CHAPITRE 5
Innovation et PME en Algérie
quelle perspective :
étude exploratoire
Wassila Tabet AOUL
Professeure en Sciences de gestion à l’Université de Tlemcen (Algérie)
Wafaa BERBAR
Maître assistante en Science de gestion à l’Université Abou Bekr
Malgré des indicateurs macro-économiques (Taux de croissance en 2012 de
2,5 %) stables, les classements internationaux de 2012 montrent en Algérie un
recul en matière de compétitivité par rapport aux années précédentes. La PME, la
formation, l’innovation, l’accès aux technologies sont autant de facteurs évoqués
qui entravent l’émergence d’une économie compétitive. L’État Algérien pourtant,
est apparu comme un acteur essentiel, en tant que facilitateur et catalyseur dans
la promotion d’une dynamique qui consiste à créer un environnement favorable
aux affaires particulièrement pour les petites et moyennes entreprises. Des sys-
tèmes d’accompagnement et d’appui à la création d’entreprises qui favorisent
la formation – action se sont progressivement développés. D’abord la formation
par le biais d’agences et de programmes dédiés au soutien de l’investissement.
Ensuite l’innovation par la valorisation de la recherche soutenue par des réformes
au sein de l’université. Concernant la formation, elle se traduit par un ensemble
d’actions qui concernent l’accompagnement des porteurs de projets. Du côté de
l’innovation, ce sont toutes les relations les 3I (Initialisation, Institutionnalisation,
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Intégration) (Shmitt, 2008) que l’université envisage de tisser avec toutes les
thématiques de l’Entrepreneuriat. L’observation de l’entrepreneur algérien dans
l’exercice de ces fonctions ne peut se détacher de la structure sociale et écono-
mique à laquelle il est rattaché. Plusieurs études (Melbouci 2012, Tabet 2012),
montrent que le rôle économique de l’entrepreneur est perçu d’abord dans son
rôle social car toutes les actions sont organisées autour du réseau familial. Dans
de nombreuses sphères de la gestion de leurs entreprises, organisation interne,
gestion des salariés, partage des biens et des richesses, les entrepreneurs Algé-
riens se situent plus dans une dynamique sociale appartenant à la société algé-
rienne. Le capital relationnel dans ses liens informels permet de renforcer le capi-
tal financier et le capital connaissance. Ce qui constitue une ressource actuelle et
potentielle d’innovation (Melbouci, 2012).
La turbulence de l’environnement économique en Algérie, quant à lui a aussi contri-
bué à façonner un Entrepreneuriat quelque peu spécifique dans le sens, où il reste
à la merci de textes législatifs et des actions de l’État en sa faveur. L’orientation
de sa PME débouche d’une double dynamique interne et externe en fonction de
ses objectifs, de ses compétences personnelles et organisationnelles. Plus l’envi-
ronnement devient menaçant, moins l’entrepreneur, est en mesure d’assurer une
cohérence organisationnelle, au profit d’une cohérence sociale sûre.
Une approche très récente de (Messaghem et Sammut, 2011) basée sur les tra-
vaux de Gartner en 1988, considère que « le processus entrepreneurial se fonde
sur le dialogique individu - projet qui est elle-même en interaction perpétuelle avec
l’environnement ». Dans cette optique, l’environnement est une source d’opportu-
nités et de menaces pour l’Entrepreneuriat.
En effet, l’environnement agit sur l’entrepreneur et son entreprise dans le temps
à travers des relations proactives, caractérisées par des comportements issus
non seulement de conditions internes mais aussi par d’autres externes fortement
complexes et dynamiques.
C’est pourquoi la survie des deux (entrepreneur - PME), doit être considérée comme
un sous-produit de diverses influences qui ne pourraient être saisies raisonnable-
ment qu’en intégrant et acceptant la multi-dimensionnalité du phénomène (action
- réaction).
L’objet de cette étude est de montrer que la relation de la PME algérienne avec
l’innovation reste difficile car elle est non achevée. Aussi, une revue historique
de l’économie algérienne semble nécessaire car elle nous permet de constater
l’impact des politiques choisies et cela a constitué pour nous un cadre d’analyse.
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Innovation et pme en Algérie quelle perspective :
étude exploratoire
À cet effet, nous ferons référence aux actions publiques concernant la formation
ainsi qu’à la recherche à l’université pour renforcer la compétitivité.
En premier lieu, nous exposerons les principales variables du processus d’innova-
tion pour les PME, pour arriver à celles concernant la PME algérienne en second
lieu. Enfin nous présenterons certains résultats afférents à l’innovation de PME de
la wilaya de Tlemcen.
1. L’économie algérienne, état des lieux
Si l’on se réfère à quelques indicateurs1 (le climat des affaires, la compétitivité,
et l’innovation) qu’ils soient internes, ou ceux fournis par les nombreux rapports
des organismes internationaux, tous sont unanimes à dire que l’Algérie n’arrive
toujours pas à se défaire des dysfonctionnements hérités du système socialiste.
L’application de l’économie de marché et de l’ouverture devient très complexe,
l’État via ses gouvernements se démêle entre politiques libérales et restrictions
ce qui a démontré son incapacité à instaurer de véritables mécanismes de régu-
lation et de contrôle de l’économie. La vérité des prix, la démonopolisation et la
concurrence semblent faire défaut, car l’efficacité des institutions en charge des
règles de la surveillance de leur application et de leur respect par l’ensemble des
acteurs économiques est quasi absente.
L’appareil économique Algérien demeure coupé en deux grands ensembles. Le
premier se réduit à la branche des hydrocarbures et le second regroupe toutes les
autres branches de l’économie. Celles-ci sont quasi exclusivement tournées vers
le monde intérieur mais dépendent pour une large part de l’extérieur pour leur
approvisionnement.
1. Le rapport Dong Business de 2012, a qualifié le climat des affaires d’exécrable, avec une
généralisation de la corruption et impunité, et une traîne dans l’innovation.
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L’Algérie consomme beaucoup mais investit peu (Benachenhou, 2013), puisque le
nombre de crédits accordés aux investisseurs est dérisoire (15 %) dont seuls 2 %
du PIB sont productifs, alors que le taux d’épargne avoisine les 40 %, 25 milliards
de dollars de surliquidité2. Ceci démontre d’une inefficience3 de l’économie algé-
rienne malgré une mobilisation de moyens financiers et humains, ce qui la rend
faiblement compétitive, elle a perdu 14 place par rapport à 2011, selon la World
economic forum.
2. Les PME en Algérie
L’une des priorités de l’état algérien en 1998 est de céder sa place d’entrepre-
neur au secteur privé producteur de 80 % de valeur ajoutée hors hydrocarbures.
Largement déstructurées dans leurs ensembles, l’entreprise publique où les rôles,
les droits et les obligations des actionnaires (l’état) et les gestionnaires (l’état)
sont ambigus, elles fonctionnent par découvert bancaire sur injonction formelle
du gouvernement ou sur injonction informelle émanant de certains centres de
pouvoir (Bellil, 2011). En ce qui concerne l’entreprise privée, l’ONS (office national
des statistiques), enregistre en 2012, 700 000 PME et relève un taux de crois-
sance de 10 % par rapport à l’année 2011, 97 % sont des TPE, qui emploient plus
de 1.5 million (63 % de la population active), seulement le nombre de créations
reste timide (10 PME/1 000 habitants, alors que les standards universels sont
de 50 PME/1 000 habitants). Car il faut noter aussi la disparition de 30 000 PME
activant dans le secteur productif.
En adhérant à la charte de Bologne, L’Algérie a défini la moyenne entreprise comme
une entreprise employant 50 à 250 personnes et dont le chiffre d’affaires est com-
pris entre 200 millions à 2 milliards de dinars ou dont le total du bilan annuel est
compris entre 100 et 500 millions de dinars. La très petite entreprise (TPE), ou
micro-entreprise, est une entreprise employant de 1 à 9 employés et réalisant un
chiffre d’affaires inférieur à 20 millions de dinars ou dont le total du bilan annuel
n’excède pas 10 millions de dinars.
2. Seules les banques publiques sont chargées de financer les investissements, le marché
financier est quasiment absent (0.1%). Par conséquent, la moyenne des projets financés
par les banques publiques ne dépasse pas 30%. Une récente enquête de 2012 menée
pour le compte de la Banque Mondiale, atteste que plus de 80 % des PME algériennes, ont
été crées sur fonds propres et occupe la 131 position pour l’obtention d’un crédit sur 183
pays.
3. Rapport Nabni, L’algerie, 2020 un groupe d’experts algériens qui font une analyse de la
politique économique algérienne.
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étude exploratoire
Des études menées sur l’Entrepreneuriat algérien (Gillet, 2004, Benachenhou,
2007) ont permis d’identifier cinq principales trajectoires de l’Entrepreneuriat
privé Algérien l’entrepreneur « cadre », l’entrepreneur « héritier », l’entrepreneur
« migrant », l’entrepreneur d’« anciennes PME » et l’entrepreneur « ouvrier ».
De son côté le programme Euro-Developpement4 sur la PME5 en 2006, repère 03
grandes catégories d’entreprises privées en Algérie (Mimoune et al, 2006) :
* Les PME en situation de passivité et de survie, 80 % : Entrepreneurs (d’an-
ciennes PME, héritiers), elles constituent la majorité de la population des PME et
sont caractérisées, pour la plupart, par des difficultés financières, une perte de
position sur leur marché traditionnel, le manque de structuration.
La pérennité de ces entreprises passe par la réalisation d’investissements de
modernisation et/ou des désinvestissements (pour limiter les pertes et dégager
de nouvelles ressources ou carrément se redéployer sur de nouveaux produits ou
activités). Les chefs de ces entreprises ne sont absorbés par les problèmes quoti-
diens et ne sont pas en mesure de réfléchir à l’avenir de leur entreprise.
* PME en situation de croissance, 15 % : Entrepreneurs (cadres, ouvriers, mi-
grants), ce sont des entreprises qui ne connaissent pas de difficultés financières,
elles cherchent à conserver ou améliorer leurs positions sur leur marché tradition-
nel, principalement domestique. Les chefs d’entreprise réalisent que leur confort
sera remis en cause par l’ouverture commerciale et qu’ils doivent se préparer à
la concurrence.
* PME en situation d’excellence, 5 % : Entrepreneurs (migrants, cadres), elles
constituent la minorité. Leur situation financière est satisfaisante, leur organisa-
tion et leur management sont très modernes et leur position sur le marché est
compétitive. Elles souhaitent élargir leur part sur le marché domestique et éven-
tuellement conquérir des marchés à l’extérieur par l’exportation ou le partenariat.
4. Dans le cadre du programme de mise à niveau des entreprises (MEDA1 en 2006, MEDA2,
en 2009).
5. La petite et moyenne entreprise en Algérie est définie, quel que soit son statut juridique
comme étant une entreprise de biens et/ou de services employant 1 à 250 personnes,
dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas 2 milliards de Dinars ou dont le total du bilan
annuel n’excède pas 500 millions de dinars, et qui respecte les critères d’indépendance. La
moyenne entreprise y est définie comme une entreprise employant de 50 à 250 personnes,
la petite entreprise de 10 à 49 et la très petite entreprise (T.P.E.) ou micro entreprise de 1
à 9 personnes. La loi d’orientation sur la promotion de la P.M.E. en Algérie promulgue des
dispositions générales dont les principes généraux définissent des mesures d’aide et de
soutien à la promotion de la PME, afin de faciliter la création le développement et la com-
pétitivité des entreprises. (Ministère de la PME).
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En interprétant ces résultats, l’entreprise privée algérienne (Charif, Tabet ; 2010)
a deux visages :
1. Elle fonctionne selon un mode affectif dont l’objectif et de réunir les membres
de la famille et toute la génération, de les protéger en transmettant des valeurs
telles la sécurité, l’émotion, les sentiments, la tradition qui sont les maîtres mots,
les notions qui priment. Cette manière de voir l’entreprise va influencer sur les
décisions, les formes d’organisations, sur les dirigeants. C’est les contraintes les
moins évidentes, les moins visibles (culture, normes, valeurs, religion, représen-
tations…).
2. Au sens rationnel, l’entreprise fonctionne selon une logique économique dont
l’objectif est de produire, de réaliser des profits, et de croître (quoique la recherche
d’une taille plafond limite un tant soit peu les projets de développements). Renta-
bilité, concurrence, marché, innovation, sont les sésames de son existence.
3. La PME et l’innovation
Plusieurs variables influent sur le processus de l’innovation dans les PME. En
l’occurrence, il s’agit des activités de R-D, des compétences internes, de la veille
technologique ainsi que les relations multiples avec des tiers.
3.1 Les variables influant sur le processus d’innovation
* L’activité de recherche et développement est considérée comme une source
principale de l’innovation. En effet, la R-D permet à l’entreprise de produire des
nouveaux savoirs et d’acquérir des connaissances et des savoir-faire spécifiques.
Nonaka et Takeuchi, Uzunidis. D, 2004 identifient plusieurs modalités de création
de connaissances au sein de l’entreprise – socialisation, externalisation, combi-
naison, internalisation – qui intervient dans le développement de l’innovation pour
créer un avantage concurrentiel. Aussi, la R-D est décisive pour l’appropriation de
technologies et techniques nouvelles pour soutenir le processus d’innovation. Tou-
tefois, dans la majorité des cas, l’innovation dans les PME se fait sans activité de
recherche et développement proprement dite et est faite de petits changements
(Julien P. A. 2008). L’auteur explique aussi que cette innovation diffuse : les idées
nouvelles qui proviennent plus de l’extérieur que de l’intérieur. Pour innover, les
PME vont même choisir de délivrer la créativité des employés en les associant au
changement. L’activité de recherche et développement menée par ces entreprises
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Innovation et pme en Algérie quelle perspective :
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serait plutôt spontanée ou sporadique (lorsque le besoin se fait sentir) (OCDE
2009). On explique ici que la R-D se réalise quand l’entrepreneur est orienté vers
l’action et la nécessité du moment, contrairement à la R-D des grandes entre-
prises qui est planifiée d’avance et sur le long terme (processus routinier).
La conjoncture Schumpetérienne selon laquelle les grandes entreprises seraient
plus innovantes que les entreprises de petite taille a fait l’objet de nombreux tra-
vaux pour analyser le rapport entre l’innovation et la taille de l’entreprise (George
Symeonidi 1996). Toutefois, Cohen suggère d’orienter les études empiriques vers
le concept de compétences plutôt que l’analyse du rapport entre l’innovation et
la taille de l’entreprise afin d’étudier les facteurs qui expliquent le comportement
innovant (Cohen. R 2008). En moyenne, la taille ne constitue pas un avantage ap-
parent dans le processus d’innovation, mais cela ne signifie pas que la taille n’ait
pas son importance pour des activités spécifiques (OCDE 2009). Ainsi, lorsque les
activités d’innovation exigent des coûts fixes important (secteur pharmaceutique,
par exemple), on retrouve un plus grand nombre de grandes entreprises, mais
lorsque la flexibilité et la capacité à exploiter des niches sont importantes, ce sont
les PME qui seront plus innovantes.
La R-D à la base de l’innovation exige des ressources financières suffisantes,
celles-ci sont plus élevées dans les grandes entreprises que dans les PME. En
effet, les grandes entreprises disposent d’assez de ressources et ont facilement
accès aux marchés de capitaux pour supporter le risque de l’innovation en cas
d’échec. Evans et Jovanovic affirment que les contraintes de financement sont
plus grandes pour les entreprises de petite dimension (Catmull. E 2008). Ils sou-
lignent aussi l’existence d’un corrélat entre le rationnement du crédit et la taille
de l’entreprise. Compte tenu de l’importance de l’activité de R-D pour l’innova-
tion et des faibles ressources des PME pour financer cette activité, l’accès au
financement ressort comme une préoccupation majeure. Pour pallier la contrainte
de financement en matière d’innovation, les PME peuvent recourir aux emprunts
bancaires, cependant, les relations qu’entretiennent ces entreprises avec les bail-
leurs de fonds ne sont pas toujours bonnes. Marchesnay et Fourcade soulignent
que « avant de financer un projet d’investissement, les banques ne s’engageront
qu’après étude de la rentabilité du dossier et du niveau d’endettement de l’entre-
prise (Rothwell R. & Dogson M 2004). L’existence de fonds propres suffisants
conditionne l’octroi d’un prêt et les conditions dans lesquelles il est accordé (taux
d’intérêt, sécurité prise…). Dans cette négociation commerciale, la position des
PME n’est pas toujours très favorable ». Il explique aussi que ce sont les entre-
prises qui fournissent les documents prévisionnels et qui révèlent leur stratégie
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qui vont bénéficier de crédits auprès des institutions bancaires. Afin de limiter
la contrainte de financement des projets de recherche et d’innovation, les PME
peuvent recourir au capital-risque.
* Dans le modèle dit de « liaison en chaîne » de Kline et Rosenberg, l’innovation
est conçue comme une interaction entre, d’une part, le marché et, d’autre part, la
base de connaissances et les compétences dont dispose l’entreprise (Ingham. M
2001). Ainsi, l’activité d’innovation met à contribution non seulement le personnel
du laboratoire de R&D, mais aussi celui de la production, de la vente, etc. L’inno-
vation n’est plus seulement liée aux compétences technologiques de l’entreprise,
mais aussi aux compétences productives, de conception, de commercialisation…
C’est l’ensemble de ces compétences qui permettent à l’entreprise de prendre en
compte les contraintes qui pèsent sur l’innovation. L’entreprise est plus au moins
en mesure d’exploiter les opportunités technologiques selon sa base de connais-
sance et le processus de l’apprentissage6 afin de créer de nouvelles compétences.
La capacité d’absorption dépend aussi7 des modalités d’échange d’informations
et de connaissances entre les différents acteurs au sein de l’entreprise. En outre,
Arora et Gambardella soulignent que l’effort de recherche interne a une influence
positive sur la capacité d’absorption des connaissances externes issues d’autres
entreprises, des universités et des organismes de recherche (Arora et Gambar-
della 2009). Ceci profite principalement aux grandes entreprises et aux petites
entreprises innovantes.
* Une autre source qui relève de l’innovation est la veille technologique. En effet,
la veille technologique permet aux entreprises de se tenir informées des toutes
dernières évolutions technologiques et de rester ainsi aux aguets des nouvelles
technologies pour répondre aux besoins de l’innovation (OCDE 2009). Face au
développement technologique, l’information interne (issue de la R-D) n’est pas
suffisante pour l’entreprise, il faut qu’elle élargisse son champ de recherche vers
l’extérieur et reste à l’écoute afin d’obtenir des nouvelles informations qui seront
ensuite évaluées et ajustées aux besoins des activités de R&D. La veille technolo-
gique dans les PME est un processus le plus souvent itératif et surtout cumulatif.
6. C’est ce que l’entreprise est capable de réaliser technologiquement grâce à ce qu’elle
a appris dans le passé.
Les auteurs évolutionnistes ont souligné le caractère cumulatif del’acquisition de compé-
tences technologiques.
7. À ce propos, le chercheur Nonaka (1994) suggère de multiplier la circulation des connais-
sances tacites et codifiées entre les membres de l’organisation afin de favoriser le proces-
sus d’apprentissage pour promouvoir l’innovation.
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étude exploratoire
Elle consiste en l’accumulation et le tri d’information, en partie ciblée, l’analyse
de l’information en particulier par des relations de confiance et de vérification
auprès de différentes sources, la diffusion de l’information scientifique au sein de
l’organisation, et l’utilisation de cette information au moment convenable. Ainsi,
l’innovation nécessite le développement de relations avec d’autres entreprises et
les milieux de recherche publics comme les centres de recherche et les universi-
tés. Dans cette perspective (Gibbons et Al. 2004).
* Les entreprises ne dominent pas tous les éléments du processus d’innovation,
elles tendent à mettre en œuvre de nouvelles stratégies organisationnelles fon-
dées sur des alliances et des partenariats et sur la gestion de réseaux (Maillat,
D. Quévit, M., Senn, L 2003) ; les réseaux d’innovation. Ces derniers offrent un
contexte approprié à la complexité de la démarche d’innovation. Ils peuvent être
un moyen pour l’entreprise d’acquérir l’information qui a un accès difficile. Ils
permettent également à des entreprises de faire des alliances pour partager les
compétences, les savoir-faire, et le développement du processus d’apprentissage
collectif, afin de soutenir l’innovation.
3.2 Les variables influant sur le processus d’innovation en Algérie
Suite à ce qui a été dit auparavant, la relation qui existe entre l’entrepreneur algé-
rien, sa PME et l’innovation reste ambiguë, puisque ce dernier innove mais à sa
façon (Melbouci, 2010). Le comportement innovateur de l’entrepreneur algérien
est étroitement lié aux composantes du capital social. Et l’innovation résulte d’une
hiérarchisation spécifique et individuelle, d’abord par une accumulation du capital
relation ensuite du capital connaissance pour aboutir enfin au capital financier
(Melbouci, 2010).
3.2.1 La formation à la compétitivité
La compétitivité englobe un certain nombre de phénomènes qui se concrétisent
par les interrelations qu’entreprend une entreprise avec son marché. Ce qui selon
Porter (1986) s’apparente à l’analyse systémique, et qui peut être mesurable à
travers ces trois critères : la capacité d’une entreprise à contrôler ses coûts et
à fixer ses prix, l’excellence de ses processus de production (qualité, fiabilité,
flexibilité, sécurité etc.), ses compétences en matière de gestion des ressources
humaines.
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Nous avons constaté à l’issue d’une étude en 20108 sur les pratiques GRH dans
les PME privées algériennes, que ces dernières dépendent fortement du contexte
local et des spécificités des situations rencontrées, chercher son personnel, le
former le motiver pour mobiliser sa compétence, ne figurait presque pas dans
l’esprit de nos dirigeants.
Ce comportement managérial explique le degré de centralisation des actions déci-
sions et l’implication directe des patrons dans la conduite de leurs affaires. La
compétitivité n’étant pas mise en perspective avec les capacités de l’entreprise,
les ressources disponibles ou potentielles.
Plusieurs programmes de mises à niveau ont été déployés en vu d’initier les PME
à la compétitivité par un processus continu d’apprentissage, de réflexion, d’infor-
mation et d’acculturation, en vue d’acquérir des attitudes nouvelles, des réflexes
et des comportements d’entrepreneurs, et des méthodes de management dyna-
miques et innovantes.
Le bilan de ces programmes à ce jour demeure bien maigre, avec une très faible
participation des PME. L’étude effectuée par L, AZOUAOU en 2010 sur 34 PME al-
géroises ainsi qu’une autre étude sur 7 PME de la région de Tlemcen (Tabet, 2011)
ayant bénéficié de la mise à niveau ont conclu que ces programmes manquent de
clarté et de cohérences entre les acteurs.
Plusieurs raisons sont évoquées :
– le manque d’accompagnement de la part des institutions concernées notam-
ment l’ANDPME, pour ce qui est des études de branches ainsi que les informa-
tions sur les marchés potentiels ;
– le souci de tous les chefs d’entreprise interrogés, est avant tout d’assainir leur
environnement compétitif avec une meilleure intervention de l’État.
A priori, les grands changements vantés et attendus des PME ne se sont pas fait
vraiment ressentir c’est ce qui ressort aussi d’une étude9 effectuée dans le cadre
du salon national de l’entrepreneur local qui s’est déroulée à Oran en juin 2009
qui arrive aux conclusions suivantes :
8. Les résultats d’une enquête concernant la GRH sur 10 PME en 2010 a montré que, Les
actions et décisions stratégiques de la GRH relèvent des propriétaires eux-mêmes. Elles
concernent les décisions suivantes : le recrutement, la formation si c’est nécessaire, et la
rémunération… Ces décisions sont secondaires par rapport aux décisions principales des
fonctions classiques de l’entreprise (production, financière et commerciale).
9. Sur un échantillon de 30 entrepreneurs, 70 % déclarent ignorer ce programme et 30 %
pensent que c’est un luxe pour l’entreprise, 30 % voient aussi que sa concrétisation vient
par l’audit et la formation du personnel, contre 70 % qui ne savent pas vraiment comment
le concrétiser.
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Innovation et pme en Algérie quelle perspective :
étude exploratoire
– défaillance importante sur le plan formation des compétences spécialisées chez
la plupart des entrepreneurs, manque d’accompagnement et d’assistance mana-
gériale de la part des organismes spécialisés, existence d’un fossé remarquable
entre les PME et les organismes d’aides a la création, la promotion et l’assistance
des entreprises au milieu des futurs aspirants d’entreprises ;
– ambiguïté remarquée dans la définition du thème : mise à niveau, chaque orga-
nisme a sa propre vision (chambre de commerce et d’industrie, centre facilitation
des PME, université, dispositifs d’aides à la création d’entreprises…, etc.).
3.2.2 La recherche pour la compétitivité
L’Algérie dépense en matière de recherche et développement moins de 1 % du
PIB10. Le constat n’est pas positif, l’université algérienne accuse un grand retard
en matière de production scientifique. C’est ainsi que la nouvelle politique natio-
nale édictée par le MESR encourage l’université dans son rôle de la diffusion de la
culture entrepreneuriale en tant qu’acteur local de développement de promouvoir,
des actions liées à l’Entrepreneuriat.
Position de la recherche en Algérie
Maroc Algérie Tunisie
Nombre d’universités publiques 15 36 12
Nombre d’étudiants 369 142 901 562 326 185
Taux de scolarisation dans le supérieur 11.3 24.0 32.0
% PIB consacré à la recherche 0.64 0.07 1.02
Articles scientifiques publiés 443 350 571
Source : webometrics, 2009
10. Site internet www.ons.dz consulté le 01/03/2013.
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Suite à des études sur l’innovation, les recherches universitaires sont plus profi-
tables aux PME qu’aux grandes entreprises (Kerzabi, Tabet : 2008). En d’autres
termes, les PME puisent une part des ressources dont elles ont besoin auprès
d’acteurs extérieurs comme les universités. Beaucoup de chercheurs se sont pen-
chés par conséquent sur la relation entre l’université et l’Entrepreneuriat (Sch-
mitt, Paturel 2005, 2008). leurs recherches ont montré que cette relation est une
construction de trois sens « 3I »11 initialisation, institutionnalisation et intégration.
Chaque pays peut envisager et construire cette relation en se situant par rapport
au niveau requis, selon ses objectifs et ses moyens. L’initialisation traduit les
actions de l’état en vue de promouvoir l’entrepreneuriat en partie à travers l’uni-
versité.
L’institutionnalisation est une continuité dans les actions déployées au sein de l’uni-
versité et dans ce cas l’université devient un pilier du développement économique.
Alors que l’intégration est un rapprochement d’actions souvent éparpillées au sein
de l’université pour arriver à développer des formes nouvelles d’organisation.
a) Initialisation
L’Algérie a choisi d’englober la recherche ainsi que l’innovation au sein de l’uni-
versité au sein d’entités appelées laboratoires, divisés en équipe de recherche
ayant des thématiques définies. Les laboratoires dépendent d’un vice-rectorat de
la Post-Graduation et de la Recherche Scientifique. Nous pouvons parler d’une ini-
tialisation mais qui reste timide dans le sens où souvent les résultats des équipes
de recherches ne sont pas transférables.
b) Institutionnalisations
En ce qui concerne la valorisation de la recherche elle est cadrée par les centres
de recherches (CDTA, CDER…) et les agences nationales de recherche (ANDRU12,
ANDRS13, ANVREDET14).
11. L’existence d’une relation entre université et entrepreneuriat ne se suffit pas à elle-
même, encore faut il développer des actions et des moyens à mettre en place qui se
traduisent par, l’approche endogène (caractéristiques du porteur de projet) versus exogène
(adaptabilité du projet à l’environnement) (Hernandez ,1999), ensuite déterminer, la finalité
de l’entrepreneuriat résultat versus processus (le quoi et le comment, du développement
de projets) (Verstrate ,2000).
12. Agence Nationale de Développement de la Recherche Universitaire – ANDRU.
13. Agence Nationale pour le Développement de la Recherche en Santé – ANDRS.
14. Agence Nationale de Valorisation des Résultats de la Recherche – ANVREDET.
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Innovation et pme en Algérie quelle perspective :
étude exploratoire
Elles sont directement sous la tutelle de la Direction Générale de la Recherche
Scientifique et du Développement Technologique (DG RSDT). Ces derniers ont plus
pour vocation l’accompagnement, le développement de la recherche dans le do-
maine de la santé (ANDRS) ou en général (ANDRU) et permettre de valoriser ces
résultats (ANVREDET).
L’ANDRU dispose d’un Département d’Évaluation et de Valorisation des Résul-
tats (DEVR)15 qui est chargé du suivi périodique de l’avancement des projets de
recherche, du contrôle de la conformité des résultats par rapport aux objectifs
fixés, de la valorisation des résultats de la recherche scientifique par la produc-
tion d’ouvrage, de rapports scientifiques, de publication des revues scientifiques
et d’articles de revues et de la participation par des communications à des ren-
contres scientifiques nationales et internationales.
L’ANVREDET a pour mission, entre autres, d’identifier et de sélectionner les résul-
tats de la recherche à valoriser, de promouvoir les systèmes et méthodes de
valorisation, de développer et de promouvoir la coopération et les échanges entre
le secteur de la recherche et les secteurs utilisateurs, de soutenir et accompa-
gner des idées innovantes vers la création d’entreprise et participer à la création
d’emplois.
c) Intégration
L’Institut national Algérien de propriété industrielle (INAPI) est responsable d’inté-
grer le monde de la recherche au développement économique. Ce dernier a pour
mission l’enregistrement des marques et les brevets d’invention. Les demandes
d’enregistrement des marques commerciales auprès de l’Institut national Algérien
de propriété industrielle (INAPI) ont augmenté de près de 12 % en 2011, selon les
statistiques fournies de l’INAPI. En 2011, l’INAPI a enregistré 4112 demandes
d’enregistrement de marques commerciales, contre 3625 en 2010, dont la moi-
tié est le fait d’entreprises étrangères. Concernant les brevets d’inventions, le
responsable de l’INAPI a révélé un chiffre très bas de seulement 125 demandes
enregistrées en 2011 contre 806 en 2010. Un chiffre qui témoigne non seulement
de la baisse du niveau d’inventivité en Algérie, mais aussi que notre économie
demeure dominée par un secteur commercial qui concentre l’essentiel de l’acti-
vité économique hors hydrocarbures du pays. Le responsable de l’INAPI n’a pas
dévoilé la part des étrangers dans les demandes de brevets d’inventions en 2011.
15. http://www.andru.gov.dz/devr.html
939
l e g r a n d l i v r e d e l ’ é c o n o m i e p m e
Toutefois, faut-il le rappeler, que sur les 806 demandes enregistrées en 2010, pas
moins de 729 ont été déposées par des non résidants (des entreprises et des
chercheurs étrangers) contre 77 demandes émanant de nationaux. Dans le clas-
sement par pays des demandes de brevets déposés auprès de l’INAPI en 2010,
la France et les États-Unis d’Amérique arrivent en tête avec respectivement 133
et 126 demandes. L’Allemagne avec 82 demandes de brevets, la Chine avec 79,
tandis que le Japon avec 77 demandes ex aequo avec l’Algérie qui arrive en 5e
position. Traditionnellement, le secteur de l’industrie pharmaceutique est le plus
prolifique en termes de brevets d’inventions que ce soit de la part des étrangers
ou des nationaux.
3.3 Les 3I, discussion et analyse
Les nombreux programmes de création et de promotion des entreprises ont en
effet réussi à constituer un tissu de PME mais qui sont loin de refléter les grandes
ambitions politiques, puisque le secteur des hydrocarbures reste encore le seul
qui génère 98 % des richesses du pays. Les statistiques concernant l’innovation
en Algérie indiquent que l’innovation est d’origine étrangère. C’est-à-dire que ce
sont les non-résidents qui déposent les brevets en Algérie et donc l’activité d’inno-
vation est exogène par rapport à nos structures de recherche. Cette situation vient
du fait que la recherche et le développement sont une activité réservée aux univer-
sités et aux grandes entreprises qui disposent de capacités d’innovation. Et beau-
coup d’explications peuvent être apportées, le phénomène bureaucratique semble
être un sérieux obstacle à la croissance des PME, surtout en ce qui concerne les
financements. Les banques publiques refusent souvent de financer les investis-
sements des PME en se réfugiant derrière une bureaucratie écrasante. Aussi la
PME créée ne peut accéder à l’innovation ce qui la confine dans des secteurs de
service et de BTP. D’ailleurs le rapport Global innovation index 2012 réalisé par
l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle place l’Algérie à la 124 places
sur un total de 141. La petite taille des PME existantes a aussi inhibé leurs modes
de management, Le système de formation existant aujourd’hui en Algérie n’a pas
réussi à développer une ressource adaptée au contexte. Les entreprises sont en-
core loin des normes de qualité et de management. Le faible niveau de formation
des chefs d’entreprise ne favorise pas la démarche d’innovation. Ajoutons à cela
la difficulté de recruter du personnel qualifié en dehors du cercle familial ou local.
Le manque des compétences technologiques et des compétences en conception,
commercialisation, etc. influe de manière négative sur l’aptitude de ces entre-
prises à s’engager dans des projets d’innovation. La formation semble être un
facteur qui empêche la PME d’être compétitive, en 2012 l’indice de compétitivité
940
Innovation et pme en Algérie quelle perspective :
étude exploratoire
a reculé de 14 places par rapport à 2011, en raison des dysfonctionnements
et le faible développement du marché du travail. L’Algérie a perdu son avantage
compétitif qui est passé de la 2 position en 2009 à 59. Le rapport montre que
le capital humain est sous-utilisé, ce qui pousse les PME qui sont créées à se
diriger beaucoup plus vers les activités commerciales que productives. Une étude
intitulée « Projets entrepreneuriaux chez les étudiants : état des lieux et com-
paraison internationale (Algérie, Canada, France, Belgique) » ont été réalisés en
collaboration avec des universités canadienne, française et belge16. Elle a porté
sur un échantillon de 1 810 étudiants, dont 8 % Algériens. Elle démontre que
« l’intention d’entreprendre des étudiants algériens est plus élevée que celle des
Canadiens et des Européens ». Même constat en ce qui concerne « l’aspiration
à l’identité d’entrepreneur, la clarté des buts entrepreneuriaux et l’attitude face
à l’acte d’entreprendre » dont les indicateurs sont tous plus élevés que chez les
étudiants canadiens et européens. Seulement les statistiques de l’ONS montrent
que le salariat reste encore l’option privilégiée pour l’insertion dans le monde
du travail. Selon l’enquête 2011, il constitue la forme d’emploi « dominante qui
touche les 2/3 des occupés (67 %) ». L’emploi salarié constitue la forme d’emploi
dominante pour les occupés diplômés représentant 83, 5 % de l’ensemble de
cette population. L’ONS avait fait remarquer que « l’emploi salarié représente le
débouché principal pour les diplômés du supérieur, alors que le travail indépen-
dant reste marginal et presque limité » (Berkouk, el Watan, 2013). Le constat est
bien sévère, car la relation entre la PME et l’innovation est quasiment absente, la
recherche par le biais de l’université en Algérie, semble encore cloisonnée dans
des structures inefficaces, et complètement déconnectées par rapport à la réa-
lité Algérienne. A priori la volonté de rapprocher l’université Algérienne au monde
de l’entrepreneuriat s’arrête à l’étape de l’institutionnalisation. Le lien vers une
intégration évolue très lentement malgré une demande des acteurs économiques,
des efforts supplémentaires sont souhaitables. La tâche de l’université est lourde
car son sens n’est pas encore achevé, et l’occasion lui est donnée pour justifier
des responsabilités à l’égard de l’économie et de la société. Pour ce faire elle doit
s’inscrire dans un modèle clair de mise en relation avec le monde de l’entrepre-
neuriat où l’environnement institutionnel politique, social, économique et culturel,
régional et local est pris en compte. Ce que nous pouvons retenir de la relation
Entrepreneuriat-innovation en Algérie est qu’elle est loin d’être déterminée, et ne
semble pas encore avoir de sens.
16. Aziz Nafa, chercheur au CREAD, explique que les résultats de cette étude montrent que
l’entrepreneuriat chez les universitaires reste faible car il est plus lié à un Entrepreneuriat
de nécessité qu’une motivation personnelle.
941
l e g r a n d l i v r e d e l ’ é c o n o m i e p m e
Et c’est ce que nous proposons de vérifier à travers une étude exploratoire, que
nous avons effectuée, sur quelques PME de la région de Tlemcen à qui nous
avons proposé quelques indicateurs afin de mesurer le degré de l’innovation. Pour
analyser les données qualitatives collectées, nous avons eu recours à l’analyse
de contenu.
4. Étude exploratoire
Nous présentons dans cette section la méthodologie de recherche adoptée dans
cette étude. Car elle a constitué notre source d’informations et d’interprétations.
Elle consiste à définir la démarche suivie qui concerne la collecte, l’analyse et
l’interprétation des données empiriques collectées.
Pour le choix de l’approche méthodologique nous privilégions lors de cette re-
cherche le recours à une étude qualitative exploratoire. Notre choix a été sélec-
tionné compte tenu des objectifs poursuivis par notre étude empirique. À cet effet,
Kaufmann (1996) précise que les méthodes qualitatives ont pour but de com-
prendre, de détecter des comportements, des processus ou des modèles théo-
riques que de décrire, de mesurer ou de comparer. Dans ces conditions, il nous
paraît que l’étude qualitative est la plus appropriée à l’objectif de notre recherche.
La sélection des entreprises étudiées s’est faite à partir d’une liste fournie par la
direction des PME de Tlemcen Algérie. Cette liste compte au total 70 entreprises
Algériennes et étrangères (inclus les 8 Firmes Multinationales) et elle comprend
une présentation de ces dernières. À partir de cette liste, nous avons retenu les
35 entreprises Algérienne ayant une participation étrangère dans leurs capitaux
qui est nulle ou inférieure à 50 %. À partir des 35 entreprises sélectionnées, nous
avons pu réaliser que 19 entretiens. En effet, la non-disponibilité (pas de réponse)
de 16 entreprises a diminué la taille de notre échantillon. À cet égard, il est à
noter que dans la majorité des études qualitatives, il s’agit de sélectionner « des
échantillons de taille réduite qui n’ont aucun objectif de représentativité au sens
statistique du terme, mais qui répondent à des critères de pertinence de la struc-
ture de la population étudiée » (Evrard et al, 1997, p. 100). Même s’il ne prétend
pas à l’exhaustivité (voire à la représentativité), le choix de cet échantillon nous
permet de récolter des informations qualitatives portant sur le processus d’inno-
vation dans les entreprises qui nous permettent de comprendre ce processus et
de repérer et d’identifier les freins au sein de leurs organisations.
942
Innovation et pme en Algérie quelle perspective :
étude exploratoire
Les rencontres avec les chefs d’entreprise ont eu lieu sur la période allant du
17 février au 20 avril 2011. La majorité des responsables interviewés ont été
visités dans leurs entreprises. Certains ont accepté de réaliser directement les
entretiens et les autres nous ont donné une date de rendez-vous et deux entre-
prises ont été contactées par mail.
4.1 L’analyse des entretiens
Pour analyser les données qualitatives collectées, nous avons eu recours à l’ana-
lyse de contenu. Cette étape consiste à sélectionner et extraire les informations
susceptibles de répondre à nos questions de recherche et à les interpréter. Il
s’agit de « faire parler les faits, trouver des indices, s’interroger à propos de la
moindre phrase » (Kaufmann, 1996 ; cité par Degeorge, 2007, p. 187). Ainsi, nous
avons procédé, en premier lieu, à la retranscription de tous les discours collectés,
puis et après plusieurs lectures, nous avons codé les textes, c’est-à-dire découpé
en unités d’analyse (thèmes, mots, phrases…), compte tenu des informations re-
cherchées par les thèmes abordés dans le guide d’entretien. Le codage est défini
comme « le processus par lequel les données brutes sont transformées systéma-
tiquement et agrégées dans des unités qui permettent une description précise
des caractéristiques pertinentes du contenu » (Holsi, 1969 ; cité par Bardin, 2005,
p. 134). Ensuite, nous avons rassemblé les idées de sens proches en des catégo-
ries permettant de comprendre le processus de l’innovation, ses mécanismes et
ses conséquences afin d’établir les politiques de l’innovation.
4.2 Principaux résultats sur le processus d’innovation dans
les PME algériennes
À travers l’enquête menée nous pouvons affirmer que la présence d’un labora-
toire de (R-D) au sein des PME n’est pas corrélée à l’innovation de produit. Ainsi,
l’implication des PME algériennes dans le processus de l’innovation ne dépend
pas des travaux de recherche et développement. Ce résultat s’explique en partie
par la faiblesse des activités de recherche au sein des entreprises de l’échantillon
et montre qu’il n’y a pas de coïncidence entre les firmes qui ont une activité de
recherche et celles qui innovent.
Les résultats de l’enquête ont démontré aussi que les PME algériennes ne pos-
sèdent pas les compétences techniques pour acquérir et maîtriser les nouvelles
machines de production et soutenir les activités innovatrices. Dans ce cadre, les
943
l e g r a n d l i v r e d e l ’ é c o n o m i e p m e
tests effectués ont permis de vérifier que l’acquisition des équipements neufs
n’est pas favorisée par la présence de techniciens et ingénieurs au sein des PME.
Ces résultats sont assez inattendus dans la mesure où ce sont les entreprises
possédant des compétences techniques qui adoptent le plus de nouvelles ma-
chines et développent des activités d’innovation.
Par ailleurs, l’enquête a montré que les statistiques de brevets sont peu adap-
tées pour mesurer les activités d’innovation et ne constituent pas des indicateurs
fiables. En effet, il y a par exemple des entreprises qui font de l’innovation mais ne
souhaitent pas que leurs droits sur cette innovation bénéficient d’une protection
légale, et préfèrent ainsi garder le secret de fabrication et d’autres pour lesquelles
l’introduction rapide du nouveau produit sur le marché ne laissant pas le temps à
la concurrence de se retourner apparaît plus efficace. Par conséquent, le nombre
de brevets déposés dépend de la nature du savoir à protéger, du secteur, de la
taille et de l’organisation interne de l’entreprise.
Il a été remarqué aussi que les relations extérieures des entreprises avec les
centres de recherche : structures d’appui, les universités, autre centre de re-
cherche et de développement, n’ont pas d’effet sur l’innovation de produit. Ainsi
ces PME ne peuvent bénéficier des évolutions technologiques et acquérir les nou-
veaux savoirs nécessaires aux activités d’innovation. On peut expliquer ça par
l’absence de relais et structures d’appui pour les PME. Aussi, il n’existe pas de
coopérations en matière d’innovation entre les organismes de recherche et les
entreprises.
D’autre part, les tests effectués sur l’activité de dépôt de brevet, et sur la part des
produits de moins de cinq ans (des variables considérées comme des indicateurs
de l’innovation). En Algérie, l’activité de dépôt de brevet d’innovation concerne
souvent les grandes entreprises. Les entreprises de petite dimension qui font de
l’innovation ne possèdent pas encore de motivations pour déposer des brevets.
Enfin, l’enquête nous a permis d’affirmer que les nouveaux équipements influent
sur l’aptitude des PME à innover, mais pas les équipements incorporant les nou-
velles technologies. En effet, l’étude démontre que l’innovation de produit et l’ac-
quisition des équipements neufs sont plutôt le fait de petites entreprises. Dans un
autre registre, il a été mis en évidence l’implication des équipements neufs sur les
activités liées à l’amélioration des produits et à l’innovation de produits. L’acqui-
sition des équipements d’occasion n’a pas d’effet sur l’amélioration des produits.
L’effet de l’introduction des nouvelles technologies au sein des PME sur les acti-
vités d’innovation n’a pas pu être démontré. Ce résultat est assez inattendu dans
944
Innovation et pme en Algérie quelle perspective :
étude exploratoire
la mesure où c’est l’adoption des nouvelles technologies et leur intégration dans
le processus de production qui permet aux entreprises d’améliorer les techniques
de production et de développer de nouveaux processus pour innover.
Il faut savoir qu’en Algérie, très peu de PME acquièrent de nouveaux équipements
et de machines modernes de production. L’effet direct du financement interne
sur les activités d’innovation n’a pas pu être démontré. En ce qui concerne le
financement des équipements neufs, il a été montré que les PME utilisent leurs
ressources internes.
Conclusion
L’Entrepreneuriat en Algérie semble isolé de l’innovation, les actions de l’entre-
preneur algérien sont encore encastrées dans des actions sociales (Gillet 2004,
Melbouci 2012). L’innovation n’est pas encore perçue comme un avantage concur-
rentiel, bien au contraire c’est un coût auquel l’entrepreneur ne veut pas adhérer.
Le cadre d’analyse suivi dans notre étude (Gartner, 1985 ; Messeghem, 2011,)
nous a montré que l’environnement n’était pas propice à la création d’entreprise
dans lesquelles jeunes entités innovantes peuvent naître et croître rapidement.
Par conséquent, nous suggérons quelques pistes à suivre :
* Développer l’esprit d’entreprise : si la société souhaite développer un esprit
d’entreprise, elle doit agir sur elle-même de manière cohérente, en s’adressant à
l’ensemble de ses composantes, sans exclusif. Il faut avant tout établir un effort
coopératif à grande échelle pour la réussite de l’entrepreneur innovateur.
* Établir une culture d’entreprise plus inventive et innovatrice : c’est-à-dire sti-
muler l’intérêt du milieu pour les nouvelles technologies et le développement de
nouveaux créneaux. La culture est reconnue comme un facteur qui peut contribuer
à la constitution d’une société entrepreneuriale, car elle détermine de manière
importante les choix professionnels et joue un rôle dans l’attitude face à la prise
de risque et sa rétribution.
* Assurer une formation appropriée et une sensibilisation à l’entrepreneuriat en
vue de l’application commerciale de la technologie : dans le système éducatif, le
contenu des enseignements et les méthodes pédagogiques utilisées contribuent
grandement à la formation et la promotion de l’esprit de l’entreprise. L’accès
réseaux d’alliances est entré dans un processus de valorisation globale de son
innovation.
945
l e g r a n d l i v r e d e l ’ é c o n o m i e p m e
* Accroître l’effort public en recherche et développement : plus une économie
investit dans l’enseignement supérieur, plus elle se rapproche du niveau techno-
logique atteint par les pays les plus avancés et plus ses besoins de qualification
se renforcent.
* Redéfinir les missions des chercheurs dans le secteur public : il faut rapprocher
la recherche universitaire et l’entreprise et éviter les obstacles culturels à la réa-
lisation des différentes missions des chercheurs qui tiennent au cloisonnement
traditionnel entre le monde de la recherche, d’une part et le monde économique et
de la décision publique d’autre part.
* Mettre en place des structures pour développer les entreprises innovantes :
telles que des centres de transferts de technologie, incubateurs, sociétés de ser-
vices et de conseils.
* Redéfinir le rôle des collectivités locales dans le processus d’innovation : à
côté des pratiques d’infrastructures et de l’accompagnement social, il appartient
aux responsables locaux de mettre en œuvre des politiques utiles pour permettre
à leurs entreprises d’innover et d’acquérir des savoir-faire nouveaux et ceci en
renforçant la base de connaissance de l’économie locale et les interactions entre
les entreprises et avec les centres de recherches.
* Créer un environnement favorable particulièrement en ce qui concerne les poli-
tiques gouvernementales et fiscales pour encourager le développement de nou-
velles technologies et l’innovation industrielle.
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