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MECANIQUE
Conséquence de l’effet de marée sur la distance Terre-Lune
Ce problème est formé de trois parties. La première partie étudie l’effet de marée exercé par la
Lune sur la Terre. La seconde partie étudie l’orbite de la Lune autour de la Terre dans le cadre du
système à deux corps. La dernière partie met en évidence, à partir de la conservation du moment
cinétique total du système Terre Lune, le ralentissement de la rotation de la Terre sur elle-même
provoqué par l’effet de marée et l’augmentation de la distance Terre Lune qui en résulte.
Notations et données numériques :
Constante gravitationnelle G = 6,67 .10−11N m2kg −2
Masse du Soleil : mS = 1,99.1030 kg
Distance Terre Soleil : DS = 1,50.1011 m
Masse de la Lune : mL = 7,34 .1022 kg
Distance moyenne Terre Lune : DL = 3,84.108 m
Rayon de la Lune : RL = 1, 75.106 m
Masse de la Terre : mT = 5,98 .1024 kg
Rayon de la Terre : RT = 6,37.106 m
Définition des différents référentiels et repères associés utilisés dans le problème :
On rappelle que le référentiel de Copernic, noté R dont l’origine est le centre de masse O du
système solaire et les trois axes x, y, z pointent vers trois étoiles lointaines de la sphère céleste,
""! ""! ""!
( )
réalise une excellente approximation d’un référentiel galiléen. Le repère associé est O,ex ,e y ,ez .
On note T, le centre de masse de la Terre et R T le référentiel barycentrique de la Terre (ou
( )
référentiel géocentrique) de repère associé T, ex ,ey ,ez avec ez : vecteur unitaire de l’axe des
pôles.
On note L, le centre de masse de la Lune et R L le référentiel barycentrique de la Lune (ou
( )
référentiel sélénocentrique) de repère associé L, ex ,ey , ez .
Le Soleil, la Lune et la Terre sont supposés être sphériques à répartition de masse à symétrie
sphérique.
I – Etude de l’effet de marée
1. Quel est le mouvement du référentiel géocentrique R T dans le référentiel de Copernic si l’on
suppose mL # mT ? Dans ces conditions, R T est-il galiléen ?
9
2. On considère une particule de masse m assimilée à un point matériel se trouvant au point P, au
voisinage de la Terre à l’instant t. On appelle F , la résultante des forces autres que les forces de
gravitation et d’inertie s’exerçant sur la particule.
On note GS ( P ) , GL( P ) , GT ( P ) , les champs gravitationnels créés respectivement en P par le
Soleil, la Lune, et la Terre.
Les seuls astres contribuant au champ gravitationnel en P étant la Lune, la Terre et le Soleil,
montrer que l’on peut écrire le principe fondamental de la dynamique pour la particule dans le
référentiel R T sous la forme :
! "! """! """! """! ! ! !
ma ( P ) / R = F + mGT ( P ) + mGL ( P ) + mGS ( P ) − ma (T ) / R où a ( P ) /R et a (T ) /R désignent
T T
les accélérations des points P et T, respectivement dans R T et R .
"! !
3. On suppose F = 0 . M étant un point de la Terre, on montre qu’en faisant un développement de
[( ) ]
GS ( M ) et de GL( M ) au voisinage de T, on peut écrire : GS ( M ) 7 GS (T ) + TM . grad GS T et
[(
GL( M ) 7 GL(T ) + TM . grad GL ) ]T ( )
où TM . grad est un opérateur appliqué à GS ou GL ,
dont le résultat est calculé en T.
a) En considérant la Terre comme un système de points discrets Ai , de masse mi , tels que
!
∑ mi = mT , exprimer a (T ) /R en appliquant le théorème du centre d’inertie à la Terre.
i
! """! ""! ""!
b) Montrer alors que l’on peut écrire : ma ( P ) / R = mGT ( P ) + mCL ( P ) + mCS ( P ) où
T
CL( P ) = GL( P ) − GL(T ) représente le champ de marée dû à la Lune en P et
CS ( P ) = GS ( P ) − GS (T ) représente le champ de marée dû au Soleil en P.
4. On suppose l’astre considéré (Soleil ou Lune), de centre A ( A = S ou A = L ) de masse mA
""! ""!
situé à la distance DA de T telle que TA = DA ex , dans le plan équatorial.
On considère les points P1 et P2 de la surface terrestre de coordonnées ( RT , 0, 0 ) et ( − RT , 0, 0 )
RT
dans le repère associé au référentiel R T . En considérant que << 1 évaluer le champ de
DA
marée C A( P1 ) et C A( P2 ) . Quelle est la direction de ces deux vecteurs ? Faire un schéma.
2G m A RT
Evaluer numériquement le terme dans le cas où l’astre A est le Soleil, puis la Lune.
DA3
Quel est l’astre qui a l’effet le plus important ?
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II – Trajectoire de la Lune
On néglige les effets dus au Soleil ; le système Terre-Lune est donc considéré isolé et on
s’intéresse aux mouvements relatifs de la Terre et de la Lune. On considère le référentiel
barycentrique R * du système Terre-Lune et on appelle C le centre de masse de l’ensemble.
Ω L et ΩT désignent le vecteur vitesse angulaire de rotation propre respectivement de la Lune dans
R L et de la Terre dans R T .
2
J L = mL RL2 désigne le moment d’inertie de la Lune par rapport à son axe de rotation dans R L .
5
2
JT = mT RT2 désigne le moment d’inertie de la Terre par rapport à son axe de rotation dans R T .
5
""!
On désigne par L* (T , L ) le moment cinétique du système Terre-Lune dans le référentiel R * .
""! ""!
On désigne respectivement par L*C (T ) , L*C ( L ) les moments cinétiques au point C dans le
référentiel R * de la Terre, de la Lune.
""! ""!
LT (T ) / R et LL ( L ) / R sont respectivement, les vecteurs moments cinétiques de rotation propre
T L
de la Terre au point T dans le référentiel R T et de la Lune au point L dans le référentiel R L .
""!
1. a) Montrer que L* (T , L ) se conserve.
b) La répartition de masse de la Lune et la Terre étant à symétrie sphérique, montrer que
""! ""!
LT (T ) / R et LL ( L ) / R se conservent. En déduire que ΩT et Ω L sont constants.
T L
2. a) En
""! considérant la Terre comme un système de points discret, montrer que :
"""! """"""! ""! """"""!
LC (T ) = CT ∧ mT VT/ R * + LT (T ) / R où VT/ R * représente le vecteur vitesse de T dans le
*
T
*
référentiel R .
""!
b) Donner la relation analogue pour L*C ( L ) .
""!
c) En déduire que L* (T , L ) peut se mettre sous la forme :
""! """"! ""! ""! """"!
L* (T , L ) = L*orb + LT (T ) / R + LL ( L ) / R où L*orb désigne le moment cinétique orbital dans
T L
""""! """! """"""!
R * du système Terre-Lune. Exprimer L*orb en fonction de CT , mT , VT/R * et de
"""! """"""!
CL, mL , VL/ R * .
11
mT mL
3. On appelle M la particule fictive, telle que CM = TL de masse réduite µ = de vecteur
mT + mL
""""""!
vitesse VM/ R * .
a) Calculer les vecteurs CL et CT en fonction de mT , mL et TL . En déduire les vecteurs
""""""! """"""!
vitesses VT/ R * et VL/ R * des points T et L dans le référentiel R * , en fonction de VM/R* .
b) Ecrire la relation fondamentale de la dynamique dans R * pour L et T, et montrer que cela
revient à considérer la particule fictive soumise à la force exercée par la Terre sur la Lune.
""""! """"""!
4. a) Exprimer L*orb en fonction de VM/ R * et µ . Montrer alors que le mouvement de la particule
fictive est plan.
b) En considérant que mT >> mL , à quels points peut-on assimiler les points C et M ? Avec
quel référentiel peut-on confondre R * ?
5. On suppose la condition précédente remplie. On se place dans le plan de la trajectoire de L et on
( )
introduit le repère des coordonnées polaires T, er ,eθ tel que TL = r er .
1
a) Etablir par la méthode de votre choix l’équation différentielle suivie par u ( θ ) = .
r ( θ)
p
Montrer que l’équation de la trajectoire s’écrit : r = où l’on donnera les
1 + e cos(θ )
significations de p et e.
b) Le périgée est caractérisé par rp = 363000 km et l’apogée par ra = 405000 km . Calculer p
et e.
c) Montrer que la trajectoire de la Lune autour de la Terre peut être assimilée à un cercle dont
on donnera le rayon DL . Calculer la vitesse angulaire orbitale ωL de la Lune autour de la
Terre, puis la vitesse vL de la Lune sur son orbite par rapport au référentiel R T .
""""!
6. a) Evaluer numériquement le moment cinétique orbital L*orb , ainsi que les moments cinétiques
""! ""!
de rotation propre LT (T ) / R , LL ( L ) / R et les comparer entre eux.
T L
−6 −1
Données : Ω L = 2, 66 10 rad s ΩT = 7, 29 10−5 rad s −1
!
b) En supposant les vecteurs ΩT et ωL colinéaires et dirigés suivant ez , montrer alors que l’on
""! ""!
(
peut écrire : L* (T , L ) ≈ mL G DL mT + JT ΩT ez . )
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12
III – Eloignement de la Lune
En généralisant à un point quelconque de la Terre, le calcul fait dans la partie I, on peut montrer
que l’effet de marée se traduit par l’existence de deux bourrelets diamétralement opposés, alignés
avec la ligne des centres de l’astre A et de la Terre.
En fait, les bourrelets de marée sont entraînés par la rotation de la Terre, plus rapide que le
mouvement de la Lune sur son orbite et se trouvent donc décalés par rapport à la direction Terre-
Lune d’un angle α (voir figure 7). La Lune exerce alors une action dont le moment sur les
bourrelets tend à freiner la rotation de la Terre. ""Le
! système Terre-Lune étant toujours considéré
isolé dans l’espace, son moment cinétique total L* (T , L ) se conserve. La diminution du moment
cinétique de rotation propre de la Terre est alors compensée par une augmentation du moment
cinétique orbital de la Lune et donc par une augmentation progressive de la distance Terre-Lune.
Cette troisième partie veut quantifier cet effet.
1. La surface de la Terre étant essentiellement recouverte par les océans, on modélise le
phénomène des marées par deux bourrelets d’eau symétriques de hauteur h formant un
ellipsoïde tangent à la sphère terrestre (voir figure 7). Calculer la masse mb de l’ensemble des
deux bourrelets.
4
Données : Volume d’un ellipsoïde de demi grand axe a et de demi petit axe b : V = π ab2
3
−3
Masse volumique de l’eau : ρ = 1000 kg m h = 0,50 m
2. On admettra que le moment en T des forces exercées par la Lune sur l’ensemble (Terre
sphérique + bourrelets) M peut s’écrire en première approximation M = M1 + M 2 où M1 et
m m
M2 sont les moments en T des forces F1 = b . CL( P1 ) et F2 = b . CL( P2 ) résultant de l’action
2 2
m
de la Lune sur les points P1 et P2 de masse b situés sur la droite de déformation maximale
2
formant l’angle α avec l’axe er .
Exprimer M en fonction de mb et des vecteurs GL( P1 ) , GL( P2 ) et TP1 .
R ""! − A sin ( 2α ) ""!
3. On admettra qu’en faisant l’hypothèse que << 1 , M peut s’écrire : M = ez
DL DL3
3 !
où A = G mb . mL . ( R + h ) . On obtient pour α = 3° , M = M = 4,5.1016 SI .
2
2
dΩT
a) JT gardant la même valeur définie dans la partie II, exprimer alors et calculer sa
dt
valeur numérique.
dT
b) On appelle T la période de rotation propre terrestre. Exprimer en fonction de ΩT et
dt
13
dΩT
et calculer sa valeur numérique en secondes par an avec ΩT = 7, 29.10−5 rad s −1 .
dt
Comparer avec la valeur observée qui est de 1,65 .10−5 secondes par an.
""!
c) En considérant l’expression du moment cinétique total L* (T , L ) du II-6-b, donner
d ( DL )
l’expression de et calculer sa valeur numérique en cm par an. Comparer avec la
dt
valeur observée qui est de 3,4 cm par an.
eθ
ez
P1
h
α
T er
L
RT
P2 h
Figure 7
Fin de l’énoncé.
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