L’entrepreneuriat est aujourd’hui un thème d’actualité : enseignants, chercheurs,
managers, dirigeants d’entreprises, consultants, hommes politiques tous s’y
intéressent. Aujourd’hui, nous avons une meilleure connaissance du phénomène.
Des idées reçues ont été mises à mal, telle celle qui fait de la recherche du profit
et de l’enrichissement personnel le principal moteur de création (Bruyat, 1993).
Certains changements environnementaux et leurs conséquences au niveau des
sociétés, des entreprises, et des individus (…) sont de nature à donner à
l’entrepreneuriat, en tant que phénomène et en tant qu’ensemble de
comportements individuels et collectifs, une place plus importante (Fayolle,
2007). Les apports de l’entrepreneuriat à la société et à l’économie ne sont plus à
démontrer, « elles concernent la création d’entreprises, la création d’emplois,
l’innovation, le développement de l’esprit d’entreprise dans les entreprises, et les
organisations et l’accompagnement de changements structurels (Fayolle, 2007).
En l’état actuel de la recherche, un centrage des définitions et un balisage de
notre champ de recherche nous semble primordial. Nous reprenons les différents
courants de pensée de l’évolution de la recherche en entrepreneuriat. Nous
donnons notre propre acception de ce concept en nous inscrivant dans une
logique de création de valeur et de création d’organisation. Dans un deuxième
temps, nous mettons en relief les différentes approches en vue de rendre compte
de la multidimensionnalité, de la diversité et de la complexité du phénomène
entrepreneurial. Nous considérons que l’intention se trouve au carrefour des
différentes approches de l’entrepreneuriat.
I.1 Délimitation du champ de l’entrepreneuriat
« De quoi parle t-on quand on parle d’entrepreneuriat ? » (Gartner, 1990).
Essayer de définir l’entrepreneuriat n’est pas une affaire de définition de
frontières du champ de recherche. C’est aussi et surtout une question
d’organisation des connaissances et de positionnement des chercheurs par
rapport au domaine scientifique (Fayolle, 2000). La contingence en matière de
paradigme, nous incite à se positionner dans le champ de l’entrepreneuriat.
Auparavant, il est important d’identifier le ou les paradigmes qui ont contribué à
structurer la recherche en entrepreneuriat telle qu’elle se déploie aujourd’hui
dans toute sa richesse et toute sa diversité.
Puis, de repérer la complémentarité des différents paradigmes qui peut
constituer un terreau propice au développement de nouvelles pousses.
I.1.1 Quels paradigmes dans la recherche en entrepreneuriat ?
Un paradigme est une construction théorique faisant l’objet d’une adhésion d’une
partie suffisamment significative des chercheurs qui, au sein de la communauté
ainsi constituée, partagent le point de vue proposé par le paradigme (Vesrtaete et
Fayolle, 2004). Les auteurs divisent le champ de l’entrepreneuriat en paradigme
de l’innovation (Carland et al., 1984), création de valeur (Ronstad, 1984 ; Bruyat,
1993), émergence organisationnelle (Verstraete, Gartner, 1990), opportunité
(Timmons, 1994 ; Shane, Venkataraman, 2000).
Dans le paradigme opportunité, Timmons (1982) constate qu’il y a peu
d’importance accordé à la reconnaissance de l’opportunité d’affaires dans tous le
processus d’entrepreneuriat et que les chercheurs partent de l’opportunité
comme si elle était acquises. Ainsi, l’entrepreneur devient la figure emblématique
dont l’essence est « de saisir les opportunités dans un environnement instable et
de créer cet instabilité par son intrusion continuellement renouvelée dans la
production et la distribution » (Julien, 1994)13. Dans la même perspective,
Stevenson14(1983) montre que les comportements de l’entrepreneur s’opposent
à ceux du gestionnaire (voir tableau ci-dessous), dont les préoccupations
s’attachent à assurer un bon contrôle des ressources administrés et à réduire les
risques.
Tableau 2. Les comportements de l’entrepreneur (Stevenson, 1983).
Comportements
Dimension del’entrepreneur Comportements du gestionna
Il est stimulé par
touteopportunité d’affaire Il est guidé principalement pa
Orientationstratégique nouvelle de ressources
Délai extrêmement court
Délai de réaction vis-à-vis parcequ’il est orienté vers Délai est très importante raiso
des opportunités l’action recherche d’une réduction des
Il utilise d’une façon Il utilise l’ensemble des
optimaleles ressources dans un ressourcesnécessaires à la tran
Investissements processus comprenant de de l’opportunité en une seule
enressources nombreuses étapes un investissement globale.
L’entrepreneur utilise des
ressources qui, en règle Le gestionnaire est propriétair
Contrôle de ressources générale ne l’appartiennent pas. ressources utiles.
L’entrepreneur met en placedes
structures horizontales avec des Le gestionnaire s’appuie sur u
Structure del’entreprise réseaux informels très hiérarchisé et bureaucrati
L’acte d’entreprendre correspond à la création et à la transformation d’une
opportunité, indépendamment des ressources directement contrôlées. André
Belley(1989) note que la dimension « opportunité » est absente dans l’ensemble
des travaux de recherche consacré à la création d’entreprise et intègre au modèle
de Shapero le processus de reconnaissance de l’opportunité. Les plus importantes
sources de l’opportunité sont trois : l’expérience de l’entrepreneur, les diverses
circonstances et la recherche systématique de l’opportunité.
Dans le paradigme innovation, nous pouvons citer les oeuvres de Sweeney(1989);
Shane et Venkataraman (2000). Pour Siegel, l’innovation est l’« action qui
consiste à ouvrir de nouvelles possibilités aux ressources pour créer des
richesses». Ces ressources peuvent être existantes car l’innovation consiste à
créer de nouvelles possibilités. Lorsqu’il est question d’innovation, Schumpeter
est une référence historique. « Schumpeter (1935) marque une évolution
importante dans la compréhension de la fonction entrepreneuriale, il fait de
l’entrepreneur un agent économique d’une espèce particulière, le moteur du
progrès technique qui fait des combinaisons nouvelles des moyens de production
et réalise des innovations »15.
Les travaux sur «entrepreneuriat et processus d’émergence organisationnelle»
sont initiés par Gartner (1985, 1990, 1995); Hernandez (1999, 2001); Verstraete
(1999), Hernandez et Marco (2006). Selon le paradigme émergence
organisationnelle, le cœur de l’entrepreneuriat est l’organisation émergente
(Gartner et al, 1990). A travers une approche constructive, Verstraete (1999) a
exprimé le phénomène entrepreneurial dans une analyse dialectique à deux
niveaux : le créateur et l’organisation impulsée. « C’est l’impulsion d’organisation
» par l’individu qui devient primordiale. L’auteur propose une modélisation de
l’entrepreneuriat en trois dimensions irréductibles : cognitive (la pensée),
praxéologique (l’action) et structurale (la structure).
Figure 4. Modélisation du phénomène entrepreneuriale (Verstraete, 1999)