Les Orients d'Arthur Rimbaud
Author(s): Ines Horchani
Source: Parade sauvage , NOVEMBRE 2006, No. 21 (NOVEMBRE 2006), pp. 201-216
Published by: Classiques Garnier
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Les Orients d'Arthur Rimbaud
par Ines Horchani
« L'Orient est peut-être d'abord une direction »
Pierre Brunei, Rimbaud et la tentation de l'Orient1
Le 4 juillet 1873, de Londres, Arthur Rimbaud écrit à Paul Verlaine : « Si je
ne dois plus te revoir, je m'engagerai dans la marine ou l'armée. Ô reviens
toutes les heures je repleure. Dis-moi de te retrouver, j'irai, dis-le-moi
Verlaine ne dira pas à Rimbaud où le retrouver. Et quelques années après cette
imploration, Rimbaud cessera d'écrire, et embarquera pour d'autres mondes.
Cet ailleurs, le jeune poète en a rêvé, puis il y a vécu comme un nègre blan
avant de tenter un impossible retour au pays natal. Nous occupera ici ce
passage de la poésie à la « réalité rugueuse »4, et plus spécifiquement, de
« l'Orient, la patrie primitive »5 du poète, à ces « satanés pays »6 d'Afrique et
d'Arabie où Arthur Rimbaud, devenu négociant, n'est plus considéré que comm
un « Français (...) grand, sec, yeux gris, moustaches presque blondes, m
petites »7.
La déception arabo- africa ine s'annonce donc à la hauteur du rêve oriental.
Car l'errance ne guérit sans doute pas de l'absolu (ni de celui de la poésie, ni de
celui de l'amour). Mais cette ultime désillusion signifie-t-elle qu'en envoyant
« au diable les palmes des martyrs, les rayons de l'art, l'orgueil des
inventeurs»8 pour retourner «à l'Orient et à la sagesse première et
éternelle »9, le poète aurait succombé à « un rêve de paresse grossière » ?10
« Je rêvais... »
Rêves d'Orient dans la poésie et la correspondance du jeune Rimbaud
Le jeune Rimbaud rêve de l'« Orient »... «Je rêvais de croisades »n lit-on
dans Alchimie du verbe, et, dans Mauvais sang : «J'ai dans la tête, des routes
1 Pierre Brunei, « Rimbaud et la tentation de l'Orient », Europe , juin-juillet 1991, p. 70.
Arthur Rimbaud, Œuvres complètes , éd. Antoine Adam, Paris, Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade, 1972, p. 271. Dorénavant : AA.
Lettre de Rimbaud à sa mère et à sa sœur, du Harar, le 25 février 1890. Ibid., p. 612.
Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Illuminations et autres textes (1873-1875), éd.
Pierre Brunei, Paris, Librairie Générale Française, 1998, p. 84. Dorénavant : PB.
5 Ibid., p. 79.
6 Lettre à sa mère, Harar, le 21 avril 1890. AA, p. 623.
Description d'Arthur Rimbaud par le consul de Massouah au consul d'Aden, lettre du 5
août 1887. Ibid., p. 429.
ö Ibid., p. 78.
9 Idem.
1U Idem.
11 Ibid., p. 68.
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202 INES HORCHANI
dans les plaines souabes, des
rêve d'Orient nous apparaît d
l'imaginaire du poète à part
villes aussi mythiques que J
est d'abord faits de mots, co
démultiplié par l'emploi du
souvent chez Rimbaud, c'es
l'action elle-même est réali
poète à proximité des références à cet Orient de mots marquent
l'accomplissement (dans le passé, le présent ou l'avenir) de l'action rêvée.
Dans Vies III , Rimbaud emploie le passé composé en disant : « Dans une
magnifique demeure cernée par l'Orient entier j'ai accompli mon immense
œuvre et passé mon illustre retraite »14. Dans Mauvais sang , le poète use d'un
conditionnel passé qui ne tarde pas à se transformer en présent : « J'aurais fait,
manant, le voyage en terre sainte (...) je danse le sabbat dans une rouge
clairière, avec des vieilles et des enfants»15.
De ce fait, le rêve rimbaldien permet non seulement aux mots de se réaliser,
mais aussi à l'action de s'accomplir, et cela, en toute sincérité : « Je voyais très-
franchement une mosquée à la place d'une usine »16. Mais comment le jeune
Rimbaud ava it- il seulement déjà vu une mosquée ? Sans doute que non, mais,
par le pouvoir alchimique du rêve, le plomb se métamorphosait en or sous ses
yeux et surtout sous sa plume, et les colonnes d'évacuation des usines françaises
s'élevaient vers l'absolu à l'image des minarets d'Orient.
Néanmoins, aussi consolateur nous paraît-il de prime abord, cet Orient du
jeune Rimbaud révèle une part de sa facticité, notamment dans les lettres à
Delahaye ou Izambard. À celui-ci, Rimbaud demande par exemple : « Tenez-
vous aux Nuits persanes V7 un titre qui peut affrioler, même parmi des bouquins
d'occasion »18. tandis qu'il fait part à celui-là de l'un de ses projets poétiques :
« Je fais de petites histoires en prose, titre général : Livre païen, ou Livre
nègre »19. Le monde islamo-africain se trouve ici soit réduit à la valeur
marchande du livre-objet qui cristallise le rêve d'Orient, soit rattaché à des
histoires païennes ou «nègres», inspirées du désir d'ailleurs. Dans les deux
cas, l'Orient est présenté par le jeune Rimbaud comme une image, et manipulé
comme tel. Mais quelle est plus précisément cette image ?
12 Solyme=Jérusalem. PB, p. 50.
13 Ibid., p. 113.
14 Ibid., p. 102.
15 Ibid., p. 50-51.
16 Ibid., p. 70.
Auteur : Armand Renaud. Date de parution : 1870.
10 Lettre de Charleville du 12 juillet 1871. A A, p. 256.
Lettre de Roche de mai 1873. Ibid., p. 267 .
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LES ORIENTS D'ARTHUR RIMBAUD 203
L'Orient rimbaldien en images
Il s'agit d'une image à multiples facettes, d
effet, l'Orient semble se démultiplier dans
poésies de Rimbaud, suivant une géographie
orientales relevées dans l'œuvre du poète év
Orient, l'Afrique (y compris l'Afrique du N
saintes du judaïsme, du christianisme et de l'isla
« l'Arabie »20 et « Carthage »21 ; Enfance IV no
Palestine»22; Métropolitain nous décrit un
langueur»23; Villes nous emporte dans «le m
Bagdad »24. La plume du jeune Rimbaud nous
territoire oriental très étendu. De plus, nou
l'univers biblique, tant par des noms de lieux (c
pensée du matin, Bethléem26 dans Jeune ménage
Sodome28 et Solyme29 (Jérusalem) dans Noctur
personnages rattachés à des lieux bibliques (com
Les premières communions, Salomon et ses autel
l'allusion au royaume de Saba et à ses « fils du S
De ce fait, le poète nous paraît s'orienter dans
livresque, qu'il s'agisse du Livre, la Bible, ou de
ou à écrire. Dans ce cas, le lieu oriental aura
certaine neutralité qui capte l'imaginaire. Dav
jeune Rimbaud se passionne en effet pour des
20 A A, p. 148.
21 Ibid., p. 149.
22 Ibid., p. 124.
^ Ibid., p. 144.
24 Ibid., p. 136.
Ibid., p. 76. De l'arabe, faqîr : pauvre.
20 Ibid., p. 81.
Ibid., p. 144. Samarie : ancienne ville de Palestine, capitale du royaume d'Israël à partir
du règne d'Omri (885-874 av. J.-C), conquise par Sargon II, roi d'Assyrie, en 721 av. J.-C. Il
remplaça les habitants par des colons babyloniens et araméens. Cette population fut
rejetée par les juifs rentrés d'exil (538) ; les Samaritains élevèrent alors sur le mont
Garizim un lieu de culte concurrent de Jérusalem ; Sichern fut leur métropole. Prise par
Alexandre (331 av. J.-C.), puis détruite par Hyrcan 1er (108 av. J.-Č), la ville fut
reconstruite par Hérode le Grand sous le nom de Sebaste (en lat. Augusta). En 529 ap. J.-
G, la plupart des Samaritains furent massacrés.
28 Ibid., p. 142.
29 Idem.
30 Ibid., p. 62. Région de Cisjordanie, située entre la Galilée au Nord et la Judée au Sud
bordée à l'Est par le Jourdain ; administrée par Israël depuis 1967.
31 Ibid., p. 89 et p. 109.
32 Ibidé, p. 137.
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204 INES HORCHANI
fonctionner comme une cris
constant pour le désert. «J
verbe et « A sept ans, nous
grand désert, où luit la Lib
conséquent de devenir plus
parfois comme un impérat
paradoxalement dans Bruxell
Quant aux figures qui hab
poète, ce sont, aux côtés des
« houris »38. On y trouve au
aux grands yeux vainqueur
squelettes de Saladins »41. Et
nom comme, dans Les sœurs de
« Le jeune homme dont l'œil es
Le beau corps de vingt ans qui
Et qu'eût, le front cerclé de cu
Adoré, dans la Perse, un Génie
Ou encore, dans Jeune ménag
résilles dans les coins »43.
Aussi, les figures orientales dans la poésie de Rimbaud se révèlent-elles
aussi silencieuses qu'universelles. Les objets seront-ils plus parlants ?
Force est de constater que les objets évoquant l'Orient se font rares dans les
poésies de Rimbaud. Si l'on excepte « « l'encens »M de Matinée d'ivresse et les
« mazagrans »45 d'Après le déluge, l'imaginaire oriental rimbaldien se révèle
plutôt austère: point de dorures, point de voilages... comme si le désir
d'ailleurs du jeune poète se passait des choses pour se fixer sur les mots.
33 Les poètes de sept ans. Ibid., p. 44.
34 ibid., p. 82.
35 PB, p. 97.
Ibid., p. 106. Voir aussi les « anciens assassins » de Barbare. Ibid., p. 132
37 AA, p. 83. Danseuse et chanteuse d'Orient. De l'arabe, 'âlima : savante.
Ibid., p. 101. De l'arabe : figures féminines coraniques, éternellement vierges tout en étant
sources de jouissance, promises aux musulmans.
39 Ibid., p. 7-8.
40 Ibid., p. 11.
41 Ibid., p. 13-14.
42 Ibid., p. 51.
43 Ibid., p. 81.
44 Ibid., p. 132.
Ibid., p. 121. Mazagran : café servi dans un verre ; récipient en faïence, à petit pied, dans
lequel on sert le café. De Mazagran : ancienne ville d'Algérie, siège soutenu par les 123
soldats francs du capitaine Lelièvre contre les troupes d'Aod el-Kader (fév. 1840).
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LES ORIENTS D'ARTHUR RIMBAUD 205
À ce propos, notons que les évocations orient
contradictoires. Ainsi, l'Orient est qualifié d
d'« éternel »47 dans Villes avant que, dans L'Imp
de l'Orient... »48 qui était pourtant, dans My
progrès49. De plus, Rimbaud nous offre des ra
des éléments orientaux et des éléments occiden
dans Villes « un Nabuchodonosor norvégien »50
d'Adieu51.
En définitive, l'Orient est pour le jeune Rimbaud une sorte de rêve
paradoxal. Il est Tailleurs vu d'ici, image tout en contrastes et délire-plaisir
des mots. Mais cela induit-t-il le rejet de l'Europe et de l'Occident par le jeune
poète ?
Un rejet de l'Europe et de l'Occident ?
Les sentiments du jeune Rimbaud à l'égard de l'Europe, et plus généralement
de l'Occident ne nous semblent pas tranchés. Leur gamme varie du rejet, au
regret, en passant par une forme de neutralité, comme si le poète n'appartenait
ni à l'Occident, ni à l'Orient.
Le rejet s'exprime avec véhémence dans Mauvais sang. « Je n'ai jamais été de
ce peuple-ci, y affirme Rimbaud, je n'ai jamais été chrétien. (...) Je suis (...) un
nègre »52. Et ce reniement de tout ce qui n'est ni oriental ni africain
s'accompagne dans Vers nouveaux et chansons d'un désir de destruction :
« Europe, Asie, Amérique, disparaissez »53.
Pourtant, dans Le Bateau ivre, le jeune Rimbaud regrette aussi une certaine
Europe, celle « aux anciens parapets »54 tout en ne désespérant pas de voir
l'Occident envahi par les « barbares » et d'imaginer, dan s Michel et Christine ,
« l'Europe ancienne où cent hordes iront »55.
Par conséquent, la croisée des chemins à laquelle se trouve le jeune Rimbaud
ne le contraint pas à choisir entre deux lieux imaginaires (qui seraient l'Orient
et l'Occident, l'Europe et l'Afrique) mais à oser un itinéraire. Quel en sera la
destination? Un ailleurs, qui obligerait à devenir véritablement autre, à se
barbariser... «Je suis de race lointaine (...) je veux devenir hideux comme un
46 Ibid., p. 149.
4/ Ibid., p. 138.
40 Ibid., p. 113.
Ibid. , p. 139.
50 Ibid., p. 137.
51 Ibid., p. 116.
52 Ibid., p. 97.
M Ibid., p. 71.
54 Ibid., p. 68.
55 Ibid., p. 85.
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206 INES HORCHANI
Mongol »56 écrit Rimbaud d
paraît plus dès lors comme
départ, que le jeune Rimbaud
et que sa journée est faite58.
Et les rêves d'Orient le po
d'autres deux, des « cieux bar
et des voyants60. Où se situ
l'ignorer, bien que des pist
enfants de Cham »61 de Ma
effet, dans la Bible comme d
revenons à la racine sémitiq
sémantique avec la couleur n
le Nord. De plus, dans la lan
de Châm, désigne soit la gr
Israël) soit plus spécifiquem
Rimbaud avait-il connaissa
avait en tout cas accès aux
cette utopie du royaume des
Mais les pays auxquels rêve le jeune Rimbaud ne sont sans doute à
rechercher sur aucune carte du monde connu, de même que ce Dieu qu'il attend
avec gourmandise63 ne sera vraisemblablement ni celui de la Bible ni celui du
Coran. La sagesse contenue dans ce dernier texte sacré se trouve d'ailleurs
qualifiée de «bâtarde»64 par le jeune poète dans L'Impossible. La sagesse à
laquelle aspire Arthur Rimbaud en partance pour l'Orient semble d'un autre
ordre.
« Agent de commerce français... aimé des indigènes »
A partir de 1880, Arthur Rimbaud voyage loin, de plus en plus loin, de
Charleville, de la France, de l'Europe, de l'Occident... Mais au lieu de faire
figure de grand sage ayant réalisé le dépassement de la poésie en vie, de
l'imaginaire en existence, Rimbaud apparaît à ses compatriotes et se présente
lui-même comme un simple négociant.
56 Ibid., p. 103.
Mauvais sang : « Pas une famille d'Europe queje ne connaisse ». Ibid., p. 94.
« Ma journée est faite : je quitte l'Europe ». Ibid., p. 95.
Les mains de Jeanne-Marie. Ibid., p. 50.
Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs : « Commerçant ! colon ! médium ! »
61 Ibid., p. 55.
b Genèse, 10, 1.
Mauvais sang. PB, p. 52.
64 Ibid., p. 79.
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LES ORIENTS D'ARTHUR RIMBAUD 207
De lui-même, il dressera par exemple dans un
adressée à un certain M. Fagot ce portrait
(Ardennes). (...) Je voyage depuis huit anné
d'Afrique, dans les pays d'Abyssinie, du Har
service d'entreprises commerciales françaises.
négociants français en affaires avec le roi M
méridionale), ami de tous les pouvoirs européen
A cette description assez terne de Rimbau
ajouter cet autre autoportrait destinée cette
des Colonies et datée de la même année : «
voyageant depuis environ huit années su
honorablement connude tous les Européens, aim
Moins de cinq ans plus tard, Rimbaud se
Conception à Marseille. Sa sœur Isabelle se cr
sur les dix dernières années arabo-africaines
elle écrit au chef du Petit Ardennais :
Voici la vérité sur la dernière période de la vie d'Arthur Rimbaud (...). En
1880, un gentleman anglais, dont les fils avaient reçu d' A. Rimbaud des
leçons de langues, émerveillé des connaissances presque universelles du
précepteur de ses enfants, l'emmena à Aden et lui procura, comme négociant,
une position très honorable dans une maison française. (...) Bientôt, il fut
l'associé du négociant qui l'avait d'abord employé (...) et fonda au Harar
(Afrique orientale) un comptoir qui donnait le ton à tous les marchés de
l'Abyssinie, du Choa, etc. Les produits principaux de son corrmerœ étaient
le café et l'ivoire, puis, en moindres proportions, l'encens, l'or en lingots,
etc.
Jamais, de l'avis unanime de tous les Européens établis dans ces régions, on
n'avait vu pareille activité, pareil courage; vénéré et chéri par les
indigènes, estimé par les Blancs, sa probité et sa bonté jointe à la pureté de
ses mœurs l'avaient rendu l'arbitre habituel de tous ceux entre lesquels
quelque différend s'était élevé. Toujours avide de s'instruire et de voir, il
visitait les montagnes et les vallées, et bien des points de ces régions n'ont
été explorés que par lui. M. Paul Soleillet fut son ami intime, ainsi que
plusieurs autres explorateurs et auteurs de livres remarouables. La Société
Achevé d'imprimer sur les presses
de l'Imprimerie Anciaux S.A.
à Charleville-Mézières
Dépôt légal 1er trimestre 2007
Cependant, cette mise en intrigue de la dernière tranche de vie de Rimba
nous en apprend bien peu sur la réalisation de son rêve d'Orient. De même, l
deux autoportraits du poète en négociant ne nous disent rien de ses mobiles
65 AA, p. 470.
Ibid. Lettre d'Aden, 15 décembre 1887, p. 472.
67 Ibid., p. 717.
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208 INES HORCHANI
ses itinéraires, de ses états d'
que nous donnent à lire ces r
la poésie nous plonger dans
être y aperce vr a -t-on quelq
Du rêve d'Orient aux réalités arabo-africaines
Rimbaud a donc quitté l'Europe, pour un ailleurs que la littérature qualif
d'oriental. La réalisation de ce rêve de jeunesse conduit Rimbaud dans
contrées que sa poésie n'avait ni imaginée, ni même nommée. Ainsi, dan
lettre aux siens, écrite à Aden et datée du 17 août 1880, Rimbaud retrace son
parcours : « J'ai cherché du travail dans tous les ports de la Mer Rouge, à
Djeddah, Souakim, Massaouah, Hodeidah, etc. »68. Sept ans plus tard, il
cherche encore un lieu où vivre sa vie d'homme et écrit du Caire : « Je ne
resterai pas longtemps ici : je n'ai pas d'emploi et tout est trop cher. Par force,
je devrai m'en retourner du côté du Soudan, de l' Abyssinie ou de l'Arabie. Peut-
être irai-je à Zanzibar, d'où on peut faire de longs voyages en Afrique, et peut-
être en Chine, au Japon, qui sait où ? »69
En effet, qui sait où le désir d'Orient peut mener? Dans les lettres de la
même période, Rimbaud évoque non seulement « l'Inde [qui] est plus agréable
que l'Arabie »70mais aussi, La Mecque71, l'Egypte72... Et même un mois avant sa
mort, il rêve des mêmes horizons et sa sœur doit « [s]'ingénier toute la journée
pour l'empêcher de commettre de nombreuses sottises. Son idée fixe est de
quitter Marseille pour un climat plus chaud, soit Alger, soit Aden, soit Obock
»73. Le rêve d'Orient serait-il, par définition, toujours à réaliser ?
Quoi qu'il en soit, Rimbaud a très peu décrit les réalités orientales
auxquelles il fut confronté en tant que négociant. En fait, sa plume s'attarde sur
les déserts bien plus que sur les villes, les cieux ou les mers. D'Alexandrie, qui
n'a pu le laisser indifférent, il écrit par exemple: «Je vous enverrai
prochainement des détails et des descriptions d'Alexandrie et de la vie
égyptienne. Aujourd'hui, pas le temps »74. Et aucune lettre ne viendra tenir
cette promesse faite aux siens.
68 Ibid., p. 313.
69 Rimbaud aux siens, Le Caire, 23 août 1887. Ibid., p. 441.
70 Rimbaud aux siens, Aden, le 28 septembre 1885. Ibid., p. 403.
71 Rimbaud à Ile, Harar, 20 juillet 1889. Ibid., p. 559.
Rimbaud aux siens, Aden, 10 juillet 1882. Ibid., p. 350.
Notes d'Isabelle Rimbaud, dimanche 4 octobre 1891. Ibid., p. 704.
Rimbaud aux siens, lettre d'Alexandrie, décembre 1878. Ibid., p. 307.
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LES ORIENTS D'ARTHUR RIMBAUD 209
En revanche, le désert se trouve longuement
correspondances de Rimbaud75. Mais il ne s'agi
la Liberté ravie »76 imaginé par le poète de sep
paysages77 « rappelant l'horreur présumée
adjectif d' « affreux » s'applique particulièr
décrit, dès 1880, comme « un roc affreux, sans
d'eau bonne »79. Dans la même lettre, nous liso
comme prisonnier ici »80. Le désert ne libère d
entre le lieu imaginaire et le lieu réel se lais
presque tragique. En d'autres termes, le ré
« oriental ») est inimaginable. « Vous ne vou
écrit à ce propos Rimbaud dans une autre lettr
aucun arbre ici, même desséché, aucun brin d'h
pas une goutte d'eau douce. Aden est un cratèr
fond par le sable de la mer. On n'y voit et on n
laves et du sable qui ne peuvent produire le
sont un désert de sable absolument aride. M
empêchent l'air d'entrer, et nous rôtissons au fo
à chaux. Il faut être bien forcé de travailler
dans des enfers pareils ! On n'a aucune société,
devient donc un imbécile total en peu d'années
Qu'est donc devenue cette aptitude au rêve
Rimbaud ? Aucune langue orientale, aucun livr
ils parvenus à la réactiver ?
Livres, langues et récits de voyage
En matière de livres, les commandes adressée
pragmatiques. Il s'agit, entre autres ouvrag
Métallurgie , de l'Architecture navale, des Poudres
Charpentier , du Manuel du Tanneur , du Manu
n'allons pas croire que tous ces livres utilitai
75 Voir, Ibid., chronologiquement: Rimbaud aux sie
Rimbaud aux siens, du Harar, lettre du 15 janvier 1
Harar, 10 décembre 1883, p. 375-377 ; Rimbaud aux
p. 409 ; Rimbaud aux siens, du Harar, lettre du 15 jan
Les poètes de sept ans, AA., p. 44.
Lettre au Directeur du « Bosphore égyptien », Le C
78 Lettre au Directeur du « Bosphore égyptien », Le
Rimbaud aux siens, d'Aden, le 25 août 1880. Ibid., p
80 Idem.
81 Rimbaud aux siens, Aden, le 28 septembre 1885. Ibid., p. 402.
82 Lettre de Rimbaud aux siens, d'Aden, le 2 novembre 1880. Ibid., p. 316-319.
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210 INESHORCHANI
Bien au contraire, il les atten
Car cette littérature lui est
qu'il a rêvé mais qui lui res
écrit-il d'Aden à sa mère en
qui me sont indispensables.
choses me préjudicierait bea
se trouvent des ouvrages a
arabes auxquels fait référenc
L'altérité à laquelle tous ces
de nouveauté, mais elle se révèle rude, âpre, fuyante et pourtant
incontournable. Il ne s'agit plus désormais pour Rimbaud de rêver/mais de
survivre. Même le Coran commandé en bilingue par Rimbaud à M. Hachette
dans une lettre du Harar87 nous semble s'inscrire dans cette perspective de
connaissance vitale et instinctive du pays, un pays « où il n'y a pas de
renseignements, et où l'on devient bête comme un âne, si on ne repasse pas un peu
ses études »88 ; un pays « où il n'y a ni journaux, ni bibliothèques, et où l'on vit
comme des sauvages »89. . .
Quant aux langues orientales apprises par Rimbaud, elles sont nombreuses
mais elles semblent davantage avoir servi au négociant que nourri la curiosité
du poète. La première de ces langues est l'arabe, auquel Rimbaud a recours à
plus ou moins bon escient dans sa correspondance administrative90. Puis vient
83 « je n'ai pas encore reçu les livres arabes que j'ai demandés ». Ibid., p. 319.
« Soyez sûrs que j'aurai soin de mes livres ». Rimbaud aux siens, du Harar, le 15 février
1881. Ibid., p. 326.
85 Rimbaud a sa mère, Aden, 8 décembre 1882. Ibid., p. 356.
« Comment n'avez-vous pas retrouvé le dictionnaire arabe ? Il doit être à la maison
cependant. Dites à F[rédéric] de chercher dans les papiers arabes un cahier intitulé :
Plaisanteries, jeux de mots, etc. en arabe; et il doit y avoir aussi une collection de
dialogues, de chansons ou je ne sais quoi, utile à ceux qui apprennent la langue. S'il y a un
ouvrage en arabe, envoyez ;mais tout ceci comme emballage seulement, car ça ne vaut pas
le port ». Ibid., p. 327. Une autre allusion à des livres arabes, offerts cette fois par Alfred
Bardey. Ibid., p. 366-367.
« Je vous serais très obligé dem'envoyer aussitôt que possible, à l'adresse ci-dessous [à
Roche, dans les Ardennes], contre remboursement, la meilleure traduction française du
Coran (avec le texte arabe en regard, s'il en existe ainsi) - et même sans le texte ». Rimbaud,
Harar, le 7 octobre 1883, à M. Hachette. Ibid., p. 375. Voir aussi : « Pour les Corans, je les
ai reçus il y a longtemps, il y a juste un an, au Harar même ». Rimbaud aux siens, Aden, le
15 janvier 1885. Ibid., p. 397.
88 Rimbaud aux siens, [1883]. Ibid., p. 361.
89 Rimbaud aux siens, Aden, 15 janvier 1885. Ibid., p. 397.
90 Utilisation à plus ou moins bon escient de mots arabes : « imans » ( pour « imams ») dans
le Rapport sur rOgadine, 1883. Ibid., p. 378 ; « oukil » dans la lettre du 26 août 1887, du
Caire, à M. Alfred Bardey. Ibid., p. 444 ; Référence au bournous. Ibid., p. 463 et 464 ;
« Kamis. Du même tissu, une simple blouse fermée à la poitrine, descendant aux hanches,
par la manche arrêtée aux coudes. En fabriquer 500 », Rimbaud, 7ème étude de
marchandises, 1883. Ibid., p. 370 ; Rimbaud parle à juste titre des « Mahdistes » et non pas
des « Madhistes » comme œrtains de ses correspondants. Ibid., p. 543.
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LES ORIENTS D'ARTHUR RIMBAUD 211
l'amhara, qu'il semble plus aisément manipu
bilingue (avec une transcription en caractère
des Langues orientales à Paris en 188592. Dans
langues orientales semble indispensable, Rim
personne ne sait une langue européenne, car il
point d'Européens »93.
Néanmoins, malgré cet usage forcé d'idiomes «barbares» qui,
apparemment, ne font plus rêver le poète, la correspondance arabo-africaine
de Rimbaud ne manque pas d'humour. La langue (et en particulier la langue
française dite maternelle) permet donc encore d'exprimer une singularité qui
rit d'elle-même, de ses faiblesses et de son impuissance. Aussi Rimbaud écrit-il
à sa mère, du Harar, le 21 avril 1890 « Je me porte bien, mais il me blanchit un
cheveu par minute. Depuis le temps que ça dure, je crains d'avoir bientôt une
tête comme une houppe poudrée. C'est désolant, cette trahison du cuir chevelu ;
mais qu'y faire ? »94. La même année, Rimbaud écrit à Ilg: « Par mes dernières
je vous annonçais, et même en termes énergiques, le marasme de votre paiement
ici. Il y avait, hélas, des motifs sérieux à cela, et je vous les ai explanés. (...)
Pour toucher des thalaris ici dans les cond[iti]ons actuelles, il faudrait
étrangler les caissiers et enfoncer les caisses, et j'hésite à le faire »95 ou encore,
au même correspondant, à propos de l'un de leurs collègues : « Il doit se trouver
à présent à Jérusalem. Je rusalème à le croire »96.
Pourtant, malgré ces quelques anecdotes et ces rares jeux de mots qui égaient,
de-ci de-là, la correspondance arabo-africaine de Rimbaud, nous manquent ses
récits de voyages. Et à ceux qui lui réclament le détail de ses aventures,
Rimbaud répond : « Ne vous étonnez pas que je n'écrive guère : le principal
motif serait que je ne trouve jamais rien d'intéressant à dire. Car, lorsqu'on est
dans des pays comme ceux-ci, on a plus à demander qu'à dire ! Des déserts
peuplés de nègres stupides, sans routes, sans courriers, sans voyageurs: que
voulez-vous qu'on vous écrive de là ? Qu'on s'ennuie, qu'on s'embête, qu'on
s'abrutit ; qu'on en a assez, mais qu'on ne peut pas en finir, etc., etc. ! Voilà tout,
tout ce qu'on peut dire, par conséquent ; et, comme ça n'amuse pas non plus les
91 « N'obtenant du Dedjatch (naturellement) que des réponses évasives, je lui ai adressé
hier une énergique protestation en Amhara pour votre paiement ». Rimbaud à Ilg, Harar,
1er juillet 1889. Ibid., p. 557. « J'ai déjà écrit en amhara au Roi pour cette affaire ».
Rimbaud à Ilg, Harar, 18 mars 1890. Void., p. 616.
«Je vous prie d'expédier contre remboursement, à l'adresse ci-dessous [dans les
Ardennes] le Dictionnaire de la langue amhara (avec la prononciation en caractères
latins) ». Lettre au Directeur de la Librairie des Langues orientales à Paris, lettre d'Aden,
le 18 novembre 1885. Ibidģ/ p. 407-408.
* Idem.
94 Ibid., p. 622-623.
Lettre du Harar, le 7 octobre 1889. Ibid., p. 584.
96 Rimbaud à Ilg, Harar le 20 décembre 1889. Ibid., p. 599.
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212 INESHORCHANI
autres, il faut se taire »97
histoires tant attendues, d
pays et des gens»98. Ains
s'effacent devant les jeux
Géographie99 parvient à co
tardivement consent à li
l'Afrique »101.
Notons tout de même que
aventures arabo-africaines,
rencontres, qu'il tait mais
Ainsi en est-il par exemple d
du Choa »103, ou du « redouta
« Derviches »105 et de M. Sot
avec le nom d'Adji-Abdalla
religieuses des indigènes » 10
des figures dignes des Mille
correspondance, laissant pl
l'égard des populations côtoy
à la colère, le découragement1
Tout compte fait, nous touc
qui ne sont ni géographiques
97 Rimbaud à sa mère et à sa sœur
98 Ibid., p. 323.
Le secrétaire de la Société de G
448-449 et Rimbaud aux siens, A
Rimbaud à [Link] Bardey, Le
101 Idem.
0 Lettre de Ménélik II à Arthur Rimbaud, 1887. Ibid., p. 425-426.
1UJ Idem.
104 Rimbaud à Monsieur de Gaspary, Aden, le 9 novembre 1887. Ibid., p. 461.
105 Rimbaud à Jules Borelli, Harar, 25 février 1889. Ibid., p. 521.
00 « Au lieu où il s'est arrêté, il est devenu un but de pèlerinage comme wodad (lettré) et
schérif (desœndant des compagnons du prophète) ». Rimbaud à MM. Ma zer an, Viannay
et Bardey, Harar le 25 août 1883. Ibid., p. 369.
« Toutes ces descentes, perquisitions, réquisitions, prohibitions, persécutions,
aigrissent et embêtent fortement les indigènes, aussi bien sur les côtes qu'a l'intérieur.
Tout cela est mal disposé, mal calculé pour réhabiliter aux yeux des nègres l'Européen
très méprisé déjà dans la mer Rouge. -Morale, rester l'allié des nègres, ou ne pas les
toucher du tout, si on n'est pas en pouvoir de les écraser complètement au premier
moment ». Rimbaud à Ilg, Aden, 1er février 1888. Ibid., p. 480.
« ces chiens aux abois ont exigé de moi paiement au comptant, - et j'ai payé ». Rimbaud
à Ilg, Harar, 7 septembre 1889. Ibid., p. 574.
« Il y a à peine une vingtaine d'Européens dans toute l'Abyssinie. (...) A Harar, c'est
encore l'endroit où il y en a le plus : environ une dizaine. J'y suis le seul de nationalité
française. D y a aussi une mission catholique avec trois pères, dont l'un Français comme
moi, qui éduquent des négrillons ». Rimbaud aux siens, Harar le 4 août 1888. Ibid., p. 501.
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LES ORIENTS D'ARTHUR RIMBAUD 213
États d'âme : les limites du rêve oriental d'Ar
En effet, le même terme d' « horreur »no se
pour décrire les déserts de sable ou de pierre
ses lettres d'Aden ou du Harar nous procur
Rimbaud adopte un point de vue très extérieur
ainsi que sur son existence qu'il juge « énervan
va même jusqu'à écrire aux siens, dès 1881 : « M
vie ; et si je vis, je suis habitué de vivre de
continuer à me fatiguer comme à présent, e
véhéments qu'absurdes dans ces climats atr
existence »112 avant de confier aux mêmes cor
«Je m'ennuie beaucoup, toujours; je n'ai mê
s'ennuyât autant que moi. Et puis, n'est-ce p
famille, sans occupation intellectuelle, perd
voudrait améliorer le sort et qui, eux, cher
mettent dans l'impossibilité de liquider des
parler leurs baragouins, de manger de leurs
provenant de leur paresse, de leur trahison,
n'est pas encore là. Il est dans la crainte de dev
isolé qu'on est et éloigné de toute société intelli
Rimbaud aurait-il parcouru tous ces déserts po
au cœur de son désert intérieur ? N'est-il venu
plus vite ?114
« La moisson est finie ?»115
Quelle serait la moisson de la saison arabo-africa ine d'Arthur Rimbaud ?
Quel serait le bilan de ses aventures orientales? Le négociant a-t-il réalisé les
rêves du jeune poète ?
110 Ibidw p. 332 et 349.
« Les employés, en Orient, sont à présent aussi mal payés qu'en Europe ; leur sort y est
mane bien plus précaires, à cause des climats funestes et de l'existenœ énervante qu'on
mène ». Rimbaud aux siens, Aden, le 10 septembre 1884. Ibid ., p. 390.
Rimbaud aux siens, du Harar, 25 mai 1881. Ibid., p. 330.
Rimbaud aux siens, Harar, 4 août 1888. Ibid., p. 501-502.
« On vieillit très vite, ici, comme dans tout le Soudan ». Rimbaud à sa mère, Harar, le 20
février 1891. Ibid., p. 656.
« Aden est un roc affreux, sans un seul brin d'herbe ni une goutte d'eau bonne (...)
Mais, il n'y a pas : je suis comme prisonnier ici et, assurément, il me faudra y rester au
moins trois mois avant d'être un peu sur mes jambes (...) Et à la maison ? La moisson est
finie ? ». Rimbaud aux siens, d'Aden, le 25 août 1880. Ibid., p. 314.
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214 INESHORCHANI
Les aspirations d'Arthur R
Force est de constater que l
et les époques. Aux siens, d
exemple de son « humeur (...
1887, il affirme : « Je ne pu
libre »117. Mais cette soif de
d'échapper à l'esclavage mode
existence dans l'esclavage »
africaine119.
Et comment sortir de cet e
au monde, déclare Rimbaud e
intéressant : je trouverai bie
aussi par ailleurs: «Ma vo
Comment, dès lors, étreindre
Après le travail, le mari
d'Arthur Rimbaud dans sa
d'« aller épouser au pays »122
marier, ni de regarder se ma
affaires, avant un délai ind
satanés pays, on n'en sort plu
Que reste-t-il alors à Rimb
lui ? « La santé et la vie [qui
du monde»...124. Malheure
Rimbaud, dont les rêves s'éta
suis très mal, très mal (...) C
n'obligent pas à couper la j
doute que j'attende. La vie m'est devenue impossible. Que je suis donc
malheureux ! Queje suis donc devenu malheureux ! »125. En définitive, quel sera
le dernier rêve d'Arthur Rimbaud ? Celui de quitter l'Orient et de retrouver sa
terre natale.
116 Rimbaud aux siens, Aden, le 15 janvier 1885. Ibid., p. 397.
Rimbaud à Alfred Bardey, Le Caire, 26 août 1887. Ibid., p. 448.
118 Rimbaud aux siens, Harar, 25 mai 1881. Ibid., p. 330.
« Enfin, qu'il arrive seulement un jour où je pourrai sortir de l'esclavage et avoir
rentes assez pour ne travailler qu'autant qu'il me plaira ! » Rimbaud aux siens, Aden,
29 mai 1884. Ibid., p. 387.
Rimbaud aux siens. Harar 2 septembre 1881. Ibid., p. 334-335.
121 Rimbaud aux siens, Aden, le 30 décembre 1884. Ibid., p. 393.
Rimbaud aux siens, Aden, le 29 mai 1884. Ibid., p. 387
3 Rimbaud à sa mère, Harar, le 21 avril 1890. Ibid., p. 622-623.
Rimbaud aux siens, Harar 22 juillet 1881. Ibid., p. 333.
M Rimbaud à sa mère et à sa sœur, Marseille, le 21 mai 1891. Ibid., p. 665.
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LES ORIENTS D'ARTHUR RIMBAUD 215
La France rêvée ou l'impossible retour
Voilà donc que la France fait figure de pays r
les remèdes [y] sont bon marché, et l'air bon
promise, si tôt fuie par le jeune poète et maint
inaccessible. La première crainte de Rimba
militaires : « Est-ce que j'ai encore un service
30 ans ? Et, si je rentre en France, est-ce que j'a
n'ai pas fait ? »127. Par ailleurs, le poète appréh
sociales : « Quant à moi, écrit-il au siens en 1
longtemps encore, toujours peut-être, dans ces
présent, et où je trouverai du travail ; tandis qu
et je ne trouverai rien »128. Enfin, les peurs se b
puis aller en Europe, pour bien des raisons; d
ensuite, je suis trop habitué à la vie errante e
position »129.
Arthur Rimbaud reviendra en France, afin de
et d'y mourir. L'Orient l'aura d'une certaine
rendu réellement malade : « Cette infirmité m'
efforts à cheval, et aussi par des marches fa
pays orientaux] des vents secs, qui sont trè
général. Même des Européens, jeunes, de vingt-c
rhumatismes, après deux ou trois ans de séjour »1
Le butin de guerre de Rimbaud, nous le pressen
de son aventure arabo-africaine épuisé et peu
ne lui a pas suffi, mais rien, sans doute, n'au
assoiffé d'absolu. Finalement, que lui a apporté
Comme disent les Musulmans : C'est écrit ! Ce
Osons le croire : l'aventure arabo-africaine
peu de cette sagesse primitive qu'il évoquait dans sa jeunesse... Sagesse
bâtarde, peut-être, puisque mêlée de fatalisme et de renoncement, mais sagesse
authentique, vécue et partagée. Les lettres de Rimbaud, aussi désespérées
puissent-elles paraître, recèlent aussi des trésors de sagesse orientale.
« Comme les musulmans, affirme-t-il par exemple aux siens, je sais que ce qui
126 Rimbaud à sa mère, Aden, le 30 avril 1891. Ibid., p. 662.
127 Rimbaud aux siens, Aden, le 29 mai 1884. Ibid., p. 387.
8 Rimbaud aux siens, Aden, le 5 mai 1884. Ibid., p. 385-386.
129 Rimbaud aux siens, Le Caire, 23 août 1887. Ibid., p. 441.
30 Rimbaud à sa mère, Harar, le 20 février 1891. Ibia., p. 655.
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216 INES HORŒANI
arrive arrive, et c'est tout »
C'est écrit ! - C'est la vie »13
Quant à la poésie, Rimbaud
arabo- africaines lorsqu'il
en langue arabe133. La poé
dans une réalité ethno- l
présent pour Rimbaud de
de la dire ou de la compren
Finalement, pour le jeune
l'Orient fut d'abord un aill
rêve oriental se réalisa en
ennuyeuse, souvent déses
plus le poète, comprend, et
monde, et que l'Orient ne
promise, malgré ce que le L
« Pourquoi donc existons-n
peut répondre définitive
nostalgie de l'absolu que R
déceptions orientales, dan
« Quel ennui, quelle fatig
voyages, et comme j'étais a
travers monts, les cavalca
mers ? »135. Décidément, la
131 Rimbaud aux siens, Harar 6
Rimbaud aux siens, Aden le 1
écrit.
133 Rimbaud, Rapport sur l'Ov
134 Rimbaud à sa sœur Isabelle
Rimbaud à sa sœur Isabelle, M
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