DISSERTATION
Il est fréquent au XVII° siècle de donner aux pièces de théâtre un titre
éponyme et la plupart des tragédies cornéliennes ont pour titre le nom du principal
héros, comme Horace, Polyeucte ou Nicomède.En est-il de même pour Cinna et le
personnage éponyme de cette tragi-comédie, romanesque et beau parleur, mérite-t-il
bien la qualification de héros cornélien? Est-il un personnage d'exception à la mesure
d'un destin d'exception? Certes il semble posséder des qualités communes à tous les
héros cornéliens mais certains traits de son caractère ne l'écartent-ils pas de cette
lignée glorieuse?
En effet, Cinna semble posséder des caractéristiques cornéliennes à
l’utilisation d’un langage particulier, par ses idées et par son comportement.
Tout d’abord, Cinna utilise un langage particulier, il aime à se référer aux
concepts de gloire et d'honneur et fait vibrer bien haut les mots de "patrie" et de
"liberté", dans ses monologues, il fait référence à la liberté et à la république en
utilisant le champ lexical de la république. Il met énormément en valeur tout ce qu’il
possède, permettant d’embellir ses biens et le rendre plus important aux yeux de
tous. Il aime aussi parler de cette liberté imaginaire qu’est devenue Rome aujourd’hui,
« Et cette liberté, qui lui semble si chère, n’est pour Rome, seigneur, qu’un bien
imaginaire » (Acte II, scène I). Cinna évoque aussi beaucoup son grand-père, Pompée.
De plus, Il s'affirme comme le continuateur d'une lignée de "vieux romains",
prône devant les conjurés un idéal civique et républicain et croit en la parole donnée.
Cinna étant très attaché aux idées de la République et de ses idées de révoltes du
républicanisme romain, voulant même organiser un complot avec son camarade Maxime
pour trahir et assassiner Auguste, mettre fin à son empire naissant et de venger
Rome pour obtenir une nouvelle liberté. Il fait aussi référence aussi au passé de
Rome car pour lui, le statut politique de Rome était mieux avant. Cinna et Maxime
veulent voir Rome libre et veulent venger les citoyens romains du « tyran » Auguste,
« Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne quiconque après sa mort aspire à la
couronne. Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé : S’il eût puni Sylla, César eût
moins osé. » (Acte II, Scène I)
Enfin, nous savons que Cinna est un homme courageux. il revendique "l'honneur
du premier coup", il refuse de fuir lorsqu'il se croit découvert et assume devant
Auguste la responsabilité d'un complot qu'il avait moralement désavoué. Cinna essaye
de convaincre les sénateurs au Sénat qu'Auguste est contre les idées de la
République car Auguste voulant posséder un empire et devenir empereur , avec tous
les pouvoirs pour lui. Cinna voulant trahir Auguste, il se fait accuser de lâcheté par
Emilie, désespéré, Cinna annonce qu'il accomplira son serment et se tuera ensuite.
(Acte III scène IV). Euphorbe vient de dévoiler le complot à Auguste (Acte IV scène
I). Alors Auguste accuse Cinna de trahison et d’ingratitude, Cinna ne se défend pas, il
réclame seulement la mort (Acte V scène I). Emilie reconnait sa participation au
complot auprès de l'impératrice. Les deux amants s'accusent mutuellement et
réclament la responsabilité du complot pour soi. Mais Auguste veut les envoyer
ensemble à la mort (scène II). Maxime entre alors et s'accuse d'avoir trahi tout le
monde. Accablé, Auguste trouve cependant la force de se hausser au-dessus de tous
en graciant les conjurés, en unissant Cinna et Emilie et en les invitant à faire assaut
de vertus avec lui. Eblouis, ceux-ci manifestent leur reconnaissance et Livie prédit à
Auguste une véritable apothéose.
Cinna a donc bien des points communs avec le héros cornélien et pourtant il
semble par ailleurs en être très éloigné.