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L’exploration de la planète Mars, Mars et la Terre, faible masse et de son énergie interne
entreprise par les astronomes deux mondes différents réduite, n’a pas connu de tectonique des
plaques. Si les plaines du Nord, plus
dès l’apparition de la lunette La planète Mars, sœur de la Terre, a depuis basses, ont été recouvertes de lave suite
de Galilée au début du toujours, suscité l’intérêt des observateurs. aux épisodes volcaniques qui ont ponctué
Associée au dieu de la guerre en raison de son histoire, la planète a conservé, surtout
XVIIe siècle, a vécu un nouvel sa couleur rouge, elle a alimenté, jusqu’au dans l’hémisphère Sud, une surface très
essor avec l’avènement de siècle dernier, les rêves des philosophes et ancienne, que l’on peut dater par le comp-
des scientifiques autour d’autres mondes tage des cratères météoritiques qui la
l’exploration spatiale au cours habitables. C’est que notre voisine présente recouvrent. Les impacts de météorites ont
des années 1960. de remarquables analogies avec la Terre. été particulièrement nombreux, du fait du
Sa surface, couverte de déserts, de volcans, de caractère très ténu de l’atmosphère. On peut
Plus petite et plus froide canyons et de réseaux de vallées desséchées, ainsi espérer déchiffrer l’histoire de la pla-
évoque par endroits à s’y méprendre certains nète à partir des observations d’aujourd’hui,
que la Terre, Mars a sans paysages terrestres ; sa période de rotation ce qui s’avère très difficile pour la Terre,
doute connu au début de et son obliquité, proches de celles de la dont les fonds marins sont en permanence
Terre, lui confèrent des effets saisonniers renouvelés par la tectonique des plaques(1).
son histoire une atmosphère qui rappellent ceux que nous connaissons.
plus dense, plus chaude Cependant, les deux planètes présentent L’exploration de Mars :
et plus humide qu’aujourd’hui,
aussi deux différences notoires. Tout d’abord,
Mars, située à 1,5 unités astronomiques du
des télescopes aux sondes spatiales
susceptible d’abriter l’eau Soleil, est plus froide que la Terre ; sa L’observation suivie de Mars date du
température moyenne (fortement modulée XVIIe siècle, avec l’apparition de la lunette
liquide. Puis la planète a vu par les effets saisonniers) est d’environ 230 K, de Galilée. Huygens et Cassini dessinent
son activité interne décroître soit - 43°C. De plus, avec un rayon d’en- les taches du disque martien, mesurent sa
viron la moitié du rayon terrestre, Mars est période de rotation et découvrent les
avant la fin du premier milliard dix fois moins massive. En conséquence, calottes polaires. Les observations se préci-
d’années, et son atmosphère son champ de gravité et son énergie sent au siècle suivant, avec l’utilisation des
interne sont bien moindres que sur Terre, télescopes d’Herschel. En 1877, l’astronome
s’est raréfiée. limitant à la fois le dégazage interne et italien Schiaparelli réalise une cartographie
l’apport de gaz par les météorites. Ceci des régions martiennes et croit découvrir des
Aujourd’hui, Mars est plus explique, mais seulement partiellement, le traces rectilignes (« canali »), interprétées à
que jamais au cœur de caractère très ténu de son atmosphère. tort par certains comme des traces de vie
Composée majoritairement de gaz carbo- intelligente. Malgré des observations
l’exploration planétaire ; nique, celle-ci affiche une pression contradictoires, le mythe perdurera jusqu’à
l’enjeu est de déterminer si moyenne de 6 hectopascals (~ 6 10-3 atm) l’arrivée des premières sondes spatiales.
en surface. Du fait de la basse température,
la vie a pu apparaître au début une fraction importante (environ 30%) se L’exploration spatiale de Mars, menée
de son histoire et si nous condense alternativement aux pôles en hiver, simultanément par les États-Unis et
en fonction du cycle saisonnier, formant des l’Union Soviétique, débute dans les
pouvons espérer y découvrir calottes polaires de neige carbonique (fig. 1). années 1960, en pleine guerre froide. Les
un jour des traces de vie fossile. Ces fortes variations de pression induisent échecs sont nombreux de part et d’autre,
à leur tour des vents violents, des tempêtes mais surtout pour l’Union Soviétique qui
de poussière et une météorologie très active. perd la plupart de ses sondes. La NASA
La planète Mars présente, par rapport à la enregistre un premier succès en 1965 avec
Terre, un intérêt particulier. Sur Terre, la les premières images du sol martien prises
tectonique des plaques a effacé la plupart par Mariner 4 ; cette sonde nous apprend
des indices témoignant des premiers âges aussi que l’atmosphère de Mars, composée
de son histoire. Or Mars, du fait de sa plus essentiellement de gaz carbonique, est
2
1. La planète Mars, photographiée par la caméra du Télescope Spatial Hubble. L’image a été prise le
27 août 2003, au moment où la planète était la plus proche de la Terre (à 55 757 930 km) en 60 000 ans.
© NASA, J. Bell (Cornell U.) and M. Wolff (SSI)
Son diamètre apparent était supérieur à 20 secondes d’arc, ce qui correspond à une géométrie particulièrement
favorable. Sa surface est principalement recouverte de silicates et d’oxydes de fer. La calotte de neige carbonique
est bien visible au pôle Sud.
2. La sonde Mars Express de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Lancée en juin 2003, elle a commencé ses
observations en janvier 2004 et reste opérationnelle aujourd’hui. Sa charge instrumentale comporte notamment
une caméra à haute résolution, un spectromètre imageur infrarouge (OMEGA) et un spectromètre ultraviolet
(SPICAM). Les deux derniers instruments ont été réalisés sous responsabilité française. 1
extrêmement ténue. À la phase des survols mission Viking n’en constitue pas moins Il faut mentionner enfin que les observa-
succède celle des mises en orbite, avec les un immense succès scientifique et techno- tions télescopiques de Mars n’ont pas perdu
« orbiteurs », puis celle des sondes de des- logique, et la base de données qui en leur intérêt pour autant, bien au contraire.
cente, d’abord fixes (les “landers”), puis résulte fait encore référence aujourd’hui. Grâce aux progrès de l’instrumentation
mobiles (les “rovers”). En 1972, nouvelle L’exploration, toujours ponctuée d’échecs, qui équipe des télescopes de plus en plus
étape décisive : l’orbiteur Mariner 9 carto- prend une nouvelle dimension à la fin des grands, les observations réalisées, notam-
graphie la planète, dévoile la présence de années 1990, avec le succès du premier ment en spectroscopie à haute résolution,
volcans très élevés et d’un immense rover américain Pathfinder et de l’orbiteur apportent un complément précieux aux
canyon, Valles Marineris. En 1976, nouveau Mars Global Surveyor. Celui-ci est suivi données spatiales. Bien sûr, il est impossible
succès de la NASA : les deux sondes Viking de Mars Odyssey puis des rovers Spirit et d’observer depuis le sol et l’orbite terrestre
se mettent en orbite autour de la planète Opportunity, lancés, toujours par la NASA, les détails de la surface martienne mis en
et délivrent deux modules de descente qui en 2003. La même année, l’Europe envoie évidence par les moyens spatiaux. Alors
analyseront la surface pendant plusieurs sa première mission martienne, l’orbiteur que les images prises par les caméras en
années. L’objectif affiché de la mission est Mars Express (fig. 2), qui est toujours en orbite martienne atteignent une précision
la recherche de la vie sur Mars. La réponse opération autour de Mars. L’exploration de l’ordre du mètre, celles du télescope
est négative, ce qui aura pour effet, pour se poursuit du côté américain avec Mars Hubble (fig. 1) ou des grands télescopes au
la NASA, de suspendre l’exploration de Reconnaissance Orbiter (MRO) et la sta- sol ont une précision de l’ordre de la ving-
Mars pendant une vingtaine d’années... La tion Phoenix, déposée au voisinage du pôle. taine de kilomètres au mieux.
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Reflets de la Physique n° 30 5
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Volcans, canyons et plaines
Grâce aux sondes spatiales, nous avons
aujourd’hui une très bonne connaissance de
la topographie martienne, de sa géologie,
et aussi, depuis Mars Express, de sa miné-
ralogie. La première caractéristique de la
surface martienne est ce que l’on appelle la
dissymétrie Nord-Sud : l’altitude des plaines
du Nord est, en moyenne, inférieure de
5 km à celle des plateaux de l’hémisphère
Sud. L’origine de cette dissymétrie est mal
comprise : elle pourrait résulter d’une asy-
métrie des mouvements convectifs du
manteau ayant conduit à une différenciation
de l’épaisseur de la croûte, dont les mesures
indiquent une épaisseur plus grande au sud
qu’au nord. Une autre cause possible
pourrait être un bombardement météori-
tique plus violent dans l’hémisphère Nord.
Mais dans les deux cas, on ne voit pas
l’origine possible de ces différences.
Les volcans de Mars sont spectaculaires.
Les plus grands d’entre eux sont situés sur
le vaste plateau de Tharsis, de 5000 km de
© NASA
Avancées de la recherche
Nord Sud
sous-sol martien, mesurée par le radar
-150°O 150°E -30°O 30°E
MARSIS de Mars Express dans les régions
polaires. L’instrument sonde le sous-sol de Mars
à une profondeur de 60 à 80 mètres. Le pôle
-120°O 120°E 60°E
-60°O Nord est au centre des deux figures de la partie
gauche, et le pôle Sud est au centre de la figure
de droite. Autour du pôle Nord, dans la région
-90°O 90°E -90°O 90°E centrale en bleu, la constante diélectrique est
faible, ce qui indique la présence de glace d’eau
ou d’un matériau sédimentaire de faible densi-
-60°O 60°E -120°O 120°E té. Cette région coïncide remarquablement avec
les tracés des lignes de dichotomie séparant les
plaines basses des régions plus élevées, en traits
-30°O 30°E -150°O 150°E
pleins et en pointillés sur la figure du bas. Sur
les figures du haut, la ligne rouge correspond à
-150°O 150°E une abondance de H2O de 10% (mesurée par
Constante diélectrique réelle l’abondance des atomes d’hydrogène présents
<3 7 > 11
-120°O 120°E dans le sous-sol), et la courbe noire correspond
à la limite théorique de stabilité de la glace en
Ligne de rivage surface (estimée à partir de l’observation des
Deuteronilus polygones de surface). La bonne correspondance
-90°O 90°E Ligne de rivage Arabia
de ces données est un indice plausible de la
Teneur en eau de 10% signature d’un ancien océan boréal qui aurait
Limite théorique
-60°O de stabilité de la glace recouvert ces plaines il y a trois milliards d’an-
60°E
nées. (La figure est extraite de J. Mouginot et al.,
Geophys. Res. Lett. 39 (2012) L02202.)
-30°O 30°E
Reflets de la Physique n° 30 7
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Il en est de même de O 3 et de H2O2 dont à l’origine des champs de dunes que l’on Les évolutions du climat martien
la présence résulte de la photodissociation observe dans les régions de basse altitude, et
de H2O. La quantité d’ozone présente dans aussi de spectaculaires tempêtes de poussières
l’atmosphère de Mars (moins de 1 ppm en qui peuvent recouvrir la planète entière.
altitude) est bien moindre que sur la Celles-ci se produisent principalement lors
Terre, et pour cause : l’oxygène terrestre de l’été austral, lorsque la planète est au plus
provient de l’apparition de la vie. Quant à proche du Soleil ; c’est alors que les contrastes
H2O2, cet oxydant puissant est sans doute de température sont les plus élevés.
à l’origine de l’absence de molécules orga- Bien que la vapeur d’eau martienne soit
niques à la surface de Mars, absence très peu abondante, son étude nous apporte
constatée par les modules Viking. C’est aussi un diagnostic décisif concernant l’histoire
lui qui a donné à Mars sa couleur rouge en de l’eau sur Mars. Ce diagnostic nous est
oxydant les minéraux de sa surface. fourni par le rapport d’abondance entre l’eau
Le profil thermique de l’atmosphère « lourde » HDO et l’eau « ordinaire » H2O,
martienne, comme ceux de la Terre et de dont la valeur mesurée sur Mars est 5 fois
Vénus, est caractérisé par une troposphère supérieure à celle de la Terre. Comment
convective dans laquelle la température interpréter ce résultat ? Très vraisembla-
© NASA/JPL/MSSS
décroît à mesure que l’altitude augmente blement, cet enrichissement en deutérium
(fig. 5). Comme dans le cas de Vénus, elle résulte d’un échappement différentiel entre
est surmontée d’une mésosphère plus ou HDO et H2O (les deux molécules étant
moins isotherme ; cette situation est diffé- sous forme gazeuse), au cours de l’histoire 6. La calotte polaire Nord de Mars en été, photo-
rente de celle de la Terre, où la présence de Mars, HDO (légèrement plus lourde) graphiée en 1999 par la caméra à haute résolution MOC
d’ozone induit un réchauffement au s’échappant moins facilement que H2O. de la sonde Mars Global Surveyor. Les sédiments accu-
niveau de la stratosphère. L’analogie des Cet enrichissement isotopique ne s’est pas mulés autour du pôle Nord sont creusés de sillons en
structures thermiques se retrouve aussi produit dans le cas de la Terre, car l’eau y spirales. Les structures alternées sont sans doute le
dans la météorologie des trois planètes. La est toujours restée sous forme liquide(2). résultat de variations climatiques globales liées aux
différence de température entre l’équateur Dans le cas de Mars, l’enrichissement en fluctuations périodiques orbitales de la planète.
et les pôles entraîne la présence de cellules deutérium pourrait impliquer, selon les L’étendue de la calotte polaire Nord est d’environ 1100 km.
convectives ; à l’équinoxe, l’atmosphère est spécialistes, une pression de vapeur d’eau
animée de mouvements ascendants à l’équa- égale à plusieurs centaines d’hectopascals. Revenons au passé récent de Mars. Nous
teur et descendants à haute latitude, tandis Voilà encore un indice qui plaide en faveur en possédons un nouveau diagnostic, avec
qu’une seule cellule apparaît au solstice, avec d’une atmosphère primitive plus dense et la morphologie des sédiments polaires.
mouvement ascendant dans l’hémisphère plus humide. La présence de vapeur d’eau Ceux-ci présentent en effet, au nord
d’été. Du fait de la faible masse de son en abondance aurait favorisé l’effet de serre, comme au sud, une série de stries, alterna-
atmosphère, la planète Mars réagit très augmentant la température, qui aurait alors tivement claires et sombres (fig. 6). Quelle
rapidement aux variations de l’insolation. été compatible avec la présence d’eau peut en être l’origine ? Selon l’interpréta-
Les contrastes de température sont élevés et liquide à la surface de Mars au début de tion la plus plausible actuellement en vigueur,
les vents peuvent atteindre 100 m/s. Ils sont son histoire. ces stries sont la signature de variations
périodiques du climat associées à des
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variations de l’obliquité de la planète. Des
simulations numériques récentes, menées
en particulier au Bureau des Longitudes à
30 Paris, ont mis en évidence une oscillation
Altitude (km)
Avancées de la recherche
ment intense il y a 3,8 milliards d’années. martien a été modulé au gré de l’évolution
une ébauche de scénario Une autre cause possible est l’échappement
atmosphérique, suite à l’extinction de la
périodique de l’obliquité de la planète,
faisant migrer la glace d’eau alternativement
À partir de ce que nous avons appris de dynamo et à la disparition du champ de l’équateur aux pôles.
la planète actuelle, essayons de retracer ce magnétique ; la magnétosphère protège en
qu’a pu être son histoire. Au départ, un effet l’atmosphère de l’effet du vent solaire et Le futur de l’exploration de Mars
scénario de formation analogue à celui de s’oppose à son échappement. Une troisième
la Terre et de Vénus : une formation à cause possible pourrait être le piégeage du Quels sont les grands enjeux de l’explo-
partir de particules relativement denses, au gaz carbonique dans la surface au contact de ration future de Mars ? La question qui
sein du disque protoplanétaire. Une diffé- l’eau liquide, selon un processus comparable passionne la communauté scientifique et,
rence notable : Mars est deux fois plus à celui de la formation des calcaires terrestres. bien au-delà, le grand public, est la recherche
petite et dix fois moins massive que ses deux Dans ce cas, la surface devrait posséder d’une vie, passée ou présente. C’était déjà
voisines. Selon une simulation dynamique une quantité importante de carbonates. l’objectif de la mission Viking dans les
récemment développée à l’Observatoire De telles quantités, nous l’avons vu, n’ont années 1970, mais la quête s’est révélée
de Nice, la croissance de Mars aurait pu cependant pas été détectées. Quant à l’eau, négative, la recherche s’étant limitée à la
être stoppée par la proximité de Jupiter, elle a pu s’échapper partiellement, mais une surface de Mars. Nous savons aujourd’hui
qui aurait migré vers l’intérieur du système fraction est restée piégée dans le sous-sol que le rayonnement UV solaire, pénétrant
solaire avant de repartir sous l’influence de martien ; on la retrouve sous la forme de jusqu’à la surface de Mars, aurait pour effet
Saturne. À l’origine, les atmosphères des trois pergélisol, particulièrement abondant à haute de détruire toute molécule organique. Le sol
planètes ont dû avoir la même composition latitude. Il resterait cependant à évaluer la de Mars est, de plus, oxydé en profondeur,
globale : du gaz carbonique, un peu d’azote quantité globale d’eau présente aujourd’hui du fait de la présence d’oxydants actifs
et une certaine quantité d’eau. Cette eau est en sous-sol. comme H2O2. Nous savons aussi que l’eau
restée présente sur la Terre, car la température Après la période chaude et humide et le a coulé en abondance dans les terrains les plus
était compatible avec la formation d’océans. bombardement massif, la planète a connu anciens, surtout situés dans l’hémisphère Sud.
De nombreux indices plaident en faveur une période de volcanisme et d’activité C’est donc à ces endroits qu’il faut recher-
d’une atmosphère primitive martienne tectonique intenses et épisodiques, marquée cher des traces éventuelles de vie fossile ;
plus dense et plus humide qu’aujourd’hui. en particulier par la formation du bouclier ainsi, la mission Mars Science Laboratory,
Nous les avons cités plus haut : les reliefs de Tharsis, du canyon Valles Marineris, des lancée par la NASA le 26 novembre 2011,
des vallées desséchées, la présence d’ar- terrains chaotiques et des vallées de débâcle. ira se poser en août 2012 à proximité du
giles, l’enrichissement en deutérium... Au cours de cette longue période, qui court cratère Gale, proche de l’équateur, dans lequel
Comment et pourquoi l’atmosphère pri- de - 3,8 milliards d’années à il y a quelque des argiles et des sulfates ont été décou-
mitive a-t-elle disparu ? Une cause pos- cent millions d’années, l’eau liquide a pu verts. Le véhicule, rebaptisé Curiosity (fig. 7),
sible pourrait être un impact géant ou de couler épisodiquement à la surface de la se déplacera à la surface de Mars avec une
multiples chutes météoritiques : on sait planète, à l’occasion de phénomènes vol- autonomie et une panoplie d’instruments
que la planète, comme tous les corps du caniques ou tectoniques violents et inter- bien supérieures à celles des véhicules pré-
système solaire, a connu un bombarde- mittents. Dans un passé plus récent, le climat cédents, Spirit et Opportunity.
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© NASA/JPL-Caltech
Reflets de la Physique n° 30 9
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La configuration relative des orbites de la
Terre et de Mars rend possible le lancement
d’une mission spatiale environ tous les
deux ans. Le lancement de Mars Science
Laboratory devrait être suivi, à la fin 2013,
par celui de MAVEN, orbiteur de la NASA
destiné à l’étude de l’échappement atmos-
phérique martien, dans la perspective d’une
meilleure compréhension de l’histoire de
l’atmosphère martienne. À plus long terme,
le programme ExoMars est le fruit d’une
collaboration, actuellement en discussion
entre l’ESA et l’agence spatiale russe
Roskosmos. Selon le schéma initial, la
mission comporte deux volets : un orbiteur
avec lancement prévu en 2016, dédié à
l’étude des gaz traces de l’atmosphère mar-
tienne, et un rover lancé en 2018, à vocation
exobiologique, destiné à l’exploration en
profondeur du sol martien. Suite à des
contraintes budgétaires, le programme est
actuellement en phase de rediscussion. Enfin,
le but ultime de l’exploration martienne est
le retour d’échantillons martiens. On pourra
alors effectuer en laboratoire des études
chimiques et minéralogiques aussi fines que
celles réalisées aujourd’hui sur les météorites
et les échantillons lunaires.
Une autre priorité scientifique est la
compréhension de la structure interne de
la planète Mars. Pour atteindre cet objectif,
il faut disposer à la surface de Mars d’un
réseau de sismomètres capables de détecter,
comme sur la Terre, les différents types
d’ondes sismiques. Une mission de ce type
est actuellement à l’étude en partenariat
entre les États-Unis et la France. ❚
(1) Quant à Vénus, c’est l’ensemble de sa surface qui
a été renouvelée par volcanisme au cours du dernier
milliard d’années.
(2) Un tel effet est aussi observé sur Vénus, dans des
proportions bien plus importantes : le facteur d’enri-
chissement est supérieur à 100 ! Ce résultat implique
pour Vénus une atmosphère primitive très riche en
eau. Cette eau s’est progressivement échappée par
photodissociation, selon un mécanisme encore mal
compris aujourd’hui.
Bibliographie
• M. Shapley Matthews et al., Mars, University
of Arizona Press (1992).
• N. Barlow, Mars: An introduction to its interior, surface
and atmosphere, Cambridge University Press (2008).
• F. Forget et al., La planète Mars : Histoire d’un autre
monde, Belin, Paris (2006).
Sites web
• Missions spatiales vers Mars (Mars Exploration
Program) : http://mars.jpl.nasa.gov
• Images de la planète Mars prises par des sondes
spatiales (NSSDC Photo Gallery – Mars) :
http://nssdc.gsfc.nasa.gov/photo_gallery