Stimulateur Cardique
Stimulateur Cardique
I. PRÉAMBULE
HISTOIRE
Après plusieurs essais de stimulateurs cardiaques externes dans les années 1950, le premier modèle de
stimulateur cardiaque interne est implanté par voie chirurgicale en Suède le 8 octobre 1958 1. Les sondes
endocavitaires apparaissent dans les années 1960 et permettent de se passer des électrodes épicardiques. La
stimulation multi-chambre est inventée en 1963, puis dans le courant des années 1970, la programmation par un
boîtier externe apparaît. Le premier défibrillateur interne est implanté en 1985, et l’usage de la
resynchronisation se développe dans les années 1990.
Différentes sources d’énergie sont testées au cours de l’évolution du matériel. Dans les années 1970 des
stimulateurs cardiaques au plutonium 238 sont implantés. Ils avaient alors une durée de vie de batterie de 10
ans contre seulement 2 ans pour les batteries de l’époque. Les batteries actuelles sont au lithium, la durée
estimée d’un stimulateur double chambre est d’une dizaine d’année 2, contre 5 ans environ pour un défibrillateur 3.
Ces durées moyennes sont amenées à augmenter dans les prochaines années grâce à différents algorithmes
permettant d’économiser de la batterie.
Les stimulateurs cardiaques se composent d’un boîtier, le plus souvent situé en position pré-pectorale, et
de sondes, reliant le boîtier à l’endocarde en passant par la veine sous clavière.
Le stimulateur est contrôlé régulièrement en consultation à l’aide d’un programmateur qui permet de
consulter les enregistrements et éventuellement de modifier la programmation.
MARQUES
Les principales marques sont Biotronik, Boston Scientific, Medtronic, Sorin, St Jude Medical. Les
différentes marques n’étant pas compatibles entre elles, il faut un programmateur de chaque marque pour
pouvoir interroger et programmer un stimulateur ou un défibrillateur.
CONSTITUTION ET FONCTIONNEMENT
Boîtier
Il est constitué d’une coque en titane renfermant la batterie et le circuit électronique, ainsi que d’une partie
en plastique transparent, la connectique, permettant de brancher les sondes. Il existe des boîtiers simple, double
ou triple chambres. Les boîtiers utilisés pour la resynchronisation sont appelés CRT-P pour Cardiac
Resynchronization Therapy avec P pour pacing. Les boîtiers usuels n’ont pas d’emplacement pour la sonde de
resynchronisation. Un boîtier de défibrillateur est plus volumineux car contient en plus un condensateur
permettant d’emmagasiner l’énergie à délivrer pour le choc électrique.
Sondes
Les sondes permettent de conduire l’impulsion électrique du boîtier jusqu’à l’endocarde. Elle sont
entourées d’une gaine isolante. Le paramètre principal qui évalue l’intégrité de la sonde est l’impédance de
La fourchette normale de valeur est entre 200 Ohms et 2000 Ohms. Une augmentation importante de
l’impédance doit faire suspecter une rupture du conducteur. Une diminution importante fait suspecter une rupture
de l’isolant4.
La connectique entre les sondes et le boîtier est standardisée, il est possible d’utiliser des sondes d’une
marque (par habitude du centre implanteur) connectées à un boîtier d’une autre marque.
Sonde atriale
• monopolaire (ou unipolaire), c’est à dire que le dipôle se fait entre l’extrémité distale de la sonde et le
boîtier
• bipolaire : entre 2 électrodes à l’extrémité distale de la sonde
La détection se fait toujours en mode bipolaire, sauf rare exception. En effet les artefacts engendrés par la
contraction du muscle pectoral en détection unipolaire peuvent d’inhiber la stimulation 5. Ce mode peut être
exceptionnellement utilisé en cas d’anomalie d’une sonde dont la détection bipolaire dysfonctionne, en attendant
le remplacement du matériel défectueux. Par ailleurs, certaines sondes anciennes ne fonctionnent qu’en
unipolaire.
En revanche, la stimulation peut se faire soit en unipolaire, soit en bipolaire. Les deux modes sont
possibles, et ont chacun leurs avantages et inconvénients
L’écoute croisée aussi appelée cross talk est la détection de la stimulation atriale au niveau ventriculaire
et inversement, qui inhibe le stimulateur par fausse détection d’activité. A noter, pour les défibrillateurs
implantables la stimulation est uniquement bipolaire afin de limiter le risque d’écoute croisée.
Les électrodes actuelles peuvent stimuler en bipolaire. Attention à l’erreur notamment lors du changement
de boîtier d’un stimulateur : rien n’empêche de programmer une stimulation bipolaire sur des sondes
monopolaires… les sondes ne fonctionneront pas, ce qui peut être fatal chez un patient dépendant de son
stimulateur (cf paragraphe sur le changement de boîtier).
TRACÉS ENDOCAVITAIRES
Les tracés électrocardiographiques enregistrés par les sondes sont appelés EGM. Ils se présentent sous
la forme d’un tracé atrial, d’un tracé ventriculaire droit et éventuellement un tracé ventriculaire gauche, auxquels
peuvent s’ajouter un tracé de reconstruction ressemblant à un ECG de surface. Sur ces tracés sont indiqués :
Exemple d’EGM d’un stimulateur double chambre programmé en DDD, avec sur la première ligne l’EGM
atrial, puis ventriculaire, puis la reconstruction ECG. Le rythme est électro-entrainé à l’étage atrial (AP = Atrial
Pacing) et spontané à l’étage ventriculaire (VS = Ventricule Spontané). Fréquence cardiaque à 60/min car
intervalle R-R à 1000ms (dernière ligne). Le chiffre vertical sur la dernière ligne « 313 » représente le délai AV
en ms.
• Seuil de stimulation, en volt (V) : plus bas voltage permettant d’entraîner une dépolarisation. On le
cherche en stimulant avec une tension décroissante, le seuil est la dernière valeur permettant la capture
atriale ou ventriculaire. Il peut varier au cours du temps et doit être contrôlé au moins annuellement. La
stimulation doit être réglée avec une marge de sécurité vis à vis de la valeur seuil. Par exemple il n’est
pas recommandé de programmer une stimulation VD à 0,6V pour un seuil de 0,5V. La marge de sécurité
doit être importante, la stimulation est souvent programmée minimum au double de la valeur seuil. Le
seuil de stimulation n’est pas réalisable à l’étage atrial si le patient est en TSV.
PARAMÈTRES
La sensibilité est la valeur fixée en dessous de laquelle le boîtier « n’entend rien ». Ainsi une sensibilité
élevée permet de limiter les artefacts, à l’inverse une sensibilité trop basse risque d’entraîner du « bruit » qui
risque d’inhiber le pacemaker. La sensibilité est réglée en fonction de la qualité de la détection.
• Sonde atriale
◦ Impédance de stimulation : 200-2000 Ohms
◦ Détection : toujours bipolaire. Idéalement > 2 mV
◦ Sensibilité de détection ≈ 0,5 mV, à moduler selon la qualité de la détection
◦ Seuil de stimulation : idéalement < 1 V, mauvais si > 2V
◦ Programmation de la stimulation : Autour de 3,5V initialement puis 2-2,5 V si la bonne marge de
sécurité vis à vis du seuil de stimulation.
• Sonde ventriculaire
◦ Impédance de stimulation : 200-2000 Ohms
◦ Détection : toujours bipolaire. Idéalement > 5 mV (particulièrement avec un DAI)
◦ Sensibilité de détection ≈ 1 mV, à moduler selon la qualité de la détection
◦ Seuil de stimulation : idéalement < 1 V, mauvais si > 2V
◦ Programmation de la stimulation : Autour de 3,5V initialement, puis 2-2,5 V si la bonne marge de
sécurité vis à vis du seuil de stimulation.
MODES DE STIMULATION
Les classification internationale de la stimulation (NBG) résulte de la fusion de la classification Nord Américaine
et de la classification Anglaise en 1987. Elle fonctionne avec 4 lettres (dernière facultative) :
1. Site de stimulation : atriale (A), ventriculaire (V), les deux (D), ou aucune (O)
2. Site de détection : (A), ventriculaire (V), les deux (D), ou aucune (O)
3. Mode de fonctionnement : stimulation lors d’un QRS (T, Triggered), inhibition (I), Double : S + I (D),
aucune fonction (O)
4. Asservissement (R) : c’est la fonction accélération de la fréquence de stimulation lors de l’effort du
patient, détectée par un accéléromètre ou la tachypnée du patient. Utile notamment chez un patient en
FA + BAV complet ou insuffisance chronotrope sévère pour éviter que la FC soit limitée à 60/min à
l’effort. Asservissement désactivé (O)
Principaux modes en pratique courante (existent en mode asservi avec « R » en 4ème lettre)
AAI Stimulation atriale en l’absence d’onde P spontanée. Ex : dysfonction sinusale, sera le plus souvent asservi
soit AAIR pour palier l’insuffisance chronotrope.
VVI Stimulation ventriculaire en cas de bradycardie. Ex : FA lente, sera souvent asservi soit VVIR. C’est
également le mode de programmation des sondes d’entraînement externe temporaire.
DDD Stimulation atriale et ventriculaire en l’absence d’activité spontanée. Ex : BAV complet
Les modes asynchrones étaient les modes des premiers stimulateurs cardiaque qui n’étaient pas
capables de détecter l’activité spontanée. Ils sont pro-arythmogènes car risque de stimulation sur l’onde T
pouvant entraîner des tachycardies ventriculaires, torsades de pointe ou fibrillations ventriculaires 6. Ils ne sont
actuellement utilisés que pendant les IRM, pour éviter les interactions entre la détection et le champ
magnétique. Ce mode temporaire doit être utilisé sur une durée la plus courte possible.
Le mode choisi lors de la programmation peut ne plus être adapté en raison de la survenue d’un BAV ou
d’un trouble du rythme. Les stimulateurs ont des fonctions de commutation automatique de mode (CAM).
• survenue d’un trouble du rythme supraventriculaire : Une fibrillation atriale ou un flutter sont détectées
par la sonde OD avec un cycle pouvant aller de 150 à 300/min. Le stimulateur cardiaque ne va pas
stimuler le ventricule à cette fréquence. Le pacemaker se met alors en « repli », c’est à dire qu’il passe
en mode DDI et ne tiendra pas compte du rythme entendu par la sonde atriale. Le stimulateur
retournera dans son mode de stimulation précédent une fois l’arrêt de l’arythmie. Il peut exister un
défaut de repli, le stimulateur suit l’activité atriale,considérée comme sinusale, avec stimulation rapide
sur la sonde ventriculaire.
• survenue d’un BAV complet. Sauf exception, tous les stimulateurs implantés pour dysfonction sinusale
sont double chambre pour compenser la survenue d’un BAV, même en l’absence de troubles conductifs
lors de l’implantation. En revanche ils ne sont pas programmés en DDD pour préserver la conduction
atrio-ventriculaire physiologique. Ils sont programmés en mode AAI/ADI ↔ DDD dont les détails
dépendent de la marque du stimulateur et sont précisés dans le tableau.
La fréquence cardiaque du stimulateur doit être réglée à 80-90/min minimum pendant les premières
semaines en raison du risque de mort subite par arythmie ventriculaire sur allongement du QT après l’ablation
du NAV 78.
SONDES D’ENTRAÎNEMENT
Une sonde d’entraînement électro-systolique est un dispositif de stimulation temporaire placé sous scopie.
L’abord se fait par voie veineuse fémorale ou jugulaire interne. La sonde est positionnée dans le VD et est reliée
à un boîtier de stimulation externe. La sonde de stimulation temporaire peut être soit vissée à l’endocarde, soit
simplement en appui contre celui ci. La sonde sera dans tous les cas fixée à la peau pour éviter un
déplacement. La complication la plus fréquente est le déplacement de la sonde, estimée à 10 % sur une étude
de 530 cas10, les complications plus rares sont la thrombose veineuse profonde sur sonde, l’infection, et
l’hémopéricarde sur perforation VD10(élévation du seuil/défaut de capture ventriculaire).
On peut comme avec un stimulateur classique régler la fréquence cardiaque, la tension de stimulation, et
la sensibilité. Réglage idéalement en VVI, ou à défaut en VOO.
A noter, une anticoagulation idéalement curative, est nécessaire pour éviter une thrombose veineuse
profonde sur sonde , fréquente en raison de la présence de la sonde et de l’alitement strict du patient.
Du fait de sa simple stimulation bipolaire VD, il stimule uniquement en VVI/VVIR. Il est actuellement non
remboursé en France, mais est utilisé dans plusieurs centres en partenariat avec le fabricant. Ce stimulateur
cardiaque est IRM compatible et dispose d’une fonction de télécardiologie.
La durée de vie serait dans la moyenne actuelle des stimulateurs cardiaques. Il ne peut pas être retiré,
une fois la batterie usée le stimulateur est désactivé et un second stimulateur sans sonde ou stimulateur
classique peut être positionné à coté.
PACEMAKER ÉPICARDIQUE
En cas d’impossibilité d’implanter un stimulateur cardiaque en position pectorale (en raison d’une plaie ou
d’un problème d’abord sous clavier par exemple), il est possible d’implanter un stimulateur avec des sondes
épicardiques. La pose se fait par voie chirurgicale avec thoracotomie, sternotomie ou abord sous xiphoïdien. Le
boîtier est placé en position abdominale, ou pectoral avec tunnelisation sous cutanée de la sonde. Le second
cas se rencontre lors du rajout d’une sonde VG épicardique chez un patient déjà porteur d’un stimulateur/DAI.
C’est également le mode de stimulation préférentiel chez les enfants ayant des troubles conductifs, afin
de préserver le capital veineux. La détection et les seuils de stimulation sont moins bons que la stimulation
endocavitaire, la durée de la pile est donc plus courte 12.
D’une durée de la batterie de 3 ans environ, le Reveal enregistre les évènements conductifs ou
rythmiques avec un enregistrement automatique des arythmies ou des pauses détectées par l’appareil, ainsi
qu’un enregistrement à tout moment si le patient appuie sur le déclencheur de son boîtier externe.
V. DÉFIBRILLATEUR IMPLANTABLE
CONSTITUTION ET FONCTIONNEMENT
Le DAI, pour défibrillateur automatique implanté, est constitué de manière semblable au stimulateur avec
un boîtier connecté à une ou plusieurs sondes. Le boîtier est plus gros que celui d’un stimulateur car il contient
en plus un condensateur capable d’accumuler l’énergie pour délivrer un choc électrique de 20 à 40 Joules
environ. Le choc électrique biphasique est réalisé entre l’électrode de défibrillation (appelé coïl) située sur la
sonde VD et le boîtier en titane. Certains modèles de sondes possèdent 2 coïls.
Sonde atriale
Sonde de stimulation
VD abandonnée
Sonde VG
quadripolaire
A noter
THÉRAPIES ANTITACHYCARDIQUES
ATP
Une tachycardie ventriculaire peut être réduite par stimulation rapide (ou overdrive), c’est l’ATP
(antitachycardia pacing) aussi appelée SAT (stimulation anti-tachycardie)13. Dans 1 à 5 %, l’ATP peut être
responsable d’une accélération de l’arythmie en cas d’échec de réduction de la tachycardie ventriculaire.
La plupart des DAI et certains stimulateurs peuvent désormais réaliser de l’ATP atriale pour réduire une
tachycardie atriale organisée. Cette ATP peut être automatisée ou manuelle, réalisée en consultation.
• Burst : salve de stimulation ventriculaire plus rapide que le cycle de tachycardie ventriculaire.
• Rampe : stimulation ventriculaire par salve courte de fréquence croissante
Défibrillation
Elle se fait par choc biphasique d’intensité programmable, croissante ou d’emblée maximale, entre le coïl
de la sonde de défibrillation situé dans le VD, et le boîtier. Elle est généralement précédée d’ATP, pendant le
temps de chargement du condensateur qui est d’une dizaine de secondes.
PROGRAMMATION
En plus de la programmation de la fonction stimulation (VVI pour un DAI simple chambre VD), la fonction
anti-tachycardie doit être programmée.
• 1ère zone ou TV1 (par ex 160-190/min) : généralement une zone de monitoring sans thérapie
programmée. Elle permettra de mettre en mémoire les TV lentes qui sont à faible risque et
généralement bien tolérées.
• 2ème zone ou TV2 (par ex 190-220/min) : généralement configurée en ATP puis choc si échec ATP
• 3ème zone ou zone de fibrillation ventriculaire (par ex > 220/min): choc électrique interne, avec
réalisation d’ATP pendant le temps de chargement du condensateur.
La programmation de ces différentes zones doit être idéalement adaptée au patient en fonction de la
FEVG et du cycle de l’arythmie ventriculaire si elle est documentée.
Exemple de tracé d’une tachycardie ventriculaire non soutenue. On voit une activité ventriculaire plus
rapide que l’activité atriale. La tachycardie ventriculaire est non soutenue (8 secondes environ). L’intervalle R-R
est de 330-340ms soit environ 180/min. Il n’y a pas de thérapie (ATP ou choc) dans cette séquence en raison de
la brièveté de la TV et de la fréquence ventriculaire en dessous de la zone de thérapie. La séquence est
enregistrée car elle est située dans la zone de TV1 (complexes notés T1 en bas de l’enregistrement).
Il est constitué d’un boîtier sous cutané placé non pas en pré-pectoral, mais sous l’aisselle gauche. Le
boîtier est plus volumineux que celui d’un DAI endocavitaire, mais est généralement bien toléré du fait de sa
localisation . La durée de la batterie est légèrement plus faible que les DAI endocavitaires 14.
Le DAI sous cutané de permet pas de stimuler en cas de troubles conductifs, et ne permet pas de réaliser
d’ATP. Ses indications sont donc restreintes.
Ce défibrillateur externe est remboursé en France depuis mars 2015 pour les indications suivantes
La life vest est équipée d’une fonction de télé-cardiologie (cf rubrique télé-cardiologie). Par ailleurs, le port
d’un défibrillateur externe temporaire est une situation où la conduite automobile n’est pas autorisée en
France16.
VII. RESYNCHRONISATION
MÉTHODE
En cas de bloc de branche, les deux ventricules ne se contractent pas en même temps entraînant une
perte d’efficacité de la systole. Cet asynchronisme est également présent lors de la stimulation dans le VD qui a
pour conséquence un retard gauche équivalent au bloc de branche gauche. Chez les patients ayant une
dysfonction VG et porteur d’un bloc de branche gauche complet ou d’un retard gauche sur stimulation VD, la
mise en place d’une resynchronisation permet d’améliorer les symptômes et parfois la FEVG.
La resynchronisation consiste à stimuler les deux ventricules à l’aide d’une sonde droite et d’une sonde
gauche positionnée dans une veine latérale issue du sinus coronaire, en regard du VG. Il existe des modèles de
sonde VG comportant 2 à 4 pôles.
Un des principaux effet secondaire de la sonde gauche est la stimulation phrénique 17, se manifestant par
un hoquet induit par la sonde, à la fréquence de stimulation. L’absence de stimulation phrénique est recherchée
lors de chaque changement de programmation. On peut supprimer la stimulation phrénique en modifiant le
voltage de la stimulation et en utilisant les dipôles de la sonde ne stimulant pas le nerf phrénique gauche.
En cas d’ « upgrade » c’est à dire de rajout de sonde gauche sur un stimulateur ou défibrillateur déjà en
place, une nouvelle intervention est nécessaire pour mettre en place la sonde VG. Le boîtier doit être changé car
les stimulateurs/défibrillateurs implantés en première intention ne possèdent pas d’emplacement pour une
troisième sonde.
PROGRAMMATION
Choix du dipôle
La programmation d’un CRT-P ou CRT-D nécessite de tester différentes combinaisons afin de
programmer la stimulation la plus efficace, mesurée par l’affinement des QRS. Il faut évaluer le dipôle VG qui a
le retard de dépolarisation le plus important en détection, lors d’une stimulation du VD, et tester les seuils de
stimulations ainsi que l’absence de stimulation phrénique.
La cible d’une resynchronisation est mesuré par le pourcentage de stimulation bi-ventriculaire qui doit être
au moins de 98 %18. Une perte de resynchronisation peut être due une conduction physiologique AV plus rapide
que la stimulation ventriculaire, à une arythmie supra-ventriculaire ou ventriculaire (ESV fréquentes, TVNS). Le
traitement de première intention est médicamenteux (anti-arythmique ou bradycardisant), en cas d’échec une
ablation du nœud atrio-ventriculaire sera envisagée.
VIII. IRM
Une sonde « abandonnée » est une sonde qui n’est plus connectée à un boîtier, généralement pour cause
de dysfonctionnement. Les sondes ne sont pas toujours retirées car au-delà de 6 mois post implantation, le
risque de tamponnade20 lors du retrait est important. Quand l'ablation de la sonde est décidée, elle est réalisée
par une équipe entraînée dans un bloc opératoire de chirurgie cardiaque pour prendre en charge
immédiatement les éventuelles complications.
Depuis 2012 environ, la plupart des stimulateurs et un grand nombre de défibrillateurs sont IRM
compatible, sous réserve que les sondes le sont elles aussi et que la programmation du stimulateur est adaptée
(VOO, DOO ou OOO chez le patient non dépendant) pendant le temps de l’examen.
Une étude prospective publiée en 2017 sur 500 patients porteurs d’un stimulateur et 500 patients porteurs
d’un défibrillateurs, tous IRM non-compatible, a montré la sécurité de la réalisation d’IRM de puissance limitée à
1,5 Tesla et avec une localisation extra-thoracique de l’IRM 21, sous réserve d’une programmation adaptée du
boîtier avant l’examen.
En définitive, il convient de vérifier la compatibilité du matériel avec la réalisation d’une IRM, tout en
sachant qu’une IRM est parfois possible même avec du matériel IRM non compatible, sous réserve des
précautions citées, et en pesant le bénéfice/risque de l’examen pour le patient.
X. DIVERS
Attention, chez Medtronic, les algorithmes anti-TRE sont désactivés par défaut. Pour les autres marques,
ils sont généralement activés sur la programmation d’usine.
• Plaques à induction : le champ magnétique émit par les plaques risque de perturber la détection de
l’activité cardiaque spontanée notamment en cas de détection unipolaire 25 (rare). Il est conseillé de
maintenir le boîtier à au moins 15cm des plaques.
• Conduite automobile
Sont présentées ici les recommandations du rapport de 2013 du groupe d’expert Européen sur la
conduite chez les patients présentant des maladies cardiovasculaires 26.
Stimulateur :
• Conduite individuelle (catégorie 1) : reprise de la conduite possible une semaine après la pose du
stimulateur, à condition que les paramètres soit bons et que la cicatrisation soit favorable.
• Conduite poids lourd ou transport en commun (catégorie 2): idem, mais reprise de la conduite deux
semaines après l’implantation.
Défibrillateur :
• Catégorie 1 :
◦ Prévention secondaire : reprise possible après trois mois si les paramètres sont bons
◦ Prévention primaire : reprise après deux semaines si les paramètres sont bons
◦ Après survenue d’un choc approprié : suspension 3 mois de la conduite.
• Catégorie 2 : contre-indication définitive
L' utilité de l’aimant est de contrôler le bon fonctionnement d’un stimulateur en post implantation ou au
SAU.
BISTOURI ÉLECTRIQUE
Il faut impérativement désactiver les thérapies antitachycardiques sur un DAI avant l’usage d’un bistouri
électrique, soit par programmation, soit par usage d’un aimant (fixé sur le patient pendant l’intervention).
Les bistouris électriques classiquement utilisés au bloc sont unipolaires c’est à dire que le flux électrique
circule entre la lame du bistouri et une électrode en forme de plaque, collée à la peau. Le flux électrique peut
entraîner des fausses détections et inhiber un stimulateur.
TÉLÉCARDIOLOGIE
Tous les défibrillateurs et la plupart des stimulateurs récents disposent de fonction de télé-cardiologie,
c’est à dire la transmission automatisée de données de fonctionnement du dispositif, au centre implanteur. Ces
données sont les impédances, les variations d’impédance ou de seuils, la survenue d’arythmie, la perte de
resynchronisation, le niveau de la batterie.
La patient est équipé d’un boîtier, branché sur secteur dans la chambre à coucher. Tous les soirs, à heure
fixe, le dispositif de télé-cardiologie interroge la prothèse et transmet sur la plateforme web la présence
d’anomalie. Ce n’est pas un dispositif d’urgence, les notifications sont transmises au centre référent entre une
fois par jour et une fois tous les 15 jours selon le type d’anomalie détecté. La communication entre le dispositif et
le DAI est totalement invisible pour le patient, aucun signal ne l’informe que des données ont été transmises.
La télé-cardiologie permet un diagnostic plus précoce des arythmies et des anomalies notamment
altérations de sondes, sans attendre la consultation programmée de contrôle.
XI. REMERCIEMENT
Merci à Sandrine CARVES, au Dr Henri BROUSTET, et à Patricia BRONNE pour leur lecture attentive et
leurs conseils.
XII. BIBLIOGRAPHIE
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