, sauf dispositions particulières (délais plus longs pour l’étranger,
spécification d’une date précise par le texte de loi lui-même…).

II. CESSATION DES EFFETS DE LA LOI


Une loi cesse ses effets soit par abrogation expresse (une loi nouvelle abroge expressément
une loi ancienne), soit par abrogation tacite (une disposition d’une loi nouvelle est manifeste-
ment incompatible avec une loi ancienne et l’emporte de facto pour l’avenir sur cette dernière).
On remarquera que seule l’abrogation entraîne la cessation des effets d’une loi, laquelle ne dis-
paraît jamais par désuétude, c’est-à-dire faute de trouver à s’appliquer concrètement depuis un
certain temps.

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Introduction au droit • Série 1

III. DOMAINE D’APPLICATION DE LA LOI DANS L’ESPACE


La problématique est ici de savoir jusqu’où s’étend géographiquement l’application d’une loi
donnée, pour résoudre ainsi les conflits de lois dans l’espace.

A. CAS DÉTERMINÉS
1. Principe de la territorialité de la loi
La loi française s’applique sur tout le territoire français (aux Français comme aux étrangers) s’il
s’agit d’une loi de police ou de sûreté ou s’il s’agit d’immeubles.
Art. 3 al. 1 et 2 du Code civil :
« Les lois de police et de sûreté obligent tous ceux qui habitent le territoire.
Les immeubles, même ceux possédés par des étrangers, sont régis par la loi française. »

REmaRquES
• Le territoire français s’entend, dans toutes ses dimensions (terrestre, aérienne, maritime),
de la métropole, de la collectivité territoriale de Corse, des départements et territoires
d’outre-mer (DOM-TOM), des espaces diplomatiques français (ambassades…) situés à
l’étranger…, desquels il convient de retrancher les espaces diplomatiques étrangers situés
en France…
• Ainsi qu’il a déjà été dit, de nombreuses règles de droit spécifiques s’appliquent à cer-
taines parties du territoire : Alsace-Moselle, Corse, DOM-TOM…

2. Principe de la personnalité de la loi


La loi française s’applique à tous les Français, même hors de France, si elle concerne leur état
civil, leur capacité, leur statut personnel.
Art. 3 al. 3 du Code civil :
« Les lois concernant l’état et la capacité des personnes régissent les Français, même

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résidant en pays étrangers. »

B. AUTRES CAS
Dans d’autres domaines, à défaut de principes généraux, on se réfère au coup par coup à des
textes spécifiques et au droit international privé.

ExEmplE
Art. 309 du Code civil :
« Le divorce et la séparation de corps sont régis par la loi française :
• lorsque l’un et l’autre époux sont de nationalité française ;
• lorsque les époux ont, l’un et l’autre, leur domicile sur le territoire français ;
• lorsque aucune loi étrangère ne se reconnaît compétente, alors que les tribunaux fran-
çais sont compétents pour connaître du divorce ou de la séparation de corps. »

IV. DOMAINE D’APPLICATION DE LA LOI DANS LE TEMPS


Il convient de définir dans le temps le champ d’application d’une loi donnée afin de résoudre les
éventuels conflits entre une loi nouvelle et une loi ancienne.

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UE 111 • Introduction au droit

A. PRINCIPE : LA NON-RÉTROACTIVITÉ DES LOIS


Une loi nouvelle a, en principe, dès sa publication, un effet immédiat et ne s’applique que pour
l’avenir. La loi nouvelle régit donc toutes les situations nées à dater de son entrée en vigueur
mais elle ne s’applique pas à des situations nées avant.
Art. 2 du Code civil :
« La loi ne dispose que pour l’avenir ; elle n’a point d’effet rétroactif. »

B. EXCEPTIONS
• la loi nouvelle a un effet immédiat et rétroactif lorsqu’il s’agit d’une :
– loi pénale plus douce (ex. : qui allège les peines prévues jusque-là pour une infraction
donnée) ;
– loi de compétence et de procédure (qui détermine les modalités de saisine des
juridictions…) ;
– loi interprétative (qui clarifie une loi antérieure) ;
– loi expressément rétroactive (la loi nouvelle dispose, par exemple, qu’elle a vocation à
s’appliquer à toutes les situations en cours de jugement et pourtant nées six mois avant son
entrée en vigueur).
En pareils cas, les dispositions de la loi nouvelle ont une implication non seulement sur les
situations nées à dater de son entrée en vigueur mais aussi sur les situations pendantes (non
définitivement jugées) nées antérieurement à son entrée en vigueur.
• la loi nouvelle n’a pas d’effet rétroactif mais elle n’a pas davantage d’effet immédiat :
Ceci vise les contrats en cours d’exécution car leurs effets continuent à être régis par la loi
ancienne sous l’empire de laquelle ils ont été conclus : bien que les effets d’un contrat en
cours d’exécution perdurent après l’entrée en vigueur d’une loi nouvelle, celle-ci n’aura sur ce
contrat aucune incidence et la loi nouvelle ne régira que les contrats formés à dater de son
entrée en vigueur.
Toutefois (et par exception à l’exception, ce qui revient au cas de principe !), lorsque la loi
nouvelle est d’ordre public (incontournable pour des raisons de stabilité de l’ordre social),
elle s’applique immédiatement dès son entrée en vigueur même aux effets futurs des
contrats en cours (ex. : une loi qui augmenterait la durée minimale des congés payés concer-
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nerait tous les contrats de travail à dater de son entrée en vigueur, y compris ceux qui seraient
alors en cours !)… mais sans effet rétroactif sur les effets passés des contrats en cours !

CHAPITRE 5. LES ORDONNANCES DU GOUVERNEMENT


Ce sont des décisions prises par le Gouvernement, avec l’autorisation ponctuelle du
Parlement, dans des matières qui sont normalement du domaine de la loi. Une fois ratifiée
par le Parlement, l’ordonnance, qui n’est pourtant par nature qu’un règlement, a force de loi.
Constitution du 4 octobre 1958, art. 38 :
« Le Gouvernement peut, pour l’exécution de son programme, demander au Parlement
l’autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité, des mesures qui sont
normalement du domaine de la loi.
Les ordonnances sont prises en Conseil des ministres après avis du Conseil d’État.
Elles entrent en vigueur dès leur publication mais deviennent caduques si le projet de loi
de ratification n’est pas déposé devant le Parlement avant la date fixée par la loi d’habili-
tation. Elles ne peuvent être ratifiées que de manière expresse.
À l’expiration du délai mentionné au premier alinéa du présent article, les ordonnances ne
peuvent plus être modifiées que par la loi dans les matières qui sont du domaine
législatif. »

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Introduction au droit • Série 1

ExEmplES
Ordonnance n°  2000-912 du 18 septembre 2000 relative à la partie législative du Code de
commerce (ordonnance prise en application de l’habilitation donnée au Gouvernement par la
loi du 16 décembre 1999 pour une nouvelle codification du Code de commerce de 1807)  ;
ordonnance n° 2000-916 du 19 septembre 2000 portant adaptation de la valeur en Euros de
certains montants exprimés en Francs dans les textes législatifs (ordonnance prise en applica-
tion de l’habilitation donnée au Gouvernement par la loi du 15 juin 2000 pour une adaptation
en euros de certains montants législatifs exprimés en francs).

CHAPITRE 6. LES RÈGLEMENTS DE DROIT INTERNE


Ce sont les actes émanant du pouvoir exécutif dans des domaines qui lui sont réservés.
On distingue :
• les règlements d’application : ce sont les décrets destinés à assurer l’exécution d’une loi (ex. :
des décrets précisent le montant du salaire minimum que la loi oblige à verser à un salarié) ;
• les règlements autonomes : ils sont pris par les autorités administratives compétentes
dans les matières autres que celles réservées à la loi (décrets ministériels ou arrêtés minis-
tériels, arrêtés préfectoraux, arrêtés municipaux).
Art. 37 al. 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 :
« Les matières autres que celles qui sont du domaine de la loi ont un caractère
réglementaire. »

ExEmplE
Les contraventions, infractions pénales les moins graves, sont créées par voie réglementaire
contrairement aux délits pénaux et aux crimes qui, étant expressément visés par l’article 34 de
la Constitution, nécessitent pour être institués le vote d’une loi.
Bien entendu, les règlements, comme les ordonnances, doivent respecter les sources du droit

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« supérieures » (Constitution, traités, sources européennes, lois).

nota bEnE
Les circulaires sont des instructions de service écrites émanant d’une autorité supérieure
(ex. : circulaires ministérielles de droit fiscal indiquant aux agents de la fonction publique com-
ment calculer tel impôt).

CHAPITRE 7. LA COUTUME
C’est un usage suivi de façon générale et prolongée qui finit par avoir un caractère obliga-
toire selon l’opinion commune. La règle coutumière, qui est en principe une règle de droit non
écrite, résulte donc de deux éléments : une pratique répétée dans le temps et la croyance que
cette pratique est obligatoire.
La coutume est une source de droit particulièrement prolixe en matière professionnelle (usage
professionnel), commerciale et internationale ; même si certaines règles de droit coutumières
subsistent également en droit civil (ex. : la femme mariée utilise généralement le nom de son
époux, bien que son nom de famille demeure en réalité son nom de jeune fille).

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UE 111 • Introduction au droit

CHAPITRE 8. LA JURISPRUDENCE
C’est l’ensemble des décisions rendues par les juridictions.
on pourrait être tenté de ne pas reconnaître à la jurisprudence le rôle de source du droit
car la règle de droit est par définition « générale et impersonnelle », c’est-à-dire le contraire des
décisions jurisprudentielles qui ne concernent que les parties au procès (principe de la relativité
de la chose jugée).
Art. 5 du Code civil :
« Il est défendu aux juges de prononcer par voie de disposition générale et réglementaire
sur les causes qui leur sont soumises. »

mais il arrive qu’une décision, tant dans son raisonnement que dans la solution retenue, serve
de modèle pour des affaires analogues jugées ultérieurement. Il se crée alors un véritable cou-
rant jurisprudentiel à partir d’une décision dite de principe et la solution bientôt systématique-
ment adoptée est finalement d’une portée générale. La jurisprudence peut ainsi être considérée
comme une source de droit à part entière ; quand bien même à tout moment une décision
divergente est susceptible d’opérer un revirement de jurisprudence, rompant de la sorte avec
un courant jusque-là bien établi.
Par ailleurs, si les juridictions doivent appliquer les règles de droit d’une autorité supérieure, et
en particulier la loi, il leur est interdit de se réfugier derrière le silence de cette dernière pour
refuser de se prononcer et ceci sous peine d’encourir des sanctions (pour délit pénal de déni
de justice).
Art. 4 du Code civil :
« Le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l’obscurité ou de l’insuffisance
de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice. »

Le rôle de source de droit joué par la jurisprudence dans l’hypothèse d’un vide juridique est donc
encore plus évident.
À noter que, plus généralement, il y a déni de justice lorsque les juges négligent de juger une
affaire en état d’être jugée (art. L. 141-3 du Code de l’organisation judiciaire).
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la jurisprudence est bien tout à la fois une source de droit en elle-même et une source de
droit indirecte en ce qu’elle inspire souvent le législateur.

CHAPITRE 9. LA DOCTRINE
C’est l’ensemble des travaux (études, commentaires…) des juristes (professeurs, avocats…)
qui constitue une source de droit le plus souvent écrite et en tout état de cause indirecte en ce
qu’elle influence les autres sources du droit (loi, jurisprudence).

REmaRquE
Les contrats sont également à l’origine de droits et d’obligations mais leur effet ne vaut en
principe que pour les cocontractants et les règles juridiques ainsi créées ne sont pas « géné-
rales et impersonnelles ».
En conclusion, pour résoudre un point de droit donné, le praticien doit rechercher, dans le
domaine juridique concerné, toutes les règles applicables provenant des différentes sources du
droit en faisant prévaloir celles qui sont supérieures aux autres.
Quand les droits sont contestés, il importe d’en faire cesser les atteintes ; notamment par le
recours à la justice.

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PARTIE
LE DROIT PROCESSUEL

La défense des droits que l’on a passe par une bonne connaissance du fonctionnement de la
justice (Titre 1) et des rouages de la preuve (Titre 2).

TITRE 1. LE FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE

La justice est rendue selon des règles de procédure que le justiciable ne peut méconnaître. Nous
présenterons successivement : l’action en justice (Chapitre 1), les principaux principes direc-
teurs du procès (Chapitre 2), l’organisation des juridictions françaises (Chapitre 3) ainsi que les
voies de recours (Chapitre 4) et les voies d’exécution (Chapitre 5) que l’on peut être amené à
mettre en œuvre. Nous compléterons cet exposé par le descriptif des juridictions de l’Union
européenne (Chapitre 6) et des modes alternatifs de règlement des conflits (Chapitre 7).

CHAPITRE 1. PRÉSENTATION DE L’ACTION EN JUSTICE


Pour être examinée en justice, une action doit présenter certains caractères (Section 1), par ail-
leurs il est bon de rappeler qui sont les protagonistes susceptibles d’intervenir (Section 2).
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SECTION 1. L’INTÉRÊT À AGIR : CONDITION DE RECEVABILITÉ


D’UNE ACTION EN JUSTICE

Afin d’écarter des juridictions, déjà très sollicitées, les démarches abusives, le plaideur doit justifier
d’un intérêt à agir. Cette exigence est exprimée par la formule : « Pas d’intérêt, pas d’action. »
Pour rendre légitime une action en justice, l’intérêt à agir doit revêtir certaines qualités faute de
quoi, le juge est amené à prononcer une fin de non-recevoir.

I. L’INTÉRÊT DOIT ÊTRE RÉEL, NÉ ET ACTUEL

A. PRINCIPE
Une prétention fondée sur un intérêt très ancien, pour lequel l’action en justice est prescrite, est
irrecevable. Depuis la loi n°  2008-561 du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en
matière civile, le délai de prescription de principe (hors dispositions spéciales) est de cinq
ans ; et ce, que l’on soit en matière civile, commerciale ou mixte (un acte est mixte lorsqu’il est
passé entre au moins une personne commerçante et au moins une personne non-commer-
çante). Auparavant, la prescription de principe était trentenaire en matière civile et décennale en
matières commerciale et mixte. Quant au point de départ de la prescription extinctive, il se
situe en principe le jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits per-
mettant de l’exercer.

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Introduction au droit • Série 1

De même est irrecevable l’action tendant à faire protéger un intérêt simplement futur et
hypothétique.

B. ATTÉNUATION
En matière pénale, il y a imprescriptibilité de la poursuite des crimes contre l’humanité.
Par ailleurs, il est parfois possible de faire valoir un intérêt futur pourvu qu’il soit certain dans sa
réalisation.

ExEmplE
Demande de modification des plans d’une construction future pour le dommage qu’elle ne
manquerait pas de causer en termes d’éclairement… si elle devait être édifiée sur un fonds
voisin comme initialement prévu.

II. L’INTÉRÊT DOIT ÊTRE PERSONNEL

A. PRINCIPE
Seul le titulaire du droit allégué est autorisé à prendre l’initiative du procès. On ne peut ester en
justice pour le compte de quelqu’un d’autre.

B. ATTÉNUATION
Par définition, certaines personnes sont inaptes à faire valoir leurs droits. Ce soin est donc laissé
à autrui.

ExEmplE
Action en justice exercée par le représentant légal d’une personne juridiquement incapable,
d’une personne disparue, par certains groupements (syndicats, associations…).

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III. L’INTÉRÊT DOIT ÊTRE DIRECT

A. PRINCIPE
L’action en justice doit être dirigée contre l’auteur du dommage le plus directement impliqué
dans sa réalisation ; quitte à ce que ce dernier intervenant se retourne ensuite à son tour contre
des personnes précédemment impliquées (cas des accidents de la circulation en série…).
Par ailleurs, seule la victime directe du dommage invoqué est autorisée à agir.

B. ATTÉNUATION
Les « victimes par ricochet » peuvent demander réparation de la souffrance que leur cause le
dommage subi par un être proche.

ExEmplE
La douleur ressentie par la perte d’un être cher lors d’un attentat…

IV. L’INTÉRÊT DOIT ÊTRE JURIDIQUE


La prétention invoquée doit, bien sûr, être juridiquement protégée par le droit positif.

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UE 111 • Introduction au droit

Ainsi, par exemple, il est impensable de demander réparation pour des troubles subis dans le
cadre d’une activité illicite !

SECTION 2. LES PRINCIPAUX ACTEURS EN PRÉSENCE


LORS D’UNE ACTION EN JUSTICE

I. LES PARTIES
Ce sont les personnes engagées dans le procès ; leur qualité diffère selon leur rôle :
• Le demandeur (la demanderesse) est celui (celle) qui a l’initiative d’une action en justice.
• Le défendeur (la défenderesse) est celui (celle) contre qui l’action est dirigée.

nota bEnE
Plus généralement, le demandeur est celui qui invoque une prétention au cours du procès. Ce
peut donc être le défendeur qui forme une demande reconventionnelle (demande en riposte à
la demande initiale).
• L’appelant(e) est celui (celle) qui interjette appel, c’est-à-dire qui fait appel (voie de recours)
d’une décision rendue au 1er degré.
• L’intimé(e) est la partie adverse en appel.

II. LES MAGISTRATS

A. LES MAGISTRATS DU SIÈGE (MAGISTRATURE ASSISE)


Ce sont les magistrats (juges) dont la fonction est de rendre la justice ; ce sont eux qui statuent
sur les litiges.
Dans les juridictions de l’ordre judiciaire (cf. infra), ils sont inamovibles et indépendants du pou-
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voir exécutif.

B. LES MAGISTRATS DU PARQUET (MAGISTRATURE DEBOUT)


Ils représentent la société auprès des cours et tribunaux où ils requièrent l’application de la loi.
En matière pénale, ils déclenchent l’action publique et font assurer la répression des infractions.
En matière civile, ils sont tantôt partie jointe (lorsqu’ils estiment opportun de déposer des conclu-
sions), tantôt partie principale lorsque la loi leur impose de conclure (affaires relatives aux
absents, mineurs, état des personnes, ordre public…).
Dans leurs réquisitions écrites, ils sont tenus de se conformer aux ordres de leurs supérieurs ;
mais « la plume est serve, la parole est libre ».
Ils sont soumis à une hiérarchie et à une discipline (ils dépendent du garde des Sceaux, ministre
de la Justice).
Enfin, le Parquet est indivisible. Ces magistrats ne sont ni inamovibles ni indépendants.

REmaRquE
Afin d’augmenter les effectifs de la magistrature et d’essayer de résoudre l’encombrement des
juridictions, la loi organique du 19 janvier 1995 autorise la nomination de « magistrats exer-
çant à titre temporaire » (pour une durée de sept ans non renouvelable) parmi des personnes
de moins de 65 ans que leur compétence et leur expérience qualifient particulièrement.

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Introduction au droit • Série 1

Ces magistrats, recrutés dans les formes prévues pour les magistrats du siège, peuvent donc
être, par exemple, des membres de professions libérales juridiques, justifiant de sept années
au moins d’exercice professionnel, et sont appelés à statuer en matière civile ou pénale.
Ils peuvent assumer concomitamment une activité professionnelle dès lors qu’elle n’est pas de
nature à porter atteinte à la dignité ou à l’indépendance de la fonction de magistrat et qu’il ne s’agit
pas d’un emploi public (sauf celui de professeur et de maître de conférences des universités).
Ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 relative au statut de la magistrature, art. 41-10
(rédaction issue de l’article 1er de la loi organique n° 95-64 du 19 janvier 1995) :
« Peuvent être nommées, pour exercer des fonctions de juge d’instance ou d’assesseur
dans les formations collégiales des tribunaux de grande instance, les personnes âgées de
moins de soixante-cinq ans révolus que leur compétence et leur expérience qualifient
particulièrement pour exercer ces fonctions. […] »

III. LES AUXILIAIRES DE JUSTICE

A. LES AUXILIAIRES DE JUSTICE NON OFFICIERS MINISTÉRIELS


(PROFESSIONS LIBÉRALES)
1. Les avocats
Ce sont les porte-parole de leurs clients devant les juridictions. Ils les conseillent et plaident pour
eux. Ce sont les défenseurs et les représentants de leurs clients devant toutes les juridictions,
sauf devant la Cour de cassation et le Conseil d’État (monopole des avocats aux conseils).
La loi n° 90-1259 du 31 décembre 1990, portant réforme de certaines professions judiciaires et
juridiques, avait déjà réuni en une seule profession dont les membres portent le titre d’avocat,
d’une part les avocats et d’autre part les conseils juridiques.
La loi n° 2011-94 du 25 janvier 2011 portant réforme de la représentation devant les cours d’ap-
pel fusionne, à compter du 1er janvier 2012, la profession d’avocat et celle d’avoué auquel était
auparavant reconnu le monopole de la représentation des parties devant les cours d’appel.

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Les membres de la nouvelle profession exercent donc l’ensemble des fonctions antérieurement
dévolues aux professions d’avocat, de conseil juridique et d’avoué.

2. Les experts
Ils sont chargés par les juridictions de procéder à des examens techniques dans des domaines
où ils interviennent comme professionnels (ex. : mécanique, médecine…) et d’en faire un rap-
port. Les avis qu’ils rendent ne lient pas les juges.

B. LES OFFICIERS MINISTÉRIELS


Ils sont titulaires d’un office (d’une charge) conféré(e) à vie par le Gouvernement sous conditions
de capacités et de diplômes. Ils présentent leurs successeurs à l’agrément du Gouvernement.

1. Les avocats aux conseils


Ils représentent les parties devant la Cour de cassation et le Conseil d’État selon des disposi-
tions particulières d’accès à la profession d’avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation.

2. Les huissiers de justice


Ils signifient les actes de procédure et les décisions de justice (il s’agit de la signification de ces
actes), exécutent ces décisions (par la mise en œuvre de saisies… cf. infra) et procèdent à des
constatations pour les particuliers ou le juge.

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UE 111 • Introduction au droit

définition
La signification d’un acte est le fait de le notifier, le porter officiellement à la connaissance des
personnes concernées.
Art. 651 al. 1 et 2 du Code de procédure civile (CPC) :
« Les actes sont portés à la connaissance des intéressés par la notification qui leur en est faite.
La notification faite par acte d’huissier de justice est une signification. »

Le statut des huissiers de justice a été notamment modifié par le décret n° 94-299 du 12 avril
1994 dans le sens d’une élévation de leur qualification et de leurs responsabilités.

REmaRquES
• Les greffiers ont un rôle important : ils rendent authentique la décision de justice en la rédi-
geant et délivrant copie (expéditions de la décision), ils jouent un rôle d’archiviste et assurent
la publicité de certains actes.
Le rôle des greffiers a, à plusieurs reprises, été revalorisé.
La loi n° 95-125 du 8 février 1995, relative à l’organisation des juridictions et à la procédure
civile, pénale et administrative, accroît les missions des greffiers en chef (par exemple en
matière de tutelle ou de droit de la nationalité) ce qui allège d’autant le rôle du juge.
En particulier, le décret n° 95-832 du 5 juillet 1995 redéfinit, en les augmentant, les missions
des greffiers des tribunaux de commerce (qui assurent, entre autres, la tenue des différents
registres prévus par les textes en vigueur : registre du commerce et des sociétés…).
• En outre, également dans le souci de décharger le juge des tâches qui ne lui incombent pas
nécessairement (préparation du travail, traitement des dossiers…) afin qu’il recentre son activité
sur sa mission essentielle qui est de « dire le droit », la loi n° 95-125 du 8 février 1995 prévoit
qu’il soit entouré d’équipes comprenant, notamment, des assistants de justice (ceci confor-
mément aux termes de la loi de programme n° 95-9 du 6 janvier 1995 relative à la justice).
Loi n° 95-125 du 8 février 1995, art. 20 (modifié par la loi n° 2007-148 du 2 février 2007,
art. 54) :
«  Peuvent être nommées en qualité d’assistants auprès des magistrats des tribunaux
d’instance, des tribunaux de grande instance, des cours d’appel, de la Cour de cassation
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ainsi qu’à l’École nationale de la magistrature, les personnes titulaires d’un diplôme sanc-
tionnant une formation juridique d’une durée au moins égale à quatre années d’études
supérieures après le baccalauréat et que leur compétence qualifie particulièrement pour
exercer ces fonctions.
Ces assistants sont nommés pour une durée de deux ans renouvelable deux fois. Ils sont
tenus au secret professionnel sous les peines prévues à l’article 226-13 du Code pénal. […] »

La loi n° 99-515 du 23 juin 1999, renforçant l’efficacité de la procédure pénale, a également


institué le recrutement, pour une durée de cinq ans non renouvelable, d’agents de justice qui
concourent (accueil du public…) aux missions de la justice assurées par les magistrats et fonc-
tionnaires sous l’autorité desquels ils sont placés.

CHAPITRE 2. LES PRINCIPAUX PRINCIPES DIRECTEURS


DU PROCÈS
la justice doit être rendue selon des grands principes inscrits tant au niveau européen
(Section 1) qu’en droit national (Section 2).

SECTION 1. LES GRANDS PRINCIPES EUROPÉENS

Le Conseil de l’Europe est une organisation internationale, créée en 1949, qui regroupe une cin-
quantaine d’États de l’Europe géographique (à ne pas confondre avec l’Union européenne) dont

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Introduction au droit • Série 1

la France. Cette organisation a notamment adopté, le 4 novembre 1950, la convention euro-


péenne de sauvegarde des droits de l’homme dont le respect est traditionnellement apprécié
par une instance spécialement conçue à cet effet : la Cour européenne des droits de l’homme
(CEDH) récemment restructurée en une « cour permanente ». Il est à noter que la Cour de justice
de l’Union européenne (CJUE), qui a succédé à la Cour de justice des Communautés euro-
péennes  (CJCE), est la juridiction suprême de l’Union européenne et a également parmi ses
missions celle de veiller au respect des droits de l’homme au sein de l’Union.
c’est essentiellement en son article 6, que la convention européenne de sauvegarde des
droits de l’homme indique quels doivent être les principaux principes directeurs d’un pro-
cès : le droit à un procès équitable qui ne se conçoit qu’autant qu’existent également le
droit à un procès public et le droit à un procès d’une durée raisonnable.

I. DROIT À UN PROCÈS ÉQUITABLE


Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement. Ceci suppose, entre
autres : que la décision de justice soit rendue par un tribunal impartial et indépendant éta-
bli par la loi ; que le justiciable puisse présenter sa défense (en étant informé de ce qui lui est
reproché, en disposant du temps et des facilités nécessaires, y compris financières, pour être
assisté d’un défenseur…)  ; que toute personne accusée d’une infraction soit présumée
innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement établie (ce qui implique que toute
décision de justice soit motivée).

II. DROIT À UN PROCÈS PUBLIC


Tout jugement doit être rendu publiquement. mais l’accès de la salle d’audience peut être
interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l’intérêt de
la moralité, de l’ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque
les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l’exigent, ou dans
la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales
la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice (Convention européenne de

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sauvegarde des droits de l’homme, art. 6, § 1).

III. DROIT À UN PROCÈS D’UNE DURÉE RAISONNABLE


le procès doit se dérouler dans un délai raisonnable : ni trop court au point d’être privé au
droit à un recours effectif (délai trop bref pour exercer des voies de recours…), ni trop long au
point de perdre des chances de l’emporter (par disparition des éléments d’appréciation…) ou de
se trouver dans le besoin (dans l’attente de récupérer un bien…). Cette exigence s’accompagne
de la nécessité de doter les organes judiciaires des moyens en personnel et matériel nécessaires.
Ces principes, auxquels la France est tenue, s’expriment aussi dans le droit interne de celle-ci.

SECTION 2. LES GRANDS PRINCIPES FRANÇAIS

Mentionnés essentiellement dans le Code de procédure civile, ces principes directeurs relatifs
au déroulement du procès ont principalement trait à : la contradiction, la publicité et l’oralité des
débats, la neutralité du juge, la gratuité et la permanence de la justice.

I. PRINCIPE DU CONTRADICTOIRE
En vertu de ce principe, le juge doit rendre sa décision en ayant permis à chaque partie au
procès de faire connaître tout ce qui est utile à sa prétention. Ce principe est l’une des

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UE 111 • Introduction au droit

conditions indispensables à la liberté de la défense : toute présentation au juge d’un document,


d’un argument par l’adversaire doit être portée à la connaissance de l’autre partie et librement
discutée à l’audience.

II. PRINCIPE DE LA PUBLICITÉ DES DÉBATS


En vertu de ce principe, le public a accès à la salle d’audience. Toutefois, la loi ou le tribunal
peuvent écarter ce principe en raison de la discrétion que requièrent certaines matières (fami-
liales…) ou en raison de l’atteinte à la sérénité des débats : le tribunal prononce alors le huis clos.

III. PRINCIPE DE L’ORALITÉ DES DÉBATS


Tous les intervenants au procès s’expriment oralement (parties, défenseurs, magistrats…),
même si leurs interventions sont, par ailleurs, consignées par écrit.

IV. PRINCIPE DE NEUTRALITÉ DU JUGE


le juge, qui doit être impartial et indépendant, doit exercer ses fonctions sans subir d’in-
fluence (hiérarchique, politique, liée à la proximité avec l’une des parties…).

V. PRINCIPE DE LA GRATUITÉ
La justice a, certes, un coût (rémunération des magistrats par l’État, honoraires des avocats pris
en charge par les plaideurs…), mais ce sont les contribuables et non les plaideurs qui rému-
nèrent les magistrats et, lorsqu’un plaideur ne dispose pas de ressources suffisantes, il peut
bénéficier d’une aide juridictionnelle financée par l’État afin d’assurer, notamment, la rémuné-
ration de son avocat.
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VI. PRINCIPE DE PERMANENCE


la justice, étant un service public, fonctionne théoriquement de manière permanente.
Ainsi, à tout moment, un justiciable doit pouvoir saisir un juge. Néanmoins, en pratique, cette
règle connaît des limites (jours fériés…).

REmaRquE
des principes directeurs relatifs au jugement doivent également être signalés. Il s’agit,
d’une part, de l’autorité de la force de chose jugée qui caractérise une décision de justice
qui n’est plus susceptible de faire l’objet d’un recours suspensif d’exécution tel que l’appel et
qui, de ce fait, peut être mise en exécution. Il s’agit, d’autre part, de la force exécutoire qui
est attachée à certains actes, dont les décisions de justice, et qui permet de recourir aux voies
d’exécution (saisies… exposées infra dans le présent titre) pour en obtenir l’exécution.

CHAPITRE 3. L’ORGANISATION DES JURIDICTIONS


FRANÇAISES
Il importe pour le justiciable de s’adresser à la juridiction compétente tant du point de vue de la
nature de l’affaire (Section 1) que du point de vue territorial (Section 2).

201111TDPA0113 53
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Introduction au droit • Série 1

SECTION 1. LA COMPÉTENCE D’ATTRIBUTION


(COMPÉTENCE RATIONE MATERIAE)
La compétence d’attribution d’une juridiction est déterminée à partir de plusieurs critères qui
sont : le domaine de l’affaire à examiner (civil, commercial, administratif, pénal…), l’objet de
l’action en justice (action réelle, personnelle, mobilière, immobilière, possessoire, pétitoire…) et
le montant de l’affaire (valeur de la chose revendiquée, montant des dommages-intérêts
réclamés…).
La problématique consiste donc à repérer le type de juridiction compétente pour connaître
d’un litige donné, sachant que les juridictions françaises sont organisées en deux ordres
(ordre administratif, ordre judiciaire) et de façon pyramidale.

I. L’ORDRE ADMINISTRATIF
Il statue sur les différends mettant en jeu une règle de droit public et opposant les personnes
publiques ou les personnes publiques et les particuliers.

A. AU PREMIER DEGRÉ
Les tribunaux administratifs sont habilités à se prononcer en premier lieu sur des affaires rele-
vant de la compétence de l’ordre administratif – sauf compétence exceptionnelle directe du
Conseil d’État (ex. : recours en annulation contre un décret pris par un ministre après avis du CE).

B. AU SECOND DEGRÉ
Depuis une loi du 31 décembre 1987, des cours administratives d’appel peuvent être saisies
afin de réexaminer une affaire sur laquelle un tribunal administratif a déjà statué au premier
degré. Toutefois, les délais pour interjeter appel doivent être respectés : en principe 2 mois à
dater de la signification (formalité par laquelle il est officiellement porté à la connaissance des
parties) du jugement attaqué.

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Dans un premier temps, cantonnée aux recours de plein contentieux, la compétence des cours
administratives d’appel s’étend également aux recours pour excès de pouvoir (loi n° 95-125 du
8 février 1995).
Les recours pour excès de pouvoir visent à faire annuler par le juge administratif des actes admi-
nistratifs unilatéraux entachés d’illégalité pour incompétence de leur auteur, vice de forme,
détournement de pouvoir ou violation de la loi.
Les recours de plein contentieux renferment la plupart des recours autres que les recours pour
excès de pouvoir (ex. : recours en indemnité pour inexécution d’un contrat administratif).

nota bEnE
Outre leurs fonctions juridictionnelles, les tribunaux administratifs et les cours administratives
d’appel ont des attributions consultatives.
Art. R. 212-1 du Code de justice administrative :
« Les tribunaux administratifs et les cours administratives d’appel peuvent être appelés à
donner leur avis sur les questions qui leur sont soumises par les préfets.
Les questions relevant des attributions des préfets de région de la métropole sont soumises
par ces derniers à la cour administrative d’appel, les autres au tribunal administratif. »

54
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UE 111 • Introduction au droit

C. AU SOMMET DE L’ORDRE ADMINISTRATIF : LE CONSEIL D’ÉTAT


Comme instance juridictionnelle, le Conseil d’État, lorsqu’il est saisi, a vocation à statuer sur les
décisions rendues en dernier ressort par les tribunaux administratifs ou par les cours administra-
tives d’appel (le CE ne statue qu’exceptionnellement directement en premier ressort ; en ce cas
sa décision est aussi en dernier ressort).
Le Conseil d’État joue aussi un rôle consultatif en matière administrative. En effet, le Gouvernement
le saisit pour avis soit facultativement soit obligatoirement selon la nature des questions (ex. :
l’avis du Conseil d’État est toujours requis à propos des projets de loi).

nota bEnE
Tout litige qui n’est pas de la compétence de l’ordre administratif est de celle de l’ordre judi-
ciaire et inversement.
Cependant, il peut arriver qu’un doute subsiste quant à la compétence de l’un ou de l’autre
ordre.
on a alors recours au tribunal des conflits composé paritairement par des magistrats de
l’ordre administratif et par des magistrats de l’ordre judiciaire et présidé par le garde des
Sceaux, ministre de la Justice.
Le tribunal des conflits se borne à indiquer l’ordre juridictionnel compétent sans trancher l’af-
faire au fond.

II. L’ORDRE JUDICIAIRE


Les juridictions de l’ordre judiciaire statuent sur la répression des infractions (juridictions
répressives) et les contestations de droit privé (juridictions non répressives).

A. AU PREMIER DEGRÉ
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1. Les juridictions répressives


En matière pénale sont compétentes pour se prononcer en premier lieu sur la sanction des
infractions, les juridictions suivantes :
• Pour les contraventions : soit les juridictions de proximité (JDP), pour les quatre premières
classes de contraventions, soit les tribunaux de police, pour les contraventions de la cin-
quième classe (les plus graves).

 nota bEnE
La suppression des JDP est envisagée. Mais cette suppression, qui, d’après la loi n° 2011-1862
du 13 décembre 2011, devait avoir lieu à dater du 1er janvier 2013, est reportée au 1er janvier
2015 par la loi n° 2012-1441 du 24 décembre 2012.
• Pour les délits : les tribunaux correctionnels.

ExEmplES
Art. 313-1 du Code pénal : délit d’escroquerie.
Art. 314-1 du Code pénal : délit d’abus de confiance.
• Pour les crimes : les cours d’assises (après intervention d’un juge d’instruction et éventuelle-
ment de la chambre de l’instruction).

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Introduction au droit • Série 1

ExEmplES
Art. 221-1 du Code pénal : meurtre.
Art. 222-23 du Code pénal : viol.

REmaRquES
• La cour d’assises se singularise en ce que le jury (dit jury populaire) qui siège en son sein est
composé de 9  jurés qui sont des citoyens désignés après tirage au sort sur les listes
électorales.
• La loi n° 2011-939 du 10 août 2011 sur la participation des citoyens au fonctionnement de la
justice pénale et le jugement des mineurs a également instauré depuis le 1er janvier 2012, à
titre expérimental, la participation de « citoyens assesseurs » aux côtés notamment des
magistrats des tribunaux correctionnels situés, dans un premier temps, dans le ressort de
seulement deux cours d’appel (Dijon et Toulouse selon un arrêté du 12 octobre 2011).
Comme pour les jurés d’assises, les citoyens assesseurs sont désignés après tirage au sort
sur les listes électorales. Toutefois, au moment où ce cours est rédigé (printemps 2013), il est
envisagé de mettre fin à cette expérimentation.

2. Les juridictions non répressives

a. les juridictions de droit commun : les tribunaux de grande instance


Les TGI sont les juridictions de droit commun du premier degré de l’ordre judiciaire non répres-
sif car ils ont une compétence générale leur permettant de statuer sur toutes les affaires pour
lesquelles compétence n’est pas attribuée expressément à une autre juridiction en raison
de la nature de l’affaire et du montant de la demande.
Par ailleurs, les TGI ont une compétence exclusive dans certaines matières : état des personnes,
mariage, divorce, filiation, action en revendication immobilière (action pétitoire visant à se voir
reconnaître en justice la propriété d’un bien immobilier), divers contentieux de droit fiscal relatifs
à l’établissement de l’impôt et qui ne relèvent pas de la compétence des juridictions administra-
tives (droits d’enregistrement, taxe de publicité foncière, droits de timbres, contributions indi-

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rectes et taxes assimilées à ces droits, taxes ou contributions : droits de place perçus par les
communes dans les halles, foires et marchés…), actions possessoires (la loi n°  2005-47 du
26 janvier 2005 transfère au TGI la compétence pour les actions possessoires qui était aupara-
vant attribuée au TI)…
Composition d’un TGI : trois magistrats professionnels (1 président et 2 juges). À noter que,
depuis la loi organique précitée du 19 janvier 1995, les assesseurs peuvent être des « magistrats
exerçant à titre temporaire ». Le ministère public est composé du procureur de la République et
de substituts.

b. les juridictions d’exception


Ces juridictions sont ainsi appelées parce qu’elles ont une compétence d’attribution spéciale.
Les principales juridictions d’exception sont les suivantes :

➠ Les juridictions de proximité


Ces juridictions de première instance ont été instituées par la loi n° 2002-1138 du 9 sep-
tembre 2002 d’orientation et de programmation pour la justice. la juridiction de proximité
(JDP) qui a été ainsi créée est composée de juges non professionnels (recrutés à titre tempo-
raire parmi des personnes ayant des compétences juridiques) et statuant à juge unique. La
JDP a reçu une compétence en matière pénale (cf. supra) mais aussi en matière civile. En
cette matière, la loi n°  2005-47 du 26 janvier 2005 a même étendu la compétence de la
juridiction de proximité en relevant son taux de compétence et en élargissant son champ
d’action. Jusqu’à nouvel ordre, la JDP connaît en dernier ressort (sans possibilité d’interjeter

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UE 111 • Introduction au droit

ensuite appel) entre autres des actions personnelles ou mobilières dont elle est saisie par
une personne physique ou morale (la saisine de la JDP était auparavant réservée aux seules
personnes physiques) pour les besoins de sa vie professionnelle ou non (la JDP ne pouvait
être saisie auparavant que pour les litiges de la vie non professionnelle) jusqu’à la valeur de
4 000 € (le taux de compétence de la JDP était auparavant de 1 500 €). Pour les demandes
indéterminées qui ont pour origine l’exécution d’une obligation dont le montant n’excède
pas 4 000 €, la jdP statue à charge d’appel (avec possibilité pour les plaideurs d’interjeter
ensuite appel).
Mais après cet élargissement de ses compétences, la jdP est aujourd’hui appelée à dispa-
raître. ce sera en principe chose faite (après d’ailleurs report de cette suppression) le
31 décembre 2014 et ce, en vertu de la loi déjà citée du 24 décembre 2012. En matière civile,
les affaires qui sont de la compétence de la JDP seront dès lors de la compétence du tribunal
d’instance. En matière pénale, les affaires qui sont de la compétence de la JDP seront dès lors
de la compétence du tribunal de police.

➠ Les tribunaux d’instance


Les TI statuent à charge d’appel sur les actions personnelles ou mobilières jusqu’à la valeur
de 10 000 € (de même que pour les demandes indéterminées qui ont pour origine l’exécu-
tion d’une obligation dont le montant n’excède pas 10 000 €). Pour ce type d’actions en
justice, lorsque la valeur en jeu est supérieure à 10 000 €, c’est le TGI qui est compétent.
En outre, les TI ont une compétence exclusive en certaines autres matières : ils connaissent
en dernier ressort jusqu’à la valeur de 4 000 € (et à charge d’appel lorsque la demande excède
cette somme ou est indéterminée) des actions dont un contrat de louage d’immeubles ou un
contrat portant sur l’occupation d’un logement est l’objet, la cause ou l’occasion…  ; ils
connaissent à charge d’appel des actions aux fins d’expulsion des occupants sans droit ni titre
des immeubles à usage d’habitation…
Composition d’un TI : c’est une juridiction à juge unique (magistrat professionnel ou depuis la loi
organique du 19 janvier 1995, un « magistrat exerçant à titre temporaire »). Le ministère public
n’est en principe pas représenté.

➠ Les conseils de prud’hommes


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Ils tranchent les litiges individuels relatifs à l’exécution du contrat de travail ou d’apprentissage
(conflits individuels du travail).
Composition d’un conseil de prud’hommes : la juridiction prud’homale est une juridiction collé-
giale paritaire (composée de représentants des salariés et de représentants des employeurs)
sans échevinage (composée seulement de juges non professionnels ; en effet, ce n’est qu’en
cas de partage des voix que le juge d’instance est appelé pour départager). Le conseil de
prud’hommes comprend un bureau de conciliation (un conseiller employeur et un conseiller
salarié) et un bureau de jugement (deux conseillers employeurs, deux conseillers salariés).
Chaque conseil de prud’hommes comporte cinq sections : industrie, commerce, agriculture,
activités diverses, encadrement.
Il n’y a pas de ministère public.

➠ Les tribunaux de commerce (juridictions consulaires)


Ils statuent sur les litiges entre commerçants et relatifs à une opération commerciale.
Composition d’un tribunal de commerce : trois juges commerçants élus par leurs pairs.
Il n’y a pas de ministère public.
Le greffier du tribunal de commerce a un rôle très important puisque, outre sa fonction au sein
de la juridiction, il tient le registre du commerce et des sociétés.

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Introduction au droit • Série 1

 nota bEnE
Au moment où ce cours est rédigé (printemps 2013), une réforme de la justice commerciale est
à l’étude. Elle pourrait déboucher notamment sur une reconsidération du statut et de la forma-
tion des juges consulaires.

➠ Les tribunaux des affaires de Sécurité sociale


Ils connaissent des contestations relatives aux décisions prises par les organismes de la Sécurité
sociale.
Composition : juridiction collégiale (3 juges), paritaire (représentants des deux parties : assurés
sociaux et organismes de Sécurité sociale), où l’on recourt à l’échevinage (juges professionnels
et non professionnels). Il n’y a pas de ministère public.

➠ Les tribunaux paritaires des baux ruraux


Ils statuent sur les litiges relatifs aux baux ruraux.
Composition : juridiction collégiale (5 juges), paritaire et où l’on recourt à l’échevinage.
Les 5 juges sont : le juge du TI et 4 assesseurs dont 2 représentants des bailleurs et 2 représen-
tants des preneurs.

REmaRquE
Une même affaire peut recevoir à la fois une qualification pénale (ex. : des manœuvres frau-
duleuses lors de la conclusion d’un contrat pouvant être constitutives du délit pénal d’escroque-
rie entraînant la responsabilité pénale de leur auteur) et une qualification non pénale (ces
mêmes manœuvres peuvent être constitutives d’un dol entraînant la responsabilité civile de leur
auteur ; le dol étant un vice du consentement qui sera étudié en série 3 du présent cours).
En ce cas, la juridiction répressive compétente (ex. : le tribunal correctionnel pour le délit
d’escroquerie) et la juridiction non répressive compétente (ex. : le tribunal d’instance pour
une demande de 5 000 € de dommages-intérêts en réparation du préjudice subi du fait du dol)
peuvent alors être saisies séparément. la juridiction non répressive doit alors surseoir à
statuer (attendre pour statuer) jusqu’à ce que la juridiction répressive se soit prononcée sur

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l’action publique (« le pénal tient le civil en l’état »). La juridiction non répressive doit aussi, en
principe, tenir compte du verdict de la juridiction répressive (« autorité de la chose jugée
au pénal sur le civil »).
Mais il est possible de demander uniquement à la juridiction répressive compétente de
statuer en même temps sur la qualification pénale et sur la qualification non pénale de
l’affaire (la victime se constituant partie civile). Par contre, il n’est pas possible de demander
à la juridiction non répressive compétente de statuer sur la qualification pénale de l’affaire.

B. AU SECOND DEGRÉ : LES JURIDICTIONS D’APPEL


1. Les cours d’appel
Elles statuent en toutes matières, sauf en matière criminelle (cf. infra). Elles réexaminent entière-
ment l’affaire après que les juridictions inférieures se soient prononcées en premier ressort seu-
lement (à charge d’appel) et ce, si elles sont saisies dans les délais impartis (en principe, un mois
à dater de la signification du jugement attaqué).
Au contraire, ne peuvent faire l’objet d’un appel : les décisions rendues en premier et dernier
ressort.

ExEmplES
Dans les matières dont il a compétence exclusive, affaires de moins de 4 000 € jugées par le
TGI, par le TI, par le tribunal de commerce ou par le conseil de prud’hommes…

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UE 111 • Introduction au droit

Par contre, l’appel est toujours ouvert pour les affaires dont le montant est indéterminé.

composition d’une cour d’appel


Juridiction collégiale composée de magistrats professionnels (président, présidents de chambre
et conseillers) répartis entre les diverses chambres (chambres civiles, chambre sociale, chambre
commerciale, chambre des appels correctionnels).
Le ministère public est représenté par un procureur général, des avocats généraux et des subs-
tituts du procureur général.

2. Les cours d’assises : en matière criminelle


Jusqu’à la loi n° 2000-516 du 15 juin 2000, il était impossible d’interjeter appel suite à un arrêt
rendu par une cour d’assises. Depuis cette loi qui institue en matière criminelle un appel circu-
laire original, les arrêts de condamnation rendus par la cour d’assises en premier ressort peuvent,
dans le délai de 10 jours de leur prononcé ou signification, faire l’objet d’un appel devant une
autre cour d’assises (ou, pour les DOM-TOM, la même cour autrement composée) désignée par
la chambre criminelle de la Cour de cassation.
Comme la cour d’assises statuant en premier ressort, la cour d’assises statuant en appel est
composée d’un jury populaire de 9 jurés.

C. AU SOMMET DE L’ORDRE JUDICIAIRE : LA COUR DE CASSATION


La juridiction suprême (encore appelée haute juridiction ou cour régulatrice) statue sur les pour-
vois formés, dans les délais impartis (en principe, deux mois à dater de la signification de la
décision attaquée), contre les décisions des juridictions inférieures en dernier ressort (soit juge-
ments rendus en premier et dernier ressort, soit arrêts des cours d’appel, soit arrêts des cours
d’assises).
La Cour de cassation n’est pas un troisième degré de juridiction car elle ne rejuge pas l’ensemble
du litige mais ne statue qu’en droit (et non en fait) en se prononçant sur la bonne ou mauvaise
application de la règle de droit par la juridiction antérieure.
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Composition : juridiction collégiale composée de magistrats professionnels (un premier pré-


sident, 6 présidents de chambre, des conseillers et des conseillers référendaires) répartis dans
trois  chambres civiles, une chambre sociale, une chambre commerciale et une chambre
criminelle.
Le ministère public est représenté par le procureur général auprès de la Cour de cassation, le
premier avocat général et des avocats généraux.

nota bEnE
Un mécanisme de saisine pour avis de la Cour de cassation a également été institué. Il s’agit
pour les juridictions du 1er  degré ou du 2nd  degré, au cours d’un procès dont elles ont à
connaître, de demander son avis à la Cour de cassation sur l’interprétation d’une règle de droit.
La juridiction, auteure de la saisine, sursoit à statuer jusqu’à réception de l’avis qui doit être
rendu dans les trois mois (art. 1031-1 s. CPC).

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Introduction au droit • Série 1

D’autres juridictions spécialisées

La présentation qui vient d’être faite des principales juridictions françaises n’est pas
exhaustive. En effet, il existe d’autres juridictions dont la compétence ratione materiae
est très spécialisée.

ExEmplE
La Cour de justice de la République (créée par la loi constitutionnelle n° 93-952 du 27 juil-
let 1993 portant révision de la Constitution du 4 octobre 1958 et par la loi organique
n° 93-1252 du 23 novembre 1993) est compétente pour statuer en matière de crimes et
de délits commis par les membres du Gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions.
La Cour de justice de la République comprend quinze juges dont : douze parlementaires
élus en nombre égal et en leur sein par l’Assemblée nationale et le Sénat, après chaque
renouvellement de ces assemblées ; trois magistrats du siège à la Cour de cassation ;
l’un d’eux présidant la Cour de justice.
On doit, en outre, signaler l’existence des juridictions européennes (cf. infra), de juridic-
tions internationales (Cour pénale internationale…) et de juridictions nationales discipli-
naires (conseils de l’Ordre des médecins, des avocats…).
Depuis le 1er mars 2010, une nouvelle procédure, visant à accroître la place des citoyens
dans l’ordonnancement des sources du droit et opérant un lien entre les ordres juridictionnels
et le Conseil constitutionnel, a été introduite dans la Constitution française. Il s’agit de la
question prioritaire de constitutionnalité (QPC) en vertu de laquelle, au cours d’un procès
et quelle que soit la juridiction devant laquelle il se situe, le justiciable qui a un doute sur la
constitutionnalité d’une disposition légale peut saisir le Conseil constitutionnel. En pratique,
le justiciable saisit de cette question la juridiction devant laquelle il se trouve. Celle-ci, selon
qu’elle relève de l’ordre administratif ou de l’ordre judiciaire, transmet alors la question au
Conseil d’État ou à la Cour de cassation (sauf si la question est soulevée devant l’une de
ces deux juridictions) qui, à condition que cela lui paraisse opportun, saisit à son tour le
Conseil constitutionnel. Dans l’attente de la réponse de ce dernier, le procès est suspendu.
Si le Conseil constitutionnel déclare que la disposition soumise à son appréciation est

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inconstitutionnelle, cette disposition est abrogée.
Constitution du 4 octobre 1958, art. 61-1 al. 1er :
«  Lorsque, à l’occasion d’une instance en cours devant une juridiction, il est soutenu
qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garan-
tit, le Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur renvoi du Conseil d’État
ou de la Cour de cassation qui se prononce dans un délai déterminé. »

Constitution du 4 octobre 1958, art. 62 al. 2 :


« Une disposition déclarée inconstitutionnelle sur le fondement de l’article 61-1 est abro-
gée à compter de la publication de la décision du Conseil constitutionnel ou d’une date
ultérieure fixée par cette décision. Le Conseil constitutionnel détermine les conditions et
limites dans lesquelles les effets que la disposition a produits sont susceptibles d’être
remis en cause. »

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Schématisation de l’organisation des juridictions françaises

ORDRE JUDICIAIRE Tribunal ORDRE ADMINISTRATIF


des conflits
Cour de cassation Conseil d’État
chambres civiles, sociale, commerciale, criminelle

2nd
degré
Cours d’appel Cours
d’assises Cours
pour les administratives
crimes d’appel

1er
degré Tribunaux Tribunaux Juridictions de
de grande instance d’instance proximité

Cours d’assises
pour les crimes
juridictions

Tribunaux des
juridictions tribunaux juridictions tribunaux juridictions

affaires de SS
de commerce
prud’hommes

paritaires des
baux ruraux
de police civiles

Conseils de
civiles correctionnels civiles pénales

Tribunaux

Tribunaux
de droit pour les pour les pour les
commun délits contra- quatre 1res Tribunaux
ventions de classes de administratifs
la 5e contraventions
classe

UE 111 • Introduction au droit


décisions rendues à charge d’appel
décisions rendues en dernier ressort
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Introduction au droit • Série 1

SECTION 2. LA COMPÉTENCE TERRITORIALE (COMPÉTENCE RATIONE LOCI)

Il ne suffit pas de déterminer la juridiction compétente pour l’affaire en cause (TI, tribunal de
commerce…), encore faut-il aussi savoir quel est le TI, le tribunal de commerce… territoriale-
ment compétent.

I. AU PREMIER DEGRÉ

A. L’ORDRE ADMINISTRATIF
En principe, est compétent le tribunal administratif dans le ressort duquel est légalement situé le
siège de l’autorité (maire…) qui a pris la décision contestée ou a signé le contrat litigieux.

B. L’ORDRE JUDICIAIRE
1. Les juridictions répressives
• En matière de contraventions : sont compétents le tribunal de police ou la juridiction de proxi-
mité du lieu où la contravention a été commise, du lieu de sa constatation ou du lieu de la
résidence du prévenu.
• En matière de délits : est compétent le tribunal correctionnel du lieu du délit, du lieu de la rési-
dence du prévenu ou du lieu de son arrestation.
• En matière de crimes : est compétente la cour d’assises du lieu du crime, du lieu de la rési-
dence de l’accusé ou du lieu de son arrestation.

2. Les juridictions non répressives

a. principe
Est compétente la juridiction dans le ressort de laquelle est situé le domicile du défendeur.
Art. 42 du Code de procédure civile (CPC) :

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« La juridiction territorialement compétente est, sauf disposition contraire, celle du lieu où
demeure le défendeur.
S’il y a plusieurs défendeurs, le demandeur saisit, à son choix, la juridiction du lieu où
demeure l’un d’eux.
Si le défendeur n’a ni domicile, ni résidence connus, le demandeur peut saisir la juridiction
du lieu où il demeure ou celle de son choix s’il demeure à l’étranger. »

Art. 43 du CPC :
« Le lieu où demeure le défendeur s’entend :
• s’il s’agit d’une personne physique, du lieu où celle-ci a son domicile ou, à défaut, sa
résidence ;
• s’il s’agit d’une personne morale, du lieu où celle-ci est établie. »

b. aménagement du principe
Outre la règle précitée, celui qui este en justice dispose parfois d’autres options quant à la com-
pétence territoriale de la juridiction à saisir :
• En fonction de la nature de l’affaire :
Art. 46 du CPC :
« Le demandeur peut saisir à son choix, outre la juridiction du lieu où demeure le
défendeur :
• en matière contractuelle, la juridiction du lieu de la livraison effective de la chose ou du
lieu de l’exécution de la prestation de service ;
• en matière délictuelle, la juridiction du lieu du fait dommageable ou celle dans le ressort
de laquelle le dommage est subi ;

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UE 111 • Introduction au droit

• en matière mixte, la juridiction du lieu où est situé l’immeuble ;


• en matière d’aliments ou de contribution aux charges du mariage, la juridiction du lieu
où demeure le créancier. »
• En fonction de la qualité du défendeur :
Ainsi, lorsque le défendeur est une personne morale (société…) possédant plusieurs succur-
sales, la juridiction compétente est celle dans le ressort de laquelle se situe l’une quelconque
des succursales, et ceci en vertu de la jurisprudence des « gares principales », à condition que
l’on trouve à la tête de la succursale un agent ayant le pouvoir d’engager la société à l’égard
des tiers (Cass. 2e civ., 20 octobre 1965).
La jurisprudence des « gares principales » est née à propos de litiges impliquant des compa-
gnies de chemin de fer.
dans certains cas, le principe disparaît au profit d’une autre règle ne laissant aucun choix au
demandeur :
Art. 44 du CPC :
« En matière réelle immobilière, la juridiction du lieu où est situé l’immeuble est seule
compétente. »

Art. 45 du CPC :
« En matière de succession, sont portées devant la juridiction dans le ressort de laquelle
est ouverte la succession jusqu’au partage inclusivement :
• les demandes entre héritiers ;
• les demandes formées par les créanciers du défunt ;
• les demandes relatives à l’exécution des dispositions à cause de mort. »

REmaRquE
En principe, il est interdit aux parties de prévoir contractuellement la compétence territoriale de
la juridiction susceptible de trancher leur litige, en dehors de la latitude offerte par la loi ; de
telles stipulations étant considérées comme nulles. Cependant, il en va autrement entre com-
merçants, à propos du commerce, pourvu que cette volonté soit suffisamment expresse.
Art. 48 du CPC :
« Toute clause qui, directement ou indirectement, déroge aux règles de compétence terri-
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toriale est réputée non écrite, à moins qu’elle n’ait été convenue entre des personnes
ayant toutes contracté en qualité de commerçant et qu’elle n’ait été spécifiée de façon
très apparente dans l’engagement de la partie à qui elle est opposée. »

II. AU SECOND DEGRÉ


Dans l’ordre administratif comme dans l’ordre judiciaire, est compétente la cour d’appel dans le
ressort de laquelle est situé le tribunal qui a rendu la décision attaquée. S’agissant du cas parti-
culier de l’appel en matière criminelle, est compétente la cour d’assises désignée par la Cour de
cassation.

III. AU SOMMET DE L’ORDRE ADMINISTRATIF


COMME AU SOMMET DE L’ORDRE JUDICIAIRE
Se situe une seule juridiction dont le siège est à Paris.
Ce sont respectivement :
• pour l’ordre administratif : le Conseil d’État (place du Palais-Royal, 75001 Paris) ;
• pour l’ordre judiciaire : la Cour de cassation (4 bd du Palais, 75001 Paris).

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Introduction au droit • Série 1

nota bEnE
Lorsque l’une de ces deux juridictions, par exemple la Cour de cassation, entend faire rejuger
l’affaire qui lui est soumise, elle renvoie les parties devant une juridiction de même nature que
celle qui a rendu la décision attaquée, mais dont la compétence territoriale est différente ou
devant la même juridiction composée d’autres magistrats.

CHAPITRE 4. LES VOIES DE RECOURS


SECTION 1. LES VOIES DE RECOURS ORDINAIRES

I. L’OPPOSITION
L’opposition tend à faire rétracter les jugements rendus par défaut, c’est-à-dire lorsque le
défendeur n’a pas constitué avocat. Cette voie n’est ouverte qu’au défaillant qui a en principe
un délai d’un mois pour l’exercer. C’est une voie de rétractation dans la mesure où est saisi le
juge qui a rendu le jugement attaqué.
En réalité, cette voie de recours, bien qu’ordinaire, est exceptionnelle. En effet, elle ne peut être
exercée que dans des cas limités. Par définition, elle est exclue contre les jugements contradic-
toires et contre les jugements réputés contradictoires (il s’agit de jugements susceptibles d’ap-
pel, ou s’agissant d’un jugement rendu en dernier ressort lorsque l’assignation initiale a été
notifiée à la personne même du défaillant et non pas simplement au domicile du défaillant, c’est-
à-dire à un parent, allié, gardien de l’immeuble ou voisin du défaillant).
L’affaire est de nouveau instruite et jugée par le tribunal initialement saisi.

II. L’APPEL
Dans la mesure où l’appel est ouvert (cf. supra), c’est une voie de recours par laquelle un plai-

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deur (l’appelant) entend faire rejuger le procès en fait et en droit devant une juridiction supé-
rieure. Il attrait ainsi en justice l’intimé (dans la majorité des cas, celui qui a gagné en première
instance).
Le délai d’appel est généralement d’un mois (10 jours en matière criminelle) à dater de la signifi-
cation de la décision attaquée.
L’appel a un effet suspensif (l’exécution de la décision attaquée est suspendue) et un effet
dévolutif. Cet effet dévolutif conduit à saisir la cour de l’ensemble du litige qui a fait l’objet de la
décision attaquée. La cour réexaminera et les faits et les moyens de droit (arguments des par-
ties) invoqués.
Le procès se déroule dans des conditions comparables à la première instance.

SECTION 2. LES VOIES DE RECOURS EXTRAORDINAIRES

Nous nous bornerons à rappeler l’existence de la tierce opposition et du recours en révision,


avant d’étudier le recours en cassation.

I. LA TIERCE OPPOSITION
C’est la voie de recours par laquelle un tiers demande à une juridiction qui a rendu le jugement
attaqué que lui soit déclarée inopposable cette décision qui lui fait grief.

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UE 111 • Introduction au droit

II. LE RECOURS EN RÉVISION


C’est la voie de recours par laquelle l’une des parties demande à la juridiction qui a rendu la
décision attaquée de la rétracter en raison d’une erreur involontaire de sa part (pièces fausses,
rétention de pièces décisives par l’adversaire par exemple). Le recours en révision a pour but de
corriger la décision passée en force de chose jugée alors qu’une fraude, commise par une partie,
a eu un caractère déterminant sur le résultat de l’instance (induisant la juridiction en erreur) et n’a
été découverte que postérieurement à cette décision.
Le recours en révision n’est ouvert que si la décision ne peut plus faire l’objet de recours suspen-
sif d’exécution (appel, opposition…).

III. LE POURVOI EN CASSATION


Le pourvoi en cassation est une voie de recours extraordinaire formée devant la Cour de cassa-
tion contre une décision rendue en dernier ressort.
Le délai imparti pour se pourvoir en cassation est en principe de deux mois.
Les parties doivent, en principe, avoir obligatoirement recours au ministère d’un avocat à la Cour
de cassation. Ce dernier introduit le pourvoi au moyen d’une déclaration qu’il signe et dépose au
greffe de la Cour de cassation.
L’instruction se réalise par un échange de mémoires entre les deux adversaires (mémoire amplia-
tif du demandeur au pourvoi à déposer dans les 5 mois qui suivent le pourvoi, mémoire en
réponse du défendeur au pourvoi à déposer dans les 3 mois de la signification du mémoire
ampliatif). Les mémoires échangés, un conseiller est chargé d’étudier le dossier, d’établir un
rapport et de rédiger un projet d’arrêt. Ce rapport achevé, il est remis au greffe, transmis au
Procureur général et inscrit au rôle pour venir à l’audience.
Tous ces mémoires et rapports sont des dissertations juridiques : en effet, les faits de l’espèce
ont été établis souverainement par les juges du fond et ne sont pas réexaminés par la Cour de
cassation qui ne statue que sur l’application du droit. Elle n’est donc pas un 3e degré de juridic-
tion (son rôle n’est pas le même que celui des juges du fond, c’est-à-dire les juges du 1er et du
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2nd degrés).
Il est à noter que, pour certaines affaires, notamment en matière prud’homale, le ministère d’un
avocat à la Cour de cassation n’est pas obligatoire.

REmaRquE
Face au nombre considérable d’affaires soumises à la Cour de cassation, la loi n° 97-395 du
23 avril 1997 et la loi n°  2001-539 du 25 juin 2001 instituent une sorte de pré-examen des
pourvois. Ceux-ci sont étudiés par une formation restreinte de trois magistrats appartenant à
la chambre compétente. Cette formation déclare non admis les pourvois irrecevables ou non
fondés et statue lorsque la solution du pourvoi s’impose. Dans le cas contraire, elle renvoie
l’examen du pourvoi à l’audience de la chambre.
En outre, le décret n° 99-131 du 26 février 1999, entré en vigueur le 1er mars 1999, est relatif à
la Cour de cassation dont il reprécise le fonctionnement en instituant notamment la possibilité
pour la chambre saisie d’un pourvoi de solliciter l’avis d’une autre chambre.

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Introduction au droit • Série 1

mécanisme du pourvoi en cassation


Exemple à partir d’une décision rendue par un TGI

Cour de cassation – arrêt de rejet : Cour de cassation – arrêt de rejet :


(audience ordinaire, procès terminé (assemblée plénière(2)) procès terminé
débats en l’une – arrêt de cassation – arrêt de cassation
des chambres) sans renvoi : sans renvoi :
procès terminé(1) procès terminé(3)
– arrêt de cassation – arrêt de cassation
et de renvoi et de renvoi

1er pourvoi 1er renvoi 2e pourvoi possible 2e renvoi


(mêmes moyens que le
premier)
CA (arrêt rendu CA de renvoi 2e CA de renvoi
en dernier ressort) La CA doit adopter
la solution de la Cour
de cassation
arrêt adoptant la arrêt refusant
solution de la Cour d’adopter la solution
de cassation : de la Cour de
procès terminé cassation
Appel

TGI
(hypothèse d’un jugement
rendu à charge d’appel)

(1) Arrêt cassé pour avoir déclaré recevable un appel tardif. Puisque l’appel était irrecevable, ce sera le jugement de première
instance qui sortira son plein effet.
(2) Composée du premier président, des présidents et des conseillers de chacune des 6 chambres.
(3) Il en est ainsi lorsque l’assemblée plénière trouve dans le dossier des éléments de fait sufisants pour statuer elle-même :
elle se constitue en quelque sorte exceptionnellement « en 3e degré de juridiction ».

CHAPITRE 5. LES VOIES D’EXÉCUTION

Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite
Une obligation, voire une décision de justice, reste parfois inexécutée. Le créancier, pour obtenir
ce à quoi il a droit, peut alors recourir à divers procédés d’abord définis essentiellement par la loi
n° 91-650 du 9 juillet 1991 portant réforme des procédures civiles d’exécution, et retouchée à
plusieurs reprises (notamment : L. n° 99-957 du 22 novembre 1999, L. n° 2008-561 du 17 juin
2008, L. n° 2010-1609 du 22 décembre 2010, L. n° 2011-1862 du 13 décembre 2011).
Pour plus de lisibilité, l’ordonnance n° 2011-1895 du 19 décembre 2011 crée un Code des pro-
cédures civiles d’exécution, entré en vigueur le 1er juin 2012, et qui réunit la plupart des disposi-
tions légales en la matière.

SECTION 1. LES PERSONNES CONCERNÉES

Différents protagonistes interviennent lors de la mise en œuvre des voies d’exécution.

I. LE CRÉANCIER
Toute personne au profit de laquelle une obligation n’est pas exécutée ou menacée de ne pas
l’être.

II. LE DÉBITEUR
Toute personne défaillante quant à une obligation à sa charge.

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UE 111 • Introduction au droit

III. LES TIERS


Ce sont les personnes étrangères au lien contractuel établi entre le créancier et le débiteur.
Les tiers ne doivent pas gêner l’exercice des procédures d’exécution.

ExEmplE
Un tiers ne doit pas détenir un bien appartenant au débiteur dans le dessein de le soustraire à
une saisie.

IV. LE MINISTÈRE PUBLIC


Le procureur de la République doit veiller à l’exécution des décisions de justice et autres titres
exécutoires, et prendre en ce sens, toutes les mesures nécessaires (sollicitation d’huissiers…).

V. LE JUGE DE L’EXÉCUTION
La loi du 9 juillet 1991 institue un juge de l’exécution dont les fonctions sont en principe exercées
par le président du TGI (avec possibilité de délégation de fonctions à un ou plusieurs juges de ce
tribunal). Depuis une récente réforme, et par exception, les attributions du juge de l’exécution
sont parfois dévolues à un autre juge que le seul président du TGI : le juge du TI pour la saisie
des rémunérations (L. n° 2010-1609 du 22 décembre 2010, art. 11) ; le président du tribunal de
commerce peut également connaître, concurremment avec le juge de l’exécution, de certaines
mesures conservatoires qui tendent à la conservation d’une créance relevant de la compétence
de la juridiction commerciale (L. n° 2010-1609 du 22 décembre 2010, art. 9).
Le juge de l’exécution est appelé à remplir trois grands rôles.
Art. L. 213-6 du Code de l’organisation judiciaire :
« Le juge de l’exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres
exécutoires et des contestations qui s’élèvent à l’occasion de l’exécution forcée,
même si elles portent sur le fond du droit à moins qu’elles n’échappent à la compétence
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des juridictions de l’ordre judiciaire.


Dans les mêmes conditions, il autorise les mesures conservatoires et connaît des
contestations relatives à leur mise en œuvre.
[…]
Il connaît, sous la même réserve, des demandes en réparation fondées sur l’exécution ou
l’inexécution dommageables des mesures d’exécution forcée ou des mesures conserva-
toires.
[…] »

Le juge de l’exécution doit être saisi par voie d’assignation et ses décisions sont toujours sus-
ceptibles d’appel (quel que soit le montant de la créance mise en recouvrement).

VI. LES HUISSIERS DE JUSTICE


Ce sont les personnes se chargeant directement des procédures d’exécution.

VII. L’ÉTAT
Les huissiers de justice peuvent requérir le concours de la force publique dans le cadre des pro-
cédures d’exécution.

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Introduction au droit • Série 1

SECTION 2. LES MODALITÉS D’EXÉCUTION

La loi distingue les mesures d’exécution forcée et les mesures conservatoires.

I. L’EXÉCUTION FORCÉE

A. CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE


a. Le créancier qui souhaite recourir à l’exécution forcée doit justifier d’une créance certaine
(actuelle et incontestable), liquide (évaluée ou évaluable en argent) et exigible (échue).
b. Le créancier qui souhaite recourir à l’exécution forcée doit, par ailleurs, posséder un titre
exécutoire constatant sa créance.
Art. L. 111-3 du Code des procédures civiles d’exécution (ex-art. 3 de la loi du 9 juillet
1991) :
« Seuls constituent des titres exécutoires :
1° Les décisions des juridictions de l’ordre judiciaire ou de l’ordre administratif lorsqu’elles
ont force exécutoire, ainsi que les accords auxquels ces juridictions ont conféré force
exécutoire ;
2° Les actes et les jugements étrangers ainsi que les sentences arbitrales déclarés exécu-
toires par une décision non susceptible d’un recours suspensif d’exécution ;
3° Les extraits de procès-verbaux de conciliation signés par le juge et les parties ;
4° Les actes notariés revêtus de la formule exécutoire ;
5° Le titre délivré par l’huissier de justice en cas de non-paiement d’un chèque ;
6° Les titres délivrés par les personnes morales de droit public qualifiés comme tels par la
loi, ou les décisions auxquelles la loi attache les effets d’un jugement. »

B. LES PRINCIPALES TECHNIQUES D’EXÉCUTION FORCÉE


1. L’astreinte
C’est la condamnation du débiteur par la juridiction à une somme d’argent journalière tant

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qu’il n’a pas exécuté son obligation. L’astreinte est indépendante des dommages-intérêts ;
elle est essentiellement applicable lorsque l’exécution en nature est encore possible.

2. Les mesures d’expulsion


Le propriétaire d’un immeuble peut, dans certains cas, obtenir l’autorisation d’en faire expulser
les occupants.

3. La saisie-attribution
Art. L. 211-1 du Code des procédures civiles d’exécution (ex-art. 42 de la loi du 9 juillet
1991) :
« Tout créancier muni d’un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut,
pour en obtenir le paiement, saisir entre les mains d’un tiers les créances de son débi-
teur portant sur une somme d’argent, sous réserve des dispositions particulières à
la saisie des rémunérations prévue par le code du travail. »

Art. L. 3252-2 du Code du travail :


« […]  Les sommes dues à titre de rémunération ne sont saisissables ou cessibles que
dans des proportions et selon des seuils de rémunération affecté d’un correctif pour toute
personne à charge, déterminés par décret en Conseil d’État.
Ce décret précise les conditions dans lesquelles ces seuils et correctifs sont révisés en
fonction de l’évolution des circonstances économiques. »

Les montants visés par ces dispositions font donc l’objet d’une réactualisation périodique.

68
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UE 111 • Introduction au droit

À noter que, pour protéger le débiteur, le législateur prévoit également le mécanisme du solde
bancaire insaisissable : lorsqu’un compte fait l’objet d’une saisie, son titulaire peut demander
chaque mois, au tiers saisi, la mise à disposition immédiate, dans la limite du solde créditeur du
compte, de la somme à caractère alimentaire représentée par le solde bancaire insaisissable.

4. La saisie-vente
Art. L. 221-1 al. 1er du Code des procédures civiles d’exécution (ex-art. 50 al. 1er de la loi
du 9 juillet 1991) :
« Tout créancier muni d’un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut,
après signification d’un commandement, faire procéder à la saisie et à la vente des
biens meubles corporels appartenant à son débiteur, qu’ils soient ou non détenus
par ce dernier. »

nota bEnE
Le commandement est un acte d’huissier signifié au débiteur et l’invitant à exécuter son obli-
gation sous peine d’être saisi.

5. La saisie des droits incorporels


Art. L. 231-1 du Code des procédures civiles d’exécution (ex-art. 59 de la loi du 9 juillet
1991) :
« Tout créancier muni d’un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut
faire procéder à la saisie et à la vente des droits incorporels, autres que les créances de
sommes d’argent, dont son débiteur est titulaire. »

II. LES MESURES CONSERVATOIRES

A. CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE


a. Le créancier qui désire recourir à des mesures conservatoires, sur les biens de son débiteur,
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doit justifier d’une créance, fondée en son principe, et de circonstances de nature à en


menacer le recouvrement.
Le créancier craint ici que le débiteur, par fraude ou négligence, laisse se détériorer ou dilapide
des biens sur lesquels s’exerce son droit de gage général.
b. Le créancier qui désire recourir à des mesures conservatoires doit obtenir au préalable une
autorisation du juge de l’exécution (sauf s’il se prévaut d’un titre exécutoire ou d’une décision
de justice qui n’a pas encore force exécutoire).

B. LES DEUX FORMES QUE PEUVENT REVÊTIR


LES MESURES CONSERVATOIRES
1. Les saisies conservatoires
Art. L. 521-1 al. 1 et 2 du Code des procédures civiles d’exécution (ex-art. 74 de la loi du
9 juillet 1991) :
« La saisie conservatoire peut porter sur tous les biens mobiliers, corporels ou incor-
porels, appartenant au débiteur.
Elle les rend indisponibles. »

La saisie conservatoire fige en quelque sorte le bien sur lequel elle porte pour le cas où le débi-
teur ne paierait pas à l’échéance. Le créancier pourrait alors exercer son droit sur le bien en
question.

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Introduction au droit • Série 1

2. Les sûretés judiciaires


Art. L. 531-1 du Code des procédures civiles d’exécution (ex-art. 77 de la loi du 9 juillet
1991) :
« Une sûreté judiciaire peut être constituée à titre conservatoire sur les immeubles, les
fonds de commerce, les actions, parts sociales et valeurs mobilières. »

Les biens grevés de sûretés judiciaires demeurent aliénables mais le créancier privilégié peut
exercer dessus un droit de préférence et un droit de suite si le débiteur n’exécute pas son
obligation.

REmaRquE
De façon générale, les saisies peuvent porter sur tous les biens appartenant au débiteur, même
s’ils sont détenus par des tiers.
Toutefois, certains biens ne peuvent être saisis.
Art. L. 112-2 du Code des procédures civiles d’exécution (ex-art. 14 de la loi du 9 juillet
1991) :
« Ne peuvent être saisis :
1° Les biens que la loi déclare insaisissables ;
2° Les biens que la loi rend incessibles à moins qu’il n’en soit disposé autrement ;
3° les provisions, sommes et pensions à caractère alimentaire, sauf pour le paiement
des aliments déjà fournis par le saisissant à la partie saisie ;
4° les biens disponibles déclarés insaisissables par le testateur ou le donateur, sauf
autorisation du juge, et, pour la portion qu’il détermine, par les créanciers postérieurs à
l’acte de donation ou à l’ouverture du legs ;
5° les biens mobiliers nécessaires à la vie et au travail du saisi et de sa famille, si ce
n’est pour paiement de leur prix, dans les limites fixées par décret en Conseil d’État et
sous réserve des dispositions du 6°. Ils deviennent cependant saisissables s’ils se trouvent
dans un lieu autre que celui où le saisi demeure ou travaille habituellement, s’ils sont des
biens de valeur, en raison notamment de leur importance, de leur matière, de leur rareté,
de leur ancienneté ou de leur caractère luxueux, s’ils perdent leur caractère de nécessité
en raison de leur quantité ou s’ils constituent des éléments corporels d’un fonds de
commerce ;

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6° Les biens mobiliers mentionnés au 5°, même pour paiement de leur prix, lorsqu’ils sont
la propriété des bénéficiaires de prestations d’aide sociale à l’enfance prévues aux
articles L. 222-1 à L. 222-7 du Code de l’action sociale et des familles ;
7° Les objets indispensables aux personnes handicapées ou destinés aux soins des per-
sonnes malades. »

CHAPITRE 6. LES JURIDICTIONS DE L’UNION EUROPÉENNE


On ne saurait, désormais, faire abstraction des juridictions européennes, à savoir le Tribunal de
première instance, désormais appelé le « Tribunal », et la Cour de justice de l’Union
européenne.

SECTION 1. LE TRIBUNAL (DE PREMIÈRE INSTANCE)

Créé en 1988 (longtemps après la Cour de justice des Communautés européennes, à laquelle a
succédé la Cour de justice de l’Union européenne), il représente depuis, le premier degré juridic-
tionnel européen.

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UE 111 • Introduction au droit

I. COMPOSITION
Le Tribunal comprend au moins un juge par État membre ; ces juges étant nommés, en fonction
de leur intégrité et de leurs compétences juridictionnelles, d’un commun accord et pour six ans
(mandat renouvelable) par les Gouvernements des États membres.
Le président du Tribunal est désigné, par ses membres et parmi eux, pour trois ans (mandat
renouvelable).
Le Tribunal statue en principe en chambres (de trois, cinq ou treize juges) et, plus rarement, à
juge unique ou en formation plénière.
Aux côtés des juges, d’autres personnes participent au fonctionnement de cette juridiction (gref-
fiers, avocats généraux…).

II. COMPÉTENCE
Le Tribunal peut être saisi par des personnes physiques ou morales ayant intérêt à agir devant
lui, contre les actes des Institutions, des organes et organismes de l’Union européenne. Sa com-
pétence d’attribution porte essentiellement sur les affaires suivantes :
• Les recours formés contre les Institutions européennes au sujet de l’application des règles de
la concurrence concernant les entreprises.
• Les recours tendant à la réparation des dommages causés par l’action ou l’inaction des
Institutions européennes.
• Les recours contre les sanctions décidées par la Commission pour les infractions commises
par les entreprises.

nota bEnE
Le Tribunal siège à Luxembourg et sa compétence territoriale couvre l’ensemble de l’Union
européenne.

SECTION 2. LA COUR DE JUSTICE DE L’UNION EUROPÉENNE


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Créée avec les Communautés européennes, cette cour, appelée d’abord Cour de justice des
Communautés européennes (CJCE) puis Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), est la
juridiction suprême de l’Union européenne.

I. COMPOSITION
La Cour, comme le Tribunal, comprend autant de juges que d’États membres, à raison d’un juge
par État membre ; des juges choisis, en fonction de leur intégrité et de leurs grandes compé-
tences juridictionnelles, d’un commun accord et pour six ans (mandat renouvelable) par les
Gouvernements des États membres.
Le président de la Cour est désigné, par ses membres et parmi eux, pour trois ans (mandat
renouvelable).
La Cour statue en chambres (de trois, cinq ou treize juges) et plus exceptionnellement en grande
chambre ou en assemblée plénière.
Aux côtés des juges, d’autres personnes participent au fonctionnement de cette juridiction (gref-
fiers, avocats généraux…).

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Introduction au droit • Série 1

II. COMPÉTENCE
Quant à sa compétence d’attribution, la Cour rend, bien sûr, des décisions de justice stricto
sensu. Mais elle interprète également le droit européen en vigueur par le biais du recours
préjudiciel.

A. LES DÉCISIONS DE JUSTICE STRICTO SENSU


Sur saisine de tout État membre, de toute institution européenne, ou de tout particulier (per-
sonne physique ou morale) y ayant intérêt ; la Cour est amenée non seulement à apprécier la
légalité des actes des Institutions européennes et des États membres mais aussi, le plus souvent
sur pourvoi contre les décisions du Tribunal, à statuer sur tout autre litige.

1. Le contentieux de la légalité
Hors les cas où le Tribunal est compétent, la Cour se prononce directement sur l’illégalité de
l’action (recours en annulation des actes) ou de l’inaction (recours en carence) des Institutions
européennes et des États membres.
La Cour vérifie en quelque sorte s’il y a excès de pouvoir commis par l’organe poursuivi (incom-
pétence, violation du droit en vigueur, vice de forme, détournement de pouvoir).

2. Le contentieux de pleine juridiction


La Cour agit ici surtout, en toute matière, sur pourvois (recours) formés dans un délai de deux
mois contre les décisions du Tribunal, envers lequel elle intervient comme second degré juridic-
tionnel en tant que juge du droit.
Lorsqu’elle annule la décision du Tribunal, la Cour statue elle-même définitivement ou renvoie
l’affaire devant le Tribunal. En ce cas, le Tribunal est obligé de suivre la position de la Cour.

B. L’INTERPRÉTATION DU DROIT PAR LE BIAIS DU RECOURS PRÉJUDICIEL


Toute juridiction nationale d’un État membre, saisie pour statuer sur un litige, peut avoir à utiliser

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une règle du droit européen dont elle doute de la compréhension, ou peut être amenée à mettre
en œuvre un acte pris par les institutions européennes ; acte dont la validité lui semble devoir
être appréciée.
Pour cette interprétation de la règle de droit européen ou pour cette appréciation de la validité
d’un texte de droit européen, la juridiction nationale dispose alors du recours préjudiciel.
Indépendamment de la volonté des parties au procès, seule la juridiction nationale décide
d’exercer le recours préjudiciel. La juridiction nationale ayant ainsi effectué la saisine de la CJUE,
sursoit à statuer jusqu’à l’obtention de la réponse de celle-ci.
S’agissant en particulier du recours préjudiciel pour interprétation d’une règle de droit européen,
la juridiction nationale est en principe libre d’exercer le recours préjudiciel. Toutefois, si cette
juridiction s’apprête à rendre une décision qui ne sera pas susceptible de recours interne, elle est
alors en principe tenue d’exercer le recours préjudiciel. En effet, la juridiction nationale ne saurait
rendre une décision définitive sur la base d’une règle de droit européen dont elle n’aurait qu’une
compréhension approximative.
Saisie d’un recours préjudiciel, la CJUE rend un arrêt qui éclaire la juridiction nationale sur le droit
européen. Cependant, cet arrêt ne se substitue pas à la décision de justice qui incombe à la
juridiction nationale.
La CJUE ne tranche donc pas le litige mais sa réponse, censée harmoniser l’application du droit
européen dans les États membres, s’impose à l’ensemble des juridictions nationales.

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UE 111 • Introduction au droit

nota bEnE
La Cour siège à Luxembourg et sa compétence territoriale couvre l’ensemble de l’Union
européenne.

REmaRquES
• Les arrêts de la Cour ne peuvent faire l’objet de recours que devant elle-même (opposition,
tierce opposition, rectification d’erreurs de rédaction…, omission, révision suite à décou-
verte d’un fait nouveau, interprétation de la décision).
• Lorsque le Tribunal est saisi sur un point qui relève de la compétence de la Cour, il lui trans-
met l’affaire ; et inversement.
• Il arrive que la Cour assure l’arbitrage de litiges, en vertu de clauses compromissoires.
• Le Tribunal et la Cour ne sont pas les seules juridictions à appliquer le droit européen, puisque
celui-ci peut être invoqué devant toutes les juridictions des États membres.
• Pour un exposé complet des juridictions de l’Union européenne, il convient aussi de signaler
l’existence du Tribunal de la fonction publique de l’Union européenne spécialisé dans le conten-
tieux de la fonction publique de l’Union, et notamment pour les litiges entre l’Union et ses agents.

CHAPITRE 7. LES MODES ALTERNATIFS DE RÈGLEMENT


DES CONFLITS (MARC)
Pour trancher un litige, les juridictions procèdent parfois un peu différemment de ce qui a été
précédemment exposé (Section 1). De surcroît, les parties au conflit peuvent prévoir de résoudre
le litige de façon privée (Section 2).

SECTION 1. DES PROCÉDURES PARTICULIÈRES


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I. LA CONCILIATION ET LA MÉDIATION JUDICIAIRES


Face à l’inflation des actions en justice et à l’engorgement des juridictions, la loi n° 95-125 du
8 février 1995 déjà citée, relative à l’organisation des juridictions et à la procédure civile, pénale
et administrative, a entendu développer la conciliation et la médiation judiciaires.
Dans le cadre de la conciliation judiciaire (art. 127 s. CPC), le conciliateur (le juge lui-même ou
un conciliateur de justice auquel il délègue sa mission) essaye d’amener les parties à un accord
amiable, le plus souvent avant une instance de jugement.
En cas de conciliation, le conciliateur établit un constat d’accord signé par les parties, qui peut
être homologué par le juge et qui a force exécutoire. La conciliation permet d’éviter le déroule-
ment du procès à proprement dit.
Le conciliateur ne perçoit pas de rémunération.
Dans le cadre de la médiation judiciaire, le recours à cette médiation, en tout état de la procé-
dure, nécessite l’accord des parties. Le juge saisi du litige désigne alors un médiateur. Cette
tierce personne est chargée de formuler des recommandations pour conduire les parties à une
solution au conflit, sans toutefois se substituer au juge.
L’ordonnance n° 2011-1540 du 16 novembre 2011 (portant transposition de la directive 2008/52/
CE du Parlement européen et du Conseil du 21 mai 2008 sur certains aspects de la médiation
en matière civile et commerciale) définit ainsi, en son article 1er, la médiation : « tout processus
structuré, qu’elle qu’en soit la dénomination, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de
parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l’aide d’un tiers, le
médiateur » (L. 1995, art. 21).

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Introduction au droit • Série 1

Le médiateur accomplit sa mission avec impartialité, compétence et diligence.


Sauf exceptions (accord contraire des parties, raisons impérieuses d’ordre public…), la média-
tion est soumise au principe de confidentialité ; c’est-à-dire de non divulgation aux tiers.
Si un accord intervient, le juge peut l’homologuer ; son ordonnance ayant force exécutoire. En
revanche, faute d’accord entre les parties, l’instance reprend.
La fonction de médiateur est rémunérée par les parties.

II. LE RÉFÉRÉ
Cette procédure, qui a pour but de remédier aux lenteurs de la justice, tend à obtenir, en raison
d’une situation d’urgence, du président de la juridiction normalement compétente, une décision
(ordonnance) ayant un caractère provisoire.

ExEmplE
Le juge des référés (président du TGI, du TI, du tribunal de commerce… selon le cas) peut
prononcer une mesure afin de prévenir un dommage imminent.
Cette procédure repose donc sur une réduction des délais (de saisine, de comparution, de
délibéré).
À noter qu’en principe, le tribunal en formation complète est saisi ultérieurement de l’affaire.
Les ordonnances de référé sont susceptibles de voies de recours (appel dans les 15 jours de la
signification de l’ordonnance…).

III. LA PROCÉDURE DE DISTRIBUTION DES DENIERS EN DEHORS


DE TOUTE PROCÉDURE D’EXÉCUTION
Cette procédure a été instituée par le décret n° 96-740 du 14 août 1996 qui insère dans le Code
de procédure civile les articles  1281-1 à 1281-12. Elle vise à faciliter le recouvrement des

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créances.
Art. 1281-1 du CPC :
« S’il y a lieu, en dehors de toute procédure d’exécution, de répartir une somme
d’argent entre créanciers, et hors le cas où cette somme proviendrait de la vente d’un
immeuble, la partie la plus diligente peut se pourvoir en référé devant le président du tri-
bunal de grande instance dans le ressort duquel demeure le débiteur, lequel désigne une
personne chargée de la distribution.
La personne chargée de la distribution est séquestre des fonds, à moins que la consigna-
tion ne soit ordonnée. »

Art. 1281-12 du CPC :
« En matière commerciale, les compétences dévolues au tribunal de grande instance et à
son président sont exercées par le tribunal de commerce et par son président. »

Le greffe notifie par lettre simple une copie de l’ordonnance à la personne chargée de la distri-
bution qui avise les créanciers par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, qu’ils
doivent, dans un délai d’un mois, lui adresser une déclaration comportant toutes précisions sur
les sommes réclamées (montant en principal, intérêts, sûretés éventuellement attachées à la
créance…).
À défaut de déclaration dans le délai susmentionné, le créancier est déchu du droit de participer
à la distribution.
La personne chargée de cette distribution établit un projet de répartition qu’elle notifie au débi-
teur et à chacun des créanciers par lettre recommandée avec demande d’avis de réception.

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UE 111 • Introduction au droit

En l’absence de contestation, la personne chargée de la distribution procède au paiement des


créanciers, lorsqu’elle détient la somme à répartir.
Au contraire, en cas de contestation, la personne chargée de la distribution convoque les parties
en vue d’une tentative de conciliation. Si un accord intervient, il est procédé au paiement dans
les conditions ci-dessus. Tandis qu’à défaut de conciliation, la personne chargée de la distribu-
tion dresse acte du désaccord. La partie la plus diligente peut alors saisir le tribunal qui procède
à la répartition.
La rétribution de la personne chargée de la distribution est prélevée sur les fonds à répartir et
supportée par les créanciers.

SECTION 2. LES MODES PRIVÉS DE RÉSOLUTION DES LITIGES

Compte tenu de la complexité des procédures juridictionnelles et de la multiplication des conflits,


ces techniques d’essence conventionnelle représentent de précieuses « alternatives » au règle-
ment des litiges en supposant un minimum d’entente entre les parties. Souvent plus rapides,
plus discrètes et moins onéreuses, ces formules rencontrent un succès grandissant et sont
d’ailleurs encouragées par les pouvoirs publics. Reste à espérer que cette sorte de justice
« parallèle », cette « déjudiciarisation » mérite la confiance qu’on lui fait.

I. LA TRANSACTION
C’est le contrat par lequel les parties terminent ou préviennent une contestation en se consen-
tant des concessions réciproques.
Cet « accord amiable » est bien entendu toujours préférable en ce qu’il évite des saisines juridic-
tionnelles et concourt à dédramatiser les situations contentieuses.
Par exemple et dans cet esprit, une circulaire du Premier ministre, datée du 6 février 1995, pré-
conise le développement du recours à la transaction afin de régler amiablement les conflits avec
l’administration.
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II. LA CLAUSE PÉNALE


Il s’agit, dans un contrat, de la clause par laquelle celui qui viendrait à manquer à son engage-
ment, s’engage à verser à son cocontractant, une somme d’argent dont le montant fixé à l’avance
(sorte de forfait), est a priori indépendant du préjudice causé.

III. L’ARBITRAGE
C’est un mode original de résolution des conflits qui consiste à faire trancher un litige par des
tiers, personnes privées, en dehors des juridictions étatiques.
Le recours à l’arbitrage est facultatif ; il doit être expressément choisi par les parties d’un
commun accord, qui établissent par écrit une convention d’arbitrage, soit au moyen d’une
clause compromissoire (avant toute contestation), soit au moyen d’un compromis d’arbitrage
(lorsque le litige est né).
La loi n° 2001-420 du 15 mai 2001 relative aux nouvelles régulations économiques (loi dite NRE) a,
entre autres, élargi le champ d’application de la clause compromissoire. En effet, cette clause, qui
n’était jusque-là valable qu’entre personnes commerçantes, est désormais valide, sauf disposi-
tions législatives particulières (la clause compromissoire est, par exemple, prohibée dans le contrat
de travail), dans tous « contrats conclus à raison d’une activité professionnelle » (C. civ., art. 2061).
Une clause compromissoire peut donc être introduite dans tout contrat entre professionnels, qu’ils
soient commerçants (entrepreneurs individuels commerçants, sociétés commerciales) ou non

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Introduction au droit • Série 1

(membres de professions libérales, artisans, agriculteurs, sociétés civiles…), afin de recourir à


l’arbitrage pour résoudre un conflit avant qu’il ne survienne. Quant au recours à l’arbitrage, par le
compromis d’arbitrage, une fois que le litige est né, il est depuis longtemps valable entre toutes
personnes et en toutes matières.
En tout état de cause, les parties doivent désigner les arbitres (une ou plusieurs personnes pri-
vées en nombre impair) qui constituent le tribunal arbitral et qui doivent accepter la mission qui
leur est confiée. Il appartient à l’arbitre de révéler toute circonstance de nature à affecter son
indépendance et son impartialité.
Afin de donner une nouvelle impulsion à l’arbitrage, le décret n° 2011-48 du 13 janvier 2011 offi-
cialise la mission du « juge d’appui » dont l’intervention permet de dénouer certains blocages
(ex. : absence d’accord des parties sur les modalités de désignation du ou des arbitres).
Art. 1459 du CPC :
« Le juge d’appui compétent est le président du tribunal de grande instance.
Toutefois, si la convention d’arbitrage le prévoit expressément, le président du tribunal de
commerce est compétent […].
Le juge territorialement compétent est celui désigné par la convention d’arbitrage ou, à
défaut, celui dans le ressort duquel le siège du tribunal arbitral a été fixé. En l’absence de
toute stipulation de la convention d’arbitrage, le juge territorialement compétent est celui
du lieu où demeure le ou l’un des défendeurs à l’incident ou, si le défendeur ne demeure
pas en France, du lieu où demeure le demandeur. »

Art. 1460 du CPC :


« Le juge d’appui est saisi soit par une partie, soit par le tribunal arbitral ou l’un de ses
membres.
La demande est formée, instruite et jugée comme en matière de référé.
Le juge d’appui statue par ordonnance non susceptible de recours. Toutefois, cette ordon-
nance peut être frappée d’appel lorsque le juge déclare n’y avoir lieu à désignation [d’ar-
bitres] […]. » (tel est le cas, par exemple, si la convention d’arbitrage est nulle).

Les parties s’engagent à respecter la sentence arbitrale cependant dépourvue de force exécu-
toire sauf à avoir reçu l’exequatur, c’est-à-dire un ordre d’exécution donnée par le TGI dans le
ressort duquel elle a été rendue.

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À noter que la sentence arbitrale n’est pas susceptible d’appel, sauf volonté contraire des par-
ties (art. 1489 du CPC).

IV. LA CONCILIATION ET LA MÉDIATION CONVENTIONNELLES


Les parties recourent elles-mêmes, volontairement, au service d’une tierce personne qui tente
de les amener à régler leur litige, suivant le cas en les guidant vers des solutions (alors que le
conciliateur judiciaire est en principe le juge saisi du litige et que le médiateur judiciaire est dési-
gné, sur le consentement des parties, par le juge saisi du litige).
La fonction du conciliateur ou du médiateur n’est pas juridictionnelle, contrairement à l’arbitre
dont la sentence est une décision qui s’impose aux parties.

V. LE RÔLE D’ORGANISMES SPÉCIAUX


Certaines instances non juridictionnelles sont appelées à occuper une place primordiale dans la
résolution des conflits. À titre d’exemples :
• Un arrêté du 20 décembre 1994 énonce qu’« il peut être institué, au sein de chaque Comité
départemental de la consommation (CDC), une commission de règlement des litiges de
consommation (CRLC), qui comprend :
– un président ;
– des assesseurs représentant respectivement les consommateurs et les professionnels ;

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UE 111 • Introduction au droit

– des rapporteurs.
La CRLC a pour mission de favoriser le règlement amiable des litiges de consommation dans
un délai de deux mois à compter de la réception de la réclamation à la CRLC… »
• Le Code de la santé publique institue dans les établissements de santé des commissions
de conciliation chargées d’assister et d’orienter toute personne qui s’estime victime d’un
préjudice du fait de l’activité d’un établissement de santé et de l’informer sur les voies de
conciliation et de recours gracieux et jurisprudentiels dont elle dispose (décret n° 98-1001 du
2 novembre 1998).

REmaRquES
• La loi n° 2010-1609 du 22 décembre 2010 institue un nouveau mode de règlement amiable
des litiges : la convention de procédure participative. Il s’agit d’un contrat écrit et à durée
déterminée par lequel les parties à un différend, assistées de leurs avocats, s’engagent à
œuvrer conjointement et de bonne foi à la résolution amiable de leur différend. Tant qu’elle
est en cours, cette convention rend irrecevable tout recours au juge pour qu’il statue sur le
litige. Au terme de la convention, si les parties parviennent à un accord pour régler leur litige,
elles peuvent soumettre cet accord à l’homologation du juge. Au contraire, à défaut d’accord
à l’issue de la convention, les parties soumettent leur litige au juge et sont dispensées de
toute conciliation ou médiation préalable.
• Le législateur ne cesse donc d’imaginer des MARC dont il entend renforcer la crédibilité et
l’efficacité par une réglementation de plus en plus étoffée. Ainsi, au sein du Code de procé-
dure civile (CPC), a été récemment créée (D. n° 2012-66 du 20 janvier 2012) une subdivision
(Livre V) entièrement consacrée à « la résolution amiable des différends » consacrée, pour
l’essentiel, d’une part à la médiation et conciliation conventionnelles et, d’autre part, à la
procédure participative. Entre autres dispositions, le législateur affirme que les accords de
transaction, de conciliation, de médiation ou encore de procédure participative peuvent être
soumis, afin de les rendre exécutoires (susceptibles de voies d’exécution), à l’homologation
(procédure de reconnaissance) du juge compétent pour connaître du contentieux dans la
matière considérée (art. 1565 s. CPC).

On ne saurait avoir une vision complète des règles de procédure sans connaître le droit de la
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preuve.

TITRE 2. LA PREUVE

La crédibilité de toute allégation repose sur la preuve qui vient l’étayer ; ceci est vrai dans n’im-
porte quel contexte et en particulier en justice où il n’y a point de place pour le doute.
la charge de la preuve incombe donc au demandeur (actori probatio incumbit), c’est-à-dire
à quiconque, au cours du procès, invoque l’existence d’un droit ou d’une obligation.
Art. 1315 du Code civil :
« Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui
se prétend libéré, doit justifier le payement ou le fait qui a produit l’extinction de son
obligation. »

CHAPITRE 1. L’OBJET DE LA PREUVE


Il s’agit des droits subjectifs (cf. supra : classification des droits subjectifs) et de leurs corol-
laires, les obligations (cf. supra : classifications des obligations) et plus précisément ce qui les
a fait naître, à savoir les actes et les faits juridiques.

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Introduction au droit • Série 1

SECTION 1. LES ACTES JURIDIQUES

Ce sont des manifestations de volonté créant des effets de droit voulus par leurs auteurs.

I. LE CONTRAT
Accord de volonté par lequel une ou plusieurs personnes s’obligent envers une ou plusieurs
autres (ex. : contrat de vente, contrat de donation…).

II. L’ENGAGEMENT UNILATÉRAL DE VOLONTÉ


Manifestation d’une seule personne, le débiteur, qui se grève d’une obligation sans contrepartie
par une simple déclaration unilatérale (ex. : testament).

SECTION 2. LES FAITS JURIDIQUES

Ce sont des événements voulus ou non auxquels le droit attache des effets non voulus par leurs
auteurs.

I. LE FAIT NATUREL
• la naissance (source d’obligations légales, par exemple obligation alimentaire à l’égard des
parents dans le besoin…) ;
• le décès…

II. LE FAIT DE L’HOMME


• Le délit civil : fait illicite volontaire et intentionnel qui a pour objet de causer un dommage à

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autrui et qui entraîne l’obligation de réparer (ex. : abus du droit de propriété).
• Le quasi-délit : fait illicite conscient mais non intentionnel qui cause à autrui un dommage et
qui entraîne l’obligation de réparer (ex. : faute d’imprudence, de négligences, de
maladresse…).
• Le quasi-contrat : fait volontaire et licite ne comportant aucun accord de volonté, mais présen-
tant des analogies avec l’accord de volonté et qui entraîne des obligations à la charge de
l’auteur envers le tiers (ex. : une personne fait réparer la toiture de la maison voisine qui avait
été emportée par le vent en l’absence du propriétaire parti aux Amériques. Il fait faire la répa-
ration et paie. Le gérant d’affaire a une action en remboursement contre le géré. Il y a quasi-
contrat, car tout se passe comme si le gérant avait agi en vertu du contrat de mandat).

CHAPITRE 2. LES MODES DE PREUVE


Par quels moyens peut-on prouver la véracité de ce que l’on avance ?
Certains de ces procédés ont une force probante supérieure à d’autres.

SECTION 1. LES PREUVES PARFAITES

Ces preuves lient le juge qui doit s’incliner sans pouvoir donner libre cours à son appréciation
personnelle.

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UE 111 • Introduction au droit

I. L’ÉCRIT OU PREUVE LITTÉRALE


la preuve littérale, c’est-à-dire la preuve par écrit qui vise essentiellement d’une part l’acte
authentique et d’autre part l’acte sous seing privé (cf. infra), a toujours été considérée comme le
mode de preuve par excellence ; pourvu qu’elle réunisse certaines conditions légales dont,
s’agissant en particulier de l’acte sous seing privé, la signature des parties.
Or, traditionnellement, et selon la conception initiale du Code civil, l’écrit s’envisageait unique-
ment sur support papier et la signature ne se concevait que de manière manuscrite.
Cette vision étant trop restrictive eu égard aux procédés modernes de transactions et de com-
munication (Internet…), une réflexion a été menée tant au niveau européen (directive n° 1999/93/
CE du 13 décembre 1999 fixant un cadre communautaire pour les signatures électroniques et
devant être transposée avant le 19 juillet 2001) qu’au niveau du droit interne français où une
importante réforme est intervenue par le vote de la loi n° 2000-230 du 13 mars 2000 portant
adaptation du droit de la preuve aux technologies de l’information et relative à la signature
électronique.
Cette loi introduit dans le Code civil, dans le chapitre consacré à la preuve (chapitre VI du titre III
du livre troisième du Code civil), un paragraphe intitulé « Dispositions générales » (art. 1316
à 1316-4 du Code civil) dont il convient ici de relever les principaux apports.
La preuve par écrit consiste désormais en des symboles intelligibles, quels que soient leurs
supports (support papier, bien sûr, mais aussi transmission télématique…).
Art. 1316 du Code civil :
« La preuve littérale, ou preuve par écrit, résulte d’une suite de lettres, de caractères, de
chiffres ou de tous autres signes ou symboles dotés d’une signification intelligible, quels
que soient leur support et leurs modalités de transmission. »

Sous réserve que puisse être identifiée la personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé
dans des conditions de nature à en garantir l’intégrité, l’écrit sur support électronique vaut
donc preuve au même titre que l’écrit sur support papier.
Art. 1316-1 du Code civil :
« L’écrit sous forme électronique est admis en preuve au même titre que l’écrit sur support
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papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu’il
soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l’intégrité. »

Art. 1316-3 du Code civil :


« L’écrit sur support électronique a la même force probante que l’écrit sur support papier. »

La loi précise les caractères que doit revêtir une signature pour donner pleine force à un acte
juridique : apposée par une partie, la signature doit à la fois permettre de l’identifier et de mani-
fester son consentement à l’acte.
Art. 1316-4 al. 1er du Code civil :
« La signature nécessaire à la perfection d’un acte juridique identifie celui qui l’appose.
Elle manifeste le consentement des parties aux obligations qui découlent de cet acte.
Quand elle est apposée par un officier public, elle confère l’authenticité à l’acte. »

Lorsque la signature est électronique, le Code civil pose dorénavant une présomption légale
simple de fiabilité pour les signatures effectuées suivant des techniques (cryptologie, inter-
vention d’un tiers certificateur…) définies par décrets.
Art. 1316-4 al. 2 du Code civil :
« Lorsqu’elle est électronique, elle consiste en l’usage d’un procédé fiable d’identification
garantissant son lien avec l’acte auquel elle s’attache. La fiabilité de ce procédé est pré-
sumée, jusqu’à preuve contraire, lorsque la signature électronique est créée, l’identité du
signataire assurée et l’intégrité de l’acte garantie, dans des conditions fixées par décret en
Conseil d’État. »

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Introduction au droit • Série 1

Par ailleurs, afin de régler les éventuels conflits de preuves par écrit susceptibles de se rencon-
trer au cours d’un procès, le Code civil valide les contrats que les parties pourraient passer à ce
sujet et, à défaut, le principe de la liberté d’appréciation du juge quant à la détermination de
l’écrit devant l’emporter.
Art. 1316-2 du Code civil :
« Lorsque la loi n’a pas fixé d’autres principes, et à défaut de convention valable entre les
parties, le juge règle les conflits de preuve littérale en déterminant par tous moyens le titre
le plus vraisemblable, quel qu’en soit le support. »

Compte tenu de cet ensemble de dispositions, examinons l’acte authentique et l’acte sous seing
privé, l’un et l’autre étant des preuves littérales, donc des preuves parfaites.

A. L’ACTE AUTHENTIQUE
Art. 1317 du Code civil :
« L’acte authentique est celui qui a été reçu par officiers publics ayant le droit d’instrumen-
ter dans le lieu où l’acte a été rédigé, et avec les solennités requises.
Il peut être dressé sur support électronique s’il est établi et conservé dans des conditions
fixées par décret en Conseil d’État. »

Par conséquent, pour être authentique et servir à ce titre de preuve parfaite, un acte doit :
• émaner d’un officier public : notaire, huissier, greffier, officier d’état civil… ;
• émaner d’un officier public ayant la compétence d’attribution et la compétence territoriale
adéquates ;
• être rédigé avec les solennités requises : en français, avec acquittement de droits de timbre…

ExEmplES
Acte d’état civil, constat d’huissier…
Si l’acte est rédigé en plusieurs exemplaires, on distingue l’original (la minute) et les copies
(expéditions). La première copie (la grosse) est revêtue de la formule exécutoire permettant de
procéder aux voies d’exécution forcée.

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Les constatations faites par l’officier public font foi à l’égard des parties et des tiers jusqu’à ins-
cription de faux.
Les déclarations des parties consignées par l’officier public font foi jusqu’à preuve du contraire.

B. L’ACTE SOUS SEING PRIVÉ


C’est l’acte écrit et signé par les parties sans intervention d’un officier public (art. 1322 s.
C. civ.).
L’acte sous seing privé doit respecter les conditions de validité suivantes :
• la signature des parties est obligatoire :
C’est l’élément essentiel de l’acte sous seing privé ; elle permet d’identifier les parties et
constitue le signe de leur consentement à l’acte.
• En outre, certaines formalités spéciales sont parfois exigées :
– lorsqu’il s’agit d’un acte synallagmatique (à obligations réciproques) : l’acte doit en principe
être rédigé en autant d’originaux qu’il y a de parties et porter la mention du nombre des ori-
ginaux (sauf si un original unique est déposé dans les mains d’un tiers).
À défaut, l’acte instrumentum (la forme de l’acte, l’acte en son aspect matériel) est nul, mais
l’acte negotium (le fond de l’affaire) demeure valable ;
– lorsqu’il s’agit d’un acte juridique comportant un engagement de payer une somme d’argent
ou de livrer un bien fongible (interchangeable), l’acte doit comporter la mention de la part de
celui qui s’engage de la somme ou de la quantité en toutes lettres et en chiffres ;
– la date est obligatoire pour certains actes : testament, chèque…

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UE 111 • Introduction au droit

Celui auquel on oppose un acte sous seing privé est obligé d’avouer ou de désavouer formelle-
ment son écriture ou sa signature. S’il la désavoue, la vérification d’écriture est ordonnée en
justice. Si l’écriture vérifiée est reconnue, l’acte sous seing privé a la même foi que l’acte authen-
tique quant à son origine et fait foi jusqu’à inscription de faux.
Quant au contenu de l’acte, il fait foi jusqu’à preuve contraire de la sincérité des déclarations des
parties. Entre les parties, la date de l’acte a la même force que le contenu de l’acte, à savoir elle
fait foi jusqu’à preuve contraire. Par contre, à l’égard de tous, la date ne devient certaine que du
jour où l’acte a été enregistré, du jour de la mort d’une des parties, du jour où la substance de
l’acte est constatée dans un acte authentique.
À noter que les registres des marchands (documents comptables d’enregistrement de mouve-
ments, inventaire, bilan, compte de résultat, pièces justificatives) font preuve des faits de com-
merce qui y sont portés contre un commerçant ou entre commerçants, mais non à l’encontre
d’une personne non marchande.

REmaRquE
La loi n° 2011-331 du 28 mars 2011 de modernisation des professions judiciaires ou juridiques
et certaines professions réglementées a institué, en son article 3, l’acte sous seing privé avec
le contreseing d’un avocat. Un acte sous seing privé ainsi contresigné par l’avocat d’une des
parties (et, a fortiori, par les avocats de toutes les parties) a une force probante supérieure à
celle de l’acte sous seing privé :
« L’acte sous seing privé contresigné par les avocats de chacune des parties ou par l’avo-
cat de toutes les parties fait pleine foi de l’écriture et de la signature de celles-ci tant à leur
égard qu’à celui de leurs héritiers ou ayants cause. La procédure de faux prévue par le
Code de procédure civile lui est applicable. »

II. L’AVEU JUDICIAIRE


Art. 1356 du Code civil :
« L’aveu judiciaire est la déclaration que fait en justice la partie ou son fondé de pouvoir
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spécial.
Il fait pleine foi contre celui qui l’a fait.
Il ne peut être divisé contre lui.
Il ne peut être révoqué, à moins qu’on ne prouve qu’il a été la suite d’une erreur de fait.
Il ne pourrait être révoqué sous prétexte d’une erreur de droit. »

III. LE SERMENT DÉCISOIRE


C’est le procédé qui consiste pour un plaideur à s’en remettre, sur un fait pertinent (dont
dépend la solution du litige) et sur un fait personnel à son adversaire, au serment de ce der-
nier, c’est-à-dire à l’affirmation solennelle de la réalité d’un acte ou d’un fait.
La partie à laquelle est déféré le serment peut :
• soit prêter serment et elle gagne le procès ;
• soit refuser de prêter serment et elle perd le procès (par assimilation à un aveu judiciaire) ;
• soit référer le serment à la partie qui le lui a déféré et si cette dernière ne prête pas serment,
elle succombe.
Le juge doit impérativement donner gain de cause à la partie qui a prêté serment.

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Introduction au droit • Série 1

SECTION 2. LES PREUVES IMPARFAITES

Ces preuves laissent un large pouvoir d’appréciation au juge qui statue en son intime
conviction.

I. LE TÉMOIGNAGE
C’est la déposition en justice, sous serment, que font les personnes ayant eu personnellement
connaissance des faits qu’elles rapportent.
Le témoignage consiste en l’affirmation que l’on a vu, entendu… personnellement quelque
chose et il ne doit pas être confondu avec la simple rumeur (« commune renommée »).

II. LES PRÉSOMPTIONS


Ce sont des raisonnements qui permettent de répondre à une problématique à partir d’éléments
connus (déductions).

A. LES PRÉSOMPTIONS DE FAIT (PRÉSOMPTIONS DE L’HOMME)


Ce sont les conséquences que le magistrat tire d’un fait connu à un fait inconnu. Ces présomp-
tions doivent être graves, précises et concordantes.

ExEmplES
• Qui est l’auteur de tel méfait ? (fait inconnu) : il s’agit de prouver que les soupçons pesant sur
X sont fondés.
• On possède certains indices (faits connus) : traces de pas, empreintes digitales… de X.
• Le magistrat peut présumer la culpabilité de X.

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B. LES PRÉSOMPTIONS LÉGALES
Ce sont les conséquences que la loi tire d’un fait connu à un fait inconnu.

ExEmplE
• Qui doit être tenu pour responsable (fait inconnu) du dommage causé à autrui par un salarié
dans l’exercice de ses fonctions ?
• Faits connus : un dommage, causé par un salarié dans l’exercice de ses fonctions.
• La loi présume que c’est le commettant (employeur) qui est responsable du dommage causé
à autrui par le salarié dans l’exercice de ses fonctions (Art. 1384 al. 5 du Code civil : « Les
maîtres et les commettants sont responsables du dommage causé par leurs domestiques et
préposés dans les fonctions auxquelles ils les ont employés »).

Les présomptions légales sont soit simples (lorsqu’elles peuvent être combattues par la preuve
contraire de ce qui est présumé : présomption simple de fiabilité de tel procédé de signature
électronique que l’on peut combattre en démontrant que ledit procédé n’est pas fiable…), soit
irréfragables (lorsqu’elles ne peuvent pas être combattues par la preuve contraire). Par leur
nature même, les présomptions irréfragables sont apparentées à des preuves parfaites.

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UE 111 • Introduction au droit

III. L’AVEU EXTRAJUDICIAIRE


C’est la reconnaissance par une personne, en dehors de la procédure, de faits pouvant produire
des conséquences à son encontre.

IV. LE SERMENT SUPPLÉTOIRE


C’est le serment déféré d’office par le juge à l’un des plaideurs.

V. LE COMMENCEMENT DE PREUVE PAR ÉCRIT


Art. 1347 du Code civil :
« On appelle ainsi tout acte par écrit qui est émané de celui contre lequel la demande est
formée, ou de celui qu’il représente, et qui rend vraisemblable le fait allégué… »

Le commencement de preuve par écrit est un écrit quelconque (acte authentique ou acte sous
seing privé ne remplissant pas l’une des conditions exigées par la loi).

ExEmplES
Simples lettres, notes…
Par extension jurisprudentielle et pourvu qu’on se le soit procuré de manière loyale (sans que
cela soit à l’insu de l’intéressé…) le commencement de preuve par écrit peut être tout « indice »
ne répondant pas à la définition d’un autre mode de preuve, émanant de celui contre lequel la
demande est formée et rendant vraisemblable le fait allégué.

ExEmplES
La jurisprudence a pu ponctuellement reconnaître comme commencements de preuve par
écrit des photocopies (Cass. 1re civ., 14 févr. 1995), des enregistrements de la voix humaine…
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CHAPITRE 3. L’ADMINISTRATION DE LA PREUVE


Que prouve-t-on à l’aide de quel mode de preuve ?
On n’établit pas de la même manière la preuve des actes juridiques et celle des faits juridiques.

SECTION 1. LA PREUVE DES ACTES JURIDIQUES

I. PRINCIPE
S’agissant d’actes juridiques (contrats…), il est souvent possible de se préconstituer une preuve.
Aussi, des preuves parfaites sont en principe demandées.
(Contre un écrit, on ne peut prouver que par un écrit…)

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Introduction au droit • Série 1

II. EXCEPTIONS
Les actes juridiques peuvent être valablement prouvés par des preuves imparfaites :
1. si le montant de l’affaire est inférieur à 1 500 €, sauf si l’acte a été passé par écrit ;
2. s’il existe par ailleurs un commencement de preuve par écrit ;
3.  s’il y a eu impossibilité matérielle (ruine, naufrage…) ou morale (entre parents, selon des
usages professionnels…) de se procurer un écrit ;
4.  si le titre original n’existe plus mais que l’on peut en produire une reproduction fidèle et
durable (microfilm…) ;
5. si les parties ont contractuellement prévu un mode de preuve précis ;
6. s’il s’agit d’une matière commerciale.
Art. L. 110-3 du Code de commerce :
« À l’égard des commerçants, les actes de commerce peuvent se prouver par tous moyens
à moins qu’il n’en soit autrement disposé par la loi. »

SECTION 2. LA PREUVE DES FAITS JURIDIQUES

I. PRINCIPE
La preuve des faits juridiques (accidents…) est libre, c’est-à-dire qu’elle peut se faire par tous
moyens à savoir non seulement par preuves imparfaites mais aussi, a fortiori, par des preuves
parfaites.

II. EXCEPTIONS
La loi peut exiger pour prouver certains faits juridiques la production de preuves parfaites.

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ExEmplE
Acte d’état civil pour une naissance…

REmaRquE
Dans la pratique, les parties ont intérêt à fournir plusieurs modes de preuve à l’appui de leurs
prétentions.

Conclusion

Cette première série du cours par correspondance a dû vous permettre de découvrir (ou de
vérifier, selon le niveau de vos connaissances préalables) en quoi consiste la matière
juridique et quelle est son utilité.
En particulier, cette série a dû vous convaincre de l’omniprésence du droit (en effet, celui-ci
concerne tout un chacun, personne physique ou groupement, personne privée ou personne
publique, professionnel ou non…) et de sa diversité (droit privé, droit public…).
En ayant étudié cette série, vous devez être sensible à l’importance de la qualification
juridique des situations afin de repérer les règles de droit qui leur sont applicables (une
situation donnée peut relever du droit civil, du droit commercial…) tout en comprenant les
modalités de leur élaboration (organisation des institutions, élaboration de la loi, de la
jurisprudence…).
•••

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UE 111 • Introduction au droit

•••
Cette série avait également pour objectif de vous enseigner les principales règles de
procédure, ô combien nécessaires à maîtriser à l’occasion d’un litige auquel on est
susceptible d’être confronté (organisation et compétence des juridictions, modalités de
preuve, voies d’exécution…).
Enfin, l’étude de cette série a dû, sans aucun doute, vous persuader de la richesse et de la
précision du vocabulaire juridique, ainsi que de la rigueur de cette discipline : le droit ne
s’improvise pas, on ne saurait se fier à sa propre intuition pour en déduire les règles en
vigueur ! Le droit se comprend, s’apprend et se met en œuvre selon une démarche bien
spécifique.
À cet égard, cette série 1 comprend quant au fond les notions juridiques de base précitées
indispensables à la poursuite de vos études (conformément au programme officiel de ces
études) et il convient de compléter son approche par des considérations relatives, quant à
la forme, à la nature de l’épreuve (épreuve écrite portant sur l’étude d’une ou de plusieurs
situations pratiques et/ou le commentaire d’un ou plusieurs documents et/ou une ou
plusieurs questions) au moyen du feuillet méthodologique qui expose la technique de
résolution que l’on doit impérativement adopter.
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Introduction au droit • Série 1

LEXIQUE
Pêle-mêle, des concepts et expressions clés du vocabulaire juridique dans l’ordre de leur appa-
rition dans le cours. La liste est à compléter par vos soins ! (Toutes les définitions données dans
le cours doivent être connues.)
droit positif : droit objectif (ensemble des règles de conduite juridique qui gouvernent la vie des
personnes en société et dont l’inobservation est sanctionnée par les pouvoirs publics) actuelle-
ment en vigueur dans un pays donné.
droit subjectif : prérogative juridique individuelle reconnue à une personne dans le cadre du
droit positif.
de cujus : personne défunte, décédée.
Succession ab intestat : succession réglée par la loi, faute de testament (à opposer à la succes-
sion testamentaire qui est réglée en fonction de la volonté du défunt exprimée par testament).
Successible : personne apte à recueillir une succession, héritier.
dévolution : transfert de l’héritage aux successibles.
legs : héritage exprimé par testament.
libéralité : disposition à titre gratuit (don, legs).
droit personnel : droit subjectif patrimonial, droit de créance en vertu duquel le créancier peut
exiger l’exécution d’une obligation à la charge du débiteur.
droit réel : droit subjectif patrimonial, droit d’une personne sur une chose.
droit démembré : droit conférant à son titulaire une partie des attributs du droit de propriété
(ex. : servitudes, usufruit…).
Sûreté : garantie, droit accessoire à un droit de créance destiné à augmenter les chances de

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recouvrement (paiement) de cette créance (ex. : gage, hypothèque, nantissement, cautionne-
ment…). Un bien donné en garantie est dit grevé d’une sûreté.
créancier chirographaire : créancier ne bénéficiant d’aucune garantie particulière (à opposer à
créancier privilégié).
désintéresser un créancier : payer un créancier.
obligation : lien juridique en vertu duquel une personne peut exiger d’une autre qu’elle accom-
plisse une prestation.
Terme : événement futur et certain : modalité qui affecte une obligation dans son exigibilité ou
sa durée. Le terme est soit suspensif, soit extinctif.
condition : modalité qui affecte une obligation dans son existence même car elle subordonne la
création ou l’extinction de cette obligation à un événement futur et incertain. La condition est soit
suspensive, soit résolutoire.
ratification d’un traité international : acte officiel par lequel les organes compétents des États
signataires confèrent validité au traité.
règlement européen (loi européenne)  : émanant des Institutions européennes (Conseil de
l’Union européenne, Commission européenne ou Parlement européen), le règlement européen
est un acte obligatoire directement applicable dans le droit des États membres.
directive européenne (loi cadre européenne) : émanant des institutions européennes, la direc-
tive européenne est un acte fixant aux États membres des objectifs à atteindre obligatoirement
mais selon des moyens qu’ils choisissent.

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UE 111 • Introduction au droit

décision européenne : émanant des institutions européennes, la décision européenne s’adresse


à un État membre donné ou à un particulier pour qui elle est obligatoire. Elle s’intègre directe-
ment dans l’ordre juridique interne.
Projet de loi : initiative émanant du Gouvernement qui soumet une loi au vote du Parlement.
Proposition de loi : initiative de loi émanant du Parlement lui-même, chargé de la voter.
Amendement : modification suggérée au cours des débats parlementaires lors de l’examen
d’un projet ou d’une proposition de loi.
Promulgation d’une loi : décret par lequel le chef de l’État atteste officiellement l’existence
d’une nouvelle loi et en ordonne l’exécution.
loi supplétive : loi contenant des dispositions qui ne s’appliquent que lorsque les intéressés ne
manifestent aucune autre volonté (à opposer à la loi impérative).
loi pénale plus douce : loi qui allège les peines prévues jusque-là pour une infraction donnée.
Infraction : comportement (action ou omission) qualifiable et punissable au regard du droit
pénal. Il existe plusieurs classes d’infractions (des moins graves aux plus graves : contraven-
tions, délits, crimes).
ordonnance : plusieurs significations :
• acte pris par le Gouvernement, avec l’autorisation ponctuelle du Parlement, dans des matières
qui relèvent normalement du domaine législatif ;
• décision de justice rendue par certains juges : président d’une juridiction statuant en référé,
juge d’instruction…
règlement de droit interne : en droit français, acte émanant du pouvoir exécutif dans les
domaines qui lui sont réservés (décrets, arrêtés…).
coutume : usage suivi de façon générale et prolongée qui finit par avoir un caractère obligatoire
selon l’opinion commune.
jurisprudence : ensemble des décisions rendues par les juridictions.
déni de justice : fait pour un juge de refuser de statuer sous prétexte du silence, de l’obscurité
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ou de l’insuffisance de la loi. Plus généralement, fait de négliger de juger une affaire en état de
l’être. Le déni de justice est interdit.
doctrine : ensemble des travaux et études des juristes.
demandeur (demanderesse) : personne qui a l’initiative d’une demande en justice.
défendeur (défenderesse) : personne contre qui une demande en justice est dirigée.
défenseur : personne chargée d’assurer la défense d’un plaideur (avocat).
constituer avocat : désigner un avocat, le mandater afin qu’il représente et assiste le plaideur
au cours du procès.
Ester en justice : agir en justice.
Statuer : prendre une décision.
connaître d’une affaire : avoir compétence pour juger cette affaire.
Principes directeurs du procès : grandes règles selon lesquelles, en droit européen (droit à un
procès équitable…) comme en droit interne (principe du contradictoire…), un procès doit se
dérouler.
Procès pendant : procès en cours.
matière gracieuse : matière dans laquelle la justice intervient en dehors de tout litige (ex. :
homologation d’un changement de régime matrimonial par le juge compétent). À ne pas
confondre avec la gratuité et à opposer à la matière contentieuse (situation conflictuelle).

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Introduction au droit • Série 1

compétence d’attribution (ratione materiae)  : domaines pour lesquels une juridiction a


compétence.
compétence territoriale (ratione loci)  : ressort territorial dans lequel une juridiction a
compétence.
Saisine : acte par lequel un plaideur saisit une juridiction afin qu’elle se prononce sur ses
prétentions.
Entendre dire droit : apprendre, écouter la solution juridique retenue par le juge…
Assignation : acte adressé au défendeur pour lui demander de comparaître devant une juridic-
tion (acte d’huissier…).
Signification : formalité (acte d’huissier…) par laquelle un acte de procédure ou une décision de
justice sont officiellement portés à la connaissance d’une personne.
Surseoir à statuer : suspendre provisoirement le cours d’une instance.
Interjeter appel : faire appel, saisir une cour d’appel.
Appelant(e) : personne qui interjette appel.
Intimé(e) : personne qui est assignée en appel.
débouter : déclarer un plaideur mal fondé en sa demande.
moyen : argument développé par une partie lors d’un procès.
motif : raisonnement sur lequel se fonde une juridiction pour rendre sa décision.
former pourvoi en cassation : exercer un recours au sommet d’un ordre juridictionnel.
Échevinage : mode de composition de certaines juridictions où siègent des magistrats de métier
et des juges non professionnels (représentants d’une catégorie socioprofessionnelle…).
recours préjudiciel : recours en vertu duquel une juridiction d’un État membre de l’Union euro-
péenne sursoit à statuer et demande à la Cour de justice de l’Union européenne qu’elle lui
indique l’interprétation à donner d’une règle de droit européen.

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commandement : acte d’huissier signifié au débiteur et invitant celui-ci à exécuter son obliga-
tion (payer) sous peine d’être saisi.
référé : procédure en vertu de laquelle le président de la juridiction normalement compétente
rend seul une décision justifiée par l’urgence.
clause pénale : clause prévoyant dans un contrat que le débiteur qui viendrait à manquer à son
obligation contractuelle devra verser à son cocontractant une somme forfaitaire fixée à l’avance.
Arbitrage : mode privé de résolution des conflits consistant pour les parties à faire trancher leur
litige par des personnes privées, en dehors des juridictions étatiques.
Stipulation : clause, mention énoncée dans un contrat.
Saisie : voie d’exécution forcée par laquelle un créancier fait mettre sous la main de la justice les
biens de son débiteur afin d’obtenir le paiement qui lui est dû.
Acte juridique : manifestation de volonté destinée à produire les effets que le droit y attache
(ex. : contrat).
fait juridique : événement voulu ou non dont les effets que le droit y attache ne sont pas sou-
haités (ex. : accident…).
Preuve parfaite : preuve liant le juge qui doit en tenir compte dans sa décision sans pouvoir
donner libre cours à son appréciation personnelle.
Preuve imparfaite : preuve laissant un large pouvoir d’appréciation au juge qui statue en son
intime conviction.

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UE 111 • Introduction au droit

Preuve littérale : preuve par écrit résultant d’une suite de lettres, de caractères, de chiffres ou
de tous autres signes ou symboles dotés d’une signification intelligible, quels que soient leur
support et leurs modalités de transmission.
Acte authentique : écrit reçu par officiers publics ayant le droit d’instrumenter dans le lieu où
l’acte a été rédigé, et avec les solennités requises.
Acte sous seing privé : écrit remplissant certaines conditions de validité, notamment la signa-
ture des parties, mais sans intervention d’un officier public.
Acte synallagmatique : acte comprenant des obligations réciproques à la charge de chacune
des parties prenantes.
Aveu judiciaire : reconnaissance en justice par une partie (ou son représentant) d’un fait qui lui
est reproché.
Serment décisoire : en justice, affirmation solennelle par une partie de la réalité d’un fait, sur la
demande de son adversaire.
Témoignage : déposition en justice, sous serment, faite par une personne ayant eu personnel-
lement connaissance des faits qu’elle rapporte.
Présomption : conséquence que la loi (présomption légale) ou le magistrat (présomption de fait)
tire d’un fait connu à un fait inconnu.
Aveu extrajudiciaire : reconnaissance par une personne, en dehors de la procédure, de faits
pouvant produire des conséquences à son encontre.
Serment supplétoire : serment déféré d’office par le juge à l’un des plaideurs.
commencement de preuve par écrit : tout acte écrit ne répondant pas à la définition d’un acte
authentique ou d’un acte sous seing privé (et par extension, tout indice émanant de celui contre
lequel la demande est formée et rendant vraisemblable le fait allégué).
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UE 111 • Introduction au droit

EXERCICES AUTOCORRIGÉS

Ne pas envoyer à la correction


Retrouvez d’autres exercices de l’UE 111 sur le site Internet de l’Intec :
[Link]

Test de vocabulaire et de compréhension


Afin de tester votre bonne compréhension du cours, déterminez, pour chacune de ces QCM
(questions à choix multiple), la (ou les) réponse(s) juste(s) parmi celles proposées. Les solutions
sont données à la suite des questions.

QUESTIONS
1. Qu’est-ce que le droit au respect de la vie privée ?
a. Une branche du droit positif.
b. Un droit subjectif personnel.
c. Un droit subjectif de la personnalité.
2. De qui émane un projet de loi ?
a. Du Gouvernement.
b. Du Parlement.
c. Du Conseil constitutionnel.
3. Quelle est l’institution européenne qui est composée de représentants (ministres) des
Gouvernements des États membres de l’Union européenne ?
a. Le Conseil de l’Europe.
b. Le Conseil européen.
c. Le Conseil de l’Union européenne.
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4. Qu’est-ce qu’un tribunal de commerce ?


a. Une juridiction d’exception.
b. Une juridiction répressive.
c. Une juridiction du premier degré de l’ordre judiciaire français.
5. Comment doit-on demander à une juridiction de statuer sur une affaire ?
a. Par la saisie de cette juridiction.
b. Par l’assignation de cette juridiction.
c. Par la saisine de cette juridiction.
6. Contre quelles décisions peut-on former pourvoi en cassation ?
a. Contre les décisions rendues en premier ressort seulement.
b. Seulement contre les décisions rendues en premier et dernier ressort.
c. Contre toutes les décisions rendues en dernier ressort.
7. Contre quels arrêts rendus en premier ressort par une cour d’assises peut-on interjeter appel ?
a. Contre tous les arrêts rendus par cette cour.
b. Seulement contre les arrêts de condamnation rendus par cette cour.
c. Seulement contre les arrêts de relaxe rendus par cette cour.
8. Qu’est-ce que l’arbitrage ?
a. Un mode privé de résolution des litiges.
b. Une procédure juridictionnelle accélérée.
c. Une voie d’exécution.

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Introduction au droit • Série 1

9. Quels doivent être les caractères de la créance du créancier qui souhaite recourir à l’exécution
forcée ?
a. La créance doit être liquide et exigible.
b. La créance doit être certaine et exigible.
c. La créance doit être certaine, liquide et exigible.
10. Qu’est-ce qu’un acte authentique ?
a. Une preuve parfaite.
b. Une preuve écrite.
c. Une preuve imparfaite.

RÉPONSES
1. c ; 2. a ; 3. c ; 4. a c ; 5. c ; 6. c ; 7. b ; 8. a ; 9. c ; 10. a b.

Exercice

ÉNONCÉ

TRAVAIL À FAIRE
1. Qu’est-ce qu’un droit démembré de la propriété ?
2. À quelle branche du droit appartient le droit pénal ?
3. Quel rapport hiérarchique existe-t-il entre un traité international régulièrement ratifié et une
loi nationale ordinaire ?
4. Une loi est-elle nécessairement d’application impérative ?
5. Une juridiction correctement saisie peut-elle refuser de statuer lorsque la loi ne lui apporte
aucun élément de réponse ?
6. Pourquoi dit-on que le TGI est une juridiction de droit commun ?
7. M. X intente avec succès une action en justice contre M. Y devant le tribunal de commerce.

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M. Y fait alors appel de la décision. Qui est demandeur dans cette affaire ?
8. Qui peut saisir la Cour de justice de l’Union européenne ?
9. Quelle différence y a-t-il entre actes et faits juridiques ?

CORRIGÉ
1. Le droit de propriété est un droit réel principal qui comprend trois attributs : à savoir l’usus
(droit de se servir de la chose, objet de la propriété), le fructus (droit de percevoir les fruits de la
chose) et l’abusus (droit de disposer de la chose). Les droits démembrés de la propriété sont
également des droits subjectifs patrimoniaux et réels mais qui ne confèrent à leurs titulaires
qu’une partie des attributs du droit de propriété (ex. : la servitude confère à son bénéficiaire
l’usus ; l’usufruit confère à l’usufruitier l’usus et le fructus…).
2. Le droit pénal est un ensemble de règles juridiques visant à déterminer les infractions (contra-
ventions, délits, crimes) et les peines corollaires. Le droit pénal est une branche du droit public
car, par l’acte susceptible de qualification pénale dont est victime telle ou telle personne privée,
c’est la nation toute entière à laquelle il est porté atteinte.
3. Les traités internationaux créent des règles entre États signataires et ont, lorsqu’ils sont régu-
lièrement ratifiés (approuvés par les organes compétents : Président de la République…), une
autorité supérieure à celle des lois nationales ordinaires. Il existe bien une hiérarchie entre les
sources de droit. Ainsi, si la jurisprudence doit respecter la loi, celle-ci doit de son côté être en
adéquation avec les traités internationaux ratifiés et en vigueur.

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UE 111 • Introduction au droit

4.  La loi est une source de droit nationale essentielle et les autres sources de droit (jurispru-
dence…) ne peuvent en principe y contrevenir dès lors qu’elle est en vigueur. Cependant, on
distingue, d’une part, les lois impératives qui ne laissent aucune alternative aux justiciables (ex. :
dispositions du régime primaire impératif pour les gens mariés) et, d’autre part, les lois supplé-
tives qui autorisent les parties à aménager leurs relations et qui ne s’appliquent qu’en cas de
silence de leur part (ex. : le régime légal de communauté réduite aux acquêts). Toutefois, la sup-
plétivité d’une loi ne doit pas donner lieu à des stipulations contraires aux principes généraux du
droit (ordre public, bonnes mœurs…).
5. Une juridiction dont la saisine obéit aux règles de procédure en vigueur est toujours obligée
de statuer ; non seulement lorsque la loi la renseigne clairement sur le point examiné (elle doit
alors la respecter), mais aussi en cas de « vide juridique » et ceci aux termes de l’article 4 du
Code civil : « Le juge qui refusera de juger sous prétexte du silence, de l’obscurité ou de l’insuf-
fisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice. »
Une juridiction, qui se déroberait, encourrait donc des sanctions. C’est probablement lorsque la
loi est obscure que la jurisprudence, par la décision qu’elle rend, joue le plus son rôle de source
du droit.
6. Le Tribunal de grande instance est une juridiction non répressive située au 1er degré de l’ordre
judiciaire. Il a une compétence exclusive dans certains domaines (actions immobilières péti-
toires) mais aussi une compétence générale. En effet, il statue sur toutes les matières pour les-
quelles compétence n’a pas été expressément attribuée à une autre juridiction ; d’où son
qualificatif de juridiction de droit commun.
7. Le demandeur est d’abord celui qui déclenche initialement l’instance, quelle que soit la juridic-
tion saisie. La qualité de demandeur peut varier au cours d’une même affaire. Ainsi, devant le tri-
bunal de commerce, M. X est demandeur, tandis que devant la cour d’appel, c’est M. Y. Par ailleurs,
devant une même juridiction, une partie peut être alternativement demanderesse et défenderesse
(ex. : le défendeur initial peut en cours de procès former une demande reconventionnelle).
8. Juridiction suprême de l’Union européenne, la Cour de justice de l’Union européenne peut
être saisie soit par tout État membre, toute institution européenne ou tout particulier (personne
physique ou morale) y ayant intérêt, lorsqu’elle est compétente pour trancher elle-même un
litige ; soit par une juridiction nationale qui sursoit à statuer et lui demande quelle interprétation
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donner à une règle de droit européen (recours préjudiciel).


9. Les actes juridiques sont des événements voulus par leurs auteurs qui acceptent et souhaitent
également les effets que le droit y attache (ex. : contrat). Les faits juridiques sont des événements
voulus (ex. : coups et blessures) ou non voulus (ex. : accident), mais dont les effets que le droit y
attache (ex. : obligation de réparer) n’ont pas été recherchés. Actes et faits juridiques sont sources
d’obligations et ne se prouvent pas de la même façon eu égard à leurs natures spécifiques.

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UE 111 • Introduction au droit

ANNEXES
• Sur la question prioritaire de constitutionnalité (QPc) :
Annexe 1 : plaquette de présentation (consultable sur [Link]
• Sur l’arbitrage :
Annexe 2 : Cass. 1re civ., 26 janvier 2011 ; INSERM c/ Fondation Letten F. Saugstad (consul-
table sur [Link]
• Sur la compétence respective de l’ordre judiciaire et de l’ordre administratif français :
Annexe 3 : Cass.  1re civ., 23 février 2012 ; L’agent judiciaire du Trésor c/ M. X…  ; et autres
(consultable sur [Link]

ANNEXE 1 LA QUESTION PRIORITAIRE DE CONSTITUTIONNALITÉ


La « question prioritaire de constitutionnalité » est le droit reconnu à toute personne qui est
partie à un procès ou une instance de soutenir qu’une disposition législative porte atteinte aux
droits et libertés que la Constitution garantit. Si les conditions de recevabilité de la question sont
réunies, il appartient au Conseil constitutionnel, saisi sur renvoi par le Conseil d’État et la Cour
de cassation de se prononcer et, le cas échéant, d’abroger la disposition législative. La question
prioritaire de constitutionnalité a été instaurée par la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008.
Avant la réforme, il n’était pas possible de contester la conformité à la Constitution d’une loi déjà
entrée en vigueur. Désormais, les justiciables jouissent de ce droit nouveau en application de
l’article 61-1 de la Constitution.

1 - Qu’entend-on par « disposition législative » ?


Il s’agit d’un texte adopté par l’autorité détenant le pouvoir législatif. C’est donc essentiellement
un texte voté par le Parlement (loi, loi organique ou ordonnance ratifiée par le Parlement). Ce
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peut-être aussi une loi du pays de Nouvelle-Calédonie. Les ordonnances qui n’ont pas été rati-
fiées, les décrets, les arrêtés ou les décisions individuelles ne peuvent donc pas faire l’objet
d’une question prioritaire de constitutionnalité (ce sont des actes administratifs dont le contrôle
relève de la compétence des juridictions administratives).

2 - Qu’entend-on par « droits et libertés que la Constitution garantit » ?


Les droits et libertés garantis par la Constitution sont les droits et libertés qui figurent dans : la
Constitution du 4 octobre 1958 telle que modifiée à plusieurs reprises ; par exemple l’autorité
judiciaire, gardienne de la liberté individuelle (article 66) ; les textes auxquels renvoie le préam-
bule de la Constitution du 4 octobre 1958, à savoir : la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen de 1789, le Préambule de la Constitution de 1946, les principes fondamentaux reconnus
par les lois de la République (auxquels renvoie le Préambule de la Constitution de 1946) ; par
exemple, la liberté d’association ou la liberté d’enseignement, la Charte de l’environnement de
2004.

3 - Pourquoi la question est-elle qualifiée de « prioritaire » ?


La loi organique du 10 décembre 2009, relative à l’application de l’article 61-1 de la Constitution a
qualifié la question de constitutionnalité de « prioritaire ». Cela signifie d’une part que, lorsqu’elle est
posée devant une juridiction de première instance ou une cour d’appel, la question doit être exami-
née sans délai. Le temps d’examen de la question prioritaire de constitutionnalité doit s’imputer sur
le temps de la procédure et ne doit pas la retarder. D’autre part, lorsque la juridiction est saisie de
moyens qui contestent à la fois la constitutionnalité de la loi (question de constitutionnalité) et le

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Introduction au droit • Série 1

défaut de conformité de cette loi aux traités et accords internationaux (exception d’inconventionna-
lité) la juridiction doit d’abord examiner la question de constitutionnalité.

4 - Faut-il prendre un avocat pour poser une question prioritaire de constitutionnalité ?


Les règles de représentation, pour poser la question prioritaire de constitutionnalité, obéissent
aux règles applicables devant la juridiction saisie de l’instance : devant une juridiction où la
représentation par avocat est obligatoire, la question prioritaire de constitutionnalité ne peut être
posée que par avocat. En revanche, devant les juridictions où une partie peut assurer elle-même
sa défense, il est possible de déposer directement une question prioritaire de constitutionnalité.
Attention : la question prioritaire de constitutionnalité doit toujours faire l’objet d’un écrit distinct
et motivé (même devant les juridictions où la procédure est orale).

5 - Quand peut-on poser une question prioritaire de constitutionnalité ?


La question prioritaire de constitutionnalité peut être posée au cours de toute instance devant
une juridiction de l’ordre administratif (relevant du Conseil d’État) ou judiciaire (relevant de la
Cour de cassation). La question peut être posée, en première instance, en appel, ou en
cassation.

6 - À quelles conditions peut-on poser une question prioritaire de constitutionnalité ?


Toute juridiction relevant du Conseil d’État ou de la Cour de cassation peut être saisie d’une
question prioritaire de constitutionnalité. Seule la cour d’assises ne peut en être saisie. Toutefois,
en matière criminelle, la question peut être posée soit avant, devant le juge d’instruction, soit
après, à l’occasion d’un appel ou d’un pourvoi en cassation. La question prioritaire de constitu-
tionnalité doit être soulevée par écrit. L’écrit doit être motivé. Il doit toujours être distinct des
autres conclusions qui sont produites dans l’instance.

7 - Le justiciable peut-il saisir directement le Conseil constitutionnel ?


Non : la question prioritaire de constitutionnalité doit être posée au cours d’une instance. C’est
la juridiction saisie de l’instance qui procède sans délai à un premier examen. La juridiction exa-
mine si la question est recevable et les critères fixés par la loi organique sont remplis. Si ces

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conditions sont réunies, la juridiction saisie transmet la question prioritaire de constitutionnalité
au Conseil d’État ou à la Cour de cassation. Le Conseil d’État ou la Cour de cassation procède
à un examen plus approfondi de la question prioritaire de constitutionnalité et décide de saisir
ou non le Conseil constitutionnel.

8 - Quels sont les critères pour que le Conseil constitutionnel soit saisi ?
Les critères pour que le Conseil constitutionnel soit saisi de la question prioritaire de constitu-
tionnalité sont détaillés par la loi organique du 10 décembre 2009 relative à l’article 61-1 de la
Constitution. Ils sont au nombre de trois : la disposition législative critiquée est applicable au
litige ou à la procédure, ou constitue le fondement des poursuites ; la disposition législative cri-
tiquée n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel ; la
question est nouvelle ou présente un caractère sérieux.

9 - Peut-on contester le refus de saisir le Conseil constitutionnel ?


Le refus, par la juridiction de première instance ou la cour d’appel, de transmettre la question
prioritaire de constitutionnalité, ne peut être contesté qu’à l’occasion d’un recours (appel ou
pourvoi en cassation) visant la décision rendue au fond par la juridiction saisie. Le refus, par le
Conseil d’État ou la Cour de cassation, de saisir le Conseil constitutionnel n’est susceptible
d’aucun recours.

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UE 111 • Introduction au droit

10 - Comment se déroule la procédure devant le Conseil constitutionnel ?


Le Conseil constitutionnel doit juger la question prioritaire de constitutionnalité dans un délai de
trois mois. Pour garantir un échange contradictoire dans ce délai court, les notifications et les
échanges se feront par la voie électronique. Les parties devront déclarer une adresse électro-
nique avec laquelle ils communiqueront avec le Conseil constitutionnel. Pour gagner du temps,
les parties peuvent faire figurer cette adresse électronique dans la question prioritaire de consti-
tutionnalité déposée devant la juridiction du fond ou dans les mémoires qui sont échangés
devant le Conseil d’État ou la Cour de cassation. Après un échange contradictoire entre les
parties, l’affaire sera appelée à une audience publique où les avocats pourront formuler des
observations orales. La décision sera rendue quelques jours après.

11 - Quelles sont les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel ?


Si le Conseil constitutionnel déclare que la disposition législative contestée est conforme à la
Constitution, cette disposition conserve sa place dans l’ordre juridique interne. La juridiction doit
l’appliquer, à moins qu’elle ne la juge incompatible avec une disposition d’un traité international
ou du droit de l’Union européenne. Si le Conseil constitutionnel déclare que la disposition légis-
lative contestée est contraire à la Constitution, la décision du Conseil constitutionnel a pour effet
d’abroger cette disposition. Elle disparaît de l’ordre juridique français.

12 - Quand la réforme entre-t-elle en vigueur ?


La réforme entre en vigueur le 1er mars 2010. Elle sera applicable aux instances en cours.
Toutefois, seules les questions prioritaires de constitutionnalité présentées à compter du 1er mars
2010 dans un écrit ou un mémoire distinct et motivé seront recevables.

ANNEXE 2 ARRÊT N° 71 DU 26 JANVIER 2011 (09-10.198) –


COUR DE CASSATION – PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE
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Rejet
Demandeur(s) : L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)
Défendeur(s) : Fondation Letten F. Saugstad
Attendu que l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et la fondation
Letten F. Saugstad (la fondation), association de droit privé norvégien, ont conclu un « protocole
d’accord » relatif à la construction d’un pôle de recherche en neurobiologie, comportant une
clause compromissoire ; qu’à la suite d’un différend, l’arbitre, désigné par ordonnance de référé
du président du tribunal de grande instance de Paris, saisi par l’INSERM, a rendu sa sentence le
4 mai 2007 aux termes de laquelle il a débouté l’INSERM de sa demande en paiement et l’a
condamné à restituer à la fondation la somme de 304 878,03 euros avec intérêts ; que l’INSERM
a saisi concomitamment la cour administrative d’appel de Marseille d’un appel et la cour d’appel
de Paris d’un recours en annulation à l’encontre de la sentence arbitrale ; que l’arrêt attaqué
(Paris, 13 novembre 2008) a rejeté le recours ; que pour sa part, saisi de la requête présentée
initialement à la cour administrative d’appel, le Conseil d’État a renvoyé au tribunal des conflits
la question de savoir si l’action introduite par l’INSERM relevait ou non de la compétence de la
juridiction administrative ; que par décision du 17 mai 2010, le tribunal des conflits a jugé que la
juridiction judiciaire était compétente pour connaître du recours en annulation formé par
l’INSERM ;

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Introduction au droit • Série 1

Sur le second moyen, qui est préalable :


Attendu que l’INSERM fait grief à l’arrêt d’avoir qualifié l’arbitrage d’international, alors, selon le
moyen :
1°/ que l’arbitrage n’est international que s’il met en cause les intérêts du commerce internatio-
nal ; que le financement par une fondation étrangère de la construction d’un bâtiment en France,
dont la maîtrise d’ouvrage est confiée à un établissement public à caractère scientifique, et dont
la destination est l’accueil d’un centre de recherche médicale dépendant dudit établissement
constitue une opération étrangère au commerce international et insusceptible de mettre en cause
les intérêts de ce dernier ; que la cour d’appel a donc violé, par fausse application, l’article 1492
du code de procédure civile ;
2°/ qu’un mouvement de fonds en provenance de l’étranger ne met pas en cause, à lui seul, les
intérêts du commerce international ; qu’en se bornant à constater que le contrat prévoyait le
versement, en France, de fonds en provenance de la Fondation norvégienne, sans caractériser la
mise en cause des intérêts du commerce international, la cour d’appel a violé l’article 1492 du
code de procédure civile ;
3°/ qu’en outre, la volonté des parties étant sans incidence sur la qualification de l’arbitrage en
arbitrage international, en se référant aux déclarations faites par les parties devant le juge des
référés et dans l’acte de mission, la cour d’appel a violé l’article 1492 du code de procédure
civile ;
4°/ qu’enfin, l’autorité de chose jugée n’a lieu qu’à l’égard de ce qui fait l’objet d’un jugement et
a été tranché dans son dispositif ; qu’en se fondant sur la constatation, au sein des motifs de
l’ordonnance du président du tribunal de grande instance, aux termes de laquelle les parties se
seraient accordées sur le caractère international de l’arbitrage, la cour d’appel a violé l’article 1351
du code civil ;
Mais attendu qu’après avoir énoncé justement que selon l’article 1492 du code de procédure
civile, est international l’arbitrage qui met en cause des intérêts du commerce international, que
l’internationalité de l’arbitrage fait appel à une définition économique selon laquelle il suffit que
le litige soumis à l’arbitre porte sur une opération qui ne se dénoue pas économiquement dans
un seul État, et ce, indépendamment de la qualité ou de la nationalité des parties, de la loi appli-
cable au fond ou à l’arbitrage, ou encore du siège du tribunal arbitral, la cour d’appel retient que
l’objet du protocole d’accord était de mettre en commun les efforts de l’INSERM et de la fonda-

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tion « pour favoriser la réalisation d’un projet de construction d’un pôle de recherche en neuro-
biologie et la formation de cliniciens et de chercheurs dans ce domaine « avec un financement
pour la plus grande partie par la fondation, ce qui impliquait des mouvements de fonds de la
fondation norvégienne au-delà des frontières ; que, par ce seul motif, elle a exactement décidé
que l’arbitrage était international ; que le moyen n’est pas fondé ;

Sur le premier moyen, pris en ses deux branches, ci-après annexé :


Attendu que l’INSERM fait grief à l’arrêt d’avoir refusé de surseoir à statuer sur la question pré-
judicielle relative à la validité de la clause compromissoire stipulée dans le contrat administratif
conclu entre l’INSERM et la fondation, d’avoir déclaré cette clause valable et d’avoir rejeté le
recours en annulation contre la sentence arbitrale ;
Attendu que le tribunal des conflits a, dans sa décision du 17 mai 2010, jugé que la juridiction
judiciaire était compétente pour connaître du recours en annulation ; que le moyen est devenu
sans objet ;

paR CES motIFS :


REJETTE le pourvoi
Président : m. charruault
rapporteur : m. Pluyette, conseiller doyen
Avocat général : m. Sarcelet
Avocat(s) : ScP Waquet, farge et Hazan ; ScP Piwnica et molinié

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UE 111 • Introduction au droit

ANNEXE 3 ARRÊT N° 237 DU 23 FÉVRIER 2012 (10-27.336) –


COUR DE CASSATION – PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE

Cassation sans renvoi


Demandeur(s) : L’agent judiciaire du Trésor
Défendeur(s) : M. X… ; et autres

Sur le moyen unique :


Vu l’article 4 de la loi du 28 pluviôse An VIII, ensemble l’article 1er, alinéa 1er, de la loi n° 57 1424
du 31 décembre 1957 ;
Attendu qu’il résulte de ces textes qu’en cas d’action en responsabilité tendant à la réparation
des dommages causés par un véhicule, les tribunaux de l’ordre judiciaire ne sont compétents
que pour autant que le préjudice invoqué trouve sa cause déterminante dans l’action du véhi-
cule, et non dans l’existence, l’organisation ou les conditions de fonctionnement d’un ouvrage
public ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que soutenant être victimes de nuisances sonores excédant les
troubles normaux du voisinage, M. x…, M. et Mme Y…, M. et Mme Z…, M. A…, M. B…, M. C…,
M. D…, Mme E… et l’Association pour la défense du site des Pesquiers, de l’hippodrome et des
quartiers avoisinants (ASPHA) ont fait assigner l’agent judiciaire du Trésor, pris en sa qualité de
représentant de l’État français, et l’État français, pris en la personne du préfet du Var, aux fins de
voir faire interdiction, sous astreinte, à la base aéronautique navale d’Hyères Le Palyvestre de
survoler en hélicoptère le quartier des Pesquiers, de l’hippodrome et du port, où ils demeurent,
et en paiement de dommages-intérêts ;
Attendu que pour rejeter l’exception d’incompétence soulevée par l’agent judiciaire du Trésor au
profit des juridictions administratives, l’arrêt énonce que « l’ouvrage public aéroportuaire n’est
nullement en cause » ;
Qu’en statuant ainsi, tout en constatant que les hélicoptères litigieux appartenaient à la base
aéronautique navale, de sorte que le préjudice invoqué trouvait sa cause déterminante dans
l’existence et les conditions de fonctionnement de l’ouvrage public, la cour d’appel, qui n’a pas
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tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé les textes susvisés ;
Et vu l’article 627, alinéa 2, du code de procédure civile ;

paR CES motIFS :


CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 17 septembre 2010, entre les
parties, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence ;
DIT n’y avoir lieu à renvoi ;
Déclare les juridictions de l’ordre judiciaire incompétentes pour connaître du présent litige ;
Renvoie les parties à mieux se pourvoir
Président : m. charruault
rapporteur : mme canas, conseiller référendaire
Avocat général : mme falletti
Avocat(s) : ScP Ancel, couturier-Heller et meier-Bourdeau ; ScP richard

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UE 111 • Introduction au droit

INDEX
Abusus 32 Cour de justice de l’Union européenne 71
Actes juridiques 78, 83 Cour de justice des Communautés
Acte synallagmatique 80 européennes 52
Action en justice 47 Cour européenne des droits de l’homme 52
Agents de justice 51 Cours administratives d’appel 54
Aide juridictionnelle 53 Cours d’appel 58
Amendements 39 Cours d’assises 55, 59
Appel 64 Coutume 44
Appelant 49 Créance 68, 69
Arbitrage 75 Créancier 32
Arrêtés 44 Crimes 55, 62
Assemblée nationale 36, 39 Décisions européennes 37
Assistants de justice 51 Décrets ministériels 44
Astreinte 68 De cujus 30
Autorité de la force jugée 53 Défendeur 49, 62, 63
Autorité parentale 31 Délits 62
Aveu extrajudiciaire 83 Demande reconventionnelle 49
Aveu judiciaire 81 Demandeur 49
Avocat 50 Déni de justice 45
Avocat aux conseils 50 Directives européennes 37
Branches du droit 27 Doctrine 45
Cautionnement 33 Droit administratif 28
Chirographaire 32 Droit à un procès d’une durée raisonnable
Circulaires 44 52
Clause compromissoire 75 Droit à un procès équitable 52
Clause pénale 75 Droit à un procès public 52
Commandement 69 Droit au respect de la vie privée 30
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Commencement de preuve par écrit 83 Droit au respect du corps humain 30


Commission européenne 36 Droit civil 27
Compétence d’attribution 54 Droit commercial 28
Compétence territoriale 62 Droit constitutionnel 28
Compromis d’arbitrage 75 Droit de préférence 33
Conciliation 73 Droit de suite 33
Condition 34 Droit du travail 28
Conseil constitutionnel 41, 60 Droit fiscal 28
Conseil de l’Union européenne 36 Droit international privé 28
Conseil d’État 55, 63 Droit international public 29
Conseil européen 36 Droit objectif 25
Conseils de prud’hommes 57 Droit pénal 28
Constitution française 36 Droit positif 26
Contrat 78 Droit privé 27
Contrat en cours 43 Droit public 27
Contraventions 55, 62 Droits civiques 31
Convention européenne de sauvegarde des Droits de créance 31
droits de l’homme 52 Droits de la famille 30
Courant jurisprudentiel 45 Droits de la personnalité 30
Cour d’appel 63 Droits de propriété industrielle 31
Cour d’assises 63 Droits de propriété littéraire et artistique 31
Cour de cassation 59, 63 Droits intellectuels 31
Cour de justice de la République 60 Droits personnels 31

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Introduction au droit • Série 1

Droits professionnels 31 Obligations de moyens 34


Droits réels 32 Obligations de ne pas faire 34
Droits réels accessoires 32 Obligations de résultat 34
Droits réels principaux 32 Obligations facultatives 35
Droits subjectifs 29, 77 Obligations solidaires 35
Droits subjectifs extrapatrimoniaux 30 Opposition 64
Droits subjectifs patrimoniaux 31 Ordonnances du gouvernement 43
Échevinage 57 Ordre administratif 54
Engagement unilatéral de volonté 78 Ordre judiciaire 55
Exécution forcée 68 Ordre public 43
Expert 50 Parlement 36, 38, 39, 43
Faits juridiques 84 Parlement européen 36
Force exécutoire 53 Partie civile 58
Fructus 32 Pourvoi en cassation 65
Fruits 32 Pouvoir exécutif 36, 44
Gage 33 Pouvoir législatif 36
Garanties 32 Prescription 47
Gouvernement 36, 39, 43 Président de la République 36, 40
Greffiers 51 Présomptions 82
Huis clos 53 Preuve littérale 79
Huissiers de justice 50, 67 Preuves imparfaites 82
Hypothèque 33 Preuves parfaites 78
Infractions 44, 55 Principe de la publicité des débats 53
Intérêt à agir 47 Principe de la relativité de la chose jugée 45
Intimé 49 Principe de permanence 53
Juge de l’exécution 67 Principe de subsidiarité 37
Juridictions 36, 45 Principe du contradictoire 52
Juridictions de proximité 55, 56 Projet de loi 39
Juridictions non répressives 56, 62 Promulgation 40
Juridictions répressives 55, 62 Proposition de loi 39
Jurisprudence 45 Recours de plein contentieux 54
Loi constitutionnelle 38 Recours en révision 65

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Loi de compétence et de procédure 43 Recours pour excès de pouvoir 54
Loi expressément rétroactive 43 Recours préjudiciel 72
Loi impérative 40 Référé 74
Loi interprétative 43 Règle de droit 26
Loi nationale 38 Règlements autonomes 44
Loi ordinaire 38 Règlements d’application 44
Loi organique 38 Règlements de droit interne 44
Loi pénale plus douce 43 Règlements européens 37
Loi supplétive 40 Réserve héréditaire 30
Magistrats du Parquet 49 Revirement de jurisprudence 45
Magistrats du siège 49 Saisie-attribution 68
Médiation 73, 76 Saisie des droits incorporels 69
Mesures conservatoires 69 Saisies conservatoires 69
Mesures d’expulsion 68 Saisie-vente 69
Modes Alternatifs de Règlement des Sénat 36, 39
Conflits 73 Serment décisoire 81
Nantissement 33 Serment supplétoire 83
Nu-propriétaire 32 Servitudes 32
Obligations 33, 77 Situations pendantes 43
Obligations alternatives 34 Sources du droit 35
Obligations conjointes 35 Succession ab intestat 30
Obligations conjonctives 34 Succession testamentaire 30
Obligations de donner 33 Sûretés judiciaires 70
Obligations de faire 33 Sûretés personnelles 33

102
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UE 111 • Introduction au droit

Sûretés réelles 32 Tribunaux de commerce 57


Témoignage 82 Tribunaux de grande instance 56
Terme 34 Tribunaux de police 55
Territoire 42 Tribunaux des affaires de Sécurité sociale
Tierce opposition 64 58
Titre exécutoire 68 Tribunaux d’instance 57
Traités internationaux 36 Tribunaux paritaires des baux ruraux 58
Transaction 75 Union européenne 35, 51, 71
Tribunal administratif 62 Usufruit 32
Tribunal de première instance 70 Usufruitier 32
Tribunal des Conflits 55 Usus 32
Tribunaux administratifs 54 Voies de recours 64
Tribunaux correctionnel 55 Voies d’exécution 66
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UE 111
Introduction au droit
Année 2013-2014 DEVOIR 1
À envoyer à la correction
Auteur : Marielle MARTIN

nota bEnE
Ce devoir est conçu pour être traité au seul moyen de la série 1 à laquelle il se rapporte.

EXERCICE 1 : ÉTUDE DE SITUATION PRATIQUE (5 POINTS)

L’association Les Gens Heureux est un groupement informel d’amis passionnés par le village breton dont
ils sont originaires et qui consacrent leurs loisirs à le faire connaître.
Pour cela, ils réalisent des photos et des vidéos qu’ils diffusent gratuitement, par exemple sur Internet.
Afin de montrer comme il fait bon vivre dans ce village, les personnes appartenant à l’association ont eu
l’idée de photographier, à leur insu, les membres de la famille Intime qui, à l’occasion d’un repas d’anni-
versaire, déjeunaient tranquillement chez eux, dans leur maison située à l’entrée du village ; la fenêtre de
leur salle à manger étant entrouverte.
Contents de ce cliché qu’ils trouvaient réussi, les membres de l’association Les Gens Heureux l’ont
reproduit sur de petites affiches, mentionnant le nom du village, qu’ils ont distribuées un peu partout sur
les marchés et dans les boîtes aux lettres de la région.
C’est alors que, stupéfaits, les membres de la famille Intime ont découvert la photographie ainsi diffusée
les représentant.
Ils considèrent qu’ils auraient dû être au moins prévenus et que, même s’ils n’ont rien à cacher, leur vie n’a
pas à être exposée de la sorte. Aussi, pour faire valoir ce droit au respect de leur vie privée auquel ils estiment
qu’il est porté atteinte, ils entendent assigner en justice les membres de l’association Les Gens Heureux.
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Mais, peu au fait des questions juridiques, ils ne savent pas de quelle branche du droit relève la disposi-
tion qui protège la vie privée. Ils vous demandent de les éclairer.

EXERCICE 2 : COMMENTAIRE DE DOCUMENTS (12 POINTS)

répondre à chacune des douze questions posées à la suite des documents reproduits ci-après,
en expliquant les réponses.

Document n° 1. Cass. 2e civ. ; 10 janvier 2013 (extraits)


« Vu les articles 654, 659 et 693 du Code de procédure civile ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué […], qu’agissant sur le fondement d’un jugement d’un tribunal d’instance qui
avait résilié le bail qu’elle avait consenti à Mme X…, la société civile immobilière [SCI] Union de gestion
immobilière civile lui a fait délivrer un commandement de quitter les lieux ; que Mme X… ayant saisi un juge
de l’exécution d’une demande d’annulation de ce commandement, M. et Mme Y…, acquéreurs du bien
immobilier occupé, sont intervenus volontairement à l’instance ; que Mme X… ayant interjeté appel du juge-
ment l’ayant déboutée de ses demandes, M. et Mme Y… ont fait établir, le 2 juin 2009, un procès-verbal
d’expulsion qui a été signifié le 4 juin suivant, dans les formes prévues à l’article 659 du Code de procédure
civile, par un acte dont Mme X… a également demandé l’annulation ;
Attendu que pour dire régulière la procédure d’expulsion, l’arrêt retient que le procès-verbal a été régulière-
ment signifié à Mme X… par acte du 4 juin 2009, selon les modalités de l’article 659 du Code de procédure
civile à l’adresse des lieux jusqu’alors occupés, celle-ci ne rapportant pas la preuve d’avoir donné sa nou-
velle adresse à l’huissier poursuivant, le jour de l’expulsion ; •••/•••

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Introduction au droit • devoir 1

•••/••• Qu’en statuant ainsi, par un motif impropre à justifier l’absence de toute diligence de l’huissier de justice
pour rechercher le destinataire de l’acte, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
[…] ;
PAR CES MOTIFS :
Casse et annule, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 9 septembre 2010, entre les parties, par la
cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant
ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;
[…] »

Document n° 2. Extraits d’articles du Code de procédure civile (CPC)


Art. 651 al. 1er et 2 du CPC :
« Les actes sont portés à la connaissance des intéressés par la notification qui leur en est faite.
La notification faite par acte d’huissier de justice est une signification. »
Art. 654 al. 1er du CPC :
« La signification doit être faite à personne. »
Art. 659 al. 1er, 2 et 3 du CPC :
« Lorsque la personne à qui l’acte doit être signifié n’a ni domicile, ni résidence, ni lieu de travail connus,
l’huissier de justice dresse un procès-verbal où il relate avec précision les diligences qu’il a accomplies pour
rechercher le destinataire de l’acte.
Le même jour ou, au plus tard le premier jour ouvrable suivant, à peine de nullité, l’huissier de justice envoie
au destinataire, à la dernière adresse connue, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception,
une copie du procès-verbal à laquelle est jointe une copie de l’acte objet de la signification.
Le jour même, l’huissier de justice avise le destinataire, par lettre simple, de l’accomplissement de cette
formalité. »
Art. 693 al. 1er du CPC :
« Ce qui est prescrit par les articles 654 à 659, […] est observé à peine de nullité. »

TRAVAIL À FAIRE
1. Quand et par quelle juridiction la décision reproduite est-elle rendue ?

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2. Qu’avait consenti à l’origine la SCI à Mme X… ?
3. Qu’a fait ensuite délivrer la SCI à Mme X… et sur quel fondement ?
4. Quel juge Mme X… a-t-elle alors saisi et pour quelle raison ?
5. Dans quel sens ce juge s’est-il prononcé et quel recours Mme X… a-t-elle consécutivement exercé ?
6. Quel fut le résultat de ce recours et quelle procédure a-t-il permis à M. et Mme Y… de mettre en
œuvre ?
7. Par quel officier public et de quelle manière cette procédure a-t-elle été concrètement appliquée ?
8. Qu’a contesté en justice Mme X… à propos de l’application de cette procédure et quelle réponse
a apporté, le 9 septembre 2010, la cour d’appel de Paris ?
9. Qui a formé pourvoi devant la juridiction qui a rendu la décision reproduite et quel argument cette
juridiction retient-elle ?
10. Cet argument vous semble-t-il conforme à la législation en vigueur en la matière ?
11. À quelles sources du droit la décision de justice et les articles du Code de procédure civile repro-
duits appartiennent-ils respectivement et quel est le lien hiérarchique entre ces sources ?
12. Que décide la juridiction qui rend la décision reproduite quant à la suite du procès et cela res-
pecte-t-il les règles de procédure en vigueur ?

EXERCICE 3 : QUESTION DE COURS (3 POINTS)

Quelle est, en principe, la force probante d’un acte notarié ?

106

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UE 111 ➟ INTRODUCTION
AU DROIT

Année 2013-2014

Ce fascicule comprend :
La série 2
Le devoir 2 à envoyer à la correction
Le devoir 3 à envoyer à la correction

En collaboration avec
le Centre National
d’Enseignement à Distance Marielle MARTIN
Institut de Lyon

W1111-F2/4
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Introduction au droit • Série 2

L’auteur :
Marielle MARTIN : Docteur en droit privé et sciences criminelles, maître de conférences au Cnam.

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L’ensemble des contenus (textes, images, données, dessins, graphiques,


etc.) de ce fascicule est la propriété exclusive de l’INTEC-CNAM.
En vertu de l’art. L. 122-4 du Code de la propriété intellectuelle, la repro-
duction ou représentation intégrale ou partielle de ces contenus, sans auto-
risation expresse et préalable de l’INTEC-CNAM, est illicite. Le Code de la
propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions stricte-
ment réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation
collective » (art. L. 122-5).

2
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UE 111 • Introduction au droit

••• OBJECTIFS •••

La présente série a pour objectifs de déterminer de quelle manière le droit envisage


les personnes et les biens. Opposés de par leur nature juridique, les personnes
(sujets de droit) et les biens (objets juridiques) entretiennent cependant des liens
ténus ; les seconds ayant vocation à appartenir aux premières.
Il convient, tout d’abord, de déinir qui est une personne au regard du droit ; à
savoir qui est titulaire de droits (droit de propriété, droit d’ester en justice, droit de
créance…) et d’obligations (obligation de livrer un bien, de réparer un préjudice…).
En effet, le droit distingue les personnes physiques (personnes humaines) et les
personnes morales (certains groupements). Cette étude suppose de préciser de
quelle façon apparaît, disparaît et se caractérise la personnalité juridique. La
question est d’importance car de nombreux points de droit en dépendent : pos-
sibilité de conclure un contrat avec tel groupement dès lors qu’il est doté de la per-
sonnalité morale… En outre, on doit savoir que toutes les personnes n’ont pas la
même aptitude juridique à accomplir tel ou tel acte (aptitude à effectuer certains
actes graves, à exercer telle profession…) : il s’agit de la question de la capacité
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juridique dont l’exposé complète celui de la personnalité juridique. Ensuite, les


biens ne cessent de circuler entre les personnes et en particulier dans le cadre
des entreprises : il est donc superlu de rappeler à quel point la connaissance juri-
dique des biens et des questions qu’ils soulèvent est essentielle. Par conséquent,
la présente série a également pour objectifs de préciser quelles sont les différentes
sortes de biens (biens corporels ou incorporels, biens meubles ou immeubles…) et
les règles de droit applicables à chacune de ces sortes. Cette présentation est
complétée, entre autres, par une étude détaillée des droits subjectifs pouvant
porter sur les biens (droit de propriété, usufruit…) ainsi que par un exposé de la
façon dont le droit appréhende la notion de patrimoine.

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UE 111 • Introduction au droit

TABLE DES MATIÈRES

PARTIE 1. LE DROIT DES PERSONNES 7

TITrE 1. La pErSOnnaLITé jUrIdIqUE ..................................................... 7


Chapitre 1. Les personnes physiques ....................................................................7
Section 1. Conditions et durée de la personnalité.................................................7
Section 2. Éléments d’identiication ......................................................................8
Chapitre 2. Les personnes morales .....................................................................10
Section 1. Conditions et durée de la personnalité...............................................11
Section 2. Éléments d’identiication ....................................................................12

TITrE 2. La CapaCITé jUrIdIqUE ............................................................. 13


Chapitre 1. notions introductives .........................................................................13
Section 1. Déinition de la capacité juridique ......................................................13
Section 2. Différentes catégories d’incapacités ..................................................13
Section 3. Classiication des actes......................................................................14
Chapitre 2. Les personnes physiques ..................................................................15
Section 1. Les mineurs ........................................................................................15
Section 2. Les majeurs ........................................................................................19
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Chapitre 3. Les personnes morales .....................................................................21


Section 1. Le principe de spécialité.....................................................................21
Section 2. La nécessité d’une représentation .....................................................21

PARTIE 2. LE DROIT DES BIENS 23

TITrE 1. LES CLaSSIfICaTIOnS dES bIEnS ............................................. 23


Chapitre 1. La distinction des biens corporels et des biens incorporels .........24

Chapitre 2. La distinction des biens meubles et des biens immeubles ............24


Section 1. Critère et signiication de la distinction ..............................................25
Section 2. Détermination des biens meubles ......................................................25
Section 3. Détermination des biens immeubles ..................................................26

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Introduction au droit • Série 2

TITrE 2. La prOprIéTé ET SES démEmbrEmEnTS............................... 29


Chapitre 1. Théorie générale de la propriété .......................................................30
Section 1. Les attributs du droit de propriété ......................................................30
Section 2. Les caractères du droit de propriété ..................................................31
Chapitre 2. L’acquisition de la propriété ..............................................................32
Section 1. L’acquisition par un acte juridique : le contrat ...................................32
Section 2. L’acquisition par un fait juridique : la possession...............................33
Chapitre 3. L’étendue du droit de propriété.........................................................38
Section 1. L’objet du droit de propriété ...............................................................38
Section 2. Les démembrements du droit de propriété ........................................39
Section 3. L’exercice entravé du droit de propriété.............................................43

TITrE 3. LE paTrImOInE .............................................................................. 45


Chapitre 1. nature juridique du patrimoine .........................................................45

Chapitre 2. approche personnaliste et thèse du patrimoine d’affectation ......45


Section 1. Approche personnaliste du patrimoine ..............................................45
Section 2. Thèse du patrimoine d’affectation ......................................................47
Chapitre 3. approche personnaliste du droit positif français ............................48
Section 1. Une approche nuancée ......................................................................48
Section 2. Droit de gage général et rôle des sûretés ..........................................49

LEXIQUE 51

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EXERCICES AUTOCORRIGÉS 55
ANNEXES 59
INDEX 67
DEVOIR 2 69
DEVOIR 3 71

6
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PARTIE
LE DROIT DES PERSONNES

Afin d’appréhender qui sont les personnes au regard du droit et les actes qu’elles peuvent vala-
blement accomplir, on envisage ici ce que sont la personnalité juridique (Titre 1) et la capacité
juridique (Titre 2).

TITRE 1. LA PERSONNALITÉ JURIDIQUE

Retrouvez des compléments pédagogiques de l’UE 111 sur le site Internet de l’Intec :


[Link]

Être doté de la personnalité juridique, c’est avoir une existence juridique en tant que per-
sonne, sujet de droit. La personnalité juridique est donc l’aptitude que l’on a à être titulaire de
droits (subjectifs) et à être tenu à des obligations. Consécutivement, la personne est un
acteur à part entière de la vie juridique, notamment dans le monde des affaires. La person-
nalité juridique est reconnue à toute personne physique, c’est-à-dire à tous les humains
(Chapitre 1), mais aussi à certains groupements appelés en ce cas des personnes morales
(Chapitre 2). On qualifie de personnalité morale la personnalité juridique des personnes
morales.
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CHAPITRE 1. LES PERSONNES PHYSIQUES


Les êtres humains n’ont pas toujours eu la personnalité juridique. Ainsi, par exemple, les esclaves
(objets de droit comme un meuble quelconque) jusqu’en 1848 et les condamnés à des peines
perpétuelles qui étaient jusqu’en 1854 frappés de mort civile, n’avaient pas la personnalité juri-
dique. Aujourd’hui, tout être humain est doté de la personnalité juridique, mais on doit préciser
les conditions d’acquisition et la durée de cette personnalité, avant d’évoquer les principaux
éléments d’identification d’une personne physique.

SECTION 1. CONDITIONS ET DURÉE DE LA PERSONNALITÉ

I. CONDITIONS
Tout être humain a la personnalité juridique, mais la condition essentielle pour l’acquisition de la
personnalité juridique est que l’enfant naisse vivant (avoir respiré au moins une fois) et viable
(être doté des organes vitaux). Toutefois, seul l’être humain a la personnalité juridique, ce qui
exclut les animaux et les choses.

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Introduction au droit • Série 2

II. DURÉE
Quand la personnalité juridique des personnes physiques débute-t-elle et cesse-t-elle ?

A. DÉBUT DE LA PERSONNALITÉ
Par principe, la personnalité juridique de l’être humain commence dès la naissance (et ce,
indépendamment de ce que la naissance doit être déclarée dans les trois jours à l’officier d’état
civil du lieu de l’accouchement). mais, par exception, « l’enfant simplement conçu est consi-
déré né dans son intérêt ». À cet égard, le problème de la date de la conception se pose. Pour
le résoudre, la loi (art. 311 al. 1er C. civ.) établit une présomption selon laquelle la conception peut
se situer entre 180 et 300 jours inclus avant la naissance (présomption légale de conception).
Entre ces deux dates limites, l’enfant peut situer la date de sa conception comme son intérêt
l’exige ; par exemple, pour recueillir une succession ouverte avant sa naissance mais à partir de
sa conception ; pourvu, bien sûr, qu’il naisse vivant et viable.
Plus généralement, on s’interroge sur le statut juridique de l’embryon, spécialement au regard
des lois de bioéthique (loi bioéthique du 6 août 2004 révisée par une loi du 7 juillet 2011). En
effet, ces lois n’indiquent pas expressément si l’embryon est une personne humaine ou seule-
ment une personne humaine potentielle. Cependant, si ces lois permettent à certaines condi-
tions d’intervenir sur l’embryon (fécondation in vitro…), elles en encadrent surtout la protection
(interdiction des pratiques eugéniques tendant à l’organisation de la sélection des personnes, du
transfert d’embryons humains à titre onéreux, de leur utilisation à des fins industrielles ou com-
merciales, nullité des conventions portant sur la procréation ou la gestation pour le compte
d’autrui, instauration d’une procédure analogue à l’adoption pour l’accueil d’embryon congelé,
prohibition des crimes contre l’espèce humaine : eugénisme et clonage reproductif…).

B. FIN DE LA PERSONNALITÉ
La personnalité juridique cesse au décès médicalement constaté.
mais si l’on n’a pas de certitude quant au décès, si l’on n’a pas trouvé le corps, sauf cer-
taines exceptions, l’individu est considéré encore vivant : on dit qu’il est « absent ».

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L’absent est donc un individu dont on ne sait s’il est mort ou vivant, qui a cessé de paraître
à son domicile ou sa résidence sans que l’on ait eu de ses nouvelles. L’absent étant consi-
déré toujours en vie, ses biens sont administrés provisoirement et ses « héritiers » ne peuvent en
disposer avant un certain délai.
Il faut distinguer l’absence de la disparition. La disparition est un régime plus souple qui
intervient lorsqu’une personne a disparu dans des circonstances de nature à mettre sa vie
en danger, sans que le corps ait pu être retrouvé. Le tribunal de grande instance rend un
jugement déclaratif de décès qui produit les mêmes effets qu’un acte de décès. La date du
décès doit être indiquée en tenant compte des circonstances. Le disparu est considéré par la
loi comme décédé : son conjoint peut alors se marier. Mais si le prétendu décédé reparaît, il
devra se marier une nouvelle fois avec son ex-conjoint dans le cas où ce dernier aurait tenu à
attendre… comme Pénélope attendit Ulysse !

SECTION 2. ÉLÉMENTS D’IDENTIFICATION


Tous les individus ont la personnalité juridique mais il est indispensable de distinguer les indivi-
dus entre eux. Cette distinction se fait par des éléments d’individualisation qui sont essentiel-
lement le nom de famille (et au moins un prénom), le domicile, la nationalité et l’état civil de la
personne (ensemble des qualités, au plan privé, d’une personne physique déterminant ses droits
et obligations : âge, sexe, qualité d’époux, de parent, d’enfant, etc.). Conformément au pro-
gramme officiel de l’UE 111, on présente ici la signification et l’utilité du nom de famille (et du
prénom), du domicile et de la nationalité ; mais pas leurs conditions d’attribution.

8
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UE 111 • Introduction au droit

I. LE NOM DE FAMILLE
Le nom de famille est l’appellation qui permet de désigner chaque personne dans la commu-
nauté humaine. Ce nom, que l’on doit obligatoirement avoir, s’accompagne d’un autre élément
tout aussi obligatoire : le prénom. Celui-ci (un seul prénom suffit, il n’est pas nécessaire mais seu-
lement possible d’en avoir plusieurs) sert à désigner, entre elles, les personnes au sein d’une
famille. Selon le doyen Cornu, le prénom est l’expression « personnalissime de la personnalité »
(Droit civil, t. 1, « Précis Domat », n° 626, 1980). Le nom de famille, ainsi que le prénom, sont
incessibles (ils ne peuvent se vendre…), imprescriptibles (ils ne se perdent pas au fil du temps),
protégés par la loi (contre toute usurpation ou atteinte par autrui…) et en principe immuables (on
ne peut en changer). néanmoins, la possibilité d’un changement de nom ou de prénom est
depuis fort longtemps admise par le législateur qui exige un intérêt légitime : nom ridicule ou
grossier, désir d’éviter l’extinction du nom porté par un ascendant, volonté d’intégration dans la
communauté française… Ce changement est alors autorisé par décret publié au Journal officiel et
tout intéressé peut y faire opposition pendant deux mois à dater de cette publication. Plus généra-
lement, les autorités publiques veillent d’ailleurs à ce que le (ou les) prénom(s) choisi(s) pour un
enfant ne porte(nt) pas préjudice à celui-ci (l’officier d’état civil qui reçoit la déclaration de naissance
peut, si un prénom lui paraît contraire à l’intérêt de l’enfant, en informer le procureur de la République).

REMARQUES
• Il arrive qu’une personne physique possède également un pseudonyme (nom volontairement
choisi par une personne pour exercer une activité littéraire ou artistique, militaire ou religieuse ;
l’hypothèse la plus fréquente concernant aujourd’hui les artistes de spectacle), un surnom
(« petit nom » dont l’usage est, dans la plupart des cas, employé par l’entourage familial) ou un
titre nobiliaire (titre se transmettant par ordre de naissance : prince, duc, marquis…) qui ne
sont que des accessoires du nom de famille ; mais dont certains (pseudonyme, titre nobi-
liaire) sont cependant susceptibles d’être défendus en justice contre toute usurpation.
• La particule fait partie du nom de famille et est défendue comme lui.
• En ce qui concerne le simple usage du nom, signalons que par mariage, la femme acquiert,
selon une tradition ancestrale, l’usage du nom de son mari. Il s’agit là d’un droit d’usage
coutumier reconnu à l’épouse qui conserve néanmoins son nom de famille : ainsi, dans les
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actes officiels, elle est désignée par son nom de jeune fille avec la mention « épouse… » ou
« veuve… ». À ce propos, il est à noter une évolution récente : par exemple, sur une question
posée par un parlementaire, le ministère de la Justice et des Libertés a considéré que, réci-
proquement, l’homme marié peut tout aussi bien prendre le nom de son épouse comme nom
d’usage (réponse ministérielle publiée au JO du Sénat du 27 octobre 2011, page 2764).
• Par ailleurs, la loi dispose que toute personne majeure peut ajouter à son nom, à titre d’usage,
le nom de celui de ses parents qui ne lui a pas transmis le sien.

II. LE DOMICILE
Selon le Code civil, « le domicile de tout Français quant à l’exercice de ses droits civils est
au lieu de son principal établissement » (art. 102 al. 1er). Le domicile est le siège juridique de
la personne. Toutefois, la loi ne définit pas la notion de « principal établissement » ; d’où, pour
déterminer le domicile, on s’attache à repérer le lieu où vit principalement l’intéressé (lieu où
il est officiellement joignable à titre privé). Le domicile est en principe unique. mais ce prin-
cipe subit des exceptions : il en est ainsi avec la notion de domicile élu (domicile choisi par les
parties ou imposé par la loi, pour l’exécution d’un acte déterminé ou à l’occasion d’une procé-
dure ; généralement chez une autre personne. Par exemple : chez un banquier pour le rembour-
sement d’un prêt ou en l’étude d’un notaire pour la vente d’une maison). Toutefois, cette élection
de domicile ne vaut que pour les besoins de la situation qui la motive et, pour le reste, ne modifie
en rien le domicile, lieu effectif du principal établissement des parties concernées.
La notion de domicile présente un certain nombre d’intérêts pratiques notamment pour les
mesures nécessaires à la gestion, la transmission d’un patrimoine, pour certaines mesures de

201111TDPA0213 9
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Introduction au droit • Série 2

publicité, pour la détermination de la compétence des juridictions. Ceci justifie ces deux prin-
cipes : celui de la nécessité du domicile (des dispositions particulières existent pour les per-
sonnes « sans domicile fixe ») et celui de l’unité du domicile.
Le domicile ne doit pas être confondu avec des lieux de vie plus occasionnels (ex. : résidence
secondaire).

III. LA NATIONALITÉ
Autre élément de l’individualisation des personnes : la nationalité est le lien juridique qui rat-
tache une personne à un état. Ce lien détermine, sur de nombreux points, quel est le pays
dont les règles juridiques sont applicables à la personne (ex. : en ce qui concerne la capacité
juridique, le droit positif français s’applique à tous les Français, même résidant à l’étranger).
En principe, toute personne a une nationalité, mais n’en a qu’une seule. Cependant, certaines
personnes peuvent avoir la nationalité de plusieurs pays et, inversement, il arrive qu’une per-
sonne se retrouve sans nationalité (apatride) ; en pareils cas, on comprend qu’il est difficile de
savoir quel droit leur est applicable.
Outre les personnes physiques, d’autres personnes ont une existence juridique : ce sont les
personnes morales.

CHAPITRE 2. LES PERSONNES MORALES


La personne morale est un groupement de personnes physiques qui s’unissent en vue de la
réalisation d’un but commun (une personne morale peut aussi être composée d’autres per-
sonnes morales elles-mêmes regroupant des personnes physiques !). Mais la personne morale
est indépendante des personnes qui la composent, elle est dotée d’une identité propre
(elle peut agir en justice, être assignée, passer des contrats, elle engage ses responsabilités, elle
possède ses propres biens et dettes…).
Pour une approche plus concrète, avant de voir d’une part, quelles sont les conditions et la

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durée de la personnalité morale, et, d’autre part, quels sont les éléments essentiels d’identifica-
tion des personnes morales, on se propose de recenser les principales catégories de ces
dernières que l’on a coutume de distinguer selon qu’elles relèvent plutôt du droit public ou plutôt
du droit privé et ce, au moyen du tableau ci-après :

principales personnes morales


principales personnes morales de droit privé
de droit public
L’état Les sociétés : une société est un groupement à but lucratif constitué
Les collectivités territoriales par des associés qui espèrent se partager les bénéfices ou profiter de
(communes, départements, l’économie que réalisera cette société ; étant entendu que les
régions…) associés doivent effectuer des apports à ladite société et s’engagent
Les établissements publics également à contribuer aux pertes éventuelles de celle-ci.
(hôpitaux…) • Sociétés civiles (ex. : sociétés immobilières…).
Les ordres professionnels • Sociétés commerciales. En vertu du critère de leur forme
(ordre des médecins, juridique, on distingue :
ordre des experts-comptables…) – Les sociétés commerciales dites de personnes (elles sont
conclues intuitu personae, autrement dit dominées par l’intuitus
personae, c’est-à-dire davantage la prise en considération des
personnes associées que les capitaux apportés) : Société en
nom collectif (SNC), Société en commandite simple (SCS).
– Les sociétés commerciales dites de capitaux (la qualité des
personnes associées importe peu) : Société anonyme (SA),
Société par actions simplifiées (SAS), Société européenne (SE),
Société en commandite par actions (SCA), Société à
responsabilité limitée (SARL), entreprise unipersonnelle à
responsabilité limitée (EURL)*.

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UE 111 • Introduction au droit

principales personnes morales


principales personnes morales de droit privé
de droit public
Les Groupements d’intérêt économique : un GIE est un
groupement dont le but est lucratif en ce sens qu’il est constitué
pour faciliter le développement économique de ses membres
(ex. : études de marché, informatisation…), lesquels conservent leur
indépendance économique et juridique.
Les associations : une association est un groupement qui poursuit
un but (humanitaire, culturel…) autre que lucratif (les membres de
l’association poursuivent un but autre que celui de se partager les
bénéfices que cette association pourrait faire). Il existe deux sortes
d’associations ayant la personnalité morale : les associations
simplement déclarées ; les associations reconnues d’utilité publique
(par un décret du Ministère de l’intérieur après avis du Conseil
d’État)**.
Les syndicats : ce sont des groupements qui ont pour vocation de
défendre les intérêts individuels et collectifs des personnes visées
par leurs statuts (syndicats professionnels…).
Les fondations : ce sont des groupements de biens qui ont pour
vocation d’être mobilisés au service d’une cause (personnes en
difficultés…)
* L’EURL est une SARL à associé unique.
** Il existe des « associations non déclarées » : elles ne sont pas illégales dès lors que leur activité n’est pas contraire à la loi, mais elles
n’ont pas la personnalité morale.

REMARQUES
• Certaines personnes morales relèvent à la fois du droit public et du droit privé : les entre-
prises publiques (personnes morales de droit public mais disposant de prérogatives de
droit privé), les comités d’entreprise (personnes morales de droit privé, mais disposant de
prérogatives de droit public).
• L’étude, dans le détail, des différentes personnes morales excède le cadre du présent cours.

SECTION 1. CONDITIONS ET DURÉE DE LA PERSONNALITÉ


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Les conditions d’octroi et la durée de la personnalité diffèrent selon les catégories de per-
sonnes morales.

I. CONDITIONS
dans tous les cas, l’octroi de la personnalité morale repose sur des formalités à accom-
plir ; lesquelles ne produisent effet que si les conditions de fond exigées par la loi pour la validité
de la constitution de la personne morale sont remplies (selon la nature de la personne morale :
nombre de membres, montant du capital social…). Or, ces formalités ne sont pas les mêmes
pour toutes les personnes morales. Ainsi, par exemple : une société n’acquiert la personnalité
morale qu’à dater de son immatriculation au Registre du commerce et des sociétés (RCS), un
GIE n’acquiert également la personnalité morale qu’à dater de son immatriculation au RCS, mais
une association n’acquiert la personnalité morale qu’après sa déclaration à la préfecture ou
sous-préfecture de son siège social, suivie de sa publication au Journal officiel.

REMARQUE
Un groupement est licite si son activité est licite, mais ses membres peuvent choisir que ne lui
soit pas octroyée la personnalité morale en n’accomplissant pas les formalités nécessaires pour
cela (cas des associations non déclarées, des sociétés en participation : ces groupements
répondent respectivement à la définition des associations et des sociétés en se comportant
comme telles, mais ne sont pas des personnes morales).

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Introduction au droit • Série 2

II. DURÉE
La création d’une personne morale nécessite la rédaction de statuts comportant diverses
mentions, dont la durée prévisible du groupement. En principe, cette durée est librement
déterminée par les fondateurs. Toutefois, par exemple, la loi oblige à ce que la durée d’une
société ne dépasse pas 99 ans… mais autorise à ce qu’elle soit prorogée en cours d’existence !
La durée de la personne morale dépend donc de la durée initialement prévue et des proro-
gations éventuelles. néanmoins, la personne morale peut disparaître avant l’échéance
ainsi fixée et ce, pour différentes raisons : réalisation de l’objet pour lequel la personne morale
a été créée (lorsque la personne morale a atteint le but précis pour lequel elle a été constituée,
elle n’a plus lieu d’exister), survenance d’une cause de dissolution ayant été prévue dans les
statuts, décision de dissolution anticipée prise par les membres de la personne morale, décision
judiciaire de liquidation en raison de difficultés financières ou à titre de sanction pénale…

SECTION 2. ÉLÉMENTS D’IDENTIFICATION


De façon analogue aux personnes physiques, les éléments essentiels d’identification d’une per-
sonne morale sont sa dénomination sociale, son siège social et sa nationalité.

I. LA DÉNOMINATION SOCIALE
Équivalent du nom de famille des personnes physiques, la « dénomination sociale » est l’appel-
lation officielle sous laquelle fonctionne la personne morale (l’expression « dénomination
sociale » est d’ailleurs davantage réservée aux sociétés, tandis que, par exemple, on préférera
parler de « titre » pour une association).
Cette appellation, qui permet de distinguer chaque personne morale parmi les autres, est en
principe librement choisie par les membres de ladite personne ; lesquels doivent toutefois
veiller à ne pas créer de confusion spécialement avec des groupements concurrents.

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II. LE SIÈGE SOCIAL
Équivalent du domicile des personnes physiques, le « siège social » est le lieu où est officielle-
ment installée la personne morale. Il permet notamment de savoir où lui adresser des cour-
riers, de déterminer la compétence territoriale de la juridiction devant laquelle l’assigner…

III. LA NATIONALITÉ
Comme pour les personnes physiques, une personne morale a une nationalité, c’est-à-dire
un lien juridique qui la rattache à un état. Il se trouve que ce lien est en principe déterminé
par le lieu du siège social. Ainsi, par exemple, l’article 1837 alinéa 1er du Code civil dispose :
« Toute société dont le siège est situé sur le territoire français est soumise aux dispositions
de la loi française. »

Que l’on soit un être humain ou un groupement, être doté de la personnalité juridique implique
de posséder la capacité juridique. Cette capacité est toutefois plus ou moins étendue.

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UE 111 • Introduction au droit

TITRE 2. LA CAPACITÉ JURIDIQUE

Retrouvez des compléments pédagogiques de l’UE 111 sur le site Internet de l’Intec :


[Link]

Différentes notions introductives doivent être évoquées (chapitre 1), avant de voir comment se
présentent la capacité juridique des personnes physiques (chapitre 2) et celle des personnes
morales (chapitre 3).

CHAPITRE 1. NOTIONS INTRODUCTIVES


Il importe de définir la capacité juridique, avant d’en distinguer les limites (les incapacités). On
s’attachera également à la classification des principaux actes que l’on est susceptible d’accom-
plir ; la nature de ces actes ayant une incidence sur leur validité selon la latitude laissée par la loi
aux personnes qui les effectuent.

SECTION 1. DÉFINITION DE LA CAPACITÉ JURIDIQUE

La capacité juridique est consécutive à la personnalité juridique : en effet, à quoi cela servi-
rait-il d’exister juridiquement si l’on n’avait aucune aptitude reconnue ? La capacité juridique est
donc, en quelque sorte, la concrétisation de la personnalité juridique.
Mais la capacité juridique recouvre en réalité deux sortes de capacités : la capacité de
jouissance (l’aptitude à avoir des droits et des obligations : avoir le droit au respect de sa vie
privée, avoir un droit de propriété, avoir une dette…) et la capacité d’exercice (l’aptitude à
exercer soi-même et pour soi-même les droits et obligations que l’on a) ; la seconde capacité
étant, on le voit, subordonnée à la première.
Lorsque le législateur restreint la capacité, il diminue la personnalité et alors il y a atteinte à la
liberté civile. Pour cette raison, un adage ancien dispose que : « La capacité est la règle, l’inca-
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pacité, l’exception. » Toute personne est, en principe, pleinement capable, tant pour acquérir
un droit que pour exercer le droit considéré et tout texte imposant une incapacité doit être
entendu strictement, comme exception au principe général.

SECTION 2. DIFFÉRENTES CATÉGORIES D’INCAPACITÉS

Avec plus ou moins d’ampleur, la capacité de jouissance comme la capacité d’exercice peuvent
être limitées.

I. L’INCAPACITÉ DE JOUISSANCE
Depuis la suppression de la mort civile en 1854 (tout condamné à une peine perpétuelle perdait
toute personnalité juridique), il n’existe plus d’incapacité de jouissance générale, c’est-à-
dire, s’appliquant à tous les droits, mais seulement des incapacités de jouissance spé-
ciales, c’est-à-dire n’atteignant que certains droits.

EXEMPLE
Les membres des professions médicales et de la pharmacie, ainsi que les auxiliaires médicaux
qui ont prodigué des soins à une personne pendant la maladie dont elle meurt, ne peuvent
profiter des dispositions entre vifs ou testamentaires qu’elle aurait faites en leur faveur pendant
le cours de cette maladie (art. 909 al. 1er C. civ.). Le législateur renforce d’ailleurs l’efficacité de

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Introduction au droit • Série 2

cette incapacité en prohibant toute libéralité (don, legs) qui serait faite de manière détournée
soit sous la forme notamment d’une fausse vente, soit à une personne servant d’intermé-
diaire : « toute libéralité au profit d’une personne physique, frappée d’une incapacité de rece-
voir à titre gratuit, est nulle, qu’elle soit déguisée sous la forme d’un contrat onéreux ou faite
sous le nom de personnes interposées, physiques ou morales » (art. 911 al. 1er C. civ.).

II. L’INCAPACITÉ D’EXERCICE


Les cas d’incapacité d’exercice sont les plus nombreux. Il existe deux sortes d’incapacités
d’exercice :
• Une incapacité d’exercice générale, c’est-à-dire l’interdiction de passer tout acte juri-
dique (ex. : l’incapacité de la personne dont l’altération des facultés mentales et/ou physiques
est profonde).
• Une incapacité d’exercice spéciale qui permet à l’incapable d’accomplir seul tous les
actes sauf celui (ou ceux) qui lui est (sont) expressément interdit(s) (ex. : incapacité du
majeur en curatelle) (voir infra chapitre 2).
En organisant ces deux incapacités, le législateur a eu comme préoccupation essentielle la
protection de l’incapable contre lui-même et spécialement dans le cas d’incapacité d’exer-
cice. En effet, il a pris en considération, soit l’âge de l’individu, soit ses facultés mentales ou
physiques. Mais protéger l’incapable contre lui-même en lui interdisant la passation de tout acte
aboutirait à le frapper d’une sorte de mort civile. C’est pourquoi le législateur a prévu aussi
deux moyens pour suppléer à l’incapacité d’exercice :
• Tantôt l’incapable agit lui-même mais il est assisté d’un tiers (ex. : le majeur en curatelle :
système de l’assistance).
• Tantôt le droit est exercé pour le compte de l’incapable par un représentant (ex. : le mineur
non émancipé : système de la représentation).
dans tous les cas d’incapacités d’exercice, la personne reste titulaire de ses droits et obli-
gations, mais ne peut les mettre en œuvre seule.

SECTION 3. CLASSIFICATION DES ACTES

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Pour déterminer la liberté d’action plus ou moins large laissée par le législateur à l’incapable ou
à son représentant, le droit distingue les actes selon leur gravité.

I. L’ACTE DE CONSERVATION
Il est nécessaire à la sauvegarde d’un droit. Il a pour but d’éviter au patrimoine une perte immi-
nente, ou au moins le risque d’une perte. Il suppose une dépense négligeable au regard de
l’importance du bien à sauvegarder. Il est permis à toute personne sans autorisation (ex. : renou-
vellement d’une inscription hypothécaire, assurance contre l’incendie…).

II. L’ACTE D’ADMINISTRATION


Il correspond à une gestion courante et n’engage pas sérieusement l’avenir. Il tend à conserver,
à entretenir un bien, à le remettre en valeur et à employer ses revenus. Il est généralement permis
au représentant de l’incapable (ex. : une vente d’objets périssables est un acte d’administration ;
par contre, la vente d’un meuble de valeur est un acte de disposition).

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III. L’ACTE DE DISPOSITION


L’acte de disposition est soit à titre onéreux, soit à titre gratuit. L’acte à titre onéreux est celui qui
modifie le patrimoine de manière significative, au moyen d’un échange de biens (ex. : vente d’un
bien de grande valeur). L’acte à titre gratuit est celui qui compromet le patrimoine de manière
significative et sans aucun équivalent (ex. : prêt gratuit, libéralités dont les donations). En prin-
cipe, l’acte de disposition est interdit à la personne incapable agissant seule et ne peut être fait
par son représentant que si celui-ci obtient une autorisation des personnes habilitées à la lui
donner (juge des tutelles…).
Étudions de quelle manière la loi organise la capacité des personnes physiques et celle des per-
sonnes morales.

CHAPITRE 2. LES PERSONNES PHYSIQUES


La capacité juridique des personnes physiques diffère selon que la personne est mineure ou
majeure.

SECTION 1. LES MINEURS

Selon le législateur, le mineur est l’individu de l’un ou de l’autre sexe qui n’a point encore
l’âge de dix-huit ans accomplis. Sauf à être émancipé, le mineur est réputé incapable.

I. LES MINEURS NON ÉMANCIPÉS


par principe, un mineur n’est pas émancipé (sur l’émancipation juridique, voir infra II.). Le
mineur non émancipé est frappé de certaines incapacités de jouissance (ex. : en matière de
droits civiques) ; mais surtout, sauf exceptions (il peut effectuer des actes de conservation…),
il est presque totalement incapable d’exercice. Il est donc placé sous un régime de protec-
tion qui procède de la représentation légale ; régime qui varie selon la configuration de la
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cellule familiale du mineur : soit l’un au moins de ses deux parents exerce l’autorité paren-
tale et le mineur est placé sous la protection corrélative, soit aucun des deux n’exerce
cette autorité et le mineur est placé sous tutelle.

A. L’AUTORITÉ PARENTALE
Selon l’article 371-1 du Code civil, l’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs
ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient aux deux parents (ascendants immé-
diats) jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité,
sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le
respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent,
selon son âge et son degré de maturité.
La loi (art. 372 et 373-2 C. civ.) pose le principe de l’exercice en commun de l’autorité paren-
tale par les deux parents, quelle que soit leur situation juridique (mariés ou non, divorcés…).
Toutefois, le législateur (art. 373 C. civ.) envisage les hypothèses dans lesquelles un parent ne
puisse exercer l’autorité parentale (outre son décès). Il en est ainsi, notamment, du parent
juridiquement absent, en incapacité juridique…
Par ailleurs, si les parents se désintéressent manifestement de l’enfant ou s’ils sont dans l’im-
possibilité d’exercer l’autorité parentale (prison…), le juge peut prononcer la délégation partielle
ou totale de cette autorité à un tiers.

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Introduction au droit • Série 2

Quoi qu’il en soit, pour les parents qui l’exercent, l’autorité parentale s’exprime à l’égard de
la personne même du mineur mais aussi de son patrimoine.

1. Les attributs de l’autorité parentale concernant la personne du mineur


Les parents doivent veiller tant aux besoins matériels de leur enfant qu’à son éducation morale,
religieuse…
L’article 371-2 du Code civil précise que :
« Chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de
ses ressources, de celles de l’autre parent, ainsi que des besoins de l’enfant.
Cette obligation ne cesse pas de plein droit lorsque l’enfant est majeur. »

2. Les attributs de l’autorité parentale concernant le patrimoine du mineur


Selon l’article 382 du Code civil, les deux parents ont l’administration et la jouissance des biens
de leur enfant.

a. L’administration légale

définition
L’administration légale est le droit et l’obligation pour l’un des deux parents ou les deux
parents qui exerce(nt) l’autorité parentale, de gérer le patrimoine du mineur non émancipé.
Il y a deux sortes d’administration légale :
• L’administration légale pure et simple :
Ce régime s’applique quand les deux parents exercent en commun l’autorité parentale
(C. civ., art. 389-1).
Les parents accomplissent ensemble les actes qu’un tuteur ne pourrait faire qu’avec
l’autorisation du conseil de famille (voir infra la tutelle).
À défaut d’accord entre les parents, l’acte doit être autorisé par le juge des tutelles.
même d’un commun accord, les parents ne peuvent : ni vendre de gré à gré, ni apporter en
société un immeuble ou un fonds de commerce appartenant au mineur, ni contracter d’em-

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prunt en son nom, ni renoncer pour lui à un droit, sans l’autorisation du juge des tutelles. Et si
l’acte cause un préjudice au mineur, les parents en sont responsables solidairement.
• L’administration légale sous contrôle judiciaire :
L’administration légale est placée sous le contrôle du juge des tutelles lorsqu’un seul
parent exerce l’autorité parentale (l’un des deux parents est décédé ou hors d’état de mani-
fester sa volonté en raison de son incapacité, de son absence, de son éloignement ou de toute
autre cause, ou il a consenti une délégation de ses droits, ou il a été condamné pour abandon
de famille ou, enfin, il a fait l’objet d’un jugement de retrait).
L’administrateur doit demander l’autorisation du juge des tutelles pour accomplir les actes
qu’un tuteur ne pourrait faire qu’avec l’autorisation du conseil de famille.
Il peut faire seul les autres actes.

b. La jouissance légale
Selon l’article 383 al. 2 du Code civil, la jouissance légale est attachée à l’administration
légale : elle appartient soit aux deux parents conjointement, soit à celui des deux qui a la charge
de l’administration.
Il s’agit d’un droit d’usufruit, appartenant au(x) titulaire(s) de l’autorité parentale et qui lui
(leur) permet de percevoir les fruits, les produits et les revenus des biens de l’enfant, jusqu’à ce
qu’il atteigne l’âge de 16 ans ou qu’il soit émancipé. Les revenus des biens de l’enfant doivent
toutefois être prioritairement employés à sa nourriture, son entretien et son éducation.

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La jouissance légale porte, en principe, sur tous les biens de l’enfant mineur, sauf sur : les biens
que l’enfant acquiert par son travail (sans pour autant que le mineur puisse disposer de ses
salaires ; car c’est l’administrateur légal qui les perçoit et les capitalise pour son compte) ; les
biens qui lui ont été donnés ou légués par un tiers à la condition expresse que ses parents n’en
jouiront pas ; les biens recueillis dans une succession dont l’un ou l’autre des parents a été exclu
comme indigne.

REMARQUES
• L’administration légale prend fin normalement à la majorité, l’émancipation ou le décès du
mineur. Le décès des deux parents provoque l’ouverture d’une tutelle. La tutelle peut être
substituée à une administration légale pure et simple pour « cause grave » à titre de sanction
contre l’administrateur.
• L’administration légale sous contrôle judiciaire peut se transformer en administration légale
pure et simple dans certains cas notamment le retour du parent qui était absent.
• La fin de l’administration légale comme la cessation des fonctions de l’administrateur légal
donne lieu à une reddition de comptes dans les trois mois à compter de la fin de l’adminis-
tration légale ou de la cessation des fonctions.

B. LA TUTELLE
La tutelle est un régime de protection du mineur non émancipé. Elle est prononcée lorsqu’au-
cun des parents de ce mineur n’exerce l’autorité parentale. La tutelle fonctionne avec plu-
sieurs organes : le juge des tutelles, le tuteur, le subrogé tuteur et le conseil de famille.

1. Le juge des tutelles


C’est un juge du tribunal d’instance dans le ressort duquel le mineur a son domicile. Il
prend toutes les grandes décisions concernant le régime de la tutelle (ouverture du régime,
désignation des membres du conseil de famille, présidence du conseil de famille…).

2. Le tuteur
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Le tuteur est le représentant légal du mineur, il est chargé de gérer le patrimoine de celui-ci
et de prendre soin de sa personne (le mineur est domicilié légalement chez son tuteur ; toute-
fois, le tuteur n’est pas tenu à l’entretien du pupille car cet entretien est assuré par les propres
revenus du mineur ou par l’obligation alimentaire qui pèse sur ses proches parents).
Le tuteur peut être désigné par testament du dernier vivant des deux parents du mineur. À défaut
de tuteur testamentaire, la tutelle est généralement confiée à l’ascendant (grand-parent, arrière-
grand-parent) du mineur le plus proche en degré (lorsqu’il y a concours d’ascendants au même
degré, le conseil de famille désigne celui d’entre eux qui sera tuteur). S’il n’y a ni ascendant ni
tuteur testamentaire, le conseil de famille convoqué par le juge des tutelles désigne un tuteur.
Les pouvoirs et obligations du tuteur se répartissent ainsi :
• il peut accomplir seul : les actes de conservation, les actes d’administration ;
• il doit obtenir l’autorisation du conseil de famille pour les actes de disposition ;
• il lui est interdit d’acheter, prendre à loyer, sauf autorisation du conseil, les biens du mineur,
accepter la cession d’un droit ou d’une créance, faire des libéralités au nom du mineur ;
• à l’ouverture de la tutelle, le tuteur doit notamment faire dresser un inventaire des biens du
mineur en présence du subrogé-tuteur qui doit saisir le juge des tutelles si cet inventaire n’est
pas fait. De plus, le tuteur doit remettre un compte annuel de gestion au subrogé-tuteur qui le
transmet avec ses observations au greffier en chef du TI, lequel, en cas de difficulté, peut en
référer au juge des tutelles. Enfin, dans les trois mois qui suivent la fin de la tutelle, le tuteur doit
rendre compte de sa gestion au pupille devenu majeur ou à ses héritiers. Le fait d’avoir approuvé
le compte n’empêche pas le majeur d’agir en responsabilité contre le tuteur et les autres organes
de tutelle. Cette action en justice se prescrit par cinq ans à compter du jour de la majorité.

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Introduction au droit • Série 2

NOTA BENE
La loi n° 2007-308 du 5 mars 2007 prévoit une disposition (art. 405 C. civ.), entrée en vigueur
le 1er janvier 2009, et selon laquelle plusieurs tuteurs peuvent être désignés :
« Le conseil de famille peut, en considération de la situation du mineur, des aptitudes des
intéressés et de la consistance du patrimoine à administrer, désigner plusieurs tuteurs
pour exercer en commun la mesure de protection. Chaque tuteur est réputé, à l’égard des
tiers, avoir reçu des autres le pouvoir de faire seul les actes pour lesquels un tuteur n’aurait
besoin d’aucune autorisation.
Le conseil de famille peut décider que l’exercice de la tutelle sera divisé entre un tuteur
chargé de la personne du mineur et un tuteur chargé de la gestion de ses biens ou que la
gestion de certains biens particuliers sera confiée à un tuteur adjoint.
À moins qu’il en ait été autrement décidé par le conseil de famille, les tuteurs désignés en
application du deuxième alinéa sont indépendants et ne sont pas responsables l’un envers
l’autre. Ils s’informent toutefois des décisions qu’ils prennent. »

3. Le subrogé tuteur
Il est nommé par le conseil de famille parmi ses membres, si possible dans une branche diffé-
rente de celle du tuteur. Il surveille la gestion tutélaire : c’est son rôle essentiel. Il informe le juge
s’il constate des fautes dans la gestion du tuteur. Il représente le mineur lorsque ses intérêts sont
en opposition avec ceux du tuteur.

4. Le conseil de famille
Le conseil de famille est une assemblée de membres de la famille, d’alliés ou d’amis (toute
personne manifestant un intérêt pour le mineur), présidée par le juge des tutelles, à laquelle le
tuteur doit demander l’autorisation pour accomplir les actes importants. Cette assemblée est
composée d’au moins quatre membres ; y compris le tuteur et le subrogé-tuteur mais non le juge
des tutelles (lequel préside le conseil, avec voix délibérative et prépondérante en cas de partage
des voix).
Le conseil de famille règle les conditions générales de l’entretien et de l’éducation de l’enfant, en

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respectant la volonté éventuellement exprimée dans ce domaine par les parents. Il donne son
consentement au mariage, à l’émancipation et à l’adoption du mineur. Il existe des cas où le juge
des tutelles supplée le conseil de famille pour autoriser directement le tuteur à agir notamment
en cas d’urgence, mais à charge pour le juge de rendre compte au conseil a posteriori.

REMARQUES
• La tutelle prend fin normalement à la majorité du mineur, son émancipation ou son décès.
• Autant que faire se peut, la tutelle est de type familial, mais :
Art. 411 du Code civil, dans sa rédaction issue de la loi n° 2007-308 du 5 mars 2007 :
« Si la tutelle reste vacante, le juge des tutelles la défère à la collectivité publique compé-
tente en matière d’aide sociale à l’enfance.
En ce cas, la tutelle ne comporte ni conseil de famille ni subrogé tuteur.
La personne désignée pour exercer cette tutelle a, sur les biens du mineur, les pouvoirs
d’un administrateur légal sous contrôle judiciaire. »

II. LES MINEURS ÉMANCIPÉS


Un mineur émancipé est un mineur car il a moins de dix-huit ans révolus mais, en raison de son
émancipation juridique, sa capacité juridique est plus étendue que celle d’un mineur non
émancipé.

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A. CONDITIONS DE L’ÉMANCIPATION
Il y a deux formes d’émancipation :
• L’émancipation légale qui résulte de plein droit du mariage.
• L’émancipation judiciaire qui nécessite une décision spéciale.

1. L’émancipation par mariage


Le mineur est émancipé de plein droit par le mariage, dans le seul cas où il a obtenu une
dispense pour se marier avant l’âge légal de 18 ans. En effet, on ne peut en principe se marier
avant d’être majeur. Mais le procureur de la République du lieu de célébration du mariage peut,
pour des motifs graves, accorder des dispenses d’âge.
L’émancipation est irrévocable car elle subsiste après la dissolution du mariage durant la mino-
rité soit par le décès du conjoint, soit par le divorce.

2. L’émancipation judiciaire
Cette émancipation ne peut pas être accordée avant que le mineur ait seize ans révolus. Elle
résulte d’une décision du juge des tutelles s’il est convaincu qu’il existe de « justes motifs ». Le
juge peut être saisi d’une demande d’émancipation, selon le cas, par l’un et/ou l’autre des deux
parents ou par le conseil de famille.

B. EFFETS DE L’ÉMANCIPATION
Sans devenir un majeur, le mineur émancipé acquiert la pleine capacité civile (il n’est plus sous
l’autorité de ses deux parents, donc il peut avoir un domicile séparé…).
Cependant, le mineur émancipé n’est pas totalement assimilé à un majeur capable. Ainsi, le
mineur émancipé ne peut être commerçant que s’il obtient une autorisation judiciaire spéciale.
Ceci résulte d’une disposition de la loi n° 2010-658 du 15 juin 2010 relative à l’entrepreneur indi-
viduel à responsabilité limitée ; disposition désormais inscrite en ces termes aux articles 413-8
du Code civil et L. 121-2 du Code de commerce :
« Le mineur émancipé peut être commerçant sur autorisation du juge des tutelles au
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moment de la décision d’émancipation et du président du tribunal de grande instance s’il


formule cette demande après avoir été émancipé. »

Il est à noter que, même si cette règle ne change en rien le fait qu’il faille avoir en principe 18 ans
révolus pour pouvoir exercer le commerce, elle apporte une profonde réforme en la matière car
auparavant le mineur, même émancipé, ne pouvait être commerçant. L’émancipation est donc
une sorte d’anticipation sur la majorité. Elle prend fin à 18 ans ou au décès du mineur
émancipé.
Quelle est la capacité juridique des personnes physiques majeures ?

SECTION 2. LES MAJEURS

En principe, une personne majeure a la pleine capacité juridique. Toutefois, sa capacité, spécia-
lement d’exercice, peut être restreinte.

I. LES MAJEURS CAPABLES


Article 414 du Code civil (L. n° 2007-308 du 5 mars 2007) :
« La majorité est fixée à 18 ans accomplis ; à cet âge, chacun est capable d’exercer
les droits dont il a la jouissance. »

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Introduction au droit • Série 2

En d’autres termes, et en principe, la question de l’incapacité juridique ne préoccupe pas la


personne majeure. Toutefois, la loi précitée n° 2007-308 du 5 mars 2007 portant réforme de la
protection juridique des majeurs introduit en droit français une disposition permettant à un
majeur ou à un mineur émancipé de prévoir la façon dont il souhaiterait être représenté pour le
jour où il ne pourrait plus pourvoir seul à ses intérêts : pour ce faire, l’intéressé doit établir un
« mandat de protection future ». Il s’agit d’une mesure conventionnelle de précaution visant à
donner une procuration à un tiers. Cette formule de protection juridique ouvre une nouvelle voie
par rapport aux mesures judiciaires telles que la tutelle envisagées ci-après (il est à noter que la
loi autorise également le mandat de protection future « pour autrui » en permettant à des parents
de désigner un mandataire pour la protection de leur enfant, dans la perspective du moment où
ils ne pourront plus assumer cette protection).

II. LES MAJEURS SOUS PROTECTION


Toute personne majeure ou mineure émancipée se trouvant dans l’impossibilité de pourvoir
seule à ses intérêts en raison d’une altération, médicalement constatée, soit de ses facultés
mentales, soit de ses facultés corporelles, de nature à empêcher l’expression de sa volonté peut
bénéficier d’une mesure de protection juridique ; laquelle porte sur sa personne et sur ses biens.
Outre la protection qui a pu être choisie par le « mandat de protection future » précédem-
ment cité, il existe trois régimes de protection pouvant être ouverts sur décision du juge des
tutelles suivant le degré d’altération des facultés mentales ou des capacités physiques : le
régime le plus faible et laissant au majeur le plus d’initiative est la mise sous sauvegarde de
justice, puis, pour une altération plus importante, le majeur peut être mis en curatelle, enfin,
lorsqu’il s’agit d’une altération très grave, le majeur est protégé par le régime de la tutelle.

A. LA SAUVEGARDE DE JUSTICE
La personne placée sous cette sauvegarde continue à exercer ses droits, mais ses enga-
gements peuvent être réduits en cas d’excès et ses actes rescindés pour lésion. L’acte est
rescindé pour cause de lésion lorsqu’un préjudice en résulte pour l’incapable quelle que soit son
importance. Cette rescision (nullité) peut jouer aussi bien pour les actes d’administration que de

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disposition. L’action en réduction peut intervenir pour les engagements excessifs, c’est-à-dire
ceux qui, tout en étant à juste prix, sont hors de proportion avec les besoins ou les ressources
de l’incapable.
La mise sous sauvegarde cesse par une déclaration de cessation, ou par l’ouverture d’une tutelle
ou d’une curatelle.

B. LA CURATELLE
Sous ce régime, il n’y a pas d’autre organe que le curateur, qui est désigné par le juge des
tutelles sauf le cas où la loi désigne le conjoint comme curateur.
L’incapable ne doit, sans l’assistance de son curateur qui en réfère au juge des tutelles,
faire des actes de disposition. mais il pourra faire seul les autres actes. À noter que la loi
n° 2007-308 du 5 mars 2007 prévoit la possibilité, pour le juge des tutelles, d’ordonner à tout
moment une curatelle renforcée (dans ce cas, entre autres mesures, le curateur perçoit seul les
revenus de la personne en curatelle sur un compte ouvert au nom de cette dernière ; il assure
lui-même le règlement des dépenses auprès des tiers et dépose l’excédent sur un compte laissé
à la disposition de l’intéressé ou le verse entre ses mains).
Les actes que l’incapable en curatelle est capable de faire seul peuvent être réduits pour excès
ou rescindés pour lésion.
La curatelle prend fin comme la tutelle par la disparition des causes qui l’ont provoquée.

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UE 111 • Introduction au droit

C. LA TUTELLE
Le fonctionnement de la tutelle est sensiblement le même que celui vu supra à propos du
mineur non émancipé ; si ce n’est, notamment, que le tuteur désigné peut être, par exemple, le
conjoint. La tutelle prend fin avec la fin des causes qui l’ont déterminée, après avis du médecin
spécialiste.

NOTA BENE
Lorsqu’aucun membre de la famille ou aucun proche ne peut assumer notamment la curatelle
ou la tutelle, le juge désigne un mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) inscrit
sur une liste légale conformément aux articles L. 471-1 et suivants du Code de l’action sociale
et des familles.
Qu’en est-il de la capacité juridique des personnes morales ?

CHAPITRE 3. LES PERSONNES MORALES


Toute personne morale, en sa qualité de personne, possède une capacité juridique. mais
l’étendue de cette capacité (capacité de jouissance) et les modalités de sa mise en œuvre
(capacité d’exercice) présentent des particularités liées au principe de spécialité et à la
nécessité d’une représentation qui caractérisent ces personnes.

SECTION 1. LE PRINCIPE DE SPÉCIALITÉ

Toute personne morale est soumise au « principe de la spécialité » qui limite son champ
d’action à l’objet pour lequel elle a été créée et qui figure dans ses actes constitutifs (ex. :
les statuts d’une société doivent, entre autres, mentionner l’objet de celle-ci). Cela signifie que
la personne morale ne peut agir que dans la limite de cet objet.
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SECTION 2. LA NÉCESSITÉ D’UNE REPRÉSENTATION

par sa nature, une personne morale ne peut mettre en œuvre elle-même les droits et obli-
gations qui sont les siens. Ce sont donc forcément des personnes habilitées qui agissent
en représentation de la personne morale (ex. : c’est le dirigeant d’une société ou d’une asso-
ciation qui passe un contrat ou este en justice pour le compte de la personne morale qu’il dirige).
En conclusion, le repérage des personnes et de leur capacité au sens juridique conduit à des
investigations que ne soupçonne pas le non-initié en droit. Pourtant, cette recherche, au service
de laquelle des règles juridiques existent, conditionne en grande partie la validité des actes que
l’on passe avec autrui.
L’étude des personnes doit être complétée par celle des biens car, on vient de le voir, le droit
établit un lien étroit entre les personnes et les biens : en tant que personne, un être physique ou
moral a l’aptitude à avoir des biens et lorsqu’il est inapte à les gérer lui-même, des régimes
d’assistance ou de représentation organisent cette gestion à sa place.

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PARTIE
LE DROIT DES BIENS

Cette étude du droit des biens suppose d’exposer ce que sont les biens (Titre 1) ; d’envisager
les principaux droits portant dessus, dont le droit de propriété (Titre 2) ; et de situer les biens par
rapport à la notion juridique de patrimoine (Titre 3).

TITRE 1. LES CLASSIFICATIONS DES BIENS

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Avant de recenser les grandes sortes de biens, il convient de définir la notion de bien : au
regard du droit privé, il s’agit de toutes les « choses » susceptibles d’appropriation privée
ainsi que de tous les droits portant sur ces « choses » ; ces droits étant donc des droits
subjectifs patrimoniaux réels (sur les droits subjectifs, revoir la série 1 du présent cours).
Cette approche appelle un certain nombre d’observations. ainsi, il existe des choses qui ne
sont susceptibles d’aucune appropriation et qui ne sont donc pas des biens. Ce sont les
choses communes, dont l’usage est commun à tous (ex. : l’air, l’eau courante, l’eau de la
mer…). Par ailleurs, il existe des choses qui sont des biens susceptibles d’appropriation,
mais non d’appropriation privée, par de simples particuliers (personnes physiques ou per-
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sonnes morales) : ce sont les biens faisant partie du domaine public de l’État ou d’une collec-
tivité publique (ex. : rivages, ports, rivières navigables, voies de communication, terrains
militaires…). Ces biens sont inaliénables et insaisissables et leur régime juridique relève du
droit public qui n’est pas la branche de droit que l’on étudie ici. On doit cependant signaler
que des biens peuvent faire partie du domaine privé de l’État et qu’ils sont aliénables.
En outre, il n’est pas nécessaire qu’une chose soit effectivement appropriée pour être un
bien. Il suffit qu’elle soit susceptible d’être appropriée au plan privé.
Enfin, les biens sont non seulement des « choses » matérielles (ex. : table, chaise, bâti-
ment…) mais aussi des « choses » immatérielles (ex. : logiciel, brevet…), ainsi que les droits
portant sur ces choses ; ces droits étant, de par leur nature, immatériels (un droit ne se
palpe pas !).
Précisément, les biens sont soumis à des régimes juridiques différents selon leur nature. Il
existe, à cet égard, plusieurs classifications des biens. Toutes ne seront pas examinées ici.
Cependant, deux classifications fondamentales et qui peuvent en pratique être croisées
l’une avec l’autre doivent être exposées : la distinction des biens corporels et des biens
incorporels (chapitre 1) et la distinction des biens meubles et immeubles (chapitre 2).

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Introduction au droit • Série 2

CHAPITRE 1. LA DISTINCTION DES BIENS CORPORELS


ET DES BIENS INCORPORELS
Les biens corporels sont les biens matériels, tangibles, palpables (ex. : un bâtiment, un
tableau…).
Les biens incorporels sont tous les autres biens, c’est-à-dire essentiellement tous les
droits réels patrimoniaux (droit d’usufruit…), mais aussi certaines choses incorporelles (bre-
vet d’invention, fonds de commerce…).
Cette distinction a pour principal intérêt pratique une différence de règles quant à l’acquisi-
tion et à la preuve de la propriété, en combinaison avec la distinction des meubles et des
immeubles (voir infra). La distinction des biens corporels et des biens incorporels présente
encore d’autres intérêts pratiques : il est fréquent que certaines catégories de biens incorporels
soient l’objet d’une législation spéciale et soient soumises à un régime juridique propre (loi sur la
propriété littéraire et artistique, loi sur la propriété industrielle, loi sur les ventes et les nantisse-
ments de fonds de commerce, etc.).
La distinction des biens corporels et des biens incorporels appelle aujourd’hui des cri-
tiques. Un auteur a fait remarquer que les progrès de la science et de l’économie ont fait appa-
raître des biens nouveaux qui entrent assez malaisément dans l’une ou l’autre de ces catégories ;
ce sont les fluides, les ondes, les forces et énergies, dont l’appropriation présente une valeur
patrimoniale considérable (cf. R. Savatier, Vers de nouveaux aspects de la conception et de la
classification juridique des biens corporels, RTD trim. dr. civ., 1958, p. l et suiv.).
La catégorie des biens incorporels se trouve aujourd’hui considérablement accrue, étant donné
la place qui est occupée dans les patrimoines par les créances et par les droits intellectuels.

CHAPITRE 2. LA DISTINCTION DES BIENS MEUBLES


ET DES BIENS IMMEUBLES

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C’est la distinction la plus fondamentale dans le Code civil : tous les biens sont meubles ou
immeubles (art. 516). On en conclut fort logiquement que tous les biens que la loi ne fait pas
entrer dans la catégorie des immeubles doivent être considérés comme des biens meubles, et
inversement. Cette lapalissade a une grande portée juridique.
Les intérêts de la distinction sont multiples. Les différences de régime juridique des meubles
et des immeubles sont souvent la conséquence de leur nature physique. Ainsi la fixité des
immeubles explique que l’on ait pu organiser une sûreté réelle sans dépossession matérielle du
propriétaire, l’hypothèque, et un système de publicité non seulement des hypothèques, mais de
tous les contrats relatifs à des droits réels immobiliers (vente, constitution d’un droit d’usufruit
sur l’immeuble…)  : la publicité foncière. De même la possession des immeubles produit des
effets spéciaux. La dévolution héréditaire des immeubles est régie par la loi du pays où l’im-
meuble se trouve situé, tandis que la succession mobilière est régie par la loi du pays où se
trouve situé le dernier domicile du défunt.
D’autres différences font apparaître un régime juridique plus protecteur des droits immobiliers
que des droits mobiliers. Par exemple, les règles de la saisie immobilière et de la vente forcée de
l’immeuble sur saisie sont toujours beaucoup plus complexes et plus protectrices des intérêts
du propriétaire et des titulaires de droits réels que la saisie et la vente forcée des meubles.
Quels sont les critères et la signification de la distinction entre les biens meubles et les
biens immeubles ? quelles sont les sortes de biens meubles ? quelles sont les sortes de
biens immeubles ?

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UE 111 • Introduction au droit

SECTION 1. CRITÈRE ET SIGNIFICATION DE LA DISTINCTION

Le critère de base de la distinction est purement matériel et physique : il réside dans la fixité ou
la mobilité naturelle du bien. Et, effectivement, une grande partie des différences de régime
juridique se rapporte à la fixité de l’immeuble.
Cependant, la distinction avait aussi, pour les rédacteurs du Code civil, une signification
économique. Dans la société française de l’époque, comme dans l’Ancien Régime, l’immeuble
était en fait l’élément le plus important des patrimoines et par conséquent, le plus digne de pro-
tection. Il l’était d’abord par sa valeur économique, dans un pays essentiellement agricole (res
mobilis, res vilis : chose mobilière, chose de faible valeur). Il l’était aussi par sa stabilité juridique
(un immeuble fait l’objet de transferts moins fréquents qu’un objet mobilier) et par la stabilité de
sa valeur patrimoniale. La propriété des immeubles était un facteur de la puissance économique
des familles. Enfin, la meilleure sûreté à offrir à un créancier pour obtenir du crédit était encore
l’hypothèque immobilière. La distinction s’adaptait donc à l’importance effective de la fortune
foncière.
Envisagée de ce point de vue, la distinction est aujourd’hui critiquable et même en 1804, elle
n’était pas sans appeler des critiques.
Le critère physique adopté par le Code civil ne correspond pas entièrement à la significa-
tion économique de la distinction. Les rédacteurs du Code civil ont dû, eux-mêmes, lui appor-
ter quelques correctifs (par exemple, voir plus loin la notion d’immeuble par destination). À
l’époque, le critère était déjà en porte-à-faux : certains biens, classés dans la catégorie des
meubles, étaient un élément important des fortunes privées (rentes constituées…)  ; l’Ancien
Droit, plus nuancé, les avait assimilés aux immeubles.
Les transformations de l’économie ont entraîné, depuis lors, une transformation profonde dans
la composition des fortunes privées. Ce qui fait la richesse privée, ce sont surtout les monopoles
d’exploitation, les fonds de commerce, les brevets d’invention, les marques de commerce, les
droits d’associé et autres valeurs mobilières, tous droits incorporels qui se trouvent classés dans
la catégorie des meubles. Ce mouvement de patrimonialisation de nouveaux biens qui ne
peuvent être que des biens meubles se poursuit encore actuellement (ex. : le droit de présenta-
tion d’une clientèle civile, le portefeuille d’assurance…) ; soit qu’il s’agisse de biens qui repré-
Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite

sentent une activité humaine, soit qu’il s’agisse de biens qui sont l’accessoire d’une telle
activité.
Le maintien des effets de la distinction entre meubles et immeubles dans ces nouvelles circons-
tances économiques s’est révélé gravement nuisible. Il faut désormais protéger ces éléments de
la fortune mobilière autant que la fortune foncière.
Toutefois, malgré l’amélioration du régime juridique des meubles incorporels, la distinction des
meubles et des immeubles conserve son intérêt et, dans une certaine mesure, une signifi-
cation économique. L’instabilité économique et monétaire du XXe siècle a montré que la pro-
priété d’un immeuble était encore une valeur patrimoniale stable. La pénurie de logements et la
pratique de la division de la propriété des immeubles d’habitation par appartements ont égale-
ment contribué à soutenir la valeur de l’immeuble et à en faire un des éléments majeurs des
fortunes privées.

SECTION 2. DÉTERMINATION DES BIENS MEUBLES

Il faut se méfier de ne pas limiter les biens meubles à la seule signification que leur donne
le langage courant ; à savoir les lits, sièges, tables, tapisseries, miroirs, vaisselles… que le
Code civil désigne d’ailleurs sous l’expression de « meubles meublants », c’est-à-dire « les
meubles destinés à l’usage et à l’ornement des appartements ». En réalité, on distingue :
les meubles par nature, les meubles par détermination de la loi et les meubles par
anticipation.

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Introduction au droit • Série 2

I. LES MEUBLES PAR NATURE


Ce sont ceux qui répondent au critère de mobilité de la chose (ex. : les meubles meublants, les
animaux, les récoltes coupées, les fruits détachés, les arbres abattus, les matériaux extraits
d’une carrière ou les matériaux de construction non encore employés).
L’absence de fixité justifie un régime différent de celui des immeubles ; lesquels font l’objet d’un
formalisme plus appuyé. Cependant, certains meubles par nature ont un régime juridique voisin
de celui des immeubles ; ce sont les meubles immatriculés (navire, bateau de rivière, aéronef),
car l’immatriculation dans un registre permet d’effectuer, par mention dans ce registre, une
publicité des actes de vente ou des constitutions de sûretés réelles comparables à la publicité
foncière. Les véhicules terrestres automobiles n’entrent pas dans cette catégorie ; leur immatri-
culation est purement administrative et n’est pas utilisée en vue de la publicité des contrats
privés, sauf en matière de mise en gage du véhicule sans dépossession au profit du vendeur à
crédit ou du prêteur de deniers destinés à l’acquisition du véhicule.

II. LES MEUBLES PAR DÉTERMINATION DE LA LOI


Le législateur range dans cette catégorie les créances, les actions de sociétés ou autres
droits d’associé et les titres de rente. mais il faut y ranger aussi tous les droits réels portant
sur des meubles. On a déjà souligné que des éléments de fortune nombreux et de grande
valeur étaient considérés comme des biens mobiliers (fonds de commerce…).

III. LES MEUBLES PAR ANTICIPATION


Ce sont des choses incorporées au sol, et donc en principe des immeubles, mais qui sont
destinées à en être détachées. Normalement, elles ne deviennent des meubles que par la
séparation matérielle. Cependant, il peut être utile d’anticiper sur cette séparation. Ainsi, la loi
elle-même permet une saisie des récoltes, suivant une procédure mobilière, dans les six semaines
qui précèdent leur maturité. Elle permet aussi la vente publique des fruits et récoltes « pendants
par racine » suivant les formes des ventes mobilières.

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À l’instar de ces dispositions de la loi, la jurisprudence admet que le propriétaire peut lui-même
anticiper sur la séparation matérielle et que la vente de récoltes futures, ou arbres à abattre, ou
de matériaux à provenir d’une démolition ou à extraire d’une carrière, constitue une vente mobi-
lière et non une vente d’immeuble ; elle est donc soumise aux règles applicables aux ventes de
meubles.
Mais il est nécessaire que cet artifice commode qu’est l’anticipation de la mobilisation ne porte
pas préjudice à des personnes qui ont des droits réels sur l’immeuble auquel sont encore atta-
chées les choses qui sont l’objet du contrat. C’est pourquoi la jurisprudence, dans les rapports
des contractants avec ces tiers, traite cette vente comme une vente d’immeuble et exige l’ac-
complissement des formalités de publicité foncière.
Ainsi, une même vente reçoit une qualification mixte et le même objet est considéré comme un
meuble par anticipation dans les rapports entre vendeur et acheteur et comme un immeuble
dans les rapports entre les contractants et les tiers titulaires de droits réels sur l’immeuble. Cette
relativité de la qualification n’est pas une vaine subtilité ; elle permet de nuancer l’application des
règles juridiques en tenant compte des différentes caractéristiques des situations.

SECTION 3. DÉTERMINATION DES BIENS IMMEUBLES

Le Code civil qualifie d’immeubles trois catégories de biens : les immeubles par nature, les
immeubles par l’objet auquel ils s’appliquent et les immeubles par destination.

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UE 111 • Introduction au droit

I. LES IMMEUBLES PAR NATURE


Ce sont les immeubles par application du critère de fixité matérielle : les fonds de terre et les
bâtiments ; et plus généralement toute chose incorporée au sol ou à un bâtiment (matériaux
de construction incorporés dans le bâtiment, arbres enracinés, fruits non encore recueillis, puits,
barrages, tunnels, digues, moulins sur pilier, girouettes, paratonnerres, minuteries, ascenseurs…).
Les fonds de terre (parcelles) sont répertoriés (avec numérotation et indication de leur surface)
sur le cadastre, plan établi par les autorités publiques.
À noter que les arbres, les récoltes deviennent des meubles par nature, à l’instant où ils sont
détachés du sol, et les fruits des arbres deviennent meubles par nature à l’instant où ils sont
détachés de l’arbre.

II. LES IMMEUBLES PAR L’OBJET AUQUEL ILS S’APPLIQUENT


Le Code civil qualifie de biens immeubles l’usufruit des choses immobilières, les servitudes
et les actions tendant à revendiquer la propriété d’un immeuble.
Il est logique, en effet, de soumettre les droits réels immobiliers au même régime protecteur
que les immeubles par nature sur lesquels ils portent.
C’est pourquoi la jurisprudence adopte une interprétation extensive des textes. Elle considère
comme immeubles tous les droits réels immobiliers, et toutes les actions en justice tendant à
faire recouvrer la propriété d’un immeuble ou d’un autre droit réel immobilier (action en annula-
tion de vente d’immeuble, action en révocation d’une donation d’immeuble pour cause
d’ingratitude…).
En revanche, les créances dont l’objet est une prestation en rapport avec un immeuble ne sont
pas des biens immeubles (ainsi la créance du locataire contre le bailleur qui doit lui procurer la
jouissance des locaux loués est un bien mobilier).
Toutefois, il existe des créances dont l’objet est le transfert de la propriété d’un immeuble non
encore déterminé dans son individualité. Cette catégorie de créances (créances immobilières)
est traitée, dans le patrimoine du créancier, comme un bien immeuble. C’est le cas de la créance
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qui est attribuée au propriétaire d’un immeuble compris dans une opération de rénovation
urbaine et qui lui donne droit de participer à l’opération et de recevoir ultérieurement la propriété
d’un autre immeuble.

III. LES IMMEUBLES PAR DESTINATION


La catégorie des immeubles par destination est un correctif apporté par le Code civil au
caractère matériel de la distinction des meubles et des immeubles.
Elle apparaît comme une fiction de la loi qui consiste à soumettre au régime juridique des
immeubles, un meuble par nature qui est l’accessoire nécessaire d’un immeuble par
nature ; par exemple, des machines agricoles servant à l’exploitation d’un domaine agricole.
L’intérêt principal de cette fiction est qu’elle permet de lier juridiquement le sort de l’im-
meuble principal et celui de son accessoire : la vente de l’immeuble principal sera interprétée,
sauf clause contraire du contrat, comme portant également sur l’accessoire ; en cas de saisie de
l’immeuble par les créanciers du propriétaire, la saisie s’étendra à l’accessoire et le propriétaire
de l’immeuble ne pourra pas prétendre distraire de la saisie l’immeuble par destination ; enfin et
surtout, si une hypothèque grève l’immeuble principal, elle s’étendra à l’immeuble par destina-
tion, même si cet accessoire n’a été immobilisé que postérieurement à la constitution de
l’hypothèque.
La raison d’être de cette assimilation à un immeuble, grâce à laquelle l’accessoire suit le
sort juridique de l’immeuble principal, est de donner et maintenir à l’immeuble toute sa

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Introduction au droit • Série 2

valeur. Il s’agit toujours d’immeuble par nature qui est fait pour un usage ou un type d’exploita-
tion déterminé, qui ne peut être utilisé à cette fin sans son accessoire mobilier et qui perdrait une
grande partie de sa valeur si l’accessoire en était séparé. L’immobilisation par destination a
notamment pour effet de renforcer le crédit hypothécaire, puisque l’hypothèque portera sur un
ensemble de plus grande valeur.
Les conditions de l’immobilisation et les causes de cessation de l’immobilisation découlent de
cette raison.

A. CONDITIONS DE L’IMMOBILISATION
• Une première condition de l’immobilisation est l’unité de propriété de l’immeuble principal
et du meuble immobilisé. Au contraire, un cheptel appartenant à un fermier et placé par lui
sur le domaine agricole qui lui est loué ne devient pas immeuble par destination. Il n’est pas
davantage possible pour le propriétaire de l’immeuble principal d’immobiliser une chose
appartenant à autrui. S’il n’y avait pas unité de propriété, il serait impossible de comprendre
dans une même saisie les deux biens, ce qui est justement le rôle de l’immobilisation par
destination.
• En second lieu, le rapport de destination doit être établi par le propriétaire des deux biens
et non par une tierce personne.
Le Code civil exige l’existence d’un rapport de destination entre le meuble et l’immeuble princi-
pal. Le meuble doit avoir été placé pour le service et l’exploitation du fonds. Une analyse de
ce rapport de destination permet de discerner deux éléments de fait : un élément matériel, car
il faut que le meuble immobilisé soit effectivement nécessaire et serve effectivement à
l’exploitation de l’immeuble principal ; un élément subjectif et intentionnel car il faut que le
propriétaire ait eu la volonté d’affecter le meuble au service de l’immeuble.
Ce sont là de purs faits. La qualification d’immeuble par destination n’est pas décidée par le
propriétaire, mais par la loi elle-même qui l’impose impérativement. La loi tient compte de la
volonté du propriétaire, mais le rôle de cette volonté se limite à créer le rapport de destination ;
après avoir affecté l’accessoire à l’exploitation de l’immeuble principal, le propriétaire n’est pas
libre de considérer que l’accessoire n’est pas devenu un immeuble : la qualification est légale et
impérative.

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Le Code civil a donné l’exemple de plusieurs types de rapport de destination. La jurisprudence
a dû en admettre d’autres.
Le Code civil a eu surtout en vue l’immobilisation par destination agricole. Ainsi, le cheptel vif
ou mort nécessaire à l’exploitation d’un domaine agricole est un immeuble par destination.
Il existe aussi une immobilisation par destination industrielle. Le Code civil vise les ustensiles
des forges, papeteries et autres usines, mais la notion s’applique à toutes sortes d’industries
(ex. : les cuves installées dans un bâtiment à usage de brasserie, les machines à carder dans une
filature, les machines d’une scierie, les chaudières d’une teinturerie et même le matériel roulant
d’une mine ou d’une carrière, parfois même des objets qui n’interviennent pas directement dans
la production tels que les récipients et véhicules de livraison). Encore faut-il que l’aménagement
de l’immeuble principal révèle qu’il est destiné à un genre d’exploitation déterminé.
L’immobilisation par destination commerciale n’est pas prévue par le Code civil, mais la généra-
lité des termes de la loi permet de l’envisager. Elle est plus rare, parce qu’un immeuble dans lequel
se trouve exploité un certain genre de commerce peut facilement être reconverti sans gros frais
pour servir à un autre usage ; l’accessoire mobilier est donc, en ce cas, beaucoup moins néces-
saire. C’est pourquoi la jurisprudence a précisé l’élément matériel du rapport de destination. Il n’y
a immobilisation que si l’immeuble principal a reçu un aménagement spécial en vue d’une exploi-
tation commerciale déterminée en vue de recevoir l’accessoire mobilier indispensable à cette
exploitation (ex. : un bâtiment construit spécialement pour servir exclusivement d’hôtel et ne pou-
vant être transformé en immeuble d’habitation sans des dépenses considérables ; on a admis, en
ce cas, l’immobilisation ; au contraire, dans le cas général, les billards, chaises, tables, ustensiles
de cuisine… ne sont pas immobilisés par destination).

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UE 111 • Introduction au droit

Le Code civil prévoit un autre type d’immobilisation : l’immobilisation par attache à perpé-
tuelle demeure. La première application qu’il en donne concerne des objets qui sont scellés à
plâtre, chaux ou ciment ou qui ne peuvent être détachés sans être fracturés ou détériorés ou
sans briser ou détériorer la partie du fonds à laquelle ils sont attachés.
Les autres applications énoncées dans la loi constituent, en réalité, une immobilisation par
destination ornementale. D’ailleurs, la jurisprudence, interprétant extensivement la notion d’at-
tache à perpétuelle demeure n’exige pas une fixité des objets, mais son adhésion matérielle et
durable (tapisserie occupant un emplacement aménagé à cette fin dans la paroi d’un mur, tapis
d’escalier, clé des serrures…) ; ce qui est en accord avec l’alinéa 4 de l’article 525 du Code civil
déclarant immeubles les statues placées dans une niche pratiquée exprès pour les recevoir,
encore qu’elles puissent être enlevées sans fracture ou détérioration. C’est finalement une
immobilisation par destination somptuaire ou utilitaire.

B. CESSATION DE L’IMMOBILISATION
L’immobilisation par destination prend fin lorsqu’une des conditions qui viennent d’être indi-
quées disparaît. Il existe donc deux modes de cessation de l’immobilisation : d’abord, elle
peut cesser par l’effet d’une séparation matérielle de l’accessoire immobilisé et de l’im-
meuble principal.  Il y a cessation effective de l’affectation de l’accessoire à l’exploitation de
l’immeuble principal.  La cessation de l’immobilisation est alors opposable à toute personne,
même à celles qui sont titulaires d’un droit portant sur l’immeuble principal, mais la responsabi-
lité du propriétaire est éventuellement engagée envers ces derniers.
L’immobilisation cesse également par l’effet de la séparation juridique : elle se produit lorsque
le propriétaire dispose séparément de l’immeuble principal et de l’accessoire immobilisé,
par exemple en vendant ou en louant séparément l’accessoire (ex. : vente d’un fonds de
commerce et des installations frigorifiques d’une part, et du bâtiment d’autre part, à des acqué-
reurs différents). Mais afin de protéger les personnes qui ont acquis un droit réel sur l’immeuble
antérieurement à la séparation juridique, la jurisprudence décide que la séparation juridique ne
leur est opposable qu’à partir du moment où elle est suivie d’une séparation matérielle. La sépa-
ration matérielle joue ainsi le rôle d’un moyen de publicité.
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REMARQUE
Par croisement des classifications, un bien meuble peut être corporel (ex. : chaise…) ou incor-
porel (ex. : action de société…) ; de même, un bien immeuble peut être corporel (ex. : bâtiment)
ou incorporel (ex. : droits réels immobiliers…).
L’étude du droit des biens est aussi l’occasion d’approfondir les principaux droits subjectifs
portant sur ces biens ; à savoir le droit de propriété et ses démembrements.

TITRE 2. LA PROPRIÉTÉ
ET SES DÉMEMBREMENTS

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Quelques principes généraux sur le droit de propriété (chapitre 1) précèdent des considérations
relatives aux modalités d’acquisition de ce droit (chapitre 2) et des considérations relatives à son
étendue (chapitre 3).

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Introduction au droit • Série 2

CHAPITRE 1. THÉORIE GÉNÉRALE DE LA PROPRIÉTÉ


On sait déjà (voir série 1) que le droit de propriété est théoriquement le droit subjectif patrimonial
le plus complet qu’une personne puisse avoir sur une chose et que ce droit est ainsi défini par
l’article 544 du Code civil :
« La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue,
pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. »

À partir de cette définition, examinons les attributs et les caractères du droit de propriété.

SECTION 1. LES ATTRIBUTS DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

Le droit de propriété octroie trois attributs à son titulaire : l’usus, le fructus et l’abusus.

I. LE DROIT D’USAGE DE LA CHOSE (USUS)


L’usus est le droit qu’a le propriétaire de se servir de la chose, objet de sa propriété ; c’est-
à-dire le droit d’en tirer sans aucune limitation (cependant, nous verrons plus loin qu’il existe des
limitations) toutes les utilités : habiter, exploiter, etc.

II. LE DROIT DE JOUIR DE LA CHOSE (FRUCTUS)


Le fructus est le droit qu’a le propriétaire de percevoir les éventuels fruits provenant de la
chose, objet de sa propriété. Les fruits sont tout ce que fournit la chose à intervalles régu-
liers et sans que la substance même de cette chose en soit altérée (ex. : fruits naturels tels
que abricots, pommes, bananes… ; mais aussi les fruits civils tels que les loyers de l’apparte-
ment mis en location par le propriétaire…). Le fructus porte aussi sur les éventuels produits
fournis par la chose ; c’est-à-dire tout ce que fournit la chose à intervalles réguliers ou
non, sa substance en étant altérée (ex. : minerais extraits d’une carrière…).

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III. LE DROIT DE DISPOSER DE LA CHOSE (ABUSUS)
L’abusus est le droit qu’a le propriétaire d’effectuer sur la chose, objet de sa propriété, tout
acte de disposition (ex. : la vendre, la donner, la grever de sûretés, l’abandonner, la détruire…).
Toutefois, on ne doit surtout pas assimiler l’abusus au droit d’« abuser » de son droit de
propriété car l’exercice de ce droit ne doit pas porter préjudice à autrui ; sous peine de
sanctions.

REMARQUE
À propos de l’image du bien :
Ces dernières années, les juges ont à différentes reprises, affirmé la protection dont bénéficie
un propriétaire quant à l’image de son bien ; que l’utilisation qui est faite de cette image (publi-
cation…), sans son autorisation, porte atteinte à sa vie privée (atteinte à l’intimité…) ou non
(utilisation commerciale de l’image…).
La maîtrise de l’image du bien serait donc incluse dans les attributs du droit de propriété :
ainsi, sauf à adopter une attitude abusive, « tout propriétaire a le droit le plus absolu d’interdire
la reproduction à des fins commerciales de ses biens » (CA Paris, 12 avril 1995 ; comité régio-
nal de tourisme de Bretagne et a. c/ Mme de Kerguezec) ; « l’exploitation du bien sous la forme
de photographies porte atteinte au droit de jouissance du propriétaire » (Cass. 1re civ., 10 mars
1999 ; Mme Gondrée épouse Pritchett c/ Sté Éditions Dubray) ; trouble manifestement illicite

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UE 111 • Introduction au droit

causé à un propriétaire par la commercialisation de cartes postales représentant sa péniche


(Cass. 1re civ., 25 janvier 2000 ; Sarl Phot’imprim c/ Martin)…
Des décisions de justice ont toutefois apporté des tempéraments à la protection de l’image du
bien en exigeant que le propriétaire fournisse la preuve qu’il subit un trouble certain, du fait des
photographies, à son droit d’usage ou de jouissance (Cass. 1re civ., 2 mai 2001 ; Assoc. comité
régional de tourisme de Bretagne et a. c/ SCI Roch Arhon et a. …). Plus récemment, la Cour
de cassation, dans sa formation la plus solennelle, énonce que :
« Le propriétaire d’une chose ne dispose pas d’un droit exclusif sur l’image de celle-ci ;
qu’il peut toutefois s’opposer à l’utilisation de cette image par un tiers lorsqu’elle lui cause
un trouble anormal. »

Cass. Ass. plén., 7 mai 2004 ; Société civile particulière Hôtel de Girancourt


c/ Société SCIR Normandie et autre.

SECTION 2. LES CARACTÈRES DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

Le droit de propriété est en principe un droit exclusif et individuel, absolu, perpétuel et protégé.

I. UN DROIT EXCLUSIF ET INDIVIDUEL


Seul le propriétaire est en droit d’exercer les attributs du droit de propriété. Il peut interdire
à toute personne dépourvue de droit réel sur la chose de faire usage de la chose.
Par exception au caractère privatif de la propriété, il existe le cas où la chose appartient à plu-
sieurs propriétaires. La chose est l’objet d’une copropriété indivise (indivision)  : chacun des
copropriétaires a un droit portant sur l’ensemble de la chose indivise, mais ce droit est considéré
comme une quote-part abstraite (une moitié, un tiers, etc.) portant sur la chose en son entier.
Le droit de chaque copropriétaire reste tout de même une propriété de caractère individuel.
Autrement dit, le copropriétaire dispose de sa quote-part librement, sous réserve des résultats
du partage qui attribuera la chose ou une partie divise de la chose à ce copropriétaire. Il peut
également user librement de la chose, sous réserve de respecter le droit d’usage des autres
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copropriétaires.

II. UN DROIT ABSOLU


En principe, le propriétaire exerce discrétionnairement les prérogatives, les attributs atta-
chés au droit de propriété. Cependant, cet absolutisme subit des restrictions d’origine légale
(voir article 544 précité du Code civil : « …pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les
lois ou par les règlements »), jurisprudentielle ou conventionnelle.

A. RESTRICTIONS LÉGALES
Certaines de ces restrictions sont édictées par le législateur dans le but de protéger l’intérêt
général (ex. : expropriations pour cause d’utilité publique pour des biens exposés à certains
risques naturels majeurs menaçant gravement des vies humaines, pour construction d’un bâti-
ment à usage public : route, école… ; réquisitions : pour les besoins de l’installation d’un poste
médical avancé en cas de sinistre…  ; obligations ou interdictions d’exploitation : obligations
d’entretien de parcelles forestières… ; servitudes d’alignement des façades ; contraintes liées
aux sites classés : normes architecturales à respecter… ; obligations sanitaires pesant sur les
propriétaires d’immeubles en matière d’amiante, de lutte contre les termites…) ; d’autres restric-
tions sont édictées par le législateur dans le but de protéger des intérêts particuliers (ex. :
droit au bail au profit des commerçants-locataires : voir série 3 ; statut au profit des fermiers et
des métayers qui accordent à ces derniers des prérogatives qui diminuent le droit discrétionnaire
du propriétaire…).

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B. RESTRICTIONS JURISPRUDENTIELLES
Le droit de propriété est certes absolu, mais la jurisprudence considère que l’exercice abusif
d’un droit entraîne, à certaines conditions, la responsabilité de son titulaire : théorie juris-
prudentielle de l’abus de droit. De même, un propriétaire, sans chercher à nuire à son voi-
sin, engage à son égard sa responsabilité s’il lui cause des préjudices qui excèdent ce que
l’usage oblige à supporter entre voisins : théorie jurisprudentielle des troubles anormaux
de voisinage. Sur ces deux comportements, qui peuvent aussi, venant d’autrui, entraver l’exer-
cice du droit de propriété (voir infra section 3 du chapitre 3).

C. RESTRICTIONS CONVENTIONNELLES
Citons le cas, par exemple, du donataire qui accepte la donation qui lui est consentie mais qui
est affectée d’une clause d’inaliénabilité en vertu de laquelle il s’engage à conserver le bien visé.
Il ne pourra donc en disposer à sa guise (vente…).

III. UN DROIT PERPÉTUEL


Le principe du caractère perpétuel du droit de propriété a un double sens : le droit de propriété
dure aussi longtemps que la chose n’est pas détruite et ce droit ne se perd pas par un non-
usage prolongé. Autrement dit, il n’existe pas de prescription extinctive du droit de
propriété.

IV. UN DROIT PROTÉGÉ


Les atteintes au droit de propriété peuvent être sanctionnées par divers recours : action en
justice dite en revendication…
Le droit de propriété étant ainsi cerné, comment peut-on l’acquérir ?

CHAPITRE 2. L’ACQUISITION DE LA PROPRIÉTÉ

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Il existe différentes manières de devenir propriétaire (par le biais d’une donation, d’une succes-
sion, de la découverte d’un trésor…). Cependant, conformément au programme officiel de l’UE
que nous étudions, nous ciblerons les développements qui suivent, d’une part, sur le contrat,
l’un des modes les plus courants du transfert de la propriété par un acte juridique et, d’autre
part, sur la possession, illustration surprenante de l’acquisition de la propriété par une situation
de fait.

SECTION 1. L’ACQUISITION PAR UN ACTE JURIDIQUE : LE CONTRAT

Selon l’article 1101 du Code civil :


« Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent envers
une autre ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose. »

(Pour une étude approfondie des contrats : voir série 3). Le contrat est donc bien un accord de
volontés, un acte juridique (voir série 1).
Parmi les contrats, le contrat de vente est le plus remarquable quant à son effet sur le transfert
de la propriété. Bien que, en principe d’effet immédiat, ce transfert connaît des tempéraments.

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I. PRINCIPE DU TRANSFERT IMMÉDIAT DE PROPRIÉTÉ


Le contrat de vente est le contrat par lequel le vendeur transfère la propriété d’une chose
à un acheteur qui s’oblige à en payer le prix. En principe, le transfert de propriété d’un
corps certain (chose identifiable dont l’existence est unique : bien numéroté, tableau de
maître…) est immédiat du seul fait du consentement des parties au contrat de vente. En
d’autres termes, même si le bien n’est pas encore livré ni payé, le seul accord des parties à la
vente rend l’acheteur propriétaire et met donc les risques encourus par la chose à sa charge.

II. LIMITES
Le principe du transfert immédiat de la propriété dès la formation du contrat connaît un certain
nombre de limites. Ainsi, le transfert de propriété de la chose peut être retardé selon la
volonté expresse des parties (clause de réserve de propriété par laquelle le vendeur conserve
la propriété de la chose, même mise en possession de l’acheteur, et ce jusqu’au paiement inté-
gral du prix par celui-ci) ou en raison de la nature de la chose, objet du contrat. Il en est ainsi
des choses de genre dites aussi choses fongibles (par opposition aux corps certains, ces
choses sont interchangeables les unes par rapport aux autres : voitures de série…) transférées
au moment de leur individualisation et des choses futures dont la propriété est transférée
à la date de leur achèvement.
En outre, en matière d’immeuble, on doit signaler la réglementation de la publicité foncière : les
accords translatifs ou constitutifs, entre vifs, de droits réels immobiliers doivent être publiés au
bureau de la conservation des hypothèques et la règle de l’antériorité de la date de publicité du
contrat de vente prime celle de l’antériorité de la date de passation du contrat (ex. : si Pierre vend
son immeuble à Paul le 15 juin 2013 avec publication de l’acte le 10 juillet 2013, puis le vend une
seconde fois à Jacques le 2 juillet 2013 avec publication de l’acte le 8 juillet 2013 ; le conflit entre
les « acheteurs » sera normalement tranché en faveur de Jacques).

REMARQUE
Quel que soit le régime juridique du transfert d’un droit, ce dernier obéit à un principe général :
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nul ne peut transférer à autrui plus de droits qu’il n’en a. Ainsi, si le vendeur n’a pas la propriété
de la chose, l’acheteur ne peut devenir le propriétaire de la chose par l’effet de la vente.

SECTION 2. L’ACQUISITION PAR UN FAIT JURIDIQUE : LA POSSESSION

La possession est une situation de fait qui, en toute légalité et en dehors d’un accord avec
un précédent propriétaire, permet de ravir à celui-ci la propriété de son bien. pour que le
possesseur devienne propriétaire, sa possession doit dans tous les cas être « utile ». En
outre, des conditions doivent être réunies qui divergent selon que le bien possédé est un
immeuble ou un meuble.

I. DÉFINITION ET CARACTÈRES DE LA POSSESSION UTILE


Seule une situation de possession et, de surcroît, de possession dite utile peut faire acquérir la
propriété.

A. DÉFINITION DE LA POSSESSION
La possession est un état consistant dans le fait de détenir une chose en exerçant sur elle
les attributs du droit de propriété et en prétendant à la qualité de propriétaire.

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À partir de la définition, les éléments constitutifs de la possession sont :


• Un élément matériel (le corpus) : la possession exige d’accomplir sur la chose les actes que
ferait un propriétaire diligent (entretien de la chose…).
• Un élément intentionnel (l’animus) : le possesseur doit exercer sur la chose les prérogatives
du droit de propriété avec l’intention d’agir pour son propre compte et en qualité de proprié-
taire. Cet élément permet de distinguer la possession de la détention précaire. Le détenteur
précaire (ex. : un locataire, un dépositaire, etc.) détient le bien d’autrui ou pour le compte
d’autrui et il ne prétend pas détenir en qualité de propriétaire.

B. CARACTÈRES DE LA POSSESSION UTILE


La possession est protégée par le législateur parce qu’il considère que le possesseur est écono-
miquement utile en s’occupant du bien mieux que ne le fait le véritable propriétaire, mais aussi
parce qu’il présume que généralement le possesseur est le véritable propriétaire. En consé-
quence pour que la possession produise des effets juridiques il faut qu’elle soit utile. Elle est
utile, si elle présente certaines qualités ou conditions. Inversement dit, elle doit être
exempte de certains vices.
• La possession doit être continue et non interrompue : le possesseur ne doit pas cesser
d’exercer son pouvoir de fait sur la chose. Les actes matériels doivent avoir été exercés avec
la même régularité que si le possesseur était un véritable propriétaire.
• La possession doit être paisible : la loi ne protège pas un possesseur qui est entré en pos-
session de la chose par la violence.
• La possession doit être publique : la possession doit pouvoir être constatée par tous.
A contrario, il y a vice de clandestinité si le possesseur dissimule sa possession. La clandesti-
nité rend suspecte l’origine de la possession.
• La possession doit être non équivoque : chacun doit penser que le possesseur est le pro-
priétaire. Le vice d’équivoque consiste dans le doute dans lequel on se trouve à l’égard de
l’élément intentionnel du détenteur. Ce doute peut provenir de faits qui ne permettent pas de
savoir s’il détient pour son propre compte ou pour le compte d’autrui.
La possession n’est pas utile si elle est entachée de vice de discontinuité, de violence, de
clandestinité ou d’équivoque.

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II. ACQUISITION DE LA PROPRIÉTÉ PAR LA POSSESSION
EN MATIÈRE IMMOBILIÈRE
Selon l’article 2272 du Code civil, on peut devenir propriétaire d’un immeuble par une posses-
sion qui, en principe doit durer trente ans : il s’agit de la prescription acquisitive (dite usuca-
pion). Cependant, à certaines conditions supplémentaires, il est possible de devenir
propriétaire d’un immeuble par une possession d’une durée plus courte : il s’agit de la prescrip-
tion abrégée.

A. LA PRESCRIPTION TRENTENAIRE DE PRINCIPE


Pour que la prescription trentenaire puisse paralyser l’action du véritable propriétaire, les condi-
tions suivantes doivent être réunies :
• il faut un immeuble dans le commerce, à l’exclusion du domaine public ;
• il faut, bien sûr, une possession utile ;
• le délai est de trente ans à partir du jour de la prise de possession.

NOTA BENE
Cela n’est pas incompatible avec le fait que le possesseur peut être de mauvaise foi en ce
sens, par exemple, qu’il sait qu’il n’est pas le véritable propriétaire.

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B. LA PRESCRIPTION ABRÉGÉE
L’usucapion abrégée exige deux conditions supplémentaires :
• Le possesseur doit avoir un juste titre, c’est-à-dire un acte qui serait translatif de propriété
s’il ne comportait pas un vice (ex. : le vendeur du bien n’était pas le véritable propriétaire…).
• Le possesseur doit être de bonne foi qui consiste dans la croyance, lors de l’acquisition, que
l’auteur (celui de qui on tient son immeuble) était le légitime propriétaire. À noter cependant
que la bonne foi est légalement mais simplement présumée (C. civ., art. 2274).
Depuis la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008, le délai de prescription est alors de dix ans (aupa-
ravant le délai était de dix ans si le véritable propriétaire habitait dans le ressort de la cour
d’appel où est situé l’immeuble ; ce délai était de vingt ans si le véritable propriétaire était domi-
cilié hors dudit ressort).

III. ACQUISITION DE LA PROPRIÉTÉ PAR LA POSSESSION EN MATIÈRE


MOBILIÈRE : « EN FAIT DE MEUBLES, LA POSSESSION VAUT TITRE »
L’article 2276 du Code civil (anc. art. 2279) dispose :
« En fait de meubles, la possession vaut titre.
Néanmoins, celui qui a perdu ou auquel il a été volé une chose peut la revendiquer pen-
dant trois ans, à compter du jour de la perte ou du vol, contre celui dans les mains duquel
il la trouve ; sauf à celui-ci son recours contre celui duquel il la tient. »

L’alinéa  1er de l’article 2276 du Code civil (« En fait de meubles, la possession vaut titre »)
signifie qu’en matière mobilière, la possession utile vaut en principe immédiatement titre
de propriété. Le possesseur doit toutefois être de bonne foi. Cela étant, le possesseur de
mauvaise foi peut également devenir le propriétaire d’un bien meuble, mais à condition
que sa possession soit trentenaire.

A. LA PROTECTION DU POSSESSEUR DE BONNE FOI


Le législateur protège le possesseur de bonne foi d’un bien meuble. Néanmoins, dans certaines
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circonstances, il offre aussi des recours au primo-propriétaire.

1. Principe
La protection du possesseur de bonne foi est réalisée par une présomption irréfragable de
propriété au profit du possesseur de bonne foi qu’implique l’article 2276 alinéa 1er du Code
civil. La propriété de ce possesseur est établie à l’égard de tous par la simple preuve de sa
possession.
La preuve de la possession fait acquérir la propriété du meuble. Cette acquisition de la propriété
a été expliquée par certains auteurs par l’idée d’une prescription instantanée. Or, par hypothèse
la prescription implique une possession prolongée dont la durée variable est fixée par la loi.
Donc, c’est la loi elle-même qui confère la propriété au possesseur de bonne foi pour le protéger
contre toute action en revendication d’un tiers.
Pour établir cette présomption de propriété, la jurisprudence exige les conditions suivantes :
• La présomption ne bénéficie qu’à un possesseur au sens juridique du terme et non pas à un
détenteur précaire. Par exception, le créancier gagiste peut se prévaloir de l’article 2276. Cette
interprétation large de la jurisprudence permet d’assurer la sécurité du créancier gagiste.
• La possession doit être paisible, publique et non équivoque.
• Le possesseur doit être de bonne foi. Ici, la bonne foi consiste dans le fait d’avoir acquis la
possession de la chose en croyant la recevoir du véritable propriétaire.

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2. Atténuation
Cette atténuation est visée par l’alinéa 2 de l’article 2276 précité du Code civil qui admet
l’action en revendication exercée par le primo-propriétaire contre le possesseur de bonne
foi de meubles perdus ou volés.
Cette action est recevable pendant un délai de trois années à compter de la perte ou du
vol. Pour aboutir dans son action en revendication, le propriétaire de la chose perdue ou volée
doit établir le fait du vol ou de la perte de la chose.
Limite de cette atténuation : si le possesseur évincé (l’action en revendication exercée dans
le délai et contre un acquéreur de bonne foi a abouti) a acquis la chose « dans une foire ou
dans un marché, ou dans une vente publique, ou d’un marchand vendant des choses
pareilles » (C. civ., art. 2277), le propriétaire doit rembourser au possesseur le prix d’achat.
Le possesseur garde la possibilité de refuser de restituer la chose avant d’être remboursé.
La faveur faite ainsi à ce possesseur est justifiée par le fait qu’on peut supposer généralement qu’il
ignorait au moment de l’acquisition la perte ou le vol de la chose et donc qu’il était de bonne foi.
L’inventeur d’une chose perdue ou d’une épave terrestre (celui qui découvre cette chose) qui la
dépose volontairement dans un bureau des objets trouvés en obtient la détention une année
après le dépôt si elle n’est pas réclamée. Comme tout possesseur de bonne foi, il n’est à l’abri
d’une action en revendication qu’après l’expiration du délai de trois années à compter de la perte.

B. L’ACQUISITION DE LA PROPRIÉTÉ D’UN BIEN MEUBLE


PAR UN POSSESSEUR DE MAUVAISE FOI
Une possession (corpus et animus), si elle est utile (exempte de vices) et d’une durée de trente
ans, peut permettre au possesseur de mauvaise foi (ex. : il sait que le bien qu’il possède a été
volé) d’acquérir la propriété d’un bien meuble.

Remarques générales sur la possession

À propos du calcul du délai de prescription :

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La jonction des possessions :
Le législateur permet au possesseur actuel de joindre à sa possession celle de son auteur
(qui, par hypothèse, n’est pas le véritable propriétaire mais un possesseur). Si les deux
possesseurs successifs sont de bonne foi, la jonction des possessions permet de bénéficier
du délai de l’usucapion abrégée en matière immobilière. Par contre, si l’un d’eux est de
mauvaise foi, c’est la prescription trentenaire qui doit être retenue.

L’interruption de la prescription :
S’il y a interruption de la prescription pendant plus d’un an par une citation en justice
signifiée par un tiers au possesseur ou par une reconnaissance volontaire par le possesseur
de la propriété d’une autre personne, le temps couru ne compte plus. L’interruption de la
prescription a pour effet de rendre inutile tout le temps précédemment écoulé. Une nouvelle
prescription acquisitive peut commencer aussitôt.

La suspension de la prescription :
À la différence de l’interruption, la suspension de la prescription ne rend pas inutile le délai
déjà écoulé. Lorsque la cause de suspension disparaît, le possesseur ne doit accomplir que
la durée du délai de prescription qui restait à couvrir lorsque la cause de suspension est
survenue. Les causes de suspension sont multiples : la prescription ne court pas contre les
mineurs non émancipés pendant tout le temps de la minorité, contre les majeurs en tutelle
pendant toute la durée de leur incapacité et entre époux pendant toute la durée du mariage.
•••

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UE 111 • Introduction au droit

•••
À propos de la situation du possesseur évincé :
Lorsque l’action en revendication du véritable propriétaire aboutit, le possesseur est évincé.
Selon le Code civil, tout possesseur évincé est obligé non seulement de restituer la chose
(meuble ou immeuble) mais aussi les fruits produits par la chose.
Toutefois, la loi dispense le possesseur de bonne foi de restituer les fruits. Le possesseur
de bonne foi fait les fruits « siens », c’est-à-dire qu’il en conserve la propriété. Cette faveur
du législateur à l’égard du possesseur de bonne foi s’explique généralement de la manière
suivante : les fruits (ce que produit périodiquement la chose et qui n’entame pas la
substance même de cette chose ; contrairement aux produits de la chose) sont faits pour
être consommés au fur et à mesure (ex. : les fruits naturels comme les récoltes, les fruits
civils tels que les loyers d’un immeuble loué).
La consommation des fruits par le possesseur de bonne foi ne diminue pas la valeur
« capital » de la chose qu’il doit restituer. Par contre, l’obliger à restituer les fruits qu’il a
perçus pendant plusieurs années a pour conséquence de l’appauvrir en le contraignant à
prélever en une fois une somme importante sur son patrimoine alors qu’il n’a commis
aucune faute, puisqu’il est de bonne foi.

À propos de la protection judiciaire de la possession :


Les actions possessoires sont des actions en justice accordées au possesseur pour
défendre sa possession. Les actions possessoires se distinguent des actions pétitoires
qui sont mises en œuvre lorsque l’objet de la contestation est l’existence du droit de
propriété lui-même. Autrement dit, les actions possessoires ont pour objet de faire respecter
la possession elle-même sans discuter du fond qui est le droit de propriété.
Les actions pétitoires relèvent de la compétence du tribunal de grande instance. La loi
n° 2005-47 du 26 janvier 2005 a retiré de la compétence du Tribunal d’instance les actions
possessoires pour les attribuer également désormais au TGI. Les deux types d’actions ne
peuvent être invoqués cumulativement par la même personne (CPC, art. 1265).
Les actions possessoires sont : la complainte qui tend à faire cesser un trouble de fait
(actes matériels impliquant l’intention de contester la possession ; ex. : un prétendu
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propriétaire a déposé des matériaux sur un terrain en contestant la propriété du possesseur)


ou un trouble de droit (ex. : un voisin fait défense, par acte d’huissier, au possesseur d’un
fonds d’élever une construction) ; la dénonciation de nouvelle œuvre qui est l’action par
laquelle le possesseur d’immeuble demande la suspension et la suppression de travaux qui
ont été entrepris sur un terrain et susceptibles de nuire à la jouissance de son fonds ; la
réintégrande ou action en réintégration qui est l’action par laquelle le possesseur
d’immeuble dépossédé par la violence, demande au juge de le remettre en possession.
La complainte et la dénonciation de nouvelle œuvre ne sont recevables que si le demandeur
a une possession caractérisée, c’est-à-dire comportant le corpus et l’animus, et utile
(exempte de vices). En outre, elles supposent une possession d’au moins une année et
l’action doit être exercée dans l’année du trouble. La réintégrande doit être exercée dans
l’année du trouble sans condition de durée de la possession (elle est accordée même à des
détenteurs précaires à l’encontre des tiers).
En conclusion : la possession permet au possesseur, qu’il soit de bonne ou de mauvaise
foi, d’acquérir à des conditions spécifiques la propriété d’un bien (meuble ou immeuble). La
prescription acquisitive entre en conflit avec la règle selon laquelle la propriété ne se perd
pas par prescription extinctive. En fait, ces deux règles ne sont pas inconciliables : le
propriétaire qui n’a pas usé de la chose pendant un certain temps conserve son droit de
propriété à condition que ce droit n’ait pas été ravi par un possesseur !

Après ces développements sur les caractéristiques du droit de propriété (chapitre 1) et certaines
modalités de son acquisition (chapitre 2), interrogeons-nous sur l’étendue de ce droit.

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CHAPITRE 3. L’ÉTENDUE DU DROIT DE PROPRIÉTÉ


Si le droit de propriété s’étend parfois au-delà du bien stricto sensu qui en est l’objet, il arrive
également que le droit de propriété soit démembré ou que son exercice soit entravé.

SECTION 1. L’OBJET DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

Sur quoi le droit de propriété s’exerce-t-il ? Sur des biens meubles ou immeubles, mais aussi sur
des éléments qui y sont liés.

I. EN MATIÈRE MOBILIÈRE
Le droit de propriété porte sur le bien meuble lui-même (meuble meublant, animal domes-
tique…) mais aussi, et par accession, sur tout ce qu’il produit. En effet, en vertu de la règle
selon laquelle le régime juridique d’un élément accessoire suit le régime juridique de l’élément
principal auquel il est rattaché, le droit de propriété d’un élément principal emporte aussi pro-
priété de l’élément qui lui est accessoire. Par une sorte d’attraction, la propriété du principal
s’étend à la propriété de l’accessoire.
Article 546 du Code civil :
« La propriété d’une chose, soit mobilière, soit immobilière, donne droit sur tout ce qu’elle
produit, et sur ce qui s’y unit accessoirement, soit naturellement, soit artificiellement.
Ce droit s’appelle droit d’accession. »

Le droit d’accession s’applique donc d’une part, sur ce qui est produit par la chose et, d’autre
part, sur ce qui s’unit et s’incorpore à la chose.
Ainsi, par exemple, en matière mobilière, en ce qui concerne le droit d’accession sur ce qui est
produit par la chose, la propriété d’un animal emporte la propriété de ses petits (« croît des ani-
maux » visé par l’article 547 du Code civil).

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En ce qui concerne le droit d’accession sur ce qui s’unit et s’incorpore à la chose, citons par
exemple l’article 566 du Code civil :
« Lorsque deux choses appartenant à différents maîtres, qui ont été unies de manière à
former un tout, sont néanmoins séparables, en sorte que l’une puisse subsister sans
l’autre, le tout appartient au maître de la chose qui forme la partie principale, à la charge
de payer à l’autre la valeur, estimée à la date du paiement, de la chose qui a été unie. »

Qu’en est-il en matière immobilière ?

II. EN MATIÈRE IMMOBILIÈRE


Le droit d’accession s’applique également d’une part, sur ce qui est produit par la chose immo-
bilière et, d’autre part, sur ce qui s’unit et s’incorpore à cette chose.
En ce qui concerne le droit d’accession sur ce qui est produit par la chose immobilière, citons
par exemple l’article 547 du Code civil qui dispose :
« Les fruits naturels ou industriels de la terre, les fruits civils, le croît des animaux, appar-
tiennent au propriétaire par droit d’accession. »

En d’autres termes, hormis le croît des animaux qui manifeste l’accession mobilière, la propriété
d’un immeuble (fonds de terre, bâtiment…) emporte par accession la propriété des fruits qu’il
produit (bananes, loyers…).

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UE 111 • Introduction au droit

En ce qui concerne le droit d’accession sur ce qui s’unit et s’incorpore à la chose immobilière,
citons par exemple les articles 552 et 554 du Code civil.
Article 552 du Code civil :
« La propriété du sol emporte la propriété du dessus et du dessous.
Le propriétaire peut faire au-dessus toutes les plantations et constructions qu’il juge à
propos, sauf les exceptions établies au titre des servitudes ou services fonciers.
Il peut faire au-dessous toutes les constructions et fouilles qu’il jugera à propos, et tirer de
ces fouilles tous les produits qu’elles peuvent fournir, sauf les modifications résultant des
lois et règlements relatifs aux mines, et des lois et règlements de police. »

Article 554 du Code civil :


« Le propriétaire du sol qui a fait des constructions, plantations et ouvrages avec des
matériaux qui ne lui appartenaient pas, doit en payer la valeur estimée à la date du paie-
ment ; il peut aussi être condamné à des dommages-intérêts, s’il y a lieu : mais le proprié-
taire des matériaux n’a pas le droit de les enlever. »

Dans le même esprit et bien qu’il soit mentionné au titre des servitudes, l’article 673 du Code
civil énonce :
« Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres, arbustes et arbrisseaux
du voisin peut contraindre celui-ci à les couper. Les fruits tombés naturellement de ces
branches lui appartiennent.
Si ce sont des racines, ronces ou brindilles qui avancent sur son héritage, il a le droit de
les couper lui-même à la limite de la ligne séparative.
Le droit de couper les racines, ronces et brindilles ou de faire couper les branches des
arbres, arbustes et arbrisseaux est imprescriptible. »

En définitive, la propriété s’étend par accession au-delà (au-dessus et au-dessous) de l’im-


meuble principal. Toutefois, cette extension subit des limitations (ex. : espace aérien national,
gisements appartenant à l’État…).
Si l’objet du droit de propriété peut être plus vaste que le bien approprié, le droit de propriété
peut être restreint par ses démembrements.
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SECTION 2. LES DÉMEMBREMENTS DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

Le droit de propriété est démembré lorsque les attributs (usus, fructus, abusus) qu’il confère
à son titulaire sont répartis entre plusieurs personnes. Cela est principalement le cas si le
propriétaire supporte une servitude ou si l’usufruit du bien approprié est reconnu à autrui
(l’usufruitier).

I. LES SERVITUDES
La servitude foncière ou servitude réelle est un droit réel grevant un immeuble dit fonds ser-
vant, pour l’usage et l’utilité d’un autre, dit fonds dominant (C. civ., art. 637).
Grâce à ce droit, le propriétaire du fonds dominant peut faire certains usages du fonds servant :
par exemple, la servitude de passage au profit d’un fonds enclavé permet au propriétaire du
fonds enclavé de traverser un fonds voisin pour avoir accès à une voie de communication.
La servitude est inséparable, activement et passivement, du fonds dominant et du fonds servant,
et elle se transmet de plein droit avec la propriété.
Selon leur mode d’exercice, on distingue :
• les servitudes continues et les servitudes discontinues ;
• les servitudes apparentes et les servitudes non apparentes.

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Introduction au droit • Série 2

La servitude est continue : quand elle s’exerce sans intervention d’un fait actuel de l’homme. Elle
suppose un état de chose permanent, par exemple servitude d’écoulement des eaux, servitude
de vue. Elle est discontinue dans le cas contraire, par exemple servitude de passage, de pui-
sage, etc.
La servitude est apparente : quand des travaux extérieurs révèlent son existence (servitude
d’aqueduc). Elle est non apparente quand elle n’est révélée par aucun signe visible (servitude de
ne pas bâtir).
Ces deux classifications peuvent se combiner, par exemple le service de jour dans un mur est
une servitude continue et apparente.
La servitude peut être établie par l’une des façons suivantes :
• par la loi et en raison de la situation des deux fonds (situation des lieux), que ce soit dans un
intérêt privé ou dans un intérêt public. Ex. : servitude d’écoulement naturel des eaux (Art. 640
C. civ. : « Les fonds inférieurs sont assujettis envers ceux qui sont plus élevés, à recevoir les
eaux qui en découlent naturellement sans que la main de l’homme y ait contribué. Le proprié-
taire inférieur ne peut point élever de digue qui empêche cet écoulement. Le propriétaire supé-
rieur ne peut rien faire qui aggrave la servitude du fonds inférieur ») ;
• par l’homme : servitude du fait de l’homme ;
• par titre : contrat ou testament ;
• par destination « du père de famille »  ; par exemple, lorsque le propriétaire de deux fonds
contigus établit une charge sur l’un pour le service de l’autre et ensuite vend séparément l’un
d’eux ;
• par prescription acquisitive trentenaire.
Le propriétaire du fonds servant doit supporter la servitude et ne rien faire qui puisse la
diminuer. (ex. : édifications empêchant l’écoulement des eaux pluviales venant du fonds domi-
nant). Le propriétaire du fonds dominant ne peut l’aggraver (ex. : travaux entraînant un ruis-
sellement plus important des eaux pluviales en direction du fonds servant). Le propriétaire qui
empêcherait le bon exercice du droit de servitude devrait alors assumer les conséquences de
ses actes (adaptation de son fonds pour permettre le bon exercice de la servitude, remise des
choses en l’état antérieur, versement de dommages-intérêts à la victime).
La servitude s’éteint dans les cas suivants :

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• l’exécution devient impossible ;
• la perte de la chose ;
• l’arrivée du terme ou de la condition résolutoire ;
• la renonciation unilatérale ;
• la consolidation qui résulte de la réunion de la propriété des deux fonds ;
• le non-usage trentenaire.

II. L’USUFRUIT
L’usufruit est un droit réel d’usage (usus) et de jouissance (fructus) portant sur un bien
dont la propriété appartient à autrui.
Article 578 du Code civil :
« L’usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété comme le proprié-
taire lui-même, mais à la charge d’en conserver la substance. »

Le droit de propriété est ainsi démembré. Autrement dit, le propriétaire est privé du droit d’usage
et de jouissance pendant la durée de l’usufruit. Il est réduit à une nue-propriété. La pleine pro-
priété est reconstituée de plein droit au profit du nu-propriétaire à l’extinction de l’usufruit.
L’usufruit est un droit temporaire. Il est viager, il ne peut durer au-delà de l’existence de l’usufrui-
tier, si celui-ci est une personne physique, au-delà de trente ans, si l’usufruitier est une personne
morale.

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UE 111 • Introduction au droit

L’intérêt de l’usufruit est d’assurer à l’usufruitier l’usage d’un bien et d’être aussi une source de
revenus, sans dépouiller définitivement le nu-propriétaire. Par conséquent, l’usufruit se rencontre
surtout en matière successorale :
• Usufruit légal du conjoint survivant sur les biens laissés par le conjoint prédécédé.
• Legs d’usufruit.
• Donation de biens à venir faite en usufruit au profit du conjoint.
• Donation entre vifs (enfants) ; le donateur (ascendant) se réservant l’usufruit.
L’usufruit peut être constitué soit par :
• La loi et l’effet de l’ouverture de la succession.
• La volonté unilatérale : le testament.
• Le contrat : donation notamment.
• La prescription acquisitive.
L’usufruit peut porter sur toutes sortes de choses corporelles : meubles ou immeubles. Il peut
porter aussi sur des biens incorporels, par exemple : fonds de commerce, créances, etc.
Deux principes gouvernent les rapports entre l’usufruitier et le nu-propriétaire :
• L’usufruitier a un droit réel portant sur le bien grevé d’usufruit et indépendant du droit du
nu-propriétaire.
• L’obligation pour l’usufruitier de conserver la substance de la chose et de n’en pas changer la
destination.
Quels sont les droits et obligations de l’usufruitier ? Dans quelle mesure l’usufruit et la nue-pro-
priété sont-ils séparés ? Que dire de l’extinction de l’usufruit ?

A. DROITS ET OBLIGATIONS DE L’USUFRUITIER


1. Les droits de l’usufruitier
L’usufruitier use librement de la chose (droit d’usage) et en perçoit les fruits dont il acquiert la
propriété (droit de jouissance) : articles 582 et suivants du Code civil.

a. Droit de percevoir les fruits


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Les fruits sont ce que produit périodiquement la chose (fruits naturels, tels que les récoltes, ou
fruits civils, tels que les loyers), et qui n’épuisent pas la substance même de la chose. Par contre,
les produits appartiennent au nu-propriétaire.
La distinction des fruits et des produits est relative. Ainsi l’usufruitier a droit à certains produits
s’il se conforme à l’aménagement donné par le nu-propriétaire (ex. : l’usufruitier profite de l’abat-
tage de bois de haute futaie qui ont été mis en coupes réglées par le nu-propriétaire. Par contre,
il ne peut mettre en coupe les bois de haute futaie si le nu-propriétaire n’a pas antérieurement
procédé à cet aménagement : articles 591 et 592 du Code civil).

b. Actes matériels et actes juridiques


• L’usufruitier peut accomplir les actes matériels et consentir les actes juridiques nécessaires à
l’exploitation de la chose frugifère. Il n’a pas besoin de l’autorisation du nu-propriétaire, à
condition de respecter la destination et le mode de jouissance établis par le nu-propriétaire.
• En principe, il peut donner à bail le bien. Mais l’article 595 du Code civil limite la durée pour
laquelle les baux consentis par l’usufruitier sont opposables au nu-propriétaire après l’extinc-
tion de l’usufruit. De plus, l’usufruitier ne peut donner à bail un fonds rural ou un immeuble à
usage commercial, industriel ou artisanal qu’avec l’autorisation du nu-propriétaire ; en cas de
refus, avec l’autorisation du juge. En effet, cet acte dépasse les limites d’une simple
administration.
• L’usufruitier peut céder son usufruit s’il porte sur un immeuble. Il peut même l’hypothéquer
mais, il ne peut faire un acte de disposition sur le bien car il doit conserver la substance de la
chose et il doit la restituer au nu-propriétaire à l’extinction de l’usufruit.

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Introduction au droit • Série 2

• Lorsque l’usufruit porte sur des choses consomptibles ; c’est-à-dire des choses qui dispa-
raissent par le premier usage telles que : vin, sommes d’argent, etc. ; l’usufruitier a le droit d’en
disposer, sauf à restituer des biens de même nature, quantité et valeur à l’extinction de l’usu-
fruit. Cette sorte d’usufruit est appelée : quasi-fruit.

2. Les obligations de l’usufruitier


Les obligations de l’usufruitier découlent de la règle qui lui impose de conserver la substance de
la chose.
au début de l’usufruit : il doit faire l’inventaire des meubles et un état des immeubles. Il doit
fournir une caution pour garantir la restitution.
pendant la durée de l’usufruit : il doit jouir en bon père de famille, c’est-à-dire interrompre les
prescriptions, effectuer les réparations d’entretien, supporter les charges usufructuaires, c’est-
à-dire les dettes qui sont normalement acquittées au moyen des fruits (ex. : les contributions
annuelles, etc., C. civ., art. 608).
Le non-respect de ces obligations engage la responsabilité de l’usufruitier à l’égard du nu-pro-
priétaire, qui peut demander la déchéance de l’usufruit pour cause d’abus de jouissance.
Les grosses réparations sont à la charge du nu-propriétaire… mais il n’a pas l’obligation de les
faire. C’est l’un des inconvénients de l’indépendance de l’usufruit par rapport à la nue-propriété.
Il peut en résulter une dégradation du bien.

B. DANS QUELLE MESURE L’USUFRUIT ET LA NUE-PROPRIÉTÉ


SONT-ILS SÉPARÉS ?
1. Le principe
Le principe est celui d’une indépendance totale des deux droits réels : l’usufruit et la nue-pro-
priété. La seule limite du nu-propriétaire est de ne pas diminuer ou troubler la jouissance de
l’usufruitier (C. civ., art. 599). Résultat : il n’existe pas d’indivision entre l’usufruitier et le nu-pro-
priétaire car l’indivision suppose des droits de même nature. En fait, cette indépendance des
intérêts ne peut être absolue.

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2. Les tempéraments
Afin de conserver la substance de la chose et la restituer au nu-propriétaire, nous avons vu que
l’usufruitier est tenu à certaines obligations dans l’intérêt même du nu-propriétaire.
En cas de succession où nous sommes en présence d’un usufruitier et d’héritiers nus-proprié-
taires, l’existence de l’usufruit cause une gêne aux nus-propriétaires qui ne peuvent pas partager
commodément entre eux la propriété. De même l’usufruitier n’exerce pas commodément son
usufruit puisque son droit porte seulement pour partie sur plusieurs biens, objets de son usu-
fruit ; et surtout s’il n’entretient pas de bons rapports avec les nus-propriétaires. Théoriquement,
le partage est exclu pour résoudre le problème : les deux droits sont distincts. Néanmoins, la
jurisprudence et la pratique ont trouvé la solution suivante : elles considèrent qu’il existe une
indivision quant à la jouissance. L’usufruitier peut la faire cesser en demandant le cantonnement
de son usufruit sur des biens déterminés. Bien plus, lorsque la masse indivise ne peut être com-
modément partagée, il peut être procédé à la licitation de la pleine propriété c’est-à-dire la vente
en un seul lot de la nue-propriété et de l’usufruit ; à condition que cette licitation apparaisse
nécessaire à la protection de l’intérêt des parties et à l’assiette de l’usufruit (Cass. 1re civ., 22 jan-
vier 1962, D. 1962, 418, Note Cornu).

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UE 111 • Introduction au droit

C. L’EXTINCTION DE L’USUFRUIT
1. Les causes
Les causes d’extinction de l’usufruit sont multiples :
• décès de l’usufruitier ou expiration d’un délai de 30 ans pour les personnes morales ;
• arrivée du terme fixé conventionnellement ;
• déchéance de l’usufruitier, par exemple : qui abuse de son droit ;
• perte de la chose, mais avec report sur l’indemnité d’assurance ;
• expropriation pour cause d’utilité publique, avec report sur l’indemnité d’expropriation ;
• renonciation de l’usufruitier ;
• non-usage du droit d’usufruit pendant trente années ;
• consolidation du droit de l’usufruitier par la réunion de la nue-propriété et l’usufruit sur la même
tête, par exemple : l’usufruitier qui hérite du nu-propriétaire.

2. Les effets
L’extinction de l’usufruit entraîne :
• L’obligation de restituer le bien par l’usufruitier : en principe en nature et dans l’état où il se
trouvait à l’ouverture de l’usufruit. En cas d’impossibilité de restituer en nature, elle se fera en
valeur. En cas de perte, par la faute de l’usufruitier, celui-ci doit indemniser le nu-propriétaire.
Par contre, aucune indemnité n’est due à l’usufruitier pour les améliorations effectuées par lui
(mais droit à indemnisation s’il a fait des réparations incombant au nu-propriétaire).
• Le droit aux fruits cesse à l’extinction de l’usufruit. Le Code civil distingue entre : les fruits
naturels (ceux qui proviennent de la nature), les fruits industriels (ceux qui sont obtenus grâce
au travail de l’homme), et les fruits civils (revenus périodiques de la chose par exemple : inté-
rêts du capital prêté).
Les fruits naturels ou industriels non encore perçus à l’extinction de l’usufruit appartiennent au
nu-propriétaire. Par contre, les fruits civils de l’année en cours sont acquis par l’usufruitier en
proportion de la partie de l’année écoulée. C’est le principe de l’acquisition des fruits civils par
jour (C. civ., art. 586) et des fruits naturels par la perception (C. civ., art. 585).
Sans être démembré, le droit de propriété peut voir son exercice entravé par la prise en compte
de données extérieures.
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SECTION 3. L’EXERCICE ENTRAVÉ DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

Le droit de propriété ne saurait être exercé au point de causer un dommage à autrui. La jurispru-
dence sanctionne ainsi la responsabilité pour abus du droit de propriété et la responsabilité pour
troubles anormaux de voisinage.

I. L’ABUS DE DROIT
L’abus du droit de propriété est le fait d’user de la chose d’une manière préjudiciable et dans
l’intention de nuire à autrui, sans prendre les précautions nécessaires pour éviter la réalisation
du dommage.
Par exemple : le fait pour un propriétaire de construire une fausse cheminée dans le seul but
d’enlever la lumière à un autre immeuble (CA Colmar, 2 mai 1855, D. 1856-2, 9) ; ou encore : le
fait pour un propriétaire d’installer sur son terrain des carcasses de bois, hérissées de pointes de
fer pour gêner l’atterrissage des aéronefs sur un terrain voisin.
La responsabilité sera engagée aux conditions suivantes : il faut, d’une part, un dommage
causé à un voisin par un acte de propriété (que ce soit un acte d’usage, de jouissance, ou
encore de destruction) sur un immeuble. D’autre part, l’intention de nuire doit exister : la simple
négligence ou l’imprudence ne suffit pas, le dommage doit avoir été causé intentionnellement (par
esprit de malveillance, de malice…). Enfin, l’acte en question du propriétaire ne doit présenter
aucun intérêt sérieux et légitime.

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Introduction au droit • Série 2

La théorie de l’abus du droit de propriété est une application par les juridictions des principes de
la responsabilité civile délictuelle de l’article 1382 du Code civil :
« Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la
faute duquel il est arrivé, à le réparer. »

La réparation du préjudice sera soit en nature (destruction des ouvrages dommageables) soit, à
défaut, se résoudra en une condamnation à des dommages-intérêts.

II. LES TROUBLES ANORMAUX DE VOISINAGE


Lorsqu’un propriétaire, qui use de sa chose dans un intérêt personnel et sérieux, en use à
tel point qu’il cause de graves inconvénients à son voisinage, sa responsabilité peut être
engagée sur le fondement des articles 1382 et 1383 du Code civil (C. civ., art. 1383 : « Chacun
est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négli-
gence ou par son imprudence »).
Les inconvénients non excessifs du voisinage, eux, doivent être tolérés. À cet égard, il y aura lieu
de prendre en considération la situation urbaine ou rurale du bien. Les juges apprécient les nui-
sances in concreto.
De simples bruits ou odeurs (fumées…) non excessifs doivent être tolérés du voisinage. Par
contre, une usine en zone urbaine qui laisserait échapper de fortes et abondantes fumées ou qui
serait source de bruits excessifs causera un « préjudice qui excède la mesure ordinaire des obli-
gations de voisinage ». L’autorisation administrative d’installation ou d’exploitation ne retire en
aucun cas le caractère fautif des actes.
La jurisprudence n’admet pas davantage que le défendeur puisse s’exonérer en opposant l’an-
tériorité dans l’occupation des lieux par rapport au demandeur qui se serait installé ultérieure-
ment dans le voisinage. Mais celui qui construit une maison d’habitation dans un quartier où sont
installés des usines ou des ateliers ne peut se plaindre d’un quelconque trouble.
Il convient enfin de préciser que les troubles de voisinage ne supposent pas nécessairement
d’intention de nuire (a contrario de l’abus de droit) : la responsabilité civile sera engagée sur la

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base d’une faute de négligence ou d’imprudence.
Sanctions : les tiers lésés peuvent obtenir en justice d’une part des dommages-intérêts, d’autre
part que le tribunal prescrive, au besoin sous astreinte, au propriétaire responsable soit d’éviter
soit d’atténuer fortement les causes du dommage. Cependant, le tribunal ne peut ordonner la
fermeture d’une usine ou d’une exploitation qui aurait été autorisée par l’Administration : dans
cette hypothèse, s’il persiste des troubles de voisinage (le cas échéant après aménagement des
locaux), le voisin verra son préjudice réparé par l’allocation de dommages-intérêts.
Il est à noter que la responsabilité pour inconvénients anormaux de voisinage peut également
être retenue à l’encontre des locataires.

REMARQUE
S’inspirant de la jurisprudence, le législateur a adopté différentes dispositions, notamment
dans le Code de la santé publique, visant à lutter contre le bruit devenu l’un des troubles
contemporains majeurs.
Art. R. 1334-31 du Code de la santé publique :
« Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte
à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu public ou privé, qu’une
personne en soit elle-même à l’origine ou que ce soit par l’intermédiaire d’une personne,
d’une chose dont elle a la garde ou d’un animal placé sous sa responsabilité. »

Pour finir, le lien entre le droit des personnes (Partie 1 de cette série) et le droit des biens (Partie 2
de cette série) peut être réalisé par la notion de patrimoine.

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UE 111 • Introduction au droit

TITRE 3. LE PATRIMOINE

Retrouvez des compléments pédagogiques de l’UE 111 sur le site Internet de l’Intec :


[Link]

Qu’est-ce que le patrimoine au sens juridique ? (chapitre 1) Deux grandes approches du patri-
moine dominent cette notion : l’approche personnaliste et la thèse du patrimoine d’affectation
(chapitre 2). Le droit positif français se range à l’approche personnaliste, mais avec de plus en
plus de nuances (chapitre 3).

CHAPITRE 1. NATURE JURIDIQUE DU PATRIMOINE


Contrairement au langage courant où le patrimoine désigne plutôt les seuls éléments de fortune,
le patrimoine, en droit, tient non seulement compte de l’actif mais aussi du passif d’une per-
sonne qu’elle soit physique ou morale ; qui plus est, puisqu’il est un contenant distinct des élé-
ments patrimoniaux qu’il comprend, il tient compte de l’actif et du passif présents comme en
devenir. C’est donc un ensemble dit « universalité de droit » (ensemble juridique) compor-
tant des biens, des dettes et charges appréciables en argent qui appartiennent ou
incombent ou qui pourront appartenir ou incomber à une même personne.
Peuvent donc faire partie du patrimoine d’une personne, entre autres : ses biens corporels
(meubles meublants, bâtiments…) ou incorporels (fonds de commerce, droits réels…), mais
aussi ses dettes et obligations pécuniaires.
Deux théories dominantes se disputent la justification du patrimoine.

CHAPITRE 2. APPROCHE PERSONNALISTE ET THÈSE


DU PATRIMOINE D’AFFECTATION
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Selon l’approche personnaliste, le patrimoine serait une conséquence de l’existence d’une per-
sonne. Tandis que, selon la thèse du patrimoine d’affectation, le patrimoine serait un ensemble
ne se justifiant que par l’activité à laquelle il est rattaché.

SECTION 1. APPROCHE PERSONNALISTE DU PATRIMOINE

Selon cette approche, le patrimoine n’existe que comme une conséquence de la personnalité
juridique. Cela entraîne un certain nombre de conséquences qu’il convient de tempérer.

I. LE LIEN AVEC LA PERSONNALITÉ JURIDIQUE


Ce lien a été principalement mis en évidence par la théorie dite classique du patrimoine qui est
l’œuvre de deux civilistes français du XIXe siècle : Aubry et Rau. Pour ces auteurs, le patrimoine
est une conséquence automatique de la personnalité, c’est un attribut de la personnalité
juridique, « c’est l’expression juridique de la personnalité ».
Pourquoi donc les biens et dettes d’une personne forment-ils une universalité ? Aubry et Rau
répondent qu’il en est ainsi par l’effet de la volonté supposée de la personne qui est titulaire de
ses droits et tenue à ses obligations et qui a voulu qu’ils constituent un tout juridique, une masse
soumise à un régime juridique propre.
De ce postulat découlent diverses conséquences.

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Introduction au droit • Série 2

II. CONSÉQUENCES
On identifie cinq règles provenant de l’approche personnaliste du patrimoine.

A. TOUTE PERSONNE EST TITULAIRE D’UN PATRIMOINE


Le patrimoine est un attribut de la personnalité. quand bien même une personne n’aurait
aucun bien, ni dette, elle aurait un patrimoine ; de même une personne en déconfiture !
Le patrimoine est un contenant ; le contenu, dans la théorie classique : ce sont tous les
droits patrimoniaux et les dettes.

B. TOUT PATRIMOINE APPARTIENT À UN TITULAIRE


Il n’y a pas de patrimoine qui n’appartienne à aucun sujet de droit (personne physique ou
personne morale). Tout patrimoine doit être « raccroché » (fiction juridique) à une personne
morale ou physique.
Cette règle entrave la création de fondations directes si répandues hors de France (une fondation
est une donation ou legs d’une masse de biens affectés à un but charitable ou scientifique).

C. LE PATRIMOINE EST INALIÉNABLE


Du vivant de son titulaire, le patrimoine (universalité) est intransmissible entre vifs. Une per-
sonne ne peut pas céder son patrimoine mais elle a le droit d’aliéner tous ses biens indivi-
duellement ou l’ensemble de ses biens présents… Quelle est la différence ? Elle ne saurait
aliéner ses biens futurs.
À la mort du titulaire, ne pas admettre la transmission héréditaire du patrimoine serait désas-
treux. En effet, si le patrimoine disparaissait à la mort de son titulaire, les créanciers n’auraient
plus aucune possibilité d’exercer un recours, leur gage s’étant « évanoui ». D’où la disparition du
crédit.
Aubry et Rau admettent alors une fiction du droit romain : l’héritier continue la personne du

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défunt. Le patrimoine survit au décès de son titulaire. Il est recueilli par l’héritier.

D. LE PATRIMOINE EST UNIQUE ET INDIVISIBLE


Une personne ne peut avoir qu’un SEUL patrimoine. Elle peut avoir des activités multiples
(éleveur de bétail, boucher, conserverie) en plusieurs lieux (Paris, Lyon, Toulouse), elle n’aura
qu’un SEUL patrimoine.
Avantage : les créanciers pourront saisir n’importe quel bien figurant dans le patrimoine concerné
(ex. : les créanciers de la « conserverie » pourront saisir les animaux de l’élevage).
Conséquences sur le plan successoral : l’héritier continue la personne du défunt et il recueille le
patrimoine de son auteur, mais il n’est pas titulaire de deux patrimoines ; à savoir le sien et celui
du de cujus (ces deux patrimoines vont se confondre pour n’en former qu’un). D’où : les créan-
ciers du défunt vont pouvoir saisir les biens personnels de l’héritier qui est tenu au-delà de l’actif
de la succession (sauf le cas de renonciation à la succession ou acceptation sous bénéfice
d’inventaire) et les créanciers de l’héritier vont pouvoir saisir les biens échus à leur débiteur par
cette succession.

E. LA SUBROGATION RÉELLE
La subrogation est le remplacement d’une personne ou d’un droit par une autre personne
ou un autre droit. Elle est personnelle dans le premier cas, réelle dans le second.

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UE 111 • Introduction au droit

La subrogation réelle explique le droit de gage général des créanciers chirographaires sur le
patrimoine du débiteur. Ces créanciers n’ont aucun privilège ; ils ne peuvent pas empêcher la
sortie d’un bien de ce patrimoine et ils n’ont aucun droit de suite sur un bien lorsqu’il est transmis
à un tiers.
En revanche, par l’effet de la subrogation réelle, tout bien qui entrera dans le patrimoine pour
prendre la place du bien qui en est sorti, constituera leur gage.

EXEMPLE
Dupont qui a des créanciers chirographaires dispose de valeurs mobilières d’un montant de
250 000 €. Il les vend et emploie le prix de vente pour acquérir un terrain. Les créanciers chiro-
graphaires ne peuvent pas exercer leur droit sur l’actif (valeurs mobilières) tel qu’il existait au
jour de la naissance de la dette. Mais ils disposeront désormais d’un droit sur l’actif présent
(terrain) : ils subissent les fluctuations du patrimoine dans sa valeur et dans sa composition.
L’approche personnaliste du patrimoine a ses limites.

III. LIMITES
Tout d’abord, le patrimoine ne comporte que des droits pécuniaires (patrimoniaux) : le principe
est discutable car de nombreux droits extrapatrimoniaux ont des incidences pécuniaires (ex. :
autorité parentale qui permet le droit de jouissance légale sur les biens du mineur non éman-
cipé) ; d’où : les droits patrimoniaux et les droits extrapatrimoniaux sont affectés à la personne.
Ils devraient donc tous faire partie du patrimoine.
Ensuite, tout le système d’Aubry et Rau repose sur le lien qui existerait entre la personnalité et le
patrimoine. La liaison s’opère grâce à la toute puissance de la volonté de l’homme (principe de
l’autonomie de la volonté en tant que source de droits) qui lui permettrait de rassembler ses
droits en un tout. Or, ce rôle attribué à la volonté est contraire à la réalité. Par exemple : le com-
merçant souhaite n’affecter à son entreprise qu’une masse de biens déterminée et non pas
l’ensemble de ses biens.
La volonté joue-t-elle ici un quelconque rôle ? Autrement dit, est-ce par notre volonté que nos
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droits forment un ensemble, que notre actif répond de notre passif ?


La doctrine moderne ne le pense pas et privilégie la thèse du patrimoine d’affectation.

SECTION 2. THÈSE DU PATRIMOINE D’AFFECTATION

Selon cette thèse, si l’ensemble de nos biens forme un patrimoine : c’est en raison de leur
affectation commune, ce sont les moyens de notre activité.
Et plus généralement : Tous biens affectés à un but commun constituent une universalité juri-
dique, un patrimoine.
Conséquence : Une même personne peut avoir plusieurs « patrimoines » correspondant à
diverses activités ; autrement dit, il y a un ensemble de biens divisé en sous-ensembles affec-
tés à un but précis (voir supra : éleveur, boucher, conserverie).
Le patrimoine n’apparaît plus comme une conséquence de la personnalité mais plutôt la person-
nalité juridique comme une conséquence du patrimoine d’affectation.
Exemple : pour une fondation, la personnalité n’est accordée qu’en considération de la masse
de biens affectée à telle ou telle œuvre (c’est la fondation indirecte telle qu’elle existe en France).
De nos jours, la doctrine quasi unanime critique la théorie classique et préconise d’adopter la
notion de patrimoine d’affectation (constitution d’une masse de biens autonome affectée à un
but déterminé) comme cela a toujours été admis en droit anglo-saxon et depuis un siècle en
Allemagne.

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Introduction au droit • Série 2

Néanmoins, en droit positif, la théorie d’AUBRY et RAU prévaut malgré le développement conti-
nuel d’exceptions à la théorie classique.

CHAPITRE 3. APPROCHE PERSONNALISTE


DU DROIT POSITIF FRANÇAIS
Bien que rallié à l’approche personnaliste du patrimoine, le droit positif français multiplie les
entorses à cette approche et crée des aménagements au droit de gage général des créanciers
chirographaires.

SECTION 1. UNE APPROCHE NUANCÉE

Pour ne prendre que quelques exemples significatifs dans le monde des affaires, remarquons
que la création de sociétés unipersonnelles (à associé unique) revient à créer un patrimoine
d’affectation (ex. : cas de l’EURL qui est une SARL composée d’un seul associé. En effet, la
personne qui crée une EURL dote celle-ci d’un patrimoine qui lui est propre et conserve le sien
par ailleurs).
En outre, la loi n°  94-126 du 11 février 1994 relative à l’initiative et à l’entreprise (loi Madelin)
permet à un entrepreneur individuel (commerçant ou non) de demander à ses créanciers profes-
sionnels de se désintéresser en priorité sur les biens nécessaires à l’exploitation de l’entreprise
et non sur les biens à usage privé ; ce qui réalise une sorte de partition au sein du patrimoine du
débiteur.
Comme la loi précitée, la loi n° 2003-721 du 1er août 2003 pour l’initiative économique, poursui-
vant l’objectif de protéger les biens non directement affectés à l’activité professionnelle, prévoit
entre autres la faculté pour l’entrepreneur individuel (commerçant ou non) de déclarer insaisis-
sable sa résidence principale. Il en résulte donc aussi une scission des biens au sein du patri-
moine de l’intéressé.
Mais surtout, la loi n° 2010-658 du 15 juin 2010 relative à l’entrepreneur individuel à responsabi-

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lité limitée (EIRL) consacre le patrimoine d’affectation en permettant à tout entrepreneur indi-
viduel, par création des articles L. 526-6 et suivants du Code de commerce, de séparer son
patrimoine non professionnel et son patrimoine professionnel ; de sorte que les biens non
professionnels ne sont en principe pas exposés aux recours des créanciers dont la créance est
née dans le cadre de l’activité professionnelle de l’entrepreneur individuel.
Article L. 526-6 du Code de commerce (dans sa rédaction modifiée par la loi n° 2011-525
du 17 mai 2011) :
« Tout entrepreneur individuel peut affecter à son activité professionnelle un patrimoine
séparé de son patrimoine personnel, sans création d’une personne morale.
Ce patrimoine est composé de l’ensemble des biens, droits, obligations ou sûretés dont
l’entrepreneur individuel est titulaire, nécessaires à l’exercice de son activité profession-
nelle. Il peut comprendre également les biens, droits, obligations ou sûretés dont l’entre-
preneur individuel est titulaire, utilisés pour l’exercice de son activité professionnelle et
qu’il décide d’y affecter. Un même bien, droit, obligation ou sûreté ne peut entrer dans la
composition que d’un seul patrimoine affecté.
Par dérogation à l’alinéa précédent, l’entrepreneur individuel exerçant une activité agricole
[…] peut ne pas affecter les terres utilisées pour l’exercice de son exploitation à son acti-
vité professionnelle. Cette faculté s’applique à la totalité des terres dont l’exploitant est
propriétaire.
Pour l’exercice de l’activité professionnelle à laquelle le patrimoine est affecté, l’entrepre-
neur individuel utilise une dénomination incorporant son nom, précédé ou suivi immédia-
tement des mots “Entrepreneur individuel à responsabilité limitée” ou des initiales “EIRL”. »

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UE 111 • Introduction au droit

Tout entrepreneur individuel (commerçant, artisan, agriculteur, professionnel libéral) peut donc
constituer un patrimoine qui, affecté à son activité professionnelle, est le gage de ses créanciers
professionnels. Concrètement, l’affectation se fait au moyen d’une déclaration formelle. (Sur
l’entrepreneur individuel : voir série 3).
L’existence de sûretés permet également de moduler le principe de correspondance entre le
passif et l’actif au sein d’un même patrimoine.

SECTION 2. DROIT DE GAGE GÉNÉRAL ET RÔLE DES SÛRETÉS

L’article 2284 du Code civil (anc. art. 2092) dispose que le débiteur répond de ses engagements
sur tous ses biens mobiliers, immobiliers, présents et à venir :
« Quiconque s’est obligé personnellement, est tenu de remplir son engagement sur tous
ses biens mobiliers et immobiliers, présents et à venir. »

Le créancier se voit donc reconnaître un droit général sur l’ensemble des biens de son débiteur :
on désigne ce droit sous l’intitulé de « droit de gage général ». Cela est conforté par l’article 2285
du même Code (anc. art. 2093) qui précise que les biens du débiteur sont en principe le « gage
commun de ses créanciers ».
Un créancier impayé pourra donc saisir n’importe quel bien de son débiteur, sauf, toutefois, à
être primé par d’autres créanciers :
Article 2285 du Code civil :
« Les biens du débiteur sont le gage commun de ses créanciers ; et le prix s’en distribue
entre eux par contribution, à moins qu’il n’y ait entre les créanciers des causes légitimes
de préférence. »

Les causes légitimes de préférence dont il est ici question sont les sûretés et notamment les
sûretés réelles (garanties au profit d’un créancier donné accordées par son débiteur sur un ou
plusieurs biens précis lui appartenant : hypothèque sur un immeuble du débiteur, gage sur un
meuble du débiteur…).
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Conclusion

Au terme de cette série, vous savez qu’il existe différentes catégories de personnes
(personnes physiques et personnes morales) et quels sont les éléments de leur
identification (« nom », « domicile »…) ainsi que l’importance de chacun d’eux (utilité
juridique du « domicile »…).
Vous avez également appris qui est habilité juridiquement à effectuer quel type d’acte
(au regard de la capacité juridique) ; ce qui doit vous permettre de savoir quels sont les
engagements que vous pouvez valablement prendre de même que ceux que les autres
personnes peuvent prendre à votre égard.
Par ailleurs, les biens étant indissociables de l’univers des entreprises, vous savez
maintenant ce qu’est un bien au sens du droit et quelle nature juridique est la sienne
selon les cas (bien meuble ou bien immeuble). Vous avez pris conscience, à cette occasion,
de l’étendue de la gamme des biens et que leur qualification juridique relève parfois de
fictions que ne peut soupçonner la personne non initiée en droit (biens meubles par
anticipation, biens immeubles par destination…). L’enjeu est pourtant de taille puisque les
règles applicables diffèrent selon la nature juridique du bien (sûreté à laquelle il peut
servir d’assiette…).
Précisément, l’étude des biens a également servi de prétexte à l’étude des principaux
droits pouvant porter dessus (droit de propriété, usufruit, servitudes) qui sont d’ailleurs
également considérés comme des biens ; qu’il s’agisse des modalités d’acquisition de
ces droits (avec notamment la démonstration des effets juridiques de la possession qui a
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Introduction au droit • Série 2

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entre autres l’étonnante particularité de permettre à un possesseur, du seul fait de son
comportement, de ravir la propriété à un propriétaire même doté d’un titre officiel justifiant
sa propriété !), de leurs modalités d’exercice, d’extinction…
Enfin, le lien devait être fait avec l’importante notion de patrimoine : en droit, si les
biens font partie du patrimoine, ils n’en sont pas les seuls éléments constitutifs. Le
patrimoine est un ensemble également composé des dettes de la personne à laquelle
il appartient. À ce propos, en droit positif français, le patrimoine n’est pas une notion
définie par la loi mais repose sur un raisonnement doctrinal d’ailleurs de plus en plus
contesté, évoluant vers la reconnaissance de l’affectation et qui n’est pas sans
incidence sur le fonctionnement des entreprises.

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UE 111 • Introduction au droit

LEXIQUE
pêle-mêle, des concepts et expressions clefs du vocabulaire juridique dans l’ordre de leur
apparition dans le cours. La liste est à compléter par vos soins ! (Toutes les définitions
données dans le cours doivent être connues).
personnalité juridique : aptitude à être titulaire de droits et d’obligations.
personne physique : personne humaine.
personne morale : groupement de personnes physiques doté de la personnalité juridique.
absence : situation d’une personne physique dont on ne sait si elle est encore vivante, faute
d’avoir de ses nouvelles, mais sans pour cela qu’un événement puisse particulièrement laisser à
penser qu’elle est probablement décédée.
disparition : situation d’une personne physique qui ne donne plus de ses nouvelles à la suite de
circonstances pouvant faire présumer son décès, sans que son corps ait pu être retrouvé (nau-
frage, tremblement de terre…).
état civil : ensemble des qualités au plan privé d’une personne physique déterminant ses droits
et obligations (âge, sexe, qualité d’époux, de parent, d’enfant, de français ou étranger…).
nom de famille : appellation permettant de désigner les membres d’une même famille.
domicile : siège juridique, lieu du principal établissement de la personne.
élection de domicile : désignation d’un domicile (autre que le domicile réel) choisi par une per-
sonne ou imposé par la loi pour les besoins ponctuels d’un acte précis (ex. : lors d’une constitu-
tion d’avocat, élection de domicile chez ce dernier).
nationalité : lien juridique de rattachement d’une personne à un État.
apatride : personne n’ayant aucune nationalité (suite à déchéance de nationalité…).
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Société : groupement à but lucratif constitué par des associés qui espèrent se partager les
bénéfices ou profiter de l’économie que réalisera cette société ; étant entendu que les associés
doivent effectuer des apports à ladite société et s’engagent également à contribuer aux pertes
éventuelles de celle-ci.
GIE (Groupement d’intérêt économique) : groupement dont le but est lucratif en ce sens qu’il
est constitué pour faciliter le développement économique de ses membres (ex. : études de mar-
ché, informatisation…), lesquels conservent leur indépendance économique et juridique.
association : groupement qui poursuit un but autre que lucratif (humanitaire, culturel…).
Syndicat : groupement qui a pour vocation de défendre les intérêts individuels et collectifs des
personnes visées par ses statuts.
fondation : groupement de biens qui a pour vocation d’être utilisé au service d’une cause.
dénomination sociale : appellation officielle sous laquelle fonctionne une personne morale.
Siège social : lieu où est officiellement installée une personne morale.
Capacité de jouissance : aptitude à avoir, à acquérir un droit.
Capacité d’exercice : aptitude à exercer soi-même et pour soi-même les droits dont on a la
jouissance.
acte de conservation : acte de sauvegarde d’un droit destiné à éviter au patrimoine le risque
d’une perte.
acte d’administration : acte de gestion courante visant à entretenir et faire fructifier le patrimoine.

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Introduction au droit • Série 2

acte de disposition : acte susceptible d’engager ou de compromettre le patrimoine.


mineur : individu de l’un ou l’autre sexe qui n’a pas encore l’âge de dix-huit ans révolus. Le
mineur est réputé incapable d’exercice.
majeur : individu de l’un ou l’autre sexe âgé de plus de dix-huit ans révolus.
mineur émancipé : individu de l’un ou l’autre sexe âgé de moins de dix-huit ans révolus mais
auquel le droit accorde une capacité quasiment aussi complète que celle d’un majeur capable.
autorité parentale : ensemble de droits et de devoirs que la loi confère aux parents sur la per-
sonne de leur enfant mineur non émancipé, dans l’intérêt de celui-ci.
administration légale : droit et obligation pour les parents de gérer le patrimoine de leur enfant
mineur non émancipé. L’administration légale est pure et simple lorsque les deux parents
exercent l’autorité parentale. L’administration légale est sous contrôle judiciaire lorsqu’un seul
des parents exerce l’autorité parentale.
jouissance légale : droit d’usufruit portant sur certains biens du patrimoine du mineur non
émancipé et reconnu aux parents qui ont la charge de l’administration légale.
Tutelle : régime de protection de la personne et des biens de certains individus juridiquement
incapables : le mineur non émancipé dont aucun des deux parents n’exerce l’autorité parentale
et le mineur émancipé ou le majeur dont les facultés (physiques et/ou mentales) sont très grave-
ment altérées.
Tuteur : personne chargée de représenter l’individu sous tutelle. La représentation consiste à
agir au nom et pour le compte de la personne représentée.
Subrogé-tuteur : personne chargée de la surveillance et de la suppléance du tuteur.
Conseil de famille : assemblée de membres de la famille, d’alliés ou d’amis de l’incapable sous
tutelle, comprenant au moins quatre membres et présidée par le juge des tutelles. Le conseil de
famille est habilité à autoriser et contrôler certains actes accomplis par le tuteur.
juge des tutelles : juge du tribunal d’instance dans le ressort duquel l’incapable sous tutelle a
son domicile (en principe, le domicile du tuteur).

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Sauvegarde de justice : régime de protection applicable aux incapables majeurs atteints d’une
altération modérée de leurs facultés physiques et/ou mentales.
Curatelle : régime de protection applicable aux incapables majeurs dont l’altération des facultés
physiques et/ou mentales nécessite une assistance.
Lésion : déséquilibre économique important entre les obligations dues par les parties dans un
contrat synallagmatique ou entre les lots attribués à des copartageants.
rescision pour lésion : anéantissement par décision de justice d’un acte lésionnaire.
réduction pour excès : action en justice visant à obtenir un rééquilibrage économique entre les
obligations réciproques des parties.
fruits : biens que procure régulièrement et périodiquement une chose sans que sa substance
en soit altérée. Les fruits peuvent être naturels (fruits de la nature : pommes…), industriels (résul-
tant du travail des hommes) ou civils (fruits d’un capital : loyers et autres revenus d’argent…).
produits : biens que procure l’exploitation d’une chose dont la substance s’en trouve altérée.
(ex. : matériaux extraits d’une carrière).
bien : chose susceptible d’appropriation et droits portant sur cette chose.
Chose commune : chose dont l’usage est commun à tous, qui ne peut être appropriée (l’air…)
et qui n’est donc pas un bien.
bien corporel : bien matériel, tangible, palpable (table, chaise, bâtiment…).
bien incorporel : bien immatériel, impalpable (créance, fonds de commerce…).

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UE 111 • Introduction au droit

Immeuble par nature : le sol et tout ce qui y adhère fermement (terrains, bâtiments, arbres non
coupés…).
Immeuble par destination : bien meuble par nature, fictivement considéré comme immeuble
parce que placé par son propriétaire pour l’exploitation du fonds dont il est également proprié-
taire : destination agricole (tracteur…), commerciale (présentoirs…), industrielle (machines-
outils…), ornementale (tapisserie occupant un emplacement spécialement aménagé dans la
paroi d’un mur…).
meubles meublants : biens meubles par nature destinés à l’usage et à l’ornement des
appartements.
meuble par nature : bien pouvant se déplacer de son propre mouvement ou par l’effet d’une
force externe (animaux, récoltes coupées, tables…).
meuble par anticipation : immeuble fictivement considéré comme un meuble parce qu’appelé
à le devenir (arbres à abattre…).
droit de propriété : droit subjectif, patrimonial, réel, principal. « La propriété est le droit de jouir
et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage
prohibé par les lois ou par les règlements » (C. civ., art. 544).
Usus : attribut du droit de propriété conférant au propriétaire le droit de se servir de sa chose.
fructus : attribut du droit de propriété conférant au propriétaire le droit de percevoir les revenus
(fruits, produits) de sa chose.
abusus : attribut du droit de propriété conférant au propriétaire le droit d’effectuer sur sa chose
tous les actes qu’il souhaite (vente, destruction, donation…).
accession : modalité d’acquisition des choses accessoires à la chose principale appropriée.
ayant-cause : personne qui tient son droit d’une autre personne (appelée auteur).
acte entre vifs : acte juridique dont les effets ont lieu du vivant des parties (vente, donation…).
acte à cause de mort : acte juridique dont les effets n’ont lieu qu’au décès d’une personne (legs…).
acte à titre gratuit : acte ayant lieu sans contrepartie (donation, legs).
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acte à titre onéreux : acte impliquant une contrepartie (vente, échange…).


possession : état de fait consistant à détenir une chose en exerçant sur elle les attributs du droit
de propriété (élément matériel de la possession ou corpus) et en prétendant à la qualité de pro-
priétaire (élément intentionnel de la possession ou animus).
possession utile : possession exempte des vices de discontinuité, violence, clandestinité et
équivoque ; l’une des conditions requises pour être une modalité d’acquisition de la propriété.
détenteur précaire : personne qui détient une chose sans prétendre en être propriétaire (loca-
taire, dépositaire…).
actions possessoires : actions en justice ayant pour objet de faire respecter la possession,
sans argumenter sur le terrain du droit de propriété. Ce sont la complainte, la dénonciation de
nouvelle œuvre et la réintégrande.
actions en revendication : actions en justice ayant pour objet de faire reconnaître son droit de
propriété.
action pétitoire : action en revendication immobilière.
Usucapion : prescription acquisitive consistant à acquérir la propriété d’un immeuble par une
possession prolongée.
Usufruit : droit subjectif, patrimonial, réel, démembré (démembrement du droit de propriété) qui
confère à son titulaire (usufruitier) l’usus et le fructus sur un bien dont la propriété appartient à
quelqu’un d’autre (le nu-propriétaire).

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Introduction au droit • Série 2

Servitude : droit subjectif, patrimonial, réel, démembré qui confère à son titulaire un droit d’usage
d’une chose dont la propriété appartient à quelqu’un d’autre. Exemples : servitude de passage,
de puisage, de pacage, de vue, d’éclairement…
Ainsi, la servitude de passage est un droit grevant un immeuble dit fonds servant pour l’usage
d’un autre dit fonds dominant.
Chose frugifère : chose susceptible de produire des fruits (arbre fruitier, appartement loué…).
Chose consomptible : chose qui disparaît par le premier usage (aliments…).
Chose fongible (chose de genre) : chose interchangeable. Exemple : deux appareils rigoureuse-
ment identiques. À opposer au corps certain. Exemple : une œuvre d’art unique.
patrimoine : universalité de droit comportant les biens et les obligations appréciables en argent
d’une personne.
Subrogation : substitution d’une chose ou d’une personne à une autre.

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UE 111 • Introduction au droit

EXERCICES AUTOCORRIGÉS

Ne pas envoyer à la correction

Test de vocabulaire et de compréhension


Afin de tester votre bonne compréhension du cours, déterminez, pour chacune de ces QCM
(questions à choix multiple), la (ou les) réponse(s) juste(s) parmi celles proposées. Les solutions
sont données à la suite des questions.

QUESTIONS
1. Au regard du droit, qui est considéré comme absent ?
a.  Une personne dont on sait qu’elle n’est momentanément pas présente mais qui doit
revenir.
b. Une personne dont on ignore depuis un certain temps où elle est, sans que l’on puisse
particulièrement craindre qu’elle soit décédée.
c. Une personne dont on ignore où elle est, mais dont on peut craindre, eu égard aux circons-
tances, qu’elle est décédée.
2. Parmi les régimes cités de protection des personnes juridiquement incapables, quel(s) est
(sont) celui (ceux) qualifié(s) de représentation et non de simple assistance ?
a. L’administration légale pure et simple.
b. L’administration légale sous contrôle judiciaire.
c. La tutelle.
3. À quelle(s) personne(s) le régime de la tutelle peut-il être appliqué ?
a. À un mineur non émancipé dont aucun des deux parents n’exerce l’autorité parentale.
b. À un mineur émancipé dont les facultés physiques et/ou mentales sont gravement
altérées.
c. À un majeur dont les facultés physiques et/ou mentales sont gravement altérées.
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4. Qu’est-ce qu’un bien au regard du droit privé français en vigueur ?


a. Une chose susceptible d’appropriation privée.
b. Toutes les choses, même celles non susceptibles d’appropriation privée.
c. Les droits patrimoniaux portant sur les choses susceptibles d’appropriation privée.
5. Qu’est-ce qu’une valeur mobilière (action détenue dans une société anonyme…) ?
a. Un bien meuble.
b. Un bien incorporel.
c. Un bien corporel.
6. Parmi les biens cités, quel(s) est (sont) celui (ceux) qualifiable(s) de bien immeuble ?
a. Un bâtiment.
b. Un terrain non bâti.
c. Un camping-car.
7. Qu’est-ce qu’une possession utile ?
a. Il suffit que la possession soit continue.
b. Il suffit que la possession soit continue et paisible.
c. La possession doit être continue (et non interrompue), paisible, publique et non
équivoque.
8. Quel(s) est (sont) le(s) droit(s) que l’on peut acquérir par prescription acquisitive ?
a. Le droit de propriété.
b. Le droit d’usufruit.
c. Le droit de servitude.

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Introduction au droit • Série 2

9. Quel(s) est (sont) le(s) droit(s) que l’on peut perdre par un non-usage trentenaire ?
a. Le droit de propriété.
b. Le droit d’usufruit.
c. Le droit de servitude.
10. En droit, qu’est-ce que le patrimoine ?
a. La fortune d’une personne, c’est-à-dire l’ensemble de ses biens.
b. L’ensemble des créances, des biens et des dettes des seules personnes physiques
majeures.
c. L’ensemble des créances, des biens et des dettes présents et à venir de toute personne
physique (même mineure) et de toute personne morale.

RÉPONSES
1. b ; 2. a b c ; 3. a b c ; 4. a c ; 5. a b ; 6. a b ; 7. c ; 8. a b c ; 9. b c ; 10. c.

Les exercices (à ne pas envoyer à la correction), dont les corrigés figurent à la suite des sujets,
ont pour but la mise en œuvre et l’approfondissement des connaissances acquises dans le
cours.

Exercice

ÉNONCÉ
1. Au début de l’année 2013, M. Anvin, brillant homme d’affaires, a quitté son domicile parisien
à bord de son hélicoptère personnel pour se rendre en Suisse. Curieusement, il ne s’est pas
présenté à son rendez-vous et n’a jamais pu être retrouvé en dépit de nombreuses recherches.
Qualifier la situation juridique de M. Anvin.
2. Le docteur Richard, bien qu’ayant prodigué des soins attentifs à Mme Lafin, n’a pu enrayer la
progression de la maladie de sa patiente qui décède non sans avoir, par testament, désigné le
praticien au nombre de ses héritiers. Les enfants de Mme Lafin contestent la volonté de la
défunte. Qu’en pensez-vous ?

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3. Aristide Deschamps est agriculteur. Il exploite contre le versement d’une redevance, plusieurs
parcelles appartenant à M. Urbain et vient d’acheter un tracteur pour les besoins de son activité.
M. Urbain a-t-il raison de prétendre que le tracteur est un bien immeuble par destination ?
4. M. Lucra a découvert, il y a huit ans, un terrain qu’il a défriché et sur lequel il organise pour les
enfants des promenades à dos de poney moyennant le prix d’un ticket. Le véritable propriétaire
du terrain survient alors et réclame la restitution de son bien, les sommes perçues du fait de la
promenade et des dommages-intérêts. Quel est votre avis ?
5. M. Ludo est propriétaire d’un étang estimé à 30 000 euros. Il a consenti une hypothèque sur
cet étang à M. Bastien dont la créance s’élève à 22 000 euros. Les autres créanciers de M. Ludo
n’ont-ils aucun droit de regard sur la valeur de l’étang ?

CORRIGÉ

1. À propos de la situation juridique de M. Anvin


Parti à bord de son hélicoptère personnel pour se rendre à un rendez-vous d’affaires en Suisse,
début 2013, M. Anvin n’a plus jamais donné de ses nouvelles.
La question de la durée de sa personnalité juridique se pose alors. En l’espèce, on ne sait si
M. Anvin est vivant ou mort. Il est considéré comme juridiquement absent. S’il s’avérait que des
événements (tels que des catastrophes, incendie, naufrage ?…) soient survenus à l’issue des-
quels le corps de l’intéressé n’aurait pu être retrouvé, celui-ci serait disparu au regard du droit.

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UE 111 • Introduction au droit

Dans le cas de l’absence comme dans celui de la disparition, le législateur aménage une
démarche spécifique qui, au fur et à mesure que le temps passe, conduit à l’ouverture de la
succession de la personne concernée, à la dissolution de son mariage, etc.

2. À propos du cas du docteur Richard


Le docteur Richard a soigné sans pouvoir la sauver Mme Lafin, qui le désigne comme héritier
dans son testament. Une telle clause est-elle valide ?
Tout être humain, né vivant et viable, possède la personnalité juridique et donc une capacité de
jouissance (aptitude à avoir des droits) et d’exercice (aptitude à exercer soi-même les droits dont
on a la jouissance). Les incapacités sont exceptionnelles. Ceci est particulièrement vrai des
incapacités de jouissance que le législateur conçoit de façon très ponctuelle. Il en est ainsi de
l’incapacité édictée à l’article 909 alinéa 1er du Code civil aux termes duquel :
« Les membres des professions médicales et de la pharmacie, ainsi que les auxiliaires
médicaux qui ont prodigué des soins à une personne pendant la maladie dont elle meurt,
ne peuvent profiter des dispositions entre vifs ou testamentaires qu’elle aurait faites en
leur faveur pendant le cours de celle-ci. »

En l’espèce, les enfants de Mme Lafin sont donc en principe fondés à contester la volonté de la
défunte.

3. À propos du tracteur d’Aristide Deschamps


Aristide Deschamps est agriculteur ; il exploite plusieurs parcelles appartenant à M. Urbain et, à
cet effet, a fait l’achat d’un tracteur.
Quelle est la qualification juridique du tracteur ?
Les choses susceptibles d’appropriation sont des biens dont il est possible d’établir plusieurs
classifications, parmi lesquelles figure celle de l’article 516 du Code civil qui distingue les biens
meubles des biens immeubles.
S’agissant des biens corporels, sont considérées comme des meubles par nature, toutes les
choses susceptibles de déplacement de leur propre mouvement ou par la main de l’homme ;
tandis que le sol et tout ce qui y adhère constituent les immeubles par nature.
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Cependant, par une sorte de fiction, certains immeubles par nature sont parfois assimilés à des
meubles ; il s’agit alors de meubles par anticipation (ex. : récoltes vendues sur pied…).
À l’inverse, certains meubles par nature peuvent être assimilés à des immeubles. Ce sont, d’une
part, les immeubles par incorporation et, d’autre part, les immeubles par destination (meubles
placés par le propriétaire du fonds pour le service et l’exploitation de ce fonds).
En l’espèce, le tracteur d’Aristide Deschamps est un bien meuble par nature qui ne peut ici rece-
voir la qualification d’immeuble par destination agricole, car son propriétaire (A.  Deschamps)
n’est pas propriétaire de l’immeuble au service duquel il l’a placé puisque les parcelles appar-
tiennent à M. Urbain.

4. À propos de la situation de M. Lucra


M. Lucra a découvert et défriché voici huit ans un terrain sur lequel il organise, moyennant le prix
d’un ticket, des promenades à dos de poney pour les enfants.
Quels sont les droits du véritable propriétaire du terrain ?
Le droit de propriété s’acquiert, entre autres modalités, et à certaines conditions, par la posses-
sion dont les éléments constitutifs sont le « corpus » (détention de la chose, exercice d’actes
matériels caractéristiques du droit de propriété) et l’« animus » (intention d’agir en qualité de
propriétaire). Pour permettre l’acquisition de la propriété, la possession doit être utile, c’est-à-
dire publique, paisible, non équivoque et continue.

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Introduction au droit • Série 2

S’agissant des biens immeubles, la possession octroie la propriété par une prescription en prin-
cipe trentenaire. Néanmoins, si le possesseur est de bonne foi et dispose d’un juste titre (titre
translatif de propriété dont le possesseur ignore les vices), la durée de la prescription est rame-
née à dix ans.
Le véritable propriétaire peut toujours tenter de récupérer son bien en exerçant une action en
revendication dans les délais impartis. Si cette action aboutit, le possesseur doit lui restituer le
bien. De même, le possesseur évincé, sauf à être de bonne foi, est tenu de restituer les fruits de
la chose (ce que fournit régulièrement la chose sans en entamer la substance). Rien ne justifie la
condamnation au versement de dommages-intérêts à la charge du possesseur.
En l’espèce, M. Lucra exerce sur un bien immeuble une possession utile depuis huit ans. Bien
qu’apparemment de bonne foi, il ne semble pas disposer d’un juste titre et ne pourra donc invo-
quer la propriété du terrain qu’après trente ans de prescription. Le véritable propriétaire est par
conséquent fondé à réclamer la restitution du terrain mais ses prétentions quant aux sommes
perçues du fait des promenades à dos de poney seront rejetées, sauf à prouver la mauvaise foi
de M. Lucra. Celui-ci ne doit pas de dommages-intérêts.

5. À propos des créanciers de M. Ludo


M. Ludo a consenti à M. Bastien, son créancier pour une somme de 22 000 €, une hypothèque
sur son étang estimé à 30 000 €.
Quels sont les droits des autres créanciers de M. Ludo sur la valeur de l’étang ?
Un créancier peut exiger de son débiteur qu’il lui consente une sûreté en garantie du paiement
qui est dû. Le créancier titulaire d’une hypothèque (sûreté réelle immobilière), d’un gage (sûreté
réelle mobilière)…, est un créancier privilégié. Il bénéficie d’un droit de préférence et d’un droit
de suite sur le bien donné en garantie. Parfois, le débiteur consent à différents créanciers une
sûreté sur le même bien. Ainsi, en matière d’immeuble, c’est le créancier hypothécaire qui, le
premier, satisfait aux formalités d’inscription, qui prime les autres créanciers hypothécaires et,
a fortiori, les créanciers chirographaires. Ces derniers se distinguent des créanciers privilégiés
en ce qu’ils ne disposent d’aucune garantie particulière. Mais le législateur leur reconnaît un droit
de gage général sur l’ensemble du patrimoine du débiteur.
En l’espèce, M. Bastien, s’il a le premier procédé à l’inscription de l’hypothèque consentie par

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M. Ludo, peut par priorité, être désintéressé sur la valeur de l’étang, du montant de sa créance
qui s’élève à 22 000 €.
Si d’autres créanciers de M. Ludo, se sont vus reconnaître une hypothèque sur l’étang, ils seront
désintéressés selon leur rang.
Enfin, en dernier lieu, les créanciers chirographaires se partagent l’éventuel reliquat au même
titre que tous les créanciers privilégiés dont la sûreté ne porte pas sur l’étang.

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UE 111 • Introduction au droit

ANNEXES
Sur le droit des personnes :
• annexe 1 : Choix du prénom dans l’intérêt de l’enfant : Cass.  1re civ., 15 février 2012 ;
M. Dominique X… Mme Isabelle Y… c/ Le procureur général près la Cour d’appel de Versailles.
• annexe 2 : Fabrice PERREAU-BILLARD, « La réforme des tutelles – Les acteurs de la protec-
tion – Le majeur à protéger : le mandat de protection future », AJ Famille, 2007, p. 213 s.
Sur le droit des biens :
• annexe 3 : Abus du droit de propriété : Cass. 1re civ., 20 janvier 1964 ; Dame Blum c/ Demoiselle
Lassus.
• annexe 4 : Troubles anormaux de voisinage : CA Riom, 1re ch. civ., 7 septembre 1995 ; Époux
Roche c/ Rougier.

ANNEXE 1 ARRÊT N° 188 DU 15 FÉVRIER 2012 (10-27.512/11-19.963)


– COUR DE CASSATION – PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE

Rejet
Demandeur(s) : M. Dominique X… ; Mme Isabelle Y…
Défendeur(s) : Le procureur général près la Cour d’appel de Versailles
Vu leur connexité, joint les pourvois n° B 11 19.963 et M 10 27.512 ;

Sur le moyen unique :


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Versailles, 7 octobre 2010), que M. X… a déclaré vouloir prénommer
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son fils, né le 7 novembre 2009, Titeuf, Grégory, Léo ; que l’officier d’état civil a informé le procu-
reur de la République que le choix du premier prénom, Titeuf, lui paraissait contraire à l’intérêt de
l’enfant ; que, sur le fondement de l’article 57 du code civil, le parquet a fait assigner les parents
afin de voir prononcer la suppression du prénom Titeuf ; que, par jugement du 1er juin 2010, le
tribunal de grande instance de Pontoise, se fondant sur l’intérêt de l’enfant, a ordonné la suppres-
sion du prénom Titeuf de son acte de naissance et dit qu’il se prénommera Grégory, Léo ;
Attendu que M. X… et la mère de l’enfant, Mme Y…, font grief à l’arrêt de confirmer le jugement,
alors, selon le moyen :
1°/ que la contrariété à l’intérêt de l’enfant qui peut justifier que le prénom choisi par ses parents
soit supprimé doit être appréciée de façon objective ; qu’en appréciant la conformité à l’intérêt de
l’enfant du prénom Titeuf uniquement par référence à un personnage de bande dessinée dont la
notoriété est nécessairement éphémère et limitée, dont elle relève au demeurant qu’il est “plutôt
sympathique”, et en se livrant à une analyse subjective des caractéristiques de ce personnage,
sans se prononcer au regard de critères objectifs seuls à même de garantir le principe d’égalité
devant la loi, la cour d’appel a violé l’article 57 du code civil, ensemble l’article 3 de la Convention
de New  York du 20 novembre 1989 et l’article 8 de la Convention européenne des droits de
l’homme ;
2°/ que toute restriction à la liberté de choix du prénom de l’enfant par ses parents ne peut être
justifiée que par l’intérêt de l’enfant ; qu’en jugeant que le prénom Titeuf n’était pas conforme à
l’intérêt de l’enfant et en ordonnant sa suppression de l’acte de naissance, sans rechercher, ainsi
qu’elle y était invitée, si le fait qu’au moins un autre enfant ait reçu ce prénom sans opposition du
ministère public et que d’autres enfants aient reçu les prénoms d’autres personnages de bande
dessinée ou dessins animés n’était pas de nature à mettre en évidence que le choix du prénom
litigieux ne portait pas atteinte à l’intérêt de l’enfant, la cour d’appel a privé sa décision de base •••/•••

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Introduction au droit • Série 2

•••/••• légale au regard de l’article 57 du code civil, ensemble l’article 3 de la Convention de New York du
20 novembre 1989 et l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme ;
Mais attendu que c’est par une appréciation souveraine qu’en une décision motivée la cour d’ap-
pel a estimé qu’il était contraire à l’intérêt de l’enfant de le prénommer Titeuf ; que le moyen qui ne
tend en réalité qu’à contester cette appréciation ne peut être accueilli ;

PAR CES MOTIFS :


REJETTE les pourvois
président : m. Charruault
rapporteur : mme Vassallo, conseiller référendaire
avocat général : m. domingo
avocat(s) : SCp boré et Salve de bruneton

ANNEXE 2

La réforme des tutelles – Les acteurs de la protection – Le majeur


à protéger : le mandat de protection future (1)

Ou comment anticiper son incapacité future ?

Parce que nous sommes tous susceptibles de devenir incapables, la loi n° 2007-308 du 5 mars
2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs crée le mandat de protection future.
Cette réforme entrera en vigueur le 1er janvier 2009, à l’exception des dispositions concernant le
mandat de protection future qui sont d’application immédiate. Les notaires peuvent donc, dès
maintenant, recevoir de tels mandats, étant précisé, toutefois, qu’ils ne pourront produire effet qu’à
compter du 1er janvier 2009.
Face au phénomène du vieillissement de la population, le XXIe siècle doit se préparer à une véritable
révolution : celle de la longévité. Aujourd’hui 2,3 millions de personnes ont plus de 80 ans, et ces

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dernières années ont vu l’accroissement sensible des cas de démence sénile. À titre indicatif, il y
aurait aujourd’hui en France plus de 700 000 personnes, soit 1 % de la population, placées sous
un régime de protection juridique et 68 000 mesures nouvelles sont prononcées par an. Avec un
rythme de progression de 4 % annuels, on envisage un million de personnes placées sous un
régime de protection en 2010. La tutelle « familiale » concerne 51 % des personnes âgées de 70 à
80 ans. Cette proportion diminue pour celles qui atteignent plus de 80 ans, leurs enfants prenant
en charge la tutelle jusqu’au moment où ils deviennent eux-mêmes trop âgés pour l’assumer. Le
rôle des curateurs et des tuteurs est très difficile, et on peut regretter le manque de formation spé-
cifique de beaucoup d’entre eux qui, bien que bons gestionnaires, n’ont pas toujours les qualités
ou les connaissances juridiques et patrimoniales requises pour aborder tous les aspects de la prise
en charge d’un majeur protégé âgé, dépendant (2).
Chacun doit savoir qu’il a toutes les chances de vivre vieux, et même très vieux, et qu’il lui faut, de
ce fait, en tenir compte dans ses projets (3).
Les notaires ne sont pas restés insensibles au vieillissement de la population et à ses consé-
quences en matière d’incapacité. Ils s’y sont d’ailleurs directement intéressés lors des 95e et 102e
congrès nationaux des notaires de France (4). Favorables au mandat pour incapacité future, les
notaires avaient d’ailleurs déjà proposé (5) que soit organisée au sein du Code civil « la possibilité
pour toute personne physique, dans la perspective où elle deviendrait incapable, de permettre à
un représentant de son choix, également personne physique qui accepterait sa mission, de
contracter en son nom pour organiser et maintenir son état de vie, en respect des indications figu-
rant au mandat, et de ses habitudes de vie ».
Une réforme du droit des majeurs protégés, adaptant le droit des incapacités à l’évolution contem-
poraine, s’imposait. Chaque famille peut un jour se trouver concernée par l’institution d’une mesure
de protection à l’égard de l’un de ses membres, frappé par la maladie, l’âge ou le handicap. Orga-
nisées par la loi du 3 janvier 1968 (C. civ., art. 489 à 514), les mesures pérennes de protection des •••/•••

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UE 111 • Introduction au droit

•••/••• incapables ont toujours été engagées et assurées par les pouvoirs publics. Ce système a un coût
social élevé et des modes de financement complexes. Le suivi et le contrôle de l’application des
mesures souffrent de nombreuses carences. Ces dispositions, souvent mal vécues par la per-
sonne protégée elle-même, voire sévèrement critiquées par l’entourage familial, ne sont plus adap-
tées. En effet, il arrive souvent que les familles répugnent au départ à demander l’application d’un
régime de protection, ne voulant pas porter atteinte à la liberté de leur proche devenu vulnérable.
« La pudeur habite souvent la personne vulnérable et son entourage » (6). Or, la personne protégée
doit rester au cœur de tout régime de protection, et le législateur doit avoir la volonté constante de
respecter les souhaits et les sentiments de la personne.
Il aura fallu une belle persévérance pour aboutir à la loi du 5 mars 2007 portant réforme de la pro-
tection juridique des majeurs. Inspiré des législations étrangères, le mandat de protection future
est déjà pratiqué au Québec depuis 1990 sur le modèle du « Curateur public » (7). Ce mandat per-
met à chacun d’anticiper en toute liberté sa propre protection. La seule volonté de la personne
suffit à sa protection, ne dépendant ainsi que de soi, en tout cas le moins possible des aides
extérieures. Avec le nouveau mandat de protection future, le législateur concilie ainsi dignité et
liberté. Il offre une solution souple qui n’entraîne pas l’incapacité du mandant, et très personnalisée
pour désigner à l’avance qui sera chargé de veiller sur ses intérêts et sa personne en cas de
besoin.

Le mandat de protection future : une convention de protection nouvelle


Ce dispositif innovant, très attendu par les familles, vise à permettre à une personne majeure ou un
mineur émancipé (le mandant), pour le cas où elle deviendrait inapte et ne pourrait plus pourvoir
seule à ses intérêts, la désignation à l’avance d’une ou de plusieurs personnes (les mandataires)
aptes et qui acceptent de la représenter dans les actes de la vie civile compte tenu de l’altération
de ses facultés mentales ou corporelles (C. civ., art. 477 nouv.).
Le mandat de protection future offre la liberté à toute personne capable de choisir les conditions
de son incapacité éventuelle. Il permet à chacun de préparer et d’organiser sa protection person-
nelle en se réservant la maîtrise de la transmission de son patrimoine. Au même titre que les trois
régimes principaux destinés à assurer la protection des majeurs (sauvegarde de justice, curatelle
et tutelle), le mandat de protection future apparaît lui-même comme un véritable système de pro-
tection, une convention de protection nouvelle avec un encadrement spécifique.
Ce nouveau mandat allie contrat de mandat et régime de protection. Il apparaît comme une mani-
festation de l’autonomie de la volonté et une source de protection. En cela, il doit être distingué du
mandat classique, figure juridique bien connue. Il s’agit d’une nouvelle figure autonome de protec-
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tion, puisque l’article 2003 dispose que le mandat prend fin notamment par la tutelle des majeurs.
Le mandant y choisit son ou ses mandataires qui doivent accepter expressément le mandat (C. civ.,
art. 489, al. 1er, nouv. et 492, al. 2, nouv.). Le mandataire peut être une personne physique choisie
librement par le mandant ou une personne morale inscrite sur la liste des mandataires judiciaires à
la protection des majeurs (C. civ., art. 480, al. 1er, nouv.). Plutôt que de désigner une seule per-
sonne, il sera opportun de faire une liste, en désignant à défaut. La subdélégation spéciale est
permise (C. civ., art. 482 nouv.). Le mandataire doit, pendant toute l’exécution du mandat, jouir de
la capacité civile, et ne peut être déchargé de ses fonctions qu’avec l’autorisation du juge des
tutelles.
Le mandat ne prendra effet qu’à compter du jour où sera constatée l’incapacité du mandant,
lorsqu’il est établi qu’il ne peut plus pourvoir seul à ses intérêts (C. civ., art. 481, al. 1er, nouv.). Il est
bien évident que le mandataire ne pourra décider d’exécuter le mandat sans que ne soit, au préa-
lable, constatée l’altération des facultés personnelles du mandant. Pour mettre en œuvre le man-
dat, le mandataire doit le présenter au greffe du tribunal d’instance et produire un certificat médical
émanant d’un médecin spécialiste choisi sur une liste établie par le procureur de la République. Le
greffier doit alors le viser et le dater puis le restituer au mandataire (C. civ., art. 481, al. 2, nouv.).
Ainsi, la date de début d’exécution du mandat sera certaine. Il reste cependant à prévoir la forme
de l’acte du greffier et les modalités de sa publicité.
Le mandat de protection future s’exerce à titre gratuit, sauf stipulations contraires (C. civ., art. 419,
al. 5, nouv.). Lors de l’ouverture de la mesure, le mandataire devra procéder à un inventaire des
biens du mandant, et établir chaque année un compte de sa gestion (C. civ., art. 486 nouv.). De
même, à l’expiration du mandat, le mandataire doit tenir à la disposition de la personne qui conti-
nue la gestion ou aux héritiers du mandant les cinq derniers comptes annuels de gestion et toutes
pièces justificatives (C. civ., art. 487 nouv.). •••/•••

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Introduction au droit • Série 2

•••/••• C’est donc une convention de protection qui doit être enfermée dans des règles de forme strictes.
La liberté du mandant reste encadrée. Deux formes seront possibles qui n’auront pas les mêmes
effets en matière patrimoniale. Le mandant peut rédiger ses volontés en termes généraux ou spé-
ciaux aux termes d’un mandat unique. Il peut être établi en la forme notariée (C. civ., art. 489 à 491
nouv.) ou par acte sous-seing privé (C. civ., art. 492 à 494 nouv.), à l’exception du mandat pour
autrui qui doit respecter la forme authentique (C. civ., art. 477, al. 4, nouv.). En aucun cas, et quelle
que soit la forme du mandat, les dispositions relatives à la protection personnelle ne pourront
déroger aux règles de la protection judiciaire. Une personne sous tutelle ne peut pas conclure un
tel mandat (C. civ., art. 477, al. 1er, nouv.). Une personne sous curatelle doit être assistée de son
curateur (C. civ., art. 477, al. 2, nouv.).

Le mandat sous-seing privé


La forme sous seing privé est une forme simple, plus spontanée. Le mandat doit être daté et signé
par le mandant et accepté par le mandataire qui y appose sa signature. Pour garantir la qualité de
son contenu, il doit être soit contresigné par un avocat, soit établi selon un modèle défini par décret
en Conseil d’État (C. civ., art. 492, al. 1er, nouv.). L’avant-projet de loi prévoyait la possibilité de
recourir à deux témoins. Ce recours a tout simplement été supprimé. Le mandat sous-seing privé
peut être modifié et demeure librement révocable tant qu’il n’a pas reçu exécution. Il donne au
mandataire les pouvoirs d’un administrateur légal sous contrôle judiciaire et est limité aux actes
conservatoires ou de gestion courante (C. civ., art. 493, al. 1er, nouv.). Pour les actes plus graves,
une requête au juge est suffisante, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir une tutelle. Par ailleurs, les
comptes des cinq dernières années sont conservés, produits au juge à sa demande, et transmis
au mandant ou à ses héritiers à la fin du mandat (C. civ., art. 494 nouv.).
Que penser d’un acte accompli en la forme sous-seing privé par le mandant à un moment où, en
l’absence d’avocat, et bien qu’aucun régime de protection ne soit encore ouvert, l’incapacité est
avérée ? Le législateur n’a pas non plus prévu de mesures de publicité particulières ou la création
d’un fichier centralisé pour la conservation du mandat original. Or, sa perte peut poser un sérieux
problème si le mandant ne peut en établir un nouveau, car devenu incapable entre-temps ! Il serait
possible d’envisager une extension du champ d’action du fichier central des dispositions de der-
nières volontés.
Pourquoi préférer la forme authentique ?
Donner trop de liberté risque d’altérer sensiblement l’autonomie de la volonté. Aussi est-il néces-
saire d’assurer la protection du mandant et d’encadrer les modalités rédactionnelles du mandat.
Le notaire est régulièrement confronté à des problèmes d’incapacité lorsqu’il est amené à recueillir

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la signature d’un contrat. Aussi aura-t-il le devoir de vérifier l’identité et prendre garde à la capacité
du mandant. Il informera le mandant sur les conséquences de son acte. Si au moment où le man-
dat a été donné, le notaire est sûr de la capacité de son client, rien ne menace, semble-t-il, la
validité de l’acte accompli. Mais est-on toujours sûr de cette capacité ? Se pose la question fon-
damentale du degré d’autonomie de la personne. L’évaluation de l’aptitude du mandant à exprimer
sa volonté lors de la rédaction du mandat peut s’avérer nécessaire pour certaines personnes
atteintes d’une maladie de type Alzheimer. Les notaires sont parfois confrontés à ce genre de
situation et aimeraient avoir des réponses claires.
La forme notariée (C. civ., art. 489 à 491 nouv.) permet une protection juridique très étendue, et
autorise une appréciation plus large des pouvoirs du mandataire. Le notaire doit attirer l’attention
de ce dernier sur ses obligations et les risques d’engagement de sa responsabilité. Un seul notaire
est choisi par le mandant (C. civ., art. 489, al. 1er, nouv.). Dans l’avant-projet de loi, deux notaires
devaient intervenir à la régularisation du mandat : un notaire choisi par le mandant et un notaire
désigné par le président de la Chambre des notaires. L’obligation de faire appel à deux notaires a
été supprimée. Le coût de l’acte n’en sera que moins élevé.
Le notaire donne force exécutoire au mandat qui sera exécuté sous son contrôle et pourra ainsi
couvrir les actes de disposition du patrimoine (C. civ., art. 490, al. 1er, nouv.). Mais le mandataire ne
peut accomplir un acte de disposition à titre gratuit qu’avec l’autorisation du juge des tutelles
(C. civ., art. 490, al. 2, nouv.).
Le mandat est un acte grave aux termes duquel le mandant choisit un mandataire au lieu et place
de l’autorité judiciaire. La désignation du ou des mandataires par acte notarié doit être préférée
dans la mesure où le mandat authentique assure une protection juridique accrue, le mandataire
pouvant exécuter tous les actes de disposition du patrimoine à titre onéreux sous le contrôle du
notaire. Ce dernier étant par ailleurs investi d’un pouvoir de contrôle et de vérification puisqu’il peut •••/•••

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UE 111 • Introduction au droit

•••/••• saisir le juge des tutelles de tout mouvement de fonds et de tout acte non justifiés ou n’apparais-
sant pas conformes aux stipulations du mandat (C. civ., art. 491 nouv.). En effet, les conseils avisés
du notaire permettront au mandant de recevoir une information adaptée et d’être assuré du bon
respect du mandat. Le mandat authentique lui assurera un contrôle du mandataire (C. civ., art. 491,
al. 2, nouv.).

Le mandat de protection future pour autrui


Le mandat de protection future pourra également être souscrit pour autrui (C. civ., art. 477, al. 3,
nouv.). Cela signifie que les parents d’un enfant handicapé pourront désigner un mandataire chargé
de le protéger après leur décès ou lorsqu’ils deviendront eux-mêmes incapables. Ils évitent l’ou-
verture d’une tutelle judiciaire, permettant à la famille de jouer son rôle naturel de protection et
d’accompagnement. Ce mandat ne pourra être passé que par acte authentique. S’agissant en
effet de la représentation d’autrui et non du mandant, on peut comprendre l’exigence de l’authen-
ticité. Ce mandat va apaiser les parents inquiets et soucieux de l’avenir de leur enfant handicapé.
Une lecture attentive de l’article 477 du Code civil fait toutefois apparaître une difficulté d’applica-
tion concernant la personne handicapée majeure. En effet, à la majorité de l’enfant, les parents
perdent de plein droit l’autorité parentale mais peuvent, semble-t-il, transmettre par mandat des
droits qu’ils n’ont plus. Certes, un parent peut être nommé tuteur, mais alors la protection devient
judiciaire et ne peut plus résulter d’un mandat !
En la matière, l’authenticité paraît être le gage d’une sécurité incontournable pour éviter toute
contestation sur la date de l’acte, la capacité du mandant (8) et la conservation de l’acte. Contrai-
rement au mandat sous-seing privé, il n’y a pas de risque de pertes, et le notaire pourra en délivrer
des copies authentiques.

Fin du mandat
L’exécution du mandat prend fin (C. civ., art. 483, nouv.) par :
• le rétablissement des facultés personnelles du mandant ;
• le décès du mandant ou de son mandataire ;
• la révocation judiciaire du mandataire ;
• l’ouverture d’une mesure de protection juridique.

Conclusion
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Le testament nous permet de prévoir la mort, le mandat de protection future nous permet de pré-
voir l’incapacité. Praticien du droit, le notaire est un homme de terrain et de proximité, il accom-
pagne notre vie dans les moments clés. Il est de manière permanente en contact avec la population.
Il se doit d’être le défenseur et le protecteur des plus fragiles. Toute personne vulnérable doit avoir
droit à l’assistance et à l’aide requise pour mener une vie conforme à ses capacités réelles et
potentielles. Le notaire doit saisir l’opportunité qui lui est donnée de devenir l’interlocuteur privilé-
gié quand la volonté devient impuissante.
Les notaires savent mieux que quiconque combien le mandat de protection future correspond à
une attente profonde de leurs clients. Parce qu’il est le professionnel de la transmission du patri-
moine, homme de l’écrit, le notaire doit maîtriser ce nouvel outil qu’est le mandat de protection
future. La volonté des clients, soucieux de se protéger, de préserver un être cher, prendra corps
grâce à cette maîtrise. En qualité d’acteur, maîtrisant parfaitement le droit de la famille, le notaire
se doit de participer activement à ces nouvelles fonctions.
« Parce que la liberté, grâce à la forme authentique, sera mieux surveillée et expliquée, son domaine
sera plus riche et plus vaste » (9).

Mots clés :
MAJEUR PROTÉGÉ * Réforme des tutelles * Mandat de protection future
Fabrice PERREAU-BILLARD, Notaire
AJ Famille, Éditions Dalloz, 2007, p. 213 s.
(1) L’AJ famille, dans ses n° 4/2007 et n° 5/2007, a consacré un dossier à la « Réforme des tutelles », constitué, outre la pré-
sente contribution, des articles suivants :
Th. Fossier et Th. Verheyde, « La protection de la personne », p. 160.
Th. Fossier et L. Pécaut-Rivolier, « La protection des intérêts patrimoniaux », p. 167.
Th. Fossier, L. Pécaut-Rivolier et Th. Verheyde, « La mesure d’accompagnement judiciaire » (MAJ) et « Les mesures adminis-
•••/•••

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Introduction au droit • Série 2

•••/••• tratives d’accompagnement social personnalisé » (MASP), p. 175.


J. Hauser, « La famille et l’incapable majeur », p. 198.
L. Pécaut-Rivolier et Th. Verheyde, « La juridiction des tutelles dans le nouveau dispositif de protection des majeurs », p. 208.
Th. Verheyde, « Interview de J. Tirmanche », p. 218.
Th. Fossier, « Interview de D. Descuilhes, M. Poret et A. Boivin », p. 219.
L. Pécaut-Rivolier, « Interview de A. Brousse », p. 220.
(2) Th. Fossier, « Aperçu rapide : le rapport d’enquête sur le fonctionnement du dispositif de protection des majeurs », JCP
1998.2093.
(3) V. M. Levet, Vivre après 60 ans, Flammarion, coll. « Dominos », 1995.
(4) Notaires de France, « Demain, la Famille », 95e congrès, Marseille, 1999 ; « Les personnes vulnérables », 102e congrès,
Strasbourg, 2006.
(5) 94e congrès national des Notaires de France, 1998, « Le contrat, deuxième commission, proposition 4 », JCPN 1998.1197,
n° 31-36.
(6) 102e congrès national des Notaires de France, Strasbourg, « 2006 : Introduction générale », P. Potentier, notaire, rapporteur
général, p. XII.
(7) Loi du 15 avril 1990 : 52 % des mesures de protection sont actuellement issues d’un tel mandat. Jean Lambert, notaire à
Montréal, initiateur du mandat pour incapacité future, « Mandat de protection, état de situation à l’intention des notaires de
France », septembre 2005.
(8) « Solidarité et dépendance », 95e congrès national des Notaires de France préc., p. 402 s.
(9) Notaires de France, 102e Congrès, Strasbourg, 2006, « Les personnes vulnérables », p. 522.

ANNEXE 3

Cass. 1re civ., 20 janvier 1964, dame Blum c/ demoiselle Lassus


LA COUR ; – Sur le premier moyen, pris en sa première branche : – Vu l’article 1382 du Code civil ;
– Attendu que l’exercice du droit de propriété, qui a pour limite la satisfaction d’un intérêt sérieux
et légitime, ne saurait autoriser l’accomplissement d’actes malveillants, ne se justifiant par aucune
utilité appréciable et portant préjudice à autrui ; – Attendu que la cour d’appel a refusé d’ordonner
la suppression d’un rideau de fougères de 1 m 70 de hauteur, planté par demoiselle Lassus, à
environ 0 m 85 du mur de la maison de dame Blum et empêchant le passage de la lumière par une
ouverture à verre dominant dont l’aménagement avait été judiciairement autorisé pour l’éclairage
d’une cuisine ; Que pour statuer ainsi, l’arrêt infirmatif attaqué se fonde sur ce que, s’il était fait
droit à la prétention de dame Blum, l’héritage voisin se trouverait grevé « d’une véritable servitude

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d’éclairement… contractuellement inexistante »  ; – Mais attendu que la même décision, après
avoir rappelé et déclaré constantes les constatations de fait des premiers juges, a relevé « qu’il
apparaît bien des éléments de la cause que les parties vivent dans une mésintelligence certaine »
et que « l’instance… reflète et caractérise la psychologie de demoiselle Lassus, recherchant la
satisfaction d’un mobile malicieux » ; – Attendu qu’en se refusant, dans de telles circonstances, à
accorder à dame Blum réparation du préjudice dont elle se plaignait alors qu’ils constataient en
même temps, à la charge de demoiselle Lassus, un exercice purement malicieux, partant abusif,
de son droit de propriété, les juges du second degré ont violé le texte visé par le pourvoi ;
Par ces motifs, et sans qu’il y ait lieu de statuer soit sur les autres branches du premier moyen, soit
sur le second moyen : – Casse et annule l’arrêt rendu entre les parties par la cour d’appel d’Agen,
le 28 mars 1962, et renvoie devant la cour d’appel de Toulouse.

64
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UE 111 • Introduction au droit

ANNEXE 4

CA Riom, 1re ch. civ., 7 sept. 1995, Épx Roche c/ Rougier


LA COUR ; – (…) Attendu que les faits et la querelle sont exposés dans les décisions rendues à
Clermont-Ferrand le 11 janvier 1994 et le 25 janvier 1995, cette dernière dont appel ; que la cour
en adopte les motifs ; que, céans, les époux Roche concluent au débouté de Rougier ; qu’au
contraire celui-ci, enchanté du jugement qui a prescrit la fin du poulailler, demande la confirmation
et 20 000 F de dommages-intérêts ;
Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n’est encore parvenu à le
dresser, pas même un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques
tendres gloussements, et des caquètements qui vont du joyeux (ponte d’un œuf) au serein (dégus-
tation d’un verre de terre) en passant par l’affolé (vue d’un renard) ; que ce paisible voisinage n’a
jamais incommodé que ceux qui, pour d’autres motifs, nourrissent du courroux à l’égard des pro-
priétaires de ces gallinacés ; que la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine
le boulanger, le violon le chef d’orchestre, et la poule un habitant du lieu-dit La Rochette, village de
Salledes (402 âmes) dans le département du Puy-de-Dôme.
Par ces motifs : statuant publiquement et contradictoirement, infirme le jugement ; déboute René
Rougier de son action et le condamne aux dépens de première instance et d’appel, lesquels seront
recouvrés conformément aux dispositions de l’article 699 du Nouveau Code de procédure civile.
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UE 111 • Introduction au droit

INDEX
Absence 8 Embryon 8
Abus du droit de propriété 43 EURL 48
Abusus 30 Fondation 11
Accession 38 Fructus 30, 40
Acte d’administration 14 Fruit 30, 37, 41, 43
Acte de conservation 14 Groupement d’intérêt économique 11
Acte de disposition 15 Immeuble par destination 27
Acte de disposition à titre gratuit 15 Immeuble par l’objet auquel il s’applique 27
Acte de disposition à titre onéreux 15 Immeuble par nature 27
Action en revendication 36, 37 Incapacité 13
Action pétitoire 37 Incapacité de jouissance 13
Action possessoire 37 Incapacité d’exercice 14
Administration légale 16 Indivision 31
Administration légale pure et simple 16 Interruption de la prescription 36
Administration légale sous contrôle Jonction des possessions 36
judiciaire 16 Jouissance légale 16
Animus 34 Juge des tutelles 17
Apatride 10 Juste titre 35
Approche personnaliste 48 Majeur 19
Assistance 14 Mandat de protection future 20
Association 11 Meuble meublant 25
Autorité parentale 15 Meuble par anticipation 26
Bien 23 Meuble par détermination de la loi 26
Bien corporel 24 Meuble par nature 26
Bien immeuble 24, 26 Mineur 15
Bien incorporel 24 Mineur émancipé 18
Bien meuble 24, 25 Mineur non émancipé 15
Bonne foi 35 Nationalité 10, 12
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Capacité de jouissance 13 Nom de famille 9


Capacité d’exercice 13 Nu-propriétaire 41
Capacité juridique 13 Patrimoine 45
Chose commune 23 Patrimoine d’affectation 47
Chose de genre 33 Personnalité juridique 7, 45
Chose fongible 33 Personnalité morale 7, 11
Clause de réserve de propriété 33 Personne morale 10, 21
Collectivités territoriales 10 Personne physique 7, 15
Conseil de famille 18 Possession 33
Contrat 32 Possession utile 34
Contrat de vente 32 Prénom 9
Corps certain 33 Prescription abrégée 35
Corpus 34 Prescription acquisitive 34
Curatelle 20 Présomption légale de conception 8
Curateur 20 Principe de spécialité 21
Démembrement du droit de propriété 39 Produit 30, 41
Dénomination sociale 12 Pseudonyme 9
Détention précaire 34 Représentation 14, 21
Disparition 8 Sauvegarde de justice 20
Domicile 9 Servitude 39
Droit de gage général 49 Siège social 12
Droit de propriété 30 Société 10
Émancipation 19 Subrogation 46

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Introduction au droit • Série 2

Subrogé tuteur 18 Tutelle 17, 21


Sûreté 49 Tuteur 17
Surnom 9 Usage du nom 9
Suspension de la prescription 36 Usucapion 34
Syndicat 11 Usufruit 40
Titre nobiliaire 9 Usufruitier 41
Troubles anormaux de voisinage 44 Usus 30, 40

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UE 111
Introduction au droit
année 2013-2014 DEVOIR 2
À envoyer à la correction
Auteur : Marielle MARTIN

NOTA BENE
Ce devoir est conçu pour être traité au seul moyen de la partie 1 de la série 2 à laquelle il se rapporte.
Les notions traitées antérieurement sont évidemment supposées acquises.

EXERCICE 1 : ÉTUDE DE SITUATIONS PRATIQUES (10 POINTS)

Cas n° 1
Le jeune Xavier est un adorable petit garçon âgé de 2 ans qui, jusque-là, a eu le bonheur d’être élevé par
ses deux parents très attentifs, M. et Mme Durant.
Or, un drame vient de frapper cette famille puisque M. Durant, 30 ans, est décédé avant-hier dans un
terrible accident de la circulation, alors qu’il était seul au volant de sa voiture.
Accablée de chagrin, Mme Durant, 27 ans, garde toutefois le sens des réalités et se préoccupe de savoir
si le décès de son mari a une incidence sur l’administration légale pure et simple, régime juridique de
protection dont on lui avait dit qu’il s’appliquait à leur petit Xavier.
Elle vous interroge donc à ce sujet.

Cas n° 2
Mme Sijeveu, 45 ans, est placée sous curatelle depuis deux ans. C’est M.  Comilfo, 50 ans, qui a été
désigné son curateur par le juge des tutelles.
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M. Comilfo s’acquitte parfaitement de sa tâche et s’entend même bien avec Mme Sijeveu.
Cependant, voici que Mme Sijeveu a l’intention, sans en parler à M. Comilfo, d’acheter un second ordi-
nateur très sophistiqué et de grande valeur, alors qu’elle ne se sert pourtant presque pas du modèle
récent qu’elle possède déjà.
Mme Sijeveu peut-elle valablement faire seule cette acquisition ?

EXERCICE 2 : COMMENTAIRE D’UN DOCUMENT (6 POINTS)

répondre aux six questions posées à la suite des extraits de la décision de justice ci-après
reproduite :

Cass. com., 29 janvier 2013 ; société Castes industrie c/ société Seeb


« LA COUR […]
Statuant sur le pourvoi formé par la société Castes industrie, société par actions simplifiée, […], contre
l’arrêt rendu le 17 mai 2011 par la cour d’appel de Montpellier […], dans le litige l’opposant à la société
Seeb, société à responsabilité limitée, […], défenderesse à la cassation ; […] ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Montpellier, 17 mai 2011), que les sociétés Castes industrie et Seeb, après
avoir été en relations d’affaires pendant deux ans, ont conclu en février 1999 une convention de distribution
[…] accordant à la seconde une exclusivité de vente dans un secteur déterminé, pour une durée initiale de
2 ans, tacitement renouvelable par période d’un an ; qu’ayant appris que l’intégralité du capital de la société •••/•••

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Introduction au droit • devoir 2

•••/••• Seeb était, à la suite d’une cession totale, détenue par un actionnaire unique et que cette situation avait
entraîné un changement de dirigeant social, la société Castes industrie a entendu mettre un terme au
contrat en décembre 2007 ; qu’estimant que cette brusque résiliation était fautive, la société Seeb l’a fait
assigner en paiement de dommages-intérêts ; […] ;
Attendu que la société Castes industrie fait grief à l’arrêt d’avoir accueilli cette demande, alors, selon le
moyen :
[…] que le contrat conclu en considération de la personne du dirigeant est résilié de plein droit en cas de
changement de cette personne non agréé par le partenaire ; que cette résiliation intervient de plein droit et
ne peut présenter aucun caractère abusif ; qu’un contrat de distribution est un contrat intuitu personae par
nature, compte tenu de l’intégration du distributeur au réseau et de la confiance entre partenaires que cela
suppose ; […] ;
Mais attendu qu’ayant justement énoncé qu’en raison du principe d’autonomie de la personne morale, cette
dernière reste inchangée en cas de cession de la totalité des parts ou actions d’une société ou de change-
ment de ses dirigeants et relevé l’absence de stipulation contractuelle autorisant la rupture avant échéance
dans de telles hypothèses, la cour d’appel, qui a ainsi fait ressortir qu’il n’était pas établi que la convention
de distribution exclusive ait été conclue en considération de la personne du dirigeant, en a déduit, à bon
droit, sans écarter le caractère intuitu personae du contrat, qu’en l’absence d’une stipulation particulière, la
convention était maintenue en dépit des changements survenus ; que le moyen […] n’est pas fondé […] ;
[…] ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
[…] ».

TRAVAIL À FAIRE
1. Au regard des différentes sortes de personnes morales qui existent, quelle est la nature juridique
de chacune des deux sociétés en litige dans la décision de justice étudiée ?
2. Quels sont, dans cette affaire, les faits à l’origine du litige ?
3. Dans quel sens la cour d’appel, dont l’arrêt est ici attaqué devant la Cour de cassation, avait-elle
statué ?
4. Que décide, en l’espèce, la Cour de cassation ?

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5. Cette décision de la Cour de cassation est-elle conforme au droit en vigueur s’agissant de ce
qu’est la personnalité morale ?
6. À quelle condition, selon cette jurisprudence, le changement d’associé ou de dirigeant d’une
société personne morale aurait-il une incidence sur les contrats passés par cette dernière ?

EXERCICE 3 : QUESTION DE COURS (4 POINTS)

Qu’est-ce que la nationalité ?

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UE 111
Introduction au droit
année 2013-2014 DEVOIR 3
À envoyer à la correction
Auteur : Marielle MARTIN

NOTA BENE
Ce devoir est conçu pour être traité au seul moyen de la partie 2 de la série 2 à laquelle il se rapporte.
Les notions traitées antérieurement sont évidemment supposées acquises.

EXERCICE 1 : COMMENTAIRE D’UN DOCUMENT (16 POINTS)

répondre aux huit questions posées à la suite des extraits de la décision de justice ci-après
reproduite :

Cass. 3e civ., 20 février 2013 ; Consorts X… c/ Polynésie française


« LA COUR […] ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Papeete, 9 décembre 2010), que les Consorts X… ont assigné la Polynésie
française pour se voir déclarer propriétaires, par prescription acquisitive, des parcelles cadastrées n° 14
et 15 dénommées « la terre Atararo » ;
Attendu que pour rejeter la demande et constater que cette terre appartient à la Polynésie française, l’arrêt
retient qu’aucun fait matériel d’occupation effective n’a été constaté au moment du transport sur les lieux
en 2007 et que les témoignages produits n’étaient pas suffisamment probants pour établir une possession
de trente ans par les Consorts X…, seule pouvant être retenue avec suffisamment de certitude la période de
1934 à 1948 ;
Qu’en statuant ainsi, alors que la possession légale utile pour prescrire ne peut s’établir à l’origine que par
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des actes matériels d’occupation réelle et se conserve tant que le cours n’en est pas interrompu ou sus-
pendu, la cour d’appel, qui n’a pas recherché si la possession des Consorts X… ne s’était pas poursuivie
au-delà de 1948 par la seule intention, sans être interrompue avant l’expiration du délai de prescription par
un acte ou un fait contraire, n’a pas donné de base légale à sa décision ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 9 décembre 2010, entre les parties, par
la cour d’appel de Papeete ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient
avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Papeete, autrement
composée ;
[…] ».

TRAVAIL À FAIRE
1. Quelle est la juridiction qui rend la décision reproduite ? Quand ? Qui sont les parties (demande-
resse, défenderesse) à ce stade de la procédure ?
2. En l’espèce, quels sont les biens dont les Consorts X… réclament la propriété ?
3. Selon les Consorts X…, par quelle modalité juridique sont-ils devenus propriétaires de ces biens ?
4. Quelle est la décision attaquée devant la juridiction qui rend la décision reproduite ? (Par quelle
juridiction a-t-elle été rendue ? Quand ? En faveur de qui cette juridiction s’était-elle prononcée ?)
5. Quel est le raisonnement mené par la juridiction dont la décision est attaquée devant la juridiction
qui rend la décision reproduite ?

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Introduction au droit • devoir 3

6. Dans quel sens statue la juridiction qui rend la décision reproduite ? (Qui l’emporte ? Selon quels
motifs : en d’autres termes, quels sont les arguments de cette juridiction ?)
7. Le raisonnement mené par la juridiction dont la décision est reproduite est-il conforme au droit en
vigueur au regard de la modalité d’acquisition de la propriété dont il s’agit ?
8. Que décide la juridiction qui rend la décision reproduite, quant à la suite du procès ?

EXERCICE 2 : QUESTION DE COURS (4 POINTS)

Qu’est-ce que le droit d’accession ?

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72

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UE 111 ➟ INTRODUCTION
AU DROIT

Année 2013-2014

Ce fascicule comprend :
La série 3
Le devoir 4 à envoyer à la correction
Le devoir 5 à envoyer à la correction

En collaboration avec
le Centre National
d’Enseignement à Distance Marielle MARTIN
Institut de Lyon

W1111-F3/4
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Introduction au droit • Série 3

L’auteur :
Marielle MARTIN : Docteur en droit privé et sciences criminelles, maître de conférences au Cnam.

� • • • [Link] • • • �

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L’ensemble des contenus (textes, images, données, dessins, graphiques,


etc.) de ce fascicule est la propriété exclusive de l’INTEC-CNAM.
En vertu de l’art. L. 122-4 du Code de la propriété intellectuelle, la repro-
duction ou représentation intégrale ou partielle de ces contenus, sans auto-
risation expresse et préalable de l’INTEC-CNAM, est illicite. Le Code de la
propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions stricte-
ment réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation
collective » (art. L. 122-5).

2
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UE 111 • Introduction au droit

••• OBJECTIFS •••

Avec la présente série, le moment est venu de s’intéresser davantage à l’univers


des entreprises ; tout d’abord en déterminant la nature commerciale ou non de
leur activité, puis en explorant le droit des contrats puisque ceux-ci sont au cœur
de cette activité, de même d’ailleurs, qu’ils concernent quotidiennement chaque
personne.
Plus précisément, l’étude de l’activité commerciale ou non de l’entreprise sera
envisagée sous l’angle de l’entreprise individuelle (car l’étude des sociétés et
autres sortes d’entreprises est dévolue à une autre UE de ce cursus universitaire)
et sera complétée par l’analyse d’un bien fondamental en droit des affaires : le
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fonds de commerce.
Dans un second temps, les grands traits du droit des contrats retiendront notre
attention, avant de recenser, conformément à notre programme oficiel, les princi‑
paux types de contrats auxquels une entreprise peut être partie.

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UE 111 • Introduction au droit

TABLE DES MATIÈRES

PARTIE 1. L’ACTIVITÉ COMMERCIALE ET NON COMMERCIALE 7

TITrE 1. L’EnTrEprEnEUr IndIvIdUEL ..................................................... 7


Chapitre 1. L’entrepreneur individuel commerçant ..............................................7
Section 1. Déinition du commerçant ....................................................................7
Section 2. Statut du commerçant ........................................................................13
Chapitre 2. L’entrepreneur individuel non‑commerçant.....................................24
Section 1. L’artisan ..............................................................................................24
Section 2. L’agriculteur ........................................................................................27
Section 3. Le professionnel libéral.......................................................................29

TITrE 2. LE fondS dE CommErCE........................................................... 30


Chapitre 1. présentation du fonds de commerce ...............................................31
Section 1. Composition du fonds de commerce .................................................31
Section 2. Nature juridique du fonds de commerce ............................................46
Chapitre 2. opérations pouvant porter sur le fonds de commerce ..................47
Section 1. L’exploitation du fonds de commerce ................................................47
Section 2. Le nantissement du fonds de commerce ...........................................49
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Section 3. La vente du fonds de commerce........................................................49

PARTIE 2. LE DROIT DES CONTRATS 53

TITrE 1. La ThéorIE généraLE dES ConTraTS .................................. 53


Chapitre 1. propos introductifs .............................................................................53
Section 1. Nature juridique du contrat.................................................................53
Section 2. Principales classiications des contrats .............................................54
Section 3. Fondement du droit des contrats .......................................................56
Chapitre 2. La formation des contrats .................................................................59
Section 1. Les conditions de formation des contrats ..........................................59
Section 2. Les sanctions des conditions de formation des contrats ..................66
Section 3. Les clauses contractuelles particulières.............................................69
Chapitre 3. L’exécution des contrats ...................................................................71
Section 1. La détermination du contenu du contrat ............................................71
Section 2. Les personnes obligées par le contrat ...............................................73

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Introduction au droit • Série 3

Section 3. Les modes d’exécution du contrat.....................................................76


Section 4. Les garanties de l’exécution de l’obligation : notions de sûretés ......79
Section 5. Les sanctions de l’inexécution du contrat..........................................85

TITrE 2. LES ConTraTS dE L’EnTrEprISE ............................................. 89


Chapitre 1. Les contrats de fourniture de biens ou de services........................90
Section 1. Le contrat de vente ............................................................................90
Section 2. Le contrat d’entreprise .......................................................................93
Chapitre 2. Les contrats de consommation ........................................................95
Section 1. Les contrats de fourniture de biens ou de services
au consommateur...............................................................................96
Section 2. Le contrat de crédit à la consommation.............................................98
Chapitre 3. Les conventions relatives aux modes de paiement ......................101
Section 1. La convention de compte de dépôt bancaire ..................................101
Section 2. Les transferts de fonds.....................................................................104
Chapitre 4. Les contrats de crédit aux entreprises ..........................................110
Section 1. Le contrat de prêt d’argent...............................................................110
Section 2. Le crédit avec mobilisation de créances ..........................................111
Section 3. Le crédit sans mobilisation de créance : le crédit-bail mobilier .......113

LEXIQUE 115
EXERCICES AUTOCORRIGÉS 125
ANNEXES 131

Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite
INDEX 138
DEVOIR 4 141
DEVOIR 5 143

6
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PARTIE
L’ACTIVITÉ COMMERCIALE
ET NON COMMERCIALE

Deux points fondamentaux du programme officiel de cette UE d’« Introduction au droit » peuvent
être réunis dans l’étude de ce qui relève en partie de l’activité professionnelle, qu’elle soit com-
merciale ou non. Il s’agit des développements devant être faits à propos de l’entrepreneur indi-
viduel (Titre 1) et de ceux relatifs au fonds de commerce (Titre 2).

TITRE 1. L’ENTREPRENEUR INDIVIDUEL

Retrouvez des compléments pédagogiques de l'UE 111 sur le site Internet de l'Intec :
[Link]

L’entreprise, cellule de base de l’activité économique, est une entité pouvant prendre des
formes juridiques multiples. on distingue essentiellement les entreprises sociétaires qui
sont, pour la plupart, dotées de la personnalité morale (sociétés anonymes, sociétés à res-
ponsabilité limitée…) et les entreprises individuelles qui sont incarnées par les entrepre‑
neurs personnes physiques agissant en nom propre. C’est à ces entrepreneurs individuels
que se limite notre programme de travail. Nous envisagerons successivement le cas de l’en‑
trepreneur individuel qui a la qualité de commerçant (Chapitre 1) et le cas de l’entrepre‑
neur individuel qui n’a pas cette qualité (Chapitre 2) ; l’entrepreneur individuel
Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite

non‑commerçant pouvant être un artisan, un agriculteur ou le membre d’une profession


libérale exerçant son activité à titre indépendant. La question du repérage de la qualité de
commerçant ou de non-commerçant est cruciale car de cette qualité dépend l’application au
non des règles du droit commercial à l’activité exercée.

CHAPITRE 1. L’ENTREPRENEUR INDIVIDUEL COMMERÇANT


Quelle est la définition juridique du commerçant et quel est son statut ?

SECTION 1. DÉFINITION DU COMMERÇANT

La définition juridique du commerçant est donnée par l’article L. 121-1 du Code de commerce :
« Sont commerçants ceux qui exercent des actes de commerce et en font leur pro‑
fession habituelle. »

Cette définition légale est complétée par la jurisprudence qui exige, en outre, que le commerçant
exerce son activité « en son nom et pour son compte ».
Il convient donc d’examiner ces trois conditions requises pour être qualifié de commerçant ; à
savoir : exercer des actes de commerce, à titre de profession habituelle et de manière
indépendante.

201111TDPA0313 7
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Introduction au droit • Série 3

I. EXERCER DES ACTES DE COMMERCE


Qu’est-ce qu’un acte de commerce d’après la loi ? Quel est son régime juridique ? Qu’appelle-
t-on « acte de commerce par accessoire » ?

A. DÉTERMINATION DES ACTES DE COMMERCE LÉGAUX


Les articles L. 110-1 et L. 110-2 du Code de commerce énumèrent les actes qui sont réputés de
commerce d’après la loi.
L’article L. 110-2 vise les actes du commerce maritime.
L’article L. 110-1 vise les actes de commerce en général et, dans sa rédaction issue de la loi
n° 2013-100 du 28 janvier 2013, énonce que :

« La loi répute actes de commerce :


1. Tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et
mis en œuvre ;
2. Tout achat de biens immeubles aux fins de les revendre, à moins que l’acquéreur n’ait agi en vue
d’édifier un ou plusieurs bâtiments et de les vendre en bloc ou par locaux ;
3. Toutes opérations d’intermédiaire pour l’achat, la souscription ou la vente d’immeubles, de
fonds de commerce, d’actions ou parts de sociétés immobilières ;
4. Toute entreprise de location de meubles ;
5. Toute entreprise de manufactures, de commission, de transport par terre ou par eau ;
6. Toute entreprise de fournitures, d’agence, bureaux d’affaires, établissements de ventes à l’en-
can, de spectacles publics ;
7. Toute opération de change, banque, courtage, activité d’émission et de gestion de monnaie
électronique et tout service de paiement ;
8. Toutes les opérations de banques publiques ;
9. Toutes obligations entre négociants, marchands et banquiers ;

Document de travail réservé aux élèves de l’Intec – Toute reproduction sans autorisation est interdite
10. Entre toutes personnes, les lettres de change. »

L’actuelle rédaction de l’article L. 110-1 résulte de plusieurs lois successives et n’est guère satis-
faisante. Cet article dresse en effet une liste non exhaustive et sans ordre de divers actes de
commerce.
La doctrine a tenté de clarifier le travail du législateur. Certains auteurs ont essayé de dégager
un critère général de l’acte de commerce : pour THALLER (à la fin du XIXe siècle), l’acte de com-
merce se caractérise par la circulation de richesses ; pour des auteurs comme LYON-CAEN ou
RENAULT la spéculation est sous-jacente à tout acte de commerce.
D’autres auteurs ont, quant à eux, proposé des classifications des actes énumérés pêle-mêle à
l’article L. 110-1 C. com. Ainsi, il est possible de distinguer les actes de commerce effectués
dans le cadre d’une entreprise (location de meubles, manufacture…) des actes de commerce
effectués à l’état isolé (achat de biens meubles pour les revendre, achat de biens immeubles
pour les revendre…).
La « summa divisio » s’articule cependant autour de la distinction entre actes de commerce par
nature et actes de commerce par la forme :

8
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UE 111 • Introduction au droit

actes de
actes de commerce par nature commerce
par la forme
activités activités activités activités d’intermédiaire
d’échange industrielles financières
Achat de biens Ent. de Opération de Toutes opérations Art. L. 110-1 in fine :
meubles pour les manufactures banque (5) d’intermédiaire pour la lettre de change (9)
revendre (1) Ent. de transport Opération de l’achat, la souscription ou
Achat de biens par terre ou par change la vente d’immeubles, de
immeubles pour les eau (4) Activité fonds de commerce,
revendre (1) Établissements d’émission d’actions ou parts de
Ent. de location de de spectacles et de gestion sociétés immobilières
meubles publics de monnaie Ent. de commission (6)
Ent. de fournitures (2) électronique Agence d’affaires (7)
Établissements de Service de Opération de courtage (8)
vente à l’encan (3) paiement
(1) L’intention de revendre doit exister au moment de l’achat.
(2) Fournitures de gaz, eau, électricité (EDF…).
(3) Salles de ventes publiques de marchandises en gros.
(4) Et par extension, entreprise de transport par air.
(5) Exemple : octroi de crédit…
(6) Le commissionnaire agit pour le compte d’autrui mais en son propre nom.
(7) L’agent d’affaires se charge de conseiller des personnes qui le rémunèrent et parfois agit à leur place.
(8) Le courtier a pour mission de rapprocher des parties contractantes et de préparer la conclusion de leurs contrats.
(9) La lettre de change (traite) est un écrit par lequel une personne (le tireur) donne l’ordre à l’un de ses débiteurs (le tiré) de payer une
somme déterminée à une tierce personne (le bénéficiaire), à une certaine date. La lettre de change est un effet de commerce c’est-à-dire
un titre négociable qui constate l’existence, au profit du bénéficiaire, d’une créance à court terme et sert à son paiement. Cependant,
contrairement aux autres effets de commerce (chèque, billet à ordre, warrant) ; la lettre de change est la seule à être classée parmi les
actes de commerce légaux.

REMARQUE
La jurisprudence considère, en outre, que les opérations d’assurance sont commerciales (sauf
les opérations d’assurance mutuelle).
Piège à éviter : La lettre de change a toujours le caractère commercial, quelle que soit la per-
sonne qui la signe. Cependant, la qualité de commerçant n’est pas reconnue à une personne
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qui signe une lettre de change de façon isolée.

B. RÉGIME JURIDIQUE DES ACTES DE COMMERCE LÉGAUX


L’acte de commerce bénéficie de règles de droit généralement plus souples que l’acte civil.
Il convient néanmoins de distinguer selon que l’acte est commercial à l’égard de toutes les par-
ties ou selon qu’il s’agit d’un acte mixte.

1. L’acte est commercial à l’égard de toutes les parties


L’hypothèse est ici celle d’un acte de commerce passé entre commerçants (commerçants per-
sonnes physiques ou personnes morales) : ce sont les règles du droit commercial qui
s’appliquent.

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Introduction au droit • Série 3

règles de droit À titre de comparaison :


règles de droit commercial
règles de droit civil
applicables du fait de la commercialité
(pour un acte non commercial
de l’acte
points de droit passé entre non‑commerçants)
La mise en demeure Peut se faire par tous moyens Peut se faire par tous moyens ou
(en pratique, une lettre recommandée) doit résulter d’un acte
extrajudiciaire, (exploit d’huissier)
selon les cas (1)
Compétence des Juridictions commerciales Juridictions civiles de droit
juridictions commun
La preuve « À l’égard des commerçants, les actes de La preuve est administrée
commerce peuvent se prouver par tous différemment selon ce que l’on
moyens à moins qu’il n’en soit autrement doit prouver (actes ou faits
disposé par la loi » juridiques)
(Art. L. 110-3, I Code com.) Revoir série 1
Prescription d’action « Les obligations nées à l’occasion de leur « Les actions personnelles ou
en cas de litige commerce entre commerçants ou entre mobilières se prescrivent par cinq
commerçants et non-commerçants, se ans… »
prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas (Art. 2224 Code civil)
soumises à des prescriptions spéciales plus
courtes. »
(Art. L. 110-4 Code com.)
La solidarité (2) Se présume « La solidarité ne se présume
point : il faut qu’elle soit
expressément stipulée »
(Art. 1202 – al. 1er Code civil)
(1) La législation en matière de procédures civiles d’exécution a changé, en matière civile, les exigences quant à la forme de la mise en
demeure qui, pour être valable, devait résulter d’un acte extrajudiciaire (ex. : exploit d’huissier : sommation, commandement…) et qui,
désormais, peut souvent résulter aussi d’une lettre missive s’il en ressort une interpellation suffisante (lettre recommandée avec
demande d’avis de réception…).
À titre d’illustration :
– À propos de l’obligation de donner (lat. dare : transférer la propriété).
Art. 1139 C. civ. : « Le débiteur est constitué en demeure, soit par une sommation ou par autre acte équivalent telle une lettre missive
lorsqu’il ressort de ses termes une interpellation suffisante, soit par l’effet de la convention lorsqu’elle porte que, sans qu’il soit besoin
d’acte et par la seule échéance du terme, le débiteur sera en demeure. »
– À propos des dommages et intérêts résultant de l’inexécution de l’obligation :

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Art. 1146 C. civ. : « Les dommages et intérêts ne sont dus que lorsque le débiteur est en demeure de remplir son obligation, excepté
néanmoins lorsque la chose que le débiteur s’était obligé de donner ou de faire ne pouvait être donnée ou faite que dans un certain temps
qu’il a laissé passer. La mise en demeure peut résulter d’une lettre missive s’il en ressort une interpellation suffisante. »
Art. 1153 C. civ. : « Dans les obligations qui se bornent au paiement d’une certaine somme, les dommages-intérêts résultant du retard
dans l’exécution ne consistent jamais que dans la condamnation aux intérêts au taux légal, sauf les règles particulières au commerce et au
cautionnement.
Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d’aucune perte.
Ils ne sont dus que du jour de la sommation de payer, ou d’un autre acte équivalent telle une lettre missive s’il en ressort une interpel-
lation suffisante, excepté dans le cas où la loi les fait courir de plein droit.
Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dom-
mages et intérêts distincts des intérêts moratoires de la créance. »
Bien entendu, la forme de la mise en demeure est libre sauf si la loi en dispose autrement.
– Par exemple, à propos des obligations de l’acheteur.
Art. 1652 C. civ. : « L’acheteur doit l’intérêt du prix de la vente jusqu’au payement du capital, dans les trois cas suivants :
S’il a été ainsi convenu lors de la vente ;
Si la chose vendue et livrée produit des fruits ou autres revenus ;
Si l’acheteur a été sommé de payer.
Dans ce dernier cas, l’intérêt ne court que depuis la sommation. »
(2) Il y a solidarité passive lorsque le créancier peut exiger de l’un quelconque de ses débiteurs le paiement de la totalité de sa créance,
sauf le recours entre les débiteurs. Il y a solidarité active lorsque l’un quelconque des créanciers d’un même débiteur peut exiger de ce
dernier le paiement de la totalité de la dette.

2. L’acte est mixte


L’acte mixte est un acte qui présente le caractère commercial pour une partie (par exemple,
le détaillant) et le caractère civil pour l’autre partie (par exemple, le consommateur). La ques-
tion est de savoir quelles règles juridiques appliquer.

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Le principe consiste à appliquer les règles commerciales à celle des parties à l’égard de laquelle
l’acte est commercial, et à appliquer les règles civiles à celle des parties à l’égard de laquelle
l’acte est civil.
Cette solution souffre toutefois quelques atténuations :

Litige Le non‑commerçant contre Le commerçant contre


points de droit le commerçant le non‑commerçant
La mise en demeure Par tous les moyens Par tous les moyens ou par acte
extrajudiciaire selon les cas
Compétence des juridictions Juridictions commerciales ou Juridictions civiles
juridictions civiles (au choix du
demandeur non-commerçant)
La preuve Par tous moyens Selon ce que l’on doit prouver
(actes ou faits juridiques). Revoir
série 1
Prescription de l’action Quinquennale Quinquennale
La solidarité Le non-commerçant peut Le commerçant ne peut l’invoquer
l’invoquer

REMARQUE
Le commerce se caractérise par la rapidité des transactions ce qui justifie, au niveau du droit,
des dispositions plus souples à l’égard du commerçant et des actes de commerce (liberté de
la preuve…) qu’à l’égard du non-commerçant et des actes civils.
Au total, un acte est commercial s’il est répertorié comme tel par la loi, il est civil s’il n’est pas
commercial selon la loi et il est mixte s’il est commercial pour au moins l’une des parties et civil
pour au moins une autre. Toutefois, un acte civil peut devenir commercial : il s’agit d’une appli-
cation de la théorie des « actes de commerce par accessoire ».

C. LES ACTES DE COMMERCE PAR ACCESSOIRE


Conformément à l’adage selon lequel « l’accessoire suit le principal » (« accessorium sequitur
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principale »), la jurisprudence considère que certains actes par nature civile peuvent devenir
commerciaux s’ils sont effectués accessoirement à l’activité commerciale.
Pour statuer en ce sens, la jurisprudence s’inspire de certaines dispositions légales dont l’ar-
ticle L. 110-1-9° du Code de commerce suivant lequel la loi répute actes de commerce « toutes
obligations entre négociants, marchands et banquiers » (cf. supra).
Le concept d’« obligations » est ici suffisamment vague pour en déduire que tous les actes faits
par un commerçant pour les besoins de son commerce, sont des actes de commerce.
Sont, par exemple, des actes de commerce par accessoire : les emprunts contractés par un
commerçant en vue des besoins de son commerce (Cass. civ. 30 juillet 1907…), les baux d’im-
meubles conclus par un commerçant pour les besoins de son commerce (Cass. com. 14 février
1956…), les obligations extra-contractuelles dérivant de faits qui, commis par le commerçant
lui-même ou par les personnes dont il doit répondre, se rattachent à l’exercice de son commerce
(arrêt de principe, Req. 11 juillet 1900 : dommage causé à un tiers par un véhicule que le com-
merçant ou son préposé, utilisait pour les besoins du commerce…).
Pour pallier la difficulté qu’il y a de déterminer dans quelle mesure un commerçant effectue un
acte pour les besoins de son commerce, la jurisprudence est à l’origine d’une présomption
simple de commercialité (cf. cours sur la preuve série 1) : tous les actes faits par un commer‑
çant sont présumés faits pour les besoins de son commerce, sauf preuve contraire.
En sens inverse, en principe, un acte de commerce qualifié comme tel par la loi (exemple :
art. L. 110-1-1° Code com. « achat de biens meubles pour les revendre ») reste commercial
même s’il est effectué par un non‑commerçant.

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Introduction au droit • Série 3

En résumé :
effectué par un commerçant
Acte civil Acte de commerce par accessoire

effectué par un non-commerçant


Acte de commerce « légal » Acte de commerce « légal »

Cependant, et par exception, la jurisprudence décide qu’un acte de commerce (au sens de la loi)
strictement exercé pour les besoins d’une profession civile, perd son caractère commercial et
devient civil.
À titre d’exemple, les médecins autorisés par le préfet à vendre à leurs patients des médicaments
dans les localités où il n’y a pas de pharmacie, ne font pas pour autant des actes de commerce.
En définitive, les notions de commerçant et d’actes de commerce sont indissociables. Pour
en revenir à la définition du commerçant, s’il arrive que la qualité de commerçant influe sur la
nature des actes qu’il exerce (cas des « actes de commerce par accessoire »), c’est bien la
nature commerciale légale des actes exercés qui confère à celui qui les exerce la qualité de
commerçant. Mais le seul exercice d’actes de commerce n’est pas suffisant pour devenir
commerçant, encore faut‑il également exercer ces actes à titre de profession habituelle.

II. LE CARACTÈRE HABITUEL DE LA PROFESSION COMMERCIALE


Selon la loi, pour être qualifié de commerçant, on doit effectuer des actes de commerce légaux
à titre de « profession habituelle ». Cela signifie que les actes de commerce doivent être
effectués de façon répétée (sans, toutefois, que le nombre des opérations soit précisé) et avec
une intention lucrative (ce qui est parfois difficile à démontrer). Cette activité doit procurer
une part essentielle des revenus.
Ainsi, jugé que : la signature ponctuelle d’une lettre de change par un artisan ne peut à elle seule
lui conférer la qualité de commerçant (Cass. com. 11 mai 1993…) ; au contraire, a la qualité de
commerçant le commissaire-priseur qui souscrivait en grand nombre des lettres de change dans

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un but de spéculation (Cass. com. 1er avril 1957)…
Enfin, la jurisprudence exige, en outre, que le commerçant effectue ces actes de commerce en
son nom et pour son propre compte.

III. LE CARACTÈRE INDÉPENDANT


DE L’ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE COMMERCIALE
afin de ne pas confondre l’entrepreneur individuel commerçant avec les salariés et autres
subordonnés, la jurisprudence complète la définition légale du commerçant en exigeant
que ce dernier exerce des actes de commerce légaux à titre de profession habituelle et en
toute indépendance (sans agir sous les ordres de telle ou telle personne).

REMARQUES
• La profession de commerçant n’est, en principe, pas exclusive de l’exercice d’une autre
profession. En d’autres termes, quiconque exerce officiellement telle profession, peut égale-
ment être par ailleurs, commerçant de fait par application de l’article L. 121-1 du Code de
commerce, parfois même sans en avoir conscience ! (cas du comptable salarié qui, pendant
ses loisirs et de manière indépendante, achète pour les revendre des objets de collection en
étant animé d’une intention lucrative et en en tirant une part substantielle de ses revenus :
pour ses fonctions comptables, ce salarié demeure régi par le droit du travail mais pour son
activité personnelle relative aux objets de collection, il encourt la qualification de commer-
çant et l’application du droit commercial).

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• Plusieurs raisonnements déductifs permettent de savoir qui est commerçant :


– L’immatriculation d’une personne au registre du commerce et des sociétés fait présumer
la commercialité de cette personne, sauf preuve contraire (présomption simple de com-
mercialité). L’intéressé a, en effet, entendu officialiser sa profession commerciale en requé-
rant son immatriculation (cf. infra).
– Le fait d’être associé dans une société en nom collectif ou d’être commandité dans une
société en commandite, indique également que l’on est commerçant car la capacité com-
merciale est requise de ces catégories d’associés.
– Mais seule la définition de l’article L. 121-1 du Code de commerce doit être retenue dans
le cas d’un contentieux : « Sont commerçants ceux qui exercent des actes de commerce
et en font leur profession habituelle »… en leur nom et pour leur compte propre.

La définition du commerçant étant maintenant connue, quel est le statut juridique de celui-ci ?

SECTION 2. STATUT DU COMMERÇANT

Dans leur grande majorité, les commerçants individuels ne deviennent pas commerçants à leur
insu mais choisissent d’embrasser la profession commerciale. Ils doivent donc connaître les
conditions d’accès à cette profession ainsi que les droits et obligations qui sont les leurs dans le
cadre de l’exercice de cette profession.

I. CONDITIONS D’ACCÈS À LA PROFESSION COMMERCIALE


Le principe de la liberté du commerce et de l’industrie connaît quelques limitations.

A. PRINCIPE : LA LIBERTÉ D’ACCÈS


Ce principe est inscrit dans notre droit au moment où s’affirme le libéralisme économique, depuis
la loi du 2-17 mars 1791 (décret d’Allarde) art. 7 :
« À compter du 1er avril prochain, il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou
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d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouvera bon ; mais elle sera tenue de se
pourvoir auparavant d’une patente, d’en acquitter le prix, et de se conformer aux règle-
ments de police qui sont ou pourront être faits. »

La seconde partie de la phrase (« Mais elle sera tenue… ») introduit néanmoins déjà certaines
limitations à la liberté de faire du commerce.

B. ATTÉNUATIONS AU PRINCIPE DE LIBERTÉ D’ACCÈS


À LA PROFESSION COMMERCIALE
L’accès à la profession commerciale n’est possible qu’à certaines conditions, sous peine de
sanctions (pénales, disciplinaires…).

1. Conditions relatives à la personne du commerçant

a. Avoir la capacité de faire du commerce


Sont ainsi exclus :
• les majeurs incapables ;
• le mineur, non émancipé ou, s’il n’a pas obtenu d’autorisation judiciaire lui permettant d’être
commerçant, le mineur émancipé (« Le mineur émancipé peut être commerçant sur autorisa-
tion du juge des tutelles au moment de la décision d’émancipation et du président du tribunal
de grande instance s’il formule cette demande après avoir été émancipé » : art. L. 121-2 du
Code de commerce).

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Introduction au droit • Série 3

Récemment (Loi n° 2012-387 du 22 mars 2012), le législateur a également permis au mineur


âgé d’au moins 16 ans et ayant reçu l’autorisation de ses représentants légaux, d’accomplir
« les actes d’administration nécessaires pour les besoins de la création et de la gestion d’une
entreprise individuelle à responsabilité limitée ou d’une société unipersonnelle » (art. 389-8
C. civ.).

REMARQUE (CF. SÉRIE 2)


Le majeur sous sauvegarde de justice peut exercer un commerce, mais ses actes sont suscep-
tibles d’être annulés.

b. Avoir la nationalité française ou invoquer certaines dispositions


En principe, un étranger ne peut exercer sur le territoire français une profession commerciale
sans avoir au préalable été autorisé par le préfet du département dans lequel il envisage d’exer-
cer pour la première fois son activité (l’exigence de se voir délivrer par le préfet une carte d’iden-
tité spéciale portant la mention « commerçant » a été supprimée par l’ordonnance n° 2004-279
du 25 mars 2004).
Toutefois, sont dispensés de cette autorisation les personnes titulaires de la carte d’identité
spéciale de commerçant ou de la carte de résident, ainsi que les ressortissants d’un État membre
de la communauté européenne, d’un État partie à l’accord sur l’Espace économique européen,
d’un État membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques, d’un
État dont le pays a signé avec la France un traité stipulant un droit d’établissement…

c. Ne pas être frappé de déchéances


L’ordonnance n° 2005-428 du 6 mai 2005 aménage notamment, en la codifiant, la loi
n° 47-1635 du 30 août 1947 relative à l’assainissement des professions commerciales et indus-
trielles ; en prévoyant que les personnes qui ont fait l’objet depuis moins de dix ans d’une
condamnation définitive pour crime ou à une peine d’au moins trois mois d’emprisonnement
sans sursis pour certains délits pénaux (vol, escroquerie, abus de confiance, recel, blanchiment,
trafic de stupéfiants, proxénétisme, banqueroute, prêt usuraire, fraude fiscale…) ne peuvent
exercer une profession commerciale.

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d. Ne pas exercer d’autres fonctions incompatibles avec celles de commerçant
Ne peuvent être commerçants :
• les fonctionnaires (ceci résulte de l’article 25-I de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant
droits et obligations des fonctionnaires : « Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit
public consacrent l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées.
Ils ne peuvent exercer à titre professionnel une activité privée lucrative de quelque nature que
ce soit ». Cependant, depuis une loi de 2007, ce même article prévoit des tempéraments à ce
principe : « Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public peuvent toutefois être
autorisés à exercer, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État, à titre accessoire,
une activité, lucrative ou non, auprès d’une personne ou d’un organisme public ou privé, dès
lors que cette activité est compatible avec les fonctions qui leur sont confiées et n’affecte pas
leur exercice ». Ainsi, le décret n° 2007-658 du 2 mai 2007, modifié par le décret n° 2011-82
du 20 janvier 2011, dresse une liste des activités accessoires susceptibles d’être autorisées
dès lors qu’elles ne portent pas atteinte au fonctionnement normal, à l’indépendance ou à la
neutralité du service : expertise et consultation, services à la personne…) ;
• les membres de certaines professions libérales (médecins, avocats…) ;
• les officiers ministériels et auxiliaires de justice (notaires, huissiers…) ;
• les parlementaires.

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2. Conditions relatives au type de commerce

a. Certains commerces sont interdits


Il s’agit des commerces contraires à l’ordre public et aux bonnes mœurs.
Art. 6 C. civ. :
« On ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre
public et les bonnes mœurs. »

EXEMPLES
Contrebande, maisons de tolérance…

b. Certains commerces sont réglementés


L’autorisation préalable des autorités publiques est alors requise (ex. : autorisation gouverne-
mentale pour l’ouverture de salles de jeux) ; la possession d’un diplôme est parfois exigée (ex. :
pour l’ouverture d’une officine de pharmacie)…
Le commerçant, qui remplit les conditions d’accès à cette profession et qui répond à la définition
de l’article L. 121-1 du Code de commerce, a des droits et obligations spécifiques.

II. PRINCIPALES OBLIGATIONS ET PRINCIPAUX DROITS DU COMMERÇANT


EN EXERCICE
La qualité de commerçant confère des obligations mais aussi des droits.

A. LES PRINCIPALES OBLIGATIONS DU COMMERÇANT


Parmi lesquelles on retiendra :

1. L’immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS)


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Le registre du commerce et des sociétés fait désormais l’objet de dispositions dans la partie
législative du Code de commerce et dans la partie réglementaire de ce même Code.
Art. L. 123-1 C. com. :
« Il est tenu un registre du commerce et des sociétés auquel sont immatriculés, sur leur
déclaration : 1° les personnes physiques ayant la qualité de commerçant… »

Art. L. 123-6 C. com. :


« Le registre du commerce et des sociétés est tenu par le greffier de chaque tribunal de
commerce, sous la surveillance du président ou d’un juge commis à cet effet… »

Art. R. 123-80 C. com. (décret n° 2012-928 du 31 juillet 2012) :


« Un registre national tenu par l’Institut national de la propriété industrielle centralise les
documents valant originaux des registres du commerce et des sociétés tenus dans
chaque greffe… »

Art. R. 123-32 C. com. :


« Dans le mois qui précède la date déclarée du début de l’activité commerciale et, au plus
tard, dans le délai de quinze jours à compter de la date du début de cette activité, toute
personne physique ayant la qualité de commerçant demande son immatriculation au
greffe du tribunal dans le ressort duquel est situé… son… établissement… »

Le RCS a été institué afin de contrôler l’activité commerciale et de renseigner les tiers (toute
personne peut en demander communication). Toute personne assujettie à l’immatriculation au
RCS qui ne l’a pas requise à l’expiration d’un délai de quinze jours à compter du commencement

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Introduction au droit • Série 3

de son activité ne peut se prévaloir, jusqu’à immatriculation, de la qualité de commerçant.


D’ailleurs, soucieux de ce que les commerçants personnes physiques ne négligent pas de s’im-
matriculer au RCS, le législateur a récemment introduit une disposition permettant qu’ils y soient
obligés par voie de justice.
Art. L. 123-3 al. 1er C. com. (dans sa rédaction issue de la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012
relative à la simplification du droit et à l’allégement des démarches administratives) :
« Faute par un commerçant personne physique de requérir son immatriculation dans le
délai prescrit, le juge commis soit d’office, soit à la requête du procureur de la République
ou de toute personne justifiant y avoir intérêt, rend une ordonnance lui enjoignant, le cas
échéant sous astreinte, de demander son immatriculation. »

Le commerçant doit donc, dès le début de son activité, faire une déclaration aux fins
d’immatriculation auprès du greffe du tribunal de commerce dans le ressort duquel est
situé le siège de son entreprise.
afin de faciliter cette démarche, des centres de formalités des entreprises (CfE) ont été
institués. En effet, toute entreprise (pour sa constitution, la modification de sa situation ou la
cessation de ses activités) a l’obligation d’effectuer diverses déclarations dans les domaines
juridique, administratif, social, fiscal et statistique auprès de différents organismes (services fis-
caux, sécurité sociale…). Cette obligation est satisfaite par le dépôt, au CFE compétent, d’un
dossier unique réunissant l’ensemble de ces déclarations. Concernant les commerçants mais
aussi les sociétés commerciales, les CfE compétents sont gérés par les chambres de
commerce et d’industrie (art. R. 123-3 C. com.).
En vue, en particulier, de son immatriculation au rCS, la personne physique souhaitant être
commerçante indique un certain nombre de mentions : ses nom, nom d’usage, pseudonyme,
prénoms et domicile personnel ; ses date et lieu de naissance ; sa nationalité ; l’éventuelle décla-
ration d’insaisissabilité de ses droits sur l’immeuble où est fixée sa résidence principale (déclara-
tion d’insaisissabilité à laquelle aura procédé le commerçant soucieux de protéger sa résidence
principale contre les recours de ses créanciers professionnels) l’éventuelle affectation d’un patri-
moine à l’activité professionnelle ; les nom, nom d’usage, pseudonyme, date et lieu de naissance,
domicile lorsqu’il est différent du sien et nationalité de son conjoint ou de la personne liée par un
pacte civil de solidarité (PACS) qui collabore effectivement à son activité commerciale ; …
(art. R. 123-37 C. com.). Dans sa demande d’immatriculation, la personne physique déclare en

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outre : la ou les activités exercées ; l’adresse de l’établissement ; la date de commencement
d’activité ; s’il en est utilisé, le nom commercial et l’enseigne ; qu’il s’agit soit de la création d’un
fonds de commerce (sur la notion de fonds de commerce, voir le Titre 2 de la Partie 1 de la pré-
sente série de cours) soit de la reprise d’un fonds existant et, en ce cas, toutes informations sur
ce fonds ; … (art. R. 123-38 C. com.). À noter que l’ordonnance n° 2005-428 du 6 mai 2005 a
supprimé l’obligation pour les commerçants de mentionner au RCS leur régime matrimonial.
La loi pour l’initiative économique du 1er août 2003 prévoit que, en attente d’immatriculation,
tout entrepreneur se voit délivrer un récépissé de dépôt de dossier de création d’entre‑
prise (rCE) qui lui permet sous sa responsabilité personnelle d’accomplir les démarches
nécessaires auprès des organismes publics et des organismes chargés d’une mission de
service public (ex. : demande d’ouverture d’une ligne téléphonique pour les besoins de l’entre-
prise en création…).
En ce qui concerne le commerçant, dont la régularité de la demande d’immatriculation au
rCS aura été vérifiée par le greffier du tribunal de commerce compétent, il recevra par le
biais de l’Insee un numéro d’identification composé de 9 chiffres.
Sous peine de sanctions pénales, le commerçant doit faire figurer en tête de tous ses
papiers d’affaires (factures, notes de commande, tarifs et documents publicitaires, correspon-
dances…) : le numéro d’immatriculation obtenu ; la mention rCS suivie du nom de la ville
où se trouve le greffe où il est immatriculé ; le lieu de son établissement ; … (art. R. 123-237
C. com. mod. D. n° 2007-750 du 9 mai 2007).
par ailleurs, l’inscription au RCS fait l’objet d’une publication au Bulletin officiel des annonces
civiles et commerciales (Bodacc).

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2. La tenue de la comptabilité
Les principales sources en la matière sont les normes comptables internationales (IAS/IFRS),
les directives européennes, le Code de commerce (art. L. 123-12 à L. 123-28 inclus), le plan
comptable général, les normes professionnelles et les règlements de l’Autorité des normes
comptables (ANC) créée par l’ordonnance n° 2009-79 du 22 janvier 2009 et par le décret
n° 2010-56 du 15 janvier 2010. Cette Autorité regroupe désormais les compétences qui étaient
partagées entre le Conseil national de la comptabilité (CNC) et le Comité de la réglementation
comptable (CRC).

a. Quels sont, en principe, les documents comptables obligatoires ?


Art. L. 123-12 Code com. :
« Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à
l’enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise ;
ces mouvements sont enregistrés chronologiquement.
Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l’existence et la
valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l’entreprise.
Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l’exercice au vu des enregistrements
comptables et de l’inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de
résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable. »

En outre, tout commerçant est censé tenir un livre-journal et un grand livre.


D’où des livres comptables et des comptes annuels :

➠ Les deux grands types de livres comptables :


• Le livre-journal : il enregistre tous les mouvements qui affectent le patrimoine de l’entreprise ;
par jour et par opération (achats, versements des salaires…).
• Le grand livre : il recueille tous les comptes ouverts par l’entreprise, en concordance avec le
livre-journal.

NOTA BENE
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Le livre d’inventaire, qui regroupait par catégories tous les éléments de l’actif et du passif et
reproduisait les comptes annuels a été supprimé par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de
simplification et d’amélioration de la qualité du droit. Désormais, les commerçants n’ont donc
plus l’obligation de tenir un livre d’inventaire. Pour autant, l’opération physique d’inventaire,
qui contribue à la constitution des comptes annuels, demeure une obligation.

➠ Les documents de synthèse (comptes annuels)


Art. L. 123-13 Code com. :
« Le bilan décrit séparément les éléments actifs et passifs de l’entreprise… Le compte de
résultat récapitule les produits et les charges de l’exercice… L’annexe complète et com-
mente l’information donnée par le bilan et le compte de résultat. »

Les documents de synthèse sont donc : le bilan, le compte de résultat et l’annexe.


Or, le législateur prévoit une simplification de la présentation de ces comptes annuels pour
les commerçants dont l’activité se situe en deçà de certains seuils.
Art. L. 123-16 Code com. :
« Les commerçants, personnes physiques ou morales, peuvent, dans des conditions
fixées par un règlement de l’Autorité des normes comptables, adopter une présentation
simplifiée de leurs comptes annuels lorsqu’ils ne dépassent pas, à la clôture de
l’exercice, des chiffres fixés par décret pour deux des critères suivants : le total de
leur bilan, le montant net de leur chiffre d’affaires ou le nombre moyen de salariés perma-
nents employés au cours de l’exercice. Ils perdent cette faculté lorsque cette condition
n’est pas remplie pendant deux exercices successifs. »

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Introduction au droit • Série 3

Les seuils en question sont précisés à l’article R. 123-200 du Code de commerce :


« … En ce qui concerne le bilan et le compte de résultat établis par les personnes phy-
siques et les personnes morales ayant la qualité de commerçant, le total du bilan est fixé
à 267 000 €, le montant net du chiffre d’affaires à 534 000 € et le nombre moyen de
salariés permanents employés au cours de l’exercice à dix… »

En outre, le législateur a instauré un allégement accru des obligations comptables des petites
entreprises et a inséré, après l’article L. 123-24 du Code de commerce, des dispositions sur les
obligations comptables applicables à certains commerçants, notamment personnes
physiques :
Art. L. 123-25 al. 1er Code com. :
« Par dérogation aux dispositions des premier et troisième alinéas de l’article L. 123-12,
les personnes physiques placées sur option ou de plein droit sous le régime réel simplifié
d’imposition peuvent n’enregistrer les créances et les dettes qu’à la clôture de l’exer‑
cice et ne pas établir d’annexe. »

Art. L. 123-26 Code com. :


« Par dérogation aux dispositions du deuxième alinéa de l’article L. 123-13, les personnes
physiques placées sur option ou de plein droit sous le régime réel simplifié d’imposition
peuvent inscrire au compte de résultat, en fonction de leur date de paiement, les charges
dont la périodicité n’excède pas un an, à l’exclusion des achats. »

Art. L. 123-27 Code com. :


« Par dérogation aux dispositions du troisième alinéa de l’article L. 123-18, les personnes
physiques placées sur option ou de plein droit sous le régime réel simplifié d’imposition
peuvent procéder à une évaluation simplifiée des stocks et des productions en cours,
selon une méthode fixée par règlement de l’autorité des normes comptables. »

Art. L. 123-28 Code com. :


« Par dérogation aux dispositions des articles L. 123-12 à L. 123-23, les personnes phy-
siques bénéficiant du régime défini à l’article 50-0 du code général des impôts [régime
d’imposition des micro-entreprises] peuvent ne pas établir de comptes annuels. Elles
tiennent un livre mentionnant chronologiquement le montant et l’origine des recettes
qu’elles perçoivent au titre de leur activité professionnelle. Elles tiennent également,

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lorsque leur commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et
denrées à emporter ou à consommer sur place, ou de fournir le logement, un registre
récapitulé par année, présentant le détail de leurs achats. Un décret fixe les conditions
dans lesquelles ce livre et ce registre sont tenus. »

b. Les règles de tenue de la comptabilité

➠ Régularité, sincérité et image fidèle


Art. L. 123-14 Code com. :
« Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du
patrimoine, de la situation financière et du résultat de l’entreprise… »

Art. L. 123-15 Code com. :


« Le bilan, le compte de résultat et l’annexe doivent comprendre autant de rubriques et de
postes qu’il est nécessaire pour donner une image fidèle du patrimoine, de la situation
financière et du résultat de l’entreprise… »

Il faut entendre par :


• régularité : le respect des lois et prescriptions applicables à la tenue de la comptabilité, ainsi
que des informations complètes ;
• sincérité : la loyauté, la bonne foi dans l’établissement des comptes (ce qui n’exclut pas forcé-
ment les erreurs !) ;
• image fidèle : une représentation de l’entreprise suffisamment exacte et précise pour en faire
un outil d’appréciation et de décision.

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UE 111 • Introduction au droit

➠ Permanence des méthodes d’évaluation


Elle est nécessaire pour effectuer des comparaisons dans le temps et juger l’évolution de l’entreprise.
Article L. 123-17 Code com. :
« À moins qu’un changement exceptionnel n’intervienne dans la situation du commer-
çant… la présentation des comptes annuels comme les méthodes d’évaluation retenues
ne peuvent être modifiées d’un exercice à l’autre… »

➠ Principe de prudence
La comptabilité doit notamment tenir compte des risques et il doit être procédé, bien sûr sans
excès, aux provisions nécessaires…
Article L. 123-20 Code com. :
« Les comptes annuels doivent respecter le principe de prudence… »

➠ Rédaction et durée de conservation des documents comptables


Les documents comptables sont établis et tenus sans blanc ni altération d’aucune sorte. Ils
sont, ainsi que les pièces justificatives, conservés pendant dix ans.
Article L. 123-22 Code com. :
« Les documents comptables sont établis en euros et en langue française.
Les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans.
Les documents comptables relatifs à l’enregistrement des opérations et à l’inventaire sont
établis et tenus sans blanc ni altération d’aucune sorte, dans des conditions fixées par
décret en Conseil d’État. »

c. L’utilisation des documents comptables


Les documents comptables sont des outils d’information, de décision mais aussi de preuve.
La force probante des livres comptables n’est à considérer que si la contestation porte sur des
opérations commerciales et oppose des commerçants (art. L. 123-23 C. com.) :
« La comptabilité régulièrement tenue peut être admise en justice pour faire preuve entre
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commerçants pour faits de commerce… »

Deux situations doivent alors être distinguées :


• Si le livre comptable est invoqué contre celui qui le tient ; il fait preuve contre lui et constitue
un aveu de sa part. En effet, on imagine mal un commerçant contester sa propre comptabilité !
(art. 1330 C. civ.).
• Si le livre comptable est invoqué par celui qui le tient ; la partie adverse peut riposter à l’aide
de ses propres livres.

REMARQUES
• L’absence de comptabilité ou la comptabilité tenue en violation de la réglementation sont
sanctionnées de déchéances.
• La comptabilité est donc bien une obligation légale ; d’où l’interdépendance entre les deux
disciplines : droit et comptabilité.
• Les documents comptables doivent être déposés au registre du commerce et des sociétés.
La réglementation prévoit que ce dépôt peut être effectué par voie électronique.

3. Autres obligations du commerçant


Entre autres obligations :
• Le commerçant doit avoir un compte en banque :
Art. L. 123-24 C. com. :
« Tout commerçant est tenu de se faire ouvrir un compte… »

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• Le commerçant est obligé de s’affilier à une caisse professionnelle d’allocation vieillesse.


• Le commerçant est obligé d’adhérer à certains organismes (ex. : Associations des établisse-
ments de crédit…).
• Le commerçant doit exécuter ses obligations fiscales (paiement des impôts et taxes).
• Le commerçant doit respecter l’ensemble de la législation en vigueur (respect de la réglemen-
tation des prix, de la concurrence…).

B. LES PRINCIPAUX DROITS DU COMMERÇANT


Le commerçant, immatriculé au registre du commerce et des sociétés, a des droits qu’il peut
faire valoir notamment en matière procédurale, quant à la protection de son patrimoine ou encore
quant à la prise en compte de la participation de son conjoint à l’activité commerciale.

1. Les spécificités d’ordre procédural


Les principales spécificités sont les suivantes :
• Le commerçant a le droit d’être électeur et éligible aux tribunaux de commerce.
• Il peut invoquer sa propre comptabilité en sa faveur, pourvu qu’elle soit régulièrement tenue
(art. L. 123-23 Code com.).
• Dans un litige l’opposant à d’autres commerçants, à propos du commerce, il peut utiliser des
modes de mise en demeure et de preuve relativement souples.

NOTA BENE
Sur tous ces points, cf. les développements qui précèdent.

2. La protection du patrimoine
Exerçant son activité professionnelle de manière individuelle (et non sociétaire), le commerçant
personne physique n’a, a priori, qu’un seul patrimoine dans lequel viennent se fondre aussi
bien ses créances et dettes professionnelles que non professionnelles (sur la notion de patri-
moine, voir la série 2 du présent cours). afin de limiter l’exposition de la partie non profes‑
sionnelle de son patrimoine vis‑à‑vis des recours de ses créanciers professionnels, le

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commerçant entrepreneur individuel peut néanmoins utiliser à bon escient diverses dispo‑
sitions légales dont certaines relèvent du droit de la famille et d’autres du droit des affaires
à proprement parler.

a. L’importance du choix du statut du couple auquel appartient le commerçant :


mariage, Pacs ou concubinage
Comme pour toute personne vivant en couple, le choix du statut juridique de ce couple
n’est pas sans incidences patrimoniales.

➠ Le mariage
Les couples mariés se voient appliquer deux ensembles de règles juridiques : le régime
primaire impératif qui est un ensemble de règles légales s’appliquant obligatoirement à tous les
époux (ex. : en matière de cogestion du logement familial, d’entretien de la famille…) et un
régime matrimonial dit aussi régime de biens qui est un ensemble de règles déterminant le
sort des biens du couple. Soit les époux ne passent pas de contrat de mariage et ils sont
automatiquement (supplétivement) soumis au régime matrimonial légal de la communauté
réduite aux acquêts, soit les époux choisissent un autre régime matrimonial et ils passent
pour cela un contrat de mariage par‑devant notaire.
Sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, on distingue trois masses de biens
et dettes ; à savoir deux masses de biens et dettes propres et une masse de biens et
dettes communs. Autrement dit, une masse de biens et dettes propres pour chacun des
deux époux (gains et salaires perçus par l’époux, biens possédés par lui avant le mariage, biens

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reçus par lui à titre gratuit au cours du mariage, dettes contractées par lui avant le mariage…) et
une masse de biens et dettes qui sont communs aux deux époux (biens acquis à titre oné-
reux au cours du mariage, dettes contractées dans l’intérêt du ménage…).
Si les époux décident de passer un contrat de mariage, ils peuvent choisir un régime
matrimonial accentuant la masse commune (ex. : dans le régime de la communauté de
meubles et acquêts, tous les biens meubles, y compris ceux possédés par chacun des époux
avant le mariage ou reçus par chacun d’eux à titre gratuit durant le mariage, sont communs ;
dans le régime de la communauté universelle, il n’existe quasiment qu’une masse commune)
ou ils peuvent choisir un régime matrimonial diminuant la masse commune (ex. : le régime
de la séparation de biens est exclusif de toute communauté).
Lorsque l’on sait que, dans le cadre du régime de la communauté réduite aux acquêts, en principe :
« Le paiement des dettes dont chaque époux est tenu, pour quelque cause que ce soit,
pendant la communauté, peut toujours être poursuivi sur les biens communs… » (art. 1413
C. civ.),

on comprend que le commerçant qui, par définition exerce une profession à risques, ait inté‑
rêt à opter avec son conjoint pour un régime matrimonial séparatiste (séparation de biens…).

➠ Le Pacs (Pacte civil de solidarité)


Le pacte civil de solidarité consiste en :
« Un contrat conclu par deux personnes physiques majeures, de sexe différent ou de
même sexe, pour organiser leur vie commune. » (art. 515-1 C. civ.)

Cependant, un Pacs ne peut être conclu entre ascendant et descendant en ligne directe, entre
alliés en ligne directe et entre collatéraux jusqu’au troisième degré inclus, entre deux personnes
dont l’une au moins est engagée dans les liens du mariage (ces interdictions sont voisines de
celles appliquées en matière de mariage où inceste et bigamie sont prohibés), entre deux per-
sonnes dont l’une au moins est déjà liée par un Pacs.
Les partenaires qui concluent un Pacs en font la déclaration conjointe non pas en mairie, comme
pour un mariage, mais au greffe du tribunal d’instance de leur résidence commune ou, en cas
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d’empêchement grave à la fixation de celle-ci, dans le ressort duquel se trouve la résidence de


l’une des parties (en cas d’empêchement grave, le greffier du TI se transporte au domicile ou à
la résidence de l’une des parties pour enregistrer le Pacs). À noter que la convention de Pacs
peut être passée par acte notarié. C’est alors le notaire ayant instrumenté qui recueille la décla-
ration conjointe et la fait enregistrer au greffe du TI.
Dans le cadre du Pacs, le législateur vise expressément l’aide matérielle que se doivent récipro-
quement les partenaires ; étant entendu qu’ils en fixent les modalités dans le contrat qui les lie
(article 515-4 al. 1er C. civ.) :
« Les partenaires liés par un pacte civil de solidarité s’engagent à une vie commune, ainsi
qu’à une aide matérielle et une assistance réciproques. Si les partenaires n’en disposent
autrement, l’aide matérielle est proportionnelle à leurs facultés respectives. »

À l’égard des tiers, les partenaires d’un Pacs sont en principe solidaires des dettes ménagères
contractées par l’un d’eux et a fortiori ensemble (article 515-4 al. 2 C. civ.) :
« Les partenaires sont tenus solidairement à l’égard des tiers des dettes contractées par
l’un d’eux pour les besoins de la vie courante. Toutefois, cette solidarité n’a pas lieu pour
les dépenses manifestement excessives… »

En ce qui concerne l’appartenance des biens (y compris les biens professionnels) entre les
partenaires, chacun des partenaires est réputé avoir ses propres biens et répondre de ses
propres dettes ; sauf à en décider autrement dans le pacs (art. 515-5 C. civ.). À défaut pour
un partenaire de pouvoir prouver sa propriété exclusive sur un bien, le législateur pose
pour ce bien une présomption d’indivision pour moitié entre les partenaires.

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Introduction au droit • Série 3

Art. 515-5 C. civ. :


« Sauf dispositions contraires de la convention…, chacun des partenaires conserve l’ad-
ministration, la jouissance et la libre disposition de ses biens personnels. Chacun d’eux
reste seul tenu des dettes personnelles nées avant ou pendant le pacte, hors le cas du
dernier alinéa de l’article 515-4.
Chacun des partenaires peut prouver par tous les moyens, tant à l’égard de son partenaire
que des tiers, qu’il a la propriété exclusive d’un bien. Les biens sur lesquels aucun des
partenaires ne peut justifier d’une propriété exclusive sont réputés leur appartenir indivi-
sément, à chacun pour moitié.
Le partenaire qui détient individuellement un bien meuble est réputé, à l’égard des tiers de
bonne foi, avoir le pouvoir de faire seul sur ce bien tout acte d’administration, de jouis-
sance ou de disposition. »

Toutefois, le législateur donne une liste de biens devant demeurer la propriété exclusive de
chaque partenaire : deniers perçus par chacun des partenaires, à quelque titre que ce soit,
postérieurement à la conclusion du pacte et non employés à l’acquisition d’un bien ; biens créés
et leurs accessoires ; biens ou portions de biens acquis au moyen de deniers reçus par donation
ou succession ; … (art. 515-5-2 C. civ.).
Au total, sauf volonté des partenaires de décider une indivision et sauf présomption légale d’indi-
vision, chaque partenaire conserve ses biens (y compris professionnels) et répond de ses dettes
(y compris professionnelles).

➠ Le concubinage
Depuis 1999, le législateur reconnaît officiellement un autre mode de vie en commun, le concu‑
binage, dont il donne cette définition :
Art. 515-8 C. civ. :
« Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un
caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de
même sexe, qui vivent en couple. »

Contrairement au mariage et au pacs, la situation de concubinage n’est pas constatée par


des formalités particulières et la jurisprudence considère en principe que chaque concu‑

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bin a ses propres biens et dettes (sauf achats en commun…).
En définitive, quel que soit son mode de vie en couple, un commerçant a intérêt, ne serait‑
ce que pour protéger des biens qui ont vocation à être communs, à opter pour une formule
dans laquelle il conserve ses propres biens et dettes.

b. Les dispositions de droit des affaires protectrices des biens non professionnels
de l’entrepreneur individuel
Comme nous l’avons déjà évoqué en série 2, le législateur est intervenu à plusieurs reprises afin
de protéger des créanciers professionnels les biens non professionnels de l’entrepreneur indivi-
duel (commerçant ou non).

➠ La relative protection des biens non professionnels au sein du patrimoine


de l’entrepreneur individuel
La loi n° 94-126 du 11 février 1994 relative à l’initiative et à l’entreprise individuelle institue une
sorte de protection des biens privés (non professionnels) de l’entrepreneur individuel (art. 47).
Ainsi, ce dernier peut demander à ses créanciers (dont les créances sont liées à son activité
professionnelle) de se désintéresser en priorité sur les biens qui sont nécessaires à l’exploi‑
tation de son entreprise, dans la mesure où leur valeur est suffisante pour couvrir ses dettes.
La rédaction de divers textes légaux se trouve modifiée du fait de la loi du 11 février 1994 précitée :
Loi n° 84-46 du 24 janvier 1984 relative à l’activité et au contrôle des établissements de crédit,
art. 60-1 aujourd’hui codifié à l’article L. 313-21 du Code monétaire et financier :

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« À l’occasion de tout concours financier qu’il envisage de consentir à un entrepreneur


individuel pour les besoins de son activité professionnelle, l’établissement de crédit qui a
l’intention de demander une sûreté réelle sur un bien non nécessaire à l’exploitation ou
une sûreté personnelle consentie par une personne physique doit informer par écrit
l’entrepreneur de la possibilité qui lui est offerte de proposer une garantie sur les
biens nécessaires à l’exploitation de l’entreprise […].
À défaut de réponse de l’entrepreneur individuel dans un délai de quinze jours ou en cas
de refus par l’établissement de crédit de la garantie proposée par l’entrepreneur indivi-
duel, l’établissement de crédit fait connaître à ce dernier le montant chiffré des garanties
qu’il souhaite prendre sur les biens non nécessaires à l’exploitation de l’entreprise ou
auprès de tout autre garant. En cas de désaccord de l’entrepreneur, l’établissement de
crédit peut renoncer à consentir le concours financier sans que sa responsabilité puisse
être mise en cause.
L’établissement de crédit qui n’a pas respecté les formalités prévues aux premier et deu-
xième alinéas ne peut dans ses relations avec l’entrepreneur individuel se prévaloir des
garanties qu’il aurait prises. En cas de garantie constituée par une sûreté immobilière ou
mobilière donnant lieu à publicité, l’établissement de crédit ne peut plus s’en prévaloir à
compter de la radiation de l’inscription de la sûreté. »

Art. L. 161-1 du Code des procédures civiles d’exécution :


« Lorsque le titulaire d’une créance contractuelle ayant sa cause dans l’activité pro‑
fessionnelle d’un entrepreneur individuel entend poursuivre l’exécution forcée d’un
titre exécutoire sur les biens de cet entrepreneur, celui‑ci peut, nonobstant les dispo-
sitions du 5° de l’article L. 112-2 et s’il établit que les biens nécessaires à l’exploitation
de l’entreprise sont d’une valeur suffisante pour garantir le paiement de la créance,
demander au créancier que l’exécution soit en priorité poursuivie sur ces derniers.
Si le créancier établit que cette proposition met en péril le recouvrement de sa créance, il
peut s’opposer à la demande.
La responsabilité du créancier qui s’oppose à la demande du débiteur ne peut pas être
recherchée, sauf intention de nuire. »

➠ La protection renforcée de la résidence principale de l’entrepreneur individuel


La loi pour l’initiative économique du 1er août 2003 renforce encore la protection des biens de
l’entrepreneur individuel (qu’il soit commerçant ou non) en lui permettant de déclarer que
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sa résidence principale est insaisissable. Cette déclaration doit se faire par acte notarié,
être publiée au bureau des hypothèques et mentionnée au rCS. Elle rend insaisissables par
les créanciers professionnels dont la créance est née postérieurement à la déclaration les
droits que le déclarant détient sur l’immeuble où est fixée sa résidence principale.

➠ La protection accrue des biens non professionnels de l’entrepreneur individuel


par le patrimoine d’affectation que ce dernier peut constituer en adoptant le récent
régime de l’Entrepreneur individuel à responsabilité limitée (EIRL)
La loi n° 2010-658 du 15 juin 2010 relative à l’entrepreneur individuel à responsabilité limitée
permet à tout entrepreneur individuel, par création des articles L. 526-6 et suivants du Code
de commerce, de séparer son patrimoine non professionnel et son patrimoine profession‑
nel ; de sorte que les biens non professionnels ne sont en principe pas exposés aux recours des
créanciers dont la créance est née dans le cadre de l’activité professionnelle de l’entrepreneur
individuel. (Sur la reconnaissance du patrimoine d’affectation que cette nouvelle législation
opère en droit français, revoir la série 2 de ce cours).
Article L. 526-6 C. com. :
« Tout entrepreneur individuel peut affecter à son activité professionnelle un patrimoine
séparé de son patrimoine personnel, sans création d’une personne morale.
Ce patrimoine est composé de l’ensemble des biens, droits, obligations ou sûretés dont l’en-
trepreneur individuel est titulaire, nécessaires à l’exercice de son activité professionnelle. Il
peut comprendre également les biens, droits, obligations ou sûretés dont l’entrepreneur indi-
viduel est titulaire, utilisés pour l’exercice de son activité professionnelle et qu’il décide d’y