Collège de l’Avenir
1ère A4
LES RESISTANCES A LA CONQUÊTE
COLONIALE EN AFRIQUE
Présenté par groupe n°4 Professeur :
Membres du groupe : ➢ M. FOFANA
➢ COULIBALY Hamadou Tchalafolo
➢ KABORE Salimata
➢ KAHOUN Béatrice
Année Scolaire : 2020-2021
Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
Sommaire
INTRODUCTION.................................................................................................................... 3
I- Les Causes des résistances en Afrique ............................................................................ 3
1- Les causes politiques....................................................................................................... 3
2- Les causes économiques ................................................................................................. 4
3- Les causes socioculturelles ............................................................................................. 4
II- Quelques Acteurs de la résistance face aux Français ................................................ 5
1- Samory Touré du Manden ............................................................................................... 5
2- El Hadj Omar Tall de l’empire Toucouleur ................................................................... 9
3- Béhanzin du Dahomey .................................................................................................. 13
III- Les conséquences de l’échec des résistances ............................................................. 15
1- Les conséquences politiques ......................................................................................... 15
2- Les conséquences économiques .................................................................................... 15
3- Les conséquences socioculturelles ................................................................................ 15
CONCLUSION ...................................................................................................................... 15
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
INTRODUCTION
De 1880 à 1914, toute l’Afrique occidentale a été colonisée, exception faite du Libéria. Ce
phénomène qui se traduisit essentiellement pour les Africains par la perte de leur souveraineté,
de leur indépendance et de leurs terres, s’est déroulé en deux phases. La première va de 1880
au début des années 1900, la seconde jusqu’au déclenchement de la première guerre mondiale
en 1914. La nature des activités des Européens a varié selon les étapes, suscitant du même coup
chez les Africains une évolution de leurs initiatives et réactions. Au cours de la première étape,
les Européens ont eu recours soit à la diplomatie ou à l’invasion militaire, soit à l’une, soit à
l’autre. C’est la grande période dans pratiquement toute l’Afrique occidentale, de la course aux
traités, suivis la plupart du temps d’invasions, de conquêtes et d’occupation par des armées
plus ou moins importantes et disciplinées. La conquête et l’occupation européennes en Afrique
occidentale atteignent leur apogée au cours de la période 1880-1900. Jamais le continent
n’avait connu autant d’interventions militaires, autant d’invasions et de campagnes organisées
contre des États et des sociétés africains. Au cours de cette première phase, pratiquement tous
les Africains partageaient le même objectif : sauvegarder leur indépendance et leur mode de
vie traditionnelle. Seuls variaient les moyens et les méthodes employés pour y parvenir. Ils
avaient le choix entre trois solutions : l’affrontement, l’alliance ou encore l’acceptation ou la
soumission. La stratégie de l’affrontement impliquait la guerre ouverte, les sièges, les
opérations de guérilla et la politique de la terre brûlée aussi bien que le recours à la diplomatie.
Comme on le verra, ces trois solutions furent adoptées. Bien que la conquête et l’occupation
de l’Afrique occidentale aient été le fait de trois grandes puissances européennes, nous nous
bornerons dans ce chapitre à examiner le comportement la France.
I- Les Causes des résistances en Afrique
Bien que pouvant paraitre évident, nous nous efforcerons d’élucider de quelques peu le propos
des mobiles des résistances en Afrique. Ces mobiles sont politiques, économiques et
socioculturels.
1- Les causes politiques
Les peuples, à l’exemple de celui de Ménélik II étaient animés du désir de sauvegarder leur
indépendance. Les rois veulent assurer ou préserver leur souveraineté, le cas parlant de la
confédération Ashanti qui s’oppose à la colonisation britannique. Aussi faut-il noter que les
conquêtes surviennent au moment où des chefs Africains tentent de créer de nouvelles entités
politiques, faisant allusion à El Hadj Omar Tall, son fils Ahmadou et Samory Touré.
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2- Les causes économiques
Comme Béhanzin dans le royaume du Dahomey, les chefs Africains veulent conserver leur
monopôle d’intermédiaires commerciaux et leurs terres. Ceux aussi qui avaient tirés parti de la
traite, craignaient de perdre leurs revenus.
3- Les causes socioculturelles
Les Africains manifestaient bien évidemment le soucis de préserver leurs coutumes ancestrales,
telles que la polygamie et les rites sacrificiels humains. Aussi, que Samory Touré déclare la
guerre sainte aux envahisseurs, démontre l’idée de conservation des croyances et religions.
Prélude
A partir de 1880, les Français adoptèrent une politique d’élargissement de leur zone d’influence
sur toute la région, du Sénégal au Niger puis jusqu’au Tchad, en reliant les territoires conquis
grâce à leurs avant-postes du golfe de Guinée en Côte-d’Ivoire et au Dahomey. L’application
de cette politique fut confiée aux officiers de la marine nationale qui, à partir de 1881, furent
responsables de l’administration de la région du Sénégal. Il n’est donc pas étonnant que, pour
étendre leur domination sur la région, les Français aient choisi quasi exclusivement la conquête
militaire au lieu de conclure des traités de protectorat comme l’avaient fait les Britanniques.
En ce qui concerne les réactions des Africains, ils ne négligèrent aucune des possibilités qui
leur étaient offertes, à savoir la soumission, l’alliance et l’affrontement. Toutefois, comme nous
le verrons plus loin, la grande majorité des dirigeants choisirent la stratégie de la résistance
active plutôt que la soumission ou l’alliance ; cette résistance s’est révélée bien plus violente
que dans les autres régions de l’Afrique occidentale pour deux raisons principales. La première,
déjà mentionnée, c’est que les Français choisirent quasi exclusivement d’étendre leur
domination par la force, ce qui ne pouvait que susciter des réactions violentes. La deuxième
raison est que l’islamisation y était beaucoup plus forte que dans le reste de l’Afrique
occidentale et, comme l’a souligné Michael Crowder, « pour les sociétés musulmanes
d’Afrique occidentale, l’imposition d’une domination blanche signifiait la soumission à
l’infidèle, situation intolérable pour tout bon musulman », les habitants de cette région avaient
donc tendance à s’opposer aux Européens avec une ardeur et une ténacité qu’on ne retrouvait
pas toujours chez les non-musulmans. Pour illustrer ces considérations d’ordre général, nous
allons étudier les événements en Sénégambie, dans les empires toucouleur et manden.
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
II- Quelques Acteurs de la résistance face aux Français
1- Samory Touré du Manden
À l’encontre d’Ahmadu, Samory Touré opta pour une stratégie d’affrontement plutôt que
d’alliance ; bien qu’il eût aussi recours à la diplomatie, il mit surtout l’accent sur la résistance
armée. En 1881, il avait déjà fait de «la partie méridionale des savanes soudanaises, tout au
long de la grande forêt ouest-africaine », entre le nord de l’actuelle Sierra Leone et la rivière
Sassandra en Côte-d’Ivoire, un empire unifié sous son autorité incontestée20 (voir fig. 6.3). À
la différence de l’empire toucouleur, l’empire manden était encore dans une phase ascendante
en 1882 quand eut lieu la première rencontre entre Samory Touré et les Français. La conquête
de cette région avait également permis à Samory Touré de se forger une puissante armée
relativement bien équipée à l’européenne. Cette armée était divisée en deux corps, l’infanterie
(ou sofa) forte en 1887 de 30 000 à 35 000 hommes, et la cavalerie qui ne comptait pas plus de
3 000 hommes à la même époque. L’infanterie était divisée en unités permanentes de 10 à 20
hommes dites sẽ [pieds] ou kulu [tas], commandées par un kuntigi [chef], 10 sẽ formant un
bolo [bras] placé sous le commandement d’un bolokuntigi. La cavalerie était divisée en
colonnes de 50 hommes qu’on appelait des Sεrε. Les bolo, principale force offensive, se
déplaçaient sous l’escorte des Sεrε. Comme il s’agissait d’unités permanentes, il s’établissait
des liens d’amitié, d’abord entre les soldats, et de loyauté à l’égard de leur chef local et de
Samory Touré. Cette armée ne tarda donc pas à prendre « un caractère quasi national en raison
de son homogénéité très remarquable ». Mais ce qui distinguait surtout l’armée de Samory
Touré, c’était son armement et son entraînement. Contrairement à la plupart des armées
d’Afrique occidentale, l’armée de Samory Touré était pratiquement constituée de
professionnels armés par les soins de leur chef. Jusqu’en 1876, les troupes de Samory Touré
étaient équipées de vieux fusils que les forgerons locaux étaient capables de réparer. Mais, à
partir de 1876, Samory Touré entreprit de se procurer des armes européennes plus modernes,
essentiellement par l’intermédiaire de la Sierra Leone, pour les étudier attentivement et décider
quelles étaient celles qui étaient le mieux adaptées à ses besoins. C’est ainsi qu’à partir de 1885,
il décida de remplacer les chassepots, dont les cartouches trop volumineuses étaient vite
abîmées par l’humidité de la région, par des fusils Gras mieux adaptés au climat avec leurs
cartouches plus légères et par des Kropatscheks (fusils Gras à répétition). Il devait rester fidèle
à ces deux modèles pendant toute la durée des années 1880, tant et si bien qu’il finit par disposer
d’équipes de forgerons capables de les copier dans les moindres détails. À partir de 1888, il fit
également l’acquisition de quelques fusils à tir rapide et, en 1893, il disposait d’environ 6 000
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fusils, qu’il utilisa jusqu’à sa défaite en 1898. En revanche, il ne disposa jamais de pièces
d’artillerie, ce qui constituait un grave handicap dans ses campagnes contre les Français. Ces
armes furent acquises grâce à la vente de l’ivoire et de l’or extrait des vieux champs aurifères
de Buré, au sud du pays, déjà exploités à l’époque médiévale, et à l’échange d’esclaves et de
chevaux dans la région du Sahel et du Mosi. Bien équipée, l’armée de Samory Touré était
également bien entraînée et disciplinée, et se caractérisait par son esprit de corps et son
homogénéité.
Il ressort de ce qui précède que Samory Touré était presque au faîte de sa puissance lorsqu’il
entra pour la première fois en contact avec les Français en 1882. En février de cette année, il
reçut la visite du lieutenant Alakamesa, qui lui notifia l’ordre du Commandement supérieur du
Haut Sénégal-Niger, de s’éloigner de Kenyeran, important marché qui barrait à Samory Touré
la route de Mandigo. Comme il fallait s’y attendre, Samory Touré refusa. Cela lui valut une
attaque surprise de la part de Borgnis-Desbordes, qui dut battre précipitamment en retraite. Le
frère de Samory Touré, Kémé-Brema, attaqua les Français à Wenyako, près de Bamako, en
avril. D’abord vainqueur le 2 avril, Kémé-Brema fut battu dix jours plus tard par des troupes
françaises beaucoup moins importantes. Dès lors, Samory Touré évita l’affrontement avec les
Français et dirigea son action vers le Kenedugu.
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En 1885, quand Combes occupa le Buré, dont les mines d’or étaient importantes pour
l’économie de son empire, Samory Touré comprit l’ampleur de la menace et se résolut à déloger
les Français par la force. Trois armées, celle de Kémé-Brema, de Masara Mamadi et la sienne,
furent chargées de l’exécution de cette tâche. Par un vaste mouvement en tenailles, le Buré fut
facilement reconquis et les Français durent déguerpir sous peine d’être encerclés. Samory
Touré décida alors de cultiver ses relations avec les Britanniques de la Sierra Leone. Après
avoir occupé Falaba en 1884, il dépêcha des émissaires à Freetown, proposant au gouverneur
de placer tout le pays sous la protection du gouvernement britannique. Cette offre n’était qu’une
manœuvre de la part de Samory Touré, qui n’entendait nullement aliéner sa souveraineté, mais
la faire respecter par les Français en s’alliant à un gouvernement puissant.
La manœuvre ayant échoué, Samory signa avec les Français, le 28 mars 1886, un traité aux
termes duquel il acceptait de faire revenir ses troupes sur la rive droite du Niger, mais
maintenait ses droits sur le Buré et les Manden de Kangaba. Dans un autre traité avec les
Français signé le 25 mars 1887, qui modifiait celui de l’année précédente, Samory cédait la
rive gauche du fleuve et acceptait même de placer son pays sous protectorat français. Samory
Touré avait peut-être signé ce nouveau document en pensant que les Français l’aideraient
contre Tieba, le faama (roi) de Sikasso, qu’il attaqua en avril 1887 avec une armée de 12 000
hommes. Or les Français souhaitaient simplement empêcher toute alliance entre Samory Touré
et Mamadou Lamine, leur adversaire d’alors. Lorsque Samory constata qu’au lieu de se
comporter en alliés et de l’aider, les Français encourageaient la dissidence et la rébellion dans
les régions nouvellement soumises et cherchaient à l’empêcher de se ravitailler en armes auprès
de la Sierra Leone, il leva le siège en août 1888 et se prépara au combat contre l’envahisseur.
Il réorganisa l’armée, conclut avec les Britanniques en Sierra Leone, en mai 1890, un traité
l’autorisant à acheter des armes modernes en quantités croissantes au cours des trois années
suivantes, et entraîna ses troupes à l’européenne. Des sections et des compagnies furent créées.
Sur le plan de la tactique militaire, il décida d’opter pour la défensive. Bien sûr, il ne s’agissait
pas de se mettre à l’abri des murailles des tatas car l’artillerie ne lui aurait laissé aucune chance
de succès. Sa stratégie consistait à imprimer une grande mobilité à ses troupes pour mieux
surprendre l’ennemi et lui infliger de lourdes pertes avant de disparaître.
Archinard, qui s’était emparé de Ségou en mars 1890, attaqua Samory Touré en mars 1891,
dans l’espoir de le battre avant de passer le commandement du Haut Sénégal-Niger à Humbert.
Il pensait qu’au premier choc l’empire de Samory Touré s’écroulerait. Mais, bien que son
offensive aboutît à la capture de Kankan le 7 avril et à l’incendie de Bisandugu, elle eut l’effet
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contraire, car elle constitua pour Samory Touré un avertissement salutaire et l’incita à
poursuivre ses offensives contre les Français à Kankan, ce qui lui permit de les battre à la
bataille de Dabadugu le 3 septembre 1891.
C’est en 1892 qu’eut lieu le principal affrontement entre les Français et Samory Touré.
Désireux d’en finir, Humbert envahit la partie centrale de l’empire en janvier 1892 à la tête
d’une armée de 1 300 fusiliers triés sur le volet et de 3 000 porteurs. Samory Touré commandait
personnellement une armée de 2 500 hommes d’élite pour faire face à l’envahisseur. Bien que
ses hommes « se bâtissent comme des diables, défendant pied à pied chaque pouce de terrain
avec une énergie farouche », pour reprendre les mots de Person, Samory fut battu et Humbert
put s’emparer de Bisandugu, Sanankoro et Kerwane. Soulignons toutefois que Humbert lui-
même devait avouer que le résultat était bien maigre, eu égard aux lourdes pertes qu’il avait
subies. De plus, Samory Touré avait ordonné aux populations civiles de faire le vide devant les
troupes françaises.
Cependant, Samory Touré ne nourrissait guère d’illusions. Les violents combats livrés contre
la colonne Humbert, qui lui avaient coûté un millier de combattants d’élite alors que les
Français ne perdaient qu’une centaine d’hommes, l’avaient persuadé qu’un nouvel
affrontement avec les Français était absurde. Il ne lui restait donc plus qu’à se rendre ou à se
replier. Refusant de capituler, il décida d’abandonner sa patrie et de se replier à l’Est pour y
créer un nouvel empire hors de portée des Européens. Poursuivant sa politique de la terre
brûlée, il entreprit sa marche vers l’Est en direction des fleuves Bandama et Comoe. Bien qu’il
eût perdu en 1894, avec la route de Monrovia, la dernière voie d’accès lui permettant de se
procurer des armes modernes, il n’abandonna pas pour autant le combat. Au début de 1895, il
rencontra et repoussa une colonne française venant du pays baoulé sous le commandement de
Monteil et, entre juillet 1895 et janvier 1896, il occupa le pays abro (Gyaman) et la partie
occidentale du Gondja. À cette époque, il était parvenu à se créer un nouvel empire dans
l’hinterland de la Côte-d’Ivoire et de l’Ashanti (voir fig. 6.2)28. En mars 1897, son fils
Sarankenyi Mori rencontra et battit près de Wa une colonne britannique commandée par
Henderson, pendant que Samory Touré lui-même attaquait et détruisait Kong en mai 1897 et
poursuivait son avance jusqu’à Bobo, où il rencontra une colonne française commandée par
Caudrelier.
Alors qu’il était en route, Gouraud l’attaqua par surprise à Gelemu le 29 septembre 1898.
Capturé, Samory Touré fut déporté au Gabon, où il mourut en 1900. Sa capture mettait un
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terme à ce qu’un historien moderne a appelé « la plus longue série de campagnes contre le
même adversaire dans toute l’histoire de la conquête française du Soudan ».
2- El Hadj Omar Tall de l’empire Toucouleur
La domination française commençait à s’affirmer sur tout le Sénégal. En 1857, les troupes de
Faidherbe et celles du Khalife s’affrontèrent à Médine, puis à Matam en 1859. Ce n’est qu’en
1860 qu’un traité de paix fut signé. Ce répit permis à El Hadj Omar de se tourner contre les
Bambaras païens et animistes et les Peuls de Macina qui, bien que musulmans, avaient refusé
de lui prêter main forte contre les « ennemis de la foi ». En 1864, El Hadj Omar prend leur
capitale : Hamdallahi. C’est là qu’une révolte va le bloquer. Il en réchappe in extremis pour
disparaître ensuite dans des conditions mal connues en 1864 dans les grottes de Bandiagara au
Mali. Comme la plupart des chefs africains, Ahmadu, fils et successeur d’Al Hadj ˓Umar,
fondateur de l’empire tukuloor (voir fig. 6.2), était résolu à défendre son empire et à en
préserver l’indépendance et la souveraineté. Pour atteindre ces objectifs, il choisit une stratégie
d’alliance et d’affrontement militant. Toutefois, contrairement à la plupart des chefs de la
région, il s’appuyait sur l’alliance plus que sur la résistance. En fait, nous verrons que, depuis
son arrivée au pouvoir jusqu’en 1890, il persista à rechercher l’alliance ou la coopération avec
les Français, et ce n’est qu’au cours des deux années suivantes qu’il se résolut à l’affrontement
armé.
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
Cela dit, il n’est pas surprenant qu’Ahmadu ait adopté cette stratégie particulière, car les réalités
politiques et économiques auxquelles il était confronté ne lui laissaient guère d’autre choix.
Politiquement, et dès le début de son règne, Ahmadu dut se battre sur trois fronts : contre ses
frères qui contestaient son autorité, contre ses sujets — Bambara, Mandenka (Manden, Mande,
« Mandingues »), Peul et autres — qui détestaient profondément leur nouveau maître tukuloor
et voulaient recouvrer leur indépendance par la force, et contre les Français. Pour aggraver les
choses, son armée était numériquement plus faible que celle qui avait permis à son père de
créer l’empire, puisqu’elle ne comptait plus que 4 000 talibe (ces étudiants religieux qui
formaient l’ossature de l’armée d’˓Umar) et 11 000 sofa [fantassins] en 18668, il n’exerçait pas
sur elle la même autorité que son père et n’était pas capable de la motiver avec la même force.
Comme il fallait s’y attendre, Ahmadu se préoccupa donc en priorité de renforcer sa propre
position en traitant avec ses frères — en fait, certains d’entre eux s’efforcèrent de le renverser
en 1872 — puis, pour assurer la survie de son empire, en mettant fin aux rébellions actives au
sein des divers groupes assujettis et, en particulier, des Bambara. Pour ce faire, il avait besoin
d’armes et de munitions ainsi que des ressources financières que lui procurait le commerce, ce
qui l’obligeait à entretenir des relations amicales avec les Français. En outre, la plupart des
talibe se recrutaient au Fouta Toro, patrie de son père, et comme cette région était placée sous
la domination française, il lui fallait obtenir leur coopération. Confronté à de tels problèmes de
politique intérieure, comment s’étonner qu’il eût accepté, peu de temps après son accession, de
négocier avec les Français ? Ces négociations eurent lieu entre Ahmadu et le lieutenant Mage,
représentant de la France. Il fut convenu qu’en échange de la fourniture de canons et de la
reconnaissance de son autorité, Ahmadu autoriserait les commerçants français à exercer leur
commerce dans son empire.
Bien que ce traité n’eût pas été ratifié par l’administration française, qu’Ahmadu n’eût reçu
aucun canon et que les Français n’eussent pas cessé d’aider les rebelles (allant jusqu’à attaquer
Sabusire, forteresse tukuloor de Kuasso en 1878), Ahmadu n’en conserva pas moins une
attitude amicale envers les Français. Cela lui fut très utile car il put ainsi étouffer les tentatives
de rébellion de ses frères en 1874 ainsi qu’au Ségou et à Kaarta à la fin des années 1870. Aussi
ne fit-il aucune difficulté lorsque les Français, qui avaient besoin de sa coopération pour
préparer la conquête de la région située entre le Sénégal et le Niger, le pressentirent en 1880
pour de nouvelles négociations. Ces négociations, conclues par le capitaine Gallieni, aboutirent
au traité de Mango, par lequel Ahmadu s’engageait à autoriser les Français à construire et à
maintenir en état des routes commerciales dans son empire et leur accordait le privilège de
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
construire et de faire circuler des bateaux à vapeur sur le Niger. En échange, les Français
reconnaissaient l’existence de son empire comme État souverain, acceptaient de lui accorder
le libre accès au Fouta, s’engageaient à ne pas envahir son territoire et à n’y construire aucune
fortification.
Ce traité était manifestement une grande victoire diplomatique pour Ahmadu et, si les Français
l’avaient ratifié et en avaient observé sincèrement les clauses, il est indubitable que l’empire
d’Ahmadu aurait survécu. Mais, bien entendu, Gallieni lui-même n’avait pas l’intention
d’appliquer le traité que, de toute façon, son gouvernement ne ratifia pas. Sous le nouveau
commandant militaire du Haut-Sénégal, le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes, les Français
commencèrent dès 1881 à envahir l’empire. En février 1883, ils occupèrent sans coup férir
Bamako, sur le Niger, et ils purent lancer leurs canonnières sur le fleuve en 1884 sans que les
toucouleurs n’offrent de résistance. La seule réaction d’Ahmadu fut d’interdire tout commerce
avec les Français11. En 1884, Ahmadu entreprit, à la tête d’une imposante armée, de remonter
le Niger en direction de Bamako. Mais, contrairement à tout ce qu’on pouvait prévoir, il
renonça à attaquer ou à menacer les fragiles lignes de communication des Français pour aller
assiéger Nioro, capitale de Kaarta, en vue de déposer le roi Moutaga, son frère, qu’il jugeait
trop indépendant à l’égard de l’autorité centrale.
Qu’Ahmadu ait choisi d’attaquer son frère plutôt que les Français montre assez qu’il ne
maîtrisait pas encore pleinement la situation dans son empire et avait besoin de l’appui des
Français, surtout si l’on tient compte du fait que les Bambara du district de Beledugu près de
Bamako étaient eux aussi en dissidence. C’est sûrement ce qui explique la réaction d’Ahmadu
aux invasions françaises entre 1881 et 1883. Il avait d’autant plus besoin de la coopération
française que le siège de Nioro avait encore affaibli son potentiel militaire. Pour leur part, les
Français éprouvaient également un besoin urgent de s’allier avec Ahmadu. Entre 1885 et 1888,
ils combattaient la rébellion du chef soninké Mamadou Lamine et étaient donc particulièrement
soucieux d’éviter toute alliance entre lui et Ahmadu. Aussi, et bien qu’il sût parfaitement que
les Français continuaient à aider les rebelles bambara, Ahmadu accepta de conclure avec eux
le traité de Gori, le 12 mai 1887. Aux termes de ce nouveau traité, Ahmadu acceptait de placer
son empire sous la protection nominale des Français, qui s’engageaient en retour à ne pas
envahir ses territoires et à lever leur interdiction frappant les ventes d’armes à Ahmadu.
Mais, en 1888, les Français ayant maté la rébellion de Lamine et conclu, comme on le verra
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
plus loin, un autre traité avec Samory Touré, n’avaient plus besoin de s’allier avec Ahmadu.
Cette évolution de la situation et l’agressivité du commandement militaire français expliquent
le déclenchement de nouvelles hostilités contre Ahmadu, dont le signal fut l’attaque, en février
1889, de la forteresse toucouleur de Kundian, « cet obstacle gênant sur la route de Siguiri et de
Dinguiray ». L’opération n’eut pas la célérité souhaitée. Le tata était très solidement construit
avec des doubles murs de maçonnerie et la garnison avait dégarni les toitures de chaume pour
empêcher la propagation rapide d’un incendie. Pour ouvrir une brèche, Archinard fut obligé de
procéder pendant huit heures à un bombardement intensif de la muraille avec ses pièces
d’artillerie de montagne de 80 mm. Les toucouleurs qui avaient résisté à ce déluge de feu et
d’acier opposèrent une résistance farouche aux Français, ripostant aux bombardements par des
salves de mousquets ininterrompues et défendant le terrain maison par maison. Beaucoup de
défenseurs périrent les armes à la main.
Ahmadu, aux prises avec ses difficultés internes, transposa alors le conflit sur le plan religieux.
Il invita tous les musulmans de l’empire à prendre les armes pour la défense de la foi. Des
lettres furent envoyées au Jolof, en Mauritanie, au Fouta, pour demander du secours. Ces
démarches ne donnèrent pas de résultat satisfaisant et Archinard, après avoir procédé à des
préparatifs minutieux et s’être procuré un armement adéquat, s’empara de la capitale de
l’empire en avril 1890. De là, il marcha sur la forteresse de Wesebugu, défendue par des
Bambaras fidèles à Ahmadu qui se firent tous tuer, non sans avoir infligé de lourdes pertes aux
assaillants. Sur les 27 Européens, 2 furent tués et 8 blessés ; parmi les soldats africains, 13
furent tués et 876 blessés. Poursuivant son offensive, Archinard s’empara de Koniakary après
avoir écrasé la résistance des Toucouleurs. Devant l’opiniâtreté de la résistance des garnisons
toucouleur, Archinard marqua un temps d’arrêt et demanda à Ahmadu de capituler et d’aller
s’installer dans un village de Dinguiray en simple particulier.
C’est alors qu’Ahmadu se décida enfin à renoncer à la diplomatie pour recourir aux moyens
militaires. En juin 1890, ses soldats attaquèrent la voie ferrée à Talaari et de nombreuses
escarmouches les opposèrent aux Français entre Kayes et Bafulabe. Au cours d’un de ces
accrochages, les Français eurent 43 tués et blessés sur une force de 125 hommes. En septembre,
profitant de l’isolement de Koniakary par les eaux, ils cherchèrent à le conquérir, mais sans
succès.
Cependant, Ahmadu se préparait également à défendre Nioro. Il divisa ses troupes en quatre
groupes. Le gros des troupes était concentré autour de Nioro, sous le commandement du
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
général bambara Bafi et de l’ex-roi du Jolof Alburi Ndiaye18. Le 23 décembre 1890, l’armée
de Bassiru était dispersée par les Français équipés de canons de 80 et 95 mm et, le 1er janvier
1891, Archinard entrait à Nioro. La tentative d’Albury Ndiaye de reprendre Nioro le 3 janvier
se solda par un échec et la déroute de l’armée toucouleur. Le sultan eut plus de 3 000 hommes
tués ou capturés. 11 se retira au Macina, qu’il quitta après le rude combat de Kori-Kori. Même
dans son exil en territoire hawsa, il avait maintenu à l’égard des Français « une indépendance
sans compromission ».
3- Béhanzin du Dahomey
Comme Samory Touré, le roi du Dahomey (Abomey), Béhanzin, décida de recourir à une
stratégie d’affrontement pour défendre la souveraineté et l’indépendance de son royaume30.
Dans la dernière décennie du XIXe siècle, le Dahomey entra en conflit ouvert avec la France,
qui avait imposé son protectorat à Porto Novo, vassal d’Abomey (voir fig. 6.1). C’était là une
grave atteinte aux intérêts économiques d’Abomey. En 1889, l’héritier du trône, le prince
Kondo, fit savoir à Bayol, le gouverneur des Rivières du Sud, que le peuple fon n’accepterait
jamais cette situation. En février 1890, Bayol ordonna l’occupation de Cotonou et l’arrestation
des notables fon qui s’y trouvaient. Le prince Kondo, qui avait pris le pouvoir en décembre
1889 sous le nom de Béhanzin, réagit en mobilisant ses troupes. Abomey possédait alors une
armée permanente forte de 4 000 hommes et femmes en temps de paix. En période de guerre,
tous les hommes devaient effectuer le service militaire, soutenus par les Amazones, guerrières
très redoutées.
La garnison française fut attaquée au crépuscule au moment où une partie de l’armée détachée
dans la région de Porto Novo devait détruire les palmiers. Selon Béhanzin, ces mesures de
représailles économiques amèneraient rapidement les Français à demander la paix. Le 3
octobre, le père Dorgere se présentait à Abomey avec des propositions de paix. Les Français
s’engagèrent à verser à Béhanzin une rente annuelle de 20 000 francs, en échange de la
reconnaissance de leurs droits sur Cotonou, où ils pouvaient percevoir des impôts et établir une
garnison. Le roi accepta ces conditions et le traité fut signé le 3 octobre 1890. Toutefois,
soucieux de défendre le reste de son royaume, le roi entreprit de moderniser son armée en
achetant aux firmes allemandes de Lomé, entre janvier 1891 et août 1892, «1 700 fusils à tir
rapide, 6 canons Krupp de divers calibres, 5 mitrailleuses, 400 000 cartouches assorties et une
grande quantité d’obus ».
Mais les Français, résolus à conquérir le Dahomey, prirent prétexte d’un incident survenu le 27
mars 1892 ; ce jour-là, en effet, des soldats fon ouvrirent le feu sur la canonnière Topaz, qui
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
descendait le Weme avec à son bord le résident français de Porto Novo. La mission de conquête
fut confiée à un mulâtre sénégalais, le colonel Dodds, qui arriva à Cotonou en mai 1892. Porto
Novo, où les Français concentrèrent 2 000 hommes, devint le centre des préparatifs. Dodds fit
remonter le Weme à ses hommes et, le 4 octobre, entreprit de marcher sur Abomey.
Rassemblant les trois divisions de leur armée forte d’environ 12 000 hommes, les Fon
s’efforcèrent de couper la route à l’envahisseur entre le fleuve et Abomey. Les soldats fon ne
ménagèrent pas leurs efforts, recourant à leurs moyens d’action traditionnels (attaques surprise
à l’aube, embuscades, défense en ligne, tactique de harcèlement et autres formes de guérilla);
mais, malgré de lourdes pertes, ils ne purent stopper les Français et encore moins les faire
reculer. On estime que les Fon eurent 2 000 morts (dont presque toutes les Amazones) et 3 000
blessés, alors que les Français ne perdirent que 10 officiers et 67 hommes. Mais ce qui faussa
le plus le plan militaire fon fut la destruction des récoltes par les esclaves yoruba libérés par
l’armée de Dodds. Des problèmes aigus de ravitaillement se posèrent à Abomey. Certains
soldats, pour ne pas mourir d’inanition, devaient aller chercher des vivres chez eux et défendre
par la même occasion leur village contre les pillards yoruba libérés.
Avec la désintégration de l’armée fon, la seule issue qui semblait aller de soi était la paix.
Dodds, qui campait alors à Cana, accepta les propositions de Béhanzin mais exigea le paiement
d’une lourde indemnité de guerre et la livraison de toutes les armes. Ces conditions de Dodds
étaient évidemment inacceptables pour la dignité même du peuple fon. En novembre 1892,
Dodds, qui poursuivait sa marche inexorable, faisait son entrée à Abomey, que Béhanzin avait
fait incendier avant de faire route vers la partie septentrionale de son royaume, où il s’établit.
Au lieu de se soumettre ou d’être déposé par son peuple comme les Français s’y étaient
attendus, il se mit plutôt à réorganiser son armée avec le soutien sans réserve de son peuple. En
mars 1893, il put regrouper 2 000 hommes qui opérèrent de nombreux raids dans les zones
tenues par les Français. En avril 1893, les notables firent de nouvelles propositions de paix. Ils
étaient prêts à céder à la France la partie méridionale du royaume, mais ne pouvaient accepter
la déposition de Béhanzin, incarnation des valeurs de leur peuple et symbole de l’existence de
leur État indépendant. Les Français lancèrent donc, en septembre, un autre corps
expéditionnaire, toujours sous le commandement de Dodds, promu au rang de général ; cette
expédition parvint à conquérir le nord du Dahomey. Goutchilli fut nommé et couronné roi le
15 janvier 1894 ; quant à Béhanzin, il fut arrêté à la suite d’une trahison le 29 janvier 1894.
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Les résistances à la conquête coloniale en Afrique
III- Les conséquences de l’échec des résistances
De ce qui précède, il est bien légitime de déduire qu’en général les résistances face au forces
coloniales en Afrique furent un échec. Quels sont donc les conséquences d’un tel échec ? Ces
conséquences peuvent se ranger en trois groupes à savoir, politiques, économiques et
socioculturelles.
1- Les conséquences politiques
Si l’échec des résistances en Afrique riment bien avec une chose, c’est l’affaiblissement, voire
la disparition des royaumes africains. C’est le cas des royaumes du Dahomey et de la
confédération Ashanti. Ainsi l’Afrique s’est vue dominée et partagée comme un vulgaire
gâteau entre la France et l’Angleterre et bien d’autres.
2- Les conséquences économiques
Bien entendu, les richesses naturelles et humaines de l’Afrique qui étaient objets de convoitise
pourront être exploitées au vouloir des bourreaux colonisateurs. L’économie traditionnelle sera
donc désorganisée.
3- Les conséquences socioculturelles
Les structures et valeurs traditionnelles sont détruites. L’école, la religion et la langue du colon
viennent aliéner la culture Africaine. Comment ne pas signaler la disparition de cette bonne
solidarité qui existait entre Africains ?
CONCLUSION
Nous venons d’analyser les premières manifestations des initiatives et de la résistance africaines
face à la domination européenne. Tout au long du travail, nous avons tenté d’illustrer la fréquence
et la vigueur de l’activité anticoloniale. Le désir de liberté de la plupart des Africains fut
contrecarré par les ambitions d’une minorité de mercenaires et d’alliés des Européens sans
lesquels jamais ceux-ci n’auraient pu imposer si complètement leur joug. La tradition
d’affrontement et de résistance a donc coexisté avec une tradition de collaboration. Bien que le
contexte politique ait changé, la lutte entre ces deux courants rivaux devait demeurer une force
agissante en Afrique centrale et méridionale dans les années 1960 et 1970, période de la lutte
pour les indépendances.
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