Modélisation des systèmes électriques G11
Modélisation des systèmes électriques G11
Présentée par
Fabien Soulier
Ingénieur ensieg, agrégé de physique appliquée
Directeur de Thèse
Patrick Lagonotte
— JURY —
iii
iv
Remerciements
Les recherches qui sont l’objet de ce mémoire se sont déroulées au sein de l’équipe
analyse système et optimisation du laboratoire d’études thermiques de Poitiers et de
l’équipe recherche et développement produits de la société Alstom de Lattes.
Pour m’avoir accueilli pendant ces trois années, je remercie M. Daniel Petit, directeur
du laboratoire d’études thermiques et M. Khalid Alem, directeur de la recherche et du
développement de la ligne produits d’Alstom.
Je tiens tout particulièrement à remercier mon directeur de thèse, M. Patrick La-
gonotte, maître de conférences à l’université de Poitiers, pour m’avoir fait confiance en
me proposant ce sujet ambitieux et d’une richesse exceptionnelle, pour son implication
exemplaire dans l’encadrement dans mon travail, ses nombreuses idées, ses propositions
pertinentes, mais avant tout pour sa sympathie et son amitié.
Je voudrais remercier M. Philippe Auriol, professeur à l’École centrale de Lyon, pour
avoir accepté d’être rapporteur de mon travail de recherche. Et je voudrais, pour cette
même raison, remercier M. Youssoufi Touré, professeur à l’université d’Orléans, et aussi
parce qu’il a su, par la clarté de son exposé à l’école d’automatique de Lille sur le contrôle
des systèmes à paramètres répartis, démystifier cette « étrange théorie » du semigroupe.
Pour avoir accepté de faire partie de mon jury de thèse, je remercie M. François Costa,
professeur à l’iufm de Créteil, M. Jean-Bernard Saulnier, professeur à l’École nationale
supérieure de mécanique et d’aérotechnique, M. Jean-Claude Trigeassou, professeur à
l’université de Poitiers, ainsi que M. Khalid Alem, ingénieur Alstom T&D et M. Volker
Leitloff, docteur et ingénieur rte, les représentants du contexte industriel dans lequel ces
travaux se sont déroulés.
Merci aussi à M. Claude Brezinski qui a trouvé assez d’intérêt à nos travaux pour
m’accueillir pour un séminaire au laboratoire d’analyse et d’optimisation de Lille. Et en-
core plus particulièrement à sa collaboratrice, Jeannette Van Iseghem, qui n’a pas ménagé
ses efforts pour m’expliquer la théorie des polynômes orthogonaux et les subtilités de leurs
relations avec les approximants de Padé. Merci aussi à M. Denis Matignon pour l’intérêt
qu’il a montré pour mes recherches à l’université Notre-Dame et pour ses réponses, parfois
passionnées mais toujours argumentées.
Je remercie M. Éric Legrand, qui est à l’initiative de ce travail et qui s’occupe toujours
de lignes aériennes, mais dans un autre domaine, M. Damien Tholomier qui en a assuré
un temps l’encadrement industriel et en a toujours suivi la progression, M. Frédéric Bel,
responsable de la recherche et du développement produits à Lattes, et M. Thierry Bardou
v
qui a eu l’éprouvante tâche d’encadrer ce travail.
Et je remercie également toute l’équipe de recherche et développement de la ligne
produit d’Alstom Lattes, Nathalie, qui m’a précédé à Grenoble, Karen, Laurence, Patricia,
Jutta, les Christophes (tous les trois), Patrick, Fred, François l’artiste, René pour les
discussions toujours intéressantes et la relecture, l’encyclopédique M. Carel, Jean-Philippe,
spécialiste de Matlab et des modèles arma, et les beaux-frères Fabrice et Denis qui m’ont
initié aux protections numériques.
Pour mon séjour poitevin, je remercie les (ex-)doctorants thermiciens : Jean-François
qui a défriché le thème de la présente thèse pendant son dea, Marc, Béa, le Manu du
Poitou, les cantalous Yo et Jack, Seb, Maria, Stéphane pour son Coin, Nicolas et Cédric
pour les échanges d’idées constructifs.
vi
Notations et symboles
vii
Notations mathématiques
⊐ transformation de Laplace,
∇ opérateur nabla de dérivation vectorielle,
C ensemble des nombres complexes,
∆ Laplacien, opérateur de dérivation d’ordre deux,
e base des logarithmes népériens,
inombre complexe vérifiant i2 = −1,
o, O notations de Landau pour les développements limités,
m représente une matrice,
N ensemble des entiers naturels,
ν fréquence dans la transformée de Fourier,
p variable complexe de la transformation de Laplace,
R ensemble des nombres réels,
T
transposition d’une matrice,
v représente un vecteur,
z variable symbolique de la transformée en Z,
Z ensemble des entiers relatifs.
viii
Table des matières
Introduction 1
ix
Table des matières
x
Table des matières
xi
Table des matières
Conclusion 161
xii
Table des matières
xiii
Table des matières
xiv
Introduction
Présentation
La sûreté d’alimentation en électricité dans les pays développés est cruciale pour l’éco-
nomie et la vie courante. Les pannes majeures survenues dernièrement, le 20 août 2003 en
Amérique du nord et le 28 septembre 2003 en Italie sont là pour nous le rappeler à juste
titre.
Dans un réseau de transport et de distribution en exploitation, les lignes de trans-
mission à haute tension sont soumises à différentes agressions de longue durée, comme le
givre, la neige collante ou le défaut d’un isolateur, ou de très courte durée, mais beaucoup
plus nombreuses, comme la foudre. Le rôle des protections contre les défauts d’isolation
est d’éliminer l’élément du réseau concerné en ouvrant les organes de coupure adéquats,
après avoir détecté et localisé le défaut. Il importe que cette action soit à la fois rapide
et sélective. La rapidité limite les contraintes sur le matériel et les risques de pertes de
synchronisme dus au déséquilibre. La sélectivité permet d’éviter la mise hors tension d’un
trop grand nombre d’ouvrages.
Au niveau des algorithmes utilisés dans les protections numériques, il est absolument
nécessaire de trouver le juste compromis entre simplicité, dont dépend la rapidité, et la
précision dont dépend la sélectivité. C’est en gardant à l’esprit cette double contrainte
qu’a été réalisé le travail de recherche présenté dans ce mémoire.
1
Table des matières
Contributions apportées
Pour mener à bien ce projet ambitieux, nous avons donc décidé de rechercher une
méthode de modélisation à la fois précise, et fournissant des modèles de lignes simples,
pour ne pas nuire à la vitesse de l’algorithme de détection de défauts. Nous avions à notre
disposition des résultats intéressants constituant une voie de recherche à explorer, mais
sans réels fondements théoriques.
Nous avons donc mis en place dans un premier temps un formalisme mathématique
rigoureux qui rattache les modèles de lignes proposés par M. Patrick Lagonotte aux frac-
tions continues et aux approximants de Padé. Ce formalisme nous a permis d’aborder de
façon unifiée la modélisation des systèmes linéaires à paramètres répartis et de généraliser
les synthèses de Foster et de Cauer à une large classe de problèmes physiques.
Certaines extensions faites pour traiter des cas relevant de la modélisation thermique
peuvent paraître surprenantes dans le cadre d’un mémoire traitant de la modélisation
des lignes électriques. Cependant, cette thèse étant encadrée par le laboratoire d’études
thermique de Poitiers, il nous a, au contraire, semblé opportun de souligner l’importance
de nos travaux dans ce domaine. L’équation de diffusion de la chaleur et l’équation des
télégraphistes constituant en effet les archétypes des systèmes à paramètres répartis dans
le contexte de l’automatique, nous avons décidé de les traiter par une approche commune.
Bien que d’une certaine manière nous ne soyons pas allés jusqu’au bout de l’étude
initialement prévue par la validation d’un prototype de protection de ligne et de locali-
sation de défauts, cette dernière étape pourra être prise en charge au niveau recherche
et développement industriel. En effet, nous montrons dans ce mémoire comment obtenir
des modèles de lignes polyphasées par développement d’impédances et nous proposons
également une méthode d’implémentation numérique.
2
Chapitre 1
3
1.1. Protections des réseaux électriques
Notons que différents domaines de tension reflètent ces diverses fonctions des réseaux
électriques. Les réseaux de transports (réseau à 400 kV en France) et de répartition
(225 kV , 90 kV et 63 kV en France) fonctionnent dans le domaine de la haute tension
htb (tableau 1.1). La fonction de distribution est assurée quant à elle par des réseaux
fonctionnant dans les domaines allant de la basse tension (bta et btb) jusqu’en haute
tension (hta).
4
Chapitre 1. La protection des lignes de transmission
Tab. 1.2 – Statistiques sur les défauts des réseaux aériens en France (source rte).
Niveaux de tension 400 kV 230 kV 90 kV 63 kV
Nombre/100 km/an 3,8 12,1 14,3 29,3
Fugitifs 3,1 10,5 12,7 24,8
Monophasés 2,8 8,8 10,1 14,3
Polyphasés 0,3 1,6 2,6 4,5
Permanents 0,7 1,6 1,6 4,5
Monophasés 0,5 1,1 0,9 3
Polyphasés 0,2 0,5 0,7 1,5
5
1.2. La protection de distance
6
Chapitre 1. La protection des lignes de transmission
l’aide d’un modèle de ligne comme le résume le schéma de la figure 1.1. Les éléments clefs
d’une protection de distance sont donc le modèle de ligne et l’algorithme d’identification.
Modèle
de ligne
Fig. 1.2 – Une protection de distance de la série MiCOM P440 de la société Alstom.
7
1.2. La protection de distance
Power supply
J13
A B C
C B
C2 Main Processor & J14
Relay healthy
C3 1A
+ J7
Phase rotation
User Interface J9
48V field voltage
N C4
IB 5A board
board
n C5 + J8
See note 3. 48V field voltage
1A
See note 4. C6 - fixed scheme logic J10
+ J2
a b c - programmable scheme
IRIG-B board
C11 IRIG-B input
C12 1A (optional)
Direction of forward current flow
TX Fibre optic
P2 P1 A Communication
A for IEC60870-5-103
- thresholds calculation
Input
- protection algorithms
S2 S1 kA, kV , Hz RX (optional)
B 1 4 0 0
kW , kVA, kV Ars
C C B
Phase rotation
module kWh, kV Arh
Sequence components
Measurements
Parallel line - transformer
Protection I >1 Start ON
- 16 bit ADC 250 N
[Link] 01/01/99
LEDs
Event
Trip A B C ON
records Fixed LEDs
[Link] 01/01/99
C19
C20
Co-processor board
User
20 programmable LEDs
Disturbance
VB records
C21
Front port
Breaker
No. trips = 100 RS232 Courier
VC SUM I2 = 1000 kA
monitoring CB opt time = 100 ms
C22
C23
H1
RL1
Notes: H2
V BUSBAR
Relay output board
See note 2. H3
1. IM input is for optional mutual RL2
C24 H4
compensation of fault locator. Programmable scheme logic H5
RL3 H6
2. V BUSBAR only required if check
synchronism function enabled. D1 H7
L1 H8
D2 RL4 User
3. C.T. connections are shown 1A H9
D3 programmable
connected and are typical only. L2 H10
D4 H11
RL5
4. All C.T. connections have integral D5 H12
shorting. These contacts are made L3
D6 H13
before the internal C.T. circuits are D7 H14
RL6
disconnected. L4 H15
User D8
H16
5. The bridge rectifier is not present on programmable D9
L5 RL7 H17
the 24-48Vdc version. D10 H18
D11
6. ANSI CODES: L6
D12
21N Ground distance protection, D13
3 forward elements, L7 G1
1 reverse element, D14 VTS / RL8
21P 21G G2
1 selectable element, D15
CTS
Relay output board
quadrilateral zones L8 G3
D16 RL9 G4
21P Phase distance protection,
3 forward elements, 46 46 50 RL10 G5
1 reverse element,
1 selectable element,
BC BF G6
quadrilateral zones G7
G8
85 Distance protection, E1 50 50/ 51 RL11
G9
User
communication aided L9 51 FF programmable
E2 G10
50 Phase overcurrent, High set, G11
for Stub bus application E3 RL12
L10 50/ G12
67/46 Negative sequence E4 85 50N/
overcurrent E5 51N 27 G13
L11 RL13 G14
50/27 Switch onto fault and trip on E6 G15
reclose
50/51 Phase overcurrent, DT or
E7 67 67N 78 G16
User L12 G17
IDMT E8 RL14
programmable E9 G18
50/51N Stand-by Earth fault, DT or
IDMT L13 25/
E10 59 27 79
51FF Fuse failure overcurrent E11
67 Phase directional L14
E12 F1
overcurrent
F13 RL15
67N Directional Earth fault, L15 F2
See note 6.
Relay output board
Fig. 1.3 – Schéma détaillé des entrées et sorties d’une protection de distance de type
MiCOM P440 de la société Alstom.
8
Chapitre 1. La protection des lignes de transmission
2
Les inductances mutuelles ne sont pas non plus prises en compte ici. Nous y reviendrons au chapitre 2
et plus en détails au chapitre 5.
9
1.2. La protection de distance
i(0) rX lX
v(0) Rdef
Connaissant les caractéristiques électriques du modèle (fig. 1.4) on calcule à partir des
mesures de i(0) la chute de tension normalisée le long de la ligne
di(0)
w = ri(0) + l . (1.4)
dt
10
Chapitre 1. La protection des lignes de transmission
En posant p = iω, sa représentation dans le plan de Fresnel (fig. 1.5) permet de définir
différentes zones associées à la distance du défaut. Sur le schéma, les zones (1), (2) et
(3) correspondent à des défauts aval, la zone (4) correspondant quant à elle à un défaut
amont.
En associant différentes temporisations précédant l’ordre de déclenchement des disjonc-
teurs à ces différentes zones, il est possible de protéger de façon redondante des portions
de lignes, tout en respectant l’exigence de sélectivité (cf. section 1.1.4).
11
1.3. Amélioration des performances
ℑ(Z)
(3)
Rdef
(2) R + iLω Z
(1)
ℜ(Z)
(4)
Fig. 1.5 – Zones dans le plan de Fresnel pour une protection de distance directionnelle.
12
Chapitre 1. La protection des lignes de transmission
Pour répondre au souhait de la société Alstom de faire évoluer ses protections numé-
riques, il est important de rechercher une méthode de modélisation originale assurant le
meilleur compromis entre simplicité et performance.
Avant de présenter le principe de modélisation choisi, il nous est apparu nécessaire de
détailler dans le chapitre suivant les méthodes classiques de modélisation des lignes de
transmission afin de peser les avantages et les inconvénients des différentes approches.
13
1.3. Amélioration des performances
14
Chapitre 2
Nous désignons de nos jours par la locution ligne de transmission divers types de
guides d’ondes électromagnétiques composés essentiellement de conducteurs filiformes. Ces
conducteurs servent à véhiculer un signal électrique sur des distances relativement longues.
Dés lors que ces distances ne sont plus négligeables par rapport à la longueur d’onde
du signal, l’approximation des états stationnaires, appliquée souvent implicitement en
électronique et en électrotechnique, n’est plus valable. En d’autres termes, deux éléments
reliés par un conducteur ne sont plus équipotentiels. C’est pourquoi l’étude des lignes a
nécessité une analyse théorique particulière, initiée à partir du milieu du xixe siècle, et qui
est toujours d’actualité.
Si la téléphonie, et plus généralement la transmission d’informations sous forme d’im-
pulsions électriques (réseaux informatiques) sont les utilisations les plus ostensibles des
lignes de transmission, leur domaine d’application dépasse largement ce cadre. En ce qui
concerne l’électrotechnique, par exemple, les lignes de transport d’énergie électrique des
centrales de production aux zones de consommation sont un exemple de ligne de trans-
mission. Les guides d’onde utilisés en radio-électronique, voire en hyperfréquences (radar,
micro-ondes) en sont un autre exemple.
Ce vaste domaine d’utilisation est à mettre en relation avec la vaste gamme de fré-
quences des phénomènes étudiés, allant du continu à quelques dizaines de hertz pour les
fréquences industrielles d’alimentation en énergie, jusqu’à plusieurs gigahertz pour des
communications par satellites et des applications comme le système gps.
15
2.1. L’évolution de la modélisation des lignes électriques
effet, la faible longueur des lignes (quelques dizaines de kilomètres) et la faible bande pas-
sante nécessaire à la transmission d’un signal télégraphique permettaient de considérer les
câbles comme de simples contacts, tout au plus des résistances, ce qui suffisait à expliquer
l’atténuation constatée avec la longueur de la ligne (fig. 2.1).
dx
Dès 1851, pourtant, le premier câble sous-marin reliant Calais à Douvre permit de
mesurer le temps de propagation des signaux et de mettre en évidence leur déformation.
L’installation de câbles sous-marins encore plus longs, comme celui reliant Varna à Ba-
laklava (741 km) en Mer Noire ou le premier câble transatlantique opérationnel (1866)
posèrent alors le problème de la conception des lignes de transmission. Lord Kelvin (fig.
2.2) fut le premier à résoudre ce problème en proposant en 1856 un modèle de ligne qui
tenait compte de la capacité répartie dans les câbles sous-marins (fig. 2.3). Dans ce type de
câble, en effet, et aux faibles fréquences considérées, les effets inductifs sont négligeables
au regard des effets capacitifs.
Pendant une trentaine d’années, le modèle proposé par Lord Kelvin fit office de dogme
en matière de transmission de signaux. Ses faiblesses apparurent pourtant avec le déve-
loppement du télégraphe multiplexe, qui utilise une plage plus large de fréquences afin de
faire transiter simultanément plusieurs messages sur une même ligne. En effet, les hypo-
thèses utilisées par le célèbre physicien, dans le cas d’un câble sous-marin et aux basses
fréquences, se révélaient caduques pour des lignes aériennes. Ces lignes présentent des
phénomènes d’induction importants et d’autant plus sensibles que le signal présente des
hautes fréquences.
Le problème devint crucial avec l’avènement du téléphone, inventé conjointement par
Graham Bell et Élisha Gray en 1876. La déformation des signaux analogiques due à la
nature dispersive des lignes de l’époque limitait la transmission de la parole humaine à
quelques dizaines de kilomètres. C’est alors qu’Oliver Heaviside (fig. 2.4), ancien télégra-
phiste et pionnier de l’électromagnétisme, se basant sur un modèle de ligne propagatif
qui tient compte de l’inductance (fig. 2.5), montra que les signaux se propageaient sans
déformation à la condition, dite depuis « de Heaviside », que
l r
= , (2.1)
c g
16
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
dx
17
2.1. L’évolution de la modélisation des lignes électriques
dx
Fig. 2.5 – Segment élémentaire de ligne résistif, inductif et capacitif (z = r + lp, y = cp).
Cette proposition allait totalement à l’encontre des préceptes de l’époque qui visaient
à réduire au minimum l’induction et il s’en suivit une bataille épistolaire mémorable entre
Heaviside et William Preece, un fervent défenseur du modèle de Kelvin. Parallèlement, un
français, Aimé Vaschy (fig. 2.6), arrivait aux mêmes conclusions qu’Heaviside en ce qui
concerne l’inductance. Il écrivit dés 1886 dans les Annales télégraphiques qu’au contraire
d’être « nuisible [...] l’effet de la self-induction de la ligne est essentiellement utile » [DC17].
L’histoire lui donna raison et, en 1902, le danois Carl Emil Krarup (1872-1909) proposa
de réaliser l’augmentation de l’auto-inductance répartie (l) des lignes de transmission en
18
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
19
2.1. L’évolution de la modélisation des lignes électriques
20
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
dx
À l’aide du schéma électrique de la figure 2.9, nous pouvons écrire les équations aux
dérivées partielles suivantes qui décrivent les variations de la tension et du courant en
1
Le lecteur intéressé par l’apport de Heaviside à la théorie des lignes électriques pourra consulter
l’ouvrage de L. Cohen [Coh35].
21
2.1. L’évolution de la modélisation des lignes électriques
∂2v ∂i ∂2i
= −r − l
∂x2 ∂x ∂x∂t
∂v ∂ ∂v
= r gv + c +l gv + c (2.3)
∂t ∂t ∂t
2
∂ v ∂v
= lc 2 + (rc + lg) + rgv
∂t ∂t
Nous pouvons agir de même en éliminant v de la deuxième équation de 2.2.
∂2i ∂2i ∂i
2
= lc 2
+ (rc + lg) + rgi (2.4)
∂x ∂t ∂t
Les grandeurs v et i vérifient donc la même équation aux dérivées partielles du se-
cond degré, qualifiée de « terrible équation » par Vaschy [DC17], et connue sous le nom
d’équation des télégraphistes.
22
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
le courant i que nous avons définis en un point de la ligne sont les quantités macroscopiques
aisément mesurables induites par la présence de ce champ.
Les ondes électromagnétiques se déplacent à la vitesse de la lumière dans le diélectrique
entourant les conducteurs,
1
c= √ , (2.5)
ǫµ
en notant ǫ la permittivité et µ la perméabilité absolues du milieu. Dans l’air, qui constitue
le diélectrique des lignes aériennes, la vitesse de la lumière est proche de celle dans le vide,
soit 299 792, 458 km s−1 .
Au niveau d’un conducteur, le passage d’une onde électromagnétique se traduit par
la présence d’une charge linéique q. Le principe de conservation de la charge électrique
s’écrit
∂i ∂q
+ + if = 0, (2.6)
∂x ∂t
le courant de fuite if étant par exemple dû au courant superficiel des isolateurs.
Une relation de type capacitif peut être établie entre la charge électrique et la tension à
la condition que le champ électrique entre les conducteurs et entre les conducteurs et le sol
soit peu différent du champ électrostatique. Cette condition est remplie pour une propa-
gation avec des pertes faibles. Dans ce cas, le champ électrique E est approximativement
contenu dans le plan perpendiculaire aux conducteurs (fig. 2.10).
En ≫ Et . (2.7)
En E
Conducteur Et
Conducteur
Le potentiel du conducteur n s’exprime par une relation linéaire à l’aide des coefficients
23
2.1. L’évolution de la modélisation des lignes électriques
if = gv, (2.11)
Φi ≈ li i, (2.14)
ce qui est justifié à condition que les sections des conducteurs et la fréquence des signaux
soient assez faibles, comme nous le verrons au chapitre 4.
Le paramètre inductif de la ligne l se définit alors par
l = le + li . (2.15)
24
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
v(0) v(X)
x
0 X
25
2.2. Résolution dans l’espace de Laplace
résolution d’un tel système peut se faire facilement en remplaçant l’opérateur de dérivation
∂
temporelle ∂t par la variable symbolique p ∈ C. Cette méthode fut utilisée par Heaviside
sous le nom de calcul opérationnel 3 .
Par abus de notation, et pour éviter la multiplication des symboles, nous écrirons
respectivement v(p, x) et i(p, x) les transformées de Laplace de v(t, x) et de i(t, x).
Z ∞ Z ∞
−pt
v(p, x) = e v(t)dt i(p, x) = e−pt i(t)dt (2.16)
0 0
z = r + lp y = g + cp (2.18)
Dérivons ensuite par rapport à la variable x chacune des équations précédentes, nous
découplons les variables, et nous obtenons donc la transformée de Laplace des équations
(2.3) et (2.4).
d2 v di d2 i dv
2
+z = 0, 2
+y = 0. (2.19)
dx dx dx dx
Et en utilisant (2.17) et (2.18),
d2 v d2 i
− zyv = 0, − zyi = 0. (2.20)
dx2 dx2
Nous reconnaissons la transformée de Laplace de l’équation des télégraphistes (2.4)
∂2
vérifiée à la fois par v et i. C’est une équation du second degré en x. L’opérateur ∂x 2 est
26
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
Ces équations décrivent totalement le modèle de ligne choisi vu de ses extrémités (0,
X). Exprimées sous forme matricielle, et en introduisant les grandeurs caractéristiques
√
– facteur de propagation, γ = zy,
q
– impédance caractéristique, Zc = yz ,
elles donnent naturellement lieu à une représentation de type quadripolaire.
v cosh(γX) −Zc sinh(γX) v
(p, X) = sinh(γX) (p, 0) (2.22)
i − Zc cosh(γX) i
27
2.2. Résolution dans l’espace de Laplace
Modèle en Π
i(0) ZΠ i(X)
q
Z
√
ZΠ = sinh( ZY )
Y
q √
v(0) YΠ YΠ v(X) YΠ = YZ tanh ZY 2
Modèle en T
i(0) ZT ZT i(X)
q √
Z ZY
ZT = Y
tanh 2
q √
v(0) YT v(X) YT = Y
sinh( ZY )
Z
Modèle en treillis
i(0) Ztr i(X)
Ytr q √
Z ZY
Ztr = Y
tanh 2
q √
v(0) Ytr v(X) Y ZY
Ytr = Z
tanh 2
Ztr
28
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
i(0)
Ligne
q à vide
v(0) Z0 √
Z0 = YZ coth( ZY )
i(0)
Ligne q
en court-circuit
v(0) Zcc √
Zcc = YZ tanh( ZY )
29
2.2. Résolution dans l’espace de Laplace
cette raison, il est souvent préférable d’utiliser des modèles de lignes approchés, plus
usuels, et que l’on peut manipuler avec les outils classiques de la théorie des réseaux ou
de l’automatique.
Plus précisément, en ce qui concerne l’approche « réseaux », ces modèles approchés
sont à paramètres localisés, c’est-à-dire que les éléments électriques qui les composent (ré-
sistances, inductances et capacités) sont ponctuels. Ils n’ont pas de dimension géométrique
(on ne s’intéresse pas aux grandeurs électriques internes) mais se comportent comme des
opérateurs mathématiques : intégrateurs, dérivateurs purs et facteurs de proportionnalité4 .
En ce qui concerne l’approche « automatique », les impédances des modèles approchés,
assimilables à des fonctions de transfert liant la tension et le courant sont d’ordre fini,
c’est à dire que ce sont des fonctions rationnelles de la variable de Laplace p.
Lignes courtes
Dans le cas où la ligne à étudier est suffisamment courte, il est habituel de procé-
der à une approximation du premier ordre des impédances d’ordre infini des modèles de
la section 2.2.2. Pour cela on effectue un développement de Taylor (ou plutôt de Mac-
Laurin, puisque c’est un développement au voisinage de l’origine) suivant la variable X.
Considérons par exemple le modèle en Π de la figure 2.13.
r
z √ z2y 3 y2z3 5
ZΠ = sinh( zyX) = zX + X + X + O(X 6 ) (2.28)
y 6 120
r √
y zy y zy 2 3 z 2 y 3 5
YΠ = tanh X = X− X + X + O(X 6) (2.29)
z 2 2 24 240
il vient
G C
ZΠ ≈ R + Lp, YΠ ≈ + p. (2.32)
2 2
Nous obtenons le modèle de ligne courte de la figure 2.15. Cette approximation n’est
bien sûr valable que pour des valeurs de X suffisamment faibles. Pour une ligne aérienne
fonctionnant à 50 Hz, nous pouvons retenir l’ordre de grandeur de la limite de 200 km,
donnée par M. Escané ([Esc97], ch. 9).
4
Ce formalisme est parfaitement décrit dans le premier chapitre de [BN96]
30
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
R L R L R L
2 2 2 2
C G C G
2 2 2 2 C G
Modèle en Π Modèle en T
Fig. 2.15 – Modèles quadripolaires d’une ligne courte.
R L
ZT ≈ + p, YT ≈ G + Cp, (2.33)
2 2
R L G C
Ztr ≈ + p, Ytr ≈ + p. (2.34)
2 2 2 2
Pour des lignes de quelques centaines de kilomètres, l’approximation des lignes courtes
n’est donc plus valable. Il est alors courant de subdiviser la ligne en N portions de longueur
X
N
compatible avec l’approximation du premier ordre précédente. Les bornes des modèles
de lignes courtes étant accessibles, il est alors possible de chaîner les cellules constituées
par les différents tronçons de ligne (fig. 2.16) [MK00].
Z Z Z
N N N
Y Y Y
2N 2N 2N
Y Y Y
2N 2N 2N
N fois
31
2.2. Résolution dans l’espace de Laplace
nous aurions remplacées. Dans les deux cas nous obtenons pratiquement le même réseau
de Kirchhoff à paramètres localisés, les différences résidant aux extrémités des réseaux5 .
Discrétisation spatiale
Z Z Z
N N N
Y Y Y Y
2N N N 2N
X X 3X X
0 2N N 2N
(X − 2N
)X
Toutes simplifications faites, le modèle de ligne obtenu par chaînage est donc celui de
la figure 2.17. Il est intéressant de le comparer au modèle à paramètres répartis décrits
en 2.1.2 par les équations (2.17).
dv
+ z(p, x)i = 0,
dx (2.35)
di + y(p, x)v = 0.
dx
Dans le cas du modèle de la figure 2.17, et en excluant les extrémités, les lois de
Kirchhoff fournissent des relations de la forme
1 X 1 X Z
v n+ −v n− + i=0
2 N 2 N N
(2.38)
X X Y
,i n − i (n − 1) + i = 0.
N N N
5
En effet, le réseau obtenu par chaînage de cellules en Π débute et se termine par un admittance
Y Z
2N , alors que celui obtenu par chaînage de cellules en T débute et se termine par des impédances 2N .
Notons enfin que cette différence sera d’autant plus faible que N sera grand puisque le reste du réseau
est identique dans les deux cas [LBS99].
32
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
33
2.3. Les systèmes à paramètres répartis
chimiques, etc.). Les mathématiciens ont donc très tôt étudié ce type d’équations et en
ont dégagé une classification.
Classification
La forme la plus générale pour une équation aux dérivées partielles du second degré
de deux variables indépendantes x et t peut s’exprimer par
∂2f ∂2f ∂2f ∂f ∂f
A + 2B + C + D + E + F f = G. (2.43)
∂x2 ∂x∂t ∂t2 ∂x ∂t
Si les coefficients A, B, C, D, E, F et G ne sont fonctions que de x et t, cette équation
est de plus linéaire. Selon les valeurs de ces coefficients, on montre de plus que l’on peut
se ramener par changement de variables à l’une des trois formes canoniques suivantes
[Gar64] :
– équation hyperbolique si B 2 − AC > 0
∂2f ∂2f
− + · · · = 0, (2.44)
∂ x̃2 ∂ t̃2
– équation parabolique si B 2 − AC = 0
∂2f
+ · · · = 0, (2.45)
∂ x̃2
– équation elliptique B 2 − AC < 0
∂2f ∂2f
+ + · · · = 0. (2.46)
∂ x̃2 ∂ t̃2
Les points de suspension représentent les termes qui ne font intervenir que f et ses dérivées
premières.
Appliquons cette classification à l’équation des télégraphistes (2.3) ou 2.4. Par identi-
fication, nous avons immédiatement
A=1 B=0
C = −lc D=0
(2.47)
E = −rc − lg F = −rg
G = 0.
mais à une équation différentielle ordinaire, et nous sortons du cadre de cette étude.
34
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
∂ ĩ lg ∂ṽ
= − ṽ − . (2.51)
∂ x̃ rc ∂ t̃
lg
Il s’avère donc nécessaire d’introduire un coefficient sans dimension α = rc
pour garder
toute la généralité des équations. Le système réduit est donc
∂ṽ ∂ ĩ
= −ĩ −
∂ x̃ ∂ t̃ (2.52)
∂ ĩ = −αṽ − ∂ṽ
∂ x̃ ∂ t̃
L’étude générale de l’équation des télégraphistes dans le cas hyperbolique pourra donc se
faire en prenant pour les expressions des impédances et admittances réparties
z = 1 + p, y = α + p. (2.53)
35
2.3. Les systèmes à paramètres répartis
|Z| 1.5
0.5
0
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
arg(Z) 0.5
−0.5
−1
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence
Il nous faut traiter maintenant le cas où r est égal à zéro, que nous avons laissé de
côté pour effectuer le changement de variables (2.49). Tout d’abord, si g est différent de
zéro, nous pouvons nous ramener au cas précédent par dualité tension-courant. Le cas de
la ligne sans perte, pour lequel
r = 0, g=0 (2.57)
36
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
1.4
1.3
1.2
|Z| 1.1
0.9
0.8
0.7
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
0.3
0.2
arg(Z) 0.1
−0.1
−0.2
−0.3
−0.4
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence
1.1
|Z| 0.9
0.8
0.7
0.6
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
0.3
0.2
arg(Z) 0.1
−0.1
−0.2
−0.3
−0.4
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence
37
2.3. Les systèmes à paramètres répartis
z = p, y = p. (2.60)
En équations réduites, l’impédance d’une ligne sans pertes en court-circuit est donc
Z = tanh(px). (2.61)
|Z| 6
0
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
arg(Z) 1
−1
−2
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence
Le cas de la ligne sans pertes présente des particularités très intéressantes. C’est un
système qui comporte des retards purs. Signalons aussi que ce cas particulier fait appa-
raître des liens entre la synthèse de Cauer présentée au chapitre 4 et les polynômes de
Legendre (annexe C) qui seront étudiés dans le chapitre 7.
38
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
Théorie du semigroupe
La théorie du semigroupe des opérateurs linéaires sur un espace de Hilbert est utilisée
pour généraliser les concepts de l’automatique d’ordre fini et étendre le formalisme d’état
à l’ordre infini. En effet, si l’on considère l’opérateur qui fait passer le système de l’état
initial X(0) à l’état X(t) à l’instant t,
39
2.3. Les systèmes à paramètres répartis
alors A est appelé générateur infinitésimal du semigroupe T et vérifie formellement l’« équa-
tion d’état »
dX
= AX + Bu (2.69)
dt
Avec cette définition, A coïncide pour les systèmes d’ordre n avec les matrices d’ordre
n × n, et généralise effectivement la notion d’état. Le cas des systèmes d’ordre infini
est étudié en détails dans [CZ95] et représente encore à l’heure actuelle un domaine de
recherche particulièrement fertile. Citons par exemple les travaux récents de M. Touré
sur le contrôle d’un échangeur de chaleur [Tou02] ou de M. Rouchon et M. Fliess sur la
« commande plate » [Rou02].
40
Chapitre 2. Modélisation des lignes électriques
9
Avec toutefois une réserve pour les systèmes possédant une structure fractale comme le montre
[Ous95].
41
2.4. Axe de recherche développé dans ce mémoire
42
Chapitre 3
De l’approximation polynomiale à
l’approximation rationnelle
Dans le chapitre précédent, nous avons présenté succinctement les systèmes à pa-
ramètres répartis. Nous avons montré qu’ils se traduisent, pour le cas général, par des
fonctions de transfert d’ordre infini dans le domaine fréquentiel. La voie que nous allons
explorer consiste à trouver des approximations de ces fonctions de transfert sous la forme
de fonctions d’ordre fini.
Aussi, il paraît nécessaire de présenter quelques unes des approximations exploitables.
Plus précisément, nous développerons dans ce chapitre l’approximation polynomiale qui
découle naturellement des développement de Taylor largement exploités pour la résolu-
tion de problèmes physiques. Puis nous soulignerons ses limites et nous proposerons des
méthodes d’approximations rationnelles. En particulier, nous détaillerons le théorème de
Mittag-Leffler permettant de conserver les pôles ou les zéros des fonctions approchées,
puis nous présenterons les théories des fractions continues et des approximants de Padé
que nous avons retenus pour la suite de cette étude.
Ces puissants outils mathématiques qui, comme nous le verrons, sont intimement liés,
sont utilisés dans des domaines aussi variés que l’analyse, les probabilités, la mécanique
ou la théorie des nombres [Khi64] [Niv56]. Par la suite, ces approximations purement
formelles donneront lieu à une représentation sous forme de réseaux électriques. Nous
obtiendrons ainsi des modèles physiques d’ordres réduits, c’est-à-dire finis, de systèmes à
paramètres distribués.
43
3.1. L’approximation polynomiale
Les approximations obtenues sont alors, au sens mathématique du terme, des équivalents
de f (x) au voisinage de x = 0.
f1 (x) 2
−2
f3 (x) 2
−2
2
f5 (x)
0
−2
2
f7 (x) 0
−2
2
f9 (x) 0
−2
−3 −2 −1 0 1 2 3
(1, x, x2 , . . . , xn , . . . ) (3.7)
L’approximation (3.2) obtenue en tronquant à l’ordre N la série (3.1) est donc la projection
de f sur le sous-espace vectoriel des polynômes de degrés inférieurs ou égaux à N. Mais le
choix de la base canonique, dicté par la simplicité de son expression n’est pas forcément
le plus judicieux dans le cadre de l’approximation polynomiale.
Réduire l’erreur d’approximation au sens des moindres carrés revient donc à minimiser
l’erreur quadratique
eN = kf − fN k2 . (3.9)
45
3.1. L’approximation polynomiale
Consiérons une base (Pn )n∈N de polynômes orthogonaux pour le produit scalaire choisi. Si
l’on suppose de plus que cette base est orthonormée, les coefficients de la décomposition
de f (x) sont appelés coefficients de Fourier et ils vérifient
∞
X
f (x) = cn Pn (x), cn = hf, Pn i. (3.10)
n=0
est celle qui minimise l’erreur quadratique [Wal94]. En utlisant la linéarité du produit
scalaire, cette erreur est alors donnée par
N
X
eN = kf − cn P n k 2
n=0
X X
= hf − cn P n , f − cn P n i
X X X
= hf, f i − 2 cn hf, Pn i + h cn P n , cn P n i (3.12)
X X
= hf, f i − 2 c2n + c2n
N
X
= hf, f i − c2n .
n=0
46
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
P
Comme la quantité N ′ 2
n=0 (cn − cn ) est positive, nous avons nécessairement une moins
bonne approximation au sens de la norme quadratique.
eN 6 e′N (3.15)
Exemple Reprenons le cas de la tangente hyperbolique. Nous allons trouver une ap-
proximation polynomiale à l’aide de polynômes orthogonaux. Soit {Pn } la base des po-
lynômes de Legendre. Le calcul des coefficients de Fourier se fait à l’aide de la formule
(3.10). Cependant les polynômes de Legendre n’étant pas normés, nous substituons
Pn
à Pn . (3.16)
kPn k
Nous avons alors, avec la définition du produit scalaire correspondant aux polynômes de
Legendre (voir en annexe la section C.3.1)
Pn
cn = tanh, (3.17)
kPn k
Z 1
1
= tanh(x)Pn (x)dx (3.18)
kPn k −1
ou encore, en notant
Z R1
1 tanh(x)Pn (x)dx
cn 1 −1
c′n = = tanh(x)Pn (x)dx = R1 , (3.20)
kPn k kPn k2 −1 P n (x) 2 dx
−1
∞
X
tanh(x) = c′n Pn . (3.21)
n=0
Le calcul des c′n nous donne alors les approximations successives (les polynômes Pn
sont définis dans l’annexe C)
47
3.1. L’approximation polynomiale
f0 (x) = 0,
f1 (x) = f2 (x) = c′1 P1 (x),
f3 (x) = f4 (x) = c′1 P1 (x) + c′3 P3 (x), (3.23)
f5 (x) = f6 (x) = c′1 P1 (x) + c′3 P3 (x) + c′5 P5 (x),
..
.
Ces approximations polynomiales sont tracées sur la figure 3.2. On remarque que du
fait de la définition du produit scalaire, l’approximation converge très rapidement sur
l’intervalle x ∈ [−1, 1].
f1 (x) 2
−2
f3 (x) 2
−2
2
f5 (x)
0
−2
2
f7 (x) 0
−2
2
f9 (x) 0
−2
−3 −2 −1 0 1 2 3
48
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
D’autre part, la série (3.1) ne converge pas nécessairement pour tout x ∈ C. On définit
alors un rayon de convergence, c’est-à-dire le plus grand réel positif R tel que si |x| 6 R,
la série converge. Pour des valeurs en dehors du domaine de convergence (|x| > R),
l’augmentation du nombre de termes retenus dans fN (x) détériorera alors la qualité de
l’approximation !
Ce sont ces limitations qui nous amènent à nous intéresser à une nouvelle classe de
fonctions d’approximation : les fractions rationnelles.
49
3.2. Les approximants de Padé
50
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
x2
[0, 0]exp (x) = 1 [0, 1]exp (x) = 1 + x [0, 2]exp(x) = 1 + x + 2
1 2+x 6+4x+x2
[1, 0]exp (x) = 1−x
[1, 1]exp(x) = 2−x
[1, 2]exp (x) = 6−2x
2 6+2x 12+6x+x2
[2, 0]exp (x) = 2−2x+x2
[2, 1]exp (x) = 6−4x+x2
[2, 2]exp (x) = 12−6x+x2
51
3.2. Les approximants de Padé
Une très bonne approximation en est donnée par les approximants diagonaux :
2 − Tp
[1, 1]exp (−T p) = (3.31)
2 + Tp
12 − 6T p + T 2 p2
[2, 2]exp(−T p) = (3.32)
12 + 6T p + T 2 p2
120 − 60T p + 12T 2 p2 − T 3 p3
[3, 3]exp (−T p) = (3.33)
120 + 60T p + 12T 2 p2 + T 3 p3
Les approximants de Padé peuvent donc être considérés comme une extension de
l’approximation polynomiale présentée en introduction et nous pouvons écrire
1
[n, m]f = (3.36)
[m, n] 1
f
52
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
Considérons maintenant les développements en séries entières de f (x) et de [n, m]f (x).
Supposons qu’ils coïncident jusqu’à l’ordre r, c’est-à-dire que r est la valeur maximale
pour laquelle est vérifiée la relation
Nous pouvons dire que l’approximation est d’autant meilleure que r est grand et
donc, nous caractériserons l’approximant par son ordre de contact r ([Gau75]). En ce
qui concerne la fonction exponentielle, par exemple, l’ordre de contact des approximants
[n, m]exp est strictement
r = n + m. (3.38)
Dans ce cas, la table de Padé de la fonction est dite normale. La condition nécessaire
et suffisante pour que la table de Padé soit normale s’exprime à partir des coefficients du
développement en série entière de f (x) (équation (3.1)) :
cn−m cn−m+1 · · · cn
cn−m+1 cn−m+2 · · · cn+1
6= 0 ∀(m, n) ∈ N2
∆m,n = det .. .. .. .. (3.39)
. . . .
cn cn+1 · · · cn+m
1 2 5
tanh(x) = x − x3 + x + O(x7 ) (3.40)
3 15
3x 1 1 5
[2, 1]tanh (x) = 2
= x − x3 + x + O(x7 ) (3.41)
3+x 3 9
Par définition, cet approximant admet un ordre de contact r = 4, qui est supérieur
à la somme de ces degrés m + n = 3. Explicitons les premiers éléments de la table pour
53
3.2. Les approximants de Padé
0 x x 3x − x3 3x − x3
1 1 1 3 3
0 x x2 3x − x3 3x2 − x4
x 1 x 3 3x
(3.42)
3 3
0 3x 3x 15x + x 15x + x
x2 3 + x2 3 + x2 15 + 6x2 15 + 6x2
Des blocs d’approximants identiques ont été mis en évidence dans la table. Considérons
le premier. Il s’agit de : [0, 1]tanh (x), [0, 2]tanh (x), [1, 1]tanh (x) et [1, 2]tanh (x). Ils possèdent
tous le même ordre de contact r = 2.
– Pour le premier, cet ordre de contact se révèle être supérieur à la somme de ses
degrés m + n = 1 < r.
– Pour les deux suivants, l’ordre de contact est exactement égal à la somme des degrés :
m + n = 2 = r.
– Pour le dernier, en revanche, nous avons : m + n = 3 > r. Remarquons cependant
que cet approximant vérifie bien la relation de définition (3.24). En effet, sous forme
non réduite,
P (x) = x2 et Q(x) = x (3.43)
54
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
Pour que cette expression soit valable dans le cas général, nous adoptons les conventions
suivantes :
– comme précédemment, ck = 0 pour k < 0 ;
– si la valeur initiale d’un indice de sommation est strictement supérieure à sa valeur
finale, la somme est remplacée par zéro.
Exemple
Nous allons détailler le calcul direct de l’approximant d’ordre (2, 1) de la tangente
hyperbolique. Commençons par expliciter les coefficients du développement de la fonction
jusqu’à l’ordre m + n = 3.
1
tanh(x) = x − x3 + O(x5 ) (3.46)
3
Les calculs des déterminants nous fournissent les polynômes :
0 1 0
P (x) = det 1 0 − 31 = −x (3.47)
0 0 x
0 1 0
1
Q(x) = det 1 0 − 13 = −1 − x2 (3.48)
x2 x 1 3
Nous retrouvons donc l’expression fournie précédemment pour [2, 1]tanh (x).
P (x) 3x
= (3.49)
Q(x) 3 + x2
Algorithmes
Dans les cas ou une partie de la table de Padé doit être calculée, et non plus seulement
un approximant particulier, des algorithmes itératifs sont plus adaptés que le calcul direct.
55
3.2. Les approximants de Padé
Le plus cité dans la littérature est l’algorithme qd, qui tient son nom de l’anglicisme
quotient difference. Il consiste à construire récursivement une table de coefficients qui
permet d’obtenir les approximants sous la forme d’une fraction continue. Cet algorithme
pose cependant des problèmes de stabilité numérique, et ne fonctionne que pour des tables
normales.
Des travaux récents concernant les polynômes orthogonaux ont permis de proposer
différents nouveaux algorithmes de calcul. A. Draux et P. Van Ingelandt [DI87] proposent
par exemple un logiciel en arithmétique rationnelle capable de parcourir une table de Padé
anormale avec une très bonne stabilité numérique.
c(tn ) = cn , ∀n ∈ N. (3.50)
On montre alors facilement [BI94] que cette forme associe f (x) à la fonction g : t →
(1 − xt)−1 . En effet, en utilisation la linéarité et les définitions de c et f ,
1
c(g(t)) = c
1 − xt
= c(1 + xt + x2 t2 + x3 t3 + · · · ) (3.51)
2 2 3 3
= c(1) + xc(t) + x c(t ) + x c(t ) + · · ·
= c0 + c1 x + c2 x2 + c3 x3 + · · · = f (x).
D’où la relation
1
f (x) = c(g(t)) = c . (3.52)
1 − xt
Toujours dans le but de trouver une approximation de f (x), il est alors intéressant de
ne plus procéder directement, mais plutôt de chercher une approximation polynomiale de
g(t). Plus précisément, on définit un polynôme d’interpolation de Hermite de degré k − 1
qui vérifie la propriété
dj Rk dj g
(ti ) = (ti ) (3.53)
dtj dtj
Précisons pour éviter toute confusion que dans ce chapitre, t et x ne dénotent plus des variables de
2
temps et d’espace.
56
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
c ∞
1 X
g(t) = f (x) = cn xn
1 − xt n=0
Polynôme Approximation
d’interpolation de Padé
de Hermite
c
Rk (t) [k, k − 1]f (x)
Ce cas précis peut s’interpréter en remarquant que la relation (3.56) exprime que les
polynômes vk (t) forment un famille orthogonale par rapport à la forme c (voir annexe C).
57
3.3. Les Fractions Continues
Ces liens étroits avec les polynômes orthogonaux forment la base de l’étude actuelle
des propriétés algébriques des approximants de Padé. Ces propriétés, ainsi que les dé-
monstrations qui ont été omises ici, sont détaillées dans [BI94] et [BI95]. Pour notre part,
nous allons maintenant nous intéresser à une autre théorie mathématique, qui est peut-
être encore plus liée aux approximants de Padé. Nous allons en effet introduire la théorie
des fractions continues qui nous permettra d’utiliser de façon extrêmement intuitive les
approximant de Padé pour résoudre des problèmes physiques.
58
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
Cette forme de représentation nous permet déjà d’obtenir une première approxima-
tion du nombre π. Cette fraction porte le nom d’approximation d’Archimède, le célèbre
mathématicien et physicien grec (287-212 av. J.-C.)
1 22
π ≈3+ = = 3, 142857 . . . (3.62)
7 7
Pour poursuivre le développement, il suffit à nouveau d’inverser la partie décimale du
« résidu » puis d’en isoler la partie entière :
1 1
= 15, 99659 . . . π =3+ (3.63)
0, 062513 . . . 1
7+
15 + 0, 99659 . . .
Nous obtenons alors une nouvelle approximation de π, dite approximation de Métius
(géomètre et astronome hollandais, 1571-1635).
1 355
π ≈3+ = = 3, 1415929 . . . (3.64)
1 113
7+
15 + 1
Le développement peut se poursuivre ainsi indéfiniment. Les approximations succes-
sives, appelées réduites 6 , s’obtiennent en tronquant la fraction continue à un certain ordre
n. Nous obtenons donc une suite de fractions rationnelles qui converge vers π. Donc, par
passage à la limite :
1
π =3+ (3.65)
1
7+
1
15 +
1
1+
1
292 +
1+ .
..
De façon plus générale, partant d’un réel quelconque x, nous pouvons construire la
suite de réduites (rn )n∈N :
1
rn = q0 + (3.66)
1
q1 +
q2 + .
..
1
+
qn
Il se conçoit assez facilement que si la suite des réduites est finie, alors x est ration-
nel. Inversement, Lambert (philosophe, physicien et astronome suisse, 1728-1777) montra
qu’un développement infini est la preuve que x est irrationnel.
59
3.3. Les Fractions Continues
60
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
Nous savons par ailleurs, grâce à Legendre (mathématicien français, 1752-1834), que
la convergence de la suite (rn )n∈N des réduites se déduit des valeurs des éléments de la
suite (qn )n∈N . Il prouva en effet que pour tout x irrationnel,
1
|x − rn | < (3.67)
2qn2
ex − e−x
tanh : x 7→ (3.68)
ex + e−x
Cette fonction est holomorphe 7 à l’intérieur du disque D = {x ∈ C | |x| < π}. Elle
admet donc en particulier un développement en série entière de puissances de x.
1 2
tanh(x) = x − x3 + x5 + . . . (3.69)
3 15
Le rôle joué précédemment par la partie entière du réel sera tenu par le terme du
développement en x−1 . À l’instar du passage d’une expression décimale à une expression
sous forme de fraction continue, nous pouvons écrire :
1
tanh(x) = 0 + (3.70)
1
1 2
x − x3 + x5 + . . .
3 15
L’inverse de la tangente hyperbolique est holomorphe à l’intérieur d’une couronne
D = {x ∈ C | ǫ < |x| < 2π}. Aussi pouvons-nous le développer en série de Laurent de
puissance de x (développement asymptotique) : L’origine x = 0 étant un pôle simple 8
pour cette fonction, ce développement est limité au terme x−1 du côté des puissances
négatives.
1 1 1 1
1 3 2 5 = + x − x3 + . . . (3.71)
x − 3 x + 15 x + . . . x 3 45
6
en anglais convergents
7
Une fonction f de la variable complexe est dérivable ou holomorphe dans un domaine D si f est
holomorphe en tout point x0 de D. C’est-à-dire que f (x)−f (x0 )
x−x0 admet une limite lorsque x → x0
8
Un pôle p est d’ordre n ∈ N pour la fonction f si limx→p (x − p)n f (x) existe et est non nul. Un pôle
∗
61
3.3. Les Fractions Continues
Nous reportons ce résultat dans l’expression précédente, nous isolons le terme en x−1 ,
puis nous développons l’inverse du « résidu » en série de Laurent :
1
tanh(x) = 0 + (3.72)
1
1
x
+
1
1 1
x − x3 + . . .
3 45
1 3 1 1 3
1 1 3 = + x− x + ... (3.73)
3
x − 45
x + ... x 5 175
1
tanh(x) = 0 + (3.74)
1
1
+ 3
x
x
+ 51 x − 1
175
x3 + ...
Finalement, nous pouvons réitérer les étapes précédentes pour obtenir le développe-
ment de la fonction sous forme de fraction continue. Ce résultat fut obtenu pour la première
fois par Lambert et lui servit notamment à démontrer l’irrationalité du nombre π.
1
tanh(x) = (3.75)
1 1
+
x 3 1
+
x 5 1
+
x 7
+
x ...
De même que pour le développement de π, la suite des réduites (rn (x))n∈N nous donne
des approximations successives de tanh(x) sous forme de fractions rationnelles.
r1 (x) = x (3.76)
1 3x
r2 (x) = 1 x = (3.77)
x
+ 3
x2 +3
1 15x + x3
r3 (x) = = (3.78)
1
1 15 + 6x2
x
+ 3 x
x
+ 5
1 105x + 10x3
r4 (x) = = (3.79)
1
1 105 + 45x2 + x4
x
+
3
1
x
+ 5 x
x
+ 7
62
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
Les différentes fonctions rationnelles ainsi obtenues sont représentées sur la figure 3.8.
Il est particulièrement intéressant de remarquer que les approximations ainsi obtenues
coïncident avec les approximants de Padé de la fonction tangente hyperbolique. Aussi
convient-il de s’attarder quelque peu sur cette classe d’approximation rationnelle.
Cas général Dans le cas de fonctions présentant des tables de Padé normales, l’équi-
valence entre réduites de fractions continues et approximants de Padé est un résultat fort
bien connu. Ainsi, soit f développable en série entière telle que les coefficients de son
développement vérifient :
Ceci est une condition suffisante [Gau75] pour que f (x) admette une représentation
63
3.3. Les Fractions Continues
1
= [2, 1]f = [2, 2]f = [3, 1]f = [3, 2]f (3.87)
s1 1
+
x s2
x
1
= [2, 3]f = [2, 4]f = [3, 3]f = [3, 4]f (3.88)
s1 1
+
x s2 1
+
x s3
x
1
= [4, 3]f = [4, 4]f = [5, 3]f = [5, 4]f (3.89)
s1 1
+
x s2 1
+
x s3 1
+
x s4
x
1 1
= (3.91)
f s0 1
+
x s1 1
+
x s2 1
+
x s3
+
x ...
65
3.3. Les Fractions Continues
s0
= [0, 1] 1 = [0, 2] 1 = [1, 1] 1 = [1, 2] 1 (3.92)
x f f f f
x
= [1, 2]f = [2, 2]f = [1, 3]f = [2, 3]f (3.95)
s0 1
+ = [2, 3] 1 = [2, 4] 1 = [3, 3] 1 = [3, 4] 1 (3.96)
x s1 1 f f f f
+
x s2
x
= [3, 2]f = [4, 2]f = [3, 3]f = [4, 3]f (3.97)
Et ainsi de suite.
Ces développements particuliers présentent des propriétés de convergence remarquables
et des expressions simples, ce qui en fait tout l’intérêt pour l’approximation de fonctions.
Les liens entre les fonctions usuelles telles les fonctions trigonométriques, exponentielles,
logarithmiques, de Bessel, etc. et les fractions continues sont établies par les propriétés
de confluence des fonctions hypergéométriques [Wal48, JT80] et ont notamment été mis à
profit en modélisation par [Sab98].
Nous venons de voir que les réduites des fractions continues sont des approximants
de Padé particuliers, et plus précisément des termes proches de la diagonale de la table
de Padé. Il est aisée de montrer que, réciproquement, chaque approximant de Padé d’une
fonction peut se mettre sous la forme d’une réduite de fraction continue. En effet toute
fraction rationnelle est développable sous la forme d’une fraction continue finie.
L’existence du développement non classique en x1 est plus délicate à prouver. Contentons-
nous de le vérifier sur un exemple, tout en signalant que si la fonction f est impaire et
admet l’origine comme zéro (respectivement pôle) simple, ses approximants de Padé sont
eux aussi des fonctions impaires de la variable x et admettent x = 0 comme zéro (respec-
tivement pôle) simple.
À titre d’exemple nous réutilisons les approximants de la tangente hyperbolique.
1
[0, 1]tanh (x) = x = (3.98)
1
x
66
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
3x − x3 1
[0, 3]tanh (x) = = (3.99)
3 1 1
+
x 3 1
+
x 1
−
x
3x 1
[2, 1]tanh (x) = 2
= (3.101)
3+x 1 1
+
x 3
x
x3 + 15x 1
[2, 3]tanh (x) = 2
= (3.102)
15 + x 1 1
+
x 3 1
+
x 5
x
45x 1
[4, 1]tanh (x) = 2 4
= (3.104)
45 + 15x + x 1 1
+
x 3 1
+
x 5 1
+
x 3
−
x
67
3.4. Théorème de Mittag-Leffler
10x3 + 105x 1
[4, 3]tanh (x) = 2 4
= (3.105)
105 + 45x + x 1 1
+
x 3 1
+
x 5 1
+
x 7
x
x5 + 105x3 + 945x 1
[4, 5]tanh (x) = 2 4
= (3.106)
945 + 420x + 15x 1 1
+
x 3 1
+
x 5 1
+
x 7 1
+
x 9
x
Remarquons que les approximants de Padé éloignés de la diagonale sont obtenus en
modifiant les derniers termes du développement « naturel » de la fonction en fraction conti-
nue. Finalement, nous avons une totale équivalence entre les approximations rationnelles
issues des fractions continues et les approximants de Padé.
9
Une fonction f de la variable complexe est méromorphe dans un ouvert connexe U de C si elle est
définie et analytique dans un ouvert U ′ obtenu en enlevant à U un ensemble de points isolés, dont chacun
est un pôle pour f . [BG83]
68
Chapitre 3. De l’approximation polynomiale à l’approximation rationnelle
N
P (x) X an
= A(x) + (3.107)
Q(x) n=1
(x − pn )
Ces pôles étant opposés deux à deux, après simplifications, nous obtenons une série d’élé-
ments simples (et non plus une somme comme dans le cas d’une fraction).
∞
X 1
tanh(x) = (3.110)
n=−∞
x − i(nπ − π2 )
∞
I1 (x) X 2x
= , (3.114)
I0 (x) n=1 x + λ20,n
2
les λk,n ∈ R+ , étant les zéros des fonctions de Bessel de première espèce, Jk .
70
Chapitre 4
Dans ce chapitre, nous nous proposons de donner une interprétation physique aux
approximations rationnelles obtenues par les approximants de Padé et le théorème de
Mittag-Leffler. Puisque nous avons représenté les systèmes d’ordre infini à l’aide d’im-
pédances et d’admittances, la construction d’un système d’ordre réduit s’identifiera à la
synthèse d’un réseau de Kirchhoff.
En particulier, le développement en fraction continue s’identifie à la synthèse de Cauer
[Cau26], et le développement en éléments simples à la synthèse de Foster [Fos24b, Fos24a].
Ces méthodes ont connu un grand succès pour la synthèse de filtres. Elles permettent en
effet de synthétiser une fonction de transfert donnée en électronique analogique [Fel86],
ce qui a été démontré par [Bru31] pour les fonctions réelles positives.
Cependant notre application des synthèses de Foster et Cauer se distinguera par deux
aspects importants. Tout d’abord, nous modélisons des impédances d’ordre infini, dans
le but d’obtenir des approximations. La synthèse de filtres analogiques vise à obtenir de
façon exacte une fonction rationnelle (d’ordre fini)1 .
D’autre part, les développements se feront selon une variable d’espace (x), alors qu’elles
se font classiquement selon la variable fréquentielle (p). Nous verrons que ceci permet
de conserver une simplicité remarquable pour l’expression des éléments constituant les
réseaux.
71
4.1. Extension des synthèses de Foster et Cauer à l’ordre infini
72
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Zn
Yn
Z1 Z2 ZN
Y1 Y2 YN
Fig. 4.3 – Modèle d’ordre réduit obtenu par développement en série d’une impédance
d’ordre infini.
Chaque cellule peut être vue comme un circuit bouchon qui peut être le lieu d’une
résonance parallèle. Les cellules étant mises en série, il suffit alors que l’impédance de
l’une d’elle tende vers l’infini, ou prenne une valeur très grande3 , pour que l’impédance
globale du réseau tende elle aussi vers l’infini, ou prenne elle aussi une valeur très grande.
Dans le cas particulier où Z = lpx et Y = cpx (ligne sans pertes), ce développement
s’identifie à la première synthèse canonique de Foster d’une impédance [Fel86]. Cependant,
3
L’impédance ne tend vers l’infini ou vers zéro en régime harmonique que dans le cas sans pertes, avec
soit r = 0, soit g = 0, voir fig. 2.21.
73
4.1. Extension des synthèses de Foster et Cauer à l’ordre infini
nous l’appliquons à une fonction non rationnelle. La convergence n’est donc pas garantie
par un nombre fini de pôles, mais par le théorème de Mittag-Leffler 4 .
Cette expression peut être interprétée comme un réseau infini de cellules en parallèle,
chaque cellule étant composée d’une impédance et d’une admittance mises en série. Les
2N premiers termes correspondent maintenant aux zéros dominants de l’impédance Z qui
sont conservés dans le modèle d’ordre réduit de la figure 4.5. Les éléments composant le
réseau étant :
Z 2Y
Z1 = Z, Y1 ≡ ∞, Zn = , Yn = , pour n > 2. (4.7)
2 ((n − 1)π)2
74
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Zn
Yn
Z1 Z2 ZN
Y1 Y2 YN
Fig. 4.5 – Modèle d’ordre réduit obtenu par développement en série d’une admittance
d’ordre infini.
1 1
Z=r =
y 1 1 1 1
√ +s +
z zyx Z 3 1
z 3 1 +
√ +r Y 5 1
y zyx y 5 1 +
√ +s Z 7
z zyx +
z 7
√ + Y ...
y zyx . . .
(4.9)
Considérons maintenant le réseau de la figure 4.7. Il est aisé de vérifier que son impé-
dance équivalente s’exprime par la fraction continue :
1 1
+ (4.10)
Y1 1 1
+
Z1 1
+
Y2 . . .
1
ZN
75
4.1. Extension des synthèses de Foster et Cauer à l’ordre infini
Z Y
Y1 ≡ ∞, Zn = , Yn = , pour n > 2. (4.11)
4n − 3 4n − 5
Yn
Zn
Y1 Y2 YN
Z1 Z2 ZN
Fig. 4.7 – Modèle d’ordre réduit obtenu par développement d’une impédance d’ordre
infini en fraction continue.
Les résonances et anti-résonances des cellules du réseau en échelle sont plus difficiles à
appréhender. En effet, chaque nouvelle cellule vient modifier les fréquences de résonance
des précédentes. Nous savons cependant qu’elles ne sont pas exactement confondues avec
les zéros et les pôles de l’impédance Z.
D’autre part, le cas particulier Z = lpx, Y = cpx s’identifie cette fois-ci à la première
synthèse canonique de Cauer [Fel86] appliquée à une impédance d’ordre infini.
76
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
77
4.2. Application à une ligne monophasée
Fig. 4.8 – Réponses fréquentielles des modèles approchés obtenus par les trois méthodes
présentées (cas N = 3 et N = 5) comparées à l’impédance d’ordre infini (en pointillés).
ZΠ
YΠ YΠ Rdef
78
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
1 1
ZΠ = , YΠ = , (4.14)
1 1 2 1
+ +
Z 6 1 Y 6 1
− + +
Y 10 1 Z 10 1
− + +
7Z 686 Y 14
+ +
11Y . . . Z ...
1 1
ZT = , YT = . (4.15)
2 1 1 1
+ +
Z 6 1 Y 6 1
+ − +
Y 10 1 Z 10 1
+ − +
Z 14 7Y 686
+ +
Y ... 11Z . . .
1 1 Y
ZΠ ≈ = Z, YΠ ≈ = , (4.16)
1 2 2
Z Y
Nous retrouvons le modèle de ligne courte vu à la section 2.2.3.
Nous prenons maintenant un ordre de plus pour ZΠ ,
1
ZΠ ≈ , (4.17)
1 1
+
Z 6
−
Y
et nous supposons de plus les pertes transversales sont négligeables, g = 0 (cas α = 0 dans
la section 2.3.1), ce qui est souvent le cas pour la modélisation des lignes de transmission
industrielles. En rappelant que
Z = R + Lp Y = Cp (4.18)
79
4.2. Application à une ligne monophasée
− C6
R L
C C
2 2
Nous retrouvons le modèle précédent de ligne courte, mais auquel on a adjoint une
capacité négative, ce qui en fait toute l’originalité. Ce nouveau modèle, possédant une
capacité de compensation a été proposé par M. Lagonotte [LPC00] en remplacement des
cellules chaînées (fig. 2.16) et mis en pratique notamment par [RM00].
Cette capacité négative apporte une nette amélioration de la réponse fréquentielle du
modèle, comme on peut le voir sur la figure 4.12, à comparer avec 4.11. Ces figures ont été
tracées en prenant les valeurs numériques d’une ligne à haute tension (tab. 4.1), chargée
par une résistance de défaut Rdef .
80
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
1200
1000
|Z| 800
600
400
200
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
0.5
arg(Z) 0
−0.5
−1
−1.5
−2
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Fréquence
Fig. 4.11 – Réponse fréquentielle du modèle de ligne courte, comparée au modèle d’ordre
infini (en pointillés).
1200
1000
|Z| 800
600
400
200
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
0.5
arg(Z) 0
−0.5
−1
−1.5
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Fréquence
1000
|Z| 800
600
400
200
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
arg(Z) 1
−1
−2
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Fréquence
Fig. 4.13 – Réponse fréquentielle du modèle développé à l’ordre deux, comparée au modèle
d’ordre infini (en pointillés).
81
4.2. Application à une ligne monophasée
2000
1500
|Z| 1000
500
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
arg(Z) 1
−1
−2
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Fréquence
Fig. 4.14 – Réponse fréquentielle du modèle développé à l’ordre trois, comparée au modèle
d’ordre infini (en pointillés).
1500
|Z| 1000
500
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
arg(Z) 1
−1
−2
−3
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Fréquence
1000
|Z| 800
600
400
200
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
1
arg(Z) 0
−1
−2
−3
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Fréquence
Fig. 4.16 – Réponse fréquentielle du modèle développé à l’ordre six, comparée au modèle
d’ordre infini (en pointillés).
82
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
1331Y
− 607202
3857Z
2178
11Y
686
− 7Z
10
− Y6
Z
Y Y Y Y Y Y
2 10 18 2 10 18
Rdef
Z Z Z Z Z Z
6 14 22 6 14 22
Fig. 4.17 – Modèle de ligne monophasée approché à l’ordre six sous la forme d’un réseau
de Kirchhoff.
La réponse de référence est calculée par une transformée de Fourier inverse, à partir
de l’impédance d’ordre infini du modèle en Π (fig. 4.9). Le calcul se fait numériquement
à l’aide du logiciel Matlab par fft6 .
Nous avons utilisé Esacap pour calculer la réponse du modèle approché à une tension
d’entrée imposée par intégration à pas constant dans le domaine temporel. Les réponses
sont comparées sur la figure 4.18.
Nous voyons que même avec un ordre réduit, la pointe de courant initiale est bien
reproduite, ainsi que les oscillations propres du système.
83
4.3. Application à un câble avec effet de peau
5
x 10
2
−1
−2
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16
400
Courant absorbé (A) 200
(Modèle de référence) 0
−200
−400
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16
400
Courant absorbé (A) 200
(Modèle approché) 0
−200
−400
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16
Fig. 4.18 – Simulation temporelle de la réponse du modèle de ligne à une mise sous
tension.
compte de l’effet de peau. Commençons par citer la définition qu’en propose M. Fournet
dans les Techniques de l’ingénieur [Fou93].
« L’expression effet de peau est relative aux phénomènes qui se produisent
quand un conducteur est parcouru par un courant électrique dépendant du
temps. L’expérience et la théorie montrent alors que la densité de courant
n’est pas uniforme : il y a concentration des lignes de courant vers la surface
extérieure du conducteur, cet aspect étant d’autant plus marqué que la vitesse
temporelle de variation du courant est plus grande. »
Ce phénomène, qui tend à restreindre le courant dans une faible partie de la section
des conducteurs, provoque une augmentation de la résistance apparente. Nous verrons que
cette augmentation s’accompagne d’une variation de la phase du courant.
Pour modéliser cet effet, nous allons dans un premier temps effectuer une analyse de
la répartition du courant dans un conducteur cylindrique, et nous en déduirons une ex-
pression de son impédance interne apparente. Dans un second temps, nous développerons
des modèles sous forme de réseaux de Kirchhoff pour rendre compte des variations de
cette impédance. Enfin nous proposerons un modèle de câble que nous confronterons à
des mesures réelles.
84
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
85
4.3. Application à un câble avec effet de peau
g ′′
=C C étant une constante. (4.25)
g
De plus, comme g est périodique de période 2π, nous pouvons écrire : g(θ) = cos(nθ + φn ),
d’où
ρ2 f ′′ + ρf ′ − n2 + σµpρ2 f = 0. (4.26)
Nous reconnaissons l’équation différentielle de Bessel modifiée [Lam78]. La fonction f
est donc la somme de fonctions de Bessel modifiées de première (In ) et de seconde espèce
(Kn ).
√ √
f (ρ) = an In ( µσpρ) + bn Kn ( µσpρ). (4.27)
Mais les fonctions de Bessel modifiées de seconde espèce admettent une singularité à
l’origine (figure 4.20). La densité de courant ne pouvant tendre vers l’infini au centre du
conducteur, la seule solution physiquement acceptable est celle correspondant à bn = 0.
2.5
K0 K1 K2 I0 I1 I2
2
1.5
0.5
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
Fig. 4.20 – Fonctions de Bessel modifiées de première (In ) et seconde espèce (Kn ).
Cette expression autorise le calcul du courant total i qui parcourt le conducteur. Par
définition, il suffit de sommer j sur une section du cylindre.
ZZ ∞ Z ρ0 Z 2π
X √
i= jdS = 2πan ρIn ( µσpρ)dρ cos(nθ + φn )dθ. (4.29)
(S) n=0 0 0
86
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
La seconde intégrale s’annulant pour tout n non nul, l’expression du courant se réduit
à Z ρ0
√
i = 2πa0 cosφ0 ρI0 ( µσpρ)dρ. (4.30)
0
En utilisant un résultat connu sur l’intégration des fonctions de Bessel, à savoir que
pour tout réel ν, Z
xν
xν Iν−1 (αx)dx = Iν (αx), (4.31)
α
nous avons au final
2πa0 cosφ0 ρ0 √
i= √ I1 ( µσpρ0 ). (4.32)
µσp
dv
Ex x
i
dx
D’autre part, nous définissons l’impédance interne par unité de longueur zi à l’aide de
la relation analogue à la loi d’Ohm portant sur la différence de potentiel selon la direction
x et le courant total (figure 4.21).
−dv = zi dx i. (4.34)
1 dv Ex (ρ0 ) j(ρ0 )
zi = − = = , (4.35)
i dx i σi
87
4.3. Application à un câble avec effet de peau
Cette dernière expression est due à Sergei A. Schelkunoff [Sch34] (selon [Joh97]). Elle
fournit une expression de l’impédance interne d’ordre infini. Nous allons donc naturel-
lement rechercher un modèle approché de l’impédance interne, comme nous l’avons fait
pour l’impédance de la ligne.
1 πρ2 σ µXp
Y = = 0 Z = Li p = (4.38)
R X 4π
Nous pouvons alors réécrire l’impédance interne totale apparente du conducteur,
r √
Z I0 (2 ZY )
zi X = √ (4.39)
Y I1 (2 ZY )
88
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
√ √ ρ0
I1 ( µσpρ0 ) ∼ µσp (4.42)
0 2
1
d’où zi ∼ 2 (4.43)
0 πρ σ
89
4.3. Application à un câble avec effet de peau
90
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Fig. 4.23 – Module et argument du réseau en échelle obtenu par synthèse de Cauer.
91
4.3. Application à un câble avec effet de peau
Fig. 4.24 – Module et argument du réseau en échelle obtenu par une modélisation de type
non-entier [RM00].
92
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Nous pouvons comparer l’impédance calculée ainsi avec l’impédance mesurée (figure 4.25).
Il est clair que les divergences sont très importantes. La modélisation choisie est donc trop
simpliste car elle fait abstraction de l’effet de peau.
Modifions donc l’expression de Z pour y introduire l’impédance interne du câble. Nous
faisons aussi apparaître l’inductance externe le 9 .
r √
1 µp I0 ( µσpρ0 )
Z = (zi + le p)X zi = √ (4.48)
2πρ0 σ I1 ( µσpρ0 )
93
4.3. Application à un câble avec effet de peau
12000
10000
8000
|Zcc| (ohm)
6000
4000
2000
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
6
x 10
1
Arg(Zcc)
−1
−2
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
Frequence (Hz) 6
x 10
Fig. 4.25 – Impédance du câble en court-circuit mesurée (pointillés) et calculée sans effet
de peau (trait plein).
94
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
2000
1500
|Zcc| (ohm)
1000
500
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
6
x 10
1
Arg(Zcc)
−1
−2
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
Frequence (Hz) 6
x 10
95
4.3. Application à un câble avec effet de peau
d’importance aux basses fréquences. Les nouvelles valeurs des constantes électriques sont
reportées dans le tableau 4.3. Les corrections restent minimes, sauf en ce qui concerne
la valeur de la conductance linéique g. Cette correction n’est pas surprenante puisque
ce paramètre est réputé être le plus difficile à estimer et présente de plus une valeur
extrêmement faible.
Les valeurs corrigées des constantes du câble permettent de faire coïncider les variations
de l’impédance calculée avec les mesures (figure 4.27).
2000
1500
|Zcc| (ohm)
1000
500
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
6
x 10
1
Arg(Zcc)
−1
−2
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
Frequence (Hz) 6
x 10
Fig. 4.27 – Impédance du câble en court-circuit mesurée (pointillés) et calculée avec les
valeurs corrigées des paramètres (trait plein).
Notre modèle théorique étant maintenant validé, et les valeurs des paramètres ajustées,
nous pouvons mettre à profit le développement en fractions continues pour générer un
96
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
1500
|Zcc| (ohm)
1000
500
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
6
x 10
1
Arg(Zcc)
−1
−2
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
Frequence (Hz) 6
x 10
Fig. 4.28 – Modèle du câble en court-circuit avec effet de peau sous la forme d’un réseau de
Kirchhoff. L’impédance du modèle (trait plein) est comparée à celle mesurée (pointillés).
Nous avons donc validé notre modèle d’effet de peau, et montré qu’il était plus perti-
nent que l’approche non-entière habituelle. Nous pouvons donc conclure que la synthèse
de Cauer permet d’obtenir des modèles réalistes de câbles avec effet de peau, utilisables
en temps réel ([SL04] dans [cem04].
97
4.4. Application à une ailette de refroidissement
98
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Symbole Valeur
x 5 cm
l 3 cm
e 5 mm
ρ 2600 kg.m−3
λ 204 W(mK)−1
c 879 J(kgK)−1
h 100 WK−1 m−2
– la résistance thermique R,
– la capacité thermique C,
– la conductance fluidique G.
x
R= , C = ρcxle, G = h(l + e)x. (4.51)
λle
Nous choisissons ensuite d’utiliser trois cellules élémentaires en Π, telles que celles de
la figure 2.16, composées de fractions de ces constantes globales. En associant les cellules,
et compte tenu de la température imposée à l’extrémité (analogue à un court-circuit
électrique), nous obtenons le réseau de la figure 4.30.
99
4.4. Application à une ailette de refroidissement
100
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Nous pouvons utiliser ces modèles comme précédemment avec un logiciel de simulation
de réseau. Nous cherchons à déterminer la réponse temporelle en température T = T1 − T0
de l’ailette quand on lui impose un échelon de flux (réponse indicielle). Les réponses
simulées sont comparées à la réponse de référence, calculée par une transformée de Fourier
inverse, à partir de l’expression exacte de Z. Ces résultats sont reportés sur la figure 4.35.
10
Les impédances des réseaux présentés sont des approximations rationnelles de l’impédance d’ordre
infini. Elles sont assimilables à des fonctions de transfert d’ordre fini égal à trois, sauf pour le modèle
obtenu par la deuxième synthèse de Foster où trois cellules correspondent à un ordre deux, la première
branche ne comportant qu’une résistance.
101
4.4. Application à une ailette de refroidissement
1
Modèles réseaux à trois nœuds
Φ(W ) 0.5 entrée
0
Φ R/3 R/3 R/3 0 2 4 6 8 10
C/6 C/3 C/3 1
T
G/6 G/3 G/3 T (K) 0.5
Synthèse nodale 0
8R/π² 8R/9π² 8R/25π² 0 2 4 6 8 10
Φ G/2 G/2 G/2 1
C/2 C/2 C/2
T T (K) 0.5
Première synthèse de Foster 0
0 2 4 6 8 10
Φ R R/2 R/2
1
2G/π ² G/2π²
T T (K) 0.5
2C/π² C/2π²
0
Deuxième synthèse de Foster 0 2 4 6 8 10
Fig. 4.35 – Réponses comparées des réseaux avec la réponse de référence (en pointillés).
102
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
l = 0, g = 0. (4.52)
Afin de se rapprocher d’un problème réel, nous considérerons par la suite que le cylindre
est plongé dans un fluide à la température Te et nous caractériserons les échanges par une
liaison convective de coefficient h.
Nous allons proposer un modèle thermique du cylindre basé sur l’analogie électrique
en nous limitant au cas où la diffusion est purement radiale (les extrémités sont adiaba-
tiques). Les valeurs numériques utilisées lorsque cela sera nécessaire sont rappelées dans
le tableau 4.5.
103
4.5. Application à la conduction thermique dans un cylindre
= −λ∇T (4.56)
ρc ∂T q
∆T − = (4.57)
λ ∂t λ
∂2T 1 ∂T ρc
2
+ − pT = 0 (4.60)
∂r r ∂r λ
Mais les fonctions de Bessel modifiées de seconde espèce admettent une singularité à
l’origine (figure 4.20). La température ne pouvant tendre vers l’infini au centre du cylindre,
la seule solution physiquement acceptable est celle correspondant à B = 0. La condition
à la limite r = 0 fixe alors A = T0 .
r
ρcp
T = T0 I0 r (4.62)
λ
Le flux est obtenu en intégrant j sur la surface du cylindre, dans le sens du flux « entrant ».
ZZ
Φ=− jds = Sj(r0 ) (4.64)
(S)
r
p ρcp
Φ = 2πr0 lT0 ρcλpI1 r0 (4.65)
λ
Nous en déduisons l’expression de l’impédance thermique ([MAB+ 00]) équivalente du
cylindre : p
T1 1 I0 ( ρcp
λ 0
r)
Z= = √ p ρcp (4.66)
Φ 2πr0 l λρcp I1 ( λ r0 )
105
4.5. Application à la conduction thermique dans un cylindre
Discrétisation régulière
5 1 1
C1 = πρcr02 l C2 = πρcr02 l C3 = πρcr02 l (4.67)
9 3 9
1 1
R12 = R23 = (4.68)
4πλl 2πλl
Nous pouvons alors définir le réseau en échelle équivalent (figure 4.39), en notant C,
la capacité thermique totale du cylindre, et R la résistance thermique entre les segments
1 et 2 :
1
C = πρclr02 R= (4.69)
4πλl
106
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Nous pouvons donc réutiliser les résultats de la section 4.3 pour donner une expression
de Z sous forme de fraction continue. En tronquant la fraction continue à un certain ordre,
on obtient un approximant de Padé de Z, qui est aussi l’impédance du réseau en échelle
de la figure 4.40.
1 1
Z= + (4.71)
Cp 2 1
+
R 3 1
+
Cp 4
+
R ...
1 + 23 RCp + 27 2
R 2 C 2 p2
Z1 = (4.72)
Cp + 94 C 2 Rp2 + 243
10
C 3 R 2 p3
107
4.5. Application à la conduction thermique dans un cylindre
1 + 45 RCp + 40 3
R 2 C 2 p2
Z2 = 3 1 (4.73)
Cp + 10 C 2 Rp2 + 120 C 3 R 2 p3
108
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
Nous obtenons les modèles complets en ajoutant en série une résistance thermique
représentant les échanges convectifs entre la surface du cylindre et le fluide.
1
Rc = (4.74)
2πr0 lh
Nous obtenons alors un montage électrique appelé « diviseur de tension » (figure 4.42). La
relation qui relie alors T1 , la température à la surface du cylindre à la température Te du
fluide est un résultat connu :
Z
T1 = Te (4.75)
Rc + Z
Nous pouvons conclure que la méthode présentée permet d’obtenir des modèles uti-
lisables dans le domaine temporel en simulation bien plus performants que des modèles
nodaux « intuitifs » lors des phases transitoires.
109
4.5. Application à la conduction thermique dans un cylindre
Fig. 4.43 – Réponses en température des deux modèles (simulation sous Esacap) comparés
à la réponse du modèle d’ordre infini obtenue par transformée de Fourier inverse (en
pointillés).
110
Chapitre 4. Synthèse de réseaux par développements d’impédances
111
4.6. Conclusion sur les développements d’impédances
112
Chapitre 5
Dans ce chapitre, nous allons démontrer que la synthèse de Cauer telle que nous l’avons
exploitée au chapitre 4 peut se généraliser pour modéliser la propagation des ondes de
courants et de tensions sur une ligne constituée de plusieurs conducteurs. Il peut s’agir
d’une ligne triphasée, à un ou plusieurs ternes, ou d’un câble, les conducteurs étant alors
l’âme et le blindage. Dans un cas encore plus général, on peut décider d’inclure les câbles
de garde ou le retour par la terre dans la description de la ligne.
La principale différence avec le cas monophasé est l’existence de couplage entre les
différents conducteurs. Nous les représenterons à l’aide d’un formalisme matriciel pour
l’équation des télégraphistes que nous résoudrons pour obtenir des modèles de lignes
composés d’impédances matricielles, auxquelles nous appliquerons la synthèse de Cauer.
113
5.1. Équation des télégraphistes matricielle
obtenons
dv
= −zi
dx (5.2)
di = −yv
dx
Cette équation a la même forme que dans le cas monophasé, à la différence que les
constantes réparties z et y sont des matrices n × n caractérisant la ligne et les couplages
locaux [Joh98]. Les éléments de z ont la dimension d’une impédance par unité de longueur,
les éléments de y celle d’une admittance par unité de longueur.
Par exemple, dans le cas d’une ligne triphasée parfaitement symétrique, nous pouvons
représenter l’élément de ligne par la figure 5.1 [Cla94] et [Esc97, ch. 9]. Ce qui se traduit
par
r + lp mp mp g + cp dp dp
z = mp r + lp mp , y = dp g + cp dp . (5.3)
mp mp r + lp dp dp g + cp
[Link]
[Link]
d2 v d2 i
= zyv, = yzv. (5.4)
dx2 dx2
Du fait de la réciprocité des inductances et des capacités mutuelles, les matrices z et
y sont symétriques. Nous en déduisons que les matrices zy et yz sont transposées.
114
Chapitre 5. Extension au cas des lignes polyphasées
Nous savons alors qu’elles possèdent les mêmes valeurs propres, que nous noterons γi2 ,
pour 1 6 i 6 n. Nous supposerons de plus que ces matrices sont diagonalisables et nous
notons Pv et Pi les matrices de vecteurs propres correspondants.
zy = Pv Γ2 Pv−1 , yz = Pi Γ2 Pi−1 , avec Γ2 = Diag(γi2 )16i6n . (5.6)
Le changement de base associé à chaque diagonalisation est une projection sur les vec-
teurs propres, encore appelés modes. Les composantes modales des courants et des tensions
peuvent s’exprimer sous la forme de vecteurs, vm et im , pour lesquels nous réécrivons les
équations de propagation.
vm = Pv−1 v, im = Pi−1i. (5.7)
d2 vm d2 im
= Γvm = Γim (5.8)
dx2 dx2
115
5.2. Développement d’impédances matricielles
L’impédance caractéristique, en tant que produit de matrices inversibles, est donc elle
aussi inversible.
Remarquons que la matrice Γ devient singulière pour des valeurs particulière de p
(variable de Laplace) dans le plan complexe (voir la note 2).
im (X) = −Z−1 −1
c sinh(ΓX)vm (0) + Zc cosh(ΓX)Zc im (0) (5.18)
En notant dans cette dernière expression cosh(ΓX) = Diag (cosh(γi X))16i6n et de
même, sinh(ΓX) = Diag (sinh(γi X))16i6n .
116
Chapitre 5. Extension au cas des lignes polyphasées
Nous utiliserons pour représenter un tel élément le schéma simplifié apparaissant sur
la figure 5.2. De même une admittance1 matricielle sera caractérisée par une relation telle
que
i = Yv. (5.22)
i = i1 + i2 = Y1 v + Y2 v = (Y1 + Y2 ) v (5.24)
| {z }
Yeq
1
É́videmment, si Z est inversible, nous pouvons écrire Y = Z−1 .
117
5.2. Développement d’impédances matricielles
I(0) ZΠ I(x)
V (0) YΠ YΠ V (x)
118
Chapitre 5. Extension au cas des lignes polyphasées
Id + ZΠ YΠ = Pv cosh(ΓX)Pv−1. (5.30)
Supposons maintenant que sinh(ΓX) soit inversible. Cela se traduit par le fait que
sinh(γiX) est non nul, quel que soit i ; ou encore que nous nous plaçons sur un domaine
du plan complexe ne contenant pas de zéros de ces fonctions2 . La matrice impédance ZΠ
est donc inversible, d’inverse :
Z−1 −1
Π = Pi Zc (sinh(ΓX)) Pv
−1 −1
(5.31)
1
La matrice (sinh(ΓX))−1 étant la matrice diagonale Diag sinh(γi X)
. La multiplica-
16i6n
tion à gauche de (5.30) par Z−1
Π nous fournit une expression de YΠ .
YΠ = Z−1 −1
Π Pv cosh(ΓX)Pv + ZΠ
−1
= Pi Z−1
c (sinh(ΓX))
−1
cosh(ΓX)Pv−1 − Pi Z−1 −1 −1
c (sinh(ΓX)) Pv (5.32)
= Pi Z−1
c (sinh(ΓX)
−1
cosh(ΓX) − sinh(ΓX)−1 )Pv−1.
Puisque les matrices sinh(ΓX)−1 et cosh(ΓX) sont diagonales, et par utilisation des
formules de trigonométrie hyperbolique, il reste au final :
−1 X
YΠ = Pi Zc tanh Γ Pv−1 . (5.33)
2
Il reste alors à vérifier que les expressions trouvées pour ZΠ et YΠ fournissent bien
l’expression de (5.20) pour le vecteur courant i. Ce qui revient à vérifier les relations :
2YΠ + YΠ ZΠ YΠ = Pi Z−1 −1
c sinh(ΓX)Pv , (5.34)
−1
Id + YΠ ZΠ = Pi Z−1
c cosh(ΓX)Zc Pi . (5.35)
Cela se fait en utilisant les équations (5.30) pour l’expression de ZΠ et (5.33) pour
l’expression de YΠ et les relations trigonométriques :
X 2 X
2 tanh Γ + sinh(ΓX) tanh Γ = sinh(ΓX), (5.36)
2 2
X
Id + sinh(ΓX) tanh Γ = cosh(ΓX). (5.37)
2
119
5.2. Développement d’impédances matricielles
sinh(ΓX). Nous pouvons développer chacun de ses termes en fraction continue, puis uti-
liser des relations d’inversion triviales pour des matrices diagonales.
sinh(ΓX) = Diag(sinh(γi X))16i6n (5.38)
1
1 1
+
sinh(ΓX) = Diag γi X 6 1 (5.39)
− +
γi X 10
− +
7γi X . . . 16i6n
10
sinh(ΓX) = ((ΓX)−1 + (−6(ΓX)−1 + (− (ΓX)−1 + · · · )−1 )−1 )−1 (5.40)
7
Introduisons ce développement dans l’expression de ZΠ (équation (5.30)), puis explicitons
Zc .
ZΠ = Pv ((ΓX)−1 + (−6(ΓX)−1 + (− 10 (ΓX)−1 + · · · )−1 )−1 )−1 Zc Pi−1
7
10 (5.41)
= Pv ((ΓX) + (−6(ΓX) + (− 7 (ΓX)−1 + · · · )−1 )−1 )−1 Γ−1 Pv−1 z
−1 −1
Par simple utilisation des règles d’inversion matricielle, nous pouvons simplifier cette
dernière expression. Remarquons en effet la relation suivante :
z−1 Pv Γ(ΓX)−1 Pv−1 = (zX)−1 (5.42)
Et d’autre part, en utilisant l’équation (5.6)
Pv (ΓX)−1 Pv−1 z = (z−1 Pv Γ2 Pv−1 X)−1 = (z−1 zyX)−1 = (yX)−1 (5.43)
Ces deux relations sont à exploiter alternativement, comme suit.
ZΠ = (z−1 Pv Γ(ΓX)−1 Pv−1 + z−1 Pv Γ(−6(ΓX)−1 + (− 10 7
(ΓX)−1 + · · · )−1 )−1 Pv−1)−1
10
= −1 −1 −1 −1
((zX) + (−6Pv (ΓX) Γ Pv z + Pv (− 7 (ΓX)−1 + · · · )−1 Γ−1 Pv−1z)−1 )−1
= ((zX)−1 + (−6(yX)−1 + (− 10 7
z−1 Pv Γ(ΓX)−1 Pv−1 + · · · )−1 )−1 )−1
= ((zX)−1 + (−6(yX)−1 + (− 10 7
(zX)−1 + · · · )−1 )−1 )−1
(5.44)
De la même façon, nous pouvons développer la matrice admittance YΠ sous la forme :
YΠ = Pi Z−1
c (2(ΓX)
−1
+ (6(ΓX)−1 + (10(ΓX)−1 + · · · )−1 )−1 )−1 Pv−1
(5.45)
= (2(yX)−1 + (6(zX)−1 + (10(yX)−1 + · · · )−1 )−1 )−1
Donc, au final, avec Z = zX et Y = yX,
10 −1
ZΠ = (Z−1 + (−6Y −1 + (− Z + · · · )−1 )−1 )−1 , (5.46)
7
YΠ = (2Y −1 + (6Z−1 + (10Y −1 + · · · )−1 )−1 )−1 . (5.47)
Nous reconnaissons là des développements ayant une structure tout à fait similaire à
celle d’une fraction continue. Nous pouvons donc les représenter par des réseaux en échelle
constitués d’impédances matricielles.
120
Chapitre 5. Extension au cas des lignes polyphasées
[Link]
[Link]
121
5.3. Synthèse de Cauer matricielle
Y = G + Cp
Z = R + Lp
avec
1
R10
+ R112 + 1
R31
− R112 − R131
R−1
def =
− R112 1
R20
+ R123 + 1
R12
− R123 . (5.50)
− R131 − R123 1
R30
+ R131 + 1
R23
122
Chapitre 5. Extension au cas des lignes polyphasées
R31
Rdef
R23 R12
r + lp mp mp cp 0 0
z = mp r + lp mp y = 0 cp 0 (5.51)
mp mp r + lp 0 0 cp
Les valeurs numériques utilisées pour la similation sont données dans le tableau 5.1.
123
5.4. Exemple de simulation d’une ligne triphasée
1 1 1
1 2iΠ 2iΠ
Pv−1 = Pi−1 = 1 e 3 e− 3 (5.53)
3 2iΠ 2iΠ
1 e− 3 e 3
Les composantes modales correspondantes sont connues sous le nom de composantes
symétriques de Fortescue :
– composante homopolaire (indice 0 ),
– composante directe (indice d ),
– composante inverse (indice i ).
Remarquons que Pv (Pi ) diagonalise également z et y. Les équations (5.2) se réduisent
alors dans la base modale à la forme :
v0 r + (l + 2m)p 0 0 i0
d
vd = − 0 r + (l − m)p 0 id (5.54)
dx
vi 0 0 r + (l − m)p ii
i0 cp 0 0 v0
d
id = − 0 cp 0 vd (5.55)
dx
ii 0 0 cp vi
C’est-à-dire que chaque composante modale peut être traitée à l’aide d’un modèle
quadripolaire monophasé, à l’aide des valeurs
Cette remarque nous permet de calculer par transformée de Laplace inverse les courants
de référence. Pour cela, nous supposons la ligne triphasée fermée sur des résistances de
1 kΩ, choisie pour bien mettre en évidence les reflexions d’ondes.
Un seul conducteur étant alimenté par une source de tension, les deux autres étant
mis à la terre. Nous calculons la réponse en courant pour chacun des modes par inversion
numérique (ifft). Les courants de lignes sont ensuite obtenus par multiplication par la
matrice Pi . Ces résultats sont présentés sur la figure 5.11.
124
Chapitre 5. Extension au cas des lignes polyphasées
125
5.5. Avantages du développement d’impédances matricielles
Fig. 5.11 – Courants de ligne obtenus par décomposition modale et transformée de Laplace
inverse.
Fig. 5.12 – Courants de ligne obtenus par utilisation du modèle approché avec un simu-
lateur de réseau.
126
Chapitre 5. Extension au cas des lignes polyphasées
paramètres dont dépend le calcul de ces modes. Notre méthode ne souffre pas de cette
limitation puisque le modèle utilise directement les composantes de ligne et non les com-
posantes modales des tensions et des courants.
Il est en effet remarquable que les composantes modales des impédances n’interviennent
qu’en tant qu’étape dans le calcul du développement en fraction continue matricielle.
Il n’est donc pas en pratique nécessaire d’effectuer de diagonalisation pour calculer le
modèle. Seules sont nécessaires les valeurs des paramètres globaux de la ligne, c’est-à-dire
les matrices R, L, C et G, tout comme dans le cas monophasé.
C’est un avantage déterminant car le calcul des composantes modales peut être sujet à
caution. Les composantes de Fortescue dépendent notamment d’hypothèses géométriques
fausses dans le cas général pour les lignes de transmission, comme le fait remarquer M. Pé-
lissier :
« Donc si les trois tensions imposées à la ligne sont des tensions sinusoï-
dales formant un système symétrique direct ou inverse ou homopolaire, [...]
les courants ne pourront pas former un système semblable. Les systèmes de
coordonnées symétriques sont des « modes de génération » mais ne constituent
pas des « modes de propagation ». [Pél75, ch. 2] ».
Nous avons donc réussi à trouver une méthode innovante de modélisation des lignes
triphasées qui fournit des modèles fidèles tout en restant simples, ce qui est un avantage
pour l’utilisation en temps réel4 . Les paramètres du système apparaissent explicitement
dans les modèles, ce qui facilite leur identification, et enfin les modèles utilisent les com-
posantes de lignes issues directement des mesures, ce qui est un avantage pour la mise en
œuvre dans une protection numérique industrielle.
De tels modèles peuvent-ils être utilisés pour la détection de défauts ? C’est ce que
nous allons étudier au chapitre suivant.
4
Remarquons, que sans cette contrainte de rapidité de calcul, et puisque l’on contrôle l’ordre du
développement, on peut choisir des modèles avec des ordres bien plus grands pour simuler de façon
encore plus précise la réponse des lignes ; une application possible sont les logiciels de simulation de
réseaux.
127
5.5. Avantages du développement d’impédances matricielles
128
Chapitre 6
Rdef
Fig. 6.1 – Modèle de ligne en défaut approché utilisé dans l’algorithme pxln (Alstom).
Pour pouvoir utiliser ces modèles avec un algorithme d’optimisation programmé sous
Matlab, il est nécessaire de procéder au calcul de la forme numérique des modèles, ou
modèles arma1 .
1
Modèle auto-régressif à moyenne mobile (Auto-regressive moving-average)
129
6.1. Modèle numérique d’une ligne en défaut
Fig. 6.2 – Modèle de ligne en défaut approché à l’ordre un (modèle de ligne courte).
−Y/6
Y/2 Y/2
Rdef
Z/6 Z/6
−7Z/10
−Y/6
Z
Y/2 Y/2
Y/10 Y/10
Rdef
Z/6 Z/6
130
Chapitre 6. Application à la détection de défauts
P (p)
Ẑ(p) = (6.2)
Q(p)
v = bT i − aT v. (6.8)
131
6.2. Méthode d’identification paramétrique
132
Chapitre 6. Application à la détection de défauts
Le « pas » de l’algorithme est donc donné par λ. Il peut être fixe, ou alors adaptatif,
auquel cas, on l’augmente aux itérations où le critère J diminue, et on le diminue dans le
cas contraire.
133
6.3. Mise en œuvre
Il apparaît donc une erreur de prédiction (v̂(n) − v(n)) multipliée par une fonction de
sensibilité
∂ v̂(n)
σi = . (6.20)
∂θi
134
Chapitre 6. Application à la détection de défauts
Les ak et les bk sont des fonctions connues des θi fournies par le modèle de la ligne.
Donc,
Les coefficients des modèles arma sont calculés de façon symbolique par un pro-
gramme Maple, qui écrit les fonctions correspondantes sous la forme de fichiers pouvant
être interprétés par Matlab.
Les modèles utilisés sont le modèle classique des protections Alstom (fig. 6.1), et les
modèles développés aux ordres un et deux (fig. 6.2 et 6.3). Pour des raisons pratiques,
nous effectuons une seule itération de l’algorithme de Levenberg-Marquardt à chaque pas
d’échantillonnage. Les résultats sont tracés sur les figures 6.5 à 6.10.
Pour une ligne de 100 km, nous pouvons conclure de ces résultats que le modèle des
protections Alstom utilisé avec l’algorithme de Levenberg-Marquardt conduisent à sous-
estimer la longueur de la ligne et la résistance de défaut. Cela s’explique bien par le fait
qu’elle ne tiennent pas compte des effets capacitifs (c), qui ont tendance à faire diminuer
le déphasage et des conductances réparties (g) que nous avons volontairement surestimées
et qui font diminuer la résistance en régime permanent.
135
6.3. Mise en œuvre
5
x 10
2
v(V) 0
−2
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
5000
i(A) 0
−5000
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
150
X̂(km) 100
50
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
R̂def (Ω) 60
40
20
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
temps (s)
Fig. 6.5 – Identification par l’algorithme de Levenberg-Marquardt (ligne de 100 km, mo-
dèle Alstom).
136
Chapitre 6. Application à la détection de défauts
5
x 10
2
v(V) 0
−2
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
5000
i(A) 0
−5000
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
150
X̂(km) 100
50
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
R̂def (Ω) 60
40
20
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
temps (s)
Fig. 6.6 – Identification par l’algorithme de Levenberg-Marquardt (ligne de 100 km, mo-
dèle développé à l’ordre 1).
137
6.3. Mise en œuvre
5
x 10
2
v(V) 0
−2
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
5000
i(A) 0
−5000
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
150
X̂(km) 100
50
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
R̂def (Ω) 60
40
20
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
temps (s)
Fig. 6.7 – Identification par l’algorithme de Levenberg-Marquardt (ligne de 100 km, mo-
dèle développé à l’ordre 2).
138
Chapitre 6. Application à la détection de défauts
5
x 10
2
v(V) 0
−2
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
2000
i(A) 0
−2000
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
400
X̂(km)
200
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
R̂def (Ω) 300
200
100
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
temps (s)
Fig. 6.8 – Identification par l’algorithme de Levenberg-Marquardt (ligne de 300 km, mo-
dèle Alstom).
139
6.3. Mise en œuvre
5
x 10
2
v(V) 0
−2
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
2000
i(A) 0
−2000
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
400
X̂(km)
200
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
R̂def (Ω) 300
200
100
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
temps (s)
Fig. 6.9 – Identification par l’algorithme de Levenberg-Marquardt (ligne de 300 km, mo-
dèle développé à l’ordre 1).
140
Chapitre 6. Application à la détection de défauts
5
x 10
2
v(V) 0
−2
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
2000
i(A) 0
−2000
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
400
X̂(km)
200
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
R̂def (Ω) 150
100
50
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
temps (s)
141
6.3. Mise en œuvre
Les modèles développés sont quant à eux plus précis dans la détermination des para-
mètres, le modèle développé à l’ordre deux semblant un peu plus rapide que le modèle de
ligne courte (dépassements) et plus stable quand l’amplitude des signaux devient faible.
Toutefois, le gain de performances procuré par l’augmentation de l’ordre du modèle reste
faible.
En revanche, pour une ligne de 300 km, les effets de la propagation sont plus sensibles
et le modèle de ligne des protections Alstom ne peut pas en rendre compte de façon
satisfaisante. Le gain en précision et en stabilité est notable en passant à un modèle de
ligne courte (ordre un), et encore plus pour un modèle développé à l’ordre deux.
Malheureusement, dès que l’ordre du modèle dépasse trois (figure 6.4) ou que l’on
utilise un modèle polyphasé, le protocole de simulation que nous avons adopté montre ses
limites. En effet, les coefficients du modèle arma calculés par Maple ont des expressions
qui deviennent trop complexes pour être traitées dans un temps acceptable, voire pour
être simplement utilisables par Matlab, la taille des fichiers devenant trop importante.
Remarquons que l’algorithme de localisation de défauts que nous avons proposé ne
nécessite que le calcul de la réponse du modèle approché. En effet, le gradient et le Hessien
sont obtenus par les fonctions de sensibilité, et nous avons montré que l’on peut les estimer
à l’aide du modèle direct. Il suffit donc de trouver une méthode d’implémentation des
modèles plus efficace que la méthode arma utilisée, ce que nous nous proposons de faire
dans le chapitre suivant.
142
Chapitre 7
Devant les problèmes rencontrés lors de la numérisation des modèles issus de la synthèse
de Cauer, nous allons rechercher dans ce chapitre une méthode d’implémentation originale.
Ces modèles approchés de ligne sont composés d’impédances développées sous la forme
de réseau en échelle. Cette forme présente une régularité remarquable, que nous allons
mettre à profit. Nous montrerons en effet que la réponse du modèle peut être simplement
obtenue par une succession de filtrages d’ordres peu élevés, à l’aide d’une boucle.
v1 v2
i r2i
Y1 Y2
i1 i2
v Z1 Z2 r2v
Considérons tout d’abord le cas d’une impédance développée scalaire, qui correspond
au cas monophasé. Nous allons exprimer les relations entre les tensions et les courants au
sein d’un réseau en échelle.
143
7.1. Équivalence entre réseaux en échelle et filtres en treillis
n
X n
X
rnv =v− vi rni =i− ii (7.1)
i=1 i=1
L’application des lois de Kirchhoff sur le réseau infini (avant troncature) nous permet
d’écrire
∞
X X ∞
v= vn , i= in . (7.2)
n=1 n=1
Si nous posons de plus : r0v = v, r0i = i. À l’aide des lois de Kirchhoff appliquées au
réseau en échelle nous aboutissons aux relations de récurrence suivantes :
v
rn−1
in =
Zn
ri i
n = rn−1 − in
(7.4)
ri
vn = n
Yn
v v
rn = rn−1 − vn
1 1 1 1
= , = , (7.5)
Zn Rn + Ln p Yn Gn + C n p
144
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
v + +
− v − v
1 1 1 2
Z1 Z2
1 1
Y1 Y2
− i1 i2
i + +−
1 1 + z −1
FA,B (p) = → FA,B (z) = , (7.6)
A + Bp (A + 2B) + (A − 2B)z −1
7.2.2 Troncature
Nous devons maintenant exprimer la troncature de la fraction continue qui apparaît
dans la synthèse de Cauer. Soit un modèle de Cauer d’ordre N. Par rapport aux équa-
tions (7.2), cela se traduit par l’approximation
N
X N
X
v(n) ≈ vk (n − 1), i(n) ≈ ik (n − 1). (7.8)
k=1 k=1
D’un point de vue pratique, pour synthétiser l’impédance (le courant est le signal
d’entrée, et la tension est le signal de sortie) sous la forme d’un filtre en treillis, nous
utilisons une somme et un retard pour réinjecter dans le réseau la tension calculée à
l’instant (n − 1). Le principe est schématisé sur la figure 7.3.
145
7.2. Synthèse du filtre numérique
v(n)
+ +
z −1
+ +
+ +
v(n − 1) − −
FR1 ,L1 FR2 ,L2 FRN ,LN
r = 1, l = 1, c = .25, g = 1, x = 1, (7.11)
146
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
0.8
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5
−0.5
−1
0 0.5 1 1.5 2 2.5
147
7.2. Synthèse du filtre numérique
2 0.5
v1 i1
0 0
−2 −0.5
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
2 1
v2 i2
0 0
−2 −1
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
1 1
v3 i3
0 0
−1 −1
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
0.5 0.5
v4 i4
0 0
−0.5 −0.5
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
0.5 0.2
v5 i5
0 0
−0.5 −0.2
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
0.2 0.2
v6 i6
0 0
−0.2 −0.2
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
temps temps
148
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
2 1
v1 i1
0 0
−2 −1
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
2 2
v2 i2
0 0
−2 −2
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
2 2
v3 i3
0 0
−2 −2
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
2 1
v4 i4
0 0
−2 −1
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
2 2
v5 i5
0 0
−2 −2
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
2 2
v6 i6
0 0
−2 −2
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
temps temps
149
7.3. Remarques sur le cas d’une ligne sans perte
Z−1
n et Yn−1. (7.12)
Ces filtres sont numérisés par transformation bilinéaire, comme décrit à la section 6.1.
L’ordre du filtre sera donc celui de la matrice. Il s’agit de passe-bas mimo d’ordre trois
pour la modélisation d’une ligne triphasée.
150
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
l’équation 7.15. !
∞
X
v(t) = Zc δ(t) + 2 (−1)n δ(t − 2nτ ) (7.16)
n=1
Plaçons-nous dans le cas où ĩ = δ(t̃). Alors, en utilisant les résultats de la section 7.3.1
sur la réponse impulsionnelle de la ligne,
√ √ √ ĩ 1
ṽ = Cv = Cz ∗ i = Cz ∗ ( √ ) = z (7.21)
L Zc
∞
X
ṽ(t̃) = δ(t̃) + 2 (−1)n δ(t̃ − 2n) (7.22)
n=1
151
7.3. Remarques sur le cas d’une ligne sans perte
a
r2n−1 = r̃ni a
r2n = r̃nv (7.24)
Avec le changement de variable 2n → n, nous sommes simplement ramenés à la récurrence
suivante : a a
r−1 = ĩ r0 = ṽ R
t̃ a
a (t̃) = (2n − 1) 0 rn−1 (ũ)dũ, n > 1 (7.25)
an a
rn (t̃) = rn−2 (t̃) − an (t̃), n > 1
Ces relations peuvent être utilisées pour calculer les premiers termes de la suite des an .
Ainsi, pour les ordres n = 1 et n = 2, et en notant U la fonction de Heaviside (« échelon
unité »), nous avons
Z t̃
a1 (t̃) = r0a (ũ)dũ
0
Z t̃ ∞
X
= (δ(t̃) + 2 (−1)n δ(t̃ − 2n))dũ
0 n=1
∞
X
= U(t̃) + 2 (−1)n U(t̃ − 2n)
n=1
C’est-à-dire
a2 (t̃) = 3(4k + 1 − t̃) pour t̃ ∈ [4k, 4k + 2[
a2 (t̃) = 3(t̃ − 4k − 3) pour t̃ ∈ [4k + 2, 4k + 4[ (7.27)
k∈N
a1 = i˜1 est une fonction constante par morceaux. Elle est formée de « créneaux »
successifs de valeur ±1. a2 = v˜1 est continue et linéaire par morceaux (« dents de scie »).
Les allures de ces deux premières composantes peuvent être observées sur la figure 7.7.
152
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
Propriété ∀t̃ ∈ [0, 2[, an (t̃) = (−1)n+1 (2n − 1)Pn−1(t̃ − 1), les Pn étant les polynômes
orthogonaux de Legendre (annexe C).
Démonstration Procédons par récurrence. Vérifions la relation pour les deux premiers
termes. Soit t̃ ∈ [0, 2[, d’après le calcul de la section 7.3.2, nous avons a1 (t̃) = 1 et
a2 (t̃) = 3(1 − t̃).
Or, les premiers polynômes de Legendre sont P0 (x) = 1, P1 (x) = x. La relation est
donc vérifiée pour les ordres n = 1 et n = 2. Supposons maintenant la relation exacte
jusqu’à n > 2. En utilisant les relations de récurrence (7.25), il vient
Z t̃
an+1 (t̃) = (2n + 1) rna (ũ)dũ
0
Z t̃
a
= (2n + 1) (rn−2 (ũ) − an (ũ))dũ
0
Z t̃
2n + 1
= an−1 (t̃) − an (ũ)dũ
2n − 3 0
Puisque la relation est supposée vérifiée jusqu’à l’ordre n, nous pouvons écrire an+1 à
l’aide de polynômes de Legendre.
Z t̃
n n+1
an+1 (t̃) = (−1) (2n + 1)Pn−2 (t̃ − 1) − (−1) (2n + 1)(2n − 1) Pn−1 (ũ − 1)dũ (7.28)
0
Utilisons maintenant la propriété suivante des polynômes de Legendre (voir par exemple
[San59], p.178).
′ ′
Pn+1 (x) − Pn−1 (x) = (2n + 1)Pn (x) (7.29)
En remarquant que Pn+1 (−1) = Pn−1 (−1) (= ±1, selon la parité de n). Nous en déduisons
l’identité Z t̃
(2n + 1) Pn (ũ − 1)dũ = Pn+1 (t̃ − 1) − Pn−1 (t̃ − 1) (7.30)
0
Ce qui nous permet de conclure :
Z !
t̃
an+1 (t̃) = (−1)n+2 (2n + 1) Pn−2 (t̃ − 1) + (2n − 1) Pn−1 (ũ − 1)dũ
0
153
7.3. Remarques sur le cas d’une ligne sans perte
Périodicité
Montrons maintenant que l’on peut déduire an (t̃) pour tout t̃ > 0 de son expression
trouvée sur l’intervalle t̃ ∈ [0, 2[. Pour cela, nous allons étudier les propriétés de symétrie
et de périodicité des an .
Propriétés
(i) ∀t̃ > 0, an (t̃ + 2) = −an (t̃) (symétrie) ;
(ii) ∀t̃ > 0, an (t̃ + 4) = an (t̃) (périodicité).
Démonstration Raisonnons une nouvelle fois par récurrence. À l’aide des expressions
de a1 et a2 calculées dans la section 7.3.2, nous vérifions immédiatement la propriété (i)
pour les ordres n = 1 et n = 2.
Supposons dorénavant la relation vraie jusqu’à n > 2. Deux cas sont à distinguer
suivant la parité de n. Si n est pair, notons n = 2p, p ∈ N.
an+1 (t̃ + 2) = a2p+1 (t̃ + 2)
Z t̃+2
a
= (4p + 1) r2p (ũ)dũ
0
Z p
!
t̃+2 X
= (4p + 1) r0a (ũ) − a2k (ũ) dũ
0 k=1
Z p Z
!
t̃+2 X t̃+2
= (4p + 1) r0a (ũ)dũ − a2k (ũ)dũ
0 k=1 0
154
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
R t̃+2
D’une part, comme r−1
a
(ũ) = δ(ũ), 0
a
r−1 (ũ)dũ = 1, et d’autre part, si k > 0,
Z t̃+2 Z 2 Z t̃ Z t̃
a2k+1 (ũ)dũ = a2k+1 (ũ)dũ + ˜ 2)dũ = −
a2k+1 (u + a2k+1 (ũ)dũ (7.33)
0 0 0 0
Et si k = 0,
Z t̃+2 Z 2 Z t̃ Z t̃
a1 (ũ)dũ = a1 (ũ)dũ + ˜ 2)dũ = 2 −
a1 (u + a1 (ũ)dũ (7.34)
0 0 0 0
Pp R t̃+2 Pp R t̃
Au final, k=0 0
a2k+1 (ũ)dũ, et donc
a2k+1 (ũ)dũ = 2 − k=0 0
p Z t̃
!
X
an+1 (t̃ + 2) = (4p + 3) −1 + a2k+1 (ũ)dũ
k=0 0
Z p Z
!
t̃ X t̃
a
= −(4p + 3) r−1 (ũ)dũ − a2k+1 (ũ)dũ
0 k=0 0
Perspectives
Il y a donc dans ce système particulier une équivalence entre la synthèse de Cauer et
la transformée de Legendre. Les coefficients de Fourier (voir section 3.1.2) de la série sont
les coefficients du développement en fraction continue.
Ce résultat assez inattendu qui a donné lieu à une publication [SDL03] permet d’envi-
sager des applications pour la modélisation des lignes à retard en utilisant des polynômes
de Legendre. Une autre voie d’application pourrait être la mesure de retards par autocor-
rélation. En effet, les propriétés d’orthogonalité des polynômes de Legendre font envisager
un grand nombre de simplifications dans l’expression de cette autocorrélation.
155
7.3. Remarques sur le cas d’une ligne sans perte
1 ĩ1 = a1
0
−1
50 1 2 3 4 5 6
ṽ1 = a2
0
−5
50 1 2 3 4 5 6
ĩ2 = a3
0
−5
100 1 2 3
ṽ2 = a4
4 5 6
0
−10
100 1 2 3
ĩ3 = a5
4 5 6
0
−10
200 1 2 3 4 5 6
ṽ3 = a6
0
−20
200 1 2 3 4 5 6
ĩ4 = a7
0
−20
200 1 2 3 4 5 6
ṽ4 = a8
0
−20
0 1 2 3 4 5 6
156
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
5 P1
n=1 ṽn
0
−5
0 1 2 3 4 5 6
10 P2
n=1 ṽn
0
−10
0 1 2 3 4 5 6
50
P3
n=1 ṽn
0
−50
0 1 2 3 4 5 6
50
P4
n=1 ṽn
0
−50
0 1 2 3 4 5 6
157
7.3. Remarques sur le cas d’une ligne sans perte
1 P1
n=1 ĩn
0
−1
0 1 2 3 4 5 6
10 P2
n=1 ĩn
0
−10
0 1 2 3 4 5 6
20
P3
n=1 ĩn
0
−20
0 1 2 3 4 5 6
50 P4
n=1 ĩn
0
−50
0 1 2 3 4 5 6
158
Chapitre 7. Implémentation numérique des réseaux en échelle
159
7.4. Conclusion sur filtrage récursif
160
Conclusion
La volonté des initiateurs de ce travail de thèse était de développer une approche réseau
de la modélisation des lignes électriques, dans le but de trouver le juste compromis entre
simplicité et précision. Cette contrainte était liée au contexte industriel et aux limites
des technologies numériques. Cette démarche se démarquait à la fois de méthodes plus
classiques comme l’analyse modale et la modélisation non entière, et, quoique risquée, se
présentait comme un projet séduisant et motivant.
Pour mener à bien ce travail, des investigations dans des domaines scientifiques pluri-
disciplinaires furent nécessaires, comme :
– la modélisation des lignes mono et polyphasée en électrotechnique,
– les approximants de Padé, les fractions continues et les polynômes orthogonaux en
mathématiques,
– la théorie des réseaux de Kirchhoff,
– la modélisation des systèmes à paramètres répartis en automatique,
– la synthèse de filtres numériques et l’identification paramétrique en traitement du
signal.
Les principaux résultats scientifiques des travaux de recherche présentés dans ce mé-
moire concernent l’extension des synthèses de Cauer et Foster à l’ordre infini, et leur
utilisation systématique pour modéliser les systèmes à paramètres répartis. L’originalité
de notre approche réside dans le fait que les développements ne sont pas nécessairement
faits selon la variable fréquentielle. Nous sacrifions de ce fait l’exactitude de la fonction de
transfert pour la fréquence nulle, au profit de modèles dont les paramètres s’interprètent
physiquement avec une simplicité remarquable.
Il convient cependant de relativiser cet inconvénient car la vitesse de convergence des
approximants de Padé permet d’obtenir une large bande passante pour les modèles, y
compris dans les basses fréquences. Leur représentation par des réseaux en échelle nous a
poussé à retenir la synthèse de Cauer.
Notre démarche se distingue des travaux actuels sur les systèmes d’ordre infini en
ce qu’elle s’attache à garder une interprétation physique des modèles. Si elle présente
quelques ressemblances avec les méthodes basées sur la dérivation fractionnaire, elle s’en
démarque toutefois par le fait que nous isolons la seule approximation par rapport à l’ordre
infini comme étant la troncature d’un réseau infini. Cette approximation est parfaitement
définie et analysée à l’aide de la théorie de l’approximation rationnelle.
Les excellents résultats obtenus en simulation laissent envisager de nombreuses appli-
161
7.4. Conclusion sur filtrage récursif
cations pour les phénomènes diffusifs ou propagatifs. Le formalisme matriciel mis en place
pour les lignes polyphasées offre alors un outil de choix pour traiter tous les problèmes
relatifs aux phénomènes couplés, y compris les systèmes hétérogènes. Ici encore, notre dé-
marche se distingue particulièrement des travaux actuels, qui font essentiellement usage
des composantes modales.
L’application de cette modélisation aux lignes de transmission permet pour un faible
coût en calcul d’améliorer significativement la réponse fréquentielle des modèles. Il est ainsi
possible de mettre à profit les composantes à hautes fréquences des signaux de mesures
pour en extraire le maximum d’information durant les phases transitoires. L’utilisation
des composantes de lignes pour les modèles polyphasés, ainsi que l’interprétation physique
des paramètres permet de mettre au point des algorithmes très simples de détection et de
localisation de défauts.
Enfin, nous avons montré comment la représentation des modèles sous forme de réseaux
de Kirchhoff pouvait être utilisée pour implémenter ces algorithmes de manière pertinente,
et de réduire le coût en charge de calcul des dsp. L’application à des simulateurs de grands
réseaux électriques est également envisageable.
Certains résultats obtenus sont actuellement utilisés au laboratoire d’études ther-
miques dans le cadre de deux autres thèses de doctorat. L’une sur la thermique des
semi-conducteurs, l’autre sur la modélisation des moteurs thermiques avec, pour toutes
les deux, des conditions de refroidissement variables.
Bien qu’au cours de cette étude nous ayons fait appel à des notions issues de domaines
variés, nous pensons avoir obtenu un ensemble et une démarche cohérents. Nous espé-
rons enfin que ce travail ne restera pas sans suite, mais que nous pourrons voir un jour
fonctionner des protections industrielles utilisant ces résultats.
« C’est parfois très simple de faire compliqué, mais c’est toujours très compli-
qué de faire simple » (P. Lagonotte).
162
Annexe A
La transformation de Laplace
où p appartient à C.
Notation On note
φ(p) existe quand l’intégral converge, dans le demi-plan ℜ(p) > x0 . De plus, φ est
continue et holomorphe dans le demi-plan.
Dérivation Z ∞
′
φ (p) = −te−pt f (t)dt (A.3)
0
1
Voir [Mik83] pour une forme moderne du calcul opérationnel.
163
A.2. Propriétés opérationnelles
Par conséquence,
(−t)n f (t) ⊐ φ(n) (p). (A.4)
Une multiplication par t sur la fonction f induit une dérivation sur la transformée de
Laplace.
Inversement,
f (n) (t) ⊐ pn φ(p) − pn−1 f (0+ ) − pn−2 f ′ (0+ ) − · · · − f (n−1) (0+ ). (A.5)
Une dérivation dans le temps induit une multiplication algébrique sur les transformées
de Laplace. C’est cette propriété qui est intéressante pour la résolution des équations
différentielles.
φ(p)
F (t) ⊐ . (A.9)
p
Facteur d’échelle
f (t) ⊐ φ(p), ℜ(p) > x0 ,
1 t (A.11)
f ( ) ⊐ φ(kp), ℜ(kp) > x0 .
k k
Une « dilatation » sur f induit une « contraction » sur φ.
164
Annexe A. La transformation de Laplace
Méthodes
– Il existe des tables de transformées de Laplace (voir section précédente) que l’on
peut utiliser pour trouver la transformée inverse ;
– si φ est une fraction rationnelle, on peut la décomposer en éléments simples, puis
utiliser les tables de transformées de Laplace ;
– si φ(p) = A(p)B(p), sous réserve d’existence, f (t) = a(t) ∗ b(t) ;
– formule de Mellin-Fourier :
Z
U(t)
f (t) = φ(z)ezt dz (A.16)
2iπ D
est la transformée inverse de φ qui est continue sur R+, avec (D) une droite verticale
quelconque dans le domaine d’holomorphie de φ.
165
A.5. Lien avec la transformée de Fourier
166
Annexe B
Nous avons donné dans le chapitre 2 la solution de l’équation des télégraphistes. Bien
que la résolution de cette équation ne pose pas de problèmes particuliers, nous tenons à
la rappeler ici. Elle utilise les résultats classiques sur les équations différentielles linéaires
du deuxième ordre.
Pour compléter cette démonstration, nous présenterons de plus deux autres méthodes
de résolution qui peuvent être avantageuses à utiliser selon la forme de la solution recher-
chée. Il s’agit pour la première d’utiliser une équation de Ricatti, et pour la seconde les
exponentielles de matrices.
Rappelons l’expression du système d’équations couplées donnant les relations locales
entre courant et tension (2.2)
∂v ∂i
= −ri − l ,
∂x ∂t (B.1)
∂i ∂v
= −gv − c ,
∂x ∂t
et sa transformée de Laplace, (2.35),
dv
+ zi = 0,
dx (B.2)
di + yv = 0.
dx
d2 v d2 i
− zyv = 0, − zyi = 0. (B.3)
dx2 dx2
167
B.1. Résolution par découplage des équations
L’équation différentielle du second degré (B.3) vérifiée par v et i est linéaire à coeffi-
cients constants (par rapport à la variable d’intégration x). Sa solution générale s’exprime
donc comme une combinaison linéaire de fonctions exponentielles. Posons les « constantes
d’intégration » λ et µ et notons γ une détermination de la racine carrée du produit zy.
√
γ = zy. (B.4)
Pour la tension,
v(p, x) = λeγx + µe−γx (B.5)
En utilisant l’équation (B.2) nous pouvons déduire l’expression du courant de celle de
la tension.
1
i(p, x) = − (λγeγx − µγe−γx ). (B.6)
z
Ou encore, en introduisant la quantité
r
z
Zc = , (B.7)
y
λ µ
i(p, x) = − eγx + e−γx . (B.8)
Zc Zc
On reconnaît γ le facteur de propagation et Zc l’impédance caractéristique de la ligne
définis au chapitre 2. Bien que cette dernière grandeur relie tension et courant en tout
point, remarquons que dans le cas général v 6= Zc i.
168
Annexe B. Notes sur la résolution de l’équation des télégraphistes
ζ ′ − yζ 2 + z = 0 (B.15)
B.2.2 Résolution
La résolution de cette équation se fait en se ramenant à une équation linéaire par un
changement de variable. Commençons par exhiber une solution particulière de l’équation
(B.15). q
Il apparaît immédiatement que l’impédance caractéristique (B.7) Zc = yz de la ligne
électrique est une telle solution particulière.
Le changement de variable consiste alors à poser
r
z 1
ζ= + . (B.16)
y ξ
L’équation de Ricatti (B.15) devient
r 2
ξ′ z 1
− 2 −y + + z = 0, (B.17)
ξ y ξ
et après développement du carré et simplification,
√
ξ ′ + 2 zyξ + y = 0. (B.18)
Résoudre l’équation différentielle linéaire du premier degré (B.18) ne pose aucun pro-
blème.
169
B.2. Utilisation de l’équation de Ricatti
√ √
– L’équation homogène ξ ′ + 2 zyξ = 0 admet la solution générale : ξ = Ke−2 zyx p; y
√ 1
– L’équation complète ξ + 2 zyξ + y = 0 admet la solution particulière : ξ = − 2 z .
′
et l’impédance d’entrée
√ √ √
− zye2 zyX + zy
ζ(x = 0) = √
−ye2 zyX − y
r 2√zyX
ze −1
= 2
√
zyX
(B.26)
ye +1
r
z √
= tanh( zyX).
y
170
Annexe B. Notes sur la résolution de l’équation des télégraphistes
171
B.3. Utilisation d’une exponentielle de matrice
et en effectuant les multiplications de matrices, nous retrouvons les relations qui sont
caractéristiques du quadripôle équivalent (2.22).
√ √ p √ √
1 − zyx zyx − zyx zyx
v e + e z/y(e − e ) v0
= p √ √ √ √ (B.34)
i 2 y/z(e− zyx − e zyx ) e− zyx + e zyx i0
√ p √
v cosh zyx − z/y(sinh zyx) v0
= p √ √ (B.35)
i − y/z(sinh zyx) cosh zyx i0
En effet, ces modes de propagation sont découplés. im1 correspond à l’onde progressive
et im2 à l’onde rétrograde. Les valeurs propres de la matrice A s’interprètent alors comme
les « constantes de propagation » de chacun de ces modes.
dim1 √ dim2 √
= − zyim1 , = zyim2 . (B.37)
dx dX
172
Annexe C
Polynômes orthogonaux
définit un produit scalaire. La norme qui dérive de ce produit scalaire est donnée par
Z b
2
kf k = f (x)2 ρ(x)dx (C.2)
a
173
C.1. Familles de fonctions orthogonales
Exemple Soit fn (x) = cos nx, n ∈ N. La famille {fn }n∈N est un système orthogonal si
on prend pour définir le produit scalaire
1
a = 0, b = 2π, ρ(x) = . (C.5)
π
C’est à dire Z 2π
hfn , fm i = cos(nx) cos(mx)dx. (C.6)
0
Remarques
1. Dans les cas de fonctions à valeurs complexes, on utilise le produit scalaire hermitien,
Z b
hf, gi = f (x)g(x)ρ(x)dx. (C.7)
a
2. Il existe d’autres formes de produits scalaires que nous n’utiliserons pas pas la suite
car ils ne sont pas liés à une forme linéaire. Par exemple
∞ Z Z (n)
X δ (n) (x) δ (x)
hf, gi = f (x)dx g(x)dx (C.8)
n=0
n! n!
définit le produit scalaire pour lequel la base canonique des polynômes est orthogonale.
174
Annexe C. Polynômes orthogonaux
175
C.2. Familles de polynômes orthogonaux
Et
2 0 2 0
3
135a3 0 23 0 25 135a3 32 32 3 3 3
P3 (x) = = − x+ x = a3 x − x . (C.19)
32 23 0 52 0 32 225 135 5
1 x x2 x3
Le choix du coefficient a3 peut être fait pour normaliser le polynôme P3 . Mais la forme
classique des polynômes de Legendre est obtenue pour a3 = 25 .
5 3
P3 (x) = x3 − x. (C.20)
2 2
P−1 = 0, P0 = 1,
(C.21)
Pn+1 = (x − βn )Pn − γn Pn−1 , ∀n ≥ 0, γn 6= 0.
c(xPn2 ) c(Pn2 )
βn = , γ n = 2
. (C.22)
c(Pn2) c(Pn−1 )
Exemple Reprenons le produit scalaire défini par (C.16). Posons P0 (x) = 1 et P1 (x) =
x. Nous avons
c(x3 ) c3 c(x2 ) c2 1
β1 = 2
= = 0, γ 1 = = = . (C.23)
c(x ) c2 c(1) c0 3
Donc
1 1
P2 (x) = xP1 (x) − P0 (x) = x2 − . (C.24)
3 3
C’est, à un coefficient multiplicateur près, le polynôme de Legendre d’ordre deux.
1
Un polynôme est unitaire si son coefficient dominant est pris égal à un : an = 1 si Pn est de degré n.
176
Annexe C. Polynômes orthogonaux
1
G(x, t) = √ (C.26)
t2 − 2tx + 1
∞
1 X
G(x, t) = √ = Pn (x)tn . (C.29)
2
t − 2tx + 1 n=0
3 1
P0 (x) = 1, P1 (x) = x, P2 (x) = x2 − ,
2 2
5 3 3 35 4 15 2 3 63 5 35 3 15
P3 (x) = x − x, P4 (x) = x − x + , P5 (x) = x − x + x, . . .
2 2 8 4 8 8 4 8
(C.30)
Ils sont représentés sur la figure C.1.
177
C.3. Polynômes orthogonaux usuels
2
1
0
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
−1 −0.8 −0.6 −0.4 −0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
178
Annexe C. Polynômes orthogonaux
179
C.3. Polynômes orthogonaux usuels
2
1
0
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
1
0
−1
−1 −0.8 −0.6 −0.4 −0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
180
Annexe C. Polynômes orthogonaux
2
1
0
2
0
−2
5
0
−5
5
0
−5
5
0
−5
10
0
−10
10
0
−10
10
0
−10
10
0
−10
10
0
−10
−1 −0.8 −0.6 −0.4 −0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
181
C.3. Polynômes orthogonaux usuels
182
Annexe C. Polynômes orthogonaux
2
1
0
5
0
−5
20
0
−20
50
0
−50
100
0
−100
200
0
−200
1000
0
−1000
5000
0
4
−5000 x 10
1
0
4
−1 x 10
5
0
−5
−2 −1.5 −1 −0.5 0 0.5 1 1.5 2
183
C.3. Polynômes orthogonaux usuels
184
Annexe C. Polynômes orthogonaux
2
1
0
5
0
−5
1
0
−1
5
0
−5
2
0
−2
2
0
−2
2
0
−2
2
0
−2
2
0
−2
2
0
−2
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 3.5 4
185
C.3. Polynômes orthogonaux usuels
186
Annexe D
Nous précisons ici les calculs permettant de définir les caractéristiques électriques
(constantes réparties) d’un conducteur cylindrique. Ces expressions apparaissent en par-
ticulier dans la modélisation de l’effet de peau.
Nous supposons que le courant qui traverse le conducteur est invariant dans le temps
(régime continu, ou basse fréquence). Les filets de courants sont alors uniformément ré-
partis sur toute la section du conducteur.
i i
j= = 2 (D.1)
S πρ0
187
I ZZ
Bdl = µ jds (D.3)
(C) (s)
Nous pouvons alors calculer le flux du champ au travers du conducteur, mais unique-
ment du côté où se referme le circuit (figure D.2).
ZZ Z ρ0
µi µxi
Φi = Bds = 2
ρxdρ = (D.6)
(Si ) 0 2πρ0 4π
188
Annexe E
Dans cette annexe, nous présentons brièvement la représentation sous forme matricielle
des réseaux élémentaires monophasés, puis diphasés. Ce dernier cas faisant apparaître le
problème de la représentation des couplages, il nous permet de définir la représentation
d’une admittance matricielle capacitive, par dualité avec le couplage inductif. Les défini-
tions et les propriétés utilisées pourront être trouvées dans [BN96] et [Fel86].
r r
Matrice d’admittance Elle est singulière (non inversible). En effet, les courants i1 et
i2 sont liés (i1 = −i2 ). 1
1
i1 − v 1
= R R (E.1)
i2 − R1 1
R
v2
189
E.1. Impédances et admittances monophasées
Matrice de chaîne
v1 1 R v2
= (E.2)
i1 0 1 −i2
G
v1 v2
r r
Matrice d’impédance Elle est singulière (non inversible). En effet, les tensions v1 et
v2 sont liées (v1 = v2 ).
1 1
v1 i1
= G
1
G
1 (E.3)
v2 G G
i2
Matrice de chaîne
v1 1 0 v2
= (E.4)
i1 G 1 −i2
v1 v2
r r
190
Annexe E. Représentation matricielle de réseaux élementaires
Matrice d’admittance Elle est singulière (non inversible). En effet, les courants i1 et
i2 sont liés (i1 = −i2 ).
1 1
i1 − Lp v1
= Lp
1 1 (E.5)
i2 − Lp Lp
v2
Matrice de chaîne
v1 1 Lp v2
= (E.6)
i1 0 1 −i2
i1 i2
r - r
6 6
C
v1 v2
r r
Matrice d’impédance Elle est singulière (non inversible). En effet, les tensions v1 et
v2 sont liées (v1 = v2 ).
1 1
v1 i1
= Cp
1
Cp
1 (E.7)
v2 Cp Cp
i2
Matrice de chaîne
v1 1 0 v2
= (E.8)
i1 Cp 1 −i2
191
E.2. Impédances et admittances biphasées
L1
v1 r -
i1 i
3 r
v3
6 6
I
M
L2
v2 r -
i2 i
4 r
v4
6 6
r r
Nous permettent de calculer la matrice d’admittance. Elle est singulière (non inversible).
i1 L2 −M −L2 M v1
i2 1 −M L1 M −L1 v2
=
i3 (L1 L2 − M 2 )p
(E.10)
−L2 M L2 −M v3
i4 M −L1 −M L1 v4
Matrice de chaîne
v1 1 0 L1 p Mp v3
v2 0 1 Mp L2 p v4
i1 = 0 0 1
(E.11)
0 −i3
i2 0 0 0 1 −i4
192
Annexe E. Représentation matricielle de réseaux élementaires
v1 r
i1
-
i
3 r
v3
6 6
v2 r i2
-
i
4 r
v4
6 6
D
R
C1 C2
r r
Matrice de chaîne
v1 1 0 0 0 v3
v2 0 1 0 0 v4
i1 = C1 p Dp 1
(E.14)
0 −i3
i2 Dp C2 p 0 1 −i4
193
E.3. Propriétés
v1 r
i1
-
i
3 r
v3
6 6
v2 r i2
-
i
4 v4
C12 r
6 6
C10 C20
r r
E.3 Propriétés
E.3.1 Passage entre les représentations
Regroupons les matrices de chaîne des impédances longitudinales sous la forme (I
représente une matrice identité)
I Z
(E.18)
0 I
L1 p Mp
Suivant le cas, Z peut être scalaire : R, Lp,... ou bien matricielle : .
Mp L2 p
De même les admittances transversales
I 0
(E.19)
Y I
C1 p Dp
Avec Y scalaire : G, Cp,... ou bien matricielle : .
Dp C2 p
La matrice d’admittance correspondant à une impédance longitudinale est alors :
Z −1 −Z −1
(E.20)
−Z −1 Z −1
194
Annexe E. Représentation matricielle de réseaux élementaires
zdx zdx
r r r r
ydx ydx
r r r r
ou
195
E.3. Propriétés
-
i′′1 -
i′′3
i′′2 Z2 i′′4
- -
v1 r -
i1 -
i′1 -
i′3 -
i3 r
v3
6 6
v2 r i i′ Z1 i′ i v4
-2 -2 -4 -4 r
6 6
r r
196
Annexe E. Représentation matricielle de réseaux élementaires
C10
1 r 3r
C20 C12
2 r 4r
Fig. E.10 – Couplage par une capacité dans une impédance longitudinale.
197
E.3. Propriétés
C1
1 r r 3
I
C2 D
2 r r 4
Par contre, avec des capacités couplées, telles que nous les avons définies
précédemment
−1 C 1 p Dp
(fig. E.11), la structure de la matrice d’admittance convient (Z = = Y ).
Dp C2 p
i1 C1 p Dp −C1 p −Dp v1
i2 Dp C2 p −Dp −C2 p v2
i3 = −C1 p −Dp C1 p
(E.37)
Dp v3
i4 −Dp −C2 p Dp C2 p v4
Nous pouvons conclure sur cet exemple diphasé que la représentation du couplage
capacitif doit se faire par des capacités couplés lorsque l’on manipule des impédances et
admittances matricielles, et non par des capacités interphases. La généralisation au cas
n-phasé est admise.
198
Bibliographie
199
Bibliographie
200
Bibliographie
201
Bibliographie
202
Bibliographie
203
Bibliographie
204
Bibliographie
205
Bibliographie
206
Bibliographie
207
Résumé
La modélisation des lignes électriques a donné lieu à de nombreux travaux. De nos
jours, elle s’inscrit dans le contexte plus large de l’étude des systèmes à paramètres répartis.
Cependant, au fur et à mesure que se raffinent les solutions analytiques, des modèles
approchés doivent être développés pour des applications telles que la protection des lignes
à haute tension.
Nous étudions donc des approximations rationnelles de fonctions grâce au théorème de
Mittag-Leffler et au développement en fractions continues. Ces approches permettent de
généraliser les synthèses de Foster et Cauer aux impédances d’ordre infini. Des exemples
d’applications dans différents domaines de la physique sont donnés.
Nous montrons enfin que cette approche peut s’étendre aux fonctions matricielles et
fournir une méthode peu contraignante de modélisation des lignes polyphasées. Ce dernier
résultat permet de proposer un algorithme d’identification de défauts sur une ligne de
transport d’énergie électrique.
Abstract
Many researches have been made on the modeling of transmission lines. Nowadays,
it takes place in the realm of distributed parameter systems. Nevertheless, while the
analytical solutions get more sophisticated, approximate models need to be developed for
applications such as the protection of high voltage lines.
Thus we study rational approximations of functions thanks to the Mittag-Leffler’s
theorem and to the continued fraction expansions. These methods allow the generalization
of the Foster and Cauer’s syntheses to infinite order impedances. Some examples are given
as applications in different physical domains.
Eventually, we put in evidence how this approach can be extended to matrix functions,
that gives a method to model polyphase lines with few constraints. This result allows to
propose a fault identification algorithm on an electrical power transmission line.
Laboratoire Laboratoire d’études thermiques, umr cnrs 6608, ensma, 86 961 Futu-
roscope Chasseneuil.