EVC029
EVC029
La production d’
à partir de grains de maïs
et de céréales
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Avertissements
Cette série de fiches concrétise le projet Développement d’outils spécifiques aux énergies
pour les conseillers agricoles du Québec réalisé dans le cadre du programme Initiative
d’appui aux conseillers agricoles, selon les termes de l’entente Canada-Québec sur le
Renouveau du Cadre stratégique agricole.
Pour information
ii
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Rédaction
Catherine Brodeur, M.Sc., chargée de projets, Groupe AGÉCO, Québec
Jacques Cloutier, ingénieur, ingénieur de projet, BPR Infrastructure inc., Québec
David Crowley, ingénieur junior, chargé de projets, Agrinova, Alma
Xavier Desmeules, agronome, chargé de projets, Agrinova, Alma
Sylvain Pigeon, M.Sc., ingénieur, chargé de projet, BPR Infrastructure inc., Québec
Rosalie-Maude St-Arnaud, B.Sc., analyste, Groupe AGÉCO, Québec
Révision
Gérard Goyette, M.Sc., conseiller en biotechnologie, MAPAQ, Direction de l'innovation
scientifique et technologique, Québec
Daniel-Yves Martin, M.Sc., ingénieur, chercheur, IRDA, Québec
Denis Naud, ingénieur, MAPAQ, Direction de l’environnement et du développement
durable, Québec
Richard Wieland, agronome, directeur recherche et développement des affaires, Agrinova,
Alma
Coordination
Joanne Lagacé, chargée de projets, CRAAQ, Québec
Lyne Lauzon, biologiste, coordonnatrice aux publications, CRAAQ, Québec
Édition
Chantale Ferland, M.Sc., chargée de projets aux publications, CRAAQ, Québec
Mise en page
Jocelyne Drolet, agente de secrétariat, CRAAQ, Québec
Conception graphique
Chantal Gauthier, agente de secrétariat, CRAAQ, Québec
Remerciements
Gaston Brouillard, producteur de maïs-grain pour la production d’éthanol, Saint-Aimé,
Montérégie
iii
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Introduction ..................................................................................................................... 1
Références.................................................................................................................... 11
iv
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Introduction
L’éthanol n’est rien de plus que l’alcool contenu dans les boissons alcoolisées consommées
par les humains depuis la nuit des temps. Il est le produit de la fermentation des sucres. Le
bioéthanol est de l’éthanol élaboré à partir de biomasse. Il est obtenu par la fermentation
des sucres fermentescibles (hexoses – sucres à six carbones) contenus dans la biomasse. Il
peut être élaboré à partir de biomasse riche en sucrose (canne à sucre, betterave sucrière,
etc.), en amidon (maïs, orge, blé, pomme de terre, etc.) ou en cellulose (résidus agricoles tels
que la paille ou les cannes de maïs, résidus forestiers, cultures énergétiques telles que le
panic érigé ou des arbres à courte rotation). Quelle que soit la biomasse utilisée, le produit
final est le même, seul le procédé de fabrication diffère. Alors que le glucose contenu dans la
biomasse riche en sucrose peut être directement fermenté par les microorganismes, celui
contenu dans l’amidon et la cellulose n’est pas directement disponible. Les chaînes de
glucose contenues dans ces polysaccharides doivent être au préalable fragmentées par un
procédé appelé hydrolyse enzymatique.
Le procédé d’hydrolyse enzymatique qui s’applique aux plantes riches en amidon comme le
maïs et les céréales est relativement simple et bien maîtrisé. C’est pourquoi il a fait l’objet
d’un développement à l’échelle commerciale au cours des dernières années en Amérique du
Nord. L’éthanol élaboré à partir de plantes riches en sucres ou en amidon est dit de
« première génération » parce qu’il est produit à l’aide de procédés industriels qui ont
atteint leur maturité. Dans le cas de l’éthanol produit à partir de matière lignocellulosique,
couramment appelé éthanol cellulosique, le procédé d’hydrolyse enzymatique est beaucoup
plus complexe et laborieux puisque la matière lignocellulosique est formée d’une matrice
rigide difficile à déstructurer pour libérer la cellulose. Les premières étapes conduisant à la
1
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Pour produire l’éthanol, la canne à sucre sert de matière première principalement dans les
pays à climat chaud, comme c’est le cas au Brésil, alors que la betterave sucrière est surtout
utilisée en Europe. La canne à sucre et la betterave sucrière sont les matières premières qui
fournissent les meilleurs rendements en éthanol par hectare cultivé (Tableau 1). En
Amérique du Nord, ce sont plutôt les plantes riches en amidon (maïs-grain et blé) qui
servent d’intrants à la production de bioéthanol.
Rendement
Culture
(l/ha)
Canne à sucre 6 000
Betterave 5 000
Maïs-grain 3 000
Blé 2 500
Orge 1 000
Tiré de Worldwatch Institute
Le processus de fabrication
La fabrication d’éthanol est un procédé connu depuis très longtemps. Le procédé industriel
le plus commun recourt à des traitements physique, thermique, chimique et biochimique,
qui visent ultimement à permettre la fermentation du glucose provenant de l’amidon des
grains ou des tubercules et à produire l’alcool éthylique (éthanol). Le procédé décrit ici
s’applique au mode de production privilégié jusqu’ici en Amérique du Nord, soit la
production d’éthanol à partir de grains riches en amidon (maïs, blé, etc.). Ces grains
contiennent généralement de 65 à 70 % d’amidon.
1. Broyage : le broyage des grains (maïs, blé) se fait à l’aide d’un broyeur à marteaux afin
de produire une farine à granulométrie fine.
2
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Deux coproduits sont générés par la fabrication d’éthanol : les drèches résultant de la
distillation et le dioxyde de carbone (CO2) produit lors de la fermentation. Les drèches
contiennent les protéines (30 à 35 %), l’huile (5 à 10 %) et la fibre des grains ainsi que de
l’amidon résiduel. Elles trouvent un débouché dans le secteur de l’alimentation animale.
Une fois récolté, nettoyé des impuretés (alcool résiduel) puis comprimé, le dioxyde de
carbone trouve quant à lui un débouché dans la fabrication des boissons gazeuses et de la
glace sèche ou dans les processus de refroidissement rapide des aliments. Au total, une
tonne de grains permet de produire entre 350 et 450 l d’éthanol, entre 300 et 325 kg de
drèches et 350 kg de dioxyde de carbone. Avec un hectare de maïs (9 t/ha), on peut donc
produire plus ou moins 3 600 l d’éthanol.
L’utilisation de l’éthanol
Bien que l’éthanol puisse être utilisé à l’état pur comme carburant substitut à l’essence
dérivée du pétrole, il est généralement utilisé en mélange à des niveaux de concentration
variables. Les mélanges d’éthanol et d’essence sont identifiés par l’abréviation « Exx », où
« xx » indique le pourcentage d’éthanol inclus dans le mélange. Un carburant E20 contient
donc 20 % d’éthanol et 80 % d’essence alors qu’un carburant E100 correspond à de l’éthanol
pur. Plusieurs types de mélange sont commercialisés dont les plus fréquents sont le E5, le
E10, le E85 et le E100.
La plupart des véhicules à essence peuvent fonctionner avec un mélange contenant jusqu’à
10 % d’éthanol (E10). Ce type de mélange n’est disponible qu’à certaines stations-service à
3
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Certains moteurs, conçus pour être plus résistants à la corrosion de l’éthanol, peuvent
également être alimentés avec un carburant contenant 85 % d’éthanol et 15 % d’essence
(E85). Cette proportion d’essence est nécessaire pour le démarrage par temps froid,
l’éthanol pur s’enflammant difficilement. Toutefois, étant donné la faible disponibilité de ce
carburant, son utilisation est restreinte à des corporations possédant leur flotte de
véhicules et leur propre équipement de distribution et de ravitaillement tel que le Service
correctionnel du Canada dans les provinces de l’Ouest canadien. Ce carburant ne peut
alimenter les moteurs à essence conventionnels.
Performance comparée
Comparé à l’essence, l’éthanol contient près de 40 % moins d’énergie sur une base
pondérale, mais affiche une masse volumique supérieure de 7 % (cf. Tableau 2). Utilisé dans
un système d’injection volumétrique, l’éthanol générera donc moins de puissance qu’une
essence, cette diminution étant proportionnelle au contenu en éthanol du carburant.
Toutefois, l’incorporation de 10 % d’éthanol dans l’essence ne réduit que de 3 % la puissance
du moteur et favorise une meilleure combustion d’un même ordre de grandeur.
Par ailleurs, l’éthanol présente un indice d’octane très élevé, ce qui constitue un avantage
pour un moteur à essence. Un fort indice d’octane indique une résistance élevée à la
détonation provoquée par un allumage prématuré, ce qui assure une haute performance du
moteur, notamment sur le plan de la puissance développée. L’éthanol joue à ce titre le rôle
des dérivés du plomb autrefois présents dans l’essence.
Brésil
Le Brésil, qui a cédé son titre de premier producteur mondial aux États-Unis en 2005,
fabrique l’éthanol à partir de la canne à sucre (3,3 millions d’hectares, 17 milliards de
4
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
litres)1. C’est l’importante productivité de cette culture, combinée à des coûts de main-
d’œuvre très faibles, qui lui permet d’avoir le plus faible coût de production à l’échelle
mondiale. La production d’éthanol au Brésil remonte à plus de 30 ans, le marché y est donc
bien développé. En 2006, 75 % des voitures brésiliennes étaient « flex-fuel », c’est-à-dire
qu’elles pouvaient fonctionner indifféremment avec de l’essence, de l’éthanol ou un mélange
des deux.
États-Unis
Aux États-Unis, l’éthanol connaît un développement très rapide depuis le début des années
2000, sous l’impulsion d’imposantes mesures gouvernementales. Ainsi, au début de 2008,
142 usines étaient en opération avec une capacité de production de plus de 30,5 milliards de
litres d’éthanol par année2, ce qui correspond à près de 6 % de la demande intérieure totale
d’essence des États-Unis (530 milliards de litres)3. La presque totalité (97 %) de l’éthanol
produit provient du maïs-grain. La plupart des usines sont donc localisées dans les États
producteurs de maïs, soit les États du centre : Dakota du Sud, Nebraska, Kansas,
Minnesota, Iowa, Wisconsin et Illinois. À ce nombre s’ajoute près d’une soixantaine d’usines
en construction4. Pour fournir l’ensemble de ces usines, près de 40 % de la production
américaine de maïs devra être consacrée à l’éthanol.
1 Nouahlat, L. Le tour du monde des agrocarburants. Brésil, États-Unis, Europe, Asie : mais qu’est-ce qui fait
chalouper les biocarburants. Réponse dans ce petit tour du monde. Terra Economica. Mai 2007. www.terra-
economica.info/Le-tour-du-monde-des . 3268.
2 Renewable Fuels Association. Ethanol biorefinery locations, U.S. fuel ethanol industry biorefineries and
5
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
depuis décembre 2006 (autrefois les Alcools de commerce), elle affiche une capacité annuelle
de 120 millions de litres d’éthanol. Greenfield Ethanol est le plus important producteur
d’éthanol au Canada. Actuellement, l’entreprise possède trois usines en fonction (deux en
Ontario et une au Québec) et deux autres en construction (Ontario). Son carburant est
offert dans plus de 1 500 stations-service à travers le Canada5.
Au Canada, diverses mesures incitatives ont été mises en place afin de soutenir le
développement de l’industrie du bioéthanol. D’abord, la portion en éthanol dans les
mélanges éthanol-carburant était exemptée de la taxe d’accise fédérale de 10 ¢/l, une
exonération qui a toutefois pris fin le 1er avril 2008 avec la mise en œuvre de la Stratégie
écoÉNERGIE. Dans le but de faire passer le pourcentage moyen d’éthanol dans le
carburant à 5 % d’ici 2010, le gouvernement fédéral a conçu cette stratégie dont les
principales modalités sont :
y Initiative écoÉNERGIE : budget de 1,5 milliard de dollars sur neuf ans pour les
producteurs de carburants renouvelables. Cette mesure se traduit notamment par un
incitatif à la production pouvant atteindre 10 ¢/l pour les trois premières années et qui
diminuera progressivement jusqu’à 4 ¢/l par la suite. Le niveau de l’incitatif dépend de
la rentabilité des opérations des usines de production;
y Initiative écoAGRICOLE : 200 millions de dollars destinés aux producteurs agricoles
pour la construction ou l'agrandissement d'installations destinées à la production de
biocarburants pour le transport à partir de matières agricoles;
y Carburants renouvelables de prochaine génération : 500 millions de dollars pour
investir avec le secteur privé dans l'établissement de grandes installations de
production de carburants renouvelables de deuxième génération.
En mai 2006, le gouvernement du Québec a mis en place une stratégie énergétique visant à
permettre que d’ici 2012, tout carburant vendu au Québec possède un minimum de 5 %
d’éthanol. Afin d’atteindre cet objectif, des crédits d’impôt temporaires sont accordés aux
usines de production d’éthanol. Ces crédits ne sont émis que lorsque le baril de pétrole atteint
5 Le Bulletin des agriculteurs. Ethanol GreenField inaugure la première usine d'éthanol au Québec. Varennes.
20 juin 2007. www.lebulletin.com/informations/actualite/article.jsp?content=20070622_172307_4972 .
6 Institut de la statistique du Québec. Tableau M.1.1, Superficie des grandes cultures, rendement à l'hectare et
6
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
un prix mensuel moyen inférieur à 65 $ US, un prix qui rend alors l’éthanol non compétitif.
Ainsi, depuis l’ouverture de l’usine de GreenField Ethanol à Varennes, l’entreprise n’a pas
été éligible à ce crédit d’impôt. Dans sa stratégie énergétique, le gouvernement du Québec a
indiqué son intention de privilégier la production locale d’éthanol cellulosique à partir de la
biomasse forestière et agricole et des déchets urbains plutôt qu’à partir de maïs. Ce choix se
justifie par le fait que la production d’éthanol cellulosique serait plus bénéfique sur le plan
environnemental pour le Québec.
La rentabilité d’une usine d’éthanol utilisant du maïs est principalement fonction du coût
de la matière première, qui représente environ 75 % du coût de production. Elle est
également fonction du prix de vente de l’éthanol, lui-même directement lié au prix des
sources d’énergie, et des prix de vente des coproduits (principalement les drèches). La
période 2002-2005 a été propice au développement de la filière de l’éthanol-maïs parce
qu’elle a été caractérisée par une augmentation rapide des prix des combustibles combinée
à des prix du maïs très faibles. Le département de l’énergie américain rapporte qu’à un prix
du maïs de 2 $/boisseau (80 $/tonne métrique), le coût de production de l’éthanol se situait
entre 1,00 et 1,06 $/gallon (0,26 à 0,28 $/l)7 pour une usine américaine de taille moyenne en
2002, en excluant les coûts en capital. Avec l’augmentation de la demande en maïs pour la
production d’éthanol, les prix du maïs ont toutefois fortement augmenté depuis 2006 et sont
dorénavant directement influencés par le marché de l’énergie. L’augmentation du prix du
maïs à plus de 5 $/boisseau (200 $/t) a donc mis à rude épreuve la rentabilité de la
production d’éthanol. Sur la période 2003 à 2006, le prix de gros américain de l’éthanol
avant subvention s’est révélé presque systématiquement supérieur à celui de l’essence8. En
2006, la subvention s’est avérée insuffisante pour assurer la compétitivité de l’éthanol par
rapport à l’essence. Ainsi, même avec un prix du pétrole atteignant 100 $/baril, la
rentabilité de la production d’éthanol à partir de maïs n’est pas garantie en l’absence de
subvention avec des prix du maïs aussi élevés. Selon le département américain de l’énergie,
son coût demeure néanmoins inférieur à celui de l’éthanol cellulosique.
7 Energy Information Administration. Biofuels in the U.S. Transportation sector. Février 2007.
www.eia.doe.gov/oiaf/analysispaper/biomass.html .
8 Energy Information Administration. Biofuels in the U.S. Transportation sector. Février 2007.
www.eia.doe.gov/oiaf/analysispaper/biomass.html .
9 Thérien, Y. Du maïs pour l’éthanol. Le Bulletin des agriculteurs. Décembre 2006.
7
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
La mise en marché
Le prix du maïs est déterminé en fonction de la qualité du grain et selon une grille de prix
faisant intervenir la valeur de remplacement du maïs-grain de l’Ontario, le prix du maïs
dans les centres régionaux et le prix des contrats à terme à la Bourse de Chicago. Il n’est
donc pas directement lié au cours des prix de l’énergie. Dans l’éventualité d’une diminution
importante des prix, le maïs destiné à la production d’éthanol bénéficie d’une couverture
d’ASRA au même titre que le maïs destiné à l’alimentation animale.
8
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
L’élément le plus intéressant pour les producteurs de maïs destiné à la fabrication d’éthanol
est que l’achat d’actions de Pro-Éthanol garantit un débouché pour la récolte contrairement
au maïs pour la production animale où aucun débouché n’est garanti. De plus, la culture de
maïs pour l’éthanol ne nécessite aucun investissement supplémentaire en machinerie pour
les producteurs de maïs-grain.
Par contre, le producteur n’a pas de latitude relativement aux dates de livraison de sa
récolte puisqu’il est soumis à un calendrier de livraison. Il doit donc adapter l’entreposage
de sa récolte d’une année à l’autre et assumer les frais d’intérêts en attendant d’être payé
au moment de la livraison.
Le même débat fait rage concernant le bilan de l’éthanol en matière d’émissions de gaz à
effet de serre. D’après les estimations réalisées par l’ADEME en 2002, la combustion de
l’éthanol pur engendrerait une réduction de 60 % des gaz à effet de serre (GES) par rapport
à l’essence. Selon Ressources naturelles Canada (2007) toutefois, pour un mélange E10, la
réduction des émissions de GES pour l’éthanol produit à partir de céréales serait plutôt de
l’ordre de 3 à 4 % par rapport à de l’essence. La réduction des émissions de GES serait
favorisée par l’oxygène contenu dans l’éthanol (35 % sur une base massique) qui assurerait
une combustion plus complète du mélange. De la même manière, l’analyse des
contaminants atmosphériques émis par la combustion de l’éthanol indiquerait que certains
composés tels que le benzène et le butadiène, qui contribuent à l’effet de serre, sont émis en
moins grande quantité. Cependant, des composés organiques volatils précurseurs d’ozone
seraient émis en plus grande quantité. Si le débat se poursuit à l’intérieur de la
communauté des chercheurs, il n’en demeure pas moins que le bénéfice environnemental de
la production d’éthanol découlant du modèle de développement actuel est beaucoup plus
mitigé que ce qui avait été anticipé au départ.
Un second enjeu environnemental de taille est soulevé par la production d’éthanol à partir
de céréales et de maïs. L’engouement pour la culture de maïs et dans une moindre mesure
du blé, augmente les risques environnementaux liés à la dégradation des sols découlant de
la monoculture intensive et de l’utilisation à grande échelle d’herbicides, d’insecticides et
d’engrais minéraux ainsi qu’à la contamination des cours d’eau qui peut en résulter.
9
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Ce nouveau débouché pour des cultures par ailleurs destinées à des fins alimentaires
soulève également un enjeu social fondamental relativement à la concurrence entre
demande alimentaire et demande énergétique. Alors qu’une partie importante du monde se
trouve en situation de sous-alimentation, comment justifier une utilisation des terres pour
produire de l’énergie destinée aux mieux nantis?
Au Québec, les impacts environnementaux éventuels ainsi que les bilans énergétique et de
GES mitigés ont donc amené le gouvernement à renoncer pour l’instant à un
développement plus important de la filière éthanol à base de maïs.
L’effet entraîné par l’éthanol sur le prix des grains et oléagineux, s’il se traduit
positivement pour les producteurs de grandes cultures, ne produit pas le même effet chez
les éleveurs. Ces derniers, qui dépendent du maïs et des autres céréales pour alimenter leur
bétail, voient leurs coûts de production augmenter sans nécessairement pouvoir récupérer
cette augmentation sous la forme de prix à la production plus élevés, du moins pour le
moment. Bien qu’une quantité importante de drèches de distillation soit rendue disponible
à des prix qui tendent à diminuer en raison des quantités importantes qui sont produites, le
coût de l’alimentation animale augmente puisque l’impact se fait ressentir sur le prix de
l’ensemble des grains. De plus, les valeurs énergétiques des drèches et des tourteaux sont
insuffisantes à elles seules pour assurer une ration alimentaire complète.
À terme, l’augmentation du prix des grains risque également de faire augmenter les prix à
la consommation des denrées alimentaires fabriquées à base de céréales et bien entendu,
ceux des viandes. Ainsi, selon les perspectives agricoles de l’OCDE10 et de la FAO11, le coût
des aliments pour animaux ainsi que le prix de plusieurs produits carnés devraient
augmenter de manière importante sur la période 2007-2016. La demande de produits
agricoles de base pour la production de biocarburants constitue donc un changement
majeur par rapport à la situation qui prévalait sur ces marchés antérieurement.
10 www.oecd.org/dataoecd/7/44/38896704.pdf .
11 www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000543/index.html .
10
La production d’éthanol à partir de grains de maïs et de céréales
Références
ADEME – DIREM. 2002. Bilans énergétiques et gaz à effet de serre des filières de production
de biocarburants en France. Note de synthèse. Site :
www.ademe.fr/partenaires/agrice/publications/documents_francais/synthese_bilans_ene
rgetiques_fr.pdf .
Baba-Khelil, A. 2007. Grains et biocarburants : vers quel horizon? Grandes cultures, 17(2): 2.
Jacobson, M.Z. 2007. Effects of ethanol (E85) versus gasoline vehicles on cancer and
mortality in the United States. Environmental Science and Technology (sous presse).
Noualhat, L. 2007. Le tour du monde des agrocarburants. Brésil, États-Unis, Europe, Asie :
mais qu’est-ce qui fait chalouper les biocarburants. Réponse dans ce petit tour du monde.
Terra Economica. Mai. www.terra-economica.info/Le-tour-du-monde-des,3268 .
Pimentel, D. et T. Patzek. 2005. Ethanol production using corn, switchgrass, and wood;
biodiesel production using soybean and sunflower. Natural Resources Research
14(1): 65-76.
Sirois, J.-P. 2007. Le point sur le développement de l’éthanol. BioClips. Volume 10, numéro 3. 8 p.
11