Interférométrie radar satellitaire
Bénédicte Fruneau
Rappels Imagerie radar
Radar :
• imageur actif : propre source d’éclairement
jour et nuit
• domaine micro-onde (longueur d’onde centimétrique)
X-band : 2.4 à 3.7 cm (8‐12.5 Ghz)
C-band : 3.8 à 7.5 cm (4‐8 Ghz)
L-band : 15 à 30 cm (1‐2 Ghz)
Capacité « tout temps »
Satellites ERS
1991 : lancement d’ERS-1 (bande C ; l=5,6 cm)
l=5.6 cm - f=5.3 Ghz
angle d’incidence q=23°
cycles de répétitivité 3, 35 et 168 jours
phase tandem
Imagerie radar
Émission d’impulsions perpendiculairement à la trajectoire du satellite
en mode stripmap
1 : Emission de l'impulsion
2 : Réflexion sur la cible la plus proche
Echo enregistré
3 : Réflexion sur les différentes cibles
échelonnée dans le temps
Imagerie radar
Image RSO : image complexe
En chaque pixel, deux quantités mesurées : amplitude et phase
Amplitude
Représentation bidimensionnelle de la surface éclairée
Carte de la réflectivité du sol, dépend des :
• Caractéristiques de l’onde incidente : longueur d’onde, angle
d’incidence, polarisation
• Caractéristiques géométriques et diélectriques du terrain : pente,
rugosité, humidité …
Propriétés du signal radar
• Sensibilité aux propriétés diélectriques des milieux (teneur en eau) et à leur
rugosité
la réponse radar augmente quand humidité augmente
quand rugosité augmente
• Capacité de pénétration : pénétration augmente quand la fréquence diminue
• Sensibilité au relief
• Sensibilité aux structures géométriques à l’échelle de la longueur d’onde
Influence de la longueur d’onde et de la rugosité
Distorsions géométriques
raccourcissement/étirement
inversion ombre
ETNA
azimuth
distance
Imagerie radar
Phase : correspond au décalage entre phase du signal
transmis et phase du signal rétrodiffusé et capté par le radar
signal
Phase : somme de plusieurs contributions signal radar
rétrodiffusé
émis
R
f = f géom + fpropre
Propagation aller-retour de l’onde Phase de construction
f géom= 4pR/l
signature de phase du pixel
R distance radar-pixel
Un pixel de l’image radar contient un grand nombre de cibles élémentaires
(~300 pour ERS)
A
f
somme vectorielle
(amplitude et phase)
1 pixel
Amplitude et phase d’un pixel : addition vectorielle de la réponse de
chaque réflecteur élémentaire
Nd
z Ae jf
ai e jfi
i 1
Chatoiement / Speckle
La phase résultante varie de manière aléatoire d’un pixel à l’autre
Utilisation de deux images : éliminer la contribution interne de chaque pixel, et garder
la contribution géométrique
condition : la phase propre doit rester stable
Paramètre distance radar-objet accessible !!
Interférométrie
Utilisation de 2 images RSO acquises sur une même zone
Interférogramme : Différence de phase pixel à pixel des deux images
fint f1 f2 (f propre,1 fgéom,1 ) (f propre, 2 fgéom, 2 )
4p
( R1 R2 )
S2
S1 B
l
Bperp
q
R2
R1
h
Interférogramme : constitué de franges
z1 z*2 z1 e jf1 z 2 e jf2 z1 z 2 e j( f1 f2 ) z1 z 2 e jfint
Interférométrie
Différentes contributions
fint forb ftopo fdep fatmo fbruit
Interférométrie radar
Différentes contributions
fint forb ftopo fdep fatmo fbruit
4pB r 4pB h 4pd LV
fint atm f bruit 2kp
lRtg q lR sin q l
atmosphère
Composante de terrain plat Phase topographique déplacement
S2
S1 B
Bperp
q
R2
R1
h
Interférométrie radar
forb : composante de la phase interférométrique
résultant de la différence de trajectoires orbitales
B//
S1
4pB r
S2 orb
B lr tgq
variation linéaire avec la distance r
q
H variation de phase sur un terrain plat
r
Différence de prise de vue
P1
centaine de franges
P2
r
connaissance a priori des orbites
élimination de cette contribution
Interférométrie radar
Observation du terrain avec des points de vue
S1 B// légèrement différents (effet stéréoscopique)
S2
B
Contribution topographique
q
H
r
4pB h
P2 topo
lr sin q
h
P1
line of sight
fint forb ftopo fdep fatmo fbruit
connaissance des orbites :
élimination de cette contribution
Interférogramme
une frange altitude d’ambiguïté
lr sin q
ha
2 B
Interférométrie
Altitude d’ambiguïté
ha
CNES ©
4pB h l r sinq
2p 2p h
lr sinq 2 B
lr sin q
ha
2 B
Interférométrie
Tout déplacement d’une partie de la scène apparaît directement
comme un décalage de phase par rapport au reste
4𝜋𝛿𝜌
S1 S2 𝜑𝑑𝑒𝑝 =
𝜆
r : déplacement le long de la
ligne de visée
r
𝛿𝜌 = 𝑑𝐿𝑉
Interférométrie
Propagation de l’onde à travers une atmosphère réfractive
Etat de l’atmosphère : pas identique si les deux images sont
acquises à differentes dates
changement
modification de la longueur apparente du trajet entre
radar et sol
Contribution atmosphérique 4p
d atm dr
l
dr : retard atmosphérique
Interférométrie différentielle
4pB r 4pB h 4pd LV
fint atm f bruit 2kp
lRtg q lR sin q l
Connaissance a priori de la topographie (MNT)
Elimination de la composante de topographie
Détection des mouvements
Interférogramme différentiel
fint fdéplacement fres, orb fres,topo fatmo fbruit
Interférométrie différentielle
Interférogramme différentiel
Carte d’iso-déplacements
Séisme de Landers (28 juin 1992)
Une frange :
déplacement de l/2 le long de la ligne de
visée du radar
2,8 cm avec les données ERS et Envisat
Massonnet et al., 1993
Représentation dense du champ de déformation
entre deux dates d’acquisition radar
Interférogramme Franges orbitales Interférogramme corrigé
des franges orbitales
Une frange = déplacement de Interférogramme Franges de topographie
l/2 vers le satellite différentiel
Landers earthquake
28 june 1992
Massonnet et al., 1993, Nature
Mont Etna
Interferogram showing Modelling of the deflation
large scale deflation of the over the same period
Mount Etna
Massonnet et al., 1995, Nature
Principales limites de l’interférométrie différentielle
Perte de cohérence
géométrique (résulte de variations dans la géométrie de prise de vue)
Le satellite ne passe pas au même endroit et ne voit pas le sol suivant le même angle de
pointage
temporelle (liée aux modifications de l’état de surface entre les 2 acquisitions )
Principales limites de l’interférométrie différentielle
Cohérence
cohérence 0 g 1
• mesure de la stabilité de la phase entre les deux images radar
• indicateur de la qualité de l’interférogramme (plus la cohérence est
élevée, meilleure est la qualité)
Cohérence faible : indique des modifications entre les deux acquisitions
Deux origines : temporelle et géométrique
Décorrélation temporelle : due aux changements d’état de surface
cohérence : nulle pour l’eau
générallement faible sur les zones recouvertes de végétation,
très faibles sur les forêts
élevées sur zones rocheuses
Stabilité de la surface dépend du couvert végétal
Exemples de changements qui affectent la stabilité de la surface :
• moisson
• activité humaine
• mouvement perpétuel de surface liquide (mer, lac..)
Cohérence peut être préservée sur plusieurs années (zones désertiques, villes..)
Cohérence dépend de la longueur d’onde !
Condition pour l’interférométrie
état de surface stable entre les deux acquisitions
Décorrélation géométrique : liée aux modifications de la
géométrie orbitale lors des acquisition d ’images
Décorrélation géométrique : due à la variation d’incidence entre les deux prises
de vue :
augmente avec la différence d’angle (baseline)
S1 Les prises de vue doivent être suffisamment proches
S2
Baseline critique
lr tan( q )
B Bc
q 2rd
pixel
Sélection de couples d’images
Interférométrie
Cohérence
Mont Cameroun
TAIWAN
Mosaic of Spot images Mosaic of ERS images
Perte de cohérence temporelle
Ville de Tainan
(Sud-Ouest de Taiwan)
Problème pour l’étude des déplacements lents
Amplitude ERS
Coherence
Principales limites de l’interférométrie différentielle
gradient de déformation
Le gradient de déformation ne doit pas excéder l/4 par pixel
ambiguïté
la phase n’est mesurée que modulo 2p
2p
Déroulement
2p
de phase
2.8 cm
Interférométrie différentielle
Mesure ambiguë déroulement nécessaire (opération non triviale !)
Carte de déplacements co-sismiques
ChiChi earthquake
Pathier et al., 2003
Interférométrie différentielle
Mesure relative
Accès à une seule composante du déplacement : projection du
déplacement sur la ligne de visée
d LV d s
Vecteur Vecteur sensibilité : vecteur unitaire
déplacement pointant du sol vers le radar
ERS : orbite quasi polaire et faible angle d’incidence ~23°
sest 0.38
s snord 0.08
szenith 0.92
le système est très sensible aux mouvements verticaux.
la sensibilité à tout déplacement N-S est extrêmement faible.
Projection du mouvement le long de la ligne de visée
q
drv déplacement mesuré sur l’interférogramme
Surface avant subsidence
v Surface après
subsidence
dr v
Déformation verticale v
cos q
dr h
Déformation horizontale h
sinq
rv cos q
Plus sensible aux déplacements verticaux 2.36 ( pour q 23 )
r h sinq
Atmosphère
Atmosphère : 2 couches
ionosphère (altitudes supérieures à 50 km)
atmosphère neutre (du sol à 60 km)
majeure partie de la réfraction a lieu
dans la troposphère (15 premiers km)
CNES ©
Atmosphère
Propagation à travers l’atmosphère :
variations de l’indice de réfraction n affecte la vitesse du signal et la courbure du
trajet (effet négligeable)
indice de réfraction n légèrement différent de 1 (vide)
coïndice de réfraction N=(n-1)106
Délai :
L L r
Distance mesurée “vraie” distance
L L r
H n H 1
0 dh 0 dh
cos q cos q
H N
10 6 0 dh q angle d’incidence
cos q
Troposphère
Coïndice de réfraction
P e P pression totale (mb)
N 77.6 3.73 10 5 2 T(h) température (K)
T T e(h) pression partielle de vapeur d’eau
(Smith-Weintraub, 1953)
allongement
N>0
Propagation dans la troposphère : retard de phase des ondes radar
Rôle prépondérant du taux d’humidité sur la modification du trajet de l’onde radar
Ionosphère
Indice de réfraction
EC : densité en électron (électrons
40.28 libres par m3)
n 1 2
EC
f
f : fréquence du signal
Erreur de distance
( n 1) TEC TEC : contenu électronique
L dh 40.28 2 total (en m2)
cosq f cosq
Propagation dans l’ionosphère : avance de phase des ondes radar
Propagation dans l’atmosphère
Deux grands types de signaux atmosphériques sont identifiables
sur les interférogrammes
• ceux qui proviennent de perturbations globales de l’atmosphère standard,
considérée homogène horizontalement et stratifiée verticalement
(contributions verticalement stratifiées),
• ceux qui proviennent d’hétérogénéités atmosphériques locales (contributions
turbulentes), dus aux mouvements de convection et aux turbulences dans
l’atmosphère
1. Variations homogènes
Atmosphère stratifiée
température, pression et humidité : fonctions de l’altitude
d1 d2
d1 d2
franges corrélées avec la tropographie
Interférogramme différentiel Topographie correspondante
05/01/1997-25/01/1998 (MNT SRTM).
Cavalié et al. (2007)
Correction des artefacts troposphériques
Correction empirique :
Estimation empirique de la relation entre la phase et la topographie,
relation qui peut être linéaire, exponentielle ou polynomiale
Subsidence du lac
Mead
due à une augmentation du
niveau du lac (7 m) entre les
deux dates d’acquisitions
Phase en fonction de l’altitude Interférogramme après une correction
linéaire de la phase avec l’altitude Cavalié et al. (2007)
Méthodes prédictives à l’aide de données externes
• connaissance des profils de réfraction (obtenus par radio-sondage)
aux dates des prises de vue
Connaissance de P pression totale, T(h) température, et e(h)
pression partielle de vapeur d’eau
Calcul de N(h) N ( h ) 77.6 P(h ) 3.73 105 e( h )
T (h) T 2 (h)
Calcul du retard de propagation 10 6
r N ( h )dh
cos q
• connaissance des données météo sol
calcul du retard de propagation à l’aide de modèles empiriques
r
1
cosq
2.27.10 3 Pg U g 10( g 273 )
Tropospheric correction
Interferogram after tropospheric correction
Delacourt et al., 1998, GRL
• Estimation à l’aide de modèles atmosphériques globaux (ERA-Interim (ECMWF))
Modèles prédictifs utilisés pour produire des grilles de corrections interpolées
temporellement et spatialement
Jolivet, 2011
2. Hétérogénéités atmosphériques
• Variations locales de l’atmosphère
• Fluctuations :
– taille du pixel < taille < taille de la scène
– durée variable
S1 S2
Origines des fluctuations spatiales et temporelles du taux
d’humidité
• pluie
• développement de nuages convectifs (cumulus)
• turbulences atmospheriques ….
Modélisation : impossible
Détection des hétérogénéités atmosphériques
Séries d’interférogrammes : logique de paires
A B
C
image responsable peut être identifiée : contamine chaque
interférogramme calculé avec cette image
isoler les effets atmosphériques associés à une image
Somme de plusieurs interférogrammes
réduire le bruit et de rehausser les zones de déformations
présentes dans l’image.
exemple
Paris
2.8 cm
1 jour 71 jours
21.07.95-22.07.95 28.07.93-06.10.93
0
subsidence
21.07.95-22.07.95 28.07.93-21.07.95
20995-1322 t=1j 10631-20995 t=723j
Artefact lié à l’image 21.07.95
0 3.1 cm
21.07.95-10.08.96
20995-6833 t=385j
NOAA images
21.07.95 10.08.96
Informations météorologiques issues de l’imagerie sattelitaire : utilisation limitée
limitations : échantillonnages spatial et temporel
Meteosat 7x7 km2 toutes les 30 mn
NOAA AVHRR 1,1x 1,1 km2 toutes les 6 h