Loi LBC - FT RDC
Loi LBC - FT RDC
Juillet 2004
EXPOSE DES MOTIFS
Article 1er :
Au sens de la présente loi, sont considérés comme constitutifs de
l’infraction de blanchiment de capitaux, les actes ci-dessous, commis
intentionnellement, à savoir :
1°. la conversion, le transfert ou la manipulation des biens dans le but
de dissimuler ou de déguiser l’origine illicite desdits biens ou d’aider
toute personne qui est impliquée dans la commission de l’infraction
principale à échapper aux conséquences juridiques de ses actes ;
2°. la dissimulation ou le déguisement de la nature, de l’origine, de
l’emplacement, de la disposition, du mouvement ou de la propriété
réels des biens ;
3°. l’acquisition, la détention ou l’utilisation des biens par une personne
qui sait, qui suspecte ou qui aurait dû savoir que lesdits biens
constituent un produit d’une infraction.
La connaissance, l’intention, ou la motivation nécessaires en tant
qu’élément de l’infraction peuvent être déduites des circonstances
factuelles objectives.
Article 2 :
Constitue l’infraction de financement du terrorisme le fait d’une part, de
fournir, de collecter, de réunir ou de gérer par quelque moyen que ce soit,
directement ou indirectement, des fonds, des valeurs ou des biens dans
l’intention de les voir utilisés ou en sachant qu’ils seront utilisés, en tout ou
en partie, en vue de commettre un acte de terrorisme indépendamment de
la survenance d’un tel acte.
Article 3 :
Au sens de la présente loi :
1°. L’expression « produit de l’infraction » désigne tout bien ou
tout avantage économique tiré directement ou indirectement
d’une ou de plusieurs infractions. Cet avantage peut consister en
un bien tel que défini au point 2 du présent article ;
2
Article 8 :
Les établissements de crédit sont tenus de s’assurer de l’identité et de
l’adresse de leurs clients avant d’ouvrir un compte ou livret, de prendre en
garde des titres, valeurs ou bons, d’attribuer un coffre ou d’établir toutes
autres relations d’affaires.
La vérification de l’identité d’une personne physique est opérée par la
présentation d’un document officiel original en cours de validité et
comportant une photographie, dont il est pris copie. La vérification de son
adresse est effectuée par la présentation de tout document de nature à en
faire la preuve.
L’identification d’une personne morale est effectuée par la production des
statuts et de tout document établissant qu’elle a été légalement constituée
et qu’elle a une existence réelle au moment de l’identification. Il en est pris
copie.
Les responsables, employés et mandataires appelés à entrer en relation
pour le compte d’autrui doivent produire, outre les pièces prévues au
paragraphe 2 du présent article, les documents attestant d’une part, de la
délégation des pouvoirs qui leur est reconnue et d’autre part, de l’identité
et de l’adresse des ayants droit économiques.
Article 9 :
L’identification des clients occasionnels s’effectue selon les conditions
prévues à l’article 8 alinéa 2, pour toute transaction portant sur une
somme en francs congolais égale ou supérieure à 10.000 dollars
américains.
L’identification est requise même si le montant de l’opération est inférieur
au seuil fixé, lorsque la provenance licite des capitaux n’est pas certaine.
L’identification devra aussi avoir lieu en cas de répétition d’opérations
distinctes, effectuées dans des périodes rapprochées et pour des montants
inférieurs, par opération, à celui prévu à l’alinéa 1er du présent article.
Dans le cas où le montant des transactions n’est pas connu au moment de
l’opération, il est procédé à l’identification du client dès que le montant est
connu ou que le seuil prévu à l’alinéa 1er est atteint.
Article 10 :
Au cas où il n’est pas certain que le client agit pour son propre compte,
l’établissement de crédit a l’obligation de se renseigner par tout moyen
sur l’identité véritable de l’ayant droit économique.
Après vérification, si le doute persiste sur l’identité du véritable ayant droit,
il doit être mis fin à la relation, sans préjudice, le cas échéant, de
l’obligation de déclarer les soupçons.
Si le client est un avocat, un comptable public ou privé, une personne
ayant une délégation d’autorité publique, ou un mandataire, intervenant
en tant qu’intermédiaire financier, il ne pourra invoquer le secret
6
Article 14 :
Les établissements de crédit mettent en place un dispositif de prévention
du blanchiment de capitaux. Ce dispositif comprend :
1°. la centralisation des informations sur l’identité des clients, donneurs
d’ordre, bénéficiaires et titulaires de procuration, mandataires,
ayants droit économiques, et sur les transactions suspectes ;
2°. la désignation des responsables de l’unité de centralisation auprès
du siège ou de la direction centrale, de chaque succursale, et de
chaque agence ou service local ;
3°. la formation continue des fonctionnaires ou employés ;
4°. un dispositif de contrôle interne de l’exécution et de l’efficacité des
mesures adoptées pour l’application de la présente loi.
Les autorités de contrôle peuvent, en cas de besoin, préciser le contenu et
les modalités d’application de ce dispositif. Elles effectuent, le cas échéant,
des investigations sur place afin de vérifier la bonne application et
l’efficacité de celui-ci.
Article 15 :
Les bureaux de change et autres personnes morales ou physiques qui font
profession habituelle d’effectuer des opérations de change manuelle sont
tenus :
1°. d’établir, dans une déclaration, l’origine licite des fonds
nécessaires à la création de l’établissement ; cette déclaration doit
être adressée, avant tout commencement d’activité, à la Banque
Centrale du Congo aux fins d’obtenir l’autorisation d’ouverture et
de fonctionnement prévue par la loi ;
2°. de s’assurer de l’identité de leurs clients, par la présentation d’un
document officiel en cours de validité et comportant une
photographie, dont il est pris copie, avant toute transaction
portant sur une somme en francs congolais égale ou supérieure à
500 dollars américains ou pour toute transaction effectuée dans
les conditions de complexité inhabituelles ou injustifiées ;
3°. de consigner, dans l’ordre chronologique, toutes opérations, leur
nature et leur montant avec indication des nom, prénom et post-
nom du client, ainsi que du numéro du document présenté, sur un
registre côté et de conserver ledit registre pendant 10 ans après
la dernière opération enregistrée.
8
Article 16 :
Les casinos et établissements de jeux sont tenus :
1°. d’adresser, avant de commencer leur activité, une demande
d’agrément au Ministère ayant l’économie dans ses attributions
avec copie à la Banque Centrale du Congo aux fins d’obtenir
l’autorisation d’ouverture et de fonctionnement prévue par la loi
en vigueur, et de justifier, dans cette demande, de l’origine licite
des fonds nécessaires à la création de l’établissement ;
2°. de tenir une comptabilité régulière et d’en conserver les pièces
pendant 10 ans. Les principes comptables définis par la loi sont
applicables aux casinos et cercles de jeux ;
3°. de s’assurer de l’identité, par la présentation d’un document
officiel original en cours de validité et comportant une
photographie, dont il est pris copie, des joueurs qui achètent,
apportent ou échangent des jetons ou des plaques de jeu pour
une somme supérieure à l’équivalent de 2.000 dollars américains ;
4°. de consigner, dans l’ordre chronologique, toutes les opérations
visées au paragraphe 3° du présent article, leur nature et leur
montant avec indication des noms et prénoms des joueurs, ainsi
que du numéro du document présenté, sur registre côté et de
conserver ledit registre pendant dix ans au moins après la
dernière opération enregistrée ;
5°. de consigner, dans l’ordre chronologique, tous transferts de fonds
effectués entre ces casinos et cercles de jeux sur un registre côté
et de conserver ledit registre pendant 10 ans après la dernière
opération enregistrée.
Dans le cas où l’établissement de jeux est tenu par une personne morale
possédant plusieurs filiales, les jetons doivent identifier la filiale par
laquelle ils sont émis. En aucun cas, des jetons émis par une filiale ne
peuvent être remboursés dans une autre filiale, y compris à l’étranger.
Chapitre 2 : DE LA DETECTION DU BLANCHIMENT
Section 1ère : De la collaboration des autorités chargées de lutter
contre le blanchiment
§ 1er : De la Cellule des Renseignements Financiers
Article 17 :
Une Cellule des Renseignements Financiers, dotée d’une autonomie
financière, d’un pouvoir de décision propre et placée sous la tutelle du
Ministre des Finances, est créée et organisée dans les conditions fixées par
un décret présidentiel. La mission de la Cellule des Renseignements
Financiers est de recueillir et de traiter les renseignements financiers sur
les circuits de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.
9
Article 18 :
La Cellule des Renseignements Financiers peut, sous réserve de
réciprocité, échanger des informations avec les services étrangers chargés
de recevoir et de traiter les déclarations de soupçon, lorsque ceux-ci sont
soumis à des obligations de secret analogues et quelle que soit la nature
de ces services. A cet effet, elle peut conclure des accords de coopération
avec ces services.
Lorsqu’elle est saisie d’une demande de renseignement ou de transmission
par un service étranger homologue traitant une déclaration de soupçon,
elle y donne suite dans le cadre des pouvoirs qui lui sont reconnus par la
présente loi pour traiter de telles déclarations.
Article 19 :
La Banque Centrale du Congo exerce le contrôle et le pouvoir disciplinaire
dans sa sphère de compétence.
Elle entretient une collaboration directe avec la Cellule des
Renseignements Financiers et les Autorités judiciaires par un échange
régulier d’information.
Elle avise la Cellule des Renseignements Financiers des procédures
disciplinaires engagées à l’encontre des établissements de crédit et autres
intermédiaires financiers ayant failli à leurs obligations en matière de lutte
contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Elle participe avec la Cellule des Renseignements Financiers aux réunions
des Instances Internationales traitant des questions relatives à la lutte
contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
§ 2 : De la déclaration de soupçon
Article 20 :
Article 21 :
1° Les déclarations de soupçon sont transmises à la Cellule des
Renseignements Financiers par tout moyen écrit ou par téléphone.
S’il s’agit d’une télécopie, celle-ci doit être confirmée dans le plus
bref délai par le dépôt ou l’envoi de l’original. S’il s’agit d’une
déclaration faite téléphoniquement, elle doit être confirmée par écrit
dans les formes précisées ci-avant.
2° Les déclarations de soupçon indiquent suivant les cas :
a. la description de l’opération ;
b. toute indication utile sur les personnes y participant ;
c. les raisons pour lesquelles l’opération a déjà été ou doit être
exécutée ;
d. le délai dans lequel l’opération suspecte doit être exécutée.
Dès qu’elle est saisie d’une déclaration de soupçon, la Cellule des
Renseignements Financiers en accuse réception.
Article 22 :
Article 23 :
Dès qu’apparaissent des indices sérieux de nature à constituer l’infraction
de blanchiment, la Cellule des Renseignements Financiers transmet un
rapport sur les faits, accompagné de son avis, au ministère public qui
apprécie la suite à donner. Ce rapport est accompagné de toutes pièces
utiles, à l’exception de la déclaration de soupçon elle-même.
L’identité de l’auteur de la déclaration et celle de l’agent de la Cellule des
Renseignements Financiers en charge du dossier ne doivent, en aucun cas,
figurer dans le rapport.
12
Article 24 :
Aucune poursuite pour violation du secret professionnel ne peut être
engagée contre les personnes ou les dirigeants et préposés des
organismes désignés à l’article 4 qui, de bonne foi, ont transmis les
informations ou effectué les déclarations prévues par les dispositions de la
présente loi.
Aucune action en responsabilité civile, pénale ou disciplinaire ne peut être
intentée, ni aucune sanction professionnelle prononcée contre les
personnes ou les dirigeants et préposés des organismes désignés à l’article
4 qui, de bonne foi, ont transmis les informations ou effectué les
déclarations prévues par les dispositions de la présente loi, même si les
enquêtes ou les décisions judiciaires n’ont donné lieu à aucune
condamnation.
Aucune action en responsabilité civile ou pénale ne peut être intentée
contre les personnes ou les dirigeants et préposés des organismes
désignés à l’article 4 du fait des dommages matériels et/ou immatériels qui
pourraient résulter du blocage d’une opération dans le cadre des
dispositions de l’article 22.
En cas de préjudice résultant directement d’une déclaration de soupçon de
bonne foi non fondée, l’Etat répond du dommage subi aux conditions et
dans les limites de la loi.
Article 25 :
Afin d’obtenir la preuve de l’infraction d’origine et la preuve des infractions
prévues dans la présente loi, le ministère public peut, sur ordonnance
motivée du juge compétent prise en Chambre du Conseil et pour une
durée déterminée, recourir aux techniques particulières d’investigation ci-
après :
1° le placement sous surveillance des comptes bancaires et des
comptes assimilés aux comptes bancaires ;
2° l’accès à des systèmes, réseaux et serveurs informatiques ;
3° le placement sous surveillance ou sur écoute des lignes
téléphoniques, des télécopieurs ou des moyens électroniques de
transmission ou de communication ;
4° l’enregistrement audio et vidéo des faits et gestes et des
conversations ;
5° la communication d’actes authentiques et sous seing privé, de
documents bancaires, financiers et commerciaux.
Les autorités judiciaires peuvent également ordonner la saisie des
documents ou éléments susmentionnés.
13
Article 33 :
La mainlevée des mesures reprises à l’article 32 peut être ordonnée à tout
moment à la demande du ministère public.
Article 34 :
Seront punis de cinq à dix ans de servitude pénale et d’une amende dont
le maximum est égal à six fois le montant de la somme blanchie, ceux qui
auront commis un fait de blanchiment.
Le complice du blanchiment est puni de la même peine que l’auteur
principal.
Article 35 :
Article 36 :
Les personnes morales autres que l’Etat, pour le compte ou au bénéfice
desquelles une infraction subséquente a été commise par l’un de leurs
organes ou représentants, seront punies d’une amende d’un taux égal au
quintuple des amendes spécifiées pour les personnes physiques, sans
préjudice de la condamnation de ces dernières comme co-auteurs ou
complices de l’infraction.
Article 37 :
Lorsque, par suite soit d’un grave défaut de vigilance, soit d’une carence
dans l’organisation des procédures internes de prévention du blanchiment,
un établissement de crédit, tout autre intermédiaire financier ou toute
autre personne physique ou morale visée à l’article 4 aura méconnu l’une
des obligations qui lui sont assignées par la présente loi, l’autorité
disciplinaire ou de contrôle peut agir, d’office, dans les conditions prévues
par les règlements professionnels et administratifs.
Dans ce cas, elle avise la Cellule des Renseignements Financiers des
procédures disciplinaires engagées et, au terme de celles-ci, des décisions
qui les sanctionnent.
Article 38 :
Article 42 :
Est punie d’une amende en francs congolais pouvant aller de l’équivalent
de 100.000 à 500.000 dollars américains, toute personne morale
impliquée, de quelque manière que ce soit dans le financement d’activités
terroristes, sans préjudice de la responsabilité pénale individuelle des
dirigeants ou agents éventuellement impliqués.
Article 43 :
Les peines prévues aux articles 34 et 35 sont portées respectivement à un
maximum de vingt ans de servitude pénale et à une amende en francs
congolais équivalente à 100 000 dollars américains :
1°. lorsque l’infraction est commise en utilisant les facilités que procure
l’exercice d’activités professionnelles ;
2°. lorsque l’infraction est commise dans le cadre d’une organisation
criminelle ;
3°. en cas de récidive.
Article 44 :
La personne coupable de financement du terrorisme subit, en outre, la
confiscation des biens qui sont l’instrument ou le produit de l’infraction au
sens de la présente loi.
Article 45 :
Est punie d’une servitude pénale de cinq à dix ans, toute personne qui,
ayant connaissance des projets ou d’actes tendant à la perpétration des
faits constitutifs du financement du terrorisme, n’en fait pas, dès le
moment où elle les a connus, la déclaration aux autorités compétentes.
Lorsque la dénonciation a eu lieu après l’infraction, la peine est diminuée
de moitié pour l’auteur, le co-auteur ou le complice qui se présente d’office
aux autorités compétentes ou qui dénonce les co-auteurs ou les complices
de l’infraction.
Toutefois, la juridiction peut exempter de la peine à encourir les parents
ou alliés jusqu’au quatrième degré inclusivement, de l’auteur, du co-auteur
ou du complice du financement d’un acte terroriste lorsqu’ils ont
seulement fourni à ce dernier logement ou moyens de subsistance
personnels.
Article 46 :
Tous les fonds et autres ressources financières appartenant à toute
personne physique ou morale, à toute entité ou à tout organisme dont le
nom ou la dénomination figure sur la liste prévue à l’article 28 de la
présente loi, sont gelés.
19
Section 2 : De la confiscation
Article 47 :
Dans le cas de condamnation pour infraction de blanchiment consommée
ou tentée, sera ordonnée la confiscation :
1°. des biens objets de l’infraction, y compris les revenus et autres
avantages qui en ont été tirés, à quelque personne qu’ils
appartiennent, à moins que leur propriétaire n’établisse qu’il les a
acquis en versant effectivement le juste prix ou en échange des
prestations correspondant à leur valeur ou à tout autre titre licite et
qu’il en ignorait l’origine illicite ;
2°. des biens appartenant, directement ou indirectement, à une
personne condamnée pour fait de blanchiment.
Par ailleurs, en cas d’infraction constatée par le tribunal, lorsqu’une
condamnation ne peut être exécutée contre son ou ses auteurs, celui-ci
peut néanmoins ordonner la confiscation des biens sur lesquels l’infraction
a porté.
Peut, en outre, être prononcée, la confiscation des biens du condamné à
hauteur de l’enrichissement, réalisé par lui depuis la date du plus ancien
des faits justifiant sa condamnation, à moins qu’il n’établisse l’absence de
lien entre l’enrichissement et l’infraction.
Lorsqu’il y a confusion des biens provenant directement ou indirectement
de l’infraction et d’un bien acquis légitimement, la confiscation de ce bien
n’est ordonnée qu’à concurrence de la valeur estimée par la juridiction,
des ressources et des biens susvisés.
La décision ordonnant une confiscation désigne les biens et donne les
précisions nécessaires à leur identification et localisation.
Lorsque les biens à confisquer ne peuvent être représentés, la confiscation
peut être ordonnée en valeur.
Article 48 :
Lorsque les faits ne peuvent donner lieu à poursuite, le ministère public
peut demander à un juge que soit ordonnée, à titre de mesure de sûreté,
la confiscation des biens saisis.
Le juge saisi de la demande peut prendre une ordonnance de
confiscation :
1°. si la preuve est rapportée que lesdits biens constituent les
produits d’une infraction au sens de la présente loi ;
2°. si les auteurs des faits ayant généré les produits ne peuvent être
poursuivis soit parce qu’ils sont inconnus, soit parce qu’il existe
une impossibilité légale aux poursuites du chef des faits, sauf cas
de prescription.
20
Article 49 :
Est nul tout acte passé à titre onéreux ou gratuit entre vifs ou à cause de
mort qui a pour but de soustraire des biens aux mesures de confiscation
prévues aux articles 47 et 48.
En cas d’annulation d’un contrat à titre onéreux, le prix n’est restitué à
l’acquéreur que dans la mesure où il a été effectivement versé et que ce
dernier a été de bonne foi.
Article 50 :
Les ressources ou les biens confisqués sont dévolus à l’Etat qui peut les
affecter à un fonds de lutte contre le crime organisé ou le trafic de
drogues. Ils demeurent grevés, à concurrence de leur valeur, des droits
réels licitement constitués au profit des tiers.
En cas de confiscation prononcée par défaut, si la juridiction, statuant sur
opposition, relaxe la personne poursuivie, elle ordonne la restitution en
valeur par l’Etat des biens confisqués, à moins qu’il soit établi que lesdits
biens sont le produit d’une infraction.
Article 52 :
La demande d’entraide ne peut être refusée que :
1°. si elle n’émane pas d’une autorité compétente selon la loi en
vigueur du pays requérant, ou si elle n’a pas été transmise
régulièrement ;
2°. si son exécution risque de porter atteinte à l’ordre public, à la
souveraineté, à la sécurité ou aux principes fondamentaux du
droit de la République Démocratique du Congo ;
3°. si les faits sur lesquels elle porte font l’objet de poursuites pénales
ou ont déjà fait l’objet d’une décision définitive en République
Démocratique du Congo ;
4°. si l’infraction visée dans la demande n’est pas prévue par la loi ;
5°. si les mesures sollicitées, ou toutes autres mesures ayant des
effets analogues, ne sont pas autorisées par la loi ou ne sont pas
applicables à l’infraction visée dans la demande selon la loi ;
6°. si les mesures demandées ne peuvent être prononcées ou
exécutées pour cause de prescription de l’infraction de
blanchiment selon la loi ou celle de l’Etat requérant ;
7°. si la décision dont l’exécution est demandée n’est pas exécutoire
selon la loi ;
8°. si la décision étrangère a été prononcée dans des conditions
n’offrant pas de garanties suffisantes au regard des droits de la
défense ;
9°. s’il y a de sérieuses raisons de penser que les mesures
demandées ou la décision sollicitée ne visent la personne
concernée qu’en raison de sa race, de sa religion, de sa
nationalité, de son origine ethnique, de ses opinions politiques, de
son sexe ou de son statut ;
10°. si la demande porte sur une infraction motivée par des
considérations d’ordre politique ;
11°. si l’importance de l’affaire ne justifie pas les mesures réclamées
ou l’exécution de la décision rendue à l’étranger.
Le secret professionnel ne peut être invoqué pour refuser d’exécuter la
demande.
Le ministère public peut interjeter appel de la décision de refus d’exécution
rendue par une juridiction dans les huit jours qui suivent cette décision.
Le Gouvernement communique sans délai au Gouvernement de l’Etat
requérant les motifs du refus d’exécution de sa demande.
Article 53 :
Les mesures d’enquête et d’instruction sont exécutées conformément à la
loi, à moins que les autorités compétentes étrangères n’aient demandé
qu’il soit procédé selon une forme particulière compatible avec la loi.
22
Article 54 :
La juridiction saisie d’une demande émanant d’une autorité compétente
étrangère aux fins de prononcer, conformément à la loi, des mesures
conservatoires, ordonne lesdites mesures sollicitées selon la loi. Elle peut
aussi prendre une mesure dont les effets correspondent le plus aux
mesures demandées.
Dans le cas où elle s’oppose à l’exécution des mesures non prévues par la
loi, la juridiction saisie d’une demande relative à l’exécution des mesures
conservatoires prononcées à l’étranger, peut leur substituer les mesures
légales dont les effets correspondent le mieux aux mesures sollicitées.
Les dispositions relatives à la mainlevée des mesures conservatoires,
prévues à l’article 33 de la présente loi, sont applicables.
Article 55 :
Dans le cas d’une demande d’entraide judiciaire à l’effet de prononcer une
décision de confiscation, la juridiction statue sur saisine du ministère
public. La décision de confiscation doit viser un bien constituant le produit
ou l’instrument d’une infraction, et se trouvant sur le territoire de la
République Démocratique du Congo, ou consister en l’obligation de payer
une somme d’argent correspondant à la valeur de ce bien.
La juridiction saisie d’une demande relative à l’exécution d’une décision de
confiscation prononcée à l’étranger est liée par la constatation des faits sur
lesquels se fonde la décision.
Article 56 :
Le Gouvernement jouit du pouvoir de disposition sur les biens confisqués
sur le territoire national à la demande des autorités étrangères, à moins
qu’un accord conclu avec le Gouvernement de l’Etat requérant n’en
dispose autrement.
Chapitre 2 : De l’extradition
Article 57 :
Les demandes d’extradition des personnes recherchées aux fins de
procédure dans un Etat étranger seront exécutées pour les infractions
prévues aux articles 1er, 2, 34, 35 et 38 point 1 de la présente loi ou aux
fins de faire exécuter une peine relative à ces infractions.
Les procédures et les principes prévus par le traité d’extradition en vigueur
entre l’Etat requérant et la République Démocratique du Congo seront
appliqués.
23
Article 58 :
Aux termes de la présente loi, l’extradition ne sera exécutée que si
l’infraction concernée est à la fois prévue et punie par la loi de l’Etat
requérant et dans celle de la République Démocratique du Congo.
Article 59 :
Article 60 :
L’extradition peut être refusée :
1°. si le ministère public a décidé de ne pas engager des poursuites
contre l’intéressé en raison de l’infraction pour laquelle
l’extradition est demandée, ou de mettre fin aux poursuites
engagées contre ladite personne en raison de ladite infraction ;
2°. si des poursuites en raison de l’infraction pour laquelle
l’extradition est demandée sont en cours ;
3°. si l’infraction pour laquelle l’extradition est demandée a été
commise hors du territoire de l’un ou l’autre pays et que, selon la
loi, ce pays n’est pas compétent en ce qui concerne les infractions
commises hors de son territoire dans des circonstances
comparables ;
4°. si l’individu dont l’extradition est demandée a été jugé ou
risquerait d’être jugé ou condamné dans l’Etat requérant par une
juridiction d’exception ou un tribunal spécial ;
5°. si la République Démocratique du Congo, tout en prenant aussi en
considération la nature de l’infraction et les intérêts de l’Etat
requérant, considère qu’étant donné les circonstances de l’affaire,
l’extradition de l’individu en question serait incompatible avec des
considérations humanitaires, compte tenu de l’âge, de l’état de
santé ou d’autres circonstances personnelles dudit individu ;
6°. si l’infraction pour laquelle l’extradition est demandée est
considérée par la loi comme étant commise en tout ou en partie
sur son territoire ;
7°. si l’individu dont l’extradition est demandée est ressortissant de la
République Démocratique du Congo.
Article 61 :
Si la République Démocratique du Congo refuse l’extradition pour un motif
visé au point 6 de l’article 60, elle soumet l’affaire à la demande de l’Etat
requérant, à ses autorités compétentes afin que des poursuites puissent
être engagées contre l’intéressé pour l’infraction ayant motivé la demande.
Article 62 :
Dans les limites autorisées par la loi et sans préjudice des droits des tiers,
tous les biens trouvés sur le territoire de la République Démocratique du
Congo dont l’acquisition est le résultat de l’infraction commise ou qui
peuvent être requis comme éléments de preuve seront remis à l’Etat
requérant, si celui-ci le demande et si l’extradition est accordée.
Les biens en question peuvent, si l’Etat requérant le demande, être remis à
cet Etat même si l’extradition accordée ne peut pas être réalisée.
25
Article 63 :
Sans préjudice des accords de coopération judiciaire particuliers, les
demandes adressées par des autorités compétentes étrangères aux fins
d’établir des faits de blanchiment de capitaux ou de financement du
terrorisme, aux fins d’exécuter ou de prononcer des mesures
conservatoires ou une confiscation, ou aux fins d’extradition sont
transmises par voie diplomatique.
En cas d’urgence, elles peuvent faire l’objet d’une communication par
l’intermédiaire de l’Organisation Internationale de Police Criminelle
(OIPC/Interpol) ou de communication directe, et sous réserve de
réciprocité, à la Cellule des Renseignements Financiers qui y fait suite, le
ministre de la Justice et le Procureur Général de la République dûment
informés.
Les demandes et leurs annexes doivent être accompagnées d’une
traduction dans une langue acceptable par la République Démocratique du
Congo.
Article 64 :
Les demandes doivent préciser :
1°. l’autorité qui sollicite la mesure ;
2°. l’autorité requise ;
3°. l’objet de la demande et toute remarque pertinente sur son
contexte ;
4°. les faits qui la justifient ;
5°. tous les éléments connus susceptibles de faciliter l’identification
des personnes concernées et notamment l’état civil, la
nationalité, l’adresse et la profession ;
6°. tous renseignements nécessaires pour identifier et localiser les
personnes, instruments, ressources ou biens visés ;
7°. le texte de la disposition légale créant l’infraction ou, le cas
échéant, un exposé du droit applicable à l’infraction, et
l’indication de la peine encourue pour l’infraction.
26
Article 65 :
Le Ministre de la Justice, après s’être assuré de la régularité de la
demande, la transmet au ministère public du lieu où les investigations
doivent être effectuées, du lieu où se trouvent les ressources ou biens
visés, ou du lieu où se trouve la personne dont l’extradition est demandée.
Le ministère public saisit les fonctionnaires compétents des demandes
d’investigation et la juridiction compétente en ce qui concerne les
demandes relatives aux mesures conservatoires, aux confiscations et à
l’extradition.
Un magistrat ou un fonctionnaire délégué par l’autorité compétente
étrangère peut assister à l’exécution des mesures selon qu’elles sont
effectuées par un magistrat ou par un fonctionnaire.
27
Article 66 :
Le ministre de la Justice ou le ministère public, chacun en ce qui le
concerne, soit de son initiative, soit à la demande de la juridiction saisie,
peut solliciter, par voie diplomatique pour l’un ou directement pour l’autre,
l’autorité compétente étrangère aux fins de fournir toutes les informations
complémentaires nécessaires pour exécuter la demande ou pour en
faciliter l’exécution.
Article 67 :
Lorsque la requête précise que son existence et sa teneur soient tenues
confidentielles, il y est fait droit, sauf dans la mesure indispensable pour y
donner effet. En cas d’impossibilité, les autorités requérantes doivent en
être informées sans délai.
Article 68 :
Le ministère public ne peut surseoir à saisir les autorités de police ou la
juridiction que si les mesures ou la décision demandée risquent de porter
préjudice à des investigations ou à des procédures en cours. Il doit en
informer immédiatement l’autorité requérante par voie diplomatique ou
directement.
Article 69 :
Pour les infractions prévues par la présente loi et lorsque l’individu dont
l’extradition est demandée consent explicitement, la République
Démocratique du Congo peut accorder l’extradition après réception de la
demande de détention préventive.
Article 70 :
La communication ou l’utilisation, pour des enquêtes ou des procédures
autres que celles prévues par la demande étrangère, des éléments de
preuve que celle-ci contient, est interdite sous peine de nullité desdites
enquêtes et procédures, sauf consentement préalable du Gouvernement
étranger.
Article 71 :
Les frais exposés pour exécuter les demandes prévues au présent titre
sont à charge de l’Etat, à moins qu’il en soit convenu autrement avec le
pays requérant.
28
Article 72 :
Un arrêté conjoint des Ministres ayant la justice et les finances dans leurs
attributions fixe, sur proposition du Gouverneur de la Banque Centrale du
Congo, les mesures préventives, et les règles à suivre dans les enquêtes
concernant les contrevenants opérant dans le secteur informel en général,
et dans les localités non desservies par les établissements de crédit en
particulier.
Article 73 :
La Cellule des Renseignements Financiers prévue à l’Article 17 commence
ses activités dans un délai de six mois à dater de la promulgation de la
présente loi.
Article 74 :
La présente Loi entre en vigueur à la date de sa promulgation.
Joseph KABILA