Introduction aux Espaces de Hilbert
Introduction aux Espaces de Hilbert
ÉCOLE POLYTECHNIQUE –
D. Hilbert
Espaces de Hilbert Frank Pacard 2 / 65
Espaces préhilbertiens
Définition
Soit E un R-espace vectoriel. Une application h , i : E ×E → R est une forme bilinéaire si x 7→ hx, y i
et y 7→ hx, y i sont linéaires.
Remarque : Un produit scalaire sur un R-espace vectoriel de dimension finie, peut toujours
s’écrire sous la forme
N
X
hx, yi := xj yj ,
j=1
hA, Bi := Trace (A B t ).
Exemple : Pour tout ouvert non vide Ω ⊂ RN , on peut définir sur L2 (Ω; R), le produit
scalaire Z
hf , g iL2 := f (x) g (x) dx.
Ω
Définition
Soient E et F , deux C-espaces vectoriels. Une application L : E → F est anti-linéaire si
∀λ, µ ∈ C et ∀x, y ∈ E L(λx + µy ) = λ̄ L(x) + µ̄ L(y ).
Définition
Une application h , i : E × E → C est une forme sesquilinéaire si x 7→ hx, y i est linéaire et si
y 7→ hx, y i est anti-linéaire.
Elle est symétrique hermitienne si hx, y i = hy , xi pour tous x, y ∈ E . Si tel est le cas, hx, xi ∈ R
pour tout x ∈ E .
Elle est positive, définie, si hx, xi ≥ 0 pour tout x ∈ E et si (hx, xi = 0 ⇔ x = 0) .
Un produit hermitien est une forme sesquilinéaire, symétrique hermitienne, définie, positive.
Remarque : Un produit hermitien sur un C-espace vectoriel de dimension finie, peut tou-
jours s’écrire sous la forme
N
X
hx, yi := xj ȳj ,
j=1
Exemple : Pour tout ouvert non vide Ω ⊂ RN , on peut définir sur L2 (Ω; C), le produit
hermitien Z
hf , g iL2 := f (x) g (x) dx.
Ω
Définition
Soit h , i est un produit hermitien sur E . On définit sur E la norme associée à h , i par
p
kxk := hx, xi.
≤ kxk2 + 2 kxk ky k + ky k2
≤ (kxk + ky k)2 .
Ce qui démontre l’inégalité triangulaire.
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Espace préhilbertien
Définition
On appelle espace préhilbertien un espace vectoriel E muni d’un produit hermitien h , i et de
la norme associée k k.
Un espace préhilbertien peut être muni d’une structure d’espace métrique pour la distance
d(x, y ) := kx − y k.
Proposition
(i) Théorème de Pythagore
kx + y k2 + kx − y k2 = 2 kxk2 + ky k2 .
kx + y k2 − kx − y k2 kx + iy k2 − kx − iy k2
hx, y i = +i .
4 4
kx + y k2 = kxk2 + ky k2 ,
Définition
On dira que x et y sont orthogonaux si hx, y i = 0 et on dira que x et y sont perpendiculaires
si < hx, y i = 0.
Remarque : Dans le cas des espaces préhilbertiens réels, ces deux notions sont confondues.
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Espaces de Hilbert
Définition
On dit qu’un espace préhilbertien H, muni de la norme k k associée au produit hermitien h , i,
est un espace de Hilbert si (H, k k) est un espace vectoriel normé complet.
X
Exemple : L’espace `2 (N; C) des suites complexes x := (xn )n≥0 telles que |xn |2 < +∞,
n∈N
muni du produit hermitien X
hx, yi`2 := xn yn ,
n∈N
Dém : Il est clair que h , i`2 est un produit hermitien sur `2 (N; C). Montrons que cet
espace, muni de la norme k k`2 , est complet.
Soit (x(k) )k≥0 est une suite de Cauchy de `2 (N; C), on écrit
(k)
x(k) = (xn )n≥0 .
On a
(k) (l)
|xn − xn | ≤ kx(k) − x(l) k`2 ,
pour tout n ∈ N.
(k)
La suite (xn )k≥0 est une suite de Cauchy dans C, elle donc converge vers une limite
zn ∈ C.
Exemple : Pour tout ouvert non vide Ω ⊂ RN , l’espace L2 (Ω; C) muni du produit hermitien
Z
hf , g iL2 := f (x) g (x) dx,
Ω
Exemple : Tout sous-espace vectoriel fermé d’un espace de Hilbert est lui-même un espace
de Hilbert (muni de la restriction du produit hermitien).
Attention : Dans les espaces vectoriels normés de dimension infinie, il existe des sous-
espaces qui ne sont pas fermés.
1 - `c (N; C) est un sous-espace dense dans `2 (N; C) mais n’est pas un sous-espace fermé
de `2 (N; C).
2 - Cc (Ω; C) est un sous-espace dense dans L2 (Ω; C) mais n’est pas un sous-espace fermé
de L2 (Ω; C).
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Exemple
Exemple : Soit Ω un ouvert borné non vide. On note L20 (Ω; C), l’espace des fonctions de
L2 (Ω; C) qui sont de moyenne nulle i.e.
Z
f ∈ L20 (Ω; C) si f ∈ L2 (Ω; C) et f (x) dx = 0 .
Ω
Alors, L20 (Ω; C) est un sous-espace fermé de L2 (Ω; C) et en particulier, L20 (Ω; C), muni du
produit hermitien h , iL2 est un espace de Hilbert.
En particulier, l’application
Z
L2 (Ω; C) 3 f 7→ f (t) dt ∈ C,
Ω
est bien définie, linéaire et elle est Lipschitzienne, donc elle est continue.
L’espace L20 (Ω; C) est donc un fermé comme image réciproque d’un fermé par une applica-
tion continue.
Définition
Soient H1 , H2 deux espaces de Hilbert et L : H1 → H2 , une application linéaire. On dit que L
est un isomorphisme d’espaces de Hilbert si les deux propriétés suivantes sont vérifiées :
1 L est bijective.
2 L est une isométrie, i.e. kL(x)kH2 = kxkH1 , pour tout x ∈ H1 .
est injective, préserve la norme mais ce n’est pas un isomorphisme d’espaces de Hilbert car
S n’est pas surjective !
Définition
Soit H un espace de Hilbert et h , i le produit hermitien sur H. Si F est un sous-espace vectoriel
de H, on définit l’orthogonal de F par
n o
F ⊥ := x ∈ H : ∀y ∈ F , hx, y i = 0 .
Proposition
Soit F un sous-espace vectoriel de H, alors :
(i) F ⊥ est un sous-espace fermé ;
(ii) si G est un sous-espace vectoriel et si G ⊂ F , alors F ⊥ ⊂ G ⊥ ;
(iii) F ⊥ = (F̄ )⊥ .
Dém : (i) Soit (xn )n≥0 une suite de F ⊥ qui converge vers x ∈ H. Alors, pour tout y ∈ F
donc x ∈ F ⊥ .
(iii) F ⊂ F̄ donc (F̄ )⊥ ⊂ F ⊥ . Inversement, soient x ∈ F ⊥ et y ∈ F̄ . Il existe (yn )n≥0 une
suite de F telle que
y = lim yn .
n→+∞
Alors
hx, y i = lim hx, yn i = 0.
n→+∞
Donc x ∈ (F̄ )⊥ .
Définition
L’espace vectoriel
H 0 := L(H; C),
des formes linéaires continues définies sur H est appelé dual topologique (pour le distinguer de
l’espace de toutes les formes linéaires L(H; C)).
est un espace de Banach (conséquence d’un résultat plus général déjà vu dans le cours sur
la complétude). Nous verrons prochainement que c’est un espace de Hilbert.
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Projection sur un convexe fermé
Définition
On dit qu’un sous-ensemble C d’un espace vectoriel E est convexe si ∀x, y ∈ C , [x, y ] ⊂ C , où
n o
[x, y ] := t x + (1 − t) y : t ∈ [0, 1] .
Si x ∈ C alors y = x et si x ∈
/ C , y est caractérisé par
< hx − y , z − y i ≤ 0, ∀z ∈ C .
lim kx − yn k = d(x, C ).
n→+∞
avec a = x − ym et b = x − yn . On trouve
Donc
2
2 2
yn + y m
kyn − ym k2 = 2 (kx − ym k + kx − ym k ) − 4
x −
2
≤ 2(kx − ym k2 + kx − yn k2 ) − 4 d(x, C )2 .
Donc (yn )n≥0 est une suite de Cauchy dans H (qui est complet) elle converge vers y ∈ H.
Mais, C est fermé, donc y ∈ C .
Unicité. Si kx − y1 k = kx − y2 k = d(x, C ), on peut écrire
2
2 2
y 1 + y2
k2
ky1 − y2 = 2 ky1 − xk + ky2 − xk − 4
x −
2
≤ 4 d(x, C )2 − 4 d(x, C )2 = 0,
donc y1 = y2 .
d(x, C )2 ≤ kx − zt k2 = kx − y k2 + 2< hx − y , y − zt i + ky − zt k2 .
0 ≤ 2< hx − y , y − zt i + ky − zt k2 .
Donc 2 t < hx − y , z − y i ≤ t 2 ky − zk2 , pour tout t ∈ [0, 1]. En divisant par t > 0 et en
faisant tendre t vers 0, on en déduit que < hx − y , z − y i ≤ 0.
De plus :
(i) PF (x) est l’unique élément de F vérifiant cette égalité.
(ii) x − PF (x) est orthogonal à tout vecteur de F .
(iii) PF est 1-Lipschitzienne (donc continue), i.e. kPF (x)k ≤ kxk, ∀x ∈ E .
Dém : (ii) On note y := PF (x). Montrons que x − y ∈ F ⊥ . On sait que, pour tout z ∈ F ,
on a
< hx − y , z − y i ≤ 0,
Donc < hx − y , w i ≤ 0 pour tout w ∈ F . En remplaçant w par −w puis par iw , on conclut
que hx − y , w i = 0 pour tout w ∈ F .
Corollaire
(i) Si F est un sous-espace fermé de H, alors H = F ⊕ F ⊥ et (F ⊥ )⊥ = F .
x = PF (x) + (x − PF (x)),
Lemme
Avec la définition ci-dessus, Λa ∈ H 0 et kΛa kH 0 = kakH .
Dém : On a |Λa (x)| = |hx, ai| ≤ kak kxk (inégalité de Cauchy-Schwarz) donc
Enfin, Λa (a) = kak2 ≤ kΛa kH 0 kak. Ce qui montre que kΛa kH 0 ≥ kak.
u(x)
Conclusion x = a.
u(a)
Choisissons a ∈ F ⊥ tel que u(a) = ha, ai = kak2H . Avec ce choix, on vérifie que u(x) =
hx, ai, pour tout x ∈ H.
Exemple : Toute forme linéaire continue définie sur L2 (R; C) est de la forme
Z
f 7→ f (t) g (t) dt,
R
et on a
Λa (x) hx, ai
kΛa kH 0 := sup = sup = kak,
x6=0 kxk x6=0 kxk
Définition
Une forme sesquilinéaire Φ : H × H → C est continue s’il existe une constante C > 0 telle que
Φ(x, y ) := hA(x), y i,
Par hypothèse
Donc
kA(y )k ≤ C ky k,
ce qui montre la continuité de A.
Définition
Soit A : H → H une application linéaire continue. On appelle adjoint de A et on note A∗ , une
application linéaire continue
A∗ : H → H,
vérifiant
hA(x), y i = hx, A∗ (y )i ∀x, y ∈ H.
Corollaire
Soit A une application linéaire continue d’un espace de Hilbert H dans lui-même. Alors, l’adjoint
de A est bien défini et c’est une application linéaire continue de H dans H.
Dém : La forme sesquilinéaire Φ(x, y ) := hA(x), y i, est continue. Il existe donc A∗ (unique)
telle que
Théorème de Hahn-Banach
u(x) = 1 et u ≡ 0 sur F.
x = PG (x) + (x − PG (x)),
où
x − PG (x) ∈ G ⊥ = (F̄ ⊥ )⊥ = F̄ .
On a supposé que x ∈
/ F̄ , donc PG (x) 6= 0. On peut définir
PG (x)
y := ∈ F̄ ⊥ .
kPG (x)k2
Donc
Λy (x) = hx, y i = 1 et Λy (z) = hz, y i = 0,
pour z ∈ F̄ . Il suffit de prendre u := Λy .
Autrement dit, pour vérifier qu’un sous-espace F est dense de H, il suffit de vérifier que
∀a ∈ H, (hx, ai = 0, ∀x ∈ F ) ⇒ a = 0.
Exemple : Soit `c (N; C) l’ensemble des suites de `2 (N; C) qui sont nulles à partir d’un
certain rang. On note en ∈ `c (N; C) la suite dont tous les termes sont nuls sauf le n-ième
qui est égal à 1.
ha, en i`2 = an = 0,
donc a = 0.
Définition
Une forme sesquilinéaire Φ définie sur un espace de Hilbert H est coercive, s’il existe une
constante c > 0 telle que
Φ(x, x) ≥ c kxk2 ,
pour tout x ∈ H.
Théorème (Lax-Milgram)
On suppose que Φ est une forme hermitienne continue et coercive, alors l’application A définie
dans le Théorème de représentation de Riesz est inversible et d’inverse continu.
Conclusion
c kxk ≤ kA xk,
donc A est injective.
Bases hilbertiennes
Définition
On dit que (en )n≥0 est une base hilbertienne de H si :
(i) pour tous n 6= m, hen , em i = 0 et ken k = 1 pour tout n ∈ N ;
(ii) l’espace vectoriel Vect {en : n ∈ N} des combinaisons linéaires finies de vecteurs en , pour n ∈ N,
est dense dans H.
Remarque : attention, une base hilbertienne n’est pas une base algébrique car pour une
base algébrique, tout élément de l’espace est combinaison linéaire finie d’éléments de la
base.
Théorème
Soit (en )n≥0 une base hilbertienne de l’espace de Hilbert H.
(i) Tout x ∈ H s’écrit de manière unique comme la somme d’une série convergente dans H
X
x= xn e n où xn := hx, en i ∈ C.
n≥0
X X
(ii) Réciproquement, si |xn |2 < +∞, alors xn en converge dans H.
n≥0 n≥0
X
(ii) - On suppose que |xn |2 < +∞. Remarquer que (Théorème de Pythagore) pour tout
n≥0
n, m ≥ 0
2
Xn
n
X
xk ek
= |xk |2 .
k=m k=m
En particulier, la suite
n
!
X
xk ek ,
k=0 n≥0
est une suite de Cauchy dans H (qui est complet), donc elle converge.
Lemme
+∞
X
Soit (en )n≥0 une famille orthonormale de vecteurs de H et x ∈ H. Alors hx, en i en , est la
n=0
projection orthogonale de x sur F̄ , l’adhérence du sous-espace vectoriel F engendré par les
vecteurs en .
Définition
On dit qu’un espace de Hilbert H est séparable, s’il existe un sous-ensemble de H qui est à la
fois dénombrable et dense.
Remarque : Si H possède une base hilbertienne (en )n≥0 , alors H est séparable.
Dém : Considérer le Q-espace vectoriel engendré par les en et i en , pour n ∈ N.
Théorème
Tout espace de Hilbert séparable possède une base hilbertienne.
Dém : On applique le procédé d’orthonormalisation de Schmidt à la suite (xn )n≥0 qui est
dense dans H.
Remarque : Tous les espaces considérés dans ce cours sont séparables : `2 (N; C) (considérer
par exemple les suites nulles à partir d’un certain rang, à valeurs dans Q + iQ), L2 (R; C)
(considérer par exemple les combinaisons linéaires à coefficients dans Q + iQ des fonctions
indicatrices des intervalles dont les extrémités sont des rationnels), L2 ([a, b]; C), . . . sont
des espaces de Hilbert séparables.
Corollaire
Deux espaces de Hilbert de dimension infinie, qui sont séparables, sont isomorphes.
Dém : Soit (en )n≥0 une base hilbertienne de H. Si x := (xn )n≥0 ∈ `2 (N; C), on note
X
L(x) := xn en ∈ H.
n≥0
Proposition
Un sous-espace fermé d’un espace de Hilbert séparable est séparable.
Pour tout y ∈ F , on a