CHAPITRE II:
FORMULATION DES
BETONS COURANTS
démarche de durabilité
Ibrahima DIATTA,
Assistant en Béton armé et Structures
à UFR-SI / Université de THIES
L’incontournable norme NF EN 206-1
II-1 Principes généraux de formulation.
La formulation d’un béton est l’étude de sa composition (squelette granulaire) qui consiste à
définir le mélange optimal des différents granulats dont on dispose, ainsi que le dosage en ciment
et en eau (+adjuvant éventuellement), afin de réaliser un béton dont les exigences généralement
contradictoires (ouvrabilité, résistance mécanique et durabilité) soient celles recherchées pour la
construction de l’ouvrage ou de partie d’ouvrage en cause.
Ces exigences conduisent à des paramètres souvent nombreux et qui dépendent également :
1) Les données du projet :
caractéristiques mécaniques attendues (dépendantes de l’environnement et de la
destination de l’ouvrage et de l’élément d’ouvrage),
dimensions de l’ouvrage,
Ferraillage,
etc.
2) Les données liées aux propriétés du béton :
maniabilité,
compacité,
durabilité,
aspect…
En général, il n’existe pas de méthode de composition du béton qui soit universellement reconnue
comme étant la meilleure.
Cependant, on distingue deux méthodes de composition principalement:
1 - Les méthodes à « granularité continue » (la plus utilisée)
Toutes les grosseurs intermédiaires sont représentées (du ciment au plus grossier des granulats, sans oublier le sable
Ex : béton constitué d’un sable 0/5 mm et deux graviers 5/20 mm et 20/50 mm.
2 - Les méthodes à « granularité discontinue »,
Lorsque la courbe granulométrique correspondante présente un palier qui équivaut à un manque d’éléments intermédiaires
Ex : béton constitué d’un sable 0/5 mm et d’un gravier 20/50.
Questions :
1) Quelles sont les deux méthodes de formulation du béton?
2) Quelle méthode vous semble être la meilleure? Donner les raisons
Notons que la granularité continue (la plus utilisée) permet d’obtenir des bétons plus
plastiques et de bonne ouvrabilité ;
par contre la granularité discontinue conduit à des bétons présentant en général, des
résistances en compression un peu supérieures mais au détriment de l’ouvrabilité.
Etude de La formulation du béton
Si les caractéristiques attendues sont la plupart du temps bien définies, la mise au point d’un
béton approprié peut s’avérer plus délicate.
La connaissance des caractéristiques requises pour le béton passe impérativement par la mise au
point de compositions qui sont aussi nombreuses que le sont les cas d’emploi du béton.
Cette multiplicité constitue toute la difficulté de la détermination de la composition optimale.
C’est la raison pour laquelle la démarche retenue comporte le plus souvent 02 phases :
La première phase consiste en l’approche d’une composition, :
soit de façon graphique à partir de méthodes telles que celle de Bolomey, FAURY,
Abrams ou de DREUX;
soit de façon expérimentale (par la méthode LCPC de BARON et LESAGE et plus
récemment de Larrard).
NB: Ces deux méthodes conformes aux théories de CAQUOT sont basées sur la composition
granulaire des mélanges, que les connaissances actuelles sur le béton ont confirmées pour
l’essentiel.
La deuxième phase consiste à ajuster expérimentalement cette composition en fonction des
résultats obtenus
par des essais effectués en laboratoire (essai d’étude) ou
dans les conditions de chantier (épreuves de convenance).
Les méthodes d’optimisation du squelette granulaire proposées dans la littérature sont
nombreuses,
c 2
f c k la formule de Féret établie à la fin du XIXième siècle (formule fondamentale)
cev
k : coefficient caractéristique des granulats et du ciment utilisé ;
c : volume du ciment
e : volume d’eau,
v : volume des vides
Méthode de Faury
Méthode applicable à tous les granulats
L’abscisse du point de rencontre de ces deux droites est fixée D/2 et son ordonnée par la formule :
(échelle des abscisses graduée en 5√D)
Méthode d’Abrams
Tableau 1 : Valeurs optimales d’après ABRAMS du module de finesse des compositions granulaires des bétons
courants en fonction du dosage en ciment.
Le module de finesse du mélange est choisi de manière que les vides dans ce mélange soient en
principe, réduits au minimum ; les modules optimaux pour béton de granulat roulés, détermines
expérimentalement par Abrams, sont indiqués dans le tableau (II.1) en fonction du dosage en
ciment et de la dimension D du granulat le plus gros.
Méthode de joisel
Méthode de Vallette
METHODE PRATIQUE POUR LA COMPOSITION DES BETONS
Données de base
Nature de l’ouvrage
Résistance souhaité c' 28 1,15 f c 28
Ouvrabilité désirée
Effet de Paroi - Dimension maximale des granulats
Effet de Paroi - Dimension maximale des granulats
La valeur maximum de Dmax pour
un béton normal est limité à
22,4mm selon NF EN 12620+A1
(juin 2008) contre 25mm dans
l’ancienne norme française.
Tableau 6 : Caractéristiques supplémentaires de granularité des graves
Classes d'exposition en fonction des actions dues à l'environnement (4.1 NF EN 206-1)
Pour un élément de structure donné, différentes surfaces de béton peuvent être soumises à différentes
actions dues à l'environnement.
Ces actions dues à l'environnement sont réparties en 18 classes d’expositions:
1) X0, Aucun risque de corrosion ni d’attaque
2) XC: XC1, XC2, XC3, XC4 corrosion induite par carbonatation
3) XD: XD1, XD2, XD3 corrosion induite par les chlorures, ayant
une origine autres que marine
4) XS: XS1, XS2, XS3 corrosion induite par les chlorures
présents dans l’eau de mer.
5) XF: XF1, XF2, XF3, XF4 Attaque gel/dégel avec ou sans agent de
déverglaçage
6) XA: XA1, XA2, XA3
Tableau 2: Valeurs limites pour les classes d'exposition correspondant aux attaques chimiques des sols naturels et
eaux souterraines
NA.4.1 Classe d'exposition en fonction des actions dues à l'environnement
Un béton est réputé non armé au sens de la classe X0,
s'il ne contient aucune armature ou
s'il est faiblement armé avec un enrobage d'au moins 5 cm.
Pour le béton précontraint, en classe d'exposition X0:
on appliquera les exigences de la classe d'exposition XC1.
En l'absence de spécification particulière, la classe d'exposition XS1 est à utiliser pour les
structures situées à moins de 1 km de la côte.
Pour les parcs de stationnement de véhicules, sauf spécification contraire, ne sont concernées par
la classe d'exposition XD3 que les parties supérieures des dalles et rampes exposées directement
aux agents de déverglaçage et ne comportant pas de revêtement pouvant assurer la protection du
béton.
L'attention du prescripteur est attirée sur le fait que, pour les environnements agressifs dans les
milieux industriels, une étude spécifique est nécessaire pour déterminer l'exposition du béton.
A l'exception de certains bétons pour produits préfabriqués (voir NA.5.3.2), les valeurs limites applicables
en France aux bétons soumis aux classes d'exposition XC2, XC3, XC4, XS1 et XD1 sont identiques à
celles applicables aux bétons soumis aux classes d'exposition suivantes :
XC2 = XC1,
XC3 = XF1,
XC4 = XF1,
XS1 = XS2
XD1 = XF1.
Classes de résistance à la compression
Tableau: Classes de résistance à la compression pour les bétons de masse volumique normale et les bétons lourds
(1/2)
Tableau: Classes de résistance à la compression pour les bétons de masse volumique normale et les bétons lourds
(2/2)
Corrélation entre la résistance du mortier normalisé et celle du béton : Formule de Bolomey
C C c' 28
'
c 28 G C E V 0.5 1,15 f c 28 0,5
E E G CE
’c28: Résistance à la compression du béton (à 28 jours) en MPa,
C: Dosage en ciment (en kg / m3),
E: Dosage en eau totale sur matériau secs (en kg / m3) : eau efficace,
V : volume d’aire en litre / m3.
G: Coefficient granulaire qui dépend de la taille et de la qualité des granulats (voir tableau ci-dessous).
CE: Classe vraie du ciment (à 28 jours) en MPa,
La classe vraie du ciment est la résistance moyenne en compression obtenue à 28 jours sur des
éprouvettes de mortier normalisé. Le cimentier garantie une valeur minimale atteinte par au
moins 95 % des échantillons
fc28 : résistance à la compression du béton formulé à 28jours d’âge (cahier des charges).
Tableau II.5 : Dosage en ciment en fonction de l’environnement (NF EN 206-1).
Dosage en ciment (détermination graphique)
Le dosage en ciment est en fonction de C/E, mais également du dosage en eau E nécessaire pour une ouvrabilité
satisfaisante.
Le dosage effectif de ciment C à retenir doit être supérieur ou égal à Copt., et aux valeurs minimales Cmin données par
les formules 1 à 3 pour les bétons non normalisés,
On en déduit le dosage en eau
Correction du dosage en eau et en ciment (pâte) en fonction de Dmax
On pourra aussi utiliser
la figure ci-contre pour plus de
précision
NB :
o En ce qui concerne les classes granulaires une modification a été apportée.
o En effet, auparavant couramment on avait une classe granulaire allant de 0 à 25.
o Or ce dernier tamis a été supprimé et a été ramené à 22,4.
o Ainsi dans les centrales à béton, une adaptation du matériel a du être faite afin de respecter les
critères de la nouvelle norme.
o Il a fallu donc composer avec les classes granulaires (voir chapitre I « serie de base + serie 1 »).
Détermination du squelette granulaire
Détermination du mélange optimal à minimum de vides
Il s'agit de déterminer les pourcentages de sable, de gravillons et de cailloux qui vont
permettre la réalisation d'un squelette granulaire à minimum de vides. Les quantités des
matériaux de chaque classe granulaire doivent être judicieuses pour que les plus petits
éléments viennent combler les vides laissés par les plus gros.
Démarche de DREUX (Tracé de la droite de référence de DREUX)
La droite de référence de Dreux représente la courbe idéale d’un matériau à minimum de
vides. C’est une droite brisée OAB dont le point de brisure (point A) est défini par son
abscisse X et son ordonnée Y.
Kp (correction supplémentaire si le béton est pompable) : Kp = +5 à +10 selon le degré de plasticité désiré.
Ks (correction supplémentaire fonction de la granularité du sable) : Ks = (6 Mfs– 15) avec Mfs le module de finesse du sable.
K: est un terme correcteur qui dépend du dosage en ciment, de l'efficacité de serrage, de la forme des granulats (roulés ou concassés) et
également de module de finesse du sable donné par le tableau 7.
Tableau II.7: K, fonction de la forme des granulats, du mode de vibration et du dosage en ciment.
Détermination des pourcentages en volumes absolus de matériaux :
La courbe granulaire de référence OAB (droite de DREUX) doit être tracée sur la même
graphique que les courbes granulométriques des granulats composants.
On trace alors les lignes de partage entre chacun en joignant le point à 95% de la courbe
granulaire du premier, au point à 5% de la courbe du granulat suivant, et ainsi de suite.
Ces droites sont définies par 5 % de refus pour le matériau à faible granularité et par 5 %
de passant pour le matériau à forte granularité.
Tamisât = passants
détermination des masses de granulats entrant dans la composition
du béton
détermination du Coefficient de compacité (c0) :
Pour déterminer les masses de granulats entrant dans la composition de béton, il est nécessaire
de déterminer la compacité du béton qui correspond au volume absolu en m3 de solide
contenu dans un mètre cube de béton (volumes absolus de ciment et de granulats).
Nota : Ces valeurs de Co
sont convenables pour des
granulats roulés sinon il
conviendra d’apporter les
corrections
(c = c0+ c1 + c2 + c3) qui
sont fonctions de la forme
des granulats, de la masse
volumique des granulats et
du dosage en ciment.
Sable roulé et gravier concassé (c1 = - 0,01), Sable et graviers concassés (c1 = - 0,03)
Pour les granulats légers on pourra diminuer de 0,03 les valeurs de c : (c2 = -0.03)
Pour un dosage en ciment C 350 kg/m3 on apportera le terme correctif suivant : c3
C 350
5000
Détermination des masses de granulats
Si g1, g2, g3 sont les pourcentages en volume absolu des granulats. Les volumes absolus de
chacun des. granulats sont par suite :
Vsable = g1 Vg ; Vgravillon = g2 Vg ; Vgravier = g3 Vg
Connaissant les masses volumiques absolues, il est alors possible de déterminer les masses
respectives (S, g et G) :
.
M Béton M T M eau M ciment
NB : La masse volumique apparente du gravier a un ordre de grandeur de 1450kg/m3 tandis que
sa masse volumique absolu a un ordre de grandeur de 2600kg/m3.
.
pour un béton courant la masse volumique est comprise entre 2,3t/m3 et 2,5t/m3
Voir NF EN 206-1
Corrections de la formulation
théorique de béton
Corrections à apporter avant fabrication
Exemple : Un sable très humide contient de 80 à 100 litres d’eau par m3 (soit une masse sèche d’environ 1600 kg
par m3 de matériau) d’où une teneur en eau w d’environ 5 à 6 %.
En conclusion, les dosages en eau indiqués sur les abaques ne sont que des indications approximatives à
vérifier ou à modifier préalablement par quelques essais au cône.
Correction sur l’eau pour après essai de Slump test
Figure II.6 : Exemple de détermination de E corrigée
Correction sur la quantité de granulats
L’objectif de
.
cette correction est de vérifier que la quantité de matériau utilisé aboutit bien à la
formulation d’un mètre cube de béton et que par conséquent il n’y a ni sur dosage ou sous dosage
de ciment.
Lorsque la masse volumique apparente réelle du béton (D) est différente de la masse volumique
apparente théorique (Do) de la formulation, il convient d’effectuer une correction sur les quantités
de granulats : D m = (D - Do).
Scorrigé = S + D m * S %
gcorrigé = g + D m * g %
Gcorrigé = G + D m * G %
Correction sur la quantité de ciment
Lorsque la résistance obtenue à 28 jours (’28 réelle) diffère de la résistance souhaitée (’28) il
.
convient d’apporter une correction sur le dosage de ciment (Ccorrigé).
Si Créel et Eréelle sont les dosages initiaux en ciment et en eau effectivement utilisés pour la
confection du béton, il est possible d’écrire en fonction des résultats obtenus ou des résultats
souhaités deux équations résultant de la formulation de Bolomey :
Résultats obtenus : ’28 réelle = G ’c (Créel/Eréelle – 0.5)
Résultats souhaités : ’28 = G ’c (Ccorrigé /Eréelle – 0.5)
En combinant les équations précédentes on obtient :
’28 / ’28 réelle = (Ccorrigé /Eréelle – 0.5) / (Créel/Eréelle – 0.5) d’où la détermination de Ccorrigé.
L’augmentation ou la diminution de la quantité de ciment DC conduit à une augmentation ou à
une diminution de la quantité de fines.
Il convient pour conserver la maniabilité du béton de compenser l’augmentation ou la diminution
de volume absolu du ciment DVc par une diminution ou une augmentation du volume absolu de
sable DVs (considéré comme des éléments fins). D’ou une ultime correction sur le dosage en
sable Scorrigé = S + DS avec :
DC= (Ccorrigé – Créel) ;
DVc= (Ccorrigé – Créel) / rs(c) ;
DVs= – DVc = – (Ccorrigé – Créel) / rs(c) ;
DS = – (Ccorrigé – Créel) rs(s) / rs(c) = – DC rs(s) / rs(c)
.
ECRITURE NORMALISEE
DES BETONS COURANTS