Bilan Fonctionnel et Stratégie
Bilan Fonctionnel et Stratégie
CORDIER
DESS CAAE
LE BILAN FONCTIONNEL.
Introduction.
L’approche fonctionnelle cherche à dégager du bilan les masses significatives des réalités
économiques (masses qui expriment d’une part les moyens de fonctionnement de l'entreprise
et d’autre part les ressources qui les couvrent.)
Elle procède à une analyse en terme d’emplois et de ressources du bilan et découpe celui ci
en fonction des cycles (investissement, financement, exploitation)
Le mode d'interprétation le plus fréquent retient une lecture horizontale du bilan fonctionnel
fondée sur le principe d'affectation des ressources stables aux emplois stables
(il existe une autre approche plus globale, dite "Pool de fonds" qui rejette le principe de
l'affectation. l'ensemble des ressources étant censé financer l'ensemble des emplois)
ACTIF PASSIF
Fonction stratégie
développement
Fonction gestion de la
trésorerie
Cette fonction met en relation les ressources stables de l'entreprise et les emplois stables
(immobilisations)
(On considère comme ressources stables, les ressources qui ont initialement été
affectées au financement des investissements. C'est ainsi que la fraction à moins d'un an
d'échéance d'une dette financière sera considérée comme une ressource stable)
L’investissement, quelle que soit sa forme, doit être créateur de valeur pour l’entreprise
(cette condition générale n’est pas exclusive d’objectifs plus spécifiques tels que
l’augmentation de la productivité, l’amélioration des conditions de travail,
l’internationalisation…)
L’investissement concerne tous les types d’actifs (matériels ou immatériels ; de
production ou financiers), la définition est élargie aux investissements qui ne sont pas
détenu en propriété par l’entreprise (crédit-bail) ou qui ne sont pas systématiquement
reconnus par la comptabilité (actifs incorporels en particulier)
La décision de désinvestissement appartient à la même logique que celle
d’investissement en ce sens qu’elle peut être aussi créatrice de valeur (Il peut être
pertinent pour une entreprise de désinvestir lorsque les liquidités retirées de la cession
peuvent recevoir une affectation plus rentable (qu’il s’agisse d’une nouvelle affectation
dans l’entreprise ou que les fonds soient rendus aux associés qui peuvent en faire un
meilleur usage que l’entreprise)
RESSOURCES PROPRES
ACTIF IMMOBILISE (y compris amortissements et provisions)
(valeurs brutes)
DETTES FINANCIÈRES
L'écart entre les ressources stables et les emplois stables s'appelle le Fonds de
roulement net global.
Un fonds de roulement net positif (cas de notre figure), correspond à des ressources
stables qui n'ont pas été engagées pour financer des immobilisations (elles peuvent
donc être utilisées pour financer la fonction d'activité courante)
Un fonds de roulement net négatif indique que les ressources stables ont été
insuffisantes pour financer les investissements (il y a donc un déséquilibre financier)
Mais en définitive, son niveau doit toujours être apprécié relativement aux besoins qu'il
est destiné à couvrir, c'est-à-dire au B.F.R.E
On distingue les activités relevant du cycle d'exploitation et les autres (dites hors-
exploitation)
Ce cycle génère:
des actifs d'exploitation,
qui disparaissent au cours ou à l'issue du cycle et qui doivent être renouvelés
constamment, tant que l'entreprise poursuit son activité. Ces actifs comprennent :
VENTE
Flux physique (et paiement comptant)
Stockage et Encaissements
Stockage Matières Production Commercialisation
Achat
Matières + Charges de + Frais stockage
production et distribution Décaissements
Achat + Frais
Matières Paiement stockage et
Matières + Charges de
production distribution
Calculé au bilan, le besoin en fonds de roulement se présente comme le solde des comptes
directement rattachés au cycle d'exploitation courante qui, suivant l'analyse financière
classique, sont particulièrement liquides ou exigibles.
Quelle que soit la date d'arrêté des comptes, le bilan laisse toujours apparaître un besoin en
fonds de roulement plus ou moins important (à l'exception des sociétés, peu nombreuses, dont
l'exploitation dégage en permanence des ressources).
Une entreprise devant assurer la continuité de son exploitation doit sans cesse renouveler ce
cycle (tous les jours, ou presque, l'entreprise doit acheter, produire, négocier, vendre...etc.) ce
qui rend ce décalage permanent et explique donc la présence constante au bilan des postes de
stocks, de clients et de fournisseurs. (et leur relative stabilité à chiffre d'affaires constant)
Même si chaque élément du besoin en fonds de roulement a une durée relativement courte,
l'ensemble des cycles d'exploitation conduit à ce que, globalement, il soit remplacé par un
nouvel élément.
Le besoin en fonds de roulement présente une double caractéristique; liquide
dans une optique patrimoniale, essentiellement permanent dans une approche
fonctionnelle.
STOCKS DETTES
(valeur brute) D'EXPLOITATION
CRÉANCES
D'EXPLOITATION
(valeur brute)
B.F.R.E
* le BFRE varie avec le niveau de la valeur ajoutée (une valeur ajoutée forte est
généralement le signe d'un cycle de production long et donc d'un BFRE important).
Une comparaison inter entreprise devra s'effectuer avec des entreprises ayant le
même niveau de valeur ajoutée.
Il existe donc de nombreux arbitrages qui ont un effet direct sur le niveau du BFRE
-faire ou sous-traiter (diminution des stocks, mais accroissement des dettes)
- paiement comptant avec escompte ou crédit
- grosses commandes avec crédit fournisseur long ou commande courte avec
paiement rapide
-...
Le BFRE n'est pas stable tout au long de l'exercice
Les graphiques ci-dessus permettent de constater que, lorsque l'activité est fortement
saisonnière, le besoin en fonds de roulement ne se dégonfle jamais totalement. Il y a
toujours un niveau minimum de stocks à conserver pour assurer la soudure avec le cycle
de production suivant.
Par contre, si le BFRE qui apparaît au bilan à l'arrêté des comptes ne peut pas être
utilisé comme indicateur des besoins permanents de l'entreprise, il peut être en revanche
intéressant d'en analyser l'évolution puisque, étant établi à la même période chaque
année, l'élément saisonnier n'affecte pas a priori ses variations. Une analyse évolutive de
ce besoin, par exemple en pourcentage du chiffre d'affaires, pourra ainsi permettre de
conclure à une amélioration ou à une dégradation de la situation de l'exploitation.
Le BFR qui apparaît au bilan ne retrouve un intérêt que dans une perspective évolutive.
Il s'agit des autres opérations (souvent marginales) qui génèrent des actifs et passifs
circulants non liés au cycle d'exploitation (impôt sur les bénéfices à payer, charges
financières à payer, créance liée à une cession d'immobilisation, dette sur achat
d'immobilisation, dividendes à payer ...etc.)
On y assimile les VMP
L'écart entre ces actifs et ces passifs est appelé le besoin en fonds de roulement hors
exploitation lorsque les actifs l'emportent sur les passifs et dégagement en fonds de
roulement hors exploitation dans le cas contraire
D.F.R.H.E
Généralement les ressources hors exploitation sont supérieures aux emplois (les dettes
sur immobilisation sont plus fréquentes que les créances, l'IS dû au passif est en général
supérieur aux acomptes figurant à l'actif...)
Cette fonction doit couvrir les besoins de financement de l'activité courante et parfois
gérer les disponibilités.
En fait la situation de la trésorerie d'une entreprise est le résultat des grands ajustements
entre fonds de roulement et besoin de fonds de roulement.
En ce sens elle est plus subie que volontaire. (par contre cette position peut être prévue
ce qui permet à l'entreprise de prendre l'initiative dans la gestion au quotidien de sa
trésorerie)
Nota: le PCG classe les V.M.P (SICAV, par exemple) dans le calcul du besoin en fonds
de roulement hors exploitation, bien qu'en réalité il s'agisse souvent d'un véritable
élément de trésorerie
Passif de trésorerie:
CONCOURS BANCAIRES
DISPONIBILITÉS COURANTS
Un déséquilibre de trésorerie doit s'analyser au niveau de ses causes (et non de ses
effets) , c'est-à-dire au niveau de l'étude du FR et du BFR
T<0
- Une trésorerie négative n'est pas nécessairement le signe d'une situation malsaine (de
nombreuses entreprises fonctionnent avec des trésoreries systématiquement négative, en
- L'analyse doit aussi être relativisée par rapport à la période du cycle d'exploitation
dans laquelle se trouve l'entreprise, par rapport à son secteur d'activité, par rapport à la
conjoncture
hLes charges à répartir sur plusieurs exercices, Les primes de remboursement des
obligations doivent être groupées avec les emplois stables (ce sont de quasi-
immobilisations assez semblables aux frais d'établissement)
hLes Valeurs mobilières de placement sont à intégrer d'après le PCG dans l'actif
circulant hors exploitation.
hLes intérêts courus non échus sur emprunts (1688) sont reclassés (lorsqu'ils
peuvent être déterminés) en dettes circulantes (hors exploitation), les intérêts courus non
échus sur immobilisations financières en actif circulant (hors exploitation)
hLe compte État Impôts sur les bénéfices doit être considéré comme relevant du
passif circulant hors exploitation (sauf indication contraire)
hLes écarts de conversion doivent être contre passés et les dettes ou créances qui leur
ont donné naissance doivent être ramenées à leur valeur d'origine.
hLes charges et produits constatés d'avance (486 et 487) sont à reclasser en fonction
des informations fournies dans les créances et les dettes d'exploitation ou hors-
exploitation.
Exercice N
ACTIF Brut Amort Net
et Prov
Stocks et en cours
Mat premières et autres appr 108.800 108.800 Stocks 1.190.400
En cours de production 294.400 294.400 Créances exploit 1.932.880
Produits intermédiaires et finis 736.000 736.000
Marchandises 51.200 51.200
Créances hors expl 64.000
Créances
clients et cptes rattachés 1.600.000 12.800 1.587.200
Autres (2) 384.000 384.000
TOTAL 3.931.520
(1) d'exploitation
(2) dont 64.000 hors exploitation
En 1988 et 1997, l'ordre des experts comptables (OEC) a élaboré des recommandations sur le
mode de calcul du fonds de roulement net global et de la trésorerie qui remet partiellement en
cause ceux préconisés par le plan comptable.
Intérêts courus inclus dans immo financières A.C.H.E Trésorerie Active T.A ou
Investissement
Intérêts courus inclus dans dettes financières Dettes H.E Trésorerie Passive TP ou
financements
Provisions pour risques ayant le caractère de Ressources Dettes H.E Dettes H.E
dettes provisionnées irréversibles et affectables durables
Comptes courants débiteurs dont la liquidité est A.C.H.E Trésorerie Active Trésorerie Active
immédiate (en général)
Comptes courants créditeurs dont l'exigibilité est D.H.E Trésorerie Passive Trésorerie Passive
immédiate (en général)
Valeurs mobilières de placement (dès lors qu'elles A.C.H.E Trésorerie Active Trésorerie Active
sont sans risque et peuvent être réalisées
immédiatement)
En outre, les éléments d'actif fictif ( frais d'établissement pour leur montant brut ;
charges à répartir, primes de remboursement des obligations) ne sont pas pris en compte
dans l'actif stable et sont portés en diminution des ressources durables
Les provisions pour dépréciation de l'actif circulant et les provisions pour risques sont
éliminées des ressources stables et viennent en diminution de l'actif circulant pour les
premières et en augmentation des dettes circulantes pour les secondes
Le crédit-bail
Les équipements financés par crédit-bail ne figurent pas à l'actif du bilan puisque
l'entreprise n'en est pas juridiquement propriétaire.
Le bilan fonctionnel intègre les équipements financés par crédit-bail comme s'il
s'agissait d'immobilisations financées par emprunt.
Exemple : La société X utilise depuis deux ans un matériel industriel financé par un
contrat de crédit-bail, dont les dispositions sont les suivantes : (valeur à neuf du
matériel = 300.000, durée du contrat 3 ans dont un reste à courir, valeur du matériel en
fin de contrat 60.000, loyer annuel 140.000
Retraitements :
On réintègre :
(Nota : il peut exister une autre procédure de prise en compte des contrats de crédit bail
qui consiste à faire figurer le matériel au bilan comme une immobilisation ordinaire et
à l'amortir sur sa durée normale de vie et à faire figurer au passif un emprunt fictif
(initialement égal à la valeur du bien) amorti sur la durée du contrat de crédit bail. Cet
emprunt est supposé réalisé à un taux tel que les annuités soient égales au loyer de
crédit bail et la durée égale à celle du contrat de crédit-bail)
Emplois stables
Ressources stables
688.560
1.117.300
Actif circulant
2.798.720
Trésorerie active
55.680 Tr passive : 15.500
a) le fonds de roulement.
Emplois stables
Ressources stables
688.560
1.117.300
F.R.N.G
Lorsqu'il existe, il représente l'excédent de ressources stables disponible pour financer les
besoins générés par l'activité cyclique de l'entreprise
2.798.720
c) La trésorerie.
Elle s'explique :
La trésorerie nette représente l'excédent des ressources stables (FRNG) qui n'est pas utilisée
pour financer l'activité cyclique de l'entreprise (B.F.R) et qui reste donc à la disposition de
celle-ci
La croissance de l'entreprise
On pourrait penser que le BFR ne croît moins vite que le chiffre d'affaires, puisque certains
de ses éléments (par exemple, le stock minimum de sécurité) ne sont pas forcément
proportionnels au niveau de l'activité. L'expérience révèle, hélas, qu'une politique de
croissance entraîne fréquemment une progression très rapide (parfois mal maîtrisée) du
besoin en fonds de roulement, au moins égale à la croissance de l'activité de l'entreprise.
En fait, on peut souvent constater que , du moins au début, le BFR progresse plus vite que le
chiffre d'affaires, Différentes explications peuvent être données de ce phénomène:
- L'entreprise privilégie ses performances commerciales et sa stratégie au détriment
d'une bonne gestion du bas de bilan (sélection et suivi rigoureux des comptes clients en
particulier)
- L'entreprise en croissance peut connaître des modifications structurelles importantes
(alourdissement du bilan suite à des intégration amont ou aval)et qui augmente
"structurellement" le BFR....
- développement de l'activité exportatrice (qui allonge les délais de règlement clients)
Les entreprises performantes ont su maîtriser la croissance de leur BFR, cette maîtrise passe
souvent par le respect des deux règles suivantes :
- assurer une croissance équilibrée de l'activité et du besoin en fonds de roulement, sans
« déraper » au niveau du second,
- définir un concept d'entreprise caractérisée par un besoin en fonds de roulement limité
- un besoin trop élevé posera en effet tôt ou tard des problèmes financiers graves à
l'entreprise et remettra en cause son indépendance.
Aujourd'hui, les entreprises françaises tendent à lier une croissance plus faible de leur chiffre
d'affaires à une gestion très stricte du Besoin en Fonds de Roulement (production en flux
tendus, appel à la sous-traitance, ... )
En période d'inflation, on note une croissance du BFR même en l'absence de
croissance des ventes en volume. Cette croissance est liée à la hausse des prix qui,
pour des délais inchangés, accroît les coûts de production et l'encours clients.
La situation de récession
Exemples ::
- grande distribution alimentaire,
- distribution de matériels bénéficiant de conditions particulières (dépôt-vente, crédit
fournisseur important),
- sociétés de restauration collective,
- sociétés de vente par correspondance, lorsque le paiement du client est perçu à la
commande,
- ....etc
Un besoin en fonds de roulement très faible ou négatif constitue un facteur très favorable
au développement d'une politique de croissance financée sans recours à des capitaux
extérieurs.
Les entreprises performantes ont toutes bénéficié, par rapport à leurs secteurs respectifs, ou en
valeur absolue, de besoins en fonds de roulement faibles, voire négatifs. Enfin, le concept de
besoin en fonds de roulement négatif n'a pu être développé en France que dans la mesure où
le «crédit inter-entreprises» (délais de règlement accordés entre sociétés) atteint parfois des
niveaux échappant à la rationalité économique. Il perdra une grande partie de son importance
en cas de normalisation (ou de suppression autoritaire) du crédit inter-entreprises.
les critiques qui sont faites au bilan fonctionnel simple portent essentiellement sur deux
questions : la prise en compte des immobilisations pour leur valeur brute (avec
inscription des amortissements au passif) et la notion de ressources stables.
Cette présentation peut être dangereuse lorsqu'on cherche à évaluer le rentabilité des
capitaux propres engagés
le premier bilan fait apparaître un capital engagé de 1.000, le second un capital engagé
de 1.200
(un calcul de rentabilité qui rapporterait le bénéfice au capitaux propres serait faussé
patr le bilan fonctionnel).
Par contre la notion fonctionnelle est intéressante pour mettre en lumière le fait qu'avec
le processus d'amortissement, le capital externe avancé se trouve progressivement
transformé en un fonds d'autofinancement (l'utilité est donc plus au niveau de
l'information sur la structure du capital engagé que sur sa rentabilité)
les ressources stables du haut du bilan fonctionnel renferment en fait des fonds dont on
sait qu'ils seront engagés à court terme (il s'agit des provisions passées pour faire face à
des risques à court terme ou à des dépréciations presque certaines d'éléments de l'actif
circulant qu'il est bien difficile de faire passer pour des ressources stables et plus encore,
des ressources stables destinées à, financer les investissements?)
Inversement, comment expliquer que l'on exclut, comme c'est généralement le cas, des
ressources stables les dettes envers les fournisseurs d'immobilisation qui sont reclassées
dans les dettes hors exploitation.
Solutions:
T Cette solution est possible si les taux à CT
Point de dépassement sont avantageux et reconductibles; dans le
des dépenses d'investissement cas contraire, il convient de renforcer
prévues rapidement les ressources durables
(emprunt à LT, augmentation de capital, cession...)
Solutions
renégociation des délais clients (solution à
comparer avec le coût des ressources de
trésorerie)
T réorganisation des méthodes de production
et de stockage.
vigilance accrue avec les fournisseurs
améliorer la compétitivité sur une autre terrain que les délais.
Solutions :
Augmenter le prix est une solution souvent
préconisée, car elle permet à la fois de
renforcer le F.R (augmentation des marges ,
T
Analyse financière Suite 2 page23
donc du résultat) et de restreindre la demande
FR Politique 1
FR Politique 3
temps
BFRE Global = Composante stable + composante temporaire liée aux fluctuations saisonnières