Osée 2,1-25
Osée 2,1-25
INTRODUCTION
Nous allons analyser le chapitre 2 du prophète Osée, car il a marqué une étape décisive
dans la théologie du peuple d'Israël sur ses relations d'alliance avec YHWH. L'expérience
matrimoniale du prophète en devienne le symbole, parce que, "chez Osée, l'homme se
confond avec le prophète1. Étant donnée les différents genres littéraires à l'intérieur du
chapitre, nous aborderons ce problème au fur et à mesure que nous avançons dans notre
analyse exégétique, avant d'aborder le commentaire qui est le plus important pour faire une
lecture approfondie du texte et d'en tirer le message.
I. LE TEXTE
1. Osée 2,1-25
`HB'(li-l[; yTiÞr>B;dIw>
hw"+q.Ti xt;p,äl. rAkß[' qm,[eî-ta,w> ~V'êmi ‘h'y“m,r"K.-ta,
Hl'Û yTit;’n"w> 17
3
"1 Le nombre des fils d'Israël sera comme le sable de la mer qu'on ne peut ni mesurer ni
compter, et il arrivera qu'à l'endroit où on leur disait: «Vous n'êtes pas mon peuple», on leur
dira: «Fils du Dieu vivant»,
2
Les fils de Juda et les fils d'Israël se réuniront, ils se donneront un chef unique et ils
submergeront2 le pays: car grand sera le jour de Yizréel.
3
¶ Dites à vos frères: «Ammi, mon peuple», et à vos soeurs: «Rouhama, Bien-aimée».
4
Faites un procès à votre mère, faites-lui un procès, car elle n'est pas ma femme, et moi je ne
suis pas son mari. Qu'elle éloigne de son visage les signes de sa prostitution, et d'entre ses
seins les marques de son adultère.
5
Sinon, je la déshabillerai toute nue, je la mettrai comme au jour de sa naissance, je la
rendrai semblable au désert, j'en ferai une terre desséchée et je la ferai mourir de soif.
6
Ses enfants, je ne les aimerai pas, car ce sont des enfants de prostitution.
7
Oui, leur mère s'est prostituée, celle qui les a conçus s'est couverte de honte lorsqu'elle
disait: «Je veux courir après mes amants, ceux qui me donnent mon pain et mon eau, ma
laine et mon lin, mon huile et ma boisson.»
8
C'est pourquoi je vais fermer ton chemin avec des ronces, le barrer d'une barrière - et elle
ne trouvera plus ses sentiers.
9
Elle poursuivra ses amants sans les atteindre, elle les recherchera sans les trouver; elle
dira: «Je vais retourner chez mon premier mari, car j'étais plus heureuse alors que
maintenant.»
10
Et elle n'a pas compris que c'est moi qui lui donnais le blé, le vin nouveau et l'huile
fraîche; je lui prodiguais de l'argent, et l'or, ils ont fabriqué des Baal.
11
C'est pourquoi je viendrai reprendre mon blé en son temps, mon vin nouveau en sa saison,
j'arracherai ma laine et mon lin qui devaient cacher sa nudité.
12
Maintenant je vais dévoiler sa honte aux yeux de ses amants et personne ne la délivrera de
ma main.
13
Je ferai cesser toute sa joie, ses fêtes, ses néoménies, ses sabbats, et toutes ses assemblées
solennelles.
14
Je dévasterai sa vigne et son figuier dont elle disait: «Ils sont le salaire que m'ont donné
mes amants.» Je les changerai en fourré, et les bêtes sauvages en feront leur nourriture.
2
La BJ traduit: "ils déborderont hors du pays"; E. Jacob, traduit: "ils monteront hors du pays"; Alonso Schökel
traduit: "resurgirán de la tierra"; littéralement: "ils monteront du pays / de la terre".
4
15
Je lui ferai rendre compte des jours des Baals auxquels elle brûlait des offrandes: elle se
parait de ses anneaux et de ses bijoux, elle courait après ses amants et moi, elle m'oubliait! -
oracle du SEIGNEUR.
16
C'est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur.
17
Et de là-bas, je lui rendrai ses vignobles et je ferai de la vallée de Akor une porte
d'espérance, et là elle répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle monta du
pays d'Égypte.
18
Et il adviendra en ce jour-là - oracle du SEIGNEUR - que tu m'appelleras «mon mari», et
tu ne m'appelleras plus «mon baal, mon maître».
19
J'ôterai de sa bouche les noms des Baals, et on ne mentionnera même plus leur nom.
20
Je conclurai pour eux en ce jour-là une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du
ciel, les reptiles du sol; l'arc, l'épée et la guerre, je les briserai, il n'y en aura plus dans le
pays, et je permettrai aux habitants de dormir en sécurité.
21
Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l'amour
et la tendresse.
22
Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le SEIGNEUR.
23
Et il adviendra en ce jour-là que je répondrai - oracle du SEIGNEUR - , je répondrai à
l'attente des cieux et eux répondront à l'attente de la terre.
24
Et la terre, elle, répondra par le blé, le vin nouveau, l'huile fraîche, et eux répondront à
l'attente de Yizréel.
25
Je l'ensemencerai pour moi dans le pays, et j'aimerai Lo-Rouhama, et je dirai à Lo-Ammi:
«Tu es mon peuple», et lui, il dira: «Mon Dieu»".
Dans le premier chapitre, Dieu s'adresse personnellement au prophète avec une série
d'impératifs en deuxième personne: %lE / "va", xq; / "prends" (v. 2), ar:q. / appelle (vv.
4.6.9). C'est Dieu qui parle, qui donne des ordres et Osée exécute. Le deuxième chapitre
v. 4 revient l'impérative (WbyrI), mais cette fois-ci c'est le mari / prophète qui parle. Au
5
chapitre 3, YHWH s'adresse à nouveau au prophète ( hw"hy> rm,aOYw:), tout comme
au premier chapitre (… hw"÷hy> rm,aYo’w:: v. 2.4.6.9).
Les chapitres 1-3 d'Osée constituent la première unité littéraire du livre, dont le thème
principal est celui du mariage et des enfants, avec un procès matrimonial au centre, dominant
la scène., formant une structure concentrique (a) 1,2-9; b) 2,4-25; a') 3,1-5). Avec
l'introduction d'un bref oracle de salut (2,1-3), nous sommes devant un schéma binaire:
châtiment / salut (1,2-9 / 2,1-3 = 2,4-15 / 2,16-25; 3,1-4 / 3,5) qui va commander une grande
partie du livre. Comme le 3,5, à peine remplit sa fonction de résolution du châtiment, certains
ont déplacé 2,1-3 après 3,53. Mais il est préférable garder le texte dans son état actuel, avec
l'anticipation de 2,1-3, car il fait inclusion avec 2,25, formant ainsi une structure concentrique:
A) 2,1-3: les fils et leurs noms (oracle de salut)
B) 2,4-15: procès à la femme = peuple (oracle de châtiment)
A') 2,16-25: résolution du procès; les fils et leurs noms (oracle de salut)
1. Division du texte
Cette brève prophétie, surtout en annonçant la réunification des deux royaumes sous
un seul roi, comme au temps de David, se trouve hors de l'horizon prophétique d'Osée. On
combine la bénédiction de la fécondité patriarcale avec la promesse davidique (2 S 7). Les
liens syntaxiques sont faibles, mais l'ordre des différents éléments est cohérent:
a) croissance du peuple (v. 1a)
b) nouvelle adoption de la part de Dieu (v. 1b)
c) réunification des deux royaumes et nouvelle alliance (vv. 2-3)
2. Commentaire
3
Parmi ceux-là se trouve la BJ, 1ère édition (1956).
6
2,1b: rv,a] ~Aqúm.Bi pourrait être traduit par "au lieu de" et "à l'endroit où".
Nous préférons cette dernière traduction pour mieux garder la nuance du sens locatif, plutôt
que substitutif, en consonance avec les références locales du texte: "terre", "pays", Yizréel.
yx'(-lae( ynEïB.: cette expression est un peu inattendue, car logiquement, après
yMiä[;-al{) ("no-mon peuple"), on s'attendrait l'expression yMiä[; ("mon peuple") qui
est une formule d'alliance. Elle est remplacé par yx'(-lae( ynEïB. ("Fils du Dieu vivant")
qui est une formule d'adoption, nous rappelant Ex 4,22-23. Le titre divin "vivant" va très bien
dans le contexte de vie et fécondité de ce chapitre 4. Il faut aussi noter la variation expressive:
"Le jour de Yizréel", c'est-à-dire, "le jour de Dieu planta" ( la[,(r>z>yI ~Ayð),
sera grand parce que la semence "poussera" / "montera" ( hl[, comme en Dt 29,22) de la terre
déjà purifiée et ensemencée par Dieu. Or, même s'ils sont "fils de Dieu", ils ne sont pas de
divinités: ils pousseront dans la terre (sol) ou de la terre (sol).
2,3: Cette nouvelle appellation est une formule d'alliance qu'on retrouve au v. 25,
formant une inclusion.
Nous sommes, sans doute, devant la meilleure page du livre d'Osée et probablement
devant un de grands poèmes de tout l'AT. C'est le poème d'un amour mal payé, parce que non
correspondu, mais toujours vivant malgré tout.
Si le poème répond à une expérience réelle du prophète, nous devons penser à un
homme passionnément amoureux qui, en découvrant la trahison de sa femme, essaie de s'en
débarrasser de cet amour pour éviter la souffrance, sans y arriver. L'oublie supposerait la paix,
mais l'amour ne le permet pas. Il l'appelle "prostitué", essaie de se venger en lui arrachant ses
cadeaux, en l'exposant à la honte publique, mais l'amour continue.
4
Cf. aussi Os 6,2; 13,14.
7
Si Osée a passé vraiment par cette terrible expérience, voilà qu'un jour, subitement,
tout est éclairé d'en haut et dans son amour vécu dans la douleur découvre un autre amour
plus élevé et plus profond: l'amour de YHWH pour son peuple. Dieu a aussi aimé comme un
mari follement amoureux et trahit par son épouse, mais il continue à l'aimer malgré tout, parce
qu'il ne peut que l'aimer et toutes le mesures entreprises contre elle sont dictées par cet amour
(cf. Cant 8,6s).
Il faut lire ce poème dans le contexte ou arrière-plan des cultes à la fertilité aux Baals.
Les israélites voulaient adorer Dieu qui leur guidait dans l'histoire et, simultanément, voulait
rendre culte aux Baals qui nourrissaient les cycles des saisons agricoles avec des pratiques
aberrantes, comme la prostitution sacrée (cf. Nb 25).
Mais YHWH est un Dieu jaloux (Ex 20,5) et ne permet pas ce syncrétisme qui est
considéré comme une trahison. Il a voulu s'occuper de la fécondité des saisons, des hommes
et des champs (Dt 28,4). Si les israélites veulent obtenir ces bénédictions en flirtant avec
d'autres divinités, le Seigneur leur fera échouer pour qu'ils apprennent ou se rappellent qui les
contrôle et les octroie.
Tenant compte, donc, de ce milieu religieux, Osée utilise le symbole du mariage,
inaugurant ainsi un nouveau langage au service de la révélation divine.
particule !kel' du v. 16. Il est surprenant la quantité de verbes en première personne dont le
sujet est Dieu, tandis que de l'épouse on mentionne ses pensées, réflexions, ignorances et
confusions (vv. 7b.9b.10a.14a).
Dans tout cet univers symbolique, il faut tenir compte de certaines équivalences pour
mieux comprendre le texte:
Époux = YHWH
Épouse = Israël = terre / fils / fruits
Amants = idoles (peut-être aussi les nations étrangères)
1. Genre littéraire
2. Articulation du tableau
Tenant compte des signes d'articulation, nous pouvons diviser le texte en trois temps:
vv. 7-9 : yKi + yKi délit / "c'est pourquoi" (!kel') châtiment (retour)
hT'²[;w> châtiment
Le double !kel' est très important parce que cela prépare le paradoxe du troisième !
kel' au v. 16. Il y a ce qu'on appelle continuité formel et rupture du procès:
v. 8 : %f' î -ynIn>hi !ke²l' = "C'est pourquoi, me voici que je fermerai"
v. 11: bWvêa' !keäl' = "C'est pourquoi je viendrai"
3. Commentaire
femme, je ne suis plus son mari" (Hv'_yai al{å ykiÞnOa'w> yTiêv.ai al{å
‘ayhi). Tout est fini et maintenant c'est le tour de l'intervention des enfants. Mais, si tout est
fini, pour quoi faire intervenir les enfants? Par hasard, ont-ils encore le pouvoir de réconcilier
5
Ce schéma de plaidoirie par procureur, d'accusation et sentence, est imité par Isaïe dans "le chant de la vigne"
(Is 5,1-7).
9
leurs parents? Que cherche-t-il vraiment par cette intervention? Il y a quelque chose
d'inavouable qui gêne ici la cohérence logique du commencement.
D'autre part, un parallélisme rigoureux accumule ici fornication et adultère.
Probablement le prophète fait ici allusion aux signes externes que portaient les prostituées au
visage ou sur la poitrine (cf. Tamar: Gn 38, surtout les vv. 15.18.25), ou, peut être, il pourrait
faire allusion, au sens métaphorique, à l'effronterie.
2,5: Le prophète annonce le châtiment de la honte publique qui sera développé plus
tard (vv. 11-12)6. La femme est ainsi diffamée et le mari délié de ses engagements. Osée
décrit ce châtiment:
a) En termes humains, soulignant la nudité totale. Pour certains, cette nudité "comme
‘yb;h]a;m. yrEÜx]a; hk'úl.ae hr"ªm.a' = "elle disait: «Je veux courir après
mes amants…" (v. 7).
6
Cf. Ezéchiel l'appelle "le châtiment des femmes adultères" (Ez 16,37s; cf. aussi 23,29).
7
Concernant l'homme, c'est l'image du puit ou de la source (cf. Pr 5,18; Ct 4,12).
10
yviäyai-la, ‘hb'Wv’a'w> hk'Ûl.ae hr"ªm.a'w> = "elle dira: «Je vais
retourner chez mon premier mari…" (v. 9).
Ces paroles de l'épouse mettent en évidence son amour intéressée: de ses amants8, elle
cherche leurs dons plus que leur amour. Ces dons élémentaires —nourriture et vêtement—
c'est le mari qui doit les fournir, selon la législation de Ex 21,10.
qui était meilleure (hT'['(me za'Þ yli² bAjï yKiä = "car j'étais plus heureuse alors que
maintenant"), et revienne à son mari. Le verbe principal est "retourner" ( bWv). Mais s'agit-il
d'un retour authentique? Il semble plutôt un retour intéressé (cf. Lc 15,17-18). Suffira-t-il ce
retour à un mari amoureux? Se révélera-t-il cette stratégie efficace? En outre, est-ce que la
femme renvoyée peut retourner sans plus à son mari?10
La suite (vv. 10-11), où nous rencontrons la même situation et la répétition du même
schéma syntaxique, avec !ke²l', montre que cette stratégie se révèle inopérante et le retour
ainsi conçu ne peut pas marcher.
8
N'oublions pas que les "amants" symbolisent les "idoles" / "puissances étrangères" (cf. Jr 44,17).
9
La triple négation marque l'échec (vv. 8.9a.9b).
10
Un cas semblable est considéré en Dt 24,1-4. Jérémie applique cette situation aux relations matrimoniales entre
YHWH et son peuple (Jr 3,1)
11
…ynEÜt.nO ‘yb;h]a;m. = " mes amants qui me donnent …" (v. 7c); … Hl'ê yTit;än"
‘ykinOa'( = "c'est moi qui lui donnais …" (v. 10).
12
yy")WQviw> ynIßm.v; yTiêv.piW yrIåm.c; ym;êymeW ‘ymix.l;: "mon pain et mon
eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson" / bh'Þz"w> … @s,k,’w> rh'_c.YIh;w>
vAråyTih;w> !g"ßD"h;: "le blé, le vin nouveau et l'huile fraîche … l'argent, et l'or".
13
Aux bijoux on fait référence au v. 15.
11
v. 10b est suspect, car le passage de la première à la troisième personne ( l[;B'(l; Wfï[')
n'est pas justifié: le contexte parle de vénérer les idoles et non pas de les fabriquer14.
de YHWH qui les donne généreusement. En faisant mention de "en son temps" ( ATê[iB.)
et "en sa saison" (Ad+[]Am)B.) on revient au contexte des cycles agraires qui ne sont pas
contrôlés par les Baals, mais par YHWH.
2,12-15: C'est une variante de tout ce qui a précédé avec quelques éléments
nouveaux et un final expressif. Voyons les correspondances:
v. 12: parties honteuses (génitales) nudité (v. 5a)
v. 13: fêtes
v. 14: plantes se situent entre "terre" (v. 7bc) et fruits (v. 11a)
v. 15a: baals amants (vv. 7.9)
v. 15b: courir après courir après (v. 7b)
Le v. 15a identifie les personnages et les actions des versets précédents. Le procès
entamé au v. 4 conclut avec un verdict de condamnation. Puisque la femme n'a pas changé, il
n'y rien à attendre après ce procès. Mais c'est vraiment ainsi?
v. 12: Les amants contempleront sans peine l'humiliation de l'adultère 15 et ils
n'essaieront ni pourront rien faire pour empêcher le châtiment que va lui infliger son mari.
v. 13: Les solennités religieuses (d[eAm) sont des jours de rencontre avec YHWH
et avec les concitoyens. Le peuple voulait les garder en même temps que les cultes de la
fertilité, mais ils sont incompatibles16.
14
Le verbe hf[ + l plus le complément signifie "convertir en", "transformer", "falsifier", "fabriquer".
15
Sur la "nudité publique", cf. Is 47,3; Na 3,5; sur "l'infamie", cf. Dt 22,21; Jg 20,10.
16
Il y a un jeu de mots entre yTiB;v.hi (faire cesser) et HT'_B;v; (shabat).
17
Cf. Is 7,23-25; Mi 3,12. Sur la "vigne" ou plutôt la "treille" et sur le "figuier", cf. 2 R 4,39; Mi 4,4.
12
"salaire de la prostitué" (hn"t.a,)18: la prostitué demandait ylI !t,Ti hm; = "que me
gage te donnerai-je?" (Gn 38,16.18). Les "bêtes sauvages" (hd<)F'h; tY:ïx;) son un
élément nouveau qui suggère l'intervention des puissances étrangères ennemies (cf. Ps 80,9-
14).
v. 15: Par la voie du syncrétisme, de l'amour partagé, elle arrive à l'abandon du
mari. L'infidélité à son mari est une démonstration de son oubli 19 et celui-ci n'est pas la preuve
que l'amour est fini? Si elle l'a oublié et il a rompu avec elle, on dirait qu'une histoire d'amour
est conclue. Mais, malgré tout, il n'arrive pas à oublier (cf. Is 49,15). Si elle ne change pas,
c'est bien lui qui devra alors changer, c'est-à-dire, il devra persévérer dans son amour constant
et invincible; il devra passer d'un amour trompé et déçu à un amour compréhensible et
généreux; il devra changer de stratégie, c'est-à-dire, retourner aux commencements, à l'amour
des origines. Il faudra, à la place de se venger, reconquérir le premier amour et il devra le faire
tout seul, sans intermédiaires. Les menaces seront remplacées par les paroles amoureuses et
au procès succédera lui faire la cour avec passionnément.
1. Genre littéraire
Nous avons un changement. Nous passons du genre littéraire byrI au genre littéraire
"oracle de salut". Le lien avec ce qui précède se réalise, du point de vu littéraire, à travers la
particule !kel'.
2. Division du texte
3. Commentaire
2,16-17: L'axe est formé par deux verbes: rbd / hn[: il parle et elle répond. Tout
commence avec une séduction à l'envers. Si dans d'autres textes, "séduire" signifie simuler
amour pour abuser d'une personne, particulièrement d'une femme (cf. Ex 22,15; Jr 20,7), ici,
par contre, l'amant détourne l'attention de la femme et la trompe pour renouer les relations.
v. 16: Le verset commence de manière emphatique avec un dédoublement de la
forma normale ynIn>hi20 par ‘ykinOa'( hNEÜhi pour bien marquer l'initiative de ce
qui va suivre:
Conduction au désert pour y être seuls, sans distractions possibles, où la pure
présence mutuelle leur fera tout oublier, où tous les deux, tous seuls, rempliront
l'espace (Ct 7,12). Le "désert" est l'espace des anciennes fiançailles (Jr 2,2). C'est
pourquoi, le retour aux endroits, aux lieux des premiers amours, est réveiller des
souvenirs, raviver des nostalgies21. Comme signale E. Jacob, "le désert est selon
Osée et selon l'ensemble de la tradition lévitique le lieu de création du peuple
d'Israël; la voie de la re-création passe donc nécessairement par le désert"22
Les "vignobles" (~ymir"K.), déjà octroyés dans le désert (Dt 6,11; Jos 24,13),
sont une sorte de dot.
avec un seul verbe: elle "répond" (ht'n>["Üw>) comme autre fois, ils renouent
leur relation et revit la jeunesse.
2,18-19: Comme bien indique E. Jacob, le contenu de cet oracle est tout à fait
antibaal, jusqu'au point de disparaître du vocabulaire le nom de Baal, tellement il sera
odieux26.
seulement "mon mari" ("mon homme"), yli([.B; est un terme ambiguë, puis qu'il peut
signifier "mon mari", "mon maître", "mon seigneur", "mon baal", c'est-à-dire, "mon idole".
On peut donc confondre le Seigneur (YHWH) avec les faux dieux ou en faire de lui un dieu
de plus d'une série de dieux. Avec l'appellation yvi_yai il n'y aura plus de confusion, parce
que le mari légitime n'est pas interchangeable. Par ce nom, l'épouse reconnaît les droits de son
unique mari, répond à son amour et annule la rupture formule au début (v. 4).
v. 19: Alors, Dieu ôtera non seulement de sa bouche, mais aussi de sa mémoire le
nom des idoles.
2,20-22:
. Il y a ainsi une série d'allusions: Akor (rAkß[') sonne comme "stérile" (rq'['); vallée (qm,[e) / porte
25
xj;b,l' bv;y" (habiter en paix / tranquille / en sécurité) pour xj;b,l' bk;v' (se coucher en
paix / tranquille / en sécurité) semble introduire, dans ce contexte, une connotation du type
sexuelle.
vv. 21-22: La formule des fiançailles est solennelle avec la triple répétition du verbe
fra et l'énumération des dons ou du prix et annule ainsi la sentence du début (v. 4). Le
Seigneur paie un nouveau prix29, non pas avec des bien matériels, mais avec des attitudes et
28
Concernant les animaux, cf. Is 11,6-8; Ct 2,15; concernant la guerre, cf. Is 2,4; 9,4; Mi 5,9-11; Ps 76,4.
29
Selon 2 S 3,14, la préposition B. introduit le prix payé pour l'épouse.
16
Au triple "je te fiancerait" (%yTiîf.r:aew>)30 de l'époux (vv. 21a.21b.22) répond
matrimonial le verbe [dy a un fort et bien connu sens sexuel (cf. Gn 19,8; Nb 31,17; Jg
11,39, etc.)31.
2,23-25: Le cycle de la fécondité est rétabli, celui-là justement que l'épouse avait
cherché inutilement chez les idoles. Cette fécondité embrassera les fruits agricoles et les
enfants; le lien entre les deux sera Yizréel, (la[,(r>z>yI = "Dieu sème")32. La réponse de
Dieu est énoncée explicitement dans le texte dans un ordre inverse à celui d'une demande,
implicite dans le texte. L'ordre de cette demande commence, donc, par le nom de Yizréel qui
fonctionne comme sentence grammaticale: demande adressée aux fruits, ceux-ci passe la
demande à la terre, celle-ci demande au ciel d'être fécondée et celui-ci demande à Dieu
d'envoyer la pluie. Dieu répond à cette demande du ciel, celui-ci, en envoyant la pluie, répond
à la terre qui, à son tour, répond aux fruits en les produisant et ceux-ci répondent à la
demande initiale.
v. 23: Dans ce verset nous voyons le côté féminin de l'élément ( #r<a,) "terre" /
"pays" qui apparaît trois fois (vv. 23.24.25), de même que "fiancer" (vv. 21a.b. 2). Deux mots
dont la prononciation est assez semblable: #r<a, / fra. Cette terre est réaffirmée dans son
symbolisme féminin et maternel, étendue et fécondée par le sperme céleste, puisque la "terre"
dépend de l'eau tombée du ciel (Dt 11,10-12).
30
Le terme fra s'utilise pour parler des noces d'une jeune "vierge" et non d'une femme qui a déjà été mariée (cf.
TOB, pp. 1100-1101, note "v"). La triple répétition est une manière d'exprimer en hébreu le superlatif, l'aspect
absolu de ces noces.
31
Quelques manuscrits et la Vulgate ont restreint le sens en ajoutant "que je suis le Seigneur".
32
Sous la signification de ce nom est sous-jacent le rite sacré du mariage, de l'ensemencement de la femme par
l'homme, mais la semence signifie aussi le commencement, le nouveau départ, la possibilité pour le peuple d'une
reprise de son histoire
17
v. 24: Les trois produits de la terre (blé, vin, huile) sont les mêmes du v. 10a. Á
l'unique "répondre" (hn[) du grand changement (v. 17b) correspondent les cinq "répondre"
des vv. 23a.b.c.24a.b.
v. 25: Le nom Yizréel ("Dieu sème" ou "ensemence") résonne au début du verset:
"Je l'ensemencerai pour moi dans le pays" (#r<a'êB' ‘yLi h'yTiÛ[.r:z>W). Comme
explique E. Jacob, "le rite du mariage sacré, de l'ensemencement de la femme par l'homme est
clairement sous-jacent, mais la semence est aussi le commencement, le nouveau départ en
général. Ce sera pour le peuple la possibilité d'une reprise de son histoire, avec une prose de
conscience renouvelée de sa réalité de peuple de l'alliance" 33. En effet, nous avons une
formule d'alliance: "et je dirai à Lo-Ammi: «Tu es mon peuple»" (hT'a;ê-yMi[; ‘yMi[;-
al{)l. yTiÛr>m;a'w>)34 qui annule celle de 1,9: ~k,l' hy<h.a,-al{ ykinOa'w>
yMi[; al{ ~T,a; yKi ("car vous n'êtes pas mon peuple et moi je n'existe pas pour vous").
IV. CONCLUSION
cadre simplement juridique qui pourrait être impliqué dans le terme ds,x,. Mais cette forme
originale d'interpréter l'amour divin avait provoqué, sans doute, un grand scandale parmi les
contemporains du prophète35.
YHWH aime (bha) Israël d'un amour semblable à celui d'Osée pour Gomer, sa
femme (1,3). Cette femme infidèle (1,2; 3,1) qui court derrière ses amants (2,7.9.15), est
l'image d'Israël, épouse de YHWH, qui se prostitue avec les idoles (2,10.15; cf. 3,1; 4,18;
9,10) et les nations étrangères, en se prosternant devant leurs dieux (7,11s; 8,9-11).
Ce comportement adultère est une déchéance pour Israël, se dégradant jusqu'à la
catégorie de vulgaire prostitué bon marché et provocant la colère de YHWH, son époux,
33
E. JACOB, op. cit., p. 33.
34
Cette fórmule hT'a;-yMi[; yMi[;-al{l. yTir>m;a'w> ressemble à (~k,yhel{a/) ~k,l'
hy<h.a,-al{ ykinOa'w> yMi[; al{ ~T,a; yKi de 1,9 mais en forma negative. Ces expressions
rappellent les formules d'alliance de Ex 6,7 (yli ~k,t.a, yTix.q;l'w> ~yhil{ale ~k,l' ytiyyIh'w>
~['l.), ainsi que celle de Jr 31,33 (~yhil{ale ~h,l' ytiyyIh'w> ~['l. yli-Wyh.yI hM'hew>) et
celle de Ez 37,23 (~yhil{ale ~h,l' hy<h.a, ynIa]w: ~['l. yli-Wyh'w>).
35
Cf., DTAT, cols. 121-122.
18
jusqu'au point de lui faire dire: ~t'b'h]a; @seAa al{ ("je ne les aimerai plus": 9,15) et le
pousse à rompre les relations matrimoniales, en la répudiant: Hv'yai al{ ykinOa'w>
yTiv.ai al{ ayhi-yKi ("car elle n'est pas ma femme, et moi je ne suis pas son mari ":
2,4). Cette relation qui correspond à la forme normale de concevoir le mariage dans l'AT 36, ne
sera pas, cependant, la réponse définitive de Dieu, puisque un tel comportement supposerait
"le renoncement de Dieu à être Dieu"37 et YHWH est Dieu et non pas homme (11,9). C'est
pourquoi, l'amour finira pour triompher définitivement et généreusement (2,17-25; cf. 14,5).
Cet amour généreux est d'une qualité exclusive à Dieu, c'est l'amour compatissant,
Sauf en 14,4, où le terme fait partie d'une confession de foi, la racine ~xr n'apparaît
que dans les deux premiers chapitres. Osée présente ce comportement divin de forme
antithétique: au premier élan de colère, manifesté par un refus sans pitié à aimer (2,6; cf.
1,6.8), YHWH finit par répondre avec un élan empreint d'amour miséricordieux (2,3.21.25).
Cet amour, uni au ds,x,, est à la base de toute l'histoire de l'alliance entre YHWH et son
peuple: ~ymix]r;b.W ds,x,b. (2,21) et lui seul est capable de trouver une solution
remarier avec elle (fra: 2,21a.21b.22). Cette action de Dieu par laquelle il transmettra à
l'épouse (Israël) "la justice et le droit, l'amour et la tendresse (miséricorde)" (2,21), comme
cadeau de noces, comme dot, la rendra capable de "répondre": yviyai = "mon mari" (2,18).
Osée a compris, cependant, que l'amour humain comme réponse à l'amour divin est
vécu dans le contexte de l'alliance et des relations qui en découlent. D'où le fait qu'il utilise,
36
Cf. DTAT, col. 122.
37
G. QUELLE, TDNT, vol. I, p. 32.
38
Dieu aime avec un amour compatissant et miséricordieux. C'est pourquoi, d'autres traduisent: "j'aurais pitié de
Lo-Ruhamah" (BJ). Osée utilise uniquement la racine ~xr pour parler de l'amour de YHWH pour son peuple et
jamais pour exprimer l'amour de celui-ci pour YHWH ou pour d'autres membres du peuple.
19
pour exprimer cet amour la racine dsx. Dans ce contexte d'alliance, donc, le ds,x, divin
(2,21) exige comme réponse adéquate le ds,x, humain (cf. 12,7), de sorte que cet "amour
loyal" (ds,x,) devient l'essence même de la religion d'Israël, ce qui donne sa véritable valeur
à toutes ses manifestations (6,6).
Or, Dieu / Époux est le seul qui peut provoquer et rendre possible cette réponse
humaine qu'il exige. Mais cette réponse, la femme / épouse n'est pas capable, par ses propres
forces, de la donner d'elle-même: cet amour humain, comme réponse, continue d'être un don
de Dieu qu'il faut mettre en pratique au jour le jour, parce que l'alliance que Dieu renouvelle
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