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Mécanique Non Linéaire de la Rupture

Ce chapitre présente la mécanique non linéaire de la rupture comme une approche alternative à la mécanique linéaire de la rupture lorsque le comportement du matériau n'est plus élastique et linéaire. Deux paramètres caractéristiques sont présentés : le déplacement à fond de fissure (CTOD) et l'intégrale de contour J, qui peuvent être utilisés comme critère de rupture.

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Mécanique Non Linéaire de la Rupture

Ce chapitre présente la mécanique non linéaire de la rupture comme une approche alternative à la mécanique linéaire de la rupture lorsque le comportement du matériau n'est plus élastique et linéaire. Deux paramètres caractéristiques sont présentés : le déplacement à fond de fissure (CTOD) et l'intégrale de contour J, qui peuvent être utilisés comme critère de rupture.

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Chapitre III

MECANIQUE NON LINEAIRE DE LA RUPTURE

La mécanique linéaire de la rupture (MLR) demeure une approche valable tant que le
comportement du matériau est élastique et linéaire, mais aussi lorsque la plastification à fond
de fissure reste confinée dans une zone de faible taille par rapport aux dimensions des fissures
et de celles de la structure fissurée. Il est quasiment impossible dans beaucoup de matériaux
de respecter les deux conditions précédentes et de décrire le comportement avec la MLR. Une
approche alternative s’avère nécessaire pour ces matériaux.
La mécanique élasto-plastique de la rupture (MEPR) ou mécanique non linéaire de la rupture
(MNLR) s’applique au matériaux ductiles lorsque le comportement reste toutefois
indépendant du temps (pas d’effets dynamiques ou de viscosité, absence de fluage…).
Comme pour la MLR, où deux paramètres équivalents (K et G) peuvent être utilisés comme
critère de rupture, deux paramètres caractéristiques de la MEPR sont présentés dans ce
chapitre. Nous verrons que ces deux paramètres - le déplacement à fond de fissure ou CTOD
(Crack Tip Opening Displacement) et l’intégrale de contour notée J - sont aussi équivalents
entre eux. Ils décrivent tous les deux, les conditions à l’extrémité d’une fissure (champs de
contraintes et de déplacements) et peuvent être utilisés comme critère de rupture. Les valeurs
critiques de J et du CTOD conduisent à des valeurs de la ténacité des matériaux à peu près
indépendantes de la géométrie des structures, même lorsque la plastification à l’extrémité des
fissures est importante. On verra également dans quelles conditions on atteint les limites de
ces approches à paramètre descriptif unique (J ou CTOD).

III.1 ECARTEMENT A FOND DE FISSURE (CTOD)

On s’est rendu compte dès le début des années 60, qu’il était difficile de caractériser avec la
seule MLR, la ténacité de certains matériaux tels que les aciers de structure. Les matériaux
étaient élaborés en recherchant une plus forte ténacité mais les concepts existants de la MLR
(K ou G) n’étaient pas applicables à cette classe de matériaux comme l’ont montré les essais
expérimentaux de Wells. L’émoussement de l’extrémité des fissures fut la principale
observation expérimentale de Wells. La figure III.1 illustre la différence de comportement
entre une fissure élastique et une fissure dont l’extrémité s’émousse du fait de l’écoulement
plastique.
Wells observa que l’émoussement de l’extrémité des fissures augmentait avec la ténacité des
matériaux. Cela l’a conduit à proposer l’écartement à fond de fissure comme mesure de la
ténacité. Ce paramètre est connu aujourd’hui sous le nom de CTOD.
L’analyse proposée par Wells tente de relier le CTOD au FIC K lorsqu’on est en régime de
plasticité confinée. Pour examiner cette approche on va considérer une fissure avec une faible
zone plastifiée comme indiqué sur la figure III.2. Irwin montra qu’une telle fissure se
comporte comme si elle était effectivement plus longue du fait de l’écoulement plastique à
fond de fissure. On peut alors estimer le CTOD en augmentant la longueur de fissure de ry, la
correction de zone plastifiée. Le CTOD est pris égal à l’ouverture de la fissure à la distance ry
en amont de l’extrémité ; le déplacement à cette distance est estimé à partir de la MLR qui
prévoit en mode I :

uy =
κ +1
KI
ry
avec
RS
κ = 3 − 4υ en DP
III.1
2µ 2π T
κ = (3 − υ ) / (1 + υ ) en CP

56
a) Fissure élastique b) Emoussement de l’extrémité

Figure III.1 : Comparaison de l’ouverture d’une fissure élastique (a) et


d’une fissure dont l’extrémité s’émousse (b).

CTOD=2uy

ry

Figure III.2 : Estimation du CTOD à partir du déplacement à la distance ry en amont de


l’extrémité d’une fissure de longueur a + ry.

La longueur effective de fissure est a+ ry avec ry le rayon de zone plastifiée calculé d’après
l’approche d’Irwin :

ry =
FG IJ
1 KI
2

III.2
H K
2π σ E

En combinant les 2 relations précédentes, on trouve :

57
4 K I2
δ = 2u y = III.3
π σEE

δ est le CTOD ou écartement à fond de fissure. Le CTOD peut être relié au taux de restitution
d’énergie G en utilisant la relation liant G au FIC K. En contraintes planes, on a :

K I2 4 G
G= ⇒ δ= III.4
E π σE

Ainsi, lorsqu’on est en régime de plasticité confinée où la MLR s’applique, le CTOD est relié
à G et au FIC KI. Wells postula alors que le CTOD est un paramètre approprié pour
caractériser le comportement à l’extrémité d’une fissure lorsqu’on atteint les limites
d’application de la MLR. Cette hypothèse s’est avérée correcte quelques années plus tard
lorsqu’on établit une relation unique entre le CTOD et l’intégrale de contour J introduite par
Rice (§ III.2).
Le modèle de Dugdale-Barenblatt peut aussi être utilisé pour estimer le CTOD (figure III.3).

−σ E

CTOD

Figure III.3 : Estimation du CTOD à partir du modèle de Dugdale-Barenblatt

L’ouverture de la fissure au début de la zone où les contraintes de compression σE s’exercent,


correspond au CTOD δ dans ce modèle qui s’exprime par (annexe B) :

8σ E a π σ∞ F F IJ I
δ=−
πE
Log cos
2 σE GH GH K JK III.5

Le développement limité au voisinage de 0 de l’équation précédente donne :

F π σ IJ = 1 − 1 FG π σ IJ + 1 FG π σ IJ +K
cosG
∞ ∞ 2 ∞ 4

H 2 σ K 2H 2 σ K 4H 2 σ K
E E E

8σ a L 1 F π σ I 1 Fπ σ I OP = K LM1 + 1 F π σ I +KOP
2 4 2

M
∞ ∞ 2 ∞
δ= E
G J 12 GH 2 σ JK P σ E M 6 GH 2 σ JK P
πE M 2 H 2 σ K
+ + K I

N E EQ N E Q E

En considérant uniquement le premier terme, on a :

58
K I2
δ= III.6
σEE

La relation III.6 diffère peu de la relation III.3 (le terme 4/π est remplacé par 1).

Le modèle de Dugdale-Barenblatt suppose un état de contraintes planes et un matériau


élastique-plastique parfait c’est à dire sans consolidation. La relation plus générale entre le
CTOD δ et le FIC KI est de la forme :

K I2 G
δ= = III.7
mσ E E mσ E

Où m est un coefficient sans dimension qui vaut à peu près 1 en contraintes planes et 2 en
déformations planes.

Plusieurs définitions ont été proposées pour le CTOD. Les deux définitions les plus
communément utilisées sont représentées sur la figure III.4. La première utilise le
déplacement à l’extrémité de la fissure initiale c’est à dire de longueur non corrigée (figure
III.4a). La seconde définition, illustrée sur la figure III.4b, considère le déplacement à
l’intersection des deux cotés d’un angle droit issu du fond de la fissure émoussée. Cette
dernière définition, couramment utilisée dans les calculs par la MEF, a été suggérée par Rice.
On peut noter que les deux définitions sont équivalentes lorsque l’émoussement de l’extrémité
de la fissure est de forme semi-circulaire.

a) Déplacement à l’extrémité initiale b) Déplacement à l’intersection d’angle droit

Figure III.4 : Définitions du CTOD

L’écartement à fond de fissure (ou CTOD) est une grandeur locale difficilement accessible
directement. La plupart des mesures en laboratoire utilisent des éprouvettes de flexion 3
points. Lorsqu’elles sont fissurées, ces éprouvettes tournent autour d’un point (centre de
rotation) qui demeure à peu près fixe tout au long du chargement.

59
V
V
a
a
L δ

r(L-a)

.
Figure III.5 : Modèle à centre de rotation ( ) fixe pour la mesure du CTOD.

En considérant les relations entre triangles semblables, on obtient :

δ V r ( L − a )V
= ⇒ δ=
r( L − a) r ( L − a) + a r ( L − a) + a

Où V est l’ouverture de la fissure et r est le facteur de rotation compris entre 0 et 1.

Le modèle à centre de rotation fixe a été ensuite amélioré pour tenir compte du déplacement
élastique qui précède l’émoussement de l’extrémité de la fissure. Les méthodes standards de
détermination du CTOD séparent les déplacements élastique et plastique. La figure III.6
montre un exemple type d’enregistrement de la charge en fonction de l’ouverture V de la
fissure.

Charge

VP

Ouverture V de la fissure

Figure III.6 : Enregistrement type de la charge en fonction de l’ouverture de la fissure

Le CTOD δ est ainsi séparé en deux composantes :

K I2 rP ( L − a )V P
δ = δ el + δ P = + III.8
mσ E E rP ( L − a ) + a

Le facteur de rotation plastique rP dans les procédures standards est pris égal à 0,44.

60
III.2 INTEGRALE J

L’intégrale de contour J utilisée comme paramètre caractéristique de l’état de contrainte au


voisinage de l’extrémité d’une fissure dans les matériaux dont le comportement est non
linéaire, a connu un grand succès. Rice qui proposa ce paramètre, assimile le comportement
élasto-plastique à un comportement élastique non linéaire. L’approche de Rice qui repose sur
une telle hypothèse doit être utilisée avec précaution lorsqu’on a des décharges élastiques par
exemple. La figure III.7 illustre la différence de comportement entre un matériau élasto-
plastique et un matériau élastique non linéaire. Lors de la décharge, le chemin suivi par le
matériau élastique non linéaire est différent du chemin réel que l’on observe dans les
matériaux élasto-plastiques. Une relation unique lie la contrainte et la déformation dans un
matériau élastique, linéaire ou non, mais une déformation donnée dans un matériau élasto-
plastique peut correspondre à plusieurs contraintes si le matériau est déchargé ou soumis à des
sollicitations cycliques. Il est donc plus aisé de considérer un matériau élastique qu’un
matériau où les déformations sont irréversibles.

Matériau élastique
non linéaire
Contrainte

Décharge dans un
Matériau élasto-plastique

Déformation

Figure III.7 : Comportement élastique non linéaire et comportement réel

On voit bien sur la figure III.7 que les deux matériaux donnent la même réponse tant que les
contraintes augmentent de façon monotone. Cette réponse peut cependant ne pas être la même
lorsqu’on traite des problèmes 3D, mais dans beaucoup de cas l’assimilation des deux
réponses constitue une hypothèse acceptable. Ainsi donc l’analyse qui suppose un
comportement élastique non linéaire, peut être valable pour un matériau élasto-plastique en
l’absence de décharges. La théorie de la déformation de la plasticité qui propose une relation
unique entre les déformations totales et les contraintes dans un matériau, est équivalente à
l’élasticité non linéaire.
Rice a appliqué la théorie de la déformation pour analyser un solide fissuré. Il a démontré que
le taux de restitution d’énergie non linéaire noté J, peut être déterminé à partir d’une intégrale
de contour indépendante du contour d’intégration. Hutchinson, Rice et Rosengreen ont ensuite
montré que ce paramètre J caractérise de façon unique les champs de contraintes et de
déformations au voisinage de l’extrémité d’une fissure dans un matériau non linéaire.

61
L’intégrale J peut donc être considérée à la fois comme un paramètre d’énergie et un
paramètre d’intensité des contraintes, comme en MLR où le FIC K et l’énergie de Griffith G
sont deux paramètres qui décrivent de manière équivalente la répartition des contraintes.

III.2.1 Taux de restitution d’énergie non linéaire

Rice, en proposant l’intégrale J pour analyser les solides fissurés, montra que la valeur de
cette intégrale est égale au taux de restitution d’énergie dans un matériau non linéaire. Pour
bien comprendre la signification de ce paramètre, on va considérer comme au chapitre II, les
variations d'énergie qui accompagnent une extension ∆a d’une fissure dans un solide :

∆Wext = ∆Welast . + ∆U III.9

où l'énergie ∆U dépensée lors de la propagation de la fissure sur la longueur ∆a, se compose


de l’énergie de séparation des surfaces ∆Wsép et de l’énergie de plastification ∆Wplas :

∆U = ∆Wsép + ∆Wplas

La figure III.8 représente la variation de la force lors de la propagation à déplacement imposé


par exemple. Le cas du chargement à force imposée se traite tout aussi simplement.

F
a
Propagation

a+∆a

x
x

Figure III.8 : Variation de la force lors de la propagation, à déplacement imposé,


d’une fissure dans un matériau non linéaire.

L’aire hachurée de la figure III.8 correspond à l’énergie de propagation ∆U, c’est à dire la
différence entre l’énergie fournie et l’énergie élastique restituée après propagation de la
fissure sur une longueur ∆a.
Le paramètre J est défini pour une structure d’épaisseur e=1, par :

FG ∂U IJ FG ∂ z FdxIJ
x
z FGH
x ∂F IJ dx
J=
H ∂a K x
=−
H ∂a K
0
x
=−
0 ∂a K
x
III.10

62
Le signe moins provient du fait que l’énergie U correspond à l’aire sous la courbe (F, x)
comptée négativement de sorte que lorsque la longueur de fissure augmente on a une variation
positive de cette énergie.
K I2
Dans le cas d’un matériau linéaire, J = G = , où G est l’énergie de Griffith et E’=E en
E'
E
contraintes planes ou E ' = en déformations planes.
1− υ2

III.2.2 L’intégrale J, paramètre indépendant du contour d’intégration

Le paramètre J est défini (annexe B) à partir de l’intégrale de contour suivante :

J= z FGH
Γ
wdy − Ti
∂ui
∂x
IJ
ds
K III.11

où Γ est un contour d’intégration entourant l’extrémité de la fissure (figure III.9), ds l’élément


de longueur sur Γ, Ti et ui les composantes du vecteur contrainte et du vecteur déplacement en
un point de Γ. La densité d’énergie de déformation w est définie quant à elle par :

w= z ε ij
0
σ ij dε ij III.12

où σij et εij sont les composantes des tenseurs de contraintes et de déformations au point
courant sur le contour Γ.

Figure III.9 : Contour arbitraire autour de l’extrémité d’une fissure

III.2.3 L’intégrale J, paramètre d’intensité des contraintes

Hutchinson, Rice et Rosengren (HRR) ont montré que le paramètre J caractérise les champs
de contraintes et de déformations (champs HRR) à l’extrémité d’une fissure dans un matériau
non linéaire. Pour décrire la loi de comportement, ils utilisent la relation de Ramberg-
Osgood :

63
ε = εe + ε p =
σ

σEFG σ IJ n

III.13
E E Hσ K E

où σE est la limite d’élasticité et n un exposant d’écrouissage supérieur à 1.


Hutchinson, Rice et Rosengren montrent que le produit contrainte.déformation varie comme
1/r près de l’extrémité d’une fissure. Par ailleurs pour n=1, c’est à dire dans le cas d’un
matériau linéaire élastique, on doit retrouver une singularité en 1 / r prévue par la MLR.
Dans la zone très proche de l’extrémité de la fissure, les déformations élastiques étant faibles
comparées aux déformations plastiques, les deux conditions précédentes entraînent :

R| F JI
1

=k G J
n +1

|Sσ ij
H rK
1
III.14
||ε F JI
=k G J
n
n +1

T ij
H rK
2

où k1 et k2 sont des constantes.

Les calculs plus précis montrent que le champ HRR donné par la relation précédente, s’écrit :

R| F EJ IJ
1
n +1
σ =σ G σ~ ij (n,θ )
| H ασ I r K
ij E 2

S| E n
III.15

||ε = ασE FGH ασEJI r IJK


n
n +1
E
ε~ij (n,θ )
T ij 2
E n

où In est une constante d’intégration qui dépend de n, σ~ ij et ~


ε ij des fonctions
addimensionnelles de n et θ.
L’intégrale J définit donc l’amplitude de la singularité HRR, comme le FIC K définit la
singularité 1 / r en MLR. On a ainsi en régime de plasticité confinée deux zones au
voisinage de l’extrémité d’une fissure dominées par des singularités : une singularité en
1
1 / r pour la zone élastique et une singularité en 1 / r n+1 dans la zone plastifiée.

III.2.4 Zone de grandes déformations à l’extrémité d’une fissure

La singularité HRR présente la même anomalie que la singularité de la MLR : toutes les deux
prédisent des contraintes infinies lorsque r → 0 . Le champ singulier dominant dans une zone
près de l’extrémité d’une fissure, ne persiste pas en fait à l’extrémité même de la fissure où les
grandes déformations qui se développent causent un émoussement de la fissure, ce qui réduit
la triaxialité des contraintes. Les lèvres de la fissure étant libres, on a σ x = 0 quand r → 0 .

L’analyse qui conduit à la singularité du champ HRR ne considère pas l’effet de


l’émoussement de l’extrémité de la fissure sur le champ de contraintes, et ne prend pas en

64
compte non plus les grandes déformations qui se développent près de l’extrémité de la fissure.
Cette analyse s’appuie sur la théorie des petites déformations, qui reste valable lorsque les
déformations plastiques n’excèdent pas 10%.
Les premiers calculs par éléments finis effectués par McMecking et Parks utilisant une théorie
des grandes déformations montrent que le champ HRR des contraintes ne peut plus décrire la
répartition des contraintes à l’extrémité d’une fissure lorsqu’on s’approche à une distance r
inférieure à 2.CTOD de l’extrémité. La figure III.10 compare schématiquement le champ
HRR aux résultats des calculs par éléments finis.

σy
σE Champ HRR

4
Calculs par la MEF

x
2.CTOD

Figure III.10 : Champ HRR et résultats de calculs par la MEF

Cette défaillance du champ HRR à décrire la répartition des contraintes lorsqu’on est trop près
de l’extrémité d’une fissure conduit à se poser la même question sur cette approche que sur
les limites de la MLR lors du chapitre précédent. Peut-on utiliser l’intégrale J comme critère
de rupture compte tenu de l’émoussement de l’extrémité d’une fissure ? La réponse est
similaire à celle du chapitre précédent. Tant qu’il existe une région entourant l’extrémité de la
fissure où le champ des contraintes est correctement décrit par les équations III.15, l’intégrale
J caractérise de façon unique ce champ et peut alors être utilisée pour quantifier la ténacité.

III.2.5 Méthodologie de mesure de l’intégrale J

Tant que le comportement du matériau est linéaire, l’intégrale J correspond à l’énergie de


Griffith qui est directement reliée au FIC K lui même proportionnel à la charge appliquée et
pouvant être calculé à partir des conditions de chargement et de la taille de la fissure.
Les choses se compliquent lorsque le comportement est non linéaire. Le principe de
superposition n’est plus vérifié et l’intégrale J n’est plus proportionnelle à la charge
appliquée. Aussi il n’existe pas de relation simple entre J, la charge appliquée et la taille de la
fissure.
Une manière de déterminer J consiste à appliquer la définition de cette intégrale, donnée par
la relation III.11, à la configuration de chargement. Les premières mesures de l’intégrale J sur

65
des plaques fissurées, utilisaient un ensemble de jauges de déformations collées sur un
contour entourant la fissure. Comme l’intégrale J est indépendante du contour d’intégration,
on choisissait un contour de collage des jauges de telle sorte que les mesures soient le plus
simples possible. Cette méthode était également utilisée pour les calculs par éléments finis où
l’on détermine les contraintes, les déformations et les déplacement le long d’un contour
généralement circulaire pour ensuite calculer l’intégrale J à partir de la relation III.11. Les
approches numériques modernes utilisent toutefois une extension virtuelle de la fissure qui
donne des résultats plus précis.
Cependant cette méthode de contour est impraticable dans beaucoup de cas.
L’instrumentation requise est coûteuse et elle devient acrobatique lorsque les structures sont
complexes. La méthode beaucoup plus appliquée actuellement utilise la définition du
paramètre J donnée par la relation III.10. La figure III.11 décrit le principe de cette approche.

F

F a1<a2<a3<a4 a1
a2
a3
a4

a
-U


∆1 ∆2 ∆3 ∆4

J a1 -U ∆1

∆2 dU
a2 −
da
a3 ∆3

a4 ∆4

∆ a

Figure III.11 : Détermination expérimentale du paramètre J

A partir d’une série d’éprouvettes de même géométrie et de même taille, on introduit des
fissures de différentes longueurs, obtenues généralement par essais de fatigue. Les variations
de la force appliquée F avec le déplacement ∆ sont ensuite enregistrées pour les différentes
longueurs de fissure. On trace à partir de ces enregistrements à ∆ fixé, l’énergie U, c’est à dire

66
l’aire sous la courbe (F,∆) comptée négativement, en fonction de la longueur de fissure a. De
ces tracés on déduit la pente des courbes qui correspond à la valeur de l’intégrale J donnée,
pour des éprouvettes d’épaisseur e, par :

1 ∂UFG IJ
J=
e ∂a H K ∆
III.16

La dernière courbe obtenue sur la figure III.11 est une courbe de calibration qui s’applique au
matériau, à la géométrie et à la taille des éprouvettes pour lesquels elle a était déterminée.
Cette méthodologie expérimentale nécessite donc un grand nombre d’éprouvettes pour
déterminer le paramètre J dans différentes configurations de chargement.
Rice a montré qu’il était possible de déterminer l’intégrale J dans certains cas, à partir d’un
seul enregistrement de la variation de la force F avec le déplacement ∆. Il utilise pour cela
l’analyse dimensionnelle en mécanique de la rupture, introduite dans le chapitre I.

Exemple

Considérons une plaque, doublement fissurée et sollicitée en traction (figure III.12).

a 2b

Figure III.12 : Plaque doublement fissurée

FG ∂U IJ
L’intégrale J est définie par J =
H ∂A K F
avec dA = 2eda = −2edb et pour une épaisseur

unité on a alors :

J=
1
2 z FGH
F

0
∂∆
∂a
IJ
K F
dF = −
1
2 z FGH
F

0
∂∆
∂b
IJ
K F
dF III.17

67
Pour calculer J, il est nécessaire de connaître la relation entre la charge F, le déplacement ∆ et
les dimensions de la plaque. Si le comportement du matériau est décrit par la loi de Ramberg-
Osgood, l’analyse dimensionnelle permet d’écrire :

∆ = bf
FG F , a , σ ,υ ,α , nIJ E

Hσ b b E
E K
Où f est une fonction sans dimension. Pour des propriétés données du matériau, on ne
considère alors que la charge et les dimensions de la plaque comme variables. Le déplacement
peut être séparé en composante élastique et composante plastique, soit :

∆ = ∆e + ∆ p III.18

Des relations III.17 et III.18, on déduit :

LMFG ∂∆ IJ + F ∂∆ I OPdF = K − 1 F ∂∆ I
J=−
1
2 z 0
F

MNH ∂b K GH ∂b JK PQ E ' 2 z GH ∂b JK
e

F
p

F
2
I
F

0
p

F
dF III.19

E
Où E ' = en déformations planes et E’=E en contraintes planes.
1− υ2
Si la déformation plastique reste confinée dans le ligament non fissuré de longueur 2b - entre
les deux extrémités des fissures - on peut considérer que cette longueur est la seule dimension
qui influencera la composante plastique ∆p du déplacement. C’est une hypothèse raisonnable à
condition toutefois que la fissuration de la plaque soit suffisamment profonde de sorte que les
contraintes moyennes dans le ligament non fissuré soient bien plus élevées que la contrainte
appliquée. On peut alors utiliser l’analyse dimensionnelle et écrire :

FG F IJ
∆ p = bH
H bK
Une dérivation partielle de cette relation par rapport à la longueur du ligament non fissuré et
par rapport à la force F respectivement, donne :

FG ∂∆ IJ
p FG F IJ − H ' FG F IJ F et FG ∂∆ IJ p FG F IJ
H ∂b K F
=H
H b K H b K b H ∂F K b
= H'
H bK
Ce qui conduit à :

FG ∂∆ IJ
p
=
1 LM
∆p − F
∂∆ p FG IJ OP III.20
H ∂b K F
b MN ∂F H K b PQ
En substituant III.20 dans III.19 et en intégrant par parties, on obtient :

J=
K I2
+
1 LM z ∆p
Fd∆ p − F∆ p OP
E 2b
2
N 0 Q

68
III.3 RELATIONS ENTRE L’INTEGRALE J ET LE CTOD

En mécanique linéaire de la rupture, la relation entre le CTOD δ et l’énergie de Griffith G, est


donnée par l’équation III.7. Lorsque le comportement du matériau est linéaire élastique, J=G,
et le même type de relation existe donc entre J et δ :

J = mσ E δ III.21

où m est une constante sans dimension qui dépend de l’état des contraintes et des propriétés
du matériau. La relation précédente est en fait vérifiée bien au delà des limites de validité de
la MLR.

Considérons par exemple le modèle de Dugdale-Barenblatt - figure III.13 - dont le


chargement sur la zone plastifiée est représenté sur la figuré III.13b. On peut choisir pour le
calcul de l’intégrale J le contour Γ indiqué sur cette figure.

x X
−σ E

CTOD δ 2uy

ρ Γ

Figure III.13 : Modèle de Dugdale-Barenblatt

Si la longueur ρ de la zone endommagée est grande devant le CTOD δ, le premier terme de


r
l’intégrale J (relation III.11) est nul puisque dy ≈ 0 . La normale au contour Γ étant y ,
l’intégrale J est alors donnée par :

J =σE z Γ
∂u y ( x )
∂x
ds

Si on prend l’origine du repère à l’extrémité de la zone endommagée, ce qui revient à faire le


changement de variable X=x-ρ, le déplacement uy ne dépend que de X à δ fixé et l’intégrale J
s’écrit :

J = 2σ E z 0
ρ
z δ
du y ( X ) = σ E dδ = σ E δ
0
III.22

Cette relation est similaire à la relation III.6 établie précédemment en ne considérant que le 1er
terme du développement limité de Log(cos). Une telle hypothèse n’a pas été nécessaire pour

69
obtenir la relation III22. Ainsi le modèle de Dugdale-Barenblatt, appliqué à un matériau
fissuré, dont le comportement est élastique plastique parfait, sollicité en mode I et en
contraintes planes, prévoit m=1 à la fois dans des conditions élastiques et élastoplastiques.

On peut également montrer à partir du champ de déplacement HRR, qu’il existe une relation
du type J = mσ E δ entre le CTOD et l’intégrale J. Le champ de déplacement prévu par
l’approche HRR, est de la forme :

FG EJ IJ
n
ασ E n +1
ui = ru~i (θ , n) III.23
E H ασ I r K
2
E n

En utilisant la procédure, proposée par Rice, de détermination du CTOD indiquée sur la figure
III.14 il apparaît que :

δ
= r * − u x (r *, π ) ≈ u y (r *, π ) III.24
2

uy
r*
δ
ux

Figure III.14 : Procédure de détermination du CTOD

La relation III.23 peut aussi s’écrire :

F ασ IJ FG J IJ
1 n
1
u =G
n +1 n +1
u~i (θ , n)
H E K Hσ I K
E
i r n +1

E n

En utilisant cette relation dans III.24 on obtient :

IJ FG J IJ
n

FG ασ
1
n +1 1
n +1
r n +1 u~x (θ , n) + u~y (θ , n) = r *
H E K Hσ I K
E

E n

La résolution de cette équation permet de déterminer r* :

70
F ασ IJ
1
n +1
r* = G
n J
u~x (θ , n) + u~y (θ , n)
H EK
E n
σ E In

Connaissant r* on détermine le CTOD δ = 2u y (r *, π ) , soit :

dn J
δ= III.25
σE
avec

L ασ nu~ (θ , n) + u~ (θ , n)sOP
1

2u~ bπ , n g M
n
E

dn =
y
NE x
Q y
III.26
In

Les figures III.15a et III.5b montrent l’allure des courbes dn en fonction de 1/n pour α=1. On
peut observer la forte influence de l’exposant d’écrouissage en contraintes planes comme en
déformations planes et l’augmentation de dn lorsque le rapport σE/E augmente.

1 1

dn dn
σσEE/E
/E
σE/E

0 0
0 1/n 0,6 0 1/n 0,6

a- Contraintes planes b- déformations planes

Figure III.15 : Allure des courbes d n = d n (n)

En comparant les relations III.20 et III.25, il apparaît que dn = 1/m .Par ailleurs, comme le
prévoit le modèle de Dugdale-Barenblatt, dn = 1 pour un matériau non écrouissable ( n → ∞ )
en contraintes planes.

On voit bien qu’il existe une relation unique entre le CTOD et l’intégrale J. Ces deux
quantités équivalentes, sont des paramètres caractéristiques des conditions qui existent à
l’extrémité d’une fissure dans un matériau élastoplastique. La ténacité d’un matériau peut
donc être quantifiée à partir d’une valeur critique de l’intégrale J ou du CTOD.

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