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N° 234 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 891
N° 234
2e CH.— 1er avril 2015
(RG P.13.2051.F)
1° RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — FAIT. — INFRACTION. — ACTION CI-
VILE PORTÉE DEVANT LE JUGE PÉNAL. — OBJET. — RÉPARATION DU DOMMAGE
CAUSÉ PAR UNE INFRACTION. — TITULAIRE DE L’ACTION.
2° ACTION CIVILE. — ACTION CIVILE PORTÉE DEVANT LE JUGE PÉNAL.
— OBJET. — RÉPARATION DU DOMMAGE CAUSÉ PAR UNE INFRACTION. — TITU-
LAIRE DE L’ACTION.
3° RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — FAIT. — INFRACTION. — ACTION CI-
VILE PORTÉE DEVANT LE JUGE PÉNAL. — DOMMAGE CAUSÉ PAR UNE INFRACTION.
— ORGANISME ASSUREUR. — DÉCAISSEMENTS OPÉRÉS EN FAVEUR DE LA VIC-
TIME. — OBLIGATION CONTRACTUELLE. — CONTREPARTIE DES PRIMES D’ASSU-
RANCE.
4° ACTION CIVILE. — ACTION CIVILE PORTÉE DEVANT LE JUGE PÉNAL.
— DOMMAGE CAUSÉ PAR UNE INFRACTION. — ORGANISME ASSUREUR. — DÉCAIS-
SEMENTS OPÉRÉS EN FAVEUR DE LA VICTIME. — OBLIGATION CONTRACTUELLE. —
CONTREPARTIE DES PRIMES D’ASSURANCE.
5° ASSURANCES. — GÉNÉRALITÉS. — ASSURANCE MUTUALISTE LIBRE COM-
PLÉMENTAIRE. — DOMMAGE CAUSÉ PAR UNE INFRACTION. — DÉCAISSEMENTS
OPÉRÉS EN FAVEUR DE LA VICTIME. — OBLIGATION CONTRACTUELLE. — CONTRE-
PARTIE DES PRIMES D’ASSURANCE.
1° et 2° L’action civile qui, aux termes de l’article 4 du titre préliminaire du
Code de procédure pénale, peut être poursuivie en même temps et devant les
mêmes juges que l’action publique, est l’action pour la réparation du dom-
mage causé par une infraction, laquelle appartient suivant l’article 3 de la
même loi, à ceux qui ont souffert de ce dommage (1).
3°, 4° et 5° En accordant à son assuré victime d’une infraction des prestations
en réparation du dommage matériel économique subi, l’organisme assureur
ne subit pas un dommage causé par une infraction mais exécute une obliga-
tion contractuelle ; dès lors, le juge justifie légalement sa décision de rejeter
la demande d’une société mutualiste d’assurances tendant à récupérer des
décaissements opérés en faveur de la victime dans le cadre d’une assurance
mutualiste libre complémentaire au motif qu’elle a servi, en sa qualité d’as-
sureur, sa garantie en contrepartie des primes d’assurance qu’elle a perçues
et qu’elle n’a subi aucun dommage au sens des articles 1382 et suivants du
Code civil (2).
(M. C. SOCIÉTÉ MUTUALISTE D’ASSURANCES MMH ET CRTS)
Conclusions de M. l’avocat général D. Vandermeersch :
Les pourvois sont dirigés contre un jugement rendu le 18 novembre 2013
par le tribunal correctionnel de Charleroi, statuant en degré d’appel.
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
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892 PASICRISIE BELGE 1.4.15 - N° 234
Examen des pourvois
(…)
II. Le pourvoi de la Société mutualiste d’assurances MMH
Dans un mémoire reçu au greffe le 24 février 2014, la demanderesse in-
voque un moyen à l’appui de son recours.
Le moyen est pris de la violation des articles 1382 et 1383 du Code civil.
Il fait reproche au jugement attaqué de rejeter la demande tendant à ré-
cupérer auprès de la défenderesse, responsable de l’accident, la totalité
des décaissements opérés par la demanderesse en faveur de la victime de
l’accident dans le cadre de l’assurance mutualiste libre complémentaire,
service « indemnités » pour incapacité de travail, au motif que ces in-
demnités sont la contrepartie de primes d’assurance qu’elle a perçues et
qu’elles ne constituent pas un dommage personnel dans son chef, suscep-
tible d’indemnisation.
La demanderesse reproche en réalité aux juges d’appel d’avoir considé-
ré que la demanderesse, en qualité de société mutualiste d’assurances de
son affilié victime, n’avait subi, en l’espèce, aucun dommage au sens de
l’article 1382 du Code civil, dès lors qu’« au contraire de l’employeur pu-
blic qui paie la rémunération en pure perte puisque sans obtenir en
contrepartie les prestations de travail, l’assureur qui sert sa garantie en
a reçu la contrepartie prévue par le contrat, les primes versées par
l’assuré ».
Pour appuyer sa thèse, le moyen invoque la jurisprudence de la Cour
relative à l’action propre de l’employeur public en récupération des ré-
munérations versées au cours des incapacités temporaires d’un agent,
inaugurée par les arrêts rendus les 19 et 20 février 2001, aux termes de la-
quelle « les pouvoirs publics qui, à la suite de la faute d’un tiers, doivent
continuer à payer la rémunération et les charges grevant la rémunéra-
tion en vertu d’obligations légales ou règlementaires qui leur in-
combent, sans bénéficier de prestations de travail en contrepartie, ont
droit à une indemnité sur la base des articles 1382 et 1383 du Code civil
dans la mesure où ils subissent ainsi un dommage » (1).
L’action civile peut être exercée contre l’auteur d’une infraction par
toute personne qui peut se prétendre personnellement lésée par celle-ci,
c’est-à-dire par quiconque justifie avoir pu être victime de cette infrac-
tion dans sa personne, dans ses biens ou dans son honneur (2).
En matière répressive, la recevabilité de l’action civile est subordon-
née à la condition que le préjudice invoqué soit la conséquence d’une in-
fraction (3). Ainsi, la recevabilité de l’action civile d’une personne lésée
(1) Cass. 19 février 2001, RG C.99.0014.N, Pas. 2001, n° 97 ; Cass. 19 février 2001, RG
C.99.0183.N, Pas. 2001, n° 98 ; Cass. 19 février 2001, RG C.99.0228.N, Pas. 2001, n° 99 ; Cass.
19 février 2001, RG C.00.0242.N, Pas. 2001, n° 100 ; Cass. 19 février 2001, RG P.98.1629.N,
Pas. 2001, n° 101. Plus récemment, voy. dans le même sens : Cass. 24 janvier 2013, RG
C.12.0113.F, Pas. 2013, n° 59, avec concl. de M. WERQUIN, avocat général ; Cass. 24 janvier
2013, RG C.12.0308.F, Pas. 2013, n° 61 ; Cass. 4 février 2014, RG P.13.0992.N, Pas. 2014, n° 92.
(2) Cass. 26 mars 1997, Bull., 1997, p. 419.
(3) Cass. 6 février 2008, RG P.07.1533.F, Pas. 2008, n° 88 ; Cass. 26 octobre 2010, RG
P.09.1662.N, Pas. 2009, n° 632, T. Strafr. 2011, p. 264, note H. VAN BAVEL.
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N° 234 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 893
requiert nécessairement l’existence d’un lien de causalité entre la faute
née de l’infraction et le dommage ; en principe, ce lien de causalité est
soumis à l’appréciation souveraine du juge, mais la Cour contrôle si, de
ses constatations, le juge a pu déduire légalement sa décision (1).
Par ailleurs, les tiers subrogés dans les droits de la victime d’une in-
fraction sont recevables à se constituer partie civile et à réclamer, en
lieu et place de celle-ci, réparation du dommage qu’elle a subi, dans la
mesure de la subrogation. Il faut que celui qui se prétend subrogé ait
payé la dette de l’auteur du dommage (art. 1250 C. civ.).
Ainsi, lorsqu’un organisme assureur demande à la juridiction répres-
sive de condamner le tiers responsable du dommage pour lequel des pres-
tations ont été accordées, à lui rembourser le montant de celles-ci, il
n’exerce pas une action civile distincte de celle de la victime mais, par
une demande distincte, l’action même de la victime, à laquelle il est su-
brogé de plein droit (2).
La subrogation est subordonnée au paiement préalable du dommage du
tiers subrogé, à défaut de quoi la demande de paiement de celui qui se
prétend subrogé n’a pas le caractère certain et actuel requis et ce dernier
n’a pas la qualité pour exercer l’action civile de la victime. En ce sens,
la Cour considère que le subrogé exerce à son propre compte l’action du
créancier auquel il succède et que la subrogation n’opère que dans la me-
sure de ce que le subrogé a effectivement payé en telle sorte que ce der-
nier ne peut réclamer au tiers responsable davantage que les
décaissements qu’il a effectués au profit de la victime ni lui demander
plus que le montant de l’indemnité revenant à celle-ci en vertu du droit
commun et couvrant le même dommage (3).
Le moyen pose la question de savoir si l’assureur qui, en vertu de dis-
positions contractuelles, est tenu de débourser un montant supérieur au
dommage subi par la victime de l’infraction, subit lui-même un dom-
mage récupérable auprès du tiers responsable en application des
articles 1382 et 1383 du Code civil.
En règle, l’auteur d’une infraction est tenu à la réparation de l’entiè-
reté du dommage qu’il a causé (4). Ainsi, celui qui a commis une faute
en relation causale avec le dommage d’une victime, qui n’a pas elle-
même commis de faute et qui subit un dommage propre direct, est tenu
envers cette victime à la réparation intégrale dudit dommage (5). Autre-
ment dit, l’auteur de l’infraction doit réparer l’entièreté du dommage,
ni plus ni moins.
Lorsqu’en vertu des dispositions d’un contrat d’assurance conclu avec
la victime d’une l’infraction, l’assureur est tenu de débourser un mon-
tant supérieur au dommage subi, il y a lieu de faire la distinction dans
ce décaissement entre la couverture de l’indemnité revenant à la victime
(1) Cass. 10 février 2009, RG P.08.1312.N, Pas. 2009, n° 109.
(2) Cass. 28 janvier 2009, RG P.08.1364.F, Pas. 2009, n° 73.
(3) Cass. 22 septembre 2010, RG P.10.0698.F, Pas. 2010, n° 540.
(4) Cass. 13 novembre 2002, RG P.02.0966.F, Pas. 2002, n° 602 ; Cass. 19 novembre 2003,
RG P.03.0890.F, Pas. 2003, n° 578.
(5) Cass. 26 avril 1996, RG C.94.0276.F, Pas. 1996, I, n° 138.
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en vertu du droit commun et le surplus payé par l’assureur en vertu de
la disposition contractuelle. Le premier paiement trouve sa cause dans
le dommage subi par la victime à la suite de l’infraction qui se trouve
immédiatement indemnisée par son assureur, ce dernier disposant d’un
recours subrogatoire auprès du tiers responsable à concurrence, d’une
part, de la hauteur du dommage et, d’autre part, des décaissements cor-
respondants effectués. En revanche, le surplus payé par l’assureur ne me
paraît dû qu’en vertu des dispositions du contrat d’assurance ayant don-
né lieu au paiement de primes par l’assuré et ne devrait pas pouvoir être
récupéré auprès de l’auteur de l’infraction : en effet, il n’est plus ques-
tion ici de l’indemnisation du dommage subi par la victime de l’infrac-
tion mais bien de l’octroi d’un bénéfice supplémentaire en vertu d’une
disposition contractuelle.
Dans ce cas de figure, le mécanisme de la subrogation permet, à mon
sens, de garantir l’équilibre entre toutes les parties en cause : sans aller
jusqu’à consacrer une action directe de l’assureur contre l’auteur de l’in-
fraction fondée sur les articles 1382 et 1383 du Code civil, ce mécanisme
permet à l’assureur de recouvrer auprès de l’auteur de l’infraction le
montant du dommage ou de la partie de dommage subi par son assuré à
la suite de l’infraction, qu’il a payé à ce dernier en vertu du contrat d’as-
surance. Ainsi, l’assuré se trouve indemnisé de son dommage sans pour
autant pouvoir prétendre au double paiement de l’indemnité d’assurance
et du montant du dommage payé par l’auteur de l’infraction. Ce dernier
est tenu d’indemniser le dommage subi par la victime et non davantage.
Comme le soulignent Bernard DUBUISSON et Vincent CALLEWAERT,
la subrogation favorise l’indemnisation rapide de la victime, par l’effet
du payement qu’elle reçoit directement de son propre assureur, ce qui la
prémunit également contre l’éventuelle insolvabilité du tiers respon-
sable. Pour autant, elle ne conduit pas à l’impunité de l’auteur du dom-
mage puisque ce dernier, qui ne peut tirer aucun avantage de
l’intervention du tiers-payeur devra, en définitive, supporter le poids de
sa propre dette. Cela étant, contrairement à l’hypothèse d’un recours di-
rect qui serait exercé contre lui sur la base des articles 1382 et 1383 du
Code civil, le tiers responsable est assuré, par l’effet translatif que réa-
lise la subrogation, de ne pas être tenu au-delà du montant de sa dette,
laquelle ne se trouve dès lors pas alourdie ni par l’intervention de l’assu-
reur, ni par le recours subrogatoire qu’il exercera par la suite. Elle per-
met, enfin, à l’assureur de récupérer, après indemnisation de son assuré,
à concurrence du payement effectué, tout ou partie de l’indemnité ver-
sée, en exerçant, contre le tiers responsable, les droits et actions qu’il
aura préalablement recueillis de la victime (1).
En ce sens, la jurisprudence de la Cour me paraît exclure la possibilité,
pour l’assureur de la victime, d’exercer un recours direct contre l’auteur
du dommage fondé sur les articles 1382 et 1383 du Code civil.
(1) B. DUBUISSON et V. CALLEWAERT, « Les recours de l’assureur après indem-
nisation », in La loi sur le contrat d’assurance terrestre. Bilan et perspectives après
20 années d’application, Bruxelles, Bruylant, 2012, p. 141, n° 3.
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N° 234 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 895
À l’égard des assureurs accidents du travail des pouvoirs publics
d’abord, la Cour a considéré, par un arrêt du 24 avril 2002 (1), que
« n’étant point l’employeur de la victime, l’assureur ne subit pas de dom-
mage personnel du chef de la perte des prestations de travail de celle-ci »
de sorte que « la décision d’allouer à [l’assureur] le montant brut des re-
venus de remplacement par [lui] décaissés au profit de son assurée, n’est
pas justifiée légalement sur la base de l’article 1382 du Code civil, dès
lors que [l’assureur] n’a pas subi de dommage personnel par la perte des
prestations de travail de son assurée et que les juges d’appel n’ont relevé
aucun autre dommage personnel dans son chef ». Cet arrêt a été confirmé
par un arrêt ultérieur du 30 novembre 2009 (2), qui a jugé que « l’assureur
d’un employeur qui tombe dans le champ d’application de la loi du
3 juillet 1967 sur la prévention ou la réparation des dommages résultant
des accidents du travail, des accidents survenus sur le chemin du travail
et des maladies professionnelles dans le secteur public ne subit pas de
préjudice à la suite des lésions ou du décès de la victime et, en consé-
quence, ne peut se prévaloir de droits propres directement fondés sur
l’article 29bis de la loi du 21 novembre 1989 relative à l’assurance obliga-
toire de la responsabilité en matière de véhicules automoteurs ».
À propos des assureurs de dommages de l’employeur public, la Cour a,
de la même manière, par un arrêt du 26 mars 2003 (3), décidé que ne jus-
tifie pas légalement sa décision, le jugement qui considère que l’assureur
du locataire d’un camion accidenté, qui a versé à l’organisme de crédit
l’indemnité de résiliation stipulée au contrat, a subi un dommage propre
en raison des montants qu’il a dû payer.
À l’égard des mutuelles ensuite, la Cour a considéré, par un arrêt du
3 septembre 2003 (4), qu’« en accordant à ceux-ci des prestations de l’as-
surance maladie-invalidité, l’organisme assureur ne subit pas un dom-
mage causé par une infraction mais exécute une obligation légale ; […]
Lorsqu’un organisme assureur demande à la juridiction répressive de
condamner le tiers responsable du dommage pour lequel des prestations
ont été accordées, à lui rembourser le montant de celles-ci, il n’exerce
pas une action civile distincte de celle de la victime mais, par une de-
mande distincte, il exerce l’action même de la victime à laquelle il est
subrogé de plein droit en application de l’article 136, § 2, de la loi coor-
donnée du 14 juillet 1994 relative à l’assurance obligatoire soins de santé
et indemnité, anciennement 70, § 2, puis 76quater, § 2, de la loi du 9 août
1963 instituant et organisant un régime d’assurance obligatoire contre la
maladie et l’invalidité ».
Enfin, à l’égard de l’employeur public qui agit « à titre d’assureur », la
Cour a jugé, dans un arrêt du 9 janvier 2006 (5), que « le but de la loi ou
(1) Cass. 24 avril 2002, RG P.01.1623.F, Pas. 2002, n° 248.
(2) Cass. 30 novembre 2009, RG C.09.0167.F, Pas. 2009, n° 708. Sur la portée de cet
arrêt, voy. not. I. BOONE, « Publieke werkgever en zijn verzekeraar », NjW 2012, p. 786,
n° 36.
(3) Cass. 26 mars 2003, RG P.02.1609.F, Pas. 2003, p. 638, avec concl. de M. SPREUTELS,
avocat général.
(4) Cass. 3 septembre 2003, RG P.03.0256.F, Pas. 2003, n° 410.
(5) Cass. 9 janvier 2006, RG C.05.0007.N, Pas. 2006, n° 22.
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896 PASICRISIE BELGE 1.4.15 - N° 234
du règlement qui oblige un employeur intervenant à titre d’assureur à
débourser des sommes dont le montant est supérieur à celui qu’il aurait
dû payer en tant qu’employeur pour des prestations de services, est de
laisser ces sommes définitivement à charge de l’employeur. L’employeur
qui respecte son obligation ne subit pas un dommage récupérable auprès
du tiers responsable ».
Interrogée, dans le cadre de trois questions préjudicielles distinctes,
sur la différence de traitement que créerait, entre tiers responsables,
l’article 1382 du Code civil tel qu’il est interprété par la Cour de cassa-
tion, la Cour constitutionnelle a, pour sa part, considéré qu’en ce qui
concerne les accidents survenus sur le chemin du travail, « […] il n’est
pas dépourvu de pertinence d’ouvrir une action fondée sur l’article 1382
du Code civil à l’autorité publique qui prend seule en charge les sommes
dues à l’agent et le dommage que lui cause son absence, alors que l’em-
ployeur privé ou l’assureur subrogé à celui-ci ne dispose que d’une action
subrogatoire. Ainsi interprété, l’article 1382 du Code civil ne porte pas
une atteinte disproportionnée aux droits des intéressés puisque les obli-
gations de l’employeur privé vis-à-vis de la victime sont limitées et que
l’assureur bénéficiant du mécanisme subrogatoire perçoit, pour sa part,
des primes d’assurance » (1).
Il résulte de ce qui précède qu’en considérant que la demanderesse, en
sa qualité d’assureur a servi sa garantie en contrepartie des primes d’as-
surance qu’elle a perçues, qu’elle n’a subi aucun dommage au sens des
articles 1382 et suivants du Code civil et que ce n’est pas l’existence d’une
obligation conventionnelle qui, en l’espèce fait obstacle au recours di-
rect, mais bien l’absence de dommage personnel dans son chef, les juges
d’appel ont légalement justifié leur décision.
Le moyen ne peut être accueilli.
(…)
Je conclus au rejet des pourvois.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un jugement rendu le 18 novembre
2013 par le tribunal correctionnel de Charleroi, statuant en degré d’ap-
pel.
Les demandeurs Société mutualiste d’assurances MMH et F.W. in-
voquent un moyen, chacun dans un mémoire annexé au présent arrêt,
en copie certifiée conforme.
Le 9 mars 2015, l’avocat général Damien Vandermeersch a déposé des
conclusions au greffe.
À l’audience du 11 mars 2015, le conseiller Pierre Cornelis a fait rap-
port et l’avocat général précité a conclu.
Le 26 mars 2015, la demanderesse société mutualiste d’assurances
MMH a déposé une note en réponse aux conclusions.
(1) C. const., 17 avril 2008, n° 65/2008, pp. 11-12, B.8.
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N° 234 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 897
II. LA DÉCISION DE LA COUR
B. Sur le pourvoi de la société mutualiste d’assurances MMH
Sur le moyen
Pris de la violation des articles 1382 et 1383 du Code civil, le moyen
fait grief au jugement de rejeter la demande tendant à récupérer la to-
talité des décaissements opérés par la demanderesse en faveur de la vic-
time, dans le cadre d’une assurance mutualiste libre complémentaire,
au motif que les indemnités versées sont la contrepartie de primes d’as-
surance qu’elle a perçues et que ces décaissements ne constituent pas
dans son chef un dommage personnel susceptible d’indemnisation.
L’action civile qui, aux termes de l’article 4 du titre préliminaire du
Code de procédure pénale, peut être poursuivie en même temps et de-
vant les mêmes juges que l’action publique, est l’action pour la répara-
tion du dommage causé par une infraction, laquelle appartient suivant
l’article 3 de la même loi, à ceux qui ont souffert de ce dommage.
En accordant à son assuré victime d’une infraction des prestations en
réparation du dommage matériel économique subi, l’organisme assu-
reur ne subit pas un dommage causé par une infraction mais exécute
une obligation contractuelle.
Le jugement considère que la demanderesse, en sa qualité d’assureur,
a servi sa garantie en contrepartie des primes d’assurance qu’elle a per-
çues et qu’elle n’a subi aucun dommage au sens des articles 1382 et sui-
vants du Code civil. En énonçant ainsi que ce n’est pas l’existence d’une
obligation conventionnelle qui fait obstacle au recours direct, mais
l’absence de dommage personnel dans son chef, le tribunal a légalement
justifié sa décision.
Le moyen ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette les pourvois ;
Condamne chacun des demandeurs aux frais de son pourvoi.
Lesdits frais taxés en totalité à la somme de cent soixante euros
soixante-deux centimes dont I) sur le pourvoi de B. M. : dix-huit euros
cinquante-quatre centimes dus et trente-cinq euros payés par cette
demanderesse ; II) sur le pourvoi de la société mutualiste d’assurances
MMH : dix-huit euros cinquante-quatre centimes dus et trente-
cinq euros payés par cette demanderesse et III) sur le pourvoi de F. W. :
dix-huit euros cinquante-quatre centimes dus et trente-cinq euros
payés par cette demanderesse.
Du 1er avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Close, président de section. —
Rapp. M. Cornelis. — Concl. conf. M. Vandermeersch, avocat général. —
Pl. M. T’Kint, M. Maes, M. Michel, du barreau de Liège, et Mme Munster,
du barreau de Bruxelles.
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898 PASICRISIE BELGE 1.4.15 - N° 235
N° 235
2e CH.— 1er avril 2015
(RG P.14.1968.F)
1° ROULAGE. — LOI RELATIVE À LA POLICE DE LA CIRCULATION ROU-
TIÈRE. — DISPOSITIONS LÉGALES. — ARTICLE 34. — CONDUITE EN ÉTAT D’IM-
PRÉGNATION ALCOOLIQUE. — CONSTAT. — CONDITIONS.
2° ROULAGE. — LOI RELATIVE À LA POLICE DE LA CIRCULATION ROU-
TIÈRE. — DISPOSITIONS LÉGALES. — ARTICLE 35. — CONDUITE EN ÉTAT
D’IVRESSE. — CONSTAT. — CONDITIONS.
1° et 2° Les articles 34 et 35 de la loi relative à la police de la circulation rou-
tière ne requièrent pas que les états d’imprégnation alcoolique ou d’ivresse
soient constatés au moment où la personne poursuivie conduit le véhicule, ni
qu’au moment de l’intervention des verbalisateurs, elle assure la direction de
celui-ci.
(R.)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un jugement rendu le 27 novembre 2014
par le tribunal correctionnel du Brabant wallon, statuant en degré
d’appel.
Le demandeur invoque deux moyens dans une requête annexée au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le président de section Frédéric Close a fait rapport.
L’avocat général Damien Vandermeersch a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
Le moyen reproche au jugement de condamner le demandeur pour
avoir conduit un véhicule en état d’imprégnation alcoolique et
d’ivresse, en méconnaissant la notion de conducteur.
Les articles 34 et 35 de la loi relative à la police de la circulation rou-
tière ne requièrent pas que les états d’imprégnation alcoolique ou
d’ivresse soient constatés au moment où la personne poursuivie
conduit le véhicule, ni qu’au moment de l’intervention des verbalisa-
teurs, elle assure la direction de celui-ci.
En tant qu’il revient à soutenir le contraire, le moyen manque en
droit.
Pour le surplus, le juge apprécie en fait si cette personne a assuré la
direction du véhicule alors qu’elle était en cet état.
Dans la mesure où il critique cette appréciation souveraine du tribu-
nal correctionnel, le moyen est irrecevable.
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N° 236 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 899
Le contrôle d’office
Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été
observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 1er avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Close, président de
section. — Concl. conf. M. Vandermeersch, avocat général. —
Pl. M. Tison, du barreau de Nivelles.
N° 236
2e CH. — 1er avril 2015
(RG P.15.0278.F)
1° EXTRADITION. — EXTRADITION PASSIVE. — PERSONNE PLACÉE SOUS
ÉCROU EXTRADITIONNEL. — DÉTENTION EN VUE DE L’EXTRADITION. — DEMANDE
DE MISE EN LIBERTÉ. — RECEVABILITÉ.
2° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 5. —
ARTICLE 5, § 4. — DROIT À LA LIBERTÉ. — PERSONNE DÉTENUE. — DROIT À UN
RECOURS DEVANT UN TRIBUNAL. — PERSONNE PLACÉE SOUS ÉCROU EXTRADI-
TIONNEL. — DÉTENTION EN VUE DE L’EXTRADITION. — APPLICABILITÉ.
3° EXTRADITION. — EXTRADITION PASSIVE. — PERSONNE PLACÉE SOUS
ÉCROU EXTRADITIONNEL. — DÉCISION DU MINISTRE D’ACCORDER L’EXTRADITION.
— OBJET. — PORTÉE.
1° et 2° En application de l’article 5.4 de la Convention de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales, la personne placée sous
écrou extraditionnel peut demander au juge de se prononcer à bref délai sur
la légalité de sa détention et notamment sur le contrôle du respect du délai
raisonnable, prévue par l’article 5.3 de la Convention (1).
3° Lorsque le ministre de la Justice fait droit à la demande d’extradition, cet
acte administratif a pour objet de faire remettre l’étranger à la frontière par
les soins du ministère public et d’en avertir les autorités étrangères ; il ne
constitue toutefois pas un nouveau titre de privation de liberté, la personne
qui en fait l’objet restant détenue sur la base de l’écrou extraditionnel.
(A.)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 20 février 2015 par la
cour d’appel de Bruxelles, chambre des mises en accusation.
(1) Cass. 31 mars 2009, RG P.09.0162.N, Pas. 2009, n° 224, avec concl. de M. DUINSLAE-
GER, procureur général, alors avocat général.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 900 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
900 PASICRISIE BELGE 1.4.15 - N° 236
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le président de section Frédéric Close a fait rapport.
L’avocat général Damien Vandermeersch a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
La chambre du conseil a rendu exécutoire le mandat d’arrêt interna-
tional délivré à charge du demandeur par l’autorité étrangère, et celui-
ci lui a été signifié ainsi que l’ordonnance, le 29 novembre 2012. Le de-
mandeur se trouve depuis cette date à la disposition du pouvoir exécu-
tif.
En application de l’article 5.4 de la Convention de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales, la personne placée
sous écrou extraditionnel peut demander au juge de se prononcer à bref
délai sur la légalité de sa détention et notamment sur le contrôle du
respect du délai raisonnable prévue par l’article 5.3 de la Convention.
Sur appel du ministère public dirigé contre l’ordonnance accordant la
mise en liberté, l’arrêt constate qu’ensuite de l’avis favorable de la
chambre des mises en accusation, un arrêté ministériel du 13 février
2015, notifié au demandeur le 16 février 2015, a accordé l’extradition.
Lorsque, comme en l’espèce, le ministre de la Justice fait droit à la
demande d’extradition, cet acte administratif a pour objet de faire re-
mettre l’étranger à la frontière par les soins du ministère public et d’en
avertir les autorités étrangères. Il ne constitue toutefois pas un nou-
veau titre de privation de liberté, la personne qui en fait l’objet restant
détenue sur la base de l’écrou extraditionnel.
La chambre des mises en accusation n’a, dès lors, pas légalement jus-
tifié sa décision que la requête de mise en liberté était devenue sans ob-
jet ensuite de l’arrêt ministériel précité.
Dans cette mesure, le moyen est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
cassé ;
Laisse les frais à charge de l’État ;
Renvoie la cause à la cour d’appel de Bruxelles, chambre des mises en
accusation, autrement composée.
Lesdits frais taxés à la somme de nonante et un euros soixante-trois
centimes dus.
Du 1er avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Close, président de
section. — Concl. conf. M. Vandermeersch, avocat général. —
Pl. M. Chomé, du barreau de Bruxelles.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 901 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 237 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 901
N° 237
2e CH. — 1er avril 2015
(RG P.15.0356.F)
1° APPLICATION DES PEINES. — PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL
PÉNAL INTERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOSLAVIE. — COOPÉRATION
AVEC LE TRIBUNAL. — PEINE EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — DROIT APPLICABLE.
2° TRAITÉS ET ENGAGEMENTS INTERNATIONAUX. — ENGAGEMENTS
INTERNATIONAUX. — TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOS-
LAVIE. — COOPÉRATION AVEC LE TRIBUNAL POUR L’EXÉCUTION DES PEINES. —
PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL ET EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — DROIT APPLI-
CABLE.
3° ENTRAIDE JUDICIAIRE INTERNATIONALE. — TRIBUNAL PÉNAL IN-
TERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOSLAVIE. — COOPÉRATION AVEC LE TRI-
BUNAL POUR L’EXÉCUTION DES PEINES. — PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL ET
EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — DROIT APPLICABLE.
4° APPLICATION DES PEINES. — PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL
PÉNAL INTERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOSLAVIE. — COOPÉRATION
AVEC LE TRIBUNAL. — PEINE EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — DROIT APPLICABLE.
5° TRAITÉS ET ENGAGEMENTS INTERNATIONAUX. — ENGAGEMENTS
INTERNATIONAUX. — TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOS-
LAVIE. — COOPÉRATION AVEC LE TRIBUNAL POUR L’EXÉCUTION DES PEINES. —
PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL ET EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — DROIT APPLI-
CABLE.
6° ENTRAIDE JUDICIAIRE INTERNATIONALE. — TRIBUNAL PÉNAL IN-
TERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOSLAVIE. — COOPÉRATION AVEC LE TRI-
BUNAL POUR L’EXÉCUTION DES PEINES. — PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL ET
EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — DROIT APPLICABLE.
7° APPLICATION DES PEINES. — PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL
PÉNAL INTERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOSLAVIE. — COOPÉRATION
AVEC LE TRIBUNAL. — PEINE EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — ACCORD ENTRE L’OR-
GANISATION DES NATIONS UNIES ET LA BELGIQUE CONCERNANT L’EXÉCUTION DES
PEINES. — PORTÉE JURIDIQUE.
8° TRAITÉS ET ENGAGEMENTS INTERNATIONAUX. — ENGAGEMENTS
INTERNATIONAUX. — TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOS-
LAVIE. — COOPÉRATION AVEC LE TRIBUNAL POUR L’EXÉCUTION DES PEINES. —
PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL ET EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — ACCORD ENTRE
L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES ET LA BELGIQUE CONCERNANT L’EXÉCU-
TION DES PEINES. — PORTÉE JURIDIQUE.
9° ENTRAIDE JUDICIAIRE INTERNATIONALE. — TRIBUNAL PÉNAL IN-
TERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOSLAVIE. — COOPÉRATION AVEC LE TRI-
BUNAL POUR L’EXÉCUTION DES PEINES. — PEINE INFLIGÉE PAR LE TRIBUNAL ET
EXÉCUTÉE EN BELGIQUE. — ACCORD ENTRE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
ET LA BELGIQUE CONCERNANT L’EXÉCUTION DES PEINES. — PORTÉE JURIDIQUE.
1°, 2° et 3° Il résulte des articles 27 du Statut du Tribunal pénal international
pour l’ex-Yougoslavie et 25.1 de celui du Mécanisme international chargé
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902 PASICRISIE BELGE 1.4.15 - N° 237
d’exercer les fonctions résiduelles des tribunaux pénaux, que les peines infli-
gées par le Tribunal s’exécutent conformément aux règles nationales de
l’État du lieu de l’exécution, mais sous le contrôle de la juridiction
internationale ; en renvoyant ainsi aux règles de l’État concerné par l’exé-
cution, cet article 25.1 vise non la loi du 17 mai 2006 relative au statut juri-
dique externe des personnes condamnées, mais la législation spécifique, soit
la loi du 29 mars 2004 concernant la coopération avec la Cour pénale inter-
nationale pénale et les tribunaux pénaux internationaux (1).
4°, 5° et 6° Il ressort de l’article 55, § 3, de la loi du 29 mars 2004 concernant la
coopération avec la Cour pénale internationale et les tribunaux pénaux in-
ternationaux que pour les peines infligées par le Tribunal pénal internatio-
nal pour l’ex-Yougoslavie et exécutées en Belgique, les procédures de
libération anticipée sont régies exclusivement par le Statut du Tribunal et
que les dispositions de la législation belge relatives aux modalités d’exécution
des peines ne s’appliquent pas au détenu qui exécute en Belgique une peine
privative de liberté prononcée par le Tribunal (2).
7°, 8° et 9° L’accord du 2 mai 2007, conclu entre l’Organisation des Nations
unies et le gouvernement du Royaume de Belgique, concernant l’exécution
des peines imposées par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougosla-
vie, qui régit les questions relatives à toutes les demandes adressées à la Bel-
gique en vue de l’exécution des peines imposées par le Tribunal, ne peut
déroger, sans être modifié, ni à la loi belge ni au Statut du Tribunal (3).
(Z.)
Conclusions de M. l’avocat général D. Vandermeersch :
Le pourvoi est dirigé contre un jugement rendu le 23 février 2015 par le
tribunal de l’application des peines du tribunal de première instance
francophone de Bruxelles.
Les faits
Le demandeur a été condamné le 30 octobre 2007 par le Tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie à une peine de quinze ans d’empri-
sonnement du chef de viol avec tortures corporelles ou séquestration et
viol sur une personne particulièrement vulnérable avec arme. Il avait
été arrêté le 22 août 2005.
À la suite d’un accord conclu le 2 mai 2007 entre l’Organisation des Na-
tions unies et la Belgique, le demandeur exécute en Belgique la peine
prononcée par le Tribunal international.
Saisi d’une demande de libération provisoire en vue de l’éloignement
du territoire, le tribunal de l’application des peines se déclare sans com-
pétence pour statuer sur cette demande. Il s’agit de la décision attaquée.
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
(3) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 903 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 237 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 903
Examen du pourvoi
Le demandeur invoque un moyen à l’appui de son pourvoi.
Le moyen est pris de la violation des articles 27 du Statut du Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie et 25 du Statut du Mécanisme
international chargé d’exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux
pénaux, de l’article 3.5 de l’Accord du 2 mai 2007 entre l’Organisation des
Nations unies et le Gouvernement du Royaume de Belgique concernant
l’exécution des peines imposées par le Tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie, du principe général du droit de la primauté du droit in-
ternational et de l’article 44 de la loi du 29 mars 2004 concernant la coo-
pération avec la Cour pénale internationale et les tribunaux pénaux
internationaux et des articles 26, § 2, et 47, § 2, de la loi du 17 mai 2006 re-
lative au statut juridique externe des personnes condamnées.
Le demandeur fait grief au jugement attaqué de s’être déclaré incom-
pétent pour statuer sur sa demande de libération provisoire en vue de
l’éloignement du territoire. Il soutient que l’article 55, § 3, de la loi du
29 mars 2004, tel que modifié par la loi du 26 mars 2014 concernant la coo-
pération avec la Cour pénale internationale et les tribunaux internatio-
naux ne saurait avoir pour effet de déroger au droit international
applicable.
Par sa Résolution n° 827 du 25 mai 1993, le Conseil de sécurité des Na-
tions unies a créé le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie
(T.P.I.Y.) chargé de juger les auteurs des violations graves du droit hu-
manitaire international perpétrées sur le territoire de l’ex-Yougoslavie
depuis le 1er janvier 1991. Le Statut du Tribunal pénal est annexé à ladite
résolution et en fait partie intégrante.
La Résolution n° 827 a été prise par le Conseil de sécurité agissant en
vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations unies. Il résulte dudit
Chapitre VII que les décisions prises par le Conseil sur cette base juri-
dique s’imposent à tous les États membres de l’Organisation des Nations
unies, lesquels sont tenus d’apporter leur pleine coopération à ce Tribu-
nal et d’adapter leur droit interne afin d’appliquer cette Résolution, « y
compris l’obligation des États de se conformer aux demandes d’assistan-
ce ou aux ordonnances émanant d’une Chambre de première instance en
application de l’article 29 du Statut » (1).
Comme les Tribunaux internationaux ne possèdent pas de prison
propre pour l’exécution des peines, ils sont donc tributaires de la colla-
boration et de la bonne volonté des États membres des Nations unies
pour l’exécution des peines qu’ils sont amenés à prononcer.
L’article 27 du Statut du T.P.I.Y. dispose ainsi que la peine d’emprison-
nement est subie dans un État désigné par le tribunal sur la liste des États qui
ont fait savoir au Conseil de sécurité qu’ils étaient disposés à recevoir des
condamnés. La réclusion est soumise aux règles nationales de l’État concerné,
sous le contrôle du tribunal international.
(1) Résolution n° 827 du 25 mai 1993, point 4 ; voy. H.D. BOSLY et D. VANDERMEERSCH,
Génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre face à la justice. Les juridictions
internationales et les tribunaux nationaux, Bruxelles-Paris, Bruylant, 2012, pp. 52 à 56.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 904 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
904 PASICRISIE BELGE 1.4.15 - N° 237
Dans le cadre de la stratégie d’achèvement des travaux des deux Tribu-
naux pénaux internationaux, le Conseil de sécurité a décidé, par sa réso-
lution 1966 (2010) du 22 décembre 2010, de créer une nouvelle institution,
le « Mécanisme International chargé d’exercer les fonctions résiduelles
des Tribunaux pénaux (appelé le “Mécanisme”) afin d’assurer le suivi des
jugements rendus par ces deux juridictions internationales (jugement
résiduaire des fugitifs, exécution des peines, libérations condition-
nelles). Le Statut du Mécanisme est joint à la résolution du Conseil de
sécurité. Le Mécanisme comprend deux sections, la première, dont la
date d’entrée en vigueur a été fixée au 1er juillet 2012, chargée des fonc-
tions résiduelles du T.P.I.R. et la seconde, qui est entrée en vigueur le
1er juillet 2013, chargée des fonctions résiduelles du T.P.I.Y.
Ainsi, depuis le 1er juillet 2013, le contrôle de l’application des peines
prononcées par le T.P.I.Y. relève de la juridiction du Mécanisme. Il a
également compétence pour nommer les États d’exécution des peines.
L’article 25 du Statut du Mécanisme résiduel dispose ce qui suit :
1. La peine d’emprisonnement est accomplie dans un État désigné par le Mé-
canisme sur la liste des États ayant conclu à cet effet un accord avec l’Orga-
nisation des Nations unies. La réclusion est soumise aux règles nationales de
l’État concerné, sous le contrôle du tribunal international.
2. Le Mécanisme contrôle l’exécution des peines prononcées par lui-même, le
T.P.I.Y. ou le T.P.I.R., y compris l’application des accords relatifs à l’exécu-
tion des peines conclus entre l’Organisation des Nations unies et les États
membres et des autres accords conclus avec des organisations internationales
et régionales et avec d’autres organismes.
Le Chapitre IX du Règlement de procédure et de preuve du Mécanisme
traite les questions relatives à l’octroi d’une grâce, d’une commutation
de peine ou d’une libération anticipée :
Article 149. Notification par les États
Si, selon la législation de l’État sur le territoire duquel est incarcéré le
condamné, ce dernier peut faire l’objet d’une grâce, d’une commutation de
peine ou d’une libération anticipée, l’État en informe le Mécanisme conformé-
ment à l’article 26 du Statut.
Article 150. Appréciation du Président
Le Président, au vu de cette notification, apprécie en consultation avec les
juges de la Chambre ayant prononcé la peine qui siègent au Mécanisme, s’il y
a lieu d’accorder une grâce, une commutation de peine ou une libération an-
ticipée.
Article 151. Critères d’octroi de la grâce, de la commutation de peine ou de
la libération anticipée
Aux fins d’apprécier l’opportunité d’une grâce, d’une commutation de peine
ou d’une libération anticipée, le Président tient compte, entre autres, de la
gravité de l’infraction commise, du traitement réservé aux condamnés se trou-
vant dans la même situation, de la volonté de réinsertion sociale dont fait
preuve le condamné ainsi que du sérieux et de l’étendue de la coopération
fournie au Procureur.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 905 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 237 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 905
Enfin, la Directive pratique du Mécanisme du 5 juillet 2012 relative à
l’appréciation des demandes de grâce, de commutation de la peine et de
libération anticipée des personnes condamnées par le T.P.I.R., le
T.P.I.Y. ou le Mécanisme détaille la procédure à suivre en cas de de-
mande de libération anticipée.
Suivant l’article 3 de la Directive, un condamné peut adresser une de-
mande de grâce, de commutation de la peine ou de libération anticipée
directement au Président s’il estime qu’il remplit les conditions re-
quises. Dans ce cas :
a) les procédures énoncées dans la présente directive s’appliquent mu-
tatis mutandis ;
b) le Mécanisme demande à l’État chargé de l’exécution de la peine, par
l’entremise des autorités centrales ou fédérales compétentes, de lui faire
savoir si, en vertu des lois nationales, le condamné remplit les condi-
tions requises pour bénéficier d’une grâce, d’une commutation de la
peine ou d’une libération anticipée.
Ensuite, eu égard aux critères énoncés à l’article 151 du Règlement de
procédure et de preuve, à l’intérêt de la justice, aux principes généraux
du droit, à toute autre information qu’il juge pertinente et aux points de
vue des juges de la Chambre ayant prononcé la peine qui siègent au Mé-
canisme, le Président décide s’il y a lieu d’accorder une grâce, une com-
mutation de la peine ou une libération anticipée. La décision du
Président est prise au moins 7 jours avant la période ouvrant droit à de
telles mesures. La décision est rendue publique à moins que le Président
n’en décide autrement (art. 9 de la Directive).
En cas de demande de libération anticipée, le Président doit, s’il es-
time ne pas pouvoir réserver une réponse favorable, préciser dans sa dé-
cision quand le condamné pourra voir son cas réexaminé, à moins que le
droit interne de l’État chargé de l’exécution de la peine ne le précise
(art. 10 de la Directive). La décision du Président est définitive et sans
appel (art. 12 de la Directive).
Si l’État chargé de l’exécution de la peine, compte tenu de son droit
interne ou pour toute autre raison, n’est pas d’accord avec la décision du
Président de rejeter une demande de libération anticipée ou n’est pas en
mesure de l’accepter, le Président, en consultation avec le Greffier, peut
décider de transférer le condamné dans un autre État pour qu’il y purge
le reste de sa peine (art. 11 de la Directive).
Dès lors, pour les États qui sont disposés à accueillir les condamnés du
Tribunal international ou du Mécanisme, différentes options sont ou-
vertes. Soit l’État d’exécution entend se soumettre à la décision du Tri-
bunal international ; soit l’État d’accueil considère qu’en cas de refus du
Tribunal d’aménager la peine, son exécution devra être poursuivie dans
un autre État d’accueil ; soit encore l’État concerné considère qu’il y a
lieu d’agir au cas par cas (1).
(1) D. SCALIA, « L’exécution des peines en droit international pénal : une coopéti-
tion de droits », Ann. Dr. Louvain 2013, pp. 310-311.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 906 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
906 PASICRISIE BELGE 1.4.15 - N° 237
En droit belge, la coopération avec les Tribunaux pénaux internatio-
naux est régie par la loi du 29 mars 2004 concernant la coopération avec
la Cour pénale internationale et les tribunaux pénaux internatio-
naux (1). Cette loi a été modifiée récemment par la loi du 26 mars
2014 (2). L’article 45 de la loi du 29 mars 2004 dispose que les autorités
belges compétentes ont l’obligation d’apporter « leur pleine et entière
coopération judiciaire » aux Tribunaux internationaux conformément
aux résolutions créant les Tribunaux et le Mécanisme résiduel ainsi
qu’aux dispositions du Statut, du Règlement et de la présente loi.
L’article 55 de la loi du 29 mars 2004, tel que modifié par la loi du
26 mars 2014, régit l’exécution des peines prononcées par les deux tribu-
naux internationaux ad hoc (3). Cette disposition contient, à mon sens,
les « règles nationales de l’État concerné » auxquelles renvoie
l’article 25.1 du Statut du Mécanisme résiduel. Le paragraphe 3 de
l’article 55 dispose que les procédures de libération anticipée sont régies
exclusivement par le Statut du Tribunal et que les décisions rendues par
ce dernier sont exécutoires immédiatement en Belgique. Il ajoute que
« dans ce cadre, les dispositions de la législation belge relatives aux mo-
dalités d’exécution des peines ne s’appliquent pas au détenu qui exécute,
en Belgique, une peine privative de liberté prononcée par le Tribunal ».
L’exposé des motifs de la loi a justifié cette règle en considérant qu’en
raison de la primauté des Statuts des Tribunaux ad hoc sur le droit in-
terne, il appartenait au seul Tribunal de décider d’une libération antici-
pée. Le législateur a souhaité lever toute ambiguïté en la matière en
indiquant explicitement que les libérations anticipées sont régies par le
Statut du Tribunal et que la législation belge en la matière n’est pas ap-
plicable pour les personnes qui purgent, en Belgique, une peine pronon-
cée par un des deux Tribunaux ad hoc (4).
Dans la mesure où il soutient que les termes « règles nationales de
l’État concerné » repris à l’article 25.1 du Statut du Mécanisme résiduel
visent nécessairement les dispositions de la loi du 17 mai 2006 relative au
statut juridique externe des personnes condamnées (lex generalis) alors
qu’en réalité, ils renvoient aux dispositions de la loi du 29 mars 2004
concernant la coopération avec la Cour pénale internationale et les tri-
bunaux pénaux internationaux (lex specialis), le moyen manque en droit.
Pour le surplus, afin de fixer les conditions concrètes de la coopération
avec le T.P.I.Y. en ce qui concerne l’exécution des peines, la Belgique a
conclu avec les Nations unies un accord concernant l’exécution des
peines imposées par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougosla-
vie. Cet accord du 2 mai 2007 a été signé par le greffier du Tribunal et la
ministre de la Justice, et a pour objet de régir « les questions relatives à
toutes les demandes adressées à l’État requis aux fins de l’exécution des
peines imposées par le Tribunal international » (art. 1er de l’Accord).
(1) M.B. 1er avril 2004.
(2) M.B. 28 mars 2004.
(3) M.-A. BEERNAERT, H.D. BOSLY et D. VANDERMEERSCH, Droit de la procédure pénale,
Bruxelles, La Charte, 2014, pp. 1797-1798.
(4) Doc. parl., Chambre, S.O. 2013-2014, n° 53 3299/001, pp. 47 et 48.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 907 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 237 - 1.4.15 PASICRISIE BELGE 907
Cet accord qui assure la mise en œuvre pratique de la coopération entre
le T.P.I.Y. et la Belgique en ce qui concerne l’exécution des peines, ne
peut s’inscrire que dans le respect des dispositions statutaires du Tribu-
nal et dans le cadre légal belge. Il ne peut donc déroger ni à la loi belge
ni au Statut du Tribunal et, en cas de modification des dispositions de
l’un de ces deux instruments, il doit être, si nécessaire, adapté en consé-
quence.
Dès lors, en tant qu’il soutient que l’accord du 2 mai 2007 conclu entre
l’Organisation des Nations unies et la Belgique, doit primer sur la loi
belge et que l’article 55, § 3, de la loi du 29 mars 2004, tel que modifié par
celle du 26 mars 2014, déroge au droit international applicable, le moyen
manque en droit.
Il résulte de ce qui précède que c’est à bon droit que le tribunal d’ap-
plication des peines s’est déclaré sans compétence pour statuer sur la de-
mande de libération provisoire en vue de l’éloignement du territoire
formé par le demandeur. La décision est dès lors conforme à la loi.
Pour le surplus, les formalités substantielles ou prescrites à peine de
nullité ont été observées et la décision est conforme à la loi.
Je conclus au rejet du pourvoi.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un jugement rendu le 23 février 2015 par
le tribunal de l’application des peines francophone de Bruxelles.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le 27 mars 2015, l’avocat général Damien Vandermeersch a déposé des
conclusions au greffe.
À l’audience du 1er avril 2015, le conseiller Françoise Roggen a fait
rapport et l’avocat général précité a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
Condamné par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie,
le demandeur reproche au tribunal de l’application des peines de s’être
déclaré incompétent pour statuer sur sa libération provisoire en vue de
l’éloignement du territoire.
Le moyen soutient que l’article 55, § 3, de la loi du 29 mars 2004
concernant la coopération avec la Cour pénale internationale pénale et
les tribunaux pénaux internationaux, tel que modifié par la loi du
26 mars 2014, ne saurait avoir pour effet de déroger au droit internatio-
nal applicable au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.
Il résulte des articles 27 du Statut de ce Tribunal et 25.1 de celui du
Mécanisme international chargé d’exercer les fonctions résiduelles des
tribunaux pénaux, que les peines infligées par le Tribunal s’exécutent
conformément aux règles nationales de l’État du lieu de l’exécution,
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 908 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
908 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 238
mais sous le contrôle de la juridiction internationale. En renvoyant
ainsi aux règles de l’État concerné par l’exécution, cet article 25.1 vise,
contrairement à ce que le moyen considère, non la loi du 17 mai 2006 re-
lative au statut juridique externe des personnes condamnées, mais la
législation spécifique, soit la loi du 29 mars 2004 précitée. Il ressort
d’ailleurs de l’article 55, § 3, de celle-ci qu’en la matière, les procédures
de libération anticipée sont régies exclusivement par le Statut du Tri-
bunal et que « les dispositions de la législation belge relatives aux mo-
dalités d’exécution des peines ne s’appliquent pas au détenu qui exécute
en Belgique une peine privative de liberté prononcée par le Tribunal ».
Ainsi, la loi belge du 29 mars 2004 ne déroge pas mais, au contraire,
applique les dispositions internationales visées par le moyen.
D’autre part, l’accord du 2 mai 2007, conclu entre l’Organisation des
Nations unies et le gouvernement du Royaume de Belgique, concernant
l’exécution des peines imposées par le Tribunal pénal international
pour l’ex-Yougoslavie, régit les questions relatives à toutes les de-
mandes adressées à la Belgique en vue de l’exécution des peines impo-
sées par le Tribunal. Il s’ensuit qu’il ne pourrait déroger, sans être
modifié, ni à la loi belge ni au Statut du Tribunal.
Ainsi, le tribunal de l’application des peines a légalement justifié son
incompétence.
Le moyen manque en droit.
Le contrôle d’office
Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été
observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Lesdits frais taxés à la somme de soixante-quatre euros quarante et
un centimes dus.
Du 1er avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Close, président de section. —
Rapp. Mme Roggen. — Concl. conf. M. Vandermeersch, avocat général. —
Pl. M. Obradovic, du barreau de Nivelles.
N° 238
1re CH. — 2 avril 2015
(RG C.14.0281.F)
1° ABUS DE DROIT. — SOCIÉTÉ ANONYME. — PERTE DU CAPITAL SOCIAL. —
INTÉRESSÉ. — ACTION EN JUSTICE.
2° DEMANDE EN JUSTICE. — ACTION EN JUSTICE. — ABUS DE DROIT. — SO-
CIÉTÉ ANONYME. — PERTE DU CAPITAL SOCIAL. — INTÉRESSÉ. — INTÉRÊT.
3° SOCIÉTÉS. — SOCIÉTÉS COMMERCIALES. — SOCIÉTÉS ANONYMES. —
PERTE DU CAPITAL SOCIAL. — INTÉRESSÉ. — ACTION EN JUSTICE. — ABUS DE
DROIT.
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N° 238 - 2.4.15 PASICRISIE BELGE 909
4° ABUS DE DROIT. — SOCIÉTÉ ANONYME. — PERTE DU CAPITAL SOCIAL. —
INTÉRESSÉ. — ACTION EN JUSTICE. — DROIT. — DISSOLUTION. — EXERCICE DE
CE DROIT À UNE AUTRE FIN.
5° SOCIÉTÉS. — SOCIÉTÉS COMMERCIALES. — SOCIÉTÉS ANONYMES. —
PERTE DU CAPITAL SOCIAL. — INTÉRESSÉ. — ACTION EN JUSTICE. — DROIT. —
DISSOLUTION. — EXERCICE DE CE DROIT À UNE AUTRE FIN. — ABUS DE DROIT.
1°, 2° et 3° Même lorsque les conditions de l’article 634, première phrase, du
Code des sociétés sont réunies, celui qui demande la dissolution d’une société
anonyme sur la base de cette disposition légale pour perte du capital social,
doit, conformément aux articles 17 et 18 du Code judiciaire, justifier d’un in-
térêt à formuler une telle demande et sa demande ne peut constituer un abus
de droit ; il peut y avoir abus de droit, même si le droit visé est d’ordre public
ou impératif (1). (C. soc., art. 634 ; C. jud., art. 17 et 18 ; Principe général
du droit relatif à l’abus de droit).
4° et 5° Constitue un abus de droit l’utilisation d’un droit dans un but diffé-
rent de celui pour lequel il a été créé ; cette règle est applicable au droit de
demander la dissolution d’une société anonyme pour perte du capital so-
cial (2). (Principe général du droit relatif à l’abus de droit ; C. soc.,
art. 634)
(S.A. MAN TRUCK & BUS C. S.A. CENTRACAR TRUCK SERVICE)
Conclusions de M. l’avocat général J.F. Leclercq :
1. Il résulte de l’arrêt attaqué que les principales circonstances utiles
de la cause sont les suivantes.
Le litige concerne l’application de l’article 634 du Code des sociétés,
qui se trouve dans le « Livre VIII La société anonyme » et aux termes du-
quel, d’une part, lorsque l’actif net est réduit à un montant inférieur à
61.500 euros, tout intéressé peut demander au tribunal la dissolution de
la société, et, d’autre part, le tribunal peut, le cas échéant, accorder à la
société un délai en vue de régulariser sa situation.
Le 31 juillet 2012, la demanderesse a cité la défenderesse en dissolution
devant le tribunal de commerce.
Le jugement entrepris du 13 mars 2013 a dit irrecevable la demande pré-
citée en dissolution en considérant que l’objectif de la demanderesse
était purement stratégique dans le cadre plus large du conflit entre les
parties, que l’utilisation du texte de l’article 634 du Code des sociétés
était détournée et que l’intérêt à l’action de la demanderesse était ruiné,
celui-ci étant manifestement illégitime. Le jugement entrepris a aussi
condamné la demanderesse notamment à une indemnité ex aequo et bono
pour procédure téméraire et vexatoire.
L’arrêt attaqué confirme le jugement entrepris en ce qui concerne la
demande principale, et ce par les motifs des premiers juges que la cour
d’appel fait siens et par les motifs propres, entre autres, « qu’il est pa-
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 910 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
910 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 238
tent que les avantages que (la demanderesse) pourrait retirer de la mise
en liquidation de (la défenderesse) sont sans commune mesure avec les
désagréments que cette dernière devrait subir de ce fait ; (que la deman-
deresse) ne manque pas d’audace quand elle prétend se prémunir de l’in-
solvabilité de (la défenderesse) en demandant sa dissolution ; (qu’)ainsi
que le relève à juste titre (la défenderesse), (la demanderesse) entend au-
jourd’hui obtenir la liquidation d’une société dont elle a elle-même créé
les difficultés financières ; (…) que le seul but que poursuit (la demande-
resse) en diligentant cette action est d’ordre stratégique ; (qu’)il s’agit
de forcer (la défenderesse) à revoir ses prétentions à la baisse, éventuel-
lement dans le cadre de sa liquidation, voire même à l’empêcher de faire
valoir ses droits ; (que), ce faisant, elle détourne de façon abusive
l’article 634 du Code des sociétés ».
En ce qui concerne la demande reconventionnelle de la défenderesse,
l’arrêt attaqué décide que « le préjudice subi par (la défenderesse), en
l’absence d’éléments suffisants d’appréciation (…) sera indemnisé ex ae-
quo et bono (…) par l’allocation d’une somme de 50.000 euros, dont
25.000 euros déjà accordés par les premiers juges ».
2. Un moyen unique est proposé à l’appui du pourvoi.
Il fait grief à l’arrêt attaqué de décider que la demanderesse détourne
de façon abusive l’article 634 du Code des sociétés, que l’intérêt de la de-
manderesse est illégitime et que l’action de celle-ci est, dès lors, irrece-
vable.
3. Le moyen, en sa première branche, soutient qu’« en appréciant le ca-
ractère légitime et abusif de l’action du créancier alors que l’article 634
du Code des sociétés revêt un caractère d’ordre public et tente de réaliser
un résultat voulu par le législateur qui ne souffre pas d’être neutralisé
par un abus de droit, l’arrêt attaqué viole l’article 634 du Code des socié-
tés et le principe général selon lequel nul ne peut abuser de son droit ».
Je suis d’avis que le moyen, en cette branche, manque en droit.
Il ressort des termes mêmes de l’article 634 du Code des sociétés (1) que
la personne qui peut demander au tribunal la dissolution de la société
doit être un « intéressé ».
On n’aperçoit donc pas pourquoi l’article 634 précité ferait obstacle à
l’application des articles 17 et 18 du Code judiciaire qui subordonnent
l’admission de l’action à l’existence d’un intérêt légitime pour former
cette action, l’article 634 fût-il même d’ordre public (2).
Le juge a, dès lors, la faculté d’apprécier le caractère légitime ou abu-
sif de l’action fondée sur l’article 634 du Code des sociétés.
4. Le moyen, en sa seconde branche, soutient que « dans l’hypothèse où
l’on accepterait la faculté pour le juge d’apprécier le caractère légitime
et non abusif du créancier sur pied de l’article 634 du Code des sociétés,
(1) Voy. supra, n° 1, in limine.
(2) Voy. Cass. 14 mai 2004, RG C.02.0524.F-C.02.0548.F, Pas. 2004, n° 260 ; Cass. 10 juin
2004, RG C.02.0039.N, Pas. 2004, n° 315, avec concl. de M. THIJS, avocat général délégué,
publiées dans A.C. ; Cass. 22 septembre 2008, RG S.05.0102.N, Pas. 2008, n° 491 ; M. LEMAL,
Manuel de la liquidation des sociétés commerciales, n° 142, p. 100.
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N° 238 - 2.4.15 PASICRISIE BELGE 911
le critère le plus large pour apprécier l’abus de droit, à savoir celui de la
disproportion entre, d’une part, l’avantage que l’on retire de l’exercice
d’un droit et, d’autre part, le préjudice que l’on cause à autrui, ne peut
être invoqué dans le cadre de l’article 634 du Code des sociétés ; (… que)
le seul critère de l’abus de droit pouvant rentrer en compte (est) l’usage
du droit dans l’intention exclusive de nuire ».
Je suis d’avis que le moyen, en sa seconde branche, ne peut être ac-
cueilli.
On n’aperçoit pas pourquoi il n’y aurait pas lieu d’appliquer la règle
suivante qui découle du droit commun : constitue un abus de droit l’uti-
lisation d’un droit dans un but différent de celui pour lequel il a été créé ;
cette règle est applicable au droit de demander la dissolution d’une so-
ciété anonyme pour perte du capital social, prévu par l’article 634, pre-
mière phrase, du Code des sociétés (1) (Principe général du droit relatif
à l’abus de droit ; Code des sociétés, art. 634).
Sur la base des motifs du jugement entrepris qu’il s’approprie et sur la
base de motifs propres (2), l’arrêt attaqué considère que l’utilisation,
par la demanderesse, du texte de l’article 634 du Code des sociétés est
« détournée » et que la demanderesse « détourne de façon abusive
l’article 634 du Code des sociétés ».
L’arrêt attaqué me paraît justifier légalement sa décision.
Conclusion : rejet.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 6 février 2014
par la cour d’appel de Liège.
Le 13 février 2015, le premier avocat général Jean-François Leclercq
a déposé des conclusions au greffe.
Le conseiller Michel Lemal a fait rapport et l’avocat général Jean-
François Leclercq a été entendu en ses conclusions.
II. LE MOYEN DE CASSATION
La demanderesse présente un moyen libellé dans les termes suivants :
Dispositions légales violées
— article 634 du Code des sociétés, modifié par l’article 1er de l’arrêté royal du
13 juillet 2001 ;
— principe général du droit selon lequel nul ne peut abuser de son droit.
Décisions et motifs critiqués
L’arrêt décide que la demanderesse détourne de façon abusive l’article 634 du
Code des sociétés et que son intérêt est illégitime, et déclare, dès lors, son ac-
tion irrecevable pour les motifs suivants :
(1) Voy. Cass. 24 septembre 2001, RG S.00.0158.F, Pas. 2001, n° 490, avec concl. M.P. ;
Cass. 13 janvier 2012, RG C.11.0135.F, Pas. 2012, n° 37.
(2) Voy. supra, n° 1.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 912 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
912 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 238
« C’est par de justes motifs que la cour [d’appel] fait siens et que n’énervent
en rien les moyens développés en appel par [la demanderesse] que les premiers
juges ont rejeté sa demande en dissolution de [la défenderesse]. Le premier juge
a rejeté la demande de dissolution de la défenderesse sur la base de l’article 634
du Code des sociétés, aux motifs suivants :
“Il résulte d’ores et déjà des explications fournies à l’audience par [la défen-
deresse] que la situation difficile dans laquelle elle se trouve actuellement est
propre au dernier exercice qui a été influencé de manière extrêmement négative
par la résiliation sans préavis des relations contractuelles, avec les charges qui
en ont résulté et les investissements nouveaux qui ont dû être réalisés pour as-
surer la pérennité de l’entreprise, [la défenderesse] soulignant que, durant le
dernier exercice, ses actionnaires ont consenti un effort substantiel en lui avan-
çant un montant extrêmement important de 700.000 euros, ce qui traduit leur
volonté d’assurer cette pérennité.
Sur la base des explications fournies, la demande de Man AG et de [la deman-
deresse] exprime plus un refus d’affronter le litige que la crainte de l’insolvabi-
lité de [la défenderesse]”.
L’article 634 du Code des sociétés dispose que, “lorsque l’actif net est réduit à
un montant inférieur à 61.500 euros, tout intéressé peut demander au tribunal la
dissolution de la société. Le tribunal peut, le cas échéant, accorder à la société
un délai en vue de régulariser sa situation”.
Ni les travaux préparatoires ayant précédé l’introduction de cette disposition
dans les lois coordonnées sur les sociétés commerciales (Doc. parl., Ch., 1981-1982,
n° 210 ; Doc. parl., Sén., 1982-1983, n° 390/2), ni les articles 104, 140 et 158bis desdites
lois, ni les articles 333, 432 et 634 du Code des sociétés n’ont donné de définition
des “intéressés” titulaires de cette action en dissolution.
S’appuyant sur les exemples donnés lors des travaux préparatoires (Doc. parl.,
Ch., 1981-1982, n° 210/9, p. 66-68), jurisprudence et doctrine reconnaissent la qua-
lité de tiers intéressé au ministère public, à un actionnaire (fût-il minoritaire),
à un créancier (pour autant qu’il démontre un intérêt effectif au-delà de sa
simple qualité de créancier, ce qui sera le cas s’il nourrit des craintes raison-
nables quant au recouvrement de sa créance) et même à un concurrent qui
cherche à éliminer un adversaire (notamment parce qu’il ne respecte pas les
règles du jeu) (Y. DE CORDT, “Dissolution des sociétés pour pertes prononcées du
capital social”, R.D.C., 2012, p. 62 et réf. citées ; B. DEBOECK, “La notion d’‘inté-
ressé’ au sens des articles 140 et 158bis des lois coordonnées sur les sociétés com-
merciales”, R.D.C., 1999, pp. 54-55).
Un tiers intéressé est une personne qui trouve un intérêt dans l’introduction
de cette action (J. ’T KINT, Les modifications apportées au droit des sociétés ano-
nymes par la loi du 5 décembre 1984 (et non par la loi du 21 février 1985), Bruxelles,
Larcier, 1985, n° 282, p. 153).
L’intérêt dont question est l’intérêt à agir, au sens de l’article 17 du Code ju-
diciaire. Il désigne “tout avantage matériel ou moral — effectif mais non
théorique — que le demandeur peut retirer de la demande qu’il intente au mo-
ment où il la forme, dussent la reconnaissance du droit, l’analyse ou la gravité
du dommage n’être établis qu’à la prononciation du jugement” (Rapport Van
Reepinghen, Doc. parl., Sénat, sess. ord. 1963-1964, n° 60, p. 23).
Cet intérêt doit non seulement être concret, mais également légitime (voy.
notamment : G. DE LEVAL, Droit judiciaire privé. La procédure, ULg, 2009-2010,
p. 7 ; Cass. 17 octobre 1986, Pas. 1987, I, n° 98 ; Cass. 19 septembre 1996, Bull. 1996,
p. 830 ; Cass. 2 avril 1998, Pas. 1998, I, n° 188 et R.G.D.C. 1999, p. 251 ; Cass. 6 juin
2008, Pas. 2008, n° 351).
Le demandeur doit disposer “d’un intérêt légitime à obtenir une mesure né-
cessaire et proportionnée” (Y. DE CORDT, op. cit., p. 62).
Le droit d’agir en justice est en effet susceptible d’abus. “En cas d’abus de la
procédure, le juge peut limiter l’exercice de l’action en justice ; c’est notam-
ment le cas si le sujet de droit exerce son action en justice ou continue à l’exer-
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N° 238 - 2.4.15 PASICRISIE BELGE 913
cer sans intérêt raisonnable ou suffisant ou d’une manière qui excède
manifestement les limites d’un exercice normal par une personne prudente et
diligente” (Cass. 17 octobre 2008, RG n° C.07.0214.N ; W. DERIJCKE, “L’article 104
des lois coordonnées sur les sociétés ou ‘ce n’est pas un de mes amis ; je n’ai donc
pas de raison d’en dire du mal’”, R.P.S. 1998, p. 464).
Il s’agit d’“empêcher le détournement abusif d’une norme juridique ou d’un
droit” (M. WATHELET, “Principe de proportionnalité : utilisation dispropor-
tionnée ?”, J.T. 2007, p. 315).
Par conséquent, “il ne suffit pas d’invoquer la lésion d’un simple intérêt
d’ordre économique pour obtenir gain de cause devant les tribunaux. En général,
ce jugement de valeur sur le recours fait à la justice est effectué au regard de
considérations morales. Ainsi, la demande peut être jugée irrecevable en raison
de la turpitude du demandeur, du blâme dont sa prétention fait l’objet” (C. DE
BOE, “Le défaut d’intérêt né et actuel”, Ann. Dr. Louvain, vol. 66, 2006, n° 1-2,
point 20 et note 89, pp. 112 et 113). Ainsi, sera rejetée comme irrecevable la de-
mande en annulation d’une société irrégulièrement constituée formée par un
commerçant qui trouve dans cette annulation le moyen d’éliminer un concur-
rent. Celui-ci n’est pas fondé, en invoquant uniquement le préjudice qu’il subit,
à demander la nullité de cette société ; sans doute y trouverait-il un intérêt
puisque, de cette manière, il éliminerait du marché un concurrent dangereux ;
il n’en reste pas moins que, sur ce seul fondement, sa demande est vouée à un
échec certain (…) (voy. H. SOLUS et R. PERROT, Droit judiciaire privé, t. I, Paris,
Sirey, 1961, n° 228, p. 202 ; P. ROUARD, Traité élémentaire de droit judiciaire privé, t.
préliminaire, Introduction générale, vol. I, Bruxelles, Bruylant, 1979, n° 104,
p. 133).
Puisque l’intérêt du demandeur ne peut être légitime que si son intérêt à agir
n’est pas abusif et que “l’abus de droit sanctionne un comportement abusif —
c’est-à-dire non proportionné” (M. WATHELET, op. cit.), il convient d’appliquer à
la demande de [la demanderesse] le contrôle de proportionnalité pour vérifier en
quoi son intérêt à solliciter la dissolution de [la défenderesse] est légitime.
Il n’est pas nécessaire de soumettre la demande de [la demanderesse] au triple
contrôle qui découle de l’application du principe de proportionnalité (test d’uti-
lité, de nécessité et de proportionnalité proprement dit), dès lors qu’il est patent
que les avantages que celle-ci pourrait retirer de la mise en liquidation de [la
défenderesse] sont sans commune mesure avec les désagréments que cette der-
nière devrait subir de ce fait.
[La demanderesse] ne manque pas d’audace quand elle prétend se prémunir de
l’insolvabilité de [la défenderesse] en demandant sa dissolution.
Ainsi que le relève à juste titre [la défenderesse], “[la demanderesse] entend
aujourd’hui obtenir la liquidation d’une société dont elle a elle-même créé les
difficultés financières”.
Il ressort des antécédents procéduraux que [la demanderesse] ne souhaite pas
voir le tribunal arbitral trancher le différend qui l’oppose à [la défenderesse],
alors qu’elle soutient pourtant devant cette instance posséder une créance de
474.142,60 euros envers [la défenderesse].
Au risque de paraphraser la décision des premiers juges, il apparaît claire-
ment, au vu du déroulement des procédures devant le tribunal arbitral et devant
le tribunal de commerce, que le seul but que poursuit [la demanderesse] en dili-
gentant cette action est d’ordre stratégique. Il s’agit de forcer [la défenderesse]
à revoir ses prétentions à la baisse, éventuellement dans le cadre de sa liquida-
tion, voire même à l’empêcher de faire valoir ses droits.
Ce faisant, elle détourne de façon abusive l’article 634 du Code des sociétés.
Son intérêt est illégitime et son action est dès lors irrecevable ».
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914 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 238
Griefs
Première branche
L’article 634 du Code des sociétés dispose : « Lorsque l’actif net est réduit à un
montant inférieur à 61.500 euros, tout intéressé peut demander au tribunal la
dissolution de la société. Le tribunal peut, le cas échéant, accorder à la société
un délai en vue de régulariser sa situation ».
L’article 634 du Code des sociétés et le mécanisme de sanction qu’il instaure
soulignent l’importance du capital minimum dont doivent disposer les sociétés
commerciales dans notre système juridique.
Le capital social est important à un double titre : d’une part, il contribue à la
détermination des droits des associés au sein de la société (droit aux dividendes,
puissance de vote au sein des organes sociaux, droit au remboursement en cas
de solde de liquidation) ; d’autre part, le capital social offre aux créanciers de la
société une garantie minimale.
Il s’ensuit que le capital social d’une société est une composante de l’ordre pu-
blic économique belge, en ce que l’ordre public est perturbé en présence d’une
société dont l’actif net se situe sous le montant minimum à libérer lors de la
constitution de la société.
Le caractère d’ordre public de l’obligation prescrite par l’article 634 du Code
des sociétés confère ainsi ce statut au capital social, à tout le moins jusqu’à
concurrence du montant minimal à libérer lors de la constitution de la société.
Il y a donc lieu d’opérer la distinction, au sein du capital social, entre sa frac-
tion d’ordre public et le surplus, qui ne l’est pas.
Lorsque l’article 634 du Code des sociétés est soulevé devant lui, le contrôle du
juge se limite, dès lors, à vérifier si les conditions d’application de cet article
sont remplies.
Si l’actif net est réduit à un montant inférieur à 61.500 euros, le pouvoir dis-
crétionnaire du tribunal se limite, partant, à choisir entre la dissolution de la
société ou l’octroi à celle-ci d’un délai de régularisation.
Une conséquence du caractère d’ordre public du capital social est que le mi-
nistère public peut, au même titre que tout intéressé, soulever sa violation, y
compris pour la première fois devant la Cour.
Ce caractère d’ordre public a également pour conséquence que l’intéressé par
une action en dissolution sur la base de l’article 634 du Code des sociétés ne doit
pas démontrer un préjudice direct ou indirect.
L’article 634 du Code des sociétés invite ainsi quiconque est en contact avec
une société commerciale dont le capital est tombé en dessous du capital mini-
mum à dénoncer cette situation aux tribunaux qui n’ont d’autre choix, dès lors
que les conditions légales sont remplies, d’en prononcer la dissolution ou d’oc-
troyer à celle-ci un délai de régularisation et d’assainir ce faisant le monde éco-
nomique des sociétés au capital insuffisant sans devoir démontrer un
quelconque préjudice.
Le juge n’a, partant, pas la faculté d’apprécier le caractère légitime ou abusif
de l’action d’un créancier basée sur l’article 634 du Code des sociétés dans la me-
sure où il est constant que cette action revêt un caractère d’ordre public.
Dans le cadre d’une telle opération de régulation de la vie économique, le juge
ne peut déclarer une action tendant à un tel assainissement irrecevable par
manque d’intérêt légitime suite à un abus de droit, étant donné que la volonté
du législateur est précisément d’en arriver à la dissolution de la société sous-
capitalisée sans que ceux qui mettent en œuvre l’action en dissolution ne
doivent prouver un quelconque préjudice.
En outre, faire dépendre l’intentement d’une action sur la base de l’article 634
du Code des sociétés de la preuve de l’existence d’un quelconque préjudice re-
viendrait à rendre lettre morte cette disposition légale, tout spécialement si
l’on requiert l’absence de disproportion entre, d’une part, l’intérêt de l’action
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 915 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 238 - 2.4.15 PASICRISIE BELGE 915
et, d’autre part, le désavantage qu’elle procure à autrui. En effet, l’absence de
préjudice rendrait, dans la majorité des cas, si pas toujours, la dissolution de la
société disproportionnée.
L’arrêt énonce que l’intérêt du tiers intéressé « doit non seulement être
concret, mais également légitime », et qu’« il s’agit d’empêcher le détourne-
ment abusif d’une norme juridique ou d’un droit ». Il poursuit en expliquant que,
« par conséquent, il ne suffit pas d’invoquer la lésion d’un simple intérêt d’ordre
économique pour obtenir gain de cause devant les tribunaux », qu’« en général,
ce jugement de valeur sur le recours fait à la justice est effectué au regard de
considérations morales » et qu’« ainsi, la demande peut être jugée irrecevable en
raison de la turpitude du demandeur, du blâme dont sa prétention fait l’objet ».
L’arrêt poursuit en appliquant ces principes au cas d’espèce en ces termes :
« puisque l’intérêt du demandeur ne peut être légitime que si son intérêt à agir
n’est pas abusif et que l’abus de droit sanctionne un comportement abusif, c’est-
à-dire non proportionné, il convient d’appliquer à la demande de [la demande-
resse] le contrôle de proportionnalité pour vérifier en quoi son intérêt à sollici-
ter la dissolution de [la défenderesse] est légitime ».
L’arrêt décide donc qu’« il n’est pas nécessaire de soumettre la demande de [la
demanderesse] au triple contrôle qui découle de l’application du principe de pro-
portionnalité (test d’utilité, de nécessité et de proportionnalité proprement
dit), dès lors qu’il est patent que les avantages que celle-ci pourrait retirer de
la mise en liquidation de [la défenderesse] sont sans commune mesure avec les
désagréments que cette dernière devrait subir de ce fait ».
Il conclut que la demanderesse « détourne de façon abusive l’article 634 du
Code des sociétés », que « son intérêt est illégitime » et que « son action est dès
lors irrecevable ».
En appréciant le caractère légitime et abusif de l’action du créancier alors que
l’article 634 du Code des sociétés revêt un caractère d’ordre public et tente de
réaliser un résultat voulu par le législateur qui ne souffre pas d’être neutralisé
par un abus de droit, l’arrêt viole l’article 634 du Code des sociétés et le principe
général selon lequel nul ne peut abuser de son droit.
Seconde branche
Dans l’hypothèse où l’on accepterait la faculté pour le juge d’apprécier le ca-
ractère légitime et non abusif du créancier sur la base de l’article 634 du Code
des sociétés, le critère le plus large pour apprécier l’abus de droit, à savoir celui
de la disproportion entre, d’une part, l’avantage que l’on retire de l’exercice
d’un droit et, d’autre part, le préjudice que l’on cause à autrui, ne peut être in-
voqué dans le cadre de l’article 634 du Code des sociétés, dont le but voulu par le
législateur est précisément que des sociétés se trouvant dans les conditions
d’application dudit article soient évincées de la vie économique ou régularisent
leur situation dans le délai imparti par le juge.
Or, l’utilisation de ce critère de l’abus de droit a pour effet de rendre
l’article 634 du Code des sociétés lettre morte ou vidé de sa substance puisque
dans la majorité des cas, si pas toujours, la dissolution de la société est dispro-
portionnée par rapport à l’avantage que poursuit le créancier.
Par ailleurs, le critère de l’utilisation de son droit à d’autres fins qu’à celles
auxquelles la loi le destine ne peut — lui non plus — être appliqué, eu égard au
but et à la téléologie de l’article 634 du Code des sociétés.
Le seul critère de l’abus de droit pouvant rentrer en compte, à savoir l’usage
du droit dans l’intention exclusive de nuire, a été écarté par l’arrêt lui-même :
en estimant que « le seul but que poursuit [la demanderesse] en diligentant cette
action est d’ordre stratégique », l’arrêt constate qu’il existe dans le chef de la
demanderesse autre chose que la seule intention de nuire.
En décidant que, « puisque l’intérêt du demandeur ne peut être légitime que
si son intérêt à agir n’est pas abusif et que l’abus de droit sanctionne un com-
portement abusif, c’est-à-dire non proportionné, il convient d’appliquer à la de-
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916 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 238
mande de [la demanderesse] le contrôle de proportionnalité pour vérifier en quoi
son intérêt à solliciter la dissolution de [la défenderesse] est légitime » et qu’« il
n’est pas nécessaire de soumettre la demande de [la demanderesse] au triple
contrôle qui découle de l’application du principe de proportionnalité (test d’uti-
lité, de nécessité et de proportionnalité proprement dit), dès lors qu’il est patent
que les avantages que celle-ci pourrait retirer de la mise en liquidation de [la
défenderesse] sont sans commune mesure avec les désagréments que cette der-
nière devrait subir de ce fait », pour conclure que la demanderesse « détourne de
façon abusive l’article 634 du Code des sociétés », alors que l’article 634 du Code
des sociétés revêt un caractère d’ordre public et tente d’atteindre un résultat
voulu par le législateur qui ne souffre pas d’être neutralisé par un abus de droit
qui consisterait en l’obtention d’un avantage disproportionné par rapport au
dommage causé par l’exercice de ce droit ou en l’utilisation de ce droit à
d’autres fins qu’à celles auxquelles la loi le destine, l’arrêt méconnaît tant le
principe général du droit selon lequel nul ne peut abuser de son droit que
l’article 634 du Code des sociétés.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Quant à la première branche
En vertu de l’article 634, première phrase, du Code des sociétés,
lorsque l’actif net d’une société anonyme est réduit à un montant infé-
rieur à 61.500 euros, tout intéressé peut en demander la dissolution au
tribunal.
Celui qui demande la dissolution d’une société sur la base de cette dis-
position légale doit, conformément aux articles 17 et 18 du Code judi-
ciaire, justifier d’un intérêt à formuler une telle demande et sa
demande ne peut constituer un abus de droit.
Il peut y avoir abus de droit, même si le droit visé est d’ordre public
ou impératif.
Le moyen, qui, en cette branche, soutient qu’en raison du caractère
d’ordre public de l’article 634 précité, le juge n’a pas la faculté d’appré-
cier le caractère légitime ou abusif de l’action d’un créancier basée sur
cette disposition légale, manque en droit.
Quant à la seconde branche
Par adoption des motifs du jugement du premier juge, l’arrêt consi-
dère que l’action « s’inscrit dans le cadre plus large du conflit entre les
parties qui n’est pas tranché — et ne peut temporairement l’être — en
raison de l’absence d’exécution de bonne foi par [la demanderesse] de la
clause d’arbitrage qui figure dans les conventions qu’elle a soumises à
[la défenderesse] et que cette dernière a acceptées », que la demande-
resse « n’est pas créancière — elle ne dispose du moins d’aucune
créance certaine, liquide et exigible ni d’aucun titre — de [la défende-
resse] puisqu’elle se refuse à faire arrêter ses prétentions par le tribu-
nal arbitral auquel les parties ont convenu de recourir », que la
demanderesse « n’est pas concurrente de [la défenderesse] qui ne peut
plus développer son activité depuis l’arrêt brutal de 2010 » et que
« l’action a ainsi, en réalité, pour seul objectif de tenter de modifier la
position de [la défenderesse] dans le cadre de l’arbitrage : il est patent
que l’espoir de [la demanderesse] est que l’intervention éventuelle d’un
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N° 239 - 2.4.15 PASICRISIE BELGE 917
liquidateur soit de nature à tenter d’obtenir que ce dernier revoie, à la
baisse, les prétentions de [la défenderesse] — ce qu’il ne pourrait faire
compte tenu du règlement Debelux sans risquer d’engager sa
responsabilité ».
Par motifs propres, il considère également que « [la demanderesse]
entend aujourd’hui obtenir la liquidation d’une société dont elle a elle-
même créé les difficultés financières », qu’« il ressort des antécédents
procéduraux que [la demanderesse] ne souhaite pas voir le tribunal ar-
bitral trancher le différend qui l’oppose à [la défenderesse], alors
qu’elle soutient pourtant devant cette instance posséder une créance de
474.142,60 euros envers [la défenderesse] » et qu’« il apparaît clairement,
au vu du déroulement des procédures devant le tribunal arbitral et de-
vant le tribunal de commerce de Liège, que le seul but que poursuit [la
demanderesse] en diligentant cette action est d’ordre stratégique. Il
s’agit de forcer [la défenderesse] à revoir ses prétentions à la baisse,
éventuellement dans le cadre de sa liquidation, voire à l’empêcher de
faire valoir ses droits ».
L’arrêt, qui, sur la base de ces énonciations, considère que, « ce fai-
sant, [la demanderesse] détourne de façon abusive l’article 634 du Code
des sociétés », justifie légalement sa décision de rejeter la demande de
la demanderesse comme constitutive d’un abus de droit.
Le moyen, en cette branche, ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux dépens.
Du 2 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Lemal. — Concl. conf. M. Leclercq, avocat général. —
Pl. M. Lefèbvre et M. de Foestraets.
N° 239
1re CH. — 2 avril 2015
(RG C.14.0360.F)
ÉTAT. — CAISSE DES DÉPÔTS ET CONSIGNATIONS. — INTÉRÊT. — PAYE-
MENT. — AYANT DROIT. — NOTION.
La Caisse des dépôts et consignations paye pour le compte du Trésor un intérêt
aux ayants droit de chaque somme consignée ; l’ayant droit, au sens de cette
règle, est la personne à laquelle les sommes consignées doivent être versées
sur la base des pièces requises qui sont produites (1). (A.R. n° 150 du 18 mars
1935, art. 11, al. 1er, et 16)
(S.A. EN LIQUIDATION CHARBONNAGES MAMBOURG, SACRÉ-MADAME ET
POIRIER RÉUNIS C. ÉTAT BELGE, SPF FINANCES)
(1) Voy. les concl. du M.P.
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918 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 239
Conclusions de M. l’avocat général J.F. Leclercq :
1. Il résulte des pièces auxquelles votre Cour peut avoir égard que la
contestation concerne le sort à réserver aux intérêts produits par les
sommes consignées par la demanderesse auprès du défendeur, SPF Fi-
nances, Caisse des dépôts et consignations.
2. La demanderesse propose un moyen unique à l’appui de son pourvoi.
3. Le moyen soutient que vise nécessairement le déposant, seul titu-
laire du compte ouvert auprès de la Caisse des dépôts et consignations,
la notion d’ayant droit au sens de l’article 16 de l’arrêté royal n° 150 du
18 mars 1935 coordonnant les lois relatives à l’organisation et au fonc-
tionnement de la Caisse des dépôts et consignations et y apportant des
modifications en vertu de la loi 31 juillet 1934.
Suivant le moyen, c’est le déposant des sommes consignées en numé-
raire auprès de la Caisse des dépôts et consignations qui dispose d’une
créance envers elle.
Dès lors, selon le moyen, c’est à tort que l’arrêt attaqué :
A) rejette la demande de la demanderesse en se fondant sur le postulat
suivant lequel un intérêt doit être servi, le cas échéant, par compensa-
tion, aux autres ayants droit et à l’État belge, à savoir les bénéficiaires
finaux des sommes consignées, et non au déposant de ces sommes à la
Caisse des dépôts et consignations ;
B) décide que la demanderesse n’a pas droit au paiement des intérêts
produits par la somme consignée par elle auprès de la Caisse des dépôts
et consignations.
4. Le mémoire en réponse fait observer que la revendication de la de-
manderesse, tant en première instance qu’en appel, ne portait que sur un
montant complémentaire d’intérêts, le montant du capital restitué
n’étant pas en cause, de même que le montant d’intérêts payé sur ce ca-
pital restitué à la demanderesse. Le mémoire en réponse ajoute que la
demanderesse revendiquait donc uniquement le paiement d’intérêts sur
des sommes restituées par le défendeur à l’État belge en sa qualité de
créancier de la demanderesse, intérêts qui n’avaient pas davantage été
payés à l’État belge parce que l’État ne se paie pas d’intérêts à lui-même.
5. Je suis d’avis que le moyen manque en droit.
L’article 16, alinéa 1er, de l’A.R. n° 150 précité prévoit que la Caisse des
dépôts et consignations paye pour le compte du Trésor un intérêt aux
ayants droit de chaque somme consignée.
L’article 11, alinéa 1er, du même A.R. dispose que la Caisse des dépôts
et consignations ordonne la restitution des sommes ou valeurs consi-
gnées dès que les pièces requises par les lois et règlements sur la matière
lui ont été fournies et qu’elle en a reconnu la validité.
En vertu de l’article 22, alinéa 1er, de l’arrêté ministériel du 27 mars
1935 d’exécution de l’arrêté royal n° 150 du 18 mars 1935 coordonnant les
lois relatives à l’organisation et au fonctionnement de la Caisse des dé-
pôts et consignations, les préposés de la Caisse opèrent le rembourse-
ment des consignations en numéraire et paient les intérêts y afférents,
et, aux termes de l’article 23 du même A.M., avant de procéder au rem-
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N° 239 - 2.4.15 PASICRISIE BELGE 919
boursement des consignations ou au paiement des intérêts échus ou ac-
quis, les préposés s’assurent qu’il n’y a pas lieu d’invoquer la
prescription au profit du Trésor, qu’il n’existe point d’opposition et que
les pièces justificatives qui leur sont présentées sont complètes et en due
forme.
Il ne résulte d’aucune des dispositions qui précèdent ni d’aucune autre
d’ailleurs, que par ayant droit au sens de l’article 16 de l’A.R. n° 150, on
entend nécessairement le déposant. L’ayant droit est celui qui, pour pou-
voir faire valoir son droit aux intérêts, fournit les pièces justificatives
requises conformément aux lois et règlements sur la matière. Aucun
texte légal ou réglementaire n’utilise le terme « déposant » comme étant
synonyme du terme « ayant droit ».
Conclusion : rejet.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 30 octobre
2012 par la cour d’appel de Liège.
Le 13 février 2015, le premier avocat général Jean-François Leclercq
a déposé des conclusions au greffe.
Le conseiller Michel Lemal a fait rapport et l’avocat général Jean-
François Leclercq a été entendu en ses conclusions.
II. LE MOYEN DE CASSATION
La demanderesse présente un moyen libellé dans les termes suivants :
Dispositions légales violées
— articles 1er, 7, 9, 11 et 16 de l’arrêté royal n° 150 du 18 mars 1935 coordonnant
les lois relatives à l’organisation et au fonctionnement de la Caisse des dépôts
et consignations ;
— articles 14 et 22 de l’arrêté ministériel du 27 mars 1935 d’exécution de l’ar-
rêté royal du 18 mars 1935 coordonnant les lois relatives à l’organisation et au
fonctionnement de la Caisse des dépôts et consignations ;
— articles 7 et 8 de la loi hypothécaire du 16 décembre 1851, avant sa modifi-
cation par la loi du 22 novembre 2013.
Décisions et motifs critiqués
1. L’arrêt confirme le jugement du premier juge et condamne la demanderesse
aux dépens de l’appel, liquidés à 3.300 euros d’indemnités pour le défendeur.
2. L’arrêt fonde cette décision sur les motifs selon lesquels :
« Le raisonnement suivi par [la demanderesse] dans ses conclusions, qui n’ex-
posent aucun moyen de droit, est extrêmement confus. Il l’est d’autant plus
qu’elle n’y distingue pas les deux qualités différentes en lesquelles [le défendeur]
a pu intervenir : soit en qualité de successeur du Fonds national de garantie
pour la réparation des dégâts houillers, soit en sa qualité d’autorité dont dépend
la Caisse des dépôts et consignations.
Il ressort toutefois du rapprochement de ces conclusions et des correspon-
dances adressées par [la demanderesse] antérieurement à la citation qu’elle
fonde ses prétentions sur ce que le montant correspondant aux intérêts qui n’ont
pas été payés par la Caisse des dépôts et consignations [au défendeur] en sa qua-
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920 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 239
lité d’ayant droit du Fonds national de garantie pour la réparation des dégâts
houillers lors du paiement des 190.731,95 euros devrait lui faire profit. En
d’autres termes, que l’assiette des intérêts lui revenant aurait dû être augmen-
tée d’un montant équivalent à celui de ceux qui n’ont pas été payés [au défen-
deur].
Ce raisonnement ne peut être suivi car il se fonde sur la prémisse qu’un
compte à la Caisse des dépôts et consignations fonctionne comme un compte
bancaire ordinaire.
Tel n’est pas le cas.
Aux termes de l’article 16 de l’arrêté royal n° 150 du 18 mars 1935 coordonnant
les lois relatives à l’organisation et au fonctionnement de la Caisse des dépôts
et consignations, celle-ci “paye, pour le compte du Trésor, un intérêt aux ayants
droit de chaque somme consignée” et l’administration de la trésorerie et
de la dette publique lui rembourse le montant des intérêts ainsi payés.
L’article 1er du même arrêté dispose que les fonds qui sont confiés à la Caisse des
dépôts et consignations ne peuvent être confondus avec l’avoir du Trésor.
Il s’ensuit que les intérêts en question ne sont pas servis au moyen des fonds
déposés sur le compte ouvert auprès de la Caisse des dépôts et consignations.
Par conséquent, l’absence de paiement d’intérêts [au défendeur], ayant droit du
Fonds national de garantie pour la réparation des dégâts houillers, est restée
sans effet tant sur le capital restant en compte à l’issue de ce paiement que sur
l’intérêt revenant, en vertu de cet article 16, aux autres ayants droit et à [la de-
manderesse].
Les décomptes établis par [le défendeur] en réponse aux interrogations du li-
quidateur de [la demanderesse] montrent d’ailleurs qu’il a été fait une juste ap-
plication de ce principe. Les montants comptabilisés en recettes et en
paiements en capital sont égaux tandis que les montants repris en dépenses, qui
correspondent à ce qui a été liquidé en faveur des ayants droit, correspond à la
somme des paiements en capital et des intérêts nets de précompte ».
3. L’arrêt en conclut qu’« il résulte des éléments qui précèdent que c’est à bon
droit que [le défendeur] fait valoir qu’il était indifférent pour [la demanderesse]
que la Caisse des dépôts et consignations paye ou non des intérêts sur les
190.731,95 euros payés en exécution de la décision du juge des saisies de Charle-
roi.
Il s’en déduit que la demande n’est pas fondée et que le jugement entrepris
sera confirmé ».
Griefs
1. Aux termes de l’article 1er de l’arrêté royal n° 150 du 18 mars 1935, il est ins-
titué une Caisse des dépôts et consignations chargée de recevoir et de rembour-
ser les dépôts et consignations en numéraire et en valeurs destinés à garantir
l’accomplissement ou l’exécution d’obligations.
La Caisse des dépôts et consignations poursuit donc, en synthèse, l’accomplis-
sement de deux missions : (i) la réception des dépôts et consignations et (ii) la
restitution de ceux-ci avec paiement des intérêts.
La question centrale en l’espèce consiste à déterminer à qui ces intérêts
doivent être payés, ce qui conduit à identifier la titularité de comptes ouverts
auprès de la Caisse des dépôts et consignations.
Pour y répondre, il convient d’avoir égard aux dispositions pertinentes qui dé-
terminent les règles de fonctionnement de la Caisse des dépôts et consignations.
Quant à la mission de réception des dépôts et consignations, l’article 7 de l’ar-
rêté royal du 18 mars 1935 énonce que « tout dépôt de titres ou d’argent donne
lieu à une inscription en compte par la Caisse des dépôts et consignations au
profit du déposant. L’inscription en compte forme titre envers la Caisse des dé-
pôts et consignations ».
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N° 239 - 2.4.15 PASICRISIE BELGE 921
L’article 9 précise à cet égard que « le cautionnement est la propriété de la
personne qui en a fait le dépôt de ses deniers ou valeurs ».
L’article 14 de l’arrêté ministériel du 27 mars 1935 prévoit, pour ce qui
concerne les paiements, qu’ils ont lieu aux risques et périls des bénéficiaires sui-
vant les indications fournies à la Caisse des dépôts et consignations.
Quant à la mission de restitution des sommes, l’article 11 de l’arrêté royal du
18 mars 1935 dispose que la Caisse des dépôts et consignations n’ordonne la res-
titution des sommes ou valeurs consignées qu’à la condition que les pièces re-
quises par les lois et règlements applicables lui aient été fournies et pour autant
qu’elle en ait reconnu la validité. À cet égard, l’article 14 de l’arrêté royal
énonce que la réception et la restitution des valeurs a lieu à l’intervention de la
Banque nationale de Belgique agissant en qualité de caissier de l’État, ces va-
leurs figurant à un compte spécial ouvert par celle-ci à la Caisse des dépôts et
consignations.
C’est dans le cadre de cette restitution que l’article 16 de l’arrêté royal du
18 mars 1935 prévoit que la Caisse des dépôts et consignations « paye pour le
compte du Trésor un intérêt aux ayants droit de chaque somme consignée », cet
intérêt étant payable par année.
Ce remboursement est opéré, aux termes de l’article 22 de l’arrêté ministériel
du 27 mars 1935, par l’intermédiaire des préposés de la Caisse des dépôts et consi-
gnations, qui payent les consignations en numéraire et les intérêts y afférents
par l’entremise de leur compte-chèques postaux.
Il résulte de la lecture combinée des dispositions décrites ci-dessus que la no-
tion d’ayant droit, au sens de l’article 16 de l’arrêté royal du 18 mars 1935, vise
nécessairement le déposant, seul titulaire du compte ouvert auprès de la Caisse
des dépôts et consignations.
Une interprétation contraire aboutirait en effet à méconnaître le principe
d’unicité de patrimoine consacré par les articles 7 et 8 de la loi hypothécaire du
16 décembre 1851, avant sa modification par la loi du 22 novembre 2013, et rappe-
lé, avec vigueur, par la Cour dans son arrêt du 27 janvier 2011 selon lequel, « en
l’absence d’une disposition légale spécifique, les fonds, quelle que soit leur pro-
venance, qui sont déposés sur un compte de tiers ouvert en son nom dans les
livres d’une banque par un avocat agissant pour son compte font partie de la
créance de cet avocat contre la banque et ne se distinguent pas de l’ensemble de
son patrimoine. Les créanciers personnels de cet avocat peuvent, dès lors, saisir-
arrêter entre les mains de la banque le solde créditeur de ce compte ». La Cour
consacre ainsi le principe selon lequel le propriétaire des fonds qui figurent au
crédit d’un compte ouvert auprès d’un organisme tiers et affecté à un objectif
spécifique n’est autre que le titulaire de ce compte, lui-même titulaire de la
créance sur le solde créditeur vis-à-vis de l’établissement teneur du compte.
Il s’ensuit qu’à défaut de disposition particulière venant écarter ce principe,
c’est le déposant des sommes consignées auprès de la Caisse des dépôts et consi-
gnations qui dispose d’une créance envers elle, au contraire des bénéficiaires fi-
naux des sommes consignées auprès de la Caisse des dépôts et consignations,
qui, quant à eux, ne disposent d’aucune créance à l’encontre de celle-ci mais uni-
quement à l’encontre du déposant, cette créance étant dépendante de la réalisa-
tion de l’événement futur et incertain qu’est la décision judiciaire déterminant
le quantum de leurs droits.
2. En l’espèce, par les motifs repris ci-dessus et tenus ici pour intégralement
reproduits, l’arrêt affirme toutefois que le raisonnement de la demanderesse,
suivant lequel elle devrait percevoir, en qualité d’ayant droit du compte ouvert
en son nom auprès de la Caisse des dépôts et consignations, le paiement des in-
térêts que ce compte a produits, « ne peut être suivi car il se fonde sur la pré-
misse qu’un compte à la Caisse des dépôts et consignations fonctionne comme
un compte bancaire ordinaire » et que « tel n’est pas le cas ».
L’arrêt estime ensuite que « l’absence de paiement d’intérêts [au défendeur],
ayant droit du Fonds national de garantie pour la réparation des dégâts houil-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 922 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
922 PASICRISIE BELGE 2.4.15 - N° 239
lers, est restée sans effet tant sur le capital restant en compte à l’issue de ce
paiement que sur l’intérêt revenant, en vertu de cet article 16, aux autres ayants
droit et à [la demanderesse] » et que « les décomptes établis par [le défendeur]
en réponse aux interrogations du liquidateur de [la demanderesse] montrent
d’ailleurs qu’il a été fait une juste application de ce principe. Les montants
comptabilisés en recette et en paiement en capital sont égaux tandis que les
montants repris en dépense, qui correspondent à ce qui a été liquidé en faveur
des ayants droit, correspond à la somme des paiements en capital et des intérêts
nets de précompte ».
Il en conclut que « c’est à bon droit que [le défendeur] fait valoir qu’il est in-
différent pour [la demanderesse] que la Caisse des dépôts et consignations paye
ou non des intérêts sur les 190.731,95 euros payés en exécution de la décision du
juge des saisies de Charleroi ».
Autrement dit, la cour d’appel de Liège rejette la demande de la demanderesse
en se fondant sur le postulat suivant lequel un intérêt doit être servi, le cas
échéant, par compensation, aux « autres ayants droit et [au défendeur] », à sa-
voir les bénéficiaires finaux des sommes consignées, et non au déposant de ces
sommes à la Caisse des dépôts et consignations.
3. En conséquence, l’arrêt, qui, sur la base des considérations qui précèdent,
décide que la demanderesse n’a pas droit au paiement des intérêts produits par
la somme consignée par elle auprès de la Caisse des dépôts et consignations, mé-
connaît, d’une part, la portée de la notion légale d’ayant droit au sens de l’arrêté
royal du 18 mars 1935 (violation des articles 1er, 7, 9, 11, 16 de l’arrêté royal n° 150
du 18 mars 1935, 14 et 22 de l’arrêté ministériel du 27 mars 1935), d’autre part, le
principe de l’unicité du patrimoine, auquel appartient la créance, en capital et
intérêts, née pour le déposant de la compensation des sommes auprès de la
Caisse des dépôts et consignations (violation des articles 7 et 8 de la loi hypo-
thécaire du 16 décembre 1851, avant sa modification par la loi du 22 novembre
2013).
III. LA DÉCISION DE LA COUR
L’article 8, alinéa 1er, de l’arrêté royal n° 150 du 18 mars 1935 coordon-
nant les lois relatives à l’organisation et au fonctionnement de la
Caisse des dépôts et consignations et y apportant des modifications en
vertu de la loi du 31 juillet 1934 dispose que tout dépôt doit être accom-
pagné d’une déclaration contenant toutes les indications nécessaires
pour mettre l’administration centrale de la caisse à même de constater
la destination des sommes ou valeurs déposées.
Aux termes de l’article 11, alinéa 1er, de cet arrêté royal, la Caisse des
dépôts et consignations ordonne la restitution des sommes ou valeurs
consignées dès que les pièces requises par les lois et règlements sur la
matière lui ont été fournies et qu’elle en a reconnu la validité.
En vertu de l’article 16 du même arrêté royal, la Caisse des dépôts et
consignations paye pour le compte du Trésor un intérêt aux ayants
droit de chaque somme consignée.
L’ayant droit, au sens de l’article 16 précité, est la personne à la-
quelle les sommes consignées doivent être versées sur la base des pièces
produites conformément à l’article 11, alinéa 1er, de l’arrêté royal du
18 mars 1935.
Le moyen, qui repose tout entier sur la considération que l’ayant
droit est nécessairement le déposant, manque en droit.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux dépens.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 923 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 240 - 3.4.15 PASICRISIE BELGE 923
Du 2 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Lemal. — Concl. conf. M. Leclercq, avocat général. —
Pl. Mme Grégoire et M. de Foestraets.
N° 240
1re CH. — 3 avril 2015
(RG C.13.0035.N)
1° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — DEMANDE DE RÉPARATION DE-
VANT LE JUGE CIVIL. — CODE JUDICIAIRE. — APPLICABILITÉ. — INTRODUCTION
DE LA DEMANDE DE RÉPARATION. — MODALITÉS.
2° DEMANDE EN JUSTICE. — URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. —
DEMANDE DE RÉPARATION DEVANT LE JUGE CIVIL. — CODE JUDICIAIRE. — AP-
PLICABILITÉ. — INTRODUCTION DE LA DEMANDE DE RÉPARATION. — MODALITÉS.
3° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — REMISE DES LIEUX DANS LEUR ÉTAT INITIAL. — DEMANDE DE
RÉPARATION. — CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA POLITIQUE DE RÉPARATION. — AVIS.
— PORTÉE.
4° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — DEMANDE DE RÉPARATION. —
INTRODUITE AVANT LE 16 DÉCEMBRE 2005 DEVANT LE JUGE PÉNAL. — DÉCLARA-
TION D’INCOMPÉTENCE. — À NOUVEAU INTRODUITE APRÈS LE 16 DÉCEMBRE 2005
DEVANT LE JUGE CIVIL. — CONDITION. — CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA POLITIQUE
DE RÉPARATION. — AVIS.
1° et 2° Les règles du Code judiciaire s’appliquent à la demande de réparation
devant le juge civil de sorte qu’elle est, en principe, portée devant le juge civil
au moyen d’une citation en vertu de l’article 700 du Code judiciaire. (Décret
du 18 mai 1999, art. 149, § 1er, al. 1er et 2, §§ 2 et 4, et 151 (1) ; C. jud.,
art. 700)
3° L’avis conforme préalable du Conseil supérieur de la politique de réparation
vaut à compter du 16 décembre 2005 comme une condition de recevabilité pour
les demandes de réparation qui sont introduites soit devant le juge civil soit
devant le juge pénal. (Décret du 18 mai 1999, art. 149, § 1er, al. 1er, et 198bis,
al. 1er (2))
(1) L’article 149, § 1er, al. 1er et 2, et § 4, du décret du 18 mai 1999, tel qu’il était appli-
cable avant sa modification par l’article 53, 1°, 2° et 7°, du décret du 27 mars 2009 adap-
tant et complétant la politique d’aménagement du territoire, des autorisations et du
maintien ; l’article 151 du décret du 18 mai 1999 tel qu’il était applicable avant sa modi-
fication par l’article 54 du décret du 27 mars 2009 adaptant et complétant la politique
d’aménagement du territoire, des autorisations et du maintien.
(2) L’article 149, § 1er, al. 1er, du décret du 18 mai 1999, tel qu’il était applicable avant
sa modification par l’article 53, 1°, du décret du 27 mars 2009 adaptant et complétant la
politique d’aménagement du territoire, des autorisations et du maintien ;
l’article 198bis du décret du 18 mai 1999 tel qu’il était applicable avant son abrogation
par l’article 62 du décret du 27 mars 2009 adaptant et complétant la politique d’aména-
gement du territoire, des autorisations et du maintien.
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924 PASICRISIE BELGE 3.4.15 - N° 240
4° Si l’autorité a d’abord introduit une demande de réparation avant le
16 décembre 2005 mais que le juge pénal s’est déclaré incompétent et qu’elle a
ensuite introduit une demande de réparation devant le juge civil après le
16 décembre 2005, un avis conformé préalable du Conseil supérieur de la po-
litique de réparation est requis en vertu de l’article 198bis, alinéa 1er, du dé-
cret du 18 mai 1999 ; la circonstance que l’objet de la demande de réparation
initiale soit identique à celui de la nouvelle demande de réparation n’y
change rien (1). (Décret du 18 mai 1999, art. 149, § 1er, et 198bis, al. 1er (2))
(INSPECTEUR URBANISTE DE LA RÉGION FLAMANDE C. S.A. INOCO)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 24 février
2012 par la cour d’appel d’Anvers.
L’avocat général Christian Vandewal a déposé des conclusions écrites
le 10 décembre 2014.
Le président de section Beatrijs Deconinck a fait rapport.
L’avocat général Christian Vandewal a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
1. En vertu de l’article 151 du décret du 18 mai 1999 portant organisa-
tion de l’aménagement du territoire, applicable au litige, l’inspecteur
de l’urbanisme et le collège des bourgmestre et échevins peuvent, éga-
lement devant le tribunal de première instance siégeant en matière ci-
vile, dans le ressort duquel les travaux, opérations ou modifications
visés à l’article 146 sont exécutés totalement ou partiellement, requé-
rir les mesures de réparation telles que définies à l’article 149, § 1er. Les
articles 149, § 1er, alinéa 2, §§ 3 et 4, et 150 sont d’application correspon-
dante.
Les règles du Code judiciaire s’appliquent à la demande de réparation
devant le juge civil de sorte que cette demande est, en règle, introduite
par citation devant le juge civil, conformément à l’article 700 du Code
judiciaire.
2. En vertu de l’article 149, § 1er, alinéa 1er, du décret du 18 mai 1999,
outre la peine, le tribunal peut ordonner de remettre le lieu en son état
initial ou de cesser l’utilisation contraire, et/ou d’exécuter des travaux
de construction ou d’adaptation et/ou de payer un montant égal à la
plus-value acquise par le bien suite à l’infraction. Ceci se fait sur re-
quête de l’inspecteur de l’urbanisme, ou du collège des bourgmestre et
échevins de la commune sur le territoire de laquelle les travaux, opéra-
(1) Voy. les concl. contraires du M.P. publiées à leur date dans A.C.
(2) Voy. note (2), p. 923.
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N° 240 - 3.4.15 PASICRISIE BELGE 925
tions ou modifications visés à l’article 146 ont été exécutés. Un avis
conforme préalable du conseil supérieur de la politique de réparation
est requis.
En vertu de l’alinéa 2 de cette disposition légale, l’avis du conseil su-
périeur de la politique de réparation doit être émis dans les 60 jours
après la demande d’avis envoyée par recommandé. Lorsque ce conseil
n’a pas émis d’avis dans le délai imposé, il peut être passé outre à l’obli-
gation de demande d’avis.
En vertu de l’article 149, § 2, du décret du 18 mai 1999, l’action en ré-
paration est introduite auprès du parquet par lettre ordinaire, au nom
de la Région flamande ou du collège des bourgmestre et échevins, par
les inspecteurs de l’urbanisme et par les préposés du collège des bourg-
mestre et échevins.
En vertu de l’article 149, § 4, du décret du 18 mai 1999, la requête men-
tionne au moins les prescriptions applicables et une description de la
situation préalable à l’infraction. Un extrait récent du registre des
plans doit être joint à la requête.
3. Il suit du rapprochement de ces dispositions que, préalablement à
toute action en réparation, l’avis conforme du conseil supérieur de la
politique de réparation doit être demandé, que l’action soit introduite
devant le juge civil ou devant le juge pénal.
L’avis conformé préalable du conseil supérieur de la politique de ré-
paration est une condition de recevabilité de l’action en réparation.
4. En vertu de l’article 198bis, alinéa 1er, du décret du 18 mai 1999, les
dispositions relatives à l’avis conforme du conseil supérieur de la poli-
tique de réparation, tel que visé à l’article 149, § 1er, et à l’article 153,
n’entrent en vigueur qu’après que le conseil a été créé et que le règle-
ment d’ordre intérieur a été approuvé.
Conformément à cette disposition, l’alinéa 1er de l’article 149, § 1er, du
décret du 18 mai 1999 entre en vigueur après la constitution du conseil
supérieur de la politique de réparation et l’approbation de son règle-
ment d’ordre intérieur. À partir de cette date, soit le 16 décembre 2005,
l’avis de ce conseil est requis pour les actions en réparation à intro-
duire par un inspecteur de l’urbanisme ou par le collège des bourg-
mestre et échevins.
L’avis conforme préalable du conseil supérieur de la politique de ré-
paration vaut à compter de cette date comme une condition de receva-
bilité pour les actions en réparation qui sont introduites soit devant le
juge civil soit devant le juge pénal.
5. En vertu de l’article 198bis, alinéa 2, du décret du 18 mai 1999, le
juge peut encore soumettre à l’avis conforme du conseil supérieur de la
politique de réparation des actions introduites pour des infractions da-
tant d’avant le 1er mai 2000 mais qui n’ont pas encore été soumises à
l’avis conforme de ce conseil.
Dans son arrêt n° 34/2007 du 7 mars 2007, la Cour constitutionnelle, ré-
pondant à une question préjudicielle, a décidé que l’article 198bis viole
les articles 10 et 11 de la Constitution en tant qu’il limite la possibilité
dont dispose le juge de demander l’avis du conseil supérieur de la poli-
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926 PASICRISIE BELGE 3.4.15 - N° 241
tique de réparation aux actions introduites pour des infractions datant
d’avant le 1er mai 2000.
Cette disposition concerne, dès lors, les actions en réparation qui
étaient déjà introduites au moment de l’entrée en vigueur de
l’article 149, § 1er, alinéa 1er, du décret du 18 mai 1999 et qui, dès lors,
n’avaient pas encore été soumises pour avis au conseil supérieur de la
politique de réparation. Dans ce cas, le juge n’est pas tenu de recueillir
l’avis de ce conseil.
6. Si l’autorité a dans un premier temps introduit une action en répa-
ration devant le juge pénal avant le 16 décembre 2005 mais que le juge
pénal s’est déclaré incompétent et qu’elle a ensuite introduit une ac-
tion en réparation devant le juge civil après le 16 décembre 2005, un avis
conforme préalable du conseil supérieur de la politique de réparation
est requis en vertu de l’article 198bis, alinéa 1er, du décret du 18 mai
1999.
La circonstance que l’objet de l’action en réparation initiale est iden-
tique à celui de la nouvelle action en réparation n’y fait pas obstacle.
Le moyen, qui est fondé sur le soutènement contraire, manque en
droit.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
Du 3 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Dirix, président de section. —
Rapp. M. Deconinck. — Concl. contr. M. Vandewal, avocat général. —
Pl. Mme Geinger.
N° 241
1re CH. — 3 avril 2015
(RG C.14.0064.N)
EXPROPRIATION POUR CAUSE D’UTILITÉ PUBLIQUE. — JUGE STA-
TUANT SUR L’ACTION EN RÉVISION. — CONSTATATION DE L’ILLÉGALITÉ DE
L’EXPROPRIATION. — CONSÉQUENCE. — TRANSFERT DE PROPRIÉTÉ. — EXPRO-
PRIÉ À NOUVEAU ENVOYÉ EN POSSESSION.
La constatation de l’illégalité de l’expropriation par le juge statuant sur l’ac-
tion en révision n’a pas automatiquement pour conséquence que le transfert
de propriété qui résulte de plein droit du jugement dans lequel le juge de paix
a constaté que toutes les conditions et formalités prescrites par la loi ont été
respectées, doit être considéré comme étant nul ou non avenu, lorsque l’ex-
proprié demande à être à nouveau envoyé en possession du bien exproprié à
tort ; le juge statuant sur l’action en révision peut, en effet, refuser si cet en-
voi en possession est impossible ou si la demande y afférente constituerait un
abus de droit (1). (L. du 26 juillet 1962, art. 7, al. 2, 8, al. 1er et 2, 14, al. 2,
et 16)
(1) Voy. les concl. du M.P. publiées à leur date dans A.C.
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N° 241 - 3.4.15 PASICRISIE BELGE 927
(RÉGIE COMMUNALE AUTONOME, STADSONTWIKKELING GENT
C. V. ET CRTS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 1er octobre
2013 par la cour d’appel de Gand.
L’avocat général Christian Vandewal a déposé des conclusions écrites
le 27 novembre 2014.
Le conseiller Koen Mestdagh a fait rapport.
L’avocat général Christian Vandewal a conclu.
II. LES MOYENS DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, la demanderesse présente deux moyens.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
1. En vertu de l’article 7, alinéa 2, de la loi du 26 juillet 1962 relative
à la procédure d’extrême urgence en matière d’expropriation pour
cause d’utilité publique, le juge de paix statue après avoir entendu les
observations des parties présentes, vérifié si l’action a été régulière-
ment intentée, si les formes prescrites par la loi ont été observées et si
le plan des emprises est applicable à la propriété dont l’expropriation
est poursuivie ; les défendeurs présents sont tenus, à peine de dé-
chéance, de proposer en une fois toutes les exceptions qu’ils croiraient
pouvoir opposer.
L’article 8, alinéa 1er, de la même loi dispose que, lorsque le juge fait
droit à la requête de l’expropriant, il fixe dans le même jugement, par
voie d’évaluation sommaire, le montant des indemnités provisionnelles
que l’expropriant versera, à titre global, à chacune des parties défende-
resses et reçues intervenantes.
Aux termes de l’alinéa 2, ce jugement n’est susceptible d’aucun
recours ; il est transcrit sur le registre du conservateur des hypo-
thèques compétent et produit, à l’égard des tiers, les mêmes effets que
la transcription d’un acte de cession.
En vertu de l’article 14, alinéa 2, de la loi du 26 juillet 1962, après avoir
entendu les parties présentes et l’expert, le juge détermine à titre pro-
visoire le montant des indemnités dues du chef de l’expropriation. Son
jugement qui est rendu au plus tard dans les trente jours du dépôt du
rapport n’est susceptible d’aucun recours.
L’article 16 de cette loi dispose que les indemnités provisoires al-
louées par le juge deviennent définitives si, dans les deux mois de la
date de l’envoi des documents, prévu à l’article 15, alinéa 2, aucune des
parties n’en a demandé la révision devant le tribunal de première ins-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 928 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
928 PASICRISIE BELGE 3.4.15 - N° 242
tance et que l’action en révision peut être également fondée sur l’irré-
gularité de l’expropriation.
2. La constatation de l’illégalité de l’expropriation par le jugement
en révision n’a pas automatiquement pour conséquence que le transfert
de propriété, qui résulte de plein droit du jugement constatant que
toutes les conditions et les formalités prescrites par la loi ont été ob-
servées, doit être considéré comme nul ou non avenu lorsque l’expro-
prié demande à être remis en possession du bien exproprié à tort.
Le jugement en révision peut, en effet, refuser la remise en possession
si elle est impossible ou si la demande de remise en possession consti-
tuerait un abus de droit.
3. Justifie légalement sa décision, l’arrêt qui considère qu’en décidant
que la procédure d’expropriation fondée sur la loi du 26 juillet 1962 était
inadmissible, le premier juge, contrairement à ce que soutenait la de-
manderesse, n’a pas décidé que le transfert de propriété résultant de
l’expropriation a été annulé ou doit être considéré comme nul et non
avenu, avec pour conséquence qu’ensuite de ce jugement du premier
juge, les défendeurs seraient redevenus propriétaires des biens expro-
priés.
Le moyen, qui est fondé sur un soutènement juridique différent,
manque en droit.
(…)
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux dépens.
Du 3 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Dirix, président de section. —
Rapp. M. Mestdagh. — Concl. conf. M. Vandewal, avocat général. —
Pl. M. van Eeckhoutte, Mme Geinger, M. Verbist et M. Vanlerberghe.
N° 242
1re CH. — 3 avril 2015
(RG C.14.0090.N)
COMMUNAUTÉ ET RÉGION. — RÉGIONS. — ACCORD DE COOPÉRATION. — LI-
TIGES. — JURIDICTION DE COOPÉRATION. — COMPÉTENCE. — LIMITE.
La juridiction de coopération qui doit être constituée, pour un accord de coo-
pération visé à l’article 92bis, § 2, de la loi spéciale de réformes institution-
nelles du 8 août 1980 est seulement compétente pour statuer sur les litiges nés
de l’interprétation ou de l’exécution dudit accord conclu entre les parties
contractantes ; cette compétence ne peut être étendue aux litiges qui naissent
à ce propos entre les personnes ou les institutions qui ne sont pas parties
contractantes à l’accord de coopération. (Const., art. 13, 144, 145 et 146 ;
L. spéciale du 8 août 1980, art. 92, § 1er, al. 1er, §§ 2 et 5 ; L. du 23 janvier
1989, art. 1er)
(S.A. WATERWEGEN EN ZEEKANAAL C. S.A. PORT DE BRUXELLES)
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N° 242 - 3.4.15 PASICRISIE BELGE 929
ARRÊT (traduction)
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 24 septembre
2013 par la cour d’appel de Bruxelles.
Le conseiller Alain Smetryns a fait rapport.
L’avocat général Christian Vandewal a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, la demanderesse présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
Quant à la première branche
1. En vertu de l’article 144, alinéa 1er, de la Constitution, les contes-
tations qui ont pour objet des droits civils sont exclusivement du res-
sort des tribunaux.
En vertu de l’article 145 de la Constitution, les contestations qui ont
pour objet des droits politiques sont du ressort des tribunaux, sauf les
exceptions établies par la loi.
En vertu de l’article 146 de la Constitution, nul tribunal, nulle juri-
diction contentieuse ne peut être établi qu’en vertu d’une loi. Il ne peut
être créé de commissions ni de tribunaux extraordinaires, sous quelque
dénomination que ce soit.
En vertu de l’article 13 de la Constitution, nul ne peut être distrait,
contre son gré, du juge que la loi lui assigne.
2. En vertu de l’article 92bis, § 1er, alinéa 1er, de la loi spéciale de ré-
formes institutionnelles du 8 août 1980, l’État, les Communautés et les
Régions peuvent conclure des accords de coopération qui portent no-
tamment sur la création et la gestion conjointes de services et institu-
tions communs, sur l’exercice conjoint de compétences propres, ou sur
le développement d’initiatives en commun.
En vertu de l’article 92bis, § 2, de cette même loi, les Régions
concluent en tout cas des accords de coopération pour le règlement des
questions relatives :
— à l’hydrologie et à la maîtrise des eaux, aux voies hydrauliques qui
dépassent les limites d’une Région, aux travaux à décider et mesures à
prendre par une Région, dont la mise en œuvre ou l’absence sont sus-
ceptibles de causer un dommage dans une autre Région ;
— aux tronçons de routes et aux biefs des voies hydrauliques qui dé-
passent les limites d’une Région et aux ports situés sur le territoire de
plus d’une Région.
En vertu de l’article 92bis, § 5, de cette même loi, les litiges entre les
parties contractantes aux accords prévus au § 2, nés de l’interprétation
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 930 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
930 PASICRISIE BELGE 3.4.15 - N° 243
ou de l’exécution de ces accords, sont tranchés par une juridiction or-
ganisée par la loi.
En vertu de l’article 1er de la loi du 23 janvier 1989 sur la juridiction
visée aux articles 92bis, § 5 et § 6, et 94, § 3, de la loi spéciale du 8 août
1980 de réformes institutionnelles, il est constitué, pour chaque accord
de coopération visé au § 2 de l’article 92bis de la loi spéciale du 8 août
1980 de réformes institutionnelles, une juridiction dénommée
« juridiction de coopération », seule compétente pour statuer sur les li-
tiges visés au § 5 de l’article 92bis précité.
3. Il ressort de ces dispositions que la juridiction de coopération, qui
doit être constituée en vertu de l’article 92bis, § 5, précité de la loi spé-
ciale du 8 août 1980 et de l’article 1er précité de la loi du 23 janvier 1989,
pour un accord de coopération visé à l’article 92bis, § 2, est seule com-
pétente pour statuer sur les litiges nés de l’interprétation ou de l’exé-
cution dudit accord conclu entre les parties contractantes et que cette
compétence ne peut être étendue aux litiges qui naissent à ce propos
entre les personnes ou les institutions qui ne sont pas parties contrac-
tantes à l’accord de coopération.
4. Les juges d’appel, qui ont constaté que l’accord de coopération re-
latif à la gestion et à l’exploitation du canal Bruxelles-Rupel a été
conclu le 17 décembre 1991 entre la Région flamande et la Région de
Bruxelles-Capitale, n’ont pu, dès lors, considérer légalement que seule
la juridiction de coopération était compétente pour connaître dudit li-
tige né entre des personnes morales distinctes des parties contrac-
tantes.
Le moyen, en cette branche, est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
cassé ;
Réserve les dépens pour qu’il soit statué sur ceux-ci par le juge du
fond ;
Renvoie la cause devant la cour d’appel d’Anvers.
Du 3 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Dirix, président de section. —
Rapp. M. Smetryns. — Concl. conf. M. Vandewal, avocat général. —
Pl. Mme Geinger et M. Verbist.
N° 243
1re CH. — 3 avril 2015
(RG C.14.0267.N)
1° COMMUNAUTÉ ET RÉGION. — RÉGION FLAMANDE. — URBANISME. —
REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — DEMANDE EN RÉPARATION. — EXÉCUTION. — AS-
TREINTE. — INSPECTEUR URBANISTE. — QUALITÉ.
2° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — REMISE EN ÉTAT DES LIEU. — DEMANDE DE RÉPARATION. —
EXÉCUTION. — ASTREINTE. — INSPECTEUR URBANISTE. — QUALITÉ.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 931 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 243 - 3.4.15 PASICRISIE BELGE 931
1° et 2° L’inspecteur urbaniste agit au nom de la Région flamande tant lors de
la demande d’une mesure de réparation que lorsque la mesure de réparation
demandée et les astreintes dues sont exécutées, sans que, dans le cadre d’une
exécution forcée, il doive expressément le mentionner dans son exploit de si-
gnification (1). (Code flamand de l’aménagement du territoire,
art. 6.1.41, § 1er, al. 1er, §§ 3 et 4, et 6.1.46)
(C. C. INSPECTEUR URBANISTE COMPÉTENT POUR
LE TERRITOIRE DE LA PROVINCE D’ANVERS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 12 février
2014 par la cour d’appel d’Anvers.
L’avocat général Christian Vandewal a déposé des conclusions écrites
le 10 décembre 2014.
Le président de section Beatrijs Deconinck a fait rapport.
L’avocat général Christian Vandewal a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
1. En vertu de l’article 6.1.41, § 1er, alinéa 1er, du Code flamand de
l’aménagement du territoire, outre la peine, le tribunal peut ordonner
de remettre le lieu en son état initial ou de cesser l’utilisation
contraire, et/ou d’exécuter des travaux de construction ou d’adaptation
et/ou de payer une amende égale à la plus-value acquise par le bien
suite à l’infraction. Ceci se fait à la requête de l’inspecteur urbaniste
ou du collège des bourgmestre et échevins de la commune sur le terri-
toire de laquelle les travaux, les actes ou les modifications visés à
l’article 6.1.1 ont été exécutés.
En vertu du paragraphe 3 dudit article 6.1.41, le tribunal fixe un délai
pour l’exécution des mesures de réparation et à la requête de l’inspec-
teur urbaniste ou du collège des bourgmestre et échevins, il peut éga-
lement fixer une astreinte.
En vertu du paragraphe 4 de cet article, l’action en réparation est in-
troduite auprès du parquet par les inspecteurs urbanistes et les prépo-
sés du collège des bourgmestre et échevins à l’aide d’une simple lettre
rédigée au nom de la Région flamande ou du collège des bourgmestre et
échevins.
2. En vertu de l’article 6.1.46 du Code flamand de l’aménagement du
territoire, lorsque le lieu n’a pas été remis en état dans le délai fixé par
(1) Voy. les concl. du M.P. publiées à leur date dans A.C.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 932 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
932 PASICRISIE BELGE 8.4.15 - N° 244
le tribunal, qu’il n’a pas été mis fin dans le délai fixé à l’utilisation
contraire ou que les travaux de construction ou d’adaptation n’ont pas
été exécutés dans ce délai, le jugement ordonne que l’inspecteur urba-
niste, le collège des bourgmestre et échevins et, le cas échéant, la par-
tie civile peuvent procéder d’office à l’exécution.
3. Il ressort de la combinaison de ces dispositions légales que l’inspec-
teur urbaniste agit au nom de la Région flamande tant lors de la de-
mande d’une mesure de réparation que lors de l’exécution de la mesure
de réparation ordonnée et des astreintes dues, sans que, dans le cadre
d’une exécution forcée, il doive expressément le mentionner dans son
exploit de signification.
4. Le moyen, qui, en ses deux branches, est fondé sur la considération
que l’inspecteur urbaniste n’agit au nom de la Région flamande lors de
l’exécution des astreintes dues, que s’il le mentionne expressément
dans l’exploit de signification, manque en droit.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
Du 3 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Dirix, président de section. —
Rapp. M. Deconinck. — Concl. conf. M. Vandewal, avocat général. —
Pl. M. Maes et Mme Geinger.
N° 244
2e CH.— 8 avril 2015
(RG P.15.0498.N)
1° MINISTÈRE PUBLIC. — ACTION PUBLIQUE. — EXERCICE. — PARQUET
AUTRE QUE CELUI DE LA NOMINATION À TITRE PRINCIPAL. — DÉSIGNATION PAR
LE CHEF DE CORPS. — INTERVENTION.
2° TRIBUNAUX. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PUBLIQUE. — EXER-
CICE. — PARQUET AUTRE QUE CELUI DE LA NOMINATION À TITRE PRINCIPAL. —
DÉSIGNATION PAR LE CHEF DE CORPS. — INTERVENTION.
3° ACTION PUBLIQUE. — EXERCICE. — PARQUET AUTRE QUE CELUI DE LA NO-
MINATION À TITRE PRINCIPAL. — DÉSIGNATION PAR LE CHEF DE CORPS. — INTER-
VENTION.
1°, 2° et 3° La désignation en application de l’article 100, § 2, du Code judi-
ciaire est une question interne pour les chefs de corps concernés ; l’interven-
tion d’un substitut visé par cette disposition dans un parquet autre que celui
dans le cadre du personnel duquel il est nommé à titre principal implique
qu’il y est désigné conformément à l’article 100, § 2 , du Code judiciaire ; il
n’appartient pas au juge d’examiner cette désignation (1).
(1) La cause dont est saisie la Cour concerne l’intervention d’un magistrat du
ministère public. La procédure de désignation de l’article 100 du Code judiciaire est
cependant également applicable aux magistrats du siège. La règle de cet arrêt est ainsi
mutatis mutandis applicable à ces derniers.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 933 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 244 - 8.4.15 PASICRISIE BELGE 933
(S.)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 26 mars 2015 par la cour
d’appel de Bruxelles, chambre des mises en accusation.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Peter Hoet a fait rapport.
L’avocat général Henri Vanderlinden a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
1. Le moyen invoque la violation des articles 149 de la Constitution,
16, § 1er et § 5, 21 de la loi du 20 juillet 1990 relative à la détention pré-
ventive, 137, 138 et 150 du Code judiciaire : l’arrêt décide, à tort, que les
membres du parquet de Bruxelles et de Vilvorde étaient compétents
pour requérir de concert devant le tribunal néerlandophone de première
instance de Bruxelles, dans des causes relatives à des faits commis dans
quel que soit l’un des deux arrondissements ; la circonstances que les
deux parquets peuvent intervenir devant le tribunal néerlandophone de
première instance de Bruxelles ne permet pas de déduire qu’ils peuvent
requérir dans des causes qui ressortissent à leur compétence territo-
riale exclusive respective ; il y a lieu d’annuler l’ordonnance dont appel
du 12 mars 2015 qui a donné suite au réquisitoire oral du procureur du
Roi de Hal Vilvorde territorialement compétent ; il ne ressort d’aucune
considération de l’ordonnance dont appel que le lieu de résidence du de-
mandeur serait mis en doute ; ce lieu de résidence est indiqué sans au-
cune réserve dans l’énoncé de l’identité du demandeur tant dans le
mandat d’arrêt et dans les réquisitions écrites du procureur général
près la cour d’appel que dans l’arrêt ; ce lieu de résidence est également
confirmé dans l’audition de l’amie du demandeur ; en faisant référence
au doute quant au lieu de résidence du demandeur dans l’ordonnance
dont appel, l’arrêt viole l’article 149 de la Constitution.
2. L’article 149 de la Constitution n’est pas applicable en matière de
détention préventive.
Dans cette mesure, le moyen manque en droit.
3. Selon l’article 100, § 4, alinéa 2, du Code judiciaire, les substituts
nommés au parquet du procureur du Roi de Hal-Vilvorde sont nommés
à titre subsidiaire au parquet du procureur du Roi de Bruxelles et de
Louvain.
Selon l’article 100, § 5, du Code judiciaire, la désignation d’un substi-
tut visé au paragraphe 4 en dehors du parquet dans le cadre du person-
nel duquel il est nommé à titre principal est réglée conformément au
paragraphe 2.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 934 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
934 PASICRISIE BELGE 13.4.15 - N° 245
L’article 100, § 2, du Code judiciaire règle la procédure de désignation
d’un substitut en dehors du parquet dans le cadre du personnel duquel
il est nommé à titre principal.
4. La désignation en application de l’article 100, § 2, du Code judiciaire
est une question interne prise par les chefs de corps concernés.
L’intervention d’un substitut visé par cette disposition dans un par-
quet autre que celui dans le cadre du personnel duquel il est nommé à
titre principal implique qu’il y est désigné conformément à
l’article 100, § 2, du Code judiciaire.
Il n’appartient pas au juge d’examiner cette désignation.
Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
5. L’arrêt a constaté que le maintien de la détention préventive a été
requise par un membre du parquet, non de Bruxelles mais de Hal Vil-
vorde et que les deux parquets sont compétents pour requérir devant la
chambre du conseil du tribunal néerlandophone de première instance
de Bruxelles.
Par ces motifs, l’arrêt justifie légalement la décision selon laquelle
la procédure est régulière.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
6. Dans la mesure où, pour le surplus, il conteste la constatation du
lieu de résidence du demandeur et soulève donc le risque d’un dessaisis-
sement, sans critiquer les autres circonstances relevées par l’arrêt
telles que visées à l’article 16, § 1er, alinéa 4, de la loi du 20 juillet 1990,
le moyen ne saurait entraîner la cassation et est, par conséquent, irre-
cevable.
Le contrôle d’office
7. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 8 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Steffens, conseiller ff. de président.
— Rapp. M. Hoet. — Concl. conf. M. Vanderlinden, avocat général. —
Pl. M. Tytgat, du barreau de Bruxelles.
N° 245
3e CH. — 13 avril 2015
(RG S.14.0023.N)
1° CONTRAT DE TRAVAIL. — NOTION. ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS.
FORME. — FORME. — TRAVAIL À DOMICILE. — REMBOURSEMENT DES FRAIS
LIÉS AU TRAVAIL À DOMICILE. — ABSENCE D’ÉCRIT. — CONSÉQUENCE.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 935 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 245 - 13.4.15 PASICRISIE BELGE 935
2° CONTRAT DE TRAVAIL. — OBLIGATIONS. — TRAVAIL À DOMICILE. —
REMBOURSEMENT DES FRAIS LIÉS AU TRAVAIL À DOMICILE. — CARACTÈRE FOR-
FAITAIRE. — DISPENSE DE PRESTATIONS. — CONSÉQUENCE.
3° CONTRAT DE TRAVAIL. — OBLIGATIONS. — TRAVAIL À DOMICILE. —
REMBOURSEMENT DES FRAIS LIÉS AU TRAVAIL À DOMICILE. — NATURE. —
CONSÉQUENCE.
4° RÉMUNÉRATION. — PROTECTION. — TRAVAIL À DOMICILE. — REMBOUR-
SEMENT DES FRAIS LIÉS AU TRAVAIL À DOMICILE. — NATURE. — CONSÉQUENCE.
5° INTÉRÊTS. — INTÉRÊTS JUDICIAIRES. — DEMANDE D’INTÉRÊTS COMPEN-
SATOIRES OU MORATOIRES JUSQU’À LA DATE DU PAIEMENT. — CONSÉQUENCE.
6° INTÉRÊTS. — INTÉRÊTS MORATOIRES. — INTÉRÊTS JUDICIAIRES. — DE-
MANDE D’INTÉRÊTS COMPENSATOIRES OU MORATOIRES JUSQU’À LA DATE DU PAIE-
MENT. — CONSÉQUENCE.
7° INTÉRÊTS. — INTÉRÊTS COMPENSATOIRES. — INTÉRÊTS JUDICIAIRES.
— DEMANDE D’INTÉRÊTS COMPENSATOIRES OU MORATOIRES JUSQU’À LA DATE DU
PAIEMENT. — CONSÉQUENCE.
1° Il résulte de la lecture combinée des articles 119.4, § 1er et § 2, 4°, 119.5 et
119.6 de la loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail qu’à défaut
d’écrit, le travailleur à domicile pourra à tout moment mettre fin au contrat
de travail sans préavis ni indemnité et que l’employeur sera en outre rede-
vable du forfait visé à l’article 119.6.
2° Il résulte du caractère forfaitaire de l’indemnité mentionnée à l’article 119.6
de la loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail que le travailleur lié
par un contrat de travail à domicile est présumé faire effectivement des frais
qui peuvent s’échelonner au cours d’une période où il est dispensé de presta-
tions.
3° et 4° Étant à charge de l’employeur, le remboursement des frais visé aux
articles 119.4 et 119.6 de la loi du 3 juillet 1978 constitue dès lors un avantage
évaluable en argent auquel le travailleur a droit à charge de l’employeur en
raison de son engagement et par conséquent une rémunération au sens des
articles 2 et 10 de la loi du 12 avril 1965 concernant la protection de la rému-
nération des travailleurs.
5°, 6° et 7° Les intérêts judiciaires sont les intérêts compensatoires ou mora-
toires que le juge octroie à partir de l’acte introductif d’instance jusqu’au
moment du paiement de la somme en principal ; il ressort des pièces aux-
quelles la Cour peut avoir égard que le défendeur demandait devant les juges
d’appel le paiement d’un remboursement de frais « à majorer du taux d’inté-
rêt légal » à partir des échéances respectives des paiements ; le défendeur de-
mande ainsi des intérêts jusqu’à la date du paiement et donc également des
intérêts judiciaires.
(S.A. AG INSURANCE C. M.)
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 936 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
936 PASICRISIE BELGE 13.4.15 - N° 245
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 14 juin 2013 par la cour
du travail de Gand.
Le conseiller Antoine Lievens a fait rapport.
L’avocat général Henri Vanderlinden a conclu.
II. LES MOYENS DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, la demanderesse présente quatre moyens.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
1. En vertu de l’article 119.4, § 1er, de la loi du 3 juillet 1978 relative
aux contrats de travail, le contrat d’occupation de travailleur à domi-
cile doit être constaté par écrit pour chaque travailleur individuelle-
ment au plus tard au moment où le travailleur commence l’exécution
de son contrat.
2. En vertu de l’article 119.4, § 2, 4°, de la loi du 3 juillet 1978, cet écrit
doit mentionner le remboursement des frais inhérents au travail à do-
micile.
En vertu de l’article 119.5 de la loi du 3 juillet 1978, à défaut d’écrit
conforme aux prescriptions de l’article 119.4. sauf le § 2, 4°, le travail-
leur à domicile pourra à tout moment mettre fin au contrat de travail
sans préavis ni indemnité.
En vertu de l’article 119.6 de la loi du 3 juillet 1978, à défaut de la men-
tion visée à l’article 119.4, § 2, 4°, et à défaut de convention collective
de travail conclue conformément à la loi du 5 décembre 1968 sur les
conventions collectives de travail et les commissions paritaires réglant
cette matière, un forfait de 10 p.c. de la rémunération sera dû au titre
de remboursement des frais inhérents au travail à domicile, à moins
que le travailleur prouve à l’aide de pièces justificatives que les frais
réels sont supérieurs à 10 p.c. de la « rémunération ».
3. Il résulte de la lecture combinée de ces dispositions qu’à défaut
d’écrit, le travailleur à domicile pourra à tout moment mettre fin au
contrat de travail sans préavis ni indemnité et que l’employeur sera en
outre redevable du forfait visé à l’article 119.6.
Le moyen, qui repose sur un soutènement juridique différent, manque
en droit.
Sur le deuxième moyen
4. En vertu de l’article 119.6 de la loi du 3 juillet 1978, à défaut de la
mention visée à l’article 119.4, § 2, 4°, et à défaut de convention collec-
tive de travail conclue conformément à la loi du 5 décembre 1968 sur les
conventions collectives de travail et les commissions paritaires réglant
cette matière, un forfait de 10 p.c. de la rémunération sera dû au titre
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 937 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 245 - 13.4.15 PASICRISIE BELGE 937
de remboursement des frais inhérents au travail à domicile, à moins
que le travailleur prouve à l’aide de pièces justificatives que les frais
réels sont supérieurs à 10 p.c. de la « rémunération ».
5. Il résulte du caractère forfaitaire de l’indemnité mentionnée dans
cette disposition légale que le travailleur lié par un contrat de travail
à domicile est présumé faire effectivement des frais qui peuvent s’éche-
lonner au cours d’une période où il est dispensé de prestations.
Le moyen, qui suppose que le travailleur ne fait pas de frais dans une
période où il est dispensé de prestations, ne peut être accueilli.
Sur le troisième moyen
6. En vertu de l’article 10 de la loi du 12 avril 1965 concernant la pro-
tection de la rémunération des travailleurs, la rémunération porte in-
térêt de plein droit à dater de son exigibilité. En vertu de l’article 2,
alinéa 1er, 3°, de la loi du 12 avril 1965, cette loi entend par rémunération
les avantages évaluables en argent auxquels le travailleur a droit à
charge de l’employeur en raison de son engagement.
7. Étant à charge de l’employeur, le remboursement des frais visé aux
articles 119.4 et 119.6 de la loi du 3 juillet 1978 constitue dès lors un
avantage évaluable en argent auquel le travailleur a droit à charge de
l’employeur en raison de son engagement et par conséquent une rému-
nération au sens des articles 2 et 10 de la loi du 12 avril 1965.
Le moyen, qui repose sur un soutènement juridique différent, manque
en droit.
Sur le quatrième moyen
8. Les intérêts judiciaires sont les intérêts compensatoires ou mora-
toires que le juge octroie à partir de l’acte introductif d’instance
jusqu’au moment du paiement de la somme en principal.
Il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que le défen-
deur demandait devant les juges d’appel le paiement d’un rembourse-
ment de frais « à majorer du taux d’intérêt légal » à partir des
échéances respectives des paiements.
Le défendeur demande ainsi des intérêts jusqu’à la date du paiement
et donc également des intérêts judiciaires.
En accordant des intérêts judiciaires, l’arrêt n’a pas octroyé des in-
térêts qui n’avaient pas été demandés.
Le moyen ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux dépens.
Du 13 avril 2015. — 3e ch. — Prés. M. Dirix, président de section. —
Rapp. M. Lievens. — Concl. conf. M. Vanderlinden, avocat général. —
Pl. M. van Eeckhoutte et Mme Geinger.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 938 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
938 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 246
N° 246
2e CH. — 14 avril 2015
(P.12.1249.N)
1° POURVOI EN CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DÉLAIS DANS
LESQUELS IL FAUT SE POURVOIR OU SIGNIFIER LE POURVOI. — DIVERS. — TIERCE
OPPOSITION. — POURVOI EN CASSATION INTRODUIT PAR UN DEMANDEUR TIERS OP-
POSANT. — DÉFAUT DE NOTIFICATION. — RECEVABILITÉ.
2° URBANISME. — PERMIS DE BÂTIR. — CODE FLAMAND DE L’AMÉNAGEMENT
DU TERRITOIRE. — CHAMP D’APPLICATION. — CONSTRUCTIONS RÉPUTÉES AUTO-
RISÉES. — PREMIÈRE DATE DE L’ENTRÉE EN VIGUEUR DU PLAN RÉGIONAL. — NO-
TION.
3° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — QUALIFICATION DE PEINE AU
er
SENS DE L’ARTICLE 6, § 1 , DE LA CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS DE
L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — CONSÉQUENCE. — APPLICATION
EN CAS DE DÉPASSEMENT DU DÉLAI RAISONNABLE.
4° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — URBANISME. — REMISE DES LIEUX EN LEUR ÉTAT INITIAL. —
PEINE. — CONSÉQUENCE. — APPLICATION EN CAS DE DÉPASSEMENT DU DÉLAI
RAISONNABLE.
5° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — DEMANDE DE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — CONSTATATION
DU DÉPASSEMENT DU DÉLAI RAISONNABLE. — CONSÉQUENCE.
6° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 13. —
URBANISME. — DEMANDE DE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — CONSTATATION DU
DÉPASSEMENT DU DÉLAI RAISONNABLE. — CONSÉQUENCE.
7° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — URBANISME. — DEMANDE DE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. —
CONSTATATION DU DÉPASSEMENT DU DÉLAI RAISONNABLE. — CONSÉQUENCE.
1° Le défaut de notification par un demandeur tiers opposant de son pourvoi
aux parties contre lesquelles il est dirigé ne peut être sanctionné par l’irrece-
vabilité dudit pourvoi (1).
2° Il ne résulte ni du texte de l’article 4.2.14, § 2, du Code flamand de l’aména-
gement du territoire, ni de la genèse de cette disposition que le pouvoir dé-
crétal avait l’intention de prendre en considération comme première date
d’entrée en vigueur du plan régional au sens de cette disposition une date
autre que le quinzième jour suivant la publication de l’arrêté royal établis-
sant définitivement le plan régional.
(1) C. const. 17 juillet 2014, n° 108/2014.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 939 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 246 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 939
3° et 4° La constatation qu’une remise en état des lieux constitue une peine
au sens des articles 6.1 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales, a seulement pour effet que les garanties of-
fertes par cette disposition doivent être observées, de sorte que, même s’il
constate le dépassement du délai raisonnable, le juge pénal peut toujours or-
donner cette remise en état dans le but de mettre fin aux conséquences de
l’infraction en matière d’urbanisme et d’éviter qu’un avantage puisse encore
être tiré de l’infraction commise (1).
5°, 6° et 7° L’article 13 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales n’implique pas que, lorsque le juge constate le
dépassement du délai raisonnable prévu à l’article 6.1 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la compen-
sation consiste obligatoirement en l’extinction de l’action tendant à la remise
en état des lieux (2).
(A.S.B.L. UNITED WESTERN OF THE WORLD
C. INSPECTEUR URBANISTE RÉGIONAL ET CRTS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 4 juin 2012 par la cour
d’appel de Bruxelles, chambre correctionnelle.
La demanderesse invoque un moyen dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Filip Van Volsem a fait rapport.
L’avocat général Marc Timperman a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur la recevabilité du pourvoi
1. Le défendeur 1 allègue, dans le mémoire en réponse, que le pourvoi
formé par la demanderesse contre l’arrêt ayant déclaré non fondée sa
tierce opposition, est irrecevable parce qu’il n’a pas été notifié au mi-
nistère public et à toutes les parties contre lequel il est dirigé, dont le
défendeur 1, ainsi qu’il est pourtant requis conformément aux
articles 417 et 418 du Code d’instruction criminelle, tels qu’applicables
en l’espèce.
2. À l’audience du 21 mai 2013, l’avocat général a également opposé
une fin de non-recevoir au pourvoi de la demanderesse, en raison du dé-
faut de notification aux parties contre lequel il est dirigé.
3. Par arrêt du 11 juin 2013, la Cour a soumis à la Cour constitution-
nelle, à la demande de la demanderesse, la question préjudicielle
suivante : « L’article 418, alinéa 1er, du Code d’instruction criminelle,
combiné avec l’article 420bis du même Code, viole-t-il les articles 10 et
11 de la Constitution, dans l’interprétation selon laquelle il impose
(1) Cass. 6 janvier 2009, RG P.08.0674.N, Pas. 2009, n° 7.
(2) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 940 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
940 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 246
au tiers opposant l’obligation de procéder, dans le délai visé à
l’article 420bis, à la notification du pourvoi en cassation à la partie
contre laquelle celui-ci est dirigé et au dépôt des pièces d’où appert
cette notification, et ce, à peine d’irrecevabilité du pourvoi, alors qu’il
n’existe d’obligation analogue ni pour l’inculpé ni pour la partie civile
qui se pourvoient en cassation ? »
4. Par arrêt n° 108/2014 du 17 juillet 2014, la Cour constitutionnelle a
répondu à cette question préjudicielle ainsi qu’il suit : « L’article 418,
alinéa 1er, du Code d’instruction criminelle viole les articles 10 et 11 de
la Constitution dans l’interprétation selon laquelle le tiers opposant
est obligé de notifier son pourvoi en cassation, sous peine d’irrecevabi-
lité, à toutes les parties contre lesquelles il est dirigé, alors que cette
obligation n’existe ni pour l’inculpé, ni pour la partie civile ».
5. Il résulte de la réponse fournie par la Cour constitutionnelle que le
défaut de notification par un demandeur tiers opposant de son pourvoi
aux parties contre lesquelles il est dirigé ne peut être sanctionné par
une fin de non-recevoir dudit pourvoi.
La fin de non-recevoir du pourvoi est rejetée.
Sur le moyen
(…)
Quant à la deuxième branche
11. Le moyen, en cette branche, invoque la violation des articles 149,
159, 190 de la Constitution, 10 de la loi du 29 mars 1962 organique de
l’aménagement du territoire et de l’urbanisme et 4.2.14, § 2, du Code fla-
mand de l’aménagement du territoire : dans son appréciation du carac-
tère réputé autorisé selon l’article 4.2.14, 2, l’arrêt tient exclusivement
compte, à tort, de la publication le 5 mai 1977 au Moniteur belge du plan
régional ; l’arrêt aurait également dû, pour déterminer la première en-
trée en vigueur du plan régional, tenir compte de la date de l’enquête
obligatoire à la commune sur le territoire concerné ; par conséquent,
la présomption réfragable du caractère autorisé était valable jusqu’au
23 mars 1994, à tout le moins jusqu’au 23 février 1994.
12. L’article 4.2.14, § 2, du Code flamand de l’aménagement du terri-
toire dispose que les constructions existantes, dont il a été démontré
par un quelconque élément de preuve autorisé en droit qu’elles ont été
édifiées dans la période allant du 22 avril 1962 à la première entrée en
vigueur du plan régional dans le cadre duquel elles s’inscrivent, sont ré-
putées autorisées pour l’application du présent Code, sauf si la preuve
contraire visée audit paragraphe en est apportée.
13. Il ne résulte ni des termes de l’article 4.2.14, § 2, du Code flamand
de l’aménagement du territoire, ni de la genèse de cette disposition que
le pouvoir décrétal avait l’intention de prendre en considération
comme première date d’entrée en vigueur du plan régional au sens de
cette disposition une date autre que le quinzième jour suivant la publi-
cation au Moniteur belge de l’arrêté royal établissant définitivement le
plan régional.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 941 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 247 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 941
Le moyen qui, en cette branche, est déduit d’une autre prémisse juri-
dique, manque en droit.
Quant à la troisième branche
14. Le moyen, en cette branche, invoque la violation des articles 6 de
la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fon-
damentales et 159 de la Constitution : l’arrêt accueille, à tort, l’action
en réparation ; eu égard à la violation du délai raisonnable constatée
par l’arrêt, l’arrêt ne pouvait plus accueillir cette action en le faisant
néanmoins, l’arrêt n’accorde pas à la demanderesse une réparation en
droit adéquate.
15. La constatation qu’une remise en état des lieux constitue une
peine au sens de l’article 6.1 de la Convention de sauvegarde des droits
de l’homme et des libertés fondamentales, a seulement pour effet que
les garanties offertes par cette disposition doivent être observées.
Même s’il constate le dépassement du délai raisonnable, le juge pénal
peut toujours ordonner cette remise en état dans le but de mettre fin
aux conséquences de l’infraction en matière d’urbanisme et d’éviter
qu’un avantage puisse encore être tiré de l’infraction commise.
L’article 13 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et
des libertés fondamentales n’implique pas que, lorsque le juge constate
le dépassement du délai raisonnable prévu à l’article 6.1 de cette même
convention, la réparation consiste obligatoirement en la déchéance de
l’action tendant à la remise en état des lieux.
Le moyen qui, en cette branche, est déduit d’une autre prémisse juri-
dique, manque en droit.
(…)
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux frais.
Du 14 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Van Volsem. — Concl. conf. M. Timperman, avocat
général. — Pl. M. Goris, du barreau de Louvain, et Mme Geinger.
N° 247
2e CH. — 14 avril 2015
(RG P.13.1108.N)
1° CASSATION. — DE LA COMPÉTENCE DE LA COUR DE CASSATION. —
DIVERS. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — JUGE DU FOND. — MOTIVATION DE LA
PEINE. — ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES. — CONSTATATION. — EXTRAIT DU CASIER
JUDICIAIRE.
2° PEINE. — DIVERS. — MOTIVATION. — ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES. —
CONSTATATION. — COMPÉTENCE DE LA COUR.
3° MOTIFS DES JUGEMENTS ET ARRÊTS. — PAS DE CONCLUSIONS. —
MATIÈRE RÉPRESSIVE (Y COMPRIS LES BOISSONS SPIRITUEUSES ET LES DOUANES
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 942 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
942 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 247
ET ACCISES). — PEINE. — MOTIVATION FONDÉE SUR UNE CONDAMNATION EFFA-
CÉE. — CONSÉQUENCE.
1° et 2° Lorsque, pour apprécier la peine à infliger, les juges d’appel se réfèrent
aux antécédents pénaux du demandeur et que le moyen invoque que l’extrait
du casier judiciaire du demandeur révèle qu’il n’a été condamné qu’à des
peines de police par un jugement effacé à l’heure du prononcé, la Cour peut
avoir égard à ces pièces (1).
3° Les juges d’appel qui ont fondé la fixation de la peine infligée sur une
condamnation effacée n’ont pas justifié légalement leur décision. (C.I.cr.,
art. 619, al. 1er, 620 et 634)
(B. ET CRTS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un jugement rendu le 6 mai 2013 par
le tribunal correctionnel d’Anvers, statuant en degré d’appel.
Le demandeur 1 invoque un moyen dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt.
La demanderesse 2 ne présente aucun moyen.
Le président de section Luc Van hoogenbemt a fait rapport.
L’avocat général Marc Timperman a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
1. Le moyen invoque la violation des articles 619 et 620 du Code d’ins-
truction criminelle : dans leur appréciation de la peine infligée au de-
mandeur 1, les juges d’appel se sont référés à ses antécédents
judiciaires ; il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard,
plus précisément de l’extrait du casier judiciaire du demandeur 1, qu’il
n’a été condamné qu’à des peines de police par un jugement définitif
rendu le 3 décembre 2009 par le tribunal de police d’Anvers ; conformé-
ment à l’article 619, alinéa 1er, du Code d’instruction criminelle, cette
condamnation avait été effacée à l’heure du prononcé du jugement
attaqué ; les juges d’appel qui se sont référés à des condamnations effa-
cées pour fixer le taux de la peine n’ont pas justifié légalement leur dé-
cision.
2. En vertu de l’article 619, alinéa 1er, du Code d’instruction crimi-
nelle, les condamnations à des peines de police sont effacées après un
délai de trois ans à compter de la décision judiciaire définitive qui les
prononce.
L’article 620 de ce même Code dispose que l’effacement des condam-
nations produit les effets de la réhabilitation, de sorte qu’en vertu de
(1) Contra : Cass. 19 octobre 2005, RG P.05.1041.F, Pas. 2005, n° 523, avec concl. de
M. VANDERMEERSCH, avocat général.
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N° 247 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 943
l’article 634 dudit Code, la condamnation effacée ne peut servir de fon-
dement pour la fixation du choix et du taux de la peine.
3. Le jugement attaqué condamne le demandeur du chef d’infraction
à l’article 67ter de la loi du 16 mars 1968 relative à la police de la circu-
lation routière à une amende de 200 euros, majorée de 45 décimes addi-
tionnels, ou à une déchéance subsidiaire du droit de conduire pendant
30 jours, compte tenu de « la nature et la gravité des faits respectifs et
des antécédents pénaux du (demandeur 1) ».
4. Il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que le de-
mandeur 1 a été condamné par le jugement du tribunal de police
d’Anvers rendu le 3 décembre 2009, à savoir plus de trois avant la déci-
sion attaquée, à trois peines de police du chef d’infractions respective-
ment aux articles 8.4, 35.1.1, alinéa 1er, et 59.1 du Code de la route.
Les juges d’appel qui ont fondé la fixation de la peine infligée au de-
mandeur 1 sur une condamnation effacée n’ont pas justifié légalement
leur décision.
Le moyen est fondé.
Le contrôle d’office des décisions rendues sur l’action publique
5. L’illégalité de la peine infligée au demandeur 1 ou de sa motivation
n’entache pas la légalité de sa déclaration de culpabilité.
En ce qui concerne la déclaration de culpabilité du demandeur 1, les
formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été obser-
vées et la décision concernant le demandeur 1 est conforme à la loi.
6. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision concernant la demanderesse 2 est conforme
à la loi.
Par ces motifs, la Cour casse le jugement attaqué, en tant qu’il
condamne le demandeur 1 à une peine et au paiement d’une contribu-
tion au Fonds spécial pour l’aide aux victimes d’actes intentionnels de
violence ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge du juge-
ment partiellement cassé ;
Rejette le pourvoi du demandeur 1 pour le surplus ;
Rejette le pourvoi de la demanderesse 2 ;
Condamne le demandeur 1 à la moitié des frais de son pourvoi et laisse
l’autre moitié à charge de l’État ;
Condamne la demanderesse 2 aux frais de son pourvoi ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, au tribunal correctionnel d’Anvers,
siégeant en degré d’appel, autrement composé.
Du 14 avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Van hoogenbemt,
président de section. — Concl. conf. M. Timperman, avocat général. —
Pl. M. Verbist.
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944 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 248
N° 248
2e CH.— 14 avril 2015
(RG P.14.0337.N)
1° MANDAT D’ARRÊT EUROPÉEN. — MANDAT D’ARRÊT FONDÉ SUR
UNE CONDAMNATION PRONONCÉE PAR DÉFAUT. — SIGNIFICATION DE
L’ARRÊT N’AYANT PAS ÉTÉ FAITE À PERSONNE. — CONNAISSANCE DE CETTE SI-
GNIFICATION PAR LA SIGNIFICATION DU MANDAT D’ARRÊT. — CONSÉQUENCE. —
REMISE EN LIBERTÉ À L’ÉTRANGER. — NOTION.
2° OPPOSITION. — SIGNIFICATION DE L’ARRÊT RENDU PAR DÉFAUT
N’AYANT PAS ÉTÉ FAITE À PERSONNE. — CONNAISSANCE DE CETTE SIGNI-
FICATION PAR LA SIGNIFICATION DU MANDAT D’ARRÊT EUROPÉEN. — DÉLAI D’OP-
POSITION SUPPLÉMENTAIRE. — REMISE EN LIBERTÉ À L’ÉTRANGER. — NOTION.
1° et 2° Conformément à l’article 187, alinéa 2, du Code d’instruction crimi-
nelle, la circonstance qu’un condamné par défaut auquel la signification de
l’arrêt n’a pas été faite à sa personne et qui a eu connaissance de cette signi-
fication par la signification du mandat d’arrêt européen peut encore former
opposition dans les quinze jours qui suivent celui de sa remise en liberté à
l’étranger, concerne uniquement la remise en liberté après la décision défini-
tive rendue sur l’exécution du mandat d’arrêt européen (1).
(K.)
L’avocat général M. Timperman a dit en substance :
Le moyen unique me semble fondé. L’interprétation des termes « sa re-
mise en liberté à l’étranger » figurant à l’article 187, alinéa 2, du Code
d’instruction criminelle comme concernant la remise en liberté après la
décision définitive rendue sur l’exécution du mandat d’arrêt européen
me semble s’accorder au mieux à la ratio legis et à la genèse de
l’article 187, alinéa 2, précité, tel que modifié par l’article 7 de la loi du
30 décembre 2009 qui, à son tour, a été inspiré par l’article 4bis, 1er,
littera d), de la décision-cadre relative au mandat d’arrêt européen et aux
procédures de remise entre États membres. Une telle conception n’offre
pas uniquement les garanties les plus juridiques à la personne concernée
dont l’extradition est demandée, mais également à l’État requérant, dès
lors qu’un motif de non-exécution facultative ne peut être évité dans un
système où l’on part du principe que l’extradition est la règle.
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 28 janvier 2014 par la
cour d’appel de Gand, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt.
(1) Voy. les concl. du M.P.
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N° 248 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 945
Le président de section Luc Van hoogenbemt a fait rapport.
L’avocat général Marc Timperman a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen du demandeur II
1. Le moyen invoque la violation de l’article 187, alinéa 2, du Code
d’instruction criminelle : l’arrêt décide que l’opposition formée par le
demandeur est tardive, dès lors qu’il a eu connaissance de la significa-
tion de la décision rendue par défaut par la signification d’un mandat
d’arrêt européen et qu’il n’a pas fait opposition dans les quinze jours
qui suivent celui de sa remise en liberté sous conditions à l’étranger ;
la mise en liberté du demandeur n’est qu’une mesure temporaire dans
l’attente d’une décision sur son extradition ; le délai extraordinaire
d’opposition après la signification d’un mandat d’arrêt européen ne
commence à courir qu’à compter de la remise effective à la Belgique ou
à compter d’une remise en liberté consécutive à une décision définitive
de remise.
2. L’article 4bis de la Décision-cadre du Conseil 2002/584/JAI du 13 juin
2002 relative au mandat d’arrêt européen et aux procédures de remise
entre États membres dispose :
« 1. L’autorité judiciaire d’exécution peut également refuser d’exécu-
ter le mandat d’arrêt européen délivré aux fins d’exécution d’une peine
ou d’une mesure de sûreté privatives de liberté, si l’intéressé n’a pas
comparu en personne au procès qui a mené à la décision, sauf si le man-
dat d’arrêt européen indique que l’intéressé, conformément aux autres
exigences procédurales définies dans la législation nationale de l’État
membre d’émission :
(…)
d) n’a pas reçu personnellement la signification de la décision, mais :
i) la recevra personnellement sans délai après la remise et sera ex-
pressément informé de son droit à une nouvelle procédure de jugement
ou à une procédure d’appel, à laquelle l’intéressé a le droit de participer
et qui permet de réexaminer l’affaire sur le fond, en tenant compte des
nouveaux éléments de preuve, et peut aboutir à une infirmation de la
décision initiale ;
et
ii) sera informé du délai dans lequel il doit demander une nouvelle
procédure de jugement ou une procédure d’appel, comme le mentionne
le mandat d’arrêt européen concerné.
(…). »
3. L’article 187, alinéa 2, du Code d’instruction criminelle dispose :
« Lorsque la signification du jugement n’a pas été faite à sa personne,
le prévenu pourra faire opposition, quant aux condamnations pénales,
dans les quinze jours qui suivent celui où il aura connu la signification.
S’il en a eu connaissance par la signification d’un mandat d’arrêt euro-
péen ou d’une demande d’extradition ou que le délai en cours de quinze
jours n’a pas encore expiré au moment de son arrestation à l’étranger,
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 946 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
946 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 249
il pourra faire opposition dans les quinze jours qui suivent celui de sa
remise ou de sa remise en liberté à l’étranger. (…) ».
4. Il ressort la genèse de la loi du 30 décembre 2009 modifiant
l’article 187, alinéa 2, du Code d’instruction criminelle dans la version
applicable en l’espèce, que le législateur avait en vue le cas de refus visé
à l’article 4bis, § 1er, de la Décision-cadre du Conseil 2002/584/JAI du
13 juin 2002 et qu’il entendait apporter une réponse à la situation dans
laquelle l’autorité judiciaire d’exécution refuse d’exécuter le mandat
d’arrêt européen délivré par l’autorité judiciaire belge parce que le dé-
lai extraordinaire d’opposition est déjà expiré au moment de la décision
rendue sur l’exécution.
Si la personne concernée prend connaissance de la signification de la
condamnation par la signification du mandat d’arrêt européen, que le
délai visé à l’article 187, alinéa 2, du Code d’instruction criminelle
prend cours par une remise en liberté provisoire et que l’autorité judi-
ciaire d’exécution ne se prononce sur l’exécution du mandat d’arrêt eu-
ropéen qu’à l’expiration du délai extraordinaire d’opposition, son droit
d’être présent en personne au cours de la procédure d’opposition qu’il
peut exercer conformément à l’article 4bis, § 1er, d), de la Décision-
cadre du Conseil 2002/584/JAI du 13 juin 2002 ne peut lui être garanti.
5. Il en résulte que la circonstance que ce délai peut prendre cours,
selon le texte de l’article de loi précité, lorsque la personne concernée
a été remise en liberté à l’étranger, peut uniquement concerner la re-
mise en liberté après la décision définitive rendue sur l’exécution du
mandat d’arrêt européen.
6. L’arrêt qui décide que ce délai commence à courir lors de la remise
en liberté provisoire de la personne concernée dans l’attente d’une dé-
cision sur l’exécution ou non du mandat d’arrêt européen, n’est pas lé-
galement justifié.
Le moyen est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
cassé ;
Laisse les frais à charge de l’État ;
Renvoie la cause à la cour d’appel de Bruxelles.
Du 14 avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Van hoogenbemt,
président de section. — Concl. conf. M. Timperman, avocat général. —
Pl. M. Van Laer, du barreau d’Anvers.
N° 249
2e CH. — 14 avril 2015
(RG P.14.0695.N)
1° POURVOI EN CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DÉLAIS DANS
LESQUELS IL FAUT SE POURVOIR OU SIGNIFIER LE POURVOI. — ACTION PUBLIQUE.
— DÉCISION DÉFINITIVE. — NOTION. — CONSÉQUENCE.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 947 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 249 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 947
2° POURVOI EN CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DÉLAIS DANS
LESQUELS IL FAUT SE POURVOIR OU SIGNIFIER LE POURVOI. — ACTION PUBLIQUE.
— POURVOI PRÉMATURÉ (PAS DE DÉCISION DÉFINITIVE). — DÉCISION DÉFINITIVE
NOTION. — CONSÉQUENCE. — EXCEPTION.
3° COMPÉTENCE ET RESSORT. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — CONTESTA-
TIONS RELATIVES À LA COMPÉTENCE. — NOTION. — APPLICATION.
1° et 2° En vertu de l’article 416 du Code d’instruction criminelle, tel qu’appli-
cable avant sa modification par l’article 16 de la loi du 14 février 2014, un ju-
gement ou un arrêt doit, en principe, mettre un terme effectif à la
contestation et il est nécessaire qu’il n’y ait plus rien à trancher avant qu’il
puisse être soumis à la Cour, de sorte que le pourvoi formé contre les décisions
rendu sur une question avant dire droit est prématuré ; par dérogation à
cette règle, le second alinéa de l’article 416 du Code d’instruction criminelle
applicable en l’espèce ouvre la voie d’un pourvoi en cassation immédiat no-
tamment contre les jugements ou arrêts rendus sur la compétence.
3° Il n’y a de décision rendue sur la compétence au sens de l’article 416 du
Code d’instruction criminelle, applicable en l’espère, que lorsque le juge em-
piète sur les attributions d’un autre juge, de manière telle qu’il peut en ré-
sulter un conflit de juridiction auquel seul un règlement de juges peut mettre
fin ; un arrêt qui décide que la citation directe d’une personne qui ne jouit
pas du privilège de juridiction est possible, dans le cas où, au terme d’une
instruction judiciaire, un magistrat suppléant s’est vu proposer une transac-
tion qu’il a acceptée, concerne la saisine du juge et donc la recevabilité de
l’action publique, de sorte qu’une telle décision n’est pas une décision rendue
sur la compétence (1).
(S. C. S.A. ERYLMO ET CRTS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 13 mars 2014 par la cour
d’appel de Gand, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque deux moyens dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt.
Il se désiste, sans acquiescement, de son pourvoi, dans la mesure où
il serait prématuré.
Le président de section Luc Van hoogenbemt a fait rapport.
L’avocat général Marc Timperman a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le désistement
1. Dans le cadre de l’information précédant les poursuites, étaient vi-
sés, non seulement le demandeur, mais également un magistrat sup-
pléant. Le procureur général a demandé au premier président de la cour
(1) Voy. Cass. 21 mars 2006, RG P.05.1701.N, Pas. 2006, n° 164.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 948 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
948 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 249
d’appel de désigner un magistrat qui exercerait la fonction de juge
d’instruction en la cause. Au terme de l’instruction judiciaire, un ma-
gistrat suppléant s’est vu proposer une transaction, qu’il a acceptée,
donnant lieu à l’extinction de l’action publique, en ce qui le concerne.
Ensuite, le demandeur a été directement cité par le procureur du Roi
devant le tribunal correctionnel.
2. Le demandeur a allégué, premièrement devant le tribunal correc-
tionnel, ensuite devant les juges d’appel, que la citation directe et l’ac-
tion publique ne sont pas recevables et que le tribunal correctionnel
n’est donc pas compétent pour se prononcer, parce que la procédure du
privilège de juridiction est, à tort, appliquée, que l’instruction judi-
ciaire peut uniquement être clôturée par la juridiction d’instruction et
qu’une citation directe devant le tribunal correctionnel est impossible
dans ce cas de figure. Il invoque que la décision de la cour d’appel à cet
égard constitue un arrêt rendu en matière de compétence, susceptible
d’un pourvoi en cassation immédiat sur la base de l’article 416, alinéa 2,
du Code d’instruction criminelle, tel qu’applicable en l’espèce.
3. En vertu de l’article 416 du Code d’instruction criminelle, tel qu’ap-
plicable en l’espèce, un jugement ou un arrêt doit, en principe, mettre
un terme effectif à la contestation, avant qu’il puisse être soumis à la
Cour. Il est nécessaire qu’il n’y ait plus rien à trancher. Le pourvoi for-
mé contre des décisions rendues sur un incident est prématuré.
Par dérogation à cette règle, le second alinéa de l’article 416 du Code
d’instruction criminelle applicable en l’espèce, ouvre la voie d’un pour-
voi en cassation immédiat notamment contre les jugements ou arrêts
rendus en matière de compétence.
4. Il n’y a de décision rendue sur la compétence au sens de cette dis-
position, que lorsque le juge empiète sur les attributions d’un autre
juge, de manière telle qu’il peut en résulter un conflit de juridiction au-
quel seul un règlement de juges peut mettre fin.
L’arrêt qui décide que, dans le cas présent, une citation directe est
possible au terme de l’instruction judiciaire, concerne la saisine du
juge et donc la recevabilité de l’action publique. Une telle décision
n’est pas une décision rendue en matière de compétence.
5. L’arrêt n’implique pas davantage une décision définitive et ne se
prononce dans l’un des cas visés à l’article 416, alinéa 2, du Code d’ins-
truction criminelle, tel qu’applicable en l’espèce.
6. Ainsi, l’arrêt est prématuré et, partant, irrecevable.
Le désistement peut être accordé.
Sur les moyens
7. Les moyens ne concernent pas la recevabilité du pourvoi et, par
conséquent, il n’y a pas lieu d’y répondre. Par le même motif, il n’y a
pas davantage lieu de poser les questions préjudicielles soulevées.
Par ces motifs, la Cour décrète le désistement ;
Condamne le demandeur aux frais.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 949 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 250 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 949
Du 14 avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Van hoogenbemt,
président de section. — Concl. conf. M. Timperman, avocat général. —
Pl. M. Meese, du barreau d’Anvers.
N° 250
2e CH. — 14 avril 2015
(RG P.14.1146.N)
1° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — JURIDICTIONS D’INSTRUCTION. — RÈGLEMENT DE LA PROCÉ-
DURE. — DÉLAI RAISONNABLE. — DÉPASSEMENT. — DÉPASSEMENT N’AYANT PAS
DONNÉ LIEU À LA VIOLATION IRRÉPARABLE DES DROITS DE LA DÉFENSE OU À LA
DÉPERDITION DES PREUVES À CHARGE OU À DÉCHARGE. — CONSTATATION. —
SANCTION. — RÉPARATION EN DROIT.
2° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 13. —
JURIDICTIONS D’INSTRUCTION. — RÈGLEMENT DE LA PROCÉDURE. — DÉLAI RAI-
SONNABLE. — DÉPASSEMENT. — DÉPASSEMENT N’AYANT PAS DONNÉ LIEU À LA
VIOLATION IRRÉPARABLE DES DROITS DE LA DÉFENSE OU À LA DÉPERDITION DES
PREUVES. — CONSTATATION. — SANCTION. — RÉPARATION EN DROIT.
3° JURIDICTIONS D’INSTRUCTION. — RÈGLEMENT DE LA PROCÉDURE.
— DÉLAI RAISONNABLE. — DÉPASSEMENT. — DÉPASSEMENT N’AYANT PAS DON-
NÉ LIEU À LA VIOLATION IRRÉPARABLE DES DROITS DE LA DÉFENSE OU À LA DÉ-
PERDITION DES PREUVES À CHARGE OU À DÉCHARGE. — CONSTATATION. —
SANCTION. — RÉPARATION EN DROIT.
1°, 2° et 3° Il ne résulte pas des articles 6 et 13 de la Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales que le dépassement du dé-
lai raisonnable constaté dans le cadre du règlement de la procédure, qui n’a
pas donné lieu à une violation irréparable des droits de la défense ni à la dé-
perdition des preuves à charge ou à décharge, doit être sanctionné par l’ex-
tinction de l’action publique ou par un non-lieu ; la réparation en droit
auquel l’inculpé peut prétendre ensuite de ces dispositions conventionnelles
peut consister en des dommages et intérêts à demander devant le tribunal ci-
vil ou en la constatation de ce dépassement par la juridiction d’instruction,
dont la juridiction de jugement peut tenir compte à la lumière de l’ensemble
de la procédure et dont elle doit déduire les conséquences légalement pré-
vues (1).
(H. C. V. ET CRTS)
(1) Voy. Cass. 7 janvier 2015, RG P.13.1834.F, Pas. 2015, n° 10.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 950 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
950 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 250
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 19 juin 2014 par la cour
d’appel de Gand, chambre des mises en accusation.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Alain Bloch a fait rapport.
L’avocat général Marc Timperman a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
Quant aux première et deuxième branches
1. Le moyen, en ces branches, invoque la violation des articles 6.1, 13
de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, 127 à 131, 135, 223 et 235bis du Code d’instruction crimi-
nelle, ainsi que la violation des droits de la défense, du caractère
contradictoire du règlement de la procédure devant les juridictions
d’instruction et de leur devoir de motivation : l’arrêt décide que la
chambre des mises en accusation peut uniquement prononcer le non-
lieu lorsque le dépassement du délai raisonnable compromet le droit à
un procès équitable ; il exclut que le simple dépassement du délai rai-
sonnable entraîne l’irrecevabilité de l’action publique ; la réparation
en droit décidée par l’arrêt et qui consiste en ce que la juridiction d’ins-
truction constate le dépassement du délai raisonnable de sorte que la
juridiction de jugement doit prendre cet élément en considération dans
l’appréciation du fond de la cause, n’offre pas une satisfaction équitable
suffisante ; la juridiction d’instruction n’offre que deux possibilités de
réparation en droit, soit la suspension, soit la constatation du dépasse-
ment avec renvoi devant la juridiction de jugement qui prendra cet élé-
ment en considération lors de l’appréciation du fond de la cause ; si un
inculpé ne consent pas à la suspension, l’arrêt est d’avis que seule la
constatation du dépassement avec renvoi devant le juge du fond est
possible ; cette réparation qui, à défaut d’alternatives, ne résulte pas
d’un débat contradictoire ni sur la forme et sur l’ampleur du dépasse-
ment, ni sur le caractère adéquat de la réparation et qui est applicable
dans tous les cas, nonobstant la forme et l’importance du dépassement,
n’offre aucune réparation spécifique et effective (première branche) ;
l’arrêt constate le dépassement du délai raisonnable et ordonne le ren-
voi devant la juridiction de jugement pour la réparation à accorder ;
ainsi, aucune réparation n’est accordée au moment de la décision et le
dépassement du délai raisonnable continue de croître sans savoir s’il y
aura réparation et à quel moment, et sans qu’il puisse être vérifié si la
peine a été sensiblement et quantitativement réduite ni davantage si
la réparation est proportionnelle à l’ampleur du retard injustifié ; une
telle réparation n’est ni adéquate ni effective (deuxième branche).
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 951 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 250 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 951
2. Il ne résulte pas des articles 6 et 13 de la Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales que le dépassement
du délai raisonnable constaté dans le cadre du règlement de la procé-
dure, qui n’a pas donné lieu à une violation irréparable des droits de dé-
fense de l’inculpé ni à la perte des preuves à charge ou à décharge, doit
être sanctionné par l’extinction de l’action publique ou par un non-lieu.
La réparation en droit à laquelle l’inculpé peut prétendre ensuite de ces
dispositions conventionnelles peut consister en des dommages et inté-
rêts à demander devant le tribunal civil ou en la constatation de ce dé-
passement par la juridiction d’instruction, dont la juridiction de
jugement peut tenir compte à la lumière de l’ensemble de la procédure
et dont elle doit déduire les conséquences légalement prévues.
Conclure, en pareil cas, à l’extinction de l’action publique ou pronon-
cer le non-lieu, qui ôte toute possibilité à la juridiction d’instruction
de prendre connaissance de l’action civile, priverait de surcroit les par-
ties civiles du droit à ce que leur cause soit examinée par le juge pénal.
3. Ces modes de réparation en droit n’empêchent pas un débat contra-
dictoire sur la forme et l’ampleur du dépassement du délai raisonnable
ni sur le caractère adéquat de la réparation.
4. Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen, en ces branches, manque en droit.
5. Concernant la demande formulée par le demandeur visant unique-
ment à ce que l’action publique soit déclarée irrecevable en raison du
dépassement du délai raisonnable, l’arrêt décide que :
— aucune disposition conventionnelle ou légale ne prescrit que le dé-
passement du délai raisonnable entraîne l’irrecevabilité de l’action
publique ;
— il ne peut être conclu à l’abandon des poursuites que lorsqu’il est
établi que le dépassement du délai raisonnable a rendu impossible un
procès équitable, ce qui n’est pas le cas, en l’espèce, et ce que le deman-
deur n’a d’ailleurs pas prétendu ;
— la réparation en droit peut uniquement être obtenue à ce stade de
la procédure par la constatation du dépassement du délai raisonnable
et l’obligation pour le juge du fond de prendre cet élément en considé-
ration.
Par ces motifs, il justifie légalement la décision selon laquelle une ré-
paration en droit est ainsi accordée pour le dépassement constaté du
délai raisonnable.
Dans cette mesure, le moyen, en ces branches, ne peut être accueilli.
(…)
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 14 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Bloch. — Concl. conf. M. Timperman, avocat
général. — Pl. M. Arnou, du barreau de Bruges.
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952 PASICRISIE BELGE 14.4.15 - N° 251
N° 251
2e CH. — 14 avril 2015
(RG P.15.0279.N)
1° MOYEN DE CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — INTÉRÊT. — AR-
RÊT ATTAQUÉ. — DÉFAUT DE RÉPONSE AUX CONCLUSIONS D’UN CO-PRÉVENU. —
DÉFENSE POUVANT ÉGALEMENT SERVIR À LA DÉCISION RENDUE SUR L’ACTION PU-
BLIQUE EXERCÉE À CHARGE DU DEMANDEUR. — CO-PRÉVENU ACQUITTÉ. — RECE-
VABILITÉ.
2° MOTIFS DES JUGEMENTS ET ARRÊTS. — EN CAS DE DÉPÔT DE
CONCLUSIONS. — MATIÈRE RÉPRESSIVE (Y COMPRIS LES BOISSONS SPIRI-
TUEUSES ET LES DOUANES ET ACCISES). — CONCLUSIONS D’UN CO-PRÉVENU. —
DÉFENSE POUVANT ÉGALEMENT SERVIR À LA DÉCISION RENDUE SUR L’ACTION PU-
BLIQUE EXERCÉE À CHARGE DU DEMANDEUR. — CO-PRÉVENU ACQUITTÉ. — OBLI-
GATION DU JUGE.
3° CASSATION. — ÉTENDUE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PUBLIQUE. —
PRÉVENU ET INCULPÉ. — CASSATION DE LA DÉCLARATION DE CULPABILITÉ DU
CHEF D’UNE PRÉVENTION. — PEINE UNIQUE PRONONCÉE DU CHEF DE TOUTES LES
PRÉVENTIONS. — CONSÉQUENCE.
1° et 2° L’article 149 de la Constitution oblige le juge pénal à répondre à la
défense invoquée par les parties en leurs conclusions ; le juge doit également
répondre aux conclusions d’un co-prévenu acquitté, lorsque celles-ci
contiennent une défense pouvant également servir à la décision rendue sur
l’action publique exercée à charge d’un autre prévenu (1).
3° La cassation de la déclaration de culpabilité du chef d’une prévention pro-
noncée à l’encontre du prévenu entraîne l’annulation des peines infligées à
ce prévenu du chef de toutes les préventions déclarées établies.
(V.)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 16 janvier 2015 par la
cour d’appel d’Anvers, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque des griefs dans une requête annexée au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Sidney Berneman a fait rapport.
L’avocat général délégué Alain Winants a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
(…)
(1) Cass. 7 février 2006, RG P.05.1346.N, Pas. 2006, n° 79 ; Cass. 5 avril 2000, RG
P.99.1889.F, Pas. 2000, n° 225.
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N° 251 - 14.4.15 PASICRISIE BELGE 953
Sur le grief 7.a
10. Le grief invoque la violation des articles 149 de la Constitution et
2bis, § 4.a), de la loi du 24 février 1921 concernant le trafic des substances
vénéneuses, soporifiques, stupéfiantes, psychotropes, désinfectantes ou
antiseptiques et des substances pouvant servir à la fabrication illicite
de substances stupéfiantes et psychotropes, ainsi que la méconnais-
sance du devoir de motivation : l’arrêt déclare que la circonstance ag-
gravante que les faits ont été commis à l’égard d’enfants âgés de moins
de douze ans accomplis, est établie dans le chef du demandeur, sans
constater que ces enfants jouissaient de la conscience nécessaire et de
la capacité de discernement ; le demandeur a expressément plaidé à ce
propos et l’épouse du demandeur, également co-prévenue, a développé
sa défense à cet égard dans ses conclusions d’appel ; l’arrêt ne répond
pas à suffisance à cette défense et ne justifie pas légalement sa décision
en l’espèce ; sur la base des motifs qu’il comporte, il ne pouvait davan-
tage décider que les faits ont été commis « à l’égard d’enfants ».
11. L’article 149 de la Constitution oblige le juge pénal à répondre à la
défense invoquée par les parties en leurs conclusions. Il doit également
répondre aux conclusions d’un co-prévenu acquitté, lorsque celles-ci
contiennent une défense pouvant également servir à la décision rendue
sur l’action publique exercée à charge d’un autre prévenu.
12. Il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que la co-
prévenue B. E. a soutenu que la circonstance aggravante prévue à
l’article 2bis, § 4.a), de la loi du 24 février 1921, n’était pas établie parce
que « ces enfants n’ont jamais été confrontés à la production délic-
tueuse de drogue et qu’ils n’en avaient certainement pas eu conscience
ni n’avaient la capacité de discernement requise, compte tenu de leur
âge, ce qui s’impose pour invoquer la circonstance aggravante. »
13. Les juges d’appel n’ont pas répondu à cette défense, qui concernait
également le demandeur, mais ont toutefois admis cette circonstance
aggravante, dont ils ont également tenu compte pour fixer la peine et
le taux de celle-ci.
Dans cette mesure, le grief est fondé.
(…)
Sur l’étendue de la cassation
19. La cassation de la déclaration de culpabilité du chef de la préven-
tion A entraîne l’annulation des peines infligées au demandeur du chef
de toutes les préventions déclarées établies.
Le contrôle d’office
20. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué, en tant qu’il déclare le
demandeur coupable de la prévention A et le condamne du chef des pré-
ventions confondues à une peine, au paiement d’une contribution au
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954 PASICRISIE BELGE 15.4.15 - N° 252
Fonds spécial pour l’aide aux victimes d’actes intentionnels de violence
et aux frais ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé ;
Rejette le pourvoi pour le surplus ;
Condamne le demandeur aux neuf dixièmes des frais de son pourvoi et
laisse le surplus des frais à charge de l’État ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, à la cour d’appel de Bruxelles.
Du 14 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Berneman. — Concl. conf. M. Winants, avocat
général délégué. — Pl. M. Neuts, du barreau de Tongres.
N° 252
2e CH. — 15 avril 2015
(RG P.14.0726.F)
1° CALOMNIE ET DIFFAMATION. — DÉNONCIATION CALOMNIEUSE. —
ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS.
2° CALOMNIE ET DIFFAMATION. — DÉNONCIATION CALOMNIEUSE. —
POURSUITES. — CONDITION. — CONSTAT DE LA FAUSSETÉ DU FAIT DÉNONCÉ. —
FAIT IMPUTÉ FAISANT L’OBJET D’UNE INFORMATION OUVERTE PAR LE PARQUET.
— EFFET. — SUSPENSION DE L’ACTION EN CALOMNIE. — DÉCISION DE CLASSE-
MENT SANS SUITE. — REPRISE DE L’ACTION EN CALOMNIE. — FAUSSETÉ DU FAIT
DÉNONCÉ. — COMPÉTENCE DU JUGE SAISI DE L’ACTION EN CALOMNIE.
3° CALOMNIE ET DIFFAMATION. — DÉNONCIATION CALOMNIEUSE. —
POURSUITES. — DÉCISION DU PARQUET DE CLASSER SANS SUITE L’INFORMATION
OUVERTE SUR LE FAIT DÉNONCÉ. — REPRISE DE L’ACTION EN CALOMNIE. — FAUS-
SETÉ DU FAIT DÉNONCÉ. — APPRÉCIATION SOUVERAINE DU JUGE SAISI DE L’AC-
TION EN CALOMNIE. — LIMITES.
1° La dénonciation calomnieuse est l’imputation méchante et spontanée, dans
un écrit remis à une autorité quelconque, d’un fait qui pourrait causer pré-
judice à la personne visée (1). (C. pén., art. 445, al. 1er et 2)
2° La dénonciation calomnieuse suppose notamment le constat de la fausseté
du fait dénoncé ou de l’innocence de la personne à qui il est imputé ; si le fait
imputé est l’objet d’une poursuite répressive ou d’une dénonciation sur la-
quelle il n’a pas été statué, l’action en calomnie est suspendue jusqu’à la dé-
cision définitive de l’autorité compétente ; en cas d’information ouverte par
le parquet, la décision de classement sans suite permet la reprise de l’action
en calomnie ; une telle décision n’impliquant pas, par elle-même, la fausseté
des faits dénoncés, il revient dans ce cas au juge saisi de cette action de sta-
tuer sur leur véracité (2). (C. pén., art. 445, al. 1er et 2, et 447, al. 3 et 5)
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
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N° 252 - 15.4.15 PASICRISIE BELGE 955
3° Après décision de classement sans suite par le parquet de l’information ou-
verte sur le fait imputé, le juge saisi de l’action en calomnie apprécie souve-
rainement la fausseté de la dénonciation calomnieuse ; la Cour vérifie
uniquement si le juge ne tire pas, des faits qu’il a constatés, des conséquences
qui seraient sans lien avec ceux-ci ou qui ne seraient susceptibles sur leur
fondement d’aucune justification (1). (C. pén., art. 445, al. 1er et 2, et 447,
al. 3 et 5)
(M. C. A.)
Conclusions de M. l’avocat général R. Loop :
À l’appui de son pourvoi, le demandeur invoque un moyen, dirigé
contre la décision rendue sur l’action publique.
Il fait valoir que le simple fait que la plainte déposée par le demandeur
à l’encontre du défendeur ait été classée sans suite ne permet pas d’éta-
blir que le fait dénoncé est faux.
Le moyen soutient en outre qu’en ce qu’il décide que l’infraction de dé-
nonciation calomnieuse est établie, notamment par la considération que
« de surcroît et nonobstant les seules affirmations du prévenu, aucun té-
moin n’est venu conforter la réalité de ses accusations, l’enquête dans le
milieu des garagistes n’ayant mis en lumière aucune allégation de ce
type », l’arrêt attaqué ne justifie pas légalement sa décision.
Alain DE NAUW a écrit que la dénonciation calomnieuse est l’imputa-
tion méchante et spontanée dans un écrit remis à une autorité quel-
conque d’un fait qui, s’il était prouvé, en exposerait l’auteur à une action
judiciaire, disciplinaire ou administrative (2).
Elle suppose la réunion de cinq conditions : la spontanéité, l’intention
méchante, la fausseté de l’imputation, la rédaction d’un écrit et la re-
mise de la dénonciation à l’autorité.
En vertu de l’article 447, alinéa 3, du Code pénal, si le fait imputé est
l’objet d’une poursuite répressive ou d’une dénonciation sur laquelle il
n’a pas été statué, l’action en calomnie sera suspendue jusqu’au juge-
ment définitif, ou jusqu’à la décision définitive de l’autorité compé-
tente.
En principe, c’est la juridiction ou l’autorité compétente pour
connaître du fait dénoncé qui doit constater la fausseté de ce fait (3).
L’alinéa 5 de l’article précité, complété par la loi du 4 juillet 2001, pu-
bliée au Moniteur belge le 10 juillet 2001, dispose toutefois que, dans le cas
d’une décision de classement sans suite ou de non-lieu quant à l’action
relative au fait imputé, l’action en calomnie est reprise.
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) A. DE NAUW, Initiation au droit pénal spécial, 1re éd., Bruxelles, Story-Scientia,
1987, p. 273.
(3) P. MAGNIEN, « Les atteintes portées à l’honneur et à la considération des
personnes », in Les infractions, vol. 2, Les infractions contre les personnes, Bruxelles, Lar-
cier, 2010, pp. 788 et 789.
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956 PASICRISIE BELGE 15.4.15 - N° 252
Il ressort des travaux parlementaires que cette loi a été votée afin
d’éviter que certaines personnes malveillantes, dénonçant à l’autorité
une personne à laquelle elles veulent nuire, restent impunies.
La doctrine et la jurisprudence estimant que le classement sans suite
par le parquet ne constituait pas une décision définitive, le législateur a
prévu expressément que le classement sans suite par le parquet, pour des
raisons techniques ou d’opportunité, constitue un élément suffisant
pour mettre fin à la suspension de l’action en calomnie (1).
La proposition de loi ayant donné lieu à la loi du 4 juillet 2001 énonce
dans ses développements que, lorsque la juridiction compétente pour
connaître du fait dénoncé a rendu une décision définitive sur la réalité
de ce fait, cette décision lie évidemment la juridiction compétente pour
connaître de la dénonciation calomnieuse ; mais lorsqu’une décision dé-
finitive ne peut être rendue par la juridiction compétente pour connaître
du fait dénoncé, par exemple en raison d’un classement sans suite décidé
par le parquet, la juridiction saisie de l’action en dénonciation calom-
nieuse doit être compétente pour statuer sur cette action (2).
Ladite proposition ajoutait même qu’il fallait renverser la charge de
la preuve par rapport à ce que prévoyait alors la jurisprudence, qui disait
non établie la prévention de dénonciation calomnieuse dès lors que la
fausseté de l’imputation n’était pas établie par une décision ou un juge-
ment définitif, et que c’était au contraire sur le dénonciateur que de-
vrait peser la charge de la preuve du fait imputé (3).
Par son arrêt du 17 avril 2013, la Cour a toutefois décidé qu’en considé-
rant qu’il appartient au dénonciateur de prouver que les faits qu’il a dé-
noncés sont vrais, l’arrêt renverse la charge de la preuve d’un élément
constitutif de l’infraction et, partant, ne justifie pas légalement sa déci-
sion (4).
Si c’est toujours au ministère public qu’il appartient de prouver que la
dénonciation est calomnieuse, dans le cas de classement sans suite par
la parquet du fait dénoncé, la juridiction saisie de l’action en dénoncia-
tion calomnieuse devient compétente pour statuer sur cette action, en
appréciant en fait la fausseté de la dénonciation.
Après avoir relevé que l’information diligentée à la suite des accusa-
tions de corruption formulées par le demandeur avait été classée sans
suite par le procureur du Roi, l’arrêt attaqué se réfère aux pièces jointes
à la procédure pour considérer que, nonobstant les seules affirmations du
demandeur, aucun témoin n’est venu conforter la réalité de ses accusa-
tions, l’enquête dans le milieu des garagistes n’ayant mis en lumière au-
cune allégation de ce type.
Les juges d’appel ayant ainsi régulièrement motivé et légalement jus-
tifié leur décision, en appréciant en fait la fausseté de la dénonciation,
sans nullement renverser la charge de la preuve, le moyen ne peut pas
être accueilli.
(1) Pasin., 2001, p. 2959
(2) Pasin., 2001, pp. 2955 et 2956.
(3) Pasin., 2001, p. 2956.
(4) Cass. 17 avril 2013, RG P.12.1993.F, Pas. 2013, n° 241.
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N° 252 - 15.4.15 PASICRISIE BELGE 957
Pour le surplus aussi, les formalités substantielles ou prescrites à
peine de nullité ont été observées et la décision rendue sur l’action pu-
blique est conforme à la loi.
Contre la décision rendue sur l’action civile, le demandeur ne fait va-
loir aucun moyen.
Conclusions : Rejet du pourvoi.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 18 mars 2014 par la cour
d’appel de Mons, chambre correctionnelle, statuant comme juridiction
de renvoi ensuite de l’arrêt de la Cour du 17 avril 2013.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le 31 mars 2015, l’avocat général Raymond Loop a déposé des conclu-
sions au greffe.
À l’audience du 15 avril 2015, le conseiller Françoise Roggen a fait
rapport et l’avocat général précité a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
A. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur l’action
publique
Sur le moyen
Pris de la violation des articles 443, 445 et 447, alinéa 5, du Code pénal,
le moyen reproche à l’arrêt de ne pas justifier légalement sa décision
que la preuve de la fausseté de l’accusation du fait dénoncé est suffi-
samment rapportée.
La dénonciation calomnieuse, visée à l’article 445, alinéas 1 et 2, du
Code pénal est l’imputation méchante et spontanée, dans un écrit remis
à une autorité quelconque, d’un fait qui pourrait causer préjudice à la
personne visée. Elle suppose notamment le constat de la fausseté du
fait dénoncé ou de l’innocence de la personne à qui il est imputé.
L’article 447, alinéa 3, prévoit que si le fait imputé est l’objet d’une
poursuite répressive ou d’une dénonciation sur laquelle il n’a pas été
statué, l’action en calomnie est suspendue jusqu’à la décision défini-
tive de l’autorité compétente.
En vertu de l’alinéa 5 du même article, en cas d’information ouverte
par le parquet, la décision de classement sans suite permet la reprise
de l’action en calomnie.
Une telle décision n’impliquant pas, par elle-même, la fausseté des
faits dénoncés, il revient dans ce cas au juge saisi de cette action de sta-
tuer sur leur véracité.
Le juge apprécie souverainement la fausseté d’une dénonciation ca-
lomnieuse. La Cour vérifie uniquement si le juge ne tire pas, des faits
qu’il a constatés, des conséquences qui seraient sans lien avec ceux-ci
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958 PASICRISIE BELGE 15.4.15 - N° 253
ou qui ne seraient susceptibles sur leur fondement d’aucune justifica-
tion.
À cet égard, l’arrêt relève que l’information ouverte par le procureur
du Roi à la suite des accusations de corruption formulée par le deman-
deur a été classée sans suite. Il ajoute, en se référant aux pièces de l’in-
formation jointe au dossier que, nonobstant les seules affirmations du
demandeur, aucun témoin n’est venu conforter la réalité de ces accusa-
tions, l’enquête dans le milieu des garagistes n’ayant mis en lumière
aucune allégation de ce type.
Par ces considérations qui ne renversent pas la charge de la preuve,
les juges d’appel ont pu légalement justifier leur décision.
Le moyen ne peut être accueilli.
Le contrôle d’office
Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été
observées et la décision est conforme à la loi.
B. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur l’action
civile
Le demandeur ne fait valoir aucun moyen spécifique.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 15 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. de Codt, premier président. —
Rapp. M. Roggen. — Concl. conf. M. Loop, avocat général. —
Pl. M. Carlier, du barreau de Nivelles.
N° 253
2e CH. — 15 avril 2015
(RG P.15.0024.F)
1° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 3. — IN-
TERDICTION DE LA TORTURE. — AFFIRMATION DÉFENDABLE DE TRAITEMENTS IN-
HUMAINS OU DÉGRADANTS DE LA PART DE LA POLICE. — DEVOIR DE L’ÉTAT. —
OUVERTURE D’UNE ENQUÊTE OFFICIELLE.
2° POLICE. — INTERDICTION DE LA TORTURE. — AFFIRMATION DÉFEN-
DABLE DE TRAITEMENTS INHUMAINS OU DÉGRADANTS DE LA PART DE LA POLICE.
— DEVOIR DE L’ÉTAT. — OUVERTURE D’UNE ENQUÊTE OFFICIELLE.
3° PREUVE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — CHARGE DE LA PREUVE. LIBERTÉ
D’APPRÉCIATION. — CHARGE DE LA PREUVE. — POURSUITES À CHARGE D’UN PO-
LICIER DU CHEF DE VIOLENCES ILLÉGITIMES. — CRÉDIT DIFFÉRENT ACCORDÉ AUX
DÉCLARATIONS DES PARTIES. — PRÉSOMPTION D’INNOCENCE. — VIOLATION.
4° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 2. — PRÉSOMPTION D’INNOCENCE. — POURSUITES À CHARGE D’UN
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N° 253 - 15.4.15 PASICRISIE BELGE 959
POLICIER DU CHEF DE VIOLENCES ILLÉGITIMES.— CHARGE DE LA PREUVE. —
CRÉDIT DIFFÉRENT ACCORDÉ AUX DÉCLARATIONS DES PARTIES. — CONSÉQUENCE.
1° et 2° Lorsqu’un individu affirme de manière défendable avoir subi, de la
part de la police, des traitements inhumains ou dégradants, l’article 3 de la
Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamen-
tales combiné avec le devoir général imposé à l’État de reconnaître à toute
personne relevant de sa juridiction les droits et libertés définis dans la
Convention, requiert l’ouverture d’une enquête officielle effective qui doit
pouvoir mener à l’identification et à la punition des responsables. (Conv.
D.H., art. 3)
3° et 4° Aucune disposition légale ou conventionnelle n’oblige le juge national,
appelé à statuer sur les poursuites mues à charge d’un fonctionnaire de po-
lice du chef de violences illégitimes, à accorder aux dires de la personne qui
l’en accuse, un crédit différent de celui donné aux explications du prévenu
qui s’en défend ; un tel renversement de la charge de la preuve emporterait
une méconnaissance de la présomption d’innocence, laquelle est d’applica-
tion générale et bénéficie dès lors également à un fonctionnaire de police
poursuivi du chef de violence illégitime (1). (Conv. D.H., art. 3 et 6, § 2)
(D. C. V. ET CRTS)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 26 novembre 2014 par la
cour d’appel de Bruxelles, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Françoise Roggen a fait rapport.
L’avocat général Raymond Loop a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
1. En tant qu’il invoque la violation des articles 269 et 272 du Code pé-
nal, sans indiquer en quoi l’arrêt contrevient à ces dispositions, le
moyen, imprécis, est irrecevable.
Dans la mesure où il critique la décision des juges du fond de donner
crédit aux déclarations des prévenus nonobstant les éléments en sens
contraire avancés par le plaignant, le moyen, qui conteste l’apprécia-
tion en fait de la cour d’appel, est irrecevable.
En tant qu’il repose sur l’affirmation que le juge est tenu de suivre
les parties dans le détail de leur argumentation, alors que pareille obli-
gation ne ressort ni de l’article 6 de la Convention de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales ni de l’article 149 de la
Constitution, le moyen manque en droit.
(1) Voy. Cass. 24 mars 2015, RG P.14.1298.N, Pas. 2015, n° 217.
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960 PASICRISIE BELGE 15.4.15 - N° 253
2. Ainsi que le demandeur le fait valoir pour le surplus, lorsqu’un in-
dividu affirme de manière défendable avoir subi, de la part de la police,
des traitements contraires à l’article 3 de la Convention, cette disposi-
tion, combinée avec le devoir général imposé à l’État de reconnaître à
toute personne relevant de sa juridiction les droits et libertés définis
dans la Convention, requiert l’ouverture d’une enquête officielle effec-
tive qui doit pouvoir mener à l’identification et à la punition des res-
ponsables.
Ni les dispositions invoquées au moyen ni aucune autre n’obligent ce-
pendant le juge national, appelé à statuer sur les poursuites mues à
charge d’un fonctionnaire de police du chef de violences illégitimes, à
accorder aux dires de la personne qui l’en accuse, un crédit différent de
celui donné aux explications du prévenu qui s’en défend. Un tel renver-
sement de la charge de la preuve emporterait une méconnaissance de la
présomption d’innocence garantie par l’article 6.2 de la Convention, la-
quelle est d’application générale et bénéficie dès lors également à un
fonctionnaire de police poursuivi du chef de violence illégitime.
Dans la mesure où il repose sur l’affirmation du contraire, le moyen
manque en droit.
3. Aux conclusions du demandeur, l’arrêt répond notamment par les
considérations suivantes :
— les divergences entre les versions des cinq policiers portent sur des
éléments périphériques et reflètent, en l’espèce, l’absence de toute
concertation et connivence entre eux pour couvrir d’éventuels
méfaits ;
— ces divergences portent sur des points sans conséquence quant à
l’analyse des faits. Il en est notamment ainsi du placement de me-
nottes, continu ou non, au demandeur dont la mise au sol résulte des
seuls coups de pied qu’il donnait pour tenter de récupérer un couteau
placé sur le toit de la voiture ;
— les versions constantes des défendeurs sont compatibles avec les
constatations médicales, les témoignages des policiers non prévenus
mais présents tant sur les lieux de l’interpellation qu’au commissariat,
les témoignages des deux infirmières de l’établissement où le deman-
deur a reçu des soins, voire les photographies versées au rang des pièces
à conviction ;
— les coups portés par le demandeur aux policiers à toutes les étapes
de l’interpellation n’ont entraîné que l’usage d’une force raisonnable et
proportionnée à la nécessité de faire cesser un comportement dange-
reux, violent et contraire à la loi.
Les juges d’appel ont, de la sorte, régulièrement motivé et légale-
ment justifié leur décision.
À cet égard, le moyen ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 961
Du 15 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. de Codt, premier président. —
Rapp. M. Roggen. — Concl. conf. M. Loop, avocat général. —
Pl. M. Callewaert, du barreau de Bruxelles.
N° 254
1re CH. — 16 avril 2015
(RG C.13.0305.F)
1° CONVENTION. — FORCE OBLIGATOIRE (INEXÉCUTION). — INDEMNITÉ
POUR UNE INCAPACITÉ DE TRAVAIL TEMPORAIRE. — CONDITION D’OCTROI. —
PERTE DE SALAIRE OU DE REVENUS.
2° RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — DOMMAGE. — NOTION. FORMES.
— NOTION. — RÉPARATION. — OBJET.
3° RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — DOMMAGE. — POUVOIR D’APPRÉ-
CIATION. ÉVALUATION. DATE À CONSIDÉRER. — ÉVALUATION. — MODE D’ÉVA-
LUATION. — PRINCIPES.
4° RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — DOMMAGE. — POUVOIR D’APPRÉ-
CIATION. ÉVALUATION. DATE À CONSIDÉRER. — ÉVALUATION. — PRÉJUDICE MÉ-
NAGER PERMANENT. — ÉVALUATION EN ÉQUITÉ. — CONDITION.
1° Méconnaît la force obligatoire d’une convention, l’arrêt qui, en se fondant
sur des stipulations que ladite convention contient, refuse de donner à celle-
ci l’effet convenu par les parties (1) (2). (C. civ., art. 1134)
2° Celui qui, par sa faute, a causé un dommage à autrui est tenu de le réparer
et la victime a droit à la réparation intégrale du préjudice qu’elle a subi (3).
(C. civ., art. 1382 et 1383)
3° Le juge évalue in concreto le préjudice causé par un fait illicite (4).
(C. civ., art. 1382 et 1383)
4° Il peut recourir à une évaluation en équité du dommage à la condition qu’il
indique les motifs pour lesquels il ne peut admettre le mode de calcul proposé
par la victime et qu’il constate l’impossibilité de déterminer autrement le
dommage (5). (C. civ., art. 1382 et 1383)
(S.A. BELFIUS ASSURANCE C. R. ET CRTS)
Conclusions de M. l’avocat général Th. Werquin :
Le premier moyen, en sa seconde branche :
(…)
Le second moyen, en sa première branche :
(1) Voy. Cass. 15 juin 1998, RG S.97.0124.F, Pas. 1998, I, n° 310.
(2) Voy. les concl. du M.P.
(3) Id.
(4) Id.
(5) Id.
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962 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
L’arrêt décide que les indemnités dues sur la base du droit commun à
la première défenderesse par les deuxième et troisième défendeurs sont
« à titre d’aide de tierce personne permanente, — dommage passé :
27.891,50 euros, à majorer des intérêts compensatoires au taux de 5 % de-
puis la date moyenne du 1er avril 2007 jusqu’au 31 décembre 2009 puis aux
taux légaux successifs à partir du 1er janvier 2010, — dommage futur :
35.350,62 euros » et « à titre de préjudice ménager permanent 75.000 euros,
à majorer des intérêts compensatoires au taux de 5 % du 15 mai 2001, date
de la consolidation, au 31 décembre 2009, puis aux divers taux légaux suc-
cessifs à partir du 1er janvier 2010 ».
Il est contradictoire de considérer, d’une part, que « le droit de subro-
gation dont bénéficie (la demanderesse) pour l’aide d’une tierce personne
se limite (…) à 138.242,12 euros en principal, soit aux indemnités revenant
en droit commun à la victime pour les postes aide permanente de tierce
personne et préjudice ménager permanent » et que « des intérêts com-
pensatoires ne sont pas dus à (la demanderesse) qui ne démontre pas
avoir réglé des paiements effectifs au profit de (la première défenderesse)
pour ces postes » et, d’autre part, de décider « que la (demanderesse) est
subrogée conventionnellement dans les droits de son assurée (la pre-
mière défenderesse) à concurrence de la somme en principal de
138.242,12 euros, à majorer des intérêts dus en droit commun tels que pré-
cisés ci-dessus, du chef des indemnités à régler pour l’aide d’une tierce
personne permanente ».
L’arrêt viole ainsi l’article 149 de la Constitution.
Le moyen, en cette branche, est fondé.
Le second moyen en sa seconde branche :
1. La réparation du dommage permanent intervient presque toujours
après la consolidation des lésions en manière telle qu’une partie plus ou
moins importante de celui-ci sera réalisée au moment de son indemnisa-
tion (1).
Le dommage passé est par essence certain puisque déjà réalisé. Il s’en-
suit que le dommage permanent se rapportant au passé est évaluable
avec plus de précision parce que les données permettant de calculer ce
dommage sont en principe connues (2).
En revanche, même si le dommage futur doit être certain pour être in-
demnisé, son étendue dépendra de facteurs inconnus comme sa durée in-
fluencée par la survie probable de la victime ou susceptibles de se
modifier dans le temps, telle par exemple la composition du ménage
d’une victime (3).
Il résulte de ce qui précède que les dommages passés et futurs devraient
être soumis à des modes de calcul distincts en raison de leurs caractéris-
tiques spécifiques. Pour ce faire, il y aurait lieu de scinder l’évaluation
du dommage permanent en deux périodes, c’est-à-dire de recourir à la
(1) MAYERUS, « Comment évaluer le plus justement possible en droit commun la par-
tie déjà subie du dommage permanent ? », R.G.A.R. 2008, n° 14.374.
(2) MAYERUS, op. cit.
(3) MAYERUS, op. cit.
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 963
technique de la ventilation, appelée en néerlandais “splitsingme-
thode” (1).
La méthode de la capitalisation pour l’indemnisation du dommage per-
manent futur, périodique ou constant, oblige le juge à appliquer la théo-
rie du splitsing (2).
Sous peine de violer les articles 1382 et 1383 du Code civil, le juge a
l’obligation d’évaluer distinctement le dommage permanent déjà subi
lorsqu’il décide de recourir à la capitalisation pour l’estimation moné-
taire du dommage futur (3).
Le préjudice déjà subi depuis la consolidation jusqu’au jour de sa répa-
ration, généralement la date de la décision finale, sera le plus souvent
calculé sur la base de montants précis, perte de revenus par exemple, ou
sur la base d’une valeur journalière forfaitaire (4).
Les montants forfaitaires auxquels on se réfère pour l’estimation mo-
nétaire de certains préjudices, comme le dommage moral et le dommage
ménager, peuvent varier en fonction de l’évolution de la situation per-
sonnelle de la victime (5).
Lorsque le juge opte pour une évaluation ex aequo et bono du dommage
permanent, il ne doit pas recourir au splitsing. Il répare le préjudice per-
manent au moyen d’une indemnité globale et forfaitaire qui sera censée
couvrir tout ce préjudice depuis sa naissance, c’est-à-dire depuis la date
de consolidation des lésions (6).
2. Dans ses conclusions précédant l’arrêt de la Cour du 17 février
2012 (7), le ministère public considérait ce qui suit :
« Dans un arrêt du 13 mai 2009, la Cour a considéré que l’article 1382 du
Code civil oblige l’auteur de la faute à réparer intégralement le dom-
mage causé par celle-ci, en manière telle que la personne lésée se re-
trouve dans la situation qui aurait été la sienne si la faute dont elle se
plaint n’avait pas été commise (8).
Dans un arrêt du 13 septembre 1995, la Cour a considéré que pour éva-
luer le préjudice causé par un fait illicite le juge doit apprécier celui-ci
in concreto (9).
Dans un arrêt du 18 avril 2011, la Cour a considéré que le juge peut re-
courir à une évaluation en équité du dommage causé par une faute à la
condition qu’il indique les motifs pour lesquels il ne peut admettre le
mode de calcul proposé par la victime et qu’il constate en outre l’impos-
sibilité de déterminer autrement le dommage (10).
(1) MAYERUS, op. cit.
(2) MAYERUS, op. cit.
(3) MAYERUS, op. cit. ; Cass. 17 décembre 1986, Pas. 1987, I, p. 479.
(4) MAYERUS, op. cit.
(5) MAYERUS, op. cit.
(6) MAYERUS, op. cit.
(7) RG C.11.0451.F, Pas. 2012, n° 120.
(8) Cass. 13 mai 2009, Pas. 2009, n° 314.
(9) Cass. 13 septembre 1995, Pas. 1995, I, n° 381.
(10) Cass. 18 avril 2011, Pas. 2011, n° 263.
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964 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
Dans un arrêt du 9 septembre 2009, après avoir constaté que, pour la ré-
paration du préjudice ménager permanent, le demandeur a sollicité une
évaluation de sa valeur économique extra-professionnelle reposant, pour
le dommage passé, sur un forfait journalier multiplié par le nombre de
jours composant la période à indemniser et, pour le dommage futur, sur
une capitalisation également basée sur un forfait journalier et limitée à
l’âge de septante-cinq ans afin de tenir compte du fait que l’activité mé-
nagère s’amenuise avec le temps, la Cour a considéré que le jugement qui
énonce qu’il y a lieu, ainsi que la défenderesse le propose, de recourir à
une évaluation en équité sur la base de la méthode forfaitaire du point,
sans indiquer les raisons pour lesquelles le mode de calcul avancé par le
demandeur ne pourrait être admis et sans constater l’impossibilité de
déterminer le dommage autrement qu’en équité, ne justifie pas légale-
ment sa décision (1).
Dans un arrêt du 15 septembre 2010, la Cour a considéré que le juge peut
réparer le dommage moral de la victime en utilisant la méthode de la ca-
pitalisation, qu’il ne lui est pas interdit de considérer que ce mode de
calcul s’avère le plus objectif pour projeter dans l’avenir un préjudice
constant dont la valeur journalière est connue, quand bien même elle a
été fixée forfaitairement, et qu’en considérant, après avoir constaté que
l’arrêt attaqué rejette la méthode de capitalisation préconisée par la
victime en énonçant que cette méthode s’applique lorsque la base à ca-
pitaliser est fixe et objective, tel un salaire, mais qu’elle ne se justifie
pas, sous peine de créer un mode de calcul hybride, lorsque la base est
elle-même évaluée ex æquo et bono, que la capitalisation sur une base
journalière forfaitaire est prohibée, les juges d’appel ont violé les
articles 1382 et 1383 du Code civil (2).
Pour la période postérieure à la consolidation ou au jugement, si les
médecins experts ont la prétention de pouvoir déterminer l’intensité des
incapacités futures, on ne peut prévoir la durée exacte durant laquelle la
victime subira les conséquences d’une atteinte totale ou partielle à son
intégrité physique (3).
Pour cette période future, il convient nécessairement de tenir compte
de la durée de survie physiologique probable de la victime (4).
La jurisprudence a consacré trois méthodes distinctes d’indemnisation :
la rente indexée, la capitalisation et le forfait, étant entendu que la déci-
sion du magistrat ne sera dictée que par la seule volonté d’aboutir à une
réparation intégrale (5).
La méthode de capitalisation a pour objectif essentiel de prolonger sur
la ligne du temps les bases d’indemnisation du dommage temporaire ;
l’allocation journalière ou mensuelle allouée pour réparer ou compenser
(1) Cass. 9 septembre 2009, Pas. 2009, n° 485.
(2) Cass. 15 septembre 2010, Pas. 2010, n° 522.
(3) T. PAPART, « Forfait : n.m., crime audacieux… Adéquation des différentes
méthodes de calcul du préjudice futur », R.G.A.R. 2010, n° 14.603, 1.
(4) T. PAPART, op. cit.
(5) T. PAPART, op. cit.
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 965
le dommage temporaire sera utilisée mutatis mutandis pour calculer le
dommage futur (1).
On tiendra compte pour le calcul dit de capitalisation, d’une part, de
la durée probable de survie physiologique de la victime et, d’autre part,
lorsqu’il s’agit d’indemniser l’incapacité personnelle, d’une certaine ac-
coutumance de la victime, dans la mesure précisée ci-après, et lorsqu’il
s’agit d’indemniser l’incapacité ménagère, de l’évolution de la cellule fa-
miliale dans le temps, lorsqu’elle existe (2).
La méthode du forfait s’inscrit davantage dans une logique subsidiaire
de compensation. Cette indemnisation forfaitaire se fait le plus souvent
sur la base de montants de référence adoptés abstraitement soit par le
tableau indicatif établi sous l’égide de l’Union royale des Juges de paix
et de police, soit au sein de certaines juridictions. Ces montants, occa-
sionnellement adaptés pour tenir compte dans une certaine mesure de
l’érosion monétaire, ont été arrêtés sans aucun égard à un quelconque
calcul de “décapitalisation” des montants alloués pendant les incapaci-
tés temporaires et sans justification quant aux montants préconisés (3).
On peut s’étonner que les détracteurs de la méthode de capitalisation,
qui dénoncent le caractère arbitraire de la méthode, fassent l’apologie
qu’un système forfaitaire qui décuple l’arbitraire. Il semble en effet
quelque peu paradoxal d’admettre une base d’indemnisation de 25 euros
par jour d’incapacité temporaire totale et dégressive et de considérer
que, dès le jour de la consolidation ou du jugement, une telle base d’in-
demnisation devient arbitraire (4).
La méthode de capitalisation a précisément pour avantage de mieux
tenir compte de l’âge de la victime en intégrant dans le calcul du dom-
mage et de manière aussi scientifique que possible son espérance de
vie (5).
La capitalisation n’est pas une technique d’évaluation ; c’est un simple
mode de calcul de l’indemnité ; il n’y a rien d’incohérent à se fonder sur
un montant généralement admis, pour effectuer ensuite un calcul tenant
compte de la survie probable de la victime. Refuser cette méthode, c’est
partir d’un chiffre totalement arbitraire en l’affectant d’un coefficient
inconnu et à nouveau arbitraire. L’ex æquo et bono devient l’arbitraire au
carré (6).
La capitalisation d’un dommage sur une base forfaitaire doit être
adoptée si la victime le sollicite, sauf impossibilité d’y recourir consta-
tée et justifiée in concreto.
Certains tribunaux, après avoir consacré le recours à la méthode de ca-
pitalisation pour calculer le dommage moral permanent, considèrent
qu’il convient néanmoins de tenir compte d’une indemnité journalière
(1) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 2.
(2) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 2.
(3) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 2.
(4) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 5.
(5) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 5.
(6) J.L. FAGNART, For. Ass. 2007, n° 74, p. 83.
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966 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
minorée pour tenir compte des facultés d’adaptation et de la nécessaire
érosion des facteurs douloureux et frustratoires (1).
D’autres considèrent qu’il n’y a aucune raison de ne pas aligner l’ap-
préciation du dommage moral futur sur l’appréciation du dommage mo-
ral passé (2).
Il convient d’éviter toute généralisation et affirmation dogmatique.
La situation vécue par la victime est à chaque fois particulière en fonc-
tion de l’importance du taux, du contexte familial et social, ainsi que de
la nature des séquelles. Il peut arriver qu’avec le temps, certaines inca-
pacités s’estompent par un effet d’accoutumance ; par contre, il a aussi
été jugé avec raison que si le temps pouvait atténuer certaines souf-
frances physiques ou morales, l’âge peut accentuer le sentiment de dé-
pendance et de solitude (3).
Le rôle de l’expert est à cet égard capital et décisif ; il a, en effet, pour
mission d’informer complètement le magistrat qui l’a désigné sur l’in-
tensité, la nature et le caractère continu des répercussions domma-
geables résultant de l’incapacité personnelle. Ainsi, l’expert éclairera le
tribunal sur les possibilités d’accoutumance dont il a ou non tenu
compte dans la fixation des différents taux, et, singulièrement, du taux
d’incapacité personnelle (4).
Dans la mesure où le taux d’incapacité ou d’invalidité (à l’avenir d’in-
capacité personnelle) permanente constitue pour l’expert le quantum du
dommage au moment de la consolidation, c’est-à-dire à un moment où
aucune évolution favorable ou péjorative ne semble raisonnablement
pouvoir être prévue, il est censé inclure la probabilité d’accoutumance,
d’adaptation et d’estompement des conséquences des séquelles (5).
Dès lors que l’expert a tenu compte de cet aspect évolutif du dommage
futur, il ne saurait être question ensuite, lorsque le versant “indemnisa-
tion” est abordé, de minorer l’indemnité journalière pour tenir compte
une nouvelle fois de cette probabilité (6).
Dans la mesure où ses connaissances et son expérience lui permettent
d’appréhender de façon suffisamment certaine l’évolution des consé-
quences dommageables des séquelles pour la période post-consolidation,
l’expert est invité à s’en expliquer et à intégrer le cas échéant, les fac-
teurs évolutifs dans les taux retenus (7). »
3. Dans l’arrêt précité, la Cour décide, s’agissant du dommage moral,
qu’en considérant que la méthode de capitalisation ne se justifie pas
lorsque la base est elle-même évaluée en équité et est susceptible de va-
rier dans le temps, compte tenu de l’effet d’accoutumance et de la néces-
saire adaptation de la victime à ses souffrances et à ses conséquences
quand celles-ci se stabilisent au fil du temps, le jugement attaqué, qui
(1) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 6.
(2) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 6.
(3) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 6.
(4) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 6.
(5) T. PAPART, op. cit., n° 14.603 ,6.
(6) T. PAPART, op. cit., n° 14.603 ,6.
(7) T. PAPART, op. cit., n° 14.603, 7.
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 967
n’indique pas les circonstances propres à la cause qui justifient la varia-
tion dans le temps de la base forfaitaire, méconnaît l’obligation d’appré-
cier le dommage in concreto.
S’agissant du dommage économique ménager, la Cour décide qu’en
considérant que la méthode de capitalisation ne se justifie pas lorsque la
base forfaitaire est elle-même évaluée en équité et est susceptible de va-
rier dans le temps, ce qui est particulièrement le cas de l’activité ména-
gère, qui a tendance à se réduire avec l’âge, le jugement attaqué, qui
n’indique pas les circonstances propres à la cause qui justifient la varia-
tion dans le temps de la base forfaitaire, méconnaît l’obligation d’appré-
cier le dommage in concreto.
4. Dans un arrêt du 18 avril 2012 (1), la Cour constate que, pour réparer
le dommage moral et le préjudice ménager permanents encourus par la
victime à la suite de l’accident dont l’auteur a été jugé responsable, le
jugement attaqué rejette la méthode de capitalisation préconisée par la
victime au motif que cette méthode ne se justifie pas lorsque, à défaut
d’une base fixe et objective, tel un salaire, la base est elle-même évaluée
ex aequo et bono et qu’elle est susceptible, en outre, de varier dans le
temps, de sorte qu’aucune autre méthode qu’une évaluation en équité
n’est possible pour déterminer le préjudice futur.
Après avoir considéré que le juge peut réparer le dommage moral et
ménager de la victime en utilisant la méthode de capitalisation et qu’il
ne lui est pas interdit de considérer que ce mode de calcul s’avère le plus
objectif pour projeter dans l’avenir un préjudice constant dont la valeur
journalière est connue, quand bien même elle a été fixée forfaitairement,
la Cour décide qu’en considérant que la capitalisation sur une base
journalière forfaitaire est prohibée, les juges d’appel ont violé les
articles 1382 et 1383 du Code civil.
5. Dans un arrêt du 2 mai 2012 (2), la Cour considère que le juge peut
réparer le dommage moral et le préjudice ménager permanents en utili-
sant la méthode de la capitalisation et qu’il ne lui est pas interdit de
considérer que ce mode de calcul s’avère le plus objectif pour projeter
dans l’avenir notamment un préjudice constant dont la valeur journa-
lière est connue, quand bien même elle a été fixée forfaitairement, et que
le jugement attaqué du 16 janvier 2007, qui rejette cette méthode lorsque
la base est elle-même évaluée de manière forfaitaire et, en substance,
qu’elle est susceptible, comme en l’espèce, de varier dans le temps, viole
les articles 1382 et 1383 du Code civil.
6. Dans un arrêt du 20 novembre 2012 (3), la Cour, sans donner de motif,
s’écarte de la jurisprudence des arrêts précités.
La Cour a considéré qu’en rejetant l’application de la méthode de ca-
pitalisation pour évaluer le dommage moral en raison de l’invalidité per-
manente aux motifs qu’opter pour une estimation ex aequo et bono se fait
à défaut d’une assiette concrètement évidente, qu’une estimation sur la
(1) RG P.11.2093.F, non publié.
(2) RG P.12.0091.F, J.L.M.B. 2012, p. 1290.
(3) RG P.12.0499.N, Pas. 2012, n° 624.
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968 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
base d’un montant journalier forfaitaire conventionnellement fixé ser-
vant de base pour les périodes d’incapacité temporaire de travail et ré-
glée sur base annuelle pour capitaliser le dommage futur de l’incapacité
permanente de travail, est déduite de l’hypothèse que le dommage
conserve une même intensité avant et après la consolidation et qu’il y a
lieu de le considérer définitivement comme un élément statique, ce qui
n’est pas établi, que le dommage moral comporte différents éléments
dont, principalement, le dommage de la douleur, la perte de la joie de
vivre, la conscience de la diminution de la force physique ou des capaci-
tés intellectuelles, l’angoisse et l’incertitude concernant le futur et que
tous ces éléments sont tributaires de facteurs dynamiques, d’une pos-
sible aggravation de la douleur, surtout en cas de lésions physiques
graves, mais plus généralement, d’accoutumance et adaptation, les juges
d’appel ont justifié légalement leur décision.
De même, la Cour a considéré qu’en rejetant l’application de la mé-
thode de capitalisation pour évaluer le préjudice ménager permanent
aux motifs que l’on ne peut prévoir comment la composition de sa fa-
mille évoluera à l’avenir jusqu’à son décès, de sorte qu’il n’est pas davan-
tage possible, à défaut de paramètres fiables, d’estimer exactement ce
dommage et qu’en l’espèce, les motifs énoncés pour l’estimation du dom-
mage moral en raison de l’invalidité permanente valent de manière iden-
tique, les juges d’appel ont justifié légalement leur décision.
7. Dans un arrêt du 24 septembre 2014 (1), la Cour constate que, concer-
nant la réparation du préjudice moral permanent, le jugement considère,
sur la base de l’expertise, que la souffrance liée à la conscience de sa di-
minution physique pourra s’atténuer au fil du temps et que, même si
l’atteinte à l’intégrité physique est importante, on ne peut conclure que
ce dommage sera ressenti de la même façon par le demandeur jusqu’à la
fin de ses jours, et que, quant au préjudice ménager permanent, le juge-
ment rejette la capitalisation aux motifs que l’aide-ménagère antérieure
à l’accident est discutée et que la valeur ménagère va nécessairement
fluctuer dans l’avenir.
La Cour considère qu’ayant ainsi eu égard, d’une part, à la prévision
d’une atténuation du préjudice moral en se référant aux conclusions de
l’expert et, d’autre part, à l’incertitude quant à la base de calcul du pré-
judice ménager ainsi qu’à son évolution en se référant à la composition
de la famille, la nature et le degré des séquelles, ainsi qu’à l’âge du de-
mandeur, les juges d’appel ont donné les raisons pour lesquelles le mode
de réparation proposé par le demandeur ne pouvait être admis, et
conclut que, dès lors que le juge reste libre de considérer que le dommage
ne présente pas la périodicité ou la constance justifiant sa capitalisa-
tion, le tribunal a, sur le fondement des éléments concrets qui lui étaient
soumis, décidé d’arbitrer en équité le montant des préjudices précités
sans violer l’article 1382 du Code civil.
Alors qu’elle a rappelé que, pour évaluer ex aequo et bono un dommage
permanent, le juge doit indiquer la raison pour laquelle la méthode de
(1) RG P.14.0608.F, J.L.M.B. 2014, p. 1800.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 969 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 969
capitalisation invoquée par la victime ne peut être admise et constater
qu’il est impossible de déterminer autrement ledit dommage, la Cour,
qui considère que les juges d’appel ont donné les raisons pour lesquelles
le mode de réparation proposé par le demandeur ne pouvait être admis,
ne relève aucun motif dont elle déduit que les juges d’appel ont constaté
qu’il est impossible de déterminer autrement ledit dommage.
Cet arrêt, qui n’applique pas les conditions qui justifient l’évaluation
ex aequo et bono, s’écarte ainsi, à tort, de la jurisprudence de la Cour, que
sa deuxième chambre avait, pourtant, suivie.
8. Dans un arrêt du 19 novembre 2014 (1), s’agissant de la détermination
du dommage moral permanent, la Cour, après avoir relevé que le juge-
ment attaqué écarte la capitalisation sur une base journalière forfai-
taire proposée par le demandeur au motif que le recours à la méthode de
capitalisation se justifie lorsque le tribunal dispose d’une base fixe et ob-
jective, et qu’il ne se justifie pas lorsque la base est elle-même évaluée
de manière forfaitaire, à peine de présenter un caractère hybride et ar-
tificiel, a considéré que le jugement attaqué avait violé l’article 1382 du
Code civil.
Il suit de cet arrêt rendu par la deuxième chambre de la Cour, qui suit
la jurisprudence de la Cour, que l’arrêt précité du 24 septembre 2014 est
un arrêt isolé dont il n’y a pas lieu de suivre l’enseignement.
9. La jurisprudence de la Cour est fixée en ce sens qu’elle considère le
caractère subsidiaire de l’évaluation forfaitaire et estime que le juge
peut recourir à une évaluation ex aequo et bono à la condition qu’il in-
dique les motifs pour lesquels il ne peut admettre le mode de calcul pro-
posé par la victime et qu’il constate, en outre, l’impossibilité de
déterminer autrement le dommage.
Il en est de même lorsqu’elle considère que le caractère forfaitaire de
l’indemnité servant de calcul de capitalisation ne constitue pas un motif
pour écarter la méthode de capitalisation.
Affirmer qu’une estimation sur la base d’un montant journalier forfai-
taire conventionnellement fixé servant de base pour les périodes d’inca-
pacité temporaire de travail et réglée sur base annuelle pour capitaliser
le dommage futur de l’incapacité permanente de travail, est déduite de
l’hypothèse que le dommage conserve une même intensité avant et après
la consolidation et qu’il y a lieu de le considérer définitivement comme
un élément statique, ce qui n’est pas établi, pose en règle que c’est à la
victime qu’il appartient d’établir que, postérieurement à la consolida-
tion, l’intensité de son préjudice n’a pas évolué favorablement, ce qui
peut paraître surprenant (2).
De plus, une telle affirmation fait fi de la notion même de consolida-
tion qui, sur le plan médical, désigne le moment où les lésions subies par
la victime se stabilisent et acquièrent un caractère permanent. Du reste,
lorsqu’ils procèdent à la consolidation des lésions, les experts médecins
sont censés tenir compte, au moment de la fixation d’un taux d’incapa-
(1) RG P.14.1121.F, Pas. 2014, n° 707, avec les concl. conf. du M.P.
(2) J.F. MAROT, « La valse à deux temps », J.J. Pol. 2013, p. 147.
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970 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
cité personnelle permanente, du potentiel d’amélioration de la vic-
time (1).
Par ailleurs, on cherche en vain quelles sont les raisons objectives qui
permettent de conclure à une accoutumance de principe de la victime à
ses séquelles (2).
La capitalisation peut être refusée lorsque le préjudice n’apparaît pas
constant, qu’il n’est pas possible de faire de la durée du préjudice un élé-
ment déterminant et mesurable de son ampleur (3).
Il ne suffit pas d’affirmer que le dommage évoluera dans le temps, par-
tant qu’il n’est pas constant, pour ne pas recourir à la capitalisation. La
motivation doit être circonstanciée (4).
Il ne suffit pas d’alléguer l’effet d’accoutumance et la nécessaire adap-
tation de la victime à ses souffrances et à leurs conséquences quand
celles-ci se stabilisent au fil du temps, partant, que le dommage n’est pas
constant, pour écarter la capitalisation du préjudice moral.
Il ne suffit pas d’alléguer que l’activité ménagère est susceptible de va-
rier dans le temps et a tendance à se réduire avec l’âge, partant qu’il
n’est pas constant, pour refuser la capitalisation du préjudice ménager.
Il faut indiquer les circonstances propres à la cause qui justifient la va-
riation dans le temps de la base forfaitaire (5).
Cependant, si la base forfaitaire varie dans le temps, mais dans une me-
sure qui peut être déterminée, il y a lieu de recourir à la capitalisation,
sur des bases qui peuvent être progressives ou dégressives (6).
S’il veut recourir à l’évaluation forfaitaire, le juge ne doit pas se
contenter d’évoquer la variation dans le temps de la base forfaitaire,
mais il doit souligner les circonstances propres à la cause qui justifient
l’impossibilité d’évaluer le préjudice futur par unité de temps, les varia-
tions futures du dommage n’étant pas quantifiables ou mesurables (7).
Le juge peut refuser la capitalisation lorsque la victime n’a pas tenu
compte, dans son calcul, des modifications de la sphère familiale. Il ne
peut pas ériger en principe qu’il n’y a pas lieu de se livrer à cet exercice,
lequel doit être effectué avec la rigueur nécessaire (8).
10. Dans ses conclusions d’appel, le demandeur demandait, en ce qui
concerne le préjudice ménager permanent, le recours à la méthode de ca-
pitalisation avec distinction du dommage passé et futur et considérait
que, pour le passé, il y a eu ménage à trois du 15 mai 2001 au 13 janvier
2004, à deux du 14 janvier 2004 au 10 décembre 2005 et à une du 28 août 2007
au 11 février 2013, qui correspond à la date présumée de l’arrêt à interve-
nir, la base journalière étant fixée respectivement à 30 euros, 25 euros et
(1) J.F. MAROT, op. cit.
(2) J.F. MAROT, op. cit.
(3) D. DE CALLATAŸ, « En route vers un réel devoir de motivation du recours à l’éva-
luation forfaitaire », R.G.A.R. 2013, n° 14.938, 4.
(4) D. DE CALLATAŸ, op. cit.
(5) D. DE CALLATAŸ, op. cit.
(6) D. DE CALLATAŸ, op. cit.
(7) D. DE CALLATAŸ, op. cit.
(8) J.F. MAROT, op. cit.
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 971
17,50 euros et, pour le futur postérieur au 11 février 2013, soit une base
journalière de 25 euros à 100 pc d’incapacité, soit une base journalière de
20 euros à 100 pc d’incapacité selon la formule qu’il indiquait.
L’arrêt constate que « (la première défenderesse) effectue un calcul de
capitalisation, distinguant le dommage passé du dommage futur, rete-
nant pour le dommage passé diverses bases d’indemnisation journalières
en fonction de l’évolution du ménage de (celle-ci) et, pour son calcul de
capitalisation, une base journalière de 25 ou 20 euros et un taux d’IPP de
100 pc » et « postule le paiement d’une somme de 47.030 euros à titre de
dommage passé et de 48.557,28 euros à titre de préjudice futur ».
L’arrêt considère, d’une part, que « depuis la consolidation intervenue
le 15 mai 2001, le ménage de (la première défenderesse) a connu des mo-
difications importantes dès lors que son époux a quitté le domicile
conjugal le 6 juillet 1995 pour ne le réintégrer que douze ans plus tard,
que son fils (…) a quitté le domicile familial le 10 décembre 2005, que sa
fille (…) a quitté le domicile familial le 13 janvier 2004, que ces modifica-
tions au sein du ménage de la victime ont eu une répercussion sur les
tâches ménagères qui n’étaient (…) pas les mêmes lorsqu’on vit à 3, à 2
ou seul au sein du ménage » et, d’autre part, que « les capacités ména-
gères évoluent au fil du temps et de l’âge qui passe ».
L’arrêt qui, d’une part, se fonde sur les variations de la base forfai-
taire, déterminée par la première défenderesse pour établir le dommage
passé, et, d’autre part, s’agissant des capacités ménagères, n’indique pas
les circonstances propres à la cause qui justifient la variation dans le
temps de la base forfaitaire, pour décider que « le préjudice ménager
post-consolidation subi par (la première défenderesse) n’est pas un pré-
judice constant pour lequel une valeur journalière est connue, précisé-
ment en l’absence de constance et de permanence de ce préjudice », que
« la méthode d’évaluation du dommage par capitalisation n’est pas jus-
tifiée dès lors qu’elle ne prend pas suffisamment en compte la réalité
concrète du dommage et son caractère évolutif » et que « le calcul forfai-
taire de l’indemnisation du dommage ménager permanent est dès lors le
plus adéquat dès lors qu’il n’est pas possible de le déterminer
autrement », méconnaît l’obligation d’apprécier le dommage in concreto.
Le moyen, en cette branche, est fondé.
11. Conclusion : cassation de l’arrêt attaqué en tant qu’il statue sur les
indemnités pour le dommage matériel durant les incapacités tempo-
raires dans le cadre de l’action de la première défenderesse contre la de-
manderesse, sur le préjudice ménager permanent dans le cadre de
l’action subrogatoire de la demanderesse dirigée contre le deuxième dé-
fendeur et la troisième défenderesse et sur l’étendue de la subrogation de
la demanderesse.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 11 février
2013 par la cour d’appel de Liège.
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972 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
Le 31 mars 2015, l’avocat général Thierry Werquin a déposé des
conclusions au greffe.
Le président de section Albert Fettweis a fait rapport et l’avocat gé-
néral Thierry Werquin a été entendu en ses conclusions.
II. LES MOYENS DE CASSATION
La demanderesse présente deux moyens libellés dans les termes
suivants :
Premier moyen
Dispositions légales violées
— article 1134 du Code civil ;
— principe général du droit relatif au respect des droits de la défense.
Décisions et motifs critiqués
L’arrêt attaqué condamne la demanderesse à payer à [la première défende-
resse], à titre d’indemnités pour le dommage matériel temporaire, une somme
provisionnelle de 10.000 euros et, pour le surplus, lui ordonne de produire le dé-
compte détaillé de ses calculs d’indemnités durant les incapacités temporaires,
à établir sur la base des principes énoncés au point III.3 des motifs, et réserve à
statuer sur le surplus.
L’arrêt attaqué décide sub III.3 (« Incapacités temporaires ») :
« 3.1. L’article 7 des conditions générales stipule que l’indemnité pour une in-
capacité de travail temporaire ne se verse qu’à partir du trente et unième jour
à compter du premier jour de l’incapacité. “Cette indemnité ne sera due que dans
la mesure où la victime de cette incapacité a réellement subi une perte de sa-
laire ou de revenus” (pièce 1 du dossier [de la demanderesse]) ;
Il résulte de l’arrêt du 4 octobre 2011, actuellement définitif, que durant les in-
capacités temporaires, [la première défenderesse] a subi une perte de salaire,
après intervention de sa mutuelle, de 23.003,43 euros et que ce n’est qu’en raison
des prestations contractuelles complémentaires de la [demanderesse], qui a ré-
glé 77.432,39 euros à la victime du 8 août 1993 au 30 avril 2000, que [cette défende-
resse] n’a, en fin de compte, pas subi de préjudice matériel durant les
incapacités temporaires ;
[La demanderesse] ne peut donc soutenir que son intervention est subsidiaire
par rapport à celle de l’Institut national d’assurance maladie-invalidité et dé-
duire des indemnités qu’elle est tenue de verser contractuellement à son assuré
pendant les incapacités temporaires les indemnités versées à [la première défen-
deresse] par l’Alliance nationale des mutualités chrétiennes durant cette
période ;
En effet, comme précisé ci-avant, les indemnités versées par la mutuelle du-
rant les incapacités temporaires sont inférieures à la rémunération qu’aurait
perçue [la première défenderesse] si l’accident ne s’était pas produit. Elle subit
donc une perte de revenus, ce qui lui ouvre le droit aux indemnités prévues dans
la police d’assurance conclue avec [la demanderesse] et ce, sans les restrictions
que celle-ci prétend lui imposer ;
3.2. Selon le décompte de [la demanderesse], les indemnités à régler durant les
incapacités temporaires, sur la base des taux et périodes retenus en droit com-
mun par le docteur T., s’élèvent à la somme totale de 101.655,15 euros. Il n’y a
toutefois pas lieu de déduire de cette somme, comme le fait [la demanderesse],
les interventions de la mutuelle jusqu’à concurrence de 12.920,15 euros et
6.664,97 euros ;
Dès lors que [la demanderesse] a déjà réglé 77.432,33 euros, il subsiste un solde
en faveur de la victime de 101.655,15 euros – 77.432,33 euros, soit 24.222,82 euros ;
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 973
3.3. [La première défenderesse] demande qu’il soit ordonné à [la demanderesse]
de produire le décompte, mois par mois, avec le détail des paramètres de base
appliqués pour justifier les calculs à produire, des indemnités conventionnelles
sur la base du salaire conventionnel indexé et sur la base du tableau séquellaire
retenu par l’expert T. Elle sollicite la condamnation de [la demanderesse] à lui
payer la somme provisionnelle complémentaire de 10.000 euros dans l’attente de
la production de ce décompte ;
Il y a lieu de rappeler […] que [la demanderesse] doit établir ses calculs d’in-
demnités sur la base du salaire de base de 1.235.463 francs ou 30.626,33 euros, non
indexé, et qu’elle a bien tenu compte du tableau séquellaire établi par
l’expert T. ;
Il reste que le décompte d’indemnité durant les incapacités temporaires, tel
qu’il figure en pages 10 et 11 de ses conclusions, ne permet pas d’appréhender la
manière dont [la demanderesse] a effectué ses calculs. Les décomptes produits
en pièces 6a, 6b, 6c et 7 de son dossier ne l’autorisent pas davantage ;
Il y a dès lors lieu d’inviter [la demanderesse] à communiquer le détail de ses
calculs d’indemnités durant les incapacités temporaires, sur la base des prin-
cipes énoncés ci-dessus ;
Dans l’attente de la production de ce décompte explicatif, il y a lieu de
condamner [la demanderesse] à payer à [la première défenderesse] une somme
provisionnelle complémentaire de 10.000 euros pour ce poste ».
Griefs
L’arrêt attaqué, bien qu’il ne statue pas encore définitivement sur le montant
dû par la demanderesse à [la première défenderesse] pour les incapacités tempo-
raires et n’alloue pour ce poste qu’une indemnité provisionnelle de 10.000 euros,
ordonne à la demanderesse de produire un décompte et réserve à statuer sur le
surplus, décide déjà que la demanderesse ne peut tenir compte, dans le calcul de
l’indemnité due à [cette défenderesse], des interventions de la mutuelle pendant
la période des incapacités temporaires.
Seconde branche
L’arrêt attaqué constate
— qu’aux termes de l’article 7 des conditions générales de la police d’assu-
rance, l’indemnité pour incapacité de travail temporaire « ne sera due que dans
la mesure où la victime de cette incapacité a réellement subi une perte de sa-
laire ou de revenus » ;
— que, durant les incapacités temporaires, [la première défenderesse] a subi
une perte de salaire, après intervention de sa mutuelle, de 23.003,43 euros ;
— que [cette défenderesse] n’a, en fin de compte, pas subi de préjudice maté-
riel durant les incapacités temporaires qu’en raison des prestations contrac-
tuelles complémentaires de la demanderesse, qui lui a réglé 77.432,39 euros ;
— que les indemnités versées par la mutuelle durant les incapacités tempo-
raires sont inférieures à la rémunération qu’aurait perçue [la première défende-
resse] si l’accident ne s’était pas produit ;
— que [la première défenderesse] subit donc une perte de revenus, ce qui lui
ouvre le droit aux indemnités prévues dans la police d’assurance conclue avec la
demanderesse, et ce sans les restrictions que celle-ci prétend lui imposer.
Il résulte ainsi des constatations de l’arrêt attaqué que, sans les prestations
de la demanderesse, [la première défenderesse] subit une perte de revenus
jusqu’à concurrence de 23.003,43 euros. Pour apprécier si [elle] a réellement subi
une perte de revenus, l’arrêt attaqué tient compte des interventions de la mu-
tuelle.
L’article 7 des conditions générales dudit contrat d’assurance stipule qu’une
indemnité pour l’incapacité de travail temporaire ne sera due que « dans la me-
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974 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
sure où » la victime de cette incapacité a réellement subi une perte de salaire
ou de revenus. Cet article ne stipule pas que l’indemnité ne sera due que « si » la
victime de cette incapacité a réellement subi une perte de salaire ou de revenus.
Il résulte de cette stipulation contractuelle
— d’une part, que l’indemnité pour l’incapacité de travail temporaire, due en
vertu du contrat d’assurance, ne peut être supérieure au montant de la perte de
salaire ou de revenus réellement subie par la victime ;
— d’autre part, que le contrat d’assurance a un caractère indemnitaire, de
sorte que [la première défenderesse] ne peut cumuler les prestations de la mu-
tuelle et les indemnités de l’assurance et que les indemnités payées à [celle-ci]
par la mutuelle devront être déduites des montants dus en vertu du contrat d’as-
surance.
En décidant, par application de l’article 7 des conditions générales du contrat
d’assurance, que
— [la première défenderesse] a réellement subi une perte de salaire ou de re-
venus au motif que, après intervention de sa mutuelle, elle a subi une perte de
23.003,43 euros ;
— cette perte de revenus lui ouvre le droit aux indemnités prévues dans la po-
lice d’assurance conclue avec la demanderesse ;
— pour évaluer l’indemnité due en vertu du contrat d’assurance pour la perte
de salaire ou de revenus, l’intervention de la mutuelle ne peut pas être prise en
compte,
l’arrêt attaqué reconnaît au contrat d’assurance un effet qu’il n’a pas légale-
ment entre les parties et méconnaît partant la force obligatoire du contrat d’as-
surance (violation de l’article 1134 du Code civil).
Second moyen
Dispositions légales violées
— article 149 de la Constitution ;
— article 1138, 4°, du Code judiciaire ;
— articles 1134, 1319, 1320, 1322, 1382 et 1383 du Code civil.
Décisions et motifs critiqués
L’arrêt attaqué dit que, à la suite de l’accident survenu le 8 août 1993, les in-
demnités complémentaires dues sur la base du droit commun par [les deuxième
et troisième défendeurs] à [la première défenderesse] sont les suivantes :
— à titre d’aide permanente d’une tierce personne :
— dommage passé : 27.891,50 euros, à majorer des intérêts compensatoires au
taux de 5 p.c. depuis la date moyenne du 1er avril 2007 jusqu’au 31 décembre 2009,
puis aux taux légaux successifs à partir du 1er janvier 2010 ;
— dommage futur : 35.350,62 euros ;
— à titre de préjudice ménager permanent : 75.000 euros, à majorer des inté-
rêts compensatoires au taux de 5 p.c. du 15 mai 2001, date de la consolidation, au
31 décembre 2009 puis aux divers taux légaux successifs à partir du 1er janvier
2010,
et que ces montants reviennent à la demanderesse dans le cadre de son action
subrogatoire concernant ces postes.
L’arrêt attaqué dit en outre que la demanderesse est subrogée conventionnel-
lement dans les droits de son assurée, [la première défenderesse], jusqu’à
concurrence de la somme en principal de 138.242,12 euros, à majorer des
intérêts dus en droit commun, c’est-à-dire des intérêts compensatoires sur
27.891,50 euros depuis le 1er avril 2007 au taux de 5 p.c. jusqu’au 31 décembre 2009
et aux taux légaux successifs à partir du 1er janvier 2010 et des intérêts compen-
satoires sur 75.000 euros depuis le 15 mai 2001 jusqu’au 31 décembre 2009 au taux
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 975
de 5 p.c. et à partir du 1er janvier 2010 aux taux légaux successifs, du chef des in-
demnités à régler pour l’aide permanente d’une tierce personne, et condamne
[les deuxième et troisième défendeurs] à payer ces montants à la demanderesse.
L’arrêt attaqué appuie cette décision sur les considérations ci-après
énoncées :
« Réclamations formulées par [la demanderesse] à l’encontre [des deuxième et
troisième défendeurs]
1. Il y a lieu de rappeler que [la demanderesse] bénéficie d’un droit de subro-
gation conventionnelle et que la mutuelle Alliance nationale des mutualités
chrétiennes bénéficie également d’un droit de subrogation légale préférentiel
par rapport à [la demanderesse], ce que cette dernière ne conteste pas ;
[La demanderesse] est subrogée dans les droits de [la première défenderesse]
jusqu’à concurrence cependant de ses décaissements et de la hauteur de l’indem-
nisation due par le tiers responsable en vertu du droit commun. [La demande-
resse] ne peut donc obtenir du responsable et de son assureur plus que ce que la
victime peut obtenir à leur encontre en droit commun ;
[…] 3. Indemnités pour le dommage résultant de l’aide d’une tierce personne
Le dommage permanent pour l’aide d’une tierce personne et le préjudice mé-
nager permanent auxquels peut prétendre [la première défenderesse] sont fixés
en droit commun aux points 1.2 et 1.3 ci-dessus ;
[La demanderesse] ne peut prétendre à plus de droits vis-à-vis du responsable
et de son assureur que la victime elle-même dès lors que [la demanderesse] est
subrogée dans les droits de son affiliée et que, par une demande distincte, elle
exerce l’action en paiement des indemnités de la victime elle-même en droit
commun ;
[La demanderesse] ne peut donc refaire les comptes de ce qui serait dû à [la
première défenderesse] par [les deuxième et troisième défendeurs] en droit com-
mun pour ces postes, comme elle le fait en pages 15 à 17 de ses conclusions, ni
déterminer les montants qui lui reviennent par référence au besoin d’assistance
défini en loi par le docteur D. ;
Le responsable et son assureur sont tenus de payer à [la première défende-
resse], en vertu du droit commun :
— pour l’aide permanente d’une tierce personne : 27.891,50 euros pour le préju-
dice passé et 35.350,62 euros pour le préjudice futur ;
— pour le préjudice ménager permanent : 75.000 euros,
soit un total pour ces deux postes de 138.242,12 euros en principal ;
[La demanderesse] est tenue de payer à son assurée, en vertu de la police d’as-
surance “accidents corporels vie privée comme en loi”, pour le poste “aide d’une
tierce personne”, 73.315,77 euros pour le dommage passé et 150.878,99 euros pour
le dommage futur, sous la forme d’un capital à placer en réserve afin de garantir
le paiement d’une rente mensuelle à [cette défenderesse]. Ses décaissements
pour ce poste sont donc d’une somme totale de 224.194,76 euros ;
L’arrêt du 4 octobre 2011 précise à cet égard que “l’indemnisation du préjudice
ménager permanent sera partiellement influencée par l’intervention de [la de-
manderesse] dans l’indemnisation relative à l’aide d’une tierce personne. Il y a
lieu de rappeler que l’aide d’une tierce personne va venir en déduction partielle
du préjudice ménager” ;
Il se trouve que, in concreto, l’assiette subrogatoire de [la demanderesse] est
inférieure à ces décaissements ;
Le droit de subrogation dont bénéficie [la demanderesse] pour l’aide d’une
tierce personne se limite donc à 138.242,12 euros en principal, soit aux indemni-
tés revenant en droit commun à la victime pour les postes “aide permanente
d’une tierce personne” et “préjudice ménager permanent” ;
Des intérêts compensatoires ne sont pas dus à [la demanderesse] qui ne dé-
montre pas avoir réglé des paiements effectifs au profit de [la première défende-
resse] pour ces postes ».
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976 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
L’arrêt attaqué évalue le dommage permanent pour l’aide d’une tierce per-
sonne en droit commun :
— pour la période du 15 mai 2001, date de la consolidation, au 11 février 2013,
date de la prononciation de l’arrêt, à 27.891,50 euros, à majorer des intérêts com-
pensatoires depuis la date moyenne du 1er avril 2007 au taux de 5 p.c. jusqu’au
31 décembre 2009, puis aux taux légaux successifs à partir du 1er janvier 2010 ;
— pour la période future, à 35.350,62 euros.
L’arrêt attaqué évalue le préjudice ménager permanent en droit commun à
75.000 euros, à majorer des intérêts compensatoires au taux de 5 p.c. depuis le
15 mai 2001 jusqu’au 31 décembre 2009 et ensuite aux divers taux légaux succes-
sifs à partir du 1er janvier 2010 ;
La décision quant à l’évaluation du préjudice ménager permanent en droit
commun est motivée comme suit :
« 3. Préjudice ménager permanent
[La première défenderesse] effectue un calcul de capitalisation, distinguant le
dommage passé du dommage futur, retenant pour le dommage passé diverses
bases d’indemnisation journalières en fonction de l’évolution de son ménage et
pour son calcul de capitalisation une base journalière de 25 ou 20 euros et un
taux d’incapacité permanente de 100 p.c. Elle demande le paiement d’une somme
de 47.030 euros au titre du dommage passé et de 48.557,28 euros au titre du préju-
dice futur ;
[Les deuxième et troisième défendeurs] contestent la capitalisation du dom-
mage ménager permanent et proposent une évaluation ex aequo et bono de
500 euros par point sur la base du taux d’invalidité permanente de 75 p.c., soit
37.500 euros ;
L’obligation pour le juge d’indemniser le dommage intégralement implique
qu’il se place au jour de sa décision pour évaluer le dommage et qu’il apprécie
celui-ci concrètement et non de façon abstraite. Cela n’implique pas pour autant
qu’il doive distinguer nécessairement le dommage subi jusqu’au jour de sa déci-
sion et le dommage futur ;
La méthode d’évaluation du dommage ménager permanent proposée par [la
première défenderesse] ne sera pas retenue car le dommage ne présente pas la
constance et la permanence justifiant sa capitalisation ;
Cette incertitude quant à la constance du préjudice résulte à suffisance des
éléments du dossier et du rapport d’expertise. En effet, depuis la consolidation
intervenue le 15 mai 2001, le ménage de [la première défenderesse] a connu des
modifications importantes dès lors que
— son époux a quitté le domicile conjugal le 6 juillet 1995 pour ne le réintégrer
que douze ans plus tard en juillet 2007 ;
— son fils G., né le 1er janvier 1975 et âgé de 26 ans lors de la consolidation, a
quitté le domicile familial le 10 décembre 2005 ;
— sa fille F., née le 6 mai 1978 et âgée de 23 ans lors de la consolidation, a quit-
té le domicile familial le 13 janvier 2004 ;
Ces modifications au sein du ménage de la victime ont eu une répercussion sur
les tâches ménagères qui n’étaient évidemment pas les mêmes lorsqu’on vit à
trois, à deux ou seul au sein du ménage ;
En outre, les capacités ménagères évoluent au fil du temps et de l’âge qui
passe ;
Il suit de ces éléments que le préjudice ménager post-consolidation subi par
[la première défenderesse] n’est pas un préjudice constant pour lequel une va-
leur journalière est connue, précisément en l’absence de constance et de perma-
nence de ce préjudice ;
La méthode d’évaluation du dommage par capitalisation n’est pas justifiée
dès lors qu’elle ne prend pas suffisamment en compte la réalité concrète du dom-
mage et son caractère évolutif ;
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Le calcul forfaitaire de l’indemnisation du dommage ménager permanent est
dès lors le plus adéquat, dès lors qu’il n’est pas possible de le déterminer autre-
ment (Cass. 20 février 2004, Pas. 2004, p. 297 ; 18 avril 2012, RG P.11.2093) ;
Le dommage de [la première défenderesse] sera en conséquence évalué forfai-
tairement, la cour [d’appel] évaluant au jour du présent arrêt le dommage mé-
nager permanent fixé de façon définitive à la date de la consolidation, sans
distinguer le préjudice déjà subi du préjudice futur, cette distinction n’ayant
pas de raison d’être en cas d’évaluation forfaitaire ;
À la date de la consolidation, le dommage permanent, pour être à échoir, n’en
est pas moins certain dans son principe et évaluable dans sa totalité ;
Pour évaluer ce dommage, au jour du présent arrêt, la cour [d’appel] prend en
considération l’importance des séquelles conservées par [la première défende-
resse], telles qu’elles sont décrites dans le rapport d’expertise, son âge à la
consolidation (53 ans) et le fait qu’à la date de la consolidation, ce dommage est
à échoir ;
Ce dommage sera réparé de façon adéquate par l’octroi de 1.000 euros le point
x 75 p.c., soit la somme totale de 75.000 euros ;
L’expert T. a en effet fixé le taux d’invalidité permanente à 75 p.c. et ce sont
bien les répercussions de cette atteinte à l’intégrité physique sur les capacités
ménagères de la victime qui constituent le préjudice ménager dont elle sollicite
l’indemnisation. Le taux d’incapacité permanente de 100 p.c. prévu pour les ré-
percussions qu’entraîne cette atteinte sur le potentiel économique de la victime
ne trouve pas à s’appliquer ;
Cette somme sera majorée des intérêts compensatoires au taux de 5 p.c. depuis
le 15 mai 2001, date de la consolidation, jusqu’au 31 décembre 2009, et ensuite aux
divers taux légaux successifs à partir du 1er janvier 2010 ».
Griefs
Seconde branche
1. L’arrêt attaqué condamne [les deuxième et troisième défendeurs] à payer à
la demanderesse la somme de 138.242,12 euros, à majorer des intérêts compensa-
toires sur 27.891,50 euros depuis le 1er avril 2007 au taux de 5 p.c. jusqu’au
31 décembre 2009 et aux taux légaux successifs à partir du 1er janvier 2010 et des
intérêts compensatoires sur 75.000 euros depuis le 15 mai 2001 jusqu’au
31 décembre 2009 au taux de 5 p.c. et à partir du 1er janvier 2010 aux taux légaux
successifs, du chef des indemnités à régler pour l’aide permanente d’une tierce
personne, aux motifs que
— le responsable et son assureur sont tenus de payer à [la première défende-
resse], en vertu du droit commun, la somme de 138.242,12 euros (c’est-à-dire, pour
l’aide permanente d’une tierce personne, 27.891,50 euros et 35.350,62 euros et,
pour le préjudice ménager permanent, 75.000 euros), à majorer des intérêts com-
pensatoires sur 27.891,50 euros depuis le 1er avril 2007 au taux de 5 p.c. jusqu’au
31 décembre 2009 et aux taux légaux successifs à partir du 1er janvier 2010 et des
intérêts compensatoires sur 75.000 euros depuis le 15 mai 2001 jusqu’au
31 décembre 2009 au taux de 5 p.c. et à partir du 1er janvier 2010 aux taux légaux
successifs ;
— la demanderesse a décaissé pour ce poste une somme totale de
224.194,76 euros ;
— le droit de subrogation de la demanderesse se limite donc au montant des
indemnités revenant en droit commun à la victime.
L’évaluation du préjudice ménager permanent en droit commun n’est pas lé-
galement justifiée.
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2. Dans ses conclusions additionnelles et de synthèse du 23 octobre 2012, [la
première défenderesse] avait évalué son dommage ménager permanent par ap-
plication de la méthode dite du « splitsing » et de la capitalisation.
Pour la période passée (du 15 mai 2001, date de la consolidation, au 11 février
2013, date de la prononciation de l’arrêt, elle avait proposé des forfaits journa-
liers qu’elle multiplia par le nombre de jours composant les périodes à indemni-
ser. Elle avait, en cette période, distingué quatre périodes afin de tenir compte
de l’évolution du ménage et donc des tâches ménagères.
[La première défenderesse] avait ainsi précisé que
— sa fille F. l’a quittée le 13 janvier 2004 et son fils G. le 10 décembre 2005 ;
— [le défendeur] avait quitté le domicile conjugal en juillet 1995 et l’a réinté-
gré le 28 août 2007 ;
— elle a donc vécu seule à son domicile du 10 décembre 2005 au 28 août 2007.
Elle proposait partant d’indemniser le dommage ménager sur les bases jour-
nalières suivantes :
— période du 16 mai 2001 au 13 janvier 2004 (ménage « à trois ») : 30 euros x
100 p.c. ;
— période du 14 janvier 2004 au 10 décembre 2005 (ménage « à deux » : 25 euros
x 100 p.c. ;
— période du 11 décembre 2005 au 27 août 2007 (ménage « isolé ») : 17,50 euros x
100 p.c. ;
— période du 28 août 2007 au 11 février 2013 (ménage « à deux ») : 25 euros x
65 p.c.
Pour le dommage futur, [elle] proposait un calcul par capitalisation sur base
d’une indemnité journalière (compte tenu du fait que le ménage était composé
de deux personnes, [elle] et son époux) de 25 euros ou, à titre subsidiaire, de
20 euros.
Elle réclamait ainsi (compte tenu du fait que des indemnités distinctes sont
allouées pour l’aide d’une tierce personne) 47.030 euros (ou 57.755 euros, selon le
mode de calcul de l’indemnité due pour l’aide d’une tierce personne) pour le
dommage passé et un montant variant entre 48.557,28 euros et 60.003,41 euros
(montant dépendant de la base journalière, du coefficient de capitalisation et du
mode de calcul de l’indemnité due pour l’aide d’une tierce personne) pour le
dommage futur.
3. En vertu des articles 1382 et 1383 du Code civil, tout fait quelconque, négli-
gence ou imprudence de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui
par la faute duquel il est arrivé, à le réparer.
Ces dispositions obligent l’auteur d’une faute à réparer intégralement le dom-
mage causé par celle-ci, en manière telle que la personne lésée se retrouve dans
la situation qui aurait été la sienne si la faute dont elle se plaint n’avait pas été
commise.
Pour évaluer le préjudice causé par un fait illicite, le juge doit apprécier celui-
ci in concreto.
Il existe, pour l’évaluation du dommage ménager à partir de la consolidation
(qui est, à la date de la prononciation de l’arrêt, postérieure à la date de la
consolidation, partiellement un dommage futur), trois méthodes distinctes
d’indemnisation : la rente indexée, la capitalisation et le forfait.
La méthode de la capitalisation a pour objectif essentiel de prolonger sur la
ligne du temps les bases d’indemnisation du dommage temporaire ; après l’allo-
cation journalière (ou mensuelle) allouée pour réparer ou compenser le dom-
mage temporaire et le dommage permanent passé, une allocation journalière
(ou mensuelle) sera également utilisée pour calculer le dommage futur.
Il sera tenu compte pour le calcul dit de la capitalisation du dommage ména-
ger, d’une part, de la durée probable de survie physiologique de la victime et,
d’autre part, de l’évolution de la cellule familiale dans le temps.
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 979
Le juge peut recourir à une évaluation en équité du dommage causé par une
faute, à condition qu’il indique les motifs pour lesquels il ne peut admettre le
mode de calcul proposé par la victime et qu’il constate en outre l’impossibilité
de déterminer autrement le dommage.
Pour refuser la capitalisation du préjudice ménager permanent proposée par
la victime, il ne suffit pas que le juge constate que l’activité ménagère est sus-
ceptible de varier dans le temps et a tendance à se réduire avec l’âge, sans qu’il
indique les circonstances propres à la cause qui justifient la variation dans le
temps de la base forfaitaire.
En outre, si la base forfaitaire varie dans le temps, mais dans une mesure qui
peut être déterminée, rien n’interdit de recourir à la capitalisation sur des bases
qui peuvent être progressives ou dégressives. Afin de recourir à l’évaluation for-
faitaire, le juge ne pourra donc pas se contenter d’évoquer la variation dans le
temps de la base forfaitaire, mais il devra souligner les circonstances propres à
la cause qui justifient l’impossibilité d’évaluer le préjudice futur par unité de
temps, les variations futures du dommage n’étant pas quantifiables ou mesu-
rables.
4. L’arrêt attaqué constate à juste titre que, pour évaluer le dommage ména-
ger permanent, [la première défenderesse] « effectue un calcul de capitalisation,
distinguant le dommage passé du dommage futur, retenant pour le dommage
passé diverses bases d’indemnisation journalières en fonction de l’évolution [de
son] ménage et pour son calcul de capitalisation une base journalière de 25 ou
20 euros et un taux d’incapacité permanente de 100 p.c. Elle [demande] le paie-
ment d’une somme de 47.030 euros au titre du dommage passé et de
48.557,28 euros au titre du préjudice futur ».
L’arrêt attaqué décide ensuite que la méthode d’évaluation du dommage par
capitalisation n’est pas justifiée et que le calcul forfaitaire s’impose parce que
le préjudice ménager postérieur à la consolidation n’est pas un préjudice
constant pour lequel une valeur journalière est connue, précisément en l’ab-
sence de constance et de permanence de ce préjudice, et que la méthode de capi-
talisation ne prend pas suffisamment en compte la réalité du dommage et son
caractère évolutif.
L’incertitude quant à la constance et la permanence du dommage résulte, se-
lon l’arrêt attaqué, du fait que
— depuis la date de la consolidation (15 mai 2001), le ménage de [la première
défenderesse] a connu des modifications importantes dès lors que son époux a
quitté le domicile conjugal le 6 juillet 1995 pour ne le réintégrer que douze ans
plus tard en juillet 2007 ; son fils G., né le 1er janvier 1975 et âgé de 26 ans lors de
la consolidation, a quitté le domicile familial le 10 décembre 2005, et sa fille F.,
née le 6 mai 1978 et âgée de 23 ans lors de la consolidation, a quitté le domicile
familial le 13 janvier 2004 ;
— ces modifications au sein du ménage de la victime ont eu une répercussion
sur les tâches ménagères qui n’étaient pas les mêmes lorsqu’on vit à trois, à
deux ou seul au sein du ménage ;
— les capacités ménagères évoluent au fil du temps et de l’âge qui passe.
5. Si la victime propose d’évaluer le dommage ménager par la méthode du
« splitsing » et de la capitalisation, le juge ne peut évaluer le dommage en équité
qu’à condition qu’il indique les motifs pour lesquels il ne peut admettre la mé-
thode proposée par la victime et constate en outre qu’il est impossible de déter-
miner autrement le dommage.
5.1. L’arrêt attaqué décide que la méthode d’évaluation du dommage par capi-
talisation proposée par [la première défenderesse] — méthode qui distinguait
plusieurs périodes pour tenir compte de la composition du ménage de la victime
et prenant en compte un forfait journalier différent selon que le ménage se com-
posait de trois, de deux ou d’une personne — ne peut être retenue au motif que
cette méthode d’évaluation ne tient pas compte de la réalité concrète du dom-
mage et de son caractère évolutif, c’est-à-dire du fait que les tâches ménagères
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980 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
n’étaient pas les mêmes pendant les périodes où le ménage était composé de
trois, de deux ou d’une personne.
En décidant que la méthode d’évaluation du dommage proposée par [la pre-
mière défenderesse] ne tient pas compte du caractère concret et évolutif du
dommage et de son inconstance résultant des modifications dans la composition
du dommage, alors que
— cette méthode d’évaluation tenait compte des modifications dans la com-
position du ménage ;
— l’arrêt attaqué ne dit pas pourquoi les bases variables d’évaluation propo-
sées par [cette défenderesse] ne permettent pas de tenir compte du caractère
évolutif du dommage,
— et ne constate pas que les variations dans le dommage ne sont pas quanti-
fiables ou mesurables,
l’arrêt attaqué ne décide pas légalement qu’il n’est pas possible de déterminer
le dommage autrement que par un calcul forfaitaire et ne justifie pas légale-
ment sa décision d’évaluer le dommage ménager forfaitairement à 1.000 euros le
point, soit 75.000 euros (violation des articles 1382 et 1383 du Code civil). À tout
le moins, l’arrêt attaqué reste ainsi en défaut de motiver sa décision (violation
de l’article 149 de la Constitution).
5.2. Dans la mesure où l’arrêt attaqué décide que la méthode d’évaluation pro-
posée par [la première défenderesse] ne tient pas compte de l’évolution du mé-
nage et donc de l’évolution du dommage ménager, alors qu’il résulte des
conclusions additionnelles et de synthèse du 23 octobre 2012 de [cette partie] que
la méthode qu’elle proposait tenait compte de cette évolution, il décide que les
conclusions de [celle-ci] ne contiennent pas une affirmation qui s’y trouve et
méconnaît partant la foi due auxdites conclusions (violation des articles 1319,
1320 et 1322 du Code civil).
5.3. La décision d’évaluer forfaitairement le dommage ménager permanent
n’est pas davantage légalement justifiée au motif que « les capacités ménagères
évoluent au fil du temps et de l’âge qui passe ».
L’arrêt attaqué n’indique en effet ni les circonstances propres à la cause qui
justifient que les capacités ménagères de [la première défenderesse] évolueront
au fil du temps et de l’âge qui passe, ni que les variations futures du dommage
qui y résulteraient ne sont pas quantifiables ou mesurables.
L’arrêt attaqué ne décide partant pas légalement qu’il n’est pas possible de dé-
terminer le dommage autrement que par un calcul forfaitaire et ne justifie pas
légalement sa décision d’évaluer le dommage ménager forfaitairement à
1000 euros le point, soit 75.000 euros (violation des articles 1382 et 1383 du Code
civil). À tout le moins, l’arrêt attaqué reste ainsi en défaut de motiver sa déci-
sion (violation de l’article 149 de la Constitution).
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
Quant à la seconde branche
L’arrêt constate que « l’article 7 des conditions générales [stipule]
que l’indemnité pour une incapacité de travail temporaire […] “ne sera
due que dans la mesure où la victime de cette incapacité a réellement
subi une perte de salaire ou de revenus” ».
L’arrêt relève que, « durant les incapacités temporaires, [la victime]
a subi une perte de salaire, après intervention de sa mutuelle, de
23.003,43 euros et que ce n’est qu’en raison des prestations contrac-
tuelles complémentaires de [la demanderesse], qui a réglé
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N° 254 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 981
77.432,39 euros à la victime […], que [celle-ci] n’a […] pas subi de préju-
dice matériel ».
L’arrêt, qui considère que, dès lors que « les indemnités versées par la
mutuelle […] sont inférieures à la rémunération qu’aurait perçue la
victime si l’accident ne s’était pas produit », « [celle-ci] subit […] une
perte de revenus […] qui lui ouvre le droit aux indemnités prévues dans
la police d’assurance conclue avec [la demanderesse] […] sans […] [dé-
duction] des indemnités […] versées à [la victime] par [la mutuelle] »,
méconnaît la force obligatoire du contrat d’assurance et viole
l’article 1134 du Code civil.
Le moyen, en cette branche, est fondé.
Sur le second moyen
Quant à la seconde branche
Celui qui, par sa faute, a causé un dommage à autrui est tenu de le
réparer et la victime a droit à la réparation intégrale du préjudice
qu’elle a subi.
Le juge évalue in concreto le préjudice causé par un fait illicite.
Il peut recourir à une évaluation en équité du dommage à la condition
qu’il indique les motifs pour lesquels il ne peut admettre le mode de
calcul proposé par la victime et qu’il constate l’impossibilité de déter-
miner autrement le dommage.
Dans ses conclusions d’appel, la première défenderesse demandait, en
ce qui concerne le préjudice ménager permanent, de recourir à la mé-
thode de capitalisation avec distinction du dommage passé et futur et
considérait que, pour le passé, le ménage a compté trois personnes du
15 mai 2001 au 13 janvier 2004, deux personnes du 14 janvier 2004 au
10 décembre 2005 et du 28 août 2007 au 11 février 2013, date présumée de
l’arrêt à intervenir, la base journalière étant fixée respectivement à
30 euros, 25 euros et 17,50 euros, et que, pour le futur, il fallait retenir
une base journalière de 25 ou de 20 euros à 100 p.c. d’incapacité selon la
formule qu’elle indiquait.
L’arrêt constate que « [la première défenderesse] effectue un calcul
de capitalisation, distinguant le dommage passé du dommage futur, re-
tenant pour le dommage passé diverses bases d’indemnisation journa-
lières en fonction de l’évolution du ménage de [celle-ci] et, pour son
calcul de capitalisation, une base journalière de 25 ou 20 euros et un
taux [d’incapacité permanente] de 100 p.c. » et « [demande] le paiement
d’une somme de 47.030 euros au titre du dommage passé et de
48.557,28 euros au titre du préjudice futur ».
L’arrêt considère, d’une part, que, « depuis la consolidation interve-
nue le 15 mai 2001, le ménage de [la première défenderesse] a connu des
modifications importantes dès lors que son époux a quitté le domicile
conjugal le 6 juillet 1995 pour ne le réintégrer que douze ans plus tard,
que son fils […] a quitté le domicile familial le 10 décembre 2005, que sa
fille […] a quitté le domicile familial le 13 janvier 2004, que ces modifi-
cations au sein du ménage de la victime ont eu une répercussion sur les
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982 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 254
tâches ménagères qui n’étaient […] pas les mêmes lorsqu’on vit à trois,
à deux ou seul au sein du ménage » et, d’autre part, que « les capacités
ménagères évoluent au fil du temps et de l’âge qui passe ».
L’arrêt qui, d’une part, se fonde sur les variations de la base forfai-
taire, déterminée par la première défenderesse pour établir le dommage
passé, et, d’autre part, s’agissant des capacités ménagères, n’indique
pas les circonstances propres à la cause qui justifient la variation dans
le temps de la base forfaitaire, pour décider que « le préjudice ménager
post-consolidation subi par [la première défenderesse] n’est pas un pré-
judice constant pour lequel une valeur journalière est connue, précisé-
ment en l’absence de constance et de permanence de ce préjudice », que
« la méthode d’évaluation du dommage par capitalisation n’est pas jus-
tifiée dès lors qu’elle ne prend pas suffisamment en compte la réalité
concrète du dommage et son caractère évolutif » et que « le calcul for-
faitaire de l’indemnisation du dommage ménager permanent est dès
lors le plus adéquat, dès lors qu’il n’est pas possible de le déterminer
autrement », méconnaît l’obligation d’apprécier le dommage in concre-
to.
Le moyen, en cette branche, est fondé.
Sur les autres griefs
Il n’y a pas lieu d’examiner la première branche de chacun des
moyens, qui ne saurait entraîner une cassation plus étendue.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué en tant que, quant à l’ac-
tion de la première défenderesse contre la demanderesse, il statue sur
le dommage matériel temporaire et que, quant à l’action de la deman-
deresse contre les deuxième et troisième défendeurs, il dit que la de-
manderesse est subrogée conventionnellement dans les droits de la
première défenderesse jusqu’à concurrence de la somme en principal de
138.242,12 euros, à majorer des intérêts, du chef des indemnités pour
l’aide permanente d’une tierce personne et le préjudice ménager perma-
nent et il condamne in solidum les deuxième et troisième défendeurs à
payer ces montants à la demanderesse ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé ;
Réserve les dépens pour qu’il soit statué sur ceux-ci par le juge du
fond ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, devant la cour d’appel de Mons.
Du 16 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Fettweis. — Concl. conf. M. Werquin, avocat général. —
Pl. Mme Geinger et Mme Grégoire.
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N° 255 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 983
N° 255
1re CH. — 16 avril 2015
(RG C.13.0338.F)
1° CHOSE JUGÉE. — AUTORITÉ DE CHOSE JUGÉE. — MATIÈRE CIVILE. —
AUTORITÉ DE CHOSE JUGÉE. — ÉTENDUE.
2° CHOSE JUGÉE. — AUTORITÉ DE CHOSE JUGÉE. — MATIÈRE CIVILE. —
OBJET ET CAUSE D’UNE ACTION DÉFINITIVEMENT JUGÉE. — OBJET ET CAUSE
D’UNE ACTION EXERCÉE ULTÉRIEUREMENT. — IDENTITÉ. — MÊMES PARTIES. —
EFFET.
1° L’autorité de la chose jugée s’attache à ce que le juge a décidé sur un point
litigieux et à ce qui, en raison de la contestation portée devant lui et soumise
à la contradiction des parties, constitue, fût-ce implicitement, le fondement
nécessaire de sa décision (1). (C. jud., art. 23)
2° De ce qu’il n’y a pas identité entre l’objet et la cause d’une action définiti-
vement jugée et ceux d’une autre action ultérieurement exercée entre les
mêmes parties, il ne se déduit pas nécessairement que pareille identité
n’existe à l’égard d’aucune prétention ou contestation élevée par une partie
dans l’une ou l’autre instance ni, partant, que le juge puisse accueillir une
prétention dont le fondement est inconciliable avec la chose antérieurement
jugée (2). (C. jud., art. 23 à 27)
(M. ET CRTS. C. S.A. AXA BELGIUM)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre les arrêts rendus les 23 juin
2011, 19 janvier 2012 et 23 février 2012 par la cour d’appel de Bruxelles.
Le conseiller Sabine Geubel a fait rapport.
L’avocat général Thierry Werquin a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, les demandeurs présentent un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur la fin de non-recevoir opposée d’office au pourvoi par le ministère public
conformément à l’article 1097 du Code judiciaire et déduite de ce que, en tant
qu’il est dirigé contre l’arrêt du 23 février 2012, il ne fait valoir aucun moyen
L’unique moyen que les demandeurs présentent à l’appui du pourvoi
ne critique que les arrêts des 23 juin 2011 et 19 janvier 2012.
(1) Cass. 29 janvier 2007, RG C.04.0600.F, Pas. 2007, n° 52.
(2) Voy. Cass. 14 décembre 2009, RG S.08.0145.N, Pas. 2009, n° 742, avec les concl. de
Mme MORTIER, avocat général, publiées avant cet arrêt dans A.C.
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984 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 255
Si, sans doute, la cassation de ces arrêts entraînerait l’annulation de
l’arrêt du 23 février 2012, qui en est la suite, des considérations relatives
à l’effet d’une cassation sur l’étendue de celle-ci ne constituent pas un
moyen.
La fin de non-recevoir est fondée.
Sur le surplus du pourvoi
Sur le moyen
Quant à la première branche
Le moyen, en cette branche, ne précise pas en quoi les arrêts attaqués
des 23 juin 2011 et 19 janvier 2012 donneraient à la tierce opposition des
demandeurs une portée qu’elle ne pouvait légalement avoir.
Dans la mesure où il est pris de la violation des articles 21, alinéa 2,
et 1122 du Code judiciaire, le moyen, en cette branche, est irrecevable.
Pour le surplus, l’autorité de la chose jugée s’attache à ce que le juge
a décidé sur un point litigieux et à ce qui, en raison de la contestation
portée devant lui et soumise à la contradiction des parties, constitue,
fût-ce implicitement, le fondement nécessaire de sa décision.
De ce qu’il n’y a pas identité entre l’objet et la cause d’une action dé-
finitivement jugée et ceux d’une autre action ultérieurement exercée
entre les mêmes parties, il ne se déduit pas nécessairement que pareille
identité n’existe à l’égard d’aucune prétention ou contestation élevée
par une partie dans l’une ou l’autre instance ni, partant, que le juge
puisse accueillir une prétention dont le fondement est inconciliable
avec la chose antérieurement jugée.
Dans son arrêt du 23 décembre 1999, saisie en degré d’appel d’une
tierce opposition des demandeurs à une ordonnance du juge des saisies
ayant désigné un notaire pour procéder à l’adjudication de l’immeuble
saisi, qu’ils occupaient à …, rue …, et qui appartenait aux parents de la
demanderesse, les époux D.-D., la cour d’appel a décidé de rétracter
cette ordonnance à défaut de titre exécutoire valable pour procéder à
la saisie immobilière aux motifs que, contrairement à ce que les de-
mandeurs soutenaient devant elle, le prêt faisant l’objet de l’acte nota-
rié du 29 juillet 1992 avait été contracté tant par la société La Finance,
dont ils étaient les administrateurs, que par eux-mêmes, que cet acte
constituait, pour la défenderesse, un titre exécutoire régulier quant à
l’existence de sa créance contre les emprunteurs ainsi identifiés mais
qu’en revanche, dans la mesure de l’affectation hypothécaire qu’il com-
portait, ce même acte était nul pour avoir excédé les limites du mandat
donné aux demandeurs, aux termes duquel les époux D.-D. autorisaient
l’affectation de leur immeuble à la garantie d’un emprunt contracté en
leur propre nom et non à celle d’un emprunt conclu au nom de la société
La Finance et des demandeurs.
En décidant que les demandeurs se sont engagés, par l’acte du
29 juillet 1992, comme emprunteurs aux côtés de leur société La Fi-
nance, l’arrêt du 23 décembre 1999 a, contrairement à ce que soutient le
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N° 256 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 985
moyen, en cette branche, statué sur une question litigieuse entre les
parties.
Partant, en considérant que, loin d’être « superfétatoire », le motif de
l’arrêt du 23 décembre 1999 relatif à la qualité d’emprunteur des deman-
deurs avait pour objet de vider la contestation sur la validité de l’acte
notarié du 29 juillet 1992 quant à l’existence de la créance de prêt de la
défenderesse et en constatant, sans être critiqué, que les chefs de la de-
mande originaire des demandeurs, repris sous les points 1 à 8 du dispo-
sitif de leurs conclusions d’appel, sont tous axés sur l’acte du 29 juillet
1992 et tendent une nouvelle fois à une libération des demandeurs de
toute obligation de somme envers la défenderesse qui pourrait en résul-
ter, l’arrêt attaqué du 23 juin 2011 a pu, sans violer l’autorité de la chose
jugée attachée à l’arrêt du 23 décembre 1999, dire la demande originaire
des demandeurs non recevable en ses points 1 à 8.
Il s’ensuit que l’arrêt attaqué du 19 janvier 2012 n’a pas davantage pu
violer les articles 23 à 27 du Code judiciaire dans la mesure où, pour re-
jeter les demandes d’indemnité des demandeurs, il se fonde sur l’auto-
rité de la chose jugée attachée à l’arrêt du 23 décembre 1999 quant à
l’existence de la créance de prêt résultant de l’acte notarié du 29 juillet
1992.
Dans la mesure où il est recevable, le moyen, en cette branche, ne
peut être accueilli.
Quant à la seconde branche
Contrairement à ce que suppose le moyen, en cette branche, l’arrêt
attaqué du 19 janvier 2012 ne se fonde pas sur l’autorité de la chose ju-
gée attachée au jugement du tribunal de première instance de
Bruxelles du 9 septembre 2003 mais considère, par des motifs propres,
qu’aucun élément du dossier ne donne corps à une faute que la défende-
resse aurait pu commettre par l’effet d’une collusion avec les époux
D.-D. alors que ceux-ci ont été jugés non fautifs par le jugement précité
du 9 septembre 2003.
Le moyen, en cette branche, manque en fait.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne les demandeurs aux dépens.
Du 16 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Geubel. — Concl. conf. M. Werquin, avocat général. —
Pl. M. Foriers et M. Verbist.
N° 256
1re CH. — 16 avril 2015
(RG C.14.0182.F)
1° DIVORCE ET SÉPARATION DE CORPS. — EFFETS DU DIVORCE QUANT
AUX PERSONNES. — GÉNÉRALITÉS. — LOI NOUVELLE. — APPLICATION DANS
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986 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 256
LE TEMPS. — DIVORCE. — PENSION ALIMENTAIRE APRÈS DIVORCE. — DÉROGA-
TION À L’APPLICATION IMMÉDIATE.
2° LOIS. DÉCRETS. ORDONNANCES. ARRÊTÉS. — APPLICATION DANS
LE TEMPS ET DANS L’ESPACE. — APPLICATION DANS LE TEMPS. — DIVORCE
ET SÉPARATION DE CORPS. — EFFETS DU DIVORCE QUANT AUX PERSONNES. — LOI
NOUVELLE. — DIVORCE. — PENSION ALIMENTAIRE APRÈS DIVORCE. — DÉROGA-
TION À L’APPLICATION IMMÉDIATE.
3° DIVORCE ET SÉPARATION DE CORPS. — EFFETS DU DIVORCE QUANT
AUX PERSONNES. — GÉNÉRALITÉS. — LOI NOUVELLE. — APPLICATION DANS
LE TEMPS. — DIVORCE. — PENSION ALIMENTAIRE APRÈS DIVORCE. — DÉROGA-
TION À L’APPLICATION IMMÉDIATE. — LIMITE.
4° LOIS. DÉCRETS. ORDONNANCES. ARRÊTÉS. — APPLICATION DANS
LE TEMPS ET DANS L’ESPACE. — APPLICATION DANS LE TEMPS. — DIVORCE
ET SÉPARATION DE CORPS. — EFFETS DU DIVORCE QUANT AUX PERSONNES. — LOI
NOUVELLE. — DIVORCE. — PENSION ALIMENTAIRE APRÈS DIVORCE. — DÉROGA-
TION À L’APPLICATION IMMÉDIATE. — LIMITE.
5° DIVORCE ET SÉPARATION DE CORPS. — EFFETS DU DIVORCE QUANT
AUX PERSONNES. — GÉNÉRALITÉS. — LOI NOUVELLE. — APPLICATION DANS
LE TEMPS. — DIVORCE. — PENSION ALIMENTAIRE APRÈS DIVORCE. — DÉROGA-
TION À L’APPLICATION IMMÉDIATE. — LIMITE. — CONSÉQUENCE.
6° LOIS. DÉCRETS. ORDONNANCES. ARRÊTÉS. — APPLICATION DANS
LE TEMPS ET DANS L’ESPACE. — APPLICATION DANS LE TEMPS. — DIVORCE
ET SÉPARATION DE CORPS. — EFFETS DU DIVORCE QUANT AUX PERSONNES. — LOI
NOUVELLE. — DIVORCE. — PENSION ALIMENTAIRE APRÈS DIVORCE. — DÉROGA-
TION À L’APPLICATION IMMÉDIATE. — LIMITE. — CONSÉQUENCE.
1° et 2° Lorsqu’une procédure de divorce a été introduite avant l’entrée en vi-
gueur de la loi du 27 avril 2007, les anciennes dispositions du Code civil qui
y sont mentionnées restent applicables à l’ensemble de la procédure en di-
vorce et, lorsque, dans le cadre de cette procédure, le divorce est prononcé sur
la base de ces anciennes dispositions, que ce soit avant ou après l’entrée en
vigueur de la loi du 27 avril 2007, le droit à la pension alimentaire qui en est
la suite reste déterminé par la loi ancienne (1). (L. du 27 avril 2007, art. 42,
§ 2)
3° et 4° Si le législateur a entendu déroger, s’agissant de la pension après un
divorce prononcé sur la base des anciens articles 229, 231 et 232 du Code civil,
à la règle de l’application immédiate de la loi du 27 avril 2007 en vue d’éviter
que tous les conjoints divorcés puissent solliciter une pension alimentaire
s’ils satisfont aux conditions économiques de son octroi fixées par la nouvelle
loi, alors même qu’ils sont fautifs ou n’ont pas renversé la présomption de
culpabilité de l’ancien article 306 du Code civil ou que les ex-époux sont di-
vorcés aux torts partagés, cette dérogation ne s’étend pas à une demande de
pension alimentaire consécutive à un divorce prononcé sur la seule base de
la loi nouvelle, toutes les demandes en divorce et les demandes en pension
(1) Voy. Cass. 8 mars 2010, RG C.08.0550.F, Pas. 2010, n° 160, avec les concl. de
M. GENICOT, avocat général.
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N° 256 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 987
alimentaire qui en sont la suite devant relever d’un système juridique unique
et cohérent (1). (L. du 27 avril 2007, art. 42, § 2)
5° et 6° Lorsque le divorce des parties est prononcé par un jugement passé en
force de chose jugée sur la base du seul article 229, § 1er, nouveau du Code
civil, le droit à la pension alimentaire après divorce doit être déterminé par
les dispositions du nouvel article 301 du Code civil. (L. du 27 avril 2007,
art. 42, § 2)
(L. C. B.)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 23 octobre
2013 par la cour d’appel de Mons.
Le conseiller Martine Regout a fait rapport.
L’avocat général Thierry Werquin a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
En vertu de l’article 42, § 2, de la loi du 27 avril 2007 réformant le di-
vorce, les anciens articles 229, 231 et 232 du Code civil restent appli-
cables aux procédures de divorce ou de séparation de corps introduites
avant l’entrée en vigueur de cette loi pour lesquelles un jugement défi-
nitif n’a pas été prononcé et le droit à la pension alimentaire après di-
vorce reste déterminé par les dispositions des anciens articles 301, 306,
307 et 307bis du même Code.
Cette disposition implique que, lorsqu’une procédure de divorce a été
introduite avant l’entrée en vigueur de la loi du 27 avril 2007, les an-
ciennes dispositions du Code civil qui y sont mentionnées restent appli-
cables à l’ensemble de la procédure en divorce et que, lorsque, dans le
cadre de cette procédure, le divorce est prononcé sur la base de ces an-
ciennes dispositions, que ce soit avant ou après l’entrée en vigueur de
la loi du 27 avril 2007, le droit à la pension alimentaire qui en est la
suite reste déterminé par la loi ancienne.
Si le législateur a ainsi entendu déroger, s’agissant de la pension
après un divorce prononcé sur la base des anciens articles 229, 231 et 232
du Code civil, à la règle de l’application immédiate de la loi du 27 avril
2007 en vue d’éviter que tous les conjoints divorcés puissent solliciter
une pension alimentaire s’ils satisfont aux conditions économiques de
son octroi fixées par la nouvelle loi, alors même qu’ils sont fautifs ou
(1) Voy. Cass. 8 mars 2010, RG C.08.0550.F, Pas. 2010, n° 160, avec les concl. de
M. GENICOT, avocat général.
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988 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 257
n’ont pas renversé la présomption de culpabilité de l’ancien article 306
du Code civil ou que les ex-époux sont divorcés aux torts partagés, cette
dérogation ne s’étend pas à une demande de pension alimentaire consé-
cutive à un divorce prononcé sur la seule base de la loi nouvelle, toutes
les demandes en divorce et les demandes en pension alimentaire qui en
sont la suite devant relever d’un système juridique unique et cohérent.
Il s’ensuit que, lorsque le divorce des parties est prononcé par un ju-
gement passé en force de chose jugée sur la base du seul article 229, § 1er,
nouveau du Code civil, le droit à la pension alimentaire après divorce
doit être déterminé par les dispositions du nouvel article 301 du Code
civil.
Le moyen, qui repose sur le soutènement contraire, manque en droit.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
Les dépens taxés à la somme de huit cent septante-neuf euros onze
centimes envers la partie demanderesse.
Du 16 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Regout. — Concl. conf. M. Werquin, avocat général. —
Pl. M. T’Kint et Mme Grégoire.
N° 257
1re CH. — 16 avril 2015
(RG C.14.0466.F)
PRESCRIPTION. — MATIÈRE CIVILE. — SUSPENSION. — CAUSE. — MARIAGE.
Le mariage est une cause de suspension de la prescription d’une créance d’un
époux sur l’autre. (C. civ., art. 2251 et 2253)
(T. C. R.)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 5 juin 2014
par la cour d’appel de Mons.
Le président de section Christian Storck a fait rapport.
L’avocat général Thierry Werquin a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
La demanderesse présente un moyen libellé dans les termes suivants :
Dispositions légales violées
Articles 2251, 2253, 2262bis, modifié par l’article 5 de la loi du 10 juin 1998, du
Code civil et, en tant que de besoin, 10 de ladite loi du 10 juin 1998 modifiant cer-
taines dispositions en matière de prescription
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 989 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 257 - 16.4.15 PASICRISIE BELGE 989
Décisions et motifs critiqués
L’arrêt « dit l’appel [du défendeur] recevable et partiellement fondé ; par
conséquent, met à néant le jugement déféré, sauf en ce qu’il a débouté [le défen-
deur] de sa demande reconventionnelle pour procédure téméraire et vexatoire ;
dit la demande de [la demanderesse] irrecevable et l’en déboute ; compense les
frais et dépens des parties en première instance ; condamne [la demanderesse]
aux frais et dépens [du défendeur] en instance d’appel, liquidés à la somme de
1.250 euros, et lui délaisse ses propres frais et dépens ».
L’arrêt fonde ces décisions sur ce que :
« [Le défendeur] invoque la prescription de la dette litigieuse ;
En l’absence de terme conventionnel, le point de départ de la prescription est
la date de la reconnaissance de dette, soit le 5 décembre 1996 ;
L’article 2262 ancien du Code civil prévoyait tant pour les actions réelles que
personnelles un délai de prescription de trente ans ;
À la suite de l’adoption de la loi du 10 juin 1998 modifiant certaines disposi-
tions en matière de prescription, le délai de prescription des actions person-
nelles, c’est-à-dire celles dont l’objet est un droit de créance, fut réduit à dix ans
(article 2262bis nouveau du Code civil) ;
Néanmoins, en vertu de l’article 10 de cette loi, lorsque l’action a pris nais-
sance avant l’entrée en vigueur de celle-ci, les nouveaux délais de prescription
ne commencent à courir qu’à dater du 27 juin [lire : juillet] 1998, date d’entrée
en vigueur de la loi ;
Le délai de prescription aurait dû expirer en l’espèce le 27 juillet 2008, sauf
cause d’interruption ou de suspension de la prescription ;
En vertu de l’article 2244 ancien du Code civil, une citation en justice, un com-
mandement ou une saisie, signifiés à celui qu’on veut empêcher de prescrire, for-
ment l’interruption civile ;
La citation du 19 janvier 2012 étant postérieure au 27 juin 1998 [lire :
juillet 2008], celle-ci n’a pu interrompre la prescription ;
Il en découle que l’action en paiement fondée sur la reconnaissance de dette
du 5 décembre 1996 doit être déclarée irrecevable puisque tardive ».
L’arrêt fonde ainsi le rejet de l’action en paiement de la demanderesse sur
l’écoulement de la prescription de dix ans prévue par l’article 2262bis, § 1er,
alinéa 1er, du Code civil, cette prescription n’ayant pu être interrompue par la
citation du 19 janvier 2012 puisque celle-ci était postérieure de plus de dix ans
au 27 juillet 1998, date de l’entrée en vigueur de la loi du 10 juin 1998, constituant
le point de départ de la prescription de dix ans établie par cette loi.
Griefs
La prescription peut, ainsi que l’arrêt le relève d’ailleurs, être non seulement
interrompue mais aussi suspendue (article 2251 du Code civil).
L’arrêt constate que les parties se sont mariées le 7 mars 1998 et que leur di-
vorce a été prononcé le 13 mai 2013, étant par ailleurs non contesté que, ainsi que
le relèvent les conclusions de synthèse d’appel de la demanderesse, les parties
sont toujours en instance de divorce, le défendeur ayant interjeté appel du juge-
ment ayant autorisé leur divorce.
Il résulte ainsi des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que les parties
sont mariées depuis le 7 mars 1998.
Or, l’article 2253 du Code civil dispose, en un texte qui n’a pas changé depuis
1804, que la prescription « ne court point entre époux ».
Il s’agit là d’une cause légale de suspension de la prescription (article 2251 du
Code civil).
Il s’ensuit qu’une prescription dont le point de départ se situe le « 27 juin
[lire : juillet] 1998 » (article 10 de la loi du 10 juin 1998 visé au moyen) n’a pu cou-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 990 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
990 PASICRISIE BELGE 16.4.15 - N° 257
rir depuis cette date puisque les époux étaient mariés depuis le 7 mars 1998 et
que la prescription ne court point entre époux (article 2253 du Code civil).
Il suit de là que, en décidant que la prescription prévue par l’article 2262bis du
Code civil a couru entre le « 27 juin [lire : juillet] 1998 » et le 27 juillet 2008, alors
que les parties étaient mariées durant cette période, l’arrêt :
1° méconnaît la cause légale de suspension de la prescription établie par
l’article 2253 du Code civil et, partant, viole ledit article 2253 ainsi que
l’article 2251 de ce Code ;
2° par voie de conséquence, méconnaît l’article 2262bis, § 1er, alinéa 1er, du
Code civil, en considérant comme acquise la prescription prévue par cet article
alors qu’elle était suspendue depuis son point de départ théorique (violation du-
dit article 2262bis, § 1er, alinéa 1er, du Code civil et, en tant que de besoin, des
articles 2251 et 2253 du même Code et de l’article 10 de la loi du 10 juin 1998 visés
au moyen).
III. LA DÉCISION DE LA COUR
En vertu de l’article 2251 du Code civil, la prescription court contre
toutes personnes, à moins qu’elles soient dans quelque exception éta-
blie par la loi, et, aux termes de l’article 2253 de ce Code, elle ne court
point entre époux.
L’arrêt considère que la prescription de la créance de la demanderesse
sur le défendeur a pris cours le 5 décembre 1996 et que, d’une durée ini-
tiale de trente ans, conformément à l’article 2262 ancien du Code civil,
elle est, depuis le 27 juillet 1998, date de l’entrée en vigueur de la loi du
10 juin 1998 modifiant certaines dispositions en matière de prescription,
d’une durée de dix ans en vertu de l’article 2262bis de ce Code.
L’arrêt, qui constate que les parties se sont mariées le 7 mars 1998 et
que la demanderesse a engagé une procédure en divorce le 25 juillet
2011, n’a pu, sans violer les articles 2251 et 2253 du Code civil, décider
que la demande de la demanderesse en remboursement de sa créance
était prescrite pour n’avoir été formée que par une citation du
19 janvier 2012.
Le moyen est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué, sauf en tant qu’il reçoit
l’appel et statue sur la demande reconventionnelle du défendeur ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé ;
Réserve les dépens pour qu’il soit statué sur ceux-ci par le juge du
fond ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, devant la cour d’appel de Liège.
Du 16 avril 2015. — 1re ch. — Prés. et Rapp. M. Storck, président de
section. — Concl. conf. M. Werquin, avocat général. — Pl. M. Foriers.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 991 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 258 - 17.4.15 PASICRISIE BELGE 991
N° 258
1re CH. — 17 avril 2015
(RG C.13.0550.N-C.13.0636.N)
JUGEMENTS ET ARRÊTS. — MATIÈRE CIVILE. — GÉNÉRALITÉS. — JUGE
QUI TRANCHE LE LITIGE. — MISSION DU JUGE. — JUGE DÉTERMINANT D’OFFICE
LE FONDEMENT JURIDIQUE. — EFFET.
Le juge est tenu de trancher le litige conformément aux règles de droit qui lui
sont applicables ; il doit examiner la nature juridique des faits et actes allé-
gués par les parties et doit, à défaut de fondement juridique mentionné ex-
pressément au cours de la procédure, déterminer d’office le fondement
juridique dont l’application s’impose au vu des faits invoqués par les par-
ties (1).
(S.P.R.L. THOMAS WERNER C. S.A. DE BREE SOLUTIONS ;
S.A. DE BREE SOLUTIONS C. S.P.R.L. THOMAS WERNER)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois en cassation sont dirigés contre l’arrêt rendu le 12 juin
2013 par la cour d’appel de Gand.
L’avocat général André Van Ingelgem a déposé des conclusions
écrites le 18 février 2015.
Le conseiller Alain Smetryns a fait rapport.
L’avocat général André van Ingelgem a conclu.
II. LES MOYENS DE CASSATION
I. Dans la cause C.13.0550.N
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, la demanderesse présente un moyen.
II. Dans la cause C.13.0636.N
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, la demanderesse présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
A. Jonction
1. Les pourvois en cassation sont dirigés contre un même arrêt. Il y a
lieu de les joindre.
B. Dans la cause C.13.0550.N
(…)
(1) Voy. les concl. du M.P. publiées à leur date dans A.C.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 992 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
992 PASICRISIE BELGE 17.4.15 - N° 258
C. Dans la cause C.13.0636.N
20. Le juge est tenu de trancher le litige conformément aux règles de
droit qui lui sont applicables. Il doit examiner la nature juridique des
faits et actes allégués par les parties et doit, à défaut de fondement ju-
ridique mentionné expressément au cours de la procédure, déterminer
d’office le fondement juridique dont l’application s’impose au vu des
faits invoqués par les parties.
21. Il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que la de-
manderesse a invoqué à l’appui de sa demande que, si la défenderesse
n’avait pas protesté la dernière facture concernant la méthode de net-
toyage qui devait finalement être utilisée, elle aurait pu nettoyer ou
faire nettoyer immédiatement les sols. Selon la demanderesse, c’est la
raison pour laquelle les frais de stockage convenus de 0,75 euro par
tonne et par jour pour livraison non conforme pouvaient servir, par
analogie, à évaluer le dommage qu’elle avait subi en ne pouvant appor-
ter de nouvelles terres sur la partie de ses terrains où les terres de la
défenderesse étaient stockées.
22. L’arrêt attaqué rejette la demande de la demanderesse tendant au
paiement des frais de stockage au motif que la demanderesse n’indique
aucun motif légal ou contractuel sur la base duquel elle pourrait pré-
tendre au paiement des frais de stockage par la défenderesse.
23. En statuant ainsi, sans examiner si, au vu des faits invoqués par
la demanderesse à l’appui de sa demande, il existe un motif légal ou
contractuel de paiement des frais de stockage, les juges d’appel n’ont
pas légalement justifié leur décision.
Dans cette mesure, le moyen est fondé.
(…)
Par ces motifs, la Cour statuant à l’unanimité,
Joint les pourvois ;
Casse l’arrêt attaqué en tant qu’il se prononce sur la demande de la
société anonyme De Bree Solutions tendant au paiement des frais de
stockage et qu’il statue sur les dépens ;
Rejette le pourvoi dans la cause C.13.0550.N ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé ;
Condamne la demanderesse dans la cause C.13.0550.N aux dépens de
cette procédure ;
Réserve les dépens dans la cause C.13.0636.N pour qu’il soit statué sur
ceux-ci par le juge du fond ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, devant la cour d’appel d’Anvers.
Du 17 avril 2015. — 1re ch. — Prés. Mme Deconinck, président de section.
— Rapp. M. Smetryns. — Concl. conf. M. Van Ingelgem, avocat général.
— Pl. M. Maes et M. Verbist.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 993 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 259 - 17.4.15 PASICRISIE BELGE 993
N° 259
1re CH.— 17 avril 2015
(RG C.14.0350.N)
1° ASSURANCES. — ASSURANCES TERRESTRES. — ASSURANCE DE PER-
SONNE CONTRE LES ACCIDENTS CORPORELS. — INTÉRÊTS COMPENSATOIRES. —
PAIEMENT. — CONDITION.
2° INTÉRÊTS. — INTÉRÊTS COMPENSATOIRES. — ASSURANCE DE PER-
SONNE CONTRE LES ACCIDENTS CORPORELS. — INTÉRÊTS COMPENSATOIRES. —
PAIEMENT. — CONDITION.
3° CONVENTION. — DROITS ET OBLIGATIONS DES PARTIES. — ENTRE
PARTIES. — CONTRAT D’ASSURANCE. — PAIEMENT TARDIF DE L’INDEMNITÉ STI-
PULÉE. — INTÉRÊTS MORATOIRES. — ÉTENDUE.
4° INTÉRÊTS. — INTÉRÊTS MORATOIRES. — CONTRAT D’ASSURANCE. —
PAIEMENT TARDIF DE L’INDEMNITÉ STIPULÉE. — INTÉRÊTS MORATOIRES. —
ÉTENDUE.
1° et 2° L’assureur qui a conclu une assurance de personne contre les acci-
dents corporels est tenu de payer des intérêts compensatoires à l’assuré
lorsque le contrat d’assurance couvre le paiement de ces intérêts. (C. civ.,
art. 1146, 1147 et 1153)
3° et 4° En cas de paiement tardif de l’indemnité stipulée dans ce contrat d’as-
surance, l’assureur peut être condamné à payer à l’assuré les intérêts mora-
toires sur l’indemnité et pas les intérêts compensatoires sur le dommage
couvert par le contrat d’assurance. (C. civ., art. 1146, 1147 et 1153)
(S.A. GENERALI BELGIUM C. M.)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre le jugement rendu le
20 janvier 2014 par le tribunal de première instance de Tongres statuant
en degré d’appel.
Le conseiller Geert Jocqué a fait rapport.
L’avocat général André Van Ingelgem a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, la demanderesse présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
1. L’assureur qui a conclu une assurance de personnes contre les acci-
dents corporels est tenu de payer des intérêts compensatoires à l’assuré
lorsque le contrat d’assurance couvre le paiement de ces intérêts.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 994 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
994 PASICRISIE BELGE 17.4.15 - N° 259
En cas de paiement tardif de l’indemnité prévue par ce contrat d’as-
surance, l’assureur peut être condamné à payer à l’assuré les intérêts
moratoires sur l’indemnité et non les intérêts compensatoires sur le
dommage couvert par le contrat d’assurance.
2. Il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que :
— le jugement interlocutoire du 2 juin 2008 qui n’a pas été attaqué dé-
cide que la demanderesse est tenue de couvrir le dommage résultant des
lésions physiques encourues par le défendeur lors de l’accident du
18 novembre 2003 et ce, dans le cadre des conditions contractuelles de
la police « assurance individuelle circulation » numéro GE130727 ;
— ce contrat d’assurance prévoit la couverture d’un capital fixe en
cas d’invalidité permanente, une indemnité journalière en cas d’hospi-
talisation, pour les frais de traitement et les dommages causés aux vê-
tements et aux bagages ;
— le contrat d’assurance stipule qu’en cas de contestation médicale,
les parties sont tenues d’organiser une expertise médicale à l’amiable
conformément à l’article 9 ;
— une expertise médicale à l’amiable a eu lieu et la demanderesse a
transmis une proposition de règlement au défendeur en se fondant sur
le rapport de l’expert ;
— conformément à l’article 14 des conditions générales de la police,
les intérêts sont dus à partir d’une date à compter du 14e jour suivant
la fixation des montants.
3. Les juges d’appel ont considéré que :
— le préjudice subi par le défendeur pour les dommages causés aux vê-
tements, aux lunettes, pour les frais de traitement et d’hospitalisation
et pour l’invalidité permanente doit être fixé sur la base du rapport de
l’expert à un montant de 30.550,41 euros ;
— des intérêts compensatoires sont dus à compter de la date de conso-
lidation dès lors que ceux-ci constituent une indemnité supplémentaire
en ce qui concerne l’invalidité permanente et à compter de la date de
l’accident pour les dommages causés aux vêtements, aux lunettes, pour
les frais de traitement et d’hospitalisation dès lors que ces intérêts
courent à compter de la naissance du dommage.
4. Les juges d’appel qui ont condamné la demanderesse au paiement
d’intérêts compensatoires à compter de la date de l’accident sur l’in-
demnité pour les dommages causés aux vêtements, aux lunettes, pour
les frais de traitement et d’hospitalisation et à compter de la date de
consolidation sur l’indemnité pour l’invalidité permanente, ont mécon-
nu la force obligatoire du contrat d’assurance.
Dans cette mesure, le moyen est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse le jugement attaqué en tant qu’il statue
sur les intérêts réclamés par le défendeur ainsi que sur les dépens ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge du juge-
ment partiellement cassé ;
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 995 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 260 - 17.4.15 PASICRISIE BELGE 995
Réserve les dépens pour qu’il soit statué sur ceux-ci par le juge du
fond ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, devant le tribunal de première ins-
tance d’Anvers, siégeant en degré d’appel.
Du 17 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Fettweis, président de section. —
Rapp. Mme Jocqué. — Concl. conf. M. Van Ingelgem, avocat général. —
Pl. M. Kirkpatrick.
N° 260
1re CH. — 17 avril 2015
(RG D.14.0006.N)
1° AVOCAT. — MATIÈRE DISCIPLINAIRE. — CONSEIL DE DISCIPLINE. — DÉ-
CLARATION. — BÂTONNIER. — QUALITÉ. — INSTANCE JUDICIAIRE.
2° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — INSTANCE JUDICIAIRE. — AVOCAT. — MATIÈRE DISCIPLI-
NAIRE. — CONSEIL DE DISCIPLINE. — DÉNONCIATION. — BÂTONNIER. — QUALITÉ.
3° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — BÂTONNIER. — POURSUITE DISCIPLINAIRE. — DÉCISION SUR
LE BIEN-FONDÉ. — GARANTIES D’UN PROCÈS ÉQUITABLE OU DE L’IMPARTIALITÉ
DU JUGE. — NON-RESPECT DES CONDITIONS. — CONSÉQUENCE.
4° PRINCIPES GÉNÉRAUX DU DROIT. — IMPARTIALITÉ DU JUGE. — BÂ-
TONNIER. — POURSUITE DISCIPLINAIRE. — DÉCISION SUR LE BIEN-FONDÉ. — GA-
RANTIES D’UN PROCÈS ÉQUITABLE. — NON-RESPECT DES CONDITIONS. —
CONSÉQUENCE.
1° et 2° Lorsque le bâtonnier saisit le conseil de discipline d’une affaire disci-
plinaire après avoir reçu et examiné une plainte concernant un avocat de son
Ordre ou avoir désigné un enquêteur à cette fin ou après avoir procédé à une
enquête d’office ou sur les dénonciations écrites du procureur général et es-
time qu’il existe des motifs de faire comparaître l’avocat en question devant
le conseil de discipline, il agit en tant qu’organe de l’Ordre mais sans être
une instance judiciaire au sens de l’article 6.1 de la Convention de sauve-
garde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (1). (C. jud.,
art. 458, §§ 1er et 2, et 459, § 1er ; Conv. D.H., art. 6, § 1er)
3° et 4° Si cet organe ne se prononce pas sur le bien-fondé des poursuites dis-
ciplinaires, il n’est, en principe, pas assujetti aux garanties de l’article 6.1 de
la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamen-
tales ou au principe général du droit relatif à l’impartialité du juge ; ce n’est
toutefois pas le cas si l’inobservation des conditions de cette disposition
avant la saisine du juge disciplinaire risque de compromettre gravement le
(1) Cass. 5 avril 2012, RG D.11.0009.N, Pas. 2012, n° 220.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 996 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
996 PASICRISIE BELGE 17.4.15 - N° 260
caractère équitable du procès (1). (Conv. D.H., art. 6, § 1er ; Principe géné-
ral du droit relatif à l’impartialité du juge)
(BÂTONNIER DE L’ORDRE DES AVOCATS
DU BARREAU DE COURTRAI C. S.)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre la décision rendue le
21 janvier 2014 par le conseil de discipline d’appel des avocats d’expres-
sion néerlandaise.
Le président de section Beatrijs Deconinck a fait rapport.
L’avocat général André Van Ingelgem a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
1. En vertu de l’article 459, § 1er, du Code judiciaire, tel que modifié
par la loi du 21 juin 2006, le conseil de discipline connaît des affaires dis-
ciplinaires, à l’initiative du bâtonnier de l’avocat concerné après qu’en
vertu de l’article 458, §§ 1er et 2, du même Code, le bâtonnier a reçu et
examiné une plainte ou désigné un enquêteur à cette fin, ou après avoir
procédé à une enquête d’office ou sur les dénonciations écrites du pro-
cureur général. Le bâtonnier qui estime qu’il y a lieu de faire compa-
raître l’avocat devant le conseil de discipline transmet le dossier ainsi
que sa décision motivée au président du conseil de discipline.
Le bâtonnier agit ainsi en tant qu’organe de l’Ordre mais sans être
une instance judiciaire au sens de l’article 6.1 de la Convention de sau-
vegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
2. Si cet organe ne se prononce pas sur le bien-fondé des poursuites
disciplinaires, il n’est, en principe, pas assujetti aux garanties de
l’article 6.1 de cette Convention ou au principe général du droit relatif
à l’impartialité du juge.
Ce n’est toutefois pas le cas si l’inobservation des exigences de cette
disposition avant la saisine du juge disciplinaire compromet grave-
ment le caractère équitable du procès.
3. Dans la mesure où le moyen est fondé sur la prémisse suivant la-
quelle le principe général du droit relatif à l’impartialité du juge conte-
nu dans l’article 6.1 de la Convention de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales ne peut s’appliquer au bâtonnier
(1) Cass. 24 octobre 1997, RG D.96.0016.F, Pas. 1997, n° 427 ; voy. en matière répressive
et en ce qui concerne le doute quant à l’impartialité du juge d’instruction, Cass. 11 juin
2013, RG P.13.0428.N, Pas. 2013, n° 357.
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N° 261 - 20.4.15 PASICRISIE BELGE 997
qui exerce sa mission légale dans le cadre de l’information disciplinaire
visée à l’article 458 du Code judiciaire, il manque en droit.
4. Les juges disciplinaires d’appel n’ont pas seulement fait les consta-
tations comme invoqué en ordre subsidiaire par le demandeur, mais ont
également considéré que :
— dans le nouveau droit disciplinaire, le rôle du bâtonnier est parti-
culièrement important et en raison de cette fonction disciplinaire
unique le principe général du droit relatif à l’indépendance et à l’im-
partialité est, par excellence, applicable au bâtonnier ;
— en outre, dans une instruction disciplinaire, tous les aspects, tant
à charge qu’à décharge, doivent être examinés et cela s’avère difficile,
sinon impossible, lorsque les sentiments personnels s’en mêlent ;
— il était indiqué pour cette raison que l’ancien bâtonnier s’abstien-
ne à compter de la lettre litigieuse, qui était la première pièce de la
procédure dans laquelle il a demandé au défendeur de s’excuser pour les
accusations injustes portées à son égard, ce qui n’a pas eu lieu.
Dans cette mesure, le moyen est fondé sur une lecture incomplète de
la décision, partant manque en fait.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
Du 17 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Fettweis, président de section. —
Rapp. Mme Deconinck, président de section. — Concl. conf.
M. Van Ingelgem, avocat général. — Pl. M. van Eeckhoutte.
N° 261
3e CH. — 20 avril 2015
(RG S.14.0054.F)
ACCIDENT DU TRAVAIL. — SECTEUR PUBLIC. — RÈGLES PARTICULIÈRES.
— PERSONNEL DU SERVICE PUBLIC FÉDÉRAL DE LA JUSTICE. — ALLOCATIONS
POUR PRESTATIONS IRRÉGULIÈRES. — INTERRUPTION DE TRAVAIL. — CONSÉ-
QUENCE D’UNE AGRESSION OU D’UNE INTERVENTION. — NOTION.
Il ne suit pas de l’article 5bis, §§ 1er et 2, de l’arrêté ministériel du 24 septembre
1998 réglant l’octroi d’une allocation pour prestations irrégulières aux
membres du personnel du service public fédéral de la Justice que le membre
du personnel qui s’en prévaut, victime d’une interruption de l’exercice de la
fonction consécutivement aux conséquences d’une agression ou d’une inter-
vention reconnue comme résultant d’un accident du travail visé à la loi du
3 juillet 1967, devrait avoir personnellement et directement subi l’agression
ou procédé à l’intervention aux conséquences de laquelle l’interruption de
l’exercice de sa fonction est consécutive (1). (L. du 3 juillet 1967 ; A.R. du
26 mars 1965, art. 5 ; A.M. du 24 septembre 1998, art. 5bis, §§ 1er et 2)
(ÉTAT BELGE, MINISTRE DE LA JUSTICE C. D.)
(1) Voy. les concl. du M.P.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 998 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
998 PASICRISIE BELGE 20.4.15 - N° 261
Conclusions de M. l’avocat général J.M. Genicot :
Sur le moyen unique de cassation
Le demandeur soutient que — contrairement à ce que décide l’arrêt
attaqué — le défendeur, victime d’un accident du travail survenu le
27 octobre 2007, ne pouvait bénéficier du 1er mars 2009 aux 30 juin 2010 de
la régularisation des allocations pour prestations irrégulières dès lors
qu’il ne rentrait pas dans les conditions prévues par l’article 5bis, § 2, de
l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 pour en bénéficier puisque, se-
lon le demandeur, cet accident de travail tenait en l’espèce à un choc
émotionnel et une aggravation d’un stress post-traumatique du défen-
deur causés par la vue de collègues personnellement agressés par un dé-
tenu sans qu’il en ait lui-même à cette occasion été directement victime.
Le demandeur fonde sa position sur l’interprétation qu’il donne no-
tamment de l’article 5bis de l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998.
Le deuxième paragraphe de cet article dispose que la régularisation fi-
nancière pour prestations irrégulières a lieu « … lorsque l’interruption
de l’exercice de la fonction est consécutive aux conséquences d’une
agression ou d’une intervention, reconnue comme résultant d’un acci-
dent du travail visé à la loi du 3 juillet 1967… », l’agression étant définie
selon le paragraphe 1er comme : « toute attaque d’ordre psychologique ou
physiologique commise avec violence (coups), contrainte (prise
d’otages), arme ou menace grave sur un membre du personnel », et l’in-
tervention comme une : « action spécifique, spontanée ou ordonnée, vi-
sant à remédier en urgence à un événement imprévu, ayant un impact
physique entre un membre du personnel et un tiers ou un objet. »
Il résulte de ces dispositions qu’un impact psychologique peut suffire
à justifier la régularisation financière dès lors qu’il est imputable un ac-
cident de travail, l’interruption d’activité en résultant étant prise en
compte dès qu’elle est « consécutive aux conséquences » d’une agression
ou d’une intervention.
L’idée d’une interruption « consécutive aux conséquences » n’apparaît
pas en soi impliquer l’exigence d’un lien particulièrement étroit et di-
rect entre elle et sa cause pourvu qu’il demeure nécessaire.
Cette expression ne semble aucunement vouloir en exclure les incapa-
cités même d’ordre psychiques indirectement causées par une agression,
dès lors qu’elles y sont reconnues comme nécessairement liées et impu-
tables comme telles à un fait qualifié accident de travail par l’institu-
tion compétent (Medex).
C’est en outre admettre logiquement qu’une violence, une contrainte,
une prise d’otage ou une menace grave sur un membre du personnel
puisse provoquer chez un autre un traumatisme incapacitant par la seule
vue de la scène ou de ses conséquences, dès lors qu’il y est potentielle-
ment exposé ou que, comme dans le cas d’espèce, il a déjà eu à souffrir
directement par le passé pareille épreuve dont le nouvel épisode réveille
le souvenir douloureux.
Toute autre solution comporterait le risque de voir traiter différem-
ment des personnes reconnues victimes d’accidents du travail, selon le
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 999 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 261 - 20.4.15 PASICRISIE BELGE 999
caractère direct ou indirect de leurs incapacités, c’est-à-dire suivant un
critère étranger à l’objectif apparemment affiché de la disposition
concernée d’assurer une régularisation financière en cas d’interruption
de travail due à un accident du travail causé par une agression ou une
intervention.
Le moyen ne peut être accueilli.
Je conclus au rejet.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 21 novembre
2013 par la cour du travail de Liège.
Le 9 février 2015, l’avocat général Jean Marie Genicot a déposé des
conclusions au greffe.
Le président de section Christian Storck a fait rapport et l’avocat gé-
néral Jean Marie Genicot a été entendu en ses conclusions.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Le demandeur présente un moyen libellé dans les termes suivants :
Dispositions légales violées
— articles 1er et 5 de l’arrêté royal du 26 mars 1965 portant réglementation gé-
nérale des indemnités et allocations quelconques accordées au personnel des
services publics fédéraux ;
— articles 1er, 5 et 5bis de l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 réglant
l’octroi d’une allocation pour prestations irrégulières aux membres du person-
nel du service public fédéral de la Justice.
Décisions et motifs critiqués
Après avoir constaté que :
« [Le défendeur] est agent pénitentiaire à l’établissement de défense sociale à
[…] ;
Outre sa rémunération habituelle, [le défendeur] perçoit des indemnités sup-
plémentaires pour prestations irrégulières ;
Le 9 septembre 1997, il est agressé par un détenu, ce qui fut reconnu comme
accident du travail consolidé au 14 juin 2001 avec un taux d’incapacité perma-
nente partielle de 16 p.c., majoré en octobre 2007 de 4 p.c. ;
Le 27 octobre 2007, un collègue [du défendeur] a été agressé et gravement bles-
sé au couteau par un détenu. Deux autres agents ont également été blessés. Plu-
sieurs personnes sont arrivées en renfort. Il ne ressort pas clairement des
éléments du dossier que [le défendeur] en ait fait partie. Ce qui n’est pas contes-
té, c’est que [le défendeur] n’est pas intervenu physiquement lors de l’incident
et qu’il a vu les victimes en tout cas après l’incident ;
Suite à ces événements, une aggravation du stress post-traumatique antérieur
a été constatée chez [le défendeur] et ce dernier a connu différentes périodes
d’incapacité temporaire, dont la dernière a pris fin le 30 juin 2010 ;
Par décision du 23 mai 2008, le cas fut reconnu dans le chef [du défendeur]
comme accident du travail et, par une décision du Medex du 26 avril 2010, le cas
fut consolidé au 23 avril 2010 avec un taux d’incapacité permanente partielle de
10 p.c. Une rente annuelle de 2.433,20 euros lui est payée à titre de réparation.
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1000 PASICRISIE BELGE 20.4.15 - N° 261
Le 28 octobre 2010, [le demandeur] prend une note de service n° 2010/30 dont il
ressort qu’il estime que [le défendeur] ne rentre pas dans les conditions de l’ar-
rêté ministériel du 11 octobre 2010 pour pouvoir régulariser sa situation au [re-
gard] des allocations pour prestations irrégulières en cas d’accident du travail
consécutif à une agression ou intervention ;
Par requête du 4 janvier 2011, [le défendeur] a contesté cette décision devant
les premiers juges, considérant que l’arrêté ministériel lui est bien applicable
et avoir droit à la régularisation de ses prestations irrégulières du 1er mars 2009
au 30 juin 2009 [lire : 2010], dernier jour d’incapacité temporaire reconnu », saisi
de l’action intentée par le défendeur contre le demandeur, l’arrêt, par confirma-
tion du jugement entrepris, décide « que les conditions de l’article 5bis, § 2, de
l’arrêté ministériel du 11 octobre 2010 sont remplies et qu’il y a lieu à régulari-
sation de la situation pécuniaire du demandeur pour la période du 1er mars 2009
au 30 juin 2010 ».
L’arrêt justifie cette décision par les motifs suivants :
« Au moment de l’accident du travail du 27 octobre 2007, le paiement des allo-
cations litigieuses était réglementé par l’arrête royal du 26 mars 1965 portant
réglementation générale des indemnités, allocations et primes quelconques ac-
cordées au personnel des services publics fédéraux, complété par un arrêté mi-
nistériel du 24 septembre 1998 réglementant de façon plus précise l’octroi d’une
allocation pour prestations irrégulières aux membres du personnel du service
public fédéral de la Justice ;
L’arrêté royal du 26 mars 1965 dispose en son article 5 que, “sauf dispositions
particulières en cas d’interruption de l’exercice de la fonction, l’allocation (ou
la prime) n’est due que si cette interruption ne dépasse pas trente jours ou-
vrables et n’enlève pas à l’agent le bénéfice de son traitement” ;
Un arrêté royal du 11 octobre 2010, produisant ses effets au 1er mars 2009, a in-
séré dans l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 un article 5bis qui dispose en
son paragraphe 2 que, “par dérogation à l’article 5 de l’arrêté royal du 26 mars
1965 portant réglementation générale des indemnités, allocations et primes
quelconques accordées au personnel des services publics fédéraux, l’allocation
visée à l’article 1er reste due, pour les membres du personnel des services exté-
rieurs de la direction générale des établissements pénitentiaires, sur la base du
planning, lorsque l’interruption de l’exercice de la fonction est consécutive aux
conséquences d’une agression ou d’une intervention, reconnue comme résultant
d’un accident du travail visé à la loi du 3 juillet 1967 sur la prévention ou la ré-
paration des dommages résultant des accidents du travail, des accidents surve-
nus sur le chemin du travail et des maladies professionnelles dans le secteur
public” ;
Le même article définit dans son paragraphe 1er l’agression comme toute at-
taque d’ordre psychologique ou physiologique commise avec violence (coups),
contrainte (prise d’otage), arme ou menace grave sur un membre du personnel ;
L’arrêté ministériel n’exige pas que cette agression soit commise sur le
membre du personnel qui demande l’allocation mais sur un membre du
personnel ;
Il résulte des éléments du dossier que, le 27 octobre 2007, un collègue [du dé-
fendeur] a été victime d’un accident du travail ayant fait l’objet d’une agression
au sens de l’article 5bis, § 1er, de l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 et où
il fut gravement blessé. [Le défendeur] a vu l’état de la victime et en a subi un
choc émotionnel qui fut reconnu comme accident du travail et qui a entraîné
une interruption de l’exercice de sa fonction dépassant trente jours ;
La cour [du travail] constate que cette interruption de l’exercice de la fonc-
tion [du défendeur] est consécutive aux conséquences d’une attaque d’ordre psy-
chologique ou physiologique commise avec violence (coups), contrainte (prise
d’otage), arme (couteau) ou menace grave sur un membre du personnel de l’éta-
blissement de défense sociale à […] ;
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1001 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 261 - 20.4.15 PASICRISIE BELGE 1001
Les conditions de l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 sont donc
remplies ».
Griefs
Aux termes de l’article 1er de l’arrêté royal du 26 mars 1965, l’agent qui est as-
treint à supporter des charges réelles qui ne peuvent être considérées comme
normales et inhérentes à la fonction bénéficie d’une indemnité.
L’article 1er de l’arrêté royal du 24 septembre 1998, pris en exécution de l’arrê-
té royal précité, est ainsi rédigé : « l’allocation pour prestations irrégulières est
accordée aux membres du personnel du ministère de la Justice astreints à des
prestations samedi-dimanche et nocturne ».
Il se déduit des constatations de l’arrêt que le défendeur « perçoit des indem-
nités supplémentaires pour prestations irrégulières » et que ces textes sont donc
d’application en ce qui le concerne.
Néanmoins, l’allocation visée par ces dispositions légales ne pouvait être ac-
cordée, selon l’article 5 de l’arrêté royal, que « si cette interruption ne dépasse
pas trente jours ouvrables et n’enlève pas à l’agent le bénéfice de son
traitement ».
Il se déduit des constatations de l’arrêt qu’à la suite de l’accident du travail
dont il a été victime, dans les conditions rappelées par l’arrêt, le 27 octobre 2007,
le défendeur ne remplissait pas la double condition exigée.
Toutefois, l’article 5bis, § 2, inséré dans l’arrêté ministériel du 24 septembre
1998 par l’arrêté ministériel du 11 octobre 2010, déroge à l’article 5, cité ci-avant,
de l’arrêté royal et écarte la double condition requise pour que l’intéressé, vic-
time d’un accident du travail, bénéficie de l’allocation lorsque « l’interruption
de l’exercice de la fonction est consécutive aux conséquences d’une agression ».
Et l’article 5bis, § 1er, inséré dans l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 par
le même arrêté ministériel du 10 octobre 2010, définit 1’« agression » comme
étant « toute attaque d’ordre psychologique ou physiologique commise avec vio-
lence (coups), contrainte (prise d’otage), arme ou menace grave sur un membre
du personnel ».
L’agression visée à ce texte est une agression dont l’intéressé a été directe-
ment victime, c’est-à-dire qu’il a été lui-même personnellement agressé.
L’agression dont est victime un agent ne permet pas à un autre agent de se
prévaloir de l’article 5bis de l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 même si,
témoin de cette agression, cet autre agent a été lui-même victime d’un trauma-
tisme psychologique.
Dès lors qu’il se déduit des constatations de l’arrêt que le défendeur n’a pas
été directement agressé lors de l’incident du 27 octobre 2007, dont étaient per-
sonnellement victimes un de ses collègues « gravement blessé au couteau par un
détenu » et deux autres agents, « également […] blessés », alors qu’il « n’est pas
intervenu physiquement lors de l’incident mais qu’il a vu les victimes en tout
cas après l’incident », l’intéressé ne peut se prévaloir de l’exception prévue par
l’article 5bis de l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 à l’article 5 de l’arrêté
royal du 26 mars 1965 pour bénéficier de l’allocation visée à l’article 1er de cha-
cun de ces arrêtés.
En décidant le contraire, l’arrêt ne justifie pas légalement sa décision.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Aux termes de l’article 5bis, § 2, de l’arrêté ministériel du
24 septembre 1998 réglant l’octroi d’une allocation pour prestations ir-
régulières aux membres du personnel du service public fédéral de la
Justice, par dérogation à l’article 5 de l’arrêté royal du 26 novembre
1965 portant réglementation générale des indemnités, allocations et
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1002 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1002 PASICRISIE BELGE 21.4.15 - N° 262
primes quelconques accordées au personnel des services publics fédé-
raux, l’allocation visée à l’article 1er reste due, pour les membres du
personnel des services extérieurs de la direction générale des établisse-
ments pénitentiaires, sur la base du planning, lorsque l’interruption de
l’exercice de la fonction est consécutive aux conséquences d’une agres-
sion ou d’une intervention reconnue comme résultant d’un accident du
travail visé à la loi du 3 juillet 1967 sur la prévention ou la réparation
des dommages résultant des accidents du travail, des accidents surve-
nus sur le chemin du travail et des maladies professionnelles dans le
secteur public.
Le paragraphe 1er dudit article 5bis dispose que, pour l’application de
celui-ci, l’on entend par : 1º agression : toute attaque d’ordre psycholo-
gique ou physiologique commise avec violence (coups), contrainte
(prise d’otage), arme ou menace grave sur un membre du personnel ;
2º intervention : action spécifique, spontanée ou ordonnée, visant à re-
médier en urgence à un événement imprévu, ayant un impact physique
entre un membre du personnel et un tiers ou un objet.
Il ne suit pas de ces dispositions que le membre du personnel qui s’en
prévaut devrait avoir personnellement et directement subi l’agression
ou procédé à l’intervention aux conséquences de laquelle l’interruption
de l’exercice de sa fonction est consécutive.
L’arrêt, qui constate qu’« un collègue [du défendeur] a […] fait l’objet
d’une agression au sens de l’arrêté ministériel du 24 septembre 1998 » et
considère que le défendeur « a vu l’état de la victime et en a subi un
choc émotionnel qui fut reconnu comme un accident du travail et qui
a entraîné une interruption de l’exercice de sa fonction », justifie léga-
lement sa décision que « cette interruption […] est consécutive aux
conséquences de [cette agression] » au sens de l’article 5bis précité.
Le moyen ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
Du 20 avril 2015. — 3e ch. — Prés. et Rapp. M. Storck, président de
section. — Concl. conf. M. Genicot, avocat général. — Pl. M. T’Kint.
N° 262
2e CH. — 21 avril 2015
(RG P.13.0954.N)
ABANDON DE FAMILLE. — CONVENTION PRÉALABLE DE DIVORCE PAR
CONSENTEMENT MUTUEL. — HOMOLOGATION PAR DÉCISION JUDICIAIRE. —
OBLIGATION DE PAIEMENT D’UNE PENSION ALIMENTAIRE MENSUELLE. — DETTE
QUÉRABLE. — DÉCLARATION DE CULPABILITÉ DU CHEF DE L’INFRACTION D’ABAN-
DON DE FAMILLE. — CONDITION. — MISE EN DEMEURE PRÉALABLE DU DÉBITEUR.
Une mise en demeure préalable du débiteur qui, par le biais d’une convention
préalable de divorce par consentement mutuel, homologué par une décision
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N° 262 - 21.4.15 PASICRISIE BELGE 1003
judiciaire, a été expressément contraint de verser une pension alimentaire
mensuelle, ne constitue pas une condition nécessaire pour le reconnaître cou-
pable du chef d’abandon de famille, tel que prévu à l’article 391bis du Code
pénal, même s’il s’agit d’une dette quérable (1).
(D. C. T.)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 24 avril 2013 par la cour
d’appel d’Anvers, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque deux moyens dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Dans un mémoire en réponse, la défenderesse demande la condamna-
tion du demandeur au paiement d’une indemnité de procédure.
Le conseiller Peter Hoet a fait rapport.
L’avocat général Marc Timperman a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
(…)
Sur le second moyen
12. Le moyen invoque la violation des articles 149 de la Constitution,
6, 1287, 1288, 3° et 4°, du Code judiciaire, 391bis, alinéa 2, du Code pénal,
1139, 1146 et 1247 du Code civil, ainsi que la violation du principe général
du droit relatif au respect des droits de la défense, des règles relatives
à la foi due aux actes et du devoir de motivation : l’arrêt décide, à tort,
qu’une mise en demeure préalable du débiteur concernant une dette
quérable ne constitue pas une condition nécessaire pour le déclarer
coupable ; lorsque la pension alimentaire est payable au lieu du domi-
cile du débiteur d’aliments, le délai de deux mois ne commence à courir
qu’à partir du moment où le débiteur est sommé de payer ; les juges
d’appel n’ont pas répondu à l’argumentation du demandeur selon la-
quelle, au moment de la citation directe, le délai de deux mois n’avait
pas encore expiré et que, par conséquent, il n’y avait pas infraction ;
l’arrêt constate que le demandeur n’a pris aucune initiative afin de se
libérer valablement de son obligation d’entretien ou de bénéficier d’un
aménagement de celle-ci, et décide sur cette seule base qu’il n’a donc
pas payé en connaissance de cause ; il ne saurait y avoir condamnation
du chef d’abandon de famille lorsque le débiteur d’aliments, indépen-
damment de sa volonté, se trouvait dans l’impossibilité de respecter ses
obligations d’entretien ; les juges d’appel ont rejeté, sans aucune moti-
vation, la déclaration de la défenderesse, excluant le caractère volon-
taire du manquement à l’obligation d’entretien.
(1) Voy. Cass. 7 mars 1966 (Bull. et Pas. 1966, I, p. 870) ; Cass. 3 novembre 2009, RG
P.09.0884.N, Pas. 2009, n° 634.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1004 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1004 PASICRISIE BELGE 21.4.15 - N° 262
13. Une mise en demeure préalable du débiteur qui, par le biais d’une
convention préalable de divorce par consentement mutuel, homologué
par une décision judiciaire, a été expressément contraint de verser une
pension alimentaire mensuelle, ne constitue pas une condition néces-
saire pour le déclarer coupable du chef d’abandon de famille, tel que
prévu à l’article 391bis du Code pénal, même s’il s’agit d’une dette qué-
rable.
Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
14. L’arrêt décide, d’une part, qu’une mise en demeure préalable du
débiteur ne constitue pas une condition nécessaire pour le déclarer cou-
pable d’abandon de famille, tel que visé à l’article 391bis du Code pénal,
et, d’autre part, que :
— le 16 septembre 2010, le demandeur s’était engagé à fournir une pen-
sion alimentaire mensuelle pour son fils mineur ;
— le délai de deux mois, mentionné à l’article 391bis du Code pénal, a
commencé à courir en l’espèce à compter du jugement ayant prononcé
le divorce et ayant entériné la convention préalable concernant l’en-
fant mineur, les obligations y figurant relatives à cet enfant étant ainsi
rendues exécutoires ;
— il ne ressort d’aucun élément du dossier répressif qu’entre le
16 septembre 2010 et le 24 janvier 2012, la situation financière du deman-
deur a, en dépit de sa volonté, été modifiée dans une mesure telle qu’il
s’est trouvé dans l’impossibilité totale de respecter son obligation
d’entretien ;
— il n’a pris aucune initiative pour être libéré valablement de son
obligation d’entretien ou bénéficier d’un aménagement valable de
celle-ci ;
— ni les déclarations de la défenderesse selon lesquelles le demandeur
était sans emploi, n’était pas en mesure de veiller financièrement et
psychiquement sur son fils et devait demander de l’argent à son père,
ni les pièces présentées par le demandeur, n’empêchent ce qui précède ;
— des pièces, attestant que le demandeur n’a perçu aucune allocation
de chômage le 23 février 2012, qu’il ne bénéficiait plus, à partir de
janvier 2011, d’une aide du C.P.A.S. et qu’il ne percevait pas en 2011 d’al-
locations d’incapacité de travail, il ne ressort nullement que celui-ci
jouissait d’aucune forme de revenu, au moment des faits mis à charge.
Par ces motifs, les juges d’appel ont légalement justifié la déclaration
de culpabilité du demandeur et ont régulièrement répondu à la défense
du demandeur, sans qu’ils doivent répondre aux arguments avancés par
le demandeur dans le seul but d’appuyer cette défense, sans constituer
en eux-mêmes un moyen distinct.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
15. Pour le surplus, le moyen critique l’appréciation souveraine des
faits par le juge ou impose à la Cour un examen des faits pour lequel
elle est sans compétence, et est irrecevable.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1005 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 263 - 21.4.15 PASICRISIE BELGE 1005
Le contrôle d’office
16. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision est conforme à la loi.
Sur l’indemnité de procédure
17. La défenderesse demande la condamnation du demandeur au paie-
ment d’une indemnité pour la procédure menée devant la Cour.
18. Eu égard à la compétence limitée de la Cour et à la spécificité de
l’objet du pourvoi qui diffère de l’objet de la décision attaquée,
l’article 1111 du Code judiciaire prévoit un système complet et auto-
nome qui régit la ventilation des frais du pourvoi en cassation.
La nature particulière du pourvoi exclut que les frais du pourvoi in-
cluent également l’indemnité de procédure prévue à l’article 1022 du
Code judiciaire.
La demande n’est pas fondée.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Rejette la demande de la défenderesse visant le paiement d’une in-
demnité de procédure ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 21 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Hoet. — Concl. conf. M. Timperman, avocat général.
— Pl. M. Leuven et Mme De Vries, du barreau d’Anvers.
N° 263
2e CH. — 21 avril 2015
(RG P.13.1258.N)
1° TRAVAIL. — GÉNÉRALITÉS. — INSPECTEUR SOCIAL. — OBSTACLE À LA SUR-
VEILLANCE. — NOTION.
2° TRAVAIL. — DIVERS. — INSPECTEUR SOCIAL. — DEMANDE DE FOURNIR LES
SUPPORTS D’INFORMATION. — PRÉSOMPTION D’INNOCENCE. — COMPATIBILITÉ.
3° TRAVAIL. — GÉNÉRALITÉS. — LOI DU 16 NOVEMBRE 1972 CONCERNANT
L’INSPECTION DU TRAVAIL. — COMPÉTENCES DE RECHERCHE DE L’INSPECTEUR
SOCIAL. — DEMANDE DE FOURNIR LES SUPPORTS D’INFORMATION. — CONDITION.
4° PRINCIPES GÉNÉRAUX DU DROIT. — PRÉSOMPTION D’INNOCENCE. —
INSPECTEUR SOCIAL. — DEMANDE DE FOURNIR LES SUPPORTS D’INFORMATION. —
APPLICATION.
5° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 2. — PRÉSOMPTION D’INNOCENCE. — INSPECTEUR SOCIAL. — OBS-
TACLE À LA SURVEILLANCE. — COMPATIBILITÉ.
6° DROITS DE L’HOMME. — PACTE INTERNATIONAL RELATIF AUX
DROITS CIVILS ET POLITIQUES. — ARTICLE 14.2. — PRÉSOMPTION D’INNO-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1006 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1006 PASICRISIE BELGE 21.4.15 - N° 263
CENCE. — INSPECTEUR SOCIAL. — OBSTACLE À LA SURVEILLANCE. — COMPATI-
BILITÉ.
1°, 2°, 3°, 4°, 5° et 6° Le fait de ne pas fournir délibérément à l’inspecteur social
qui les a demandés des supports d’information qui contiennent soit des don-
nées sociales, soit des données dont l’établissement, la tenue ou la conserva-
tion sont prescrits par la loi, peut constituer l’infraction d’obstacle à la
surveillance ; à cet égard, il est sans importance que l’inspecteur social ait
eu recours aux compétences de recherche que lui confère l’article 4, § 1er, 2°,
c), de la loi du 16 novembre 1972 concernant l’inspection du travail, actuel-
lement article 28, § 3, du Code pénal social, et cette obligation sanctionnée
pénalement n’implique pas la violation de la présomption d’innocence garan-
tie par les articles 6.2 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales et 14.2 du Pacte international relatif aux droits
civils et politiques (1).
(V.)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 23 mai 2013 par la cour
d’appel d’Anvers, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque trois moyens dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Antoine Lievens a fait rapport.
L’avocat général Luc Decreus a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
(…)
Sur le troisième moyen
9. Le moyen invoque la violation des articles 6.2 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 14.2 du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 28 et 209 du
Code pénal social, ainsi que la méconnaissance de la présomption
d’innocence : l’arrêt déclare le demandeur coupable du chef de l’infrac-
tion d’obstacle à la surveillance, sans que les services d’inspection
aient cherché à se procurer les documents demandés et sans que le de-
mandeur se soit opposé à la recherche ou au retrait des pièces visées au-
près des autorités polonaises.
(1) Voy. M. GRATIA et G. VAN DE MOSSCHELAER, « La loi concernant l’inspection du
travail : après 2006, avant un code de droit pénal social (Partie I) », Ors. 2009, n° 8,
(p. 17) p. 25 ; W. VAN EECKHOUTTE et S. BOUZOUMITA, « Opsporing van sociaalrechtelijke
misdrijven », NjW 2009, (p. 698) p. 709 ; A. DE NAUW, « Het misdrijf van verhindering van
toezicht, de wettelijke verplichting bepaalde documenten op te maken, bij te houden
en te bewaren in het sociaal strafrecht en het gebruik ervan in een strafvervoling », in
Liber Amicorum Henri-D. Bosly. Loyauté, justice et vérité, Bruxelles, La Charte, 2009,
pp. 123-140 ; K. SALOMEZ, Sociaal Strafrecht, Bruxelles, die Keure, 2010, p. 94.
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N° 264 - 21.4.15 PASICRISIE BELGE 1007
10. Le fait de ne pas fournir délibérément à l’inspecteur social qui les
a demandés des supports d’information qui contiennent soit des don-
nées sociales, soit des données dont l’établissement, la tenue ou la
conservation sont prescrits par la loi, peut constituer l’infraction
d’obstacle à la surveillance. À cet égard, il est sans importance que
l’inspecteur social ait eu recours aux compétences de recherche que lui
confère l’article 4, § 1er, 2°, c), de la loi du 16 novembre 1972 concernant
l’inspection du travail, actuellement article 28, § 3, du Code pénal so-
cial.
11. Cette obligation sanctionnée pénalement n’implique pas la viola-
tion de la présomption d’innocence garantie par les articles 6.2 de la
Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fonda-
mentales et 14.2 du Pacte international relatif aux droits civils et poli-
tiques.
Le moyen qui est déduit d’une autre prémisse juridique, manque en
droit.
Le contrôle d’office
12. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 21 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Lievens. — Concl. conf. M. Decreus, avocat général.
— Pl. M. Renette et M. Reynders, du barreau d’Hasselt.
N° 264
2e CH. — 21 avril 2015
(RG P.13.1281.N)
1° PRESCRIPTION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PUBLIQUE. — GÉ-
NÉRALITÉS. — INFRACTIONS COMMISES À DES MOMENTS INDÉTERMINÉS ENTRE
DEUX DATES. — CONTRÔLE PAR LA COUR. — IMPOSSIBILITÉ. — CONSÉQUENCES.
2° RENVOI APRÈS CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PU-
BLIQUE. — INFRACTIONS COMMISES À DES MOMENTS INDÉTERMINÉS ENTRE DEUX
DATES. — PRESCRIPTION. — CONTRÔLE PAR LA COUR. — IMPOSSIBILITÉ. —
CONSÉQUENCES.
3° RENVOI APRÈS CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION CI-
VILE. — INFRACTIONS COMMISES À DES MOMENTS INDÉTERMINÉS ENTRE DEUX
DATES. — PRESCRIPTION. — CONTRÔLE PAR LA COUR. — IMPOSSIBILITÉ. —
CONSÉQUENCES.
1°, 2° et 3° Sans examiner d’aucune manière à quelles dates auraient été com-
mises certaines préventions, pour autant qu’elles sont établies, les juges
d’appel ont déclaré l’action publique exercée du chef de ces préventions, pour
lesquelles ils ont indiqué qu’elles n’avaient pu être commises avec la même
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1008 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1008 PASICRISIE BELGE 21.4.15 - N° 264
intention délictueuse que les faits d’une autre prévention du chef de laquelle
le prévenu a été déclaré coupable, prescrite sur la base d’un acte interruptif
antérieur à la dernière date possible de ces faits, tels que qualifiés, et, par
conséquent, ils ont déclaré irrecevables les actions civiles, en tant qu’elles
sont fondées sur les préventions ; la Cour ne peut ainsi vérifier si l’action pu-
blique exercée du chef des préventions est ou non prescrite à la date du pro-
noncé de l’arrêt ni si les actions publiques fondées sur ces préventions ont été
introduites postérieurement à la prescription de l’action publique et elle casse
la décision attaquée, avec renvoi, dans la mesure où elle se prononce sur ces
actions civiles, en tant qu’elles sont fondées sur ces préventions (1). (Const.,
art. 149 ; L. du 17 avril 1878, art. 21 à 24)
(D. ET CRTS C. S.)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un arrêt rendu le 5 juin 2013 par la
cour d’appel de Bruxelles, chambre correctionnelle, statuant en tant
que juridiction de renvoi ensuite de l’arrêt de la Cour du 12 juin 2012.
Les premier et deuxième demandeurs invoquent deux moyens dans un
mémoire annexé au présent arrêt, en copie certifiée conforme.
Les troisième et quatrième demandeurs ne présentent aucun moyen.
Le conseiller Alain Bloch a fait rapport.
L’avocat général Luc Decreus a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
(…)
Sur le second moyen
3. Le moyen invoque la violation des articles 65 du Code pénal, 21 et
22 de la loi du 17 avril 1878 contentant le Titre préliminaire du Code de
procédure pénale : l’arrêt décide que l’action publique exercée du chef
des délits K, L et P mis à charge, commis à des moments ne pouvant
être précisément situés au cours de la période courant à compter du
1er février 1995, est prescrite ; l’arrêt admet que le dernier acte interrup-
tif utile date du 5 octobre 1999 et qu’à compter de ce jour jusqu’au fait
H, commis le 8 juillet 2006, un délai de plus de cinq ans s’est écoulé sans
que la prescription ait été suspendue ; les périodes au cours desquelles
les faits K, L et P se sont déroulés se terminent toutefois respective-
ment fin février 1999 (prévention K), le 26 mars 2001 (prévention L) et le
1er août 2000 (prévention P), sans que le dernier acte interruptif utile ne
puisse être antérieur à ces dates ; lorsque l’arrêt, lequel admet l’unité
d’intention du chef des faits, contrôle si l’action publique est prescrite,
il est tenu de vérifier si un délai de cinq ans ne s’est pas écoulé entre
les dates finales des périodes infractionnelles pour les faits K, L et P
(1) Voy. Cass. 6 septembre 2000, RG P.00.0310.F, Pas. 2000, n° 443 ; Cass. 7 novembre
2000, RG P.99.0048.N, Pas. 2000, n° 604 ; Cass. 2 mai 2006, RG P.06.0125.N, Pas. 2006, n° 252.
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N° 264 - 21.4.15 PASICRISIE BELGE 1009
d’une part, et la date de la prévention H, d’autre part, et non depuis les
dates de début de ces périodes.
4. Il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que les
faits suivants ont notamment été mis à charge du défendeur :
— sub K : coups et blessures volontaires avec la circonstance que l’au-
teur est un parent ou une personne ayant autorité sur l’enfant ou l’in-
capable ou en ayant la garde, en l’espèce le beau-père, et avec la
circonstance que les coups ont été portés sur un enfant âgé de moins de
seize ans accomplis, « à des moments ne pouvant être précisément si-
tués au cours de la période courant du 1er février 1995 à fin
février 1999 » ;
— sub L : coups et blessures volontaires avec la circonstance que l’au-
teur est un parent ou une personne ayant autorité sur l’enfant ou l’in-
capable ou en ayant la garde, en l’espèce le beau-père, et avec la
circonstance que les coups ont été portés sur un enfant âgé de moins de
seize ans accomplis, « à des moments ne pouvant être précisément si-
tués au cours de la période courant du 1er février 1995 au 26 mars 2001 » ;
— sub P : coups et blessures volontaires avec la circonstance que le
délit a été commis sur un mineur ou une personne qui, en raison de son
état physique ou mental, n’était pas à même de pourvoir à son entre-
tien, par ses père, mère ou autres ascendants, toute autre personne
ayant autorité sur le mineur ou l’incapable ou en ayant la garde, ou
toute personne qui cohabite occasionnellement ou habituellement avec
la victime, en l’espèce le beau-père, « à des moments ne pouvant être
précisément situés au cours de la période courant du 1er février 1995 au
1er août 2000 ».
Les juges d’appel ont décidé que l’action publique exercée du chef de
ces infractions est prescrite parce que :
— le fait de la prévention G, commis à un moment ne pouvant être
précisément situé à compter du 21 août 1994, précède probablement les
préventions K, L et P, commises à des moments ne pouvant être préci-
sément situés au cours de la période courant à dater du 1er février 1995 ;
— l’action publique exercée du chef des faits des préventions K, L et
P, commises à des moments ne pouvant être précisément situés au
cours de la période courant à dater du 1er février 1995, a été suspendue
utilement une dernière fois par l’apostille du 5 octobre 1999 du procu-
reur du Roi de Bruges désignant un expert en vue d’établir un diagnos-
tic psychologique de l’état du premier demandeur ;
— entre ce dernier acte interruptif utile du 5 octobre 1999 et le fait de
la prévention H, commise le 8 juillet 2006, un délai de plus de cinq ans
s’est écoulé sans que la prescription n’ait été suspendue.
Sans examiner d’aucune manière à quelles dates auraient été com-
mises les préventions K, L et P, pour autant qu’elles soient établies, ils
ont déclaré l’action publique exercée du chef de ces préventions, pour
lesquelles ils ont indiqué qu’elles ont été probablement commises avec
la même intention délictueuse que les faits de la prévention H du chef
de laquelle le prévenu a été déclaré coupable, prescrite sur la base d’un
acte interruptif antérieur à la dernière date possible de ces faits, tels
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1010 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1010 PASICRISIE BELGE 21.4.15 - N° 265
que qualifiés, et, par conséquent, ils ont déclaré irrecevables les ac-
tions civiles, en tant qu’elles sont fondées sur les préventions K, L et P.
La Cour ne peut ainsi vérifier si l’action publique exercée du chef des
préventions K, L et P est ou non prescrite à la date du prononcé de l’ar-
rêt ni si les actions civiles fondées sur ces préventions ont été intro-
duites postérieurement à la prescription de l’action publique.
Le moyen est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué, dans la mesure où il se
prononce sur les actions civiles du premier demandeur et de la deu-
xième demanderesse, en tant qu’elles sont fondées sur les préventions
K, L et P ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé ;
Rejette les pourvois du premier demandeur et de la deuxième deman-
deresse pour le surplus ;
Rejette les pourvois du troisième demandeur et de la quatrième
demanderesse ;
Condamne le premier demandeur et la deuxième demanderesse à la
moitié des frais et laisse le surplus des frais à charge de l’État ;
Condamne le troisième demandeur et la quatrième demanderesse aux
frais de leur pourvoi ;
Renvoi la cause, ainsi limitée, à la cour d’appel d’Anvers.
Du 21 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Bloch. — Concl. conf. M. Decreus, avocat général. —
Pl. M. Crabeels, du barreau de Bruges.
N° 265
2e CH. — 21 avril 2015
(RG P.14.1862.N)
1° COUR D’ASSISES. — PROCÉDURE À L’AUDIENCE. ARRÊTS INTERLO-
CUTOIRES. DÉCLARATION DU JURY. — MOTIVATION DE LA DÉCLARATION
DE CULPABILITÉ. — PORTÉE. — ARRÊT QUI EXCLUT TOUTE ORIGINE ACCIDEN-
TELLE. — ARRÊT QUI CONSTATE QUE L’ACCUSÉ EST L’AUTEUR DE VIOLENCES
AYANT ENTRAÎNÉ LA MORT AVEC INTENTION DE LA DONNER. — PLUSIEURS
FORMES DE VIOLENCES POSSIBLES, SELON LES MÉDECINS LÉGISTES. — CONSÉ-
QUENCE SUR LE DEVOIR DE MOTIVATION.
2° COUR D’ASSISES. — COMPOSITION DE LA COUR ET DU JURY. — AU-
DIENCE PRÉLIMINAIRE. — JUGE DE LA JEUNESSE SIÉGEANT À LA COUR D’ASSISES.
— LÉGALITÉ.
1° L’article 334, alinéa 2, du Code d’instruction criminelle prescrit que la cour
d’assises et les jurés formulent les principales raisons de leur décision, sans
devoir répondre à l’ensemble des conclusions déposées ; lorsque l’arrêt in-
dique pourquoi toute origine accidentelle est exclue et qu’il est établi que
l’accusé est l’auteur des violences ayant entraîné la mort de la victime avec
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1011 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 265 - 21.4.15 PASICRISIE BELGE 1011
intention de la donner, la circonstance que, selon le rapport des médecins lé-
gistes, plusieurs formes de violences sont possibles, n’oblige pas la cour d’as-
sises et les jurés de préciser de surcroît l’acte de violence posé par l’accusé.
2° Il résulte de la combinaison des articles 79, alinéa 7, 119, § 2, et 121 du Code
judiciaire et en l’absence de toute disposition légale contraire, qu’un juge du
tribunal de la jeunesse peut siéger à la cour d’assises.
(D. C. M. ET CRTS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi sub I est dirigé contre un arrêt rendu le 17 octobre 2014 par
la cour d’assises de la Province du Brabant flamand, statuant sur la dé-
claration de culpabilité et la motivation, et le pourvoi sub II est dirigé
contre l’arrêt rendu à la même date et par la même juridiction,
condamnant le demandeur à une peine.
Le demandeur invoque quatre moyens dans un mémoire annexé au
présent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Peter Hoet a fait rapport.
L’avocat général délégué Alain Winants a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
1. Le moyen invoque la méconnaissance du devoir de motivation :
l’arrêt rendu sur la déclaration de culpabilité est entaché d’un vice de
motivation de l’élément matériel du crime dont il déclare le demandeur
coupable, à savoir l’acte matériel ayant entraîné la mort de la victime ;
l’arrêt condamne le demandeur sur la base d’un raisonnement sur la
preuve inversé par élimination ; en se référant exclusivement aux
constatations des médecins légistes définies comme « sujettes à de
multiples interprétations » et, pour le surplus, en procédant par élimi-
nation, la cour d’assises a méconnu l’obligation de motivation qui lui
incombe quant à l’élément matériel de l’infraction ; l’instruction judi-
ciaire a abouti à deux hypothèses possibles sur ce qui s’est passé, soit
une poussée avec chute en arrière sur l’arrière de la tête, soit un coup
avec un objet de large surface porté sur l’arrière de la tête ; l’arrêt ne
précise pas l’acte matériel posé par le demandeur ; la seule mention
d’un impact ne précise par cet acte à suffisance.
2. L’article 334, alinéa 2, du Code d’instruction criminelle, prescrit
que la cour d’assises et les jurés formulent les principales raisons de
leur décision, sans devoir répondre à l’ensemble des conclusions dépo-
sées.
L’arrêt indique pourquoi toute origine accidentelle est exclue et qu’il
est établi que l’accusé est l’auteur de violences ayant entraîné la mort
de la victime avec l’intention de la donner. La circonstance que, selon
le rapport des médecins légistes, plusieurs formes de violences soient
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1012 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1012 PASICRISIE BELGE 21.4.15 - N° 265
possibles n’oblige pas la cour d’assises et les jurés à préciser en outre
quel acte de violence a commis l’accusé.
Le moyen ne peut être accueilli.
Sur le deuxième moyen
3. Le moyen invoque la violation des articles 47bis, § 1er, 5°, du Code
d’instruction criminelle, 31 et 32 de la loi du 15 juin 1935 concernant
l’emploi des langues en matière judiciaire : l’arrêt rendu sur la décla-
ration de culpabilité fonde sa décision sur un élément de preuve enta-
ché de nullité, à savoir le témoignage de A. ; la police a pris note de ses
déclarations en néerlandais, alors que le témoin a déclaré, à la fin de
son audition, faire le choix de la langue allemande s’il devait compa-
raître à l’audience ; à l’audience, il a été entendu en allemand, avec
l’assistance d’un interprète ; le témoin a clairement fait le choix de la
langue allemande pour la procédure, de sorte que ses déclarations ne
pouvaient être notées qu’en cette langue, à moins qu’il soit fait appel
à un interprète juré afin de prendre note des déclarations en
néerlandais ; de plus, il a été constaté que les déclarations du témoin
faites à l’audience en allemand diffèrent de celles notées le 24 février
2012 en néerlandais, sans l’assistance d’un interprète ; la sanction est
la nullité des déclarations, lorsque le verbalisateur traduit lui-même et
consigne les déclarations dans une langue autre que celle employée par
la personne interrogée.
4. Il ne ressort pas des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que
le témoin A. a fait des déclarations à la police qui ont été notées en
néerlandais, même s’il a indiqué au terme de cette audition faire le
choix de l’allemand en cas de comparution à l’audience.
Le moyen impose à la Cour un examen des faits pour lequel elle est
sans compétence.
Le moyen est irrecevable.
Sur le troisième moyen
5. Le moyen invoque la violation de l’article 79 du Code judiciaire :
dans la composition du jury le lundi 6 octobre 2014, le juge de la jeu-
nesse De Paepe faisait partie de la cour d’assises ; les juges de la jeu-
nesse ne peuvent toutefois entrer en considération pour siéger en tant
qu’assesseur à la cour d’assises, dont la composition était, par consé-
quent, irrégulière ; à tout le moins, une décision expresse du président
du tribunal de première instance doit être produite, ainsi que l’avis du
procureur du Roi ayant donné lieu à cette désignation en tant
qu’assesseur ; cette décision et cet avis font défaut ; une composition
irrégulière de la cour d’assises pendant la composition du jury a porté
atteinte à l’ensemble de la procédure.
6. En vertu de l’article 121 du Code judiciaire, les assesseurs à la cour
d’assises sont désignés pour chaque affaire par le premier président de
la cour d’appel, en concertation avec les présidents de tribunal de pre-
mière instance concernés, parmi les vice-présidents et les juges les plus
anciens en rang du ressort de la cour d’appel.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1013 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 265 - 21.4.15 PASICRISIE BELGE 1013
En vertu de l’article 119, § 2, de ce même Code, si des poursuites sont
engagées contre au moins une personne qui, en application de la loi du
8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse, à la prise en charge
des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction et à la réparation
du dommage causé par ce fait, fait l’objet d’une décision de dessaisisse-
ment dans le cadre d’un crime non correctionnalisable, la cour d’assises
doit, pour être valablement constituée, être composée d’au moins deux
magistrats ayant suivi la formation continue visée à l’article 259sexies,
§ 1er, 1°, alinéa 3, ou à l’article 259sexies, § 1er, 2°, alinéa 2.
En vertu de l’article 79, alinéa 7, dudit Code, le président du tribunal
de première instance peut, à titre exceptionnel et de l’avis du procureur
du Roi, demander au juge du tribunal de la famille et de la jeunesse de
siéger aux chambres correctionnelles du tribunal de première instance.
Il résulte de la combinaison de ces dispositions et en l’absence de
toute autre disposition légale en sens différent, qu’un juge du tribunal
de la jeunesse peut siéger à la cour d’assises.
Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
7. Pour le surplus, le moyen est déduit de cette violation légale vai-
nement invoquée et est, par conséquent, irrecevable.
Sur le quatrième moyen
8. Le moyen invoque la violation des articles 6.1 et 6.3.c de la Conven-
tion de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
ainsi que la méconnaissance de la règle Salduz : le demandeur a été pri-
vé de l’assistance d’un avocat lors de sa première audition par la
police ; il n’a pas davantage été assisté par un avocat lors de la
reconstitution ; la cour d’assises aurait dû déclarer l’action publique
irrecevable, à tout le moins écarter les déclarations faites par le de-
mandeur à titre de preuve.
9. L’article 291 du Code d’instruction criminelle dispose : « Avant
qu’il soit procédé à la lecture visée à l’article 292, les parties doivent
préciser par conclusions les moyens visés à l’article 235bis qu’elles
peuvent soumettre au juge du fond. La cour statue immédiatement sur
ceux-ci. La demande en cassation de cet arrêt est formée en même
temps que la demande en cassation de l’arrêt définitif visée
l’article 359. »
Il ne ressort pas des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que le
demandeur a invoqué la violation de la règle Salduz avant qu’il soit
procédé à la lecture visée à l’article 292 du Code d’instruction crimi-
nelle. Il ne peut l’invoquer actuellement devant la Cour.
Le moyen est irrecevable.
Le contrôle d’office
10. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision est conforme à la loi.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1014 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1014 PASICRISIE BELGE 21.4.15 - N° 266
Sur l’arrestation immédiate
11. Ensuite du rejet à prononcer ci-après du pourvoi formé contre la
décision rendue sur l’action publique, cette décision est passée en force
de chose jugée. Le pourvoi formé contre la décision ordonnant l’arres-
tation immédiate du demandeur n’a, par conséquent, plus d’objet.
Par ces motifs, la Cour rejette les pourvois ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 21 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Hoet. — Concl. conf. M. Winants, avocat général
délégué. — Pl. M. Holemans, M. Den Bosch et M. Op de Beeck, du
barreau de Louvain.
N° 266
2e CH. — 21 avril 2015
(RG P.14.1899.N)
1° RÉCUSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DEMANDE DE RÉCUSATION
D’UN EXPERT. — INAPPLICABILITÉ DE L’ARTICLE 971 DU CODE JUDICIAIRE. —
CONSÉQUENCE.
2° EXPERTISE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DEMANDE DE RÉCUSATION D’UN
EXPERT. — INAPPLICABILITÉ DE L’ARTICLE 971 DU CODE JUDICIAIRE. — CONSÉ-
QUENCE.
3° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — DROIT À UN PROCÈS ÉQUITABLE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. —
DEMANDE DE RÉCUSATION D’UN EXPERT. — INAPPLICABILITÉ DE L’ARTICLE 971
DU CODE JUDICIAIRE. — CONSÉQUENCE.
4° DROITS DE L’HOMME. — PACTE INTERNATIONAL RELATIF AUX
DROITS CIVILS ET POLITIQUES. — ARTICLE 14. — DROIT À UN PROCÈS ÉQUI-
TABLE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DEMANDE DE RÉCUSATION D’UN EXPERT. —
INAPPLICABILITÉ DE L’ARTICLE 971 DU CODE JUDICIAIRE. — CONSÉQUENCE.
1°, 2°, 3° et 4° L’article 971 du Code judiciaire, inconciliable avec les règles qui
régissent la procédure pénale, n’est pas applicable en matière répressive,
mais cette inapplicabilité n’implique pas que l’expert et les parties ne peuvent
s’exprimer librement et qu’il a été porté atteinte à la fiabilité de la preuve (1).
(M. C. P.)
(1) Voy. Cass. 8 février 2000, RG P.97.0515.N, Pas. 2000, n° 100, avec concl. de M. DUINS-
LAEGER, avocat général, R.W. 2000-2001, pp. 217 et s. ; Cass. 12 avril 2000, RG P.00.0136.F,
Pas. 2000, n° 249, R.W. 2001-2002, p. 306, avec la note B. DE SMET, « De samenwerking
tussen de deskundige en de partijen in strafzaken ».
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1015 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 266 - 21.4.15 PASICRISIE BELGE 1015
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre l’arrêt rendu le 4 novembre 2014 par la
cour d’assises de la province d’Anvers, ayant rejeté la demande de ré-
cusation (ci-après arrêt I), contre l’arrêt rendu le 5 novembre 2014 par
la même cour comportant la déclaration de culpabilité et la motivation
(ci-après arrêt II) et contre l’arrêt rendu le 6 novembre 2014 par la
même cour ayant condamné le demandeur à une peine (ci-après
arrêt III).
Le demandeur invoque trois moyens dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Antoine Lievens a fait rapport.
L’avocat général délégué Alain Winants a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
1. Le moyen invoque la violation des articles 6 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 14 du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 966 et 971 du
Code judiciaire : avant de rejeter la demande de récusation de l’expert
formulée par le demandeur, ni l’expert ni les parties n’ont été enten-
dues en chambre du conseil, de sorte que les règles de la procédure de
l’article 971 du Code judiciaire n’ont pas été suivies ; cela a ainsi empê-
ché l’expert et les parties de s’exprimer librement et il a été porté at-
teinte à la fiabilité de la preuve.
2. L’article 971 du Code judiciaire, inconciliable avec les règles qui ré-
gissent la procédure pénale, n’est pas applicable en matière répressive.
Dans cette mesure, le moyen manque en droit.
3. L’inapplicabilité de l’article 971 du Code judiciaire en matière ré-
pressive n’implique pas que l’expert et les parties ne peuvent s’expri-
mer librement et qu’il a été porté atteinte à la fiabilité de la preuve.
Dans cette mesure, le moyen manque également en droit.
(…)
Le contrôle d’office
9. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 21 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Lievens. — Concl. conf. M. Winants, avocat général
délégué. — Pl. M. Vangenechten et M. Hawwash, du barreau d’Anvers.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1016 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1016 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 267
N° 267
2e CH. — 22 avril 2015
(RG P.14.0991.F)
1° APPEL. — MATIÈRE RÉPRESSIVE (Y COMPRIS DOUANES ET AC-
CISES). — ACTION CIVILE (RÈGLES PARTICULIÈRES). — JUGEMENT RENDU SUR
L’ACTION PUBLIQUE. — JUGEMENT RÉSERVANT À STATUER SUR LA RECEVABILITÉ
ET LE FONDEMENT DE L’ACTION CIVILE. — PARTIE CIVILE. — APPEL. — RECEVA-
BILITÉ.
2° ACTION CIVILE. — ACTION CIVILE PORTÉE DEVANT LE JUGE RÉ-
PRESSIF. — JUGEMENT RENDU SUR L’ACTION PUBLIQUE. — JUGEMENT RÉSER-
VANT À STATUER SUR LA RECEVABILITÉ ET LE FONDEMENT DE L’ACTION CIVILE.
— PARTIE CIVILE. — APPEL. — RECEVABILITÉ.
3° APPEL. — MATIÈRE RÉPRESSIVE (Y COMPRIS DOUANES ET AC-
CISES). — ACTION CIVILE (RÈGLES PARTICULIÈRES). — JUGEMENT RENDU SUR
L’ACTION PUBLIQUE. — ACQUITTEMENT. — PARTIE CIVILE. — APPEL. — EFFET
DÉVOLUTIF. — MISSION DU JUGE D’APPEL.
4° ACTION CIVILE. — ACTION CIVILE PORTÉE DEVANT LE JUGE RÉ-
PRESSIF. — JUGEMENT RENDU SUR L’ACTION PUBLIQUE. — ACQUITTEMENT. —
PARTIE CIVILE. — APPEL. — EFFET DÉVOLUTIF. — MISSION DU JUGE D’APPEL.
5° CHOSE JUGÉE. — AUTORITE DE CHOSE JUGÉE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE.
— ACTION CIVILE PORTÉE DEVANT LE JUGE RÉPRESSIF. — JUGEMENT RENDU SUR
L’ACTION PUBLIQUE. — ACQUITTEMENT. — PARTIE CIVILE. — APPEL. — EFFET
DÉVOLUTIF. — AUTORITÉ DE LA CHOSE JUGÉE ATTACHÉE À LA DÉCISION D’AC-
QUITTEMENT. — EXTENSION À L’ACTION CIVILE.
6° APPEL. — MATIÈRE RÉPRESSIVE (Y COMPRIS DOUANES ET AC-
CISES). — ACTION CIVILE (RÈGLES PARTICULIÈRES). — JUGEMENT RENDU SUR
L’ACTION PUBLIQUE. — ACQUITTEMENT. — PARTIE CIVILE. — APPEL. — EFFET
DÉVOLUTIF.
7° ACTION CIVILE. — ACTION CIVILE PORTÉE DEVANT LE JUGE RÉ-
PRESSIF. — JUGEMENT RENDU SUR L’ACTION PUBLIQUE. — ACQUITTEMENT. —
PARTIE CIVILE. — APPEL. — EFFET DÉVOLUTIF.
1° et 2° Ne pouvant relever appel d’une décision rendue sur l’action publique,
la partie civile est tenue d’attendre, pour former son recours, la décision du
juge pénal quant à ses intérêts ; la circonstance qu’après une décision d’ac-
quittement, ce juge reporte l’examen de la recevabilité et du fondement de
l’action civile est sans incidence à cet égard (1).
3°, 4° et 5° Sur le seul appel de la partie civile, le juge d’appel doit, en vertu
de l’effet dévolutif de l’appel, rechercher en ce qui concerne l’action civile si
le fait servant de base à cette action est établi et s’il a causé un dommage à
cette partie ; l’autorité de la chose jugée attachée à la décision qui, rendue
sur l’action publique, acquitte le prévenu, ne s’étend pas à l’action civile por-
tée devant le juge d’appel par la partie civile (2).
(1) Cass. 25 septembre 2013, RG P.13.0608.F, Pas. 2013, n° 477
(2) Cass. 19 septembre 2001, RG P.01.0535.F, Pas. 2001, n° 472.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1017 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 267 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1017
6° et 7° Méconnaît l’effet dévolutif de l’appel, l’arrêt qui, après avoir constaté
que le premier juge était, au civil, lié par sa décision d’acquittement, ne se
prononce pas sur les faits qui, imputés au prévenu, servent de base à l’action
civile (1).
(H. ET CRTS C. S. ET CRTS)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un arrêt rendu le 12 mai 2014 par la
cour d’appel de Liège, chambre de la jeunesse, statuant comme juridic-
tion de renvoi ensuite de l’arrêt de la Cour du 25 septembre 2013.
Les demandeurs invoquent un moyen dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Pierre Cornelis a fait rapport.
L’avocat général Damien Vandermeersch a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
Le moyen est pris de la violation des articles 202 du Code d’instruc-
tion criminelle et 1046 du Code judiciaire.
L’arrêt attaqué confirme le jugement du 3 octobre 2012 par lequel le
premier juge se déclarait incompétent pour connaître des réclamations
civiles des demandeurs, en raison de l’autorité de la chose jugée qui
s’attache au jugement du 14 mars 2012 qui avait acquitté le premier dé-
fendeur.
Ne pouvant relever appel d’une décision rendue sur l’action publique,
la partie civile est tenue d’attendre, pour former son recours, la déci-
sion du juge pénal quant à ses intérêts. La circonstance que ce juge re-
porte l’examen de la recevabilité et du fondement de l’action civile est
sans incidence à cet égard.
Sur le seul appel de la partie civile, le juge d’appel doit, en vertu de
l’effet dévolutif de l’appel, rechercher en ce qui concerne l’action civile
si le fait servant de base à cette action est établi et s’il a causé un dom-
mage à cette partie.
L’autorité de la chose jugée attachée à la décision qui, rendue sur
l’action publique, acquitte le prévenu, ne s’étend pas à l’action civile
portée devant le juge d’appel par la partie civile.
Méconnaît l’effet dévolutif de l’appel, l’arrêt qui, après avoir consta-
té que le premier juge était, au civil, lié par sa décision d’acquittement,
ne se prononce pas sur les faits qui, imputés au prévenu, servent de base
à l’action civile.
Le moyen est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué ;
(1) Cass. 19 septembre 2001, RG P.01.0535.F, Pas. 2001, n° 472.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1018 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1018 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 268
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
cassé ;
Condamne chacun des défendeurs au tiers des frais des pourvois ;
Renvoie la cause à la cour d’appel de Bruxelles, chambre de la jeu-
nesse.
Lesdits frais taxés à la somme de deux cent vingt-quatre euros treize
centimes dus.
Du 22 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Dejemeppe, conseiller f.f. de
président. — Rapp. M. Cornelis. — Concl. conf. M. Vandermeersch,
avocat général. — Pl. M. Omari, du barreau de Liège, et Mme Hollanders,
du barreau de Liège.
N° 268
2e CH. — 22 avril 2015
(RG P.14.1462.F)
1° PREUVE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ADMINISTRATION DE LA PREUVE.
— COURRIER ÉLECTRONIQUE. — ADMISSIBILITÉ À TITRE DE PREUVE. — CONDI-
TION.
2° PREUVE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ADMINISTRATION DE LA PREUVE.
— ATTEINTE À LA FIABILITÉ DE PREUVE. — ÉCARTEMENT DE LA PREUVE. —
CONDITION.
1° Aucune disposition légale ne s’oppose à ce que le contenu d’un courrier élec-
tronique régulièrement reçu par son destinataire et communiqué à la justice
soit admis au titre de preuve par le juge (1).
2° L’atteinte à la fiabilité de la preuve n’est une cause d’écartement de celle-
ci que si elle est imputable à l’illégalité ou à l’irrégularité de l’acte qui en a
permis l’obtention (2).
(A. C. C.)
Conclusions de M. l’avocat général D. Vandermeersch :
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 13 août 2014 par la cour
d’appel de Liège, chambre correctionnelle.
Examen du pourvoi
Le demandeur invoque un moyen subdivisé en deux branches.
En sa première branche, le moyen fait reproche à l’arrêt attaqué
d’avoir jugé que les courriels échangés entre S. V. et le prévenu ne pou-
vaient être admis à titre probatoire dès lors qu’ils avaient été obtenus
par la partie civile sans intervention policière en violation du secret des
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1019 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 268 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1019
communications et que leur authenticité contestée par le défendeur
n’avait pas donné lieu à des vérifications, ces lacunes engendrant une at-
teinte grave à la fiabilité de ces documents.
Le demandeur fait valoir en substance que le secret des communica-
tions entre particuliers n’empêche pas une partie détentrice d’un cour-
rier électronique d’en faire usage en justice.
Il convient d’abord de poser la question de la recevabilité du moyen en
sa première branche : à mes yeux, le moyen n’est pas dirigé contre une
considération surabondante de l’arrêt dès lors que la cour d’appel estime
devoir écarter l’élément de preuve en raison de l’irrégularité par laquelle
il a été obtenu et de l’atteinte à la fiabilité qui aurait été engendrée no-
tamment par cette irrégularité.
Le secret des communications et télécommunications privées est pro-
tégé, d’une part, par les articles 259bis et 314bis du Code pénal, qui
édictent le principe général de l’interdiction des écoutes, des prises de
connaissance et des enregistrements des communications et télécommu-
nications privées pendant leur transmission et à l’aide d’un appareil
quelconque et, d’autre part, par les articles 90ter à 90decies du Code d’ins-
truction criminelle, qui règlent les conditions dans lesquelles le juge
d’instruction et, en cas de flagrant délit, le procureur du Roi peuvent or-
donner une mesure de surveillance des communications ou télécommu-
nications privées (1).
Les articles 259bis et 314bis du Code pénal interdisent :
— l’écoute, la prise de connaissance ou l’enregistrement des (télé)com-
munications privées par des personnes qui n’y prennent pas part (2) ;
— l’installation, en connaissance de cause, d’un appareil en vue
d’écoutes, de prises de connaissance ou d’enregistrements illégaux de
(télé)communications privées (3) ;
— la détention, la révélation, la divulgation et l’utilisation du contenu
de (télé)communications privées, illégalement écoutées ou enregis-
trées (4) ;
— l’utilisation frauduleuse ou à dessein de nuire d’un enregistrement
légalement effectué (5).
Dans le même sens, l’article 124 de la loi du 13 juin 2005 relative aux
communications électroniques interdit à quiconque qui n’y est pas auto-
risé par toutes les personnes directement ou indirectement concernées :
1° de prendre intentionnellement connaissance de l’existence d’une in-
formation de toute nature transmise par voie de communication électro-
nique et qui ne lui est pas destinée personnellement ;
2° d’identifier intentionnellement les personnes concernées par la
transmission de l’information et son contenu ;
(1) Cass. 2 septembre 2009, RG P.09.0960.F, Pas. 2009, n° 469. Voy. M.-A. BEERNAERT,
H.D. BOSLY et D. VANDERMEERSCH, Droit de la procédure pénale, Bruxelles, La Charte,
2014, pp. 732 et s.
(2) Articles 259bis, § 1er, 1°, et 314bis, § 1er, 1°.
(3) Articles 259bis, § 1er, 2°, et 314bis, § 1er, 2°.
(4) Articles 259bis, § 1er, 3°, et 314bis, § 2, alinéa 1er.
(5) Articles 259bis, § 2, et 314bis, § 2, alinéa 2.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1020 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1020 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 268
3° sans préjudice de l’application des articles 122 et 123 de prendre
connaissance intentionnellement de données en matière de communica-
tions électroniques et relatives à une autre personne ;
4° de modifier, supprimer, révéler, stocker ou faire un usage quel-
conque de l’information, de l’identification ou des données obtenues in-
tentionnellement ou non (1).
Ces différentes dispositions visent, en premier ordre, à interdire
l’écoute, la prise de connaissance et l’enregistrement, par des tiers, des
communications et télécommunications privées pendant leur transmis-
sion et à l’aide d’un appareil quelconque. En effet, le législateur a enten-
du mettre les citoyens à l’abri de violation par des tiers du secret des
communications privées.
Dès lors, la question se pose en des termes différents lorsque, d’une
part, le message, étant arrivé à destination, n’a pas fait l’objet d’une in-
terception durant sa transmission et que, d’autre part, la prise de
connaissance intervient par un des participants à la communication.
Pour tomber sous le coup de l’interdiction de l’écoute, l’interception
doit avoir lieu pendant la transmission des paroles ou du message, c’est-
à-dire sur le trajet entre l’émetteur et le récepteur (2). Suivant la Cour,
les articles 90ter et 90decies du Code d’instruction criminelle ne s’ap-
pliquent qu’aux écoutes, prises de connaissance et enregistrements de
communications et télécommunications privées pendant leur transmis-
sion, la prise de connaissance d’un message après son arrivée à destina-
tion n’entrant pas dans le champ d’application de ces dispositions (3). De
même, la Cour a jugé que la prise de connaissance et la saisie d’un mes-
sage après son arrivée à destination sur un téléphone portable sont
étrangères au champ d’application de l’article 88ter, § 1er, qui vise l’hy-
pothèse de l’extension d’une recherche ordonnée par le juge d’instruc-
tion vers un système informatique ou une partie de celui-ci qui se trouve
dans un autre lieu que celui où la recherche est effectuée (4).
De façon générale, la prise de connaissance et la saisie d’une télécom-
munication privée après son arrivée à destination tombent en dehors du
champ d’application des dispositions interdisant l’écoute : ainsi en est-
il du texte imprimé d’un message télécopié, des paroles enregistrées sur
un répondeur téléphonique ou sur un dictaphone (5), des SMS arrivés
dans la mémoire du GSM (6) ou encore de courriels arrivés à destination
dans la boite à messages située dans l’ordinateur du destinataire (7).
Par ailleurs, l’interdiction légale de la prise de connaissance et de l’en-
registrement de télécommunications privées ne s’applique pas à la per-
(1) Le non-respect de cette disposition est puni d’une amende de 50 à 50.000 euros
(art. 145, § 1er, de la loi du 13 juin 2005).
(2) Exposé des motifs, Doc. parl., Sén., 1992-1993, n° 843/1, p. 6.
(3) Cass. 31 mars 2010, RG P.10.0054.F, Pas. 2010, n° 235.
(4) Cass. 11 février 2015, RG P.14.1739.F, Pas. 2015, à sa date.
(5) R. VERSTRAETEN, Handboek strafvordering, Anvers, Maklu, 2012, p. 521.
(6) Voy. Cass. 11 février 2015, RG P.14.1739.F, Pas. 2015, à sa date, avec les concl. M.P.
(7) M.-A. BEERNAERT, H.D. BOSLY et D. VANDERMEERSCH, op. cit., pp. 736-739.
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N° 268 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1021
sonne qui, partie prenante à cette communication, enregistre son
contenu avec l’accord ou même à l’insu de son interlocuteur (1).
À cet égard, la Cour a jugé que celui qui a une communication télépho-
nique avec une autre personne, ne peut invoquer son droit à la protection
de sa vie privée, de sa vie familiale, de son domicile et de sa correspon-
dance garanti par l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales vis-à-vis de son in-
terlocuteur qu’il fait participer à cette communication (2).
Dans le même sens, elle a jugé que la protection de la vie privée garan-
tie par les articles 8 de la Convention de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales et 17 du Pacte international rela-
tif aux droits civils et politiques porte également sur les communica-
tions privées et que les personnes intervenantes se doivent également de
respecter leur vie privée mutuelle, mais que le seul fait d’enregistrer une
telle conversation à laquelle on intervient soi-même n’est pas illicite
même si cet enregistrement est fait à l’insu des autres intervenants (3).
Toutefois, en application des articles 259bis, § 2, et 314bis, § 2, alinéa 2,
du Code pénal, l’utilisation, dans une intention frauduleuse ou à dessein
de nuire, d’un enregistrement régulièrement effectué par un participant
est prohibé. Une telle utilisation serait également prohibée lorsqu’elle
constituerait une violation du secret professionnel garanti par
l’article 458 du Code pénal.
La Cour a jugé que lorsqu’une personne, partie prenante à une commu-
nication privée, a enregistré son contenu avec l’accord ou même à l’insu
de son interlocuteur, ni les articles 6 et 8 de la Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni l’article 314bis du
Code pénal ne prohibent l’utilisation de cet enregistrement à des fins
probatoires par cette personne qui, apprenant l’existence d’un crime ou
d’un délit, s’acquitte de l’obligation d’en donner avis au procureur du
Roi (4).
Un parallélisme peut être établi ici avec les règles régissant le secret
couvrant les correspondances. À cet égard, la Cour considère que le se-
cret des lettres protégé par les articles 29 de la Constitution et 460 du
Code pénal couvre les lettres confiées à un opérateur postal et n’ayant
pas encore atteint leur destinataire (5). De même, elle estime que l’uti-
lisation de la lettre après réception par son destinataire n’est pas sou-
mise à la règle constitutionnelle consacrant la protection du secret des
(1) Cass. 8 janvier 2014, RG P.13.1935.F, Pas. 2014, n° 12, avec concl. M.P. ; voy. aussi
Rapport de la Commission de la Justice de la Chambre, Doc. parl., Ch., 1993-1994, n° 1450/3,
pp. 12 et 39 ; Avis du Conseil d’État, Doc. parl., Sén., 1992-1993, n° 843/1, p. 41, note 1 et
p. 42 ; M.-A. BEERNAERT, H.D. BOSLY et D. VANDERMEERSCH, op. cit., pp. 734-735 ;
C. DE VALKENEER, « Les infractions en matière d’écoutes, de prise de connaissance et
d’enregistrement de communications et de télécommunications », Les infractions, vol. 5,
Les infractions contre l’ordre public, Bruxelles, Larcier, 2013, p. 400.
(2) Cass. 9 janvier 2001, RG P.00.0992.N, T. Strafr. 2001, p. 335.
(3) Cass. 9 septembre 2008, RG P.08.0276.N, Pas. 2008, n° 458, avec les conclusions de
M. TIMPERMAN, avocat général.
(4) Cass. 8 janvier 2014, RG P.13.1935.F, Pas. 2014, n° 12, avec concl. M.P.
(5) Cass. 26 septembre 2012, RG P.12.0641.F, Pas. 2012, n° 489.
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1022 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 268
lettres (1). Ainsi, il a été jugé que ni l’article 8 de la Convention de sau-
vegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni
l’article 29, alinéa 1er, de la Constitution n’interdisent que des lettres ré-
gulièrement entrées en possession de l’utilisateur soient utilisées dans
le cadre d’une procédure civile, en l’espèce, une procédure de divorce (2).
Cet enseignement me paraît également applicable en matière pénale.
Il résulte de ce qui précède que le contenu d’un courriel régulièrement
reçu par son destinataire et communiqué à la justice peut être admis à
titre de preuve par le juge.
Par ailleurs, l’atteinte à la fiabilité de la preuve n’est une cause d’écar-
tement de celle-ci que si elle est imputable à l’illégalité ou à l’irrégula-
rité de l’acte qui en a permis l’obtention (3).
Dès lors, les juges d’appel n’ont pas pu légalement décider que les cour-
riels échangés entre un témoin et le prévenu ne pouvaient être admis à
titre probatoire au seul motif qu’ils avaient été obtenus par la partie ci-
vile sans intervention policière en violation du secret des communica-
tions, la fiabilité de ces documents étant entachée par cette circonstance.
Le moyen en cette branche me paraît fondé.
Il n’y a pas lieu d’examiner la seconde branche du moyen qui ne saurait
entraîner une cassation sans renvoi
Je conclus à la cassation avec renvoi de l’arrêt attaqué en tant qu’il se
déclare incompétent pour connaître de l’action civile exercée par le de-
mandeur contre le défendeur.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 13 août 2014 par la cour
d’appel de Liège, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le 17 avril 2015, l’avocat général Damien Vandermeersch a déposé des
conclusions au greffe.
À l’audience du 22 avril 2015, le conseiller Benoît Dejemeppe a fait
rapport et l’avocat général précité a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
Quant à la première branche
Le moyen reproche à l’arrêt d’écarter des documents déposés par le
demandeur au motif que la reproduction sur papier de courriels échan-
gés entre une tierce personne et le défendeur ne peut être admise à titre
probatoire, dès lors que les documents ont été obtenus par le deman-
(1) Cass. 21 octobre 2009, RG P.09.0766.F, Pas. 2009, n° 599.
(2) Cass. 27 janvier 2000, RG C.98.0364.F, Pas. 2000, n° 73.
(3) Cass. 8 janvier 2014, RG P.13.1935.F, Pas. 2014, n° 12, avec concl. M.P.
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N° 269 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1023
deur, sans intervention policière, en violation du secret des communi-
cations et que leur authenticité contestée par le défendeur n’avait pas
donné lieu à des vérifications, ces lacunes engendrant une atteinte
grave à la fiabilité de ces documents.
Aucune disposition légale ne s’oppose à ce que le contenu d’un cour-
rier électronique régulièrement reçu par son destinataire et communi-
qué à la justice soit admis au titre de preuve par le juge.
D’autre part, l’atteinte à la fiabilité de la preuve n’est une cause
d’écartement de celle-ci que si elle est imputable à l’illégalité ou à l’ir-
régularité de l’acte qui en a permis l’obtention.
Par la seule considération que le demandeur a obtenu les documents
litigieux sans intervention policière, la cour d’appel n’a pas légalement
justifié sa décision qu’il se les serait procurés en violation du secret des
communications et que ces pièces ne pouvaient dès lors faire preuve de
leur contenu, la fiabilité de ces documents étant entachée par cette cir-
constance.
Le moyen est fondé.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué en tant qu’il statue sur
l’action civile exercée par le demandeur ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé ;
Condamne le défendeur aux frais ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, à la cour d’appel de Mons.
Lesdits frais taxés en totalité à la somme de cent quarante-
quatre euros cinquante-six centimes dont cent neuf euros cinquante-
six centimes dus et trente-cinq euros payés par ce demandeur.
Du 22 avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Dejemeppe, conseiller f.f.
de président. — Concl. conf. M. Vandermeersch, avocat général. —
Pl. Mme De Baets.
N° 269
2e CH. — 22 avril 2015
(RG P.14.1882.F)
1° POURVOI EN CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — PERSONNES
AYANT QUALITÉ POUR SE POURVOIR OU CONTRE LESQUELLES ON PEUT OU ON DOIT
SE POURVOIR. — GÉNÉRALITÉS. — POURVOI FORMÉ AU NOM D’UNE PERSONNE DÉ-
CÉDÉE. — RECEVABILITÉ.
2° POURVOI EN CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — PERSONNES
AYANT QUALITÉ POUR SE POURVOIR OU CONTRE LESQUELLES ON PEUT OU ON DOIT
SE POURVOIR. — ACTION PUBLIQUE. — MINISTÈRE PUBLIC ET PARTIE POURSUI-
VANTE. — POURVOI FORMÉ CONTRE UNE PERSONNE DÉCÉDÉE. — RECEVABILITÉ.
3° ACTION PUBLIQUE. — EXTINCTION. — DÉCÈS DU PRÉVENU AU COURS DU
DÉLIBÉRÉ. — INCIDENCE SUR LA DÉCISION RENDUE SUR L’ACTION CIVILE.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1024 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1024 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 269
4° ACTION CIVILE. — ACTION CIVILE PORTÉE DEVANT LE JUGE RÉ-
PRESSIF. — DÉCÈS DU PRÉVENU AU COURS DU DÉLIBÉRÉ. — INCIDENCE SUR LA
DÉCISION RENDUE SUR L’ACTION CIVILE.
1° Est irrecevable le pourvoi en cassation formé au nom d’une personne décé-
dée (1).
2° Est irrecevable le pourvoi en cassation formé par le ministère public contre
une décision rendue alors que la personne contre laquelle il est dirigé était
décédée (2).
3° et 4° S’il éteint de plein droit l’action publique, le décès du prévenu, surve-
nu au cours du délibéré, demeure sans effet sur les dispositions civiles du ju-
gement rendu après un débat contradictoire (3).
(ETHIAS S.A. ET CRTS C. G. ET CRTS)
Conclusions de M. l’avocat général D. Vandermeersch :
Les pourvois sont dirigés contre un jugement rendu le 16 septembre
2014 par le tribunal correctionnel de Liège, division Liège, statuant en
degré d’appel.
Rétroactes de la procédure
À la suite d’un accident de roulage survenu le 4 avril 2007, le prévenu
P. G. a fait l’objet de poursuites du chef de coups et blessures involon-
taires à N. C. et à J. C. (préventions A et B) et du chef d’intoxication al-
coolique (prévention C). J. C. a été poursuivi, quant à lui, du chef de
coups et blessures involontaires à N. C. et à P. G. (préventions D et E).
Par jugement du 3 juin 2013, le tribunal de police de Liège a constaté
la prescription de l’action publique en ce qui concerne la prévention C et
a déclaré établies à charge de chacun des prévenus les préventions res-
pectives de coups et blessures. Il a ordonné à leur égard la suspension du
prononcé de la condamnation pour une durée de trois ans. Sur le plan ci-
vil, le tribunal a partagé les responsabilités par moitié.
Toutes les parties et le procureur du Roi ont interjeté appel de ce ju-
gement.
Par jugement du 16 septembre 2014, le tribunal correctionnel a confir-
mé la décision entreprise sur le plan pénal. Sur le plan civil, il partage
les responsabilités à concurrence de trois quarts pour J. C. et un quart
pour P. G.
La société anonyme Ethias s’est pourvue en cassation par déclaration
au greffe faite le 30 septembre 2014. Un pourvoi en cassation a été intro-
duit au nom de J. C. le 30 septembre 2014. Un troisième pourvoi en cassa-
tion a été formé le 1er octobre 2014 par le procureur du Roi.
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
(3) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1025 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 269 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1025
Entre-temps, il est apparu que J. C. est décédé à Liège le 15 septembre
2014, soit la veille du prononcé du jugement attaqué.
Le jugement du 16 septembre 2014 a été signifié aux ayants droit de
J. C. le 14 janvier 2015. Par déclaration faite le 26 janvier 2015 au greffe
du tribunal de première instance de Liège, les ayants droit de J. C. se
sont pourvus en cassation en qualité de parties civiles. Un second pour-
voi a été formé le 30 janvier 2015 par les mêmes personnes, mais cette
fois-ci, en qualité de « défendeurs sur intérêts civils ».
Examen des pourvois
I. Le pourvoi de la société anonyme Ethias
A. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur le
principe de la responsabilité
La demanderesse ne fait valoir aucun moyen.
B. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur
l’étendue du dommage du défendeur
Le jugement attaqué condamne la demanderesse in solidum avec J. C.
à payer à P. G. la somme d’un euro provisionnel à valoir sur les trois
quarts de son dommage et réserve à statuer sur le surplus. Cette décision
n’est pas définitive au sens de l’article 416, alinéa 1er, du Code d’instruc-
tion criminelle dans sa version applicable au moment du pourvoi.
La demanderesse se désiste à bon droit de son pourvoi.
II. Le pourvoi de J. C.
Il apparaît des pièces de la procédure que le demandeur est décédé à
Liège le 15 septembre 2014, soit la veille du jugement.
L’action publique s’éteint par la mort de l’inculpé ou du prévenu s’il
s’agit d’une personne physique (art. 20, al. 1er, du Titre préliminaire du
Code de procédure pénale) (1).
Le décès du délinquant rend sans objet la poursuite pénale. Elle ne peut
dès lors plus être intentée et si elle était déjà engagée, elle ne peut plus
être poursuivie. En vertu du principe de la personnalité des peines, les
héritiers de l’inculpé ne peuvent être poursuivis ni condamnés sur le
plan pénal en lieu et place de l’auteur de l’infraction (2). En revanche,
l’action civile est transmissible activement comme passivement et peut
donc être poursuivie non contre ou par le prévenu décédé mais bien par
ou contre les héritiers de celui-ci (3).
Dès lors, le pourvoi formé au nom d’une personne décédée doit être dé-
claré irrecevable (4).
(1) Cass. 24 novembre 1992, RG 5584, Pas. 1992, I, n° 749.
(2) H.D. BOSLY, D. VANDERMEERSCH et M.-A. BEERNAERT, Droit de la procédure pénale,
Bruxelles, La Charte, 2014, p. 187.
(3) Voy. Cass. 5 décembre 2003, RG C.00.419.F, Pas. 2003, n° 624.
(4) Cass. 6 mai 1974, Pas. 1974, I, p. 924 ; Cass. 13 janvier 1999, RG P.98.1017.F, Pas. 1999,
I, n° 18 ; Cass. 3 mai 2000, RG P.00.0100.N, Pas. 2000, n° 267 ; R. DECLERCQ, Cassation en
matière pénale, Bruxelles, Bruylant, 2006, p. 61, n° 94.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1026 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1026 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 269
Si le prévenu était déjà décédé au moment de sa condamnation par le
juge d’appel, cette décision illégale subsiste par l’effet du rejet du pour-
voi irrecevable. La reprise d’instance par les héritiers du demandeur dé-
cédé ne peut remédier à l’irrecevabilité du pourvoi (1).
III. Le pourvoi du procureur du Roi
Comme indiqué ci-dessus, le décès du prévenu survenu avant que la dé-
cision passe en force de chose jugée entraîne l’extinction de l’action pu-
blique et rend sans effet la condamnation pénale en telle sorte que le
pourvoi dirigé contre cette décision n’a plus d’objet (2).
Formé par le ministère public contre un prévenu décédé, le pourvoi
doit être considéré comme irrecevable (3).
Cependant, la condamnation pénale d’une personne décédée au mo-
ment où elle est rendue est illégale puisque le décès du prévenu entraîne
l’extinction de l’action publique et empêche donc qu’il puisse être encore
condamné sur le plan pénal.
Mais quel sort faut-il réserver à une telle condamnation illégale ? Si la
décision est encore susceptible d’appel, le ministère public peut obtenir
sa réformation en degré d’appel. Mais s’il s’agit d’une décision en dernier
ressort, le pourvoi en cassation, qu’il soit formé au nom du prévenu dé-
cédé ou par ses héritiers ou encore par le ministère public, est irrece-
vable. R. Declercq suggère que dans une telle hypothèse, un pourvoi soit
introduit en application de l’article 441 du Code d’instruction criminelle
par dénonciation sur ordre du ministre de la Justice. Mais dès lors que
le décès du prévenu survenu avant que la décision passe en force de chose
jugée rend sans effet la condamnation pénale (4) et que celle-ci ne peut
en aucun cas être exécutée, un tel recours en cassation me paraît dénué
d’intérêt (5).
IV. et V. Sur les pourvois de F. C., E. G., P. C. et E. C., formés en qua-
lité de parties civiles et de défendeurs sur intérêts civils
Comme indiqué ci-dessus, la procédure au civil introduite par ou
contre une partie est, en règle, après son décès, poursuivie par les héri-
tiers, qui d’ailleurs, lui succèdent dans ses droits et obligations (6).
Aux termes de l’article 56 du Code judiciaire, le décès de la partie sus-
pend le cours du délai qui lui était imparti pour se pourvoir en cassation.
Ce délai ne reprend cours qu’après une nouvelle signification de la déci-
(1) Cass. 16 septembre 1994, RG F.2015.N, Pas. 1994, I, n° 385 ; R. DECLERCQ, Cassation
en matière pénale, op. cit., p. 62.
(2) Cass. 14 février 2007, RG P.06.1342.F, Pas. 2007, n° 87 ; Cass. 12 juin 2007, RG
P.07.0270.N, Pas. 2007, n° 320.
(3) Cass. 18 mars 1974, Pas. 1974, I, p. 740. Voy. aussi Cass. 31 mai 1996, RG C.95.0364.F,
Pas. 1996, I, n° 201.
(4) Cass. 14 février 2007, RG P.06.1342.F, Pas. 2007, n° 87.
(5) De plus, en fondant l’irrecevabilité du pourvoi sur la circonstance du décès du
prévenu intervenu avant que la condamnation pénale ne soit définitive, la Cour est
appelée à constater authentiquement dans son arrêt cette extinction de l’action
publique.
(6) Cass. 5 décembre 2003, RG C.00.419.F, Pas. 2003, n° 624.
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N° 269 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1027
sion faite au domicile du défunt et à compter de l’expiration des délais
pour faire inventaire et délibérer si la décision a été signifiée avant
qu’ils soient expirés.
Le jugement attaqué a été signifié aux demandeurs le 14 janvier 2015.
Les pourvois formés par les demandeurs respectivement les 26 et
30 janvier 2015 sont, dès lors, recevables.
A. En tant que les pourvois sont dirigés contre la décision rendue sur
le principe de la responsabilité
Le jugement attaqué partage les responsabilités à concurrence de trois
quarts dans le chef de J. C. et un quart dans celui de P. G.
Le premier moyen
Le premier moyen pris de la violation des articles 3 et 4 du titre préli-
minaire du Code de procédure pénale, de l’article 6.1 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du
principe général du droit relatif au respect des droits de la défense.
Les demandeurs font reproche au jugement attaqué d’avoir, après le
décès de J. C., statué sur l’action publique à charge de ce dernier et sur
le partage des responsabilités entre celui-ci et P. G.
La situation qui est soumise à la Cour est ici exceptionnelle puisque le
prévenu J. C. est décédé durant le délibéré, plus précisément la veille du
prononcé du jugement. Quelle est l’incidence de cet événement sur les
dispositions civiles du jugement attaqué ?
Il faut d’abord relever que le décès de J. C. n’a pas eu d’incidence sur
l’action publique exercée contre P. G. et que par conséquent, les juges
d’appel ont pu légalement statuer sur l’action publique et l’action civile
subséquente dirigées contre ce dernier, en ce compris le partage de res-
ponsabilité.
Par ailleurs, si le décès du prévenu survenu à l’insu du juge au cours du
délibéré est une cause d’extinction de l’action publique exercée contre
lui et rend sans effet la condamnation pénale (1), cette circonstance ne
doit pas avoir, à mon sens, d’incidence sur les dispositions civiles du ju-
gement rendu après un débat contradictoire. La Cour de cassation fran-
çaise, saisie d’une telle situation exceptionnelle, a considéré en ce sens
que « s’il éteint de plein droit l’action publique, le décès du prévenu, sur-
venu au cours du délibéré de la cour d’appel, demeure sans effet sur les
dispositions civiles de l’arrêt, rendu après débat contradictoire » (2).
Dans la mesure où il soutient le contraire, le moyen manque en droit.
Dès lors que les juges d’appel étaient dans l’ignorance du décès du pré-
venu J. C. intervenu la veille du prononcé et que les demandeurs
n’avaient pas introduit de demande en réouverture des débats (ou
(1) Cass. 14 février 2007, RG P.06.1342.F, Pas. 2007, n° 87 ; Cass. 12 juin 2007, RG
P.07.0270.N, Pas. 2007, n° 320.
(2) Voy. Cass. fr., 22 mai 1995, Bull. 1995, p. 500, n° 181 ; voy. égal. J. et L. BORÉ, La
cassation en matière pénale, 2011, p. 104, n° 35.12 : « Le décès du prévenu au cours du déli-
béré demeure sans effet sur l’action civile ».
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1028 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1028 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 269
n’avaient pas été en mesure de le faire), il ne peut être reproché au tri-
bunal d’avoir violé les droits de la défense des demandeurs en statuant
en la cause après des débats qui avaient été menés de façon contradic-
toire.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
Le second moyen
Le moyen soutient que le jugement viole les règles relatives à la
charge de la preuve en matière répressive dès lors que la défense de J. C.
avait invoqué devant le tribunal des éléments justifiant l’existence d’un
obstacle imprévisible pour celui-ci et que la partie adverse n’en a pas dé-
montré l’inexactitude.
En l’espèce, la décision attaquée statue sur les conséquences d’un ac-
cident de la circulation ayant impliqué un motocycliste, P. G., et le
conducteur d’une voiture, J. C. Au moment de l’accident, la voiture dé-
bouchait d’un parking situé sur la droite de la voirie dans le sens suivi
par la motocyclette, ce dernier devant être considéré comme usager
prioritaire.
Le juge constate souverainement les faits d’où il déduit que le compor-
tement de l’usager prioritaire a déjoué, ou non, les prévisions normales
du débiteur de priorité et a constitué, ou non, pour celui-ci un obstacle
imprévisible mais, la Cour contrôle si, de ses constatations, le juge a pu
légalement déduire cette décision.
Après avoir considéré que l’excès de vitesse du motocycliste était cer-
tain, le jugement énonce que l’imprévisibilité doit s’apprécier dans le
contexte général de la séquence litigieuse et non uniquement au moment
de l’impact. Le jugement ajoute ensuite que, s’il n’est pas contesté que
l’automobiliste ne pouvait apercevoir la motocyclette au moment précis
où il s’est engagé sur la voirie, il résulte cependant du rapport d’exper-
tise qu’il aurait pu apercevoir ladite motocyclette sur au moins
78 mètres, à travers le parking, au moment où il a démarré.
Les juges d’appel ont également énoncé que, certes, selon l’expert, le
motocycliste n’aurait pas été visible, fût-ce à travers le parking, si ce
dernier avait été encombré de véhicules volumineux ou si les vitesses des
véhicules impliqués étaient recalculées en partant de l’hypothèse que
l’automobiliste s’était immobilisé au moment de l’impact, précisant
toutefois qu’il ne s’agissait que d’hypothèses ne reposant sur aucun élé-
ment objectif du dossier. Enfin, le jugement note que l’immobilisation
de la voiture n’est pas mentionnée dans l’audition de l’automobiliste.
Les juges d’appel en déduisent que la survenance de la motocyclette du
défendeur doit être considérée comme prévisible, eu égard au contexte
spécifique dans lequel se sont déroulés les faits litigieux, pour le débiteur
de priorité.
Par ces considérations qui se situent en fait, le tribunal a jugé que le
fait invoqué comme excluant la faute, à savoir la présence de véhicules
volumineux masquant la vue, était dépourvu de tout élément de nature
à lui donner crédit. Ce faisant, il n’a pas renversé la charge de la preuve.
Il a, partant, pu légalement déduire de ces considérations que la moto-
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N° 269 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1029
cyclette ne constituait pas un obstacle imprévisible pour l’automobi-
liste.
Le moyen ne peut être accueilli.
B. En tant que les pourvois sont dirigés contre les décisions qui,
rendues sur les actions civiles exercées par et contre les demandeurs,
statuent sur l’étendue des dommages
Les demandeurs se désistent de leurs pourvois et il y a lieu de décréter
ces désistements.
Sous réserve des désistements qu’il y a lieu de décréter, je conclus au
rejet des pourvois.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un jugement rendu le 16 septembre
2014 par le tribunal correctionnel de Liège, division Liège, statuant en
degré d’appel.
Les demandeurs F. Ch., E. G., P. Ch. et E. Ch. invoquent deux moyens
dans un mémoire annexé au présent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le 15 avril 2015, l’avocat général Damien Vandermeersch a déposé des
conclusions au greffe de la Cour.
À l’audience du 22 avril 2015, le conseiller Benoît Dejemeppe a fait
rapport et l’avocat général précité a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
A. Sur le pourvoi de la société anonyme Ethias
1. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur le
principe de la responsabilité
La demanderesse ne fait valoir aucun moyen.
2. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur
l’étendue du dommage du défendeur
La demanderesse se désiste de son pourvoi.
B. Sur le pourvoi de J. Ch.
1. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur
l’action publique exercée à charge du demandeur
Il apparaît des pièces de la procédure que le demandeur est décédé à
Liège le 15 septembre 2014, soit la veille du jugement.
Formé au nom d’une personne décédée, le pourvoi est irrecevable.
2. En tant que le pourvoi est dirigé contre les décisions rendues sur les
actions civiles exercées par et contre le défendeur
F. Ch., E. G., P. Ch. et E. Ch., ayants droit de J. Ch., se désistent du
pourvoi.
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1030 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 269
C. Sur le pourvoi du procureur du Roi
Formé contre une décision rendue alors que la personne contre la-
quelle il est dirigé était décédée, le pourvoi est irrecevable.
D. Sur les pourvois de F. Ch., E. G., P. Ch. et E. Ch., parties civiles et dé-
fendeurs sur intérêts civils
1. En tant que les pourvois sont dirigés contre la décision rendue sur le
principe de la responsabilité
Sur le premier moyen
Le moyen est pris de la violation des articles 3 et 4 du titre prélimi-
naire du Code de procédure pénale et 6.1 de la Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que de la mé-
connaissance du principe général du droit relatif au respect des droits
de la défense.
S’il éteint de plein droit l’action publique, le décès du prévenu, sur-
venu au cours du délibéré, demeure sans effet sur les dispositions ci-
viles du jugement rendu après un débat contradictoire.
À cet égard, soutenant le contraire, le moyen manque en droit.
De la seule circonstance que les juges d’appel ont statué au civil après
un débat contradictoire sans que les ayants droit du prévenu entre-
temps décédé aient été en mesure d’introduire une demande en réouver-
ture des débats, il ne saurait se déduire une méconnaissance des droits
de la défense.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
Sur le second moyen
Le moyen soutient que le jugement viole les règles relatives à la
charge de la preuve en matière répressive dès lors que des éléments jus-
tifiant l’existence d’un obstacle imprévisible pour le conducteur du vé-
hicule automobile ont été invoqués devant le tribunal et que la partie
adverse n’en a pas démontré l’inexactitude.
La décision attaquée statue sur les conséquences d’un accident de la
circulation ayant impliqué un motocycliste, usager prioritaire, et une
voiture débouchant d’un parking situé sur la droite de la voirie dans le
sens suivi par la motocyclette.
Si le juge constate souverainement les faits d’où il déduit que le com-
portement de l’usager prioritaire a déjoué, ou non, les prévisions nor-
males du débiteur de priorité et a constitué, ou non, pour celui-ci un
obstacle imprévisible, la Cour contrôle cependant si, de ses constata-
tions, ce juge a pu légalement déduire cette décision.
Après avoir constaté que l’excès de vitesse du motocycliste était cer-
tain, le jugement énonce que l’imprévisibilité doit s’apprécier dans le
contexte général de la séquence litigieuse et non uniquement au mo-
ment de l’impact. D’après les juges d’appel, s’il n’est pas contesté que
l’automobiliste ne pouvait apercevoir la motocyclette du défendeur au
moment précis où il s’est engagé sur la voirie, il résulte cependant du
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N° 269 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1031
rapport d’expertise qu’il aurait pu apercevoir ladite motocyclette sur
au moins 78 mètres, à travers le parking, au moment où il a démarré.
Ils ont ensuite considéré que, certes, selon l’expert, le motocycliste
n’aurait pas été visible, fût-ce à travers le parking, si ce dernier avait
été encombré de véhicules volumineux ou si les vitesses des véhicules
impliqués étaient recalculées en partant de l’hypothèse que l’automo-
biliste s’était immobilisé au moment de l’impact, ajoutant qu’il ne
s’agissait que d’hypothèses ne reposant sur aucun élément objectif du
dossier. Enfin, le jugement précise que l’immobilisation de la voiture
n’est pas mentionnée dans l’audition de l’automobiliste.
Par ces énonciations en fait qu’il n’appartient pas à la Cour de censu-
rer, le tribunal a, sans renverser la charge la preuve, considéré que le
fait allégué comme élisif de la faute, à savoir la présence de véhicules
volumineux masquant la vue, était dépourvu de tout élément de nature
à lui donner crédit. Il a, partant, pu légalement déduire de ces considé-
rations que la motocyclette ne constituait pas un obstacle imprévisible
pour l’automobiliste.
Le moyen ne peut être accueilli.
2. En tant que les pourvois sont dirigés contre les décisions qui,
rendues sur les actions civiles exercées par et contre le défendeur,
statuent sur l’étendue des dommages
Les demandeurs se désistent de leur pourvoi.
Par ces motifs, la Cour décrète le désistement du pourvoi de la société
anonyme Ethias, en tant qu’il est dirigé contre la décision rendue
l’étendue du dommage de P. Gr. ;
Décrète le désistement du pourvoi de J. Ch., en tant qu’il est dirigé
contre les décisions rendues sur les actions civiles exercées par et
contre le défendeur ;
Décrète le désistement des pourvois de F. Ch., E. G., P. Ch. et E. Ch.,
en tant qu’ils sont dirigés contre les décisions qui, rendues sur les ac-
tions civiles exercées par et contre le défendeur, statuent sur l’étendue
des dommages ;
Rejette les pourvois pour le surplus ;
Laisse les frais du pourvoi de J. Ch. et de celui du procureur du Roi à
charge de l’État ;
Condamne chacun des autres demandeurs aux frais de son pourvoi.
Lesdits frais taxés en totalité à la somme de trois cent vingt-
sept euros quatre-vingt-quatre centimes dont I) sur le pourvoi de la so-
ciété anonyme Ethias : quarante-huit euros trente centimes dus ;
II) sur le pourvoi de J. Ch. : quarante-huit euros trente centimes dus ;
III) sur le pourvoi du procureur du Roi de Liège : neuf euros quatre-
vingts centimes dus ; IV) sur les pourvois de F. Ch. et consorts :
neuf euros quatre-vingts centimes dus et cent euros nonante-deux cen-
times payés par ces demandeurs et V) sur les pourvois de F. Ch. et
consorts : neuf euros quatre-vingts centimes dus et cent euros no-
nante-deux centimes payés par ces demandeurs.
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1032 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 270
Du 22 avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Dejemeppe, conseiller f.f.
de président. — Concl. conf. M. Vandermeersch, avocat général. —
Pl. Mme Oosterbosch.
N° 270
2e CH. — 22 avril 2015
(RG P.15.0073.F)
1° INSTRUCTION EN MATIÈRE RÉPRESSIVE. — INFORMATION. — ACTES
D’INFORMATION. — PREMIÈRE AUDITION D’UN SUSPECT. — SUSPECT QUI N’EST
PAS PRIVÉ DE SA LIBERTÉ. — INFORMATIONS PRÉALABLES. — COMMUNICATION
SUCCINCTE DES FAITS. — PORTÉE.
2° DROITS DE LA DÉFENSE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — PREMIÈRE AU-
DITION D’UN SUSPECT. — SUSPECT QUI N’EST PAS PRIVÉ DE SA LIBERTÉ. — IN-
FORMATIONS PRÉALABLES. — COMMUNICATION SUCCINCTE DES FAITS. —
PORTÉE.
3° EMPLOI. — GÉNÉRALITÉS. — DROIT PÉNAL SOCIAL. — EMPLOYEUR. — NO-
TION.
1° et 2° L’article 47bis, § 2, alinéas 1er et 4, du Code d’instruction criminelle ne
requiert pas la communication à la personne convoquée de la qualification
légale des faits du chef desquels l’action publique est ou sera engagée à sa
charge (1).
3° En matière répressive, l’employeur est la personne qui dispose de l’autorité
sur le travailleur et l’a mis au travail (2).
(D. ET CRTS)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un arrêt rendu le 10 décembre 2014
par la cour d’appel de Mons, chambre correctionnelle.
Les demandeurs invoquent trois moyens dans un mémoire annexé au
présent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Benoît Dejemeppe a fait rapport.
L’avocat général Damien Vandermeersch a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
Le moyen est pris de la violation des articles 6.1 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 47bis
du Code d’instruction criminelle. Les demandeurs soutiennent que la
(1) Cass. 21 octobre 2014, RG P.14.1512.N, Pas. 2014, n° 627.
(2) Voy. F. KÉFER, Précis de droit pénal social, Limal, Anthemis, 2014, pp. 100-103.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1033 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 270 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1033
convocation qu’ils avaient reçue de la police en vue de leur audition
mentionnait des faits qualifiés d’abus de la situation de vulnérabilité
d’autrui alors qu’ils ont été déclarés coupables de plusieurs préventions
de droit pénal social relatives à l’emploi d’un travailleur non déclaré.
Ils en déduisent que, faute pour la cour d’appel d’avoir écarté les décla-
rations qu’ils ont faites sans l’assistance d’un avocat, ils n’ont pas eu
droit à un procès équitable.
L’article 47bis, § 2, alinéas 1er et 4, du Code d’instruction criminelle
dispose :
« Sans préjudice du § 1er, avant qu’il ne soit procédé à l’audition d’une
personne sur des infractions qui peuvent lui être imputées, la personne
à interroger est informée succinctement des faits sur lesquels elle sera
entendue et il lui est communiqué :
1° qu’elle ne peut être contrainte de s’accuser elle-même ;
2° qu’elle a le choix, après avoir décliné son identité, de faire une dé-
claration, de répondre aux questions qui lui sont posées ou de se taire ;
3° qu’elle a le droit, avant la première audition, de se concerter confi-
dentiellement avec un avocat de son choix ou avec un avocat qui lui est
désigné, pour autant que les faits qui peuvent lui être imputés
concernent une infraction dont la sanction peut donner lieu à la déli-
vrance d’un mandat d’arrêt ;
4° qu’elle n’est pas privée de sa liberté et qu’elle peut aller et venir à
tout moment.
(…)
Si la première audition a lieu sur convocation écrite, les droits énon-
cés à l’alinéa 1er, 1°, 2°, 3° et 4°, ainsi que la communication succincte
des faits sur lesquels la personne à interroger sera entendue, peuvent
déjà être notifiés dans cette convocation, laquelle est jointe en copie
au procès-verbal d’audition. En pareil cas, la personne concernée est
présumée avoir consulté un avocat avant de se présenter à l’audition. »
Ces dispositions ne requièrent pas la communication à la personne
convoquée de la qualification légale des faits du chef desquels l’action
publique est ou sera engagée à sa charge.
L’arrêt énonce d’abord que les demandeurs avaient parfaitement
connaissance que l’objet de leur audition était de rencontrer la situa-
tion d’un couple d’étrangers qu’ils hébergeaient à leur domicile, situa-
tion découverte à la suite d’un appel d’urgence à la permanence de la
police, effectué par la demanderesse pour se plaindre des agissements
de ceux-ci. Il précise ensuite que les auditions avaient pour objet le
type de dossier pour lequel ils avaient été convoqués et concernaient la
même situation factuelle. Les juges d’appel ont encore relevé qu’avant
leur audition, les demandeurs avaient été informés de leurs droits, dont
celui à une concertation préalable avec un avocat et celui de se taire,
et qu’ils avaient pris connaissance des éléments de l’information ré-
pressive, dont les déclarations faites par le couple précité et qui les in-
criminaient.
Par ces considérations, l’arrêt justifie légalement sa décision que les
demandeurs pouvaient déduire de la convocation qu’ils seraient enten-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1034 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1034 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 270
dus sur les faits susceptibles d’être visés sous les préventions retenues
à leur charge et que la prise en considération de ces auditions ne mé-
connaissait pas le droit à un procès équitable.
Le moyen ne peut être accueilli.
Sur le deuxième moyen
Le moyen fait grief à l’arrêt de considérer les demandeurs comme em-
ployeurs et de violer la foi due aux actes.
En tant qu’il demande de vérifier la manière dont la cour d’appel a
sélectionné les faits pertinents de la cause, contrôle pour lequel la Cour
est sans pouvoir, le moyen est irrecevable.
Il en est de même dans la mesure où le moyen invoque la viole de la
foi due à des procès-verbaux qu’il ne précise pas.
En matière répressive, l’employeur est la personne qui dispose de
l’autorité sur le travailleur et l’a mis au travail.
Le juge apprécie souverainement les faits dont il déduit qu’une per-
sonne poursuivie à ce titre a agi comme employeur, la Cour se bornant
à vérifier si, de ses constatations, il a pu légalement déduire cette dé-
cision.
L’arrêt énonce d’abord que la demanderesse a fait appel à N. Z. sur la
base d’une proposition de services glissée dans la boîte aux lettres des
demandeurs, ensuite de quoi l’intéressé a été occupé à de menus tra-
vaux en contrepartie, notamment, d’un hébergement et de nourriture.
Il considère ensuite que les éléments recueillis lors de l’instruction
d’audience et dans le cadre de l’enquête, dont les auditions concor-
dantes du couple d’étrangers, établissent que les demandeurs ont mis
en place une activité dans le cadre de laquelle N. Z. a été occupé.
Par ces considérations, la cour d’appel a pu légalement justifier sa dé-
cision que les demandeurs avaient agi comme employeurs à l’égard de
la personne précitée.
À cet égard, le moyen ne peut être accueilli.
Le contrôle d’office
Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été
observées et les décisions sont conformes à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette les pourvois ;
Condamne chacun des demandeurs aux frais de son pourvoi.
Lesdits frais taxés à la somme de cent sept euros trente et un cen-
times dus.
Du 22 avril 2015. — 2e ch. — Prés. et Rapp. M. Dejemeppe, conseiller f.f.
de président. — Concl. conf. M. Vandermeersch, avocat général. —
Pl. M. Dardenne, du barreau de Charleroi, et Mme Coulemans, du barreau
de Bruxelles.
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N° 271 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1035
N° 271
2e CH.— 22 avril 2015
(RG P.15.0118.F)
1° POURVOI EN CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DÉCISIONS
CONTRE LESQUELLES ON PEUT SE POURVOIR. — ACTION PUBLIQUE. — DIVERS. —
COUR D’ASSISES. — VERDICT DE CULPABILITÉ. — EXCUSE DE PROVOCATION. —
ARRÊT DE MOTIVATION. — POURVOI DE LA PARTIE CIVILE. — POURVOI FORMÉ EN
MÊME TEMPS QUE CELUI CONTRE L’ARRÊT DÉFINITIF RENDU SUR LES INTÉRÊTS
CIVILS. — RECEVABILITÉ.
2° COUR D’ASSISES. — ACTION CIVILE. — VERDICT DE CULPABILITÉ. — EX-
CUSE DE PROVOCATION. — ARRÊT DE MOTIVATION. — POURVOI DE LA PARTIE CI-
VILE. — POURVOI FORMÉ EN MÊME TEMPS QUE CELUI CONTRE L’ARRÊT DÉFINITIF
RENDU SUR LES INTÉRÊTS CIVILS. — RECEVABILITÉ.
3° INFRACTION. — JUSTIFICATION ET EXCUSE. — EXCUSE. — EXCUSE DE
PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PERSONNES. — NOTION.
4° COUPS ET BLESSURES. HOMICIDE. — VOLONTAIRES. — CAUSE D’EX-
CUSE. — EXCUSE DE PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PER-
SONNES. — NOTION.
5° INFRACTION. — JUSTIFICATION ET EXCUSE. — EXCUSE. — EXCUSE DE
PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PERSONNES. — APPRÉCIA-
TION. — CRITÈRE.
6° COUPS ET BLESSURES. HOMICIDE. — VOLONTAIRES. — CAUSE D’EX-
CUSE. — EXCUSE DE PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PER-
SONNES. — APPRÉCIATION. — CRITÈRE.
7° INFRACTION. — JUSTIFICATION ET EXCUSE. — EXCUSE. — EXCUSE DE
PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PERSONNES. — APPRÉCIA-
TION. — CRITÈRE.
8° COUPS ET BLESSURES. HOMICIDE. — VOLONTAIRES. — CAUSE D’EX-
CUSE. — EXCUSE DE PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PER-
SONNES. — APPRÉCIATION. — CRITÈRE.
9° INFRACTION. — JUSTIFICATION ET EXCUSE. — EXCUSE. — EXCUSE DE
PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PERSONNES. — APPRÉCIATION
SOUVERAINE PAR LE JUGE DU FOND. — CONTRÔLE DE LA COUR.
10° COUPS ET BLESSURES. HOMICIDE. — VOLONTAIRES. — CAUSE D’EX-
CUSE. — EXCUSE DE PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PER-
SONNES. — APPRÉCIATION SOUVERAINE PAR LE JUGE DU FOND. — CONTRÔLE DE
LA COUR.
11° MOYEN DE CASSATION. — MATIÈRE REPRESSIVE. — APPRÉCIATION
SOUVERAINE PAR LE JUGE DU FOND. — EXCUSE DE PROVOCATION. — VIOLENCES
GRAVES ENVERS LES PERSONNES.
12° INFRACTION. — JUSTIFICATION ET EXCUSE. — EXCUSE. — EXCUSE DE
PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PERSONNES. — APPRÉCIA-
TION. — RAPPORT DE PROPORTIONNALITÉ.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1036 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1036 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 271
13° COUPS ET BLESSURES. HOMICIDE. — VOLONTAIRES. — CAUSE D’EX-
CUSE. — EXCUSE DE PROVOCATION. — VIOLENCES GRAVES ENVERS LES PER-
SONNES. — APPRÉCIATION. — RAPPORT DE PROPORTIONNALITÉ.
14° CASSATION. — ÉTENDUE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION CIVILE. —
PARTIE CIVILE. — ILLÉGALITÉ ENTACHANT L’ADMISSION DE LA CAUSE D’EXCUSE.
— CONSÉQUENCE SUR LA DÉCISION RENDUE SUR L’ACTION CIVILE.
15° COUR D’ASSISES. — ACTION CIVILE. — VERDICT DE CULPABILITÉ. — EX-
CUSE DE PROVOCATION. — ARRÊT DE MOTIVATION. — POURVOI DE LA PARTIE CI-
VILE. — POURVOI FORMÉ EN MÊME TEMPS QUE CELUI CONTRE L’ARRÊT DÉFINITIF
RENDU SUR LES INTÉRÊTS CIVILS. — ILLÉGALITÉ ENTACHANT L’ADMISSION DE LA
CAUSE D’EXCUSE. — ETENDUE DE LA CASSATION À LA DÉCISION RENDUE SUR LES
INTÉRÊTS CIVILS.
16° RENVOI APRÈS CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — COUR D’AS-
SISES. — ACTION CIVILE. — VERDICT DE CULPABILITÉ. — EXCUSE DE PROVOCA-
TION. — ARRÊT DE MOTIVATION. — POURVOI DE LA PARTIE CIVILE. — POURVOI
FORMÉ EN MÊME TEMPS QUE CELUI CONTRE L’ARRÊT DÉFINITIF RENDU SUR LES
INTÉRÊTS CIVILS. — ILLÉGALITÉ ENTACHANT L’ADMISSION DE LA CAUSE D’EX-
CUSE. — CASSATION DE L’ARRÊT DE MOTIVATION ET DE L’ARRÊT STATUANT SUR
LES INTÉRÊTS CIVILS. — DÉSIGNATION DE LA JURIDICTION DE RENVOI.
17° COUR D’ASSISES. — ACTION CIVILE. — VERDICT DE CULPABILITÉ. — EX-
CUSE DE PROVOCATION. — ARRÊT DE MOTIVATION. — POURVOI DE LA PARTIE CI-
VILE. — POURVOI FORMÉ EN MÊME TEMPS QUE CELUI CONTRE L’ARRÊT DÉFINITIF
RENDU SUR LES INTÉRÊTS CIVILS. — ILLÉGALITÉ ENTACHANT L’ADMISSION DE LA
CAUSE D’EXCUSE. — CASSATION DE L’ARRÊT DE MOTIVATION ET DE L’ARRÊT STA-
TUANT SUR LES INTÉRÊTS CIVILS. — DÉSIGNATION DE LA JURIDICTION DE RENVOI.
1° et 2° Est recevable le pourvoi d’une partie civile formé contre l’arrêt de mo-
tivation de la cour d’assises retenant l’excuse de provocation lorsqu’il est in-
troduit en même temps que celui contre l’arrêt définitif statuant sur les
intérêts civils (1) (solution implicite).
3° et 4° La cause d’excuse prévue par l’article 411 du Code pénal n’est admise
dans le chef de celui qui se rend coupable d’homicide ou de coups et blessures
volontaires que pour autant qu’il s’agisse d’une réaction immédiate à des vio-
lences illicites et graves faites à son encontre, qui ne doivent pas être néces-
sairement et exclusivement physiques, mais peuvent être uniquement
morales (2).
5° et 6° La loi ne mesure pas la gravité des violences génératrices de l’excuse,
qu’elles soient physiques ou morales, uniquement sur l’intensité de la réac-
tion qu’elles ont entraînées, mais également sur leur intensité matérielle com-
parée à la gravité de l’infraction provoquée ; la gravité de la provocation ne
peut pas s’apprécier uniquement en fonction de la subjectivité de l’agent pro-
voqué (3).
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
(3) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1037 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 271 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1037
7° et 8° Les violences graves requises par l’article 411 du Code pénal sont celles
de nature à amoindrir le libre arbitre d’une personne normale et raisonnable
et non celles qui n’ont eu cet effet qu’en raison de l’émotivité particulière de
l’agent provoqué (1).
9°, 10° et 11° L’appréciation de l’existence d’une provocation est une question
de fait relevant de l’appréciation du juge du fond ; il appartient à la Cour
de vérifier si le juge a pu légalement déduire de ses constatations en fait
l’existence de la cause d’excuse (2).
12° et 13° Ne justifie pas légalement sa décision de retenir l’excuse de provoca-
tion le jury qui a apprécié la gravité de la provocation uniquement en fonc-
tion de la subjectivité de l’agent provoqué en ayant égard seulement à
l’intensité de la réaction que les insultes ont entraînées chez l’accusé sans
examiner le rapport de proportionnalité nécessaire entre les violences géné-
ratrices de l’excuse et l’infraction provoquée (3).
14° et 15° L’illégalité entachant l’admission de la cause d’excuse entraîne la
nullité de la décision qui, sur ce fondement, statue sur l’action civile.
16° et 17° Lorsqu’elle casse avec renvoi l’arrêt de motivation de la cour d’as-
sises en tant qu’il admet l’excuse de provocation et l’arrêt subséquent rendu
sur les intérêts civile, la Cour renvoie la cause, ainsi limité, à une autre cour
d’assises, siégeant sans l’assistance du jury (4).
(A. ET CRTS C. A.)
L’avocat général D. Vandermeersch a dit en substance :
I. Sur les pourvois des demandeurs S. A. et Y. A. en tant que dirigés contre
A. l’arrêt de condamnation du 19 novembre 2014
En vertu de l’article 359, alinéa 3, du Code d’instruction criminelle, la
partie civile ne peut se pourvoir que quant aux dispositions relatives à
ses intérêts civils.
L’arrêt attaqué ne statuant que sur l’action publique, les pourvois sont
irrecevables.
B. l’arrêt de motivation du 19 novembre 2014 et l’arrêt rendu sur les
intérêts civils en date du 25 novembre 2014
Il résulte de l’arrêt de motivation du 19 novembre 2014 que le jury a ad-
mis l’excuse de provocation en faveur du défendeur et l’arrêt du
25 novembre 2014 fixe la part de la responsabilité de la victime dans la
réalisation des faits à 0,5 % de la réalisation du dommage.
Il convient d’abord d’examiner la recevabilité des pourvois des deman-
deurs en tant que dirigés contre l’arrêt de motivation du 19 novembre
2014.
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
(3) Id.
(4) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1038 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1038 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 271
Aux termes de l’article 359, al. 3, du Code d’instruction criminelle, la
partie civile ne peut se pourvoir en cassation que quant aux dispositions
relatives à ses intérêts civils (1).
En principe, la partie civile ne dispose pas d’intérêt à se pourvoir
contre un arrêt qui déclare l’accusé coupable. Mais si l’arrêt retient l’ex-
cuse de provocation de la victime, il se conçoit que cette décision ait une
incidence sur le principe de responsabilité et qu’elle se pourvoie, unique-
ment au civil, contre cette décision en tant qu’elle a une incidence sur
le principe de responsabilité, en même temps que contre l’arrêt définitif
statuant sur les intérêts civils (2).
Ainsi la Cour a considéré que lorsque la partie civile forme son pourvoi
contre les arrêts statuant sur l’action publique et retenant l’excuse de
provocation avant que l’arrêt sur les intérêts civils ne soit rendu, ce
pourvoi est prématuré et, partant, irrecevable (3). Il faut souligner que
la Cour a considéré un tel pourvoi irrecevable parce que prématuré et
non en raison du fait que la partie civile ne serait pas autorisée à former
un pourvoi contre une telle décision.
Il me semble donc que la partie civile peut former un pourvoi recevable
contre l’arrêt de motivation en même temps que l’arrêt sur les intérêts
civils dans la mesure où cette décision a une incidence directe sur le
principe de responsabilité et que la partie civile dispose d’un intérêt à
contester la décision reconnaissant à l’accusé le bénéfice de la provoca-
tion.
Le premier moyen
Le moyen fait reproche au jury d’avoir apprécié la provocation unique-
ment en fonction de la subjectivité de l’agent provoqué, sans avoir égard
au critère de proportionnalité, ni à une appréciation objective de la gra-
vité de la violence morale imputée à la victime ni à sa gravité par rap-
port aux faits commis, ni à l’effet que les propos outrageants attribués à
la victime auraient pu avoir sur un homme normal et raisonnable.
Les articles 411 et 414 érigent en cause d’excuse atténuante la provoca-
tion par des violences graves envers les personnes : « L’homicide, les
blessures et les coups sont excusables, s’ils ont été immédiatement pro-
voqués par des violences graves envers les personnes » (art. 411
C. pén.) (4).
L’appréciation de l’existence d’une provocation est une question de
fait relevant de l’appréciation souveraine du juge du fond mais il appar-
tient à la Cour de vérifier si le juge a pu, de ses constatations en fait, lé-
galement déduire l’existence de la cause d’excuse (5).
(1) Cass. 30 mars 2011, RG P.10.1940.F, Pas. 2011, n° 237, avec concl. M.P.
(2) M.-A. BEERNAERT, H.D. BOSLY et D. VANDERMEERSCH, Droit de la procédure pénale,
Bruxelles, La Charte, 2014, p. 1343.
(3) Cass. 9 juin 2010, RG. P.10.0515.F, Pas. 2010, n° 405.
(4) Sur cette question, voy. O. BASTYNS, « La provocation : évolution jurispruden-
tielle et doctrinale d’une cause d’excuse », in Actualités du droit pénal, Bruxelles,
Bruylant, 2009, pp. 89-110.
(5) Cass. 22 juin 2011, Pas. 2011, n° 420, R.D.P.C. 2011, p. 1192 et la note d’O. BASTYNS.
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N° 271 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1039
Cette cause d’excuse n’est admise dans le chef de celui qui se rend cou-
pable d’homicide ou de coups et blessures volontaires que pour autant
qu’il s’agisse d’une réaction immédiate à des violences illicites et graves
faites à son encontre, qui ne doivent pas être nécessairement et exclusi-
vement physiques, mais peuvent être uniquement morales (1).
Les violences constitutives de provocation, doivent être graves. La loi
ne mesure pas la gravité des violences génératrices de l’excuse, qu’elles
soient physiques ou morales, uniquement sur l’intensité de la réaction
qu’elles ont entraînées, mais également sur leur intensité matérielle
comparée à la gravité de l’infraction provoquée (critère de proportionna-
lité) (2). Par ailleurs, la gravité de la provocation ne peut pas s’apprécier
uniquement en fonction de la subjectivité de l’agent provoqué. Les vio-
lences graves requises par l’article 411 du Code pénal sont celles de na-
ture à amoindrir le libre arbitre d’une personne normale et raisonnable
et non celles qui n’ont eu cet effet qu’en raison de l’émotivité particu-
lière de l’agent provoqué (3).
En l’espèce, le jury a retenu la provocation en considérant que les in-
sultes attribuées à la victime ont aggravé l’angoisse d’anéantissement
vécue par l’accusé, ainsi que le sentiment d’injustice et d’humiliation
que celui-ci ressentait depuis qu’il avait été expulsé du domicile conju-
gal et se voyait obligé de vivre dans des conditions inhumaines, sans es-
poir d’un avenir décent, subissant ainsi, selon le jury, une lente descente
aux enfers provoquées par l’anéantissement du projet de vie commun.
Il me semble que par ces considérations, le jury a apprécié la gravité
de la provocation uniquement en fonction de la subjectivité de l’agent
provoqué en ayant égard seulement à l’intensité de la réaction que les
insultes ont entraînées chez l’accusé sans mesurer leur intensité maté-
rielle comparée à la gravité de l’infraction provoquée (4). Ce faisant, le
jury n’a pas légalement justifié sa décision de retenir l’excuse de provo-
cation en faveur du défendeur.
L’illégalité entachant l’admission de la cause d’excuse entraîne la nul-
lité de la décision qui, sur ce fondement, statue sur l’action civile.
En cas de cassation, l’article 429, alinéa 4, du Code d’instruction crimi-
nelle prévoit que le renvoi a lieu devant un tribunal de première instance
autre que celui auquel aura appartenu le juge d’instruction lorsque la dé-
cision annulée de la cour d’assises concerne les intérêts civils. Lorsque
l’accusé a été acquitté et que les parties civiles ont été déboutées, cette
disposition n’est pas applicable et, en cas de cassation de la décision ren-
due sur les actions civiles, la cause est renvoyée à la cour d’assises au-
trement composée siégeant sans l’assistance du jury (5). Dans le même
(1) Voy. Cass. 22 juin 2011, RG P.11.0988.F, Pas. 2011, n° 420, R.D.P.C. 2011, p. 1192 et la
note d’O. BASTYNS.
(2) Cass. 21 novembre 2012, RG P.12.0759.F, Pas. 2012, n° 628.
(3) Cass. 22 juin 2011, Pas. 2011, n° 420, R.D.P.C., 2011, p. 1192 et la note d’O. BASTYNS ;
voy. A. DELANNAY, « Les homicides et les lésions corporelles volontaires », in Les
infractions, vol. 2, Les infractions contre les personnes, Bruxelles, Larcier, 2010, pp. 349 à
356.
(4) Cass. 21 novembre 2012, RG P.12.1557.F, Pas. 2012, n° 628.
(5) Cass. 29 septembre 2010, RG P.10.0705.F, Pas. 2010, n° 562.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1040 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1040 PASICRISIE BELGE 22.4.15 - N° 271
sens, le nouvel article 435, alinéa 2, du Code d’instruction criminelle issu
de la réforme du 14 février 2014 dispose que si la seule décision cassée est
l’arrêt de la cour d’assises statuant sur les intérêts civils, ce qui n’est pas
le cas en l’espèce, la cause est renvoyée devant un tribunal de première
instance (1).
Il me semble dès lors qu’il y a lieu à renvoi devant une autre cour
d’assises ; dès lors qu’elle sera appelée à statuer uniquement sur les in-
térêts civils, cette cour siégera sans jury.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois de S. et Y. A. sont dirigés contre les arrêts de motivation
et de condamnation du 19 novembre 2014 et contre l’arrêt statuant sur
les intérêts civils du 25 novembre 2014, rendus par la cour d’assises de
l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale.
Les pourvois du procureur général près la cour d’appel de Bruxelles
sont dirigés contre les arrêts précités du 19 novembre 2014.
Les demandeurs S. et Y. A. invoquent deux moyens et le procureur gé-
néral trois moyens, chacun dans une requête.
Le conseiller Pierre Cornelis a fait rapport.
L’avocat général Damien Vandermeersch a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
A. Sur les pourvois de S. et Y. A.
1. En tant que les pourvois sont dirigés contre l’arrêt de condamnation
du 19 novembre 2014
En vertu de l’article 359, alinéa 3, du Code d’instruction criminelle, la
partie civile ne peut se pourvoir que quant aux dispositions relatives à
ses intérêts civils.
L’arrêt attaqué ne statuant que sur l’action publique, les pourvois
sont irrecevables.
2. En tant que les pourvois sont dirigés contre l’arrêt de motivation du
19 novembre 2014 et l’arrêt rendu sur les intérêts civils le 25 novembre
2014
Il apparaît de l’arrêt de motivation du 19 novembre 2014 que le jury a
admis l’excuse de provocation en faveur du défendeur. L’arrêt du
25 novembre 2014 fixe, par ailleurs, la part de la responsabilité de la vic-
time dans la réalisation des faits à 0,5 % de la réalisation du dommage.
Sur le premier moyen
Le moyen reproche au jury d’avoir apprécié la provocation unique-
ment en fonction de la subjectivité de l’agent provoqué, sans avoir
égard au critère de proportionnalité, ni à une appréciation objective de
(1) Art. 37 de la loi du 14 février 2014.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1041 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 271 - 22.4.15 PASICRISIE BELGE 1041
la gravité de la violence morale imputée à la victime, ni à sa gravité
par rapport aux faits commis, ni à l’effet que les propos outrageants at-
tribués à la victime auraient pu avoir sur un homme normal et raison-
nable.
Aux termes de l’article 411 du Code pénal, l’homicide, les blessures et
les coups sont excusables, s’ils ont été immédiatement provoqués par
des violences graves envers les personnes.
Cette cause d’excuse n’est admise dans le chef de celui qui se rend
coupable d’homicide ou de coups et blessures volontaires que pour au-
tant qu’il s’agisse d’une réaction immédiate à des violences illicites et
graves faites à son encontre, qui ne doivent pas être nécessairement et
exclusivement physiques, mais peuvent être uniquement morales.
La loi ne mesure pas la gravité des violences génératrices de l’excuse,
qu’elles soient physiques ou morales, uniquement sur l’intensité de la
réaction qu’elles ont entraînées, mais également sur leur intensité ma-
térielle comparée à la gravité de l’infraction provoquée. Par ailleurs,
la gravité de la provocation ne peut pas s’apprécier uniquement en
fonction de la subjectivité de l’agent provoqué. Les violences graves re-
quises par l’article 411 du Code pénal sont celles de nature à amoindrir
le libre arbitre d’une personne normale et raisonnable et non celles qui
n’ont eu cet effet qu’en raison de l’émotivité particulière de l’agent
provoqué.
L’appréciation de l’existence d’une provocation est une question de
fait relevant de l’appréciation du juge du fond. Il appartient à la Cour
de vérifier si le juge a pu légalement déduire de ses constatations en
fait l’existence de la cause d’excuse.
En l’espèce, le jury a répondu de manière affirmative à la question re-
lative à la provocation en considérant que les insultes attribuées à la
victime ont aggravé l’angoisse d’anéantissement vécue par l’accusé,
ainsi que le sentiment d’injustice et d’humiliation que celui-ci ressen-
tait depuis qu’il avait été expulsé du domicile conjugal et se voyait
obligé de vivre dans des conditions inhumaines, sans espoir d’un avenir
décent, subissant ainsi une lente descente aux enfers provoquée par
l’anéantissement du projet de vie commun.
Par ces considérations, le jury a apprécié la gravité de la provocation
uniquement en fonction de la subjectivité de l’agent provoqué en ayant
égard seulement à l’intensité de la réaction que les insultes ont entraî-
nées chez le défendeur sans examiner le rapport de proportionnalité né-
cessaire entre les violences génératrices de l’excuse et l’infraction
provoquée.
Il n’a, dès lors, pas légalement justifié sa décision de retenir l’excuse
de provocation en faveur du défendeur.
Le moyen est fondé.
L’illégalité entachant l’admission de la cause d’excuse entraîne la
nullité de la décision qui, sur ce fondement, statue sur l’action civile.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1042 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1042 PASICRISIE BELGE 23.4.15 - N° 272
B. Sur les pourvois du procureur général près la cour d’appel de Bruxelles
Il n’apparaît pas des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que
les pourvois du demandeur aient été signifiés au défendeur.
Les pourvois sont, dès lors, irrecevables.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt de motivation du 19 novembre
2014 en tant qu’il admet l’excuse de provocation au regard des actions
civiles exercées par S et Y A ;
Casse l’arrêt du 25 novembre 2014 en tant qu’il statue sur les actions
civiles exercées par S et Y A ;
Rejette les pourvois pour le surplus ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge des arrêts
partiellement cassés ;
Laisse les frais à charge de l’État ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, à la cour d’assises du Brabant wallon,
siégeant sans l’assistance du jury.
Lesdits frais taxés en totalité à la somme de trois cent septante et
un euros quatre-vingts centimes dont I) sur les trois pourvois de S et Y
A : cent cinquante-six euros cinquante centimes dus et cent cinq euros
payés par ces demandeurs et II) sur les deux pourvois du procureur gé-
néral de Bruxelles : cent dix euros trente centimes dus.
Du 22 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Dejemeppe, conseiller f.f. de
président. — Rapp. M. Cornelis. — Concl. conf. M. Vandermeersch,
avocat général. — Pl. M. Kennes, du barreau de Bruxelles, et
Mme Vansiliette, du barreau de Bruxelles.
N° 272
1re CH. — 23 avril 2015
(RG F.14.0058.F)
1° LANGUES (EMPLOI DES). — MATIÈRE JUDICIAIRE (LOI DU 15 JUIN
1935). — EN CASSATION. — GÉNÉRALITÉS. — ACTE UNILINGUE. — CITATION DANS
UNE AUTRE LANGUE ÉNONCÉE DANS LE MOYEN. — CONSÉQUENCES.
2° POURVOI EN CASSATION. — GÉNÉRALITÉS. — FORMES. — FORME DU
POURVOI ET INDICATIONS. — FIN DE NON-RECEVOIR. — LANGUE. — ACTE UNI-
LINGUE. — CITATION DANS UNE AUTRE LANGUE ÉNONCÉE DANS LE MOYEN. —
CONSÉQUENCES.
1° et 2° Il suit des articles 27 et 40, alinéa 1er, de la loi du 15 juin 1935 concer-
nant l’emploi des langues en matière judiciaire que si la décision attaquée a
été rendue en langue française, le pourvoi doit, à peine de nullité, être entiè-
rement rédigé en cette langue ; lorsqu’il comporte, dans l’exposé d’un moyen,
une citation en langue néerlandaise qui constitue un grief distinct ou qui est
nécessaire à la compréhension d’un grief, le pourvoi doit, pour pouvoir être
considéré comme entièrement rédigé en langue française, en donner une tra-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1043 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 272 - 23.4.15 PASICRISIE BELGE 1043
duction ou en indiquer la teneur en cette langue (1). (L. du 15 juin 1935,
art. 27 et 40, al. 1er)
(ÉTAT BELGE, MINISTRE DES FINANCES
C. S.C.R.L. MULTIPHARMA GROUP)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 21 novembre
2013 par la cour d’appel de Bruxelles.
Le conseiller Sabine Geubel a fait rapport.
Le premier avocat général André Henkes a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur la fin de non-recevoir opposée au pourvoi par la défenderesse et déduite
de ce que la requête est rédigée pour partie dans une autre langue que celle
de la procédure
En vertu de l’article 27 de la loi du 15 juin 1935 concernant l’emploi
des langues en matière judiciaire, la procédure devant la Cour est faite
dans la langue de la décision attaquée.
Suivant l’article 40, alinéa 1er, de la même loi, cette règle est pres-
crite à peine de nullité et celle-ci est prononcée d’office par le juge.
Il s’ensuit que, si la décision attaquée a été rendue en langue fran-
çaise, le pourvoi doit, à peine de nullité, être entièrement rédigé en
cette langue.
Lorsqu’il comporte, dans l’exposé d’un moyen, une citation en langue
néerlandaise qui constitue un grief distinct ou qui est nécessaire à la
compréhension d’un grief, le pourvoi doit, pour pouvoir être considéré
comme entièrement rédigé en langue française, en donner une traduc-
tion ou en indiquer la teneur en cette langue.
Le pourvoi, qui, en son premier moyen, fait grief à l’arrêt de ne pas
répondre aux conclusions de synthèse d’appel du demandeur en ce qui
concerne le caractère effectif de l’imposition à la source auquel serait
subordonné le droit à l’imputation de la quotité forfaitaire d’impôt
étranger et qui reproduit à cet effet le passage concerné desdites
conclusions, dont un extrait d’un jugement du tribunal de première ins-
tance de Gand du 14 janvier 2004 cité en langue néerlandaise sans tra-
duction ou relation de sa teneur en langue française, ne remplit pas
cette condition et, partant, est nul.
La fin de non-recevoir est fondée.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
(1) Voy. Cass. 8 juin 2000, RG. P.97.0047.N, Pas. 2000, n° 351 ; Cass. 15 janvier 1990, Bull.
et Pas. 1990, I, n° 296 ; a contrario : Cass. 15 février 1993, Bull. et Pas. 1993, I, n° 91, à pro-
pos des développements d’un moyen.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1044 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1044 PASICRISIE BELGE 24.4.15 - N° 273
Du 23 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Fettweis, président de section. —
Rapp. Mme Geubel. — Concl. conf. M. Henkes, avocat général. —
Pl. M. Kirkpatrick et Mme Oosterbosch, du barreau de Bruxelles.
N° 273
1re CH. — 24 avril 2015
(F.12.0087.N)
IMPÔTS SUR LES REVENUS. — IMPÔT DES PERSONNES PHYSIQUES. —
REVENUS DE BIENS IMMEUBLES. — INDEMNITÉS D’EMPHYTÉOSE ET DE SUPERFI-
CIE. — DROITS IMMOBILIERS SIMILAIRES. — NOTION.
Il y a lieu d’entendre par la notion de « droits immobiliers similaires » figurant
à l’article 10, § 2, du Code des impôts sur les revenus 1992, les droits d’usage
à long terme de biens immobiliers bâtis, que leur caractère soit personnel ou
réel (1). (C.I.R. 1992, art. 10, § 2)
(ÉTAT BELGE, MINISTRE DES FINANCES C. F. ET CRTS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 20 décembre
2011 par la cour d’appel d’Anvers.
L’avocat général Dirk Thijs a déposé des conclusions écrites le
27 novembre 2014.
Le conseiller Geert Jocqué a fait rapport.
L’avocat général Dirk Thijs a conclu.
II. LES MOYENS DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente deux moyens.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
Quant à la première branche
1. Suivant l’article 10, § 2, du Code des impôts sur les revenus 1992, les
sommes obtenues à l’occasion de la constitution ou de la cession d’un
droit d’emphytéose, de superficie ou de droits immobiliers similaires
ne comprennent pas les sommes obtenues, dans les conditions prévues
par cette disposition légale, pour la concession d’un droit d’usage sur
des biens immobiliers bâtis en vertu d’une convention non résiliable
d’emphytéose, de superficie ou de droits immobiliers similaires.
(1) Voy. les concl. du M.P. publiées à leur date dans A.C.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1045 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 274 - 24.4.14 PASICRISIE BELGE 1045
2. La notion de « droits immobiliers similaires » vise les droits
d’usage à long terme sur des biens immobiliers bâtis, indépendamment
de leur caractère personnel ou réel.
Dans la mesure où il repose sur une prémisse juridique différente, le
moyen, en cette branche, manque en droit.
3. Pour le surplus, le moyen, en cette branche, soutient que les juges
d’appel n’ont pas légalement justifié leur décision et ont violé
l’article 10, § 2, du Code des impôts sur les revenus 1992 en décidant, par
le seul fait que le contrat octroie un droit d’usage de neuf ans sur le
bien immobilier bâti, qu’il est question d’un droit immobilier similaire
au sens de l’article 10, § 2, précité.
4. Les juges d’appel ont fondé leur décision qu’il s’agit « d’un droit im-
mobilier similaire » non seulement sur le motif invoqué par le moyen,
en cette branche, mais aussi sur les motifs que :
— un pouvoir étendu n’implique pas nécessairement que l’on doive
obtenir le droit de céder le droit ou de le donner en hypothèque ou que
l’on puisse détruire le bâtiment ;
— le preneur de leasing, eu égard aux articles 10, 11 et 13 du contrat,
dispose d’un pouvoir étendu sur les biens dont il fait usage.
Dans cette mesure, le moyen, qui, en cette branche, procède d’une lec-
ture incomplète de l’arrêt, manque en fait.
(…)
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
Du 24 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Dirix, président de section. —
Rapp. M. Jocqué. — Concl. conf. M. Thijs, avocat général. —
Pl. M. Wauman, du barreau d’Anvers.
N° 274
1re CH. — 24 avril 2014
(RG F.13.0153.N)
1° ÉTAT. — CRÉANCES SUR L’ÉTAT. — DÉLAI DE PRESCRIPTION PARTICULIER
DE 5 ANS. — POINT DE DÉPART.
2° ÉTAT. — ACTE ILLICITE DES AUTORITÉS. — PERSONNE LÉSÉE. —
CRÉANCE. — NAISSANCE.
1° Le délai de prescription particulier de cinq ans s’appliquant aux créances
sur l’État, prévu par l’article 100, alinéa 1er, 1°, des lois coordonnées sur la
comptabilité de l’État du 17 juillet 1991, prend cours le premier janvier de
l’année budgétaire au cours de laquelle la créance est née (1). (Lois coor-
données du 17 juillet 1991 sur la comptabilité d’État, art. 100, al. 1er, 1°)
(1) Voy. les concl. du M.P. publiées à leur date dans A.C.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1046 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1046 PASICRISIE BELGE 24.4.14 - N° 274
2° Dans le cas d’un acte illicite des autorités, la créance naît, en règle, au mo-
ment où le dommage survient ou au moment où sa réalisation future est rai-
sonnablement établie) ; la circonstance que l’étendue du dommage ne peut
pas encore être fixée de manière certaine à ce moment-là n’y déroge pas (1).
(Lois coordonnées du 17 juillet 1991 sur la comptabilité d’État, art. 100,
al. 1er, 1°)
(ÉTAT BELGE, MINISTRE DES FINANCES
C. S.A. PALOMA CURIOSA)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre les arrêts rendus les 24 avril
2012 et 5 mars 2013 par la cour d’appel de Bruxelles.
L’avocat général Dirk Thijs a déposé des conclusions écrites le
27 novembre 2014.
Le conseiller Geert Jocqué a fait rapport.
L’avocat général Dirk Thijs a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
1. En vertu de l’article 100, alinéa 1er, 1°, de l’arrêté royal du 17 juillet
1991 portant coordination des lois sur la comptabilité de l’État, sont
prescrites et définitivement éteintes au profit de l’État, sans préjudice
des déchéances prononcées par d’autres dispositions légales, réglemen-
taires ou conventionnelles sur la matière les créances qui, devant être
produites selon les modalités fixées par la loi ou le règlement, ne l’ont
pas été dans le délai de cinq ans à partir du premier janvier de l’année
budgétaire au cours de laquelle elles sont nées.
Ce délai de prescription propre aux créances à charge de l’État prend
cours le premier janvier de l’année budgétaire au cours de laquelle la
créance est née. Dans le cas d’un acte illicite d’une autorité, la créance
naît, en règle, au moment où le dommage survient ou au moment où sa
réalisation future est établie selon des prévisions raisonnables. La cir-
constance que l’étendue du dommage n’est pas encore déterminable
avec précision à ce moment n’y déroge pas.
2. Les juges d’appel ont constaté que :
— lors d’un contrôle effectué durant l’année 1998, il a été constaté que
la défenderesse ne pouvait bénéficier de l’exonération des écotaxes re-
latives à l’importation en Belgique d’appareils jetables ;
— le 14 octobre 1999, le demandeur a fait à la défenderesse une propo-
sition de transaction pour les arriérés de taxes ;
(1) Voy. les concl. du M.P. publiées à leur date dans A.C.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1047 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 275 - 24.4.15 PASICRISIE BELGE 1047
— la défenderesse n’a pas accepté la proposition de sorte que le de-
mandeur l’a citée devant le tribunal correctionnel ;
— le 8 octobre 2003, le demandeur a informé la défenderesse du fait
qu’une exonération en matière d’écotaxes lui était accordée rétroacti-
vement et à titre exceptionnel ;
— le 6 septembre 2005, la défenderesse a cité le demandeur en dom-
mages et intérêts du chef de comportement fautif.
Les juges d’appel ont considéré que le dommage est né le 8 octobre
2003, soit à la date à laquelle le demandeur a informé la défenderesse de
l’exonération accordée et que c’est seulement à compter de cet instant
qu’est établi le fait que la défenderesse a été poursuivie à tort à la re-
quête du demandeur du chef de défaut de paiement d’écotaxes dont elle
a été exonérée.
3. Sur la base de ces énonciations, les juges d’appel n’ont pas légale-
ment justifié leur décision que la demande de la défenderesse n’était
pas prescrite.
Le moyen est fondé.
Étendue de la cassation
4. La cassation partielle de l’arrêt du 24 avril 2012 entraîne l’annula-
tion de l’arrêt du 5 mars 2013.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué du 24 avril 2012, sauf en
tant qu’il déclare l’appel recevable ;
Annule l’arrêt du 5 mars 2013 ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé du 24 avril 2012 et de l’arrêt annulé du 5 mars 2013 ;
Réserve les dépens pour qu’il soit statué sur ceux-ci par le juge du
fond ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, devant la cour d’appel d’Anvers.
Du 24 avril 2014. — 1re ch. — Prés. M. Dirix, président de section. —
Rapp. M. Jocqué. — Concl. conf. M. Thijs, avocat général. —
Pl. M. De Bruyn et M. Verbist.
N° 275
1re CH. — 24 avril 2015
(RG F.14.0045.N)
1° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — GÉNÉRALITÉS. —
SEPTIÈME PROTOCOLE ADDITIONNEL. — ARTICLE 4, § 1er. — “NON BIS IN IDEM”.
— NOTION.
2° PRINCIPES GÉNÉRAUX DU DROIT. — MATIÈRE FISCALES. — “NON BIS
IN IDEM”. — PORTÉE.
3° PRINCIPES GÉNÉRAUX DU DROIT. — MATIÈRE FISCALE. — “NON BIS
IN IDEM”. — MISSION DU JUGE.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1048 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1048 PASICRISIE BELGE 24.4.15 - N° 275
1° L’article 4, § 1er, du septième Protocole additionnel à la Convention de sau-
vegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, tel qu’il a été in-
terprété par la Cour européenne des droits de l’homme, implique qu’une
seconde poursuite est interdite du chef de faits identiques ou substantielle-
ment identiques qui, après une première poursuite, ont donné lieu à une dé-
cision définitive de condamnation ou d’acquittement ; il y a lieu d’entendre
par des faits identiques ou substantiellement identiques un ensemble de cir-
constances de fait concrètes relatives à un même suspect qui sont indissocia-
blement liées en temps et en lieu. (Septième Protocole additionnel à la
Conv. D.H., art. 4, § 1er)
2° Le principe général du droit “non bis in idem” a une portée identique à
celle de l’article 4, § 1er, du septième Protocole additionnel à la Convention
de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, cette dis-
position impliquant qu’une seconde poursuite est interdite du chef de faits
identiques ou substantiellement identiques qui, après une première pour-
suite, ont donné lieu à une décision définitive de condamnation ou
d’acquittement ; il y a lieu d’entendre par des faits identiques ou substantiel-
lement identiques, un ensemble de circonstances de fait concrètes relatives à
un même suspect qui sont indissociablement liées en temps et en lieu. (Sep-
tième Protocole additionnel à la Conv. D.H., art. 4, § 1er)
3° Dans le cadre du contrôle du principe général du droit “non bis in idem”,
le juge décide souverainement si les faits qui font l’objet des poursuites sont
identiques ou substantiellement identiques ; la Cour examine toutefois si le
juge ne tire pas des faits constatés des conséquences qui y sont étrangères ou
qu’ils ne peuvent justifier. (Septième Protocole additionnel à la Conv.
D.H., art. 4, § 1er)
(D. C. ÉTAT BELGE, MINISTRE DES FINANCES)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 2 avril 2013
par la cour d’appel d’Anvers.
L’avocat général Dirk Thijs a déposé des conclusions écrites le
27 novembre 2014.
Le président de section Eric Dirix a fait rapport.
L’avocat général Dirk Thijs conclu.
II. LES MOYENS DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente trois moyens.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
(…)
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1049 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 275 - 24.4.15 PASICRISIE BELGE 1049
Sur le troisième moyen
5. L’article 4.1 du Septième Protocole additionnel à la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dispose
que nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement par les juridictions
du même État en raison d’une infraction pour laquelle il a déjà été ac-
quitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et
à la procédure pénale de cet État.
Le principe général du droit “non bis in idem” a une portée identique.
L’article 4.1 du Septième Protocole additionnel, tel qu’il a été inter-
prété par la Cour européenne des droits de l’homme, implique qu’une
seconde poursuite est interdite pour des faits identiques ou substantiel-
lement identiques qui, après une première poursuite, ont donné lieu à
une décision définitive de condamnation ou d’acquittement. Il y a lieu
d’entendre par des faits identiques ou substantiellement identiques, un
ensemble de circonstances de fait concrètes relatives à un même incul-
pé qui sont indissociablement liées en temps et en lieu.
Le juge décide souverainement si les faits qui font l’objet des pour-
suites sont identiques ou substantiellement identiques. La Cour exa-
mine toutefois si le juge n’a pas déduit des faits constatés par lui des
conséquences qui y sont étrangères ou qu’ils ne peuvent justifier.
6. Les juges d’appel ont constaté que :
— les revenus du demandeur provenaient de vol et de recel ;
— les faits du chef desquels le demandeur a été poursuivi et condamné
par le tribunal correctionnel concernent l’indication d’un nombre de
palettes inférieur au nombre réel de palettes chargées chez Carrefour,
l’enlèvement des palettes, la livraison de ces palettes sous le numéro
de client de la société privée à responsabilité limitée Staf de Greef,
l’utilisation des revenus du matériel d’emballage fourni pour effectuer
divers paiements et couvrir divers frais et le fait d’avoir été l’incita-
teur de tout le système ;
— les revenus ont été déclarés confisqués par le juge pénal ;
— le demandeur n’a pas été poursuivi pénalement du chef de défaut
de déclaration de revenus imposables ;
— le demandeur a sciemment omis de déclarer les revenus et un ac-
croissement d’impôt de 50 p.c. lui a été infligé.
7. Les juges d’appel, qui ont considéré que les faits du chef desquels le
demandeur a été sanctionné par le tribunal correctionnel sont diffé-
rents de ceux pour lesquels un accroissement d’impôt a été infligé, ont
légalement justifié leur décision.
Le moyen ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux dépens.
Du 24 avril 2015. — 1re ch. — Prés. et Rapp. M. Dirix, président de
section. — Concl. conf. M. Thijs, avocat général. — Pl. M. Maus, du
barreau de Gand, M. De Bruyn et M. De Vleeschouwer.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1050 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1050 PASICRISIE BELGE 24.4.15 - N° 276
N° 276
1re CH. — 24 avril 2015
(RG F.14.0121.N)
IMPÔTS SUR LES REVENUS. — PRÉCOMPTES ET CRÉDIT D’IMPÔTS. —
DÉGRÈVEMENT. — INSTALLATION D’UNE ŒUVRE DE BIENFAISANCE. — ŒUVRES
ANALOGUES DE BIENFAISANCE. — NOTION.
Il y a lieu d’entendre par « œuvres analogues de bienfaisance » au sens de
l’article 12, § 1er, du Code des impôts sur les revenus 1992, les institutions qui
fournissent des soins physiques ou psychiques de toutes les manières
possibles ; un atelier social fournit un travail dans un environnement de tra-
vail protégé à certains groupes-cibles et son activité diffère donc de celle
d’une œuvre fournissant des soins physiques ou psychiques au sens de l’ar-
ticle précité (1). (C.I.R. 1992 (Région flamande), art. 12, § 1er, et 253, 1°)
(RÉGION FLAMANDE C. A.S.B.L. CONSTRUCTIEF)
ARRÊT (traduction)
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 4 février 2014
par la cour d’appel de Gand.
L’avocat général Dirk Thijs a déposé des conclusions écrites le
27 novembre 2014.
Le président de section Eric Dirix a fait rapport.
L’avocat général Dirk Thijs a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, la demanderesse présente un moyen.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
(…)
Sur le fondement du moyen
5. L’article 253, 1°, du Code des impôts sur les revenus 1992 (Région fla-
mande), tel qu’il est applicable en l’espèce, exonère du précompte im-
mobilier le revenu cadastral des biens immobiliers ou des parties de
biens immobiliers visés à l’article 12, § 1er.
En vertu de l’article 12, § 1er, du Code des impôts sur les revenus 1992,
tel qu’il est applicable en l’espèce, est exonéré notamment le revenu ca-
dastral de biens immobiliers ou des parties de biens qu’un contribuable
ou un occupant a affectés sans but de lucre à l’installation d’hôpitaux,
de cliniques, de dispensaires, de maisons de repos, de homes de vacances
(1) Voy. les concl. du M.P. publiées à leur date dans A.C.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1051 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 277 - 27.4.15 PASICRISIE BELGE 1051
pour enfants ou personnes pensionnées, ou d’autres œuvres analogues
de bienfaisance.
Cette exception doit être interprétée de manière stricte.
Il y a lieu d’entendre par œuvres analogues de bienfaisance les insti-
tutions qui fournissent des soins physiques ou psychiques de toutes les
manières possibles.
Un atelier social fournit un travail dans un environnement de travail
protégé à certains groupes-cibles et son activité diffère donc de celle
d’une œuvre fournissant des soins physiques ou psychiques au sens de
l’article 12, § 1er, du Code des impôts sur les revenus 1992.
6. Les juges d’appel ont considéré que :
— la défenderesse est un atelier protégé reconnu au sens du décret du
parlement flamand du 14 juillet 1998 relatif aux ateliers sociaux ;
— l’objectif poursuivi par un atelier protégé n’est pas seulement
l’emploi mais l’occupation de personnes qui sont dans le besoin ;
— l’aide offerte consiste à remédier à l’impossibilité d’être occupé
sur le marché du travail normal en prévoyant une occupation
protégée ;
— l’utilisation du bien immobilier pour en faire un atelier protégé, en
vue d’aider des personnes dans le besoin, doit être considérée comme
une utilisation de cet immeuble pour une « œuvre analogue de
bienfaisance » au sens de l’article 12 du Code des impôts sur les revenus
1992.
7. Les juges d’appel n’ont, par ces motifs, pas légalement justifié leur
décision que la défenderesse peut prétendre à l’exonération du pré-
compte immobilier.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué ;
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
cassé ;
Réserve les dépens pour qu’il soit statué sur ceux-ci par le juge du
fond ;
Renvoie la cause devant la cour d’appel d’Anvers.
Du 24 avril 2015. — 1re ch. — Prés. et Rapp. M. Dirix, président de
section. — Concl. conf. M. Thijs, avocat général. — Pl. M. Kirkpatrick,
M. Vancolen, du barreau de Courtrai, et M. Sandra, du barreau de
Courtrai.
N° 277
ORDONNANCE — 27 avril 2015
(RG G.15.0075.F)
1° ASSISTANCE JUDICIAIRE. — POURVOI EN CASSATION. — SIGNIFICA-
TION À LA PARTIE CONTRE LAQUELLE IL EST DIRIGÉ. — PERSONNE POURSUIVIE.
— OBLIGATION. — CONDITION.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1052 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1052 PASICRISIE BELGE 27.4.15 - N° 277
2° POURVOI EN CASSATION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — PERSONNES
AYANT QUALITÉ POUR SE POURVOIR OU CONTRE LESQUELLES ON PEUT OU ON DOIT
SE POURVOIR. — ACTION PUBLIQUE. — PARTIE CIVILE. — ASSISTANCE JUDI-
CIAIRE.— SIGNIFICATION À LA PARTIE CONTRE LAQUELLE IL EST DIRIGÉ. — PER-
SONNE POURSUIVIE. — OBLIGATION. — CONDITION.
1° et 2° En vertu de l’article 427, alinéa 1er, du Code d’instruction criminelle,
tel que modifié par la loi du 14 février 2014, entré en vigueur le 1er février 2015,
la partie qui se pourvoit en cassation doit faire signifier son pourvoi à la par-
tie contre laquelle il est dirigé ; toutefois, la personne poursuivie n’y est te-
nue qu’en tant qu’elle se pourvoit contre la décision rendue sur l’action civile
exercée contre elle ; aucun des arrêts rendus par la cour d’assises de la pro-
vince de Liège contre lesquels le requérant s’est pourvu en cassation ne ren-
dant une décision sur les actions civiles, les pourvois du requérant ne doivent
pas être signifiés sur la base de l’article 427 nouveau du Code d’instruction
criminelle. (C.I.cr., art. 427)
(M.)
ORDONNANCE DE NON-ADMISSION.
Nous, Jean de Codt, premier président de la Cour de cassation ;
Vu la requête datée du 13 avril 2015 remise au greffe de la Cour le
17 avril 2015 ;
Vu les dispositions des articles 664 et suivants du Code judiciaire ;
Vu l’article 427 du Code d’instruction criminelle ;
Vu l’avis de Monsieur l’avocat général André Van Ingelgem ;
Vu l’urgence.
Le requérant s’est pourvu en cassation le 13 avril 2015 contre trois ar-
rêts rendus par la cour d’assises de la province de Liège : un arrêt du
23 mars 2015 rejetant la demande du requérant d’annuler et d’écarter un
rapport d’expertise ; un arrêt du 30 mars 2015 constatant que le requé-
rant a été déclaré coupable par le jury d’un meurtre et un arrêt du
30 mars 2015 condamnant le requérant à une peine de réclusion et à des
peines et mesures accessoires tout en « réserv[ant] d’office les intérêts
civils ».
Le requérant demande l’assistance judiciaire pour faire signifier son
pourvoi au procureur général et aux parties civiles sur la base de
l’article 427 du Code d’instruction criminelle.
En vertu de l’article 427, alinéa 1er, du Code d’instruction criminelle,
tel que modifié par la loi du 14 février 2014, entré en vigueur le
1er février 2015, la partie qui se pourvoit en cassation doit faire signifier
son pourvoi à la partie contre laquelle il est dirigé. Toutefois, la per-
sonne poursuivie n’y est tenue qu’en tant qu’elle se pourvoit contre la
décision rendue sur l’action civile exercée contre elle.
Aucun des arrêts précités ne rendant une décision sur les actions ci-
viles, les pourvois du requérant ne doivent pas être signifiés sur la base
de l’article 427 nouveau du Code d’instruction criminelle.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1053 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 278 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1053
Il en résulte que la demande en assistance judiciaire n’est manifeste-
ment pas juste au sens de l’article 667 du Code judiciaire.
Par ces motifs, rejetons la demande d’assistance judiciaire.
Fait en notre cabinet, à Bruxelles, le 27 avril 2015.
Du 27 avril 2015. — Ordonnance — Prés. et Rapp. M. de Codt, premier
président. — Concl. conf. M. Van Ingelgem, avocat général. —
Pl. M. Rodeyns, du barreau de Bruxelles.
N° 278
2e CH. — 28 avril 2015
(RG P.13.1010.N)
1° RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — DOMMAGE. — DOMMAGE MATÉ-
RIEL. ÉLÉMENTS ET ÉTENDUE. — ACCIDENT DU TRAVAIL. — INDEMNITÉS LÉ-
GALES. — DOMMAGE PROFESSIONNEL MATÉRIEL. — INTERDICTION DE CUMUL. —
COTISATIONS SOCIALES. — ACTION CIVILE. — SURPLUS. — BASE DE CALCUL.
2° ACCIDENT DU TRAVAIL. — RÉPARATION. — CUMUL ET INTERDICTION. —
DOMMAGE MATÉRIEL. ÉLÉMENTS ET ÉTENDUE. — COTISATIONS SOCIALES. — IN-
DEMNITÉ DE DROIT COMMUN. — ACTION CIVILE. — SURPLUS. — BASE DE CALCUL.
3° ACCIDENT DU TRAVAIL. — ASSURANCE. — ASSUREUR-LOI. — TIERS RES-
PONSABLE. — ACTION EN REMBOURSEMENT. — LIMITES.
4° ACCIDENT DU TRAVAIL. — RESPONSABILITÉ. — TIERS. — ASSURANCE.
— ASSUREUR-LOI. — TIERS RESPONSABLE. — ACTION EN REMBOURSEMENT. —
LIMITES.
1° et 2° Pour déterminer si l’indemnité à allouer en vertu du droit commun ex-
cède les allocations dues par l’assureur-loi, il y a lieu de comparer le montant
des allocations légales, cotisations sociales inclues, et le montant des indem-
nités de droit commun (1). (L. du 10 avril 1971, art. 43 et 46, § 2, al. 2 ;
C. civ., art. 1382 et 1383)
3° et 4° En vertu de l’article 47, alinéa 1er, de la loi du 10 avril 1971 sur les ac-
cidents du travail, l’assureur-loi peut exercer une action en remboursement
contre le tiers responsable, dans les limites de l’indemnisation dont il est re-
devable selon le droit commun et pour ce même dommage, jusqu’à concur-
rence des capitaux constitués ; cette action a pour objet la totalité de ce
capital et pas seulement la partie de celui-ci correspondant à la survie lucra-
tive probable de la victime (2).
(R. C. S.A. MERCATOR ASSURANCES)
(1) Cass. 1er décembre 1997, RG S.96.0333.N, Pas. 1997, I, n° 520.
(2) Cass. 2 novembre 1994, RG P.93.1493.F, Pas. 1994, I, n° 464.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1054 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1054 PASICRISIE BELGE 28.4.15 - N° 278
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un jugement rendu le 6 février 2013
par le tribunal correctionnel de Furnes, statuant en degré d’appel.
Les demandeurs présentent un moyen dans un mémoire.
Le conseiller Geert Jocqué a fait rapport.
L’avocat général suppléant Marc De Swaef a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
1. Le moyen invoque la violation des articles 10, 11, 149 de la Consti-
tution, 1382 et 1383 du Code civil : l’annexe de la lettre de Vivium du
24 août 2011 n’a pas été communiquée ; dans l’évaluation du dommage
professionnel, les juges d’appel ont, à tort, comparé des montants bruts
avec des montants nets et limité le capital constitué à ce qui corres-
pond à la carrière professionnelle de la victime.
2. Par les motifs que le jugement attaqué (p. 7) énonce, les juges d’ap-
pel ont répondu au moyen des demandeurs faisant valoir que le capital
constitué sur la base de la loi du 10 avril 1971 sur les accidents du tra-
vail n’est pas établi.
Dans cette mesure, le moyen manque en fait.
3. Pour déterminer si l’indemnité à allouer en vertu du droit commun
excède les allocations dues par l’assureur-loi, il y a lieu de comparer le
montant des allocations légales, cotisations sociales incluses, et le
montant des indemnités de droit commun.
Dans la mesure où il repose sur une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
4. En vertu de l’article 47, alinéa 1er, de la loi précitée du 10 avril 1971,
l’assureur-loi peut exercer une action en remboursement contre le tiers
responsable, dans les limites de l’indemnité dont il est redevable selon
le droit commun et pour ce même dommage, jusqu’à concurrence du ca-
pital constitué.
Cette action a pour objet la totalité de ce capital et pas seulement la
partie de celui-ci correspondant à la durée de survie lucrative probable
de la victime.
Le moyen qui repose sur la prémisse que, dans le calcul du surplus à
allouer à la victime ou à son ayant droit, le capital constitué par l’as-
sureur-loi doit être réduit à la mesure de durée de vie lucrative de la
victime, manque en droit.
5. Dans la mesure où il invoque la violation des articles 10 et 11 de la
Constitution, le moyen, qui critique le jugement dont appel et non la
décision attaquée, est irrecevable.
Par ces motifs, la Cour rejette les pourvois ;
Condamne les demandeurs aux frais.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1055 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 279 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1055
Du 28 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Maffei, président. —
Rapp. M. Jocqué. — Concl. conf. M. De Swaef, avocat général suppléant.
— Pl. M. Ascrawat, du barreau de Furnes.
N° 279
2e CH. — 28 avril 2015
(RG P.14.1623.N)
EXPERTISE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — EXPERT. — MISSION CONFIÉE PAR
LE JUGE D’INSTRUCTION. — INFORMATION SUR LA NATURE ET LES CIRCONS-
TANCES DE L’INFRACTION. — PORTÉE. — DÉLÉGATION DE JURIDICTION.
Le simple fait que le juge d’instruction désigne un expert afin de l’informer de
la nature et des circonstances d’une infraction, y compris les causes de la
mort de la victime, n’implique pas qu’il délègue sa juridiction à cet expert ;
en vertu des articles 43 et 44 du Code d’instruction criminelle, le juge d’ins-
truction peut, en effet, charger un expert d’une telle mission (1). (C. jud.,
art. 11, al. 1er)
(V. C. C. ET CRTS)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 2 octobre 2014 par la
cour d’appel d’Anvers, chambre des mises en accusation.
La demanderesse invoque un moyen dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Erwin Francis a fait rapport.
L’avocat général suppléant Marc De Swaef a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
1. Le moyen invoque la violation des articles 11 et 962 du Code judi-
ciaire, ainsi que la méconnaissance du principe général du droit de la
technicité de l’expertise : l’arrêt décide, à tort, que le juge d’instruc-
tion qui a chargé l’expert qu’il a désigné de donner son avis quant à sa-
voir lequel des inculpés a apparemment commis des imprudences, un
défaut de précaution, des fautes ou négligences en lien causal avec le
décès de S.C., n’a pas délégué sa juridiction ; la mission d’un expert qui
dépasse la simple constatation des faits devant permettre au juge d’ap-
pliquer le droit et qui charge l’expert des aspects juridiques du dossier
et d’un examen des éléments constitutifs d’une infraction, équivaut à
une délégation interdite de juridiction.
(1) Voy. Cass. 15 novembre 2012, RG C.11.0579.F, Pas. 2012, n° 616.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1056 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1056 PASICRISIE BELGE 28.4.15 - N° 279
2. Il n’existe pas de principe général du droit de la technicité de l’ex-
pertise.
Dans cette mesure, le moyen manque en droit.
3. L’article 962 du Code judiciaire n’est pas applicable à l’expertise or-
donnée par le juge d’instruction qui concerne l’action publique.
Dans cette mesure, le moyen manque également en droit.
4. L’article 11, alinéa 1er, du Code judiciaire dispose que les juges ne
peuvent déléguer leur juridiction. Il en résulte que le juge qui ne limite
pas la mission qu’il confie à l’expert de procéder à des constatations
techniques ou de donner un avis technique, mais qui l’étend à donner
un avis sur le fond de l’action publique, délègue, en principe, sa juridic-
tion.
Toutefois, le simple fait que le juge d’instruction désigne un expert
afin de l’informer de la nature et des circonstances d’une infraction, y
compris les causes de la mort de la victime, n’implique pas qu’il dé-
lègue sa juridiction à cet expert. En vertu des articles 43 et 44 du Code
d’instruction criminelle, le juge d’instruction peut, en effet, charger un
expert d’une telle mission.
5. Pour vérifier, pour le surplus, si le juge d’instruction a ou non dé-
légué sa juridiction à l’expert, il y a lieu de vérifier globalement la for-
mulation de la mission qui lui est confiée et tous les éléments doivent
être pris en considération, comme les raisons et le contexte de la dési-
gnation de l’expert et la technicité de sa mission. Le fait que la ques-
tion posée à l’expert corresponde à la question que le juge est appelé à
trancher d’un point de vue juridique ou que la terminologie de la loi
soit employée pour formuler la mission, ne suffit pas en soi pour
conclure à une délégation de juridiction.
6. Tout médecin ayant causé une lésion à un patient en raison d’un
défaut de prévoyance ou de précaution, à savoir en adoptant un com-
portement qui ne correspond pas à celui d’un médecin normal et pru-
dent, placé dans de mêmes circonstances, est, en principe, coupable du
chef de l’infraction prévue aux articles 418 et, selon le cas, 419,
alinéa 1er, ou 420 du Code pénal. Il s’ensuit que la technicité de la mis-
sion confiée à l’expert judiciaire consistant à donner des informations
d’un point de vue médical quant à la manière d’agir d’un médecin et de
ses conséquences à l’égard d’un patient qui en a subi des lésions ou en
est mort, peut partiellement concorder avec les notions juridiques fi-
gurant aux dispositions précitées et sur lesquelles le juge doit statuer.
En effet, cet expert doit également examiner concrètement, mais d’un
point de vue médical, si la manière d’agir du médecin impliqué répond
à celle attendue d’un médecin normal et prudent dans les mêmes cir-
constances, et, le cas échéant, quelles conséquences découlent pour le
patient de l’une ou l’autre manière d’agir.
7. Il ressort des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que le juge
d’instruction a chargé les experts qu’il a désignés de « donner un avis
motivé quant à savoir qui, particulièrement en ce qui concerne le “Hei-
lig hart Ziekenhuis” à Lier, du Dr L. J. et de la [demanderesse] ayant
fait nommément l’objet d’une plainte, peut, d’un point de vue médico-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1057 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 280 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1057
légal, avoir apparemment commis de possibles imprudences, un défaut
de précaution, des fautes ou négligences en lien manifestement causal
avec le décès de [S.C.]. Dans cette évaluation, il y lieu de tenir compte
des circonstances de fait concrètes dans lesquelles il a fallu agir et de
l’attitude qui peut normalement être attendue d’un officier de santé
dans des circonstances similaires ».
8. Il ressort de la formulation de cette mission dans son ensemble,
d’une part, que le juge d’instruction n’a pas limité l’interrogation sur
les fautes éventuelles qui auraient entraîné le décès de S.C. aux seuls
inculpés et, d’autre part, qu’il s’est borné à demander aux experts de lui
donner leur avis quant à la question de savoir si ce décès a pu être causé
du fait qu’un ou plusieurs des inculpés, voire un tiers, n’aurai(en)t
éventuellement pas agi comme il peut être attendu en la matière d’une
personne normale et prudente de même qualité et placée dans des cir-
constances identiques.
9. L’arrêt qui décide que le juge d’instruction n’a, par cette mission
ainsi confiée aux experts, pas délégué sa juridiction auxdits experts,
justifie légalement sa décision.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
Le contrôle d’office
10. Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont
été observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux frais.
Du 28 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Maffei, président. —
Rapp. M. Francis. — Concl. conf. M. De Swaef, avocat général suppléant.
— Pl. M. Verbist.
N° 280
2e CH. — 28 avril 2015
(RG P.14.1341.N)
1° ORGANISATION JUDICIAIRE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — RÈGLEMENT
PARTICULIER DU TRIBUNAL. — PLAINTE AVEC CONSTITUTION DE PARTIE CIVILE.
— INSTRUCTION JUDICIAIRE. — DÉSIGNATION D’UN AUTRE JUGE D’INSTRUCTION.
— EFFET.
2° TRIBUNAUX. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PUBLIQUE. — PLAINTE
AVEC CONSTITUTION DE PARTIE CIVILE. — INSTRUCTION JUDICIAIRE. — RÈGLE-
MENT PARTICULIER DU TRIBUNAL. — DÉSIGNATION D’UN AUTRE JUGE D’INSTRUC-
TION. — EFFET.
3° INSTRUCTION EN MATIÈRE RÉPRESSIVE. — INSTRUCTION. — GÉNÉ-
RALITÉS. — PLAINTE AVEC CONSTITUTION DE PARTIE CIVILE. — RÈGLEMENT
PARTICULIER DU TRIBUNAL. — DÉSIGNATION D’UN AUTRE JUGE D’INSTRUCTION.
— EFFET.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1058 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1058 PASICRISIE BELGE 28.4.15 - N° 280
4° JUGE D’INSTRUCTION. — PLAINTE AVEC CONSTITUTION DE PARTIE
CIVILE. — INSTRUCTION JUDICIAIRE. — RÈGLEMENT PARTICULIER DU TRIBU-
NAL. — DÉSIGNATION D’UN AUTRE JUGE D’INSTRUCTION. — EFFET.
5° INSTRUCTION EN MATIÈRE RÉPRESSIVE. — INSTRUCTION. — RÈGLE-
MENT DE LA PROCÉDURE. — JUGE D’INSTRUCTION. — COMMUNICATION DU DOS-
SIER AU PROCUREUR DU ROI. — RÉQUISITION DU PROCUREUR DU ROI AFIN DE
LAISSER LA CHAMBRE DU CONSEIL STATUER SUR L’ACTION PUBLIQUE EXERCÉE. —
CONSÉQUENCE.
6° JUGE D’INSTRUCTION. — INSTRUCTION JUDICIAIRE. — COMMUNICA-
TION DU DOSSIER AU PROCUREUR DU ROI. — RÉQUISITION DU PROCUREUR DU ROI
AFIN DE LAISSER LA CHAMBRE DU CONSEIL STATUER SUR L’ACTION PUBLIQUE
EXERCÉE. — CONSÉQUENCE.
7° JURIDICTIONS D’INSTRUCTION. — INSTRUCTION JUDICIAIRE. —
JUGE D’INSTRUCTION. — COMMUNICATION DU DOSSIER AU PROCUREUR DU ROI. —
RÉQUISITION DU PROCUREUR DU ROI AFIN DE LAISSER LA CHAMBRE DU CONSEIL
STATUER SUR L’ACTION PUBLIQUE EXERCÉE. — CONSÉQUENCE.
8° MINISTÈRE PUBLIC. — INSTRUCTION JUDICIAIRE. — JUGE D’INSTRUC-
TION. — COMMUNICATION DU DOSSIER AU PROCUREUR DU ROI. — RÉQUISITION DU
PROCUREUR DU ROI AFIN DE LAISSER LA CHAMBRE DU CONSEIL STATUER SUR
L’ACTION PUBLIQUE EXERCÉE. — CONSÉQUENCE.
9° ORGANISATION JUDICIAIRE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — RÈGLEMENT
PARTICULIER DU TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE. — RÈGLEMENT DE RÉPARTI-
TION DES AFFAIRES ENTRE LES JUGES D’INSTRUCTION. — APPLICATION.
10° ORGANISATION JUDICIAIRE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — RÈGLE-
MENT PARTICULIER DU TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE. — RÈGLEMENT DE RÉ-
PARTITION DES AFFAIRES ENTRE LES JUGES D’INSTRUCTION. — NOTION.
11° INSTRUCTION EN MATIÈRE RÉPRESSIVE. — INSTRUCTION. — RÉGU-
LARITÉ DE LA PROCÉDURE. — RÈGLEMENT PARTICULIER DU TRIBUNAL DE PRE-
MIÈRE INSTANCE. — RÈGLEMENT DE RÉPARTITION DES AFFAIRES ENTRE LES
JUGES D’INSTRUCTION. — DÉSIGNATION D’UN JUGE D’INSTRUCTION NON
CONFORME AU RÈGLEMENT. — CONSÉQUENCE.
12° DROITS DE LA DÉFENSE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — GÉNÉRALITÉS.
— RÈGLEMENT PARTICULIER DU TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE. — RÈGLE-
MENT DE RÉPARTITION DES AFFAIRES ENTRE LES JUGES D’INSTRUCTION. — DÉ-
SIGNATION D’UN JUGE D’INSTRUCTION NON CONFORME AU RÈGLEMENT. —
CONSÉQUENCE.
13° TRIBUNAUX. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — GÉNÉRALITÉS. — INSTRUC-
TION JUDICIAIRE. — RÈGLEMENT PARTICULIER DU TRIBUNAL DE PREMIÈRE INS-
TANCE. — RÈGLEMENT DE RÉPARTITION DES AFFAIRES ENTRE LES JUGES
D’INSTRUCTION. — DÉSIGNATION D’UN JUGE D’INSTRUCTION NON CONFORME AU
RÈGLEMENT. — CONSÉQUENCE.
1°, 2°, 3° et 4° Il résulte de la lecture conjointe des dispositions des articles 63,
alinéa 1er, et 70 du Code d’instruction criminelle et de l’article 88, § 1er,
alinéa 2, dernière phrase, du Code judiciaire, que, lorsqu’une plainte avec
constitution de partie civile est introduite devant le juge d’instruction, ce
dernier reste chargé de cette instruction judiciaire jusqu’à ce que le président
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N° 280 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1059
du tribunal de première instance ait désigné, le cas échéant, un autre juge
d’instruction conformément au règlement particulier du tribunal.
5°, 6°, 7° et 8° La circonstance que le juge d’instruction devant lequel la
plainte avec constitution de partie civile a été déposée a communiqué le dos-
sier au procureur du Roi conformément à l’article 70 du Code d’instruction
criminelle et le fait que le procureur du Roi a requis afin de laisser la chambre
du conseil statuer sur l’action publique exercée, n’ont pas pour conséquence
que l’instruction judiciaire ne soit plus pendante devant le juge d’instruc-
tion.
9°, 10°, 11°, 12° et 13° Le règlement de répartition des affaires entre les juges
d’instruction prévu dans le règlement particulier d’un tribunal de première
instance sur la base de l’article 88, § 1er, alinéa 2, dernière phrase, du Code
judiciaire vise uniquement, en tant que mesure d’ordre intérieur, un traite-
ment efficace des instructions judiciaires au sein d’un même tribunal, sans
conférer de droits aux parties concernées par les instructions judiciaires ; du
simple fait qu’une instruction judiciaire n’a pas été attribuée conformément
à la règlementation élaborée dans le règlement particulier du tribunal de pre-
mière instance, ne peut être déduite, en tant que telle, une violation des
droits des parties concernées par l’instruction judiciaire (1).
(LAZARE KAPLAN INTERNATIONAL INC.
C. S.A. BANQUE DIAMANTAIRE ANVERSOISE)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 15 juillet 2014 par la
cour d’appel d’Anvers, chambre des mises en accusation.
La demanderesse invoque deux moyens dans un mémoire annexé au
présent arrêt, en copie certifiée conforme.
La demanderesse demande à la Cour de décréter le désistement de son
pourvoi, sans acquiescement, dans la mesure où ce pourvoi serait pré-
maturé.
Le conseiller Filip Van Volsem a fait rapport.
L’avocat général Luc Decreus a conclu.
II. (…)
III. LA DÉCISION DE LA COUR
(…)
Sur le premier moyen
2. Le moyen invoque la violation des articles 6.1 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 13 de
la Constitution, 57, 61bis, 63, 70, 127, 128, 136, 136bis, alinéa 2, 235, 235bis
(1) Voy. Cass. 14 novembre 1979 (Bull. et Pas. 1980, I, p. 354).
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1060 PASICRISIE BELGE 28.4.15 - N° 280
du Code d’instruction criminelle, 79 et 88 du Code judiciaire et de l’ar-
rêté royal du 4 décembre 2012 établissant le règlement particulier du
tribunal de première instance d’Anvers : l’arrêt décide, à tort, que
l’inapplication de la règle prévue dans le règlement particulier du tri-
bunal de première instance d’Anvers pour la désignation d’un juge
d’instruction n’implique aucune illégalité et que cette règle ne peut
être d’application qu’après le réquisitoire du procureur du Roi, confor-
mément à l’article 70 du Code d’instruction criminelle ; ainsi, l’arrêt
assortit l’application d’une condition non prévue par la loi ; la désigna-
tion d’un juge d’instruction doit toujours avoir lieu conformément au
règlement général du tribunal et donc également dans le cas où le pro-
cureur du Roi requiert immédiatement afin de laisser la chambre du
conseil statuer sur l’action publique ; seul le juge d’instruction ainsi
désigné est le juge chargé de l’instruction ; ainsi, la demanderesse a été
privée du juge que la loi lui avait attribué ; la circonstance que le juge
d’instruction devant lequel la demanderesse s’est constituée partie ci-
vile a statué sur une demande en vue de l’accomplissement d’un acte
d’instruction complémentaire ne peut y remédier.
3. L’article 63, alinéa 1er, du Code d’instruction criminelle dispose que
toute personne qui se prétendra lésée par un crime ou délit pourra en
rendre plainte et se constituer partie civile devant le juge d’instruction
compétent.
L’article 70 de ce même Code dispose que le juge d’instruction compé-
tent pour connaître de la plainte en ordonnera la communication au
procureur du Roi, pour être par lui requis ce qu’il appartiendra.
L’article 88, § 1er, alinéa 2, dernière phrase, du Code judiciaire prévoit
que le règlement particulier du tribunal de première instance déter-
mine, s’il y a lieu, l’ordre de répartition des affaires entre les juges
d’instruction.
4. Il résulte de la lecture conjointe de ces dispositions que, lorsqu’une
plainte avec constitution de partie civile est introduite devant le juge
d’instruction, ce dernier reste chargé de cette instruction judiciaire
jusqu’à ce que le président du tribunal de première instance ait désigné,
le cas échéant, un autre juge d’instruction conformément au règlement
particulier du tribunal.
5. La circonstance que le juge d’instruction devant lequel la plainte
avec constitution de partie civile a été déposée a communiqué le dos-
sier au procureur du Roi conformément à l’article 70 du Code d’instruc-
tion criminelle et le fait que le procureur du Roi a requis afin de laisser
la chambre du conseil statuer sur l’action publique exercée, n’ont pas
pour conséquence que l’instruction judiciaire ne soit plus pendante de-
vant le juge d’instruction.
6. Le règlement de répartition des affaires entre les juges d’instruc-
tion prévu dans le règlement particulier d’un tribunal de première ins-
tance sur la base de l’article 88, § 1er, alinéa 2, dernière phrase, du Code
judiciaire vise uniquement, en tant que mesure d’ordre intérieur, un
traitement efficace des instructions judiciaires au sein d’un même tri-
bunal, sans conférer de droits aux parties concernées par les instruc-
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N° 281 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1061
tions judiciaires. Du simple fait qu’une instruction judiciaire n’a pas
été attribuée conformément à la règlementation élaborée dans le règle-
ment particulier du tribunal de première instance, ne peut être dé-
duite, en tant que telle, une violation des droits des parties concernées
par l’instruction judiciaire.
Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
7. L’arrêt (…) décide notamment que :
— il est légalement prévu que la personne prétendument lésée a accès
au juge d’instruction en déposant plainte avec constitution de partie
civile ;
— le fait qu’en l’espèce, aucun autre juge d’instruction n’a été dési-
gné, n’implique pas que la demanderesse ait été privée du droit d’accé-
der à la justice : en effet, l’action publique est engagée par
l’introduction d’une plainte avec constitution de partie civile devant
un juge d’instruction ainsi saisi des faits faisant l’objet du procès-ver-
bal de l’acte de désignation en tant que partie civile ;
— ce juge d’instruction est toujours resté chargé de l’instruction, ce
qui ressort par ailleurs de l’ordonnance motivée du 28 juin 2013 ayant
rejeté, sur la base du dossier, la demande d’instruction complémen-
taire.
Par ces motifs, l’arrêt justifie légalement la décision selon laquelle
la demanderesse n’a pas été privée du juge que la loi lui attribue.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
8. Pour le surplus, le moyen est dirigé contre des motifs surabondants
et ne saurait entraîner une cassation.
Dans cette mesure, le moyen est irrecevable.
(…)
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux frais.
Du 28 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Van Volsem. — Concl. conf. M. Decreus, avocat
général. — Pl. Mme Tritsmans, du barreau de Gand, et M. Verbist.
N° 281
2e CH. — 28 avril 2015
(RG P.14.1655.N)
1° PEINE. — GÉNÉRALITÉS. PEINES ET MESURES. LÉGALITÉ. — PER-
SONNES MORALES. — CRIMES. — PEINE CRIMINELLE PRIVATIVE DE LIBERTÉ. —
CONVERSION DE LA PEINE PRIVATIVE DE LIBERTÉ. — NATURE DE L’INFRACTION.
— CONSÉQUENCE.
2° PEINE. — PEINES PRIVATIVES DE LIBERTÉ. — PERSONNES MORALES. —
CRIMES. — PEINE CRIMINELLE PRIVATIVE DE LIBERTÉ. — CONVERSION DE LA
PEINE PRIVATIVE DE LIBERTÉ. — NATURE DE L’INFRACTION. — CONSÉQUENCE.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1062 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1062 PASICRISIE BELGE 28.4.15 - N° 281
3° PEINE. — CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES. CAUSES D’EXCUSE. —
PERSONNES MORALES. — CRIMES. — PEINE CRIMINELLE PRIVATIVE DE LIBERTÉ.
— CONVERSION DE LA PEINE PRIVATIVE DE LIBERTÉ. — NATURE DE L’INFRAC-
TION. — CONSÉQUENCE.
4° INFRACTION. — IMPUTABILITÉ. — PERSONNES MORALES. — CRIMES. —
PEINE CRIMINELLE PRIVATIVE DE LIBERTÉ. — CONVERSION DE LA PEINE PRIVA-
TIVE DE LIBERTÉ. — NATURE DE L’INFRACTION. — CONSÉQUENCE.
5° COMPÉTENCE ET RESSORT. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — COMPÉ-
TENCE. — PERSONNES MORALES. — CRIMES. — PEINE CRIMINELLE PRIVATIVE DE
LIBERTÉ. — CONVERSION DE LA PEINE PRIVATIVE DE LIBERTÉ. — NATURE DE
L’INFRACTION. — CONSÉQUENCE.
6° CITATION. — CITATION DIRECTE. — PARTIE CIVILE. — QUALIFICATION DE
L’INFRACTION. — CONTRÔLE DE PRIME ABORD PAR LE JUGE. — APPLICATION.
7° COMPÉTENCE ET RESSORT. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — COMPÉ-
TENCE. — CITATION DIRECTE. — PARTIE CIVILE. — QUALIFICATION DE L’INFRAC-
TION. — CONTRÔLE DE PRIME ABORD PAR LE JUGE. — APPLICATION.
8° TRIBUNAUX. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — GÉNÉRALITÉS. — SAISINE. —
CITATION DIRECTE. — PARTIE CIVILE. — QUALIFICATION DE L’INFRACTION. —
MODALITÉS.
9° COMPÉTENCE ET RESSORT. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — COMPÉ-
TENCE. — CRIME. — CITATION DIRECTE. — PARTIE CIVILE. — ADMISSION DE CIR-
CONSTANCES ATTÉNUANTES. — APPLICATION.
10° TRIBUNAUX. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — GÉNÉRALITÉS. — COMPÉ-
TENCE. — CRIME. — CITATION DIRECTE. — PARTIE CIVILE. — ADMISSION DE CIR-
CONSTANCES ATTÉNUANTES. — APPLICATION.
1°, 2°, 3°, 4° et 5° Il résulte de la volonté du législateur de réaliser le parallèle
le plus important possible dans les poursuites et la répression des personnes
morales et des personnes physiques et de la lecture combinée des articles 1er,
7, 7bis, 41bis, §§ 1er et 2, du Code pénal, que, pour l’application des règles en
matière de compétence et des circonstances atténuantes, la nature d’une in-
fraction imputable à une personne morale constitue un crime si la loi punit
cette infraction, ainsi commise par une personne physique, d’une peine cri-
minelle privative de liberté ; la conversion à appliquer conformément à
l’article 41bis du Code pénal ne modifie pas la nature de l’infraction (1).
6°, 7° et 8° Il résulte des articles 179 et 182 du Code d’instruction criminelle
qu’une partie civile ne peut saisir le tribunal correctionnel par citation di-
(1) Voy. A. DE NAUW et F. DE RUYCK, « De strafrechtelijke verantwoordelijkheid van
rechtspersonen », R.W. 1999-2000, (p. 897) p. 914 ; P. TRAEST, « De wet van 4 mei 1999 tot
invoering van de strafrechtelijke verantwoordelijkheid van rechtspersonen », T.R.V.
1999, (p. 451) pp. 473-474 ; S. VAN DYCK, V. FRANSSEN et F. PARREIN, « De rechtspersoon
als strafbare dader : een grondige analyse van tien jaar wetgeving, rechtspraak en
rechtsleer (deel 2) », T.R.V. 2009, pp. 3-63 ; R. VERSTRAETEN et B. SPRIET, « De rechtsper-
soon en zijn geldboete », in Y. POULLET et H. VUYE (dir.), Liber Amicorum Jean du Jardin,
Deurne, Kluwer, 2001, pp. 321-340 ; H. VAN BAVEL, « De wet van 4 mei 1999 tot invoering
van de strafrechtelijke verantwoordelijkheid van rechtspersonen », A.J.T. 1999-2000,
p. 225.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1063 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 281 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1063
recte que d’un délit, le tribunal correctionnel et, en degré d’appel, la cour
d’appel sont tenus de vérifier, du point de vue de la citation directe et selon
la qualification qu’elle contient, s’ils sont compétents pour connaître le fait,
objet de la saisine ; lors de ce contrôle de prime abord, qui exclut tout examen
du fait même, le juge ne doit pas se limiter à la qualification légale de l’in-
fraction donnée par la partie civile dans la citation directe, mais il peut, pour
déterminer sous quelle qualification il a été saisi du fait par la citation di-
recte, tenir compte également de tous les autres éléments énoncés dans la ci-
tation (1).
9° et 10° Il résulte de la lecture combinée des dispositions des articles 2,
alinéas 2 et 3, et 3, de la loi du 4 octobre 1867 sur les circonstances atté-
nuantes, tel que modifié par l’article 9 de la loi du 8 juin 2008, et de sa genèse
légale, que l’article 3, alinéa 3, de ladite loi n’implique pas que le juge peut,
en cas de citation directe pour un crime par une partie civile, se déclarer com-
pétent en admettant les circonstances atténuantes (2).
(LAZARE KAPLAN INTERNATIONAL INC.
C. S.A.BANQUE DIAMANTAIRE ANVERSOISE)
ARRÊT (traduction).
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 17 septembre 2014 par la
cour d’appel d’Anvers, chambre correctionnelle.
La demanderesse invoque quatre moyens dans un mémoire annexé au
présent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Filip Van Volsem a fait rapport.
L’avocat général Luc Decreus a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
1. Le moyen invoque la violation des articles 1er, 7, 7bis, 42bis du Code
pénal, 179 et 182 du Code d’instruction criminelle : les juges d’appel ont
illégalement décidé qu’ils étaient sans compétence pour connaître des
faits dont ils ont été saisis par le biais d’une citation de la demande-
resse, faits qui pourraient constituer le crime de faux et usage de faux
dans le chef de la défenderesse ; les personnes morales ne peuvent être
punies que d’une amende ; une amende n’est jamais une peine crimi-
(1) Voy. Cass. 8 septembre 1998, RG P.98.1078.N, Pas. 1998, I, n° 394 ; R. VERSTRAETEN,
Handboek strafvordering, Anvers, Maklu, 2012, pp. 831-832, nos 1663-1664 ; R. DECLERCQ,
Beginselen van strafrechtspleging, Malines, Kluwer, 2014, pp. 670-671, n° 1577, et p. 924,
n° 2169.
(2) Voy. Projet de loi portant des dispositions diverses (II), Doc. parl., Cha., 2007-2008,
n° 52 1013/001, pp. 11-12 ; A. JACOBS et O. MICHIELS, « Les innovations apportées par la
loi du 8 juin 2008 à la correctionnalisation des crimes et des contraventionnalisations
des délits », J.L.M.B. 2008, p. 1415 ; G. RANERI, « Du nouveau en matière de circons-
tances atténuantes et de règlement de juges », J.T., 2008, p. 736, n° 17.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1064 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1064 PASICRISIE BELGE 28.4.15 - N° 281
nelle mais toujours correctionnelle ou de police ; le juge du fond et les
juges d’appels étaient, par conséquent, compétents.
2. L’article 1er du Code pénal prévoit que l’infraction que les lois pu-
nissent respectivement d’une peine criminelle, correctionnelle ou de
police sont respectivement un crime, un délit ou une contravention.
L’article 7 de ce même Code prévoit que la réclusion est une peine ap-
plicable aux infractions commises par des personnes physiques en ma-
tière criminelle.
L’article 7bis dudit Code prévoit que l’amende en matière criminelle,
correctionnelle et de police est une peine applicable aux infractions
commises par les personnes morales en matière criminelle.
L’article 41bis, § 1er, dudit Code prévoit de quelle manière est calculée
l’amende applicable aux infractions commises par les personnes mo-
rales en matière criminelle lorsqu’une peine privative de liberté à
temps ou à perpétuité est prévue. L’article 41bis, § 2, prescrit que, pour
le calcul de l’amende prévue au paragraphe § 1er, les dispositions du
Livre Ier sont applicables.
3. Il résulte de la volonté du législateur de réaliser le parallèle le plus
complet possible dans les poursuites et la répression des personnes mo-
rales et des personnes physiques et de la lecture combinée des articles
précités que, pour l’application des règles en matière de compétence et
des circonstances atténuantes, la nature d’une infraction imputable à
une personne morale constitue un crime si la loi punit cette infraction,
si elle est commise par une personne physique, d’une peine criminelle
privative de liberté. La conversion à appliquer conformément à
l’article 41bis du Code pénal ne modifie pas la nature de l’infraction.
Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
4. Les juges d’appel qui ont décidé que, pour l’appréciation de la com-
pétence concernant une personne morale, la nature de l’infraction est
déterminée par la peine applicable à la personne physique prévue aux
dispositions pénales y relatives et non selon la conversion prescrite
conformément à l’article 41bis du Code pénal, ont légalement justifié
leur décision.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
Sur le deuxième moyen
5. Le moyen invoque la violation des articles 6.1 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 13 de
la Constitution, 179 et 182 du Code d’instruction criminelle : les juges
d’appel se sont déclarés sans compétence sans avoir examiné les faits
ni procédé à la requalification, alors que les qualifications énoncées
dans la citation directe concernent des délits ; un premier contrôle en
matière de compétence s’effectue de plano, à savoir en fonction de la
qualification faite dans l’acte introductif ; un second contrôle en ma-
tière de compétence est réalisé dans le cadre de l’instruction de la
cause par laquelle le juge doit se déclarer sans compétence après une
éventuelle requalification ; les juges d’appel ont confondu le second et
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1065 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 281 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1065
le premier contrôle en matière de compétence ; dès lors que la citation
ne mentionne que des faits qualifiés d’abus de confiance, escroquerie et
blanchiment, il ne pouvait avoir été question d’incompétence de plano ;
selon les constatations de l’arrêt même, les juges d’appel n’ont pas pro-
cédé à un second contrôle en matière de compétence.
6. Il résulte des articles 179 et 182 du Code d’instruction criminelle
qu’une partie civile ne peut saisir le tribunal correctionnel par citation
directe que d’un délit.
7. Le tribunal correctionnel et, en degré d’appel, la cour d’appel sont
tenus de vérifier, du point de vue de la citation directe et selon la qua-
lification qu’elle contient, s’ils sont compétents pour connaître du fait,
objet de la saisine.
Lors de ce contrôle de prime abord, qui exclut tout examen du fait
même, le juge ne doit pas se limiter à la qualification légale de l’infrac-
tion donnée par la partie civile dans la citation directe, mais il peut,
pour déterminer sous quelle qualification il a été saisi du fait par la ci-
tation directe, tenir compte également de tous les autres éléments
énoncés dans la citation.
Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
8. L’arrêt décide notamment que
— l’appréciation de savoir si la citation directe implique la saisine
d’un délit ou d’un crime, doit s’effectuer sur la base du contenu de
l’acte introductif, à savoir la citation directe ;
— il y a lieu de tenir compte des infractions telles qu’elles figurent
dans cette citation ;
— cependant, le juge peut, à la lumière de l’exposé des faits et de la
description des infractions dans la citation, vérifier quelles sont les in-
fractions réellement visées par la demanderesse ;
— la demanderesse ne peut échapper à l’incompétence du tribunal
correctionnel en se bornant à mentionner explicitement la qualifica-
tion légale de délits lorsqu’il ressort de la description des infractions
et des faits qu’elle saisit en fait le tribunal d’un crime ;
— à la lecture de la citation directe, il ressort clairement que, malgré
la qualification d’escroquerie, en réalité, la saisine porte, en partie aus-
si, sur le crime de faux et usage de faux ;
— alors que, dans la qualification des préventions d’escroquerie, les
manœuvres frauduleuses ne sont pas concrètement décrites, tel est
pourtant le cas dans le développement ultérieur de la citation directe
et il ressort clairement d’un passage de la citation directe que la de-
manderesse reproche à la défenderesse d’avoir commis un faux et usage
de faux constituant la manœuvre frauduleuse, la demanderesse ayant
cru en l’existence d’un crédit imaginaire et d’une issue favorable ;
— sans examiner les faits, il y a lieu de constater qu’ainsi, l’objet de
la saisine faite par la demanderesse concerne des faits de faux en écri-
tures bancaires, privées et commerciales et usage de ces faux.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1066 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1066 PASICRISIE BELGE 28.4.15 - N° 281
Par ces motifs et sans outrepasser les limites du contrôle de prime
abord, les juges d’appel ont légalement justifié leur décision selon la-
quelle, par la citation directe, la demanderesse a saisi le tribunal cor-
rectionnel d’un crime et qu’ils sont sans compétence.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
(…)
Sur le quatrième moyen
13. Le moyen invoque la violation des articles 6.1 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 13 de
la Constitution, 3, alinéa 3, de la loi du 4 octobre 1867 sur les circons-
tances atténuantes, 179 et 182 du Code d’instruction criminelle : les
juges d’appel ont décidé, à tort, que l’article 3, alinéa 3, de la loi du
4 octobre 1867 ne permet pas d’admettre des circonstances atténuantes
en cas de citation directe par une partie civile pour des faits de faux et
usage de faux ; en décidant que la possibilité d’admettre des circons-
tances atténuantes dans le cadre de la saisine d’un crime n’existe qu’en
cas d’ordonnance de renvoi de la juridiction d’instruction ou de cita-
tion par le ministère public, les juges d’appel ont émis une condition
qui n’est pas légalement prévue ; l’article 3, alinéa 3, de la loi du
4 octobre 1867 requiert uniquement que le crime « peut être [correction-
nalisé] en vertu de l’article 2, alinéa 3 » et renvoie ainsi aux cas visés
aux points 1° à 12° de cette dernière disposition, sans que le mode de sai-
sine joue aucun rôle.
Il est demandé à la Cour de poser à la Cour constitutionnelle la ques-
tion préjudicielle suivante :
« L’article 3, alinéa 3, de la loi du 4 octobre 1867 sur les circonstances
atténuantes, tel qu’inséré par l’article 9 de la loi du 8 juin 2008, compte
tenu des articles 64, alinéa 2, 179 et 182 du Code d’instruction crimi-
nelle, en ce sens que cet article n’est pas applicable à la citation directe
portée devant le tribunal correctionnel par une partie civile, viole-t-il
l’article 13 de la Constitution, pris isolément, et les articles 10 et 11 de
la Constitution lus en combinaison avec les articles 13 de la Constitu-
tion et 6.1 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales, en ce que cet article, si le tribunal correction-
nel constate que les faits dont il est saisi qualifiés délits dans l’acte in-
troductif, concernent en réalité des crimes correctionnalisables,
implique une distinction non justifiée entre
(1) la/les partie(s) civile(s) présente(s) devant le juge du fond saisi des
faits ensuite du renvoi par une juridiction d’instruction ou sur la cita-
tion directe du ministère public, et
(ii) la/les partie(s) civile(s) présente(s) devant le juge du fond saisi des
faits par la citation directe d’une partie civile,
dans la mesure où le tribunal a la possibilité dans le premier mais pas
dans le second cas de décliner sa compétence en admettant lui-même
des circonstances atténuantes ou la cause d’excuse, dans le cas où le
crime visé à cet égard entre en considération pour ce faire sur la base
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1067 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 281 - 28.4.15 PASICRISIE BELGE 1067
de l’article 2, alinéa 3, de la loi du 4 octobre 1867 sur les circonstances
atténuantes ? »
14. L’article 2, alinéas 2 et 3, de la loi du 4 octobre 1867 dispose :
« De la même manière, dans les cas où une instruction n’a pas été re-
quise, le ministère public peut, s’il estime qu’il n’y a pas lieu de requé-
rir une peine plus sévère qu’une peine correctionnelle en raison de
circonstances atténuantes ou d’une cause d’excuse, citer directement
ou convoquer le prévenu devant le tribunal correctionnel en indiquant
ces circonstances atténuantes ou la cause d’excuse.
La citation directe ou la convocation par le ministère public (…) en
raison de circonstances atténuantes, ne sont possibles que dans les cas
suivants (…) ».
L’article 3 de cette même loi, tel que modifié par l’article 9 de la loi
du 8 juin 2008, dispose :
« Le tribunal correctionnel, devant lequel l’inculpé est renvoyé, ne
peut décliner sa compétence en ce qui concerne les circonstances atté-
nuantes ou la cause d’excuse.
Il peut cependant décliner sa compétence en ce qui concerne les cir-
constances atténuantes ou la cause d’excuse s’il est saisi en application
de l’article 2, alinéa 2.
Il peut se déclarer compétent en admettant les circonstances atté-
nuantes ou la cause d’excuse lorsqu’il constate que le crime dont il a
été saisi n’a pas été correctionnalisé et peut l’être en vertu de
l’article 2, alinéa 3. »
Il résulte de la lecture combinée de ces dispositions et de la genèse
légale que l’article 3, alinéa 3, de ladite loi n’implique pas que le juge
peut, en cas de citation directe pour un crime par une partie civile, se
déclarer compétent en admettant les circonstances atténuantes.
Dans la mesure où il est déduit d’une autre prémisse juridique, le
moyen manque en droit.
15. Par les motifs qu’il comporte (…), l’arrêt justifie légalement la dé-
cision selon laquelle les juges d’appel ne peuvent, en cas de citation di-
recte par une partie civile, admettre de circonstances atténuantes pour
un crime.
Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.
16. La question préjudicielle soulevée est déduite d’une comparaison
faite entre deux situations juridiques :
— d’une part, la situation de la juridiction de jugement, qui, saisie
par le ministère public ou par une ordonnance de renvoi de la juridic-
tion d’instruction d’un fait qualifié délit qu’elle considère en réalité
être un crime correctionnalisable et qui peut admettre des circons-
tances atténuantes ou une cause d’excuse, ce qui la rend compétente ;
— d’autre part, la situation de la juridiction de jugement qui, saisie
par la citation directe émanant d’une partie civile d’un fait qualifié dé-
lit qu’elle considère en réalité être un crime correctionnalisable mais
qui ne peut admettre de circonstances atténuantes ni une cause d’ex-
cuse et doit donc décliner sa compétence.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1068 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1068 PASICRISIE BELGE 29.4.15 - N° 282
Ces situations juridiques ne sont pas comparables. Dans le premier
cas, la décision d’engager l’action publique ou de la poursuivre repose
sur le ministère public ou la juridiction d’instruction qui tendent, dans
l’intérêt général, à rechercher, poursuivre et sanctionner les infrac-
tions. Dans le second cas, l’initiative émane d’une partie lésée qui pour-
suit exclusivement un intérêt personnel.
La question préjudicielle n’est pas posée.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux frais.
Du 28 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. Van hoogenbemt, président de
section. — Rapp. M. Van Volsem. — Concl. conf. M. Decreus, avocat
général. — Pl. Mme Tritsmans, du barreau de Gand, et M. Verbist.
N° 282
2e CH. — 29 avril 2015
(RG P.15.0002.F)
1° DROITS DE LA DÉFENSE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DÉPÔT DE
CONCLUSIONS. — DÉPÔT TARDIF. — ABUS DE PROCÉDURE. — CONSÉQUENCE.
2° JUGEMENTS ET ARRÊTS. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — GÉNÉRALITÉS.
— DÉPÔT DE CONCLUSIONS. — DÉPÔT TARDIF. — ABUS DE PROCÉDURE. — CONSÉ-
QUENCE.
3° ACTION PUBLIQUE. — RECEVABILITÉ. — CONDITIONS.
4° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — MESURE DE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — OBJECTIF.
5° PRINCIPES GÉNÉRAUX DU DROIT. — MAXIME “ELECTA UNA VIA”.
6° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — DEMANDE DE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — NATURE DE LA
MESURE. — CONSÉQUENCE. — UNANIMITÉ.
7° APPEL. — MATIÈRE RÉPRESSIVE (Y COMPRIS DOUANES ET AC-
CISES). — PROCÉDURE EN DEGRÉ D’APPEL. — URBANISME. — DEMANDE DE RE-
MISE EN ÉTAT DES LIEUX. — NATURE DE LA MESURE. — CONSÉQUENCE. —
UNANIMITÉ.
8° URBANISME. — REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. PAIEMENT D’UNE
PLUS-VALUE. — MESURE DE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX. — NATURE DE LA
MESURE. — CONSÉQUENCE. — PRINCIPE GÉNÉRAL DU DROIT NON BIS IN IDEM.
9° PRINCIPES GÉNÉRAUX DU DROIT. — PRINCIPE GÉNÉRAL DU DROIT
NON BIS IN IDEM. — URBANISME. — MESURE DE REMISE EN ÉTAT DES LIEUX.
— NATURE DE LA MESURE. — CONSÉQUENCE.
1° et 2° Le juge peut écarter des débats, comme étant constitutives d’un abus
de procédure, des conclusions tardives qui empêchent la bonne administra-
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1069 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 282 - 29.4.15 PASICRISIE BELGE 1069
tion de la justice, lèsent fautivement les droits de l’autre partie et portent at-
teinte au droit à un procès équitable (1).
3° La recevabilité de l’action publique intentée à charge d’une personne ayant
commis une infraction n’est pas subordonnée à la condition que d’autres per-
sonnes, qui auraient commis une infraction similaire dans les mêmes circons-
tances de temps et de lieu, soient poursuivies comme la première.
4° Contrairement aux dommages-intérêts, la mesure de remise en état ne vise
pas l’indemnisation d’un dommage causé à des intérêts privés, mais tend à
rendre non avenues, dans l’intérêt général, les conséquences de l’infrac-
tion (2).
5° La maxime Electa una via n’est pas un principe général du droit (3).
6° et 7° La décision du juge pénal ordonnant au prévenu, à la demande de la
commune, de procéder à la remise en état des lieux ou de cesser l’usage
contraire, ne constitue pas une peine au sens du droit belge mais une mesure
de nature civile, même si elle ressortit à l’action publique ; l’article 211bis du
Code d’instruction criminelle n’est pas applicable à la décision qui confirme
la peine et ajoute une mesure de rétablissement (4).
8° et 9° La remise en état des lieux ne constituant pas une deuxième condam-
nation pénale pour le même fait, le juge qui prononce une telle mesure ne
saurait méconnaître le principe général non bis in idem. (Principe général
du droit non bis in idem)
(P. ET CRTS C. LE COLLÈGE COMMUNAL
DE LA COMMUNE DE COURT-SAINT-ETIENNE)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Les pourvois sont dirigés contre un arrêt rendu le 2 décembre 2014 par
la cour d’appel de Bruxelles, chambre correctionnelle.
Les demandeurs invoquent cinq moyens dans un mémoire annexé au
présent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Gustave Steffens a fait rapport
L’avocat général Raymond Loop a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
A. En tant que les pourvois sont dirigés contre les dispositions qui statuent
sur la culpabilité et sur la peine
Sur le premier moyen
Les demandeurs reprochent aux juges d’appel d’avoir écarté la note
déposée le jour de l’audience consacrée à l’examen de la cause et d’avoir
(1) Cass. 8 juin 2011, RG P.11.0181.F, Pas. 2011, n° 388.
(2) Voy. Cass. 12 janvier 2010, RG P.09. 1066.N, Pas. 2010, n° 19.
(3) Voy. Cass. 30 avril 1997, RG P.97.0022.F, Pas. 1997, I, n° 209.
(4) Voy. Cass. 5 mai 2009, RG P.08.1853.N, Pas. 2009, n° 293.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1070 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1070 PASICRISIE BELGE 29.4.15 - N° 282
considéré, ensuite de cet écartement, que l’action publique n’était pas
prescrite.
Le juge peut écarter des débats, comme étant constitutives d’un abus
de procédure, des conclusions tardives qui empêchent la bonne adminis-
tration de la justice, lèsent fautivement les droits de l’autre partie et
portent atteinte au droit à un procès équitable.
L’arrêt relève que la cause a fait l’objet de plusieurs remises, que la
dernière d’entre elles a été consentie il y a près de cinq mois pour plai-
doiries, que les parties savaient que la cause serait examinée au fond
en priorité, que les demandeurs ont attendu le jour de l’audience consa-
crée à cet examen pour déposer des conclusions dont la communication
tardive a surpris leurs adversaires, et que cette attitude méconnaît le
principe du débat contradictoire et loyal.
Par ces considérations, les juges d’appel ont régulièrement motivé et
légalement justifié leur décision.
Pour le surplus, en relevant que le 10 février 2005, les demandeurs
continuaient à ériger de nouveaux murs non autorisés, qu’à cette date,
les travaux litigieux étaient toujours maintenus et que la prescription
avait été valablement interrompue le 8 janvier 2010, les juges d’appel
ont régulièrement motivé et légalement justifié leur décision de dire
l’action publique non prescrite.
Le moyen ne peut être accueilli.
Sur le troisième moyen
Les demandeurs reprochent à l’arrêt de ne pas expliquer pourquoi la
poursuite dont ils font l’objet n’est pas discriminatoire alors que leurs
voisins, qui ont également effectué des travaux en infraction au permis
de lotir, n’ont pas été inquiétés.
La recevabilité de l’action publique intentée à charge d’une personne
ayant commis une infraction déterminée n’est pas subordonnée à la
condition que d’autres personnes, qui auraient commis une infraction
similaire dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, soient
poursuivies comme la première.
L’arrêt considère notamment qu’il appartient au ministère public de
juger de l’opportunité des poursuites.
Par cette considération les juges d’appel ont répondu aux conclusions
des demandeurs et légalement justifié leur décision.
Le moyen ne peut être accueilli.
Le contrôle d’office
Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été
observées et les décisions sont conformes à la loi.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1071 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 282 - 29.4.15 PASICRISIE BELGE 1071
B. En tant que les pourvois sont dirigés contre la décision rendue sur la me-
sure de réparation sollicitée par le défendeur
Sur le deuxième moyen
Quant à la première branche
Le moyen invoque la violation de l’article 4 de la loi du 17 avril 1878
contenant le titre préliminaire du Code de procédure pénale, en ce que
les juges d’appel ont décidé que les intérêts défendus par la commune
ne sont pas, dans l’exercice de l’action en réparation, des intérêts civils
au sens de cette disposition et, en ce que, pour ce motif, ils ont examiné
cette demande alors qu’une procédure est pendante entre les mêmes
parties devant le tribunal civil.
Contrairement aux dommages-intérêts, la mesure de remise en état
ne vise pas l’indemnisation d’un dommage causé à des intérêts privés,
mais tend à rendre non avenues, dans l’intérêt général, les consé-
quences de l’infraction.
Par ailleurs, la maxime Electa una via, dont le moyen accuse égale-
ment la violation, n’est pas un principe général du droit.
Soutenant le contraire, le moyen manque en droit.
Quant à la seconde branche :
La décision du juge pénal ordonnant au prévenu, à la demande de la
commune, de procéder à la remise en état des lieux ou de cesser l’usage
contraire, ne constitue pas une peine au sens du droit belge mais une
mesure de nature civile, même si elle ressortit à l’action publique.
L’article 211bis du Code d’instruction criminelle n’est pas applicable à
la décision qui confirme la peine et ajoute une mesure de rétablisse-
ment.
La remise en état ne constituant pas une deuxième condamnation pé-
nale pour le même fait, le juge qui prononce une telle mesure ne saurait
méconnaître le principe général non bis in idem.
Le moyen manque en droit.
Le contrôle d’office
Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été
observées et la décision est conforme à la loi
Par ces motifs, la Cour rejette les pourvois ;
Condamne chacun des demandeurs aux frais de son pourvoi.
Du 29 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. de Codt, premier président. —
Rapp. M. Steffens. — Concl. conf. M. Loop, avocat général. —
Pl. M. Carlier, du barreau du Brabant wallon, Mme Knaepen et
M. Joassart, du barreau de Bruxelles.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1072 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1072 PASICRISIE BELGE 29.4.15 - N° 283
N° 283
2e CH. — 29 avril 2015
(RG P.15.0148.F)
APPEL. — MATIÈRE RÉPRESSIVE (Y COMPRIS DOUANES ET ACCISES).
— EFFETS. COMPÉTENCE DU JUGE. — COMPÉTENCE DU JUGE. — JUGE D’APPEL
SAISI DU SEUL RECOURS DE LA PARTIE CIVILE. — COMPÉTENCE. — ÉTENDUE.
Saisi par le seul recours de la partie civile, le juge d’appel a le droit d’examiner
si le fait existe, s’il doit être qualifié délit, s’il faut l’imputer au prévenu et
s’il a causé un dommage ; il a ce droit d’examen par cela seul qu’il est com-
pétent pour statuer sur l’action civile et qu’à cette fin, il est nécessaire qu’il
puisse apprécier tous les éléments susceptibles de concourir à sa décision ;
pourvu que le juge d’appel se renferme dans le cercle de l’action civile dont
il est seulement saisi, ses pouvoirs ne peuvent être restreints ; il en résulte
que, quant à l’appréciation du fait dommageable et de la somme nécessaire
pour le réparer, le juge d’appel n’est pas lié, sous réserve de l’effet relatif du
recours, par l’appréciation du premier juge, passée en force de chose jugée en
ce qui concerne la culpabilité du prévenu et la criminalité du fait (1).
(D. C. K. ET CRTS)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 24 décembre 2014 par la
cour d’appel de Liège, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque un moyen dans un mémoire annexé au présent
arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Françoise Roggen a fait rapport.
L’avocat général Raymond Loop a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
1. Le tribunal correctionnel a condamné les défendeurs du chef de vol
qualifié d’une somme de trente mille euros au préjudice du demandeur.
Au civil, toutefois, le jugement entrepris n’a alloué que dix mille euros
au titre de l’indemnisation due à celui-ci.
Saisie par le seul appel de la partie civile, la cour d’appel a annulé le
jugement en ce qu’il statue au civil sur sa réclamation. Elle a déclaré
les faits de la prévention établis à concurrence de dix mille euros et a
condamné les prévenus à verser cette somme au plaignant.
2. Le demandeur fait valoir qu’en statuant comme dit ci-dessus, l’ar-
rêt viole l’article 4 du titre préliminaire du Code de procédure pénale
ainsi que l’autorité, sur l’action civile, de la chose jugée au pénal. Il
soutient qu’en raison de l’acquiescement des autres parties quant à la
(1) F. HÉLIE, Traité de l’instruction criminelle, t. III, Bruxelles, 1869, p. 3313, n° 4493.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1073 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 284 - 29.4.15 PASICRISIE BELGE 1073
décision sur l’action publique, le juge d’appel ne pouvait plus modifier
le montant repris dans la prévention déclarée établie par le tribunal.
3. L’article 4 du titre préliminaire ne concerne pas les pouvoirs du
juge d’appel quant à l’appréciation du fait dommageable.
4. Saisi par le seul recours de la partie civile, le juge d’appel a le droit
d’examiner si le fait existe, s’il doit être qualifié délit, s’il faut l’impu-
ter au prévenu et s’il a causé un dommage. Il a ce droit d’examen par
cela seul qu’il est compétent pour statuer sur l’action civile et qu’à
cette fin, il est nécessaire qu’il puisse apprécier tous les éléments sus-
ceptibles de concourir à sa décision.
Pourvu que le juge d’appel se renferme dans le cercle de l’action civile
dont il est seulement saisi, ses pouvoirs ne peuvent être restreints.
Il en résulte que, quant à l’appréciation du fait dommageable et de la
somme nécessaire pour le réparer, le juge d’appel n’est pas lié, sous ré-
serve de l’effet relatif du recours, par l’appréciation du premier juge,
passée en force de chose jugée en ce qui concerne la culpabilité du pré-
venu et la criminalité du fait.
Soutenant le contraire, le moyen manque en droit.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Du 29 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. de Codt, premier président. —
Rapp. Mme Roggen. — Concl. conf. M. Loop, avocat général. —
Pl. M. Lejeune, du barreau de Liège.
N° 284
2e CH. — 29 avril 2015
(RG P.15.0158.F)
1° OPPOSITION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PUBLIQUE. — DÉCI-
SION PAR DÉFAUT. — OPPOSITION. — EXPLOIT. — EXPLOIT D’HUISSIER DE JUS-
TICE. — SIGNIFICATION AU MINISTÈRE PUBLIC. — MINISTÈRE PUBLIC. — NOTION.
2° SIGNIFICATIONS ET NOTIFICATIONS. — EXPLOIT. — MATIÈRE RÉPRES-
SIVE. — ACTION PUBLIQUE. — DÉCISION PAR DÉFAUT. — OPPOSITION. — EXPLOIT
D’HUISSIER DE JUSTICE. — SIGNIFICATION AU MINISTÈRE PUBLIC. — MINISTÈRE
PUBLIC. — NOTION.
3° MINISTÈRE PUBLIC. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PUBLIQUE. —
DÉCISION PAR DÉFAUT. — OPPOSITION. — EXPLOIT. — EXPLOIT D’HUISSIER DE
JUSTICE. — SIGNIFICATION AU MINISTÈRE PUBLIC. — MINISTÈRE PUBLIC. — NO-
TION.
4° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — DROIT À UN PROCÈS ÉQUITABLE. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. —
ACTION PUBLIQUE EXERCÉE PAR L’AUDITEUR DU TRAVAIL. — DÉCISION PAR DÉ-
FAUT. — OPPOSITION. — SIGNIFICATION À L’AUDITEUR DU TRAVAIL. — OBLIGA-
TION. — DROIT À UN RECOURS EFFECTIF.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1074 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1074 PASICRISIE BELGE 29.4.15 - N° 284
5° OPPOSITION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — ACTION PUBLIQUE EXERCÉE
PAR L’AUDITEUR DU TRAVAIL. — DÉCISION PAR DÉFAUT. — OPPOSITION. — SI-
GNIFICATION À L’AUDITEUR DU TRAVAIL. — OBLIGATION. — DROITS DE L’HOMME.
— DROIT À UN RECOURS EFFECTIF.
6° OPPOSITION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — RECEVABILITÉ. — SIGNIFICA-
TION AU PROCUREUR DU ROI AU LIEU DE L’AUDITEUR DU TRAVAIL. — FORCE MA-
JEURE. — NOTION.
7° DROITS DE L’HOMME. — CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS
DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES. — ARTICLE 6. —
ARTICLE 6, § 1er. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DÉCISION PAR DÉFAUT. — OPPOSI-
TION. — OPPOSANT REPRÉSENTÉ PAR UN AVOCAT POUR LA MISE EN ŒUVRE DE
L’OPPOSITION. — NON-RESPECT DES FORMES DU RECOURS. — IRRECEVABILITÉ. —
NON-ADMISSION DE L’EXCEPTION DE FORCE MAJEURE. — DROIT À UN PROCÈS
ÉQUITABLE.
8° OPPOSITION. — MATIÈRE RÉPRESSIVE. — DÉCISION PAR DÉFAUT. — OP-
POSANT REPRÉSENTÉ PAR UN AVOCAT POUR LA MISE EN ŒUVRE DE L’OPPOSITION.
— NON-RESPECT DES FORMES DU RECOURS. — IRRECEVABILITÉ. — NON-ADMIS-
SION DE L’EXCEPTION DE FORCE MAJEURE. — DROIT À UN PROCÈS ÉQUITABLE.
9° APPRÉCIATION SOUVERAINE PAR LE JUGE DU FOND. — MATIÈRE
RÉPRESSIVE. — FORCE MAJEURE. — APPRÉCIATION EN FAIT. — LIMITES.
10° PRINCIPES GÉNÉRAUX DU DROIT. — PRINCIPE DE PROPORTIONNA-
LITÉ. — MATIÈRE RÉPRESSIVE.
1°, 2° et 3° L’opposition contre la décision qui statue par défaut sur l’action
publique doit être signifiée au ministère public qui a exercé l’action pu-
blique (1). (C.I.cr., art. 187)
4° et 5° Prescrite dans un but de sécurité juridique et de bonne administration
de la justice, l’obligation de former opposition entre les mains de l’auditeur
du travail lorsque celui-ci exerce l’action publique ne prive pas le justiciable
du droit d’exercer un recours effectif contre une décision susceptible de léser
ses droits. (Conv. D.H., art. 6, § 1er ; C.I.cr., art. 187)
6° Sauf le cas de force majeure, l’opposition signifiée au procureur du Roi
alors qu’elle aurait dû l’être à l’auditeur du travail, est irrecevable ; la force
majeure ne peut résulter que d’une circonstance indépendante de la volonté
du demandeur et que cette volonté n’a pu ni prévoir ni conjurer (2). (C.I.cr.,
art. 187)
(1) Voy. Cass. 28 avril 1993, RG P.93.0015.F, Pas. 1993, I, n° 205 ; H.D. BOSLY,
D. VANDERMEERSCH et M.-A. BEERNAERT, Droit de la procédure pénale, 6e éd., Bruxelles,
La Charte, 2010, p. 1193.
(2) Voy. Cass. 8 novembre 2006, RG P.06.0488.F, Pas. 2006, n° 545, R.D.P.C. 2007, p. 280 ;
Cass. 27 avril 2010, RG P.09.1847.N, Pas. 2010, n° 285 ; Cass. 9 novembre 2011, RG
P.11.1027.F, Pas. 2011, n° 607, avec concl. de M. VANDERMEERSCH, avocat général ;
M.-A. BEERNAERT, H.D. BOSLY et D. VANDERMEERSCH, Droit de la procédure pénale, t. 2,
Bruges, La Charte, 2014, pp. 1357-1359 ; O. MICHIELS, L’opposition en matière pénale, coll.
Les Dossiers du Journal des Tribunaux, n° 47, Bruxelles, Larcier, 2004, pp. 51-54, n° 32.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1075 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 284 - 29.4.15 PASICRISIE BELGE 1075
7° et 8° Lorsque l’opposition de la personne condamnée par défaut mais repré-
sentée par un avocat pour la mise en œuvre de ce recours ne respecte pas les
formes prévues par la loi, il ne saurait se déduire une violation de l’article 6,
§ 1er, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales du seul fait que le juge n’admet pas l’exception de force ma-
jeure (1). (Conv. D.H., art. 6, § 1er ; C.I.cr., art. 187)
9° Le juge apprécie souverainement les faits dont il déduit l’existence ou non
d’un cas de force majeure, la Cour se bornant à vérifier si, de ses constata-
tions, il a pu légalement déduire cette décision (2).
10° En matière répressive, la proportionnalité n’est pas élevée au rang de prin-
cipe général du droit (3).
(Z.)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi est dirigé contre un arrêt rendu le 8 janvier 2015 par la
cour d’appel de Liège, chambre correctionnelle.
Le demandeur invoque deux moyens dans un mémoire annexé au pré-
sent arrêt, en copie certifiée conforme.
Le conseiller Benoît Dejemeppe a fait rapport.
L’avocat général Raymond Loop a conclu.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
Le moyen reproche à l’arrêt de déclarer l’opposition du demandeur ir-
recevable en refusant d’admettre le cas de force majeure résultant de
l’erreur de l’huissier de justice qui avait signifié l’exploit d’opposition
au procureur du Roi et non à l’auditeur du travail. Le demandeur sou-
tient que cette décision le prive du droit d’accès à un tribunal garanti
par l’article 6.1 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales.
L’article 187 du Code d’instruction criminelle prévoit que l’opposi-
tion contre la décision qui statue par défaut sur l’action publique doit
être signifiée au ministère public. Le ministère public s’entend de celui
qui a exercé l’action publique.
Ainsi que l’arrêt le relève, prescrite dans un but de sécurité juridique
et de bonne administration de la justice, l’obligation de former opposi-
tion entre les mains de l’auditeur du travail lorsque celui-ci exerce l’ac-
(1) Voy. C.E.D.H. 1er mars 2011, aff. Faniel c. Belgique, J.T. 2011, p. 562.
(2) Voy. Cass. 8 novembre 2006, RG P.06.0488.F, Pas. 2006, n° 545 ; B. DE SMET,
« Overmacht als factor voor de verlenging van de verzettermijn », note sous Cass.
27 avril 2010, R.W. 2010-2011, p. 1476.
(3) Cass. 1er février 1995, RG P.94.1545.F, Pas. 1995, I, n° 62 ; A. BOSSUYT, « Les prin-
cipes généraux du droit », J.T. 2005, p. 734, n° 53.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1076 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1076 PASICRISIE BELGE 29.4.15 - N° 284
tion publique ne prive pas le justiciable du droit d’exercer un recours
effectif contre une décision susceptible de léser ses droits.
Sauf le cas de force majeure, l’opposition signifiée au procureur du
Roi alors qu’elle aurait dû l’être à l’auditeur du travail, est irrecevable.
La force majeure ne peut résulter que d’une circonstance indépendante
de la volonté du demandeur et que cette volonté n’a pu ni prévoir ni
conjurer.
Lorsque l’opposition de la personne condamnée par défaut mais repré-
sentée par un avocat pour la mise en œuvre de ce recours ne respecte
pas les formes prévues par la loi, il ne saurait se déduire une violation
de l’article 6.1 de la Convention du seul fait que le juge n’admet pas
l’exception de force majeure.
Le juge apprécie souverainement les faits dont il déduit l’existence
ou non d’un cas de force majeure, la Cour se bornant à vérifier si, de ses
constatations, il a pu légalement déduire cette décision.
L’arrêt énonce d’abord que la décision rendue par défaut a été signi-
fiée à la requête de l’auditeur du travail et que le demandeur, assisté
d’un professionnel du droit, pouvait à simple lecture connaître l’iden-
tité de la partie poursuivante. La cour d’appel a ensuite considéré que
le conseil du demandeur avait mandaté l’huissier de justice de former
opposition sans autre précision sur le destinataire de la signification
de ce recours et que l’huissier ne semblait pas davantage s’être enquis
à ce propos.
Dans la mesure où il critique l’appréciation en fait des juges d’appel
ou exige pour son examen une vérification d’éléments de fait, pour la-
quelle la Cour est sans pouvoir, le moyen est irrecevable.
Par les considérations précitées qui ne violent pas l’article 6.1 de la
Convention, la cour d’appel a pu légalement décider que le demandeur
ne s’était pas trouvé dans une situation qu’il était impossible de pré-
voir ou de conjurer.
À cet égard, le moyen ne peut être accueilli.
Sur le second moyen
En matière répressive, la proportionnalité n’est pas élevée au rang de
principe général du droit.
Revenant à soutenir le contraire, le moyen manque en droit.
Le contrôle d’office
Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été
observées et la décision est conforme à la loi.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne le demandeur aux frais.
Lesdits frais taxés à la somme de quatre-vingt-sept euros cinquante
et un centimes dus.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1077 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 285 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1077
Du 29 avril 2015. — 2e ch. — Prés. M. de Codt, premier président. —
Rapp. M. Dejemeppe. — Concl. conf. M. Loop, avocat général. —
Pl. M. Delwaide, du barreau de Liège.
N° 285
1re CH. — 30 avril 2015
(RG C.12.0637.F)
1° RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — FAIT. — FAUTE. — ÉTAT. — POU-
VOIR LÉGISLATIF. — NORME MÉCONNAISSANT UNE NORME DE DROIT COMMUNAU-
TAIRE.
2° POUVOIRS. — POUVOIR LÉGISLATIF. — RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT.
— FAIT. — FAUTE. — ÉTAT. — POUVOIR LÉGISLATIF. — NORME MÉCONNAISSANT
UNE NORME DE DROIT COMMUNAUTAIRE.
3° ENSEIGNEMENT. — ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE. — RESSORTIS-
SANT D’UN ÉTAT MEMBRE DE L’UE. — DROITS D’INSCRIPTION COMPLÉMENTAIRE.
— NORME MÉCONNAISSANT UNE NORME DE DROIT COMMUNAUTAIRE. — DEMANDE
DE REMBOURSEMENT. — RESPONSABILITÉ HORS CONTRAT. — FAIT. — FAUTE. —
ÉTAT. — POUVOIR LÉGISLATIF.
4° COMMUNAUTÉ ET REGION. — PROCÉDURES JUDICIAIRES EN COURS.
— SUCCESSION DES RÉGIONS ET COMMUNAUTÉS À L’ÉTAT. — QUALIFICATION JU-
RIDIQUE. — EFFET.
5° COMMUNAUTÉ ET REGION. — PROCÉDURES JUDICIAIRES EN COURS.
— SUCCESSION DES RÉGIONS ET COMMUNAUTÉS À L’ÉTAT. — QUALIFICATION JU-
RIDIQUE. — EFFET SUR LA PRESCRIPTION.
6° PRESCRIPTION. — MATIÈRE CIVILE. — GÉNÉRALITÉS. — SUCCESSION DES
RÉGIONS ET COMMUNAUTÉS À L’ÉTAT. — PROCÉDURES JUDICIAIRES EN COURS.
1°, 2° et 3° Sous réserve de l’existence d’une erreur invincible ou d’une autre
cause d’exonération de la responsabilité, le législateur commet une faute
lorsqu’il prend une réglementation qui méconnaît une norme de droit com-
munautaire lui imposant de s’abstenir d’agir de manière déterminée, de sorte
qu’il engage sa responsabilité civile si cette faute est cause d’un dom-
mage (1). (C. civ., art. 1382)
4° La succession des régions et des communautés à l’État dans les procédures
judiciaires en cours est une novation légale par changement de débiteur qui
a pour effet de faire disparaître l’obligation ancienne et d’y substituer une
obligation nouvelle (2). (L. spéciale du 16 janvier 1989, art. 61, § 1er, al. 1er)
5° et 6° En cas de succession des régions et des communautés à l’État dans les
procédures judiciaires en cours, qui est une novation par changement de dé-
biteur, la prescription est réglée suivant les principes applicables à la nou-
velle obligation (3). (L. spéciale du 16 janvier 1989, art. 61, § 1er, al. 1er)
(1) Voy. les concl. du M.P.
(2) Id.
(3) Id.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1078 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1078 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 285
(UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES C. S. ET CRTS)
Conclusions de M. l’avocat général Th. Werquin :
(…)
II. Le moyen en sa première branche
A. Principes
1. D’après le droit commun des articles 1382 et suivants du Code civil,
la faute extracontractuelle est susceptible de se présenter sous deux as-
pects.
Ou bien, c’est un acte ou une abstention qui méconnaît une norme de
droit international ayant des effets directs dans l’ordre juridique natio-
nal. A des effets directs dans l’ordre juridique national, la norme claire
du traité, juridiquement complète, qui impose aux États contractants,
soit de s’abstenir, soit d’agir de manière déterminée, et qui est suscep-
tible d’être invoquée comme source d’un droit propre par les personnes
relevant de la juridiction de ces États ou de soumettre des personnes à
des obligations) ou une norme de droit interne imposant à des sujets de
droit de s’abstenir ou d’agir de manière déterminée. La seule réserve est
la cause d’exonération de responsabilité : il n’y a pas faute et, partant,
pas de responsabilité lorsque le dommage doit être attribué uniquement
à une cause étrangère. Tel est le cas notamment lorsque le dommage est
imputable à l’erreur de droit assimilable à la force majeure, c’est-à-dire
à l’erreur invincible. Si le fait de transgresser une règle de droit impo-
sant de s’abstenir ou d’agir d’une manière déterminée est en soi consti-
tutif de faute, cette violation de la règle de droit ne saurait être
considérée comme une faute lorsqu’elle procède d’une erreur de droit in-
vincible ou qu’il existe une autre cause d’exonération de responsabili-
té (1).
Ou bien, c’est un acte ou une abstention qui, sans constituer un man-
quement à de telles normes, s’analyse en une erreur de conduite, laquelle
doit être appréciée suivant le critère d’une personne normalement soi-
gneuse et prudente, placée dans les mêmes conditions (2).
Cette distinction correspond à celle qui différencie l’obligation de ré-
sultat de l’obligation de moyens (3).
2. Toute personne de droit public, à l’instar du citoyen, est soumise à
l’obligation imposée par l’article 1382 du Code civil de réparer le dom-
mage causé par sa faute.
S’agissant de l’autorité administrative, la jurisprudence de la Cour est
fixée en ce sens que la faute de celle-ci consiste en un comportement qui,
ou bien s’analyse en une erreur de conduite devant être appréciée sui-
vant le critère de l’autorité normalement soigneuse et prudente, placée
dans les mêmes conditions, ou bien, sous réserve d’une erreur invincible
(1) J. VELU, concl. précéd. Cass. 13 mai 1982, Pas. 1982, I, p. 1057, n° 19.
(2) J. VELU, op. cit., n° 19.
(3) J. VELU, op. cit., n° 19.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1079 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 285 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1079
ou d’une autre cause de justification, viole une norme de droit national
ou d’un traité international ayant des effets dans l’ordre juridique in-
terne, imposant à cette autorité de s’abstenir ou d’agir d’une manière
déterminée (1).
De même, aucune disposition légale ou constitutionnelle n’exonère le
pouvoir législatif, dans l’exercice de sa mission, des obligations conte-
nues dans les articles 1382 et 1383 du Code civil de réparer le dommage
causé à autrui par sa faute (2).
3. Le législateur peut se voir imputer, non seulement des fautes posi-
tives, mais aussi des carences fautives, dès le moment où son action ou
son abstention méconnaît une norme supérieure (3).
a. La Cour de Justice de l’Union européenne a décidé que les États
membres doivent organiser une régime de responsabilité civile appli-
cable lorsqu’ils méconnaissent une norme de droit communautaire (4).
La Cour de justice a entrepris de définir de plus en plus précisément un
fond commun à tous les États membres garantissant a minima aux jus-
ticiables des conditions uniformes d’ouverture du droit à réparation (5).
La Cour de justice, rappelant que « les conditions, de fond et de forme,
fixées par diverses législations en matière de réparation des dommages
ne sauraient être moins favorables que celles qui concernent des récla-
mations semblables de nature interne et ne sauraient être aménagées de
manière à rendre pratiquement impossible ou excessivement difficile
l’obtention de la réparation », a entendu placer le régime de réparation
des dommages subis par les justiciables du fait des violations étatiques
de la norme communautaire sous la protection des principes d’équiva-
lence et d’effectivité, limitant ainsi de facto l’autonomie procédurale
des États membres par ailleurs affirmée (6).
(1) Cass. 21 décembre 2007, Pas. 2007, n° 661, avec les concl. du M.P. ; sur la notion
d’erreur de droit, Cass. 23 septembre 2010, Pas. 2010, n° 544 ; D. RENDERS, « Erreur de
droit invincible et état du droit incertain : à propos de la responsabilité civile de
l’administration », J.T. 2011, p. 381 ; Cass. 8 février 2008, Pas. 2008, n° 96 ; D. RENDERS,
« De l’erreur inaccessible à l’erreur inadmissible, en passant par l’erreur invincible »,
J.T. 2008, p. 571 ; P. VAN OMMESLAGHE, « La responsabilité de l’État appliquée au pou-
voir législatif », Adm. publ. 2012, p. 9.
(2) B. DUBUISSON, V. CALLEWAERT, B. DE CONINCK et G. GATHEM, La responsabilité
civile. Chronique de jurisprudence 1996-2007, vol. 1, Le fait générateur et le lien causal, in
Les dossiers du Journal des Tribunaux, Bruxelles, Larcier, 2009, p. 631 ; Cass.
28 septembre 2006, Pas. 2006, n° 445, avec les concl. du M.P.
(3) Concl. du M.P. précéd. Cass. 21 décembre 2007, Pas. 2007, n° 661 et les réf. cit. ;
E. DE KEZEL, « Het risico op aansprakelijkheid van de overheid voor fouten van de
wetgever », R.W. 2009-2010, p. 130 ; J. WILDEMEERSCH, « La responsabilité des pouvoirs
publics : valse à trois temps sur un air de 1382 », in Droit de la responsabilité, CUP,
vol. 107, 2008, p. 268 ; S. VAN DROOGHENBROECK, « Arriéré judiciaire et responsabilité de
l’État-législateur : dissiper les malentendus et les faux espoirs », R.C.J.B. 2007, p. 367 ;
R. ERGEC, « Quelques doutes sur la soumission du législateur au droit commun de la
responsabilité civile », J.T. 2007, p. 440.
(4) P. VAN OMMESLAGHE, Droit des obligations, t. 2, Bruxelles, Bruylant, 2010, p. 1255.
(5) Concl. du M.P. précéd. Cass. 23 juin 2008, Pas. 2008, n° 389, et les réf. cit.
(6) Concl. du M.P. précéd. Cass. 23 juin 2008, Pas. 2008, n° 389, et les réf. cit.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1080 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1080 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 285
La Cour de justice a précisé les conditions de la responsabilité de l’État
comme suit : lorsqu’une violation du droit communautaire par un État
membre est imputable à un législateur national agissant dans un do-
maine où il dispose d’une large marge d’appréciation pour opérer des
choix normatifs, les particuliers ont droit à réparation dès lors que la
règle de droit communautaire violée a pour objet de leur conférer des
droits, que la violation est suffisamment caractérisée et qu’il existe un
lien de causalité direct entre cette violation et le préjudice subi par les
particuliers (1).
Ces conditions fixées par la Cour de justice étant supplétives, elles ne
s’appliqueront toutefois que si le droit national ne prévoit pas de règles
plus favorables au profit de la victime. Tel est bien le cas en Belgique
dans la mesure où la faute requise pour appliquer l’article 1382 du Code
civil ne doit pas consister dans une violation « suffisamment
caractérisée » de la norme communautaire en cause (2).
Dans un arrêt du 14 janvier 2000 (3), après avoir relevé que l’arrêt atta-
qué a considéré que, même si le règlement élaboré par l’autorité admi-
nistrative était contraire au traité instituant la Communauté
économique européenne, le droit à indemnité requiert que la violation
soit suffisamment caractérisée, sérieuse et manifeste et que, pour consi-
dérer qu’une violation du droit communautaire est suffisamment carac-
térisée, le critère décisif est celui de la méconnaissance manifeste de ce
droit par l’État membre, la Cour a considéré que l’arrêt attaqué viole les
articles 1382 et 1383 du Code civil en décidant que l’illégalité commise ne
constitue pas une faute alors qu’il ne résulte pas de ses motifs qu’il au-
rait retenu une cause d’exonération de responsabilité.
La Cour, qui a rappelé la règle que, sous réserve de l’existence d’une
erreur invincible ou d’une autre cause d’exonération de responsabilité,
l’autorité administrative commet une faute lorsqu’elle prend ou ap-
prouve un règlement qui méconnaît soit une disposition de droit inter-
national ayant des effets directs dans l’ordre juridique interne, soit des
règles constitutionnelles ou légales lui imposant de s’abstenir ou d’agir
de manière déterminée, de sorte qu’elle engage sa responsabilité civile si
cette faute est cause d’un dommage, applique ainsi le principe d’identité
entre l’illégalité et la faute ayant cours en droit commun (4).
La juridiction saisie peut constater la violation de règles de droit eu-
ropéen, sans qu’une telle constatation ait été faite préalablement par les
juridictions européennes. Il se peut néanmoins qu’une question préjudi-
cielle soit posée à la Cour de justice sur l’interprétation de la règle com-
munautaire en cause (5).
(1) B. DUBUISSON, V. CALLEWAERT, B. DE CONINCK et G. GATHEM, op. cit., p. 643.
(2) B. DUBUISSON, V. CALLEWAERT, B. DE CONINCK et G. GATHEM, op. cit., p. 643 ;
P. VAN OMMESLAGHE, Droit des obligations, t. 2, op. cit., p. 1256 ; A. VAN OEVELEN, « De
aansprakelijkheid van de Staat voor schade veroorzaakt door regelgeving in strijd met
het Europese Gemeenschapsrecht : voorrang voor de ten aanzien van de benadeelde
gunstiger internrechtelijke regeling », R.W. 2001-2002, p. 1099.
(3) Cass. 14 janvier 2000, Pas. n° 33.
(4) B. DUBUISSON, V. CALLEWAERT, B. DE CONINCK et G. GATHEM, op. cit., p. 643.
(5) P. VAN OMMESLAGHE, Droit des obligations, t. 2, op. cit., p. 1257.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1081 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 285 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1081
Dans cette hypothèse, la décision de la Cour de justice que le législa-
teur a violé une norme de droit communautaire suffit à la juridiction
saisie pour décider que ce manquement constitue une faute ; il lui faut
cependant encore examiner si cette faute peut lui être imputée, ce qui
requiert l’analyse de l’absence éventuelle d’une cause d’exonération de
la responsabilité du législateur (1).
b. Toute Constitution est porteuse de règles de conduite, c’est-à-dire
de normes imposant des modèles comportementaux. La plupart de ces
normes s’adressent à des institutions publiques. Les modèles imposés
par la Constitution sont de deux ordres, selon qu’ils prescrivent une obli-
gation d’abstention ou une obligation d’action (2).
Lorsque la norme supérieure est tirée de la Constitution, l’obligation
d’un constat préalable d’inconstitutionnalité par la Cour constitution-
nelle ne souffre aucune contestation possible : elle résulte de l’incom-
pétence des cours et tribunaux d’effectuer eux-mêmes un tel
constat (3).
Il est indifférent que le constat d’inconstitutionnalité de la Cour
constitutionnelle l’ait été sur recours en annulation ou sur renvoi préju-
diciel, dès le moment où il est formulé clairement dans le dispositif de
l’arrêt. Le cas échéant, il entraîne ipso facto l’existence d’un comporte-
ment fautif. Il y a place, en effet, pour une théorie de l’unité entre in-
constitutionnalité législative et faute civile. Qu’il soit reproché au
législateur d’avoir adopté une loi prohibée par une norme supérieure ou
de ne pas avoir adopté une loi prescrite par une norme supérieure, dans
les deux cas, la faute naît de la constatation de la violation, sauf l’exis-
tence d’une cause de justification (4).
Lorsque, suite à une question préjudicielle portant sur la compatibili-
té avec les articles 10 et 11 de la Constitution d’une disposition légale, la
Cour constitutionnelle répond que celle-ci viole ces articles, l’arrêt de la
Cour constitutionnelle aura nécessairement pour effet, en cas de de-
mande en réparation judiciaire du dommage causé par l’application par
l’autorité administrative de la disposition incriminée, de faire perdre au
juge sa totale liberté d’appréciation quant à l’existence de la violation
des articles précités, partant, d’une faute (5).
Il s’ensuit que, lorsque la Cour constitutionnelle décide que le législa-
teur a violé une règle constitutionnelle lui imposant de s’abstenir ou
d’agir de manière déterminée, le juge, qui est lié par cette décision, ne
peut que constater que ce manquement constitue une faute, mais il ne
(1) P. VAN OMMESLAGHE, « La responsabilité de l’État appliquée au pouvoir
législatif », Adm. publ. 2012, p. 17.
(2) Concl. du M.P. précéd. Cass. 21 décembre 2007, Pas. 2007, n° 661 et les réf. cit.
(3) A. ALEN, « La responsabilité des pouvoirs publics pour les fautes du législateur »,
J.T. 2008, p. 100.
(4) Concl. du M.P. précéd. Cass. 21 décembre 2007, Pas. 2007, n° 661 et les réf. cit. ;
P. VAN OMMESLAGHE, « La responsabilité de l’État appliquée au pouvoir législatif »,
Adm. publ. 2012, p. 20.
(5) Concl. du M.P. précéd. Cass. 21 décembre 2007, Pas. 2007, n° 661 et les réf. cit.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1082 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1082 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 285
pourra imputer cette faute au législateur qu’en l’absence d’une erreur
invincible ou d’une autre cause d’exonération de responsabilité (1).
C’est, dès lors, à tort, que la Cour, dans un arrêt du 10 septembre
2010 (2), partant de la négation de l’identité entre illicéité et faute, a
considéré que, lorsque le législateur commet une intervention fautive ou
omet fautivement d’intervenir, le juge doit examiner s’il a agi comme le
ferait un législateur normalement prudent et diligent, que la décision
prise par la Cour constitutionnelle dans le cadre d’une question préjudi-
cielle qu’une disposition légale est contraire aux articles 10 et 11 de la
Constitution n’implique pas encore qu’il est établi que le législateur a
commis une faute au sens de l’article 1382 du Code civil, que la responsa-
bilité du législateur pour avoir adopté une législation fautive requiert
une appréciation propre du juge saisi de la demande de condamner l’État
sur la base d’un acte illicite, que le simple renvoi à un arrêt de la Cour
constitutionnelle qui a décelé lors d’une question préjudicielle une
contrariété entre la loi et la Constitution sur la base de l’état du droit
au moment où elle a statué, ne suffit pas comme appréciation propre et
que la constatation par cette cour qu’une disposition est contraire à la
Constitution ne signifie pas nécessairement que le comportement fautif
du législateur est établi.
Les juridictions ne peuvent écarter la faute du pouvoir législatif que
dans l’hypothèse où celui-ci pourrait invoquer une cause d’exonération.
En l’absence d’une quelconque intervention législative dérogatoire,
l’appréciation de la faute de l’État-législateur doit procéder de la mise
en œuvre des principes généraux définissant l’acte fautif au sens des
articles 1382 et 1383 du Code civil (3).
En effet, on n’aperçoit pas comment, sur le fondement de dispositions
identiques, on pourrait justifier des régimes de responsabilité de l’État-
législateur à géométrie variable, dont le degré de sévérité serait unique-
ment fonction de la source formelle de la règle supra-législative à la-
quelle il a été contrevenu (4).
(1) P. VAN OMMESLAGHE, Droit des obligations, t. 2, op. cit., p. 1253 ; A. VAN OEVELEN,
« De aansprakelijkheid van de Staat, de Gewesten en de Gemeenschappen voor onre-
chtmatige wetgeving », T.V.W. 2006, p. 411. À propos d’une décision administrative
annulée par un arrêt du Conseil d’État : Cass. 21 décembre 2001, Pas. 2001, n° 719 :
lorsqu’une juridiction de l’ordre judiciaire est valablement saisie sur la base des
articles 1382 et 1383 du Code civil d’une demande en responsabilité fondée sur l’excès de
pouvoir résultant de la méconnaissance par l’autorité administrative des règles consti-
tutionnelles ou légales lui imposant de s’abstenir ou d’agir d’une manière déterminée
et que cet excès de pouvoir a été sanctionné par l’annulation de l’acte administratif
par le Conseil d’État, la juridiction de l’ordre judiciaire doit nécessairement décider,
en raison de l’autorité de la chose jugée erga omnes qui s’attache à pareille décision
d’annulation, que l’autorité administrative, auteur de l’acte annulé, a commis une
faute et que cette faute donne lieu à réparation à la condition que le lien causal entre
l’excès de pouvoir et le dommage soit prouvé.
(2) Cass. 10 septembre 2010, Pas. 2010, n° 508.
(3) B. DUBUISSON et S. VAN DROOGHENBROECK, « Responsabilité de l’État-législateur :
la dernière pièce du puzzle ? », J.T. 2011, p. 802 ; A. VAN OEVELEN, « De aansprakeli-
jkheid van de Staat, de Gewesten en de Gemeenschappen voor onrechtmatige
wetgeving », T.V.W. 2006, pp. 409-410.
(4) B. DUBUISSON et S. VAN DROOGHENBROECK, « Responsabilité de l’État-législateur :
la dernière pièce du puzzle ? », J.T. 2011, p. 803.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1083 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
N° 285 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1083
En conséquence, il y a lieu de tenir pour fautif le comportement du lé-
gislateur qui, soit méconnaît une règle supra-législative lui imposant
d’agir ou de s’abstenir, sous réserve d’une erreur invincible ou d’une
autre cause d’exonération de responsabilité, soit, en l’absence d’une telle
règle, constitue une erreur de conduite que n’aurait pas commise un lé-
gislateur normalement prudent et diligent, placé dans les mêmes cir-
constances.
B. Application
L’article 1382 du Code civil dispose que tout fait quelconque de
l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute du-
quel il est arrivé, à le réparer.
Sous réserve de l’existence d’une erreur invincible ou d’une autre cause
d’exonération de responsabilité, le législateur commet une faute lors-
qu’il prend une règlementation qui méconnaît une norme de droit com-
munautaire lui imposant de s’abstenir ou d’agir de manière déterminée,
de sorte qu’elle engage sa responsabilité civile si cette faute est cause
d’un dommage.
L’arrêt attaqué constate que « les droits d’inscriptions litigieux ont
été déclarés contraires au traité par la Cour de justice ».
En considérant que « tant l’article 1382 du Code civil que la jurispru-
dence européenne commandent de vérifier si (le deuxième défendeur) a
commis une faute (…) (en) méconn(aissant) une obligation de résultat
que lui imposait le traité sans pouvoir exciper d’une erreur invincible ou
d’une autre cause de justification (…) », l’arrêt attaqué, qui ne constate
dès lors pas l’existence d’une faute engageant la responsabilité civile de
ce défendeur, justifie légalement sa décision que « la cour (d’appel) doit
vérifier si les éléments constitutifs de la responsabilité civile (du deu-
xième défendeur) sont réunis et justifient l’appel en intervention et ga-
rantie de (la demanderesse) », partant, que « la créance de (la
demanderesse) est encore incertaine à ce jour ».
Le moyen, en cette branche, ne peut être accueilli.
III. Le moyen, en sa seconde branche
L’article 61, § 1er, alinéa 1er, de la loi spéciale du 16 janvier 1989
consacre la succession des régions et des communautés à l’État dans les
procédures judiciaires en cours.
Il s’agit d’une novation légale par changement de débiteur.
La novation a pour effet de faire disparaître l’obligation ancienne et
d’y substituer une obligation nouvelle.
La prescription est, dès lors, réglée suivant les principes applicables à
la nouvelle obligation.
L’arrêt constate qu’« à partir du 1er janvier 1989, les Communautés suc-
cèdent aux droits et obligations de l’État relatifs aux compétences en
matière d’enseignement qui leur sont transférées par la Constitution »,
que « (la défenderesse) (était) partie au litige en sa qualité de successeur
(du deuxième défendeur) » et que la demanderesse « a dirigé son appel en
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1084 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 285
garantie contre la troisième défenderesse (…) par conclusions du 29 juin
2005 ».
L’arrêt relève que « le délai de prescription (est) de cinq ans » et que
« la prescription (…) de la créance indemnitaire de (la demanderesse)
contre (le deuxième défendeur) a (…) pris cours le 1er janvier 1988 ».
L’arrêt considère que « la succession de la (troisième défenderesse) au
(deuxième défendeur) s’analyse comme une novation par changement de
débiteur », que, dès lors, « le 1er janvier 1989, l’obligation d’indemniser (la
demanderesse) s’est éteinte dans le chef (du deuxième défendeur) pour
faire place à une obligation nouvelle dans le chef de la (troisième
défenderesse) », et qu’« un nouveau délai de prescription quinquennale a
pris cours contre (troisième défenderesse) à partir du 1er janvier 1989 ».
Par ses énonciations, l’arrêt justifie légalement sa décision que
« (l’)action (de la demanderesse) contre la (troisième défenderesse) était
prescrite ».
Le moyen, en cette branche, ne peut être accueilli.
IV. Conclusion
Rejet du pourvoi.
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 22 mars 2012
par la cour d’appel de Bruxelles.
Le 14 avril 2015, l’avocat général Thierry Werquin a déposé des
conclusions au greffe.
Le conseiller Didier Batselé a fait rapport et l’avocat général Thierry
Werquin a été entendu en ses conclusions.
II. LE MOYEN DE CASSATION
La demanderesse présente un moyen libellé dans les termes suivants :
Dispositions légales violées
— articles 1382, 1383 et 2244 du Code civil ;
— article 61, spécialement § 1er, alinéa 6, de la loi spéciale du 16 janvier 1989
relative au financement des communautés et régions ;
— articles 1er et 2 de la loi du 6 février 1970 relative à la prescription des
créances à charge ou au profit de l’État et des provinces ;
— articles 100 et 101 de l’arrêté royal du 17 juillet 1991 portant coordination
des lois sur la comptabilité de l’État ;
— article 7 du Traité instituant la Communauté économique européenne, si-
gné à Rome le 25 mars 1957, devenu l’article 12 du Traité instituant la Commu-
nauté européenne, version consolidée en vertu du Traité d’Amsterdam signé le
2 octobre 1997, approuvé par la loi du 10 août 1998, et puis l’article 18 du Traité
sur le fonctionnement de l’Union européenne, version consolidée après le Traité
de Lisbonne, approuvé par la loi du 19 juin 2008, et, en tant que de besoin, l’en-
semble de ces dispositions.
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N° 285 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1085
Décisions et motifs critiqués
1. L’arrêt dit que « [le deuxième défendeur] doit être mis hors de cause et que
son appel principal est fondé », et que l’action de [la demanderesse] contre [la
défenderesse] est prescrite. L’arrêt « confirme les jugements entrepris des
[6] avril et 8 septembre 2006 en tant qu’ils reçoivent la demande originaire [du
premier défendeur], condamnant [la demanderesse] à [lui] payer la somme de
7.461,60 euros en principal, allouent des intérêts moratoires aux taux légaux sur
ce montant depuis la citation en ordonnant leur capitalisation les 27 décembre
2000 et 30 août 2005, et accordent les intérêts judiciaires jusqu’au parfait paye-
ment, et statuant à nouveau pour le surplus :
— condamne [la demanderesse] à payer en outre [au premier défendeur] la
somme de 4.065,47 euros en principal ;
— la condamne aux intérêts moratoires sur ce montant, échus aux taux lé-
gaux depuis la citation originaire, et ordonne la capitalisation de ces intérêts
les 27 décembre 2000, 30 août 2005, 18 janvier 2008 et 19 décembre 2011 ;
— ordonne la capitalisation des intérêts moratoires alloués par le premier
juge les 18 janvier 2008 et 19 décembre 2011 ;
— ordonne enfin la capitalisation des intérêts échus en vertu des jugements
entrepris à la date du 19 décembre 2011 ;
— condamne [la demanderesse] envers [le premier défendeur] aux dépens li-
quidés à 373,19 euros pour la première instance et à 1.500 euros pour l’appel ;
— dit pour droit que l’appel en intervention et garantie de [la demanderesse]
n’est pas recevable contre [le deuxième défendeur] ;
— dit pour droit que cette demande en garantie est prescrite contre [la
défenderesse] ».
2. L’arrêt se fonde sur les motifs suivants :
« [La demanderesse] [demande] la condamnation [du deuxième défendeur] et
de la [défenderesse] à la garantir des condamnations prononcées contre elle en
faveur [du premier défendeur]. Elle expose dans ses conclusions du 19 novembre
2007 que ni [le deuxième défendeur] ni la [défenderesse] ne contestent que la ré-
glementation imposant aux étudiants ressortissants d’un État membre de la
Communauté européenne le paiement d’un droit complémentaire d’inscription
s’est faite en infraction avec le principe de non-discrimination prévu à l’époque
par l’(ancien) article 7 du Traité, de sorte qu’en tant qu’auteur de la violation
du Traité ou successeur de l’auteur ayant commis la violation, ils sont tenus de
la garantir solidairement et de lui rembourser les frais et dépens de son action
en intervention et garantie.
Il résulte du rapprochement des articles 59bis, §§ 2, alinéa 1er, 2°, 6, alinéa 1er,
et 8, alinéa 2, de la Constitution, 61, § 1er alinéa 1er, de la loi de financement du
16 janvier 1989 et 91bis de la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institution-
nelles qu’à partir du 1er janvier 1989, les communautés succèdent aux droits et
obligations de l’État relatifs aux compétences en matière d’enseignement qui
leur sont transférées par la Constitution, y compris les droits et obligations ré-
sultant de procédures judiciaires en cours et à venir.
Toutefois, le paragraphe 1er, alinéa 6, de l’article 61 de la loi de financement
précitée dispose que, “pour ce qui concerne les dépenses autres que celles qui
sont visées aux alinéas 2, 3 et 4, l’État reste également tenu par les obligations
existantes au 31 décembre 1998 : soit lorsque leur paiement est dû à cette date,
s’il s’agit de dépenses fixes ou de dépenses pour lesquelles une déclaration de
créance ne doit pas être produite ; soit, pour les autres dettes, lorsqu’elles sont
certaines et que leur paiement a été régulièrement réclamé à cette même date
conformément aux lois et règlements en vigueur”.
Il n’est pas discuté entre [le deuxième défendeur] et la [défenderesse] que la
créance indemnitaire invoquée par [la demanderesse] à l’appui de son appel en
intervention et garantie est une dépense qui devait être produite au sens des lois
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1086 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 285
coordonnées sur la comptabilité de l’État auxquelles l’article 61 de la loi de fi-
nancement précitée se réfère (Cass. 2 novembre 1995, C.94.0186, www.juridat.be).
Cette créance ne pourrait dès lors être demeurée à charge [du deuxième défen-
deur] que si elle était certaine et si son payement avait été régulièrement récla-
mé avant le 1er janvier 1989.
Tel n’est pas le cas. En effet, la créance n’est pas certaine, fût-ce dans son
principe, dès lors que, pour en constater le bien-fondé, la cour [d’appel] doit vé-
rifier si les éléments constitutifs de la responsabilité civile de l’État belge sont
réunis et justifient l’appel en intervention et garantie de [la demanderesse].
Contrairement à ce que [la demanderesse] et la [défenderesse] paraissent sou-
tenir, ces éléments constitutifs — qui sont la faute, le dommage et le lien
causal — ne résultent pas du seul constat que les droits d’inscription litigieux
ont été déclarés contraires au Traité par la Cour de justice.
Tant l’article 1382 du Code civil que la jurisprudence européenne commandent
de vérifier si [le deuxième défendeur] a commis une faute, soit qu’il n’aurait pas
agi comme l’aurait fait un législateur normalement prudent et diligent, soit
qu’il aurait méconnu une obligation de résultat que lui imposait le Traité sans
pouvoir exciper d’une erreur invincible ou d’une autre cause de justification,
soit encore que la réglementation litigieuse constituerait, selon la jurispru-
dence européenne, une violation “suffisamment caractérisée” du Traité, ques-
tions que les parties n’abordent pas dans leurs conclusions d’appel.
La créance de [la demanderesse] est donc incertaine à ce jour (…).
[Le deuxième défendeur] doit donc être mis hors de cause et son appel princi-
pal est fondé.
La [défenderesse] excipe de la prescription du droit d’agir et de la créance de
[la demanderesse] à son encontre.
Il sera répondu à cette exception sans préjuger du bien-fondé de cette créance.
Selon l’article 1er, a), de la loi du 6 février 1970 relative à la prescription des
créances à charge ou au profit de l’État et des provinces et l’article 100,
alinéa 1er, 1°, de l’arrêté royal du 17 juillet 1991 portant coordination des lois sur
la comptabilité de l’État, sont prescrites et définitivement éteintes au profit de
l’État les créances qui, devant être produites, ne l’ont pas été dans le délai de
cinq ans à partir du premier janvier de l’année budgétaire au cours de laquelle
elles sont nées.
Jusqu'à l’entrée en vigueur de la loi du 16 mai 2003 fixant les dispositions gé-
nérales applicables aux budgets, au contrôle des subventions et à la comptabili-
té des communautés et des régions, ainsi qu’à l’organisation de la Cour des
comptes, ces dispositions étaient également applicables aux communautés et
aux régions en vertu de l’article 71, § 1er, de la loi de financement du 16 janvier
1989 (en ce sens, voir : Cass. 7 juin 1996, Pas. 1996, I, 602) ; elles sont donc d’appli-
cation au présent litige.
Le délai de prescription de cinq ans vaut pour toutes les créances à charge de
l’État, sauf dispositions légales contraires, et il prend cours au moment de la
naissance de la créance.
La créance naît, en règle, au moment auquel le dommage survient ou auquel
sa réalisation future est établie selon des prévisions raisonnables, sans qu’il soit
exigé qu’à ce moment l’ampleur du dommage puisse déjà être déterminée avec
précision (en ce sens, voir Cass. 29 septembre 2005, C.03.0317, www.juridat.be).
Le délai de prescription quinquennal n’est toutefois admissible au regard des
articles 10 et 11 de la Constitution que pour autant que le dommage et l’identité
du responsable puissent être constatés par le préjudicié avant l’expiration du dé-
lai de prescription (Cour constitutionnelle, arrêt n° 17/2008 du 14 février 2008).
En l’espèce, la violation du Traité CEE remonte, comme on l’a vu, à des dis-
positions légales adoptées en 1976 et en 1986 mais leurs conséquences domma-
geables pour [la demanderesse] résultent de l’arrêt Blaizot du 2 février 1988 qui,
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N° 285 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1087
ayant constaté la violation du Traité CEE par les dispositions légales liti-
gieuses, indiquait quels droits payés seraient susceptibles de restitution.
La prescription quinquennale de la créance indemnitaire de [la demanderesse]
contre [le deuxième défendeur] a donc pris cours le 1er janvier 1988.
[Le deuxième défendeur] ayant été cité en intervention par [la demanderesse]
avant cette date, cette prescription n’a pas commencé à courir contre lui.
La succession de la [défenderesse] [au deuxième défendeur] s’analyse comme
une novation par changement de débiteur (…).
Il s’ensuit que, le 1er janvier 1989, l’obligation litigieuse d’indemniser [la de-
manderesse] s’est éteinte dans le chef [du deuxième défendeur] pour faire place
à une obligation nouvelle dans le chef de la [défenderesse].
Un nouveau délai de prescription a donc pris cours contre la [défenderesse] à
partir du 1er janvier 1989.
Les articles 68 et 100 de l’arrêté royal du 10 décembre 1968 sur le règlement gé-
néral de la comptabilité de l’État imposent en règle de produire une créance in-
demnitaire par un état de déclaration ou de compte. Il est cependant admis
qu’une citation en justice interrompt valablement la prescription.
Cependant, la [défenderesse], étant partie au litige en sa qualité de successeur
[du deuxième défendeur], ne devait pas être citée ; il reste que [la demanderesse]
n’a dirigé son appel en garantie contre la [défenderesse] que par conclusions du
29 juin 2005, alors que son action et sa créance éventuelle contre la [défende-
resse] étaient prescrites.
Les dépens
[La demanderesse] doit être condamnée, envers [le premier défendeur], aux dé-
pens de la première instance non liquidés par le premier juge et liquidés par [ce
défendeur] à 373,19 euros et aux dépens de l’appel liquidés à 1.500 euros ».
Griefs
Première branche
1. Il est constant que la responsabilité de l’État peut être engagée, en tant que
pouvoir législatif, pour les fautes qu’il commet dans ce cadre et que le constat
d’illicéité d’une disposition législative avec une disposition supranationale
constitue nécessairement une faute dans le chef de l’État belge en tant que pou-
voir législatif. Toutefois, ce constat d’illicéité ne dispense pas le juge de consta-
ter l’existence des autres éléments constitutifs de la responsabilité au sens des
articles 1382 et 1383 du Code civil.
En effet, ces articles requièrent l’existence d’une faute, d’un dommage et d’un
lien causal entre les deux. La faute extracontractuelle peut se présenter sous
deux aspects : ou bien, c’est un acte ou une abstention qui méconnaît une norme
de droit international ayant des effets directs dans l’ordre juridique national ou
une norme de droit interne imposant à des sujets de droit de s’abstenir ou d’agir
de manière déterminée ; ou bien, il s’agit d’un acte ou d’une abstention qui, sans
constituer un manquement à de telles normes, s’analyse en une erreur de
conduite, laquelle doit être appréciée suivant le critère d’une personne norma-
lement prudente et diligente placée dans les mêmes conditions.
2. L’arrêt commence par relever que la Cour de justice avait, par ses arrêts du
13 février 1985 (dit Gravier) et du 2 février 1988 (dit Barra), considéré que les
conditions d’accès à la formation professionnelle relevaient du domaine d’appli-
cation du Traité instituant la Communauté européenne de sorte que l’imposi-
tion d’une redevance, d’un droit d’inscription ou d’un minerval aux étudiants
ressortissants des autres États membres alors qu’une même charge n’était pas
imposée aux étudiants nationaux constituait une discrimination en raison de la
nationalité prohibée par les dispositions de droit communautaire visées au
moyen.
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1088 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 285
L’arrêt poursuit en mettant en évidence que, par ses arrêts du 2 février 1988
(dit Blaisot) et du 3 mai 1994, la Cour de justice a énoncé que les études univer-
sitaires relevaient de la notion de « formation professionnelle » et qu’en consé-
quence, en adoptant la loi du 27 juillet 1971 relative au financement et au
contrôle des institutions universitaires, [le deuxième défendeur] avait manqué
aux obligations qui lui incombaient en vertu des dispositions de droit commu-
nautaire visées au moyen.
L’arrêt constate ensuite que [le premier défendeur] s’est acquitté du paye-
ment des droits d’inscription litigieux, que « ce payement est illicite […] en rai-
son d’une législation déclarée contraire au Traité » et que ce payement l’a, en
conséquence, « privé d’une partie de [sa] bourse d’étude », de sorte que « [la de-
manderesse] doit donc [lui] restituer 4.065,47 euros, venant s’ajouter aux
7.461,60 euros alloués par le premier juge ».
L’arrêt refuse toutefois de faire droit à la demande en intervention et garantie
formée par [la demanderesse] contre [le deuxième défendeur], aux motifs que
i) l’article 61, § 1er, alinéa 6, de la loi spéciale du 16 janvier 1989 ne prévoit le
maintien des dettes devant être produites à charge [du deuxième défendeur] que
si elles sont certaines et ont été régulièrement réclamées avant le 31 décembre
1988 ; ii) « il n’est pas contesté que […] la créance indemnitaire invoquée par [la
demanderesse] à l’appui de son appel en intervention et garantie est une dépense
qui devait être produite » ; iii) « la créance n’est pas certaine, fût-ce dans son
principe, dès lors que, pour en constater le bien-fondé, la cour [d’appel] doit vé-
rifier si les éléments constitutifs de la responsabilité civile [du deuxième défen-
deur] sont réunis », et que iv) « ces éléments constitutifs — qui sont la faute, le
dommage et le lien causal — ne résultent pas du seul constat que les droits d’ins-
cription litigieux ont été déclarés contraires au Traité par la Cour de justice ».
Or, par ses considérations précitées, l’arrêt admet, en réalité, i) l’existence de
la violation, par [le deuxième défendeur], des dispositions de droit communau-
taire visées au moyen ; ii) l’existence d’un dommage par répercussion, sous la
forme « d’une dépense » de [la demanderesse] correspondant au montant, aug-
menté des intérêts moratoires, qu’elle doit restituer [au premier défendeur] à la
suite du payement illicite qu’elle lui a réclamé ; iii) la circonstance que ce paye-
ment et le dommage qui en résulte sont les conséquences de l’adoption, par [le
deuxième défendeur], des dispositions incriminées de la loi litigieuse.
Ce faisant, l’arrêt constate l’existence d’une faute, d’un dommage et d’un lien
de causalité entre les deux et, partant, de tous les éléments constitutifs de la
responsabilité [du deuxième défendeur], agissant dans le cadre de son pouvoir lé-
gislatif. Néanmoins, l’arrêt rejette la demande en intervention et en garantie
formée par [la demanderesse] à l’encontre [du deuxième défendeur] au motif que
la créance de cette dernière n’est pas certaine puisque, « pour en constater le
bien-fondé, la cour [d’appel] doit vérifier si les éléments constitutifs de la res-
ponsabilité civile [du deuxième défendeur] sont réunis ». L’arrêt n’a pu légale-
ment procéder à cette déduction sur la base de ses constatations précitées.
3. En conséquence, en décidant, sur la base de ses constatations, que « la
créance de [la demanderesse] n’est pas certaine, fût-ce dans son principe » avant
le 1er janvier 1989, de sorte que [le deuxième défendeur] doit être mis hors de
cause, l’arrêt viole les articles 1382 et 1383 du Code civil, l’article 61, spéciale-
ment § 1er, alinéa 6, de la loi spéciale du 16 janvier 1989, ainsi que les dispositions
de droit communautaire visées au moyen.
Seconde branche
1. Il est constant qu’aux termes de l’article 61, § 1er, alinéa 1er, de la loi du
16 janvier 1989, les communautés et les régions succèdent aux droits et obliga-
tions de l’État relatifs aux compétences qui leur sont attribuées par la loi du
8 août 1988 modifiant la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles,
y compris les droits et obligations résultant de procédures judiciaires en cours
et à venir.
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N° 285 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1089
Or, en règle, aux termes de l’article 1er de la loi du 6 février 1970 et de
l’article 100 de l’arrêté royal du 17 juillet 1991, sont prescrites et définitivement
éteintes au profit de l’État, les créances qui doivent être produites, selon les mo-
dalités fixées par la loi ou le règlement, et qui ne l’ont pas été dans un délai de
cinq ans à partir du premier janvier de l’année budgétaire au cours de laquelle
elles sont nées.
Il résulte par ailleurs des articles 2 de la loi du 6 février 1970, 100 et 101 de l’ar-
rêté royal du 17 juillet 1991 et 2244 du Code civil qu’une citation en justice a pour
effet d’interrompre la prescription jusqu’à la prononciation d’une décision défi-
nitive.
Au demeurant, par son arrêt du 1er juin 2005, la Cour constitutionnelle a dit
pour droit que les articles 100 et 101 de l’arrêté royal du 17 juillet 1991 violent les
articles 10 et 11 de la Constitution en ce qu’ils ne permettent pas au créancier
qui agit en justice contre l’État d’interrompre la prescription prévue par ces dis-
positions s’il ne produit pas préalablement de créance conformément aux moda-
lités visées par ces mêmes dispositions.
2. L’arrêt admet, en substance, que la [défenderesse] a succédé [au deuxième
défendeur] à dater du 1er janvier 1989, soit au cours de la procédure litigieuse.
Toutefois, il estime que la créance de [la demanderesse] à charge de la [défen-
deresse] est éteinte aux motifs que i) un nouveau délai de prescription quinquen-
nale a pris cours contre [cette défenderesse] à partir du premier janvier 1989,
soit au jour de la succession ; ii) la [défenderesse] a succédé [au deuxième défen-
deur] sans avoir été citée à la procédure ; iii) ce n’est qu’en 2005 que [la deman-
deresse] a dirigé son appel en garantie contre la [défenderesse].
L’arrêt constate par ailleurs que « la prescription quinquennale de la créance
indemnitaire de [la demanderesse] contre [le deuxième défendeur] a […] pris
cours le 1er janvier 1988 » et que « [le deuxième défendeur] ayant été cité en in-
tervention par [la demanderesse] avant cette date, cette prescription n’a pas
commencé à courir contre lui ».
Or, dès lors que la [défenderesse] succède « aux droits et obligations [du deu-
xième défendeur] […], y compris les droits et obligations résultant de procé-
dures judiciaires en cours ou à venir », et que la prescription de l’action de [la
demanderesse] contre [le deuxième défendeur] a été interrompue par la citation
du 6 juillet 1987 à charge de ce dernier, l’interruption de la prescription s’impose
nécessairement, par l’effet de cette succession, à la [défenderesse]. La prescrip-
tion n’a dès lors commencé à courir au profit de cette dernière qu’à dater du ju-
gement définitif rendu le 8 septembre 2006 et après avoir été une nouvelle fois
interrompue par l’appel incident introduit par [la demanderesse] contre la [dé-
fenderesse].
3. En conséquence, en décidant, sur la base de ses constatations, que « [l’] ac-
tion [de la demanderesse] et sa créance éventuelle contre la [défenderesse]
étaient prescrites », l’arrêt viole les articles 1er et 2 de la loi du 6 février 1970, 100
et 101 de l’arrêté royal du 17 juillet 1991 et 2244 du Code civil ainsi que
l’article 61, spécialement § 1er, alinéa 1er, de la loi spéciale du 16 janvier 1989.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur la fin de non-recevoir opposée d’office au pourvoi par le ministère public
conformément à l’article 1097 du Code judiciaire en tant qu’il est dirigé
contre le premier défendeur
Le moyen ne critique pas la décision de la cour d’appel, statuant sur
la demande du premier défendeur dirigée contre la demanderesse, qui
condamne celle-ci à lui payer diverses sommes.
La fin de non-recevoir est fondée.
PASICRISIE_AVRIL_2015.fm Page 1090 Thursday, May 12, 2016 10:17 AM
1090 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 285
Sur le moyen
Quant à la première branche
Pour décider que le deuxième défendeur doit être mis hors de cause,
l’arrêt considère que « la créance indemnitaire invoquée par [la deman-
deresse] à l’appui de son appel en intervention et garantie [contre ce dé-
fendeur] […] ne pourrait être demeurée à charge de [celui-ci] que si elle
était certaine » au sens de l’article 61, § 1er, alinéa 6, de la loi spéciale
du 16 janvier 1989 relative au financement des communautés et des ré-
gions et que « tel n’est pas le cas » dès lors que « les éléments constitu-
tifs de la responsabilité civile » dudit défendeur ne sont pas réunis.
L’article 1382 du Code civil dispose que tout fait quelconque de
l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute du-
quel il est arrivé à le réparer.
Sous réserve de l’existence d’une erreur invincible ou d’une autre
cause d’exonération de la responsabilité, le législateur commet une
faute lorsqu’il prend une réglementation qui méconnaît une norme de
droit communautaire lui imposant de s’abstenir d’agir de manière dé-
terminée, de sorte qu’il engage sa responsabilité civile si cette faute est
cause d’un dommage.
L’arrêt constate que « les droits d’inscription litigieux ont été décla-
rés contraires au Traité par la Cour de justice ».
En considérant que « [les] éléments constitutifs [de la responsabilité
civile du deuxième défendeur] ne résultent pas [de ce] seul constat » et
que « tant l’article 1382 du Code civil que la jurisprudence européenne
commandent de vérifier si [ce défendeur] a commis une faute […] [en]
méconn[aissant] une obligation de résultat que lui imposait le Traité
sans pouvoir exciper d’une erreur invincible ou d’une autre cause de
justification », l’arrêt, qui ne constate pas, ainsi, l’existence d’une
faute engageant la responsabilité civile dudit défendeur, justifie léga-
lement sa décision que « la créance de [la demanderesse] est encore in-
certaine à ce jour ».
Le moyen, en cette branche, ne peut être accueilli.
Quant à la seconde branche
L’article 61, § 1er, alinéa 1er, de la loi spéciale du 16 janvier 1989
consacre la succession des régions et des communautés à l’État dans les
procédures judiciaires en cours.
Cette novation légale par changement de débiteur a pour effet de faire
disparaître l’obligation ancienne et d’y substituer une obligation nou-
velle.
La prescription est, dès lors, réglée suivant les principes applicables
à la nouvelle obligation.
L’arrêt constate qu’« à partir du 1er janvier 1989, les communautés
succèdent aux droits et obligations de l’État relatifs aux compétences
en matière d’enseignement qui leur sont transférées par la
Constitution », que « [la défenderesse] [était] partie au litige en sa qua-
lité de successeur [du deuxième défendeur] » et que la demanderesse « a
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N° 286 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1091
dirigé son appel en garantie contre la défenderesse […] par conclusions
du 29 juin 2005 ».
L’arrêt relève que « le délai de prescription [est] de cinq ans » et que
« la prescription […] de la créance indemnitaire de [la demanderesse]
contre [le deuxième défendeur] a […] pris cours le 1er janvier 1988 ».
L’arrêt considère que « la succession de la [défenderesse] au [deu-
xième défendeur] s’analyse comme une novation par changement de
débiteur », que, dès lors, « le 1er janvier 1989, l’obligation d’indemniser
[la demanderesse] s’est éteinte dans le chef [du deuxième défendeur]
pour faire place à une obligation nouvelle dans le chef de la
[défenderesse] » et qu’« un nouveau délai de prescription quinquennale
a pris cours contre [la défenderesse] à partir du 1er janvier 1989 ».
Par ces énonciations, l’arrêt justifie légalement sa décision que
« [l’] action [de la demanderesse] contre la [défenderesse] était
prescrite ».
Le moyen, en cette branche, ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne la demanderesse aux dépens.
Les dépens taxés à la somme de mille septante et un euros quarante-
huit centimes envers la partie demanderesse, à la somme de cent
trente-quatre euros quatre centimes envers la deuxième partie défen-
deresse et à la somme de quatre cent cinq euros quarante centimes en-
vers la troisième partie défenderesse.
Du 30 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Batselé. — Concl. conf. M. Werquin, avocat général. —
Pl. Mme Grégoire, M. De Baets et M. Maes.
N° 286
1re CH. — 30 avril 2015
(RG C.13.0032.F)
1° ART DE GUÉRIR. — GÉNÉRALITÉS. — MÉDECIN HOSPITALIER. — RÉVOCA-
TION. — PROCÉDURE. — NATURE DES DISPOSITIONS. — EFFET.
2° LOIS. DÉCRETS. ORDONNANCES. ARRÊTÉS. — GÉNÉRALITÉS. — MÉ-
DECIN HOSPITALIER. — RÉVOCATION. — PROCÉDURE. — NATURE DES DISPOSI-
TIONS. — EFFET.
3° MÉDECIN. — MÉDECIN HOSPITALIER. — RÉVOCATION. — PROCÉDURE. —
NATURE DES DISPOSITIONS. — EFFET.
1°, 2° et 3° Les articles 125, 7°, et 126, § 1er et 126, § 3, de la loi sur les hôpitaux
coordonnée le 7 août 1987 sont impératives en faveur des médecins hospita-
liers et leur violation entraîne la nullité relative de la révocation interve-
nue (1). (L. coord. du 7 août 1987, art. 125, 7°, et 126, §§ 1er et 3)
(1) Voy. Cass. 24 janvier 2005, RG C.03.0360.N, Pas. 2005, n° 47 ; Cass. 9 février 2009, RG
C.07.0348.F, Pas. 2009, n° 103.
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1092 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 286
(L. C. ASSOCIATION DE DROIT PUBLIC ASSOCIATION HOSPITALIÈRE DE
BRUXELLES — CENTRE HOSPITALIER UNIVERSITAIRE SAINT-PIERRE)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 9 janvier
2012 par la cour d’appel de Bruxelles.
Le conseiller Didier Batselé a fait rapport.
L’avocat général Thierry Werquin a conclu.
II. LE MOYEN DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, le demandeur présente un moyen.
II. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le moyen
Quant à la première branche
En vertu des articles 125, 7°, et 126, § 1er, de la loi sur les hôpitaux
coordonnée le 7 août 1987, le gestionnaire est tenu de demander au
conseil médical un avis sur la révocation de médecins hospitaliers, sauf
révocation pour motif grave.
Suivant l’article 126, § 3, de ladite loi, les demandes d’avis et les avis
sont formulés par écrit ; le résultat du vote est joint à l’avis.
Ces dispositions sont impératives en faveur des médecins hospitaliers
et leur violation entraîne la nullité relative de la révocation interve-
nue.
L’arrêt constate que, « le 26 janvier 2007, [la défenderesse] notifia [au
demandeur] […] sa décision de mettre fin à leur relation de travail » et
que cette lettre « précisait que le conseil médical avait, en sa séance du
25 janvier 2007, marqué son accord sur la rupture du contrat ».
L’arrêt constate que « c’est à juste titre que [le demandeur] relève
que l’article 126, § 3, […] de la loi sur les hôpitaux requiert que le résul-
tat du vote soit joint à l’avis du conseil médical, ce qui n’a pas été
fait ».
L’arrêt, qui considère que, « dès lors que l’avis rendu a été suivi par
[la défenderesse] et qu’aucune procédure particulière [prévue aux
paragraphes 2 et 3 de l’article 127 et à l’article 128] ne devait [partant]
être suivie », « ce manquement est […] sans incidence », viole
l’article 126, § 3, de la loi précitée.
Dans cette mesure, le moyen, en cette branche, est fondé.
Et il n’y a pas lieu d’examiner la seconde branche du moyen, qui ne
saurait entraîner une cassation plus étendue.
Par ces motifs, la Cour casse l’arrêt attaqué en tant qu’il statue sur
la demande de condamnation de la défenderesse au paiement au deman-
deur de diverses sommes et qu’il statue sur les dépens ;
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N° 287 - 30.4.15 PASICRISIE BELGE 1093
Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l’arrêt
partiellement cassé ;
Réserve les dépens pour qu’il soit statué sur ceux-ci par le juge du
fond ;
Renvoie la cause, ainsi limitée, devant la cour d’appel de Liège.
Du 30 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Batselé. — Concl. conf. M. Werquin, avocat général. —
Pl. Mme Grégoire et M. T’Kint.
N° 287
1re CH. — 30 avril 2015
(RG C.13.0094.F)
AVOCAT. — MANDAT D’AGIR EN JUSTICE. — NOTION. — VALIDITÉ.
Le mandat d’agir en justice, qui implique le pouvoir d’accomplir les actes de
procédure successifs nécessaires à son exécution, est valable à l’égard du
mandant et des parties litigantes tant que le désaveu n’est pas établi.
(C. jud., art. 440, al. 2, et 848, al. 1er et 3)
(R. ET CRTS C. DENONCIN, ADMINISTRATEUR PROVISOIRE
DE R. ET CRTS)
ARRÊT.
I. LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR
Le pourvoi en cassation est dirigé contre l’arrêt rendu le 12 juillet
2012 par la cour d’appel de Bruxelles.
Le conseiller Martine Regout a fait rapport.
L’avocat général Thierry Werquin a conclu.
II. LES MOYENS DE CASSATION
Dans la requête en cassation, jointe au présent arrêt en copie certi-
fiée conforme, les demandeurs présentent deux moyens.
III. LA DÉCISION DE LA COUR
Sur le premier moyen
Quant à la seconde branche
Aux termes de l’article 440, alinéa 2, du Code judiciaire, l’avocat com-
paraît comme fondé de pouvoirs sans avoir à justifier d’aucune procu-
ration, sauf lorsque la loi exige un mandat spécial.
Suivant l’article 848, alinéa 1er, de ce Code, dans le cas où un acte de
procédure aurait été accompli au nom d’une personne en l’absence de
toute représentation légale sans qu’elle l’ait ordonné, permis ou rati-
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1094 PASICRISIE BELGE 30.4.15 - N° 287
fié, même tacitement, elle pourra demander au juge de le déclarer non
avenu.
L’article 848, alinéa 3, du même Code dispose que les autres parties li-
tigantes peuvent introduire les mêmes demandes à moins que la per-
sonne au nom de laquelle l’acte a été accompli ne le ratifie ou ne le
confirme en temps utile.
Il suit de ces dispositions que le mandat d’agir en justice, qui im-
plique le pouvoir d’accomplir les actes de procédure successifs néces-
saires à son exécution, est valable à l’égard du mandant et des parties
litigantes tant que le désaveu n’est pas établi.
Par les motifs reproduits en réponse à la première branche du moyen,
l’arrêt considère que les demandeurs ne prouvent pas que l’action a été
introduite par les deuxième et troisième défendeurs en l’absence de
toute représentation légale pour n’avoir pas été ordonnée, permise ou
ratifiée, même tacitement, par C. R.-M.
Dès lors que le moyen, en cette branche, ne soutient pas que les
conclusions ultérieurement déposées par ces défendeurs auraient excé-
dé les limites du mandat qui leur avait été donné, l’arrêt justifie ainsi
légalement sa décision de déclarer la demande en désaveu non fondée
pour l’ensemble des actes de procédure qu’elle visait.
Le moyen, en cette branche, ne peut être accueilli.
Par ces motifs, la Cour rejette le pourvoi ;
Condamne les demandeurs aux dépens.
Les dépens taxés à la somme de neuf cent cinq euros six centimes en-
vers les parties demanderesses et à la somme de quatre cent soixante-
trois euros septante-deux centimes envers les deuxième et troisième
parties défenderesses.
Du 30 avril 2015. — 1re ch. — Prés. M. Storck, président de section. —
Rapp. M. Regout. — Concl. conf. M. Werquin, avocat général. —
Pl. M. Maes et Mme Oosterbosch.