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Art Carcéral: Réinsertion Sociale au Maroc

Ce document décrit les bienfaits de l'art en milieu carcéral au Maroc, notamment pour favoriser la réinsertion sociale des détenus. Il présente des exemples récents d'activités artistiques menées dans les prisons marocaines.

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Art Carcéral: Réinsertion Sociale au Maroc

Ce document décrit les bienfaits de l'art en milieu carcéral au Maroc, notamment pour favoriser la réinsertion sociale des détenus. Il présente des exemples récents d'activités artistiques menées dans les prisons marocaines.

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Andreu ESTELA BARNET - Expert Senior Pénitentiaire - mars 2020

L’art en milieu carcéral : un moyen de favoriser


l’insertion sociale des détenus au Maroc

« Grâce à l’art, les détenus et les détenues


réussissent à rebâtir l'espoir d'un futur qui
paraissait improbable ».

Une étude publiée par la firme de recherche canadienne Hill Strategies démontre que
l’éducation aux arts chez les jeunes améliore non seulement les résultats scolaires des
élèves plus défavorisés, mais augmente leurs chances de réussite professionnelle une
fois adulte et en fait des citoyens plus engagés dans leur communauté1. La conclusion
découle d’une analyse effectuée par le groupe Recherche sur les arts, qui a examiné en
profondeur cinq méta-analyses réalisées ces dernières années en Angleterre, en Australie
et aux États-Unis. La plus récente étude, effectuée par le National Endowment for the Arts
(NEA) américain2 à partir de quatre bases de données des ministères de l’Éducation et
du Travail, constate que les jeunes des classes les plus démunies sont ceux qui semblent
tirer le plus profit de l’exposition aux arts en bas âge et à l’adolescence.

L’impact positif se répercute non seulement sur la réussite scolaire liée aux arts, mais sur
les aptitudes rédactionnelles, la compréhension des mathématiques et le dossier scolaire
global. L’étude trace même une corrélation entre l’initiation à la chose culturelle et de
meilleurs taux de diplomation au secondaire, au collège et à l’université pour les élèves
de milieux pauvres. Les répercussions se font sentir jusque sur le marché du travail, les
jeunes défavorisés s’étant frottés aux arts étant deux fois plus nombreux à occuper des
postes de direction ou dans l’enseignement à l’âge adulte, et trois fois plus nombreux
dans les professions médicales. Être initié à l’art jeune développe toutes sortes d’aptitudes
fondamentales à d’autres types d’apprentissages, l’éducation aux arts est non seulement
importante pour les milieux artistiques et les comportements culturels futurs des jeunes,
il apparaît donc que cela est important pour leur succès dans la vie en général.

Les expressions artistiques ont toujours eu une place particulière dans les activités des
détenus incarcérés. Il s'agissait souvent d'activités ponctuelles, d'initiatives prises par les
détenus eux-mêmes, avec leurs propres moyens, mais de plus en plus les administrations
pénitentiaires présentent dans leurs programmes d’activités pour le traitement des
détenus l’art comme moyen pour stimuler à la fois des compétences cognitives, émotives
et relationnelles car il a été constaté qu’elle a un impact direct pour favoriser les processus
de réinsertion sociale.

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Andreu ESTELA BARNET - Expert Senior Pénitentiaire - mars 2020

A travers de la représentation artistique, de sa création, les détenus expriment ses


expériences passées, ses sentiments, ses ressentis, ses craintes ou les rêves auxquels
aspirent. Apprennent à mieux se comprendre afin d’amorcer les changements intérieurs
nécessaires à son bien-être psychique, l’expression artistique a tout à fait une démarche
thérapeutique. Toutefois, l'art comme thérapie a fait son entrée officielle dans la société
contemporaine que vers les années 1930. Elle s'est d'abord introduite en Angleterre et
aux États-Unis grâce à Margaret Naumburg (1890–1983), enseignante et
psychothérapeute reconnue comme l'une des pionnières dans le domaine.

La démarche thérapeutique consiste à laisser le geste créateur faire appel au corps qui
se met en mouvement pour créer une œuvre concrète. Dans le même élan, il sollicite
l'imagination, l'intuition, la pensée et les émotions. Les images ou les formes ainsi créées,
en plus de dévoiler certains aspects de soi, peuvent générer une vision et des
comportements nouveaux qui contribueront à des guérisons physiques, émotives ou
spirituelles.

L’art dans les établissements pénitentiaires possède plusieurs fonctions. Qu’il s’agisse
d’une prise de conscience intra et/ou extra muros, d’exprimer émotions, de rassembler
les gens autour d’un objectif commun ou de créer un climat favorable à l’intérieur de
l’établissement, il offre une façon différente, mais efficace, de cheminer vers un processus
de réinsertion sociale.

L'impact de ce type des activités d’expression artistique est évident et particulièrement


approprié pour les personnes incarcérées, car la participation des détenus est
absolument volontaire, ne nécessitent aucune expérience préalable et peut être de courte
ou moyenne durée selon l’intérêt et les paramètres du passage en détention. En plus les
activités d'expression artistique peuvent être réalisées ou coordonnées par des
professionnels de différentes disciplines au-delà de l'hétérogénéité de leurs qualifications,
mais avec la compétence qui doit être reconnue au sein des institutions pour lesquelles
ils exercent. Considérant également la possibilité de la participation des pairs dans la
planification, organisation et développement de ce type d'activités.

Dans les enjeux qui caractérisent le contexte de l’incarcération, la possibilité d’accéder à


un espace d’accompagnement propice au recueillement et qui permet développer le
potentiel créateur au service des détenus dans une atmosphère de collaboration, de
confiance, de non-jugement et valorisant, semble significatif. Les espaces ou ateliers
d’expression artistique dans les établissements pénitentiaires offrant un large éventail de
possibilités de choisir thèmes ou techniques d'expression qui dépassement les tout type
de préjugés carcéraux : dessin, peinture, sculpture, collage, gravure, création littéraire,
photographie, vidéo, danse, théâtre, musique, etc.

Somme toute, en prison à travers l’expression artistique dans sa visée et ses retombées,
peut s’avérer multiforme : ventiler et libérer les tensions, nourrir l’espoir, mieux s’adapter,
favoriser la compréhension et l’affirmation de soi, maintenir le lien avec la vie à l’extérieur.
En plus des dimensions éducationnelle et occupationnelle (détente, plaisir, répit, évasion,
combattre l’oisiveté), l’atelier artistique renvoie tout autant à la légitimité du vécu et des
besoins, à l’importance de la dignité, qu’aux choix et à la capacité d’action pour mieux se
situer et s’outiller pendant l’incarcération. Les œuvres, témoins du progrès dans la

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démarche de façon tangible, sont souvent une source de fierté. Les fonctions
humanisantes, pacifiantes et médiatrices de l’art sont bien connues. Dans un contexte où
une forme de sujétion cohabite avec une visée de réintégration, créer est un agir
particulier qui peut renvoyer directement à l’agentivité et servir conjointement de soupape
et de pont3.

Dans les dernières années quelques expériences d’expression artistique ont été mise en
place dans les établissements pénitentiaires marocains en collaboration avec différentes
institutions comme par exemple le musée de Bank Al Maghrib à Rabat qui a organisé en
partenariat avec la Délégation Générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion
(DGAPR) et le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), une exposition intitulée
« Créations d’au-delà des murs ou Quand l’art libère ». L’exposition, la première de son
genre, propose une découverte des multiples aspects de la créativité artistique chez les
détenus marocains, une cinquantaine d'œuvres choisies parmi quatre mille venant de tous
les établissements pénitentiaires du royaume. Cet événement a offert à la société
marocaine la possibilité d’avoir un nouveau regard sur la prison et ses habitants.

Sans doute, nous est possible d’affirmer que ce type d’évènements contribuent au bien-
être et à la réinsertion sociale, comme c’est le cas d’un détenu qui nous confesse que « la
première intention » qu’il a eue en choisissant de prendre un pinceau et de commencer à
peindre sur une toile était de « créer un espace personnel de communion » en pensant à
son fils qu’il n’a toujours pas eu la possibilité de voir. Comme jamais auparavant, il a eu la
possibilité de développer ses compétences relationnelles ; d’écoute, d’empathie, de
respect, d’esprit de collaboration, de partage, de négociation et de compromis, pour ne
nommer que celles-ci, ce qui ne peut qu’influencer positivement leur estime de soi et leur
confiance en leur capacité d’insertion, de réussite pour effectuer les changements désirés
dans sa vie. Les prisons accueillent de véritables talents anonymes, hommes, femmes et
jeunes pleins du potentiel, des compétences qu'ils peuvent offrir à la société.

A partir de la fin 2018 avec la pièce théâtrale « Mbarek o masoud »4, interprétée par des
détenues des établissements pénitentiaires à travers de tout le Royaume, a mise en
évidence les talents des détenues en matière des arts scéniques. Cette pièce a adopté
un style humoristique pour traiter de nombreuses questions sociétales. La pièce aborde,
dans une performance alliant le comique et la critique, le sujet de la cérémonie du mariage
traditionnel avec ses coutumes ancrées dans la tradition marocaine. Les détenues, à tour
de rôle, ont su avec professionnalisme tout en maniant expressions corporelles et
verbales, capter l'attention des spectateurs dans toutes les représentations.

Cette expérience, coordonner par le dramaturge Rachid Ali Adouani, a fait du théâtre un
moyen d’intégration d’un groupe de femmes, âgés de 17 à plus de 60 ans, impliqués dans
des affaires d’extrémisme et de terrorisme. Dans ce cas concret le théâtre et la
participation au programme « Moussalaha »5, lancé en 2017 par la Délégation générale

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« Félicitation pour le mariage »
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« Réconciliation ». Ce programme s’inscrit dans la nouvelle stratégie de la DGAPR basée sur
l’individualisation de la peine, la mise en œuvre des programmes d’humanisation des conditions de
détention et la qualification des détenus pour les préparer à l’intégration. Le programme s’appuie sur
trois axes, à savoir la réconciliation avec soi-même, le texte religieux et la société.

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à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion, a permis aux détenues changer leurs


orientations idéologiques, rejeté l'extrémisme et le terrorisme et exprimé leur attachement
au respect des normes sociales.

Le rôle des organisations de la société civile (OSC), dans une perspective proche d’un
tiers-secteur, est aussi fondamental puisque fournissent également une partie
conséquente des ressources nécessaires à la vitalité des activités des établissements
pénitentiaires et par conséquence aux processus de réinsertion social des détenus. Une
suite des manifestations artistiques, de tout type de genres, sont organisés régulièrement
pour les OSC à l’intérieur des établissements. Les associations et les volontaires qui
animent ces ateliers le prouvent par leurs commentaires : « c’était très intéressant de
regarder les détenus s’investir, travailler minutieusement et s’abandonner à leur créativité
: lors de l’atelier céramique auquel j’ai assisté, au départ, ils suivaient et reproduisaient le
modèle proposé avec application ; puis peu à peu ils s’en sont émancipé et ont imaginé
des formes plus inventives et audacieuses. Certaines réalisations étaient vraiment
stupéfiantes d’inventivité ».

La Délégation générale de l'administration pénitentiaire et de la réinsertion, reconnaît et


assume l'importance de l'art dans la réinsertion et la réhabilitation des détenus et son rôle
de révéler les talents et les potentialités des détenus, à savoir, la poésie, le « Zajal »6, la
nouvelle, la musique, la peinture, la calligraphie arabe, le « Tajwid »7, la comédie ou le
théâtre. En effet, l'art traverse les murs pour créer un pont de compréhension entre les
hommes.

Comme le disait Albert Camus « Le but de l'art, le but d'une vie ne peut être que
d'accroître la somme de liberté et de responsabilité qui est dans chaque homme et dans
le monde. »

6
Forme de poésie en arabe dialectal, le Maroc possède une tradition littéraire orale des plus vivantes et
des plus riches. Le « Zajal » est une expression artistique ancestrale qui fait partie du répertoire poétique
marocain caractérisé par sa diversité linguistique, artistique et esthétique.
7
Lecture psalmodiée du Coran.

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