Physique Statistique et Gaz Parfaits
Physique Statistique et Gaz Parfaits
Patrice Bacher
Patrice BACHER
1 La thermodynamique statistique 1
1.1 Thermodynamique des équilibres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.1 Postulats, principes et équations de base . . . . . . . . . . . . 1
1.1.2 Les potentiels thermodynamiques . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.3 Relations entre variables d’état . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2 Probabilités et statistiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.2.1 Probabilités, moyennes, distributions . . . . . . . . . . . . . . 12
1.2.2 La distribution binomiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.2.3 La distribution multinomiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.3 Théorie statistique de Gibbs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.3.1 Du macroscopique au microscopique . . . . . . . . . . . . . . 21
1.3.2 Ensemble statistique, énoncé des postulats . . . . . . . . . . . 23
1.3.3 Probabilités et valeurs moyennes . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.3.4 Confrontation avec la thermodynamique . . . . . . . . . . . . 27
1.4 Les ensembles statistiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
1.4.1 Introduction et conventions d’écriture . . . . . . . . . . . . . . 31
1.4.2 L’ensemble grand canonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.4.3 L’ensemble T-p . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
1.4.4 L’ensemble canonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
1.4.5 L’ensemble microcanonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
1.4.6 Les autres ensembles en variance 3 . . . . . . . . . . . . . . . 39
1.4.7 Synthèse des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.4.8 Ensembles en variance supérieure à 3 . . . . . . . . . . . . . . 41
1.5 Le deuxième principe et le troisième principe . . . . . . . . . . . . . . 43
1.5.1 Équivalence entre ensembles statistiques . . . . . . . . . . . . 43
1.5.2 Le deuxième principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
1.5.3 Équivalence entre S maxi et E, F, G, H mini . . . . . . . . . . 46
1.5.4 Notion de fluctuations aléatoires . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
1.5.5 Le problème ergodique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
1.5.6 Le troisième principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2 Statistiques quantiques 53
2.1 Les statistiques de réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
2.1.1 Réseaux de sites tous identiques . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
2.1.2 Réseaux à différents types de sites . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.1.3 Recherche de la fonction adaptée au problème . . . . . . . . . 56
i
ii TABLE DES MATIÈRES
La thermodynamique statistique
S = S(E, V, X, N1 , N2 ) ou E = E(S, V, X, N1 , N2 )
∂S ∂S ∂S ∂S ∂S
dS = dE + dV + dX + dN1 + dN2
∂E ∂V ∂X ∂N1 ∂N2
∂E ∂E ∂E ∂E ∂E
dE = dS + dV + dX + dN1 + dN2
∂S ∂V ∂X ∂N1 ∂N2
∂S ∂S
avec par exemple : (λE, λV, λX, λN1 , λN2 ) = (E, V, X, N1 , N2 )
∂E ∂E
Les dérivées de S sont les variables intensives entropiques, celles de E sont les
variables intensives énergétiques. Ces dernières portent un nom :
– la température T est la variable intensive énergétique associée à S ;
– la pression p est au signe près la variable intensive énergétique associée à V ;
– le potentiel chimique μi du constituant i est la variable intensive énergétique
associée à Ni [3] ;
– la variable intensive énergétique associée à X sera notée P .
∂E ∂E
Autrement dit : T = p=−
∂S V,X,N1 ,N2 ∂V S,X,N1,N2
∂E ∂E ∂E
P = μ1 = μ2 =
∂X S,V,N1 ,N2 ∂N1 S,V,X,N2 ∂N2 S,V,X,N1
Équations initiales :
E(S, V, N) ≡ T S − pV + μN dE = T dS − p dV + μ dN
(1.5)
∂E ∂E ∂E
T = p=− μ=
∂S V,N ∂V S,N ∂N S,V
F (T, V, N) = E − T S dF = −S dT − p dV + μ dN
(1.6)
∂F ∂F ∂F
S=− p=− μ=
∂T V,N ∂V T,N ∂N T,V
H(S, p, N) = E + pV dH = T dS + V dp + μ dN
(1.7)
∂H ∂H ∂H
T = V = μ=
∂S p,N ∂p S,N ∂N S,p
Φ(S, V, μ) = E − μN dΦ = T dS − p dV − N dμ
(1.8)
∂Φ ∂Φ ∂Φ
T = p=− N =−
∂S V,μ ∂V S,μ ∂μ S,V
Ψ(T, V, μ) = E − T S − μN dΨ = −S dT − p dV − N dμ
(1.9)
∂Ψ ∂Ψ ∂Ψ
S=− p=− N =−
∂T V,μ ∂V T,μ ∂μ T,V
G(T, p, N) = E − T S + pV dG = −S dT + V dp + μ dN
(1.10)
∂G ∂G ∂G
S=− V = μ=
∂T p,N ∂p T,N ∂N T,p
1.1 Thermodynamique des équilibres 7
Φ (S, p, μ) = E + pV − μN dΦ = T dS + V dp − N dμ
(1.11)
∂Φ ∂Φ ∂Φ
T = V = N =−
∂S p,μ ∂p S,μ ∂μ S,p
Θ(M, T, p, μ) = E − T S + pV − μN dΘ = −S dT + V dp − N dμ
(1.12)
∂Θ ∂Θ ∂Θ
S=− V = N =−
∂T p,μ ∂p T,μ ∂μ T,p
S/k(E, V, N) = βE + ξV + γN dS/k = β dE + ξ dV + γ dN
(1.13)
∂S/k ∂S/k ∂S/k
β= ξ= γ=
∂E V,N ∂V E,N ∂N E,V
4
La seule connaissance des variables intensives ne donne aucune information sur la taille du
système ; le potentiel nul doit donc pour être utilisable dépendre d’un certain facteur d’échelle M
(exemple : statistiques de réseaux, paragraphe 2.1) ; nous en reparlerons au paragraphe 1.3.4.
8 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
(+βΘ) est la Transformée de Legendre de S/k pour toutes les variables :[5]
On notera la présence d’un signe (−) lorsque la variable E n’est pas transformée
(−βΦ, −βH, −βE), et un signe (+) lorsque la variable E est transformée (+βF ,
+βΨ, +βG, +βΘ).
6
par ”ouvert” on entend ”en contact avec un réservoir de particules qui fixe le potentiel chimi-
que” ; malheureusement, il n’existe pas de terme signifiant ”iso-potentiel chimique”.
10 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
– à S ou T constant :
⎧
μ `B −p ⎪ ∂V ∂N ∂N ∂p
BB || > ⎪
⎨ − ∂μ = + ∂p − =−
BB|| p μ ∂V μ ∂μ V
|| BBB ⇒
|| ⎪
⎪ ∂p ∂μ ∂μ ∂V
V N ⎩ − =+ − =−
∂N V ∂V N ∂p N ∂N p
– à V ou p constant :
⎧
⎪ ∂N ∂S ∂S ∂μ
T _@ ~? μ ⎪
⎨ − ∂T =− − =+
@@ ~ ∂μ T ∂N T ∂T N
@~@~ ⇒ μ
~~ @
~~ @ ⎪
⎪ ∂μ ∂T ∂T ∂N
N S ⎩ + =+ + =−
∂S N ∂N S ∂μ S ∂S μ
Pour la deuxième relation (en haut à droite) du troisième carré par exemple (on
le notera [N, S, μ, T ]V ou [N, S, μ, T ]p), on effectue deux rotations : l’une autour du
triangle S − N − T , l’autre autour du triangle μ − T − N. On met un signe (−)
lorsque la diagonale de retour est parcourue dans le sens contraire de la flèche.
On peut aussi construire des carrés pour les transformées de Legendre de l’en-
tropie :
– à N ou γ constant :
⎧
⎪ ∂E ∂V ∂V ∂β
ξ _?
?? ?
β ⎪
⎨ − ∂ξ =− − =+
?? β ∂β ξ ∂E ξ ∂ξ E
??? ⇒
⎪
⎪ ∂β ∂ξ ∂ξ ∂E
⎩ + =+ + =−
E V ∂V E ∂E V ∂β V ∂V β
– à E ou β constant :
⎧
γ _@ ⎪ ∂V ∂N ∂N ∂ξ
@@ ?
ξ ⎪
⎨ − ∂γ = − ∂ξ − =+
@
@ ξ γ ∂V γ ∂γ V
@@@ ⇒
⎪
⎪ ∂ξ ∂γ ∂γ ∂V
⎩ + =+ + =−
V N ∂N V ∂V N ∂ξ N ∂N ξ
– à V ou ξ constant :
⎧
γ ⎪ ∂N ∂E ∂E ∂γ
β _?
?? ?
⎪
⎨ − ∂β =− − =+
?? γ ∂γ β ∂N β ∂β N
?? ⇒
? ⎪
⎪ ∂γ ∂β ∂β ∂N
⎩ + =+ + =−
N E ∂E N ∂N E ∂γ E ∂E γ
Il est fréquent que plusieurs valeurs de m conduisent à une même valeur X(i).
La liste des valeurs possibles X(i) est alors plus courte que la liste des Xm et il
est commode de sommer sur les valeurs de i plutôt que sur les valeurs de m. La
distribution statistique de X est l’ensemble des probabilités P (i) d’observer X(i)
pour toutes les valeurs de i. Soit M(i) l’ensemble des valeurs de m donnant la même
valeur X(i). X̄ peut se calculer à l’aide d’une somme sur m ou d’une somme sur i :
Xm = X(i) ∀m ∈ M(i) ⇒ P (i) = Pm
m∈M (i)
X̄ = Xm P m = Xm P m = X(i) Pm = X(i)P (i)
m i m∈M (i) i m∈M (i) i
(n1 + n2 )!
C’est-à-dire :
n1 ! n2 !
14 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
(n1 + n2 )! n1 n2
On en déduit la loi binomiale : P (n1 , n2 ) = x x
n1 ! n2 ! 1 2
Elle tire son nom du fait que P (n1 , n2 ) est l’un des termes du développement du
binôme (x1 + x2 ) à la puissance N :
n1 +n 2 =N
(n1 + n2 )! n1 n2
n1 +n 2 =N
N
(x1 + x2 ) = x x = P (n1 , n2 )
n1 ,n2
n1 ! n2 ! 1 2 n1 ,n2
2 =N
n1 +n
Avec x1 + x2 = 1, on a bien : P (n1 , n2 ) = 1.
n1 ,n2
n1 +n 2 =N
(n1 + n2 )! n1 n2
N
(x1 + x2 ) = x x
n1 ,n2
n1 ! n2 ! 1 2
n1 +n 2 =N
N −1
Nx1 (x1 + x2 ) = n1 P (n1 , n2 ) = n̄1
n1 ,n2
2 =N
n1 +n
Nx1 (x1 + x2 )N −1 + N(N − 1)x21 (x1 + x2 )N −2 = n21 P (n1 , n2 ) = n21
n1 ,n2
2 =N
n1 +n
N(N − 1)x1 x2 (x1 + x2 )N −2 = n1 n2 P (n1 , n2 ) = n1 n2
n1 ,n2
n1 n2 = N(N − 1)x1 x2
Sur la figure 1.1, on constate que, du point de vue qualitatif, plus N augmente :
– plus le graphe est dense en valeurs de n,
– plus les valeurs de n de probabilité appréciable se resserrent autour de n̄,
– plus le graphe de P (n) est symétrique par rapport à n̄.
matière ne peut varier que de manière discrète. Il quitte alors la rigueur mathéma-
tique pour la réalité physique : la variation d’une molécule par rapport au nombre
d’Avogadro peut être, physiquement, considérée comme infinitésimale.
Ce problème concerne en fait toutes les variables : à l’échelle microscopique, c’est
la mécanique quantique qui définit les états possibles pour un système donné. En
mécanique quantique, tout est quantifié, tout varie de façon discrète. Mais pour
une grandeur X donnée, l’écart entre deux valeurs consécutives est toujours, pour
des systèmes macroscopiques, extrêmement petit face à la valeur moyenne de cette
grandeur : on peut toujours trouver un intervalle δX à la fois inappréciable à l’échelle
macroscopique et suffisamment grand pour contenir un très grand nombre de valeurs
à l’échelle microscopique. En un mot pour ce qui nous concerne ici : dans l’intervalle
[0, 1024 ], k devient une variable continue.
La formule de Stirling donne un infiniment grand équivalent à k! lorsque k → ∞ :
kk √ 1 1 139 571
k! ≈ 2πk 1 + + − − · · · (1.23)
ek 12k 288k 2 51840k 3 2488320k 4
Les valeurs reportées dans le tableau ci-dessous ont été calculées sans tenir
compte de la parenthèse ci-dessus. On s’aperçoit que les √ résultats sont bons dès
les premières valeurs de k, mais que la contribution de ln 2πk est non négligeable.
Dans cet gamme, il faut donc utiliser :
kk √ √ d ln(k!) 1
k! ≈ 2πk ln(k!) ≈ k ln k − k + ln 2πk et ≈ ln k + (1.24)
ek dk 2k
√
k ln(k!) Stirling ln 2πk
1 0, 0000 −0, 0811 0, 9189
10 15, 1044 15, 0961 2, 0702
100 363, 7394 363, 7385 3, 2215
1000 5912, 1282 5912, 1281 4, 3728
10000 82108, 9278 82108, 9278 5, 5241
√
Dans la gamme des très grands nombres, ln 2πk est négligeable devant k ln k−k.
On peut considérer que la formule de Stirling simplifiée est quasi rigoureuse :
kk d ln(k!)
k! ≈ k ln(k!) ≈ k ln k − k et ≈ ln k (1.25)
e dk
√
k k ln k − k ln 2πk
1010 2, 203 × 1011 12, 43
1020 4, 505 × 1021 23, 94
1030 6, 808 × 10 31
35, 46
21
Pour k = 1020 , k! est de l’ordre de 102×10 . C’est un nombre à 2 × 1021 chiffres.
A raison de 2 chiffres par centimètre, il mesure
√ plus de 1 000 années-lumière.
Lorsqu’on oublie le terme multiplicatif 2πk, qui vaut tout de même 25 milliards,
on commet une erreur négligeable :
21 21 +10)
1010 × 102×10 = 10(2×10 = 102 000 000 000 000 000 000 010
1.2 Probabilités et statistiques 17
En écrivant 102 000 000 000 000 000 000 010 ≈ 102 000 000 000 000 000 000 000 , on oublie une di-
zaine de chiffres par rapport aux 2 × 1021 déjà présents, et les 1 000 années-lumière
sont réduites de . . . cinq centimètres.
Revenons à la distribution P (n). Dans la limite des très grands nombres, l’écart
entre les valeurs possibles de n (une unité) devient extrêmement faible comparati-
vement à l’intervalle de définition [0, N], à tel point que l’on pourra considérer P (n)
exprimé en fonction de y = n/N comme une fonction continue W (y) :
N!
W (y) = P (n) = P (Ny) = xN y (1 − x)N −N y
(Ny)! (N − Ny)!
Une valeur moyenne se calcule maintenant à l’aide d’une intégrale :
N 1 1
X̄ = P (n)X(n) ≈ P (Ny)X(Ny) d(Ny) = N W (y)X(Ny) dy
n=0 0 0
Pour que les calculs qui suivent soient valables, il faut que toutes les valeurs de
n donnant une valeur non négligeable à P (n) soient
de grands nombres. Ces valeurs
sont situées dans un intervalle de quelques Δn = Nx(1 − x) autour de n̄ = Nx.
Seront donc supposés très grands, non seulement N, mais aussi n̄ et N − n̄. D’où :
Pour que toutes les valeurs de n donnant une probabilité P(n) non négligeable
soient de grands nombres il faut, pour x donné, choisir le nombre N pour que :
Nx(1 − x) 1
À noter que, en physique statistique, cette condition n’est pas très restrictive.
Avec N ∼ 1020 , même si x est très petit, disons 10−10 , n̄ reste encore très grand
(1010 ). Il reste encore assez de place entre 0 et n̄ pour un grand nombre de Δn qui
ne vaut que 105 . Les problèmes n’apparaissent que si x est inférieur à quelques 1/N.
À la valeur n∗ la plus probable de n correspond une valeur y ∗ telle que n∗ = Ny ∗ .
Cette valeur y ∗ rend ln W (y) maximum[7] . Elle doit annuler dy d
ln W , avec :
ln W (y) = ln N! − ln (Ny)! − ln (N − Ny)! + Ny ln x + (N − Ny) ln(1 − x)
La formule de Stirling simplifiée 1.25 n’est pas satisfaisante ici car elle conduit à
P (n∗ ) = 1 et donc à P (n) = 0 pour tout n = n∗ . C’est donc la formule de Stirling
complète 1.24 qu’il faut utiliser. On trouve :
d ln W x y∗ 1 − 2y ∗
=0 ⇒ = exp
dy y=y ∗ 1−x 1 − y∗ 2Ny ∗ (1 − y ∗ )
On résout en exprimant x en fonction de y ∗. Par hypothèse, on a Nx(1 − x) 1,
et par conséquent Ny ∗ (1 − y ∗ ) 1 puisque x et y ∗ sont très proches. On peut
développer l’exponentielle au premier ordre. On trouve :
1 ∗ 1 1 1
∗
x≈ 1− y + ⇒ y ≈ 1+ x− ⇒ n∗ ≈ n̄ + x − 1/2
N 2N N 2N
7
W (y) varie extrêmement rapidement au voisinage de x. Pour éviter les problèmes lors des
dérivations, on travaille avec ln W (y) qui présente des variations plus douces.
18 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
d ln W x − 1/2 x − 1/2
Les calculs donnent : = =N
dy y=x x(1 − x) Δn2
Et pour k > 1 :
ϕ (x)
1 dk ln W ϕk (x) ψk (x) k ψk (x) N k
= + N = +
k! dy k y=x xk (1 − x)k xk−1 (1 − x)k−1 Δnk Δnk−2 Δnk
(x − 1/2)(x2 − x + 1) 1/
2 −x
ϕ3 (x) = ψ3 (x) =
3 3
n − n̄ N(y − x) 1
On pose u = = et on range les termes en puissances de :
Δn Δn Δn
u2 (x − 1/2)(u − u /3)
3
1
ln W (y) = ln √ − + + ...
2πΔn2 2 Δn
Par hypothèse, Δn est très grand (Δn ∼ 1010 ), et on sait que les valeurs signi-
ficatives de n sont telles que u vaut quelques unités. Dans la limite des très grands
nombres, la convergence est extrêmement rapide. Les deux premiers termes suffisent :
1 n − n̄ 2
2
e−u /2 1
W (y) = √ ⇒ P (n) = √ exp −
2πΔn2 2πΔn2 2 Δn
N
N
On peut vérifier qu’on a bien S = P (n) = 1 et σ 2 = (n − n̄)2 P (n) = Δn2 :
n=0 n=0
1 2 +∞
N −1/2 N (y−x)/Δn 1 2 /2
S≈√ e dy ≈ √ e−u du = 1
2πΔn2 0 2π −∞
1 2 +∞
N3 2 −1/2 N (y−x)/Δn Δn2 2 /2
2
σ ≈√ (y − x) e dy ≈ √ u2 e−u du = Δn2
2πΔn2 0 2π −∞
N 1
X(n) = X(n)P (n) ≈ X(Ny)W (y)N dy
n=0 0
W (y) prend des valeurs appréciables dans un intervalle extrêmement petit centré
autour de x. On peut donc sans crainte développer X(Ny), que l’on notera f (y), au
premier ordre :
df
f (y) ≈ f (x) + (y − x) = f (x) + (y − x)f (x)
dy y=x
+∞ +∞
⇒ X(n) ≈ f (x) W (y) N dy + f (x) (y − x)W (y) N dy
−∞ −∞
20 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
p =N
n1 +...+n
Partant de P (n1 . . . np ) = (x1 + . . . + xp )N , on trouve :
n1 ...np
n1 np
que l’on réécrit en fonction de y1 = , . . . , yp = :
N N
p
p
ln W (y1 . . . yp ) = ln P (n1 . . . np ) = ln N yi ! + Nyi ln(xi ) − ln (Nyi )!
i=1 i=1
1.3 Théorie statistique de Gibbs 21
Soit [y]∗ = y1∗ . . . yp∗ le multiplet le plus probable.
p
Ce multiplet doit rendre ln W maximum, sous la contrainte yi = S.
i=1
Tous les ni étant supposés très grands, on applique la formule de Stirling à chaque
ln N(yi ). On trouve :
et une centaine de millions d’années pour l’écrire sur le disque dur de votre PC.
Pour imprimer cette configuration instantanée, il faudrait environ 1020 feuilles A4
en recto-verso : la pile sur le coin de votre bureau aurait une hauteur d’environ une
année-lumière.
On doit donc se tourner vers des méthodes probabilistes : les mesures ne sont
pas sensibles à notre échelle au comportement individuel des particules, mais seule-
ment à des moyennes. Les méthodes probabilistes conduisent habituellement à un
résultat plus ou moins approximatif. Ici, du fait de l’énormité des nombres utilisés,
les prédictions sont certaines, ce qui conduit à une description exacte des propriétés
macroscopiques du système étudié.
Le passage entre le macroscopique et le microscopique n’est pas toujours trivial.
Entre ces deux mondes, le facteur d’échelle est énorme, à tel point qu’il a fallu don-
ner un nom au domaine intermédiaire : le domaine mésoscopique, où se situent, pour
une grandeur extensive donnée, les valeurs à la fois suffisamment petites pour être
inappréciables à l’échelle macroscopique et suffisamment grandes à l’échelle micro-
scopique pour lui appliquer un traitement statistique. Il faut pour s’en convaincre
se rendre compte de l’énormité du nombre d’Avogadro : un millionième de millio-
nième de mole, inappréciable à l’échelle macroscopique, contient environ un million
de millions de molécules, suffisamment pour lui appliquer avec une précision plus
que raisonnable les résultats de la théorie statistique.
À l’échelle microscopique, c’est la mécanique quantique qui régit le comporte-
ment des particules : les états possibles pour un système donné forment un ensemble
discret, dénombrable. Les calculs statistiques se feront au moyen de signes sommes.
Chaque état possible est appelé microétat. Il faut, pour le définir, connaître l’état
individuel de chaque particule (sa position, sa vitesse et son état quantique ”inter-
ne”), c’est-à-dire au moins 6N nombres. Pour faire l’analogie avec le lancer de dés,
considérons les deux expériences suivantes.
– Expérience 1 : on jette 10 000 dés à 6 faces sur une table. Pour décrire le microé-
tat observé, il faut aligner les 10 000 dés dans un ordre prédéterminé (chaque
dé porte une étiquette), et relever la série ordonnée des 10 000 nombres : la
face présentée par le dé 1, la face présentée par le dé 2, etc.
– Expérience 2 : on jette 10 000 fois un seul dé à 6 faces. Pour fabriquer le
microétat de l’expérience 1, on doit ici photographier le dé après chaque lancé
et au final juxtaposer toutes les photos dans l’ordre où elles sont apparues.
L’hypothèse ergodique que nous verrons plus loin consiste à dire ici que les deux
expériences sont équivalentes en termes de nombres d’apparitions de chacune des
faces.
Pour mesurer la probabilité d’apparition de chacune des faces, il n’est nul be-
soin de savoir dans quel ordre les différents résultats sont apparus. Les nombres
d’apparition suffisent. La donnée de ces six nombres définit le macroétat du sys-
tème constitué des 10 000 dés. La connaissance de ce macroétat suffit pour calculer
la valeur moyenne d’une grandeur sur ce système. La précision obtenue dépendra
uniquement du nombre de dés ou de lancers.
L’état macroscopique d’un système physique est défini en thermodynamique par
la donnée de quelques grandeurs extensives (E, V , N, etc). Du point de vue statis-
tique, un système physique est analogue à un dé possédant un très grand nombre de
1.3 Théorie statistique de Gibbs 23
faces, chaque face représentant un microétat possible. Au lieu de lancer 10 000 fois
le dé (expérience 2), on observe le système de façon aléatoire un très grand nombre
de fois au cours d’un certain intervalle de temps Δt. Le macroétat du système est
défini par la donnée du nombre de fois où chacun des microétats est observé.
Cet intervalle de temps Δt nécessaire à la mesure d’une certaine grandeur X,
peut être très court à notre échelle, mais sera toujours extrêmement grand à l’échelle
microscopique. Pour fixer les idées, considérons un système constitué de 1018 par-
ticules. On estime qu’une particule donnée change d’état en moyenne 1012 fois par
seconde. Le système change donc de microétat en moyenne 1030 fois par seconde.
Même en utilisant un capteur ultra perfectionné capable d’effectuer la mesure en une
picoseconde, le système aura changé 1018 fois de microétat pendant la mesure.[8] La
valeur mesurée de X correspond à une valeur moyenne, moyenne faite sur les diffé-
rents microétats observés pendant cette picoseconde.
Mais que sont ces 1018 états par rapport à tous ceux disponibles ? RIEN.
Imaginez que chaque particule est une pièce de monnaie, c’est-à-dire ne disposant
que de deux états individuels.
18
Cela donne pour le système 210 ≈ 10301 029 995 663 981 000 microétats possibles. Le
système est un dé à 10301 029 995 663 981 000 faces ! Le nombre d’états observés pendant
la picoseconde (1018 ) est ridiculement petit par rapport à ce nombre.
Cela voudrait-il dire que le résultat de la mesure est complètement aléatoire ?
Non ! Parce que parmi tous ces états possibles, seuls quelques uns ont une proba-
bilité non négligeable d’apparaître, ceux compatibles quasi exactement avec l’état
thermodynamique du système. C’est du moins ce qui est sous-entendu dans l’énoncé
du principe ergodique.
[9]
De cette analogie découle le principe ergodique (premier postulat) :
La moyenne dans le temps sur une durée Δt d’une variable mécanique d’un système
thermodynamique est égale à la moyenne de cette même variable sur un ensemble
statistique construit à partir du système, dans la limite où Δt et le nombre N de
systèmes constituant l’ensemble statistique sont suffisamment grands.
Pour un système isolé à l’équilibre, tous les microétats accessibles sont équiprobables.
Si Ω est le nombre de micro-états accessibles, la probabilité pour que le système soit
dans un microétat donné vaut Ω1 , quel que soit le microétat considéré.
Le système étudié est le plus général qui soit : toutes les variables extensives
sont libres de fluctuer. Il se trouve dans un bain très grand (capable d’accueillir
N systèmes) fixant la température T , la pression p, et le potentiel chimique μ. Le
contour du système est parfaitement conducteur de chaleur et de matière et permet
les variations de volume.
L’ensemble est constitué de N systèmes séparés par des parois mobiles parfai-
tement perméables à la chaleur et à la matière. Tous les systèmes sont macroscopi-
quement identiques au système de départ : ils ont tous accès aux mêmes microétats.
On place l’ensemble dans le bain, et une fois l’équilibre atteint, on l’isole et on le
retire du bain. On obtient ainsi un super-système isolé, caractérisé par une énergie
totale Et , un volume total Vt et un nombre total de particules Nt .
On photographie à un instant donné le super-système. Celui-ci est dans un
”super-microétat” (j1 , . . . , jN ) donné (système 1 dans le microétat j1 , . . ., système
N dans le microétat jN ). On cherche la probabilité Pj qu’un système choisi au
hasard sur une photo prise au hasard soit dans un microétat j donné.
On calcule dans un premier temps la probabilité d’avoir pris une photo donnée
parmi toutes celles qu’il était possible de prendre, c’est-à-dire toutes celles compa-
tibles avec (Et , Vt , Nt ). Soit Ωt le nombre total de super-microétats (ou de photos)
compatibles avec (Et , Vt , Nt ).
Le super-système étant isolé, on peut lui appliquer le principe d’équiprobabilité :
tous les super-microétats compatibles avec (Et , Vt , Nt ) ont la même probabilité d’être
observés. Si on numérote les photos possibles ω = 1 à Ωt , on a :
1
P (ω) = ∀ ω = 1 à Ωt
Ωt
Dans un deuxième temps, on tire sur une photo ω un système au hasard. Puisque
N est très grand, la probabilité que ce système soit dans un microétat j donné vaut :
nj (ω)
pj (ω) = ∀ ω = 1 à Ωt
N
(nj (ω) est le nombre de systèmes dans l’état j sur la photo ω)
Ωt 1 Ωt
On en déduit : Pj = P (ω) × pj (ω) = nj (ω).
ω=1 N Ωt ω=1
On peut réécrire cette somme en utilisant la notion de distribution. On classe
les Ωt photos et on les range dans différentes ”boîtes”. Chaque boîte contient toutes
les photos se déduisant l’une de l’autre par permutation sur les systèmes. En clair,
toutes les photos d’une boîte donnée possèdent la même liste de nj . Cette liste
(n1 , . . . , nj , . . .), appelée distribution, sera notée [n]. À chaque boîte correspond une
distribution, et à chaque distribution correspond une boîte. On suppose qu’il y a
suffisamment de photos dans chaque boîte pour y faire des moyennes statistiques.
Toutes les distributions [n] = ((n1 , . . . , nj , . . .)) possibles doivent être compatibles
avec (Et , Vt , Nt ) :
(1) nj = N (2) Ej nj = Et = N Ē
j j
(3) Vj nj = Vt = N V̄ (4) Nj nj = Nt = N N̄
j j
26 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
N!
Le nombre de façons d’obtenir la distribution [n] vaut Ω[n] = .
nj !
j
1,2,3,4
Le nombre total de photos est la somme de tous les Ω[n] : Ωt = Ω[n]
[n]
Ωt
1,2,3,4
Le nombre total de systèmes dans le microétat j vaut : nj (ω) = Ω[n] nj
ω=1 [n]
1,2,3,4
Notation : = somme sur les distributions vérifiant (1), (2), (3), (4).
[n]
1,2,3,4
Ω[n] nj
1 [n] N!
Ce qui donne finalement : Pj = avec Ω[n] =
N
1,2,3,4 nj !
Ω[n] j
[n]
On utilise maintenant la méthode du terme maximum : parmi toutes les distribu-
tions [n] possibles, seules quelques unes participent significativement aux sommes en
numérateur et dénominateur. Ces distributions sont réparties autour de la distribu-
tion la plus probable, notée [n∗ ]. La méthode du terme maximum permet d’écrire :
1,2,3,4
Ω[n] nj
1 [n] 1 Ω[n∗ ] n∗j n∗j
Pj = ≈ =
N
1,2,3,4 N Ω[n∗ ] N
Ω[n]
[n]
Cette distribution est celle qui rend ln Ω[n] maximum. C’est un maximum sous
contraintes : la distribution [n∗ ] recherchée doit vérifier les conditions (1), (2), (3),
(4). On introduit donc quatre multiplicateurs de Lagrange α, β, ξ, γ. Les n∗j consti-
tutifs de la distribution [n∗ ] doivent vérifier :
∂
ln Ω[n] − α ni − β Ei ni − ξ Vi ni − γ Ni ni = 0
∂nj i i i i
Cette précaution étant prise, le calcul conduit à : n∗j = N e−α e−βEj e−ξVj e−γNj .
S 1 p μ
En thermodynamique on a : = E+ V − N. On est tenté d’écrire :
k kT kT kT
S
1 p μ
= −α − Pj ln Pj β= ξ= γ=−
k j
kT kT kT
10
La constante de Boltzmann est la valeur de k utilisée en thermodynamique statistique. Son
unité, le J/K, est celle de l’entropie thermodynamique. En théorie de l’information (voir paragraphe
1.4.5), l’entropie statistique est une grandeur sans dimension mais possédant une unité (le bit), et
la valeur k = 1/ ln 2 choisie est telle que, dans le jeu ”pile ou face”, l’entropie statistique prend
la valeur maximale S = 1 bit lorsque les deux événements ”pile” et ”face” sont équiprobables
(S(1/2, 1/2) = −(1/2 ln 1/2 + 1/2 ln 1/2)/ ln 2 = 1), et la valeur S = 0 lorsque l’un des événements est
certain et l’autre impossible (en posant 0 ln 0 = 0, S(0, 1) = −(0 ln 0 + 1 ln 1)/ ln 2 = 0).
1.3 Théorie statistique de Gibbs 29
Remarque sur les sommes sur j : Dans le calcul de I(β, ξ, γ), on peut regrouper
entre eux tous les micro-états j donnant les mêmes valeurs E, V , N à Ej , Vj , Nj .
Si on note ΩEV N le nombre de micro-états j tels que Ej = E, Vj = V , Nj = N, on
obtient la transformée de Laplace de ΩEV N :
I(β, ξ, γ) = e−βEj e−ξVj e−γNj = ΩEV N e−βE e−ξV e−γN (1.26)
EV N j∈JEV N EV N
ZE (ξ, γ) −βE
PE (β, ξ, γ) = e avec ZE (ξ, γ) = ΩEV N e−ξV e−γN
I(β, ξ, γ) VN
ZV (β, γ) −ξV
PV (β, ξ, γ) = e avec ZV (β, γ) = ΩEV N e−βE e−γN
I(β, ξ, γ) EN
ZN (β, ξ) −γN
PN (β, ξ, γ) = e avec ZN (β, ξ) = ΩEV N e−βE e−ξV
I(β, ξ, γ) EV
I(T, p, μ) = e−Ej /kT e−pVj /kT eμNj /kT = ΩEV N e−E/kT e−pV /kT eμN/kT
j EV N
– de mesurer N indépendamment de E :
QN (β, V )e−γN (V )
PN (β, V, γ) = avec QN (β, V ) = ΩEN (V ) e−βE(V )
Z(β, V, γ)
E(V )
S ∂ ln Z ∂ ln Z
= βE + γN + ln Z = −β −γ + ln Z
k ∂β V,γ ∂γ V,β
∂ ln Z ∂ ln Z
E(T, V, μ) = T S + μN − kT ln Z = kT μ +T
∂μ T,V ∂T V,μ
∂ ∂ ∂
Une relation utile : kT =− = λ , avec λ = e−γ = eμ/kT (fugacité).
∂μ ∂γ ∂λ
– de mesurer V indépendamment de E :
QV (β, N)e−ξV (N )
PV (β, ξ, N) = avec QV (β, N) = ΩEV (N) e−βE(N )
Z(β, ξ, N)
E(N )
S ∂ ln Z ∂ ln Z
= βE + ξV + ln Z = −β −ξ + ln Z
k ∂β ξ,N ∂ξ N,β
1.4 Les ensembles statistiques 35
∂ ln Z ∂ ln Z
E(T, p, N) = T S − pV − kT ln Z = kT p +T
∂p T,N ∂T p,N
F (T, V, N) = −kT ln Q(T, V, N) avec Q(T, V, N) = ΩE (V, N)e−E(V,N )/kT
E(V,N )
– de mesurer E :
ΩE (V, N) −βE(V,N )
PE (β, V, N) = e (1.29)
Q(β, V, N)
36 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
∂ ln Q
2
E(T, V, N) = T S − kT ln Q = kT
∂T V,N
Ω
Ω
1 1 1 1
S = −k Pj ln Pj = −k ln = −k Ω × ln = k ln Ω
j=1 j=1
Ω Ω Ω Ω
1.4 Les ensembles statistiques 37
Dans chaque cas, et on montre facilement que c’est valable quel que soit l’en-
semble, la probabilité d’occupation d’un état excité est liée à la variation engendrée
par l’excitation du potentiel thermodynamique caractéristique de l’ensemble statis-
tique utilisé (celui prenant en compte toutes les excitations possibles du système).
Ce formalisme est à la base de nombreux modèles de la physique statistique hors
équilibre dédiés à l’étude de l’évolution des systèmes vers un nouvel état d’équilibre
lorsqu’on modifie les conditions expérimentales.
38 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
Hypothèses de départ :
– la boule est forcément dans une des N boîtes et dans une seule ;
– mon interlocuteur n’a pas vu dans quelle boîte j’ai mis la boule ;
– je ne suis ni menteur ni atteint de la maladie d’Alzheimer.
Il est clair qu’on a plus d’information dans le cas 1 que dans le cas 2, et plus
d’information dans le cas 2 que dans le cas 3.
Dans cet exemple, on constate que la probabilité de trouver la boule augmente
avec la quantité d’information que l’on possède. Pour quantifier l’information, on
introduit une variable I représentant l’information manquante. On en donne ici les
propriétés essentielles. Les N boîtes sont maintenant toutes identiques :
– L’information manquante augmente avec N : N > N ⇒ I(N ) > I(N) (a)
– S’il n’y a qu’une boîte, l’information manquante est nulle : I(1) = 0 (b)
Chacune des N boîtes est maintenant divisée en M compartiments. La question
est : « dans quel compartiment est la boule ? ». Deux manières de la trouver :
– on a en tout M×N compartiments, d’où une information manquante I(M×N) ;
– on cherche d’abord la boîte (information manquante I(N)), puis le comparti-
ment (information manquante I(M)), soit au total I(N) + I(M).
D’où la dernière propriété importante : I(M × N) = I(M) + I(N) (c)
Les trois propriétés (a), (b), (c) ci-dessus sont caractéristiques des fonctions
logarithmiques, ce qui permet d’écrire :
I(N) = K ln N
L’ensemble γ
Le système étudié est maintenant tel que E et V sont constants, alors que le
nombre de particules N est libre de fluctuer. C’est possible avec des particules im-
matérielles (comme les photons) qui ont la faculté d’apparaître ou disparaître à
volonté. La seule variable fluctuante étant N, on notera ΩN (E, V ) le nombre de
façons, pour E et V donnés, de placer N particules dans le système. Partant de
l’ensemble ξ-γ, on trouve :
Q(E, V, γ) = ΩN (E, V )e−γN (E,V ) βH(E, V, γ) = ln Q(E, V, γ)
N (E,V )
∂ ln Q ∂ ln Q ∂ ln Q
avec β = ξ= N =−
∂E V,γ ∂V E,γ ∂γ E,V
Avec la même remarque que précédemment : en fixant γ, on ne fixe pas le po-
tentiel chimique μ, mais uniquement μ/kT . On ne peut donc pas travailler avec la
variable μ.
L’ensemble ξ
Pour que la liste soit complète, il faut ajouter un dernier ensemble (d’aucune
utilité pratique) fabriqué à partir d’un système caractérisé par les variables E, ξ et
N. La seule variable fluctuante étant V , on notera ΩV (E, N) le nombre de façons,
pour E et N donnés, d’observer le volume V . Partant de l’ensemble ξ-γ, on trouve :
Q(E, ξ, N) = ΩV (E, N)e−ξV (E,N ) βΦ(E, ξ, N) = ln Q(E, ξ, N)
V (E,N )
∂ ln Q ∂ ln Q ∂ ln Q
avec β = V =− γ=
∂E ξ,N ∂ξ E,N ∂N E,ξ
40 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
Ensemble microcanonique
S(E, V, N)/k = ln Ω(E, V, N) dS/k = d ln Ω = β dE + ξ dV + γ dN
Ensemble canonique
+βF (β, V, N) = βE − S/k ←→ Q(β, V, N) = Ω(E, V, N) e−βE
E
+βF (β, V, N) = − ln Q(β, V, N) d(+βF ) = d(− ln Q) = +E dβ − ξ dV − γ dN
Ensemble γ
−βH(E, V, γ) = γN − S/k ←→ Q(E, V, γ) = Ω(E, V, N) e−γN
N
−βH(E, V, γ) = − ln Q(E, V, γ) d(−βH) = d(− ln Q) = −β dE − ξ dV + N dγ
Ensemble ξ
−βΦ(E, ξ, N) = ξV − S/k ←→ Q(E, ξ, N) = Ω(E, V, N) e−ξV
V
−βΦ(E, ξ, N) = − ln Q(E, ξ, N) d(−βΦ) = d(− ln Q) = −β dE + V dξ − γ dN
Ensemble grand-canonique
+βΨ(β, V, γ) = βE + γN − S/k ←→ Z(β, V, γ) = Ω(E, V, N) e−βE e−γN
EN
+βΨ(β, V, γ) = γN − (−βF ) ←→ Z(β, V, γ) = Q(β, V, N) e−γN
N
+βΨ(β, V, γ) = βE − (+βH) ←→ Z(β, V, γ) = Q(E, V, γ) e−βE
E
Ensemble T-p
+βG(β, ξ, N) = βE + ξV − S/k ←→ Z(β, ξ, N) = Ω(E, V, N) e−βE e−ξV
EV
+βG(β, ξ, N) = ξV − (−βF ) ←→ Z(β, ξ, N) = Q(β, V, N) e−ξV
V
+βG(β, ξ, N) = βE − (+βΦ) ←→ Z(β, ξ, N) = Q(E, ξ, N) e−βE
E
Ensemble ξ-γ
−βE(E, ξ, γ) = ξV + γN − S/k ←→ Z(E, ξ, γ) = Ω(E, V, N) e−ξV e−γN
VN
−βE(E, ξ, γ) = ξV − (+βH) ←→ Z(E, ξ, γ) = Q(E, V, γ) e−ξV
V
−βE(E, ξ, γ) = γN − (+βΦ) ←→ Z(E, ξ, γ) = Q(E, ξ, N) e−γN
N
Ensemble T-p-μ
+βΘ(β, ξ, γ) = βE + ξV + γN − S/k ↔ I(β, ξ, γ) = Ω(E, V, N) e−βE e−ξV e−γN
EV N
+βΘ(β, ξ, γ) = ξV + γN − (−βF ) ←→ I(β, ξ, γ) = Q(β, V, N) e−ξV e−γN
V
N
+βΘ(β, ξ, γ) = βE + ξV − (+βH) ←→ I(β, ξ, γ) = Q(E, V, γ) e−βE e−ξV
EV
+βΘ(β, ξ, γ) = βE + γN − (+βΦ) ←→ I(β, ξ, γ) = Q(E, ξ, N) e−βE e−γN
EN
+βΘ(β, ξ, γ) = ξV − (−βΨ) ←→ I(β, ξ, γ) = Z(β, V, γ) e−ξV
V
+βΘ(β, ξ, γ) = γN − (−βG) ←→ I(β, ξ, γ) = Z(β, ξ, N) e−γN
N
+βΘ(β, ξ, γ) = βE − (+βE) ←→ I(β, ξ, γ) = Z(E, ξ, γ) e−βE
E
pour certains constituants et fermés pour les autres. On donne ci-dessous les prin-
cipaux ensembles relatifs à un système biconstituant.
L’ensemble T -μ1 est construit à partir d’un système isotherme, ouvert pour le
constituant 1, fermé pour le constituant 2. Soit +βΦ1 (β, V, γ1, N2 ) sa fonction ca-
ractéristique, et Δ1 (β, V, γ1, N2 ) sa fonction de partition :
L’ensemble T -μ2 est construit à partir d’un système isotherme, fermé pour le
constituant 1, ouvert pour le constituant 2. Soit +βΦ2 (β, V, N1, γ2 ) sa fonction ca-
ractéristique, et Δ2 (β, V, N1 , γ2) sa fonction de partition :
Aux huit ensembles précédents (où on remplace la somme sur V par une double
somme sur V et X), il faut ajouter les ensembles construits à partir de systèmes à
V et φ constants et de systèmes à X et ξ constants.
Ci-dessous les ensembles les plus utilisés.
1.5 Le deuxième principe et le troisième principe 43
L’ensemble T -p est construit à partir d’un système isotherme, isobare, avec X fixé.
Soit +βΦV (β, ξ, X, N) sa fonction caractéristique, et ΔV (β, ξ, X, N) sa fonction de
partition :
+βΦV (β, ξ, X, N) = βE + ξV − S/k = − ln ΔV (β, ξ, X, N)
d(+βΦV ) = d(− ln ΔV ) = +E dβ + V dξ − φ dX − γ dN
ΔV (β, ξ, X, N) = Ω(E, V, X, N) e−βE e−ξV
EV
On peut montrer que, quel que soit l’ensemble statistique,√et quelle que soit la
variable X fluctuante, la quantité ΔX/X̄ varie toujours en 1/ N . Les fluctuations
sont si faibles qu’on peut les ignorer. C’est un résultat de la thermodynamique
également : à l’équilibre tous les flux étant nuls, toutes les variables extensives sont
constantes à l’équilibre, même si elles sont autorisées à varier. Un système possède à
l’équilibre une énergie constante même s’il n’est pas isolé, une composition constante
même s’il est ouvert, un volume constant même s’il est expansible, etc. Comme en
thermodynamique où tous les potentiels sont équivalents :
1 1
= −k ln = k ln ΩĒ V̄ N̄ = S(Ē, V̄ , N̄)
j∈JĒV̄ N̄ ΩĒ V̄ N̄ ΩĒ V̄ N̄
rendre accessibles par l’ajout du catalyseur. Dans cet exemple, la cinétique infi-
niment lente tient lieu de ”paroi”, et l’ajout du catalyseur de ”suppression de la
paroi”.
La frontière entre états accessibles et états inaccessibles est assez floue. Si dans
notre premier exemple la paroi laisse passer une molécule par jour, les états liées
à la présence de gaz dans le compartiment vide peuvent être considérés comme
accessibles ou inaccessibles suivant la durée de l’expérience.
En thermodynamique, le deuxième principe s’écrit : « dans un système isolé et en
équilibre sous contraintes, la suppression d’une contrainte entraîne un déplacement
spontané de l’équilibre, accompagné obligatoirement d’un accroissement d’entropie ».
Dans l’équation de Boltzmann S = k ln Ω, Ω est le nombre de micro-états acces-
sibles au système. Lorsqu’on supprime une contrainte interne, Ω (donc S) ne peut
qu’augmenter : les micro-états jusque là accessibles restent accessibles, et un certain
nombre de micro-états jusque là inaccessibles deviennent accessibles. L’équation de
Boltzmann est donc bien en accord avec le deuxième principe.
Autre manière de voir les choses : calculons la probabilité d’un processus spontané
à ΔS < 0. Un gaz parfait de N atomes occupe une enceinte de volume V . Quelle
est la probabilité que, spontanément, tous les atomes se trouvent dans la même
moitié de l’enceinte ? Réponse : (1/2)N . Rien qu’avec N = 100, si vous voulez avoir
une chance de l’observer pendant une picoseconde, il vous faudra attendre . . . 40
milliards d’années. Avec N = 1020 , vous pouvez toujours attendre, ça n’arrivera
JAMAIS.
supprimées. C’est donc, pour les systèmes fermés isothermes isochores, l’état d’éner-
gie libre minimal. Ceci est bien en accord avec la thermodynamique macroscopique.
Exemple. L’état d’énergie minimale pour l’hydrogène est l’état solide : tous les
atomes étant liés entre eux, l’entropie est minimale, ce qui fait qu’on le trouve dans
cet état aux très basses températures. Au fur et à mesure que la température aug-
mente, il passe à l’état liquide, puis à l’état gazeux (molécules H2 ). Si on augmente
encore la température, on assiste à une dissociation des molécules (H2 → H + H),
puis à une ionisation (H → proton+ électron). A chaque étape, il y a augmentation
à la fois de l’énergie et de l’entropie. L’équilibre à chaque température est fixé par
l’équation F = E − T S minimale.
h2
δε = avec h ≈ 6, 626 10−34 J s
2mL2
48 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
C’est extrêmement faible, même à l’échelle microscopique : pour une mole de néon
(masse atomique : m = 3, 32 10−26 kg) dans les conditions habituelles (L3 = 22, 4
litres), on trouve : δε ≈ 10−40 J. Si on tente de réaliser un système parfaitement isolé,
on est amené à le protéger contre un certain nombre de perturbations dues à des
fluctuations de paramètres extérieurs au système. Même en imaginant des conditions
expérimentales très sophistiquées permettant de protéger le système contre toutes
les agressions (parois parfaitement adiabatiques, parfaitement rigides, protections
contre les ondes électromagnétiques, . . .), on ne pourra jamais éliminer les forces
gravitationnelles. Une masse M située à une distance D d’une molécule du gaz
place celle-ci dans un champ de potentiel :
GM m
W =− avec G = 6, 673 10−11 m2 s−2 kg−1
D
Si M est immobile, cette énergie varie en fonction de la position instantanée de
la molécule. D’une paroi à l’autre du récipient, la variation d’énergie vaut :
GM m
ΔW = L
D2
Pour M = 3 kg et D = 1 m, on trouve ΔW ≈ 2 10−36 J, c’est-à-dire environ 20 000
niveaux d’énergie ! ! Cela signifie qu’un chat passant à côté du récipient perturbe de
façon considérable le système, à tel point que celui-ci n’est plus homogène : le champ
de force créé par la présence du chat, même immobile, n’est pas uniforme, et deux
particules situées chacune à une extrémité du récipient n’auront pas accès aux mêmes
états quantiques, ou du moins pas avec les mêmes probabilités.
Un système n’est donc jamais parfaitement isolé à l’échelle microscopique. Il
est soumis à de multiples perturbations incontrôlables, qui ont des effets à la fois
parfaitement négligeables à l’échelle macroscopique et très importants à l’échelle
microscopique. À cause de ces fluctuations aléatoires, un système macroscopique
n’est jamais dans un état quantique pur (exception : condensation de Bose). Son
état macroscopique, même sur un intervalle de temps très court, correspond à un état
moyen, moyenne sur un grand nombre de micro-états. L’ensemble microcanonique
dans lequel on n’envisage qu’un seul niveau d’énergie, n’est pas réaliste. Il n’a sa
raison d’être que dans le cadre de l’approximation du terme maximum.
déviation initiale est causée par la présence du neutron, un calcul grossier donne,
avec les valeurs courantes d ∼ 0, 15 μm et v ∼ 500 m/s (d est la distance parcourue
par la molécule depuis sa dernière collision, et v sa vitesse) :
G M d2
δθ0 ∼ ∼ 10−135 radians
D3v2
C’est à dire trois fois rien. Après collision, la déviation est de l’ordre de :
d
δθ1 ∼ δθ0 ∼ 103 δθ0 (r = rayon de la molécule ∼ 0, 15 nm)
r
Au bout de n collisions, on peut estimer la déviation globale à δθn ∼ 103n δθ0 .
Elle devient de l’ordre de 1 radian au bout de 45 collisions, c’est-à-dire au bout de
13,5 nanosecondes ! ! !
Conclusion : une perturbation, aussi infime soit-elle, provoque un changement
radical de la trajectoire initialement prévue de la molécule, et ce en un temps ex-
trêmement court. Cela prouve la grande instabilité des équations dynamiques. Il est
hors de question de prendre en compte tout ce qui est susceptible de perturber le
système.
Le système est ergodique puisque f¯tps = f¯ens . Cette valeur commune est fonction
de a. On la notera F (a).
Considérons maintenant un système constitué de deux oscillateurs harmoniques
linéaires identiques et indépendants. Si on note a et b leurs amplitudes et ϕ et ψ leurs
phases, la moyenne temporelle de f sur le système est simplement f¯tps = F (a)+F (b).
C’est également ce qu’on obtient en intégrant sur ϕ et ψ. Mais attention, cette
dernière intégration ne donne pas la moyenne d’ensemble. Tous les états compatibles
avec E doivent être équiprobables. Comme E = mω 2 (a2 + b2 )/2, il faut envisager
toutes les valeurs de a et b telles que a2 + b2 = u2 avec u2 = 2E/(mω 2 ). Toutes les
valeurs de a et b telles que a = u cos α et b = u sin α (α ∈ [0, π/2]) conviennent. D’où :
2 π/2
f¯ens = F (u cos α) + F (u sin α) dα = f¯tps
π 0
Sauf cas particuliers, les deux moyennes sont différentes et le système n’est pas
ergodique. Pour le rendre ergodique, il faut autoriser les échanges d’énergie entre les
deux oscillateurs, c’est-à-dire les rendre anharmoniques et non indépendants.
Le deuxième principe de la thermodynamique et le principe d’équiprobabilité
affirment chacun dans ses termes que, au bout d’un temps très court, tous les mi-
croétats compatibles avec l’énergie imposée au système sont équiprobables dans le
temps. Dans un système rigoureusement isolé constitué d’un très grand nombre
d’oscillateurs rigoureusement indépendants, rigoureusement harmoniques, si les os-
cillateurs sont lâchés au même instant en phase et avec la même amplitude, rien en
théorie ne permet aux différents microétats d’apparaître de façon équiprobable. Les
oscillateurs conservent éternellement leur phase et leur amplitude initiales. C’est en
totale contradiction avec le deuxième principe. Ce n’est pas pour autant un échec
du deuxième principe. Aucun système n’est à tel point parfait. Un tel système ne
peut pas exister.
Les calculs montrent que la non ergodicité de ce système n’est pas due à l’harmo-
nicité et l’indépendance des oscillateurs. En rendant les oscillateurs anharmoniques,
les calculs montrent qu’il existe des conditions initiales telles que les phases et les am-
plitudes restent cantonnées au voisinage de leurs valeurs initiales. L’équiprobabilité
n’est donc pas atteinte et le système n’est pas ergodique.
Les perturbations extérieures aléatoires sont donc nécessaires à l’établissement
de l’équilibre. Ce sont elles qui en un temps extrêmement court rendent possible
l’évolution vers l’état d’équilibre. Le système est dit mélangeant. C’est un terme
plus fort qu’ergodique : tout système ergodique est mélangeant. Sans entrer dans
les détails, un système est dit mélangeant s’il évolue spontanément vers son état
d’équilibre quel que soit son état initial et quel que soit le traitement qu’on lui
fait subir pour y parvenir. Le terme vient de l’exemple typique du mélange de deux
liquides. On verse une goutte d’encre à la surface d’un verre d’eau. Au début, l’encre
1.5 Le deuxième principe et le troisième principe 51
est concentrée à l’endroit où on l’a déposée. Même en prenant toutes les précautions
d’isolation possibles, le liquide devient au bout d’un certain temps uniformément
coloré. Le processus est purement physique : la molécule d’encre ne montre aucune
préférence à s’entourer de molécules d’eau. Autrement dit, le processus a lieu même
si les énergies initiale et finale sont rigoureusement identiques.
L’étude du mouvement brownien (marche au hasard) montre que le chemin par-
couru par une molécule subissant des chocs au cours desquels elle change de direction
de façon aléatoire, forme une ”pelote” dont la taille augmente indéfiniment au cours
du temps (dans un volume infini, bien sûr). Le caractère mélangeant de ce système
est naturel : il n’est pas nécessaire d’introduire d’éventuelles perturbations exté-
rieures pour que le phénomène ait lieu. Pour le gaz de sphères dures ou pour le
système d’oscillateurs harmoniques indépendants, le caractère mélangeant est dû à
l’extrême sensibilité du système aux perturbations extérieures. Sans elles, les dif-
férents micro-états compatibles avec l’énergie totale n’apparaîtraient pas de façon
équiprobable dans le temps et le principe ergodique (donc la méthode des ensembles)
ne serait plus valable. En clair, ces deux systèmes ne sont pas ergodiques en théorie,
mais le sont dans la pratique par le biais de leurs réactions ”explosives” aux moindres
perturbations extérieures. Le problème qui se pose est de savoir s’il n’existerait pas
de systèmes non ergodiques dans la pratique. Pour l’instant on n’en connaît aucun,
et on postule qu’il n’en existe pas.
Dernier point : il existe, aussi bien en mécanique classique qu’en mécanique
quantique, des théorèmes en contradiction apparente avec le deuxième principe.
En mécanique classique, c’est le théorème de Poincaré : tout système finit
toujours, si l’on attend suffisamment longtemps, par revenir à un état aussi voisin
que l’on veut de son état initial. Si celui-ci est hors équilibre, ce théorème exclut toute
évolution vers l’équilibre. C’est vrai en théorie, beaucoup moins dans la pratique :
d’après une estimation de Boltzmann, un litre de gaz ordinaire revient à son état
initial au bout de 1010 000 000 000 années. De plus, dans un ensemble statistique, c’est
un grand nombre de systèmes qui sont étudiés. Chacun peut revenir à son état
initial, mais ils n’y reviendront pas tous en même temps. Si à un instant donné,
l’un des systèmes est dans son état initial, cela n’aura aucune influence sur le calcul
des probabilités. Cette éventualité est d’ailleurs permise par la théorie puisque l’état
initial est lui aussi un micro-état accessible au système.
En mécanique quantique, l’évolution d’un système fini est quasi périodique
ou récurrente. Si {. . . Ei . . .} sont les niveaux d’énergie accessibles au système, la
valeur moyenne de toute grandeur physique s’écrit comme une somme discrète de
termes périodiques de fréquences |Ei − Ej |/h (fréquences de Bohr). Le système finit
toujours par revenir à son état initial. Mais pour un système macroscopique, les
niveaux sont si serrés (d’autant plus que le système est toujours soumis à d’innom-
brables perturbations aléatoires) que la somme est quasi infinie. Le temps nécessaire
au retour à l’état initial dépasse largement l’âge de l’univers. Notons qu’ici le pro-
blème est plus complexe car l’évolution récurrente concerne non seulement les états
purs comme en mécanique classique, mais aussi les mélanges statistiques, autrement
dit, non seulement un système particulier de l’ensemble, mais aussi l’ensemble sta-
tistique tout entier. Celui-ci reviendra tôt ou tard à son état initial. Plutôt tard que
tôt . . .
52 CHAPITRE 1. LA THERMODYNAMIQUE STATISTIQUE
Ω (T ) Ω(T ) Ω (T )
ΔS(T ) = S (T ) − S(T ) = k ln − k ln = k ln
Ω (0) Ω(0) Ω(T )
Statistiques quantiques
M!
Pour la distribution {. . . mj . . .}, il y a configurations possibles.
mj !
j
Pour calculer le nombre de complexions Ω(M, E, V, N), on somme sur toutes les
distributions vérifiant les conditions (1), (2), (3), (4) :
(1,2,3,4)
M!
Ω(M, E, V, N) =
mj !
{...mj...} j
1
A est l’aire de la surface et ϕ la tension de surface
2
L est la longueur de la chaîne et τ la tension de ligne
54 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
Cette somme serait calculable s’il n’y avait que la condition (1). On se débarrasse
des conditions gênantes en effectuant des sommations sur E, V , N. La sommation
sur E revient à étendre la sommation sur les distributions (c’est l’approximation
du terme maximum à l’envers). Elle a pour effet de supprimer la condition (2). En
raisonnant de même pour N et V , toute sommation sur E, V , N s’écrit :
(1,2,3,4)
(1,3,4)
(1,4)
(1)
= = = (2.2)
N V E {...mj...} N V {...mj...} N {...mj...} {...mj...}
Maintenant qu’il n’y a plus que la condition (1), la sommation sur les distribu-
tions est calculable :
(1)
(e−βεj e−ξvj e−γnj )mj M
I(M, β, ξ, γ) = M! = i(β, ξ, γ)
j
mj !
{...mj...}
avec i(β, ξ, γ) = e−βεj e−ξvj e−γnj
j
S
= M β ε̄ + ξv̄ + γ n̄ + ln i
k
Le nombre M de sites fait ici office de facteur d’échelle (voir équations 1.12 et 1.20).
Il est en général plus aisé de calculer i(β, ξ, γ), non pas en sommant sur les états
mais en sommant sur les valeurs possibles de ε, v, n[3] . En notant ωεvn le nombre
d’états d’énergie ε(v, n), on peut écrire i(β, ξ, γ) de façon similaire à 1.26 :
i(β, ξ, γ) = ωεvn e−βε e−ξv e−γn
εvn
3
Par convention, les lettres majuscules sont réservées aux caractéristiques du réseau, et les
lettres minuscules aux caractéristiques d’un site.
2.1 Les statistiques de réseaux 55
Bien entendu, s’il y a plusieurs espèces en présence, la somme sur n est à rem-
placer par une somme multiple sur n1 , n2 , . . . De même, s’il est nécessaire d’intro-
duire un couple (X, P ) pour décrire l’état thermodynamique du système, on a, avec
φ = −P/kT :
i(β, ξ, φ, γ1, γ2, . . .) = ωεvxn1 n2 ... e−βε e−ξv e−φx e−γ1 n1 e−γ2 n2 . . .
ε v x n1 n2 ,...
E = E + E V = V + V N = N + N S = S + S
i(β, ξ, γ) = z(β, ξ, n) e−γn avec z(β, ξ, n) = ωεv (n) e−βε e−ξv (2.4)
n εv
i(β, ξ, γ) = q(β, v, n) e−ξv e−γn avec q(β, v, n) = ωε (v, n) e−βε (2.5)
vn ε
La fonction de partition d’un site sera, par transformée de Laplace de ω pour les
variables fluctuantes, fonction des variables fixes et des variables intensives entro-
piques associées aux variables fluctuantes.
M
1
Z(M, β, V, γ) = z(β, v, γ) avec z(β, v, γ) = q(β, v, n) e−γn = 1 + q(β, v) e−γ
n=0
M
M!
−γ M
Z(M, β, V, γ) = 1 + q(β, v) e = q(β, v)N e−γN
N =0
N! (M − N)!
M
Et comme Z(M, β, V, γ) s’écrit Q(M, β, V, N) e−γN , on en déduit :
N =0
M!
Q(M, β, V, N) = q(β, v)N
N! (M − N)!
(1) M = m0 + m1 + m2
(2) E = ε1 m1 + ε2 m2
(3) N = m1 + 2m2
(m0 + m1 + m2 )! M!
Ω(M, E, N) = = −2 E E−N ε
m0 ! m1 ! m2 ! M− N (ε2 −ε1 )−E
! Nεε22−2ε ! ε2 −2ε11 !
ε2 −2ε1 1
Une méthode moins lourde consiste à utiliser les équations (1), (2), (3) pour
effectuer un changement de variables dans l’équation de Gibbs. Dans cette optique,
il est nécessaire d’associer à M une grandeur intensive entropique φ :
dS
= φ dM + β dE + γdN = φ dm0 + (φ + βε1 + γ) dm1 + (φ + βε2 + 2 γ) dm2
k
S (m0 + m1 + m2 )!
avec : (m0 , m1 , m2 ) = ln Ω(m0 , m1 , m2 ) = ln
k m0 ! m1 ! m2 !
∂ ln Ω M ∂ ln Ω M
On en déduit : φ = = ln φ + βε1 + γ = = ln
∂m0 m1 ,m2 m0 ∂m1 m0 ,m2 m1
∂ ln Ω M
et φ + βε2 + 2 γ = = ln
∂m2 m0 ,m1 m2
2.2 Particules identiques et indépendantes 59
1 e−βε1 −γ e−βε2 −2 γ
m0 = M m1 = M m2 = M
z(β, v, γ) z(β, v, γ) z(β, v, γ)
C’est ce que nous ferons dans un premier temps (paragraphe 2.2.1), sachant
qu’il ne faut pas. Ce raisonnement ne tient pas compte de l’indiscernabilité
des particules, propriété fondamentale (décrite au paragraphe 2.2.2) des particules
quantiques.
N
Q(β, V, N) = q(β, V ) ⇒ βF (β, V, N) = N ln q(β, V ) = N βf (β, V )
N
Ei1 ...iN = εi1 + . . . + εiN = εij
j=1
N
Ce niveau est Ωi1 ...iN = ωi1 × . . . × ωiN = ωij fois dégénéré.
j=1
N
Avec e−βEi1 ...iN = e−βεij , la probabilité recherchée vaut (voir éq. 1.29) :
j=1
ωi e−βεi ωi e−βεi
η(εi ) = et n̄(εi ) = N η(εi ) = N
q(β, V ) q(β, V )
Pour calculer les probabilités par état, on divise simplement le résultat trouvé
par ωi . La probabilité qu’une particule donnée soit dans l’un des ωi états d’énergie
εi, et le nombre moyen correspondant s’écrivent :
e−βεi e−βεi
ηi = et n̄i = N ηi = N (2.6)
q(β, V ) q(β, V )
kT 2 CV
Avec N = 1, on obtient : Δε2 = kT 2 cV =
N
ΔE 1 Δε
Ce qui donne, avec E ∼ NkT , CV ∼ Nk, ε̄ ∼ kT : ∼√ et ∼ 1.
E N ε̄
Conclusion :
L’indiscernabilité
Pour expliquer cette propriété, considérons un récipient constitué de deux com-
partiments séparés par une cloison. On place une particule dans chaque comparti-
ment. Les deux particules sont numérotées (1) et (2) en fonction du compartiment
qu’elles occupent. Elles sont alors discernables, c’est-à-dire qu’on sait les recon-
naître à chaque instant. Lorsqu’on supprime la cloison qui sépare les deux comparti-
ments, les deux particules mettent en commun l’ensemble du récipient. Si on replace
la cloison en faisant en sorte de les séparer à nouveau, il est impossible de savoir
laquelle avait reçu le numéro 1, laquelle le numéro 2. Sans la cloison, les particules
sont dites indiscernables.
La situation est différente en mécanique classique : si à l’instant initial les
particules sont numérotées, on peut suivre chacune d’elles le long de sa trajectoire
qui lui est propre. On sait à chaque instant reconnaître une particule en fonction de
sa position et de sa vitesse : que les particules soient identiques ou non, elles sont,
en mécanique classique, discernables.
L’indiscernabilité est une propriété fondamentale des particules quan-
tiques. Le fait qu’on les considère dans certains cas comme discernables vient du
fait que chacune évolue dans une région de l’espace qui lui est propre. Ce n’est pas
par nature mais uniquement pour des raisons géométriques (particules en réseaux
par exemple[4] ). Autrement dit :
Postulat de symétrisation
Pour les particules identiques, il existe un postulat spécifique appelé postulat
de symétrisation. Considérons un système constitué de N particules indiscernables.
Après permutation de deux particules, l’état du système reste inchangé : les deux
vecteurs d’état |ϕ0 et |ϕ1 représentant l’état du système avant et après permutation
sont donc identiques à un facteur multiplicatif près. Les fonctions d’ondes étant
normalisées, ce facteur est un complexe de norme 1 noté eiθ : |ϕ1 = eiθ |ϕ0 . Si on
permute à nouveau les deux particules, on multiplie |ϕ1 par eiθ : |ϕ2 = eiθ |ϕ1 =
e2iθ |ϕ0 . Puisqu’on a retrouvé la situation de départ, |ϕ2 = |ϕ0 et donc :
e2iθ = 1 ⇒ eiθ = ±1
4
si chaque particule est confinée sur un site, avec interdiction de le quitter ; dès qu’on introduit
un site vide permettant aux particules de migrer, celles-ci deviennent alors indiscernables : chacune
a une probabilité non nulle d’occuper chacun des sites du réseau et il devient alors impossible
d’identifier telle ou telle particule.
2.2 Particules identiques et indépendantes 63
Mais ce raisonnement n’est pas rigoureux : rien n’oblige le deuxième eiθ à être
identique au premier. C’est pourquoi on l’énonce en temps que postulat, dit postu-
lat de symétrisation :
Conséquence immédiate pour les fermions : si deux fermions sont dans le même
état, leur permutation laisse inchangée l’état du système (ils sont indiscernables) et
par conséquent son vecteur d’état. Celui-ci ne peut donc pas changer de signe.
Le spin
Le spin est une propriété purement quantique des constituants de la matière.
C’est un moment cinétique intrinsèque de la particule qui, suivant la particule, peut
−
être entier ou demi entier (en unité h ). Le microétat d’une particule est caractérisé
par un état orbital (spatial) et un état de spin : ces deux sous-états seront supposés
−
indépendants (pas d’interaction spin-orbite). Une particule de spin s (en unité h )
possède 2s + 1 états de spin possibles ; il faudra en tenir compte dans le calcul
des probabilités.
Deux cas sont à envisager :
– en l’absence de champ magnétique, tous les états de spin sont équiprobables :
dans les calculs statistiques, il faudra simplement multiplier les fonctions de
partition par 2s + 1 ;
– sous champ magnétique, l’énergie du système dépendra de l’état de spin des
particules qui le constituent (qui dit moment cinétique dit forcément moment
magnétique associé).
L’expérience montre que les particules de spin entier sont des bosons, et que
les particules de spin demi-entier sont des fermions. Électrons, protons et neutrons
sont des fermions (s = 1/2) ; les photons sont des bosons (s = 1). Un corps formé
de plusieurs particules est un boson ou un fermion suivant le nombre de fermions
qui le constituent. L’hélium 3 par exemple est un fermion, alors que l’hélium 4 est
un boson. Ces deux isotopes ont des comportements fondamentalement différents à
basse température.
64 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
– Si les particules étaient discernables, chacune choisirait l’un des ω états in-
dépendamment du choix des autres particules.
Il y a donc ΩD = ω N possibilités.
– Pour les fermions, les seules distributions possibles sont celles où il n’y a qu’un
seul objet par boîte : parmi les ω boîtes, N sont occupées et (ω −N) sont vides.
ω!
Ce qui donne ΩF = possibilités.
N! (ω − N)!
– Pour les bosons, c’est plus compliqué. Si on veut employer la même méthode
que pour les fermions, il faut définir le nombre ω0 de boîtes vides, le nombre
ω1 de boîtes occupées par une particule, le nombre ω2 de boîtes occupées par
2 particules, etc. Les distributions [ωn ] = {ω0 . . . ωn . . . ωN } doivent vérifier :
N
N
(1) ωn = ω (2) n ωn = N
n=0 n=0
(1,2)
ω!
ΩB = est incalculable à cause de la condition (2).
[ωn ] ω0 ! . . . ωn ! . . . ωN !
Mais il existe une autre méthode qui consiste à remplacer les ω boîtes par une
seule découpée en ω compartiments séparés par (ω − 1) cloisons. On passe
d’une configuration à une autre en permutant un des N bosons et une des
(ω − 1) cloisons.
(N + ω − 1)!
On a donc ΩB = possibilités.
N! (ω − 1)!
Résultat important au sujet des nombres d’états possibles :
1 ω! ωN 1 2 N − 1
ΩF = = 1− 1− ······ 1 −
N! (ω − N)! N! ω ω ω
1 (ω + N − 1)! ωN 1 2 N − 1
ΩB = = 1+ 1+ ······ 1 +
N! (ω − 1)! N! ω ω ω
ΩD
Avec ΩD = ω N , on constate qu’on a toujours : ΩF ≤ ≤ ΩB .
N!
2.2 Particules identiques et indépendantes 65
δX (β, V, φ, N)N
− à P constant : ΔX (β, V, φ, N) =
N!
Si les particules sont des bosons, bien qu’il soit possible d’en trouver plusieurs
simultanément dans le même état, ω est tellement grand que cette éventualité est
hautement improbable. Il est donc normal que ΩB tende vers ΩD /N! : toutes les
situations (il y en a N!) se déduisant l’une l’autre par permutation des N particules
représentent le même état.
On peut se demander pourquoi les fermions n’ont pas ce comportement clas-
sique à toute température, puisque deux fermions ne peuvent se trouver dans le
même état. Réponse : même si les fermions sont ”classiquement” indépendants, il
existe entre eux des interactions quantiques : le fait qu’un fermion soit dans un
état donné affecte le comportement des autres dans le sens que l’état qu’il occupe
n’est plus disponible aux autres. Cet effet devient négligeable à haute température,
à cause du nombre extrêmement grand d’états disponibles.
Pour calculer ηi1 par exemple, on somme Pi1 ...iN sur tous les {i2 . . . iN } et on
divise par (N − 1)!. On divise encore par N, car le résultat obtenu est la probabilité
que n’importe quelle particule soit dans l’état i1 . Moyennant quoi, on trouve :
Même résultat que pour les particules discernables. Et donc les deux
premiers résultats tirés de l’expression de n̄j (voir paragraphe 2.2.1) sont encore
valables ici (pas le troisième puisqu’il a été obtenu à basse température).
Un autre résultat intéressant est obtenu lorsque les εj (et donc la fonction q) ne
dépendent pas de N.
N
q(β, V )
Calculons à partir de Q(β, V, N) = la grande fonction de partition :
N!
∞ N
∞ N
q(β, V ) λq(β, V )
Z(β, V, γ) = e−γN = avec λ = e−γ
N =0
N! N =0
N!
Comme q(β, V ) est indépendante de N, Z(β, V, γ) est la série entière d’une fonc-
tion exponentielle : Z(β, V, γ) = eλq(β,V ) ⇒ −βΨ(β, V, γ) = ln Z(β, V, γ) = λq(β, V ).
On en déduit à l’aide de la relation Ψ = E − T S − μN = −pV :
∂ ln Z ∂ ln Z Ψ pV
N =− =λ = λq = ln Z = −βΨ = − = ⇒ pV = NkT
∂γ β,V ∂λ β,V kT kT
2.3 Systèmes de particules indiscernables 67
Le simple fait que les niveaux d’énergie ne dépendent pas de N (autrement dit
les particules se comportent comme si elles étaient seules dans le récipient) suffit à
établir l’équation d’état des gaz parfaits. À retenir donc :
Les nj particules dans l’état j constituent un sous système à un seul niveau (non
dégénéré) d’énergie Ej = nj εj . Sa fonction de partition canonique s’écrit donc :
La condition (1) est gênante. Sans elle, la somme serait factorisable (voir calcul
de Z ci-dessous). On la fait disparaître en sommant sur N, c’est-à-dire en calculant
la grande fonction de partition :
∞
∞
(1)
Z(β, V, γ) = Q(β, V, N) e−γN = qj nj e−γN
N =0 N =0 [n] j
= (λqj )nj = ··· · · · (λq1 )n1 . . . (λqj )nj . . .
[n] j n1 nj
sans
∞
(1)
condition
On a utilisé = et e−γN = exp − γ nj = (e−γ )nj = λnj .
N =0 [n] [n] j j j
5
On raisonne ici sur les états : il n’y a pas de ωj dans les expressions. Si un niveau i est ωi
fois dégénéré, il y aura dans la liste ωi états de même énergie εi . Autre détail important : on ne
restreint pas l’étude aux particules indépendantes (les εi peuvent éventuellement dépendre de N ).
Pour éviter les lourdeurs, toutes les variables ont été retirées des expressions.
68 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
Maintenant qu’il n’y a plus la condition (1), cette multiple somme est factorisable
(dernière écriture : tous les indices muets nj ont été remplacés par l’indice n) :
Z(β, V, γ) = (λq1 )n1 × · · · × (λqj )nj × · · · = (λqj )n
n1 nj j n
Les valeurs possibles de n sont 0 et 1 pour les fermions (jamais deux fermions
dans le même état), et 0 à l’infini pour les bosons :
1
fermions : Z(β, V, γ) = (λqj )n = (1 + λqj )
j n=0 j
∞ 1
bosons : Z(β, V, γ) = (λqj )n = si λqj < 1 ∀j)
j n=0 j 1 − λqj
La condition λqj < 1 ∀j pour les bosons s’écrit aussi μ < εj ∀j. En rangeant
les états par ordre d’énergies croissantes, elle s’écrit : μ < ε1 .
On peut condenser les deux résultats en une seule écriture :
σ qj = e−βεj +1 (fermions)
Z(β, V, γ) = (1 + σλqj ) avec −γ et σ =
λ=e −1 (bosons)
j
Pour calculer le nombre moyen n̄j de particules dans l’état j, on applique l’un des
résultats du paragraphe 1.4.2 à la fonction Zj (β, V, γ) = (1 + σλqj )σ :
∂ ln Zj ∂ ln Zj λqj 1 1
n̄j = − =λ = = 1 = (εj −μ)/kT
∂γ β,V ∂λ β,V 1 + σλqj λqj
+σ e +σ
Ces fonctions de distribution sont à la base des statistiques quantiques :
– celle de Fermi-Dirac pour les fermions (σ = +1),
– celle de Bose-Einstein pour les bosons (σ = −1).
Elles permettent de calculer toutes les propriétés thermodynamiques du sys-
tème :
Z(β, V, γ) = (1 + σλqj )σ ⇒ ln Z(β, V, γ) = σ ln(1 + σλqj )
j j
∂ ln Z 1
N =− = n̄j =
∂γ V,β j j e(εj −μ)/kT +σ
∂ ln Z εj
E=− = n̄j εj = (2.9)
∂β V,γ j j
(ε
e j −μ)/kT +σ
pV = −Ψ = kT ln Z = σkT ln 1 + σ e(μ−εj )/kT
j
1/2
Au zéro absolu, c’est une ”marche” (voir figure 2.1) : elle vaut 1 si ε est inférieure
à μ, et 0 pour les valeurs supérieures (le système choisit son état d’énergie minimale
où les N particules occupent les N états de plus basse énergie, à raison de une par
état). Le potentiel chimique est donc le dernier niveau occupé au zéro absolu. On le
note εF et on l’appelle niveau de Fermi :
μ(T ) − εF
μ(T ) −→ εF et même −→ 0 quand T → 0
kT
(μ tend vers εF ”plus vite” que T vers 0)
Quelle que soit T , la courbe est symétrique par rapport au point (μ, 1/2) :
On en déduit :
μ(T ) − ε1
μ(T ) −→ ε−
1 et même −→ 0 quand T → 0
kT
(μ tend vers ε1 ”plus vite” que T vers 0)
μ(T )
μ(T ) −→ −∞ et même −→ −∞ quand T → +∞
kT
(μ tend vers −∞ ”plus vite” que T vers +∞)
∇ = − ∂B
×E ∇
·B
=0 ∇ = μ0 ε0 ∂ E
×B ∇
·E
=0
∂t ∂t
1 ∂2E 1 ∂2B 1
ΔE
= et ΔB
= avec = μ0 ε0 (2.11)
c2 ∂t2 c2 ∂t2 c2
Les équations 2.11 étant linéaires, la solution générale, qui dépend des conditions
aux limites, est une superposition linéaire de ces solutions élémentaires monochro-
matiques. Si on considère une enceinte vide, supposée cubique, on trouve, par une
démarche similaire à l’établissement de 2.24 plus loin, que les composantes du vec-
teur d’onde doivent être des nombres entiers de 2π/L, L étant l’arête du cube :
k = 2π nx , ny , nz avec nx , ny , nz entiers positifs ou négatifs
L
V 2 V ω2 V ω2
gω (ω) dω = 2 4π k dk = dω ⇒ gω (ω) =
8π 3 π 2 c3 π 2 c3
6
Attention : ici, k n’est pas la constante de Boltzmann.
72 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
− − − h
p = h k et ε = h ω avec h = ≈ 1, 055 10−34 J s
2π
On relie l’énergie d’un photon à celle de l’onde qui lui est associée en disant que
−
cette énergie vaut Nω h ω, où Nω est le nombre de photons de pulsation ω. L’énergie
de l’onde est ainsi quantifiée puisque Nω est un entier positif ou nul.
En utilisant k = ω/c et les équations de Planck−Einstein, on en déduit ε = p c.
Si on compare ce résultat à celui, tout à fait général, donné par la mécanique re-
lativiste (ε2 = p2 c2 + m2 c4 ), on en déduit que le photon est une particule de
masse nulle.
V ω 2 dω V ε2 V ε2
g(ε) dε = gω (ω) dω = = −3
dε ⇒ g(ε) = 3
π 2 c3 π 2 c3 h −
π 2 c3 h
Les photons interagissent avec les parois. C’est ce qui rend possible l’établisse-
ment de l’équilibre thermique avec le thermostat. Pour un système isolé à l’équilibre
thermique, les nombres de photons émis ou absorbés peuvent être différents, à partir
du moment où l’énergie est conservée. C’est un système ouvert, bien que l’enceinte
soit fermée . . . Le fait que le nombre de photons ne soit pas conservé permet de dire
que le potentiel chimique des photons est nul. D’où :
1
Nω = − Distribution de Planck.
eh ω/kT −1
Attention : la situation n’a rien à voir avec celle d’un système ouvert échangeant
des particules avec un réservoir. Lorsqu’on étudie un système ouvert, le nombre
de particules du système fluctue mais le nombre total de particules (système +
réservoir) reste constant. Dans le cas d’un système de photons, le nombre total de
photons n’est pas conservé. Les parois émettent ou absorbent des photons, elles les
créent ou les annihilent.
En conséquence de ce potentiel chimique nul, toutes les grandeurs thermody-
namiques pourront être exprimées uniquement en fonction de T et V . Thermody-
namiquement, il n’y a plus que deux termes dans l’équation fondamentale, ce qui
restreint le nombre de transformées de Legendre possibles. À partir de S/k :
∂S/k ∂S/k
S/k(E, V, N) = βE + ξV β= ξ=
∂E V,N ∂V E,N
− V ω2 1 −
dEω = gω (ω) dω × Nω h ω= dω − h ω
π 2 c3 e h ω/kT −1
− 3
h ω
Ce qui donne la loi de Planck (figure 2.3) : u(ω, T ) = −
π 2 c3 (eh ω/kT − 1)
k3 T 3
um = u(ωm , T ) = 1, 4212 −2
π2 h c3
Aux températures usuelles (lampe à incandescence : 3000 K, arc électrique :
4000 K, surface du soleil : 5500 K, . . .), ωm est dans l’infrarouge. Il atteint le domaine
visible à une température d’environ 6400 K. A noter que le passage de T = 2800 K
(lampe ordinaire) à T = 3200 K (lampe halogène) multiplie l’intensité par un facteur
variant de 2 à 5 dans le domaine visible.
π2 k4
σ= −3 2
= 5, 6705054 10−8 kg s−3 K−4
60 h c
Deux intégrales numériques sont également utiles :
∞ 2 ∞ 3
x dx x dx π4
≈ 2, 404 et =
0 ex − 1 0 ex − 1 15
E
En intégrant par parties en trouve F = Ψ = − , et on en déduit :
3
Ψ E 4σ 4 E−F 4E CV 16σ
p=− = = T et S = = = = V T3
V 3V 3c T 3T 3 3c
La relation pV = E/3 (au lieu de pV = 2E/3, voir équation 3.1) est due au
comportement relativiste des photons.
76 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
Une mise en garde au sujet de ces dernières relations. Elles sont données dans
le seul but de comparer le gaz de photons à un gaz de particules non relativistes.
Le nombre N de photons étant fonction de la température (loi en T 3 ), il ne faut
surtout pas déduire de E = 2, 7012 NkT que E suit une loi linéaire en T . D’ailleurs,
CV n’est pas égal à 2, 7012 Nk.
à chaque instant en équilibre et que l’énergie des photons était distribuée suivant
la loi de Planck du corps noir. L’abaissement de température favorise la forma-
tion d’atomes, d’où une disparition progressive des particules chargées libres et une
interaction de plus en plus faible entre la matière et les photons. Lorsque la tem-
pérature atteignit, selon les calculs, une température d’environ 3000 K, l’Univers
devint transparent aux photons (ce qu’on appelle le découplage du rayonnement et
de la matière). Le rayonnement fossile que nous recevons actuellement provient de
cet instant.
Pourquoi correspond-il à un corps noir porté à 3 K ? C’est la théorie de l’ex-
pansion de l’Univers qui apporte la réponse. Pendant un intervalle de temps
donné, toutes les distances intergalactiques s’accroissent dans les mêmes propor-
tions. Ce qu’il est important de noter, c’est que les longueurs d’onde s’accroissent
également dans les mêmes proportions. On estime que les distances se sont accrues
d’un facteur 1000 depuis l’instant où la température était de 3000 K. Les longueurs
d’onde que nous observons actuellement étaient 1000 fois plus faibles à l’origine, et
les pulsations 1000 fois plus élevées. Le spectre que nous enregistrons actuellement
correspond donc à une température 1000 fois plus faible que la température initiale,
c’est-à-dire environ 3 K.
∞ ∞
n
− −
Calculons la fonction de partition : q(T ) = e−εn /kT = e−h ω/2kT e−h ω/kT
n=0 n=0
− ω/2kT
−h
e 1
La somme sur n est une série géométrique : q(T ) = − = −
1−e−h ω/kT hω
2 sinh 2kT
Cette fonction de partition permet de calculer les propriétés ci-dessous.
78 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
∞ x
On a utilisé n xn = .
n=0 (1 − x)2
Énergie moyenne, capacité thermique :
h
− −
ω eh ω/kT + 1 −
h ω −
h ω ∂ ε̄ h− ω 2
− 2kT
ε̄ = h ω n̄ + 2 =
1/ − = coth c= =k −
2 e h ω/kT −1 2 2kT ∂T sinh h ω
2kT
−
Ci-dessous les principaux résultats (on a posé u = h ω/2kT ) :
−
h ω u2 ε̄ − f
ε̄ = coth u ca = k f = kT ln (2 sinh u) s=
2 sinh2 u T
−
1 h ω 1 u 2a sinh2 u
τ= coth u α= χ= −
a 2 T sinh(2u) − u h ω sinh(2u) − u
−
A haute température (kT h ω), on obtient au premier ordre des résultats
tout-à-fait corrects :
kT
ε̄ kT 1 + 13 u2 c k 1 − 13 u2 τ 1 + 13 u2
a
1 a 1
α 1 − 43 u2 χ 1 − u2 1 − 23 u2
T kT τ
dωE da 1 dv
=− =−
ωE a 3 v
1
Q(T, V, N) = q(T, v)3N avec V = N v et q(T, v) = −
2 sinh h ω2kT
E (v)
Les résultats qui suivent ont été trouvés selon la démarche du paragraphe précé-
dent. A quelques nuances près (facteur d’échelle 3N, changement de variable a → v),
−
ils sont tout à fait similaires. On a posé u = h ωE /2kT :
−
h ωE u2 E −F
E = 3N coth u CV = 3Nk F = 3NkT ln (2 sinh u) S=
2 sinh2 u T
−
1 h ωE 1 3u 6v sinh2 u
p= coth u α= χ= −
v 2 T 2 sinh(2u) − u h ωE 2 sinh(2u) − u
∂U
βjN 3
M ẍαi = Fαi =− = Kαi xβj (α = 1 à N et i = 1 à 3) (2.15)
∂xαi β=1 j=1
3
βj
M ẍαi = Kαi (xβj − xαj ) (α = 1 à N et i = 1 à 3) (2.17)
β=α j=1
1
β 2 1
β β 2
N N
U= C δ = C e · (rβ − rα ) (2.18)
4 α=1 β=α α αβ 4 α=1 β=α α α
Le facteur 1/4 au lieu de 1/2 vient du fait que dans la somme chaque couple (α, β)
a été compté deux fois. Les équations du mouvement de ce système s’écrivent :
3
M ẍαi = Cαβ eβαi eβαj (xβj − xαj ) (α = 1 à N et i = 1 à 3) (2.19)
β=α j=1
Comparant 2.19 à 2.17, on en déduit que les deux systèmes sont équivalents si
βj
on a Kαi = Cαβ eβαi eβαj , les eβαj étant les cosinus directeurs de la ligne du ressort ”αβ”.
3
2
ω ui − Δij (k) uj = 0 (2.20)
j=1
1
βj ik·R αβ 1
βj
N
avec Δij (k) = − Kαi e = Kαi 1 − eik·Rαβ (2.21)
M M
β=1 β=α
– Les Δij (k) sont tripériodiques. En utilisant 2.13, on peut écrire R αβ sous la
forme a(n1e1 + n2e2 + n3e3 ). On en déduit (n1 , n2 , n3 , m1 , m2 , m3 , sont des
entiers) :
Pour trouver les vecteurs k possibles, on utilise les conditions aux limites. Il nous
faut N vecteurs k, de façon à ce que le nombre de pulsations propres soit égal au
nombre de degrés de liberté du système, c’est-à-dire 3N.
Les conditions aux limites dépendent de la forme de l’échantillon. Cette forme est
arbitraire : on étudie le système pour ses propriétés macroscopiques et celles-ci sont
indépendantes de la forme de l’échantillon. Usuellement, on utilise les conditions
aux limites périodiques : on choisit un échantillon cubique de côté L = n a (avec
n3 = N), et on exige que L soit un nombre (positif ou négatif) de longueurs d’onde
λ = 2π/k de façon à ce que l’onde traverse l’échantillon sans variation d’énergie (le
système est supposé isolé). Cette condition s’écrit :
k = 2π m1 , m2 , m3 avec m1 , m2 , m3 entiers relatifs (2.24)
na
84 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
n−1 n−1
− ≤ m1 , m2 , m3 ≤ + (2.25)
2 2
On a bien n valeurs possibles pour chacune des composantes, et donc au total
N = n3 vecteurs k possibles. On dispose donc maintenant, non pas de 3N, mais
de 6N solutions particulières de l’équation du mouvement 2.15. En effet, remplacer
e−iω (k)t par e+iω (k)t ne change rien dans tous les calculs qui précèdent :
rα (k) = u (k) eik·Rα e−iω (k)t et r α
(k) = u (k) eik·Rα e+iω (k)t
( = 1 à 3 et k définis par 2.24 et 2.25)
Solutions générales
On fabrique la solution générale par combinaisons linéaires réelles des solutions
particulières. Soient Λ (k) et Λ (k) les coefficients de ces combinaisons linéaires :
(2.24)
(2.24)
rα = Λ (k) rα (k) + Λ (k) r α
(k)
k∈ZdB k∈ZdB
Les sommes sur k portent sur les vecteurs vérifiant 2.24 et pointant dans la
zone de Brillouin (équation 2.25). Parmi ces 6N termes, 3N sont redondants. Pour
trouver 3N termes indépendants donnant une somme réelle, on doit découper la
zone de Brillouin en deux demi-zones Z1 et Z2 , avec : ∀ k ∈ Z1 , −k ∈ Z2 .
La première sommation sur k s’effectue sur Z1 , et la deuxième sur Z2 :
(2.24)
(2.24)
rα = Λ (k) e−iω (k)t u (k) eik·Rα + Λ (k) e+iω (k)t u (k) eik·Rα
k∈ Z1 k∈ Z2
⎧ √
⎨ q (k, t) = NM Λ (k) e−iω (k)t ∀ k ∈ Z1
Et on pose :
⎩ √
q (k, t) = NM Λ (k) e+iω (k)t ∀ k ∈ Z2
avec Λ (−k) = Λ∗ (k) pour que rα (t) soit réel.
En résumé, on pose :
1
rα (t) = √ q (k, t) u (k) eik·Rα avec q (−k, t) = q∗ (k, t)
NM k∈ZdB
et u (−k) = u (k) ω (−k) = ω (k) u (k) · u (k) = δ
Énergie cinétique
M
2 M
1
N 3 N 3
1
T= ẋ = √ qk uik eik·Rα √ q k ui k eik ·Rα
2 α=1 i=1 αi 2 α=1 i=1 NM NM
k k
1
3 N
T = q̇k q̇ k uik ui k ei(k+k )·Rα
2N k i=1 α=1
k
1
1
1
3
∗
T = q̇k q̇ k̄ uik ui k̄ = q̇k q̇k̄ = q̇k q̇k
2 i=1
2 2
k k k
Énergie potentielle
On repart de l’équation initiale 2.14 :
! ẋ =
√1 qk uik eik·Rα
1
N 3 N 3 αi
βj NM
k
U =− Kαi xαi xβj avec
2 α=1 i=1 β=1 j=1
ẋβj = √1 q k ujk eik ·Rβ
NM
k
α + k · R
En remarquant que k · R β = (k + k ) · R
α + k · (R
β − R
α) :
1
3 N 3 N
i(k+k )·R
α βj ik ·R
αβ
U =− qk q k uik e ujk Kαi e
2NM k i=1 α=1 j=1 β=1
k
1
3 N 3
i(k+k )·R
α
U= qk q k uik e Δijk ujk
2N k k i=1 α=1 j=1
1
2
3 N
U= ω k qk q k uik ui k ei(k+k )·Rα
2N k i=1 α=1
k
1
2
1
2 1
2
3
∗
U= ω k̄ qk q k̄ uik ui k̄ = ωk qk qk̄ = ωk qk qk
2 k i=1
2 k
2 k
86 CHAPITRE 2. STATISTIQUES QUANTIQUES
1
∗ 2 ∗
1
2
L=T −U = q̇k q̇k − ωk qk qk = q̇k q̇k̄ − ωk qk qk̄
2 k 2 k
∂L ∗ ∂L
pk = = q̇k̄ = q̇k et pk̄ = = q̇k = p∗k
∂ q̇k ∂ q̇k̄
1
1
H =T +U = pk p∗k + ωk 2 ∗
qk qk = 2
pk pk̄ + ωk qk qk̄
2 k 2 k
d ∂L ∂L 2
− =0 ⇒ q̈k + ωk qk = 0
dt ∂ q̇k̄ ∂qk̄
Il est clair que chacun des 3N oscillateurs n’est plus localisé sur un atome par-
ticulier du cristal. Ce sont des oscillations collectives, délocalisées, qui concernent le
cristal entier. Le système est maintenant équivalent à un gaz parfait de phonons.
Avant d’étudier le système en fonction de la température, répertorions les pro-
priétés utiles de la loi de dispersion ωk = ω (k) :
– Elle est constituée de trois branches dites acoustiques (ω (0) = 0). Pour un
système plus quelconque que celui que nous avons étudié (maille non cubique,
na atomes par maille), la loi de dispersion comporte 3na branches, dont 3
branches acoustiques et 3na − 3 branches dites optiques (ω (0) = 0).
– Au voisinage de l’origine (grandes longueurs d’onde), les trois branches acous-
tiques sont linéaires ; la pente v = dω /dk dans une direction ek = k/k donnée
est par définition la vitesse de groupe de l’onde dans cette direction (c’est la
vitesse du son). De plus, si pour chaque ω (k) on calcule le jeu de déplacements
instantanés des atomes, on constate qu’à l’une des trois branches acoustiques
sont associés des déplacements longitudinaux (parallèles à k) et qu’aux deux
autres sont associés des déplacements transverses (perpendiculaires à k).
Dans un réseau cubique (optiquement isotrope), les ω (k) ne dépendent que
du module de k : chaque vitesse v ( = 1 à 3) est indépendante de la direction
ek . Toujours pour des raisons d’isotropie, les deux branches transverses sont
identiques.
2.5 L’oscillateur harmonique et le gaz de phonons 87
– Les vecteurs k significatifs pointent dans la zone de Brillouin ; c’est une portion
de l’espace réciproque (l’espace où l’on représente les vecteurs k) qui, pour un
réseau cubique simple, a la forme d’un cube d’arête 2π/a centré sur l’origine.
Chaque extrémité de vecteurs k y occupe un élément de volume 8π 3 /V , N fois
plus petit que celui de la zone de Brillouin. Ainsi, l’ensemble des vecteurs k
possibles pourra être considéré comme continu, autrement dit on pourra le cas
échéant remplacer les signes sommes par des intégrales.
A haute température (kB T tous les ωk ), on peut dans 2.26 développer
l’exponentielle au deuxième ordre. On trouve :
1 1 1 x 1
kB T
−
+ = coth ≈ ⇒ E ≈ h ωk − = 3NkB T et CV ≈ 3NkB
e −1 2
x 2 2 x k
h ω k
Si le cristal est plus quelconque (na atomes par maille), ces résultats sont à mul-
tiplier par na . Dans tous les cas, la capacité thermique est bien trouvée constante à
haute température : c’est kB multiplié par le nombre de degrés de liberté du système.
Ceci n’est pas valable sur toute la zone de Brillouin, mais on considère qu’à
température suffisamment basse la fonction sommée prend des valeurs négli-
geables au delà du domaine où les trois branches acoustiques sont linéaires.
Mieux encore : on peut se permettre de sommer sur tous les vecteurs k de
l’espace réciproque, et ainsi d’intégrer de 0 à +∞ (voir ci-dessous).
∞
V
– Approximation du continuum : on remplace par 4πk 2 dk.
8π 3 0
k∈ZdB
−
Ce qui donne finalement, en posant u = h v k/kB T
3
V
∞ 4πh V (kB T )4
1 ∞ u3du
− 3
v k 3 dk
E − E0 ≈ 3 = 2 −3
8π =1 0 e−h v k/kB T − 1 2π h v3
=1 0
eu − 1
1
1 1 1 2
3
π 2 (kB T )4 1
E − E0 ≈ V −3 avec = = +
10 h ṽ 3 ṽ 3 3 =1 v3 3 vL3 vT3
4 3 8π 3 (6π 2 )1/3
πkD = 3 ⇒ kD =
3 a a
Autre approximation grossière : on suppose toujours la linéarité et l’isotropie des
trois branches, bien que ce ne soit pas justifié pour les grandes valeurs de k.
kD
V
Moyennant quoi, on écrit maintenant : ≈ 3 4πk 2 dk
8π 0
k∈ZdB
Et E − E0 devient (θD est la température de Debye pour la branche ) :
D
V (kB T )4
1 θ /T u3 du
3
E − E0 ≈ 2 − 3 avec kB θD = h
− D −
ω = h v kD
2π h v3
=1 0
eu − 1
y
15 1 u3 du
On peut réécrire E − E0 en utilisant la fonction f (y) = 4 3 :
π y 0 eu − 1
π2 3
3
3π 4 1
3
E − E0 ≈ V kD kB T f (θD /T ) = NkB T × f (θD /T )
30 =1
5 3 =1
1
3
3π 4
f (θD /T ) = f (θD /T ) ⇒ E − E0 ≈ NkB T f (θD /T )
3 =1 5
1
2
Il faut ici distinguer deux domaines bien distincts : l’état gazeux d’une part, les
milieux denses (liquides ou solides) d’autre part. Dans ce document, seuls les gaz
sont abordés. Au sujet des milieux denses on dira simplement que les densités varient
entre 1027 et 1030 (distance entre deux particules : d ≈ ρ−1/3 ∼ 0,1 à 1 nm).
La densité ρ de l’air habituel (p = 0, 1 MPa, T = 293 K) est d’environ 1025 , ce
qui donne d ∼ 5 nm. En laboratoire ou dans l’industrie, il existe pour les basses
pressions une classification liée à la méthode d’obtention.
Les vides moyens ou primaires (p ∼ 0, 1 à 100 Pa, ρ ∼ 1019 à 1022 , d ∼ 50
à 500 nm) sont obtenus au moyen de pompes volumétriques (pompes à palettes
mobiles, pompes à bec, ...) qui évacuent le gaz dans l’atmosphère.
Les vides poussés ou secondaires (p ∼ 10 μPa à 0,1 Pa, ρ ∼ 1016 à 1019 , d ∼
0, 5 à 5 μm) sont obtenus au moyen de pompes cinétiques (pompes à diffusion d’huile,
pompes turbomoléculaires, ...) qui évacuent le gaz dans une enceinte elle-même
vidée par une pompe primaire. Pour atteindre les 10 μPa, on équipe une pompe
turbomoléculaire d’une pompe dite fermée : le gaz résiduel est fixé par physisorption
(adsorption réversible) sur du charbon actif ou une zéolite. Pour que l’adsorption
soit suffisante, on doit travailler en dessous de 20 K.
Pour atteindre l’ultravide (p ∼ 1 nPa à 10 μPa, ρ ∼ 1012 à 1016 , d ∼ 5 à
100 μm), la chimisorption (adsorption irréversible) sur du titane est nécessaire.
La plus performante de ces pompes (la pompe ionique de Penning) permet d’at-
teindre le vide extrême (p ∼ 1 pPa à 10 nPa, ρ ∼ 109 à 1012 , d ∼ 0, 1 à 1 mm).
Remarque. Le milieu intersidéral n’est pas vide. Il est principalement constitué
d’hydrogène et d’hélium. Il n’est pas homogène non plus. Suivant les régions, la
température varie de 10 à 100 K. La densité des régions les plus froides est d’environ
1015 (d ∼ 10 μm, p ∼ 0, 1 μPa). Celle des régions les plus chaudes bat tous les
records : ρ ∼ 108 (d ∼ 2 mm, p ∼ 0, 1 pPa).
3.2 Particule libre dans une boîte cubique 93
h2
ε n1 = n2 avec n1 entier positif ou négatif
2mL2 1
De même, si elle est confinée sur un carré d’aire A = L2 , les niveaux d’énergie
sont définis par deux nombres entiers :
h2
ε n1 n2 = (n2 + n22 ) avec n1 et n2 entiers positifs ou négatifs
2mL2 1
Et enfin, si le récipient est cubique (V = L3 ), trois nombres entiers sont néces-
saires :
h2
ε n1 n2 n3 = (n2 + n22 + n32 ) avec n1 n2 et n3 entiers positifs ou négatifs
2mL2 1
La fonction de partition canonique est, si on ne tient pas compte du spin, celle
d’une particule à 1, 2 ou 3 degrés de liberté indépendants :
+∞
2 n2 /(2mL2 )
q(β, L) = e−β h sur un segment
n=−∞
+∞
2
2 n2 /(2mA)
q(β, A) = e−β h sur un carré
n=−∞
+∞
3
2 n2 /(2mV 2/3 )
q(β, V ) = e−β h dans un cube
n=−∞
1
h ≈ 6, 626 10−34 J s est la constante de Planck.
94 CHAPITRE 3. GAZ PARFAIT DE MASSES PONCTUELLES
n εn
ωj f (εj ) ≈ g(ε) f (ε) dε
j=1 ε1
La fonction g est par définition la densité d’états : g(ε) dε est le nombre d’états
d’énergie comprise entre ε et ε + dε. Pour calculer g(ε), on calcule d’abord G(ε),
nombre d’états d’énergie inférieure à ε. Ensuite, on écrit :
dG dG
g(ε) dε = G(ε + dε) − G(ε) = dε ⇒ g(ε) =
dε dε
Pour les gaz parfaits tridimensionnels, G(ε) est le nombre d’états dont le
vecteur n de composantes (n1 , n2 , n3 ) pointe à l’intérieur de la sphère de rayon et
de volume :
2m V 2/3 ε ∗ 4 2mV 2/3 ε 3/2
n= et V = π
h2 3 h2
Chaque état y occupe un volume δV ∗ = 1. En tenant compte du spin, on trouve :
Pour les gaz parfaits bidimensionnels, G(ε) est le nombre d’états dont le
vecteur n de composantes (n1 , n2 ) pointe à l’intérieur du cercle de rayon et d’aire :
2m A ε 2m A
n= et A∗ = π ε
h2 h2
A∗ 2m ε 2m
G(ε) = (2s + 1) = (2s + 1) π A ⇒ g(ε) = (2s + 1) πA
δA∗ h2 h2
Pour les gaz parfaits unidimensionnels, G(ε) est le nombre d’états dont le
vecteur n de composante (n1 ) pointe à l’intérieur du segment de longueur :
2m L2 ε 2m L2 ε 2m L2 ε
L∗ = 2 puisque − ≤ n1 ≤ +
h2 h2 h2
E
Et donc pV = quelle que soit la statistique. Pour un gaz parfait :
α+1
tridimensionnel bidimensionnel unidimensionnel
2 (3.1)
α = 1/2 : pV = E α = 0 : ϕA = E α = −1/2 : τ L = 2 E
3
Pour les systèmes bi- et uni-dimensionnels, pV doit être remplacé respectivement
par ϕA et τ L, où ϕ est la pression ou tension de surface et τ la tension de ligne.
2m 3/2 √
Les équations de base deviennent, avec g(ε) = (2s + 1) 2πV h2
ε:
2m 3/2 ∞ √
N = (2s + 1) 2π V 2
λ ε e−ε/kT dε
h 0
3 2m 3/2 ∞
E = pV = (2s + 1) 2π V λ ε3/2 e−ε/kT dε
2 h2 0
" ∞ On
√ calcule le √potentiel chimique μ à partir de l’expression de N. Sachant que
0
ue du = 2π , on trouve, en posant ρ = NV :
−u
ρ Λ3 h
λ = e−γ = eμ/kT = avec Λ(T ) = √
2s + 1 2π m kT
Λ(T ) est la longueur d’onde thermique de de Broglie. C’est une longueur
caractéristique du gaz, qui dépend de T et de la masse des particules. La fugacité
λ permet de déterminer les conditions de validité du modèle. C’est une grandeur
sans dimension qui définit entièrement le gaz (la masse et le spin d’une particule et
la densité et la température du gaz).
On remplace maintenant λ dans l’énergie interne.
"∞ √
3 π
Sachant 0
u3/2 e−u du = 4
, on trouve :
3 3
E= NkT p V = NkT CV = Nk
2 2
Loi de Boyle-Mariotte Loi de Dulong et Petit
Ce sont les résultats classiques. On les appelle ainsi car on peut les obtenir à
partir de la mécanique classique, sans utilisation de la théorie quantique. On remar-
quera d’ailleurs l’absence de la constante de Planck et du spin dans les équations.
Par contre, les résultats qui suivent ne peuvent être obtenus sans un minimum de
concepts quantiques. On y trouve d’ailleurs la constante de Planck (dans Λ3 (T )) et
le spin :
ρ Λ3 (T ) 5 ρ Λ3 (T )
μ = kT ln S = Nk − ln
2s + 1 2 2s + 1
Formule de Sackur-Tetrode
Outre pV = 2 E/3 et μ = kT ln λ, on a utilisé les relations générales :
∂E ∂F
CV = F = E − T S = −pV + Nμ S=−
∂T V,N ∂T V,N
pΛ3 (T ) p p0 Λ3 (T )
μ(T, p) = kT ln = μ0T + kT ln avec μ0T = kT ln
(2s + 1)kT p0 (2s + 1)kT
ρ2/3
λ1 ⇒ ρ 1027 A3/2 T 3/2 ou T 3 × 10−18 (3.2)
A
Dans les conditions habituelles de densité (ρ ∼ 1021 à 1027 atomes/m3 ), le modèle
est parfaitement correct jusqu’à des températures de l’ordre du Kelvin. Pour les
atomes et molécules, on peut donc utiliser le modèle classique quelles que soient les
conditions.[2]
∞ 2m 3/2 ∞√
−ε/kT (2s + 1) V
g(ε) e dε = (2s + 1) 2π V ε e−ε/kT dε = = q(T, V )
0 h2 0 Λ3 (T )
2
L’hélium à très basse température est une exception (voir chapitre 5).
98 CHAPITRE 3. GAZ PARFAIT DE MASSES PONCTUELLES
On en déduit facilement :
3 3
E= (N1 + N2 ) kT pV = (N1 + N2 ) kT CV = (N1 + N2 ) k
2 2
5 (2s1 + 1) V (2s2 + 1) V
S= (N1 + N2 ) k − N1 k ln 3
− N2 k ln
2 N1 Λ1 N2 Λ32
(2s1 + 1) V (2s2 + 1) V
μ1 = −kT ln μ2 = −kT ln
N1 Λ31 N2 Λ32
Le paradoxe de Gibbs est à l’origine de la notion d’indiscernabilité dont dé-
coule toute la théorie quantique. Les physiciens du XIXe siècle ont développé la
mécanique statistique sur des concepts classiques, c’est-à-dire en considérant les
particules comme discernables. Dans ce contexte, ils arrivèrent au résultat (à cette
époque, le spin était inconnu) :
V
Q(T, V, N) = q(T, V )N avec q(T, V ) =
Λ3 (T )
Ils en déduisirent : 3 V
S(T, V, N) = Nk − ln 3
2 Λ
3.4 Éléments de théorie cinétique des gaz parfaits 99
À noter que cette distribution est valable pour tout fluide, que ce soit un gaz
parfait, un gaz réel ou un liquide (seules contraintes : homogénéité et isotropie du
milieu).
Pour les calculs, on écrira :
2 2
4π v 2 e−v /2σ kT
W (v) = avec σ =
(2π σ )
2 3/2 m
∗
√ 2 kT
Le graphe de W (v) présente un maximum en v = σ 2= .
m
Cette valeur la plus probable diffère de la valeur moyenne :
∞
J3 (σ) 8 8 kT
v̄ = v W (v) dv = =σ = (3.5)
0 J2 (σ) π πm
W (v1 , v2 , v3 ) dv1 dv2 dv3 est la fraction de particules dont les trois composantes
cartésiennes de vitesse sont respectivement comprises entre v1 et v1 + dv1 , v2 et
v2 + dv2 , v3 et v3 + dv3 . Avec v 2 = v12 + v22 + v32 , on obtient :
2 2 2 2 2 2
e−v1 /2σ dv1 e−v2 /2σ dv2 e−v3 /2σ dv3
W (v1 , v2 , v3 ) dv1 dv2 dv3 = √ × √ × √
σ 2π σ 2π σ 2π
102 CHAPITRE 3. GAZ PARFAIT DE MASSES PONCTUELLES
W (vi ) dvi est la probabilité que la ième composante de vitesse ait une valeur com-
prise entre vi et vi + dvi indépendamment des valeurs des deux autres composantes.
2 kT kT
On en déduit facilement : v̄i = 0 |vi | = vi2 =
πm m
Le gaz parfait bidimensionnel se rencontre très souvent dans les modèles.
On donne ci-dessous les différents résultats relatifs à de tels systèmes.
1 −ε/kT kT
W (ε) = e ε̄ = kT ε2 = 2 (kT )2 Δε = kT σ = (3.7)
kT m
2
e−v /2σ
2
W (v) = 2π v v∗ = σ v̄ = σ π/
2 v2 = 2 σ2 Δv = σ 2 − π/2
2π σ 2
2 2
e−vi /2σ σ
W (vi ) = √ v̄i = 0 |vi | = √ vi2 = σ 2 Δvi = σ (i = 1 et 2)
σ 2π 2π
Il existe différentes méthodes expérimentales de mesure de la distribution de
vitesses des molécules d’un gaz. On peut étudier l’effet Doppler sur les raies spec-
trales émises par les molécules (la fréquence du rayonnement émis par une molécule
est fonction de sa vitesse), ou étudier le phénomène d’effusion (on perce un trou
dans la paroi d’un récipient, et on compte en fonction du temps les molécules qui
s’échappent en fonction de leur vitesse).
Ce qui a définitivement validé la théorie cinétique des gaz, c’est le calcul qui suit
de la pression cinétique. Pour les gaz parfaits, cette pression cinétique est égale à la
pression thermodynamique du système.[ 3]
δ P = −m (v − v ) = 2 m vz n
ΔP Fz F · n
F = et p = =
Δt ΔS ΔS
On raisonne donc d’abord sur toutes les molécules possédant la vitesse v . A un
instant t donné, celles qui vont frapper ΔS entre t et t+Δt ont une distance inférieure
à v Δt à parcourir avant le choc. Elles sont donc contenues dans le cylindre oblique de
base ΔS, de longueur v Δt, et de génératrice parallèle à v . Si θ est l’angle entre v et
n, le volume de ce cylindre vaut ΔV = v Δt ΔS cos θ. Le nombre total de particules
contenues dans ΔV est ΔN = N ΔV /V . Parmi elles, ΔN × W (v ) d3 v possèdent un
vecteur vitesse dont l’extrémité est dans l’élément d3 v = v 2 dv sin θ dθ dϕ autour de
celle de v . Elles transfèrent à ΔS pendant Δt une impulsion N ΔV W (v) d3 v δ P /V ,
c’est-à-dire :
N m 3/2 −m v2 /2kT
v Δt ΔS cos θ × e × v 2 dv sin θ dθ dϕ × 2m v cos θ n
V 2π kT
On intègre sur θ de 0 à π/2, sur ϕ de 0 à 2π, et sur v de 0 à + ∞ :
2m N Δt ΔS m 3/2 2π π/2 +∞
2
2
ΔP = n dϕ cos θ sin θ dθ e−m v /2kT v 4 dv
V 2π kT 0 0 0
N+ ! N− ! 2
! 2
!
Un calcul simple utilisant 1.21 donne la valeur moyenne de n et son écart type :
n̄ = N δP et = Δn = N (1 − δP ) avec δP = P+ − P−
Profil de concentration
L’objectif maintenant est de relier ces résultats statistiques aux grandeurs ma-
croscopiques mesurables (concentration, flux de matière, coefficient de diffusion).
Les objets sont des particules indépendantes, c’est-à-dire sans interactions mu-
tuelles, mais aussi libres de tout mouvement, sans gêne mutuelle. On peut imaginer
par exemple un faisceau de M droites toutes parallèles à Ox, les M origines étant
placées sur le même front (plan perpendiculaire à Ox). À l’instant t = 0, on place les
M objets sur les M origines. Chaque particule est autorisée à se déplacer uniquement
sur sa propre droite.
On introduit ensuite x et t dans les équations en remplaçant n par x/ et N par
t/τ (1/τ est pour une particule donnée la fréquence moyenne de sauts).
Chaque front occupe un volume × ΔS, où ΔS est la section du cylindre formé
par le faisceau de droites. Dans ce volume, on observe m(N, n) objets. La concen-
tration moyenne d’un front (en particules par unité de volume) s’écrit donc :
m m M
c= = c0 avec c0 = (3.9)
ΔS M ΔS
(c0 est la concentration du front origine à t = 0)
En pratique, se mesure en nanomètres et t en nanosecondes. M étant en outre
très grand, on peut à l’échelle macroscopique considérer les grandeurs x, t, c comme
continues. En remplaçant dans l’expression 3.8 de m(n, N), on obtient :
1 (x − x̄)2 +∞
c0
c(x, t) = √ exp − ⇒ c(x, t) dx = c0 (3.10)
2π Δx2 2 Δx2 −∞
t t
avec x̄ = δP et Δx = (1 − δP )
τ τ
Soit ρi (ui , vi , wi). La somme porte sur les distributions vérifiant :
q q q q
(1) Ni = N (2) ui δNi = x (3) vi δNi = y (4) wi δNi = z
i=1 i=1 i=1 i=1
On a posé Ni = N+i + N−i et δNi = N+i − N−i . Cette somme n’est pas calculable
rigoureusement. La méthode qui suit (quasi rigoureuse) consiste à ne retenir dans
la somme que les termes rendant ln P[N ] maximum sous les contraintes (1, 2, 3, 4).
On introduit donc quatre multiplicateurs de Lagrange α, λx , λy et λz et on cherche
[N]∗ telle que :
∂
q q q q
ln P[N ] − α Ni − λx ui δNi − λy vi δNi − λz wi δNi = 0
∂N+j i=1 i=1 i=1 i=1
3.5 Le mouvement brownien 109
∂
q q q q
ln P[N ] − α Ni − λx ui δNi − λy vi δNi − λz wi δNi = 0
∂N−j i=1 i=1 i=1 i=1
∗
N+j = N P+j e−α e−λx uj −λy vj −λz wj = N P+j e−α e−λ·ρj
∗
N−j = N P−j e−α e+λx uj +λy vj +λz wj = N P−j e−α e+λ·ρj
∗ P+j e−λ·ρj ∗ P−j e+λ·ρj
N+j =N q et N−j =N q
P+i e−λ·ρi + P−i e+λ·ρi P+i e−λ·ρi + P−i e+λ·ρi
i=1 i=1
P+j e−λ·ρj + P−j e+λ·ρj P+j e−λ·ρj − P−j e+λ·ρj
Nj∗ = N q et δNj∗ = N q
P+i e−λ·ρi + P−i e+λ·ρi P+i e−λ·ρi + P−i e+λ·ρi
i=1 i=1
q
(N vj − y) P+j e−λ·ρj − (N vj + y) P−j e+λ·ρj = 0
j=1
q
(N wj − z) P+j e−λ·ρj − (N wj + z) P−j e+λ·ρj = 0
j=1
Autres résultats :
eα = 1 ∗
N+j = N P+j (1 − λ · ρj ) ∗
N−j = N P−j (1 + λ · ρj )
Sans forces extérieures (P+j = P−j = Pj /2 pour tout j), c’est un peu moins
lourd car on a ū = v̄ = w̄ = 0 ⇒ u2 = Δu2 , v 2 = Δv 2 , w 2 = Δw 2 , et donc :
∗ Pj uj x vj y wj z
N+j =N 1+ + +
2 N Δu2 N Δv 2 N Δw 2
∗ Pj uj x vj y wj z
N−j = N 1− − −
2 N Δu2 N Δv 2 N Δw 2
On écrit ensuite l’approximation du terme maximum :
(1,2,3,4) q N N ∗ ∗
q Pi N Pi
P+i+i P−i−i
2
P (N, r) = P[N ] ≈ AP[N ∗ ] avec P[N ∗ ] = N! ∗ ∗
= N! ∗ ∗
i=1
N+i ! N−i ! i=1
N+i ! N−i !
[N ]
On vérifie maintenant la condition |λ · ρj | 1 ayant permis d’écrire 3.17. Soit
la longueur moyenne d’un saut (la moyenne des ||ρi ||) : Δu2 , Δv 2 et Δw 2 sont de
l’ordre de 2 . De 3.18 on tire :
Profil de concentration
Pour passer à l’échelle macroscopique, même démarche que dans le cas unidimen-
sionnel. On considère un grand nombre M de particules partant toutes à l’instant
t = 0, du même site origine, et se déplaçant sans gêne mutuelle. Inutile de dire que
c’est plutôt difficile à réaliser expérimentalement.
On calcule c(r, t) en multipliant W (N, r) par M et remplaçant N par t/τ . De
plus, on relie M à la concentration initiale à l’origine en écrivant c0 = M/Ω, où Ω
est le volume d’un site :
τ 3/2
τ x2 y2 z2
c(r, t) = c0 β exp − + + (3.20)
2π t 2 t Δu2 Δv 2 Δw 2
Ω
où β = est un facteur géométrique dépendant du réseau.
Δu Δv Δw
À chaque instant, les surfaces de concentration constante sont des ellipsoïdes.
C’est ce que prédit également le modèle macroscopique suivant.
Dans les cristaux à symétrie cubique, les polyèdres de coordination les plus
courants sont représentés figure 3.4.
Dans les trois cas, les pas ont même longueur. Si on note cette longueur, on trouve :
2 2
Δu2 = Δv 2 = Δw 2 = ⇒ Dxx = Dyy = Dzz = =D
3 6τ
La concentration ne dépend plus que de t et de r 2 = x2 + y 2 + z 2 :
τ 3/2 3 r2 τ c0 Ω r2
c(r, t) = c0 β exp − 2 = exp −
2π t 2 t (4π D t)3/2 4Dt
3.5 Le mouvement brownien 113
√
La distance moyenne à l’origine varie toujours en t :
"∞
t √ r c(r, t) 4π r 2
dr 8 t Dt
Δr = = 2 D t et r̄(t) = "0 ∞ = =4
3τ 0
c(r, t) 4π r dr
2 3πτ π
sin θ dθ dϕ
dP (θ, ϕ) =
4π
Il nous faut les valeurs moyennes des coordonnées cartésiennes et de leurs carrés.
On trouve en intégrant x dP , y dP , z dP , x2 dP , y 2 dP , z 2 dP (avec x = sin θ cos ϕ,
y = sin θ sin ϕ, z = cos θ, ϕ = 0 à 2π, θ = 0 à π) :
2
x̄ = ȳ = z̄ = 0 Δx2 = x2 = Δy 2 = y 2 = Δz 2 = z 2 = (3.25)
3
On en déduit la densité de probabilité de trouver l’objet à l’instant t à une
distance r de l’origine (mêmes résultats) :
1 r2 2
W (r, t) = exp − avec D = (3.26)
(4π D t)3/2 4Dt 6τ
Les relations 3.25, 3.26 et 3.27 "restent identiques, mis à part que maintenant
∞
est le libre parcours
" moyen = 0 λ w(λ) dλ, et 2 le libre parcours quadratique
∞
moyen 2 = 0 λ2 w(λ) dλ.
On considère ici un gaz parfait de sphères dures. Les molécules qui le consti-
tuent se déplacent en ligne droite, ou plus exactement sur des lignes brisées consti-
tuées de segments rectilignes : chaque fois qu’une molécule en rencontre une autre,
il se produit une collision provoquant un changement brusque de direction. On n’en-
visage ici que les collisions les plus courantes aux températures habituelles : chaque
choc est supposé binaire (ne faisant intervenir que deux molécules) et élastique (pas
de modification des structures internes des molécules, et donc conservation de la
quantité de mouvement et de l’énergie).
Le libre parcours moyen est la distance moyenne que parcourt une molécule entre
deux collisions. Soient deux molécules A et B de masses mA et mB convergeant toutes
deux vers un point O à des vitesses vA et vB telles qu’elles vont y arriver en même
temps. Leur centre de masse G converge également vers O. Il est facile de voir sur
la figure 3.5 qu’on peut ramener le problème à deux particules convergeant vers G,
la molécule A à la vitesse vA − vG , la molécule B à la vitesse vB − vG .
Il faut maintenant prendre en compte le fait que les molécules ne sont pas ponc-
tuelles. On peut avoir collision frontale si les deux trajectoires, toujours parallèles,
sont séparées par une distance p (appelée paramètre d’impact). Si rA et rB sont les
rayons des deux molécules, il y aura collision si p < rA + rB (figure 3.6).
3.5 Le mouvement brownien 115
En remplaçant vG par (mAvA + mBvB )/M dans les deux derniers termes de
l’énergie cinétique, on trouve :
1 1 mA mB
T = MvG2 + mAB (vA − vB )2 avec mAB = (masse réduite)
2 2 mA + mB
C’est la réduction du problème à deux corps qui permet ici de remplacer les deux
molécules mobiles A et B par un objet ponctuel et sans masse et un objet mobile
de masse mAB , de rayon rAB = rA + rB et de vitesse vAB = vA − vB .
Pour calculer le nombre moyen de collisions subies par une molécule A de la part
des molécules B au cours de l’intervalle de temps δt, il suffit de compter le nombre
2
de molécules B présentes dans un cylindre de section π rAB et de longueur v̄AB δt.
En divisant ensuite par δt, on obtient la fréquence de collisions A-B par atome A.
On trouve, en utilisant 3.5 :
2 2 8kT
ZA = ρB π rAB v̄AB = ρB π(rA + rB )
B
π mAB
Si le gaz est multiconstituant (molécules A, B, C, etc), on obtient la fréquence
de collisions pour une molécule A en ajoutant les différentes contributions :
On constate que le libre parcours moyen est dans un gaz ordinaire 1,2 à 7500
fois plus grand (15 à 40 dans les conditions standard) que la distance moyenne entre
molécules, et qu’il peut atteindre des valeurs considérables en vide extrême (oui, ce
sont bien des giga-mètres) : un atome d’hélium du milieu intersidéral peut parcourir
plus de 30 millions de kilomètres (un an et demi à 100 K) sans subir aucune collision.
Ce même atome dans dans les conditions standard subirait environ 300 millions de
collisions par seconde.
2E m ω 2a2
q 2 + p2 = avec E=
ω 2
Au cours du temps, le point représentatif de l’état du système se déplace le long
du cercle. Chaque point traversé représente un état possible : l’ensemble des états
possibles est continu, alors qu’en mécanique quantique c’est un ensemble discret.
La densité d’états g(q, p) est nécessaire car en mécanique quantique, seuls quel-
−
ques cercles sont permis (ceux correspondant aux énergies εn = h ω (n + 1/2). De
plus, on sait que les niveaux sont non dégénérés : en mécanique classique, chaque
point d’un cercle représente un état possible, alors qu’en mécanique quantique on
ne compte qu’un seul état par cercle. Celui-ci est délocalisé sur le cercle. Autrement
dit, à l’état quantique n, il faut faire correspondre les états classiques (q, p) situés
− −
entre les deux cercles correspondant aux énergies h ω n et h ω (n + 1). L’aire de cette
−
surface vaut 2π h = h.
Conclusion : à une surface d’aire h correspond un état quantique. D’où :
1 1 +∞ +∞ −H(q,p)/kT
g(q, p) = et donc qclass = e dq dp (3.28)
h h −∞ −∞
Vérification :
+∞
1 +∞ +∞−ω (q2 +p2 )/2kT 1 +∞−ω q2 /2kT 2
qclass = e dq dp = e dq e−ω p /2kT dp
h −∞ −∞ h −∞ −∞
118 CHAPITRE 3. GAZ PARFAIT DE MASSES PONCTUELLES
et on énonce :
N
p2i
N
p2ix + p2iy + p2iz
H= =
i=1
2m i=1
2m
Pour comprendre sa présence, il faut noter que (V /Λ3)N est l’intégrale de phase
I(T, V ) divisée par h3N . En effet, le calcul 3.29 devient ici :
N
I(T, V ) 1 3 3 3 3 −H/kT V
= d r 1 d p 1 . . . d r N d p N e =
h3N h3N Λ3
Lorsqu’on calcule I, on effectue N intégrales sextuples identiques et indépen-
dantes, chacune sur l’élément dτ = d3 r d3 p.
Prenons par exemple les particules 1 et 2, et deux éléments de volume dτ et
dτ . Le calcul prend en compte, d’une part la présence de la particule 1 dans dτ
et de la particule 2 dans dτ , d’autre part la présence de la particule 1 dans dτ
et de la particule 2 dans dτ . On sait que ces deux configurations en mécanique
quantique représentent le même état : on doit diviser le produit I1 × I2 par 2. Si on
généralise aux N particules, on doit diviser I par N!, c’est-à-dire par le nombre de
permutations sur les N particules réparties dans N éléments dτ1 . . . dτN .
Un cas particulier fréquent est celui des systèmes constitués d’atomes tous iden-
tiques (sans structure interne à traiter classiquement) plongés dans un potentiel
(extérieur et/ou d’interaction) indépendant des vitesses. On trouve alors :
3N
p2i Qquant
H = Hquant + + U(q1 , . . . q3N ) ⇒ Q= ZN (3.33)
i=1
2m N! Λ3N
avec ZN = dq1 . . . dq3N e−U/kT intégrale de configuration classique
3.6 Éléments de mécanique statistique classique 121
dq1 . . . dq3N dp1 . . . dp3N dξ1 . . . dξn dη1 . . . dηn e−Hclass /kT
""" """
· · · dq1 . . . dq3N dp1 . . . dp3N dξ1 . . . dξn dη1 . . . dηn e−Hclass /kT
dp1 . . . dp3N e−Tt /kT dp1 . . . dp3N e−Tt /kT dp1 . . . dp3N e−Tt /kT
""" """ = 3N =
· · · dp1 . . . dp3N e−Tt /kT " +∞ −p2 /(2m kT ) (2π m kT )3N/2
−∞
e i dp i
i=1
3 3
p V = NkT E= NkT + Nε0 CV = Nk
2 2
– Dans S et μ, il faut remplacer (2s + 1) par ωn ω0 et ajouter ε0 à μ (changement
de l’origine des énergies) :
5 ρ Λ3 (T ) ρ Λ3 (T ) ρ Λ3 (T )
S = NkT − Nk ln μ = ε0 + kT ln avec 1
2 ωn ω0 ωn ω0 ωn ω0
ω e−Δε/kT Δε ω e−Δε/kT
à E : NΔε à S : Nk ln(1 + ω e−Δε/kT ) + Nk
1 + ω e−Δε/kT kT 1 + ω e−Δε/kT
Δε 2 ω e−Δε/kT
à CV : Nk à μ : −kT ln(1 + ω e−Δε/kT )
kT (1 + ω e−Δε/kT )2
4.1 Les gaz parfaits classiques d’atomes 125
ρ Λ3 (T ) Ngaz
μ = ε0 + kT ln avec ρ = (4.1)
ωn ω0 Vgaz
La fonction de partition d’un atome de spin nul s’écrit (A est l’aire de la surface) :
liaisons X−Y étant supposées très faibles, on fait l’hypothèse que l’aire d’un site est
indépendante de son occupation. On posera donc A = M a, M étant le nombre de
sites.
La fonction de partition d’un système de N atomes répartis sur M sites s’écrit
(voir paragraphe 2.1.4) :
M!
Q(M, T, A, N) = q(T, a)N avec
N! (M − N)!
e−U0 /kT −
h ωx −
h ωy −
h ωz
q(T, a) = et ux = uy = uz =
8 sinh ux sinh uy sinh uz 2kT 2kT 2kT
N
Le potentiel chimique est trouvé fonction de T et θ = (taux de recouvrement) :
M
θ
μ = U0 + kT ln + kT ln 8 sinh ux sinh uy sinh uz
1−θ
La condition d’équilibre 4.2 permet de calculer θ(T, p) :
Les sites stables (ou puits) sont à l’énergie U0 et séparés suivant x et y d’une
distance . Les positions de col sont à mi-distance entre deux sites stables (suivant
x et y), et les barrières de potentiel à franchir valent toutes ΔU ∗ = U ∗ − U0 .
Les pulsations ωx et ωy au fond d’un puits sont identiques. On peut remarquer
qu’elles varient en 1/ comme dans le modèle précédent :
1 ∂2U 1 ∂2U 2π U ∗
ωx = et ωy = ⇒ ωx = ωy =
m ∂x2 r=0 m ∂y 2 r=0 m
On donne figure 4.1 l’allure des courbes CA (T ) obtenues pour différentes valeurs
de la barrière ΔU ∗ . Les courbes ont été numérotées dans le sens ”ΔU ∗ croissant”.
Pourquoi à température suffisamment élevée ? Pour deux raisons qui finalement
n’en font qu’une :
– Le fait d’avoir considéré dès le départ un seul atome sous-entend que la den-
sité de la phase adsorbée est suffisamment faible pour négliger la gêne mutuelle
entre atomes au cours de leurs déplacements. En dessous d’une certaine tem-
pérature, la phase adsorbée devient trop dense et le modèle n’est plus valable.
– Pour pouvoir écrire Q = q N /N!, il faut que la température soit suffisamment
élevée et la densité suffisamment faible.
n P2
i ν p2
k
H= + + Unn (R
i − R
i )i et i =1 à n + Uee (rk − rk )k et k =1 à ν
i=1 2Mi k=1 2m
+Une (R
i − rk )i=1 à n, k=1 à ν
Unn et Uee sont des interactions répulsives. Une est la seule interaction de nature
attractive : c’est elle qui assure la cohésion de la molécule. On remarquera que
l’énergie potentielle est indépendante de l’orientation de la molécule. On dira que,
tout comme la translation, la rotation est libre. Translation et rotation sont les deux
mouvements laissant toutes les positions relatives des particules constantes.
Mais attention : les degrés de liberté de rotation ne sont pas rigoureusement sé-
parables des autres degrés de liberté internes : l’énergie cinétique de rotation dépend
de la géométrie de la molécule, donc des positions instantanées des particules.
Les deux approximations suivantes sont justifiées par le fait que les électrons sont
beaucoup plus légers et beaucoup plus rapides que les noyaux. Elles vont permettre
d’étudier séparément le mouvement du système de noyaux et le mouvement du nuage
électronique.
Pour l’étude des électrons, l’approximation utilisée consiste à considérer les
noyaux fixes. La translation et la rotation de la molécule n’ont quasiment aucune
influence sur eux (dans l’approximation adiabatique, les électrons réagissent instan-
tanément au mouvement des noyaux). Par contre, l’influence des vibrations est plus
importante, mais on la néglige dans les calculs.
Dans l’expression de H retenue pour l’étude des électrons, les Pi deviennent nuls,
les positions R i deviennent des paramètres : les seules variables restantes sont les
positions des électrons et leurs moments associés. On résout l’équation aux valeurs
propres de Schrödinger et on trouve, dans les cas les plus simples, un certain nombre
de niveaux d’énergie dépendant des différents Rii = ||R i − R
i ||. Dans les cas plus
complexes, on fabrique des potentiels empiriques à partir de données expérimentales
(géométrie d’équilibre, énergie de dissociation, fréquences propres de vibration, etc).
Dans une molécule diatomique, les niveaux d’énergie sont fonctions d’une seule
distance internucléaire (R = R12 ). Si on trace les niveaux d’énergie U0 (R), U1 (R),
U2 (R), etc, on trouve des courbes présentant un minimum en (R0 , ε0), (R1 , ε1 ),
(R2 , ε2 ), etc (figure 4.2 à gauche). En général, seul le niveau fondamental est acces-
sible aux températures habituelles. Mais il arrive parfois que l’on ait à prendre en
compte le premier niveau excité (jamais le deuxième dans la pratique).
Dans une molécule polyatomique, les niveaux d’énergie U0 (Rj=1 à p ), U1 (Rj=1 à p ),
U2 (Rj=1 à p ), etc sont fonctions de p distances internucléaires. Pour un niveau donné,
on représente les surfaces équipotentielles dans un espace à p dimensions dont les axes
4.2 Les degrés de liberté d’une molécule 131
portent les Rj . Dans tous les cas pratiques, seul le niveau fondamental U0 (Rj=1 à p ) est
à prendre en compte. Celui-ci présente un minimum ε0 correspondant à la configura-
tion d’équilibre. Le cas le plus simple est celui de la molécule triatomique linéaire :
deux distances R1 = R12 et R2 = R23 suffisent à la décrire et un graphe à deux
dimensions est possible (figure 4.2 à droite).
= ω0 e−ε0 /kT
(élec) (élec)
q (int) (T ) = ωn q0 × q (rot,vib) avec q0
Ce n’est plus le cas lorsqu’il faut prendre en compte le premier niveau excité
électronique. Les niveaux d’énergie correspondant aux mouvements des noyaux vont
en principe dépendre du niveau électronique utilisé dans le calcul :
= ω1 e−ε1 /kT
(élec) (rot,vib) (élec) (rot,vib) (élec)
q (int) (T ) = ωn (q0 × q0 + q1 × q1 ) avec q1
Pour rendre les degrés de liberté électroniques séparables, on doit supposer que
les états rotovibrationnels sont les mêmes quel que soit l’état quantique du nuage
132 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
électronique (autrement dit que les puits de potentiel des courbes de la figure 4.2 à
gauche ont localement tous le même profil) :
(rot,vib) (rot,vib) (élec) (élec) (rot,vib)
q1 = q0 ⇒ q (int) (T ) = ωn (q0 + q1 ) q0
Remarque : les trois expressions de q (int) (T ) ci-dessus supposent que les degrés
de libertés rotationnels sont séparables des degrés de liberté nucléaires. On verra au
paragraphe 4.3.5 que ce n’est pas toujours le cas.
L(r, θ, ϕ, ṙ, θ̇, ϕ̇) = L(vib) (r, ṙ) + L(rot) (θ, θ̇, ϕ̇) ⇒ q (rot,vib) = q (vib) × q (rot)
4.3 Les gaz parfaits de molécules diatomiques 133
e−θV /2T 1 −
h ω
q (vib) (T ) = = avec θV =
1 − e−θV /T 2 sinh θ2TV k
(vib) T
E (vib) (T, N) ≈ NkT CV (T, N) ≈ Nk S (vib) (T, N) ≈ Nk + Nk ln
θV
– qu’en dessous de 0, 1 θV , la capacité thermique est très faible. C’est le domaine
où il est possible de négliger les populations des états excités. Pour les calculs,
il faut tout de même prendre en compte le premier niveau excité. On dira
qu’en dessous de 0, 1 θV , tous les oscillateurs sont dans leur état fondamental
134 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
sauf quelques uns se trouvant dans leur premier état excité. Par une série
d’approximations du premier ordre, on trouve :
θV
E (vib) (T, N) ≈ Nk + NkθV e−θV /T
2
Cette fraction α(T ) est tout à fait négligeable à 300 K (sauf pour les trois plus
lourds), mais l’est beaucoup moins, et même souvent pas du tout, à 1 000 K.
Vues les valeurs élevées de θV , le modèle simplifié des hautes températures (trai-
tement classique) est dans tous les cas insuffisant (sauf à la rigueur pour les plus
lourds Cl2 , Br2 , I2 à haute température).
Conclusion : Le traitement quantique est obligatoire. Dans ce traitement,
il arrivera souvent de supposer (soit parce que c’est justifié, soit parce qu’on cherche
uniquement un ordre de grandeur) que seul le niveau fondamental est peuplé.
1
∞
σ = 2 (molécule symétrique)
q (rot)
(T ) = (2j + 1) e−j(j+1) θR /T avec
σ j=1 σ = 1 (molécule asymétrique)
Σ1
On en déduit : F (rot) (T, N) = −NkT ln Σ0 E (rot) (T, N) = NkθR
Σ0
2
θR Σ1 (rot) θR Σ2 Σ21
S (rot) (T, N) = Nk + Nk ln Σ0 CV (T, N) = Nk −
T Σ0 T 2 Σ0 Σ20
1
n
∞
avec Σn = j (j + 1)n (2j + 1) e−j(j+1) θR /T (n = 0, 1, 2)
σ j=0
Ces sommes n’étant pas calculables analytiquement, on a recours à des méthodes
(rot)
numériques. On donne figure 4.4 l’allure de la courbe CV (T, N) obtenue.
2π m kT 4π r02 A 4π r02
q (rot) (T ) ≈ = avec A =
h2 σ Λ2 σ
C’est la fonction de partition d’une particule de masse m se déplaçant librement
sur une sphère ou demi-sphère de rayon r0 . Les résultats trouvés sont ceux d’un
gaz parfait bidimensionnel. L’analogie avec le gaz parfait bidimensionnel permet
d’estimer les vitesses moyennes de rotation. Les relations 3.7 donnent :
π kT v̄ kT k
v̄ = ⇒ ω̄ = = = π θR T
2m 2π r0 8π m r02 h
Dans le tableau ci-dessous, ces vitesses ont été calculées à 300 K (v̄ en m/s et ω̄
en 1012 tours par seconde). La masse m utilisée est la masse réduite de la molécule.
moléc θR v̄ ω̄ moléc θR v̄ ω̄
H2 88, 60 K 2798 6, 02 N2 2, 89 K 761 1, 09
H D 66, 45 K 2427 5, 22 CO 2, 78 K 750 1, 07
D2 44, 30 K 2009 4, 26 NO 2, 46 K 720 1, 00
O2 2, 09 K 703 0, 93
H Cl 15, 30 K 2003 2, 50 Cl2 0, 172 K 336 0, 27
H Br 12, 30 K 1993 2, 24 Br2 0, 058 K 214 0, 15
HI 9, 50 K 2531 1, 97 I2 0, 027 K 183 0, 11
(rot)
Au vu de la courbe CV (T, N), le traitement classique est correct pour les
températures supérieures à 2 θR . Étant données les valeurs de θR ci-dessus, le trai-
tement classique est suffisant dans la plupart des cas. Mais attention à l’hy-
drogène : le modèle classique est tout juste valable à l’ambiante pour H2 ; pour
les autres molécules hydrogénées, le traitement quantique n’est nécessaire qu’à très
basse température.
p 2p σθ Λ3 (T ) θV
0 R
μ = μ0T + kT ln avec ici μ0T = ε0 + kT ln sinh
p0 ωn ω0 kT 2 2T
– Pour certaines molécules (N O et O2 par exemple), il faut prendre en compte
le premier niveau électronique excité, et la dernière colonne du tableau est
modifiée.
4.3 Les gaz parfaits de molécules diatomiques 137
Il faut alors multiplier Q par (1+ω e−Δε/kT )N et ajouter (on a posé Δε = ε1 −ε0
et ω = ω1 /ω0 ) :
F ω e−Δε/kT E
−kT ln 1 + ω e−Δε/kT à Δε à
N 1+ωe −Δε/kT N
Δε ω e−Δε/kT CV
−kT ln 1 + ω e−Δε/kT à μ 2 à
kT 1 + ω e−Δε/kT Nk
−Δε/kT
Δε ω e−Δε/kT S
ln 1 + ω e + à
kT 1 + ω e −Δε/kT Nk
vibrations électrons
θV
translation rotation (uV = 2T ) et noyaux
1 V N T N 1 N
Q = × × N × ωn ω0 e−ε0 /kT
N ! Λ3 σθR 2 sinh uV
F N Λ3 σθR
= −kT + kT ln + kT ln + kT ln 2 sinh uV + ε0 − kT ln(ωn ω0 )
N V T
E 3 θV
= kT + kT + k coth uV + ε0
N 2 2
N Λ3 σθR
μ = kT ln + kT ln + kT ln 2 sinh uV + ε0 − kT ln(ωn ω0 )
V T
CV 3 uV 2
= + 1 + + 0
Nk 2 sinh uV
S 5 N Λ3 T uV coth
uV
= + ln + 1 + ln + + ln(ωn ω0 )
Nk 2 V σθR − ln 2 sinh uV
– si les noyaux sont des fermions (ici H+ ), les fonctions Ψ(nucl) et Ψ(rot) doivent
être, l’une symétrique, l’autre antisymétrique vis-à-vis de la permutation des
deux noyaux, et donc :
(rot,nucl) (nucl,antisym) (rot,sym) (nucl,sym) (rot,antisym)
qH2 = qH2 × qH2 + qH2 × qH2
Pour les noyaux, seuls le niveau fondamental est pris en compte. Si on place
l’origine des énergies sur ce niveau, les fonctions de partition nucléaires sont réduites
aux nombres de complexions. On supposera que la dégénérescence ωn du premier
niveau nucléaire est uniquement due au spin du noyau considéré.
Le noyau H+ est un fermion de spin 1/2 (c’est un proton), alors que le noyau
D+ est un boson de spin 1 (système de deux fermions différents de spin 1/2). La
4.3 Les gaz parfaits de molécules diatomiques 139
Pour la rotation, il faut aller un peu plus loin dans la théorie quantique du
rotateur rigide.
On l’a vu, les niveaux d’énergie sont de la forme εj = j(j+1) kθR avec ωj = 2j+1.
Ce qu’il faut savoir en plus ici, c’est que chaque fonction d’onde est symétrique si j
est pair, et antisymétrique si j est impair. Ce qui donne :
D2
D2
(2j + 1) e−j(j+1)θR /T
(2j + 1) e−j(j+1)θR /T
(rot,nucl)
qD2 =6 +3
j pair j impair
H2
H2
(2j + 1) e−j(j+1)θR /T
(2j + 1) e−j(j+1)θR /T
(rot,nucl)
qH2 = +3
j pair j impair
Le para-hydrogène, noté p-H2 , est une molécule H2 dans un état rotationnel pair.
L’ortho-hydrogène, noté o-H2 , est une molécule H2 dans un état rotationnel impair.
À température infinie, tous les états j sont équiprobables : il y a trois fois plus
d’ortho-hydrogène que de para-hydrogène.
À T = 0 K, l’état fondamental fait partie de la première somme, il n’y a plus en
théorie (en pratique, voir ci-dessous) que du para-hydrogène.
Entre 10 K et 300 K, le mouvement de translation peut être traité classiquement,
et les degrés de liberté vibrationnels et électroniques ne sont pas excités. Ce sont les
conditions idéales : la courbe CV (T ) fera apparaître des variations dues uniquement
au mouvement de rotation des molécules. On donne figure 4.5 les résultats des calculs
numériques comparés aux résultats expérimentaux.
– La courbe en pointillé est celle trouvée au paragraphe précédent.
– p-H2 est la courbe qu’on obtiendrait avec du para-hydrogène pur.
– o-H2 est la courbe qu’on obtiendrait avec de l’ortho-hydrogène pur.
– e-H2 est la courbe d’équilibre théorique.
– m-H2 est la courbe qu’on trouve expérimentalement.
La courbe théorique e-H2 et la courbe expérimentale m-H2 sont radicalement
différentes. Il y a donc contradiction (apparente) entre théorie et expérience.
Denisson trouva l’explication en constatant que la courbe expérimentale cor-
respond parfaitement à celle qu’on calcule en ”gelant” la composition para-ortho
haute température (25 %, 75 %), c’est-à-dire en supposant que la composition reste
constante lorsqu’on abaisse la température. Il en déduisit que la réaction o → p est
extrêmement lente, et qu’on a affaire à un mélange métastable de composition (25 %,
75 %) quelle que soit T . Bonhœffer et Harteck trouvèrent le bon catalyseur de la ré-
action o → p (charbon actif) et ont pu ainsi obtenir une courbe expérimentale en
parfait accord avec la courbe théorique e-H2 .
140 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
h2 h2 h2
avec θA = θB = θC =
8π 2 IA k 8π 2 IB k 8π 2 IC k
Le facteur de symétrie σ tient compte de l’indiscernabilité des noyaux identiques.
Pour calculer σ, on compte le nombre d’orientations de la molécule conduisant,
indiscernablement, à la même configuration.
Exemples : σ = 12 pour C H4 (tétraèdre régulier), σ = 12 pour C6 H6 (hexagone
régulier), σ = 4 pour C2 H4 (molécule plane ayant toutes les symétries du rectangle),
σ = 3 pour N H3 (pyramide aplatie à base triangulaire équilatérale), σ = 2 pour
H2 O (molécule plane ne possédant qu’un seul axe de symétrie).
∂U
βjn 3
mα ẍαi = Fαi = − = Kαi xβj (α = 1 à n et i = 1 à 3) (4.6)
∂xαi β=1 j=1
142 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
On peut remarquer que l’énergie potentielle n’est fonction que des distances
relatives des noyaux entre eux. Il n’est donc pas nécessaire de rechercher d’éventuelles
conditions d’invariance par rotation.
Ce n’est plus le cas si la molécule est plane ou linéaire à l’équilibre : l’énergie
potentielle 4.7 ne rend pas compte des déplacements perpendiculaires au plan ou la
ligne de la molécule. Ces déplacements peuvent être de type translation ou rotation
mais il peut y avoir également des modes de distortion. Pour rendre compte de
βj
ces distortions, on doit ajouter des termes de type Kαi xα i xβ j (avec xα i et xβ j
perpendiculaires au plan ou à la ligne de la molécule) et leur appliquer les conditions
d’invariance par translation et rotation.
Les solutions particulières recherchées ici sont de la forme xαi = uαi e−iωt . On
remplace dans 4.6 et on obtient un système d’équations linéaires de la forme :
n
3
2
ω uαi − Δβj
αi uβj = 0 (4.8)
β=1 j=1
p
CV
uV,i 2
(vib) p
μ (vib)
= kT ln 2 sinh uV,i =
i=1
Nk i=1
sinh uV,i
S (vib)
p
= uV,i coth uV,i − ln 2 sinh uV,i
Nk i=1
F (rot) σ θ θ θ E (rot) 3
(rot)
CV 3
A B C
= kT ln √ = kT =
N π T T T N 2 Nk 2
σ θ θ θ S (rot) 3 σ
θA
θB
θC
A B C
μ (rot)
= kT ln √ = + ln √
π T T T Nk 2 π T T T
Remarque : certaines molécules (essentiellement hydrocarbures) possèdent un
ou plusieurs degrés de liberté appelés mode de torsion. Dans le cas de l’éthane
H3 C−CH3 par exemple, les deux groupes méthyles peuvent tourner l’un par rap-
port à l’autre, sans déformation, autour de la liaison C−C. La courbe CV (T ) montre
que ce mouvement correspond à une oscillation à basse température de faible fré-
quence (θV ≈ 350 K), et à une rotation interne libre à haute température. Aux
températures intermédiaires, ce n’est ni une vibration ni une rotation libre : c’est
toujours une rotation, mais elle est entravée par une énergie potentielle fonction
d’une coordonnée angulaire décrivant l’orientation d’un groupe méthyle par rapport
à l’autre. La rotation nécessite le passage de barrières de potentiels (≈ 22 zJ) pour
passer d’une configuration stable à une autre.
NA = νA (M − m) NB = νB (M − m) ... NX = νX m NY = νY m ...
Et donc :
dG = −S dT + V dp + μA dNA + μB dNB + . . . + μX dNX + μY dNY + . . .
= −S dT + V dp + (μA νA + μB νB + . . .) dM
+(μX νX + μY νY + . . . − μA νA − μB νB − . . .) dm
Lors d’un processus infinitésimal isotherme (δT = 0), isobare (δp = 0) dans une
enceinte fermé (δM = 0), le deuxième principe dit que, à l’équilibre, l’enthalpie libre
du système est minimale vis-à-vis des modifications infinitésimales de la composition.
On doit donc avoir :
δG = (μX νX + μY νY + . . . − μA νA − μB νB − . . .)δm = 0
Δμ = 0 avec Δμ = μX νX + μY νY + . . . − μA νA − μB νB − . . .
D’autres constantes d’équilibre peuvent dans certaines conditions être plus pra-
tiques d’emploi. Pour un gaz parfait par exemple, on peut, en utilisant les relations
pX = ρX kT , etc., travailler avec les concentrations volumiques (ici en molécules par
unité de volume). On définit alors la constante d’équilibre :
p νX +νY +...−νA −νB −... ρνXX ρνYY . . .
0
KC (T ) = KP (T ) Equilibre : = KC (T )
kT ρνAA ρνBB . . .
Attention : KP est une grandeur sans dimension mais pas KC (c’est un volume
à la puissance νA + νB + . . . − νX − νY ).
νA A + νB B + . . .
νX X + νY Y + . . .
∂ ln Q NA NA qA μA /kT
μA = −kT = kT ln ⇒ ρA = = e
∂NA qA V V
ionisés, le nombre total de particules vaut N +n, dont n sont des électrons, n sont des
protons, et N − n sont des atomes. Le taux d’ionisation est par définition α = n/N.
Les concentrations volumiques s’écrivent :
n N −n N
ρH+ = ρe− = = α ρ0 ρH = = (1 − α) ρ0 avec ρ0 =
V V V
ρH+ ρe− α2
On en déduit KC (T ) = = ρ0 et donc :
ρH 1−α
KC (T ) 4ρ0 (qH+ /V ) (qe− /V )
α(T, ρ0 ) = 1+ −1 avec KC (T ) =
2ρ0 KC (T ) (qH /V )
qH 2π (m + m ) kT 3/2
= 2ωp e−ε0 /kT
p e
– Pour l’atome H :
V h2
q + 2π m kT 3/2
p
– Pour le proton : H = ωp 2
V h
qe− 2π m kT 3/2
e
– pour l’électron : =2 2
V h
mp est la masse du proton, me est la masse de l’électron. Les facteurs 2 sont
les contributions du spin de l’électron (s = 1/2 ⇒ ωe = 2s + 1 = 2). La fonction de
partition interne du proton est plus complexe, mais elle disparaît dans l’expression de
KC (T ). Elle se réduit à une dégénérescence ωp du niveau fondamental d’énergie nulle
(choix d’une origine des énergies) qui seul est à prendre en compte. Pour l’atome
H, seul le niveau fondamental électronique (ε0 ≈ −2, 180 aJ) est pris en compte.
Les états excités sont considérés comme des étapes intermédiaires du processus de
dissociation.
eε0 /kT h
Ce qui donne finalement : KC (T ) = 3 avec Λ(T ) = √
Λ (T ) 2π m kT
mp me
m est la masse réduite du système proton-électron : m = ≈ me .[3]
m p + m e
1 + 4ρ0 Λ3 (T ) e−ε0 /kT − 1
Et pour α : α(T, ρ0 ) =
2ρ0 Λ3 (T ) e−ε0 /kT
3
me ≈ 0, 911 10−30 kg mp ≈ 1, 673 10−27 kg
4.5 Équilibres chimiques entre gaz parfaits 147
Ce qui donne pour α les valeurs ci-dessous. La dissociation est quasi inexistante
en dessous de 2000 K, et quasi complète au dessus de 10000 K.
T (K) 0 1000 2000 3000 4000 5000 10000 ∞
α 0, 0000 10−9 0, 0014 0, 1034 0, 6052 0, 9297 0, 9995 1, 0000
148 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
Pour la plupart des éléments, les effets isotopiques sont très difficiles à mettre en
évidence. L’hydrogène est encore une fois particulier : la présence d’un neutron dans
le deutéron (le noyau du deutérium D) rend sa masse deux fois plus importante que
celle du proton, noyau de l’hydrogène habituel. On notera m la masse commune (à
0,2 % près) du proton et du neutron (m ≈ 1, 674 10−27 kg).
Pour l’hydrogène, les effets isotopiques sont détectables à l’ambiante. De façon à
ce que ni dissociation, ni ionisation ne soient à envisager, on travaillera à des tempé-
ratures inférieures à 2000 K. De même, de façon à traiter la rotation classiquement,
on travaillera à des températures supérieures à 150 K.
Pour le calcul de la constante d’équilibre, on sépare les diverses contributions :
(qHD /V )2 /V )2 (qHD )2 (qHD )2
(transl) (rot) (vib)
(q
KC (T ) = = (transl)HD × ×
(qHH /V )(qDD /V ) (transl) (rot) (rot)
(qHH /V )(qDD /V ) qHH qDD
(vib) (vib)
qHH qDD
Les degrés de liberté électroniques et nucléaires ont été omis : ils sont identiques
dans les deux membres de l’équation d’équilibre, puisque le niveau électronique
fondamental (le seul pris en compte) est le même quelle que soit la molécule (les
interactions sont électrostatiques : elles ne dépendent pas de la masse des particules
concernées).
Les contributions des degrés de liberté de translation et de rotation sont indé-
pendantes de la température :
Translation :
(transl)
qHH 4π m kT 2 (transl)
qHD 6π m kT 2 (transl)
qDD 8π m kT 2
= = =
V h2 V h2 V h2
Et donc :
/V )2
(transl)
(qHD 27
(transl)
KC = = √ ≈ 1, 193
(transl)
(qHH /V
(transl)
)(qDD /V ) 16 2
Rotation (pour les températures caractéristiques, voir paragraphe 4.3.3) :
(rot) T T (rot) T T (rot) T T
qHH = = qHD = = qDD = =
2θR
HH 177, 20 HD
θR 66, 45 2θR
DD 88, 60
Et donc :
(qHD /V )2
(rot)
(rot) 32
KC = = ≈ 3, 556
(rot) (rot)
qHH qDD 9
On notera que ces deux contributions sont supérieures à 1 : elles sont favorables à
la formation de molécules HD. À noter également que sans les facteurs de symétrie,
la contribution des degrés de liberté de rotation√serait 4 fois moins importante.
(transl) (rot)
On multiplie maintenant KC ×KC = 3 2 par la contribution des degrés de
liberté de vibration (pour les températures caractéristiques, voir paragraphe 4.3.2) :
HH DD
√ sinh θ2T
V θV
sinh 2T
KC (T ) = 3 2 HD 2
(4.9)
θV
sinh 2T
4.6 Réaction chimique dans un gaz parfait 149
√
Sachant que les températures caractéristiques de vibration varient en 1/ m, m
étant la masse réduite de la molécule, on a :
2 HD 2 HD
θV = √ θV
HH
θV =
DD
θ et donc KC (T ) → 4 quand T → ∞
3 3 V
α2 (T )
KC (T ) = )
(4.10)
1 − ξ − α(T
2
) ξ− α(T )
2
)
NA = νA (M − m) NB = νB (M − m) NX = νX m NY = νY m
Comme δm est extrêmement petit devant M (une unité face au nombre d’Avo-
gadro), on pourra assimiler la variation δξ à la différentielle dξ.
Les définitions qui suivent font référence à un mélange initial caractérisé par
m0 = m(t = 0) et à un mélange final caractérisé par m∞ = m(t → ∞). Elles ne
sont valables que pour les mélanges à la stœchiométrie. Elles peuvent présenter des
différences (d’unités) par rapport à celles utilisées par les chimistes. Toutes les gran-
deurs citées ci-dessous sont sans dimension.
m(t) − m0
– L’avancement de la réaction : ξ(t) =
M
Il est nul à t = 0, positif lorsque, par rapport au mélange initial, l’équilibre
s’est déplacé vers la droite, et négatif dans le cas contraire.
m(t)
– Le taux absolu d’avancement : α(t) =
M
C’est un nombre toujours compris entre 0 et 1. On remarquera que la valeur
initiale n’est pas nulle (sauf si m0 = 0, et que la valeur finale n’est pas égale
à 1 (sauf si m∞ = 0). C’est une fonction croissante si les réactants de gauche
disparaissent pour donner les réactants de droite, et décroissante dans le cas
contraire.
m(t) − m0
– Le taux relatif d’avancement : αR (t) =
m∞ − m0
Il est nul à t = 0 et égal à 1 pour t → ∞. C’est une fonction croissante dans
tous les cas, quel que soit le sens de réaction.
4.6 Réaction chimique dans un gaz parfait 151
Tableau récapitulatif.
m0 m∞ − m0 M − m0
ξ(t) ξmin = − ξ0 = 0 ξ∞ = ξmax =
M M M
m0 m∞
α(t) αmin = 0 α0 = α∞ = αmax = 1
M M
m0 M − m0
αR (t) αmin
R =− α0R = 0 α∞
R =1 αmax =
m∞ − m0 R
m∞ − m0
d’eau lâchées au niveau du col, l’une vers la vallée A + BC, l’autre vers la vallée
AB + C. On peut exprimer l’énergie potentielle au cours de la réaction en fonction
d’une seule variable : l’abscisse curviligne τ le long de cette courbe. Cette abscisse
est appelée coordonnée de réaction.
L’énergie d’activation est la hauteur de la barrière à traverser. Si U1 est
l’énergie du fond de vallée A+BC, et si U ∗ est l’énergie du complexe activé, l’énergie
d’activation est l’énergie à fournir pour déclencher la réaction. Elle vaut ΔU ∗ =
U ∗ − U1 . L’énergie motrice est la différence ΔUm = U2 − U1 entre les fonds de
vallée[4] . Pour la réaction inverse, l’énergie d’activation et l’énergie motrice valent
respectivement ΔU ∗ = U ∗ − U2 et ΔUm = U1 − U2 .
Dans la théorie d’Eyring qui suit, on raisonnera dans le cas ou le composé ABC
est un complexe instable. Mais il faut savoir que d’autres profils d’équipotentielles
existent. On peut citer, toujours pour les systèmes à deux degrés de liberté, deux
cas où le composé ABC est une molécule stable. Par exemple :
– un puits de potentiel (figure 4.6 au milieu). Le produit devrait en principe
être la molécule ABC : c’est la configuration de plus basse énergie. Mais, à
température non nulle, il faut tenir compte de l’entropie : sa tendance à être
maximale fera pencher la réaction, soit vers A + BC, soit vers AB + C.
– un bassin (figure 4.6 à droite). La molécule ABC est métastable (d’énergie
supérieure à celles des produits initial et final mais sa valeur correspond à un
minimum local de l’énergie potentielle). La réaction nécessite dans ce dernier
cas le passage de deux barrières de potentiel (deux complexes activés A − BC∗
et AB − C∗ ).
L’avancement de la réaction ξ(t) est défini ici comme étant le nombre, rap-
porté à M de complexes ayant traversé le col à l’instant t. Autrement dit, M ξ(t)˙ dt
est le nombre de complexes traversant le col entre t et t + dt.
˙ = dξ est par définition la vitesse d’avancement de la réaction.
ξ(t)
dt
Le nombre de complexes traversant le col pendant un intervalle de temps dt sont
ceux pour lesquels la vitesse τ̇ est positive et pour lesquels la valeur de τ est com-
prise entre −τ̇ dt et 0 (on a placé l’origine de τ au niveau du col).
Il faut maintenant envisager la réaction inverse. Les calculs sont tout à fait
similaires aux précédents. Ils conduisent à :
Les deux réactions ayant lieu simultanément, on doit prendre en compte les deux
contributions. Avec NA = NBC = M − m et NAB = NC = m, on doit résoudre :
dm
= M ξ˙ = K(T ) (M − m)2 − K (T ) m2
dt
La résolution de cette équation différentielle ne pose aucune difficulté. Elle con-
duit au taux absolu d’avancement α(t) = m(t)/M (α0 = m0 /M) :
α(t) − α∞ α0 − α∞ −ωt K(T ) KC (T )
= e avec α∞ = =
α(t) − α1 α0 − α1 K(T ) + K (T ) KC (T ) + 1
K(T ) KC (T )
α1 = = et ω = 2M K(T ) K (T )
K(T ) − K (T ) KC (T ) − 1
On constate que α(t) tend vers α∞ quand t tend vers l’infini. C’est en excellent
accord avec la théorie des équilibres chimiques (équation 4.11).
5
Si les surfaces équipotentielles sont plus complexes, on multiplie la constante d’avancement
trouvée par un facteur de transmission κ. On peut traiter à titre d’exemple le cas du bassin :
pour passer de A + BC à AB + C, les trois atomes doivent passer une première barrière ΔU1
(complexe activé A-BC∗ ), traverser un bassin (molécule métastable ABC), et enfin traverser une
seconde barrière ΔU2 (complexe activé AB-C∗ ). Les molécules ayant traversé la première barrière
et se trouvant dans le bassin ont le choix entre passer la deuxième barrière (κ est la probabilité de
ce choix) et retraverser la première.
6
son unité ici est la s−1 ; en thermodynamique chimique, la définition est légèrement différente :
c’est la vitesse de réaction rapportée aux concentrations en mol/L.
156 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
∞
avec Z T, δV, μ̃(r) = Q0 (T, δV, δN) eμ̃(r) δN/kT
δN =0
Les propriétés locales du système sous champ se calculent comme celles du système
sans champ. Il suffit de remplacer dans les expressions le potentiel chimique par le
potentiel chimique local :
∂Ψ ∂Ψ ∂Ψ
p(r) = − δS(r) = − δN(r) = −
∂δV T,μ̃(r) ∂T δV,μ̃(r) ∂ μ̃(r) T,δV
158 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
En exemple on peut traiter le cas d’un gaz parfait dans le champ de pesan-
teur. Sans forces extérieures, le potentiel chimique local s’écrit :
p(z)
μ(z) = μ0T + kT ln
p0
Sous l’effet de la pesanteur, chaque molécule acquiert une énergie potentielle
m g z. L’équilibre global est assuré si :
On en déduit :
p(z) p(0)
μ0T + kT ln + m g z = μ0T + kT ln ⇒ p(z) = p(0) e−m g z/kT
p0 p0
Un résultat qui nécessite en mécanique la résolution d’une équation différentielle.
ou encore :
ρ(z) = ρ(R) e(U (R)−U (z))/kT
Soit H la hauteur de l’enceinte, A l’aire de la surface et ρ0 la densité moyenne du
gaz, autrement dit la densité homogène qu’aurait le gaz en l’absence de la surface
attractive. Connaissant le profil U(z), on calcule ρ(R) eU (R)/kT en écrivant :
H
ρ0 AH
ρ(z) dz = N = ρ0 AH ⇒ ρ(R) eU (R)/kT = " H
0 0
e−U (z)/kT dz
Fig. 4.7 – Gaz sous champ électrique : géométrie et répartition des charges fictives
σ
On écrira donc : D = − (il s’oppose au champ appliqué).
ε0
En thermodynamique, D est une variable intensive. Tout comme p et T , il peut
être contrôlé de l’extérieur (par l’intermédiaire de σ). Le champ D par contre est
incontrôlable : il dépend de la réaction du milieu à l’action de D. Le développement
qui suit a pour but de déterminer la variable extensive associée à D.
σ
Le champ électrique total dans le milieu vaut : E = D + D = D − .
ε0
La variable extensive associée à D est celle dont le produit avec D donne l’énergie
emmagasinée par le système sous l’effet de D. On la notera M : c’est le moment
dipolaire total du système.
et dΦM = −S dT − p dV − M dD + μ dN
δM (T, V, D)N
− à D constant : ΔM (T, V, D, N) =
N!
162 CHAPITRE 4. GAZ PARFAIT D’ATOMES OU MOLÉCULES
= −μ0 D cos θ
−μ0 · D
– Un moment dipolaire induit μi apparaît. En champ faible, celui-ci est propor-
: μi = αD.
tionnel à D Le coefficient α est une propriété de la molécule appelée
polarisabilité. Le travail nécessaire pour créer ce moment induit vaut :
D D
α D2
−μi (D) dD = −α D dD = −
0 0 2
α D2
UR (μ, D) = UR (θ, D) = −μ0 D cos θ −
2
Pour calculer δM (T, V, D), on somme sur tous les vecteurs μ = μ0 + μi possibles :
δM (T, V, D) = q(T, V ) e−UR (μ,D)/kT
μ
Cette somme est en fait une intégrale : toutes les orientations de μ sont permises :
2π π 1
μ0 D cos θ + 2
α D2
δM (T, V, D) = dϕ q(T, V ) exp sin θ dθ
0 0 kT
0
On trouve, en remarquant que δM (T, V ) = δM (T, V, 0) est égal à 4π q(T, V ) :
0 sinh y α D2 /2kT μ0 D
δM (T, V, D) = δM (T, V ) e avec y =
y kT
0
δM (T, V )N sinh y N N α D2 /2kT
et donc ΔM (T, V, D, N) = e
N! y
α D2 sinh y
puis ΦM (T, V, D, N) = Φ0M (T, V, N) − N − NkT ln
2 y
0
δM (T, V )N
avec Φ0M (T, V, N) = −kT ln
N!
On en déduit par dérivations toutes les propriétés thermodynamiques du système.
Nous nous limiterons au calcul du moment dipolaire, de l’entropie et de la capacité
thermique à V et D constants. La fonction Φ0M (T, V, N) sera supposée connue. Ses
contributions à l’entropie, à l’énergie interne et à la capacité thermique seront notées
S0 , E0 , CV0 . Ce sont les deux autres termes qui nous intéressent.
4.7 Gaz parfait diélectrique sous champ électrique 163
Moment dipolaire.
De dΦM = −S dT − p dV − M dD + μ dN on déduit :
∂ΦM 1
M =− = N α D + μ0 L(y) avec L(y) = coth y −
∂D T,V,N y
L est la fonction de Langevin. Son graphe est représenté figure 4.8. On en déduit
la permittivité ε du milieu :
P D M 1 Nα Nμ2 L(y)
0
D=E+ = + =D + +
ε0 ε ε0 V ε ε0 V ε0 V y
1 ρ L(y) N μ0 D
⇒ =1− α + μ20 avec ρ = et y =
ε ε0 y V kT
1
Fig. 4.8 – Fonction de Langevin L(y) = coth y − y
Nα D 2
E − D M = ΦM + T S = Φ0M + T S0 − − Nμ0 D L(y)
2
∂(E − DM) 0 y2
CVD =− = CVD + Nk 1 −
∂T V,D,N sinh2 y
7
Pour CVM , on exprime E en fonction de (T, V, M, N ) ; pour CpM , on exprime E + p V en
fonction de (T, p, M, N ) ; pour CpD , on exprime H = E + p V − D M en fonction de (T, p, D, N ).
Chapitre 5
3 2m 3/2 ∞ ε √ε dε
E = p V = (2s + 1) 2πV (5.2)
2 h2 0 e
(ε−μ)/kT + σ
On ignore les degrés de liberté électroniques et nucléaires. Ils n’ont aucune in-
fluence dans le déroulement des calculs. On se reportera au paragraphe 4.1.1 pour
savoir ce qu’il faut ajouter à μ et S pour en tenir compte.
3
(−σλ)j 3
∞
σ 2 1 3 σ 4
J(λ) = λ = λ − √ λ + √ λ − √ λ + . . .
2 j=0 (j + 1)5/2 2 4 2 9 3 16 4
σ
Et on remplace λ par ϕ + √ ϕ2 . Le calcul au premier ordre conduit à :
2 2
3 σ
E ≈ NkT 1 + √ ϕ
2 4 2
On calcule enfin la capacité thermique CV en dérivant E par rapport à T (atten-
tion en dérivant : ϕ dépend de T ), la pression avec la relation pV = 23 E, et l’entropie
grâce à T S = E + pV − Nμ ; Ci-dessous le bilan complet de l’étude :
σ μ σϕ
λ ≈ ϕ + √ ϕ2 ≈ ln ϕ + √
2 2 kT 2 2
E 3 3σ ϕ pV σϕ
≈ + √ ≈1+ √ (5.5)
NkT 2 8 2 NkT 4 2
CV 3 3σ ϕ S 5 σϕ
≈ − √ ≈ − ln ϕ + √
Nk 2 16 2 Nk 2 8 2
Dans chacune des six expressions, le premier terme (celui ne contenant pas σ)
correspond au gaz parfait classique où les effets quantiques sont ignorés. Les termes
contenant σ représentent les effets quantiques. L’expression de E montre que les ef-
fets quantiques font augmenter l’énergie des fermions (σ = +1) et diminuer celle des
1
y = x + a x2 + b x3 + c x4 + . . . ⇒ x = y − a y 2 − (b − 2a2 )y 3 − (c − 5ab + 5a3 )y 4 − . . .
168 CHAPITRE 5. LES GAZ PARFAITS QUANTIQUES
Le terme (2s + 1)N est √ce que nous avons appeler Qquant au paragraphe 3.6.2. On
en déduit que V N e−N σϕ/4 2 est l’intégrale de configuration classique du système[2]
(voir équation 3.33). Soit U l’énergie potentielle classique censée représenter les
interactions quantiques :
√
ZN = · · · dq1 . . . dq3N e−U/kT = V N e−N σϕ/4 2
σϕ σ h2 3/2 ρ N σ h3
ū = kT √ = √ √ = × √
4 2 4 2 2π m (2s + 1) kT 2s + 1 4π 2 2 V m2 v̄
2m 3/√
2 1
avec g(ε) = (2s + 1) 2πV ε et fFD (ε, T, μ) =
h2 e(ε−μ)/kT +1
N
La première expression permet de calculer εF en fonction de ρ = V
:
h2 2/3 −
6π 2 ρ 2/3
2
3ρ h
εF = =
2m 4π (2s + 1) 2m 2s + 1
On peut exprimer en fonction de εF la densité d’états, ainsi que l’énergie interne
et la pression au zéro absolu :
3 N ε ε 3 N
g(ε) = = g(εF) avec g(εF) =
2 εF εF εF 2 εF
3 2
E0 = N ε̄0 = N εF p0 = ρ εF
5 5
∞ √ 3/2 ∞
ε dε εF E 3/
2 ε3/2 dε
= 3 et ε̄ = = 3/2
0 e (ε−μ)/kT +1 /2 N εF 0 e(ε−μ)/kT + 1
On en déduit :
∞
+∞
(kT )2j−1 (2j−1) x2j−1 dx
δΨ(T, μ) = 2 φ (μ)
j=1
(2j − 1)! 0 ex + 1
π2 2 7π 4
δΨ(T, μ) = (kT ) φ (μ) + (kT )4 φ (μ)
6 360
On peut maintenant revenir à nos deux équations :
∞ √ 3/2 ∞
ε dε εF E 3/
2 ε3/2 dε
= et ε̄ = = 3/2
0 e(ε−μ)/kT + 1 3/
2 N 0εFe(ε−μ)/kT + 1
√
Pour la première équation, on applique ce qui précède à φ(ε) = ε :
μ
√ μ3/2 π 2 (kT )2 7π 4 (kT )4
Ψ(0, μ) = ε dε = 3 δΨ(T, μ) = √ + + ...
0 /2 12 μ 960 μ5/2
3/2 2 3/2 π 2 kT 2 7π 4 kT 4
εF = Ψ(0, μ) + δΨ(T, μ) = μ 1+ + + ...
3 8 μ 640 μ
On élève la série à la puissance −2/3, et on multiplie le tout par kT . On écrit
ainsi l’infiniment petit kT
εF
en fonction de l’infiniment petit kT
μ
:
kT kT π 2 kT 2 π 4 kT 4
= 1− + + ...
εF μ 12 μ 720 μ
1 h2 ρ 2/3 h2 ρ 2/3
T TC avec TC = ≈ 0, 318
π 2mk 2s + 1 2mk 2s + 1
Les effets quantiques deviennent insignifiants, et le gaz devient classique.
TF et TC ont même ordre de grandeur. Pour savoir si tel ou tel modèle est valable,
les deux tests sont équivalents.
5.3 L’hélium 3 à basse température et l’électron 173
Pour les électrons dans un métal (TF ≈ 40 000 K), on peut à toute tempé-
rature ne garder dans les expressions que le premier terme. On en déduit, et c’est
vérifié expérimentalement, que le potentiel chimique et la pression sont indépendants
de T , et que la capacité thermique et l’entropie suivent une loi linéaire en T :
h2 3ρ 2/3 −2
h 2/3
μ = εF = = 3π 2 ρ (5.9)
2m 8π 2m
3 2 π 2 kT
E = N ε̄ = N εF p = ρ εF CV = S = Nk
5 5 2 εF
Remarque : Un cas plus exotique est celui des naines blanches. Ce sont des étoiles
qui ont épuisé tout le combustible qui alimente les réactions nucléaires. Dans une
étoile habituelle, la pression engendrée par ces réactions contrebalance les forces
gravitationnelles, et la densité se stabilise à une valeur proche de celle de la terre.
Dans une naine blanche, c’est la pression quantique du gaz d’électrons qui contreba-
lance les forces gravitationnelles. La température qui y règne est de l’ordre de 107 K.
On pourrait penser qu’on a affaire à un gaz classique. Mais les mesures montrent
que masse volumique et densité du gaz d’électrons atteignent des valeurs énormes
(∼ 5 tonnes par cm3 et 1036 e− /m3 ), et ils ne sont pas seuls . . .), ce qui donne
TF ∼ 5 109 K, et par conséquent, à 107 K, un gaz d’électrons totalement dégénéré.
Pour l’hélium 3 (TF ≈ 4, 9 K à l’état liquide), les formules valables pour l’élec-
tron ne le sont ici qu’aux températures inférieure à 0,5 K. Au delà, les développe-
ments limités sont nécessaires, avec de plus en plus de termes au fur et à mesure que
la température augmente. De même avec le modèle haute température (paragraphe
5.2) où il faut de plus en plus de termes dans les développements au fur et à mesure
que la température décroît. Aux températures intermédiaires, on peut constater que
les deux modèles se rejoignent parfaitement[4] . Les courbes obtenues se trouvent au
paragraphe 5.4 en regard de celles trouvées pour l’hélium 4.
(a)
Le diagramme p-T de l’hélium 3 représenté figure 5.2 fait apparaître une autre
particularité de ce fluide : une courbe de solidification décroissante de 0 à 0,32 K.
C’est un cas unique. Si, porté à 1 K et à 32 bars par exemple, on lui retire de la
chaleur, sa température décroît jusqu’à environ 0,7 K où il passe de l’état liquide à
l’état solide. Une fois la dernière goutte de liquide solidifiée, sa température décroît
à nouveau jusqu’à 0,2 K, où il subit la transformation inverse : il repasse à l’état
liquide.
Conclusion : dans la poche notée (a) sur le diagramme, l’entropie du liquide est
plus faible que celle du solide. C’est l’effet Pomerantchuk. Ce phénomène qui semble
anormal s’explique très simplement, du moins si l’on reste qualitatif.
D’abord, rappelons que :
– l’hélium 3 est un fermion de spin 1/2 ;
– à l’état liquide, les atomes sont indiscernables : ils sont tous identiques et
occupent en commun la même région de l’espace ;
– à l’état solide, ils occupent les sites d’un réseau : ils deviennent discernables.
Comparons l’enthalpie libre G = E − T S + pV du système pour ces deux états
à une pression p et une température T données.
– L’énergie interne est plus faible à l’état solide qu’à l’état liquide.
– L’entropie ne prenant en compte que l’état orbital tend vers 0 quand T tend
vers zéro aussi bien à l’état liquide qu’à l’état solide. On pourra négliger son
effet dans notre étude qualitative.
– La différence de volume entre la phase liquide et la phase solide est également
négligeable.
5.3 L’hélium 3 à basse température et l’électron 175
5
C’est une méthode classique ; au dessus du liquide se forme une vapeur dont la pression à
saturation est fonction croissante de la température ; si on pompe cette vapeur, la pression diminue,
et donc la température également ; on peut ainsi ajuster la température de façon continue depuis
le point critique (5,2 K pour l’hélium 4 ordinaire, 3,2 K pour l’hélium 3) jusqu’au point triple
du fluide ; l’hélium n’ayant pas de point triple, on peut en principe atteindre des températures
quasi-nulles, mais la température minimale accessible dépend de la puissance de la pompe qui doit
extraire la vapeur plus vite qu’elle ne se reforme ; avec l’hélium ordinaire, il n’est pas possible de
descendre en-dessous de 0,7 K (sa pression de vapeur saturante décroît extrêmement rapidement
avec la tempéraure) ; avec l’hélium 3, il est possible d’atteindre 0, 2 K (à 0,5 K par exemple, sa
pression de vapeur saturante est 10 000 fois plus importante que celle de l’hélium 4).
176 CHAPITRE 5. LES GAZ PARFAITS QUANTIQUES
Le principe est donc le même que celui d’un réfrigérateur à évaporation - conden-
sation classique. La figure 5.3 représente le schéma de l’installation. L’hélium 3 sor-
tant de la pompe est injecté sous pression à l’intérieur du condenseur (un bain
d’hélium 4 à 1 K), où il est liquéfié et refroidi. Il est ensuite acheminé vers la boîte
5.4 L’hélium 4 à basse température 177
Dans ce qui suit, nous raisonnerons à volume atomique constant en faisant varier
la température. Le volume atomique de Bose n’aura son utilité qu’au moment du
tracé du diagramme p -v.
Les démonstrations seront effectuées en conservant ϕ dans les expressions. On
remplacera celui-ci :
Λ3 (T ) T (v) 3/2
B
– par 2, 612 3 = 2, 612 lorsqu’on dérivera par rapport à T ,
ΛB (v) T
vB (T )
– par 2, 612 lorsqu’on dérivera par rapport à V ou N.
v
La température de Bose sépare deux domaines de température dans lesquels
le système possède des propriétés totalement différentes. Pour l’hélium 4 à l’état
liquide, on trouve TB = 3, 20 K.
Les températures très supérieures à TB ont été traitées au paragraphe 5.2.2. Les
résultats que nous y avons trouvés (équations 5.5, avec ici σ = −1 et s = 0) ont
été obtenus à partir de développements limités du premier ordre. En poussant de
plus en plus loin les développements limités, on peut en principe utiliser ce modèle
jusqu’à des températures très voisines de TB . Mais il existe un modèle mieux adapté
aux températures légèrement supérieures à TB .
À haute température, μ/kT → −∞ et donc N(fond) est quasi nul. Plus la tem-
pérature diminue, plus le potentiel chimique s’approche de 0, et plus N(fond) aug-
mente. L’approximation du continuum ne peut pas rendre compte de cette popula-
tion puisque la densité d’états est nulle pour ε = 0. Tant que T est supérieure à TB ,
N(fond) est négligeable : le fait de les oublier n’affecte pas le résultat. En dessous d’une
certaine température (très proche de TB ), le nombre d’atomes à l’état fondamental
180 CHAPITRE 5. LES GAZ PARFAITS QUANTIQUES
devient macroscopique (on sait que N(fond) doit atteindre la valeur N(fond) = N au
zéro absolu). Dès que N(fond) devient macroscopique, le potentiel chimique devient,
en valeur absolue, parfaitement négligeable devant kT (figure 5.5) :
μ 1 1
= − ln 1 + ≈− ≈0
kT N(fond) N(fond)
À noter qu’il n’est pas nécessaire que N(fond) = N soit d’ordre macroscopique
pour obtenir ce résultat. Un millionième de millionième de mole suffit (∼ 1012
atomes). Ce nombre est atteint à une température extrêmement voisine de TB .
C’est là une caractéristique de particules, comme les photons, qui ont la faculté d’ap-
paraître ou disparaître à volonté. Nous avons ici affaire à des particules matérielles.
Bien entendu, elles ne disparaissent pas physiquement, mais elles disparaissent du
calcul : les atomes dans l’état fondamental ne participent plus à l’énergie. Ils peuvent
toujours subir des chocs de la part des autres atomes encore en mouvement, et donc
passer dans un état excité, mais lorsqu’on abaisse la température la probabilité
qu’un tel événement arrive est extrêmement faible par rapport à celle qu’ont les
autres atomes à passer dans l’état fondamental. Ce phénomène est connu sous le
nom de condensation de Bose. Mais attention, ce n’est pas une condensation
habituelle :
– Elle s’effectue, non pas dans l’espace habituel, mais dans l’espace réciproque
(espace des vitesses). Il n’y a pas deux phases distinctes. Les atomes dans
l’état fondamental sont disséminés parmi les autres atomes. Le système reste
toujours homogène, contrairement à ce qui se passe lors d’une transformation
gaz−liquide, où les densités des phases liquide et gazeuse sont différentes.
– Habituellement, lorsqu’on retire de la chaleur à un gaz, la température s’abaisse
jusqu’à ce qu’une première goutte de liquide apparaisse. La température s’ar-
rête alors de baisser, et ce n’est que lorsque la transformation gaz−liquide est
complète que la température peut à nouveau s’abaisser. La condensation de
Bose, par contre, a lieu de façon continue de TB à 0 K, sans interruption de la
baisse de température. Nous en reparlerons au paragraphe 5.4.4.
À noter que la situation est très inhabituelle : un ensemble macroscopique de
particules est dans un état quantique pur. Les fluctuations de N(fond) = N sont donc
extrêmement faibles, d’où des effets importants à l’échelle macroscopique. L’utilisa-
tion de la densité d’états reste correcte pour les états excités. Seul l’état fondamental
est singulier. Si on note N(exc) le nombre d’atomes excités, on a donc (avec μ = 0) :
2m 3/2 ∞ √ ∞√
ε dε N 2 x dx 2, 612
N(exc) = 2π V = √ =N
h2 0 e ε/kT −1 ϕ π 0 ex −1 ϕ
Ce qui donne :
NkT T 3/2
E = 2, 0115 = 0, 7701 NkT = 0, 7701 Nexc kT
ϕ TB
T 3/2
dE Nk
CV = = 5, 02875 = 1, 9252 Nk = 1, 9252 Nexc k
dT V,N ϕ TB
E + pV Nk T 3/2
S= = 3, 3525 = 1, 2835 Nk = 1, 2835 Nexc k
T ϕ TB
2E NkT T 3/2
pV = = 1, 3410 = 0, 5134 NkT = 0, 5134 Nexc kT
3 ϕ TB
Fig. 5.6 – Capacité thermique : à gauche les fermions, à droite les bosons
T 70, 74
T TB ou v vB p 82, 04 1−
v v T 3/2
T 6825 3/2
T∼ > vB
> TB ou v ∼ p 89, 10 − − 0, 01585 v T
v v T 3/2
déduisit que la viscosité de l’hélium II était au moins 1000 fois plus faible que
celle de l’hélium I.
On découvre ensuite qu’il grimpe aux parois du récipient : une éprouvette
plongée partiellement dans un bain d’hélium II se remplit ou se vide lentement
jusqu’à ce que les niveaux s’égalisent. Le transfert se fait par l’intermédiaire
d’un film d’environ 30 nanomètres d’épaisseur qui recouvre toute surface en
contact avec l’hélium. Ce film se déplace sans frottement à une vitesse d’en-
viron 30 cm/s. On l’explique facilement : les interactions entre atomes sont
si faibles qu’elles sont toujours inférieures aux interactions atome - paroi ; le
liquide grimpe aux parois de façon à augmenter la surface de contact avec
celle-ci. Cette ascension, dans tout autre fluide, serait bloquée par la viscosité.
– En 1938, on met en évidence l’effet thermomécanique, et F. London propose
de relier toutes ces propriétés à la condensation de Bose, idée développée par
L. Tisza qui, la même année, jette les bases du modèle à deux fluides.
Autre phénomène spectaculaire mis en évidence plus tard : lancé dans un
anneau poreux, l’hélium superfluide ne subit à température constante aucun
ralentissement observable en fonction du temps. C’est un cas de courant per-
manent tout comme celui des électrons dans un supraconducteur.
1 1 δp2
Mv02 = Mv12 + δε et Mv0 = Mv1 + δp ⇒ v0 · δp = δε + > δε
2 2 2M
5.4 L’hélium 4 à basse température 187
Dans le condensat de Bose, l’énergie des atomes est nulle : lors d’un choc, elle
ne peut qu’augmenter. On en déduit que v0 · δp est positif, et donc, en utilisant
v0 · δp < v0 δp, on en déduit que :
δε
l’échange ne peut avoir lieu que si v > vC avec vC =
δp
L’état superfluide ne peut exister qu’en dessous de cette vitesse critique. Un
superfluide lancé à une vitesse supérieure se comporte comme un fluide normal.
Pour une particule quantique de masse m confinée dans une boîte cubique d’arête
h2
L, l’énergie ne peut varier que par sauts de 2mL 2 (voir paragraphe 3.2.1), ce qui
Le condensat de Bose ne peut donc être superfluide qu’à des vitesses extrêmement
faibles. Or, la vitesse critique dans l’hélium est mesurée à plusieurs millimètres par
seconde, c’est-à-dire environ 1000 fois plus que celle du condensat de Bose.
La liste des nk pour toutes les valeurs de k possibles définit l’état quantique
du système vibratoire. On dit en physique quantique que le système contient, pour
toutes les valeurs de k, nk pseudo-particules, appelées phonons, dans le mode k.
Expérimentalement, on trouve, pour les faibles valeurs de k = 2π/λ (grandes lon-
gueurs d’onde ou ondes sonores), que la loi de dispersion ω(k) est linéaire. On parle
alors de phonons acoustiques. La pente de la courbe est par définition la vitesse
de groupe vG de l’onde associée aux phonons, c’est-à-dire la vitesse du son dans le
188 CHAPITRE 5. LES GAZ PARFAITS QUANTIQUES
Ce modèle est tout à fait correct jusqu’à environ 0,5 K : l’allure de la courbe
CV (T ), l’effet thermomécanique[8] , le calcul de la viscosité en fonction de la tempé-
rature, ainsi que l’interprétation de l’existence du second son[9] . On doit simplement
remplacer les anciennes densités en fluide normal et en superfluide par la densité
du condensat et la densité du gaz de phonons, cette dernière étant très délicate à
calculer, étant donné que les phonons sont des pseudo-particules de masse nulle.
Quoi qu’il en soit, les calculs montrent que la densité du gaz de phonons suit une
loi en T 4 et que la densité globale (condensat + gaz de phonons) reste constante en
température.
Lorsqu’on augmente la température au delà de 0,5 K, on constate que ce modèle
devient insuffisant. Le modèle de Debye qui décrit les vibrations dans un réseau
cristallin prévoit qu’à haute température, la courbe CV (T ) quitte la loi en T 3 ”vers
le bas”. Pour l’hélium 4, au delà de 0,5 K, la courbe quitte la loi en T 3 ”vers le
haut”. Landau explique le phénomène en introduisant un deuxième gaz de pseudo-
particules (des ”rotons”) aux propriétés différentes de celles des phonons. Sans entrer
dans les détails, ces rotons, quasiment inexcitables au voisinage du zéro absolu,
prendraient le relais des phonons au delà de 0,5 K.
Si on augmente encore la température, le modèle de Landau est à son tour mis
en échec : au delà de 1,8 K, aucun modèle théorique à ce jour ne permet d’interpréter
l’allure quasi asymptotique de la courbe CV (T ).
8
À chaque température correspond un certain taux de superfluide. Inversement, à chaque
concentration correspond une température et une seule. Si on force l’écoulement du superfluide
seul à travers un filtre poreux reliant deux réservoirs, on change les deux concentrations et il ap-
paraît une différence de température entre les deux réservoirs. Inversement, si on chauffe d’un côté
du filtre, un courant superfluide apparaît et une différence de pression s’établit. Ce phénomène est
connu sous le nom d’effet fontaine à cause de l’expérience suivante. Un vase est rempli d’hélium
porté à une température voisine de 1 K. Une canne dont l’extrémité inférieure est remplie d’un ma-
tériau poreux est plongée dans le vase. En chauffant suffisamment, on peut créer un jet d’hélium
superfluide à l’extrémité supérieure de la canne.
9
Le second son, que l’on peut décrire comme une onde de compression dans le gaz de phonons,
n’est pas propre à l’hélium superfluide. On peut l’observer également dans les cristaux très purs à
basse température. Le son habituel, appelé premier son, correspond dans un cristal à une vibration
en phase des atomes. C’est, dans la limite des milieux continus, une variation sinusoïdale de densité
qui se propage dans le matériau. Il en est de même dans l’hélium superfluide : les deux fluides vibrent
en phase et une oscillation de densité se propage. Dans l’hélium superfluide, on observe un autre
type d’oscillation où les deux fluides vibrent en opposition de phase. C’est ce qu’on appelle le second
son qui correspond à la propagation d’une onde de taux de superfluide, à densité constante. Ce
taux étant directement lié à la température, on parle de propagation d’une onde de température.