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Les collisions
engins-piétons
S
ouvent, lorsqu’une l’étude sur la prévention des col- La séparation des flux Choc, écrasement
entreprise se penche lisions engins-piétons à l’INRS. de piétons et d’engins et vidéo
se traduit par des
sur la question des Or les dispositifs techniques allées de circulation
Le risque de collisions engins-
collisions engins-pié- pour améliorer la visibilité au distinctes, délimitées piétons, c’est le choc, le heurt
tons, c’est qu’elle a poste de conduite ou détecter par de la peinture ou l’écrasement (contre l’engin
subi un accident. Sous le choc, des piétons, s’ils se révèlent au sol au minimum ou, lui-même ou contre un obstacle)
elle veut une solution immédiate indispensables, ont des limites. mieux, des barrières d’un piéton lors du déplacement
physiques.
et se tourne vers la technique Ils doivent s’inscrire dans une d’un engin. « Pour une nive-
en pensant qu’elle résoudra le démarche globale : « Dans un leuse, par exemple, ce sont les
problème. » Tel est le constat premier temps, les entreprises risques liés à ses manœuvres de
de Pascal Lamy, responsable de doivent travailler sur l’organi- recul ou d’avancée à l’avant ou
© Gaël Kerbaol/INRS
(contre l’engin ments que les sols et la circu-
lui-même ou contre lation doivent être pensés afin
un obstacle)
d’un piéton lors
notamment d’éviter les courbes
du déplacement et de limiter les manœuvres.
d’un engin. « Mais ces principes ne sont
pas toujours faciles à mettre en
à l’arrière, voire les risques de type survient, il est générale- œuvre, remarque Michel Granier,
coincement sur les côtés mais ment grave, voire mortel. » principalement sur les chantiers
pas les risques liés aux dépla- de BTP, où on est tributaire d’un
cements des éléments mobiles Séparer les flux environnement qu’on ne maî-
tels que la lame », décrit Pas- Alors, quelle démarche adop- trise pas. C’est difficile d’avoir
cal Lamy. « Ce que nous appe- ter ? D’abord, penser à l’organi- des voies séparées, elles ne sont
lons engins, c’est une famille de sation. « Il faut séparer autant pas forcément balisées et les
matériel motorisé, non immatri- que possible les flux de piétons engins peuvent aller vite… »
culé, comme les engins de chan- d’un côté et d’engins de l’autre », Lorsque l’organisation atteint
tier, les nacelles, les chariots de indique Michel Granier, tuteur ses limites, des engins et des
manutention… Ils se retrouvent dans l’enseignement à distance piétons sont amenés à coha-
principalement sur les chantiers pour l’INRS, spécialiste de la biter
: la technique peut alors
de BTP, les usines de collecte et
tri des déchets et la logistique »,
complète Alain Le Brech, res-
ponsable du pôle Construction
manutention levage et transport
à l’INRS.
Lors de manœuvres ou de mises
C’est dès la conception des bâtiments
à quai des camions, la problé- que la circulation doit être pensée
matique est similaire. Sur les afin notamment d’éviter les courbes
325 accidents graves ou mortels
recensés dans la base Epicéa de
et de limiter les manœuvres.
l’INRS entre 1997 et 2007, 42%
concernaient le transport rou-
tier (lors de manœuvres de recul
ou de mise à quai de camions),
25 % la logistique, la grande question. Cela se traduit par des venir compléter le dispositif.
distribution et l’agroalimentaire, allées de circulation distinctes, Après analyse des situations
24 % le BTP et 9 % le ramassage délimitées par de la peinture au à risques, certains systèmes
et tri des déchets. Au niveau de sol au minimum, ou, mieux, des peuvent s’avérer utiles, voire
la Cnamts, le nombre d’accidents barrières physiques. Lorsqu’il y indispensables.
impliquant des engins n’est pas a des portes, les passages des Première chose : améliorer la
identifié. « Mais, indique Pascal piétons et des engins doivent visibilité au poste de conduite.
Lamy, lorsqu’un accident de ce être séparés car, même si ces « Pour prévenir les collisions, il
➜
11 304 accidents avec
arrêt, 1 517 accidents avec invalidité
200 000, 1 085
c’est l'estimation du
accidents de travail
d’accrochage de piéton par un véhicule
permanente et 112 accidents mortels parc d’engins ont été recensés en 2011 par la CNAMTS
ont été causés par des engins de chantier en 2012. (tous types de véhicules) dont 10 ont
de terrassement, tous accidents entraîné un décès.
confondus, entre 2001 et 2011.
(Source : CNAMTS.)
collisions engins-
piétons existent, de l’espace et du travail rend
à l’instar de celui-ci parfois possible une séparation
qui prévient par complète des flux. Le risque est
un signal lumineux alors éliminé. Un cas idéal, qui
la présence d’un
individu dans la zone
dépend des contraintes du tra-
de manœuvre vail et de l’environnement. n
du véhicule. L. C.
Travail & Sécurité. De quels vitesse Rhin-Rhône, qui a duré OPPBTP et services de santé au
constats est partie la Carsat plus de cinq ans, pour sensibili- travail. Nous avons aussi tra-
Bourgogne-Franche-Comté ser les entreprises à la prévention vaillé avec les CSPS, notamment
pour faire progresser la pré- des risques de collisions engins- sur la partie ferroviaire. Il y a eu
vention sur les chantiers et piétons. Concernant l’organisa- des réticences de la part de cer-
dans les entreprises de la tion, nous avons réfléchi avec taines entreprises, dues aux coûts
région ? l’ensemble des acteurs du chan- importants, en équipements et en
Jean-Paul Pion, contrôleur de tier sur des aspects précis : limita- formation, liés à l’installation de
sécurité à la Carsat Bourgogne- tion des croisements de flux, pha- caméras de recul. Mais au final,
Franche-Comté. Le constat est sage des approvisionnements, toutes ont plutôt bien joué le jeu
à la fois simple et tragique : en attention particulière aux terras- et, surtout, compris l’intérêt de
dehors de ce qu’on appelle les sements. Concernant le person- ces équipements pour elles-
« presqu’accidents » dans le jar- nel, nous avons œuvré pour la mêmes et leurs salariés.
gon des préventeurs, une colli- mise en place de formations obli-
sion entre un engin de chantier gatoires, avant accès au chantier, Quel bilan en tirez-vous ?
et un piéton entraîne souvent de tous les salariés concernés: les J.-P. P. La signature de cette
un décès, ou des blessures très compagnons bien sûr, mais éga- charte a entraîné la généralisa-
graves. C’est donc une préoccu- lement les chauffeurs, les person- tion sur le chantier de ces sys-
pation prégnante qui doit être nels de contrôle, l’encadrement. tèmes d’aide visuelle. Mais les
présente à l’esprit des entre- En ce qui concerne les solutions retombées ont été plus signifi-
prises, mais aussi de l’ensemble techniques, nous nous sommes catives : actuellement, dans la
des donneurs d’ordres : concep- appuyés sur la relation avec les région, selon les départements,
tion, maîtrise d’ouvrage, maîtrise maîtres d’ouvrage, en insistant entre 50 % (en Bourgogne) et
d’œuvre… Les récits d’accidents sur la nécessité et l’efficacité 90 % (en Franche-Comté Nord)
montrent que, bien souvent, ce d’une signalisation provisoire de des camions et engins en sont
sont des défaillances au niveau chantiers. Avec Réseaux ferrés de équipés. Comme de nombreuses
de l’organisation des chantiers, France, nous avons impulsé un entreprises ont également une
des plans de circulation ou du travail qui a conduit à la signature assise nationale, nous espérons
phasage des travaux qui sont les d’une charte avec les entreprises vivement avoir contribué à amé-
causes principales des drames. détenant les différents lots. Cela liorer la prévention des collisions
Les solutions techniques parti- a conduit à l’obligation d’équiper engins-piétons, dans la région et
cipent à une meilleure limitation tous les engins circulant sur le aussi au-delà. Sans oublier les
des risques, mais la réflexion sur chantier de caméras de recul. mesures organisationnelles et
l’organisation est essentielle en de formation. Le plus important
amont. Est-ce que ça a été difficile de est de privilégier un dialogue
faire accepter cet équipement ? dynamique et constructif avec
Quelles ont été les actions J.-P. P. Le travail préparatoire sur les entreprises de toutes tailles,
menées pour limiter les risques la charte a été effectué avec l’en- de façon à les convaincre de la
de collisions ? semble des organismes intéres- nécessité de progresser aussi en
J.-P. P. Nous avons profité du sés par la prévention des risques matière de sécurité. n
chantier de la ligne à grande professionnels : Carsat, Direccte, Propos recueillis par A.B.
Le chantier de la LGV Rhin-Rhône
Le chantier de la branche Est de la ligne à grande vitesse a contribué à l’amélioration des conditions de vie et de travail
Rhin-Rhône (Dijon-Mulhouse) a mobilisé, de 2006 à 2011, des salariés. À la suite d’une concertation avec le maître
plus de 3 000 personnes de tous les corps d’état en travaux d’ouvrage, des « bases de vie secondaires » ont été installées
publics ferroviaires et routiers. Ainsi que le rappelle Jean-Paul tout au long des 140 km du tracé.
Pion, Réseaux ferrés de France, en tant que maître d’ouvrage, En savoir plus : « Sécurité sur toute la ligne ». Travail & Sécurité n° 687,
a travaillé avec la Carsat Bourgogne-Franche-Comté septembre 2008, p. 42-45. Consultable sur : [Link].
et l’Inspection du travail dès les phases préparatoires
du chantier, notamment sur l’élaboration du PGC SPS (Plan
général de coordination – sécurité et protection de la santé)
avec le coordonnateur SPS. Une autre action de la Carsat
F
ournisseurs, clients, Pour éviter que trop
salariés de l’entreprise, de monde circule
à pied, dans des véhi- en même temps,
les camions de
cules légers, des chariots l’entreprise partent
élévateurs ou des poids tôt le matin, avant
lourds… Avec environ mille mou- l’ouverture aux clients
vements entrants et sortants par à 7 h 30. Et, autant
que possible, les
mois, les coactivités sont nom-
la proximité des zones de char- alors de séparer les flux. Une solu- mis à leur disposition. Ils sont
gement et des produits, ce qui tion possible a été alors d’agran- aussi affichés aux deux entrées.
limite les déplacements intem- dir l’entrée existante pour faire Concernant les transporteurs, un
pestifs », remarque Didier Mura. deux voies, ou d’aménager les Des sens de protocole de sécurité a été établi.
Les avantages d’une telle orga- horaires, certaines heures étant circulation sont Il indique le plan de circulation
nisation sont multiples : le gain dédiées aux clients, d’autres aux définis et des et certaines règles comme les
marquages au
en termes de productivité, mais livraisons. Mais cela reste com- sol indiquent le priorités, l’interdiction de rester
aussi la limitation des chutes de pliqué à mettre en œuvre. cheminement des à proximité du camion pendant le
plain-pied et des manutentions « Cette organisation est bénéfique piétons le long des chargement ou encore l'obligation
manuelles, « qui sont des risques pour nous. C’est plus aéré, la cir- axes de circulation du port de chaussures de sécurité
des voitures,
importants dans ce type de sec- culation est plus claire, nous ne mais aussi
et d’un gilet fluorescent. Chaque
teur », rappelle Pascal Poupon- craignons pas d’avoir un client en pleine voie, entreprise ayant un contrat avec
neau, contrôleur de sécurité à la à côté, ce qui peut être dange- pour les traverser. Camozzi doit le signer.
Carsat Midi-Pyrénées, qui a aidé
l’entreprise dans sa démarche.
« Enfin, certaines zones dan-
gereuses sont accessibles uni-
quement à nos engins, pas aux
clients, indique Didier Mura. Par
exemple, les zones de stockage
et de chargement de matériaux
de grande dimension, comme
le plancher hourdi, qui mesure
plusieurs mètres et dépasse du
chariot élévateur – ce qui aug-
mente les risques de heurts –,
sont fermées au public. » Un plot
vient empêcher les véhicules de
pénétrer dans l’allée.
Un bénéfice partagé
par tous
Pour aménager le premier site
© Vincent NGuyen pour l’INRS
O
n a souvent ten- de repartir chargés de balles. survenu en 2009 a été diffusé à
dance à se dire Entre-temps, les papiers-cartons toutes les équipes. « Il n’y a pas
que cela n’arrive ainsi que certains plastiques et mieux pour marquer les esprits »,
qu’aux autres, encombrants sont manipulés par assure Jean-Louis Mouniee, res-
jusqu’au jour où des chariots ou des pelles indus- ponsable d’exploitation du site.
l’accident a lieu. » Luc Le Quin- trielles. De fait, piétons et véhi- Un groupe de travail intégrant
trec, directeur opérationnel chez cules se retrouvent souvent au des opérateurs, le service QHSE,
Veolia propreté Rhin-Rhône, a même endroit au même moment. des fabricants de matériel et le
conscience qu’un drame a été Le risque de collision augmente CHSCT a par la suite été mis en
évité de justesse au centre de tri alors avec l’intensité de l’activité place.
de Chassieu, situé à proximité et les aléas (intempéries, retards, À l’issue de cette démarche par-
de Lyon. En 2009, un chariot a pannes…). ticipative, le choix s’est porté
heurté un salarié. Il y eut plus de La première étape du projet de sur des mesures permettant de
peur que de mal. Néanmoins, cet prévention initié à Chassieu séparer autant que possible les
accident ainsi que d’autres sur- visait à sensibiliser les salariés. flux d’engins et de camions des
venus dans le groupe ont poussé Pour ce faire, le film de l’accident flux de piétons. Et ce, en inter-
Veolia à agir pour réduire les
risques liés aux collisions entre
engins et piétons.
Dans ce but, la décision a été
prise par Veolia de désigner le
site de Chassieu comme l’un des
centres pilotes. Sur place, envi-
ron 40 000 tonnes de papiers-
cartons sont triées et recyclées
chaque année. Ces déchets
proviennent principalement
des entreprises. Ils sont ensuite
revendus sous la forme de balles
aux papetiers en France ou à
© Fabrice Dimier pour l’INRS
Le recyclage du papier
Le recyclage des papiers et des cartons permet de réutiliser enfin mélangées à de l’eau pour former une nouvelle pâte à
plusieurs fois les fibres de cellulose qu’ils contiennent. Ces papier. Les journaux et les magazines sont généralement
matériaux sont tout d’abord broyés puis plongés dans de l’eau transformés en feuilles de papier. Les cartons sont pour leur
chaude à l’intérieur d’une grande cuve appelée pulpeur. Ce part transformés en feuilles de carton. Quant aux briques
procédé permet de séparer les fibres de cellulose des autres alimentaires, elles sont utilisées comme papier toilette,
matériaux. La pâte ainsi formée est ensuite débarrassée de ses serviettes en papier ou papier cadeau notamment.
impuretés (plastique, colle, agrafes…) par filtration sous pression.
L’étape suivante consiste à ajouter de l’oxygène ou du savon
pour séparer l’encre du mélange. Les fibres récupérées sont
Interview
Jean-Louis Mouniee, responsable d’exploitation du site.
« Chaque jour, des dizaines de sécurité. Celui-ci précise par exemple
conducteurs se rendent sur notre les zones de circulation autorisées.
© Fabrice Dimier pour l’INRS
I
la prévention, mais l’enrichir. Or,
l faut oser le dire : les risques à des collisions entre un engin Les risques de sur de nombreux chantiers, la
de collisions engins-piétons, et un piéton, poursuit-il. Il était collisions engins- vigilance était à la baisse dès que
piétons font partie des les salariés savaient qu’un dis-
ce sont autant de possibili- urgent de réagir : nous avons
principaux risques
tés d’occurrences d’écrase- constitué un groupe de travail identifiés sur le positif de détection était installé
ments mortels de salariés. » interne, avec nos responsables chantier des Buttes- sur les engins. Les conclusions
Un constat en forme d’avertisse- matériels et nos responsables Chaumont, à Paris. du groupe de travail allaient
ment que lance Hugues Decou- d’exploitation. » dans le même sens : il n’existe
dun, directeur PSET (prévention, Le groupe a également sol- pas de système ou de dispositif
santé et environnement du tra- licité des personnes d’orga- à la fois universel et unique pour
vail) chez Colas. « En 2006- nismes extérieurs – notamment diminuer les risques d’écra-
2007, nous avons eu à déplorer la Cnamts, l’INRS et quelques sements. « Les composantes
une série d’accidents de travail constructeurs comme Caterpillar organisationnelles et humaines
mortels par écrasement, tous liés – pour faire avancer la réflexion. apparaissaient, clairement et
trop souvent, comme négligées liers, notamment lors des quarts certains sont obligatoires, avant
au profit de recherches de solu- d’heure sécurité de début de l’accès au chantier. « Lors des
tions techniques (bips, camé- semaine (starters). « En particu- starters, nous revenons sur les
ras de recul…), insiste Hugues lier, les risques liés aux collisions risques particuliers qui ont fait
Decoudun. Or, nous devons évi- engins-piétons, mais aussi aux l’objet d’accidents, sur l’en-
demment travailler sur les deux travaux en tranchées, aux inter- semble des chantiers du groupe,
aspects en complémentarité, en Aucun des véhicules ventions à proximité de réseaux sur le PPSPS 1… », continue le
privilégiant l’attention aux per- de Colas, ou de (eau, gaz…), aux manutentions chef de secteur.
sonnels, par le biais de la sensi- ceux de leurs sous- manuelles et mécaniques…, Outre l’accueil de sécurité pour
traitants, ne peut
bilisation, de l’information et de pénétrer dans le parc
précise Yannick Roussel, chef de les nouveaux arrivants, l’entre-
la formation. » sans l’autorisation secteur à l’agence Screg, filiale prise a procédé au repérage des
Pour cette raison, une campagne du chef de chantier. de Colas, de Gennevilliers. Si on réseaux existants, au contrôle
d’information a été organisée des engins (en particulier de
en mars 2012, pendant une levage), au rappel des consignes.
semaine, sur l’ensemble des Tous les engins sont équipés de
filiales du groupe : un clip vidéo bips de recul, et les plus impor-
a été projeté à tous les person- tants (camions…) disposent éga-
nels intervenant sur les chan- lement de caméras pour visuali-
tiers, même occasionnellement.. ser la face arrière. Les accès au
Objectif : marquer durablement chantier sont strictement régle-
les esprits et faire en sorte que mentés : « Aucun de nos véhi-
tous, sans exception (piétons cules, ou de ceux de nos sous-
et conducteurs, compagnons traitants, ne peut pénétrer dans
et encadrement ou personnels le parc sans l’autorisation du
extérieurs), se sentent respon- chef de chantier, explique Yan-
sables et deviennent réelle- nick Roussel. Ensuite, l’un de nos
ment attentifs. La réflexion sur salariés, préalablement formé
le risque a été systématisée. en tant que responsable trafic,
Sur le terrain, pour l’ensemble accompagne le véhicule jusqu’à
des chantiers, sont prévus : une sa destination sur le chantier. Il
séparation des flux ; un phasage s’assurera de son départ dans
des opérations, afin d’éviter trop les mêmes conditions. » Le parc
© Philippe Castano pour l’INRS
L’
événement a marqué logie a consisté à analyser fine-
les esprits. En février ment l’activité, et notamment les
2011, un employé de la types de coactivités entre piétons
papeterie Norske Skog à et engins rencontrés.
Golbey, dans les Vosges, « Paradoxalement, avant cet
a été victime d’un accident mortel accident, nous nous inquié-
en zone d’expédition, à la suite tions plus pour les chauffeurs
d’une collision avec un chariot extérieurs que pour notre per-
automoteur. Avec 411 salariés, sonnel. Ce dernier, selon nous,
deux machines à papier et une avait mieux intégré les risques
production de 600 000 tonnes inhérents à ses fonctions et les
par an de papier pour quotidiens consignes mises en place pour
et papiers pour publicités, il s’agit les éviter », observe Olivier Clau-
d’une des plus grandes papete- don, coordinateur sécurité. Toute
ries d’Europe. Très rapidement l’activité a ainsi fait l’objet d’une
après l’accident et les mesures analyse très poussée, sous forme
© Gaël Kerbaol/INRS
500 000 tonnes
de journaux, magazines et
4 300 km de papier journal
sur une largeur de 10 mètres sont
60 camions sont
chargés chaque jour ainsi
publicités sont recyclées produits toutes les 24 heures à que 25 wagons sur le site
chaque année dans l’usine l’usine de Golbey, ce qui équivaut de Golbey. Au total, entre
de Golbey. Cela représente à la distance entre Golbey et le 250 et 300 camions circulent
l’équivalent de la collecte Cap Nord. La plupart des grands sur le site quotidiennement.
sélective auprès de 25 millions titres de la presse quotidienne
de Français. européenne sont imprimés sur
du papier Norske Skog.
Bourguignon, responsable logis- sés par les caristes pour interdire tri y a été installée à proximité
tique. Une quinzaine d’engins provisoirement l’accès à certaines d’un mur anti-bruit, construit
circulent en zone expédition, zones de l’entrepôt lors d’inter- spécialement.
et sur l’ensemble du site, on en ventions mécaniques... Si l’aménagement apporte glo-
compte une cinquantaine. Une L’analyse effectuée aux quais balement satisfaction, en suppri-
étude des possibilités de réamé- route a ensuite été étendue au mant le risque de collision sen-
nagements des zones de préchar- quai fer, là où sont effectuées les gins-piétons, il a créé d’autres
gement a été réalisée. expéditions de bobines de papier contraintes. « Le local n’est pas
L’organisation du travail a été par voie ferrée. Cela a aussi insonorisé, on pensait que la
modifiée pour que les phases donné lieu à des aménagements. cloison suffirait à isoler du bruit
d’approvisionnement aient lieu Comme en zone expédition, des ambiant, or ce n’est pas le cas,
en début de poste, en l’absence gyrophares ont été installés remarque Fabrice Deladiennée,
de chariots et de camions. Phy- au plafond tout le long du quai responsable du secteur pâtes-
siquement, des barrières ont été pour signaler la présence d’un énergies-fluides. Le local n’est
installées au niveau des quais de piéton. Dès qu’ils clignotent, les donc pas utilisé pour l’instant,
chargement. Lorsqu’une barrière conducteurs d’engins ont inter- une étude est en cours pour
est ouverte pour permettre le pas- diction d’approcher du quai. Ils l’insonoriser. Et avec une telle
sage d’un chariot, elle empêche ne doivent pas non plus manipu- organisation, il faut aussi veiller
le passage perpendiculaire des ler la rangée de bobines la plus à ne pas isoler l’opérateur dans
piétons. Et inversement. Quand proche du quai. son travail. »
un piéton se rend en zone de Dans l’entrepôt de réception « La démarche de l’entreprise
préchargement, il prend une clé des papiers récupérés, le risque est très intéressante, car ils ont
sur un tableau, ce qui déclenche exploré toutes les pistes possibles
des gyrophares dans la zone de et sont parfois revenus en arrière
préchargement et informe ainsi quand une solution n’appor-
en temps réel les caristes qui L’entreprise a exploré tait pas satisfaction », résume
doivent obligatoirement stopper toutes les pistes Christine Kolczynski, ingénieur-
leur engin.
possibles et, parfois, conseil à la Carsat Nord-Est. La
méthodologie avait en effet par-
Actions étendues elle est revenue en fois ses limites. « À se focaliser sur
à d’autres lieux
La sortie de la salle de contrôle
arrière quand une le risque de collision, on a eu ten-
dance à occulter d’autres risques,
était l’un des lieux identifiés solution n’apportait souligne Sandrine Mocœur. Il
comme étant le plus à risques car pas satisfaction. faut sans cesse accompagner
les caristes s’y garaient au plus les salariés, communiquer sur
près pour y accéder. Des bar- les changements. Les opérateurs
rières ont été installées pour déli- sont de plus en plus intégrés dans
miter un chemin piéton autour de collisions entre engins et les groupes de travail, de plus en
de la salle. Les conducteurs ont camions et entre engins et pié- plus entendus. Le fait que leur
par ailleurs pour consigne de se tons était aussi très présent. Une avis soit mieux pris en compte
garer de façon à sortir du chariot zone a été isolée au centre du leur permet de mieux accepter les
du côté de la barrière, sans avoir hall pour sécuriser le travail de changements. C’est à l’usage que
à contourner leur véhicule. « Il l’opérateur chargé du contrôle l’on constate si un dispositif de
faut mettre en œuvre des dispo- qualité. Délimitée par des plots sécurité est bon ou pas. Le côté
sitifs faciles à utiliser, qui soient autoroutiers en béton (pour offrir pédagogique est énorme dans
acceptés par tous », souligne une structure protectrice à la fois cette action. » Au final, deux ans
Pacal Barthélémy, responsable de résistante aux engins de la zone vont être nécessaires à la sécu-
l’entrepôt expéditions. À l’image tout en étant démontable en cas risation de l’entrepôt de papiers
des enrouleurs de rubalise et de besoin), cette zone a été équi- récupérés. n
des cônes de signalisation utili- pée d’un bungalow et la table de C. R.