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dossier

11

Les collisions
engins-piétons

© Vincent NGuyen pour l’INRS

12 La séparation des flux montre 18 Le recyclage fait son tri


n DOSSIER réalisé
la bonne voie
par Leslie Courbon, 20 Colas écrase les dangers
avec Antoine Bondéelle,
15 La Carsat BFC impose sa ligne
Cédric Duval
et Céline Ravallec
22 Une analyse exhaustive
16 Une organisation bien conduite des flux

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


dossier
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Engins et piétons ne font pas bon ménage. Pour prévenir le risque de collisions, la
première solution est de séparer les flux, afin que chacun évolue dans une zone qui
lui est propre. Mais il est rarement possible de les dissocier complètement et il persiste
souvent des zones de croisement ou de coactivité. Des dispositifs peuvent alors
aider le conducteur à mieux voir ou détecter les piétons.

La séparation des flux montre


la bonne voie
sation puis sur le couple visi-
bilité-détection », précise-t-il.
Mais pourquoi ne pas s’appuyer
uniquement sur un dispositif de
détection, qui donne l’alarme
lorsqu’un piéton est trop
proche ? «  Parce que, dans cer-
taines conditions, il peut être
défaillant, sans le signaler. Et,
même en état de fonctionner, il
peut ne pas donner l’informa-
tion attendue lorsqu’il est utilisé
dans des conditions imprévues »,
ajoute Pascal Lamy. Et manifes-
tement, accroître la visibilité au
poste de conduite ne suffit pas...
© Fabrice Dimier pour l’INRS

« Il est important de l’améliorer,


soit directement, soit avec des
rétroviseurs et des caméras,
poursuit-il. Le problème est que,
s’il y a trop d’informations, trop
d’écrans, le conducteur ne verra
pas partout en même temps. »

S
ouvent, lorsqu’une l’étude sur la prévention des col- La séparation des flux Choc, écrasement
entreprise se penche lisions engins-piétons à l’INRS. de piétons et d’engins et vidéo
se traduit par des
sur la question des Or les dispositifs techniques allées de circulation
Le risque de collisions engins-
collisions engins-pié- pour améliorer la visibilité au distinctes, délimitées piétons, c’est le choc, le heurt
tons, c’est qu’elle a poste de conduite ou détecter par de la peinture ou l’écrasement (contre l’engin
subi un accident. Sous le choc, des piétons, s’ils se révèlent au sol au minimum ou, lui-même ou contre un obstacle)
elle veut une solution immédiate indispensables, ont des limites. mieux, des barrières d’un piéton lors du déplacement
physiques.
et se tourne vers la technique Ils doivent s’inscrire dans une d’un engin. « Pour une nive-
en pensant qu’elle résoudra le démarche globale  : « Dans un leuse, par exemple, ce sont les
problème. » Tel est le constat premier temps, les entreprises risques liés à ses manœuvres de
de Pascal Lamy, responsable de doivent travailler sur l’organi- recul ou d’avancée à l’avant ou

Caméras : bien choisir son matériel


Le choix de l’angle de la caméra est fonction de la zone en compte. Il faut choisir du matériel de chantier, qui résiste
à couvrir. Il faut qu’elle couvre au minimum la totalité aux vibrations, températures extrêmes, projections diverses,
de la zone de danger, voire au-delà pour limiter les effets et pas des caméras à usage domestique. Par ailleurs, les
de la déformation au bord de l’image. La norme ISO 16001 caméras ont beaucoup de fonctionnalités (inverser l’image,
précise que le piéton doit avoir une taille d’au moins 7 mm régler la luminosité…) et il est nécessaire de verrouiller toutes
sur l’écran. L’INRS préconise 10 mm pour qu'on puisse celles qui ne sont pas liées à la qualité de l’image car elles
détecter un piéton en un coup d’œil. Sous réserve que peuvent être sources d’erreurs lors d’un changement de
cette condition soit remplie, la taille de l’écran importe peu conducteur.
et sera choisie selon la place disponible dans l’habitacle.
La robustesse mécanique des caméras est à prendre

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


dossier

dernières sont transparentes,


avec le temps, elles deviennent
opaques et empêchent les
conducteurs de voir les piétons.
Il est également nécessaire de
s’assurer que l’éclairage est suf-
Le risque de collisions fisant et que les sols sont en bon
engins-piétons,
c’est le choc, le heurt état et non glissants.
ou l’écrasement C’est dès la conception des bâti-

© Gaël Kerbaol/INRS
(contre l’engin ments que les sols et la circu-
lui-même ou contre lation doivent être pensés afin
un obstacle)
d’un piéton lors
notamment d’éviter les courbes
du déplacement et de limiter les manœuvres.
d’un engin. «  Mais ces principes ne sont
pas toujours faciles à mettre en
à l’arrière, voire les risques de type survient, il est générale- œuvre, remarque Michel Granier,
coincement sur les côtés mais ment grave, voire mortel. » principalement sur les chantiers
pas les risques liés aux dépla- de BTP, où on est tributaire d’un
cements des éléments mobiles Séparer les flux environnement qu’on ne maî-
tels que la lame », décrit Pas- Alors, quelle démarche adop- trise pas. C’est difficile d’avoir
cal Lamy. « Ce que nous appe- ter ? D’abord, penser à l’organi- des voies séparées, elles ne sont
lons engins, c’est une famille de sation. « Il faut séparer autant pas forcément balisées et les
matériel motorisé, non immatri- que possible les flux de piétons engins peuvent aller vite… »
culé, comme les engins de chan- d’un côté et d’engins de l’autre », Lorsque l’organisation atteint
tier, les nacelles, les chariots de indique Michel Granier, tuteur ses limites, des engins et des
manutention… Ils se retrouvent dans l’enseignement à distance piétons sont amenés à coha-
principalement sur les chantiers pour l’INRS, spécialiste de la biter 
: la technique peut alors
de BTP, les usines de collecte et
tri des déchets et la logistique »,
complète Alain Le Brech, res-
ponsable du pôle Construction
manutention levage et transport
à l’INRS.
Lors de manœuvres ou de mises
C’est dès la conception des bâtiments
à quai des camions, la problé- que la circulation doit être pensée
matique est similaire. Sur les afin notamment d’éviter les courbes
325 accidents graves ou mortels
recensés dans la base Epicéa de
et de limiter les manœuvres.
l’INRS entre 1997 et 2007, 42%
concernaient le transport rou-
tier (lors de manœuvres de recul
ou de mise à quai de camions),
25  % la logistique, la grande question. Cela se traduit par des venir compléter le dispositif.
distribution et l’agroalimentaire, allées de circulation distinctes, Après analyse des situations
24 % le BTP et 9 % le ramassage délimitées par de la peinture au à risques, certains systèmes
et tri des déchets. Au niveau de sol au minimum, ou, mieux, des peuvent s’avérer utiles, voire
la Cnamts, le nombre d’accidents barrières physiques. Lorsqu’il y indispensables.
impliquant des engins n’est pas a des portes, les passages des Première chose  : améliorer la
identifié. « Mais, indique Pascal piétons et des engins doivent visibilité au poste de conduite.
Lamy, lorsqu’un accident de ce être séparés car, même si ces «  Pour prévenir les collisions, il

11 304   accidents avec
arrêt, 1 517 accidents avec invalidité
200 000, 1 085
c’est l'estimation du
  accidents de travail
d’accrochage de piéton par un véhicule
permanente et 112 accidents mortels parc d’engins ont été recensés en 2011 par la CNAMTS
ont été causés par des engins de chantier en 2012. (tous types de véhicules) dont 10 ont
de terrassement, tous accidents entraîné un décès.
confondus, entre 2001 et 2011.
(Source : CNAMTS.)

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


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faut que le conducteur puisse
voir les piétons, et la priorité
caméra sur la visibilité directe,
ce qui augmente le nombre d’in-
Repères capable de résoudre totalement
un problème de collision », pré-
est qu’il puisse les voir directe- formations à surveiller simul- n certains cise Jean-Pierre Buchweiller,
ment, explique Jacques Marsot, tanément et rend plus difficile systèmes de chercheur au pôle sureté des
responsable de l’unité Ingénie- la détection d’un piéton par le détection de piétons systèmes automatisés à l’INRS.
rie de conception de systèmes conducteur. Ainsi, il y a quatre proposent une Différents dispositifs existent  :
sûrs à l’INRS. Mais la cabine ne fois plus d’erreurs de détection zone de préalerte ultrasons, radars, marqueurs
peut pas être ouverte à 360°. Il sur un écran divisé montrant et une d’alerte. radioélectriques pour lesquels le
y a forcément des zones mas- plusieurs zones en même temps Cette fonction est piéton doit être muni d’un badge,
quées ou des angles morts. Pour que sur un écran consacré à une à bannir. La zone analyse d’image, scrutateur
y remédier, on peut mettre des seule zone. D’autant qu’il ne faut d’alerte doit être laser… « La solution dépend de
miroirs, des caméras numé- pas oublier qu’un conducteur unique, avec une l’engin, de ce qu’on en fait, des
riques… » Et veiller à ce que le d’engin a déjà une tâche à effec- consigne simple qui zones dans lesquelles il n’y a pas
conducteur soit formé à l’utilisa- tuer. « Avec le laboratoire Ergo- correspond à l’arrêt de visibilité », explique Patrick
tion d’un système caméra-écran nomie et psychologie appliquées de l’engin lorsque le Bertrand, également chercheur
car c’est lui qui est responsable à la prévention de l’INRS, nous signal retentit. Le fait au pôle sûreté des systèmes
de son bon fonctionnement. avons fait une analyse ergono- d’avoir deux zones automatisés à l’INRS.
Mais c’est à l’entreprise, si elle mique avec une niveleuse, se augmente le nombre Par exemple, sur un chantier en
choisit de mettre en place des rappelle Pascal Lamy. Selon le d’alarmes et donc le extérieur, le système de mar-
caméras, de former ses conduc- type de chantier, le conducteur risque de ne pas être queurs radioélectriques peut
teurs. « Et la caméra doit être regardait entre 50 et 70 % du prises en compte. s’avérer inadapté, la gestion des
uniquement dédiée à la détec- temps vers la lame. » Il existe également badges étant trop compliquée.
tion de piétons, et ne pas servir des systèmes Il est aussi nécessaire que le
d’outil de guidage », complète Des systèmes visant à limiter dispositif soit cohérent avec la
Jacques Marsot. complémentaires les conséquences situation : il n’est pas pas forcé-
Les caméras sont de plus en plus C’est là que les systèmes de d’une collision tels ment utile de détecter loin de
répandues car les prix diminuent détection de piétons peuvent que des pare-chocs l’engin car cela provoque beau-
et leur robustesse augmente. être utiles, voire irremplaçables. sensibles ou des coup d’alertes, jusqu’à plusieurs
Le risque est de privilégier la «  Mais aucun dispositif n’est paniers de sécurité, centaines par heure. Les opé-
destinés à recevoir rateurs risquent de ne plus en
le piéton en cas tenir compte, voire de saboter le
de collision. Mais système. Enfin, il doit ne servir
ces systèmes ne qu’à réduire les risques et ne pas
préviennent pas être utilisé comme une aide aux
les collisions, ils en manœuvres.
limitent seulement Prévenir les collisions engins-
les dommages. piétons, c’est donc adopter une
démarche basée sur l’organisa-
tion, puis sur l’amélioration de la
visibilité et la détection de per-
De multiples sonnes. Mais, parfois, ces deux
dispositifs d’aide derniers axes peuvent ne pas
à la prévention des être nécessaires. L’organisation
© Fabrice Dimier pour l’INRS

collisions engins-
piétons existent, de l’espace et du travail rend
à l’instar de celui-ci parfois possible une séparation
qui prévient par complète des flux. Le risque est
un signal lumineux alors éliminé. Un cas idéal, qui
la présence d’un
individu dans la zone
dépend des contraintes du tra-
de manœuvre vail et de l’environnement. n
du véhicule. L. C.

Pour En savoir plus


Publications INRS Travail & Sécurité
n Prévenir les collisions engins-piétons ­– Dispositifs n « À chacun sa voie », Travail & Sécurité n° 669, janvier 2007.
d’avertissement, ED 6083. À consulter sur [Link].
n Conception de l’organisation des circulations et des flux 
Hygiène et Sécurité du travail
dans l’entreprise ­– Préconisations pour la prévention 
n « Collisions engins-piétons, analyse des récits d’accidents de la
des risques professionnels, ED 6002.
n Prévention des risques occasionnés par les véhicules et engins base Epicéa », HST n° 217, 2009.
circulant ou manœuvrant sur les chantiers de BTP, R 434. n « Visibilité et prévention des collisions engins-piétons, analyse
n Utilisation des engins de chantier, R 372 modifiée. bibliographique », HST n° 224, 2011.
À consulter et à télécharger sur [Link]. À consulter sur [Link].

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


dossier

La Carsat BFC impose sa ligne


En Bourgogne-Franche-Comté, la prise en compte de la prévention des collisions engins-
piétons, notamment lors de la réalisation des chantiers de génie civil, a émergé dans un grand
nombre d’entreprises de la région, à la suite des actions menées par les acteurs du réseau.

Travail & Sécurité. De quels vitesse Rhin-Rhône, qui a duré OPPBTP et services de santé au
constats est partie la Carsat plus de cinq ans, pour sensibili- travail. Nous avons aussi tra-
Bourgogne-Franche-Comté ser les entreprises à la prévention vaillé avec les CSPS, notamment
pour faire progresser la pré- des risques de collisions engins- sur la partie ferroviaire. Il y a eu
vention sur les chantiers et piétons. Concernant l’organisa- des réticences de la part de cer-
dans les entreprises de la tion, nous avons réfléchi avec taines entreprises, dues aux coûts
région ? l’ensemble des acteurs du chan- importants, en équipements et en
Jean-Paul Pion, contrôleur de tier sur des aspects précis : limita- formation, liés à l’installation de
sécurité à la Carsat Bourgogne- tion des croisements de flux, pha- caméras de recul. Mais au final,
Franche-Comté. Le constat est sage des approvisionnements, toutes ont plutôt bien joué le jeu
à la fois simple et tragique : en attention particulière aux terras- et, surtout, compris l’intérêt de
dehors de ce qu’on appelle les sements. Concernant le person- ces équipements pour elles-
« presqu’accidents » dans le jar- nel, nous avons œuvré pour la mêmes et leurs salariés.
gon des préventeurs, une colli- mise en place de formations obli-
sion entre un engin de chantier gatoires, avant accès au chantier, Quel bilan en tirez-vous ?
et un piéton entraîne souvent de tous les salariés concernés: les J.-P. P. La signature de cette
un décès, ou des blessures très compagnons bien sûr, mais éga- charte a entraîné la généralisa-
graves. C’est donc une préoccu- lement les chauffeurs, les person- tion sur le chantier de ces sys-
pation prégnante qui doit être nels de contrôle, l’encadrement. tèmes d’aide visuelle. Mais les
présente à l’esprit des entre- En ce qui concerne les solutions retombées ont été plus signifi-
prises, mais aussi de l’ensemble techniques, nous nous sommes catives  : actuellement, dans la
des donneurs d’ordres : concep- appuyés sur la relation avec les région, selon les départements,
tion, maîtrise d’ouvrage, maîtrise maîtres d’ouvrage, en insistant entre 50  % (en Bourgogne) et
d’œuvre… Les récits d’accidents sur la nécessité et l’efficacité 90  % (en Franche-Comté Nord)
montrent que, bien souvent, ce d’une signalisation provisoire de des camions et engins en sont
sont des défaillances au niveau chantiers. Avec Réseaux ferrés de équipés. Comme de nombreuses
de l’organisation des chantiers, France, nous avons impulsé un entreprises ont également une
des plans de circulation ou du travail qui a conduit à la signature assise nationale, nous espérons
phasage des travaux qui sont les d’une charte avec les entreprises vivement avoir contribué à amé-
causes principales des drames. détenant les différents lots. Cela liorer la prévention des collisions
Les solutions techniques parti- a conduit à l’obligation d’équiper engins-piétons, dans la région et
cipent à une meilleure limitation tous les engins circulant sur le aussi au-delà. Sans oublier les
des risques, mais la réflexion sur chantier de caméras de recul. mesures organisationnelles et
l’organisation est essentielle en de formation. Le plus important
amont. Est-ce que ça a été difficile de est de privilégier un dialogue
faire accepter cet équipement ? dynamique et constructif avec
Quelles ont été les actions J.-P. P. Le travail préparatoire sur les entreprises de toutes tailles,
menées pour limiter les risques la charte a été effectué avec l’en- de façon à les convaincre de la
de collisions ? semble des organismes intéres- nécessité de progresser aussi en
J.-P. P. Nous avons profité du sés par la prévention des risques matière de sécurité. n
chantier de la ligne à grande professionnels : Carsat, Direccte, Propos recueillis par A.B.

Le chantier de la LGV Rhin-Rhône
Le chantier de la branche Est de la ligne à grande vitesse a contribué à l’amélioration des conditions de vie et de travail
Rhin-Rhône (Dijon-Mulhouse) a mobilisé, de 2006 à 2011, des salariés. À la suite d’une concertation avec le maître
plus de 3 000 personnes de tous les corps d’état en travaux d’ouvrage, des « bases de vie secondaires » ont été installées
publics ferroviaires et routiers. Ainsi que le rappelle Jean-Paul tout au long des 140 km du tracé.
Pion, Réseaux ferrés de France, en tant que maître d’ouvrage, En savoir plus : « Sécurité sur toute la ligne ». Travail & Sécurité n° 687,
a travaillé avec la Carsat Bourgogne-Franche-Comté septembre 2008, p. 42-45. Consultable sur : [Link].
et l’Inspection du travail dès les phases préparatoires
du chantier, notamment sur l’élaboration du PGC SPS (Plan
général de coordination – sécurité et protection de la santé)
avec le coordonnateur SPS. Une autre action de la Carsat

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


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Une organisation bien conduite


Les coactivités sont nombreuses dans l’entreprise haut-garonnaise Camozzi
Matériaux, qui vend des matériaux de construction. Pour limiter les risques de
collisions, l’entreprise a misé sur l’organisation. Séparation des flux, organisation
du stockage, zones dédiées au chargement et au déchargement, gestion des
entrées et sorties à l’intérieur du site sont les éléments clés de la réussite.

F
ournisseurs, clients, Pour éviter que trop
salariés de l’entreprise, de monde circule
à pied, dans des véhi- en même temps,
les camions de
cules légers, des chariots l’entreprise partent
élévateurs ou des poids tôt le matin, avant
lourds… Avec environ mille mou- l’ouverture aux clients
vements entrants et sortants par à 7 h 30. Et, autant
que possible, les
mois, les coactivités sont nom-

© Vincent Nguyen pour l’INRS


fournisseurs livrent
breuses sur les 13  000 m2 de sur rendez-vous.
stockage du site Camozzi Maté-
riaux de Muret, Haute-Garonne.
En 2010, alors que la direction
réfléchissait à cette probléma-
tique, un accident, survenu sur
un autre site de cette entreprise
spécialisée dans la vente de
matériaux, est venu accélérer les définis et des marquages au sol Cela a impliqué l’ouverture d’un
choses. Dans l’année qui suit,
Repères indiquent le cheminement des deuxième accès. Les deux sont
le plan de circulation des douze n Camozzi piétons le long des axes de cir- munis de barrières : « Nous pou-
sites de l’entreprise est alors matériaux est une culation des voitures, mais aussi vons ainsi faire attendre les four-
modifié, à raison d’un par mois, entreprise qui vend, en pleine voie, pour les traverser. nisseurs s’il y a trop de camions
en commençant par celui où a eu sous l’enseigne Big La vitesse est limitée à 20 km/h. en même temps », précise Francis
lieu l’accident. Mat, des matériaux « Pour qu’elle soit respectée, nous Razes, responsable du parc. « Il
Le site de Muret est scindé en de construction avons mis des ralentisseurs », y a une priorité dans l’ordre des
deux parties. La première, en inté- pour les entreprises précise Harald Norel, chargé de entrées, indique Claude Gibert,
rieur, est un magasin d’outillage et les particuliers. l’application de la sécurité dans le directeur du site. On fait entrer
et d’équipement. La deuxième, en Elle dispose de l’entreprise. Cette organisation d’abord les clients, ensuite nos
extérieur, est la zone de charge- douze agences des circulations semble simple camions et enfin ceux des four-
ment, déchargement et stockage situées en Midi- et logique… c’est le fruit d’une nisseurs. » Mais pour éviter que
des matériaux. Le stockage se Pyrénées et emploie réflexion bien menée. trop de monde circule en même
situe au centre des espaces de 190 personnes dont Trois règles la régissent. « La temps, les camions de l’entre-
chargement et déchargement. 14 sur le site de première est la séparation des prise partent tôt le matin, avant
Communs aux poids lourds et Muret. entrées  : les clients d’un côté, l’ouverture aux clients à 7 h 30. Et,
véhicules légers, ces derniers sont les fournisseurs de l’autre », autant que possible, les fournis-
définis selon la nature du produit explique Didier Mura, le respon- seurs livrent sur rendez-vous.
livré. Des sens de circulation sont sable sécurité de l’entreprise. « La deuxième règle réside dans

Des circulations aidées


À la suite de l’expérience menée avec Camozzi Matériaux, la Carsat Midi-
Pyrénées a mis en place des aides financières simplifiées pour aider les
entreprises indépendantes du secteur à revoir les circulations sur leur site.
© Vincent NGuyen pour l’INRS

Ces démarches ont des conséquences sur l’ensemble de l’organisation et


impliquent souvent des investissements pour des systèmes de rangements,
comme les racks. Sur certains sites, il peut aussi être nécessaire de refaire le
revêtement afin de limiter les risques de chutes de matériel transporté par
l’engin, ainsi que ceux liés aux chutes de plain-pied et aux vibrations pour les
conducteurs. Ce type d’action représente une démarche rentable puisqu’elle
améliore l’image de l’entreprise et l’accessibilité pour les clients.

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


dossier

la proximité des zones de char- alors de séparer les flux. Une solu- mis à leur disposition. Ils sont
gement et des produits, ce qui tion possible a été alors d’agran- aussi affichés aux deux entrées.
limite les déplacements intem- dir l’entrée existante pour faire Concernant les transporteurs, un
pestifs », remarque Didier Mura. deux voies, ou d’aménager les Des sens de protocole de sécurité a été établi.
Les avantages d’une telle orga- horaires, certaines heures étant circulation sont Il indique le plan de circulation
nisation sont multiples : le gain dédiées aux clients, d’autres aux définis et des et certaines règles comme les
marquages au
en termes de productivité, mais livraisons. Mais cela reste com- sol indiquent le priorités, l’interdiction de rester
aussi la limitation des chutes de pliqué à mettre en œuvre. cheminement des à proximité du camion pendant le
plain-pied et des manutentions « Cette organisation est bénéfique piétons le long des chargement ou encore l'obligation
manuelles, « qui sont des risques pour nous. C’est plus aéré, la cir- axes de circulation du port de chaussures de sécurité
des voitures,
importants dans ce type de sec- culation est plus claire, nous ne mais aussi
et d’un gilet fluorescent. Chaque
teur », rappelle Pascal Poupon- craignons pas d’avoir un client en pleine voie, entreprise ayant un contrat avec
neau, contrôleur de sécurité à la à côté, ce qui peut être dange- pour les traverser. Camozzi doit le signer.
Carsat Midi-Pyrénées, qui a aidé
l’entreprise dans sa démarche.
«  Enfin, certaines zones dan-
gereuses sont accessibles uni-
quement à nos engins, pas aux
clients, indique Didier Mura. Par
exemple, les zones de stockage
et de chargement de matériaux
de grande dimension, comme
le plancher hourdi, qui mesure
plusieurs mètres et dépasse du
chariot élévateur – ce qui aug-
mente les risques de heurts –,
sont fermées au public. » Un plot
vient empêcher les véhicules de
pénétrer dans l’allée.

Un bénéfice partagé
par tous
Pour aménager le premier site
© Vincent NGuyen pour l’INRS

du groupe, Didier Mura est tout


d’abord allé observer d’autres
magasins. Les réflexions ont
ensuite été menées entre la
direction, la Carsat, l’inspection
du travail et les équipes. Un plan
de circulation a été élaboré et la
méthode a été dupliquée sur les
autres sites. « Une fois le plan de reux lorsque nous chargeons des Un premier audit interne est en
circulation défini, tout en découle poutrelles par exemple, se réjouit cours, car le plan de circulation
et l’organisation est simple », Georges Fourcade, un maga- doit vivre avec l’entreprise : il doit
indique Didier Mura. Il note sinier. La difficulté est de faire évoluer s’il y a des changements
quand même que, sur plusieurs respecter cette organisation par d’organisation, et certains mar-
sites, certaines contraintes sont nos clients. Il faut souvent la leur quages au sol doivent être refaits
venues compliquer la démarche, répéter. » Pour les sensibiliser, à intervalles plus ou moins régu-
comme l’impossibilité d’ouvrir des flyers leur ont été distribués, liers selon le revêtement… n
une deuxième entrée. Difficile et les plans de circulation ont été L. C.

30 % des accidents du travail


dans le domaine du commerce de gros de
84 % des maladies professionnelles (MP)
en 2011 dans le domaine du commerce de gros de
matériaux de construction en 2011 sont matériaux de construction sont des affections
liés aux objets en cours de manipulation. périarticulaires. Les affections chroniques du rachis
Viennent ensuite les accidents de plain- lombaire provoquées par la manutention manuelle de
pied (20 %) suivis des chutes d'objets charges lourdes représentent, elles, 11 % des MP.
en cours de transport et des chutes (Source : CNAMTS).
avec dénivellation (14 % et 13 %).
(Source : CNAMTS).

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


dossier
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Le centre de tri et de transfert de déchets situé à Chassieu a été désigné
par Veolia pour tester des solutions de prévention des collisions entre engins
et piétons. Séparation des flux, nouvelle organisation du travail et systèmes
de détection embarqués comptent parmi les mesures retenues.

Le recyclage fait son tri

O
n a souvent ten- de repartir chargés de balles. survenu en 2009 a été diffusé à
dance à se dire Entre-temps, les papiers-cartons toutes les équipes. « Il n’y a pas
que cela n’arrive ainsi que certains plastiques et mieux pour marquer les esprits »,
qu’aux autres, encombrants sont manipulés par assure Jean-Louis Mouniee, res-
jusqu’au jour où des chariots ou des pelles indus- ponsable d’exploitation du site.
l’accident a lieu. » Luc Le Quin- trielles. De fait, piétons et véhi- Un groupe de travail intégrant
trec, directeur opérationnel chez cules se retrouvent souvent au des opérateurs, le service QHSE,
Veolia propreté Rhin-Rhône, a même endroit au même moment. des fabricants de matériel et le
conscience qu’un drame a été Le risque de collision augmente CHSCT a par la suite été mis en
évité de justesse au centre de tri alors avec l’intensité de l’activité place.
de Chassieu, situé à proximité et les aléas (intempéries, retards, À l’issue de cette démarche par-
de Lyon. En 2009, un chariot a pannes…). ticipative, le choix s’est porté
heurté un salarié. Il y eut plus de La première étape du projet de sur des mesures permettant de
peur que de mal. Néanmoins, cet prévention initié à Chassieu séparer autant que possible les
accident ainsi que d’autres sur- visait à sensibiliser les salariés. flux d’engins et de camions des
venus dans le groupe ont poussé Pour ce faire, le film de l’accident flux de piétons. Et ce, en inter-
Veolia à agir pour réduire les
risques liés aux collisions entre
engins et piétons.
Dans ce but, la décision a été
prise par Veolia de désigner le
site de Chassieu comme l’un des
centres pilotes. Sur place, envi-
ron 40 000 tonnes de papiers-
cartons sont triées et recyclées
chaque année. Ces déchets
proviennent principalement
des entreprises. Ils sont ensuite
revendus sous la forme de balles
aux papetiers en France ou à
© Fabrice Dimier pour l’INRS

l’export. Un balisage au sol a


été réalisé pour les
Sensibiliser les salariés piétons qui transitent
Ces opérations de tri se traduisent d’un bâtiment à un
autre. À certains
par une forte coactivité. Tous les endroits, des garde-
jours, des dizaines de camions corps et des barrières
livrent leurs déchets, avant ont aussi été installés.

Le recyclage du papier
Le recyclage des papiers et des cartons permet de réutiliser enfin mélangées à de l’eau pour former une nouvelle pâte à
plusieurs fois les fibres de cellulose qu’ils contiennent. Ces papier. Les journaux et les magazines sont généralement
matériaux sont tout d’abord broyés puis plongés dans de l’eau transformés en feuilles de papier. Les cartons sont pour leur
chaude à l’intérieur d’une grande cuve appelée pulpeur. Ce part transformés en feuilles de carton. Quant aux briques
procédé permet de séparer les fibres de cellulose des autres alimentaires, elles sont utilisées comme papier toilette,
matériaux. La pâte ainsi formée est ensuite débarrassée de ses serviettes en papier ou papier cadeau notamment.
impuretés (plastique, colle, agrafes…) par filtration sous pression.
L’étape suivante consiste à ajouter de l’oxygène ou du savon
pour séparer l’encre du mélange. Les fibres récupérées sont

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


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disant la circulation de salariés présence d’un piéton (même


à pied à proximité de véhicules allongé, accroupi, de dos, der-
en manœuvre. « C’est la pre- rière un bac…) dans une zone
mière chose à faire pour réduire prédéterminée autour de l’engin,
les risques de collisions », assure la caméra intelligente avertit
Jean-Charles Salembier, respon- le conducteur par une alarme
sable régional de la prévention sonore et lumineuse 1.
chez Veolia. Aujourd’hui, le système équipe
Concrètement, un plan de circu- un chariot télescopique uti-
lation des camions a été affiché lisé pour pousser les déchets
à l’entrée du site. Un balisage au encombrants. Son réglage est
sol a également été réalisé pour le suivant  : pour une distance
les piétons qui transitent d’un inférieure à 1,5 m, l’alarme se
bâtiment à un autre. À certains déclenche pour tout type d’obs-
endroits, des garde-corps et des tacle. Entre 1,5 m et 6 m, la
barrières ont aussi été installés. caméra ne réagit qu’en présence
«  Une amélioration significative d’un ou de plusieurs piétons. En
serait de systématiser l’installa- cas d’alarme, le conducteur doit

© Fabrice Dimier pour l’INRS


tion de barrières physiques pour stopper son engin et vérifier si
protéger les piétons, indique un piéton est présent. À ce jour,
Bruno Combasson, contrôleur seules de fausses alertes ont
de sécurité à la Carsat Rhône- été déclenchées, au nombre de
Alpes. En outre, le marquage au deux par semaine en moyenne.
sol pourrait être complété pour Ali Selini, conducteur d’engins,
mieux délimiter les flux de circu- est satisfait : « Lorsque l’on se
lation des engins. » retourne pour faire une marche
D’autres changements ont été Le système de toujours possible. Les conduc- arrière, on ne peut pas distin-
opérés. Ainsi, le tri manuel au détection de piétons teurs sont par exemple ame- guer correctement tout ce qui
qui équipe le chariot
sol des déchets a été supprimé : il nés à descendre de leur camion se trouve au sol. Dans ce cas, la
téléscopique, aussi
s’effectue désormais uniquement performant soit-il, ne dans des zones où transitent des caméra se révèle très utile. »
à l’aide de pelles mécaniques doit pas empêcher engins, pour ouvrir ou fermer «  Nous rappelons sans cesse à
ou à grappins. La vitesse des les conducteurs de une porte, débâcher ou bâcher nos salariés que ces appareils
engins est limitée à 12  km/h. respecter les règles un chargement... de détection ne sont pas fiables
élémentaires de
Autre évolution notable : en cas prévention. à 100 % et qu’ils ne constituent
de forte activité, une barrière de Une alarme sonore qu’une aide, précise Luc Le Quin-
circulation est systématiquement et lumineuse trec. Cela ne doit pas les empê-
installée pour faire patienter les Les réflexions se sont donc pour- cher de respecter les règles élé-
camions et ainsi mieux gérer suivies du côté des systèmes mentaires de prévention. » Dans
la circulation dans la zone de de détection des piétons pour les semaines qui viennent, ces
vidage. « Nous faisons en sorte de engins industriels. « Nous avons actions de prévention seront
limiter au maximum la coactivité testé toutes les technologies généralisées sur les principaux
dans une même zone », explique présentes sur le marché, confie engins utilisés à Chassieu, et
Jean-Louis Mouniee. En outre, Jean-Charles Salembier. Notre la démarche participative sera
des écrans digitaux affichent objectif était d’identifier des déployée dans d’autres centres
désormais la pesée des camions, outils d’aide à la conduite adap- de tri de la région. n
évitant ainsi aux conducteurs tés aux contraintes du site, mais 1. Un algorithme analyse les images
d’engins de descendre et donc aussi de mettre en évidence leurs et les compare à une base de données
de s’exposer. limites sur le terrain. » référençant les différentes postures
possibles.
Néanmoins, la séparation stricte À l’issue de ces évaluations, un
entre engins et piétons n’est pas système a été retenu. En cas de C. D.

Interview
Jean-Louis Mouniee, responsable d’exploitation du site.
« Chaque jour, des dizaines de sécurité. Celui-ci précise par exemple
conducteurs se rendent sur notre les zones de circulation autorisées.
© Fabrice Dimier pour l’INRS

site pour charger et décharger leurs Il impose également le port du gilet


camions. Ces intervenants extérieurs jaune, des chaussures de sécurité
constituent donc une cible prioritaire et du casque pour toute personne
d’un point de vue de la prévention au sol. Quant aux intérimaires, ils
des collisions entre engins et sont formés aux règles de sécurité
piétons. Ainsi, tous nos clients élémentaires et aux mêmes usages
doivent signer un protocole de sur le site. »

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


dossier
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Colas écrase les dangers


Le groupe Colas, acteur important dans le domaine de la construction
et des travaux publics, a mené une action de grande ampleur auprès
de ses salariés et sous-traitants pour mieux prévenir ce que son directeur
de la sécurité nomme prosaïquement les « risques d’écrasements ».

L’une des filiales de Colas avait


alors mis au point un système
de « paniers » qui, montés sur
l’avant des engins, permettaient
de « limiter la casse » en cas de
collision. Mais ce système pré-
sentait plusieurs inconvénients,
selon le directeur PSET : « Il est
loin d’être adaptable à l’en-
semble des engins et procure un
faux sentiment de sécurité pour
les conducteurs comme pour les
piétons. D’où un déficit de ques-
tionnement sur l’organisation
des chantiers, qui est au centre
© Philippe Castano pour l’INRS de nos préoccupations, tant pour
la sécurité que pour les autres
aspects : gestion, qualité, etc. »
D’autres dispositifs de sécurité
ont été testés, avec des succès
divers. Ils ont débouché sur un
constat assez général : les équi-
pements ne doivent pas affaiblir

I
la prévention, mais l’enrichir. Or,
l faut oser le dire : les risques à des collisions entre un engin Les risques de sur de nombreux chantiers, la
de collisions engins-piétons, et un piéton, poursuit-il. Il était collisions engins- vigilance était à la baisse dès que
piétons font partie des les salariés savaient qu’un dis-
ce sont autant de possibili- urgent de réagir  : nous avons
principaux risques
tés d’occurrences d’écrase- constitué un groupe de travail identifiés sur le positif de détection était installé
ments mortels de salariés. » interne, avec nos responsables chantier des Buttes- sur les engins. Les conclusions
Un constat en forme d’avertisse- matériels et nos responsables Chaumont, à Paris. du groupe de travail allaient
ment que lance Hugues Decou- d’exploitation. » dans le même sens : il n’existe
dun, directeur PSET (prévention, Le groupe a également sol- pas de système ou de dispositif
santé et environnement du tra- licité des personnes d’orga- à la fois universel et unique pour
vail) chez Colas. « En 2006- nismes extérieurs – notamment diminuer les risques d’écra-
2007, nous avons eu à déplorer la Cnamts, l’INRS et quelques sements. « Les composantes
une série d’accidents de travail constructeurs comme Caterpillar organisationnelles et humaines
mortels par écrasement, tous liés – pour faire avancer la réflexion. apparaissaient, clairement et

Une vidéo choc


« On n’est jamais à l’abri de ce genre d’accident. » Frédéric B., chauffeur au
sein du groupe Colas, en sait quelque chose : en passant derrière une pelle, qui
a reculé à ce moment-là, il a été victime d’un accident grave : l’engin s’est
arrêté au niveau de son genou. Le récit de Frédéric fait partie des trois
témoignages d’accidents par des salariés qui les ont subis. En à peu près
quatre minutes, le petit film, tourné en noir et blanc, fait mouche : l’accident
peut survenir à tous, à tout moment. En générique de fin, défilent les prénoms,
les âges et les pays d’une dizaine de salariés du groupe, répartis dans le
monde, en lettres d’or, avec ce rappel : « Nos engins sont mortels. Ne soyez
pas le prochain sur la liste. »

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


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trop souvent, comme négligées liers, notamment lors des quarts certains sont obligatoires, avant
au profit de recherches de solu- d’heure sécurité de début de l’accès au chantier. « Lors des
tions techniques (bips, camé- semaine (starters). « En particu- starters, nous revenons sur les
ras de recul…), insiste Hugues lier, les risques liés aux collisions risques particuliers qui ont fait
Decoudun. Or, nous devons évi- engins-piétons, mais aussi aux l’objet d’accidents, sur l’en-
demment travailler sur les deux travaux en tranchées, aux inter- semble des chantiers du groupe,
aspects en complémentarité, en Aucun des véhicules ventions à proximité de réseaux sur le PPSPS 1… », continue le
privilégiant l’attention aux per- de Colas, ou de (eau, gaz…), aux manutentions chef de secteur.
sonnels, par le biais de la sensi- ceux de leurs sous- manuelles et mécaniques…, Outre l’accueil de sécurité pour
traitants, ne peut
bilisation, de l’information et de pénétrer dans le parc
précise Yannick Roussel, chef de les nouveaux arrivants, l’entre-
la formation. » sans l’autorisation secteur à l’agence Screg, filiale prise a procédé au repérage des
Pour cette raison, une campagne du chef de chantier. de Colas, de Gennevilliers. Si on réseaux existants, au contrôle
d’information a été organisée des engins (en particulier de
en mars 2012, pendant une levage), au rappel des consignes.
semaine, sur l’ensemble des Tous les engins sont équipés de
filiales du groupe : un clip vidéo bips de recul, et les plus impor-
a été projeté à tous les person- tants (camions…) disposent éga-
nels intervenant sur les chan- lement de caméras pour visuali-
tiers, même occasionnellement.. ser la face arrière. Les accès au
Objectif : marquer durablement chantier sont strictement régle-
les esprits et faire en sorte que mentés : «  Aucun de nos véhi-
tous, sans exception (piétons cules, ou de ceux de nos sous-
et conducteurs, compagnons traitants, ne peut pénétrer dans
et encadrement ou personnels le parc sans l’autorisation du
extérieurs), se sentent respon- chef de chantier, explique Yan-
sables et deviennent réelle- nick Roussel. Ensuite, l’un de nos
ment attentifs. La réflexion sur salariés, préalablement formé
le risque a été systématisée. en tant que responsable trafic,
Sur le terrain, pour l’ensemble accompagne le véhicule jusqu’à
des chantiers, sont prévus : une sa destination sur le chantier. Il
séparation des flux ; un phasage s’assurera de son départ dans
des opérations, afin d’éviter trop les mêmes conditions. » Le parc
© Philippe Castano pour l’INRS

de coactivités ; une signalisation restant ouvert au public, les


claire ; une formation-informa- risques ne sont pas limités aux
tion de tous, en particulier des seuls salariés  : « Un élément
conducteurs d’engins… d’attention supplémentaire pour
nous pousser vers encore plus de
Tous équipés prudence », souligne Sébastien
Colas fait partie des entreprises Gauthier, conducteur de travaux.
intervenant sur le chantier du Seules les zones d’activité
parc des Buttes-Chaumont, à pour les salariés sont isolées
Paris dans le XIXe arrondisse- identifie un besoin de formation du public. Il convient donc de
ment. Il s’agit de redonner au ou d’informations complémen- trouver des solutions prenant
parc un aspect paysager non taires, nous intervenons dès en compte un grand nombre
routier. Les allées prendront un que possible. Nous disposons d’acteurs, car le parc accueille
aspect définitif lorsque la couche de supports papiers, de modules chaque année plus de trois mil-
finale, de couleur claire, sera de sensibilisation à la sécurité lions de visiteurs. n
posée. Plusieurs types de risques sur notre intranet, etc. Il existe 1. PPSPS : Plan particulier de sécurité
ont été identifiés sur le chantier un module spécifique au risque et de protection de la santé.
et font l’objet de points régu- d’écrasement. » Selon les postes, A. B.

Colas en chiffres (2012) Le parc des Buttes-Chaumont


n 100 000 chantiers dans le monde. n Parc inauguré en 1867, construit sur le site d’une ancienne
n 63 000 collaborateurs dans 50 pays. carrière de gypse.
n 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires. n 25 ha de superficie (dont 12 ha de pelouses).
n Activités : construction routière 67 %, autres 33 %. n 5,5 km de voies, 2,2 km de chemins.
n 56 % des chantiers en France, 15 % en Europe, 29 % n Un lac, une grotte, 3 restaurants…
dans le reste du monde. n 3 millions de visiteurs par an.

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


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À la suite d’un accident, la papeterie Norske Skog Golbey a établi un état
des lieux exhaustif des flux dans son entrepôt d’expédition. Son analyse a mené
à des réorganisations de l’activité ainsi qu’à des aménagements particuliers
pour réduire significativement les croisements engins-piétons.

Une analyse exhaustive


des flux

L’
événement a marqué logie a consisté à analyser fine-
les esprits. En février ment l’activité, et notamment les
2011, un employé de la types de coactivités entre piétons
papeterie Norske Skog à et engins rencontrés.
Golbey, dans les Vosges, «  Paradoxalement, avant cet
a été victime d’un accident mortel accident, nous nous inquié-
en zone d’expédition, à la suite tions plus pour les chauffeurs
d’une collision avec un chariot extérieurs que pour notre per-
automoteur. Avec 411 salariés, sonnel. Ce dernier, selon nous,
deux machines à papier et une avait mieux intégré les risques
production de 600  000 tonnes inhérents à ses fonctions et les
par an de papier pour quotidiens consignes mises en place pour
et papiers pour publicités, il s’agit les éviter », observe Olivier Clau-
d’une des plus grandes papete- don, coordinateur sécurité. Toute
ries d’Europe. Très rapidement l’activité a ainsi fait l’objet d’une
après l’accident et les mesures analyse très poussée, sous forme
© Gaël Kerbaol/INRS

provisoires, les responsables ont d’un tableau croisé, pour voir où


voulu agir afin qu’un tel événe- se situaient les risques de heurts
ment ne se reproduise plus. engins-piétons, afin de réorga-
«  Un groupe de travail constitué niser certaines tâches ou de réa-
des membres de la direction et ménager certains espaces.
du CHSCT a été mis en place pour La démarche a été étendue à
comprendre les circonstances et d’autres secteurs et a nécessité Dans l’entrepôt de qualité-sécurité-environnement
les causes de l’accident, et faire d’avancer sur les démarches en réception des papiers sur le site depuis janvier 2012.
intégrant des questions clés. « La récupérés, piétons À partir de cet état des lieux, il
en sorte de limiter désormais les
et engins sont
risques de coactivité, explique tâche réalisée est-elle néces- séparés par des plots a fallu prioriser les actions. Une
Jean-Michel Jeudy, secrétaire du saire, est-elle prescrite ou non ? autoroutiers en béton. cotation des risques a facilité le
CHSCT. Durant trois mois, nous Si non, peut-elle être faite à un travail, basée sur l’apport des
avons fait un inventaire exhaustif autre moment ? Si ce n’est pas mesures à mettre en œuvre, le
de toutes les personnes suscep- possible, la tâche peut-elle être nombre de problèmes qu’elles
tibles d’intervenir dans une zone éloignée de l’activité  ? Si non, résolvaient et le coût engendré.
donnée  : quand, où, qui, pour faut-il la protéger en isolant le «  Il était logique de commencer
combien de temps, pour quelle poste ? Est-il nécessaire de don- par la zone expédition, car il y
activité… » À partir de cet état ner des consignes  ? », détaille a là une concentration de trafic
des lieux complet, la méthodo- Sandrine Mocœur, responsable importante », explique Jean-Yves

500 000 tonnes
de journaux, magazines et
4 300 km de papier journal
sur une largeur de 10 mètres sont
60 camions sont
chargés chaque jour ainsi
publicités sont recyclées produits toutes les 24 heures à que 25 wagons sur le site
chaque année dans l’usine l’usine de Golbey, ce qui équivaut de Golbey. Au total, entre
de Golbey. Cela représente à la distance entre Golbey et le 250 et 300 camions circulent
l’équivalent de la collecte Cap Nord. La plupart des grands sur le site quotidiennement.
sélective auprès de 25 millions titres de la presse quotidienne
de Français. européenne sont imprimés sur
du papier Norske Skog.

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013


dossier

Bourguignon, responsable logis- sés par les caristes pour interdire tri y a été installée à proximité
tique. Une quinzaine d’engins provisoirement l’accès à certaines d’un mur anti-bruit, construit
circulent en zone expédition, zones de l’entrepôt lors d’inter- spécialement.
et sur l’ensemble du site, on en ventions mécaniques... Si l’aménagement apporte glo-
compte une cinquantaine. Une L’analyse effectuée aux quais balement satisfaction, en suppri-
étude des possibilités de réamé- route a ensuite été étendue au mant le risque de collision sen-
nagements des zones de préchar- quai fer, là où sont effectuées les gins-piétons, il a créé d’autres
gement a été réalisée. expéditions de bobines de papier contraintes. « Le local n’est pas
L’organisation du travail a été par voie ferrée. Cela a aussi insonorisé, on pensait que la
modifiée pour que les phases donné lieu à des aménagements. cloison suffirait à isoler du bruit
d’approvisionnement aient lieu Comme en zone expédition, des ambiant, or ce n’est pas le cas,
en début de poste, en l’absence gyrophares ont été installés remarque Fabrice Deladiennée,
de chariots et de camions. Phy- au plafond tout le long du quai responsable du secteur pâtes-
siquement, des barrières ont été pour signaler la présence d’un énergies-fluides. Le local n’est
installées au niveau des quais de piéton. Dès qu’ils clignotent, les donc pas utilisé pour l’instant,
chargement. Lorsqu’une barrière conducteurs d’engins ont inter- une étude est en cours pour
est ouverte pour permettre le pas- diction d’approcher du quai. Ils l’insonoriser. Et avec une telle
sage d’un chariot, elle empêche ne doivent pas non plus manipu- organisation, il faut aussi veiller
le passage perpendiculaire des ler la rangée de bobines la plus à ne pas isoler l’opérateur dans
piétons. Et inversement. Quand proche du quai. son travail. »
un piéton se rend en zone de Dans l’entrepôt de réception «  La démarche de l’entreprise
préchargement, il prend une clé des papiers récupérés, le risque est très intéressante, car ils ont
sur un tableau, ce qui déclenche exploré toutes les pistes possibles
des gyrophares dans la zone de et sont parfois revenus en arrière
préchargement et informe ainsi quand une solution n’appor-
en temps réel les caristes qui L’entreprise a exploré tait pas satisfaction », résume
doivent obligatoirement stopper toutes les pistes Christine Kolczynski, ingénieur-
leur engin.
possibles et, parfois, conseil à la Carsat Nord-Est. La
méthodologie avait en effet par-
Actions étendues elle est revenue en fois ses limites. « À se focaliser sur
à d’autres lieux
La sortie de la salle de contrôle
arrière quand une le risque de collision, on a eu ten-
dance à occulter d’autres risques,
était l’un des lieux identifiés solution n’apportait souligne Sandrine Mocœur. Il
comme étant le plus à risques car pas satisfaction. faut sans cesse accompagner
les caristes s’y garaient au plus les salariés, communiquer sur
près pour y accéder. Des bar- les changements. Les opérateurs
rières ont été installées pour déli- sont de plus en plus intégrés dans
miter un chemin piéton autour de collisions entre engins et les groupes de travail, de plus en
de la salle. Les conducteurs ont camions et entre engins et pié- plus entendus. Le fait que leur
par ailleurs pour consigne de se tons était aussi très présent. Une avis soit mieux pris en compte
garer de façon à sortir du chariot zone a été isolée au centre du leur permet de mieux accepter les
du côté de la barrière, sans avoir hall pour sécuriser le travail de changements. C’est à l’usage que
à contourner leur véhicule. « Il l’opérateur chargé du contrôle l’on constate si un dispositif de
faut mettre en œuvre des dispo- qualité. Délimitée par des plots sécurité est bon ou pas. Le côté
sitifs faciles à utiliser, qui soient autoroutiers en béton (pour offrir pédagogique est énorme dans
acceptés par tous », souligne une structure protectrice à la fois cette action. » Au final, deux ans
Pacal Barthélémy, responsable de résistante aux engins de la zone vont être nécessaires à la sécu-
l’entrepôt expéditions. À l’image tout en étant démontable en cas risation de l’entrepôt de papiers
des enrouleurs de rubalise et de besoin), cette zone a été équi- récupérés. n
des cônes de signalisation utili- pée d’un bungalow et la table de C. R.

Des caméras pour aider au contrôle Le site de Golbey


Dans l’entrepôt où sont réceptionnés les papiers récupérés, la vérification La papeterie de Golbey appartient au groupe
de l’approvisionnement des différents boxes où sont livrés les papiers norvégien Norske Skog. Construite en 1991,
se faisait visuellement par un opérateur venant à pied dans la zone. elle est l’une des dix unités de production
Des caméras ont été installées et le contrôle du taux de remplissage réparties dans huit pays (Europe, Amérique
des boxes se fait désormais à partir d’écrans. L’opérateur n’a plus du Sud, Asie et Océanie). 85 % de sa
à se déplacer. Et cela retire parallèlement du stress aux chauffeurs production partent à l’export (Allemagne,
d’engins. L’installation du système de caméras a néanmoins suscité Italie principalement). Il s’agit d’une des plus
quelques réticences de la part de certains opérateurs, qui ont craint grandes papeteries d’Europe.
d’être surveillés par ce dispositif.

travail & sécurité – n° 744 – novembre 2013

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