Théorie d'énonciation de Benveniste
Théorie d'énonciation de Benveniste
Chapitre IV
Théorie d’énonciation : l’approche d’Emile Benveniste
Au premier chapitre, nous avons signalé que la linguistique structurale étudie la langue
comme un système doté d’une structure décomposable. Sa méthode consiste à saisir les
différentes constituantes : morphologique, phonologique, syntaxique et sémantique de toute
une langue, sous l’angle de l’appariement « forme/sens ». Elle écarte ainsi toute étude du
fonctionnement concret du langage, qui va être pris en charge, par la suite, par les
linguistiques énonciatives.
Parmi les linguistes français, qui ont amorcé une rupture fondamentale avec la linguistique
structurale, nous citons E. Benveniste à qui revient le mérite d’être l’initiateur de la théorie
d’énonciation. Ces premiers écrits ont clairement séparé l’énoncé et l’énonciation :
« On peut enfin envisager une autre approche, qui consisterait à définir l'énonciation dans
le cadre formel de sa réalisation... Avant l'énonciation, la langue n'est que la possibilité de la
langue. Après l’énonciation, la langue est effectuée en une instance de discours qui émane d’un
locuteur, forme sonore qui atteint un auditeur et qui suscite une autre énonciation en retour »
(Benveniste, 1974 : 81)
Selon Benveniste, la langue se manifeste donc dans deux états ; la langue comme un
ensemble de signes formels, non actualisé, et la langue actualisée en discours (la parole).
Emile Benveniste s’intéressait donc à l’usage que l’on fait de la langue, à l’énonciation :
« Parmi les linguistes français, Emile Benveniste (1902-1976) paraît avoir été le premier à
relever systématiquement dans ses articles des faits analogues à ceux que d’autres ont, à la même
époque ou plus tard, rangés sous la rubrique pragmatique. On lui attribue à tout le moins, avec
raison, le mérite d’avoir clairement séparé l’énoncé et l’énonciation et souligné l’intérêt d’étudier
cette dernière » (Christian Baylon, Paul Fabre, chap37).
Le terme énonciation recouvre différentes définitions. Dans le tableau qui suit, nous
récapitulons les différentes acceptions des différents chercheurs qu’ont de l’énonciation.
Enonciation
(définitions)
La remarque que nous pouvons soulever en analysant le tableau est que le terme
« acte » figure dans la majorité des définitions de l’énonciation (4/5). Ducrot, quant à lui,
préfère voir en l’énonciation plutôt un événement qui pourrait prendre le sens de fait. Dans ce
cas, Ducrot rejoint Maingueneau dans sa conception de l'énonciation, qui selon cet auteur
«permet de représenter dans l’énoncé les faits, mais d’un autre côté elle constitue elle-même
un fait, un événement unique défini dans le temps et dans l’espace». En somme, l’énonciation
constitue donc un fait, un événement, acte individuel.
« Dans la fabrication des objets, on ne doit pas confondre la production, le produit, son
utilisation, sans compter le(s) producteur(s) et le(s) utilisateur(s). De même, à propos du langage,
il convient de distinguer l’acte par lequel on produit un énoncé, l’énoncé lui-même (« matériel »
puisqu’on peut l’enregistrer), l’acte par lequel on le comprend, mais aussi l’énonciateur qui le
produit, le ou les destinataires qui le comprennent. La comparaison avec la fabrication des objets
matériels s’arrête là, car l’activité langagière comporte l’affectation de sens dont nous avons
parlé et à quoi rien ne correspond dans les domaines non sémiotiques. » (Idem)
La taille et la forme d’un énoncé ne sont pas des critères déterminants dans la définition
d’un un énoncé. L’auteure citée plus haut affirme que « la taille et la forme d’un énoncé sont
variables : il peut comporter une syllabe (oh !) ou plusieurs phrases. C’est son rapport à un
acte d’énonciation qui le définit comme tel. » (Ibid). La syntaxe n’est pas forcément respectée,
des réalisations telles que : « Moi, tu sais, le sport…, ouais, bof ! »1 sont aussi considérées
comme des énoncés.
M. Gary-Prieur (1999) signale une différence entre l’énoncé et la phrase, elle explique :
L’énoncé est un fait, directement observable (un corpus, par exemple, est constitué
d’énoncés) ; la phrase, par contre, est une unité linguistique répondant à une définition dans un
cadre théorique donné. Le même objet peut être considéré comme une phrase p comme un énoncé
selon les objectifs de la description … par exemple (1) :
De la phrase (1) on peut dire qu’elle a un sens normal, et qu’elle est construite sur le
modèle syntaxique [sujet + verbe transitif + complément direct]. Mais c’est seulement si on
1
Exemple tiré de Gezundhajt (Henriette). Les grands courants en linguistique. Référence électronique.
Département d'études françaises de l'Université de Toronto, 1998-2004. Page De la phrase à l’énoncé.
http://www.linguistes.com/phrase/enonces.html.
considère (1) comme un « énoncé » qu’on peut faire correspondre un référent à je (le locuteur) et
cette musique (un élément de la situation d’énonciation)
D’autre part, une analyse théorique de la phrase ignore la question du sujet, les
marques de son inscription dans le discours. Or, c’est bien le sujet qui transforme
(actualise, réalise) la langue en discours. Cette question du sujet constitue l’apport décisif
de linguistique énonciative, d’autant qu’il ne s’agit pas d’une conception classique du
sujet qui maîtriserait le contenu de ses propos, mais d’un sujet en relation avec son
environnement, en quelque sorte « pris » dans le fonctionnement social qui fonde
l’énonciation. On ne va plus alors parler de phrase au sens de phrase-modèle (celle des
grammairiens et des manuels scolaires) mais de phrase réalisée par un locuteur, ou encore
d’ « événement » (Benveniste ; Ducrot), donc d’énoncé, d’énonciation, de situation
d’énonciation, de modalités d’énonciation.
Pour compléter, il faut associer au couplage énoncé / énonciation la distinction entre énoncé-type et
énoncé-occurrence. En tant que type, un même énoncé peut se retrouver dans des situations variées mais
en tant qu’occurrence il est assumé par une énonciation à chaque fois distincte
2
A consulter le « dictionnaire encyclopédique des sciences du langage »Ducrot O., Todorov T., .Paris, Seuil,
1972 p 323.
Le terme déictique (du grec deiktikos « démonstratif ») est la forme adjective du nom
« deixis » qui vient du grec et signifie « action de montrer ». Dans ses travaux, Emile
Benveniste parlait plutôt d’« indicateurs de la subjectivité » (1974) en faisant référence à ces
marques du discours centré sur locuteur. Il dira dans ce sens que : « le locuteur s’approprie
l’appareil formel de la langue et il énonce sa position de locuteur par des indices spécifiques,
d’une part, et au moyen de procédés accessoires d’autre part » (Ibid : 82). L'essentiel de ce
paradigme se condense dans son article, publié en 1974 qui s'intitule "L'appareil formel de
l'énonciation".
Les indices mobilisés par le sujet parlant dans son énonciation constituent un sous-
système complexe de signes de la langue, ce sont «des formes vides que chaque locuteur en
exercice de discours s’approprie et qu’il rapporte à sa personne » (Benveniste, 1966 : 261-
262). Ces formes sont dénuées de sens et « n’ont aucun contenu en dehors de l’énonciation
produite.». (Ibid: 245). Elles sont donc les mêmes pour tous les locuteurs mais varient selon
les usages. Ces indices désignent des personnes, des repères spatio-temporels (d’ostension)
ainsi que les types de phrase.
Ces indices de personne renvoient à l’instance du discours où ils sont produits. Benveniste
a mis particulièrement l’accent sur le couple « je-tu », opposé à « il » qui est la marque de la
non- personne (qui s’identifie à la personne/objet dont les interlocuteurs parlent, elle est
définie par son absence dans la situation d’énonciation). Ce pronom prend sa valeur dans sa
relation avec d’autres composants d’un texte en recevant une valeur anaphorique. Nous
illustrons ce que nous venons d’avancer dans l’exemple suivant : J’ai vu pierre. Il m’a promis
de venir.
Cette forme de 3ème personne qui prête à confusion chez l’auteur « comporte bien une
indication d’énoncé sur quelqu’un ou quelque chose, mais non rapporté à une «personne »
spécifique » (Ibid, 228). Benveniste s’inspire des travaux grammairiens arabes qui adoptent
l’appellation « absent » ( )ضمير الغائبpour affirmer : « la 3è personne n’est pas une « personne
» ; c’est même la forme verbale qui a pour fonction d’exprimer la non-personne » (Ibid). La
3è personne selon Benveniste n’a qu’une fonction celle de prédire dans le discours.
Cette dialectique pronominale n’est que la subjective des sujets parlants qui se
manifeste à travers le langage. Benveniste annonce que « La « subjectivité » dont nous
traitons ici est la capacité du locuteur à se poser comme « sujet ». (Ibid, pp 259-260). Il
insiste sur le fait que «les pronoms personnels sont le premier point d’appui pour cette mise à
jour de la subjectivité dans le langage». (Ibid, 262)
Selon le linguiste, cette subjectivité est la condition d’existence même du langage car ce
dernier « n’est possible que parce que chaque locuteur se pose comme sujet en renvoyant à
lui- même comme je dans son discours » (Ibid, 266). Elle est de ce fait omniprésente dans la
mesure où elle permet au locuteur de devenir sujet et d’utiliser la langue sous diverses formes
« Une langue sans expression de la personne ne se conçoit pas. […] Le langage est marqué si
profondément par l’expression de la subjectivité qu’on se demande si, autrement construit, il
pourrait fonctionner et s’appeler langage » (Ibid, 259).
Ainsi, dans la catégorie des pronoms personnels, (y compris dans une quelconque
catégorie), ce ne sont pas tous les éléments inclus dans celle-ci qui jouent le rôle
d’indicateurs. Emile Benveniste distingue entre indicateur et substitut :
Pronoms
personnels
Dépendent à leur tour d’autres classes de pronoms, qui partagent le même statut. Ce sont
les indicateurs de la deixis : démonstratifs, adverbes, adjectifs qui organisent les relations
spatiales et temporelles autour du « sujet » pris comme repère : « ceci, ici, maintenant » et leurs
nombreuses corrélations « cela, hier, l’an dernier, demain » etc. ils ont en commun ce trait de se
définir seulement par rapport à l’instance du discours où ils sont produits, c’est-à-dire sous la
dépendance du « je » qui s’y énonce . (Ibid, 262).
Ces indices représentent des points de repères, une indication de l’endroit où se trouve
le locuteur au moment où il produit son énoncé. Ces indices se déterminent donc par rapport
à « je », ou « EGO » qui forme le centre de l’énonciation. On citera certains indice relatifs à
l’espace tels que ; les démonstratifs (ça, ceci, cela, celui-ci/là), les représentatifs (voici, voilà),
les éléments adverbiaux (ici, là, là-bas, à gauche, à droite… etc…) et certains adverbes et
groupes prépositionnels indiquant le temps : simultanéité (actuellement, maintenant),
antériorité (hier, avant, récemment la semaine dernière), avenir (demain, jeudi prochain, cette
semaine) etc.
Exemple
Pour expliquer ce que nous venons d’avancer, prenons un exemple d’un énoncé que
l’on poserait comme s’étant produit. Imaginons que l’on demande à quelqu’un s’il compte
aller à la soutenance d’un ami qui doit se tenir d’ici quelques jours. Celui-ci affirme en
disant : J’irai.
Le contexte nous renseigne donc sur celui qui émet l’énoncé et à qu’il s’adresse
(l’auditeur), qui devrait être en présence, virtuellement ou physiquement, de la personne qui
parle. Le déictique j’ invite donc l’auditeur à saisir la portée de l’énoncé en se rapportant à la
situation qui offre des « indications » que les mots de l’énoncé ne donnent pas.
Le recours à la situation d’énonciation est donc souvent nécessaire pour bien cerner la
portée d’un énoncé et décoder ce à quoi renvoient les déictiques. Les locuteurs sont souvent
amenés, dans leurs écrits, à fournir des renseignements objectifs comme la date et le lieu
d’émission du message ou encore signer par leurs noms pour permettre au lecteur d’identifier
la personne désignée par « je ».
Récapitulation :
Dans toute prise de prise de parole, le locuteur recourt à trois coordonnées, grâce
auxquelles, il s’identifie tout en se situant dans le temps et l’espace. On réfère à ces
coordonnées par des termes pris du latin « ego-hic-nunc ». Ce sont des repères liés à la
situation d’énonciation et manifestés par les déictiques.
2. Systèmes d’énonciation
Le récit (histoire) selon Benveniste (1966, p 239.) a pour point de départ temporel, un
événement accompli dans un moment différent du présent de l’énonciation :
Selon Benveniste, la différence entre ces deux variétés d’énonciation s’appuie sur leur
rapport particulier au locuteur et au moment de l’énonciation. Le discours
(fondamentalement oral et dialogal) est marqué par des indices de la subjectivité de
l’énonciateur) / récit (tendanciellement écrit et monologal) se caractérise par l’absence de
marques subjectives dans l’énonciation historique.
Imparfait (plus-que-
parfait)
Le travail sur les temps verbaux dans la perspective énonciative donne lieu à une
distinction importante entre les plans de l’énonciation :
- plan du discours (implication du locuteur) tous les temps sauf le passé simple
L’une des raisons de cette révision vient de ce que, très souvent dans un texte, plan de
l’histoire (non embrayé narratif) et du discours (embrayé) alternent effectivement.
3. Les opérations de référenciation
Pour mieux comprendre les différents enjeux que recouvre l’énonciation, il faut aussi
recourir au problème de la référence qui lui est étroitement associée.
Contexte f. référentielle
Exemple
« Tu as lu le dernier Jonquet, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte. C’est un
vers d’Hugo. Pour un titre de polar, ça le fait ! »
2006
« À ceux qu’on foule aux pieds » (1872 dédié aux communards)
De cet exemple, nous pouvons dire qu’un seul énoncé peut contenir plusieurs référents.
b) Référence co(n)textuelle
Le référent est dans le cadre interne de la situation d’énonciation, c’est-à-dire
dans le contexte discursif (les propos qui précèdent ou suivent l’énoncé considéré).
La référence est dite alors contextuelle ou intra-discursive.
Pour éviter toute confusion entre contexte situationnel et contexte discursif, C. Kerbrat-
Orecchioni parle de référence cotextuelle. D’autres chercheurs ont proposé « référence
discursive », mais le mot discours est polysémique et ambigu. Pour « simplifier », soit
l’énoncé réfère à la situation soit il réfère au discours dans lequel il s’intègre, d’où
l’importance des procédés de substitution nominale et anaphorique. Référence contextuelle
(situationnelle) / cotextuelle
Exemple :
Les anaphores et cataphores sont des unités linguistiques qui contribuent à la cohérence
textuelle. Ce sont des reprises d'autres unités du co-texte (environnement plus ou moins
immédiat des différentes unités du texte). Elles peuvent être de nature pronominale; comme
elles peuvent aussi se présenter sous forme de syntagmes nominaux. Ces phénomènes de
reprise ou d'annonce peuvent être internes à la phrase, mais ils peuvent aussi contribuer à lier
les phrases entre elles. À ce titre, ils participent à la construction de la cohérence textuelle, ils
contribuent à assurer la progression du texte.
Nous avons deux sortes de reprises de termes qui s’ instaurent dans le discours, elles sont
orientées soit vers le co-texte antérieur (avant le mot), soit vers le co-texte postérieur( après le
mot) : dans le premier cas, le terme reprend un syntagme source, aussi appelé antécédent, et
l'on parle d'anaphore ("ana" = vers le haut, en amont) ; dans le second, le terme annonce un
syntagme source, et l'on parle de cataphore ("cata" = vers le bas, en aval).
3
Exemples tirés du cours de Anne Adras, (2011/2012), Travaux dirigés d’Expression écrite et orale. Licence de
langues et cultures étrangère et régionales, Université Paul Valéry - Montpellier https://www.google.com/url?
sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwjgyKfQ88XuAhWpVRUIHS7DDgIQFjAAegQIAR
AC&url=https%3A%2F%2Fwww.coursum3.org%2Flufr-2-langues-et-cultures-etrangeres-et-regionales%2F
%3Fwpdf_download_file%3D%2Fhome%2Fichigo1vs%2Fwww8%2Fwp-content%2Fuploads%2Fcours
%2FUFR2%2FLangues%2C%2520Litt%25C3%25A9ratures%2520et%2520Civilisations%2520Etrang
%25C3%25A8res%2520et%2520R%25C3%25A9gionales%2520(LLCER)%2Fl1%2520llcer%2520anglais
%2Fittic%2FCours%2520ITTIC%2520LLCER.pdf&usg=AOvVaw15GbLsxhdYkQ3UgyXF9zyy
L'énoncé : "Mon voisin a un chien ; cet animal s'appelle Johnny." comporte une
anaphore ("cet animal") dont l'antécédent est "un chien". Tandis que l'énoncé : "Alors qu'il
circulait sur la départementale 920, entre Prades-le-Lez et Saint Mathieu de Tréviers, jeudi
vers 1h30, Lucien Dupont, 22 ans, a perdu le contrôle de sa voiture…" offre un exemple de
cataphore, le pronom "il", dont la source est le syntagme " Lucien Dupont". Les anaphores
sont statistiquement plus nombreuses que les cataphores.
Il faut éviter une confusion terminologique. Il existe deux types d’anaphore : anaphore
grammaticale (que nous avons présentée ci-dessus) et anaphore rhétorique (qui concerne les
figures de style). Cette dernière désigne une figure de répétition particulière, en début
d'énoncé ou en début de proposition. Il s'agit là de simples répétitions lexicales, à une position
particulière dans la phrase. Il faut donc les distinguer.
- "Il n'est pas né, celui qui me fera acheter des actions Vivendi." (la source
est un pronom) ;
- "Marie est-elle heureuse? ― Elle semble l'être, en tout cas." (la source est
un adjectif)
- "Je dois corriger cinq cents copies en une semaine : cette idée me donne
le cafard." (la source est un énoncé entier).
"Entrons dans cette galerie, c'est là qu'on a crié." (Musset, On ne badine pas avec l'amour).
Ou en emploi cataphorique :
"De même qu'il avait fait dix minutes auparavant, il tenta à nouveau de l'embrasser."
Emploi anaphorique :
"Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le
cœur." (R. Char)
Les pronoms nominaux (personne, rien, tout…) sont pronoms parce qu'ils ont le statut
syntaxique de groupe nominal, mais ils ne reprennent aucun terme.
Le pronom "chacun" peut appartenir à l'une ou à l'autre des deux catégories selon le co-texte :
"Ils revinrent. Chacun portait un sac." (Pronom représentant, qui est ici anaphorique).
L'anaphore pronominale peut être totale, quand le pronom représente la totalité du syntagme
nominal antécédent, ou bien partielle, si le pronom ne représente que partiellement le
syntagme nominal :
"On me donna les fables de La Fontaine ; elles me déplurent" (Sartre, Les Mots), sont des
anaphores pronominales totales, car les pronoms saturent totalement la référence de leurs
antécédents.
L'anaphore est fidèle lorsque le nom antécédent est repris, mais avec un déterminant modifié :
"Malgré des années de travail, le bon M. Seguin ne possédait qu'une chèvre. Cette chèvre
avait pour nom Blanquette."
L'anaphore nominale est infidèle lorsque le nom anaphorique n'est pas le même que son
antécédent :
"Mon oncle possédait un berger allemand nommé Prince. J'aimais beaucoup cet animal."
(L’anaphorique "animal" est ici un hyperonyme de "berger allemand").
Il existe un type d'anaphore ou de cataphore nominale infidèle qui est dite conceptuelle (ou
résomptive (elle résume une partie de l’énoncé repris ou annoncé).
Dans l'énoncé suivant : "La nuit était déjà fort avancée lorsqu'une roquette antichar, tirée
d'un toit adjacent, s'est abattue sur la foule. Cet attentat, qui a fait deux morts, est
revendiqué par…". Le syntagme nominal anaphorique (cet attentat) reprend et condense le
contenu d'un passage antérieur.
"Mon vélo est hors d'usage ; les freins ne marchent plus et la chaîne est rouillée".
Le cas de la cataphore associative est plus rare. L'anaphore associative repose sur une relation
de tout à partie qui mobilise des connaissances générales supposées partagées. Pour cette
raison, les compétences en jeu ne sont pas seulement linguistiques, mais elles s'appuient sur
un savoir encyclopédique.
Même si le pronom "ils" n'a pas d'antécédent exprimé. On peut en conclure que les
phénomènes d’ordre mémoriel ne sont pas négligeables dans le fonctionnement de
l’anaphore.
Les anaphores et les cataphores sont phénomènes complexes, qui font appel à la
grammaire (la substitution pronominale), au lexique (variations synonymiques et
hyperonymiques) et à la mémoire discursive et interdiscursive (connaissance du contexte ;
connaissances encyclopédiques). Cela contribue à leur force d’efficacité dans le discours.
Ce texte contient deux pronoms sans antécédent. Certes, la publicité va de pair avec
une photo qui permet d'attribuer un visage aux pronoms. Les imparfaits d'arrière-plan
("rêvait", "voulait"), qui se définissent en relation au passé simple ("fut"), inscrivent le texte
dans une histoire ; le lecteur est incité à activer le scénario stéréotypique des jeunes mariés
qui achètent une maison. Le fait de ne pas fournir d'antécédent aux pronoms crée un effet de
sens intéressant : à travers le stéréotype, il et elle réfèrent à l'homme et à la femme
exemplaires et donnent la possibilité au lecteur (à la lectrice) de venir occuper l'une des deux
places, bref de s'identifier aux personnages de la publicité.
- Anaphore et argumentation :
Pour l'énonciateur, les reprises anaphoriques, notamment les anaphores nominales infidèles
et les anaphores conceptuelles (qui résume une partie ou l’ensemble d’un énoncé), sont un
moyen privilégié- en raison de sa discrétion même - d'imposer subrepticement des
évaluations, et donc d'argumenter.
"Une vieille dame a été agressée à son domicile hier. Cette octogénaire appréciée du
voisinage a ouvert sa porte à un inconnu…"
À la (discutable) variante suivante :
"Une vieille dame a été agressée à son domicile hier. Cette propriétaire d'un luxueux hôtel
particulier a ouvert sa porte à un inconnu…".
On s'accordera sans trop de difficulté à reconnaître que ces deux anaphores nominales
infidèles colportent des points de vue différents sur l’événement relaté. Elles orientent le
discours vers des degrés d'empathie très différents à l'égard de la victime, qui est
implicitement taxée d'imprudence dans le second énoncé.
- Cataphore et position du locuteur par rapport à son énoncé (point de vue) :
Un texte étant linéaire par nature, la cataphore lui impose plus de contraintes que l'anaphore,
car elle crée un vide sémantique et contraint le destinataire à anticiper la suite et à établir des
conjectures. Ainsi la cataphore est-elle souvent liée à des interventions de l'énonciateur, qui
commente sa propre parole ("je l'avoue : j'ai eu tort") ou anticipe sur ce qu'il va dire ("une
chose est certaine : tu as eu raison de lui parler ainsi"). Elle recourt souvent aux invariables
neutres "ça", "ce" et "le" à valeur résomptive (qui résume). Cela est typique de l'oral -
argumentatif - où l'énonciateur cherche à se protéger à l'avance contre le rejet de sa parole
(précaution oratoire) :
"Comme je le dis souvent, il faut arriver à la gare juste à temps pour manquer le train
précédent".
Références bibliographiques
Baylon (Christian) & Fabre (Paul). Initiation à la linguistique. Cours et applications corrigés.
Edition Armand colin. 2ème édition. Col. Cursus.
Benveniste (Émile). Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard (1966),
Benveniste (Émile). Problèmes de linguistique générale II, Gallimard, Paris. (1974)
Ducrot (Oswald) – Todorov (Tzvetan). Dictionnaire encyclopédique des sciences du
langage. Paris : Seuil (1972).
Gary-Prieur (Marie-Noëlle). Les termes clés de la linguistique Seuil. Col. Mémo.
Gezundhajt (Henriette). Les grands courants en linguistique. Référence électronique.
Département d'études françaises de l'Université de Toronto, 1998-2004.
http://www.linguistes.com/courants/courants.html.
À consulter aussi :
Cours magistral de Haddad M. Pragmatique, Université de Bejaia, 2018/2019.
https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&ei=La8WYKe9Ipii1fAPgd-
LuAo&q=haddad+mohand+pragmatique+&oq=haddad+mohand+pragmatique+&gs_lcp=CgZwc3ktYWIQAzIFCCEQoAE6CAgAELEDEI
MBOgIILjoICAAQxwEQowI6BQgAELEDOgIIADoHCC4QQxCTAjoECC4QQzoFCC4QsQM6BAgAEEM6CggAELEDEIMBEAo6Bwg
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sogVoAXABeACAAb0CiAGEJZIBCDAuMjQuMi4xmAEAoAEBqgEHZ3dzLXdperABAMABAQ&sclient=psy-
ab&ved=0ahUKEwjnh4SUosbuAhUYURUIHYHvAqcQ4dUDCAw&uact=5#
Cours magistral de Fauré L., Enonciation. Université Paul Valery. Montpelier III, 2019/2020.
https://www.google.com/url?
sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwjgyKfQ88XuAhWpVRUIHS7DDgIQFjAAegQIARAC&url=https%3A%2F
%2Fwww.coursum3.org%2Flufr-2-langues-et-cultures-etrangeres-et-regionales%2F%3Fwpdf_download_file%3D%2Fhome%2Fichigo1vs
%2Fwww8%2Fwp-content%2Fuploads%2Fcours%2FUFR2%2FLangues%2C%2520Litt%25C3%25A9ratures%2520et%2520Civilisations
%2520Etrang%25C3%25A8res%2520et%2520R%25C3%25A9gionales%2520(LLCER)%2Fl1%2520llcer%2520anglais%2Fittic%2FCours
%2520ITTIC%2520LLCER.pdf&usg=AOvVaw15GbLsxhdYkQ3UgyXF9zyy
Travaux dirigés d’Adras A., Expression écrite et orale. Université Paul Valery. Montpelier III,
2019/2020. https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=Travaux+dirig%C3%A9s+d%E2%80%99Expression+
%C3%A9crite+et+orale+Licence+de+langues+et+cultures+%C3%A9trang%C3%A8re+et+r%C3%A9gionales+1i%C3%A8re+ann
%C3%A9e-1er+semestre+Cours+coordonn%C3%A9+par+Anne+Adras+Ann%C3%A9e+universitaire#