« Antigone » est une tragédie grecque de Sophocle (495-406 av. J.-C.) créée en 441 av. J.-C.
Elle est
centrée sur la figure d’Antigone, fille d’Œdipe : figure de la résistance.
Après une guerre où les deux héritiers d’Œdipe et frères d’Antigone, Étéocle et Polynice, ont lutté
pour le pouvoir à Thèbes et ont trouvé la mort, leur oncle Créon, devenu roi, a interdit de donner une
sépulture à Polynice, responsable selon lui des problèmes de la guerre.
La pièce s’ouvre sur une discussion entre Antigone et sa sœur Ismène à ce sujet : la première veut
mettre sous terre son frère pour respecter les lois divines ; la seconde refuse de suivre sa sœur par
crainte pour sa vie. Antigone part ensuite faire ce qu’elle estime avoir à faire : donner une sépulture à
son frère.
Un garde vient annoncer à Créon que le décret concernant le corps de Polynice a été violé, et ceci par
Antigone. Créon devra ensuite endurer trois confrontations : avec sa nièce Antigone qu’il condamne à
être emmurée vivante, avec son fils Hémon fiancé à Antigone et furieux contre son père, et avec le
devin Tirésias. Avant de devoir subir le désastre final :
« Antigone » a pour thème principal l’opposition entre les lois divines et les lois humaines. Créon, par
son décret, pense ramener la cohésion à Thèbes, mais viole les lois divines, et se substitue même à
elles. Antigone, quant à elle, tient à respecter les lois divines, et agit par amour pour son frère, mais
oublie les Thébains, qui ont subi de nombreux tourments à cause de Polynice. Les deux héros sont
aussi responsables l’un que l’autre de la tragédie par leur obstination et leur fierté orgueilleuse sans
compromis.
« Antigone », chef-d’œuvre de la tragédie grecque antique, est étudiée encore aujourd’hui dans les
universités, tant pour ses qualités littéraires que pour les thèmes qu’elle traite.
J. Anouilh
Antigone est une pièce du dramaturge français Jean Anouilh, constituée d'un seul acte. Composée en
1942, elle ne put être jouée qu'en 1944 au théâtre de l'Atelier à Paris, dans une mise en scène d'André
Barsacq, alors que la France est encore sous occupation nazie. La pièce est une réécriture libre de
l'Antigone de Sophocle : « je l'ai réécrite, dit Anouilh, à ma façon, avec la résonance de la tragédie
que nous étions alors en train de vivre. »
Le Prologue présente les personnages qui vont interpréter la tragédie.
Celle-ci s’ouvre par le retour, à l’aube, d’Antigone au palais. Surprise par sa nourrice, Antigone lui
demande d’être indulgente. Arrive sa sœur Ismène, qui refuse d’aller enterrer leur frère Polynice, car
le roi Créon l’a interdit, en punition de la guerre fratricide qu’il a menée contre Étéocle.
Désobéir entraînerait la mort. Antigone annonce à son fiancé Hémon, le fils de Créon, qu’elle ne
l’épousera jamais. Elle avoue ensuite à Ismène qu'elle a recouvert Polynice.
Un garde vient d’ailleurs l'annoncer à Créon. Alors que Créon tente d’étouffer l’affaire, les gardes
reviennent avec Antigone, surprise en train de terminer sa besogne. Elle avoue alors son crime à Créon
qui tente de la sauver par divers moyens : en gardant secrète cette désobéissance, en considérant
Antigone comme une enfant, en minimisant ensuite l’importance des rites funéraires, pour lui
expliquer les raisons politiques de son interdiction et lui montrer le caractère misérable de ses frères.
A ce dernier argument, Antigone cède. Mais Créon parle du bonheur de vivre : Antigone, qui méprise
ces mots, n’hésite plus à mourir, et on l’emmène. Hémon demande en vain sa grâce à son père, tandis
qu’Antigone dicte à un garde une lettre pour lui expliquer ; mais elle découvre à cet instant qu’elle ne
sait plus pourquoi elle meurt.
On apprend alors que Hémon a rejoint Antigone dans le tombeau où elle était enterrée vivante : devant
Antigone pendue, il s’est poignardé. À cette nouvelle, sa mère Eurydice se donne la mort. Resté seul,
Créon se rend au conseil.
► Le mythe d'Antigone désacralisé
Anouilh désacralise le mythe initial au sens propre comme au sens figuré.
Au sens propre tout d'abord puisque ne subsiste nulle transcendance dans cette version moderne. La
fille d’Œdipe n’est pas soumise à la fatalité divine qui pesait sur les épaules de son père et dont elle
était l’héritière ; au contraire, elle se place à l’origine unique de son acte, transformant en devoir
humain ce qui pouvait s’apparenter à un rituel rendu aux divinités.
Lorsque Créon tente de la faire fléchir, il dénonce les rites funéraires comme étant ce « passeport
dérisoire, ce bredouillage en série, cette pantomime » dont elle peut avoir honte. Antigone ne conteste
pas : elle n’agit pas pour les dieux, mais, comme elle le dit, pour elle-même.
Le mythe est également désacralisé au sens figuré puisque Anouilh joue avec les conventions du
drame antique, qui transformaient la représentation en cérémonie. Ici, un personnage représente le
chœur tandis qu’un autre incarne le Prologue, présentant les personnages en début de pièce dans la
pure tradition de la commedia dell’arte. De nombreux anachronismes viennent en outre donner au
drame une résonance moderne : Antigone réclame son café du matin, parle de son parfum et de
son rouge à lèvres, etc. Cette technique, en refusant l’épure antique, rapproche ainsi le spectateur
de la scène : désormais, il n’est plus tenu à distance par le sacré, mais concerné au contraire par
un drame moderne.
► Légalité contre légitimité.
Antigone cependant, malgré ces changements, demeure bien la figure de la contestation, celle qui fait
valoir les droits du sang contre ceux de la loi. Il est pour elle légitime de demander à honorer la
dépouille de son frère, même si cette demande n'est pas légalement applicable, à partir du moment où
elle nie les fondements législatifs de la société. C’est pourquoi la discussion entre Créon,
représentant de la loi, et Antigone, représentante du sang, est par avance inutile. Les deux êtres
opposent deux données irréconciliables : la revendication naturelle contre l’ordre culturel.
L'apport de l’auteur à cette opposition éternelle est subversif. En effet, à force de nier toute
justification de son acte, Antigone finit par devenir une figure creuse de la résistance, se battant par
principe, plus que par conviction. Anouilh opère ainsi un léger glissement de la détermination
vers l’entêtement, qui déstabilise tout discours définitif sur la valeur d’Antigone.
► Une tragédie de mots.
L’auteur fait beaucoup parler ses personnages dans un style souvent poétique qui cherche à susciter
l'émotion de l'interlocuteur par l’usage d'une rhétorique de la persuasion. Une certaine complaisance
avec le langage définit même les deux personnages principaux qui, dans la longue discussion centrale,
tentent de donner une expression à toutes les significations de la crise. Et cette propension à la faconde
constitue précisément ce qui les perd. Après avoir tant parlé, après s’être tant émue sur les motivations
de son acte, Antigone ne sait plus pourquoi elle meurt. L’auteur le signifie dans la scène symbolique
de la lettre. Dans ce moment topique de la justification héroïque, l’auteur met Antigone aux prises
avec ce langage dont elle a tant usé. Au moment de se justifier, de donner une mémoire à son acte, elle
ne sait plus quoi dire et fait rayer ses propres mots, les remplaçant par des mots usés : « je t’aime »,
qui contrastent avec son dégoût affiché des sentiments trop évidents. Le piège semble ainsi se refermer
sur une tragédie des mots, qui empêchent les êtres de donner un sens à leur acte. Pour Antigone, au
moment même où elle paye de sa mort le prix de sa conviction, son acte ne veut, littéralement, rien
dire.