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Mathieu Tout Les Chapitres

Ce chapitre présente la généalogie de Jésus selon Matthieu, reliant Jésus aux promesses faites à Abraham. Il décrit également la naissance de Jésus à Bethléhem et la visite des mages, ainsi que la fuite en Égypte pour échapper à Hérode.

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Mathieu Tout Les Chapitres

Ce chapitre présente la généalogie de Jésus selon Matthieu, reliant Jésus aux promesses faites à Abraham. Il décrit également la naissance de Jésus à Bethléhem et la visite des mages, ainsi que la fuite en Égypte pour échapper à Hérode.

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1  

                       Matthieu 1 v. 1 à 17
 

La voix des prophètes s'est tue depuis quatre cents ans. Pour Dieu «l'accomplissement du
temps est venu» (Gal. 4 v. 4). Il va parler «dans le Fils» et faire connaître à son peuple, au
monde, ainsi qu'à chacun de nous personnellement, la bonne nouvelle de l'Évangile (Héb. 1
v. 1, 2). Elle se résume en peu de mots: le don de ce Fils.

Mais comment faire entrer nos esprits limités dans la connaissance d'une telle Personne? Dieu
y a pourvu en nous donnant quatre évangiles afin de nous permettre de considérer la gloire de
son Fils sous plusieurs aspects, comme on met en relief un objet de grand prix sous des
éclairages différents. Matthieu est l'évangile du Roi. Une généalogie est nécessaire ici pour
placer d'emblée le Messie dans le cadre des promesses faites à Abraham et prouver de façon
irréfutable son titre d'héritier au trône de David (Gal. 3 v. 16 et Jean 7 v. 42). De cette longue
liste, certains noms tristement illustres (Achaz, Manassé, Amon…) n'ont pas été effacés.
D’autres: Rachab (Rahab), Ruth, la femme d’Urie, rappellent la grâce divine qui se manifeste
envers ceux et celles qui n’avaient aucun droit. C’est cette grâce qui maintenant va donner un
Sauveur à Israël, au monde entier... et donc à vous et à moi. Qu'il s'agisse d'un patriarche, d'un
roi, ou d'une femme peu recommandable, chacun a besoin du même salut et du même
Évangile.

2                         Matthieu 1 v. 18 à 25 ; 2 v. 1 à 6


 

Jésus a voulu entrer dans ce monde à la manière de tous les hommes, c'est-à-dire par la
naissance. Objets d'une faveur exceptionnelle, Joseph et Marie ont été choisis pour accueillir
et élever l'Enfant divin. Les conseils de Dieu s'accomplissent; en accord avec les prophéties,
la naissance de l'héritier au trône de David a lieu dans la ville royale de Bethléhem. Et vous
remarquez qu'il n'est pas question dans cet évangile de la crèche qui lui servit de berceau, ni
de rien qui rappelle sa pauvreté. Au contraire, Dieu veille à ce que son Fils soit honoré par
quelques nobles visiteurs: ces mages venus de l'Orient. Quant aux principaux parmi les Juifs,
aucun n'est moralement qualifié pour venir se prosterner devant le Messie d'Israël. Ils ne
désirent pas sa venue. Nous sommes d'ailleurs dans une des périodes les plus ténébreuses de
l'histoire de ce peuple. Le cruel Hérode règne à Jérusalem en violation de Deut. 17 v. 15, car
c'était un Édomite!

À l'exception d'un petit nombre d'âmes pieuses que Luc nous fera connaître, personne en
Israël n'attendait le Christ. Et aujourd'hui, parmi tous ceux qui se réclament de Lui, combien
attendent vraiment son retour?

3                         Matthieu 2 v. 7 à 23
 

Après un long voyage, préfiguration du Ps. 72 v. 10, les mages ont été conduits par l'étoile
auprès du petit enfant. Grand sujet de joie pour eux! Ils le rencontrent, lui présentent leurs
hommages, leurs offrandes, et s'en retournent «par un autre chemin». N'est-ce pas l'histoire de
toute personne qui vient au Sauveur?

Les desseins meurtriers d'Hérode sont déjoués. Et en même temps le sont ceux de Satan,
cherchant à se débarrasser dès son entrée dans le monde de Celui qui deviendra son
vainqueur. Le voyage en Égypte, moyen ordonné de Dieu pour soustraire le petit enfant à ces
plans criminels, illustre aussi la grâce de Celui qui a voulu suivre le même chemin que son
peuple autrefois.

Deux noms ont déjà été donnés à l'Enfant divin au chapitre précédent: Celui de Jésus (Dieu
Sauveur: ch. 1 v. 21) si précieux au cœur de chaque croyant. Puis son nom d'Emmanuel
(Dieu avec nous; ch. 1 v. 23). Il s'y ajoute maintenant celui de «Nazaréen» (v. 23) avec une
triple signification: Jésus a été moralement séparé et consacré à Dieu selon Nomb. 6. Il a
aussi été sur le tronc d'Isaï (père de David) une branche nouvelle portant du fruit (voir note et
És. 11 v. 1). Enfin il sera, durant trente années, citoyen inconnu de la ville méprisée de
Nazareth (Jean 1 v. 47).

4                         Matthieu 3 v. 1 à 17
 

Comme un ambassadeur précède un haut personnage, Jean le baptiseur proclame la prochaine


apparition du Roi. Seulement ce dernier ne peut prendre place au milieu d'un peuple
indifférent à son état de péché. La prédication de Jean est donc un appel à la repentance.
Mais, aux pharisiens et aux sadducéens qui venaient à son baptême en propres justes, il
annonce le jugement.

On comprend que Jean soit déconcerté quand celui dont il ne s'estimait pas digne de porter les
sandales se présente à son tour pour être baptisé par lui. Mais nous entendons au v. 15 la
première parole prononcée par Jésus dans cet évangile: «Laisse faire maintenant…».
L'homme n'a su faire que le mal; il convient dorénavant de laisser Dieu agir en Christ et
«accomplir toute justice» (Rom. 10 v. 3). «Alors il Le laissa faire», est-il dit de Jean, bien que
ce soit lui qui baptise. N'avons-nous pas toujours intérêt, nous aussi, à laisser faire le
Seigneur?

Jésus remonte aussitôt de l'eau car il n'a, lui, rien à confesser. Et voici que le ciel s'ouvre pour
lui rendre un double témoignage: Le Saint Esprit descend sur lui comme l'huile de l'onction
qui jadis désignait le roi (comp. 1 Sam. 16 v. 13). En même temps il reçoit de son Père une
douce parole d'amour et d'approbation.

 
5                         Matthieu 4 v. 1 à 11
 

Revêtu de la puissance de l'Esprit, Jésus est prêt à accomplir son ministère. Mais, comme tout
serviteur de Dieu, il est nécessaire qu'il soit premièrement mis à l'épreuve. Aussi a-t-il affaire
au grand ennemi. Pour faire sortir un homme de Dieu du sentier de l'obéissance, Satan utilise
deux principales tactiques: Il présente des choses effrayantes dans le chemin (pour Christ ce
sera tout particulièrement le combat de Gethsémané). Ou bien, au contraire, il offre des objets
désirables à côté du chemin. Et c'est ce que le diable fait ici.

Mais remarquons qu'en citant le Ps. 91, v. 11, 12, il se garde d'y ajouter le verset suivant qui
fait allusion à son propre écrasement: «Tu marcheras sur le lion et sur l'aspic, tu fouleras le
lionceau et le dragon». L'aspic, c'est le serpent, dont Gen. 3 v. 15 annonçait qu'il aurait la tête
brisée par Christ, «semence de la femme». Alors qu'en Éden, ne manquant de rien, le premier
Adam avait essuyé une triple défaite par la convoitise de la chair, celle des yeux et l'orgueil de
la vie, l'Homme parfait triomphe au désert du serpent ancien par la souveraine parole de son
Dieu (1 Jean 2 v. 16; Ps. 17 v. 4). Et, en ce qu'il a souffert lui-même étant tenté, il est
maintenant à même de secourir ceux qui sont tentés (Héb. 2 v. 18).

6                         Matthieu 4 v. 12 à 25
 

La citation d'És. 9 v. 1, 2, comporte au v. 16 une légère variante. Au temps du prophète le


peuple «marchait» encore dans les ténèbres. Il est maintenant «assis», ayant pris sa place loin
de la lumière de Dieu et ayant perdu tout courage, toute espérance. C'est précisément le
moment où Dieu peut intervenir. Celui qui est la Lumière paraît, apportant la délivrance. Il
passe. À son appel, saisis par son amour, quelques disciples s'attachent à lui et le suivent.
Deux ici; deux là: Simon et André; Jacques et Jean. C'est pour ces hommes l'instant décisif,
celui qui soudain a tout changé dans leur vie et qu'ensuite ils n'oublieront plus (ch. 19 v. 27).
Oui, ils quittent aussitôt leur père, la nacelle, les filets. Mais c'est pour trouver un Maître
comme il n'y en eut jamais d'autre et la promesse d'une tâche nouvelle: ils deviendront
pêcheurs d'hommes. Le moment venu, le Seigneur fera d'eux des évangélistes et des apôtres.

Tous les chrétiens ne sont pas appelés à abandonner leur gagne-pain ou à renoncer à jouir des
liens de famille. Mais tous ont entendu un jour ou l'autre dans leur cœur la voix connue qui
leur disait: «Suis-moi». Y avez-vous répondu?

Les v. 23 et 24 résument admirablement toute l'activité d'amour du Seigneur Jésus.

7                         Matthieu 5 v. 1 à 16
 

Suivre Jésus, c'est d'abord lui obéir (Jean 12 v. 26). Dès lors on peut manifester les mêmes
caractères que lui. Ces caractères, le Seigneur va maintenant les enseigner à ses disciples.
Bienheureux ceux qui ont une foi simple et ne font pas valoir leur propre intelligence; ceux
qui s'affligent de la méchanceté du monde, sans se lasser pour autant d'y exercer la bonté et la
miséricorde; ceux qui supportent pour le nom du Seigneur toutes sortes d'injustices et de
persécutions… Ce n'est pas le genre de bonheur que souhaite la majorité des hommes, loin de
là. Mais aux croyants, il suffit pour être heureux, bienheureux, d'avoir l'approbation du
Seigneur. Et les joies du royaume leur sont réservées. Aux v. 13 et 14, il s'agit de leur
position actuelle. En se tenant séparé du mal, le chrétien remplit sur la terre le rôle du «sel»
qui préserve de la corruption. Il est aussi «lumière», responsable de faire briller les caractères
moraux de Dieu devant les hommes et d'abord aux yeux de «ceux qui sont dans la maison»: sa
propre famille. Le boisseau, récipient à mesurer, est le symbole de l’activité, le lit (Luc 8 v.
16) celui de la paresse; deux extrêmes susceptibles l'un comme l'autre d'éteindre tout le
rayonnement que devrait avoir un enfant de Dieu.

8                         Matthieu 5 v. 17 à 30
 

On ne peut lire ces v. 17 et suivants sans être saisi de crainte. Non seulement le Seigneur y
déclare qu'il n'est pas venu abolir la redoutable loi de Dieu qui nous condamnait tous, mais
voici qu'il donne une interprétation beaucoup plus sévère encore de la volonté divine. Jusque
là un Israélite scrupuleux pouvait espérer mériter la vie éternelle quand il avait plus ou moins
«gardé toutes ces choses dès sa jeunesse» (voir Marc 10 v. 20). À présent les paroles de Jésus
ne lui laissent aucune illusion. Si telles sont les exigences de la sainteté de Dieu, qui donc peut
être sauvé? Oui, la pleine mesure de la justice divine était là dans cet homme incomparable.
Mais la même personne qui était venue la faire connaître était aussi venue l'accomplir à
notre place (v. 17; Ps. 40 v. 8 à 10).

L'ancien judaïsme ne se préoccupait pas de ce que Dieu pensait de la colère ni des regards
impurs. Il n'en condamnait que les fruits extrêmes: le meurtre et l'adultère. Les
commandements du Seigneur, par contre, remontent à la source de ces actes coupables et
nous font prendre conscience qu'elle est dans notre cœur, capable des mêmes effets (ch. 15 v.
19). Car, avant d'entendre parler de grâce, il est nécessaire que nous comprenions à quel
point nous en avons besoin.

9                         Matthieu 5 v. 31 à 48
 

Celui qui parle ici, ne l'oublions pas, c'est le Messie, le Roi d'Israël. Son enseignement a été
appelé la charte du royaume, car il expose les conditions que devront remplir ceux qui en
deviendront les sujets. Mais quelle différence avec les constitutions et les codes des nations
d'ici-bas, lesquels sont basés sur la défense des droits des personnes et sur la règle égoïste:
«chacun pour soi»! Tandis que l'enseignement de Jésus établit non seulement des principes de
non-violence, mais d'amour, d'humilité et de renoncement, absolument étrangers à l'esprit
de ce monde. Certains pensent que de tels préceptes sont inapplicables sur la terre où nous
vivons. Les chrétiens qui les réaliseraient à la lettre ne seraient-ils pas des victimes sans
défense, à la merci de n'importe quel abus? Soyons certains que Dieu saurait alors les
protéger. De plus un tel comportement constituerait un puissant témoignage, capable de
confondre ceux qui voudraient nuire au croyant et même d'amener leur conversion. Ces v. 38
à 48 nous humilient et nous reprennent. Quelle distance nous sépare de Celui dont nous
parlent 1 Pier. 2 v. 22, 23; Jacq. 5 v. 6 et tant d'autres passages ! Mais ce qui donnait autorité à
l’enseignement du Seigneur, c’est justement qu’Il faisait ce qu’Il enseignait (ch. 7 v. 29).

10                   Matthieu 6 v. 1 à 18
 

Les aumônes (v. 1 à 4), les prières (v. 5 à 15) et les jeûnes (v. 16 à 18) sont trois principales
manières par lesquelles les hommes pensent s'acquitter de leurs «devoirs religieux». Quand
ces actes sont faits de manière à être remarqués par autrui, la considération qu'on en retire,
tient déjà lieu de récompense (Jean 5 v. 44). Hélas! Le cœur humain est si rusé qu'il se sert
des meilleures choses pour se donner de l'importance. Les dons les plus généreux, pourvu
qu'on les voie, peuvent aller de pair avec le pire égoïsme; la contrition peut être sur le
visage… et le contentement de soi-même au fond du cœur.

Le Seigneur nous enseigne comment prier. Il ne s'agit en aucune façon d'un acte méritoire,
mais de l'humble présentation de nos besoins à notre Père céleste, dans le secret de notre
chambre. Nos prières ne sont-elles pas trop souvent des phrases machinales, de fastidieuses
répétitions (voir Eccl. 5 v. 2)? Oui, même cette belle prière enseignée par le Seigneur à ses
disciples (v. 9 à 13), parfaitement adaptée aux besoins du moment, est devenue pour beaucoup
une vaine redite. L'enfant de Dieu a des privilèges que l'Israélite ne possédait pas. Il peut
s'approcher en tout temps, par l'Esprit, du trône de la grâce au nom du Seigneur Jésus. En
profitons-nous assez?

11                   Matthieu 6 v. 19 à 34
 

L'œil simple est celui qui ne se porte que sur un seul objet. Cet objet, ce «trésor», pour le
croyant, c'est Christ. Nous le contemplons «à face découverte» dans la Parole, et cette vision
illumine tout notre être intérieur (lire 2 Cor. 3 v. 18 et 4 v. 6, 7). Notre cœur ne peut pas se
trouver à la fois dans le ciel et sur la terre. Chérir un trésor céleste et en même temps amasser
pour ici-bas sont par conséquent deux occupations absolument incompatibles. Tout comme il
est impossible de servir plus d'un seul maître (v. 24). Sinon les ordres reçus seraient souvent
contradictoires. Mais en renonçant à Mammon (les richesses; voir Luc 16 v. 13), ne va-t-on
pas s'exposer à des privations, courir le risque de manquer du nécessaire pour le temps
présent? Le Seigneur prévient cette mauvaise excuse: «C'est pourquoi je vous dis: Ne soyez
pas en souci…» (v. 25). Ouvrons les yeux comme Jésus nous y invite. Observons dans la
Création les petits témoins innombrables de la sollicitude touchante et de la bonté du Père
céleste: les fleurs, les oiseaux… (comp. Ps. 147 v. 9).

Non, Dieu ne sera jamais le débiteur de ceux qui feront passer ses intérêts avant les leurs, de
ceux qui Le choisiront (Luc 10 v. 42). Mais il faut commencer par là.

12                   Matthieu 7 v. 1 à 14
 

Les v. 1 à 6 et v. 12 placent devant nous les motifs qui doivent régler nos rapports avec les
hommes, nos frères. Pour tenter d'apporter des solutions à ce problème, de grands penseurs de
toutes les civilisations ont rempli des bibliothèques entières de leurs doctrines sociales,
politiques, morales, ou religieuses. Au Seigneur, il suffit d'un petit verset pour exprimer et
contenir Sa solution, divinement sage, parfaite et définitive: «Toutes les choses donc que
vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur, vous aussi, de même» (comp. Rom.
13 v. 10). Règle d'or, que nous avons chaque jour mainte occasion de mettre en pratique.
Apprenons à nous mettre toujours à la place de ceux à qui nous avons affaire.

Les v. 13 et 14 nous rappellent que s'il y a deux maîtres, il existe aussi deux chemins, deux
portes. Le chemin large est celui du grand nombre. Et cela en dépit d'un poteau indicateur
de nature à faire trembler: par ici «la perdition» (v. 13)! En revanche, peu nombreux sont
ceux qui trouvent (parce que peu nombreux ceux qui cherchent — voir v. 7) le chemin qui
mène à la Vie. «Étroite est la porte». On n'y pénètre qu'après avoir abandonné les bagages du
moi et de la propre justice ainsi que les fardeaux dont nos vies sont souvent encombrées.

13                   Matthieu 7 v. 15 à 29
 

Puisque c'est à leurs bons fruits que se reconnaissent les bons arbres, ne voilà-t-il pas au v. 22
d'excellentes personnes? Elles se présentent apparemment les mains pleines d'œuvres
méritoires: prophéties, miracles, démons chassés… avec à tout propos le nom du Seigneur sur
les lèvres. «Je ne vous connais pas», leur répondra solennellement le Seigneur Jésus. Vos
fruits ne sont pas ceux de l'obéissance à Dieu.

Tous ces enseignements ne sont pas difficiles à saisir. Ce qui nous manque d'ailleurs, ce n'est
pas de les comprendre, mais bien de les réaliser. C'est pourquoi, en achevant ses discours, le
Seigneur illustre par une courte parabole la différence entre cette mise en pratique et le fait
d'écouter seulement. Voici deux maisons extérieurement semblables. Mais descendez au
sous-sol et regardez! L'une se fonde sur le roc de la foi en Jésus Christ (1 Cor. 3 v. 11); son
constructeur a creusé profondément (Luc 6 v. 48). L'autre maison, elle, ne repose que sur le
sable mouvant et incertain des sentiments humains. Jusqu'à l'épreuve — l'épreuve nécessaire
— on a pu les confondre. Ensuite,… eh bien! Cherchez ce qu'est devenue la seconde maison.
Prudent et Insensé, tels sont respectivement les noms des deux constructeurs. Quel est votre
nom?

14                   Matthieu 8 v. 1 à 17
 

Le service d'amour et de justice du Seigneur succède à son enseignement. Nous assistons


d'abord à trois guérisons. Le lépreux du v. 2 connaît le pouvoir de Jésus. Mais il doute de son
amour: «Si tu veux, tu peux…». Jésus voulait et le guérit (Os. 11 v. 3 fin).

Le centurion de Capernaüm s'approche dans le double sentiment de l'autorité toute-


puissante du Seigneur et de sa propre indignité. «Dis seulement une parole…». Cette foi
exceptionnelle étonne et réjouit le Seigneur Jésus. Il la donne en exemple à ceux qui le suivent
et elle nous humilie aussi, n'est-ce pas?

Enfin il est nécessaire que le Maître agisse également dans les familles des siens. Il guérit la
belle-mère de son disciple Pierre.

Jésus ne s'est pas occupé des malades à la manière des médecins qui examinent, font un
diagnostic, rédigent une ordonnance, perçoivent leurs honoraires, et s'en vont. Il ne s'est pas
contenté de guérir. Il a Lui-même «pris nos langueurs et a porté nos maladies», remontant à
leur source qui est le péché. Il en a senti tout le poids, toute l'amertume (Jean 11 v. 35). Une
telle sympathie n'est-elle pas plus précieuse que la délivrance proprement dite? C'est
l'expérience de beaucoup de malades chrétiens.

15                   Matthieu 8 v. 18 à 34
 

Au scribe qui s'offre à le suivre où qu'il aille, le Seigneur ne cache pas que Son chemin est
celui d'un entier renoncement. Même les oiseaux du ciel, dont prend soin le Père céleste (ch. 6
v. 26), sont mieux partagés que leur Créateur ici-bas. Quel abaissement que le sien! Il n'a pas
eu sur la terre de lieu où reposer sa tête. Ce n'est que sur la croix, l'œuvre achevée, qu'il pourra
enfin reposer — ou baisser — la tête (même verbe grec: Jean 19 v. 30).

Au v. 21 un autre homme répond à son invitation par une excuse apparemment justifiée. Quoi
de plus légitime que d'assister à l'enterrement de son père? Toutefois, si urgent que paraisse
un devoir, aucun «premièrement» ne peut prendre la place de celui qu'a commandé le
Seigneur (ch. 6 v. 33). Il n'est pas dit ce qu'ensuite ont décidé ces deux hommes. Ce qu'il
importe que nous sachions c'est si nous nous avons répondu à l'appel du Seigneur Jésus.

La scène si connue et si belle de la traversée dans la tempête illustre le voyage terrestre du


croyant. Il rencontre bien des orages. Mais son Sauveur est aussi le Maître des éléments et Il
est avec lui (Ps. 23 v. 4). Il commande au vent et aux flots, à la maladie et à la mort, aux
puissances sataniques, comme le montre la délivrance des deux démoniaques du pays des
Gergéséniens.

16                   Matthieu 9 v. 1 à 17
 

Les différentes maladies que le Seigneur recontre et guérit sont autant d'aspects de la triste
condition dans laquelle il a trouvé sa créature. La lèpre met l'accent sur la souillure du péché;
la fièvre: sur l'agitation incessante de l'homme de ce monde. Le démoniaque est sous le
pouvoir direct de Satan, tandis que le sourd, l'aveugle et le muet (v. 27, 32; ch. 11 v. 5) ont
leur sens fermés aux appels du Seigneur et ne savent pas le prier. Enfin le paralytique que
l'on amène ici à Jésus démontre la totale incapacité de l'homme pour faire le moindre
mouvement vers Dieu (comp. Jean 5 v. 7). Il ne dit rien, il attend… il espère. Mais le divin
Médecin (v. 12) sait qu'une maladie autrement grave ronge l'âme de ce paralytique et Il
commence par le délivrer de celle-ci: «Tes péchés sont pardonnés». De quoi devrions-nous
nous inquiéter le plus en nous et chez les autres? D'une maladie ou d'un péché?

Suit l'appel de Matthieu raconté par lui-même. Il faisait partie de ces pécheurs pour lesquels
Christ était venu.

Enfin la question des disciples de Jean est l'occasion d'un nouvel enseignement: Pour contenir
le vin nouveau de l'Évangile, les vieilles outres de la religion judaïque ne faisaient plus
l'affaire.

17                   Matthieu 9 v. 18 à 38
 

Les Évangiles sont loin de nous raconter tous les miracles accomplis par le Seigneur Jésus
(voir Jean 21 v. 25). Dieu n'a consigné dans sa Parole que ceux qui correspondent à
l'enseignement qu'il veut nous donner. Ainsi la résurrection de la fille de ce chef de synagogue
a, entre autres, une application prophétique. Le Seigneur est vu comme étant en chemin pour
redonner la vie à son peuple Israël. Pendant ce temps (le temps actuel), Il est à la disposition
de tous ceux qui s'approchent de lui par la foi comme le fait cette femme au v. 20.

Il y avait assez de puissance en Jésus pour guérir «toute maladie et toute langueur» (v. 35). Et
il y avait assez d'amour dans son cœur pour porter tout son peuple comme le vrai Berger
d'Isarël (v. 36). Hélas! S'il rencontrait ici ou là de la foi, notamment chez ces deux aveugles
(v. 28, 29), il se heurtait aussi à la plus terrible incrédulité (v. 34).

Nous qui traversons le même monde et côtoyons les mêmes besoins (mais avec des cœurs
souvent si tristement insensibles; Jac. 2 v. 15, 16) demandons au Seigneur de nous donner une
vue plus large et plus distincte de sa grande moisson (Jean 4 v. 35). Et supplions-le d'y
pousser de nouveaux ouvriers (v. 38).

18                   Matthieu 10 v. 1 à 23
 

Les douze disciples sont devenus apôtres (v. 2). En les citant, Matthieu le publicain rappelle
son origine (voir ch. 21 v. 31 fin). Instruits par les paroles et l'exemple du divin Docteur, le
moment vient où ils sont envoyés (sens du mot apôtre) comme ouvriers dans la moisson. Un
enfant n'ira pas toute sa vie à l'école; c'est évident — bien que dans un sens le croyant soit
toujours à celle de Dieu. Mais, tôt ou tard, nous devrions avoir appris l'essentiel de nos
leçons, en particulier celle de notre complète incapacité naturelle. C'est alors seulement que
le Seigneur pourra nous utiliser. Remarquons quelques points de la plus haute importance:
C'est le Seigneur qui appelle, prépare, envoie, dirige, soutient, encourage et récompense ses
serviteurs. Ils ne vont pas de leur propre mouvement ou envoyés par des hommes. Ils
n'attendent de ceux-ci aucun salaire, mais donnent gratuitement ce qu'ils ont reçu
gratuitement. Combien ces simples vérités sont perdues de vue dans la chrétienté! Sous forme
de comités, de hiérarchies, d'organisations diverses, des personnes souvent bien intentionnées
se sont interposées entre le Seigneur et ses ouvriers pour le plus grand dommage de ces
derniers et surtout du travail qui leur avait été confié.

19                   Matthieu 10 v. 24 à 42
 

Le disciple n'est pas au-dessus de son maître (v. 24); il ne saurait prétendre à être traité mieux
que lui. Qu'il soit chrétien, ou juif au temps de la tribulation, le vrai disciple peut donc
s'attendre à rencontrer de la part d'un monde injuste et méchant, une opposition semblable à
celle qu'a rencontrée Jésus (voir v. 17 et 18). Mais ce sera pour lui l'occasion de goûter toutes
les ressources de la grâce, cette grâce illimitée qui connaît et préserve le racheté jusqu'à un
cheveu près (v. 30; voir 2 Cor. 12 v. 9).

Ce n'est pas seulement la haine du monde qui atteint le croyant fidèle mais il a fréquemment
affaire à l'hostilité de sa propre famille (v. 36). Qu'il ne se décourage pas! Le Seigneur a
expressément annoncé qu'il en serait ainsi, et il a aussi prévu des ressources pour son cas.

Prendre sa croix, c'est porter le signe distinctif des condamnés à mort. Autrement dit, c'est
montrer qu'on en a fini avec les plaisirs du monde, qu'on a fait abandon de sa volonté
personnelle. À vue humaine, cela revient à perdre sa vie. Non, affirme le Maître, c'est au
contraire la seule manière de la gagner. Mais encore faut-il que ce soit pour un motif
essentiel: «pour l'amour de moi», précise le Seigneur Jésus (2 Cor. 5 v. 14, 15).

20                   Matthieu 11 v. 1 à 19
 

Le Seigneur ne se contente pas d'envoyer des disciples, il poursuit son propre ministère. Jean
le baptiseur par contre, dès le ch. 4 v. 12, a terminé le sien dans la prison d'Hérode. La
question que ses disciples viennent poser à Jésus de sa part nous montre son découragement et
sa perplexité: Celui dont il avait été le grand précurseur n'établissait pas son royaume et ne
faisait rien pour le délivrer. N'était-il donc pas le Messie promis? Le Seigneur lui répond par
un message qui met avec douceur le doigt sur sa défaillance (v. 6). Mais vis-à-vis des foules,
il rend un témoignage sans réserve au plus grand de tous les prophètes (v. 7 à 15).

Quand il s'agit de l'entrée dans le royaume, la violence devient une qualité, et une qualité
indispensable (v. 12). Dieu nous ouvre tous ses trésors, encore faut-il de notre côté l'ardent
désir de posséder ce qu'Il nous offre; le saint zèle de la foi qui s'empare hardiment de toutes
les promesses divines. Hélas! Combien de jeunes gens, de jeunes filles qui par manque de
décision et d'énergie, par crainte de combats et de renoncements, sont restés derrière la porte.
N'oublions pas que les timides s'y trouveront en compagnie des incrédules, des meurtriers et
de tous les autres pécheurs sans repentance (Apoc. 21 v. 8).

21                   Matthieu 11 v. 20 à 30
 

C'est dans les villes de la Galilée que Jésus avait accompli la plupart de ses miracles. Mais les
cœurs étaient restés fermés ainsi qu'Ésaïe l'avait prophétisé: «Qui a cru à ce que nous avons
fait entendre et à qui le bras de l'Éternel a-t-il été révélé?» (És. 53 v. 1). À cette question
toutefois, Jésus peut donner une réponse «en ce temps-là» (v. 25) et rendre grâces à son Père:
«Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et… tu les as révélées aux petits
enfants». Puis se tournant vers les hommes, il les appelle: «Venez à moi»; venez avec cette
foi enfantine. Nul autre que moi ne peut vous révéler le Père. Et apprenez non seulement par
ma bouche mais de moi, par mon exemple, car je suis «débonnaire et humble de cœur» (Éph.
4 v. 20, 21).

Près de Jésus nous trouvons deux choses en apparence contradictoires: Le repos et le joug.
Ce dernier est la lourde pièce de bois servant à atteler les bœufs, symbole de l'obéissance et du
service. Mais celui du Seigneur est léger: son joug, c'était la volonté de son Père, et
l'accomplir était tout son délice. De même le racheté échange la fatigue et la charge du péché
(v. 28) contre le dévouement joyeux de l'amour (2 Cor. 8 v. 3 à 5). «Bienheureux les
débonnaires» avait annoncé le Seigneur Jésus (ch. 5 v. 5). N'ont-ils pas le privilège de Lui
ressembler?

22                   Matthieu 12 v. 1 à 21
 

Après avoir offert le vrai repos de l'âme (ch. 11 v. 28, 29), le Seigneur Jésus fait comprendre
que le repos légal du sabbat n'a plus sa raison d'être. Sur cette question du sabbat, les
Pharisiens cherchent à prendre en défaut successivement les disciples (v. 2), puis le Maître
lui-même (v. 10). Mais Lui se sert de cette occasion pour leur expliquer, en leur citant pour la
seconde fois le verset d'Os. 6 v. 6 (v. 7; voir ch. 9 v. 13 et Mich. 6 v. 6 à 8), que tout le
système basé sur la loi et les sacrifices était mis de côté par sa venue en grâce. À quoi servait
l'observation du quatrième commandement de la loi quand tous les autres étaient transgressés?
La miséricorde, elle aussi, réclamait ses droits. Et quelle prétention d'imposer le respect du
sabbat à Celui qui l'avait institué! En fait, tant que le péché régnait, personne ne pouvait se
reposer. Ni l'homme, chargé de ce fardeau; ni Dieu: le Père avec le Fils, travaillant à ôter le
mal en même temps que ses conséquences (Jean 5 v. 16, 17). Aussi, sans se laisser arrêter par
les conseils des méchants, le Serviteur parfait poursuit son œuvre. Il l'accomplit dans l'esprit
d'humilité, de grâce, de douceur qui, selon És. 42 v. 1 à 4 devait permettre de le reconnaître,
et qui a toujours un si grand prix pour le cœur de Dieu (comp. 1 Pier. 3 v. 4).

23                   Matthieu 12 v. 22 à 37
 

Les pharisiens haïssent le Seigneur Jésus parce qu'ils sont jaloux de son pouvoir ainsi que de
son autorité sur les foules. Ils contestent l'origine de ce pouvoir puisqu'ils ne peuvent contester
les miracles eux-mêmes. Comme ils l'ont déjà fait (ch. 9 v. 34; 10 v. 25), ils attribuent au chef
des démons la puissance du Saint Esprit que Dieu avait mise sur son Bien-aimé (v. 18;
comp. Marc 3 v. 29, 30). C'était là le blasphème contre l'Esprit Saint, péché qui ne pouvait
être pardonné. Non, l'œuvre du Seigneur était au contraire la preuve de sa victoire sur Satan,
l'homme fort. Il l'avait «lié» au désert par le moyen de la Parole (ch. 4 v. 3 à 10) et maintenant
lui enlevait ses captifs (voir És. 49 v. 24, 25). Puis Jésus montre à ces pharisiens qu'ils étaient
eux-mêmes sous l'empire de Satan: de mauvais arbres produisant de mauvais fruits.

«De l'abondance du cœur la bouche parle» (v. 34). Si c'est de Christ que notre cœur est
rempli, il nous sera impossible de ne pas parler de lui. «Mon cœur bouillonne… — s'écrient
les fils de Coré au Ps. 45 — Je dis ce que j'ai composé au sujet du roi». Inversement les
mauvaises pensées enfouies au plus profond de nous-mêmes monteront tôt ou tard à nos
lèvres. Et de toute parole même simplement oiseuse, chacun aura un jour à rendre compte.

 
24                   Matthieu 12 v. 38 à 50
 

Avec le ch. 12 s'achève la première partie de cet évangile. Le Messie étant rejeté par ceux qui
auraient dû être les premiers à le recevoir, Jésus commence à parler de sa mort et de sa
résurrection. C'était le grand miracle qui restait à accomplir et dont les Juifs possédaient
déjà une figure: l'histoire de Jonas englouti par le cétacé et rejeté vivant par celui-ci. En même
temps, le Seigneur montre à ces scribes et à ces pharisiens leur écrasante responsabilité. Ils
étaient pourtant bien plus instruits que jadis les païens de Ninive ou la reine de Shéba! Et
combien lui-même surpassait Jonas ou Salomon! Il était venu pour habiter cette maison
d'Israël, chassant le démon et balayant l'idolâtrie (comp. 8 v. 31 et 21 v. 12, 13). Mais il n'y
avait pas été reçu, et la maison restait vide… prête à abriter une puissance de mal beaucoup
plus terrible que la première. C'est ce qui arrivera à Israël sous le règne de l'Antichrist.

Les versets 46 à 50 montrent que Jésus ne peut même plus reconnaître ses proches. Il rompt
désormais les relations terrestres et naturelles avec son peuple et va expliquer par les
paraboles du ch. 13 ce qu'est le royaume des cieux et qui peut y être reçu.

25                   Matthieu 13 v. 1 à 17
 

Le cœur du peuple s'était endurci. Il avait volontairement fermé ses yeux et bouché ses
oreilles (v. 15). Aussi est-ce en paraboles, d'une manière cachée, que Jésus va lui parler
dorénavant. Ses enseignements seront réservés à ses seuls disciples. Oui, les v. 18 et 36, 37
nous prouvent que le Seigneur est toujours prêt à expliquer aux siens ce qu'ils sont désireux
de comprendre. La Bible contient bien des choses difficiles et obscures pour notre intelligence
naturelle limitée (Deut. 29 v. 29). Mais l'explication nous en sera donnée au bon moment si
nous en avons vraiment le désir (voir Prov. 28, fin du v. 5). Ne nous laissons donc pas
décourager par les passages ou les expressions que nous ne comprenons pas immédiatement.
Demandons au Seigneur de nous expliquer Sa Parole.

Le rejet du Messie par Israël a encore une autre conséquence: Ne trouvant pas de fruit à
récolter au milieu de son peuple, le Seigneur va maintenant ensemencer le monde de la
parole de l'Évangile. Celle-ci est appelée ailleurs «la parole implantée» qui a la puissance de
sauver les âmes (Jac. 1 v. 21). Mais, s'il n'y a qu'une seule espèce de semence, tous sont loin
de recevoir la Parole de la même manière. Comment l'avez-vous reçue?

26                   Matthieu 13 v. 18 à 30
 
Parmi ceux qui entendent la parole, le Seigneur, dans sa parfaite connaissance du cœur
humain, distingue quatre classes de personnes. La première est comparée au sol battu du
chemin, devenu dur à force d'être piétiné par tout le monde. Notre cœur ressemblerait-il à ce
chemin sur lequel le monde passe et repasse, de sorte que la Parole ne peut plus y pénétrer?

D'autres, comme ces «endroits rocailleux», sont des esprits superficiels. Leur conscience n'a
pas été profondément labourée par la conviction du péché. Aussi l'émotion fugitive ressentie
en entendant l'évangile n'est-elle que l'apparence de la foi.

Si la véritable foi a, nécessairement, des racines (invisibles), c'est à son fruit visible qu'elle se
fait connaître. Sans œuvres, la foi est morte, étouffée comme ces grains levés au milieu des
épines (Jac. 2 v. 17).

Mais la semence est aussi tombée dans la bonne terre où l'épi pourra mûrir en sa saison.

La parabole de l'ivraie nous apprend que l'ennemi n'a pas seulement ravi la bonne semence
chaque fois qu'il le pouvait (v. 19) mais qu'il en a aussi semé de la mauvaise pendant que les
hommes dormaient. Le sommeil spirituel nous met à la merci de toutes les mauvaises
influences. Aussi sommes-nous continuellement exhortés à la vigilance (Marc 13 v. 37; 1
Pier. 5 v. 8 etc.).

27                   Matthieu 13 v. 31 à 43
 

Dans les six «paraboles du royaume» qui font suite à celle du semeur, le Seigneur expose quel
va être le résultat de ses semailles dans ce monde. La parabole du grain de moutarde
devenant un grand arbre décrit la forme extérieure qu'a revêtue le royaume des cieux après le
rejet du roi, tandis que celle du levain caché dans la pâte met l'accent sur un travail secret
qui altère son caractère. C'est le temps de l'Église responsable. Après un très petit
commencement (quelques disciples), le christianisme a eu le grand développement que nous
lui connaissons. Mais son succès et son extension dans le monde ne sont nullement la preuve
de la bénédiction et de l'approbation de Dieu et ne le mettent pas — bien au contraire — à
l'abri des attaques de Satan. Il a été de bonne heure envahi par le mal (les oiseaux — cf. v. 4 et
19 — et le levain).

Le mélange qui caractérise la chrétienté professante est illustré d'une autre manière par la
parabole de l'ivraie du champ que le Seigneur explique ici. Nous savons que le nom de
chrétien est porté aujourd'hui par tous ceux qui sont baptisés, qu'ils soient ou non des enfants
de Dieu véritables. Le Seigneur supporte cet état de choses jusqu'au jour de la moisson (Apoc.
14 v. 15, 16). Il montrera alors par le sort final des uns et des autres ce qu'il pensait de chacun
d'eux.

28                   Matthieu 13 v. 44 à 58
 

Les courtes paraboles du trésor et de la perle soulignent deux vérités merveilleuses: le très
grand prix attaché par Christ à son Assemblée et payé pour l'acquérir: Il a vendu tout ce qu'il
avait; il a donné jusqu'à sa vie. En second lieu, la joie qu'il trouve en elle. Au v. 47, le filet de
l'évangile est jeté dans la mer des peuples. Le Seigneur avait annoncé à ses disciples qu'il
ferait d'eux des pêcheurs d'hommes. Voici donc les serviteurs à l'œuvre. Mais les poissons
ne sont pas tous bons,… ni tous les chrétiens de nom, des croyants véritables! C'est la Parole
qui permet de les distinguer: Le bon poisson se reconnaît à ses écailles et ses nageoires (Lév.
11 v. 9 à 11) et le vrai chrétien à son armure morale, à sa capacité de résister à la pénétration
et à l'entraînement du courant de ce monde.

À côté du trésor que le Seigneur a trouvé dans les siens (v. 44) le v. 52 nous montre celui que
le disciple possède dans Sa Parole. Est-elle pour chacun de nous le trésor d'où nous savons
tirer «des choses nouvelles et des choses vieilles»?

Hélas! Ce chapitre s'achève comme le précédent sur l'incrédulité des foules; elles ne voient en
Jésus que «le fils du charpentier». De sorte que sa grâce ne peut s'exercer envers elles.

29                   Matthieu 14 v. 1 à 21
 

Le ch. 11 nous a montré Jean le Baptiseur en prison. Nous apprenons ici qu'il y avait été jeté
par Hérode (fils de celui du ch. 2). Et pour quel motif? Jean n'avait pas craint de le reprendre
parce qu'il avait pris la femme de son frère. Maintenant le fidèle témoin paie de sa vie la
vérité qu'il a eu le courage de dire au roi. Sa mort entre dans le cadre des divertissements et
des fêtes de la cour royale; elle est l'affreux salaire du plaisir que s'est offert le méchant
(comp. Jac. 5 v. 5, 6). Hérode a beau être affligé sur le moment, il nourrissait depuis
longtemps le secret désir de faire mourir Jean (v. 5), car la haine de la vérité et de ceux qui
l'annoncent vont toujours de pair (Gal. 4 v. 16). À vue humaine, cette fin de Jean est tragique
et horrible; aux yeux de Dieu elle est l'achèvement triomphant de «sa course» (Act. 13 v. 25).

On lit entre les lignes ce qu'a été pour Jésus la nouvelle de la mort de son précurseur. N'était-
ce pas déjà l'annonce de son propre rejet et de sa croix? Il semble que sa tristesse lui fasse
éprouver le besoin d'être seul (v. 13). Mais déjà les foules le rejoignent et son cœur, ne
pensant qu'aux autres, s'émeut de compassion pour elles. Il accomplit en leur faveur de grand
miracle de la première multiplication des pains.

30                   Matthieu 14 v. 22 à 36
 
Cette scène de la barque au milieu de la tempête est l'image de la position actuelle des
rachetés du Seigneur. Pendant que lui est dans les cieux, absent mais priant et intercédant pour
eux, ils ont à traverser péniblement la mer agitée de ce monde. C'est la nuit morale: l'Ennemi
soulevant l'opposition des hommes agit comme le vent et les vagues qui annulent presque
l'effort des rameurs. Mais Jésus ne vient-il pas à la rencontre des siens? Sa voix familière
rassure les pauvres disciples. «Ayez bon courage ; c’est moi, n’ayez point de peur». Et la foi,
s'appuyant sur sa parole (viens!) porte Pierre au-devant de Celui qui l'aime. Mais soudain
cette foi manque et il enfonce. Que s'est-il passé? Pierre a quitté son Maître des yeux pour
regarder à la hauteur des vagues et à la violence du vent. Comme s'il était plus facile de
marcher sur une eau calme que sur une mer tourmentée! Mais il crie au Seigneur, qui aussitôt
vient à son secours.

Puis Jésus est reçu dans cette contrée de Génésareth où il n’avait pu faire que peu de miracles
à cause de leur incrédulité (ch. 13 v. 58). Figure du moment où son peuple qui l'a rejeté, le
reconnaîtra, lui rendra hommage et sera délivré par lui.

31                   Matthieu 15 v. 1 à 20
 

Le zèle religieux des pharisiens se bornait à observer strictement un certain nombre de


formes extérieures et de traditions. Et, sous le couvert de cette pieuse apparence (qui peut
faire illusion aux hommes mais ne saurait tromper Dieu) ils suivaient tous les penchants de
leur cœur naturel. Ils en étaient arrivés à se soustraire par avarice même aux devoirs les plus
élémentaires: comme celui de pourvoir aux besoins de leurs parents (v. 5; comp. Prov. 28 v.
24). La question du Seigneur (v. 3) répond coup pour coup à celle des pharisiens (v. 2). Ceux-
ci, par leurs traditions, annulaient les commandements de Dieu. Alors Jésus, dont ces
commandements faisaient précisément les délices, confond ces hypocrites par leurs propres
Écritures. Puis, à l'intention des disciples qui sont eux-mêmes déconcertés par ses paroles, il
met à nu la méchanceté du cœur humain et démontre sa ruine complète. Oui, les mains
peuvent être soigneusement lavées… alors que le cœur est rempli de souillure. Eh bien! Nous
reconnaissons combien est vrai cet inventaire effrayant du contenu du cœur de l'homme, de
notre propre cœur (v. 19, 20)! Quand bien même nous le masquons sous des apparences
flatteuses et respectables!

32                   Matthieu 15 v. 21 à 39
 

Jésus rend visite aux quartiers de Tyr et de Sidon. Ces villes païennes, avait-il déclaré, étaient
moins coupables que celles de la Galilée où il avait accompli la plupart de ses miracles (ch. 11
v. 21, 22). Mais elles n'avaient aucune part aux bénédictions du «Fils de David» (v. 22); elles
étaient étrangères aux alliances de la promesse (Éph. 2 v. 12). C’était notre cas, ne l’oublions
pas, à nous gens des nations. Le Seigneur, par une parole inhabituelle dans sa bouche,
commence par souligner cela à la pauvre Cananéenne qui le supplie pour sa fille. Et cette
femme reconnaît sa complète indignité. Quand nous prenons notre place devant Dieu la grâce
peut briller de tout son éclat. En effet, s'il y avait du côté de l'homme le moindre droit ou le
moindre mérite, il ne s'agirait plus de grâce mais de chose due (Rom. 4 v. 4). Pour mesurer
toujours mieux la grandeur de cette grâce envers nous, n'oublions jamais notre misère et notre
indignité devant Dieu.

Puis le Seigneur se tourne à nouveau vers son peuple. Selon le Ps. 132 v. 15, il bénit
abondamment ses vivres et rassasie de pain ses pauvres. Et ce qui le fait agir, dans ce second
miracle comme dans le premier, c'est la compassion dont son cœur est étreint pour ces foules
(v. 32; ch. 14 v. 14).

33                   Matthieu 16 v. 1 à 12
 

Une nouvelle fois les pharisiens demandent un signe (ch. 12 v. 38…); une nouvelle fois Jésus
les renvoie au signe de Jonas: sa mort qu'Il allait accomplir. Les chrétiens parvenus
aujourd'hui à la veille du retour du Seigneur Jésus, n'ont pas davantage de signes à attendre
avant sa venue. Leur foi repose sur sa promesse et non sur des preuves visibles, sans quoi elle
ne serait plus la foi. Et pourtant, que d'indices nous montrent que nous arrivons à la fin de
l'histoire de l'Église ici-bas! L'orgueil de l'homme s'enfle plus que jamais; le monde
christianisé manifeste les caractères annoncés en 2 Tim. 3 v. 1 à 5. Signes extérieurs aussi: le
peuple juif retourne dans son pays, les nations d’Europe cherchent à s'unir dans le cadre de
l'ancien empire romain… Ouvrons les yeux, levons-les vers le ciel: Jésus revient.

Le Seigneur laisse ces incrédules et s'en va (v. 4). Mais ce sont maintenant ses propres
disciples qui l'attristent par leur manque de confiance et de mémoire comme ils l'ont affligé
au ch. 15 v. 16, 17 par leur manque d'intelligence. Ne leur ressemblons-nous pas quelquefois?
Retenons l'exhortation que Dieu nous donne par la bouche de Pierre lui-même, à rejeter sur
Lui tout notre souci, car Il a soin de nous (1 Pier. 5 v. 7).

34                   Matthieu 16 v. 13 à 28
 

La question que pose le Seigneur à ses disciples nous apprend qu'à son sujet les opinions sont
partagées, et c'est encore le cas aujourd'hui. Mais vous, lecteur, pouvez-vous dire qui est
Jésus et ce qu'Il est pour vous? Le Père dicte à Simon sa magnifique confession: «Tu es le
Christ, le Fils du Dieu vivant». Voilà l'inébranlable fondement sur lequel le Seigneur
édifiera son Assemblée, dont chaque croyant, comme Simon, deviendra une pierre vivante.
Comment les forces du mal prévaudraient-elles contre ce qui est à Christ et qu'Il bâtit lui-
même? Et le Seigneur honorera son disciple d'une mission particulière: celle d'ouvrir (par ses
prédications) les portes du royaume aux Juifs et aux nations (Act. 2 v. 36; 10 v. 43).
«Dès lors», Jésus, mentionnant l'Assemblée, doit parler du prix qu'il va payer pour l'acquérir:
ses souffrances et sa mort. Hélas! le pauvre Pierre, qui l'instant d'avant parlait «comme
oracle de Dieu» devient ici un instrument de Satan. Ce dernier cherche à détourner Christ de
son chemin d'obéissance, mais il est aussitôt reconnu et repoussé.

Jésus qui s'avance le premier dans la voie de l'entier renoncement ne cache pas ce que cela
comporte de venir après Lui (comp. ch. 10 v. 37 à 40). Sommes-nous prêts à le suivre coûte
que coûte (Phil. 3 v. 8)?

35                   Matthieu 17 v. 1 à 13
 

Le ch. 16 se terminait sur la pensée des souffrances et de la mort de Jésus. Le ch. 17 s'ouvre
sur son apparition en gloire qui répond à la promesse faite aux disciples (ch. 16 v. 28). Après
le mépris dont son Fils a été l'objet de la part de son peuple Israël et toutes les formes
d'incrédulité qu'Il a rencontrées au chapitre précédent, Dieu a voulu donner à des témoins
choisis d'entre les hommes un avant-goût de ce que sera sa majesté royale. Quelle scène
grandiose! Mais les trois disciples sont incapables de la supporter. L'effroi s'empare d'eux
(après le sommeil: Luc 9 v. 32). Et finalement il est nécessaire que Dieu prenne la parole pour
empêcher que son Bien-aimé ne soit confondu avec les deux compagnons de sa gloire. Plus
tard seulement, après la résurrection, les disciples comprendront la portée de cette vision
magnifique et seront autorisés à la raconter. C'est ce que fera Pierre dans sa 2º épître (ch. 1 v.
17, 18). Mais à présent, tandis que Moïse et Élie retournent à leur repos, le Fils de Dieu revêt
de nouveau l'humble «forme d'esclave» qu'il n'avait quittée que pour un moment, et
descendant de la montagne, il reprend tout seul le chemin de la croix.

36                   Matthieu 17 v. 14 à 27
 

L'adoration du chrétien a pour effet de le transporter en esprit «sur la montagne», dans la


compagnie du Seigneur glorifié. Puissions-nous connaître plus souvent de tels moments! Mais
il faut savoir redescendre avec lui au milieu des circonstances de la vie dans ce monde, ce
monde où Satan règne. C'est l'expérience que font ici les disciples. La guérison de l'enfant
lunatique est pour Jésus l'occasion de souligner la toute-puissance de la foi.

La scène des v. 24 à 27 est à la fois instructive et touchante. Pierre, toujours prêt à s'avancer
sans réflexion, oubliant la vision de gloire et la voix du Père, s'est engagé au nom de son
Maître à acquitter l'impôt du temple. Jésus lui demande avec douceur s'il s'est jamais vu que le
fils d'un roi paie des impôts à son propre père. Or lui, Simon, L'avait peu avant reconnu
comme le Fils du Dieu vivant! Après cette mise au point, le Seigneur charge Pierre de payer
tout de même cette somme qu'Il ne doit pas. Mais en même temps il manifeste sa puissance:
il est Celui qui domine sur toute la création, y compris les poissons de la mer (Ps. 8 v. 6 à 8).
Et il manifeste aussi son amour: Il s'associe son faible disciples en payant également pour lui.

37                   Matthieu 18 v. 1 à 14
 

Le monde se complaît dans ce qui est grand. Les disciples n'échappent pas à cet esprit. Ils
désirent savoir qui est le plus grand dans le royaume des cieux. Le Seigneur leur répond que
la première chose est d'y entrer et que pour cela, il faut au contraire être petit. Afin de bien
graver cet enseignement dans leur esprit, il appelle un petit enfant et le place au milieu d'eux.
Nous avons peut-être de jeunes enfants dans notre entourage. Eux aussi sont placés près de
nous comme des modèles de confiance et de simplicité. Gardons-nous de les mépriser à
cause de leur faiblesse, de leur ignorance et de leur naïveté. Et gardons-nous davantage encore
de les scandaliser. Le mauvais exemple d'un aîné est le pire des pièges devant les pas de ses
cadets. Jésus répète donc ici ce qu'il a déjà dit au sujet des occasions de chute (comp. v. 8, 9 et
ch. 5 v. 29, 30).

Bien loin de dédaigner ces petits, Dieu répond à leur faiblesse par des soins particuliers. Des
anges sont chargés de veiller sur eux. Et n'oublions pas que le Seigneur Jésus est venu pour
les sauver (v. 11); ils sont mis au bénéfice de son œuvre s'ils meurent sans avoir atteint l'âge
de responsabilité. La parabole de la brebis perdue nous apprend quelle est la valeur d'un seul
de ces agneaux pour le bon Berger.

38                   Matthieu 18 v. 15 à 35
 

Le Seigneur explique comment doivent se régler les torts entre frères (v. 15 à 17). Et nous
pouvons y rattacher son enseignement concernant le pardon (v. 22; comp. Éph. 4 v. 32 et
Col. 3 v. 13). Mais c'est aussi pour lui l'ocacsion de reprendre le sujet de l'Assemblée en nous
donnant un verset, ou plutôt une promesse, d'une importance capitale: «Là où deux ou trois
sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux» (v. 20). De cette présence découle
tout ce dont a besoin le plus faible rassemblement de croyants réunis au nom de Jésus. La
bénédiction pourrait-elle manquer quand celui qui en est la source est là au milieu de ceux qui
s'attendent à Lui? Cette promesse est ici spécialement en rapport avec l'autorité conférée à
l'assemblée (lier et délier) et avec la prière des deux ou trois à laquelle tout est accordé.
Malheureusement certains chrétiens semblent oublier l'importance des réunions de prière.

La parabole de l'esclave aux dix mille talents (une somme fabuleuse), nous rappelle la dette
incalculable que Dieu nous a remise en Christ (Esd. 9 v. 6). Que sont à côté d'elle les petites
injustices que nous pourrons avoir à subir? Le pardon divin dont nous avons été les objets
nous rend responsables d'exercer à notre tour la miséricorde.
 

39                   Matthieu 19 v. 1 à 26
 

Au début de ce chapitre, Jésus répond à une question des pharisiens en condamnant de


nouveau le divorce (voir ch. 5 v. 31, 32).

Puis il bénit les petits enfants qui lui sont amenés et reprend ses disciples qui voudraient les en
empêcher. Faisons-nous partie de ceux qui apportent de jeunes âmes au Seigneur par la
prière? Ou bien sommes-nous au contraire de ceux qui les empêchent de venir?

Au v. 16 nous voyons un jeune homme s’approcher de Jésus avec un heureux désir: obtenir la
vie éternelle. Seulement la question était mal posée et le Seigneur voudrait le faire
comprendre à son visiteur. «Tu veux faire le bien? Eh bien! Voici les commandements»! La
réponse du jeune homme montre qu'il ne réalisait pas son incapacité de faire quelque bien que
ce soit. Alors le Seigneur lui apprend qu'une idole habite dans son cœur. Ce sont ses biens
temporels, obstacle qui empêche tant de personnes de venir à Christ et de le suivre! Non, la
vie éternelle ne s'obtient pas en faisant du bien. Et les meilleures dispositions avec les plus
grands dons naturels ne servent à rien pour la mériter… parce qu'elle ne se mérite pas. Elle
est le don gratuit que Jésus fait à ceux qui le suivent (Jean 10 v. 28).

40                   Matthieu 19 v. 27 à 30 ; 20 v. 1 à 16


 

Cette question qui préoccupait tant les disciples, savoir qui serait premier et dernier dans le
royaume des cieux est illustrée par une nouvelle parabole. Nous serions assez disposés peut-
être à prendre le parti des ouvriers mécontents et à trouver injuste la façon dont agit ce maître.
Mais considérons le récit de plus près. Les ouvriers du matin étaient «tombés d'accord» avec
le propriétaire (v. 2, 13). Ils estimaient leur travail à un certain prix. Au contraire les suivants
ont fait confiance au maître pour fixer «ce qui sera juste» (v. 4, 7). Ils n'ont pas à le regretter.
Dans le royaume des cieux, la récompense n'est jamais un droit. Tous sont des esclaves
inutiles selon Luc 17 v. 10 ; personne ne mérite rien. Tout dépend de la grâce souveraine de
Dieu et chacun reçoit ce qu’il lui faut pour vivre, indépendamment de son travail. D'autre part,
les ouvriers de la onzième heure ne sont-ils pas en réalité les moins favorisés de tous? Ils ont
manqué l'occasion et la joie de servir ce bon maître pendant la plus grande partie de la
journée. «Jésus est le meilleur maître» — dit un cantique — servons-le dès notre enfance,
c'est à lui qu'on ne peut être ni trop tôt ni trop longtemps.

Dans l'histoire des voies de Dieu, les premiers ouvriers tombés d'accord avec le maître
représentent Israël sous le régime de l'alliance; ceux de la onzième heure nous parlent des
«nations», objets de la grâce de Dieu.

 
41                   Matthieu 20 v. 17 à 34
 

C'est sur un sujet particulièrement intime et solennel que le Seigneur Jésus cherche la
compréhension de ses disciples: les souffrances et la mort qui l'attendent à Jérusalem. Eh
bien! La mère de Jacques et de Jean choisit ce moment pour lui faire une demande intéressée.
Elle serait fière de voir ses fils occuper les places d'honneur dans le royaume du Messie. Et les
dix de manifester leur indignation! Non pas peut-être parce que la demande était égoïste et
inopportune, mais parce que, secrètement, chacun d'eux ambitionnait cette première place
(Luc 22 v. 24). Hélas! Après tout ce que le Seigneur leur avait dit, ce petit enfant qu'il avait
placé au milieu d'eux, ils n'avaient donc rien compris ni retenu? Ne les jugeons pas! Combien
de peine nous avons à apprendre nos leçons, les mêmes leçons! Combien nous leur
ressemblons!

Alors, sans un reproche, avec une patience infinie, le Maître reprend son enseignement. Et,
cette fois, il l'appuie de son propre exemple par le v. 28, thème éternel de l'adoration des
rachetés.

Poursuivant son chemin qui monte à Jérusalem, Jésus guérit deux aveugles à la porte de
Jéricho. Soulignons chez ceux-ci la belle insistance de la foi et chez le Seigneur son immense
compassion.

42                   Matthieu 21 v. 1 à 17
 

Dans chacun des trois premiers évangiles, la traversée de Jéricho et l'entrée à Jérusalem
marquent le début de la dernière partie du voyage de notre Sauveur ici-bas.
L'accomplissement de Zach. 9 v. 9 était pour Israël une nouvelle preuve que c'était bien son
Messie qui venait le visiter. Il était impossible de le confondre avec un autre: «Juste et ayant
le salut, humble et monté sur un âne…». On se représente plutôt un roi hautain et superbe,
faisant son entrée dans sa capitale sur un cheval de guerre, à la tête de ses armées. Mais un roi
humble et débonnaire voilà une notion bien étrangère aux pensées des hommes.

Ces caractères de grâce et de douceur n'empêchent nullement le Seigneur d'agir avec la plus
grande sévérité lorsqu'il voit que les droits de Dieu sont foulés aux pieds (v. 12…). Il doit en
être de même de ceux qui sont ses disciples. La douceur qui doit les caractériser n'exclut pas
la plus grande fermeté (1 Cor. 15 v. 58). La présence de Jésus dans le temple produit divers
effets: En premier lieu une immédiate purification. Mais en même temps la guérison en
grâce des infirmes qui viennent à Lui. Puis la louange de la part des petits enfants. Enfin
également l'indignation et l'opposition des ennemis de la vérité.

 
43                   Matthieu 21 v. 18 à 32
 

Sur le chemin de Jérusalem, Jésus accomplit un miracle qui, exceptionnellement, n'est pas un
miracle d'amour, mais un signe avertisseur du jugement qui va tomber sur le peuple.
Considérons ce figuier: Rien que des feuilles! Toutes les formes extérieures de la piété, mais
pas un seul fruit! C'était l'état d'Israël… et c'est celui de tous les soi-disants chrétiens!

Ce miracle est pour Jésus l'occasion de rappeler à ses disciples la toute-puissance de la prière
de la foi. Puis il entre de nouveau dans le temple où les responsables du peuple viennent
contester son autorité. Par sa question, le Seigneur leur fait comprendre qu'ils ne peuvent
reconnaître cette autorité s'ils n'ont pas reconnu d'abord la mission de Jean le baptiseur.
Comme le second fils d’une autre parabole (Luc 15 v. 29), les chefs du peuple faisaient
ostensiblement profession d'accomplir la volonté de Dieu. Mais en réalité elle restait pour eux
lettre morte (Tite 1 v. 16). D'autres au contraire, autrefois rebelles, pécheurs notoires, se sont
repentis à la voix de Jean et ont fait ensuite cette volonté. Enfants de parents chrétiens, nous
risquons d'être largement devancés au ciel par des gens pour lesquels nous éprouvons peut-
être maintenant du mépris ou de la condescendance (voir ch. 20 v. 16). Pensons à notre
responsabilité!

44                   Matthieu 21 v. 33 à 46
 

Une autre parabole illustre le terrible état du peuple et de ses mauvais conducteurs. Dieu
attendait du fruit de sa vigne Israël. Il n'avait rien négligé pour en obtenir (comp. És. 5 v. 1,
2). Or les Juifs (et les hommes en général) ont montré non seulement leur incapacité d'en
produire, mais un esprit de révolte et de haine contre le légitime Possesseur de toutes choses.
Ils ont méconnu et rejeté ses esclaves les prophètes, ils s'apprêtent maintenant à chasser — et
de quelle manière — l'Héritier lui-même, afin de rester seuls maîtres de l'héritage — c'est-à-
dire du monde (1 Thess. 2 v. 15).

Le Seigneur amène ces hommes à prononcer leur propre condamnation (v. 40, 41). Puis il
montre qu'il est lui-même la «maîtresse pierre de coin, élue, précieuse» que Dieu avait posée
en Israël. Ceux qui bâtissaient (les chefs des Juifs) n'en avaient pas voulu selon le Ps. 118 v.
22, 23. Alors il est devenu à la fois la pierre d'angle d'une «maison spirituelle»: l'Assemblée,
et «un rocher de chute» pour les désobéissants (1 Pier. 2 v. 4 à 8). Selon ce passage, Christ
est, à proprement parler, la pierre de touche de la foi. Précieux auprès de Dieu, et ayant ce
prix pour nous qui croyons, il est rejeté par les hommes et devient une pierre d'achoppement
pour les incrédules.

45                   Matthieu 22 v. 1 à 22
 

La parabole des noces du fils du roi complète celle des méchants cultivateurs. Elle montre ce
qui se passera après le rejet de l'Héritier. Les Juifs, premiers conviés, refusent la grâce
annoncée par les apôtres (les esclaves du v. 3). Alors ces derniers se tourneront vers les
«nations» (Act. 13 v. 46).

Dieu fait aux hommes l'honneur et la grâce de les inviter. Vous avez, vous aussi, sa lettre
d'invitation entre les mains. Hélas! Le mépris et l'opposition sont les deux réponses qu'il
reçoit généralement (Héb. 2 v. 3). Car il ne suffit pas d'être convié (v. 3), il faut accepter,
venir… et venir à la manière ordonnée par Dieu, c'est-à-dire avec cette robe de justice
fournie par le Roi lui-même (comp. Phil. 3 v. 9). L'homme du v. 11 avait pensé que ses
propres habits feraient aussi bien l'affaire. Il représente ceux qui s'imaginent être reçus au ciel
avec leur propre justice; ils se joignent à l'Église mais ne reçoivent pas Christ comme leur
Sauveur personnel (ch. 5 v. 20; Rom. 10 v. 3, 4). Quelle confusion les attend et quel terrible
sort final!

Sourds à tous ces enseignements, les pharisiens et les hérodiens s'approchent avec une
question calculée pour «enlacer» Jésus. Mais il discerne aussitôt le piège enrobé de flatteries.
Et sa réponse inattendue retourne la flèche à ceux qui l'avaient envoyée.

46                   Matthieu 22 v. 23 à 46
 

D'autres contradicteurs, les sadducéens, viennent au Seigneur avec une question oiseuse. Ils
pensent par leur récit démontrer l'extravagance de la résurrection. Avant d'en donner la
preuve par les Écritures, Jésus s'adresse à la conscience de ces hommes et leur montre qu'ils
discutent sans connaître la Parole, sur la base incertaine (et toujours fausse) de leurs propres
pensées. C'est ce que font aujourd'hui nombre de personnes, en particulier celles qui
appartiennent à des sectes d'erreur et de perdition.

Battus sur le terrain de l'Écriture, les ennemis de la vérité reviennent à la charge (v. 34 à 40).
Ils reçoivent en réponse un résumé magistral de la loi tout entière… qui les condamne sans
appel. Alors, à son tour, Jésus pose à ses interlocuteurs une question qui leur ferme la bouche.
Rejeté, celui qui est à la fois le Fils et le Seigneur de David allait occuper une position
glorieuse. Et ceux qui, envers et contre tout, voulaient rester ses ennemis, trouvaient eux aussi
la place qui leur est réservée… comme le marchepied de ses pieds (v. 44). Il est toujours
impressionnant de voir des personnes si déterminées à suivre leur propre chemin qu'elles
refusent de s'incliner devant les enseignements bibliques les plus clairs (2 Tim. 3 v. 8).

47                   Matthieu 23 v. 1 à 22
 
Jésus, qui a déjoué toutes les attaques des chefs religieux, met maintenant en garde contre eux
les disciples et les foules. Ce qu'ils disaient de faire était en général excellent;
malheureusement ce qu'ils faisaient était bien différent (voir ch. 21 v. 30). Nous qui avons
peut-être appris tant de vérités bibliques et qui savons fort bien à l'occasion les rappeler aux
autres, sommes-nous sûrs de les mettre nous-mêmes en pratique (Jean 13 v. 17; Rom. 2 v.
21…)?

Quel contraste entre ces conducteurs-là et Christ le seul vrai conducteur (v. 8, 10)! Eux
recommandaient la loi; lui l'accomplissait (ch. 5 v. 17). Eux chargeaient sur les autres des
«fardeaux pesants et difficiles à porter» (v. 4); lui appelait ceux qui se fatiguaient et qui
étaient chargés, pour leur donner du repos (ch. 11 v. 28). Eux choisissaient les premières
places (v. 6); lui, de la crèche à la croix, a pris constamment la dernière. Il a été serviteur
avant d'être conducteur (v. 11). Nul ne sera plus haut élevé, car nul ne s'est abaissé plus
profondément. Mais de leur côté ces scribes et ces pharisiens, qui poursuivaient leur propre
gloire, iront à la ruine et à la perdition. Au lieu des béatitudes du commencement de son
ministère, «malheur» est le mot terrible que le Sauveur doit prononcer maintenant par sept
fois contre ces hommes si responsables.

48                   Matthieu 23 v. 23 à 39
 

Dans ces paroles véhémentes, le Seigneur condamne solennellement ce qu'on peut appeler «le
clergé» en Israël. Ils étaient doublement coupables, ces guides aveugles qui, non seulement
n'entraient pas eux-mêmes dans le royaume des cieux, mais qui de plus abusaient de leur
position d'autorité pour empêcher les autres d'entrer (v. 13). Pointilleux pour de très petites
choses, ils négligeaient les principales: le jugement, la miséricorde, la fidélité (v. 23). Avec
tout cela, leur masque hypocrite trompait la confiance des simples. Jésus, rempli
d'indignation, découvre leur vrai visage: Ce sont des «sépulcres blanchis» (morts
intérieurement), des «serpents», des meurtriers, fils de meurtriers.

Avant de quitter le temple et de laisser déserte cette maison où Dieu n'avait plus sa place,
Jésus s'exprime en termes pathétiques au sujet du jugement qui allait tomber sur Jérusalem.
Oui, nous comprenons un peu ce qu'a été pour son cœur divinement sensible ce mépris de la
grâce offerte: «Vous ne l'avez pas voulu» (ch. 22 v. 3; Os. 11 v. 7)! Parole accablante! Parmi
ceux qui devront l'entendre un jour, quel homme pourra rendre Dieu responsable de son
malheur éternel? Le salut en Christ lui aura été offert. Et il ne l'aura pas voulu.

49                   Matthieu 24 v. 1 à 14
 

Les disciples cherchent à faire partager au Seigneur leur fierté au sujet de ce temple qui
semble défier le temps… mais qui sera bientôt détruit. Aussi, les prenant à part, il va leur
exposer dans les ch. 24 et 25 la succession des événements prophétiques. Avant de répondre
une à une à leurs trois questions (Quand auront lieu ces choses? v. 15 à 28; quel sera le signe
de sa venue? v. 29 à 31; quel sera le signe de la consommation du siècle? v. 32 à 51), le
Seigneur commence par parler à leur conscience (v. 4). Une vérité doit toujours avoir un effet
moral: par exemple celui d'augmenter la crainte de Dieu ou l'amour pour le Seigneur. Sans
quoi la curiosité seule est nourrie et la conscience s'endurcit. Ici, il s'agit pour les disciples de
prendre garde. Ils sont encore de «petits enfants» dans la foi. Ils connaissent le Père que
Jésus leur a révélé (ch. 11 v. 27). Mais ils ne sont pas armés contre ceux que 1 Jean 2 v. 18
appelle «plusieurs antichrists», autrement dit les propagateurs d'erreurs diverses, et ils ont
besoin d'être avertis. Satan cherche à séduire par des contrefaçons (2 Thess. 2 v. 9, 10).
Avertis comme nous le sommes, ne nous laissons pas troubler (v. 6). Et veillons à ce que
notre amour pour Dieu et pour nos frères ne se refroidisse pas.

50                   Matthieu 24 v. 15 à 31
 

Les événements annoncés dans ces versets concernent Israël et ne se produiront qu'après
l'enlèvement de l'Église. Mais pour bien montrer qu'ils sont la conséquence de Son rejet aux
chapitres précédents, le Seigneur s'adresse à ses disciples comme si leur génération devait
traverser cette terrible période. En réalité quand l'Antichrist séduira les nations, souillera le
temple (v. 15) et persécutera les fidèles (v. 16…), les chrétiens de l'économie actuelle ne
seront plus sur la terre. Ainsi tous les avertissements et les encouragements donnés ici ne nous
concernent pas directement. Mais Jésus lui-même porte un grand intérêt à ces circonstances
qui précèdent sa venue en gloire (v. 30). Et il pense avec une profonde sympathie aux fidèles
qui souffriront alors. Il suppose aussi que ceux qu'il appelle ses amis partagent cet intérêt,
cette sympathie (Jean 15 v. 15). Nous en parler à l'avance (v. 25) constitue de sa part une
grande marque de confiance et d'amour (comp. Gen. 18 v. 17). N'est-ce pas là une raison
suffisante pour chercher à comprendre ces sujets de la prophétie? Et de plus, c'est une source
d'exhortations profitables en tous temps à tous les témoins du Seigneur. Exhortations telles
que: Persévérez (v. 13); priez (v. 20); veillez (v. 42).

51                   Matthieu 24 v. 32 à 51
 

Le Seigneur interrompt son exposé prophétique pour exhorter les siens à la vigilance et au
service. Le jugement va tomber subitement sur le monde. Il frappera les incrédules et les
moqueurs. Il atteindra également les indifférents, les indécis, les enfants de chrétiens qui ne
sont pas en même temps des enfants de Dieu. Peut-être est-ce votre cas? «C'est pourquoi,
vous aussi, soyez prêts» dit le Seigneur à chacun (v. 44). Au v. 45 un beau service est placé
devant ceux qui ont été établis par Lui: distribuer autour d'eux la nourriture de la Parole (Act.
20 v. 28; 1 Tim. 1 v. 12). Deux conditions sont à remplir: La fidélité, pour connaître cette
Parole et ne pas s'en écarter, la prudence, pour l'adapter aux besoins et aux circonstances des
autres. Mais dans la grande chrétienté demeurent aussi de méchants esclaves. Ils ont dominé
durement sur les âmes; ils se sont enivrés de plaisirs avec le monde (comp. 1 Thess. 5 v. 7…).
La cause: c'est qu'au fond d'eux-mêmes ils ne croient pas au retour du Maître. Car le serviteur
de Christ ne peut être fidèle et prudent qu'en gardant un heureux secret: chaque jour il
attend le Seigneur. «Mon âme attend le Seigneur, plus que les sentinelles n'attendent le
matin…» s'écrie l'auteur du Ps. 130.

52                   Matthieu 25 v. 1 à 13
 

Selon la coutume orientale, un époux arrivant de nuit pour le festin de ses noces était éclairé
et escorté par des jeunes filles, amies de l'épouse (nous dirions aujourd'hui des demoiselles
d'honneur; comp. Ps. 45 v. 9 et 14). Le Seigneur emploie cette illustration touchante pour
nous montrer de quelle manière il devait être attendu, lui, le céleste Époux. Chose juste, les
chrétiens dans leur ensemble se sont lassés de cette attente ! Le sommeil spirituel s'est emparé
d'eux tous et a duré bien des siècles. Il a fallu qu'à un moment récent de l'histoire de l'Église,
appelé très justement le Réveil, retentisse ce «cri de minuit»: «Voici l'époux!…». Le Seigneur
revient! Comme conséquence une différence est apparue: Les jeunes filles prudentes ont de
l'huile dans leur lampe; ainsi les croyants véritables sont prêts pour la venue du Maître et leur
lumière, celle du Saint Esprit, peut briller dans la nuit du monde. D'autres personnes comme
ces vierges folles, auront professé attendre le Seigneur sans posséder sa vie. C'est indûment
qu'elles portaient le beau titre de chrétien. Terrible illusion et non moins terrible réveil!

Ah! Que chacun s'interroge pendant qu'il est temps encore: Y a-t-il de l'huile dans ma lampe?
Suis-je prêt pour Son retour (Rom. 8 fin du v. 9)?

53                   Matthieu 25 v. 14 à 30
 

La parabole des dix vierges se rapportait à l'attente du Seigneur. Celle des talents considère
le côté du service. La vie du chrétien après sa conversion revêt ce double caractère: «servir le
Dieu vivant et vrai et attendre des cieux son Fils» (1 Thess. 1 v. 9, 10). Car attendre le
Seigneur ne signifie pas se croiser les bras jusqu'à ce qu'il vienne. Au contraire chaque racheté
a le privilège de pouvoir travailler pour Lui. Et il a reçu dans ce but, un certain nombre de
talents qu'il est responsable de faire fructifier: santé, mémoire, intelligence, loisirs, biens
matériels… Par-dessus tout il possède la Parole divine avec la connaissance qui y correspond
(1 Cor. 2 v. 12). Chers amis, même si nous sommes sauvés, nous pouvons ressembler plus ou
moins au méchant esclave. Sommes-nous sûrs de ne pas avoir égoïstement, paresseusement,
et de toute manière malhonnêtement, enfoui l'un ou l'autre de ces dons qui appartiennent au
Maître? Oui, qu'aurons-nous à lui rendre quand il viendra? Pourra-t-il nous faire entrer dans
sa joie, celle de l'œuvre achevée et de l'amour satisfait, joie qui était aussi «devant lui» (Héb.
12 v. 2)? La récompense, notons-le, est la même pour les deux premiers esclaves. Ce qui a du
prix pour le Seigneur, ce n'est pas tant les résultats (toujours peu de chose) que la fidélité.

54                   Matthieu 25 v. 31 à 46
 

Le v. 31 reprend le cours de la prophétie au moment où l'avaient laissé les v. 30 et 31 du ch.


24, c'est-à-dire à la venue du Seigneur en gloire pour son peuple terrestre. Pour ceux des
«nations» présents sur la terre (v. 32) sonnera alors le jour des récompenses ou du châtiment.
Et ce qui fera la différence entre eux, ce sera la manière dont ils auront accueilli les
ambassadeurs du Roi (ses frères — ici les juifs — v. 40) quand ceux-ci leur annonçaient
l'évangile du royaume (ch. 24 v. 14).

Certains ont voulu se servir de cette parabole pour appuyer la doctrine du salut par les
œuvres. Mais il est clair que nous sommes ici en dehors du temps de l'Église et de la foi
chrétienne proprement dite.

Toutefois, en laissant de côté cette question du salut, la déclaration du Roi est pleine
d'instruction pour nous chrétiens. Si le Seigneur Jésus était sur la terre aujourd'hui, quel
empressement nous mettrions à le recevoir, à le servir, bref à satisfaire ses moindres désirs.
Eh bien! Ces occasions nous les avons tous les jours. Dons, hospitalité, visites, tout ce que
nous faisons par amour pour quelqu'un, c'est d'abord pour Lui que nous l'accomplissons
(comp. Jean 13 v. 20; 1 Cor. 12 v. 12). Inversement ce que nous ne faisons pas, nous le
refusons au Seigneur.

55                   Matthieu 26 v. 1 à 16
 

Le Seigneur a terminé ses enseignements. Maintenant les derniers événements vont


s'accomplir. Pendant qu'à Jérusalem se trame le conseil des méchants (v. 3 à 5), une scène
bien différente se déroule à Béthanie. Rejeté et haï par les grands de son peuple, Jésus trouve
parmi d'humbles fidèles l'accueil, l'amour et, nous pouvons bien dire, l'adoration qui lui
reviennent. N'ayant plus place dans le temple, il est reçu dans la maison de Simon le
lépreux. La royauté lui a été refusée, mais un parfum de grand prix est répandu sur sa tête,
figure de l'onction royale. Cette femme discerne et honore le Messie d'Israël. «Pendant que le
roi est à table, mon nard exhale son odeur» (Cant. 1 v. 12). Le Seigneur est seul à comprendre
et à apprécier son acte. Mais qu'importe! Du moment que Lui y trouve du plaisir, personne n'a
le droit de donner du déplaisir à cette femme. De nouveau nous passons avec le v. 14 à une
scène de ténèbres. Le traître Judas qui venait de respirer lui aussi l'odeur du parfum, accomplit
son forfait et reçoit son salaire: trente pièces d'argent, le prix d'un esclave. Mais le prophète
Zacharie l'appelle, et non sans ironie, un prix magnifique, parce que c'est celui auquel le Fils
de Dieu devait être estimé (Zach. 11 v. 13).
 

56                   Matthieu 26 v. 17 à 30
 

On peut penser à ce qu'ont été les sentiments du Seigneur en mangeant cette pâque avec ses
disciples. Elle était la figure de ce dont lui-même allait être la réalité. Encore quelques
moments et le saint Agneau de la Pâque serait sacrifié (1 Cor. 5 v. 7). Mais il lui restait
d'abord à donner à ses disciples une marque toute particulière de son amour. Chaque année,
depuis la grande nuit de l'exode, la pâque annonçait en figure une œuvre à venir. Désormais
la cène rappellera chaque premier jour de la semaine au croyant que cette œuvre est
accomplie. Toutes les fois que nous la célébrons, nous annonçons la mort du Seigneur
jusqu'à ce qu'il vienne (1 Cor. 11 v. 26).

Après leur avoir distribué le pain, Jésus donne aussi la coupe aux siens en leur disant:
«Buvez-en tous». Oui, il veut que chacun d'eux participe avec lui à ce repas d'amour (sauf
Judas qui est sorti: Jean 13 v. 30). En sont-ils dignes? Pierre va le renier; tous les autres
s'enfuiront. Malgré cela Jésus leur dit — et dit encore à ses rachetés: «Buvez-en tous». Puis
il leur explique la valeur inestimable de son sang qui va être versé «pour plusieurs en
rémission de péchés». Lecteur, êtes-vous parmi ces «plusieurs»? S'il en est ainsi, quelle sera
votre réponse au désir exprimé par le Seigneur Jésus (comp. Ps. 116 v. 12 à 14)?

57                   Matthieu 26 v. 31 à 46
 

Plein de confiance en lui-même, Pierre s'est déclaré prêt à mourir avec le Seigneur. Il n'ira pas
loin, nous le verrons.

Puis Jésus, ayant enjoint à ses disciples de veiller et de prier avec lui, s'avance seul dans ce
jardin où il devait donner la preuve suprême de son dévouement à la volonté du Père. Cette
volonté, qui n'avait cessé de faire les délices du Fils, comporte maintenant une double et
terrible nécessité: l'abandon de Dieu, infiniment triste pour le cœur de son Bien-aimé; et le
fardeau du péché qu'Il devait porter, avec la mort son salaire, — profondément
angoissante pour l'Homme parfait. Ainsi la tristesse et l'angoisse ont envahi son âme (v. 37).
Ah! Il réalise tout ce que représente ce terrible chemin de la croix, dont Satan à cette heure
encore fait tous ses efforts pour le détourner. Mais il reçoit la coupe de la main de son Père:
«Que ta volonté soit faite»!

Dans sa grâce, Dieu nous a permis d'assister à ce combat du Sauveur à Gethsémané,


d'entendre sa prière instante et douloureuse. Qu'il nous garde d'avoir, comme les trois
disciples — ceux qui forment pourtant autour de lui le cercle le plus intime — des cœurs
assoupis et indifférents à sa souffrance ! Qu'il veuille au contraire pénétrer nos âmes, en y
pensant, de reconnaissance et d'adoration!
 

58                   Matthieu 26 v. 47 à 58
 

Un disciple n'avait pas dormi comme les autres. C'était Judas. Le voici à la tête d'une troupe
menaçante venue s'emparer de Jésus. Et quel moyen choisit le misérable pour désigner son
Maître? Le baiser empressé de l'hypocrisie. «Ami — lui répond le Sauveur — pourquoi es-
tu venu?». Dernière question propre à sonder l'âme du malheureux Judas! Mais il est trop tard
désormais pour le «fils de perdition» (Jean 17 v. 12). Ces flèches pour la conscience (voir
aussi v. 55) sont les seuls actes de défense de Celui qui se livre lui-même. Les douze sont
défaillants, mais au même moment plus de douze légions d'anges sont pour ainsi dire l'arme
au pied, prêtes à intervenir sur sa demande au Père. Toute la puissance de Dieu est à sa
disposition s'il veut y faire appel. Mais son heure est venue. Loin de se dérober ou de se
défendre, il retient au contraire le bras de son disciple trop impulsif, lequel donne l'instant
d'après la vraie mesure de son courage en fuyant avec ses compagnons!

Mais déjà, dans le palais du souverain sacrificateur, les scribes avec les anciens sont
assemblés en pleine nuit pour accomplir la suprême injustice (Ps. 94 v. 21).

59                   Matthieu 26 v. 59 à 75
 

Les chefs du peuple tiennent Jésus en leur pouvoir. Mais il leur manque un motif permettant
de le condamner. Car l'Homme parfait n'offre aucune prise à leurs accusations. Ils en sont
réduits à chercher contre lui «quelque faux témoignage» (Ps. 27 v. 12; 35 v. 11, 12). Et même
celui-ci est difficile à trouver, car il doit pourtant avoir une apparence de réalité. Enfin deux
faux témoins se présentent avec une parole qu'ils ont tordue (comp. v. 61 avec Jean 2 v. 19).
Mais ce qui sert de prétexte pour condamner Jésus, c'est sa déclaration solennelle qu'il est le
Fils de Dieu, prêt à venir en puissance et en gloire! La peine de mort est prononcée. Et
aussitôt la brutalité et la lâcheté des hommes se donnent libre cours (v. 67, 68). La première
partie de ce que le Sauveur avait plus d'une fois annoncé aux siens s'est accomplie (ch. 16 v.
21; 17 v. 22; 20 v. 18, 19).

Pour Pierre aussi l'heure est sombre, mais pour une raison bien différente. Satan qui n'a pu
ébranler le Maître, va faire trébucher le disciple. À trois reprises, le pauvre Pierre renie Celui
pour lequel il s'était déclaré prêt à mourir. Il va jusqu'à prendre un langage grossier pour
donner le change. Car auparavant sans qu'il s'en rendît compte, sa manière de parler l'avait
fait reconnaître comme disciple de Jésus.

60                   Matthieu 27 v. 1 à 18
 

Le jour se lève. Un jour comme il n'y en a pas eu de pareil dans l'histoire du monde et de
l'éternité! Les premières lueurs du matin trouvent les principaux sacrificateurs et les anciens
machinant la mise à mort qu'ils ont décidée. Mais quelqu'un leur rend visite; ils le connaissent
bien: c'est le traître grâce auquel ils sont parvenus à leurs fins. Que veut-il? Judas affirme
l'innocence de son Maître, rapporte l'argent, exprime son remords.

C'est ton affaire, répondent les autres, sans la moindre compassion. Alors le misérable va se
pendre, perdant avec sa vie, son âme, sans parler de l'argent pour lequel il l'avait vendue!
Quant aux sacrificateurs qui n'avaient pas eu de scrupules à acheter le sang innocent, ils en
éprouvent quant il s'agit d'en mettre le prix dans le trésor du Temple!

Jésus a été conduit devant Pilate, le gouverneur. Il lui serait facile de trouver auprès de ce
magistrat romain un appui contre la haine de son peuple. Mais il garde le silence; sauf
toutefois pour reconnaître son titre de roi des Juifs. «Brebis muette devant ceux qui la
tondent… il n'a pas ouvert sa bouche» (És. 53 v. 7; comp. v. 12 et 14 et ch. 26 v. 63).

61                   Matthieu 27 v. 19 à 31
 

Grande est la perplexité de Pilate en face de l'accusé que lui ont amené les chefs des Juifs.
Jamais il n'a eu devant lui un homme comme celui-là. Un double témoignage: celui de sa
femme (v. 19) et celui de sa conscience (v. 24 fin) lui donne la conviction qu'il a affaire à un
juste. De plus il connaît la perversité de ceux qui l'ont livré par envie (v. 18). Que faire?
Certes, s'il le condamne, il accomplit une injustice. Mais s'il le libère, sa popularité en
souffrira certainement. Lavant symboliquement ses mains (mais pas sa conscience) il en
rejette la responsabilité sur le peuple qui l'accepte les yeux fermés. Derrière cette foule
poussée par les instincts les plus bas, et derrière ses chefs qui l'excitent, Satan poursuit son
œuvre de haine. Mais Dieu poursuit aussi son œuvre, toute de grâce et de salut.

Maintenant Jésus est entre les mains des soldats grossiers. Ils lui mettent un simulacre de
vêtement royal afin de se moquer de lui avant de le conduire au supplice. Mais un jour, à tous
les regards, le Seigneur paraîtra dans toute sa majesté de Roi des rois. Et sa main puissante,
cette main qui tenait alors un roseau, se lèvera en jugement contre ses ennemis (comp. v. 29
avec Ps. 21 v. 3, 5, 8).

62                   Matthieu 27 v. 32 à 49
 

Jésus est conduit du prétoire au Calvaire. Simon de Cyrène est contraint de porter Sa croix.
Mais Lui va se charger volontairement d'un fardeau incomparablement lourd: celui du péché,
que nul n'a pu prendre à sa place. Il est crucifié entre deux malfaiteurs. «Son accusation
écrite», au-dessus de la croix accuse en réalité un peuple qui crucifie son Roi. Ce récit nous
est donné brièvement, sans les détails que des hommes n'auraient manqué d'y ajouter pour
émouvoir les sentiments. Cependant, à travers le sobre langage de l'Esprit, nous comprenons
qu'aucune forme de souffrance n'a été épargnée au bien-aimé Sauveur. Souffrances physiques,
mais avant tout indicibles blessures morales. Les moqueurs sont là: ils provoquent Jésus en
le mettant au défi de se sauver lui-même (v. 40). (Mais s'il demeure sur la croix, n'est-ce pas
précisément pour sauver les autres?) Ils provoquent Dieu en mettant en doute son amour
pour Christ qui ressent infiniment cet outrage (v. 43; Ps. 69 v. 9). Toutefois la souffrance des
souffrances pour lui, c'est l'abandon des trois heures. Alors Dieu détourna sa face, quand
Jésus fut fait malédiction, expiant mes péchés et les vôtres, et que «son cœur infini, sous ce
poids d'un moment, porta l'éternité de notre châtiment».

63                   Matthieu 27 v. 50 à 66
 

L'œuvre de l'expiation est achevée, la victoire remportée. C'est avec un puissant cri de
triomphe que Christ entre dans la mort. Et Dieu donne aussitôt d'autres preuves de cette
victoire: Il déchire le voile du temple, ouvrant «un chemin nouveau et vivant» par où
l'homme pourra pénétrer dorénavant dans sa présence avec «une pleine liberté» (Héb. 10 v. 19
à 21). Il ouvre des sépulcres, et la mort est forcée de rendre quelques-uns de ses prisonniers
comme signe qu’elle est vaincue.

Puis Dieu veille à l'honneur dû à son Fils. Conformément à la prophétie, Jésus occupe le
tombeau d'un homme riche qui, pieusement, s’est occupé de sa sépulture (És. 53 v. 9).
Quelques femmes dont le dévouement est rappelé assistent à toute la scène. L'amour ensevelit
Celui que la haine a crucifié. Du commencement à la fin de cet évangile cette haine de
l'homme s'est acharnée contre Jésus. Dès son berceau elle s'est manifestée en Hérode. Elle le
poursuit jusque dans le tombeau, gardé et scellé par les soins des chefs des Juifs. Mais les
soldats, le sceau, la pierre, sont autant de vaines précautions; elles ne serviront qu'à démontrer
de façon plus éclatante la réalité de la résurrection.

Détail attristant, les ennemis du Seigneur se souviennent de ce que ses propres disciples ont
oublié (v. 63)!

64                   Matthieu 28 v. 1 à 20
 

C'est matin triomphant de la résurrection. Par elle, Dieu rend un témoignage éclatant à la
perfection de la victime, à l'entière satisfaction qu'il trouve dans l'œuvre accomplie. Les
gardiens postés au sépulcre, loin de pouvoir s'opposer à ce prodigieux événement, en sont les
témoins involontaires… et terrifiés (Ps. 48 v. 5). Mais les sacrificateurs, totalement endurcis,
achèteront la conscience de ces hommes comme précédemment celle de Judas.

Les femmes au tombeau reçoivent le message de l'ange. Le cœur rempli à la fois de crainte et
de joie, elles s'empressent d'aller le communiquer. Alors elles rencontrent le Seigneur lui-
même.

Puis Jésus apparaît à ses onze disciples, au rendez-vous qu'il leur a fixé en Galilée. Il leur
donne un «ordre de route» aux v. 19 et 20, une mission d'autant plus importante qu'elle est
la dernière volonté de Celui qui la leur confie. Toute l’autorité royale que l’homme lui a
refusée, Dieu la lui a donnée dans le ciel et sur la terre et ses disciples ont charge de la faire
reconnaître. Mais Jésus donne aussi une promesse aux siens. Elle n'a manqué et ne manquera
aucun jour à aucun racheté. «Je suis avec vous tous les jours». Ainsi finit comme il avait
commencé l'Évangile d'Emmanuel: Dieu avec nous (ch. 1 v. 23).
1                         Chapitre 1
Le premier verset du Nouveau Testament ramène nos pensées au premier livre de l’Ancien,
« généalogie » (ou « génération ») étant la traduction du mot grec « genesis ». Matthieu en
particulier, et tout le Nouveau Testament en général, est le « livre de la généalogie de Jésus
Christ ». Si nous revenons au livre de la Genèse, nous voyons qu’il se divise en onze sections
et que chacune d’elles, sauf la première, commence par des « générations ». Ainsi, la
troisième section s’ouvre par : « C’est ici le livre des générations d’Adam » (5:1) ; et tout
l’Ancien Testament nous révèle la triste histoire d’Adam et de sa race, histoire à laquelle,
avec un sinistre à-propos, le mot « malédiction » vient mettre un point final. Quel immense
soulagement que de pouvoir alors passer des générations d’Adam à « la généalogie de Jésus
Christ », où la grâce est introduite ; et c’est sur cette note que le Nouveau Testament se
termine.

Jésus est présenté dès le début sous un double aspect. Il est Fils de David, et par conséquent la
couronne royale que Dieu destinait originairement à David Lui appartient. Il est également
Fils d’Abraham ; il a donc droit au pays et toutes les bénédictions promises lui reviennent.
Ceci établi, nous avons sa généalogie, depuis Abraham jusqu’à Joseph, le mari de Marie.
C’est sa généalogie officielle, selon la manière juive. La liste qui nous en est donnée est
remarquable pour ses omissions : trois rois, étroitement liés à l’infâme Athalie, manquent au
verset 8 ; et le résumé relatif aux « quatorze générations » du verset 17, montre qu’il ne s’agit
pas d’un oubli accidentel, mais que Dieu désavoue et refuse de compter les rois qui
descendent le plus directement de cette femme vouée au culte de Baal.

Cette généalogie est aussi remarquable du fait que seules quatre femmes y figurent, et encore,
ce ne sont pas celles que nous nous serions attendus à trouver là. Deux d’entre elles (Rahab et
Ruth) étaient des Gentiles, ce qui ne doit pas avoir été sans porter un certain coup à l’orgueil
juif ; elles étaient toutes deux des femmes d’une foi exceptionnelle, bien que la première ait
vécu dans l’immoralité qui caractérisait le monde païen. De la seconde nous ne savons que du
bien. Les deux autres (Tamar et Bath-Shéba) ont chacune une triste histoire ; il ne nous est
rien dit qui soit vraiment à leur honneur. En fait, le nom de Bath-Shéba n’est pas mentionné ;
elle est simplement « celle qui avait été femme d’Urie », ce qui proclame sa honte. Ainsi là
encore tout est de nature à porter atteinte à l’orgueil juif. Certes, la généalogie de notre
Seigneur n’ajoute rien à ce qu’il est. Mais elle était la garantie de sa vraie humanité, et du fait
que les droits accordés à David et à Abraham étaient légalement siens.

Mais si les dix-sept premiers versets nous confirment que Jésus était véritablement un
homme, la suite du chapitre nous montre qu’il était bien davantage qu’un homme ; Il était
Dieu lui-même, présent au milieu de nous. Un messager angélique prévient Joseph, le fiancé
de Marie, que l’enfant qui a été conçu en elle est « de l’Esprit Saint », et qu’il devra être
appelé Jésus à sa naissance. C’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés, aussi doit-il
porter le nom de Sauveur. Seul Dieu a la capacité de donner un nom en vue de ce qui sera
accompli dans l’avenir. Il peut le faire, et combien ce nom merveilleux a été pleinement
justifié ! Dans des jours à venir, quelle riche moisson d’êtres sauvés sera rassemblée, tous
délivrés de leurs péchés, et non pas seulement du jugement que ceux-ci méritaient ! Seul
« son peuple » sera sauvé ainsi. Il faut en faire partie par la foi en Lui pour connaître son
salut.
Ainsi a été accomplie la prédiction d’Ésaïe 7:14, qui annonçait clairement la grandeur et la
puissance du Sauveur qui devait venir. Son nom prophétique, Emmanuel, indiquait qu’il serait
Dieu manifesté en chair — Dieu parmi nous d’une manière bien plus merveilleuse qu’il
n’avait jamais été manifesté au milieu d’Israël aux jours de Moïse, bien plus merveilleuse
aussi que lorsqu’il était avec Adam avant que le péché entre dans le monde. Les deux noms
sont intimement liés. Il serait impossible d’avoir Dieu avec nous si nous n’étions pas sauvés
de nos péchés : Sa présence ne pourrait que nous écraser en jugement. Être sauvés de nos
péchés et ne pas avoir Dieu avec nous aurait été possible, mais l’histoire de la grâce aurait été
privée de sa gloire principale. Dans la venue de Jésus, nous avons les deux. Dieu est venu à
nous et, nos péchés étant ôtés, nous avons été amenés à lui.

2                         Chapitre 2
Les premiers versets du chapitre 2 jettent une lumière vive et pénétrante sur les conditions de
vie parmi les Juifs qui séjournaient à Jérusalem, les descendants de ceux qui étaient remontés
de la captivité sous Zorobabel, Esdras et Néhémie. Le Roi des Juifs est né à Bethléhem et ils
restent des semaines sans rien en savoir. Que le roi Hérode l’ait ignoré n’est pas du tout
surprenant ; il n’était pas un Israélite, mais un Iduméen. Mais les principaux sacrificateurs en
tout cas auraient dû être informés de ce grand événement qu’ils professaient attendre — la
naissance du Messie. En Luc 2, nous voyons qu’elle est proclamée du ciel, tout au plus
quelques heures après qu’elle s’est produite, à des âmes humbles qui craignaient le Seigneur.
« Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent », a dit le psalmiste (Ps. 25:14) ; les
bergers et d’autres en fournissent l’exemple. Mais les chefs religieux à Jérusalem n’étaient
pas de leur nombre ; ils étaient de ces « orgueilleux » que les hommes tiennent pour
« heureux » (voir Mal. 3:15, 16). Ils étaient par conséquent dans la même ignorance que le
méchant Hérode.

Mais il y a pire. Il n’est pas étonnant, nous le répétons, qu’Hérode ait été troublé en apprenant
la nouvelle, car pour lui c’était apparemment un rival qui élevait des prétentions à son trône.
Pourtant, nous lisons qu’il « fut troublé, et tout Jérusalem avec lui ». Ainsi la naissance du
Sauveur a été non pas un sujet de réjouissance, mais de consternation pour le peuple même
qui prétendait l’attendre ! Il y avait donc là quelque chose de fondamentalement mauvais,
puisque ce n’était alors que la réaction de leurs sentiments pervertis : ils ne l’avaient pas vu et
lui-même n’avait encore rien fait : ils pressentaient seulement que sa venue allait plutôt mettre
un frein à leur volonté propre que représenter l’accomplissement de leurs espérances.

Ces hommes étaient pourtant tous bien versés dans les Écritures. Ils pouvaient donner une
réponse prompte et correcte à la question d’Hérode, et citer Michée 5:2. Ils avaient la
connaissance qui enfle et ne connaissaient par conséquent rien comme il faut connaître (voir 1
Cor. 8:1, 2) ; ainsi ils mettaient leur savoir au service de l’adversaire. Le « grand dragon
roux » (Apoc. 12:3-5) de l’Empire romain, dont Hérode était le représentant local, se tenait
prêt à dévorer le « Fils mâle », et eux, ils étaient là, disposés à l’aider. C’est qu’ils avaient
cette sorte de fausse connaissance des Écritures, et cela peut bien nous servir d’avertissement.

Le passage qu’ils citent place le Seigneur devant nous comme un « conducteur » qui paîtrait
son peuple. En Michée, Israël seul est en vue, mais nous savons que la domination du
Seigneur sera universelle. Nous avons là le troisième caractère sous lequel Il nous est
présenté. Nous voyons, en JÉSUS, Dieu venu pour sauver ; en EMMANUEL, Dieu venu pour
demeurer ; dans le CONDUCTEUR, Dieu venu pour régner. Sa pensée a toujours été de
demeurer avec les hommes, dirigeant tout selon son bon plaisir ; et pour accomplir cela il
devait d’abord venir pour sauver.

La naissance du petit enfant à Bethléhem était le gage que chacun de ces trois caractères se
réaliserait ; et si Jérusalem était ignorante et hostile, il y avait des Gentils d’Orient attirés par
sa venue, qui ont reconnu en lui le Roi des Juifs. Quelle condamnation terrible pour les chefs
religieux de Jérusalem ! Les bergers de Luc 2 apprennent sa naissance dans les quelques
heures qui suivent ; les mages d’Orient dans les quelques jours, ou semaines tout au plus ;
tandis qu’il faut attendre plusieurs mois avant que la moindre information sur ce qui s’était
produit parvienne aux sacrificateurs et aux scribes. Dieu a parlé à ces sages, d’abord par une
étoile, puis par un songe, mais il n’a rien dit du tout aux fanatiques de Jérusalem. Et pourtant,
il y avait eu un temps où celui d’entre eux qui était souverain sacrificateur était en relation
avec Dieu par les urim et les thummim. Maintenant Dieu gardait le silence à leur égard. Ils
étaient dans l’état qui nous est décrit en Malachie, et probablement dans un état pire encore.

En Hérode, nous avons un mélange de puissance sans scrupule et de ruse. Contrarié par la
manière de procéder des mages, il pense parvenir à ses fins en faisant tuer tous les enfants de
Bethléhem. La fixation de la limite d’âge à deux ans semblerait indiquer que la période entre
l’apparition de l’étoile et l’arrivée des mages à Jérusalem, a duré plusieurs mois. Son ordre
impitoyable et méchant a été un accomplissement de Jérémie 31:15. Si nous lisons ce verset
dans son contexte, nous verrons que sa réalisation finale et complète aura lieu dans les
derniers jours, lorsque Dieu mettra enfin un terme aux larmes de Rachel en ramenant ses
enfants du pays de l’ennemi. Néanmoins ce qui s’est passé à Bethléhem était analogue,
quoique sur une plus petite échelle.

Toujours est-il qu’Hérode s’oppose à Dieu, qui réduit à néant ses intentions en envoyant pour
la deuxième fois son ange à Joseph dans un songe. Le petit enfant est emmené en Égypte, le
verset d’Osée 11:1 trouvant ainsi un accomplissement remarquable, et Jésus commence à
refaire l’histoire d’Israël. Dieu n’a eu aucune difficulté à déjouer les mauvais desseins
d’Hérode ni, peu après, à s’occuper d’Hérode lui-même. Matthieu ne s’attarde pas à nous
décrire sa fin ; il nous rapporte simplement que, « Hérode étant mort », l’ange du Seigneur
s’est adressé une troisième fois à Joseph dans un songe, lui disant de retourner dans la terre
d’Israël, celui qui cherchait la vie du petit enfant étant mort.

L’intention première de Joseph était évidemment de revenir en Judée. Mais apprenant


qu’Archélaüs avait succédé à son père, la crainte le fait hésiter. Alors, pour la quatrième fois,
Dieu lui donne des instructions par un songe. Et ainsi Marie, le petit enfant et lui-même sont
ramenés à Nazareth, son lieu d’origine, comme Luc nous l’apprend. La manière dont Dieu a
dirigé tous ces déplacements — en partie par des circonstances, tel le décret d’Auguste ou les
nouvelles concernant Archélaüs, et en partie par des songes — est riche en enseignement. Les
desseins de l’adversaire ont été ainsi déjoués. Malgré tout ce qu’il pouvait faire, le « portier »
maintenait la porte de la « bergerie » ouverte pour que le vrai Berger puisse entrer. Et les
Écritures étaient accomplies : non seulement Jésus a été conduit hors d’Égypte, mais il a été
connu comme le Nazaréen.

En fait aucun prophète de l’Ancien Testament n’a annoncé littéralement qu’il serait un
« nazaréen » ; mais plusieurs ont dit qu’il serait l’objet du mépris et de l’opprobre. Aussi le
verset 23 nomme-t-il « les prophètes », et non pas l’un d’entre eux en particulier. Ils ont
annoncé qu’il serait méprisé, ce qui, au temps du Seigneur, était exprimé par l’épithète
« nazaréen ». La nouvelle traduction anglaise de J.N. Darby — l’édition complète avec notes
— donne un commentaire précieux sur ce verset, en relation avec les termes exacts employés
pour l’accomplissement (« en sorte que fût accompli »), en contraste avec les expressions que
nous avons trouvées précédemment, aux chapitres 1:22 (« afin que fût accompli ») et 2:17
(« Alors fut accompli »). Cela montre la précision avec laquelle les citations de l’Ancien
Testament sont faites. C’est une note qu’il vaut la peine de lire (*).

(*) On la trouve aussi dans les « Études sur la Parole de Dieu » par J.N.Darby Nouveau
Testament, Vol. 1, p. 40 (seconde partie de la note 2) (Ed).

Nazaréen est le quatrième nom donné à notre Seigneur dans ce premier évangile. Nous avons
vu qu’Il est Jésus, Emmanuel, Conducteur, mais Il est également le Nazaréen. Dieu peut venir
au milieu des hommes pour sauver, pour demeurer, pour régner ; mais hélas ! Il sera
« méprisé et délaissé des hommes ».

3                         Chapitre 3
Le troisième chapitre présente Jean le Baptiseur sans aucun préambule quant à sa naissance
ou à son origine. Il accomplissait la prophétie d’Ésaïe. Il prêchait dans le désert, loin des lieux
fréquentés par les hommes. Son vêtement et sa nourriture le distinguaient des autres. Le
thème de sa prédication était la repentance, parce que le royaume des cieux était proche.
C’était un ministère absolument unique. Quel autre prédicateur a jamais choisi un désert
comme sphère géographique de son ministère ? Philippe l’évangéliste a certes été vers le midi
dans un désert pour y rencontrer une personne déterminée ; mais la puissance de Dieu était si
manifestement avec Jean que les foules sortaient vers lui, et demandaient à être baptisées,
confessant leurs péchés.

Dans cet évangile, « le royaume des cieux » est fréquemment mentionné, il l’est ici pour la
première fois. Matthieu ne donne pas d’explication ni n’en rapporte aucune que Jean aurait
fournie ; la raison en est sans doute que le livre de Daniel avait annoncé la venue d’un jour où
le « Dieu des cieux » établirait un royaume et où tous connaîtraient que « les cieux
dominent ». Par conséquent, l’expression ne devait pas être inconnue à ses auditeurs ou à un
lecteur juif. Le même prophète avait eu une vision du Fils de l’homme venant avec les nuées
des cieux pour prendre le royaume, ses saints le possédant avec lui. Maintenant, le royaume
s’était approché : « Jésus Christ, Fils de David » était présent au milieu des hommes.

Lorsqu’une œuvre de Dieu vraie et puissante se produit, les hommes n’aiment pas en être
laissés à l’écart, surtout s’ils sont des chefs religieux ; c’est ainsi que nous voyons des
pharisiens et des sadducéens venir au baptême de Jean. Mais Jean les recevait avec un
discernement prophétique. Il démasquait les caractères du serpent qui étaient les leurs et les
avertissait de la colère qui allait venir sur eux. Il savait qu’ils se vanteraient de descendre
d’Abraham, mais il leur retire cet argument en montrant que leur origine n’aurait pas de
valeur devant Dieu. La seule chose nécessaire était la repentance, et c’est ce que son baptême
avait en vue. Mais cette repentance devait être réelle et se manifester par des fruits qui
conviennent. Jacques, dans son épître, insiste sur le fait que la foi, si elle est réelle et pour la
vie, doit s’exprimer par des œuvres correspondantes. Ici Jean demande exactement la même
chose en relation avec la repentance.

Ces versets, au milieu du chapitre 3, font ressortir ce qui allait mal. Le vrai Fils de David et
d’Abraham étant là, le royaume était proche, et une simple relation de descendance avec
Abraham ne servirait à rien. Moïse leur avait donné la loi ; Élie les avait ramenés à la loi
quand ils l’eurent abandonnée ; Jean ne faisait que leur adresser un clair appel à la repentance,
et cela revenait à dire : « Sur la base de la loi, vous êtes perdus ; il ne vous reste rien d’autre à
faire que de le reconnaître honnêtement, avec humilité et tristesse ». La grande masse, pour sa
ruine, n’était pas préparée à cela.

Jean annonçait aussi la venue du Tout-Puissant dont il était le précurseur. Il n’y avait pas de
comparaison possible entre celui qu’il annonçait et lui-même, et il le reconnaissait en disant
qu’il n’était pas digne de porter même les sandales de ses pieds. Il mettait aussi en contraste le
baptême d’eau dont il baptisait avec le baptême de l’Esprit Saint et de feu. Celui qui allait
venir, qui était plus grand que lui, aurait un discernement parfait pour séparer le froment de la
balle. Les uns, il les baptisera de l’Esprit Saint, les autres du feu du jugement ; et les résultats
seront éternels, car le feu sera inextinguible.

Ces paroles de Jean doivent avoir été terriblement exerçantes, et elles auront leur
accomplissement à l’aube du millénium. L’Esprit sera alors répandu sur toute chair, c’est-à-
dire sur tous ceux qui ont été rachetés — et non pas sur les Juifs seulement. D’un autre côté,
les méchants s’en iront dans le feu éternel, comme la fin du chapitre 25 de notre évangile le
montrera. Entre-temps, il y aura un accomplissement anticipé du baptême de l’Esprit, dans
l’établissement de l’Église, comme nous le voyons en Actes 2. Dans notre chapitre, le
contexte indique clairement que le « feu » est une allusion au jugement, et non pas aux
langues comme de feu du jour de la Pentecôte ou quelque autre manifestation de bénédiction
similaire.

Quand Jésus entra dans son ministère, son premier acte fut de venir auprès de Jean pour être
baptisé par lui, et cela malgré l’objection soulevée par ce dernier. La protestation de Jean a
servi à mettre en évidence le principe selon lequel le Seigneur agissait. Il accomplissait la
justice. Il n’avait pas de péchés à confesser, mais ayant pris la place de l’homme, il était
convenable qu’il s’identifie avec les fidèles qui, eux, prenaient par là leur vraie position
devant Dieu. C’est ce que des hommes de Dieu avaient fait autrefois — Esdras et Daniel, par
exemple — confessant comme étant leurs des péchés desquels ils n’étaient guère
responsables, bien qu’étant eux-mêmes des pécheurs. Maintenant Celui qui est sans péché est
là et il le fait d’une manière parfaite. Et pour éviter toute confusion, au moment même où il le
fait, les cieux lui sont ouverts, première grande manifestation de la Trinité, et la voix venant
des cieux déclare qu’il est le Fils bien-aimé en qui le Père trouve son plaisir. Sous la forme
d’une colombe, l’Esprit descend sur Celui qui va lui-même en baptiser d’autres de ce même
Esprit.

4                         Chapitre 4
Jésus ne prenait pas seulement la place de l’homme. Il prenait plus particulièrement celle
d’Israël. Les Israélites ont été appelés hors d’Égypte lorsqu’ils ont été baptisés pour Moïse
dans la nuée et dans la mer ; ensuite ils sont entrés dans le désert. Nous venons de voir Jésus
appelé comme Fils de Dieu hors d’Égypte, et maintenant il est baptisé ; puis au début du
chapitre 4, nous voyons l’Esprit qui était descendu sur lui, le conduire aussitôt dans le désert
pour être tenté par le diable. Quel contraste ! Israël, dans le désert, a tenté Dieu et a failli en
toutes choses. Jésus a été tenté lui-même et il est sorti vainqueur de tout.

Pourtant, les tentations dont il a été assailli par le diable étaient semblables à celles qu’Israël a
connues dans le désert, car il n’y a rien de nouveau dans les tactiques de l’adversaire. Israël a
été tenté par la faim, et par sa position privilégiée en relation avec Dieu — nous le voyons
plus particulièrement dans le cas de Coré, de Dathan et d’Abiram — et par des séductions
pour les entraîner à adorer et servir un autre que l’Éternel : ils ont succombé et ont adoré le
veau d’or. Jésus a répondu à chacune des tentations par la parole de Dieu. Dans chacune des
occasions, il a cité un court passage du livre du Deutéronome rappelant à Israël ses
responsabilités. Le peuple a failli dans celles-ci, et Jésus y a répondu en perfection, dans
chaque détail.

Le diable met toujours en doute la Parole divine. Comparez le verset 17 du chapitre 3 avec les
versets 3 et 6 du chapitre 4 et vous verrez combien c’est frappant. À peine Dieu a-t-il dit :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé », que Satan répète deux fois : « Si tu es Fils de Dieu ». Le
petit mot « si » est le terme de prédilection du diable ! Jésus lui répond par la parole de Dieu.
Cette Parole est aussi indispensable à la vie spirituelle de l’homme que le pain l’est à sa vie
naturelle. Et l’homme a besoin de toute parole que Dieu a prononcée, et non pas seulement de
quelques passages. Notre vie spirituelle trouve-t-elle sa nourriture dans « toute parole qui sort
de la bouche de Dieu » ?

La tentation de Jésus par le diable montre à l’évidence que ce dernier existe réellement. Dès
l’époque de Genèse 3, il s’est employé à séduire les hommes en faisant appel à leurs
convoitises et à leur orgueil. En Jésus, il rencontrait quelqu’un qui n’avait ni convoitise ni
orgueil et qui répondait à chacune de ses attaques par la parole de Dieu ; vaincu par
conséquent, il dut le laisser. Son vainqueur était un vrai homme qui avait jeûné quarante jours
et quarante nuits et que les anges servaient. Jamais auparavant ils n’avaient servi leur Dieu de
cette manière merveilleuse.

L’emprisonnement de Jean, comme nous l’indique le verset 12, est l’événement qui a marqué
l’entrée effective du Seigneur dans son ministère public. Quittant Nazareth, il alla demeurer à
Capernaüm, accomplissant ainsi la prophétie d’Ésaïe, en tout cas pour ce qui concerne sa
première venue. Si nous lisons ce passage (Ésaïe 9:1-7), nous constaterons que, comme très
souvent, les deux venues y sont envisagées. Sa venue brillait, semblable à une étoile devant
les prophètes, mais ils ne savaient pas encore que c’était, pour ainsi dire, une étoile double. La
Galilée verra la grande lumière de sa gloire, de même qu’ils ont vu alors la grande lumière de
sa grâce. Le précurseur ayant été jeté en prison et ne pouvant plus parler, Jésus reprenait et
confirmait son message de la repentance parce que le royaume était tout proche. L’évangile
selon Jean nous montre que le Seigneur était actif dans son service avant ce moment-là. Il
avait des disciples et était en Judée quand « Jean n’avait pas encore été jeté en prison » (3:24).

L’appel de Pierre, d’André, de Jacques et de Jean ne marque ainsi pas le début de leur relation
avec Jésus. Celle-ci était plus ancienne et nous est rapportée en Jean 1. Il y a aussi eu
évidemment des occasions où ces disciples ou d’autres sont allés avec le Seigneur avant d’être
définitivement appelés à abandonner leurs occupations séculières et à lui consacrer tout leur
temps. S’ils le suivaient, il ferait d’eux des pêcheurs d’hommes. Par l’application et l’étude,
des hommes peuvent devenir de bons prédicateurs, mais lui seul peut faire des pêcheurs
d’hommes. Il était lui-même le plus excellent en cela et, en marchant avec lui, ils
apprendraient de lui et seraient animés du même esprit.

Dans les trois derniers versets du chapitre 4, Matthieu résume les premiers jours du ministère
de Jésus. Son message était « l’évangile du royaume ». Il convient de le distinguer de
« l’évangile de la grâce de Dieu » qui est annoncé aujourd’hui. Ce dernier a pour grand thème
la mort et la résurrection de Christ, et proclame le pardon comme étant le fruit de l’expiation
accomplie. Le premier était la bonne nouvelle que le royaume annoncé par les prophètes leur
était maintenant apporté en Lui. S’ils se soumettaient à l’autorité divine dont il était investi, la
puissance du royaume s’exercerait en leur faveur. Pour le prouver, il manifestait la puissance
du royaume en guérissant les hommes dans leur corps. Tous les maux et les tourments
physiques étaient ôtés, gage du fait qu’il pouvait guérir toute maladie spirituelle. Ce
déploiement de la puissance du royaume, allié à la prédication du royaume, exerçait beaucoup
d’attrait et de grandes foules le suivaient.

5                         Chapitre 5
Le Seigneur s’adresse ensuite à ses disciples (bien que la foule soit présente), pour leur
enseigner les principes du royaume. Tout d’abord, il leur montre quelles sortes de gens
posséderont le royaume et jouiront de ses bénédictions. Dans les royaumes de la terre, si un
homme veut réussir aujourd’hui, il doit être plein de confiance en lui-même et de
dynamisme ; pour le royaume des cieux, c’est le contraire. L’Ancien Testament l’indiquait
déjà : le Psaume 37, par exemple, dans son verset 11 en particulier, l’établit clairement ; mais
le Seigneur nous en donne ici une présentation beaucoup plus large. Il esquisse devant nos
yeux un tableau moral du résidu pieux qui entrera à la fin dans le royaume. Il mentionne huit
caractères, commençant par la pauvreté en esprit et finissant par la persécution, ce qui
correspond à un ordre moral. La repentance produit la pauvreté en esprit, et c’est par là que
tous doivent commencer. Puis viennent le deuil et la douceur, produits par une vraie
connaissance de soi et accompagnés par la soif de la justice qui se trouve en Dieu seul. Le
disciple caractérisé par cela revêt alors les traits mêmes de Dieu — miséricorde, pureté, paix.
Mais le monde ne veut ni de Dieu ni de son caractère, aussi la persécution met-elle un point
final à la liste.

La bénédiction présentée dans les versets 3 à 10 sera pleinement réalisée dans le royaume des
cieux, lorsqu’il sera établi sur la terre. Dans chacune de ces béatitudes, à l’exception de la
dernière, les fidèles sont décrits d’une manière impersonnelle tandis que dans les versets 11 et
12, le Seigneur s’adresse à ses disciples personnellement. Le « ceux » du verset 10 se
transforme en « vous » au verset 11 ; et alors, parlant à ses disciples, une récompense est
promise dans les cieux. Il savait que ces disciples-là étaient appelés à entrer dans un ordre de
choses nouveau et céleste ; aussi tout en réaffirmant des choses vieilles de façon plus claire, il
commence à indiquer quelques-unes des choses nouvelles qui allaient survenir. Le
changement dans ces deux versets est frappant et souligne le caractère du « Sermon sur la
montagne », dans lequel le Seigneur résume son enseignement et le relie à celui de Moïse. En
Jean 13 à 16, passage que nous pouvons appeler « le sermon dans la chambre haute », nous le
voyons donner une portée plus étendue à son enseignement et le rapporter à la pleine lumière
qu’il dispenserait quand le Saint Esprit serait venu.

Ses disciples seraient bienheureux quand ils seraient persécutés à cause de Lui ; ils devaient
l’admettre et s’en réjouir. Nous reculons naturellement devant la persécution, mais l’histoire
prouve la véracité de ces paroles. Ceux qui s’identifient pleinement et ouvertement à Christ
ont à souffrir, mais ils sont soutenus et récompensés ; tandis que ceux qui cherchent à
échapper à la persécution par des compromis perdent toute la récompense et sont misérables.
En outre, c’est lorsque le disciple est persécuté par le monde qu’il est de façon très nette « le
sel de la terre » et « la lumière du monde ». Le sel préserve et la lumière éclaire. Nous ne
pouvons avoir aucune saveur sur la terre si nous sommes de la terre. Nous ne pouvons
rayonner dans le monde si nous sommes du monde. Or rien ne contribue davantage à nous
maintenir distincts et séparés de la terre et du monde que la persécution de la part de celui-ci,
peu importe la forme qu’elle revête. Persécuté pour Christ, le disciple est du sel qui sale
véritablement et il émet également un maximum de lumière. Cette parole du Seigneur ne nous
révèle-t-elle pas la raison cachée d’une grande partie de notre faiblesse ?

Remarquez aussi que la lumière est censée luire dans la vie pratique, non pas seulement dans
le domaine théologique. Les hommes ne sont pas appelés à la discerner, exprimée en paroles,
dans la clarté ou l’originalité de nos enseignements, mais plutôt dans nos actes et nos œuvres.
Ils devraient certes entendre nos bonnes paroles, mais ils doivent avant tout voir nos bonnes
œuvres si nous voulons que notre lumière luise devant eux. Le mot employé pour « bonnes »
ici ne signifie pas précisément que ce sont des œuvres de bonté, mais plutôt des œuvres
droites ou honnêtes. De telles actions ont leur source dans le Père qui est dans les cieux ; elles
répandent sa lumière et le glorifient.

À partir du verset 17 et jusqu’à la fin du chapitre 5, nous voyons le Seigneur montrer la


relation entre ce qu’il enseignait et ce qui avait été donné par Moïse. Il n’était pas venu pour
annuler ou détruire ce qui avait été donné précédemment, mais pour l’accomplir. Il était la
confirmation et la réalisation de tout ce qui avait été dit (v. 18, 19), et aucune parole
prononcée par Dieu ne devait être supprimée. De plus, comme le verset 20 l’indique, il
insistait sur le fait que la justice exigée par la loi surpassait de loin tout ce que les scribes et
les pharisiens superficiels de son temps pouvaient connaître ou admettre. Ils observaient une
obéissance technique dans le domaine cérémoniel, et ils ignoraient l’esprit véritable de la loi
et le but que Dieu avait en vue. Leur justice ne conduisait pas au royaume des cieux.

Par conséquent, il va leur montrer que les exigences de la loi avaient une signification d’une
richesse insoupçonnée, et il ne cite pas moins de six points pour illustrer son thème. Il évoque
le sixième et le septième commandements ; puis la loi quant au divorce en Deutéronome 24:1,
et quant aux serments en Lévitique 19:12 ; ensuite le principe de la rétribution tel qu’il est
énoncé en Exode 21:24 et ailleurs ; enfin cette justification de la haine à l’égard de ses
ennemis, telle qu’on la trouve en Deutéronome 23:6.

Quant aux deux commandements qu’il cite, il enseigne clairement que Dieu a égard non
seulement à l’acte extérieur, mais aussi à la disposition intérieure du cœur. L’interdiction ne
porte pas uniquement sur le fait de tuer ou de commettre adultère, mais sur la haine et la
convoitise qui trouvaient leur expression dans l’acte. Jugé d’après ce critère, qui peut tenir
devant les saintes exigences du Sinaï ? La « justice » du scribe et du pharisien s’effondre
complètement. Toutefois dans les deux cas, après avoir exposé ce fait, le Seigneur ajoute
encore quelques enseignements.
Dans les versets 23 à 26, il montre deux choses importantes : d’abord que Dieu n’accepte
aucun don offert quand il y a un différend entre soi et son prochain. Nous ne pouvons réparer
un tort fait à autrui par une profession de piété envers Dieu. On ne peut s’approcher de Dieu
que lorsque la réconciliation est intervenue. Puis, secondement, si l’affaire qui cause de
l’inimitié est portée devant la justice, la loi doit être appliquée indépendamment de la
miséricorde. Les paroles du Seigneur ont ici sans doute une signification prophétique. Les
Juifs comme nation allaient faire valoir leur cause contre Lui, qui devenait ainsi leur « partie
adverse », et cela aboutirait à leur condamnation. Maintenant encore ils n’ont pas payé le
dernier quadrant.

Dans l’exemple suivant, il nous indique aussi qu’un sacrifice n’a de valeur que s’il permet
d’échapper à la géhenne.

Dans les troisième et quatrième cas (v. 31-37), le Seigneur nous montre de nouveau que ce
qui a été ordonné par Moïse n’exprimait pas toute la pensée de Dieu. Tant le divorce que les
serments étaient autorisés et ainsi le niveau que les hommes devaient atteindre n’était pas trop
élevé. Les deux sujets sont placés ici dans une lumière plus vive, et nous voyons qu’une seule
chose peut être admise pour rompre le lien du mariage ; et aussi que la parole des hommes
devrait être si claire et catégorique que recourir à des serments solennels, jurer par telle ou
telle chose, est inutile. On ne peut pas faire confiance à un homme qui est obligé
d’accompagner ses affirmations par un serment.

La loi stipulait encore, pour chaque tort infligé, une rétribution de nature identique. Elle
enjoignait ce que nous appellerions le « coup pour coup » ; comme aussi elle autorisait à haïr
son ennemi, tout en recommandant d’aimer son prochain. Le Seigneur infirme cela. Il
enseigne le support et la grâce qui donne, plutôt que l’insistance sur ses droits ; et également
l’amour qui bénit et fait du bien à l’ennemi. Tout cela pour que ses disciples soient
absolument distincts des pécheurs du monde, et se montrent dans le caractère de Dieu lui-
même.

Dieu leur est présenté non pas comme l’Éternel, le Législateur, mais comme « votre Père qui
est dans les cieux ». C’est-à-dire qu’il est maintenant révélé sous une lumière nouvelle. Telle
est ici la ligne directrice des enseignements du Seigneur, car si nous le connaissons sous ce
jour nouveau, nous découvrons qu’il est caractérisé par la bonté envers les injustes et les
méchants ; et dans notre mesure, nous avons à être ce qu’il est. Le ministère de Jésus mettait
au jour une nouvelle révélation de Dieu, et celle-ci entraînait un nouveau critère de perfection.
Nous devons paraître pratiquement comme les fils de notre Père qui est dans les cieux, car la
perfection d’un fils, c’est d’être comme le Père.

Huit fois dans ce chapitre il répète : « moi, je vous dis », et six fois, cette expression est
précédée du mot « mais », pour établir le contraste entre sa déclaration et ce que la loi avait
dit précédemment. Nous pouvons bien demander : « Qui donc est celui-ci pour citer la sainte
loi de Dieu et affirmer ensuite calmement : « Mais moi, je vous dis » — ceci et cela ? En fait,
il change et élargit la loi, ce que jamais aucun prophète n’avait ose faire ! N’est-ce pas une
présomption terrible, frôlant le blasphème ? » Oui, certes, et seule une explication pourra le
blanchir de cette accusation. Mais cette explication est de poids : nous sommes ici en
présence du vrai Législateur, de Celui qui a parlé autrefois depuis le Sinaï. Il est venu sur la
terre comme un Homme, Emmanuel. Emmanuel est monté sur une autre montagne et il
s’adresse maintenant non pas à une nation, mais à ses disciples. Il a tous les droits d’élargir ou
d’amender sa propre loi.
 

6                         Chapitre 6
À la fin du chapitre 5, le Seigneur a placé ses disciples devant Dieu dans une lumière
nouvelle ; au chapitre 6, c’est celle-ci qui est l’objet de tout l’enseignement. L’expression
« votre Père », avec quelques légères variantes, ne revient pas moins de douze fois.
L’enseignement porte sur quatre sujets : les aumônes (v. 1-4) ; la prière (v. 5-15) ; le jeûne (v.
16-18) ; les richesses terrestres et ce qui est nécessaire dans la vie (v. 19-34). La tendance et la
coutume des Juifs étaient de traiter les trois premiers d’une manière technique, formelle, et de
mettre tout l’accent sur le quatrième, d’y vouer toute leur attention. Le Seigneur Jésus les
place tous dans la lumière que ses paroles venaient de projeter. Dans le chapitre 5, il leur avait
montré un Dieu qui s’occupe des motifs intérieurs autant que des actions extérieures, et
pourtant ce Dieu doit être connu comme un Père céleste. Remarquons encore qu’il répète :
« Je vous dis ». Il n’enseigne pas comme les scribes qui basaient leurs affirmations sur les
traditions des anciens ; nous devons recevoir ce qu’il dit simplement parce qu’il le dit.

Si nous nous appuyons sur les traditions, nous risquons bien de nous trouver dans la position
qui était celle des Juifs avec leurs aumônes, leurs prières et leurs jeûnes. Pour eux c’était
devenu autant de formes à observer, pour frapper les yeux ou les oreilles des gens. En
revanche, si nous élevons nos pensées vers le Père qui est dans les cieux, qui s’intéresse de
près à ce qui nous concerne, tout doit devenir réel et vital, et être fait devant Lui qui nous
entend et nous voit. Le Seigneur répète trois fois au sujet des simples formalistes : « Ils ont
déjà leur récompense », c’est-à-dire l’approbation et la louange de leurs semblables. Ils l’ont ;
elle est tout entière dans le présent, et il n’y a rien à attendre de plus. Au contraire, celui qui
donne, ou prie, ou jeûne, remarqué non par les hommes, mais par Dieu, sera récompensé
ouvertement dans le jour à venir.

Quant à la prière, il enseigne à prier non seulement dans le secret, mais aussi brièvement, ce
qui est signe d’authenticité. Quelqu’un qui demande avec un sentiment du besoin et un
sérieux intenses va directement au but avec le minimum de mots. Il ne va pas s’égarer dans un
dédale de circonlocutions. Les versets 9-13 nous donnent la prière modèle, celle qui convenait
exactement aux disciples dans leurs circonstances. Il y a six requêtes. Les trois premières ont
affaire avec Dieu : son nom, son royaume, sa volonté. Les trois dernières sont en rapport avec
nous : notre pain, nos dettes, notre délivrance. Le Père céleste et ses droits doivent venir en
premier, et nos besoins ensuite. La bénédiction des hommes sur la terre dépend de ce que la
volonté de Dieu soit faite sur la terre, et il n’en sera ainsi que lorsque son royaume sera établi.

Le pardon dont il est question dans les versets 14 et 15 est en relation avec les dettes du verset
12. Dans le saint gouvernement du Père céleste envers ses enfants, l’esprit implacable tombe
sous Son châtiment. Si quelqu’un nous offense et que nous refusions de pardonner, nous nous
privons du pardon gouvernemental de Dieu. Il ne s’agit pas ici du pardon pour l’éternité,
puisque ceux auxquels le Seigneur s’adresse étaient des disciples pour qui cette grande
question était déjà réglée.

Viennent ensuite des paroles très exerçantes à l’égard des richesses terrestres. Rien n’est plus
profondément enraciné dans l’être humain que la tendance à poursuivre des trésors sur la
terre, à s’en emparer et à les amasser, et pourtant ceux-ci sont à la merci des éléments naturels
et de l’intervention d’hommes violents. Si nous connaissons réellement le Père qui est dans
les cieux, nous trouverons notre trésor dans le ciel et là sera notre cœur ; il nous suffit d’avoir
l’œil simple pour voir cela, et aussi toute autre chose clairement. Alors notre corps sera plein
de lumière ; autrement dit, nous nous caractériserons nous-mêmes par la lumière. Nous ne
pouvons être dominés que par Dieu ou par Mammon, car nous ne pouvons pas servir deux
maîtres. Dieu et Mammon sont trop complètement opposés pour que cela soit possible.

En servant Dieu, qui est effectivement un Père céleste, nous nous plaçons sous ses soins
attentifs et bienveillants. Il connaît tous nos besoins et s’en occupe. Nous sommes
impuissants, incapables d’ajouter une coudée à notre taille ou de nous revêtir comme l’herbe
des champs. Notre Père a une sagesse et une puissance infinies, et veille sur les plus humbles
de ses créatures ; nous pouvons donc avoir une confiance absolue dans ses soins d’amour pour
nous. C’est ainsi que nous ne devons être en souci de rien. Les hommes du monde se jettent
sur les trésors de ce monde qui disparaissent si rapidement, et ils sont pleins de soucis pour les
protéger et les utiliser. Tandis que nous pouvons nous reposer sur la sollicitude et l’amour de
notre Père, et être libres de toute anxiété.

Tout cela est principalement négatif. Nous devons être délivrés de l’anxiété et des soucis qui
remplissent tant de cœurs ; mais c’est afin que nous soyons libres pour chercher le royaume
de Dieu, et pour le chercher premièrement. Au lieu de regarder avec appréhension le
lendemain, nous sommes invités à remplir le jour présent de ce qui concerne le royaume, et ce
royaume nous conduit dans les voies de la justice.

Tel était le bon plaisir de Dieu pour les disciples qui suivaient le Seigneur quand il était avec
eux ; et cela demeure son bon plaisir pour nous qui le suivons maintenant que son œuvre est
parfaitement accomplie et qu’il est retourné au ciel. L’esprit qu’il inculquait était aussi
étranger à la religion des pharisiens de son temps, qu’il l’est aujourd’hui à la religion de forme
et mondaine.

7                         Chapitre 7
Les enseignements du Seigneur, rapportés au chapitre 6, avaient pour but de placer ses
disciples dans des relations telles avec leur Père qui est dans les cieux que Lui remplisse leurs
pensées, qu’il s’agisse d’aumônes, de prières, de jeûnes ou de leur attitude à l’égard des
richesses et des besoins de cette vie. Le chapitre 7 commence par des enseignements qui
devaient régler leurs rapports avec leurs frères, et aussi avec les incrédules.

Juger son frère est une tendance très profondément ancrée dans le cœur humain. Il n’est pas
interdit de juger les choses ou un enseignement ; nous y sommes encouragés — nous le
voyons, par exemple, en 1 Corinthiens 2:15 ; 10:15 — mais juger des personnes est défendu.
L’assemblée est appelée à juger, dans certains cas, ceux qui en font partie, comme 1
Corinthiens 5 et 6 l’indiquent, mais à part cela, le jugement des personnes est une prérogative
du Seigneur. Si, en dépit de l’interdiction du Seigneur, nous nous y complaisons, deux peines
suivront immanquablement, comme Jésus le dit ici. D’abord, nous serons nous-même jugé, et
il nous sera mesuré de l’exacte mesure dont nous aurons mesuré les autres. Secondement,
nous serons entraîné dans l’hypocrisie. Dès le moment où nous nous mettons à juger les
autres, nous devenons aveugle à nos propres défauts. La petite imperfection de notre frère
prend une proportion énorme à nos yeux, et nous n’avons pas du tout conscience de notre
propre gros défaut, de nature à fausser notre vue spirituelle. La forme de jugement la plus
profitable pour chacun de nous est le jugement de soi-même.

Le verset 6 a en vue les impies, insensibles au bien et impurs dans leurs goûts. Les choses qui
sont saintes et précieuses ne le sont pas pour eux ; et si malgré tout nous les leur présentons,
ils les méprisent, et nous risquons de subir leur violence. Il est juste que nous soyons des
dispensateurs des choses saintes de Dieu, mais pas envers de telles personnes.

Toutefois si nous sommes appelés à donner, il nous faut d’abord recevoir, et c’est ce dont
parlent les versets 7-11. Pour recevoir, nous devons nous approcher de Dieu — demander,
chercher, frapper. Une réponse de la part de notre Père est assurée. Si nous demandons ce qui
est nécessaire, nous le recevrons, car il ne nous donnera pas à la place un objet sans valeur
comme une pierre, ou nuisible comme un serpent. Nous pouvons être certains qu’il nous
donnera « des bonnes choses », car son caractère de Père est céleste. Ainsi sa mesure ne
tombera pas au-dessous de celle d’un père sur la terre. Nous pouvons appliquer ici Ésaïe 55:9,
et déclarer que, comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi ses pensées de Père
sont élevées au-dessus de nos pensées. Nous ne pouvons évidemment pas atteindre son
niveau. C’est pourquoi, au verset 12, le Seigneur ne demandait pas à ses disciples une mesure
au-delà de celle qui est établie par la loi et les prophètes.

Dans les versets 13 et 14, le Seigneur regarde manifestement plus loin que ses disciples et
s’adresse à la foule. Ceux qui la composaient se trouvaient confrontés au choix entre le
chemin large et le chemin étroit, entre la destruction et la vie. Nous ne pouvons pas dire que la
grâce de Dieu est étroite, car elle est apparue à tous les hommes ; ce qui est étroit, c’est le
chemin du jugement de soi et de la repentance. Peu nombreux sont ceux qui le trouvent, et
encore moins nombreux ceux qui le proclament. La majorité des prédicateurs préfère
annoncer des vérités plus agréables.

Nous avons ensuite l’avertissement contre les faux prophètes. On les reconnaît à leurs fruits,
non pas à leurs belles paroles. Le fruit est le résultat et l’expression suprême de la vie, et il
révèle le caractère de la vie dont il est l’aboutissement. Le faux prophète a une vie fausse qui
se manifeste nécessairement par des mauvais fruits.

Il n’y a cependant pas seulement des faux prophètes ; il y a aussi des faux disciples — ceux
qui font profession de fidélité au Seigneur, mais chez lesquels le lien vital de la foi manque.
La foi vitale, comme le dit l’apôtre Jacques, doit s’exprimer par des œuvres. Tous ceux qui se
placent vraiment sous la seigneurie de Christ par la foi, doivent obligatoirement être prêts à
faire la volonté du Père qui est dans les cieux, que Lui représentait. Judas Iscariote offre une
illustration terrible des versets 22 et 23. Certes il a accompli des œuvres de puissance comme
les autres disciples, mais à la fin, il est apparu qu’une relation de foi réelle n’avait jamais
existé, et qu’il n’était qu’un ouvrier d’iniquité.

Aussi le Seigneur termine-t-il son discours par la parabole des deux maisons. Les
constructeurs de l’une et de l’autre, le prudent et l’insensé, étaient des auditeurs des paroles de
Jésus, mais un seul d’entre eux les mettait en pratique — le prudent. La parabole n’enseigne
pas le salut par les œuvres, mais le salut par cette foi vivante qui conduit aux œuvres. Si nous
reportons nos pensées au sermon sur la montagne nous verrons tout de suite que seule une foi
véritable en Christ pouvait amener quelqu’un à faire ce qu’il enseignait. Nous discernerons
aussi combien ses enseignements vérifiaient pleinement ses propres paroles du chapitre 5:17.
Il nous a donné la plénitude de la loi et des prophètes, tout en ajoutant une lumière nouvelle
au sujet du Père qui est dans les cieux, et en préparant par là le chemin pour la lumière plus
complète de la grâce qui allait briller comme fruit de sa mort et de sa résurrection. C’est
l’autorité avec laquelle il parlait qui frappait la foule. Les scribes s’appuyaient sur les
enseignements des rabbins d’autrefois, tandis qu’il disait les choses qu’il connaissait de Dieu
et avec Dieu.

8                         Chapitre 8
Les trois chapitres dans lesquels Matthieu nous rapporte les enseignements du Seigneur sont
suivis par deux autres qui nous montrent ses œuvres de puissance. Jésus ne se contentait pas
d’énoncer les principes du royaume ; il en manifestait la puissance dans une variété de
manières propres à attirer l’attention. Il y a cinq illustrations principales de cette puissance
dans le chapitre 8, et autant dans le chapitre 9. Dans chacun des cas, nous pouvons dire que le
miracle accompli par le Seigneur en relation avec des besoins extérieurs et visibles, prouvait
qu’il pouvait s’occuper des besoins plus profonds de l’âme.

Le premier cas est celui de l’homme atteint de lèpre, une image du péché dans sa puissance en
souillure, en corruption. Le pauvre homme était convaincu de la puissance de Jésus, mais pas
pleinement persuadé de sa grâce. Toutefois, le Seigneur le délivre instantanément en le
touchant et en prononçant une parole de puissance. Quatre mots seulement : « Je veux, sois
net », et la chose est accomplie ; constituant un témoignage aux sacrificateurs — si l’homme a
fait comme il lui a été dit — que la puissance de Dieu était là au milieu d’eux.

Le deuxième cas, celui du centurion d’entre les Gentils et de son serviteur, illustre
l’impuissance que le péché produit. Ici de nouveau, la puissance de la parole du Seigneur est
mise en évidence. Le centurion lui-même le souligne, car il connaissait la puissance que revêt
un ordre dans le système militaire romain, par exemple. Le rang de centurion n’était pas
élevé, pourtant ceux qui étaient placés sous ses ordres lui obéissaient sans discuter ; et la foi
de cet homme découvrait en Jésus Celui qui pouvait accomplir un miracle. Le Seigneur
qualifie sa foi de grande et de supérieure à tout ce qu’il avait trouvé en Israël ; il prononce la
parole nécessaire et le serviteur est guéri. Il annonce également que plus d’un Gentil venant
de loin entrerait dans le royaume avec les patriarches d’Israël, alors que ceux qui
considéraient cette place comme leur droit acquis seraient jetés dans les ténèbres de dehors.

Le troisième cas est celui de la belle-mère de Pierre. Ici, Jésus la touche et elle est
instantanément guérie ; il ne nous est pas dit qu’il ait prononcé une parole. Qu’il s’agisse du
contact de sa main et de sa parole comme pour le lépreux, ou de sa parole seule comme pour
le serviteur du centurion, ou seulement d’un contact, dans chacun des cas le résultat est
identique — c’est la délivrance immédiate. Il n’y a pas eu de convalescence après la fièvre : la
femme s’est aussitôt levée et a servi les autres. Le péché entraîne un état d’esprit et d’âme
fébrile, qui disparaît au contact du Seigneur.

Dans les versets 16 et 17, nous avons d’abord un résumé de ses nombreuses œuvres de
puissance et de grâce, le soir étant venu ; puis la citation d’Ésaïe 53, qui nous révèle la
manière et l’esprit dans lesquels il accomplissait ces choses. Certains ont utilisé à tort les
paroles citées, leur faisant dire que, sur la croix, Jésus a porté nos maladies, et que, par
conséquent, le croyant ne devrait jamais être malade. Nous avons ici la vraie application de ce
passage. Il ne soulageait pas les hommes sans ressentir leurs peines et leurs maladies. Il
portait dans son esprit le poids des maux qu’il chassait par sa puissance.

Les incidents rapportés dans les versets 18-22 nous montrent que comme pour notre
délivrance, notre service doit résulter de l’appel de sa parole d’autorité. Un certain scribe
s’engage à le suivre sans avoir reçu Son appel. Le Seigneur lui indique aussitôt ce
qu’impliquerait de le suivre, lui, le Fils de l’homme qui n’avait pas un lieu où reposer sa tête.
Mais inversement, son appel suffit. Celui qui voulait donner la première place à un devoir
terrestre était déjà un disciple. L’appel et le droit du Maître doivent être absolument
impératifs. Le verset 23 nous montre qu’il avait des disciples qui reconnaissaient ses droits et
le suivaient ; ils lui offrent dans leur nacelle une place où reposer sa tête. Mais, même ainsi,
marcher à sa suite les entraîne dans des difficultés.

Cela nous amène au quatrième de ces cas significatifs — la tempête sur la mer, type de la
manière dont la puissance du diable déchaîne la mer agitée de l’humanité. Pour Jésus ce
n’était rien et il dormait paisiblement. Mais au cri de ses disciples, il se lève et reprend ces
puissants éléments de la nature. De même qu’un homme donne un ordre à son chien et que la
bête obéissante vient se coucher à ses pieds, ainsi les vents et la mer se calment à la voix de
leur Créateur.

Arrivé à l’autre rive, le Seigneur se trouve en face de deux hommes possédés par des
serviteurs du diable. L’un d’entre eux peut être comparé à une forteresse spéciale tenue par
toute une légion de démons, comme nous l’apprennent Marc et Luc, mais ils étaient bien
évidemment deux et ainsi un témoignage suffisant était donné à la puissance de Jésus sur
l’Ennemi. Les démons le connaissaient et ils savaient qu’ils n’avaient pas le pouvoir de
résister à sa parole ; aussi demandent-ils la permission d’entrer dans le troupeau de pourceaux
impurs, qui ne se serait jamais trouvé là si Israël avait marché selon la loi. D’après le récit qui
nous est donné, Jésus ne prononce qu’une seule parole — « Allez ». Aussitôt les hommes sont
délivrés, et les pourceaux détruits.

Nous avons considéré jusqu’ici quelques manifestations de la puissance du Seigneur ; avant


de quitter ce chapitre, voyons la réponse qu’elle a reçue de la part des hommes. Il y a un
contraste frappant entre la « grande foi » du centurion et la « petite foi » des disciples dans la
tempête. La grande foi est caractérisée par deux choses que nous trouvons au verset 8. Le
centurion déclare : « Je ne suis pas digne », se condamnant lui-même, et se mettant ainsi de
côté. Il ajoute, à l’adresse du Seigneur : « Dis seulement une parole ». Il ne faisait aucun cas
de lui-même, mais avait une haute opinion du Seigneur — si haute qu’il était prêt à donner foi
à sa parole sans aucun support extérieur. On voudrait souvent que la parole du Seigneur soit
confirmée par des sentiments, par la raison ou par l’expérience ; mais une grande foi résulte
de la découverte en Jésus de quelqu’un de si grand que sa seule parole suffit.

Pour les disciples, c’était juste le contraire. Leurs pensées étaient concentrées sur eux-mêmes.
C’était : « Sauve-NOUS ! NOUS périssons ». Lorsque Jésus eut calmé la tempête, ils s’en
étonnèrent, disant : « Quel est celui-ci ? » Oui, en effet, quel était-il ? S’ils l’avaient
véritablement connu, ils auraient été surpris qu’il n’ait pas fait valoir sa puissance. Le fait est
qu’ils avaient une haute opinion d’eux-mêmes et une bien petite du Seigneur ; c’est là une
petite foi. Aussi s’étonnent-ils en le voyant agir ; tandis que dans le cas du centurion, c’est
Jésus qui s’étonne de sa foi. Pourtant, malgré leur petite foi, ils l’aimaient et le suivaient.
Au début du chapitre, nous avons une foi en défaut chez le lépreux. Il voyait clairement la
puissance de Jésus, mais ne discernait guère son bon vouloir. À la fin du chapitre, nous
trouvons des hommes qui n’avaient pas de foi du tout.

Peu leur importait que des démons aient été chassés, car une délivrance spirituelle ne signifiait
pas grand-chose pour eux. Ce qui comptait, c’était la perte de leurs pourceaux. Ils
n’estimaient pas Jésus, mais bien leurs pourceaux ! Figure appropriée des hommes du monde
qui ont l’œil à toute sorte de gain matériel, mais qui n’ont pas de cœur pour Christ. Ceux-ci
n’ont en définitive rien gagné, tandis que tous les autres ont reçu. Remarquez le fait précieux
que la foi défectueuse et la faible foi ont obtenu la bénédiction tout aussi réellement et aussi
pleinement que la grande foi. La bénédiction n’est pas en proportion de la qualité ou de la
quantité de foi, mais elle dépend de la pure grâce du Seigneur.

9                         Chapitre 9
Les Gergéséniens ne désirant pas sa présence, Jésus passe de nouveau à l’autre rive et
rencontre aussitôt d’autres personnes dans le besoin. Dans le chapitre 9, nous voyons
comment il délivre l’homme frappé de paralysie, la femme malade, la fille de Jaïrus, les deux
aveugles et le muet démoniaque — de nouveau une quintuple manifestation de la puissance
du royaume qui s’était approché dans sa Personne.

Dans le premier de ces cas, le Seigneur établit clairement la relation existant entre le miracle
qu’il opérait pour le corps et la bénédiction spirituelle correspondante ; le premier facilement
visible, la seconde cachée. En réponse à la foi des hommes qui ont amené le paralytique, le
Seigneur va directement à la racine du mal et prononce le pardon des péchés. Comme celui-ci
est mis en question, il prouve son pouvoir de pardonner par sa puissance de transformer la
condition physique de l’homme. Ses détracteurs ne pouvaient ni pardonner les péchés ni
guérir la paralysie. Il pouvait, lui, l’un et l’autre. Les foules le constatent et glorifient Dieu.

Les versets 9-17 rapportent un incident concernant Matthieu lui-même. Ceux qui connaissent
la puissance terrible que l’argent exerce sur l’esprit humain pourraient presque qualifier de
miracle l’appel relaté au verset 9. Matthieu était assis dans son bureau de recette, tout entier à
la tâche agréable d’encaisser de l’argent, lorsqu’il entend ces deux mots de la bouche de Jésus
— « Suis-moi ». Celui qui l’appelle prend une telle dimension à ses yeux, que l’argent s’en
trouve détrôné et perd son attrait — un vrai miracle assurément ! Il se lève et suit Jésus.

C’est dans sa maison que Jésus se met à table avec des publicains, des pécheurs et ses
disciples ; ainsi maintenant Matthieu débourse de l’argent au lieu d’en recevoir. Ce sont les
autres évangélistes qui nous le disent, alors que Matthieu, avec une modestie bienséante, ne le
mentionne pas. La scène entière est une offense pour les pharisiens, mais elle permet d’établir
en quelques mots quelle est la mission de Jésus. Les pharisiens ne s’étaient pas arrêtés aux
paroles du Seigneur par Osée, selon lesquelles il préférait l’exercice de la miséricorde à
l’offrande de sacrifices cérémoniels — une parole que bien des pharisiens modernes ignorent
aussi — et ils ne connaissaient pas sa mission envers ceux qui étaient malades
spirituellement : appeler des pécheurs à la repentance. S’il était venu appeler « des justes »,
les pharisiens seraient accourus en foule, mais ils auraient tous été renvoyés, puisque selon le
critère divin, il n’y a pas de « justes ».
La question soulevée par les disciples de Jean amène une déclaration supplémentaire. Après
avoir appelé des pécheurs à la repentance, il se les attache comme étant « les fils de la
chambre nuptiale » et les introduit dans une position de liberté, en contraste avec le respect
des exigences de la loi. Dans les jours qui viendraient, pendant son absence, il y aurait un
jeûne d’une autre sorte. Mais il ne pouvait pas y avoir de véritable mélange entre les choses
nouvelles qu’il apportait et l’ancien système légal. Le vin nouveau du royaume doit être mis
dans des outres neuves. Essayer de retenir à l’intérieur de formes légales la grâce du royaume
qui s’étend à tous donne un résultat désastreux. La grâce est perdue et les formes sont ruinées.

Comme il leur disait ces choses, d’autres incidents surviennent qui, dans une certaine mesure,
servent d’illustration à ses paroles. Alors qu’il est en route pour ressusciter la fille de Jaïrus, il
est arrêté par la foi hardie de la femme qui avait une perte de sang. Elle faisait partie de ces
malades qui avaient besoin du Médecin. Son acte de foi dérangeait le programme, mais
qu’était-ce pour Celui qui trouve son plaisir dans la miséricorde et non dans les sacrifices ? Sa
foi est reconnue et la femme est guérie instantanément. Puis lorsque le programme reprend
son cours, et qu’ils arrivent à la maison de Jaïrus, Jésus bouscule le déroulement habituel des
choses, tel qu’il était prescrit. Les formes juives ne résistent pas longtemps à la puissance de
Sa grâce. Il ordonne : « Retirez-vous », et tout doit effectivement reculer devant la puissance
de vie qu’il détient : l’enfant morte est ressuscitée.

Le cri des deux aveugles (v. 27) renferme les accents de la foi. Ils le reconnaissent comme le
Fils de David promis. Lui reconnaît leur foi et la met à l’épreuve. Dans leur réponse ils
affirment leur foi en sa puissance. Aussi, dans ce cas, il exauce leur prière, selon leur foi. Il
savait que cette foi était réelle ; et cela nous est confirmé par le fait que leurs yeux furent
ouverts aussitôt. Posons-nous chacun la question : Si mes prières devaient être exaucées selon
ma foi, que recevrai-je ?

Le péché a réduit l’homme à la misère ; il l’a rendu spirituellement malade, mort et aveugle ;
mais il l’a aussi rendu muet à l’égard de Dieu. Lié par le diable, il ne peut pas parler. Lorsque
l’homme du verset 32 lui est amené, Jésus s’occupe de la puissance démoniaque qui était à la
racine de son état. La cause étant atteinte, l’effet disparaît aussitôt. Le muet parle et les foules
s’en étonnent. Jamais auparavant elles n’ont vu ou entendu parler de délivrances semblables à
celles qui sont opérées par la puissance du royaume en grâce. Seuls les pharisiens demeurent
insensibles ; et non simplement insensibles, mais ils sont entièrement dans le mal, car ne
pouvant pas nier la puissance, ils se soustraient volontairement à son influence en l’attribuant
au diable lui-même.

Ce chapitre se termine sur le fait merveilleux que le rejet inique de Sa grâce n’a pas tari sa
compassion. Il va par toutes les villes et par les villages, prêchant l’évangile du royaume et en
manifestant la puissance par des miracles de guérison. La vue des foules et de leurs besoins ne
fait que l’émouvoir d’une profonde compassion — la compassion du cœur de Dieu. La foule
n’avait pas de berger, et il y avait encore une grande moisson à rentrer. Il se prépare à y
envoyer des ouvriers.

10                   Chapitre 10
À la fin du chapitre précédent, le Seigneur a invité ses disciples à prier afin que des ouvriers
soient envoyés. Ce chapitre s’ouvre sur l’appel des douze et leur envoi. Ils devaient être eux-
mêmes la réponse à leur prière ! Le cas n’est pas rare. Lorsque nous demandons que telle ou
telle chose s’accomplisse dans le service du Seigneur, il nous répond souvent : « C’est à vous
de le faire ». Pour qu’une mission quelconque s’effectue il faut : des personnes mises à part,
de la puissance conférée et l’indication de la bonne manière de procéder.

Ce chapitre traite précisément de ces trois points. Dans les versets 2-4, nous avons les noms
des douze disciples choisis ; et au verset 1, nous lisons que Jésus leur confère la puissance
nécessaire. Cette puissance s’exerçait dans deux sphères : spirituelle et physique. Les esprits
immondes devaient leur obéir et toutes espèces de maladies physiques disparaissaient à leur
parole. À partir du verset 5 et jusqu’à la fin du chapitre, nous avons l’énumération des
instructions qu’il leur donne pour l’accomplissement correct de leur mission.

Le premier enseignement concerne la sphère de leur service : ce n’était ni les Gentils ni les
Samaritains, mais uniquement les brebis perdues de la maison d’Israël. Cela nous indique
d’emblée clairement que l’évangile aujourd’hui ne découle pas de cette mission. On a voulu
faire dire au verset 6, à l’appui d’une théorie fausse, que les disciples devaient aller vers les
Israélites dispersés parmi les nations. Mais le mot « perdues » signifie spirituellement
perdues. Si nous considérons Jérémie 50, en particulier les versets 6 et 17, nous verrons
qu’Israël est à la fois « perdu » et « chassé ou dispersé ». Perdu parce que leurs bergers les ont
fourvoyés — perdu spirituellement. Chassé de par l’intervention des rois d’Assyrie et de
Babylone — dispersé géographiquement. Cette distinction dans l’emploi des deux mots
semble être observée dans toute l’Écriture. Jamais les disciples ne sont sortis du pays quand
Christ était sur la terre, mais ils prêchaient aux Juifs spirituellement perdus qui les
entouraient.

Au verset 7, leur message est résumé en six mots. Il correspond exactement à celui de Jean le
Baptiseur (3:2), et du Seigneur lui-même (4:17), sauf qu’ici le « repentez-vous » est omis.
C’était un message très simple, ne permettant pas beaucoup d’adjonctions ou de variations. Ils
ne pouvaient pas annoncer des événements non encore accomplis ; mais le Roi promis était là
dans son propre pays ; aussi le royaume était-il près d’eux. Voilà ce qu’ils annonçaient.
C’était la bonne nouvelle du royaume, et ils devaient confirmer ce qu’ils disaient en
manifestant la puissance du royaume, apportant gratuitement la guérison et la délivrance.

Ils devaient en outre se passer de toutes les précautions ordinaires d’un voyageur prudent, et
être ainsi visiblement dépendants de leur Maître pour tous leurs besoins ; en entrant quelque
part, ils devaient chercher à savoir qui y était digne, c’est-à-dire rechercher ceux qui
craignaient le Seigneur et qui montraient qu’ils recevaient le Maître en recevant ses serviteurs.
Ils devaient témoigner contre ceux qui ne Le recevaient pas et qui, par conséquent, les
rejetaient eux et leurs paroles ; leur responsabilité serait infiniment plus grande que celle de
Sodome et de Gomorrhe.

Ensuite, il les avertit clairement qu’ils auraient à rencontrer l’opposition, la réjection et la


persécution ; et il les instruit quant à l’attitude à adopter alors. C’est le sujet des versets 16-39.
En se déplaçant ainsi parmi les hommes, ils seraient comme des brebis au milieu des loups ;
autrement dit, comme leur Maître dans leur position ; et ils devaient aussi être comme Lui
dans leur caractère — prudents et simples. Lorsqu’ils seraient accusés devant des
gouverneurs, ils devaient se reposer sur Dieu comme étant leur Père et ne pas s’inquiéter à
préparer leur défense, puisqu’à l’heure du besoin, l’Esprit de leur Père parlerait en eux et par
eux. Dans certains cas, le martyre les attendrait et dans tous les cas ils seraient confrontés à
une haine qui ferait fi de toute affection naturelle. Pour ceux qui ne seraient pas martyrisés, la
persévérance jusqu’à la fin signifierait salut.

Le sens de « la fin » est indiqué dans le verset suivant (v. 23) : c’est la venue du Fils de
l’homme. Au chapitre 24:3, 6, 13, 14, le Seigneur parlera de nouveau de « la fin », avec une
signification semblable, car il s’agit là de « la consommation du siècle ». Ainsi, cette mission,
que le Seigneur inaugurait, doit s’étendre jusqu’à sa seconde venue, et même alors, elle ne
sera guère achevée. Le verset 6 a montré que les villes d’Israël étaient le champ à couvrir
pendant qu’ils étaient persécutés, et leur persévérance serait couronnée par le salut à sa venue.
En regardant en arrière, il pourrait sembler que ces prédictions n’ont pas tout à fait été
réalisées. Comment l’expliquer ?

C’est évidemment que ce témoignage à la proximité du royaume a été suspendu et qu’il sera
repris au temps de la fin. Les disciples sont considérés comme des hommes représentatifs ; ce
qui est dit s’appliquait à eux à ce moment et s’appliquera à d’autres qui se trouveront dans une
position semblable en la consommation du siècle. Le royaume, tel qu’il était présenté à ce
moment en Christ personnellement, a été rejeté et, par conséquent, le témoignage a été retiré,
comme nous le voyons au chapitre 16:20. Il sera repris lorsque le rassemblement de l’Église
sera achevé ; et il se terminera lorsque le Fils de l’homme viendra pour recevoir et établir son
royaume, comme cela avait été annoncé en Daniel 7.

Dans l’intervalle, le disciple doit s’attendre à être traité comme son Maître, et pourtant il n’a
pas à avoir de crainte. Il sera dénoncé, diffamé et même tué par les hommes ; mais dans les
versets 26 à 33, le Seigneur mentionne trois sources d’encouragement. D’abord, la lumière
brillera sur tout, et les mauvais desseins des hommes seront tous balayés. L’affaire du disciple
est de faire luire maintenant la lumière dans son témoignage. Deuxièmement, il y a la
sollicitude du Père, qui descend jusqu’au plus petit détail. Troisièmement, il y a la
récompense d’être reconnu publiquement par le Seigneur devant le Père qui est dans les cieux.
Rien sinon la foi ne nous permettra de rechercher la lumière, de nous reposer sur les soins de
Dieu, et d’apprécier son approbation davantage que celle des hommes.

Le verset 28 demande une remarque spéciale, car il enseigne d’une façon très nette que l’âme
n’est pas sujette à la mort, contrairement au corps. Dieu peut détruire et l’âme et le corps dans
la géhenne ; mais le mot employé pour « détruire » est différent de celui pour « tuer » ; il
signifie faire périr ou ruiner et ne renferme pas la moindre pensée d’annihilation.
L’expression « l’immortalité de l’âme » ne se trouve pas littéralement dans l’Écriture, mais
les paroles du Seigneur que nous avons ici établissent ce fait solennel. Les termes du verset 34
peuvent sembler en contradiction avec des déclarations comme celles que nous avons en Luc
1:79 ; 2:14, ou Actes 10:36. Ce n’est en fait pas le cas. Dieu s’est approché des hommes, en
Christ, avec un message de paix, mais il a été rejeté. À ce point de l’évangile selon Matthieu,
sa réjection se dessine, et ainsi il déclare que l’effet immédiat de sa venue sera la division et la
guerre. La paix sur la terre, Il l’établira à sa seconde venue ; c’est ce que les anges ont vu à
l’avance et ont célébré à sa naissance. La paix est à vrai dire le but final, mais la croix était
imminente ; et si le Seigneur se préparait à la prendre, les disciples devaient s’attendre à une
épée, et à perdre leur vie par amour pour lui. Mais cette perte serait finalement un gain.

Les derniers versets montrent que recevoir les disciples impopulaires serait en fait recevoir
leur Maître impopulaire, et par là Dieu lui-même. Tout service ainsi rendu, même aussi
insignifiant que de donner une coupe d’eau froide à boire, ne perdra pas sa récompense dans
le jour à venir.

11                   Chapitre 11
Le premier verset montre que l’envoi des douze n’impliquait pas la cessation de l’activité
personnelle du Seigneur ; et l’écho de toutes ses œuvres parvient aux oreilles de Jean dans sa
prison. Il s’attendait manifestement à ce que le personnage important qu’il avait annoncé
intervienne en sa faveur ; or il était là, délivrant toutes sortes d’êtres indignes de leurs
maladies et de leurs peines, et oubliant apparemment son précurseur. Mise ainsi à l’épreuve,
la foi de Jean est quelque peu ébranlée. La réponse que lui fait le Seigneur revêt la forme d’un
nouveau témoignage à ses propres activités de grâce, montrant bien qu’il accomplissait la
prophétie d’Ésaïe 61:1. Bienheureux celui qui n’était pas scandalisé par son humiliation et
l’absence de la gloire extérieure qui caractérisera sa seconde venue.

Ensuite Jésus rend témoignage à Jean. Celui-ci n’était ni un roseau agité par le vent ni un
homme vêtu de vêtements précieux, mais il était plus qu’un prophète, il était le messager
annoncé par Malachie, envoyé pour préparer le chemin du Seigneur. En outre Jean était le
prophète « Élie » de la première venue, et il marquait la fin d’une époque. La dispensation de
la loi et des prophètes allait jusqu’à lui, et à partir de son jour, le royaume des cieux était
ouvert, pour autant qu’il y avait la « violence » ou l’énergie de la foi pour en ravir l’entrée.
Quand le royaume sera établi visiblement, il n’y aura plus besoin de la même énergie de la
foi. Tout ceci montrait la grandeur de Jean ; toutefois le moindre dans le royaume des cieux
aurait une position plus élevée que cet homme éminent qui a préparé le chemin mais n’a pas
vécu pour y entrer. La grandeur morale de Jean était sans égale, mais beaucoup de personnes
d’un poids moral bien inférieur seraient plus grandes quant à la position extérieure.

Après avoir parlé de Jean, de sa grandeur et de la position qui lui avait été donnée quant à son
ministère, le Seigneur se penche sur l’indifférence du peuple. Ils avaient entendu la
prédication énergique de Jean, puis ils avaient écouté le Seigneur et avaient vu ses œuvres de
puissance ; mais rien ne les avait vraiment touchés.

Ils étaient semblables à des enfants irrités qu’on ne parviendrait pas à persuader d’entrer dans
le jeu. Il y avait eu une note de sévérité dans le ministère de Jean, mais ils ne manifestaient
aucune trace de lamentation et de repentance ; Jésus était venu, plein de grâce et de la joie de
la délivrance, et ils ne montraient aucun signe réel de bonheur. Ils trouvaient plutôt moyen de
discréditer l’un et l’autre.

Le reproche qu’ils faisaient à Jean d’avoir un démon était un mensonge éhonté, tandis que
leur blâme au Seigneur comportait un élément de vérité, parce qu’il était dans le sens le plus
élevé « un ami des publicains et des pécheurs ». Pour eux, il l’était dans le sens le plus bas
possible ; car lorsqu’un adversaire lance des accusations contre quelqu’un pour le discréditer,
une demi-vérité le sert en général davantage qu’un pur mensonge. Tant que nous marchons
dans l’obéissance à Dieu avec une bonne conscience, nous n’avons pas à craindre la boue que
les adversaires aiment à remuer. Jean, parmi les plus grands des prophètes, et le Fils de
l’homme lui-même ont dû endurer cela. Ceux qui étaient les enfants de la sagesse n’étaient
pas dupes de ces calomnies. Ils donnaient raison à la sagesse, et condamnaient par là les
adversaires. Le même fait a été constaté en d’autres termes lorsque Jésus dit : « Vous ne
croyez pas, car vous n’êtes pas de mes brebis... Mes brebis écoutent ma voix » (Jean 10:26,
27).

À ce point, nous voyons le Seigneur reconnaître que les villes de Galilée dans lesquelles le
plus grand nombre de ses miracles avaient été faits, l’avaient définitivement refusé. Elles
avaient été au bénéfice d’un témoignage tel que ni Tyr et Sidon, ni le pays de Sodome, n’en
avaient jamais eu. Or, plus le privilège est grand, plus la responsabilité est grande, et plus le
jugement est sévère lorsqu’on méprise le privilège et qu’on faillit à la responsabilité. Un triste
sort est réservé à Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm. Leurs habitants de cette époque ont
devant eux le jour de jugement, et les villes elles-mêmes ont été tellement détruites
qu’aujourd’hui encore leur site est un objet de controverse. Ils avaient rejeté « Jésus Christ,
Fils de David, Fils d’Abraham » (1:1), et par conséquent le royaume qui était présenté en lui.

Mais dans ce moment de crise, Jésus se reposait sur le propos du Père et sur la perfection de
ses voies — les voies conduisant à l’accomplissement de son propos. Ceux dont le Seigneur
avait déploré l’indifférence étaient selon l’estimation du monde les « sages » et les
« intelligents » ; mais il y avait aussi les « petits enfants », et c’est à ceux-ci, non pas aux
premiers, que le Père avait révélé les choses de toute importance pour le présent. C’était ce
que le Père avait trouvé bon devant lui, et Jésus l’acceptait avec reconnaissance. Dieu a
toujours agi ainsi et il continue d’agir ainsi aujourd’hui, comme nous le voyons en 1
Corinthiens 1:21-31. Le propos de Dieu s’accomplira. Le royaume, présenté en Christ, allait
être rejeté et le royaume prendrait un caractère caché, du fait de l’absence du roi, en attendant
son établissement dans une puissance et une gloire visibles. Il y en aura qui se placeront sous
le joug du Fils et qui goûteront ainsi dans leur âme le repos du royaume.

Le propos de Dieu est que toutes choses soient placées entre les mains du Fils. À cet effet,
toutes choses lui ont déjà été remises. Dans le jour à venir, nous le verrons disposer de toutes
dans un jugement puissant, discriminatoire ; aujourd’hui il révèle le Père. Le Fils est si
véritablement Dieu qu’il y a en lui des profondeurs insondables, connues du Père seul. Le
Père est au-delà de toute connaissance humaine, mais le Fils le connaît, et il est venu pour le
révéler. C’est comme Celui qui révèle le Père qu’il dit : « Venez à moi... et moi, je vous
donnerai du repos ». Il se reposait dans la connaissance du Père, de son amour, de son conseil,
de ses voies ; et c’est dans ce repos qu’il introduit ceux qui viennent à lui.

Son invitation s’adressait spécialement à « vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés »,
c’est-à-dire à ceux qui cherchaient sincèrement et pieusement à garder la loi, dont Pierre dit,
en Actes 15:10, qu’elle est « un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ». Plus ils
étaient sincères, plus ils devaient se sentir chargés sous ce joug. Aussi les paroles du Seigneur
s’adressaient-elles aux « enfants de la sagesse », aux « petits enfants » ; en d’autres termes, au
résidu pieux au milieu de la masse incrédule du peuple. Ils pouvaient maintenant échanger le
joug pesant de la loi contre le joug aisé et léger de Christ. Ils apprendraient de lui ce que la loi
ne pourrait jamais leur enseigner.

Et en outre, il les enseignerait d’une manière nouvelle. Il était lui-même l’exemple de ce qu’il
enseignait. La débonnaireté et l’humilité de cœur sont nécessaires pour prendre et garder une
place de soumission ; et il manifestait parfaitement ces choses. Bien que Fils, il « a appris
l’obéissance », et ayant été obéissant jusqu’à la mort, « il est devenu, pour tous ceux qui lui
obéissent, l’auteur du salut éternel » (Héb. 5:8, 9). Dans notre évangile, nous voyons Celui qui
a été obéissant nous appeler à l’obéissance envers lui, une obéissance qui n’est pas pesante,
mais qui conduit au repos. Le « repos pour vos âmes » était proposé comme résultat d’une
marche fidèle dans les « sentiers anciens » de la loi (voir Jér. 6:16), mais ce repos n’a jamais
été atteint par les hommes. Le seul moyen d’y parvenir était celui que le Fils, venu pour
révéler le Père, donnait à connaître. Il faut que le Père soit connu pour que son propos puisse
être accompli.

12                   Chapitre 12
Des hauteurs contemplées dans le chapitre précédent, nos regards plongent maintenant dans
les profondeurs de la folie et de l’aveuglement humains tels qu’ils sont manifestés chez les
pharisiens. Dans ce chapitre, nous voyons le Seigneur très clairement rejeté par les chefs des
Juifs, et non plus seulement par les villes de Galilée. Dans les deux premiers cas, le sabbat est
au centre du débat. Le Seigneur justifie l’action de ses disciples pour quatre raisons au moins
(v. 3-8).

Lorsque David, le roi oint de Dieu, était rejeté, ses besoins ont passé avant toute institution
religieuse, et ceux qui étaient avec lui ont été associés à lui en cela. Maintenant, le Fils de
David, plus grand que lui, était rejeté ; est-ce qu’alors les besoins de ses disciples ne devaient
pas être couverts, même si les règlements concernant leur sabbat étaient enfreints ? Mais,
deuxièmement, le temple avait pris le pas sur le sabbat, car les sacrificateurs avaient toujours
travaillé les jours de sabbat ; et Jésus déclarait être plus grand que le temple. Dieu était
effectivement en Christ dans une mesure infiniment plus complète qu’il n’avait jamais été
dans le temple. Troisièmement, il y avait ce passage sur la miséricorde en Osée 6 auquel le
Seigneur avait fait allusion précédemment ; il s’appliquait dans ce cas. Et, quatrièmement,
Jésus affirmait que comme Fils de l’homme, il était Seigneur du sabbat ; en d’autres termes,
que le sabbat n’avait aucun pouvoir contraignant sur lui. Il l’avait institué, et pouvait en
disposer comme il le voulait.

Dans le second cas, le Seigneur répond à leur objection en faisant appel à leurs propres
habitudes. Ils n’avaient aucun remords de travailler un jour de sabbat pour sauver une brebis.
Qui étaient-ils donc pour s’opposer à ce qu’il exerce la miséricorde à l’égard d’un homme le
jour de sabbat ? Le Seigneur l’exerce sans tarder ; mais la dureté de leur cœur était telle que sa
miséricorde fit seulement monter en eux des pensées de meurtre. Dès ce moment, ils
décidèrent de le faire mourir.

Jésus commence alors à mettre fin au témoignage qu’ils se préparaient à étouffer dans la mort,
défendant à ceux envers lesquels il exerçait encore sa miséricorde de rendre son nom public.
Matthieu cite la magnifique prophétie d’Ésaïe 42 pour montrer comment elle a été accomplie
en lui. Une partie doit encore avoir son accomplissement à sa seconde venue, car il n’a pas
encore produit le jugement en victoire. Mais il a rencontré sans contestation, ni cris, et sans
écraser ses ennemis, la haine et la réjection amères auxquelles il a été confronté à sa première
venue. Rien n’a moins de valeur qu’un roseau froissé, et rien n’est plus rebutant à l’odorat
qu’un lumignon qui fume. Les pharisiens étaient semblables à l’un et à l’autre, mais il ne les
brisera pas ni ne les éteindra avant que le temps du jugement soit là. En attendant, les nations
apprennent à espérer en son nom.
En Ésaïe 42, comme souvent dans les passages de l’Ancien Testament, les venues ne sont pas
distinguées, mais maintenant nous discernons clairement que les deux s’y trouvent comprises.
À cette époque, Jésus venait pour exercer la miséricorde, et non pas le jugement. Rejeté par
les chefs du peuple, il se tournerait vers les nations et déverserait sur elles la miséricorde. Ce
passage l’indique clairement.

N’est-ce pas d’un intérêt immense pour nous qui faisons partie des nations ayant espéré en
son nom ?

Chez les pharisiens, nous avons vu la haine allant jusqu’au meurtre ; et nous avons trouvé
chez Jésus une douceur et une humilité telles qu’il est amené à suspendre tout acte de
jugement et à accepter leur méchanceté sans contestation ni protestation. Matthieu relate
maintenant le cas d’un homme rendu à la fois aveugle et muet par un démon. Jésus lui rend la
vue et la parole en chassant le démon, et les foules, dans une profonde admiration,
commencent à se demander s’il n’est pas le vrai Fils de David. Témoins de cela, les pharisiens
sont acculés aux grands moyens, et ils répètent, plus hardiment encore, l’affirmation
blasphématoire que la puissance qu’il détient est celle de Satan. Le blasphème qu’ils avaient
prononcé précédemment (voir 9:34) était resté sans réponse, mais cette fois le Seigneur relève
leur défi.

D’abord, il les prend sur le terrain de la raison. Leur accusation impliquait une absurdité, car
si Satan chassait Satan, il détruirait son propre royaume. Elle était aussi diffamatoire à l’égard
de leurs propres fils qui prétendaient chasser des démons. Mais ensuite, il leur donne la vraie
explication : Il était ici-bas comme un homme, agissant par l’Esprit de Dieu. Comme tel il
avait lié Satan, l’homme fort, et maintenant il arrachait à son pouvoir ceux qui n’avaient été
que ses « biens ». C’était une nouvelle preuve évidente que le royaume était au milieu d’eux.

Cela caractérisait aussi très clairement la situation : ne pas être d’une manière déterminée du
côté de Christ et ne pas assembler avec lui, c’était être contre lui et disperser. Le Seigneur est
alors amené à démasquer la nature véritable de leur péché, qui était au-delà des limites du
pardon, malgré le fait que toute sorte de péchés peut être pardonnée. Dans le Fils de l’homme,
Dieu leur était présenté objectivement ; s’ils parlaient contre lui, ils pouvaient pourtant être
amenés, par l’opération de l’Esprit, à la repentance et être ainsi pardonnés. Mais blasphémer
contre le Saint Esprit, par qui seul la repentance et la foi sont opérées dans l’âme, c’est se
placer dans une position désespérée. C’est refuser pour soi-même la repentance et la foi,
verrouiller et barrer la seule porte qui conduit au salut.

Le triste fait est que ces pharisiens étaient des arbres absolument mauvais, une race de
vipères, et leurs méchantes paroles n’étaient que l’expression de la méchanceté de leur cœur.
Dans les versets 33 à 37, le Seigneur démasque ces cœurs de cette manière, et déclare qu’ils
seraient jugés par leurs paroles. Si les hommes doivent rendre compte au jour de jugement
même de paroles oiseuses, que mériteront des paroles méchantes telles que celles-ci ? En ce
jour, par leurs paroles ils seront entièrement condamnés.

La question des pharisiens, rapportée au verset 38, manifeste qu’ils étaient moralement
aveugles et insensibles, autant que corrompus et méchants. Ils demandent un signe, ignorant,
soit par indifférence, soit volontairement, tous ceux qui avaient été donnés. Nous en avons
signalé cinq dans le chapitre 8 et cinq dans le chapitre 9, sans compter ceux qui sont rapportés
dans notre chapitre. Étant méchants et adultères, ils ne pouvaient pas percevoir le signe le
plus évident, aussi aucun autre ne serait donné, sinon le plus grand de tous — sa propre mort
et sa résurrection qui avaient été typifiées dans l’histoire remarquable de Jonas. La génération
qui rejetait le Seigneur avait été mise en présence de plus de signes que toutes celles qui
l’avaient précédée. Jonas et sa prédication avaient été un signe aux Ninivites ; à une époque
plus reculée, Salomon et sa sagesse en avaient été un à une reine du midi, et il s’en était suivi
des résultats remarquables. Pourtant Jésus était rejeté.

Or il est infiniment au-dessus d’eux tous. Dans notre chapitre, il parle de lui-même comme
étant « plus grand que le temple », « plus que Jonas », « plus que Salomon ». Remarquons
aussi qu’il souligne que tant Jonas que Salomon avaient été des signes aux nations. Bien
qu’étant des serviteurs de Dieu en Israël, leur renommée s’était étendue respectivement au
nord en direction de Ninive et au midi vers Sheba. Ces Gentils avaient eu des oreilles pour
entendre et un cœur pour apprécier, alors que les Juifs pharisaïques qui entouraient le
Seigneur étaient aveugles et farouchement opposés, jusqu’au point de commettre ce péché
impardonnable.

Quelle serait la fin de cette génération incrédule ? Le Seigneur nous le dit dans les versets 43
à 45. L’esprit immonde d’idolâtrie qui les avait possédés dans leur histoire passée, était
effectivement sorti d’eux. Christ, Celui qui révèle le vrai Dieu, aurait dû occuper la maison ;
mais ils le rejetaient. Cet esprit immonde allait alors revenir avec sept autres esprits plus
méchants que lui-même. Dans les derniers jours, sous l’antichrist, cette parole du Seigneur se
réalisera. La génération incrédule des Juifs adorera l’image de la bête et sera asservie à des
puissances sataniques terriblement fortes. Lorsque le jugement s’abattra, les Juifs apostats sur
qui il tombera seront pires que tous ceux qui les ont précédés. Cela sera sans doute également
vrai des générations des nations.

Le chapitre se clôt sur l’incident significatif concernant la mère et les frères de Jésus. En fait,
ils venaient dans un mauvais esprit ; nous le voyons en Marc 3:21 et 31. Mais ce n’est pas ce
qui est souligné ici. Le Seigneur se sert de leur intervention pour désavouer une relation
purement naturelle, et pour montrer que ce qui compterait dorénavant, c’était une relation de
nature spirituelle. De cette manière figurative, il mettait de côté pour le moment l’ancien lien
formé par sa venue comme fils d’Abraham, fils de David, et indiquait que le lien reconnu
désormais était celui constitué par l’obéissance à la volonté de Dieu. Les Juifs comme peuple
l’avaient rejeté, et maintenant lui les désavoue. Il reconnaît ses disciples comme étant dans
une relation vraie avec lui, car malgré leur faiblesse, ils s’attachaient à faire la volonté de son
Père qui est dans les cieux.

13                   Chapitre 13
Le début de ce chapitre montre Jésus agissant conformément à ses paroles. Il quitte les limites
étroites de la maison et sort pour aller près de la mer — symbole des nations. Là, depuis un
bateau, il commence à enseigner la foule à l’aide de paraboles. Ce chapitre en contient sept.
Relevons d’abord l’expression du verset 52, « des choses nouvelles et des choses vieilles »,
qui nous aide à saisir le but des paraboles. Des choses vieilles sont mentionnées, le royaume
des cieux par exemple, annoncé en Daniel, mais ce sont les choses nouvelles qui prédominent.
Avant de considérer les paraboles un peu plus en détail, nous indiquerons quatre choses
nouvelles. Premièrement, le Seigneur adopte une nouvelle méthode d’enseignement : par
paraboles. Le verset 10 montre que cette innovation a frappé les disciples. Deuxièmement, il
indique dans la première parabole une nouvelle méthode du travail divin. Au lieu de chercher
du fruit comme résultat du labourage de Dieu par la loi et les prophètes, il allait semer la
parole pour produire du fruit. Troisièmement, Jésus présente des développements qui donnent
une signification nouvelle à l’expression « royaume des cieux ». Quatrièmement, il prononce
des révélations nouvelles, ouvrant la bouche pour annoncer des choses « qui ont été cachées
dès la fondation du monde » (v. 35).

La première parabole est complète en elle-même, et si nous ne la comprenons pas, nous ne


comprendrons pas les autres. La grande affaire désormais serait de semer la « parole du
royaume » dans les cœurs. Cela ne confère aucune place spéciale au Juif. Au verset 19, Jésus
dit : « Toutes les fois que quelqu’un entend » ; la porte est ainsi ouverte à tout auditeur de la
Parole, quel qu’il soit. Ce qui importe, c’est d’écouter avec intelligence. Les obstacles sont les
activités du diable, l’inconstance de la chair, les soucis et les richesses de ce monde. Mais la
Parole est reçue par certains, et du fruit est produit en quantités différentes. Cette méthode de
travail divin est toujours actuelle. Elle caractérise le jour dans lequel nous vivons. Le
christianisme est fondé non pas sur ce qu’il trouve dans l’homme, mais sur ce qu’il produit
par la puissance de Dieu.

Les disciples sont intrigués par le passage au langage des paraboles. Leur question permet au
Seigneur d’expliquer qu’il a adopté ce mode d’enseignement afin que les mystères, ou secrets,
du royaume des cieux restent cachés à la masse incrédule et ne soient révélés qu’à ceux qui
croient. Ceux qui, dans leur incrédulité, avaient rejeté le Seigneur avaient de ce fait même
fermé les yeux à la vérité. Maintenant il parlait en paraboles pour qu’ils demeurent dans leur
incrédulité. C’est ainsi que la prophétie d’Ésaïe devait s’accomplir en eux. Cette même
prophétie est rappelée par Jean dans son évangile (chap. 12:40). Elle est également citée par
Paul, une troisième et ultime fois, dans le dernier chapitre du livre des Actes. Ce n’était que
l’exercice du gouvernement de Dieu. Pour les croyants, les paraboles sont très instructives et,
comme le verset 17 le dit, elles contribuaient à faire connaître aux disciples des choses que les
prophètes et les justes d’autrefois avaient désiré voir mais qui restaient hors de leur portée.

Toutefois, pour comprendre la parabole du semeur, même les disciples avaient besoin d’une
explication de la part du Seigneur ; celle-ci fournie, Jésus prononce trois autres paraboles aux
oreilles de la multitude. Il ne donne l’explication de la deuxième parabole qu’une fois que la
foule a été congédiée et qu’il s’est retiré dans une maison avec ses disciples. Il est donc
évident que les quatre premières ont été prononcées en public, et traitent des manifestations
extérieures du royaume ; tandis que les trois dernières ont été dites en privé et s’occupent de
sa réalité intérieure et plus cachée.

La première parabole, comme nous l’avons mentionné, donne la clé de tout le reste. Elle nous
montre que l’établissement du royaume résultera du fait que la « parole du royaume » aura été
semée, et non pas de l’obéissance à la loi de Moïse. Toutes les autres paraboles nous disent
ensuite à quoi le royaume des cieux est semblable, et chacune de ces six similitudes présente
des traits qui n’auraient pas pu être discernés à la lumière de l’Ancien Testament. Le royaume
dans sa gloire y avait été annoncé, mais ici nous voyons qu’il doit revêtir un caractère
nouveau qui le distinguera avant l’établissement de la gloire.

La deuxième parabole, celle du froment et de l’ivraie, montre que pendant la période où le


royaume est caractérisé par le Fils de l’homme semant de la bonne semence, le diable sera
aussi un semeur, et ses « fils » se trouveront parmi les fils du royaume. Par conséquent,
jusqu’à l’heure du jugement, lorsque le Fils de l’homme ôtera tout le mal de son royaume, il y
aura, en un mot, mélange. Souvenons-nous que, dans cette parabole, « le champ, c’est le
monde » (v. 38) ; il n’y a donc nullement la pensée ici que les fils du méchant doivent être
tolérés dans l’assemblée. « Le royaume » couvre une sphère plus vaste que « l’église » et il
n’est pas possible de démêler les choses dans le monde avant la venue du Seigneur. C’est à la
consommation du siècle que, par le ministère des anges, les méchants seront jetés au feu.

Le froment doit être assemblé dans le grenier. Dans l’explication qu’il donne, le Seigneur va
plus loin et parle des justes qui resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Par l’emploi de cette figure, le Seigneur place les saints dans une position céleste, aussi ne
sommes-nous pas surpris de trouver plus loin la pleine révélation de l’appel céleste. Il est
intéressant de remarquer que dans cette parabole, le Seigneur parle du « royaume des cieux »,
du « royaume du Fils de l’homme » et du « royaume de votre Père », montrant que le
royaume est un, quelle que soit sa désignation. Il a néanmoins différents départements (si
nous pouvons nous exprimer ainsi) et peut, par conséquent, être considéré de différentes
manières.

La troisième parabole, celle du grain de moutarde, montre que le royaume doit être caractérisé
par le développement. Il croîtra et prendra de l’ampleur aux yeux des hommes, mais il
deviendra un abri pour les agents du mal, car dans la première parabole, quand le Seigneur
explique qui sont « les oiseaux », il dit : « le méchant vient » ; et nous savons que Satan agit
par des agents humains.

La quatrième parabole, qui occupe un seul verset (v. 33), montre que, comme nous pouvions
nous y attendre par ce que nous venons de voir, le royaume sera graduellement pénétré par la
corruption. Dans l’Écriture, le levain est toujours employé comme image de ce qui corrompt.
Nous avons ici le seul passage où certains voudraient le voir désigner ce qui est bon. Mais
cela vient de ce qu’ils ont un système d’interprétation qui réclame un tel sens : ils s’imaginent
que l’évangile va imprégner le monde de bien. Cette altération subite de la signification du
levain aurait dû leur paraître suspecte ; les pensées qui la rendent nécessaire ne peuvent être
que fausses.

Ici donc, le Seigneur annonce que le royaume se présentera aux yeux de l’homme sous une
forme caractérisée par le mélange. Son développement fera de lui une institution imposante
dans laquelle les agents du mal trouveront une demeure et, en conséquence, il connaîtra un
processus de pénétration par le mal. Jésus parle certes en prophète, car c’est exactement ce qui
s’est produit dans cette sphère terrestre où l’on professe reconnaître le gouvernement du ciel.

Mais dans l’intimité de la maison, le Seigneur ajoute trois autres paraboles pour ses disciples.
Là nous avons le royaume du point de vue divin, et si nous avons l’onction de l’Esprit pour
nos yeux, nous aussi nous y verrons ce que Dieu voit. D’abord, nous constaterons qu’il y a
quelque chose dont la valeur est cachée. Le « champ » ici est toujours le monde, et le
Seigneur l’a acheté pour s’assurer le trésor caché. Cet achat doit être distingué du rachat, car
des hommes méchants vont jusqu’à renier « le maître qui les a achetés » (2 Pierre 2:1). Ils ont
été achetés, mais non pas rachetés, sinon ils n’iraient pas au-devant d’une « prompte
destruction ». Le royaume est établi pour que la possession du trésor caché dans le monde
puisse être assurée.

Puis il y a la parabole de la perle de très grand prix. Dans le royaume tel qu’il existe
aujourd’hui, il s’agit de chercher et d’acquérir cet objet, caractérisé aux yeux de Dieu par sa
perfection unique. Nous avons ici sans doute en figure, ce dont le Seigneur parlera au chapitre
16 comme « mon assemblée ». Certes il a acheté le champ, mais il a aussi acheté la perle, et
dans les deux cas, il se présente comme vendant tout ce qu’il a pour le faire. Il renonce à tout
pour acquérir ce qu’il désire posséder, dans l’esprit de 2 Corinthiens 8:9. Nous ne pouvons
acquérir Christ en vendant quoi que ce soit de nos biens qui sont sans valeur. Mais c’est ce
que lui a fait pour nous. C’est ce qu’il gagnera par le moyen du royaume des cieux dans sa
forme mystérieuse actuelle.

Enfin, le royaume est semblable à un filet rassemblant des poissons tirés de la mer des
nations. Il y en a de toute sorte, mais nous voyons qu’une sélection est opérée. Cette parabole
et celle du froment et de l’ivraie offrent une ressemblance : dans les deux cas, à la
consommation du siècle, une séparation est effectuée par des anges. Les méchants sont
séparés des justes et sont jetés dans la fournaise de feu. Mais il y a aussi une différence
importante, car dans la première parabole les méchants sont dans le monde comme résultat de
ce que Satan a semé ; tandis qu’ici « la parole du royaume » est jetée, comme un filet, parmi
les nations et des gens de toute sorte professent la recevoir. À la consommation du siècle, la
séparation aura lieu : les vrais élus de Dieu seront rassemblés, et les méchants seront rejetés.

N’oublions jamais à quoi le royaume est semblable au point de vue divin ; c’est de toute
importance. Il a pris ce caractère particulier en raison du rejet du vrai Fils de David, et de son
absence due au fait qu’il est dans les cieux. Malgré le mélange et la corruption qui le
distingueront extérieurement, il doit se produire cette œuvre divine intérieure par laquelle
Dieu obtiendra le trésor caché, la perle de très grand prix et tous les bons poissons renfermés
dans le filet.

Avons-nous compris toutes ces choses ? Les disciples estimaient avoir compris ; mais plus
tard, quand ils eurent reçu l’Esprit, ils ont certainement découvert combien peu cela avait été
le cas. Nous réalisons, nous aussi sans doute, que nous avons bien peu compris, car le
royaume dans sa forme actuelle n’est pas aussi facile à comprendre que lorsqu’il sera
manifesté publiquement. Des choses tout à fait nouvelles par rapport à l’Ancien Testament
ont la place principale ; aussi est-il parlé « des choses nouvelles et des choses vieilles », non
pas « vieilles et nouvelles ». L’accent est mis sur « nouvelles ».

Ce chapitre se termine par le retour de Jésus dans son propre pays dont les habitants à cette
époque étaient complètement incrédules. Ils ne discernaient pas en lui Emmanuel, ni même le
Fils d’Abraham, le Fils de David ; pour eux il était seulement le fils du charpentier, dont ils
connaissaient bien les parents. Leur familiarité incrédule est pour eux une pierre
d’achoppement. Sa puissance était toujours la même, mais leur incrédulité mettait un frein à
son exercice, exactement comme autrefois l’incrédulité de Joas avait imposé une limite à ses
victoires (voir 2 Rois 13:14-19).

14                   Chapitre 14
En ce temps-là, lisons-nous au premier verset, Hérode entendit parler de la renommée de
Jésus. Au moment même où il est méconnu à Nazareth, sa renommée parvient aux oreilles de
cet homme impie et touche, semble-t-il, sa conscience endurcie. Il est d’autant plus
remarquable qu’il ait cru que Jean était ressuscité des morts, que nous entendons Paul dire à
un autre Hérode : « Pourquoi, parmi vous, juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite des
morts ? » (Actes 26:8). Ce que, comme fait historique, ils ne pourraient pas croire, est admis
par une conscience coupable.

Cela conduit Matthieu à nous rapporter l’histoire du martyre de Jean qui avait eu lieu peu
auparavant. Le témoignage fidèle de Jean avait suscité la colère d’Hérode ainsi que la
vengeance d’Hérodias, et le précurseur du Seigneur est mort à cause d’un serment impie.
Hérode a transgressé la loi de Dieu pour assurer le crédit de sa propre parole. Tel était
l’homme qui gouvernait une grande partie des Juifs, un châtiment certain pour leurs péchés
accumulés.

Or Jean avait toujours fidèlement dirigé les regards sur Jésus, et le peuple reconnaît que,
même s’il n’avait fait aucun miracle, « toutes les choses que Jean a dites de celui-ci étaient
vraies » (Jean 10:41). Le fruit de cette belle fidélité de Jean à Jésus est manifesté : ses
disciples ont su que faire lorsqu’il fut si soudainement retiré. Son corps leur fut remis et, après
l’avoir enseveli, « s’en allant, ils rapportèrent à Jésus ce qui était arrivé ». Jean était la lampe
ardente et brillante, tandis que Jésus était la lumière qui, venant dans le monde, éclaire tout
homme. La lampe s’était éteinte, aussi se tournèrent-ils vers la vraie lumière, et ils trouvèrent
la consolation là.

Ayant entendu cela, Jésus se retire en un lieu désert. Marc nous indique que c’est le moment
où ses disciples sont revenus de leur mission. Une période de solitude et de tranquillité
s’imposait à ce moment critique pour le Maître, ses disciples et les disciples affligés de Jean
(pour autant qu’ils l’aient accompagné, comme cela semble probable).

Mais les foules le suivent encore, et il répond à leurs besoins. Comme toujours, il est ému de
compassion. L’indifférence de Nazareth et la méchanceté d’Hérode n’ont produit aucun
changement en lui. Penchons-nous et méditons sur les compassions immuables du cœur de
Christ. Que son Nom soit béni !

Ce sont les disciples, et non pas le Seigneur, qui, ne pensant qu’à eux-mêmes, suggèrent de
renvoyer les foules. C’est le Seigneur qui, dans sa compassion les en empêche et les invite à
donner à manger à la multitude. Les disciples sont ainsi mis à l’épreuve, et cela révèle
combien peu ils avaient conscience de la puissance de leur Maître. Qu’allait-il faire ? Utiliser
les maigres ressources qui étaient déjà entre leurs mains et les multiplier jusqu’à les rendre
plus que suffisantes. Un psaume prophétique annonçait que l’Éternel trouverait son repos en
Sion et que sa parole serait alors : « Je bénirai abondamment ses vivres, je rassasierai de pain
ses pauvres » (Ps. 132:15). L’Éternel était maintenant au milieu de son peuple dans la
personne de Jésus, et bien qu’il n’y eût pas de repos pour lui en Sion à ce moment, il prouvait
cependant qu’il pouvait répondre aux besoins de ces cinq mille hommes, outre les femmes et
les enfants. Il était le dispensateur des dons du ciel, aussi est-ce vers le ciel qu’il regarde en
bénissant.

Rappelons ici la situation telle qu’elle est présentée dans cet évangile. Jésus a été clairement
rejeté par la nation, leurs chefs allant jusqu’à commettre le péché impardonnable en attribuant
au diable Ses œuvres de puissance. Cela l’a amené à briser symboliquement ses liens avec
eux. C’est ce que nous avons vu dans les chapitres 11 et 12. Puis, dans le chapitre 13, il
énonce les paraboles qui révèlent de nouveaux développements quant au royaume des cieux.
Et à la fin de ce chapitre, nous voyons que les gens de son propre pays ne discernaient en lui
que le fils du charpentier. Le début du chapitre 14 nous a montré Hérode mettant à mort Son
précurseur, de sorte que, de tous côtés, Son rejet ne pouvait guère être plus total. Pourtant
avant de quitter ce chapitre, nous y trouvons l’exposé de deux grands faits : d’abord que Jésus
est parfaitement suffisant lorsqu’il est en présence des besoins des hommes, qu’il s’agisse de
la misère de la foule ou de la faiblesse des disciples. Secondement, qu’il n’est dépassé par
rien lorsqu’il se trouve confronté à des puissances maniées par l’adversaire. Non seulement il
marche lui-même sur la mer déchaînée, mais il donne à un faible disciple le pouvoir d’en faire
autant.

Il a passé la nuit à prier sur la montagne, et les disciples ont lutté contre les circonstances
adverses. Le matin, il va vers eux, marchant sur la mer. Précédemment (chap. 8), il avait
montré qu’il pouvait calmer la tempête puisque sa puissance était supérieure à toute celle du
diable. Maintenant il se manifeste dans sa suprématie absolue. La tempête n’était rien pour
lui. Elle était une cause de détresse pour les disciples, mais il y avait là Celui dont il est écrit :
« Ta voie est dans la mer, et tes sentiers dans les grandes eaux ; et tes traces ne sont pas
connues » (Ps. 77:19). Sa présence les réconforte, bien que la tempête continue à faire rage ;
et quand il est dans la nacelle, le vent tombe.

Mais le Seigneur apporte avec Lui davantage que du réconfort, et c’est la découverte que
Pierre fait : Il peut rendre conforme à Lui. Pour Pierre, cela signifiait qu’il fallait quitter la
nacelle et il ne pouvait le faire que sur l’autorité de la parole : « Viens », qui prouvait que
c’était le Seigneur lui-même qui s’approchait d’eux. Convaincu que c’était bien Lui, sur la foi
de sa parole, Pierre s’avance et marche sur la mer. Nous pouvons voir là une allégorie de ce
qui allait bientôt se passer. Le système juif, qui reposait dans une si large mesure sur « la loi
des commandements, qui consiste en ordonnances » (Éph. 2:15), était semblable à un bateau,
tout à fait adapté à des hommes « dans la chair ». Comme résultat de sa venue, les disciples
devaient quitter ce « bateau » pour un sentier de pure foi. Aussi, lorsque Paul fait ses adieux
aux anciens d’Éphèse, il ne les recommande pas à un code de lois, ni à une institution ou à
une organisation, mais « à Dieu et à la parole de sa grâce ». D’où également l’exhortation à
sortir « hors du camp » en Hébreux 13. Pierre était « descendu de la nacelle », avec Christ
pour objet, et Sa parole comme autorité. La position chrétienne est hors du camp, avec Dieu et
avec la parole de sa grâce.

Mais la foi de Pierre était petite et, dès le moment où il détourne ses pensées de son Maître
pour les fixer sur le vent violent, il a peur et commence à enfoncer. Néanmoins, il avait la foi,
car dans sa détresse, il crie tout de suite à son Seigneur ; il est alors secouru et ils retournent
ensemble dans la nacelle ; le vent tombe aussitôt et ils regagnent la terre, comme nous le
montre l’évangile selon Jean. Pierre était tout à fait illogique dans ses craintes, car il ne nous
est pas davantage possible de marcher sur des eaux calmes que sur une mer agitée, mais nous
lui sommes tous semblables lorsqu’une petite foi seulement nous anime. La foi qui est
entièrement centrée sur Christ est forte, tandis que celle qui est occupée des circonstances est
faible.

Nous entendons parfois trop parler du manquement de Pierre et pas assez de ce que la
puissance de Christ l’a rendu capable de faire, malgré sa petite foi. Après tout il n’a pas
enfoncé. Il a seulement commencé à enfoncer et ensuite, soutenu par une puissance extérieure
à lui, il a rejoint le Seigneur et a regagné avec lui le bateau. Personne d’autre n’a fait une
chose semblable et sa défaillance momentanée a uniquement servi à manifester que la
puissance qui l’avait secouru était celle de son Seigneur ; tous lui rendent alors hommage et le
reconnaissent comme le Fils de Dieu. Ils ont eu un aperçu impressionnant de sa gloire, gloire
qui brille de nouveau lorsqu’ils arrivent dans la contrée de Génésareth où les hommes de ce
lieu-là honorent sa grâce aussi bien que sa puissance. Tous ceux qui se portent mal accourent
vers lui et leur foi n’est pas déçue, car tous ceux qui le touchent sont complètement guéris. La
vraie guérison divine est une guérison à cent pour cent dans cent pour cent des cas! Un état de
choses parfaitement merveilleux!

15                   Chapitre 15
 

Les scribes et les pharisiens de Jérusalem viennent troubler cette scène paisible par une
plainte et une question parce que les disciples n’observaient pas la tradition des anciens quant
au lavage des mains. Représentons-nous la scène! Le Fils de Dieu dispensant la guérison de
tout côté dans la plénitude de la grâce divine, et ces hommes, complètement aveugles à tout ce
qui se passait, faisant irruption avec une question de convenance. Aveuglés par des formalités
légales, ils sont incapables de percevoir la grâce divine opérant en puissance. Une telle
disposition d’esprit pourrait sembler incroyable si nous n’avions pas aujourd’hui sous les
yeux le même caractère manifesté par l’esprit pharisaïque qui s’attache toujours à des points
secondaires touchant la tradition et l’usage commun, et non pas à la parole de Dieu claire et
précise.

Dans sa réponse à ces hommes, le Seigneur met l’accent sur la différence entre «le
commandement de Dieu» et «votre tradition» (v. 3). Ces traditions des anciens étaient des
explications, des développements et des déductions tirés de la loi par de vénérés docteurs du
passé. Elles dominaient les pensées des pharisiens et voilaient tout à fait la loi de Dieu, au
point qu’ils transgressaient celle-ci pour observer leur tradition. Le Seigneur le leur reproche,
et en donne un exemple en relation avec le cinquième commandement. Leur tradition
concernant les dons, soi-disant consacrés à Dieu, annulait complètement ce commandement.
Le Juif « pieux » et « orthodoxe » d’aujourd’hui a l’esprit rempli du Talmud qui est bâti sur
ces traditions ; et c’est comme un voile cachant à son esprit la vraie parole de Dieu.

Veillons à ne pas tomber dans un piège semblable. Nous pouvons nous servir avec
reconnaissance des enseignements des serviteurs de Dieu, mais si nous en faisons un usage
correct, nous serons ramenés à la source, à l’Écriture elle-même. Il ne serait pas difficile de
transformer les enseignements des serviteurs de Dieu les plus éminents en une pure tradition.
Ils deviendraient alors pour nous comme une espèce d’écran de fumée qui nous cacherait la
parole de Dieu, tout comme le Talmud aveugle l’esprit des Juifs quant à la force réelle de
l’Ancien Testament.

Le Seigneur est amené à dénoncer sévèrement la gravité de cette disposition, poussée à


l’extrême par les pharisiens. Ils étaient des hypocrites, et il le leur dit clairement. Ils tombaient
sous la dénonciation accablante d’Ésaïe, car ce type de mal religieux caractérise toujours les
hommes dont le cœur est éloigné de Dieu, mais qui l’honorent des lèvres, tout en mettant
leurs propres préceptes et commandements à la place de sa parole. Toute profession religieuse
semblable est vide et vaine ; pourtant aujourd’hui, un vrai croyant peut facilement se trouver
entraîné dans de telles tendances.

Après avoir dénoncé les pharisiens, le Seigneur s’adresse à la foule pour la mettre en garde
contre l’erreur qui est à la base de cette hypocrisie : la supposition que ce qui souille les
hommes leur est imposé de l’extérieur et n’est pas produit à l’intérieur ; que c’est physique
plutôt que spirituel. Ce qui souille un homme, c’est ce qui sort de sa bouche, l’expression de
ce qui est dans son cœur. Le cœur de l’homme est la source de la souillure. Fait solennel ! Un
tel enseignement, qui coupe à la racine toutes leurs pratiques cérémonielles, choquait
naturellement les pharisiens, mais cela manifestait seulement qu’ils n’étaient pas des arbres
plantés par Dieu. Leur fin était d’être déracinés. Ils étaient aveugles eux-mêmes et ils en
égaraient d’autres, qui étaient aveugles aussi. Dieu s’occuperait d’eux dans son
gouvernement ; les disciples devaient les laisser et ne pas se venger.

Mais ce que le Seigneur venait de dire surprend même les disciples ; aussi Pierre demande-t-il
une explication de ce qu’il appelle « cette parabole ». Il s’attire par là un reproche — un
reproche plein de douceur — du Seigneur. En fait, aucun d’eux ne discernait grand-chose au-
delà de la lettre de la loi avec ses offrandes et ses ordonnances cérémonielles ; et ainsi ils
n’avaient qu’une très faible idée de sa rigueur en condamnation. Ils prenaient garde à ce qui
entrait dans leur bouche, afin d’être cérémoniellement purs. La loi, prise dans son sens
spirituel, s’occupe de l’état du cœur, comme le Seigneur l’a montré dans son Sermon sur la
montagne. Les choses mauvaises du verset 19 viennent du cœur et il est significatif que les
mauvaises pensées soient en tête de liste, car c’est de là que tout découle. Le Seigneur met
ainsi à nu la méchanceté qui est dans le cœur de l’homme.

Dans le cas de la femme cananéenne, il va révéler la bonté qui est dans le cœur de Dieu. La
grâce divine était prête à se déverser librement, sans acception de personnes, afin que Gentils
et Juifs puissent également la recevoir ; une seule chose était nécessaire de la part du
bénéficiaire — la droiture de coeur. Or en même temps qu’elle fait appel à sa grâce, la femme
s’adresse à Jésus comme au Fils de David. Elle vient comme si elle appartenait au peuple
d’Israël, pensant peut-être qu’en agissant de la sorte, elle avait davantage de chance d’être
entendue. Il y avait en cela un certain manque de sincérité, aussi « il ne lui répondit mot ».

Mais s’il y avait manque de sincérité, il y avait également tant d’insistance dans sa foi que,
par ses cris, elle s’attire l’intervention des disciples ; cela nous vaut les paroles du Seigneur au
verset 24, qui jettent quelque lumière sur l’erreur de la femme. Elle présente alors sa requête
simplement sur le terrain de son besoin, disant : « Seigneur, assiste-moi » ; et le Seigneur lui
répond par des paroles encore plus exerçantes. Sa mission était envers la maison d’Israël, des
hommes spirituellement perdus, mais qui pourtant occupaient la place d’enfants, tandis que
les Gentils avaient celle de chiens, impurs et étrangers aux promesses de Dieu. Une sérieuse
mise à l’épreuve ! Va-t-elle abandonner les derniers lambeaux de prétention et prendre
humblement sa vraie place ?

Elle le fait d’une manière très frappante. Sa réponse, au verset 27, revient à dire : « Je suis
effectivement une Gentile, mais les hommes laissent bien des restes en suffisance pour nourrir
les chiens, et je suis sûre que le coeur de Dieu n’est pas plus étroit que celui des hommes ».
Dans cette réponse, Jésus discerne immédiatement une grande foi, et la reconnaît, en donnant
à la femme tout ce quelle désirait. Ainsi pour la seconde fois, il découvre une grande foi et la
souligne. Dans les deux cas — le centurion du chapitre 8 et ici — c’est un Gentil qui la
manifeste ; et dans les deux cas, elle s’accompagne de la condamnation de soi. « Je ne suis
pas digne », a dit le centurion ; « je ne suis qu un chien », reconnaît en fait la femme ici. Il en
est toujours ainsi : une haute opinion de soi va de pair avec une petite foi, et inversement.
Examinons-nous et voyons si ce n’est pas là que réside le pourquoi de notre faible foi.
Le coeur de Dieu était effectivement plus large que la femme ne l’imaginait. Tout en ayant
conscience de n’être qu’« un chien », elle obtient une abondance de miettes de la table ; mais
bientôt le festin tout entier allait être donné aux chiens, car telle est la force de la déclaration
de Paul en Actes 28:28. Néanmoins beaucoup d’événements devaient encore se produire
avant que cette annonce puisse être faite et, dans notre évangile, nous voyons les débuts de la
magnifique transition. Le reste de notre chapitre présente d’autres manifestations frappantes
du coeur de Dieu. La grâce qui avait béni une femme d’entre les Gentils est également à la
disposition des multitudes d’Israël dans le besoin. Les foules n’ont qu’à amener leurs malades
à Jésus et les jeter « à ses pieds » pour que ceux-ci soient guéris d’une manière telle que leur
esprit est dirigé vers le Dieu d’Israël, et qu’ils le glorifient.

Ce déploiement de puissance, exercée en grâce divine, a une attraction telle que les foules
restèrent bien plus longtemps que ne le leur permettaient les provisions dont elles
disposaient ; et dans leur besoin, Jésus manifeste la même compassion. C’était une répétition
de la situation rapportée dans le chapitre précédent, et pourtant les disciples ne s’attendaient
apparemment pas du tout à ce que le Seigneur agisse comme il l’avait déjà fait. Ils sont pour
nous l’exemple de notre propre manque de foi. Il est comparativement facile de se souvenir de
la manière dont le Seigneur a agi dans le passé ; c’est bien différent de compter qu’il agira
aujourd’hui, étant assuré qu’il est toujours le même. Mais notre manque de foi n’est pas un
obstacle insurmontable à une intervention de sa part. De nouveau il prend leurs maigres
ressources et les multiplie de manière à les rendre plus que suffisantes. De nouveau ils ont
tous à manger et il y a des restes. Telle est la compassion du cœur de Dieu.

16                   Chapitre 16
Les pharisiens reprennent maintenant leur attaque, s’alliant pour l’occasion avec leurs
ennemis traditionnels, les sadducéens. Le « signe du ciel » n’était qu’un piège, car c’était
précisément le genre de chose que les sadducéens, avec leurs notions matérialistes,
n’accepteraient jamais. Dans sa réponse, le Seigneur montre qu’ils étaient d’excellents
observateurs de la nature et du ciel, mais qu’ils étaient tout à fait aveugles aux « signes des
temps », qui demandent du discernement spirituel pour être compris. Étant « une génération
méchante et adultère », ils n’avaient aucune intelligence spirituelle ; aussi les signes que Dieu
donne n’étaient-ils d’aucun profit pour eux. Comme il l’avait dit précédemment (12:39), « le
signe de Jonas le prophète » subsistait, à savoir Sa propre mort et Sa résurrection. Sur ces
mots, il les quitte. Et nous savons que lorsque ce grand signe se produisit, ils firent appel à
toutes les astuces y compris leur argent pour tâcher de l’annuler ; nous le verrons dans le
dernier chapitre de cet évangile.

Après s’être détourné de ces hommes, le Seigneur adresse à ses disciples des paroles
d’avertissement. Ils devaient être en garde contre le « levain ». Les disciples prennent d’abord
cette mise en garde dans un sens matériel, confortés dans leur erreur par le fait qu’ils avaient
oublié de prendre du pain. Pourtant, le souvenir des cinq mille et des quatre mille qui avaient
été nourris aurait dû leur ôter toute inquiétude. Ils finissent par comprendre que par « levain »
le Seigneur entendait « doctrine ». Il est ainsi évident que, si le vrai disciple ne peut jamais
être ni un pharisien ni un sadducéen, il peut être contaminé par leurs doctrines — par l’une
des deux ou par l’une et l’autre.
Le levain des pharisiens était ce genre d’hypocrisie religieuse qui met tout l’accent sur les
formes religieuses. Le levain des sadducéens était l’orgueil intellectuel qui juge tout selon la
raison humaine et qui fait fi de la révélation de Dieu ainsi que de la foi. La mesure dans
laquelle la chrétienté est contaminée par ces deux tendances se discerne tristement
aujourd’hui. Le ritualisme d’une part, le rationalisme, ou « modernisme » d’autre part, sont
bien répandus, et souvent les deux sont mélangés et produisent une sorte d’amalgame
ritualiste-rationaliste. À l’avertissement du Seigneur vient s’ajouter celui de l’apôtre Paul en
Colossiens 2. Le verset 8 de ce chapitre nous met en garde contre le rationalisme et les versets
16, 18 et 20 à 22, contre le ritualisme dans ses formes variées ; il nous est montré comment
ces choses nous détournent de Christ et nous empêchent de tenir ferme le Chef.

Il est significatif que dans notre chapitre l’avertissement du Seigneur contre les uns et les
autres vienne juste avant le récit de sa visite à Césarée de Philippe avec la question qu’il pose
là à ses disciples. À cet endroit, il se trouvait à la frontière nord du pays et aussi loin que
possible des lieux fréquentés par ces hommes. Qui était-Il ? C’était la grande question. Les
réponses données sont variées et confuses ; l’intérêt de ces gens n’était pas suffisant pour
qu’ils s’en enquièrent soigneusement. Mais quand il s’adresse plus directement à ses
disciples, Pierre, enseigné de Dieu, peut donner une réponse claire qui met en lumière le Roc
sur lequel l’assemblée allait être bâtie. Colossiens 2 montre l’effet destructif du levain des
pharisiens et des sadducéens sur la position et la foi de l’assemblée. En Matthieu 16 nous
voyons le Seigneur mettre ses disciples en garde contre les deux, avant de faire pour la
première fois mention de l’assemblée qu’il allait bâtir.

Simon Pierre était bienheureux. Car c’est de Dieu lui-même qui est dans les cieux, de Celui
dont Jésus parle comme étant « mon Père », qu’il avait reçu une révélation qui n’aurait jamais
pu lui être faite par l’homme. Ses yeux avaient été ouverts pour voir en Jésus, le Christ. Telle
est sa position officielle comme l’Oint de Dieu. Mais Pierre a discerné qu’il était « le Fils du
Dieu vivant ». Voilà certes une confession frappante. Dieu est le Dieu vivant, infiniment au-
delà du pouvoir de la mort. Jésus étant le Fils, dans la Déité éternelle, est de ce fait également
au-delà de toute la puissance de la mort. Pierre avait évidemment reçu cela par révélation
divine. Il n’en avait pas encore saisi toute la portée, comme nous le voyons quelques versets
plus bas. Il a cependant vu qu’il en était ainsi et il l’a confessé.

Est-ce que nous le confessons, nous aussi ? Et est-ce que nous en comprenons réellement le
sens ? Si tel est le cas, nous avons véritablement trouvé un Roc inébranlable et, comme Pierre,
nous sommes des bienheureux.

Dans les paroles adressées à Pierre, au verset 18, le Seigneur confirme le nom qu’il lui avait
donné lors de sa première rencontre, rapportée en Jean 1:43, tout en révélant quelque chose de
plus quant à sa signification. Ce nom « Pierre » reliait le disciple à l’assemblée que Christ, le
Fils du Dieu vivant, allait bâtir. Ainsi, Christ lui-même est le « Roc » sur lequel l’assemblée
va être fondée. Pierre n’était pas un roc. Il semble même avoir été le plus impulsif des
disciples, celui qui était le plus facilement ébranlé (voir Galates 2:11-13). Il n’était qu’une
pierre, et l’erreur consistant à le confondre avec le Roc est inexcusable, car le Seigneur, dans
l’emploi qu’il fait des mots, signale la distinction, disant : « Tu es Petros, et sur cette petra je
bâtirai mon assemblée ».

L’édification de l’assemblée était encore future, car le Roc ne pouvait être pleinement révélé
avant que le Fils du Dieu vivant ait prouvé son triomphe par la mort et la résurrection, et qu’il
ait été élevé dans la gloire. C’est alors qu’a commencé l’ecclesia de Christ, ou « compagnie
de ceux qui sont appelés hors de » ; et il y avait là une des pierres qui serait ensuite édifiée sur
le Roc. Dans sa première épître, cet apôtre nous montre que ce n’est pas une chose réservée à
lui exclusivement, car tous ceux qui viennent à la Pierre vivante sont des pierres vivantes
ajoutées à leur tour sur cette fondation.

Dans cette importante déclaration, le Seigneur parle de son assemblée comme étant son
propre ouvrage, contre lequel aucune sagesse ou puissance adverse ne prévaudrait. Rien ne
peut affecter ce qui est fait dans la puissance de la vie divine. Dans d’autres passages,
l’assemblée est considérée comme la communauté professant fidélité à Christ, amenée à
l’existence par les travaux de ceux qui prennent la place de serviteurs de Dieu. Dès le début,
cette communauté a été marquée par les manquements ; elle s’est fondue dans le royaume des
cieux dont le chapitre 13 nous a appris tant de choses, et que le Seigneur mentionne dans le
verset 19 de notre chapitre. Les clés de ce royaume (et non pas celles de l’assemblée) ont été
données à Pierre.

Tous ceux qui professent obéissance au Roi sont dans le royaume des cieux, et une place
administrative spéciale a été confiée à Pierre en rapport avec cela. Nous le voyons exercer
l’acte de « délier » quant aux Juifs en Actes 2:37-40 et quant aux Gentils en Actes 10:44-48 ;
et celui de « lier » en Actes 8:20-23. Et dans ces cas, ses actes ont clairement été ratifiés dans
les cieux. Mais Simon le magicien, bien qu’il ait été baptisé après avoir professé être un sujet
du royaume, n’a jamais été ajouté par le Seigneur à son assemblée.

Le royaume des cieux avait été révélé dans les écrits de l’Ancien Testament, toutefois sans
qu’il soit question de sa forme mystérieuse actuelle. D’un autre côté, rien n’avait été dit quant
à l’assemblée, et ces paroles de Jésus en étaient une révélation préliminaire. Après cette
déclaration, il écarte aussitôt le témoignage que ses disciples avaient rendu, disant qu’il était
le Christ venu sur la terre pour confirmer les promesses faites aux pères (Rom. 15:8). Sa
réjection était certaine et sa mort imminente. Ainsi seulement serait posée la base appropriée
pour l’accomplissement des promesses faites à Israël, ou la bénédiction des Gentils, afin
qu’ils glorifient Dieu pour sa grâce qui les a introduits dans l’assemblée. Aussi, à partir de ce
moment, Jésus tourne les pensées de ses disciples vers sa mort et sa résurrection, le point
culminant de son histoire sur la terre. Christ dans la gloire de la résurrection, plutôt que Christ
dans sa gloire terrestre, tel était le but placé devant eux.

Pierre manifeste ici sa fragilité et son caractère bien peu conforme à un roc ; il doit être repris.
Il est frappant, dans ces versets, de le voir éclairé par Dieu, puis recevant une place privilégiée
dans le domaine administratif et enfin parlant d’une manière qui rappelle à notre Seigneur
Satan et les hommes déchus. Tel était Pierre et nous ne valons pas mieux. Ses pensées et
celles des autres disciples étaient fixées sur des bénédictions qui devaient se réaliser sur la
terre. Le Seigneur le savait et il commence à leur expliquer comment sa mort changerait tout
pour eux : eux aussi auraient la sentence de mort sur eux et perdraient leur vie dans ce monde.

Cette déclaration de notre Seigneur (v. 25) ne revient pas moins de six fois dans les quatre
évangiles, avec de légères variantes : deux fois dans cet évangile deux fois en Luc une fois en
Marc et une fois en Jean. Ces six fois recouvrent, à notre avis, quatre occasions différentes.
Ce sont donc évidemment des paroles que Jésus a souvent prononcées ; et cela prouve leur
grande importance. Elles atteignent chacun de nous dans ses fibres les plus profondes, et
pourtant elles résument en peu de mots un principe capital de la vie spirituelle, valable pour
toute la période de sa réjection et de son absence de ce monde. Ce n’est qu’à son retour que
les saints jouiront de la vie sur la terre dans un sens complet et littéral. Vouloir gagner le
monde maintenant, c’est perdre son âme.

Après avoir montré à ses disciples ce qu’il avait devant lui et ce qui les attendait eux dans le
futur immédiat, le Seigneur parle de sa venue en gloire. Il recevra alors le royaume de son
Père et ce sera le temps des récompenses. Quelques-uns d’entre eux auraient le privilège de
voir le royaume en miniature, comme échantillon de ce qui viendrait. C’était là une
expression de sa grâce et de sa sollicitude envers eux, afin qu’ils ne soient pas complètement
découragés par ce qu’il venait de leur dire.

17                   Chapitre 17
La transfiguration, scène sur laquelle s’ouvre ce chapitre, donne un aperçu du royaume : Jésus
lui-même, resplendissant comme le soleil, est la figure centrale ; Moïse et Élie sont avec lui,
dans une condition céleste, et trois disciples dans un état terrestre y ont aussi une part. La
« nuée lumineuse » qui les couvre, est manifestement une réapparition de celle qui demeurait
autrefois sur le tabernacle ; c’est de celle-ci que la voix de Dieu le Père se fait entendre,
proclamant que Jésus est le Fils, le Bien-aimé, et les délices de son cœur. Dans son
impétuosité, Pierre s’est exprimé, montrant qu’il n’avait pas encore un juste sentiment de la
gloire exclusive et suprême qui appartenait à son Maître. C’est Christ, et non pas Pierre, que
nous devons écouter. Nos oreilles doivent être attentives à Sa voix, et nos yeux remplis de sa
présence afin que, comme les disciples lorsque la vision disparut, nous aussi nous ne voyions
« personne que Jésus seul ».

Bien que, sur le moment, Pierre n’ait entrevu que faiblement la signification de toute cette
scène, il la saisit plus tard, lorsque l’Esprit eut été donné ; nous le voyons par sa seconde
épître. Il comprit alors que c’était la confirmation de la parole prophétique quant à « la
puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ », car ils avaient été « témoins oculaires
de sa majesté » (1:16-19). La pleine signification de la transfiguration ne pouvait pas être
comprise avant que le Fils de l’homme ait été ressuscité d’entre les morts et qu’en
conséquence le Saint Esprit ait été donné. Cela explique l’injonction du Seigneur aux trois
disciples, rapportée dans le verset 9 de notre chapitre. Toutefois la vision a soulevé des
questions dans l’esprit des disciples quant à la prophétie concernant la venue d’Élie. La
réponse du Seigneur montre qu’en rapport avec Sa première venue, cette prophétie avait eu
son accomplissement en Jean le Baptiseur qui avait été mis à mort, et il saisit l’occasion pour
annoncer une fois encore sa propre mort.

Au sommet de la haute montagne, les disciples avaient goûté la paix et la communion


célestes ; ils redescendent avec Jésus là où tout est détresse et ruine — détresse pour le jeune
garçon souffrant et son père ; incapacité de faire face à la situation pour les disciples.
L’arrivée de Jésus change instantanément tout, exactement comme sa venue prochaine en
gloire rétablira complètement la situation qui existera alors, répondant non seulement à la
puissance du diable dans le monde, mais aussi à tous les manquements des saints.

Une fois la situation redressée, les disciples invitent le Seigneur à leur expliquer la raison de
leur échec ; ils se trouvent ainsi devant son tribunal, comme nous le serons tous au jour de sa
venue. L’explication, d’une portée générale, qu’il donne de leur incapacité est : « à cause de
votre incrédulité », mais il ajoute que le démon dans ce cas était d’une « sorte » particulière
qui ne pouvait être traitée que « par la prière et par le jeûne ». Comme souvent lorsqu’il s’agit
de nos manquements, la raison est complexe. Trois choses sont impliquées. D’abord,
l’absence de foi — peu ou pas de confiance en Dieu. Deuxièmement, l’absence de prière —
de dépendance de Dieu. Troisièmement, l’absence de jeûne — de séparation pour Dieu,
même de choses tout à fait justes en elles-mêmes dans des circonstances ordinaires. Par ces
paroles, le Seigneur découvre les racines de tous nos échecs dans notre désir de le servir.
Nous sommes en faute quant à l’un ou l’autre de ces trois points ou quant à tous les trois.
Examinons-nous, sondant notre cœur et notre vie, et voyons s’il n’en est pas ainsi.

Pour la troisième fois, tandis qu’il est en Galilée, Jésus annonce sa mort à ses disciples,
ajoutant ici le fait de sa résurrection. Matthieu commente : « Ils furent fort attristés » ; cela
montre que la mention de sa mort les impressionnait davantage que celle de sa résurrection.
Celle-ci est en dehors de l’expérience naturelle de l’homme, et ils ne comprennent pas.
L’incident qui termine ce chapitre montre que Pierre ne considérait son Maître que comme un
bon Juif, qui payait tout ce qu’Il devait, et qu’il tenait à ce que tous les autres Le voient sous
cette lumière. Au moment où il veut en parler, Jésus le devance par une question qui indique
que Pierre et ses semblables étaient des fils du royaume et que, par conséquent, en temps
voulu, ils seraient exempts de ce tribut pour le service du temple. Mais le moment n’était pas
encore tout à fait là, et aucun motif de scandale ne devait être donné. Aussi par un miracle
remarquable, le Seigneur fournit-il la somme exacte nécessaire pour deux versements. Car,
dans sa grâce merveilleuse, il associe Pierre à lui-même : le statère devait être donné « pour
moi et pour toi ». C’était certainement une indication de la manière selon laquelle les saints en
tant que fils du royaume allaient maintenant être associés au Roi lui-même.

18                   Chapitre 18
La question des disciples : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? » indique
qu’à ce moment leurs pensées étaient entièrement occupées par le royaume. La réponse
montre avec la plus grande clarté que la seule façon d’y entrer, c’était de devenir petit, non
pas grand. Le résultat de la conversion est qu’on s’humilie et qu’on devient comme un petit
enfant. À défaut de cela, on n’est pas du tout dans le royaume. Puis, on y progresse de la
même manière qu’on y entre ; par conséquent celui qui est le plus humble dans ce royaume se
trouve y être le plus grand. Il fallait que les idées des disciples sur ce sujet soient changées et,
trop souvent, il le faut pour nous aussi. Il est évident que le Seigneur parle ici du royaume non
pas en tant que la sphère dans laquelle le mal devra être ôté, comme dans le chapitre 13, mais
en tant que sphère caractérisée par une réalité vitale.

Pour répondre à cette question, Jésus a appelé un petit enfant et l’a placé au milieu d’eux,
comme exemple vivant. Il va leur montrer qu’un petit enfant tel que celui-ci, s’il est reçu en
Son nom, devient quelqu’un de très important. Le recevoir équivaut à recevoir le Seigneur lui-
même. Dans les versets 2 à 5, il s’agit du « petit enfant » ; au verset 6, c’est « un de ces petits
qui croient en moi ». Être une occasion de chute pour l’un de ceux-ci est passible du jugement
le plus sévère, et cela conduit le Seigneur à placer ses disciples dans la lumière des choses
éternelles. Il existe un « feu éternel », et mieux vaut sacrifier n’importe quoi plutôt que de le
subir.
Les versets suivants, jusqu’au verset 14, traitent encore des petits enfants. Il y a trois raisons
pour ne pas les mépriser. Premièrement, ils sont les objets constants du ministère des anges et
sont représentés par ceux-ci devant la face du Père dans les cieux. Deuxièmement, ils sont les
objets de la grâce du Sauveur en salut. Troisièmement, la volonté du Père est de les bénir ; il
ne veut pas qu’un seul d’entre eux périsse. Paroles pleines de douceur et de consolation pour
ceux qui ont perdu un de leurs petits dans le jeune âge ; elles donnent l’entière assurance de
leur bénédiction. La comparaison du verset 11 avec Luc 19:10 est instructive. Il s’agit là
d’une personne adulte, qui a eu tout le temps de s’égarer ; aussi le mot « chercher » est-il
employé. Ici, où il est question du petit enfant, ce terme est omis. La tendance à s’égarer est
bien là, comme les versets 12 et 13 l’indiquent, mais l’égarement n’est pas mis en compte de
la même manière avant que l’âge de responsabilité soit atteint.

Ainsi, les versets 1 à 14 traitent du « petit enfant » et du royaume ; les versets 15 à 20, du
« frère » et de l’assemblée. Au chapitre 16:18-19, nous avons eu l’assemblée et le royaume ;
tous deux réapparaissent ici. S’agit-il d’un petit enfant, nous avons tendance à l’ignorer et à le
mépriser. S’agit-il de notre frère, il y a la triste propension à ce que des désaccords et des
offenses surgissent, et c’est ce dont le Seigneur va s’occuper maintenant dans son
enseignement. Nous avons des instructions précises quant à la marche à suivre ; leur non-
observation a produit d’énormes dégâts. Si un frère m’a offensé, ma première démarche
consiste à le voir lui seul, et à lui signaler son tort. Si j’agis ainsi dans le bon esprit, je le
gagnerai très probablement et nos relations seront rétablies. À mon tour, évidemment, je
verrai peut-être que mes pensées avaient besoin d’être rectifiées, car la situation n’était pas
telle qu’elle paraissait.

Mais il se peut que ce frère ne m’écoute pas et alors, il faut que j’aille vers lui avec un ou
deux autres comme témoins, pour que le mal qu’il a commis soit placé devant lui d’une
manière plus précise et plus impartiale. Ce n’est que s’il persiste dans son obstination que
l’assemblée doit être informée afin qu’il entende la voix de tous. S’il va jusqu’à ne pas vouloir
écouter la voix de l’assemblée, je dois alors le traiter comme quelqu’un avec qui il est
impossible d’avoir communion.

On remarquera que le Seigneur ne dit pas ensuite ce que l’assemblée devait faire ; sans doute
parce que les manquements sont de toutes sortes et de différents degrés de gravité, et
qu’aucune instruction ne s’appliquerait à tous les cas. Toutefois, le verset 18 laisse entendre
qu’il y aurait des occasions où l’assemblée aurait à « lier » le méchant, et d’autres où son
action devrait être dans le sens de « délier ». Nous voyons ici que ce qui précédemment était
pour Pierre seul, est dit maintenant à l’assemblée. L’exécution fidèle d’un tel mandat implique
beaucoup de dépendance de Dieu et de prière. En outre, même dans les jours du début et dans
les circonstances les plus favorables, il aurait souvent été pratiquement impossible de réunir
toute l’assemblée dans un même lieu. Aussi dans les versets 19 et 20, le Seigneur descend-il
jusqu’au nombre le plus restreint de la pluralité, pour montrer que la puissance de la prière et
l’action de l’assemblée ne dépendent pas du nombre mais de Son Nom. Dans le cas du petit
enfant et du royaume, le point important était « en mon nom ». Dans le cas du frère et de
l’assemblée, la chose décisive est de nouveau : « en [ou, à] mon nom ». C’est là que réside
tout le poids de l’autorité.

Le verset 20 est parfois cité comme décrivant une certaine base de communion, vraie en tout
temps pour ceux qui la réalisent. Or le Seigneur ne parle pas ici de se retrouver simplement
ensemble, mais d’être « assemblés » ; c’est-à-dire qu’il parle d’une réunion constituée autour
de Lui comme seul centre. Son nom a une valeur telle que si deux ou trois seulement sont
assemblés à ce nom, il est là au milieu d’eux ; fait qui donne de la puissance à leurs prières et
de l’autorité à leurs actes. Il est présent spirituellement, non pas visiblement : ressource
merveilleuse et pleine de grâce pour des jours où l’assemblée ne peut pas être réunie comme
un tout, à cause de son état de ruine et de division. Nous avons lieu d’en être très
reconnaissants, mais veillons à en éprouver, comme dit le cantique, « et le pouvoir et la
réalité ».

Ne pensons pas qu’il suffise d’occuper une position ecclésiastique bibliquement irréprochable
pour qu’une prière soit écoutée ou une décision ratifiée dans les cieux. Nous ne pouvons
demander ou agir au nom du Seigneur indépendamment de notre état moral. Avançons
doucement, et tant que la volonté de Dieu ne nous est pas claire, soit en donnant, soit en
ratifiant, humilions-nous et examinons nos cœurs et nos voies pour découvrir en quoi nous
n’avons pas réalisé un vrai rassemblement en son nom. N’étions-nous pas en fait tout le temps
occupés de nous-mêmes et notre état moral n’était-il pas mauvais ?

Au verset 21, nous voyons Pierre soulever l’autre aspect du sujet. Qu’en est-il, non plus du
coupable, mais de celui qui a été offensé ? La réponse de Jésus revient à ceci : l’esprit de
pardon envers mon frère doit être pratiquement illimité.

Là-dessus, le Seigneur prononce la parabole du roi et de ses esclaves, sur laquelle se termine
le chapitre. La portée générale en est très simple ; le seul point que nous soulignerons est
qu’elle se rapporte aux voies gouvernementales de Dieu envers ceux qui prétendent être ses
esclaves ; nous le voyons clairement au verset 35 qui nous donne l’application qu’en fait le
Seigneur lui-même. Le pardon éternel repose sur une base tout autre, mais le pardon
gouvernemental dépend très souvent de l’esprit de pardon que doit manifester le croyant. Si
nous traitons mal nos frères, nous nous retrouverons tôt ou tard entre les mains des
« bourreaux » et nous connaîtrons des temps pénibles. Et si l’un d’entre nous voit un frère en
traiter mal un autre, nous ferons bien d’imiter les esclaves de la parabole et de déclarer au
Seigneur ce qui s’est passé, le laissant s’occuper du coupable dans son saint gouvernement,
plutôt que de prendre la loi entre nos propres mains et d’attaquer celui qui a mal agi.

19                   Chapitre 19
Jésus se rapproche maintenant de nouveau de la Judée et les Pharisiens reviennent à la charge.
Ils soulèvent une question relative au mariage et au divorce, dans l’espoir de le prendre au
piège. Ils échouent totalement, car ils se mettent aux prises avec la sagesse divine. Le renvoi à
ce que Dieu a ordonné au commencement leur fournit une réponse complète. L’homme ne
doit pas séparer ce que Dieu a uni. Cela suscite, dans leur esprit, une question : pourquoi le
divorce a-t-il été permis dans la loi donnée par Moïse ? La réponse est : à cause de la dureté
de cœur des hommes. Dieu connaissait bien celle-ci, aussi n’a-t-il pas placé le niveau trop
haut. La loi présente l’exigence minimale pour la vie dans ce monde. Aussi faillir simplement
une fois, c’était encourir la sentence de mort. Une seule chose peut dissoudre le lien selon
Dieu : c’est la rupture de fait de l’union par l’une ou l’autre des parties.

Ce n’est que lorsque nous venons à Christ que nous avons toute la pensée de Dieu — le
maximum de Dieu à tous égards.
L’enseignement du Seigneur quant au divorce était nouveau et surprenant, même pour les
disciples, et provoque leur remarque, rapportée au verset 10. Et cela l’amène à son tour à
déclarer que le mariage est la chose normale pour l’homme, et que l’état de célibat est
l’exception, comme aussi les paroles de Paul en 1 Corinthiens 7:7 le laissent entendre. Si cet
état de célibat « est donné » à quelqu’un, alors il est bon de ne pas se marier ; mais dans le cas
normal, « que le mariage soit tenu en honneur » (Héb. 13:4).

Ensuite, le Seigneur donne aux enfants la place qui leur appartient. Les disciples manifestaient
l’esprit du monde en les traitant comme quantité négligeable, allant jusqu’à estimer importun
le fait de les amener. Ils montraient par là qu’ils n’avaient pas encore appris la leçon que Jésus
leur avait enseignée dans les premiers versets du chapitre 18. Le Seigneur au contraire leur
impose les mains pour les bénir et prononce les paroles mémorables : « Laissez venir à moi
les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car à de tels est le royaume des cieux ».

Puis nous avons le cas du jeune homme riche qui prétendait avoir gardé la loi, tout au moins
les commandements relatifs aux devoirs envers son prochain. Le Seigneur ne conteste pas sa
prétention, car apparemment il avait été irréprochable quant à l’observation extérieure.
Toutefois il se trompait grandement en croyant qu’il pouvait avoir la vie éternelle en faisant le
bien. Puisqu’il se plaçait sur ce terrain, Jésus le met tout de suite à l’épreuve, et là le jeune
homme échoue complètement. « Que me manque-t-il encore ? » demande-t-il alors, et la
réponse a pour but de lui montrer qu’il lui manque la foi qui discerne la gloire de Jésus et qui,
par conséquent, l’aurait amené à donner tout pour Le suivre. Il s’est adressé à Jésus en disant :
Bon Maître ; mais le Seigneur n’accepte pas l’épithète « bon », à moins qu’elle ne lui soit
donnée par reconnaissance de sa divinité. « Nul n’est bon, sinon un seul, Dieu », de sorte que
si Jésus n’était pas Dieu, il n’était pas bon. Si le jeune homme avait reconnu la divinité de
Celui qui lui disait : « Suis-moi », ses « grands biens » auraient perdu leur valeur à ses yeux et
il aurait suivi Jésus avec bonheur. Chacun de nous a-t-il reconnu la gloire de Jésus au point
d’être libéré de l’amour des choses purement terrestres ?

Le Seigneur montre alors à ses disciples la terrible emprise que les richesses de la terre ont sur
le cœur humain. Un riche entre très difficilement dans le royaume des cieux. Parmi les Juifs,
la richesse était considérée comme un signe de la faveur de Dieu ; aussi cette parole
bouleverse-t-elle les pensées des disciples et les étonne beaucoup. Ils concluent que personne
ne peut être sauvé, si, pour les riches, c’est tellement difficile. Il s’ensuit une déclaration
encore plus forte. Le salut est une chose non seulement difficile ou improbable pour l’homme,
mais impossible. Seule l’intervention de la puissance de Dieu le rend possible.

Nous pouvons résumer les versets 1 à 26 en disant que le Seigneur répand sa lumière sur le
mariage, les enfants et les richesses : trois choses qui occupent une si grande place dans notre
vie sur la terre, et dans chacun des cas, la lumière qu’il donne renverse les pensées que les
disciples avaient précédemment (voir les versets 10:13 et 25).

Pierre revient sur les paroles du Seigneur pour demander une précision quant à la récompense
offerte à ceux qui, comme lui, avaient suivi le Seigneur. La réponse établit clairement qu’il
doit y avoir « la régénération », c’est-à-dire un ordre de chose entièrement nouveau lorsque le
Fils de l’homme ne sera plus rejeté, mais sera assis sur le trône de sa gloire, et que les
disciples seront aussi assis sur des trônes et investis de pouvoirs administratifs sur les douze
tribus d’Israël. Dans cette période, les saints jugeront le monde, et la place de prééminence
spéciale réservée aux apôtres est indiquée ici. Le Seigneur ajoute que tous ceux qui auront
renoncé aux relations et aux joies terrestres pour l’amour de son Nom, recevront cent fois
autant, et hériteront de la vie éternelle. La vie que le jeune homme riche désirait et qu’il n’a
pas eue parce qu’il n’a pas suivi Christ, sera leur part.

Le dernier verset du chapitre contient une parole d’avertissement. Plusieurs qui sont les
premiers dans ce monde seront les derniers, et inversement ; car les pensées de Dieu ne sont
pas les nôtres.

20                   Chapitre 20
Ce chapitre commence par la parabole du maître de maison et de ses ouvriers, parabole qui,
au verset 16, nous ramène au même point que le verset 30 du chapitre 19 avec une conviction
nouvelle. Elle se rattache aussi directement à la question de Pierre qui demandait une
promesse précise de récompense, puisqu’elle met en contraste la différence de traitement que
fait le maître de maison entre ceux qui l’ont servi à la suite d’un accord conclu et ceux qui ont
travaillé pour lui sans aucun accord, mais dans la simple confiance qu’il leur donnerait « ce
qui sera juste ». Nous pouvons facilement comprendre les sentiments de ces ouvriers de la
première heure et leur plainte d’être traités injustement, puisqu’ils avaient supporté la fatigue
et la chaleur de la journée. Quel ouvrier ne serait pas enclin à raisonner comme eux ? Mais le
« maître de la maison » accorde une grande valeur à cette confiance dans la justice de son
appréciation et à cette foi en sa parole qui caractérise les derniers venus. Il lui était permis de
faire ce qu’il voulait de son propre argent, et il estime si hautement la foi, qu’il donne aux
derniers exactement la même chose qu’aux premiers. De plus en distribuant l’argent, il
commence par les derniers. Ainsi, les derniers sont devenus les premiers, et les premiers les
derniers.

Nous avons là une leçon que nous sommes tous lents à apprendre. Le Seigneur ne
mésestimera pas le travail, mais il appréciera encore davantage la simple foi en lui — en sa
justice, en sa sagesse, en sa parole — la foi qui continuera à le servir, même si le jour est très
avancé, sans se préoccuper de la récompense, ni chercher à conclure un accord. La foi et
l’amour qui pousseraient certains à le servir ainsi ont plus de valeur pour lui que le travail
effectif qu’ils pourraient accomplir. Puissions-nous lire, méditer, apprendre et digérer
intérieurement cette parabole avec profit.

Jésus se dirige maintenant pour la dernière fois vers Jérusalem et de nouveau, il place devant
ses disciples sa mort imminente et sa résurrection. C’est la quatrième fois qu’il en parle dans
cet évangile depuis sa déclaration importante du chapitre 16 quant à l’assemblée qu’il bâtirait.
Ce court passage est riche en détails. Il annonce sa trahison par Judas, sa condamnation par le
sanhédrin, le fait qu’il serait livré par les Juifs à Pilate et à ses soldats, les moqueries, les
coups, la crucifixion et enfin sa résurrection — tout cela en deux versets.

Mais les disciples ont encore toutes leurs pensées remplies par l’attente du prompt
établissement du royaume ; à tel point que Jacques et Jean sont amenés par leur mère qui
demande pour eux des places d’honneur dans ce royaume. Jésus répond par une question qui
montre que l’honneur dans le royaume à venir sera en proportion de la manière dont on se
sera identifié à lui dans ses souffrances et sa réjection. Il mentionne en même temps que les
récompenses dans le royaume seront données selon le jugement du Père. Le Fils de l’homme
lui-même recevra le royaume des mains du Père, comme cela a été indiqué dans le Psaume 8
et en Daniel 7 ; de même les saints recevront leur place dans le royaume de la main du Père.
Nous en souvenir nous aidera à comprendre ce que le Seigneur veut dire par : ce « n’est pas à
moi pour le donner », en relation avec les récompenses.

C’est le seul cas, pour autant que nous sachions, où un parent venu présenter une requête au
Seigneur pour un de ses enfants s’est heurté à un refus. Mais aussi, la mère demandait ici une
place d’honneur comme récompense ; dans tous les autres cas il s’agissait d’une demande de
bénédiction des mains du Seigneur. Jamais une telle requête n’a été repoussée. Il y avait
évidemment un esprit de compétition entre les disciples, car les dix estiment que les deux ont
marqué un point par rapport à eux et ils sont indignés. Cela nous vaut une leçon plus belle
encore quant à l’humilité qui convient dans le royaume. Même aujourd’hui nous sommes très
lents à admettre que les principes qui prévalent dans le royaume divin sont l’opposé de ceux
qui ont cours dans les royaumes des hommes. Dans le monde, la grandeur s’exprime par la
domination et l’autorité ; les grands sont dans la position de chefs sur leurs semblables. Parmi
les saints, la grandeur consiste dans le fait de servir et d’être esclave. Au verset 26, nous
avons le mot « serviteur » ; et au verset 27, celui d’ « esclave », le terme que Paul emploie
pour Timothée et pour lui-même dans le premier verset de l’épître aux Philippiens. Paul était
par excellence un esclave de Jésus Christ, et il ne sera pas estimé petit lorsqu’il sera jaugé par
la mesure ayant cours dans le royaume des cieux.

D’un autre côté, il y avait aux jours de Paul des hommes qui, aspirant à la domination et à
l’autorité, asservissaient les croyants, prenaient leurs biens, s’élevant eux-mêmes et frappant
les autres au visage. Mais c’était des faux apôtres, des ouvriers trompeurs (voir 2 Corinthiens
11:13-20). Il y en a aujourd’hui qui affirment leur domination de la même manière, et il
convient que nous soyons sur nos gardes à leur égard. Le Seigneur se présente à nous comme
le Fils de l’homme venu non pas pour être servi mais pour servir, et pourtant son droit était
d’être servi. Nous le voyons sous un double aspect en Daniel 7:9-14, car Jésus peut être
identifié à « l’Ancien des jours » aussi bien qu’au Fils de l’homme. En tant qu’Ancien des
jours, « mille milliers le servaient » avant qu’il ne descende parmi nous. Comme Fils de
l’homme, « tous les peuples, les peuplades et les langues » le serviront. Mais dans l’intervalle,
il y a le temps de son humiliation, lorsqu’il est venu pour servir ; et cela a été jusqu’au point
extrême de donner sa vie en rançon pour plusieurs. Ainsi pour la cinquième fois depuis le
chapitre 16, le Seigneur place sa mort devant ses disciples ; et cette fois, il parle de la vertu
rédemptrice de celle-ci. Dieu soit béni ! Nous sommes au nombre de ces « plusieurs ».

Les scènes finales de l’évangile sont introduites par l’incident concernant les deux aveugles,
comme Jésus sortait de Jéricho. Tant Marc que Luc ne mentionnent qu’un seul d’entre eux,
appelé Bartimée, mais il est évident qu’il y en avait effectivement deux. Ce même fait se
retrouve dans les récits de la légion de démons chassés, car à la fin du chapitre 8, Matthieu
parle de deux hommes, alors que Marc et Luc n’en indiquent qu’un seul. Chaque fois, il y a
deux témoins de la puissance et de la grâce de Jésus, et Matthieu le souligne, car ce serait
particulièrement frappant pour les lecteurs juifs : leur loi ne stipulait-elle pas la nécessité du
témoignage de deux personnes, celui d’une seule pouvant être rejeté ?

Le Fils de David montait maintenant pour la dernière fois dans sa ville. Ces hommes avaient
assez de foi pour le reconnaître et ils obtinrent de lui la vue physique qu’ils désiraient. Les
yeux ouverts, ils se mirent à le suivre. Cela parle symboliquement sans doute de la misère
spirituelle des foules en Israël. Si seulement leurs yeux avaient été véritablement ouverts, elles
auraient discerné leur Messie en Jésus au jour de sa visitation. Aujourd’hui la situation est la
même. Les gens se plaignent souvent du manque de lumière. En fait ce qui leur fait défaut
c’est la vue spirituelle — c’est-à-dire la foi — qui leur permettrait de voir la lumière, qui a
brillé d’un éclat si vif en Lui.

21                   Chapitre 21
Au début de ce chapitre, nous voyons le Seigneur se présenter à Jérusalem selon la prophétie
de Zacharie. L’Éternel avait parlé par le prophète, et maintenant, quelque cinq siècles plus
tard, l’ânesse et son ânon étaient là, exactement au bon moment, sous la garde de quelqu’un
qui répondrait immédiatement au besoin du Seigneur. Une fois encore le Seigneur était
clairement manifesté devant eux comme leur Messie et leur Roi. Il était né de la vierge à
Bethléhem, avait été appelé hors d’Égypte et s’était levé comme la grande Lumière en
Galilée, ainsi que les prophètes l’avaient dit. Maintenant, les soixante-neuf semaines de
Daniel étant achevées, il entrait comme Roi dans sa ville. Hélas ! le peuple n’a pas pris garde
au fait qu’Il devait être débonnaire, et que le salut qu’Il venait apporter devait s’accorder avec
cela, et non pas être fondé sur la puissance victorieuse. Aussi se sont-ils heurtés à cette pierre
d’achoppement.

Toutefois, pour un court moment, il sembla qu’ils allaient le recevoir. L’exemple des disciples
est contagieux et la multitude lui rend hommage, le saluant comme le Fils de David, et
comme Celui qui venait au nom du Seigneur. Mais la réalité de leur foi ne tarde pas à être
mise à l’épreuve, car lorsque Jésus entre dans la ville, une question est soulevée : « Qui est
celui-ci ? » La réponse des foules ne contient pas trace de foi réelle. Elles disent : « Celui-ci
est Jésus, le prophète, qui est de Nazareth de Galilée ». C’était tout à fait vrai, naturellement,
mais cela n’allait pas au-delà de ce qui était évident même pour ceux qui n’avaient pas la foi.
De nombreux prophètes étaient venus avant cela, et Jérusalem les avait mis à mort.

Jésus vient de se présenter à eux comme Roi ; aussi, étant entré dans la ville, il va directement
dans le temple, le centre même de leur religion, et affirme sa puissance royale en le purifiant.
Il avait agi de cette manière tout au début de son ministère, comme nous le voyons en Jean 2 ;
il le fait de nouveau à la fin. La pratique du trafic et du change dans le temple résultait
probablement des dispositions accommodantes de la loi, que nous trouvons en Deutéronome
14:24-26. Des hommes impies avaient profité de cette ressource pour transformer l’enceinte
du temple en caverne de voleurs. Pour Dieu, le temple était la maison où les hommes
s’approchaient de lui avec leurs requêtes. Ses gardiens en avaient fait un lieu où l’escroquerie
avait cours, et ainsi le nom de Dieu était diffamé. Souiller ou corrompre le temple de Dieu est
un péché extrêmement grave. 1 Corinthiens 3:17 le montre, dans son application au temple
actuel de Dieu.

Après avoir chassé ces hommes méchants, Jésus dispense la grâce à ceux mêmes qu’ils
empêchaient d’entrer. Les aveugles et les boiteux n’avaient pas le droit de s’approcher selon
Lévitique 21:18, et 2 Samuel 5:6-8 rapporte la sentence de David contre eux : ils « n’entreront
pas dans la maison », dit-il. Le vrai Fils de David était maintenant arrivé dans Sion, et il fait
l’inverse de ce que David avait décidé. Ceux qui étaient « haïs de l’âme de David » sont aimés
et bénis ce jour-là. Les changeurs sordides avaient dénaturé le Dieu dont le temple était la
maison, et amené les hommes à blasphémer son nom ; en guérissant ceux qui étaient dans le
besoin, Jésus révélait pleinement le cœur de Dieu ; et alors la louange jaillit. Les enfants aussi
crient : « Hosanna au Fils de David ! » Ils font écho au cri des adultes.
Les chefs religieux eux-mêmes sont témoins de Ses œuvres merveilleuses de puissance et de
grâce et ils entendent avec un profond mécontentement le cri des enfants. Jésus justifie ceux-
ci dans leur simplicité et cite le verset 2 du Psaume 8 comme trouvant son accomplissement
en eux. Le Psaume dit : « tu as fondé ta force », tandis que Jésus en donne une autre
application en disant : « tu as établi ta louange » ; mais dans les deux cas, la pensée est que
Dieu accomplit ce qui est son bon plaisir, et qu’il reçoit la louange qui lui est due, par ce qui
est petit et faible. Il est ainsi démontré que la force et la louange sont l’une et l’autre de Lui et
par Lui. C’est ce que nous avons ici. Lorsque les chefs non seulement se taisent mais
s’opposent, Dieu veille à ce que la louange qui convient lui soit rendue par la bouche des
petits enfants.

Mais pour le moment, la ville et le temple étaient sous la garde de ces hommes incrédules ; il
les laisse donc et va passer la nuit à Béthanie, où demeurait une famille au moins qui croyait
en lui et l’aimait. Revenant le lendemain, il prononce sa sentence contre le figuier qui n’avait
rien que des feuilles. Beaucoup d’apparence extérieure, mais pas de fruit ; sur cet arbre jamais
aucun fruit ne naîtrait plus. Il est entièrement condamné. Et à l’instant, il sèche ! L’incident
est si manifestement miraculeux qu’il attire l’attention et les commentaires des disciples.

La réponse du Seigneur détourne leurs pensées du figuier pour les diriger sur « cette
montagne ». Le figuier était un type d’Israël, plus particulièrement de cette partie de la nation
qui était remontée de la captivité et se trouvait maintenant dans le pays. Jugés en tant que
nation, il n’y avait rien en eux pour Dieu, et ils étaient condamnés ; et puisqu’ils étaient des
échantillons de choix de la race humaine, l’arbre sans fruit présente le fait que la race
d’Adam, comme hommes dans la chair, est condamnée, et qu’il n’y aura jamais en eux aucun
fruit pour Dieu. Jérusalem et son temple couronnaient « cette montagne » qui symbolisait,
pensons-nous, tout le système juif. S’ils avaient de la foi, ils anticiperaient ce que Dieu allait
faire en ôtant la montagne afin qu’elle soit submergée dans la mer des nations. L’épître aux
Hébreux montre comment le système juif a été mis de côté, et « cette montagne » a été
finalement jetée dans la mer lorsque Jérusalem a été détruite en l’an 70 de notre ère.

La chose nécessaire, c’est la foi. L’épître aux Hébreux met l’accent là-dessus, car c’est elle
qui contient le magnifique chapitre sur la foi. Le système israélite n’était après tout qu’une
ombre des biens à venir et non pas leur réalité. Il fallait de la foi pour discerner cela et nombre
de ceux qui croyaient en Christ ne s’étaient pas débarrassés des ombres, même lorsque l’épître
aux Hébreux fut écrite. Seul l’homme de foi a accès aux réalités que Christ a introduites ; et
de telles personnes peuvent prier avec la confiance qu’elles recevront ce qu’elles demandent.

Les chefs religieux pressentent que l’arrivée de Jésus à Jérusalem et ses actes merveilleux
constituent un défi à leur autorité, aussi décident-ils d’agir agressivement et de défier la
sienne. À cet effet, ils se lancent dans une controverse, qui s’étend jusqu’à la fin du chapitre
22. Il en résulte trois paraboles frappantes prononcées par le Seigneur, suivies par trois
questions astucieuses des pharisiens et hérodiens, des sadducéens et d’un docteur de la loi,
respectivement ; le tout couronné par la grande question posée par le Seigneur lui-même qui
réduit tous ses adversaires au silence.

En lui demandant de prouver son autorité, les principaux sacrificateurs se font fort de
déterminer sa valeur une fois qu’il en aurait produit la preuve. La réponse du Seigneur est en
fait celle-ci : s’ils prouvaient leur compétence en se prononçant sur la question beaucoup
moins importante de l’autorité de Jean, il soumettrait alors la sienne à leur examen. Cela les
plonge dans l’embarras. S’ils reconnaissaient le baptême de Jean comme venant du ciel, ils se
condamnaient, car ils ne l’avaient pas cru. S’ils le rejetaient comme étant simplement des
hommes, ils perdaient leur popularité face au peuple qui le considérait comme un prophète. Ils
tenaient très fort à cette popularité, car « ils ont aimé la gloire des hommes plutôt que la gloire
de Dieu » (Jean 12:43). Ils ne voulaient pas dire que le baptême de Jean était vrai et ils
n’osaient pas dire qu’il était de nul effet ; aussi se placent-ils sur le terrain de l’ignorance en
disant : « Nous ne savons ». Ils se disqualifiaient ainsi pour juger et perdaient tout motif
quelconque de protestation lorsque Jésus refusa de révéler son autorité. La puissance de Dieu
qu’il détenait lui donnait son autorité à l’exclusion de toute autre chose. Mais ils n’en
voulaient pas et l’avaient même attribuée à l’énergie du diable, comme nous l’avons vu
auparavant dans cet évangile.

Le Seigneur mène maintenant le débat par ses paraboles. En les examinant, nous constaterons
que la première concerne leur attitude en tant que placés sous la loi ; la deuxième, en tant que
mis à l’épreuve par la présence du Fils de l’homme sur la terre ; la troisième est prophétique
et considère la réponse qui serait faite à l’évangile. L’ordre divin est respecté — la Loi, le
Messie, l’Évangile.

Jésus introduit la première par les mots : « Que vous en semble ? » (v. 28) puisqu’il
soumettait cette courte parabole à leur jugement et leur donnait l’occasion de se condamner
eux-mêmes. La parabole des deux fils en Luc 15 est relativement longue, tandis que celle que
nous avons ici est très brève, mais dans l’une et l’autre les mêmes deux classes sont
dépeintes : les chefs religieux d’une part, les publicains et les pécheurs d’autre part. Ici
cependant, nous avons leur responsabilité sous la loi, tandis qu’en Luc 15, c’est leur réception
selon la grâce de l’évangile.

Dans plusieurs passages de l’Ancien Testament, l’image de la vigne est employée pour parler
d’Israël sous la loi ; aussi les paroles : « Va aujourd’hui travailler dans ma vigne », expriment-
elles de façon très appropriée le commandement de l’Éternel. Elles sont souvent citées comme
un appel aux chrétiens à servir leur Seigneur dans l’évangile, mais tel n’est pas leur sens
premier si nous les lisons dans leur contexte. Le chapitre 9:38, Jean 4:35-38, et d’autres
passages nous montrent que l’image qui s’appliquerait plutôt à nous est celle du travail dans
« la moisson » et non pas dans « la vigne ». Le mot important sous la loi, c’était « FAIS
ceci », car l’homme doit travailler ; mais par les œuvres de loi, nulle chair n’a été justifiée.

La parabole fait ressortir ce fait, car aucun des deux fils n’est caractérisé par une obéissance
entière. L’un fait une belle profession en paroles, mais désobéit complètement. L’autre refuse
d’abord catégoriquement, mais ensuite il est amené à la repentance, et à l’obéissance comme
fruit de celle-ci. De la même manière les principaux sacrificateurs et les anciens se trompaient
eux-mêmes par leur profession religieuse, alors que les publicains et les prostituées se
repentaient et entraient dans le royaume. Au verset 32, le Seigneur lie clairement ce fait avec
le ministère de Jean. Ce dernier est venu à la fin de l’économie de la loi, appelant à la
repentance ceux qui avaient failli sous elle. Le Seigneur lui-même rattache donc la parabole à
la loi et non pas à l’évangile.

Nous avons ensuite la parabole du maître de maison et de sa vigne. Remarquons qu’il s’agit
toujours de la vigne ; or « la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël » (Ésaïe 5:7).
Non seulement ils ont failli sous la loi, mais ils ont maltraité tous les prophètes par lesquels
Dieu s’était adressé à leur conscience, et finalement nous avons la mission du Fils, venu
comme mise à l’épreuve suprême. Les « cultivateurs » de la parabole représentent clairement
les chefs responsables d’Israël, qui ne se limitent pas à répéter leur incapacité à produire du
fruit pour le profit du « maître de maison », mais couronnent leur méchanceté en mettant à
mort le Fils. Ils veulent tout l’héritage pour eux. Ainsi le Seigneur résumait l’accusation
contre Israël sous trois titres : pas de fruit pour Dieu ; mauvais traitements infligés à ses
serviteurs les prophètes ; réjection et meurtre du Fils.

Après avoir exposé la parabole, il dit de nouveau en quelque sorte : « Que vous en semble ? »
— soumettant à leur jugement le sort que méritaient les cultivateurs. Ses adversaires, si
prompts quand il s’agit de leurs propres intérêts, sont lents à comprendre tout ce qui est de
nature spirituelle, et terriblement aveugles. Aussi ne discernent-ils absolument pas la portée
de la parabole et ils donnent une réponse qui annonce la juste condamnation qui allait
s’abattre sur leur propre tête. Ils seraient, en deux mots, dépossédés et détruits.

Le Seigneur accepte, comme étant correct, le verdict qu’ils ont prononcé sur eux, citant à
l’appui le Psaume 118:22 et 23. Il était la pierre qu’eux, ceux qui bâtissaient, avaient rejetée.
Il ne convenait pas du tout au bâtiment qu’ils avaient en vue et ils ne voulaient pas de Lui. Le
jour vient où il paraîtra pour être le fondement et pour édifier la maison que Dieu a en vue ; et
cet événement merveilleux entraînera la destruction des hommes méchants et de leur fausse
construction.

Le verset 43 et la première partie du verset 44 exposent les effets présents de sa réjection. Il


devient une pierre d’achoppement pour les chefs d’Israël et la nation comme telle, et il
s’ensuit que, comme peuple, ils sont brisés. Cela a eu lieu de façon définitive lors de la
destruction de Jérusalem. Le royaume de Dieu avait été établi au milieu d’eux par Moïse ;
maintenant il leur était définitivement retiré et il allait être donné sous une autre forme à une
« nation » qui produirait ses propres fruits. Autrefois, les prophètes avaient dénoncé le péché
du peuple et annoncé que Dieu susciterait une autre nation qui les supplanterait ; des passages
tels que Deutéronome 32:21 ; Ésaïe 55:5 ; 65:1 ; 66:8, nous l’indiquent. Cette nation
« naîtra... en une fois » au début du millénium ; c’est-à-dire qu’ils seront nés de nouveau, et
auront ainsi une nature qui se plaira à faire la volonté de Dieu et les rendra propres à porter du
fruit. C’est ce que nous, chrétiens, connaissons déjà, comme nous le voyons en 1 Pierre 2:9.
Rachetés et nés de nouveau, nous avons été appelés des ténèbres à la merveilleuse lumière de
Dieu, et nous pouvons, comme « une nation sainte », annoncer les vertus de Celui qui nous a
ainsi appelés. N’est-ce pas là porter du fruit à Sa satisfaction ?

La seconde partie du verset 44 se rapporte à ce qui arrivera aux incrédules au début du


millénium. Les paroles du Seigneur semblent tirées de Daniel 2:34-35, et parlent de l’effet en
destruction de sa seconde venue sur les hommes, Juifs ou Gentils. L’enseignement de ces
deux versets porte donc sur le brisement national d’Israël comme conséquence du fait qu’ils
ont rejeté Christ, son remplacement par une « nation » nouvelle, et la destruction finale de
tous les adversaires dans la révélation du Seigneur Jésus en flammes de feu.

Un trait de lumière pénètre dans l’esprit obscurci des principaux sacrificateurs et des
pharisiens qui ont écouté ces paroles : ils comprennent que le Seigneur parlait d’eux et qu’à
leur insu ils se sont condamnés eux-mêmes. Quel choc terrible ! Battus, ils décident de le
mettre à mort ; ils ne sont arrêtés sur le moment que par la crainte de l’opinion publique. Au
verset 26, la crainte de la foule a mis un frein à leur langue. Au verset 46, elle les retient
encore dans leurs actions.

 
22                   Chapitre 22
Mais le Seigneur continue calmement à exposer ce qu’il a à leur dire ; aussi ce chapitre
commence-t-il par la parabole du mariage du fils du roi, qui annonce le jour de l’Évangile sur
le point de se lever. Nous ne trouvons pas la question : « Que vous en semble ? » en relation
avec cette parabole, car elle dépasse de beaucoup les pensées des hommes. Elle se distingue
aussi des deux autres en ce qu’elle commence par : « Le royaume des cieux a été fait
semblable ». En acceptant l’invitation de l’évangile, lorsque la ruine est totale comme les
autres paraboles l’ont montré, les hommes se placent sous la juridiction des cieux. Nous
allons maintenant comme au chapitre 13 apprendre quelque chose de nouveau.

Dans cette parabole, le roi ne demande rien à personne. Il donne au lieu de demander. Lui
aussi a un « fils » pour lequel il fait des noces, envoyant ses esclaves pour convier les
hommes. Quelle correspondance merveilleuse entre l’invitation envoyée et le message de
l’évangile ! « J’ai apprêté... tout est prêt : venez aux noces ». Apprêté par le sacrifice de
Christ. Prêt, puisque son œuvre est achevée. Aussi maintenant n’est-ce pas : « Allez,
travaillez », mais « Venez ».

En premier lieu, l’invitation est adressée à « ceux qui étaient invités », une classe de
personnes particulièrement privilégiées. Nous en avons l’accomplissement dans les premiers
chapitres des Actes. Pendant une courte période, l’évangile n’a été annoncé qu’aux Juifs, mais
la plupart d’entre eux en firent peu de cas, étant occupés des avantages du monde, alors que
d’autres s’opposèrent activement, persécutant et mettant à mort certains des messagers de la
première heure, comme dans le cas d’Etienne. Cette étape prit fin avec la destruction de
Jérusalem, annoncée dans le verset 7.

Puis l’invitation s’étend, comme les versets 9 et 10 nous l’indiquent. Dans la parabole de Luc
14, il y a un esclave, représentant sans doute le Saint Esprit ; ici, il y en a plusieurs ; ce sont
les instruments humains dont l’Esprit peut se servir. Ils sont envoyés dans les carrefours des
chemins pour convier autant de gens qu’ils trouveront, soit mauvais soit bons. L’Esprit peut
« contraindre » les hommes d’entrer, comme en Luc 14 ; les esclaves eux reçoivent
l’instruction d’inviter tous ceux qu’ils trouveront sur leur chemin. Tous n’accepteront pas,
mais grâce à cela, le nombre des invités aux noces sera complet. Le prédicateur de l’évangile
n’a pas à s’embarrasser de questions touchant à l’élection de la grâce. Il a simplement à
transmettre la parole à tous ceux qu’il rencontre, assemblant tous ceux qui répondent, car c’est
à Dieu qu’il appartient de toucher le cœur des hommes.

La seconde partie de la parabole, les versets 11 à 14, montre que, comme toujours lorsqu’il
s’agit du service humain, ce qui est sans réalité peut s’introduire et subsister quelque temps.
En n’acceptant pas la robe de noces, l’homme avait refusé d’honorer le fils du roi. À l’arrivée
de ce dernier, il est démasqué et condamné à être jeté dans la place qui lui revient, les ténèbres
de dehors. La présence divine découvrira tout ce qui n’est pas réel et démêlera toute chose.
Nous l’avons vu au chapitre 13 ; nous le verrons encore une fois au chapitre 25.

Les pharisiens sont maintenant à bout de ressources ; cela se voit dans l’alliance qu’ils sont
amenés à conclure avec les hérodiens qu’ils détestaient. Leur question concernant le tribut est
habilement formulée de manière à discréditer Jésus soit aux yeux de César soit devant le
peuple. Ils commencent par ce qu’ils considèrent comme de la flatterie, mais qui est un
constat sobre de la vérité. Il était vrai. Il enseignait la voie de Dieu en vérité. Il ne
s’embarrassait de personne. Leur ayant demandé la monnaie du tribut, il leur prouve que
celui-ci était bien évidemment de César, car le denier portait son image. S’il est de César, il
doit lui être rendu ; mais ensuite Il les place dans la présence de Dieu. Rendaient-ils à Dieu les
choses qui lui appartenaient ? Cette réponse magnifique non seulement les étonne, mais elle
frappe tellement leur conscience qu’ils s’en vont. Jésus a posé là un grand principe qui
s’applique à chacun de nous tant que nous sommes sous la juridiction d’un César quel qu’il
soit. Nous devons rendre à César tout ce qui lui est dû, mais les choses qui sont de Dieu sont
infiniment plus importantes et plus étendues dans leur application que tout ce qui est à César.

La question des sadducéens avait manifestement le double objectif de mettre Jésus dans
l’embarras et de ridiculiser la foi en la résurrection qui, selon eux, ne pouvait être qu’un retour
à la vie dans les conditions ordinaires de ce monde. Sans doute étaient-ils sûrs du résultat : la
confusion de Jésus et la justification de leur incrédulité. Mais par sa réponse, le Seigneur
montre que la résurrection introduit dans un autre monde, où les conditions sont différentes ;
et il cite Exode 3:6 pour indiquer que les patriarches, aux jours de Moïse, vivaient dans cet
autre monde, quoiqu’ils ne fussent pas encore ressuscités d’entre les morts. Le fait que leur
esprit était là garantissait qu’ils y seraient, à la fin, dans des corps glorifiés.

En ce temps, les sacrificateurs étaient en général d’une même pensée avec les sadducéens, et
le Seigneur ne les épargne pas dans le reproche direct qu’il leur adresse. « Vous errez », leur
dit-il clairement et il indique la source de leur erreur ; ils ne connaissaient ni les Écritures
qu’ils prétendaient exposer, ni la puissance du Dieu qu’ils professaient servir. Cette double
erreur est à la base de toute l’incrédulité religieuse moderne. D’abord, les Écritures sont
souvent citées à tort et toujours mal comprises. Secondement, à force de dépouiller Dieu, dans
leur esprit, de sa puissance et de sa gloire, ils se trouvent confrontés à des difficultés sans fin.
Reconnaissons Sa puissance et les difficultés disparaissent.

La réponse du Seigneur étonne tous ceux qui l’entendent. C’était évidemment tout nouveau
pour eux, et pour les pharisiens aussi qui n’avaient jamais réussi à fermer ainsi la bouche aux
sadducéens. Ayant entendu cela, ils s’assemblent et l’un d’eux pose au Seigneur une question
sur la loi ; il soulève un point qu’ils avaient sans doute souvent discuté entre eux. Il pensait
aux dix commandements d’Exode 20, mais le Seigneur l’amène à Deutéronome 6:5, et ajoute
Lévitique 19:18. L’exigence de la loi se résume en un mot : l’amour. D’abord l’amour pour
Dieu ; puis l’amour pour son prochain. En disant : « L’amour... est la somme de la loi » (Rom.
13:10), Paul ne fait que répéter en d’autres termes ce que Jésus dit ici (v. 40).

Les trois paraboles les avaient mis en face de la grâce de l’Évangile ; les réponses données
aux trois questions ont placé devant eux l’amour comme étant l’exigence suprême de la loi.
Ils étaient étrangers à cet amour. Mais pendant qu’ils sont encore rassemblés, Jésus leur pose
cette question importante : « Que vous semble-t-il du Christ ? — de qui est-il Fils ? » Ils
savaient qu’il devait être le Fils de David, mais ils ignoraient pourquoi, dans le Psaume 110,
David l’appelait son Seigneur. Le premier chapitre de notre évangile donne la seule solution
possible à ce problème. « Jésus Christ, Fils de David » est « Emmanuel, ce qui, interprété,
est : Dieu avec nous ». Lorsque la foi a saisi cela, la position entière paraît dans toute sa
clarté. Si la vérité est refusée comme par ces pauvres pharisiens, tout est obscur. Ils étaient
dans les ténèbres. Ils ne trouvent rien à répondre et leur défaite est si complète qu’ils n’osent
plus l’interroger.

Mais si eux en ont fini avec le Seigneur, lui n’a pas terminé avec eux. Le moment est venu de
démasquer ces hypocrites devant les foules placées sous leur influence.
 

23                   Chapitre 23
Les paroles sévères que Jésus adresse aux chefs du peuple sont rapportées dans ce chapitre.
Quelques jours plus tard, sous l’influence de ces hommes, les foules réclameront sa mort.
Leur responsabilité et leur culpabilité sont d’autant plus grandes que le Seigneur les a averties
du vrai caractère de leurs conducteurs.

Il commence par leur reconnaître la place qu’ils réclamaient comme interprètes de la loi de
Moïse. Le peuple devait par conséquent garder la loi et l’accomplir selon qu’il l’entendait de
leur bouche, mais veiller soigneusement à ne pas les imiter. Leur vie contredisait la loi qu’ils
proclamaient. Ils légiféraient pour les autres sans s’inquiéter le moins du monde d’obéir eux-
mêmes. Le Seigneur le souligne au verset 4 ; c’est une faute très répandue chez les religieux
de profession, qui aiment diriger les autres tout en préservant leur propre liberté.

Puis, dans les versets 5 à 12, Jésus dénonce leur désir d’être vus et d’avoir la première place.
Tout était fait en fonction des hommes. Dans les repas : le cercle social ; dans les
synagogues : le cercle religieux et dans les places publiques : le cercle des affaires, ils
réclamaient la place la plus élevée en tant que rabbis et maîtres. Le disciple de Christ est
appelé à être exactement l’opposé de tout cela, aussi prenons-le à cœur. L’abaissement de ces
hommes n’est qu’une question de temps. Ils étaient censés être des guides pour introduire les
âmes dans le royaume, mais en fait ils étaient des obstacles pour elles. Ils n’entraient pas eux-
mêmes et empêchaient les autres d’entrer.

En outre, ils profitaient de leur position pour dépouiller les veuves sans défense et couvraient
cette énormité par l’étalage de longues prières ; aussi recevraient-ils un jugement plus sévère.
Les longues prières impressionnent peut-être la foule, mais pas le Seigneur ! Souvenons-nous-
en et évitons-les. Celui qui a une ardente requête sur le cœur et qui est vraiment conscient de
la présence de Dieu ne déversera pas un flot de paroles. « Que tes paroles soient peu
nombreuses », lisons-nous en Ecclésiaste 5:2.

Le grand zèle déployé pour faire des adeptes est caractéristique de l’esprit pharisaïque, et les
paroles du Seigneur au verset 15 brossent un tableau remarquable du simple prosélytisme.
Celui-ci reproduit en les accentuant les traits des agents recruteurs dans ceux qui sont gagnés.
Les pharisiens étaient des fils de la géhenne, et leurs adhérents l’étaient deux fois plus qu’eux.
Cela explique pourquoi les hommes méchants et les séducteurs progressent toujours plus dans
le mal, jusqu’à ce que tout soit mûr pour le jugement.

Dans les versets 16 à 22, le Seigneur condamne leurs enseignements imaginaires. Les
distinctions qu’ils établissaient entre le temple et l’or du temple, entre l’autel et le don qui est
dessus, pouvaient les faire passer aux yeux des simples pour des esprits très supérieurs ; en
fait, ces subtilités étaient purement fantaisistes et ne faisaient que prouver l’aveuglement et la
folie de ceux qui les soutenaient. Dans les autres domaines aussi : une exactitude scrupuleuse
dans les petites choses ; beaucoup de négligence dans celles qui sont importantes — que ce
soit positivement, quant à ce qu’ils observaient (v. 23), ou négativement, quant à ce qu’ils ne
faisaient pas (v. 24). Ils étaient certes aveugles, et ce genre de cécité spirituelle n’est que trop
répandu aujourd’hui.
Les versets 25 à 28 dénoncent un autre caractère pernicieux : ils se souciaient uniquement de
la pureté extérieure, de manière à se donner une bonne apparence aux yeux des hommes.
L’intérieur qui est découvert au regard de Dieu ne les inquiétait pas du tout. Ils portaient la
plus grande attention à la souillure qu’ils pourraient contracter par contact extérieur, mais
étaient absolument indifférents à celle qu’ils produisaient eux-mêmes et qui venait du dedans.
Ils devenaient par là des sources de souillure, et bien loin d’être contaminés par les autres, ils
la leur communiquaient. C’est un mal très subtil ; et nous pouvons bien demander à Dieu de
nous en préserver à quelque degré que ce soit.

Enfin, dans les versets 29 à 33, le Seigneur les accuse d’être les meurtriers des prophètes de
Dieu. Ils bâtissaient les sépulcres des prophètes d’autrefois, puisque l’aiguillon de leurs
paroles n’était plus senti, mais ils étaient véritablement les fils de ceux qui les avaient tués ;
et, selon le principe du verset 15, ils se montreraient criminels deux fois plus qu’eux,
comblant les péchés de leurs pères et ayant leur fin, sans aucun doute, dans le jugement de la
géhenne.

Nous trouvons dans ce passage, prononcée par Jésus, l’accusation la plus sévère, de toutes
celles qui nous sont rapportées. Jamais il n’a dit de telles choses à aucun pauvre publicain ou
pécheur. Ces paroles vives étaient destinées aux hypocrites religieux. Lui était plein de grâce
et de vérité. Aux pécheurs qui se reconnaissaient tels, il offrait la grâce avec la vérité. Le
projecteur de la vérité, sans mention de la grâce, était réservé aux hypocrites.

C’est ainsi que le sang d’une longue lignée de martyrs allait être imputé à cette génération ; et
maintenant pour la dernière fois l’occasion était offerte à Jérusalem de se réfugier sous les
ailes de l’Éternel, présent au milieu d’eux dans la personne de Jésus. Souvent il aurait voulu
les abriter de cette manière, les Psaumes en témoignent ; et souvent Jésus aurait voulu les
rassembler pendant son passage parmi eux ; mais ils ne l’ont pas voulu. Aussi la splendide
maison, à Jérusalem, reconnue autrefois comme celle de l’Éternel, était-elle maintenant
désavouée. Elle n’était plus que leur maison, et elle était déserte ; Celui qui aurait voulu
l’occuper allait les quitter et ne serait plus vu jusqu’à ce qu’ils disent : « Béni soit celui qui
vient au nom du Seigneur ! » Le Psaume 118 montre qu’ils ne prononceront pas ces paroles
avant que vienne ce jour « que l’Éternel a fait », lorsque « la pierre que ceux qui bâtissaient
avaient rejetée, [sera] devenue la tête de l’angle ».

24                   Chapitre 24
Tout ce qui précède, à partir du chapitre 21:23, s’est passé dans l’enceinte du temple.
Maintenant, au chapitre 24, Jésus sort, et les disciples veulent attirer son attention sur
quelques-uns de ses magnifiques bâtiments ; cela leur vaut la prédiction qu’il allait être rasé
jusqu’à ses fondations. Ils s’enquièrent alors du moment où ces paroles auraient leur
accomplissement, qu’ils lient avec la « consommation du siècle ». Le Seigneur commence par
répondre que le but de ses prédictions est de nous avertir et de nous fortifier par avance, et
non pas simplement de satisfaire notre curiosité ou même notre soif de précision. Nous avons
à prendre garde nous aussi à cette tendance.

De faux christs sont annoncés, ainsi que des guerres et des bruits de guerres, mais ces choses
n’indiquent pas que la fin est là. Il y aura des famines, des pestes, des tremblements de terre,
et aussi en effet des guerres, mais ce n’est qu’un commencement de douleurs. À ces épreuves
s’ajouteront la persécution et le martyre des disciples, l’apostasie de certains qui auront fait
profession d’être disciples, la présence de faux prophètes, un redoublement d’iniquité et
l’abandon de Dieu par de nombreux professants. Dans un tel moment, les fidèles seront
caractérisés par la persévérance jusqu’à la fin où ils seront sauvés. En outre, pendant ce
temps, Dieu maintiendra son propre témoignage parmi toutes les nations, et alors seulement la
fin viendra.

Trois fois dans ces versets le Seigneur parle de « la fin », et chaque fois il s’agit de la
« consommation du siècle » à propos de laquelle les disciples l’avaient questionné. À ses vrais
disciples, caractérisés par la persévérance, la fin apportera le salut. C’est la première chose
qu’il mentionne, avant de dire que pour ses ennemis, elle amènera le jugement. Remarquons
que c’est « cet évangile du royaume » qui doit être prêché pleinement avant que la fin vienne ;
c’est-à-dire l’évangile que le Seigneur lui-même avait prêché (voir 4:23 ; 9:35) annonçant que
le royaume s’était approché. L’évangile que nous proclamons aujourd’hui (voir 1 Corinthiens
15:1-14) ne pouvait pas être annoncé avant la mort de Christ.

Au temps de la fin, l’abomination de la désolation, dont il a été parlé en Daniel 12:11, sera
établie dans le lieu saint et le verset 16 montre que Jérusalem est en cause. Il y aura
manifestement de nouveau un temple avec son lieu saint, à la fin, et il sera profané par cette
idolâtrie si abominable. La prophétie du chapitre 12:43-45 aura son accomplissement à cette
époque. L’esprit immonde d’idolâtrie entrera avec une force septuplée dans le peuple ; celui-
ci dans son ensemble acceptera cette abomination établie dans le lieu saint — très
probablement « l’image de la bête », mentionnée en Apocalypse 13:14-15. Cette iniquité
suprême sera la cause de la désolation qui les frappera selon le juste gouvernement de Dieu.
Or, l’établissement de cette abomination sera, pour les fidèles, le signal que la grande
tribulation annoncée a commencé et que leur salut dépend de leur fuite hors de Jérusalem et
de la Judée, où la fournaise de l’affliction sera la plus ardente. Le Seigneur s’adressait à ses
disciples qui, à ce moment, n’étaient que des Israélites pieux entourant leur Messie sur la
terre, même si bientôt ils devaient être édifiés sur le fondement de l’Assemblée qui allait être
bâtie. Mais à ce moment-là, ils représentaient non pas l’Assemblée, mais le résidu pieux
d’Israël qui observera encore scrupuleusement la loi du sabbat (v. 20), et plusieurs d’entre eux
demeureront en Judée. Ils devront fuir immédiatement. Cela concorde avec ce qui nous est
présenté symboliquement en Apocalypse 12:6.

La grande tribulation sera absolument sans précédent ; elle ne sera jamais égalée, et encore
moins surpassée. Le Seigneur le dit au verset 21 ; et le livre de l’Apocalypse en donne la
raison : ce sera le temps où la colère sera versée des cieux — le déversement des coupes de
jugement. Ce ne sera pas simplement des hommes frappant des hommes, ou une nation
châtiant d’autres nations, comme nous en avons des exemples aujourd’hui, mais ce sera Dieu
châtiant les nations en réglant ses comptes avec elles. La colère de Dieu est « révélée du ciel »
(Rom. 1:18), bien qu’elle ne soit pas encore exécutée, et pour ce qui concerne les nations, elle
s’abattra à ce moment sur elles. Les nations comme telles n’existent que dans ce monde ; elles
ne demeurent pas au-delà du tombeau, tandis que les hommes qui les composent, eux,
subsistent.

Il y aura des élus sur la terre pendant la tribulation et à cause d’eux celle-ci sera abrégée (v.
22). En Romains 9:28, nous lisons que le Seigneur fera « une affaire abrégée sur la terre », et
cela afin qu’un résidu soit sauvé. Aujourd’hui Dieu dispense la grâce par l’évangile, et il en a
fait une affaire de très longue durée, qui a commencé il y a près de vingt siècles ; lorsqu’il
s’agira de la colère, il fera une œuvre rapide qu’il abrégera en justice. D’autres passages nous
indiquent qu’elle s’étendra sur le court laps de temps de trois ans et demi. Ainsi la bonté de
Dieu sera manifestée tant en grâce que dans la colère.

À cette époque, le diable, sachant parfaitement bien que le retour de Christ est imminent,
s’emploiera à brouiller les choses en suscitant des imposteurs qu’il dotera de pouvoirs
surnaturels, pour tâcher de séduire les élus qui L’attendent. Le verset 24 indique clairement
que les signes miraculeux ne sont pas tous de Dieu. Il en existe de deux sortes — divins ou
diaboliques. Dans ceux qui sont de Dieu on peut reconnaître une manifestation du caractère
divin en grâce et en puissance ; les miracles diaboliques de leur côté ont souvent un aspect
plus voyant, plus étonnant et attrayant pour les inconvertis. Que ceux qui, aujourd’hui,
recherchent désespérément le miraculeux prennent bien garde à ne pas se laisser séduire !

La venue du vrai Christ de Dieu sera accompagnée de la plus grande publicité possible,
comme l’éclair. Personne ne sera contraint de se retirer dans un désert ou dans une chambre
intérieure pour Le voir. De même que les vautours s’assemblent où sont les cadavres, le
jugement s’abattra partout où les hommes seront trouvés dans la putréfaction et la pestilence
du péché.

La tribulation sera suivie par la destruction et le renversement des puissances établies, tant
dans le ciel que sur la terre, et alors le Fils de l’homme sera manifesté dans sa gloire. Deux
fois déjà, le Seigneur a parlé du « signe de Jonas le prophète » (12:39-40 ; 16:4), c’est-à-dire
du Fils de l’homme passant trois jours dans le tombeau. Ici, nous avons le signe du Fils de
l’homme dans le ciel — le signe qu’enfin Dieu va revendiquer ses droits sur cette terre rebelle
et les faire exécuter par l’Homme de son conseil et de son choix. Ce sont là deux bien grands
signes ! Personne ne saurait dire lequel est le plus grand. Les deux le sont également en leur
temps et sont dignes de notre adoration.

Après être apparu en gloire, le Seigneur rassemblera ses élus, ceux à cause desquels les jours
de la tribulation ont été abrégés. Ce rassemblement sera effectué par le ministère des anges et
signalé par le grand son de la trompette ; ce sera l’accomplissement de la fête des trompettes
(Lév. 23:24-25), comme la mort de Christ a été l’accomplissement de la Pâque, et le don de
l’Esprit et la formation de l’Assemblée celui de la Pentecôte. Ce rassemblement des élus est
en vue de la bénédiction millénaire. L’enlèvement au ciel, ou même la résurrection, ne sont
pas mentionnés, car il s’agit du rassemblement des vivants sur la terre. Au chapitre 16, le
Seigneur a révélé qu’il allait bâtir son Assemblée, mais il n’a parlé ni de son appel ni de sa
destinée célestes, aussi ne faut-il pas voir l’Assemblée au verset 31.

À partir du verset 32, nous avons une série de paraboles ou de déclarations sous forme de
paraboles. Le figuier nous parle des Juifs ; lorsque nous verrons ce peuple reprendre vie en
tant que nation, nous connaîtrons que l’été est proche ; mais « cette génération » ne passera
pas avant que toutes ces choses se soient accomplies et que ce moment soit arrivé. Le
Seigneur a parlé plusieurs fois de cette génération (voir 11:16 ; 12:39, 45 ; 16:4). C’est une
génération très ancienne et persistante, car Moïse l’a dénoncée en Deutéronome 32:5 et 20 —
« des fils en qui il n’y a pas de fidélité ». La génération incrédule sera jugée lorsque Jésus
viendra — pas avant. Ils passeront, mais les paroles de Christ demeureront.

Le moment exact de sa venue est un secret connu du Père seul qui a réservé à sa propre
autorité tous les temps et saisons (voir Actes 1:7) ; et de ce fait, il surprendra complètement le
monde insouciant. Il en sera comme aux jours de Noé ; les hommes sont absorbés par leurs
plaisirs jusqu’au moment où le jugement s’abat sur eux. Sophonie 3:11-13 aura son
accomplissement ; les transgresseurs seront retranchés par le jugement ; les affligés et les
pauvres qui ont mis leur confiance dans le nom du Seigneur seront laissés pour les
bénédictions milléniales : ils sont « le résidu d’Israël ».

Arrivés au verset 42, nous voyons de nouveau le Seigneur veiller à ce que ces réalités
prophétiques aient leur effet sur la conduite de ses disciples. Puisqu’ils ne savaient pas
l’heure, ils devaient être caractérisés par la vigilance et la fidélité dans le service. Le serviteur
qui est établi pour gérer la maison doit faire face à sa responsabilité. Il sera alors béni et
récompensé. D’un autre côté des hommes peuvent prendre la place de serviteurs et être
pourtant des méchants. Ils ne se préoccuperont pas de leurs responsabilités et maltraiteront
ceux qui sont serviteurs avec eux, disant dans leur cœur : « Mon maître tarde à venir ». Telle
est toujours la pensée qui prévaut dans le monde. Les hommes écoutent la prophétie, puis ils
disent : « La vision que celui-ci voit est pour des jours lointains, et il prophétise pour des
temps éloignés » (Ézéch. 12:27). Le vrai serviteur se tient prêt pour la venue de son maître et
s’occupe diligemment de Ses intérêts en l’attendant.

Les versets 50 et 51 montrent que le « méchant esclave » dont il s’agit ici n’est pas un homme
coupable d’un manquement grave et qui serait néanmoins sincère dans le fond, mais
quelqu’un de totalement faux. Son maître le jugera et lui donnera sa part avec les hypocrites,
car il en est un lui-même. Il est banni par le jugement dans la compagnie de ses pairs. Lorsque
l’hypocrite est démasqué et jugé, il y a pleurs et grincements de dents.

25                   Chapitre 25
Ce chapitre commence par la parabole des dix vierges. Ce monde présente une scène très
embrouillée à tous égards. À la venue du Seigneur, tout sera démêlé. Nous l’avons déjà vu au
chapitre 13 dans la parabole du froment et de l’ivraie, et dans celle du filet jeté dans la mer, et
de nouveau dans les versets que nous venons de considérer à la fin du chapitre 24. Et nous
retrouvons ce même grand fait dans cette nouvelle similitude du royaume des cieux. Le
Seigneur avait déjà mentionné l’Assemblée par anticipation, mais il ne dit pas ici : « Alors
l’Assemblée sera faite semblable... » mais « le royaume des cieux », une sphère plus vaste que
l’Assemblée, tout en l’incluant. Aussi les dix vierges ne représentent-elles pas l’Assemblée
d’une manière distincte, bien que celle-ci soit comprise.

Nous pouvons donc bien appliquer cette parabole aux saints de la période actuelle — nous
l’appliquer à nous-mêmes. Les vierges « sortirent » à la rencontre de l’Époux tout comme
nous-mêmes avons été appelés hors du monde pour attendre le Seigneur. Il y a eu une période
d’oubli et de sommeil dans l’histoire de l’Église. Un cri a été lancé, annonçant la venue de
l’Époux, un cri disant : « Sortez à sa rencontre » ; c’est-à-dire, revenez à votre position
première en tant que peuple élu. Pendant la période de sommeil, il n’y avait que peu ou pas de
différence visible entre les vierges sages et les folles, mais celle-ci apparaît aussitôt qu’elles se
sont réveillées et ont repris leur place primitive. Celles qui n’avaient pas d’huile ont été
manifestées. L’huile représente le Saint Esprit ; or, « si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ,
celui-là n’est pas de lui » (Rom. 8:9).
On s’est servi de cette parabole pour soutenir l’idée que seuls les croyants consacrés, très
vivants, rencontreront le Seigneur à sa venue, et que ceux dont le mérite est moindre seront
pénalisés. C’est une erreur, à notre avis. Dans tout ce passage, il s’agit de la manière dont la
venue du Seigneur fera une séparation complète entre ceux qui lui appartiennent
véritablement et ceux qui ne sont pas siens. Dans cette parabole, la séparation est établie entre
les sages et les folles dans la sphère de la profession ; seuls ceux qui sont véritablement de
Christ ont le sceau de l’Esprit. La porte fermée scelle le rejet définitif de ceux qui sont faux.
Les vierges folles ne représentent pas les apostats, c’est-à-dire ceux qui, une fois, ont connu le
Seigneur et ont été connus de Lui. Il n’est pas dit : « Je vous connaissais autrefois, mais
maintenant je vous désavoue » mais bien : « Je ne vous connais pas ». Le Seigneur connaît
ceux qui sont siens, mais ceux-ci étaient des étrangers pour lui.

Au verset 13, le Seigneur fait l’application de cette parabole à ses disciples et à nous-mêmes.
Nous ne connaissons pas le moment de la venue du Fils de l’homme et nous sommes appelés
à veiller. Ainsi une fois encore il veut que son enseignement prophétique exerce une influence
sur notre caractère et notre conduite. Il ne nous éclaire pas quant à ce qui doit arriver
simplement pour nourrir notre esprit et satisfaire nos désirs personnels. Aussi après nous avoir
exhortés à la vigilance, il montre dans le reste du chapitre l’effet que sa venue doit avoir sur
nous comme serviteurs, et aussi son effet sur le monde. La séparation qu’elle produira sera
complète.

La parabole des esclaves et des talents vient renforcer l’exhortation à la vigilance donnée au
verset 13 ; elle montre que la venue du Fils de l’homme sera le test pour tous ceux qui
prétendent être ses esclaves, et aboutira au rejet de tout ce qui n’est pas réel. La pensée que
pendant le temps de son absence le Seigneur a confié « ses biens » aux siens, est propre à
nous exercer. Ses intérêts ont été placés entre nos mains, et nous ne pouvons pas nous
soustraire à la portée de la parabole en disant : « Je n’ai pas de don particulier ; aussi cela ne
me concerne pas ».

Le maître remet ses biens à ses esclaves, « à chacun » d’entre eux ; il a le discernement pour
apprécier les aptitudes de chacun et il donne à chacun « selon sa propre capacité ». Il nous
faut donc distinguer entre les dons qui peuvent nous être octroyés et les capacités que nous
avons, sans jamais oublier que c’est le Seigneur qui ajuste la relation entre les deux. Nos
capacités couvrent nos facultés naturelles aussi bien que spirituelles, et si celles-ci ne sont pas
très grandes, cinq talents, ou même deux, seraient seulement un fardeau pour nous. Le
Seigneur, le sachant, ne nous en donnera alors qu’un. Nous pouvons établir la relation avec
les dons mentionnés en Romains 12:6-15, dont le caractère est tel qu’ils englobent tous les
enfants de Dieu. Que le don soit grand ou petit, l’important c’est de le faire fructifier.

L’esclave qui a reçu cinq talents et celui qui en a eu deux ont fait preuve de la même
diligence. Les deux sont parvenus à doubler ce qui leur a été confié ; et au retour de leur
maître, ils ont l’un et l’autre droit à son approbation et à sa récompense. Remarquons que,
dans cette parabole de nouveau, le contraste n’est pas entre la fidélité et la diligence plus ou
moins grandes dont les vrais esclaves peuvent faire preuve, mais entre des esclaves véritables,
bien que n’ayant pas la même mesure de capacité, et quelqu’un qui n’était pas un vrai esclave.
Celui qui a reçu un seul talent l’a caché dans la terre au lieu de s’en servir dans l’intérêt de
son maître ; et il a agi de la sorte parce qu’il ne connaissait pas vraiment son seigneur. Il
prétend qu’il le savait être un homme dur, exigeant davantage que ce qui lui était dû,
quelqu’un de redoutable. Son maître le prend sur le terrain de la connaissance qu’il prétend
avoir, et lui montre que son prétexte ne fait qu’aggraver sa culpabilité, car si son seigneur
avait été un homme dur, il aurait eu d’autant plus de raison de faire un bon usage du talent qui
lui avait été confié.

En réalité, le maître n’était pas du tout un homme dur ; la manière dont il traite les esclaves
bons et fidèles en témoigne. Le fait est que cet esclave ne connaissait pas véritablement son
seigneur, qu’il n’avait pas de lien réel avec lui. Il perd alors tout ce qui lui avait été confié, et
il est jeté dans les ténèbres de dehors, là où sont les pleurs et les grincements de dents, comme
l’esclave méchant décrit à la fin du chapitre précédent. Dans la parabole correspondante
rapportée en Luc 19, une distinction est établie entre les différents esclaves d’après le degré
de leur zèle et de leur fidélité, et ils sont récompensés en conséquence. L’esclave qui n’avait
reçu qu’une mine subit une perte, mais il n’est pas jeté dans les ténèbres. Il est remarquable
que dans les deux cas c’est l’homme à qui il a été confié le moins qui faillit. Sondons notre
propre cœur, et nous devrons reconnaître que, quand ce sont de petites choses qui sont à notre
portée, nous avons tendance à ne rien faire du tout. Le Seigneur ne manquera pas d’honorer
l’esclave qui accomplit avec zèle et fidélité les petites choses, bien que n’ayant que peu de
capacités.

Le dernier paragraphe de ce chapitre (v. 31 à 46) n’est pas présenté comme une parabole.
Celles-ci, qui ont commencé au verset 32 du chapitre 24, sont maintenant achevées, et le
verset 31 reprend le fil du récit prophétique du chapitre 24:31. Quand il viendra, le Fils de
l’homme ne rassemblera pas seulement ses élus, mais il fera comparaître les nations devant
lui, pour qu’il y ait, sur toute la terre, une séparation complète entre le bien et le mal. Toutes
les nations seront assemblées devant lui ; et cette scène aura lieu sur la terre. Lors de la
comparution finale, annoncée en Apocalypse 20, quand la terre et le ciel se seront enfuis, il
n’y aura plus de nations : ce sont « les morts, les grands et les petits », car dans la mort, toutes
les distinctions nationales disparaissent.

D’autres passages nous renseignent sur les jugements guerriers qui seront exécutés par Christ
personnellement, lorsque les puissantes armées des différents rois de la terre seront détruites à
Armagédon. Mais après ces jugements, il y aura encore des multitudes de civils ; ils devront
tous comparaître devant le Fils de l’homme, car lui seul a la sagesse infaillible pour discerner
et séparer. Il agira comme un berger qui sépare les brebis d’avec les chèvres ; et les résultats
de son jugement seront éternels, tout comme ils le seront lors du jugement du grand trône
blanc. Ici comme alors, les hommes seront jugés selon leurs œuvres.

Dieu connaît l’état véritable de chaque cœur, indépendamment des œuvres. Toutefois lorsqu’il
s’agit d’un jugement public, c’est toujours en relation avec les œuvres, car par elles cet état
est manifesté d’une manière claire et infaillible ; et ainsi tous les témoins doivent constater
que les jugements divins sont justes. Ces messagers que le Roi appelle « mes frères » étaient
ses représentants ; le traitement qui leur était réservé dépendait de la considération portée au
Fils de l’homme au nom de qui ils se présentaient. Ceux qui croyaient en Lui s’identifiaient à
ses messagers et les assistaient dans leur réjection et leurs afflictions ; ceux qui ne croyaient
pas en Lui ne leur prêtaient aucune attention. Ceux qui avaient la foi la manifestaient par leurs
œuvres. Ceux qui ne l’avaient pas le prouvaient par leurs œuvres également.

Remarquez que le Roi n’accuse pas ceux qu’il condamne d’avoir persécuté et emprisonné ses
serviteurs, mais seulement de les avoir ignorés, de ne leur avoir accordé aucune attention.
Cela rejoint la question si importante de Hébreux 2 : « Comment échapperons-nous, si nous
négligeons un si grand salut ? » En ce jour-là, on verra que si les hommes méconnaissent
Christ en méconnaissant ses serviteurs, ils se sont placés sous la condamnation éternelle.
Qui sont « ceux-ci... mes frères » ? Si nous prenons dans leur ensemble les déclarations
prophétiques dont nous avons ici la conclusion, la réponse est simple. Au début de son
discours le Seigneur s’adresse à ses disciples personnellement ; il leur annonce qu’ils seraient
haïs, maltraités et trahis, mais que la fin ne viendrait pas avant que « cet évangile du
royaume » ait été prêché en témoignage à toutes les nations, et que ceux qui persévéreraient
jusqu’à la fin seraient sauvés. Il s’exprime comme si les disciples auxquels il parlait devaient
être là à la fin, car il les considère comme les représentants du résidu à venir. Les « frères » de
la fin du discours sont les disciples des derniers jours ; et ceux-ci étaient représentés par les
disciples du début auxquels il s’adressait. Même si un peu plus tard ils allaient être baptisés de
l’Esprit en un seul corps (l’Assemblée) comme Actes 2 le rapporte, ils n’étaient à cette
époque qu’un résidu d’Israël, qui avaient discerné en Jésus le Messie, et s’étaient attachés à
Lui. Ils représentaient ce même résidu d’Israël qui, dans les derniers jours, aura les yeux
ouverts et reprendra le fil brisé de « cet évangile du royaume » — brisé lorsque Christ a été
rejeté sur la terre, repris et renoué juste avant son retour sur la terre pour régner.

Dans ce dernier paragraphe du chapitre 25, la fin est là. Le Fils de l’homme est roi ; les
disciples qui ont persévéré jusqu’à la fin, sont sauvés, les nations sont jugées ; la séparation
entre le bien et le mal est achevée ; le résultat du jugement est éternel. Le mot éternel revient
trois fois. Le châtiment des méchants et le feu dans lequel ils sont jetés sont éternels ; la vie
dans laquelle les justes sont introduits est éternelle. L’antithèse de la vie n’est pas la cessation
de l’existence, (comme ce serait le cas si vivre signifiait simplement exister en suite de
l’étincelle vitale demeurant en nous), c’est le châtiment, car la vie éternelle comprend toute
l’étendue des vérités bénies et éternelles qui seront la part des justes à toujours. L’aspect
souligné ici n’est pas celui de la vie qui est en eux ; ce sont eux qui entreront dans la vie. Le
discours prophétique du Seigneur se termine sur cette note heureuse.

26                   Chapitre 26
Avec ce chapitre, nous reprenons l’histoire des derniers jours de la vie du Seigneur sur la
terre. Les premiers versets nous font entrevoir ce qui se passait dans le palais du souverain
sacrificateur ; nous n’y trouvons que ruse et plans de meurtre. Les versets 6 à 13 nous
détournent de toute cette abominable méchanceté tramée dans les hautes sphères, pour fixer
notre attention sur un acte d’amour et de dévouement accompli dans l’humble demeure de
quelques fidèles du résidu pieux. Par Jean 12, nous savons que la femme était Marie de
Béthanie. Il est clair qu’elle a oint à la fois la tête du Seigneur et ses pieds ; mais Matthieu,
mettant l’accent sur son caractère royal, ne parle que de sa tête : c’est ce qui convenait pour
un roi ; Jean, soulignant sa divinité, nous dit que ses pieds furent oints, et pourtant même un
serviteur aussi grand que Jean le Baptiseur n’était pas digne de délier les courroies de Ses
sandales.

Les disciples ne comprennent rien du tout à cet acte de dévouement ; pour eux c’est une pure
perte. L’évangile selon Jean nous apprend que Judas Iscariote est l’instigateur de leur
réaction. Mais cela montre que, dans leurs pensées, l’argent passait avant les pauvres, et qu’ils
étaient ignorants et se leurraient quant à Sa mort prochaine. La femme ne se préoccupait ni
d’argent ni des pauvres. Elle ne voyait que Christ et il sut interpréter son geste. Très
probablement elle a agi plus par instinct que par intelligence ; mais elle avait conscience que
la mort menaçait l’objet de ses affections et de son adoration, et le Seigneur accepte ce qu’elle
a fait comme étant pour sa sépulture. Non seulement il approuve son acte de dévouement,
mais il déclare qu’il en sera parlé en mémoire d’elle en quelque lieu où l’évangile sera prêché
dans le monde entier. Et il en a été ainsi.

Le dévouement de la femme est en contraste absolu avec la haine des chefs religieux,
rapportée dans le paragraphe précédent, et avec la trahison de Judas, dans les versets qui
suivent. La violence atteint son point culminant chez les chefs — ils seraient prêts à le faire
mourir sur le champ, sans scrupules. La corruption est à son comble chez Judas qui, après
avoir marché trois ans avec Jésus, veut réaliser par sa trahison le misérable gain de trente
pièces d’argent. En Israël, selon Exode 21:32, un esclave était estimé à trente sicles d’argent.

En outre, si le deuxième paragraphe de notre chapitre (v. 6 à 13) présente l’attachement d’une
femme pour son Seigneur, le quatrième (v. 17 et suivants) montre la sollicitude du Seigneur
envers ses disciples et son désir qu’ils se souviennent de lui pendant la période, toute proche
alors, de son absence.

Ils mangent la pâque dans le lieu choisi par le Seigneur ; au cours du repas, Jésus désigne le
traître et le prévient de son jugement. Les Saintes Écritures avaient prédit que le Fils de
l’homme serait livré à la mort par trahison, mais cela n’ôte rien à la gravité de l’acte du traître.
Que Dieu soit omniscient et puisse prédire les actes des hommes ne décharge pas ceux-ci de
leur responsabilité. Par sa conduite, Judas découvrait son vrai « moi ». Jésus, lui, allait se
révéler pleinement par sa mort.

À la fin du souper pascal, Jésus institue son repas, comme mémorial de son corps donné et de
son sang versé pour nous en rémission de péchés. Rien dans la teneur des versets 26 à 29 ne
définit clairement que cette institution doive être observée jusqu’à son retour ; c’est 1
Corinthiens 11 qui nous enseigne à cet égard. Mais le verset 29 permet de le déduire, car la
coupe parle de bénédiction et de joie, et le Seigneur en boira d’une manière nouvelle dans son
royaume ; en attendant, la coupe est pour nous, non pas pour lui. Aujourd’hui notre Seigneur
est caractérisé par la patience ; au jour du royaume, il entrera dans la bénédiction et dans la
joie d’une manière tout à fait nouvelle. Dans l’intervalle, nous avons le mémorial de sa mort,
car son corps et son sang ne nous y sont pas présentés ensemble comme s’il était un homme
vivant sur la terre, mais séparément : ce pain (son corps) et cette coupe (son sang répandu)
symbolisant ainsi Sa mort.

Alors qu’ils s’en vont à la montagne des Oliviers, Jésus leur annonce que sa mort
provoquerait leur dispersion, selon ce que les Écritures avaient dit, mais il dirige leurs pensées
sur sa résurrection et fixe un lieu de rendez-vous en Galilée, où il les retrouverait. Mais Pierre,
très sûr de lui, résiste à l’avertissement pour sa propre perte ; et de la sorte, le fait et la portée
de la résurrection lui échappent aussi. Ce trait caractérise tous les disciples, mais pas au même
degré.

Très vite ils vont être mis à l’épreuve, à Gethsémané. Là, en esprit, Jésus connaît l’angoisse
de la mort qui est devant lui, mais dans la pleine communion avec son Père. Sa perfection
même le fait reculer devant tout ce que signifient la souffrance et la mort comme jugement de
Dieu, mais il accepte cette coupe de la main du Père. En outre, la perfection de son humanité
veut qu’il recherche la sympathie de ses disciples, mais la parole prophétique s’accomplit :
« J’ai attendu que quelqu’un eût compassion de moi, mais il n’y a eu personne,... et des
consolateurs, mais je n’en ai pas trouvé » (Ps. 69:20). Pierre et les autres, tellement sûrs de ne
jamais le renier, ne peuvent veiller une heure avec lui. La chair en eux est trop faible, mais ils
ne le savent pas encore. Ils ne savent pas non plus que la trahison de Judas va aboutir, et que
le dénouement est imminent.

Et pourtant, l’heure est venue ; et le reste du chapitre révèle le contraste surprenant entre le
Christ de Dieu et tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont en contact avec lui. Ils
manifestent chacun les traits particuliers de laideur qui leur sont propres ; il est lui, par son
calme, la figure centrale de ce tableau.

Judas, le traître, s’avance le premier. L’hypocrisie masquant sa trahison est telle que dix-neuf
siècles plus tard « le baiser du traître » demeure une expression proverbiale de dégoût. Pour
reprendre le langage du Psaume 41:9, « mon intime ami aussi, en qui je me confiais, qui
mangeait mon pain, a levé le talon contre moi ». Aussi Jésus, s’adressant à lui, l’appelle-t-il
« ami », mais il lui pose la question pénétrante : « Pourquoi es-tu venu ? » — Il était venu
pour trahir son maître et empocher trente misérables pièces d’argent.

L’hypocrisie écœurante du faux disciple est suivie par le zèle charnel d’un vrai disciple ;
l’évangile selon Jean nous apprend qu’il s’agit de Pierre. L’homme sûr de lui dort quand il
aurait dû veiller, et frappe lorsqu’il aurait dû rester tranquille : si son geste n’avait pas été
désavoué, il aurait discrédité son maître. Le moment vient où « les saints » se réjouiront « de
la gloire » ; alors « les louanges de Dieu » seront « dans leur bouche, et une épée à deux
tranchants dans leur main » (Ps. 149:5-7) ; mais ce sera à la seconde venue du Seigneur et non
pas à la première. L’action de Pierre était tout à fait déplacée et aurait pu lui valoir un coup
d’épée en retour. Elle ne s’accordait pas non plus, en aucune manière, avec l’attitude de son
maître qui avait à sa disposition une puissance à laquelle rien ne pouvait résister, mais qui
consentait à être amené comme un agneau à la boucherie, ainsi que les Écritures l’avaient
annoncé.

Pour détruire de dessous le ciel les villes de la plaine, Dieu n’a envoyé que deux anges. Que
se serait-il passé si douze légions avaient été lâchées sur ce monde rebelle ? Le Seigneur n’a
pas prononcé la prière qui les lui aurait fournies, et le coup porté par Pierre autant pour lui-
même que pour son maître, était simplement ridicule. Si nous pouvons nous réjouir de souffrir
comme chrétiens, nous sommes spirituellement vainqueurs ; si nous prenons l’épée, nous
perdons la bataille spirituelle, et finalement nous périrons par l’épée. Une des principales
causes de la triste stagnation et de la dégradation de la Réformation d’il y a quatre siècles est
que ses promoteurs ont recouru à l’épée pour sa défense, et qu’ainsi ils en ont fait un
mouvement national et politique, et plus seulement spirituel.

Nous voyons ensuite le Seigneur s’adresser calmement à la foule grossière, sortie sous la
conduite de Judas pour l’arrêter. Il leur montre l’inconvenance et même la folie de leur
manière d’agir. Face à cette troupe nombreuse, le courage des disciples fond ; ils abandonnent
tous leur maître et s’enfuient. Voilà comment se conduisent même les meilleurs d’entre les
hommes !

La foule le livre aux chefs d’Israël ; ces hommes qui prétendaient représenter Dieu, avaient
rejeté toute prétention de rechercher la justice. Il n’est pas dit qu’ils ont été induits en erreur
par un faux témoignage, ni qu’ils ont été tentés à le recevoir parce qu’il leur était imposé.
Non, mais ils « cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, de manière à le faire
mourir ». Ils en CHERCHAIENT un. Y a-t-il jamais eu sur cette terre un procès autre que
celui-ci, où les juges ont dû commencer par chercher des menteurs pour pouvoir condamner
l’accusé ? C’est ce qui s’est passé là ; et Jésus garde le silence. Le jugement n’ayant plus rien
à faire avec la justice, il comparaît devant eux avec une dignité divine ; Il ne parle que pour
confirmer qu’il est le Christ, le Fils de Dieu, et proclamer sa gloire à venir comme Fils de
l’homme.

C’est sur cette base qu’ils le condamnent ; mais le souverain sacrificateur enfreint la loi en
déchirant ses vêtements au moment où il prononce son jugement, et par là, il se condamne lui-
même. À ce signal, les insultes se mettent à pleuvoir sur notre Sauveur et Seigneur. Le calme
et l’éclat de Sa présence nous font mesurer la sinistre dégradation dans laquelle ils étaient
enfoncés.

À la fin de ce chapitre, Pierre moissonne ce qu’il a semé par sa confiance en soi. Au verset 58,
nous lisons qu’il suivait de loin, et maintenant, nous le trouvons avec les ennemis de son
Seigneur, incapable de résister. Sa faiblesse se manifeste dans ce qui paraissait être son point
fort, car impétuosité et courage sont deux choses différentes. L’énergie charnelle l’a poussé
dans une position où il n’aurait jamais dû être, et il est tombé. Ne lui jetons pas la pierre.
Prions plutôt qu’il nous soit accordé, si nous devions nous trouver dans une situation analogue
à la sienne, une repentance semblable à celle qui est rapportée dans le dernier verset — une
repentance qui a commencé immédiatement après la chute.

27                   Chapitre 27
Dans le récit qu’il nous fait des scènes finales de la vie du Seigneur, Matthieu met l’accent sur
l’immense culpabilité des chefs d’Israël. Cela apparaît d’une manière frappante tout au long
de l’évangile, et nous l’avons vu en particulier au chapitre 23. Les premiers versets de notre
chapitre nous montrent que même si la condamnation officielle du Seigneur devait être
prononcée par Pilate, sa mort est due à leur hostilité à eux.

La fin misérable de Judas nous est rapportée dans le paragraphe suivant, sorte de parenthèse
venant interrompre la suite du récit. Il s’attendait, semble-t-il, à ce que le Seigneur échappe à
ses adversaires et s’en aille comme il l’avait fait précédemment. Maintenant, voyant qu’il était
condamné et qu’il se soumettait à eux, le remords et l’horreur de ce qu’il a fait se saisissent de
lui. Mais dans son cas, ce n’était pas une véritable « repentance à salut dont on n’a pas de
regret », car une telle repentance est étroitement liée à la foi. Or il n’avait pas la foi ; s’il
l’avait eue, il se serait tourné vers son maître, comme Pierre qui avait, lui aussi, gravement
manqué. Judas a eu les yeux ouverts sur son péché ; mais il s’est ôté la vie, commettant un
suicide. Celui même qui a livré le Seigneur à ses ennemis doit confesser Son innocence. Dieu
l’a voulu ainsi ; et c’est très frappant.

Le nom même de Judas est passé en proverbe, incarnant la traîtrise. Mais Anne et Caïphe sont
des hommes plus méchants encore. Nous le voyons au verset 4. Judas a livré le sang innocent
et eux l’ont condamné. Il a eu au moins quelque sentiment de remords pour ce qu’il avait fait
— suffisamment pour l’amener à se donner la mort. Eux étaient complètement insensibles.
Qu’était pour eux le sang innocent ? Ils n’avaient aucun remords à le verser ; ils n’avaient pas
non plus la crainte du Dieu qui ne passe pas sur le mal. Ils étaient prêts à tuer l’innocent,
disant dans leur cœur : « Tu ne t’enquerras pas » (Ps. 10:8, 13). S’ils avaient eu la moindre
crainte de Dieu, jamais ils n’auraient dit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! »
comme nous le lisons dans ce chapitre.
Judas n’a jamais profité de ses trente pièces d’argent. Séduit, puis finalement possédé par le
diable, il a tout abandonné pour ne rien recevoir. C’est ce qui se produit toujours lorsque des
hommes petits et stupides cherchent à conclure un marché avec le géant qu’est l’esprit du mal.
À présent l’argent est de nouveau entre les mains des sacrificateurs et il leur donne l’occasion
de couronner tous leurs autres péchés par la pire hypocrisie. Leur souci d’accomplir
scrupuleusement la loi les empêche de mettre ces pièces dans le trésor sacré, puisque c’est le
prix du sang. Mais qui en a fait le prix du sang ? Eux-mêmes ! Aussi accomplissent-ils les
Écritures en achetant le champ du potier. Leur acte devient public, et le champ acquiert ainsi
son nom de « Champ de sang ». L’ironie du jugement gouvernemental de Dieu transparaît
dans cette désignation, car dès ce moment-là, ce lieu a été un champ de sang et une place de
sépulture pour les étrangers ; il le sera dans un sens plus large encore, et cela jusqu’au jour où
le Rédempteur viendra à Sion.

Les autorités religieuses ont maintenant livré Jésus au gouverneur civil ; dans les versets 11 à
26, nous trouvons ce qui se passe devant ce dernier. Lorsque Pilate l’interroge devant la
multitude, Jésus ne prononce que trois mots : « Tu le dis », l’équivalent de notre « oui ». Il
confesse qu’il est véritablement le Roi des Juifs ; or c’est là le principal motif d’accusation
dressé contre lui devant la puissance romaine. Les trois évangiles synoptiques concordent sur
ce point. Jean rapporte d’autres questions posées par Pilate et auxquelles Jésus répond dans
l’intimité relative du prétoire ; et trois fois il mentionne que Pilate sortit vers la foule.
Lorsqu’il est interrogé en public, Jésus ne répond rien, car il n’y avait en réalité rien à
répondre ; Pilate ne devait pas tarder à s’en apercevoir, et il s’en étonne fort. Il connaissait
parfaitement les coutumes subtiles des Juifs, et son esprit légal exercé a vite fait de discerner
l’envie qui est à l’origine du procès. D’un autre côté, il craint le peuple et veut être bien avec
lui.

Ainsi Pilate a l’esprit singulièrement troublé. Pour condamner Jésus, il doit violer son sens de
la justice et passer outre au songe et à l’intuition de sa femme. L’échec du subterfuge par
lequel il espérait se sortir de ce dilemme l’agite d’une manière évidente. La foule accusatrice
est excitée par la ruse des sacrificateurs et des anciens. Le prisonnier est la seule figure sereine
au milieu de cette terrible scène. Nous voyons Pilate abdiquer pratiquement sa fonction de
juge pour ce cas, et rejeter la responsabilité sur le peuple. Il n’est naturellement pas réellement
déchargé pour autant, mais cela a pour conséquence que le peuple prend sur lui la pleine
responsabilité du sang de son Messie. Le verset 25 nous donne l’explication des souffrances
qui ont frappé le peuple et qui poursuivent ses enfants jusqu’à ce jour. Ils auront encore à
traverser la grande tribulation avant que le compte soit réglé selon le gouvernement de Dieu.

Barabbas est relâché et Jésus est condamné à être crucifié ; puis (v. 27-37) nous voyons Jésus
livré entre les mains des soldats romains. Là ce sont les moqueries vulgaires, la brutalité et
enfin la crucifixion elle-même. Pour que son humiliation soit complète, ils le mettent au rang
des iniques en le plaçant entre deux brigands. Il n’y a pas trace de justice, de pitié, ni même de
compassion élémentaire, que ce soit de la part des autorités religieuses, civiles, ou militaires.
En le condamnant, les Juifs comme les Gentils se condamnaient eux-mêmes.

Les versets 39 à 44 nous montrent toutes les classes s’unissant pour insulter Jésus alors qu’il
est cloué sur la croix. Lorsque des criminels particulièrement méchants sont condamnés à
mort, ils sont en butte à des paroles sévères, mais même aux êtres les plus mauvais et les plus
dépravés, les moqueries sont épargnées dans l’agonie de la mort. Et pourtant c’est ce qu’a dû
subir, lorsqu’il était sur la croix, Celui qui incarnait toute la perfection, tant divine
qu’humaine. Il n’y avait pas de différence, sauf dans les expressions employées. « Ceux qui
passaient par là » étaient les gens ordinaires, ceux qui vaquaient à leurs affaires. « Les
principaux sacrificateurs avec les scribes et les anciens » faisaient partie des classes
supérieures. Mais « les brigands aussi... l’insultaient de la même manière ». Ils représentaient
les plus vils, les criminels ; mais ils ne faisaient que suivre les autres, dans leur langage
grossier et vulgaire. Il était le Fils de Dieu et le Roi d’Israël. Il aurait pu déployer sa puissance
alors aussi facilement qu’il le fera en jugement dans très peu de temps. Mais en restant là où
les mains d’hommes iniques l’avaient placé, et en portant lui-même le jugement du péché, il
manifestait l’amour divin.

Matthieu n’en donne pas ici un exposé doctrinal, mais il passe au récit des trois heures
solennelles de ténèbres, à la fin desquelles la sainte Victime, d’une forte voix, a donné
expression au cri rapporté par l’Esprit prophétique dans le premier verset du Psaume 22,
quelque mille ans auparavant. Au troisième verset de ce psaume, nous avons une réponse à ce
cri : « Et toi, tu es saint, toi qui habites au milieu des louanges d’Israël ». Un Dieu saint ne
peut demeurer au milieu des louanges d’hommes pécheurs que si l’expiation a été faite, le
jugement du péché ayant été porté. Étant fait péché pour nous, celui qui n’a pas connu le
péché devait inévitablement connaître l’abandon. Ceux qui se tenaient là n’en savaient rien ;
ils semblent même avoir été incapables de distinguer entre Dieu et Élie.

Puis, selon le verset 50, il y eut encore un cri puissant, et Jésus rendit l’esprit. Les paroles
exactes exprimées dans ce dernier cri nous sont rapportées en partie dans l’évangile selon
Jean et en partie dans l’évangile selon Luc. Jésus cria « d’une forte voix », témoignage que
ses forces n’étaient pas altérées, et qu’il rendait ainsi lui-même, délibérément, son esprit. Sa
mort était surnaturelle, et elle fut suivie immédiatement de signes surnaturels qui en
indiquaient la signification et la puissance.

Le premier de ces actes de Dieu concerne le voile du temple, type de l’humanité du Seigneur
(voir Héb. 10). Sous la loi, « le chemin des lieux saints » n’était « pas encore manifesté »
(Héb. 9:8) ; maintenant il l’est, car par la mort de Christ, nous pouvons nous approcher de
Dieu. Le deuxième acte est en rapport avec la création matérielle : la terre trembla, les rochers
se fendirent et les sépulcres s’ouvrirent. Le troisième, avec les corps des saints endormis :
après Sa résurrection, ils ressuscitèrent et apparurent à plusieurs à Jérusalem. Ainsi, un triple
témoignage était rendu de la manière la plus frappante. Le premier, en relation avec la
présence de Dieu, mais sous le type du voile, que seuls les sacrificateurs pouvaient voir. Le
deuxième, dans le domaine de la nature, doit avoir été perçu par tout le monde. Le troisième
était sans doute réservé aux yeux des vrais saints. En plus de ces signes, le soleil avait été
obscurci précédemment. D’innombrables témoignages étaient rendus à cette heure
extraordinaire, et pourtant personne ne semble en avoir été impressionné, excepté le centurion
de garde et ceux qui veillaient avec lui. Le travail opéré dans son cœur l’amène à la
conviction que « certainement celui-ci était Fils de Dieu », la chose même que son peuple
reniait, et renie encore.

Comme souvent, lorsque le courage et le dévouement des hommes flanchent, les femmes
prennent la relève. Les disciples ont disparu, mais plusieurs femmes regardent la scène, même
si c’est de loin. Pourtant un homme, quelqu’un de tout à fait inattendu, s’avance et a le
courage de s’identifier avec le Christ mort, demandant son corps à Pilate. C’était un disciple
de Jésus, mais en secret jusqu’alors, comme nous le dit l’évangile selon Jean. Il était l’homme
riche, propriétaire du sépulcre neuf, qui a agi de manière à ce qu’Ésaïe 53:9 soit accompli.
C’est la seule chose que nous sachions de ce Joseph d’Arimathée.
Dieu ne manque jamais d’un serviteur selon sa volonté pour accomplir sa parole. Joseph est
né dans ce monde pour accomplir cette unique et brève déclaration prophétique, et ainsi, bien
que les hommes aient donné à Jésus son sépulcre avec les méchants, il a été avec le riche dans
sa mort.

Les femmes qui ont assisté à sa mort et à son ensevelissement étaient dévouées, mais
manquaient d’intelligence. Ce sont ses ennemis acharnés qui se souviennent l’avoir entendu
dire qu’il ressusciterait d’entre les morts. La mémoire et l’esprit ravivés par la haine, ils
envoient une délégation à Pilate pour demander que des précautions particulières soient
prises. Ils renient ce qu’il a accompli dans sa vie, le taxant de premier égarement. Ils craignent
que sa résurrection puisse être constatée, conscients que cela aurait des effets beaucoup plus
puissants. Pour eux, ce serait un dernier égarement, qui serait pire que le premier. Ce serait
inévitablement la justification de leur victime et leur propre condamnation ; ils le savaient
parfaitement.

Que ce soit à l’égard de Joseph ou de ces hommes, Pilate est consentant. Il leur accorde ce
qu’ils demandent : une garde de soldats est placée, mais il semble y avoir une note ironique
dans ses paroles : « Rendez-le sûr comme vous l’entendez ». Ils ont fait tout ce qui était en
leur pouvoir, et ils n’ont réussi qu’à établir au-delà de tout doute raisonnable le fait de la
résurrection de Jésus, une fois que celle-ci a été accomplie, et leurs savantes mesures
s’effondrent. Dieu a changé leur sagesse en folie. Il a permis que leur plan serve son propre
dessein et détruise le leur.

28                   Chapitre 28
Le verset 1 nous rapporte que les deux Marie, qui ont assisté à son ensevelissement, se sont
rendues au sépulcre tout de suite après la fin du jour du sabbat. Elles sont venues « au
crépuscule du premier jour de la semaine ». Selon la manière juive de compter, la journée
s’achevait au coucher du soleil, et le dévouement de ces femmes était tel qu’elles vinrent au
sépulcre à peine le sabbat passé. Il est difficile de coordonner les détails fournis par les quatre
évangélistes pour en faire un récit suivi ; mais il semble bien que les deux Marie soient venues
seules pour cette visite spéciale, et qu’elles soient retournées ensuite avec Salomé et peut-être
d’autres, apportant des aromates pour l’embaumer. Marc et Luc nous le précisent, et il
semblerait que le verset 5 de notre chapitre se situe lors de cette seconde occasion, de sorte
que ce dont il nous est parlé dans les versets 2 à 4 a eu lieu entre les deux visites. Quoi qu’il
en soit, il est clair qu’à l’aube du premier jour de la semaine Christ était ressuscité.

Un tremblement de terre a signalé sa mort, et un second tremblement de terre, grand mais très
localisé apparemment (car il est lié à la descente du ciel d’un ange du Seigneur), proclame sa
résurrection. Les autorités terrestres avaient scellé son sépulcre ; une autorité infiniment plus
grande rompt le sceau et roule la pierre. Lorsqu’ils le virent, les gardes se mettent à trembler
et deviennent comme morts. Le sépulcre scellé était le défi d’hommes audacieux. Dieu le
relève, brise leur puissance et réduit à néant leurs représentants. Le Seigneur Jésus a été
ressuscité par la puissance de Dieu, et le tombeau a été ouvert pour que les hommes puissent
constater sans qu’aucun doute subsiste que le Seigneur n’était pas ici. L’ange ne se contente
pas de rouler la pierre ; il s’assied dessus, la scellant pour ainsi dire de sa présence dans sa
position nouvelle, afin que personne ne la déplace avant qu’un grand nombre de témoins aient
vu le sépulcre vide.

Matthieu nous parle d’un ange assis sur la pierre ; Marc, d’un ange assis du côté droit, mais à
l’intérieur du sépulcre. Luc et Jean mentionnent chacun deux anges. Cependant tous nous
montrent que si les femmes furent effrayées par la présence des anges, elles ne furent pas
terrassées comme les soldats. Elles cherchaient Jésus le crucifié ; aussi la parole qui leur est
adressée est-elle : « N’ayez point de peur ». Sa résurrection avait été annoncée ; et elles sont
invitées à voir le lieu où son corps avait été mis et où, selon le récit de Jean, les linges étaient
à terre en ordre ; mais le corps n’était plus là. Il suffisait de voir le lieu où il avait été déposé
pour être convaincu que le corps n’avait été ni soustrait ni volé. Un acte surnaturel s’était
produit ; et elles étaient envoyées comme messagères aux disciples, pour leur dire d’aller en
Galilée où ils Le rencontreraient.

Bien que partagées entre des sentiments de crainte et de joie, les femmes reçoivent la parole
de l’ange avec foi et sortent pour obéir. L’obéissance de la foi est récompensée : le Seigneur
ressuscité lui-même leur apparaît ; elles se jettent a ses pieds et adorent ; puis elles s’en vont,
comme les messagères du Seigneur et non plus seulement de l’ange. Lors du dernier souper,
le Seigneur avait nommé la Galilée comme point de rencontre, et il le leur confirme.

Les versets 11 à 15, qui forment une parenthèse, nous offrent un contraste frappant. Nous
passons de la scène glorieuse de la résurrection, avec la joie, la foi, l’adoration et le
témoignage, aux ténèbres épaisses de l’incrédulité, avec la haine, la conspiration, le pot-de-
vin et la corruption, pour en arriver à un mensonge flagrant. Si les gardes dormaient, comment
pouvaient-ils savoir ce qui s’était passé ? L’argent et l’amour de l’argent sont à la base de ce
complot. Les soldats avaient été achetés et nous pouvons bien penser que c’est ainsi qu’on
avait l’intention de persuader le gouverneur aussi. Tout est mis en œuvre pour empêcher que
la vérité de la résurrection du Seigneur vienne au jour ! Ils réalisaient que cela ruinerait leur
cause tout en établissant la sienne, et le diable qui les poussait, le savait encore bien mieux
qu’eux. Ils n’ont donné que trente pièces d’argent à Judas pour s’assurer Sa mort, mais ils
remettent une bonne somme d’argent aux soldats pour étouffer le fait de sa résurrection.

L’évangile se termine par la rencontre des disciples avec leur Seigneur ressuscité en Galilée,
et par la mission dont il les charge. Il n’est pas du tout parlé des nombreuses apparitions à
Jérusalem, ni de l’ascension depuis Béthanie. Tout en mentionnant l’établissement de
l’Assemblée, cet évangile, dans son ensemble, nous a dépeint le passage du royaume présenté
dans sa relation avec le Messie sur la terre (tel que les prophètes l’avaient annoncé), au
royaume des cieux dans sa forme actuelle : c’est-à-dire une forme mystérieuse, pendant que le
Roi est caché dans les cieux. C’est à Jérusalem qu’ils devaient recevoir l’Esprit et être
baptisés en un corps, l’Assemblée, dans les quelques jours qui suivraient. La Galilée était le
district où se trouvait la plus grande partie du résidu pieux d’Israël, ceux qui, en recevant
Christ, sont entrés dans le royaume, alors que le peuple dans son ensemble est resté dehors.

Ainsi le Seigneur ressuscité renoue des liens avec ce résidu, dont les onze disciples étaient les
membres principaux ; et s’il n’est pas parlé de son élévation dans le ciel, c’est pourtant
comme parlant du ciel qu’il leur confie un mandat, car toute autorité lui a été donnée, aussi
bien dans le ciel que sur la terre. Ce n’était pas encore le moment de révéler pleinement la
mission chrétienne, qui consiste à tirer d’entre les nations un peuple pour son nom ; les termes
sont plus généraux ici. Ils devaient aller, faire des disciples et les baptiser : c’est un mandat
que le résidu pieux d’Israël pourra reprendre après l’enlèvement de l’Église. Comme Israël a
été baptisé pour Moïse, son conducteur, le disciple est baptisé pour le Christ ressuscité, venant
ainsi se placer sous son autorité ; et le baptême doit être au nom de Dieu tel qu’il a été
pleinement révélé. Ce n’est pas le pluriel, mais le singulier — non pas aux noms mais au nom
— car même si elle est révélée en trois personnes, la Déité est une.

L’évangile se termine par cette promesse : « Voici, moi je suis avec vous tous les jours,
jusqu’à la consommation du siècle » ; ainsi, dans cette fin, « tout » ne revient pas moins de
quatre fois. Notre Seigneur exalté détient toute autorité dans les deux sphères, de sorte que
rien ne lui échappe. Si ses serviteurs sont frappés par l’adversité, c’est qu’il l’a permis. Leur
service doit s’étendre à toutes les nations, et non pas se limiter à Israël comme jusqu’à
présent. Ceux d’entre les nations qui ont été baptisés doivent être enseignés à garder toutes les
choses que le Seigneur a commandées, car les serviteurs doivent d’abord être eux-mêmes
caractérisés par l’obéissance, pour amener ceux qu’ils gagnent à l’obéissance. Enfin, ils
peuvent compter sur le support et la présence spirituelle de leur Maître tous les jours jusqu’à
la fin.

Telle est la mission sur laquelle l’évangile s’achève. En considérant les Actes, puis les épîtres,
nous trouvons des développements qui nous enseignent quelle est la véritable mission
évangélique pour nos jours ; mais nous ne perdons pas pour autant la lumière et le bénéfice de
ce que le Seigneur dit ici. Nous continuons à aller vers toutes les nations, baptisant pour le
Nom. Nous sommes toujours appelés à enseigner toute la parole du Seigneur. Il continue
d’avoir toute autorité. Et, quoi qu’il arrive, il sera avec nous tous les jours « jusqu’à la
consommation du siècle ».

 
 Matt. 24 : les temps de la fin   [HR; 72
Ko]
1 L’iniquité augmente, mais c’est encore
                   

le temps de la grâce
Les événements qui se déroulent depuis une longue année ont prouvé, à ne pas s’y méprendre,
ce que l’on peut attendre du coeur naturel des hommes. Le péché sous toutes ses formes : la
violence et le mensonge, l’orgueil et l’ambition, l’injustice, la dureté de coeur, la cruauté, la
jalousie et la haine implacable, la ruse et l’espionnage abject, l’égoïsme féroce, la calomnie,
se donnent partout libre jeu.

Des hommes, doués par nature de conscience et de noblesse relative, mais qui n’appartiennent
pas à la famille de Dieu sont indignés de tout ce mal et, devant ce débordement des passions,
n’ayant jamais appris à se juger eux-mêmes, en arrivent au mépris hautain de l’humanité.
D’autres, sur lesquels le christianisme a exercé une influence bienfaisante, sans toutefois les
avoir amenés à la repentance, font des efforts considérables et qu’on aurait tort de
méconnaître, pour remédier à toutes les misères matérielles et morales, à tous les fruits du
péché, portés par cette guerre sans merci. D’autres enfin, ayant compris, sous l’action du Saint
Esprit et de la Parole dans leurs coeurs, que l’homme est perdu, et ayant trouvé à la croix de
Christ le remède à leur propre état de péché, se sentent poussés à présenter aux âmes le salut,
source même de leur bonheur, tout en désirant être les premiers dans les bonnes oeuvres
envers toutes les victimes infortunées de cette terrible guerre.

Tous ceux dont nous venons de parler sentent unanimement que cet état de choses ne peut
durer longtemps, mais, ignorant que l’état du monde est sans ressource, plusieurs pensent que
la victoire de leur parti amènera une ère de paix, de justice, de sécurité, qui leur permettra de
jouir d’un repos durable, si chèrement acheté ; tandis que les chrétiens, instruits par les
Écritures, ne partagent pas leurs illusions sur l’avenir du monde. Ils savent qu’une période de
jugements se prépare, consistant en désastres beaucoup plus terribles que la calamité
présente ; ils savent qu’avant la destruction finale de la terre, mais après une période de
malheurs où elle sera battue comme un tapis qu’on secoue pour en chasser les ordures, un
«royaume inébranlable», un règne de justice et de paix, sera établi sous le sceptre glorieux du
Seigneur (Hébr. 12:26-28).

Cependant le courant actuel de l’iniquité déborde avec une telle force que, parmi les chrétiens
véritables, plusieurs se demandent si nous ne traversons pas les temps de la fin, si nous ne
sommes pas arrivés à ce «commencement de douleurs» (Matth. 24:8) qui précède le «jour du
Seigneur» (2 Thess. 2:2), nommé dans l’Ancien Testament «le jour de l’Éternel». Or, quelque
calamiteux que soit le temps présent, nous pouvons affirmer, par la Parole, que cette pensée
est erronée. C’est la venue du Seigneur pour enlever ses saints, qui sépare le temps actuel, le
jour de la grâce, du jour des jugements. Cette, venue, les fidèles doivent l’attendre à toute
heure du jour ou de la nuit, car «ils ne savent pas quand le Maître de la maison viendra, le
soir, ou à minuit, ou au chant du coq, ou au matin» (Marc 13:35). Or, il est impossible de s’y
méprendre, nous sommes encore au jour de la grâce. S’il en était autrement, Dieu n’ajouterait
pas chaque jour, par la conversion, de nouvelles âmes au nombre des élus pour le compléter,
car le Seigneur viendra dès que le dernier croyant de l’économie actuelle aura été ajouté à son
peuple céleste ; — s’il en était autrement, l’Église de Christ ne serait plus ici-bas.

2 Des jugements actuels pour réveiller la


                   

conscience des hommes


Quand nous parlons du «jour des jugements» nous n’ignorons pas que, pendant la période de
la grâce, divers jugements de Dieu sont venus rappeler aux hommes, en les poussant, à la
repentance, que Dieu est juste et ne peut supporter le mal. S’ils ont oublié la justice (et leurs
actes, opposés à l’affirmation qu’ils combattent pour la justice, le prouvent suffisamment), ne
trouvent-ils pas dans les événements présents une occasion de s’en souvenir ? «Lorsque tes
jugements sont sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice» (Ésaïe 26:9). La
grande patience de Dieu peut supporter longtemps l’iniquité ; il en fut ainsi dans le cas de
Saül (2 Sam. 21) ; il en est ainsi dans tous les âges : les hommes oublient leurs actes injustes,
mais Dieu s’en souvient. Tout à coup, après des années peut-être, un jugement inattendu,
fondant sur tel ou tel peuple, vient prouver que Lui n’a rien oublié. Toute injustice des
hommes recevra une juste rétribution devant le grand trône du jugement final, mais il convient
souvent à Dieu de faire connaître aux jours actuels, dans le gouvernement du monde, et avant
le jugement des morts, sa justice et son horreur du péché, pour réveiller à salut la conscience
des hommes. Sa conduite passée envers les nations sans loi, envers le peuple d’Israël sous la
loi, en est la preuve ; et, à bien plus forte raison, ses jugements présents, dans le jour de la
grâce, ont-ils pour but le salut des hommes.

Aujourd’hui, c’est donc en vue du salut, que le Seigneur, tantôt, juge le mal, tantôt aussi le
supporte avec patience : «La patience de notre Seigneur est salut» (2 Pierre 3:15). Il engage
l’Assemblée de ses rachetés à faire comme Lui. «Parce que tu as gardé la parole de ma
patience», dit-il, «je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout
entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la terre. Je viens bientôt» (Apoc. 3:11).

3                     L’«heure de l’épreuve» (future)


La Parole que nous venons de citer est digne de la plus sérieuse attention. Les croyants qui
forment l’Église de Christ, ses témoins dans le jour de la grâce, ne sont pas dans l’heure de
l’épreuve, puisqu’ils en seront gardés. La venue du Seigneur aura lieu avant cette heure pour
les en garder dans le ciel. Remarquez que l’Assemblée sera gardée, non seulement de la
scène, mais de l’heure de l’épreuve. Il n’en sera pas ainsi du Résidu futur d’Israël qui fuira
«dans le désert, en son lieu, loin de la face du serpent» (Apoc. 12:14). Il trouvera un lieu de
refuge, préparé pour lui, au milieu de la scène même du jugement. Tout, en étant gardé, il ne
le sera ni de la scène, ni de l’heure ; mais l’Assemblée sera absolument conservée, dans les
lieux célestes, hors de la scène où l’épreuve s’abattra, hors du temps où elle sévira, car ce
n’est pas au ciel que les heures se comptent.
Ce passage nous enseigne encore une autre vérité : «L’épreuve qui va venir sur la terre
habitée tout entière» aura pour but «d’éprouver ceux qui habitent sur la terre» et non pas
d’éprouver l’Assemblée. Depuis une année, les chrétiens traversent de nouveau un temps très
angoissant d’épreuve. Le Seigneur avait formé son Église ici-bas pour être, en Son absence,
son témoin fidèle par une vraie séparation du monde, mais elle s’y est plus ou moins
assimilée, perdant sa sainteté pratique et son témoignage. L’épreuve présente, l’y rappelle.

Cependant, souvenons-nous-en, l’épreuve du peuple de Dieu diffère essentiellement de


l’épreuve du monde. La première épître de Pierre (chap. 4:12-19) nous renseigne sur le
caractère de l’épreuve chrétienne et sur son but. Le feu ardent de la persécution était venu sur
les chrétiens pour leur épreuve. Il était pour eux, d’une part, un privilège, puisqu’ils
participaient ainsi aux souffrances, qui avaient conduit leur Seigneur et Sauveur de la croix à
la gloire ; — mais ce feu ardent était, d’autre part, un jugement actuel sur eux, une discipline,
destinée à les purifier et à réveiller leur espérance. Eux, qui étaient mis à l’abri du jugement à
venir, avaient, un urgent besoin de cette discipline. «Le temps était venu de commencer le
jugement par la maison de Dieu». Jamais, sans cela, ils n’auraient pu atteindre le salut, c’est-
à-dire la victoire finale. Il en est de même pour nous aujourd’hui.

Tout autre est l’épreuve du monde, de «ceux qui habitent sur la terre», en contraste avec
l’Assemblée, dont la bourgeoisie est dans les cieux. C’est de cette épreuve-là, encore future,
que nous parle le verset de l’Apocalypse, cité plus haut. Elle n’a pour but, ni de purifier les
hommes, ni de les améliorer, mais de les appeler à la repentance. Toutes les dispensations
actuelles de Dieu envers le monde, sous l’économie de la grâce, n’ont, de fait, pas d’autre but.
Dieu soit béni, par l’action du Saint Esprit, ces appels sont souvent entendus et un grand
nombre d’âmes reçoit aujourd’hui le salut par la conversion. Mais l’épreuve future des
«hommes qui habitent sur la terre» (*), — car tel sera leur caractère, toujours plus accentué,
après l’enlèvement de l’Église dans le ciel — différera entièrement de l’époque actuelle, en ce
que les hommes, avant définitivement rejeté les appels de la grâce ne seront plus mis à
l’épreuve que par les jugements, quoique l’occasion soit encore laissée à la repentance.

(*) Le terme : «Ceux qui habitent sur la terre» définit moralement, dans toute l’Apocalypse,
les hommes ennemis du ciel, du Dieu du ciel, des saints qui habitent dans le ciel (Apoc. 13:6).
Ces hommes ont choisi la terre comme leur part et ont, de leur plein gré, accepté la
domination de Satan sur eux, pour pouvoir conserver la terre comme leur domaine. Voyez
pour ce mot : Apoc. 3:10 ; 6:10 ; 8:13 ; 11:10 ; 12:9 ; 13:8, 12, 14 ; 14:6 ; 17:2, 8.

Le Pharaon, du temps de Moïse, en est un exemple frappant. Lors des cinq premières plaies il
endurcit son coeur pour ne pas laisser aller les fils d’Israël. C’est pour lui l’heure de
l’épreuve, où la repentance était encore possible. Lors des deux plaies suivantes l’Éternel,
comme à regret, endurcit son coeur (comp. Exode 9:12 avec le verset 35), puis l’endurcit
définitivement dans les trois dernières plaies pour que désormais il n’écoute pas, ni ne se
repente. L’heure de l’épreuve est passée, l’heure de la colère a sonné. Or la Parole nous
apprend qu’au jour de l’épreuve dont il est parlé, pareils au Pharaon, les hommes refuseront
de se repentir. En effet, l’heure de l’épreuve dont nous parlons et qui suivra immédiatement
l’enlèvement de l’Église, ne portera pas de fruits dans les coeurs. Au moment où elle se
terminera, avec la sixième trompette, ou deuxième trompette de «malheur», il est dit : «Et les
autres hommes, qui n’avaient pas été tués par ces plaies, ne se repentirent pas des oeuvres de
leurs mains... ils ne se repentirent pas de leurs meurtres, ni de leur magie, ni de leur
fornication, ni de leurs larcins» (Apoc. 9:20-21). (*)
(*) Nous ne cherchons pas à limiter d’une manière absolue cette «heure de l’épreuve», car,
comme idée générale, elle peut embrasser toute la période de la fin, mais notre distinction a
pour but de faire ressortir ce qui caractérise le commencement de la période prophétique. En
tout cas «l’heure de l’épreuve» commence en deçà des limites de la dernière demi-semaine de
Daniel

4                     Le jour de la colère


Comme nous venons de le voir, la période de l’histoire du monde à laquelle nous assistons est
le jour de la grâce, le temps favorable, le jour du salut, dans lequel beaucoup de pécheurs sont
arrachés au jugement final. Elle est aussi le temps où les croyants sont éprouvés et jugés (car,
dans l’avenir, ils ne viendront point en jugement) pour être formés pratiquement à l’image de
Christ ou être restaurés s’ils ont perdu de vue leur témoignage.

La seconde période, encore future, est le jour de l’épreuve de ceux qui habitent sur la terre,
épreuve à laquelle l’Église n’aura aucune part. Pendant cette période les hommes, si grandes
seront leurs souffrances, si grande aussi leur ignorance du caractère de Christ, s’imagineront
assister «au jour de la colère de l’Agneau» (Apoc. 6:17) ; mais des jugements plus terribles
encore leur seront réservés.

La troisième période est le jour de la colère. Elle commence au moment où Satan,


«l’Accusateur des frères», précipité du ciel sur la terre (Apoc. 12:7-12), séduit «la terre
habitée tout entière». Les hommes sont abandonnés à son influence ; Dieu endurcit leurs
coeurs, comme il endurcit jadis le coeur du Pharaon. C’est Lui qui «leur envoie une énergie
d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru
la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice» (2 Thess. 2:11-12). Ce jour est l’époque du
règne de la Bête et du faux prophète (l’Antichrist) qui composent, avec le «Serpent ancien», la
trinité satanique ; l’époque encore de la fausse Épouse, de la chrétienté apostate, sous le nom
de la grande prostituée et de la grande Babylone. C’est aussi l’époque de la grande
tribulation. Les «hommes qui habitent sur la terre» sont alors irrémédiablement perdus, mais
Dieu se sert de la grande tribulation, suscitée par Satan, pour renouer ses relations
interrompues avec le peuple Juif, et acquérir, au sein de cette nation incrédule, un Résidu
croyant, noyau futur de son peuple terrestre (Ésaïe 10:21-22).

Dans ce même temps il sauve, par la prédication de «l’Évangile du royaume», une grande
multitude, d’entre les nations, qui n’avait pas encore été mise en rapport avec le Christ.

Les hommes, séduits par Satan, rendent hommage à la trinité satanique et blasphématoire.
«Les sept coupes de la colère de Dieu» (Apoc. 16:1 ) n’ont sur eux d’autre effet que de leur
faire blasphémer le Dieu du ciel, en sorte que, même sa colère ne les amène pas à la
repentance. Le dernier acte de cette troisième période est la sortie de Christ du ciel avec ses
armées, pour anéantir ses ennemis et «fouler la cuve du vin de la fureur de la colère du Dieu
Tout-Puissant». C’est le jour du Seigneur (*). Alors commence le Règne. Christ est proclamé
publiquement «Roi des rois et Seigneur des seigneurs» (Apoc. 19:15-16).

(*) Son apparition, subite en jugement l’inaugure, mais ce jour se continuera après le règne
glorieux de mille ans (qui proprement n’en fait pas partie) par l’entière destruction des cieux
et de la terre (2 Pierre 3:10) et par le jugement des morts devant le grand trône blanc (Apoc.
20:12-15). Alors seulement se lèvera le jour de Dieu (2 Pierre 3:12), le jour éternel, avec «de
nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habite».

Les saints d’aujourd’hui n’ont pas plus à faire avec le jour de la colère qu’avec l’heure de
l’épreuve. Ils seront à l’abri de l’un et de l’autre, dans la gloire, auprès de Celui qui les
«délivre de la colère qui vient» (1 Thess. 1:10) ; ils seront associés avec Lui dans le «jour du
Seigneur» et dans son règne. C’est ce que les Thessaloniciens n’avaient pas compris, ébranlés
qu’ils étaient par le feu ardent de la persécution qui s’abattait sur eux pendant le jour de la
grâce. De faux docteurs les troublaient en leur annonçant que le jour du Seigneur, c’est-à-dire
le jour de sa colère, était là (2 Thess. 2:1, 2). L’apôtre les met en garde contre de telles
suppositions qui n’étaient autre chose qu’un effort de Satan pour leur ravir l’espérance de la
venue de Christ et de leur rassemblement auprès de Lui. Cette espérance était leur ressource
pour affronter des jours si fâcheux qu’ils faisaient penser au jour de la colère. Elle est aussi
notre ressource, à nous, chrétiens, au milieu des calamités de la crise présente. Veillons donc
soigneusement à ce que l’Ennemi ne détourne pas nos regards de la venue du Seigneur en les
arrêtant sur les événements dont le monde est aujourd’hui le théâtre. Acceptons ces
événements comme l’épreuve de notre foi et comme le jugement mérité de Dieu sur nous,
chrétiens, sa maison. Voyons dans ces jugements l’appel pressant, peut-être le dernier, de la
grâce de Dieu aux pécheurs, mais ne nous laissons pas ravir notre espérance, comme si les
temps de la fin étaient là !

5                     Matthieu 24
5.1   Différence entre Matthieu 24 et Luc 21

La grande prophétie du Seigneur, au chap. 24 de Matthieu a pour but de nous renseigner sur
les temps de la fin et particulièrement sur «la consommation du siècle» (v. 4) en rapport avec
les circonstances des disciples juifs. Il est nécessaire que nous considérions ce chapitre en
détail, car aucune partie de l’Écriture ne prouve davantage que les temps de la fin ne
concernent pas l’Église, mais le Résidu juif et ceux qui sont convertis par son moyen.

Mais, avant d’entrer dans ce sujet, il est important d’écarter certaines objections qui
pourraient troubler le jugement des chrétiens et les induire en erreur à l’égard des temps de la
fin. Voici notre observation :

La prophétie de Matth. 24 est encore mentionnée en Marc 13 et en Luc 21. Dans l’un et dans
l’autre de ces deux Évangiles elle est moins localisée au temps de la fin que dans l’Évangile
de Matthieu. En effet, les vers. 9 à 11 de Marc 13 nous parlent de disciples juifs devenus
chrétiens et de leurs persécutions (Comparez Matth. 10:17-22 ; 23:34-35 ; Luc 12:11-12). En
rapport avec ce caractère, Marc ne parle pas, comme Matth. 24, de «l’évangile du royaume»
mais du simple évangile prêché par les apôtres dans toutes les nations, ce qui a lieu encore
aujourd’hui. Les vers. 12 à 15 de Luc 21 nous parlent d’une manière encore plus accentuée de
la période actuelle, de ce qui, dit le Seigneur, aura lieu «avant toutes ces choses» (v. 12). Dans
ce passage, les disciples chrétiens, issus du judaïsme (tels que les douze apôtres, puis Paul,
Étienne, Jacques, etc.), seront persécutés, livrés aux synagogues, mis en prison, menés devant
les rois et les gouverneurs, enfin mis à mort (v. 12-17). Jérusalem sera environnée d’armées
(les armées romaines) ; les disciples qui sont au milieu d’elle devront s’en retirer (fait qui eut
lieu historiquement) (v. 20-21) ; le peuple sera mené captif parmi toutes les nations ; enfin
«Jérusalem, sera foulée aux pieds des nations jusqu’à ce que les temps des nations soient
accomplis» (v. 24).

Toutes ces choses ont trait aux jours qui suivirent la mort du Sauveur et qui, aujourd’hui [écrit
en 1916] même, ne sont pas encore arrivés à leur terme : Israël est toujours dispersé,
Jérusalem, encore foulée aux pieds des nations ; c’est donc de la période actuelle qu’il s’agit
ici. Elle est intercalée dans la description des temps de la fin dans le but de relier les
souffrances du Résidu juif futur avec celles des disciples juifs qui entouraient le Seigneur et
formaient le Résidu d’alors,

Nous ne poursuivons pas plus loin cette divergence si instructive entre les divers récits
évangéliques (*), l’ayant mentionnée seulement afin d’éviter toute confusion au sujet de la
prophétie de Matth. 24. Cette dernière ne traite que des temps de la fin en rapport avec les
circonstances du Résidu juif. Elle distingue entièrement l’histoire de cette époque de celle de
la période chrétienne, c’est-à-dire du jour de la grâce. Cette période forme le sujet exclusif du
chap. 25 (**), car Matthieu procède toujours par grands tableaux d’ensemble. Nous nous
occuperons donc uniquement, dans les pages suivantes, de ce que Matth. 24:1-44 nous
enseigne.

(*) Pour s’en rendre compte plus facilement, il suffit d’enfermer dans une parenthèse les deux
passages : Marc 12:9-11 et Luc 21:12-24.

(**) Ou plus exactement : du chap. 24:45 au chap, 25:30

5.2   Le commencement de douleurs

Le Seigneur venait de prononcer un jugement définitif sur Jérusalem et le peuple juif qui
l’avait rejeté : «Voici, votre maison vous est laissée déserte, car je vous dis : Vous ne me
verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit Celui qui vient au nom du
Seigneur !» (23:38-39). Alors «il sort et s’en va du temple» (24:1), acte solennel par lequel, il
abandonne déjà, en figure, cette maison au jugement prononcé contre elle. Il dit ensuite (v. 2)
qu’il ne sera laissé du temple pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas, événement qui eut lieu
environ trente ans plus tard. Les disciples désirent savoir 1° quand ces choses (la destruction
du temple) arriveront ; 2° quel sera le signe de sa venue (venue dont il avait parlé au chap.
23:39) ; et 3° celui de la consommation du siècle. À la première question le Seigneur ne
répond pas ici ; nous en avons trouvé les détails en Luc 21 ; mais il aborde les deux autres.

Il parle en premier lieu de ce que nous avons désigné plus haut par : «l’heure de l’épreuve»,
pendant laquelle des bouleversements formidables auront lieu : «Vous entendrez parler de
guerres et de bruits de guerre». «Nation s’élèvera contre nation, et royaume contre royaume ;
et il y aura des famines, et des pestes, et des tremblements de terre en divers lieux» (v. 6, 7) .
de faux christs s’élèveront et séduiront plusieurs ; les disciples juifs seront haïs des nations et
persécutés ; plusieurs seront mis à mort (v. 5, 9, 10). Enfin «l’évangile du royaume sera
prêché dans toute la terre habitée» (terme qui, comme nous l’avons vu, caractérise le monde
des derniers jours) «pour servir de témoignage à toutes les nations» (v. 14). Tel sera le
témoignage futur des disciples juifs (*). Nous savons, d’après toute la prophétie de l’Ancien
Testament, que ces disciples seront fidèles à la loi. C’est d’eux qu’il est dit, dès le début des
Psaumes : «Bienheureux l’homme... qui a son plaisir en la loi de l’Éternel, et médite dans sa
loi jour et nuit». Aussi l’évangile de la grâce ne leur est pas confié (**). Ces disciples
prêcheront l’évangile du royaume ; ils annonceront parmi ces nations que le Messie, le roi
d’Israël, le fils de David, va établir son règne, règne qui aura un caractère universel et éternel ;
ils diront en tout lieu que le temps presse, qu’il faut se soumettre à Lui avant qu’il paraisse
comme juge et écrase ses ennemis ; ils diront que ce jugement est à la porte.

(*) Il se relie, avons-nous dit, au témoignage des disciples qui entouraient le Seigneur. Dès le
début de son ministère, ils prêchèrent que le «royaume de Dieu était proche» ; Jésus lui-même
l’annonçait. Ce ministère fut interrompu par le rejet du Messie et reprendra son cours quand le
Fils de David sera près d’entrer dans son règne.

(**) Il n’a été confié aux premiers disciples qu’en tant que devenus chrétiens, et faisant partie
de l’Église, par la descente du Saint-Esprit.

Toute cette période si troublée, terminée par l’Évangile du royaume, n’est cependant pour le
monde qu’un «commencement de douleurs». «La fin n’est pas encore ;» elle n’arrivera
qu’après la prédication de l’évangile du royaume : «Alors», dit le Seigneur, «viendra la fin»
(v. 6, 8, 14).

La période dont nous venons de parler, c’est-à-dire le commencement de douleurs, comprend


tous les événements qui ont lieu entre la fin de l’économie de la grâce, amenée par la venue
du Seigneur pour enlever les saints, et ce qui est appelé «la consommation du siècle» ou «la
fin». En cherchant où l’Apocalypse place cette période, nous sommes ramenés à ce que nous
avons dit plus haut au sujet de «l’heure de l’épreuve». Cette dernière comprend les chap. 6 à 9
de l’Apocalypse, c’est-à-dire les sept sceaux et les six premières trompettes. Seulement il ne
faut pas oublier que l’Apocalypse, traite des jugements, qui, dans cette période, s’abattront sur
la chrétienté, tandis que l’évangile de Matthieu nous parle des souffrances traversées par les
disciples juifs pendant cette même période. Ils sont formés, par l’épreuve, en vue de traverser
la grande tribulation et deviennent les instruments de Dieu pour préparer le Résidu des nations
qui traversera cette tribulation avec eux, à recevoir le Seigneur, venant dans son règne.

La période qui suit l’heure de l’épreuve est, pour le monde, celle de la colère de Dieu ; pour le
Résidu, celle de la grande tribulation ; pour tous, la consommation du siècle. «Celui qui
persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé» (v. 13).

5.3   Les agents sataniques au jour de la colère

La troisième période, avons-nous dit, est le jour de la colère de Dieu. Cette colère est déjà
révélée du ciel. contre toute impiété et iniquité des hommes (Rom. 1:18). Elle sera exécutée
dans «le jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu» (Rom. 2:5). Dans le
chap. 24 de Matthieu, elle s’ouvre au v. 15 et se termine au v. 28. Dans l’Apocalypse, elle
s’étend depuis le chap. 10 au chap. 19 (*).

(*) Remarquons que la septième trompette, au chap. 11:14-18, est un court résumé de cette
période, mais toutefois la dépasse considérablement, car il embrasse le millénium et le
jugement des morts.
Un événement capital en marque le début : Satan est précipité du ciel (Apoc. 12:7-12). Dans
sa fureur, sachant qu’il a peu de temps, il emploie trois instruments terribles pour conserver
son règne ici-bas en s’opposant à Dieu par l’anéantissement des saints.

Le premier de ces instruments est «la Bête» du chap. 13:1-10 et 17:11. Elle représente à la
fois l’empire Romain, jadis frappé à mort, maintenant ressuscité, et son Chef, l’empereur
romain à Rome. Cet empire, avec ses dix cornes qui sont dix rois ou royaumes, l’union des
races latines, sort de la mer (13:1). En langage symbolique, la mer est un état d’anarchie des
peuples. Cet état n’a pas de rapport avec l’organisation présente des nations. Il est possible
que la lutte à laquelle nous assistons le prépare ; car, pour un esprit attentif, la victoire ou la
défaite des nations, maintenant en guerre, peut avoir comme résultat, proche ou éloigné, le
triomphe des idées socialistes et anarchistes, les peuples se déclarant las d’être ruinés et
conduits au carnage pour satisfaire l’orgueil et les ambitions de ceux qui les gouvernent, et
s’estimant maîtres de leurs propres destinées.

Le second instrument de Satan est «la seconde bête» du chap. 13:11 : l’Antichrist, le faux
prophète, le faux Messie, l’homme de péché. Nous voyons ici le pouvoir spirituel, satanique,
séducteur, blasphémateur, idolâtre et persécuteur, concentré dans un homme. Cette Bête
monte de la terre. Elle ne sort pas de l’anarchie, mais, en langage symbolique, d’une
organisation politique et religieuse qui fait profession d’être en relation avec Dieu. Que ce soit
l’organisation juive nationale future, ou toute autre, n’est-il pas frappant que l’organisation
tant vantée de certains peuples ne conduise qu’à l’antichristianisme ? Cette organisation
trouvera son représentant dans un homme qui, d’une part, usurpera le titre de Messie et
d’autre part s’opposera à l’idée chrétienne en niant le Père et le Fils. Les symptômes
précurseurs de l’apostasie finale ne manquent pas de nos jours.

Le troisième instrument de Satan est la grande Babylone, la chrétienté apostate, la fausse


Église persécutrice, dernière évolution du Romanisme idolâtre représenté par Thyatire, et de
Laodicée, vomie de la bouche du Seigneur. La grande Babylone aura la prétention de dominer
la Bête romaine, le pouvoir impérial avec ses dix rois, et sera finalement détruite.

5.4   Grande tribulation

Tout ce dont il vient d’être question n’est pas mentionné, dans le chap. 24 de Matthieu. La
raison en est simple : Ce chapitre, ne traite pas, comme l’Apocalypse, de l’histoire finale de la
chrétienté, mais des circonstances que traversent les disciples juifs, le Résidu de la fin,
pendant le sombre jour de la colère de Dieu sur le monde. Satan, précipité du ciel où il ne
pourra plus accuser les saints de l’économie actuelle, introduits dans la gloire, tournera sa
rage contre les fidèles du Résidu. Il actionnera toutes les puissances terrestres et «les hommes
qui habitent sur la terre» contre Dieu et son Christ qu’il persécutera dans la personne de ses
témoins. L’Apocalypse, ne mentionne ce Résidu juif qu’incidemment, pour le situer dans le
cadre des événements de la fin : tels les 144,000 scellés du chap. 7, les témoins dont l’histoire
est racontée dans le contenu du «petit livre» (chap. 10 à 11:13), enfin la femme poursuivie par
le dragon au chap. 12:13-17. Mais, par contre, l’Apocalypse fait ressortir l’existence du
Résidu d’entre les nations, d’une immense multitude (7:9-17) convertie par l’Évangile du
royaume, et nous parle de ses souffrances et de son triomphe final.

Nous avons dit que l’expulsion de Satan hors du ciel inaugure le temps de la colère de Dieu
sur le monde, mais aussi le temps de la furieuse activité de l’Ennemi, dont le premier acte, en
réponse aux jugements divins qui s’abattent sur la terre, est de provoquer la grande
tribulation. Elle a pour but d’anéantir le témoignage de Dieu dont le Résidu juif est le fidèle
représentant. Elle cherche donc à l’atteindre à Jérusalem, dans le lieu même où, selon le
prophète Daniel et selon les Psaumes, il s’est formé après la rentrée de la nation juive
incrédule dans son pays (*). Le signal du début de la grande tribulation sera l’établissement
d’une idole, «l’abomination de la désolation» dans le temple de Jérusalem, rebâti et rendu au
culte judaïque sous la garantie du chef de l’empire Romain (Dan. 9:27). Daniel parle de cet
événement prophétique au chap. 12:11 de son livre (**), et le Seigneur le recommande à la
sérieuse méditation de ses disciples (Matth. 24:15), car il inaugure la dernière demi-semaine
de Daniel, ou les trois ans et demi de la grande tribulation et de la colère de Dieu. La durée de
cette période nous est confirmée par un grand nombre de passages (***), tandis que la durée
de la période précédente, de l’heure de l’épreuve et du commencement de douleurs, nous est
inconnue.

(*) La restauration nationale des Juifs est un des premiers événements qui présagent la fin.

(**) La mention qui en est faite au chap. 11:31 en est la préfiguration historique sous le règne
d’Antiochus Épiphane.

(***) Voyez : Dan. 7:25 ; 9:27, 12:7 ; Apoc. 11:2, 3 ; 12:6, 14 ; 13:5.

La. période de la grande tribulation se terminera à «la venue du Fils de l’homme» (24:27).
Quoiqu’elle ait un caractère plus spécialement juif, la grande tribulation atteindra toute chair
(v. 22). La multitude des sauvés d’entre les nations la traversera aussi bien que le Résidu juif
(Apoc. 7:14), mais personne ne sera à l’abri de cette tourmente. Si Satan la suscite contre les
élus, Dieu la permet pour les purifier, et sa colère l’emploie pour le jugement des hommes qui
«habitent sur la terre». Au point de vue exclusivement juif, elle est appelée la détresse de
Jacob (*). Cette détresse de Jacob, nous la rencontrons constamment sous le nom de détresse
(tsar, tsarah) dans les prophètes et dans les Psaumes (**). C’est d’elle qu’il est spécialement
question en Matth. 24.

(*) Jacob est d’habitude, dans les prophètes, le peuple d’Israël représenté par la tribu de Juda,
tandis qu’Israël est souvent le peuple représenté par la tribu d’Éphraïm.

(**) Dans le reste de l’Ancien Testament, sauf quelques exceptions, comme par exemple en
type, en Gen. 42:21, ce mot signifie simplement trouble, angoisse.

5.5   Les classes de personnes affectées par la grande tribulation

Nous avons déjà parlé des agents sataniques de la grande tribulation. Revenons encore une
fois sur les trois classes de personnes qu’elle affectera : la première, pour y trouver son
jugement, les deux autres, en vue de leur délivrance finale.

1° La première est la chrétienté adultère, représentée dans le temps actuel par Thyatire, le
Romanisme, avec «la femme Jésabel qui se dit prophétesse» (Apoc. 2:40), et dans un temps
futur par «la grande Babylone», la «grande prostituée», la chrétienté apostate et idolâtre
(Apoc. 17:1-7). Ce système existe aujourd’hui en germe, en Jésabel, mais, subira son
jugement dans l’avenir, car le Seigneur dit : «Voici, je la jette sur un lit et ceux qui
commettent adultère avec elle dans une «grande tribulation», à moins qu’ils ne se repentent
de leurs oeuvres ; et je ferai mourir de mort ses enfants» (Apoc. 2:22). Ce système acquerra
son plein développement après l’enlèvement de l’Église. Il peut être envisagé au point de vue
religieux (Apoc. 17), ou au point de vue civil et mondain (Apoc. 18). Après l’avoir supporté
quelque temps, le pouvoir politique, représenté dans le monde occidental par les «dix rois»,
anéantira «la Prostituée», «mangera sa chair et la brûlera au feu» (Apoc. 17:16). Elle avait
prétendu s’emparer de la puissance religieuse, contrairement aux vues de l’Antichrist ; et de la
puissance politique (la Bête sur laquelle la femme est assise) contrairement aux vues du
pouvoir impérial. C’est alors que la tribulation tombera sur cette fausse Épouse, devenue un
poids insupportable pour ceux qui l’avaient d’abord tolérée comme agent de persécution, mais
qui sont ensuite les instruments inconscients du terrible jugement de Dieu sur elle. Toute la
civilisation attachée à ce qui s’appelle aujourd’hui la chrétienté, à ce qui sera alors Babylone,
sera anéantie. En un seul jour viendront ses plaies ; en une seule heure, toutes ses richesses
accumulées seront changées en désolation (Apoc. 13:8, 10, 19).

2° La seconde classe comprend «une grande foule que personne ne pouvait dénombrer, de
toutes nations, et tribus, et peuples, et langues» (Apoc. 7:14). L’Évangile de la grâce, n’étant
point parvenu à cette multitude pendant la période actuelle, elle se convertira à l’ouïe de
l’Évangile du royaume (Matth. 24:14 ; Apoc. 14:6). Cet Évangile du royaume, nous l’avons
dit plus haut, est la bonne nouvelle portée par les disciples juifs (le Résidu de Juda), d’abord
parmi les villes d’Israël, puis parmi les nations. Ils annoncent que «le royaume des cieux s’est
approché» et que, pour être sauvé, on doit se soumettre au Roi qui va paraître. Cet Évangile
fait donc appel à la foi. Les douze apôtres et le Seigneur lui-même furent les premiers porteurs
de l’Évangile du royaume : «Le royaume s’était approché», disaient-ils ; «il était au milieu
des Juifs» dans la personne de Jésus, le Roi ; mais ce premier ministère juif fut interrompu par
la réjection et la mort du Messie. Il fut remplacé par l’Évangile de la grâce et par l’économie
actuelle qui substitua l’Assemblée à la nation juive. Le Résidu juif de la fin reliera son
témoignage à celui des premiers disciples juifs ; c’est pourquoi le Seigneur dit à ceux-ci ;
«Vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël, que le Fils de l’homme ne soit
venu» (Matth. 10:23). La «grande foule», évangélisée par ces disciples, aura part aux
bénédictions du règne de Christ sur la terre pendant le millénium (Apoc. 7:14-17). Auparavant
une partie de ces fidèles sera mise à mort pour avoir refusé de se soumettre à la Bête et au
faux prophète (Apoc. 13:15). Ces bienheureux martyrs seront ressuscités et auront part, avec
tous les saints de la première résurrection, à la gloire dans les lieux célestes (Apoc. 15:2-4). Ils
seront réunis aux martyrs de l’époque qui précède la grande tribulation (les âmes sous l’autel
pendant «l’heure de l’épreuve», Apoc. 6:9) et aux martyrs du Résidu Juif mis à mort à
Jérusalem (Apoc. 11:7-12). Alors tous les saints ressuscités et glorifiés dans les lieux célestes
exerceront le jugement avec Christ et régneront mille ans avec Lui (Apoc. 20:4). La «grande
foule», laissée sur la terre sans subir le martyre, «héritera du royaume qui lui est préparé dès
la fondation du monde» (Matth. 25:34) et vivra en paix et en sécurité pendant mille ans sous
l’heureux sceptre du «Roi des nations».

3° La troisième classe comprend le Résidu juif, formé à Jérusalem et en Judée, après le retour
national des Juifs dans leur pays, et délivré enfin lors de l’apparition du Messie sur la
montagne de Sion (Zach. 14:4 ; Actes 1:11). C’est de ce Résidu que parle le cbap. 24 de
Matthieu, les chap. 11:1-13 et 12:13-17 de l’Apocalypse, et une quantité innombrable de
passages des prophètes. Il est composé de deux compagnies. La première s’enfuit, selon
l’ordre donné par le Seigneur, lors de l’établissement de «l’abomination» dans le temple de
Jérusalem, au commencement de la seconde demi-semaine de Daniel. Elle traverse la grande
tribulation en pays étranger, parmi les nations qui, de toute part, entourent le territoire d’Israël
(Matth. 24:21), mais elle y est préservée en totalité, sans que le fleuve des peuples, lancé par
Satan à sa poursuite, réussisse à l’engloutir (Apoc. 12:13-16). Ses souffrances seront
indescriptibles : «Si ces jours-là n’eussent été abrégés, nulle chair n’eût été sauvée, mais, à
cause des élus, ces jours-là seront abrégés» (Matth. 24:22).

La seconde compagnie du Résidu restée à Jérusalem pour y rendre témoignage, ayant


continuellement la mort suspendue sur sa tête, mais soutenue de Dieu et agissant contre ses
ennemis avec la puissance miraculeuse de Moïse et d’Élie (les deux témoins d’Apoc. 11:1-9),
subira le martyre partiellement, mais surtout dans ses chefs. Ceux qui auront péri pour leur
témoignage ressusciteront aux yeux de leurs ennemis pour rejoindre, avec tous les martyrs de
la fin, les myriades des saints glorifiés dans le ciel (Apoc. 11:11-12 ; 20:4).

Les deux compagnies formant le Résidu de Juda, qui ont été préservées au milieu de cette
épouvantable tribulation, — car, à leurs souffrances physiques et morales, s’ajoutera le danger
perpétuel d’être séduites par de faux Christs et de faux prophètes, (Matth. 24:24) — seront
enfin délivrées par l’apparition glorieuse du Messie que leur peuple avait crucifié, et
formeront le noyau de l’Israël millénaire. À ce noyau viendra se joindre, un peu plus tard, le
Résidu des dix tribus, ramené dans son pays après d’autres vicissitudes.

* * *

5.6   La fin, la venue du Fils de l’Homme (Matt. 24:29-31)

Il nous reste encore à considérer un dernier point, mentionné au v. 29 à 31 du chap. 24 de


Matthieu.

Aux v. 4 à 14 le Seigneur décrit à ses disciples «le commencement de douleurs» ou «l’heure


de l’épreuve» qui visitera la terre pour éprouver ceux qui y habitent. L’épreuve précédera la
fin, car le Seigneur dit à son sujet : «La fin n’est pas encore».

Aux v. 15 à 28 il décrit la fin qui suit cette première période (v. 14), et nous trouvons ces
paroles : «Alors viendra la fin». Le Seigneur répond ainsi à la question de ses disciples au
sujet de la «consommation du siècle» (v. 3). Cette fin est remplie par la grande tribulation,
accompagnée des événements et des jugements terribles qui nous sont révélés dans
l’Apocalypse. Le dernier événement de cette période est l’apparition subite du Seigneur, «la
venue du Fils de l’homme» pour exercer le jugement sur le monde rebelle : «Où que soit le
corps mort, là s’assembleront les aigles» (v. 28. Voyez Apoc. 19:11-16, puis 28-29). Sa venue
ou son apparition, suivi de toutes les armées célestes, a pour but l’établissement de son règne
par le jugement guerrier des nations, du peuple juif apostat, et de leurs deux chefs, la Bête et
le faux prophète. C’est le dernier acte de la fin (*), la dernière explosion de la colère de Dieu,
le dernier rugissement du lion de Juda, prenant possession de la montagne de Sion et de la
sainte cité, capitale de son royaume terrestre.

(*) Nous laissons intentionnellement de côté le jugement de l’Assyrien que nous traitons en
détail dans d’autres écrits.

Le chap. 24 de, Matthieu laisse entièrement de côté Sa venue pour enlever les saints et les
prendre auprès de Lui dans la maison du Père. Le Seigneur fait connaître cette vérité à ses
disciples en Jean 14:1-3, mais dans le récit de Matthieu il n’aborde le sujet des saints de
l’économie actuelle, de l’Église et de la maison de Dieu, que depuis le v. 45 de notre chapitre
jusqu’au v. 30 du chap. 25, c’est-à-dire après avoir traité des temps de la fin en rapport avec le
peuple juif au chap. 24:1-43.

Les v. 29 à 31 répondent à la question des disciples : «Quel sera le signe de ta venue ?» (v. 3).

Quand le Seigneur viendra enlever son Assemblée, avec tous les saints ressuscités, il n’y aura
pas de signes. La «dernière trompette» et «la voix de l’archange» (1 Cor. 15:52 ; 1 Thess.
4:16) ne retentiront qu’aux oreilles de ses bien-aimés. Les yeux des «hommes qui habitent sur
la terre» seront fermés à cet événement. Par contre, son apparition, sa venue comme Fils de
l’homme, sera immédiatement précédée de signes : «Immédiatement après la tribulation de
ces jours-là, le soleil sera obscurci et la lune ne donnera pas sa lumière, et les étoiles
tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées» (v. 29) (*).

(*) Il y aura des signes précédant la période de la grande tribulation (Joël 2:30, 31) ; il y en
aura à la fin de cette période, avant l’apparition du Fils de l’homme (Joël 3:15 ; et ici, le vers.
29).

Mais alors paraîtra «le signe» au sujet duquel les disciples désiraient être renseignés. Ce signe
sera le «Fils de l’homme paraissant dans le ciel» (*). De cette manière le Seigneur attache les
yeux et les coeurs des disciples de la fin à sa personne, à travers tant d’événements qui
pourraient les en distraire. Il en est de même pour nous aujourd’hui. Jésus se présente
personnellement à nous ; il dit : «Je suis l’étoile brillante du matin» ; il dit : «Je viens
bientôt», afin que l’Église n’attende pas autre chose que Lui-même et puisse dire : «Amen !
viens, Seigneur Jésus !»

(*) Dans la Parole, une personne est souvent un signe. En Luc 2:12, le signe est «le petit
enfant couché dans une crèche». Le Seigneur ne donne aux Juifs qui le rejettent que «le signe
de Jonas». En Apoc. 12:1, le signe est «une femme» ; en 15:1, les «sept anges», etc.

Lorsque le Fils de l’homme, paraîtra sur les nuées, il sera vu de tous ceux qui n’ont pas voulu
croire en Lui, quand il était encore invisible : «Toutes les tribus de la terre se lamenteront
quand elles verront le Fils de l’homme, venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une
grande gloire».

C’est alors qu’Il «enverra, ses anges avec un grand son de trompette, et ils rassembleront ses
élus des quatre vents, depuis l’un des bouts du ciel jusqu’à l’autre» (v. 31). Comme la
trompette avait rassemblé les saints célestes, elle sera maintenant le signe du ralliement de
tous les saints terrestres, Juifs ou Gentils, qui auront part aux bénédictions de Son royaume
glorieux.

Cet exposé que nous, aurions voulu pouvoir raccourcir, est destiné à prouver que, les temps
de la fin, le jour de l’épreuve et le jour de la colère, diffèrent essentiellement du jour de la
grâce et du salut qui luit encore pour un peu de temps sur le monde, à travers les convulsions
dont il est actuellement le théâtre.

 
5.7   Signes de la venue du Seigneur (Matt. 24:32-44)

Quelques mots encore, sur les v. 32 à 44 de notre chapitre. Aux v. 32 à 34 le Seigneur fait
savoir à ses disciples ce qui leur permettra de reconnaître que le temps de leur délivrance est
proche. D’abord la parabole du figuier : «Quand déjà son rameau est tendre, et qu’il pousse
des feuilles, vous connaissez que l’été est proche». Le figuier, comme la vigne et l’olivier, est
un symbole du peuple d’Israël. Quand donc le Résidu commencera à bourgeonner et à verdir,
les disciples sauront que la saison de la moisson, qui sera celle de leur délivrance, est proche.
De même, quand ils verront «toutes ces choses», c’est-à-dire leurs premières et dernières
afflictions, ils sauront que «cela» — la consommation du siècle et la venue du Seigneur —
«est proche, à la porte». Les disciples futurs, traversant de si cruelles angoisses, seront
encouragés — et ils en auront grand besoin, — en voyant se dérouler sous leurs yeux les
événements de la fin, comme ils avaient été prédits. Ils seront ainsi gardés de se laisser
séduire ou d’être portés à des conclusions prématurées quand «le commencement de
douleurs» s’abattra sur eux. Lorsque «l’abomination de la désolation sera établie dans le lieu
saint» ils sauront que les jours de leur détresse seront abrégés, car elle ne dépassera pas la
dernière demi-semaine de Daniel, c’est-à-dire trois ans et demi. Les fidèles du Résidu, ne
connaissant qu’imparfaitement le Messie, et ne devant avoir les yeux complètement ouverts
que lorsque, pareils à Thomas, ils auront vu «les blessures à ses mains» (Zach. 13:6), et auront
reconnu le Seigneur de gloire dans le Sauveur, jadis crucifié, — le Résidu, dis-je, sera conduit
pas à pas, à travers les événements de la fin, jusqu’à la pleine connaissance de son
Rédempteur.

Il n’en est pas ainsi pour nous : «Bienheureux», dit le Seigneur, «Ceux qui n’ont point vu et
qui ont cru» (Jean 20:29). «Nous l’aimons sans l’avoir vu, et, croyant en Lui, quoique
maintenant nous ne le voyions pas, nous nous réjouissons d’une joie ineffable et glorieuse»,
possédant déjà le salut et la vie éternelle, et n’attendant plus que la gloire. Devant cette
perspective et afin que, pauvres êtres infirmes que nous sommes, nous ne la perdions jamais
de vue, le Seigneur prend soin de nous affliger pour un peu de temps et d’éprouver notre foi
par le feu de diverses tentations, et c’est à quoi doivent aboutir les événements que nous
traversons aujourd’hui. Ayons pleine confiance dans le résultat que Dieu veut leur faire
produire. Disons-nous avec l’apôtre : «Cela est nécessaire», mais ne regardons pas à ces
événements comme s’ils étaient le signe de la venue prochaine du Seigneur pour son Église,
ou même comme un commencement de douleurs. Le Résidu, lui, aura besoin de ces choses
par lesquelles il sera conduit à la connaissance de Celui que son peuple avait rejeté. Pour
nous, la venue du Seigneur que nous connaissons sans l’avoir vu est, non pas une chose
future, ni même prochaine, mais une chose actuelle. Le Seigneur vient. Sommes-nous appelés
à attendre autre chose ? Attendons-le aujourd’hui, tout en profitant des épreuves qu’il lui plait
de nous dispenser. S’il nous faut passer par le feu du creuset, c’est afin que l’or soit purifié de
tout alliage, et que l’espérance remplisse nos coeurs de la joie ineffable de sa prochaine
venue ! Il vient ! Veillons sur l’huile de nos lampes. Si peut-être leur lumière était près de
s’éteindre, hâtons-nous de l’attiser, afin que le Seigneur nous trouve l’attendant, comme de
fidèles serviteurs, pour lui ouvrir aussitôt, quand lui, le Maître et l’Époux, viendra et
heurtera !

«En vérité», ajoute le Seigneur, en parlant à ses disciples des temps de la fin, «cette
génération ne passera pas que toutes ces choses ne soient arrivées» (v. 34). Cette génération
incrédule qui rejetait son Messie, descendu vers elle en grâce, se retrouvera la même, sans
changement, à la fin des temps. Comme le Résidu futur se rejoindra aux premiers disciples
qui entouraient Jésus, la nation apostate future se reliera à celle qui, devant son Roi, venu
comme Sauveur au milieu d’elle, criait : «Ôte, ôte, crucifie-le !»

«Quant à ce jour-là et à l’heure, personne n’en avait connaissance», sinon le Père, mais ce
dont les disciples pouvaient être assurés, c’est que leurs frères juifs seraient sauvés à la fin des
temps, au travers de la tribulation, comme Noé le fut au travers du déluge, et que la venue du
Fils de l’homme, en enlevant les méchants, laisserait les justes ici-bas pour jouir du règne du
Messie, comme Roi de justice, Roi de paix et Roi de gloire (v. 37-44).

6 Les événements actuels ne sont pas


                   

l’«heure de l’épreuve»
La conclusion que nous pouvons tirer de tout ce qui vient d’être présenté est celle-ci : Les
événements que nous traversons ne sont en aucune manière, «l’heure (ou le temps) de
l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la
terre». Dans le temps actuel la grâce appelle les hommes par des jugements, après les avoir
appelés maintes fois déjà, soit par l’Évangile, soit par les soins de sa Providence. Dans un
temps prochain le Seigneur éprouvera, une dernière fois les habitants de la terre par ses
jugements, mais sans la ressource de la grâce, afin de montrer si le coeur de l’homme est
encore susceptible de repentance. Alors, si les hommes, et cela arrivera, continuent à endurcir
leurs coeurs, Dieu les endurcira et versera sur eux les sept coupes de sa colère. Cet
aveuglement, envoyé de Dieu, a-t-il quelque chose qui doive nous étonner ?, Dieu ne doit-il
pas montrer enfin sa justice en jugement, quand l’homme a refusé de recevoir sa justice à
salut ? À combien d’épreuves la patience de Dieu n’a-t-elle pas mis le coeur de l’homme
pécheur ? L’homme laissé à ses propres ressources, avant le déluge ; l’homme éprouvé par la
loi, éprouvé par la prophétie, éprouvé par la grâce, éprouvé enfin par les jugements de l’heure
de l’épreuve qui précède la colère finale ! Ont-elles manqué en un seul point, toutes les voies
de Dieu à l’égard de l’homme ? Eh bien ! soit, il manque un dernier point. Après le
déploiement de sa juste colère, Dieu soumettra encore l’homme à l’épreuve de la gloire. Dix
siècles de ce régime de paix et de justice, où chacun de ses péchés était réprimé, modifieront-
ils peut-être son coeur ? À la fin de ce règne merveilleux Satan sera délié, et, sauf la multitude
des élus, toutes les nations se soulèveront contre Dieu et contre son Oint. Le jugement des
morts mettra fin, par une destruction éternelle, à toute l’histoire de l’homme pécheur !

7 Les croyants, sel de la terre et lumière


                   

du monde
Bien-aimés ! combien notre sort diffère de celui-là ! Le jugement est derrière nous et la croix
de Christ est l’éternel témoin qu’il est passé à toujours ; la gloire de Christ va nous recevoir et
rayonnera sur nous éternellement, quand nous serons dans la maison du Père avec Lui ! Il
vient pour nous y introduire ; mais, en son absence, il nous laisse encore, pour un jour peut-
être, ici-bas, nous demandant de le faire connaître au monde, en reproduisant ses traits dans
notre conduite jusqu’à ce qu’Il vienne. L’offrande de Lui-même qu’il faisait à Dieu, soit dans
sa vie, soit dans sa mort, était salée de sel, selon qu’il est dit : «Tout sacrifice sera salé de sel»
(Marc 9:49 ; Lév. 2:13). Le sel, était, chez Lui, la sainteté pratique, la séparation entière de
tout son Être pour Dieu. À la veille de son départ il disait à ses disciples : «Vous êtes le sel de
la terre» (Matth. 5:13). L’action et la présence de son Esprit agissant dans le coeur des
croyants pour y produire la sainteté pratique, est actuellement la seule barrière au
développement final de la corruption dans ce monde. C’est pourquoi le Seigneur dit : «Ayez
du sel en vous-mêmes» (Marc 9:1). «Si le sel devient insipide, avec quoi lui donnerez-vous,
de la saveur ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes.
Il n’est propre ni pour la terre, ni pour le fumier» (Matth. 5:13 ; Luc 14:34). Sans une vie de
sainteté pratique, sans avoir nos coeurs séparés du monde et de ses convoitises, pouvons-nous
être d’aucune utilité pour Christ et le représenter ici-bas en son absence ? En nous
accommodant au monde nous ôtons toute saveur au nom de Christ et nous attirons un
jugement sérieux sur nous-mêmes. N’en avons-nous pas fait l’épreuve pendant l’année qui
vient de s’écouler ?

Le Seigneur nous dit encore : «Vous êtes la lumière du monde» (Matth. 5:14). Quel
privilège ! Il disait de lui-même : «Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du
monde» (Jean 9:5). Il était la lumière et cette lumière émanait de Lui pour éclairer toutes
choses, tandis qu’Il marchait au milieu des hommes. Et maintenant il fait de nous cette
lumière, car nous sommes «lumière dans le Seigneur» (Éph. 5:8). Nous sommes laissés ici-
bas pour continuer son témoignage devant les hommes, car, comme le sel est en nous-mêmes,
la lumière luit au dehors. Avons-nous mis notre témoignage sous le boisseau ou sur le pied de
lampe ? Notre lumière a-t-elle lui devant les hommes, comme une ville située sur une
montagne, qui ne peut être cachée ? Avec quelle humiliation ne devons-nous pas reconnaître
que nous avons manqué en sainteté pratique, que nous avons manqué comme témoignage du
Seigneur !

Mais il en est temps encore ! Si la lumière est sous le boisseau, elle n’est pas encore éteinte, et
ce n’est pas Lui qui éteindra le lumignon qui fume. Mettons diligemment notre lampe sur un
chandelier qui la fasse connaître à «tous ceux qui sont dans la maison». Nous allons être
transportés dans la maison du Père où nous luirons comme le soleil (Matth. 13:43) ; alors la
lumière sera parfaite, mais nous sommes la lumière du monde aujourd’hui devant les
hommes. Marchons comme des fils de lumière !

Quand l’Assemblée aura été enlevée, le monde sera plongé dans de profondes ténèbres : «La
nuit vient, en laquelle personne ne peut travailler», et les hommes broncheront en marchant
dans la nuit ! (Jean 9:4 ; 11:10). Ayons à coeur de maintenir dans ce monde le caractère
céleste de Christ, et de répondre à notre vocation tandis qu’il en est temps encore ! «Toutes
choses devant donc se dissoudre, quels gens devrions-nous être en sainte conduite et en piété,
hâtant la venue du jour de Dieu !» (2 Pierre 3:11-12).

 
 Méditations ("Lectures") sur l'évangile de Matthieu

1                         Matthieu 7:1-6 — Ne pas juger


1.1   Ch. 7:1

Le point qu’aborde le Seigneur Jésus est celui-ci. Il avait auparavant pleinement montré que
nous avons à agir en grâce en tant qu’enfants de notre Père ; mais il s’agissait plus
particulièrement du comportement vis-à-vis du monde, vis-à-vis de nos ennemis, vis-à-vis de
ceux qui nous font du tort. Mais voilà qu’une difficulté pratique grave peut surgir d’ailleurs.
Supposons que parmi ceux qui nous font du tort, certains portent le nom de Christ : quel
comportement adopter ? Que devons-nous en penser et comment réagir ? Sans doute il y a une
différence, et même une différence très importante. En outre, il y a quelque chose dont nous
avons à prendre soin avant d’aborder la question de la conduite d’autrui ; c’est de veiller à ne
pas avoir nous-mêmes l’esprit de censeurs, l’habitude et la tendance à imputer de mauvais
motifs en rapport avec ce que nous ne connaissons pas et que nous n’avons pas vu. Nous
savons tous quel piège c’est pour le cœur de l’homme, et que ce danger guette spécialement
certains du fait du caractère naturel et de l’habitude prise de manquer de vigilance. Certains
ont plus de discernement que d’autres, et ils devraient particulièrement veiller à se garder de
cet esprit. Ce n’est pas qu’ils aient à fermer les yeux sur ce qui est mal, mais ils n’ont pas à
suspecter ce qui n’est pas découvert, ni à aller au-delà des preuves que Dieu donne. C’est une
sauvegarde pratique très importante, sans laquelle il est impossible de marcher ensemble selon
Dieu. Les gens peuvent se retrouver ensemble comme autant d’unités séparées sans qu’il y ait
aucune sympathie ou puissance réelle pour entrer dans les douleurs, les difficultés et les
épreuves, et éventuellement le mal des autres. Tout cela exige quelque chose de la part du
cœur d’un disciple. Même ce qui est de travers requiert de l’amour pour trouver la manière
d’agir de Dieu vis-à-vis de ce qui est contraire à Dieu. Car l’essence de l’amour est de
chercher le bien de l’objet aimé, sans ne faire aucune référence à soi-même. Il peut y avoir
l’amertume de ne pas être aimé en retour, et de le savoir : l’apôtre Paul le savait, déjà dans les
premiers jours, avec de vrais chrétiens, et même avec des personnes singulièrement douées
par l’Esprit de Dieu. Et pourtant Dieu s’est plu à nous donner ces leçons solennelles de ce
qu’est le cœur, même chez les saints de Dieu.

En toute circonstance cette grande vérité oblige la conscience : « ne jugez pas afin que vous
ne soyez pas jugés » (7:1). D’un autre côté il n’y a guère de principe dont l’égoïsme de
l’homme abuse plus facilement. Si une personne continue à marcher dans une voie mauvaise,
et se sert de ce passage pour refuser aux frères le droit de juger sa conduite, il est clair qu’il
fait preuve par là d’un manque de conscience et d’intelligence spirituelle. Son œil est aveuglé
par le moi, et il ne fait rien d’autre que tourner les paroles du Seigneur en excuse pour le
péché. Le Seigneur n’entendait en aucune manière affaiblir le saint jugement du mal ; au
contraire, Il fera plus tard peser cette obligation solennelle sur Son peuple : « ne jugez-vous
pas ceux qui sont de dedans ? » (1 Cor. 5:12). C’était la faute des Corinthiens de ne pas juger
ceux qui étaient au milieu d’eux. Il est donc clair qu’en un sens je dois juger et en un autre
sens je ne dois pas juger. Il y a des cas où je pécherais contre le Seigneur si je ne jugeais pas,
et il y a des cas où le Seigneur l’interdit, et m’avertit que si je le fais, j’attirerai un jugement
sur moi-même. C’est une question très pratique pour le chrétien, de savoir quels sont les cas
où il faut juger et ceux où il ne faut pas. Tout ce qui ressort clairement — ce que Dieu
présente aux yeux de Son peuple, de manière qu’ils le savent eux-mêmes, ou qu’ils en
entendent le témoignage de manière non douteuse — cela ils sont certainement tenus de le
juger. En un mot, nous sommes toujours responsables d’avoir en horreur ce qui offense Dieu,
que ce soit connu directement ou indirectement ; car « on ne se moque pas de Dieu » (Gal.
6:7), et les enfants de Dieu ne doivent pas être gouvernés par de simples considérations
d’ordre technique, dont l’habileté de l’ennemi peut facilement tirer avantage.

Mais que veut dire ici notre Seigneur par ce « ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas
jugés » ? Il ne se réfère pas à ce qui est clair, mais à ce qui est caché ; à ce dont il n’a pas plu à
Dieu d’étaler la preuve aux yeux de Son peuple, pour autant que ce soit quelque chose qui
existe. Nous ne sommes pas responsables de juger ce que nous ne connaissons pas ; au
contraire, nous sommes tenus de veiller contre l’esprit tendant à soupçonner le mal. Il peut y
avoir mal effectif, et même un mal de caractère très grave, comme dans le cas de Judas. Notre
Seigneur dit : « l’un d’entre vous est un diable » (Jean 6:70), et Il a maintenu volontairement
les disciples dans l’ignorance des détails. Remarquez au passage que l’évangile de Jean est le
seul à nous montrer que la connaissance de notre Seigneur en rapport avec Judas Iscariote
était celle d’une Personne divine. Il l’a dit bien longtemps avant que quoi que ce soit vienne
au grand jour. Dans d’autres évangiles tout est tenu dans la discrétion jusqu’à la veille de la
trahison ; mais Jean a été conduit par le Saint Esprit à se rappeler comment le Seigneur le leur
avait dit dès le commencement : et pourtant, bien qu’Il le sût, ils n’avaient qu’à s’en remettre
à Sa connaissance de la chose ; car si le Seigneur le supportait, ne devaient-ils pas faire
pareil ? S’Il ne leur donnait pas de directions sur la manière d’agir à l’égard du mal, ils
avaient à attendre. C’est toujours la ressource de la foi, qui ne se presse jamais, spécialement
dans un cas aussi solennel. « Celui qui croit [JND : se fie à elle] ne se hâtera pas » (És 28:16).
Nous n’avons pas besoin de nous tourmenter sur ce qui n’est pas certain. Dieu voit tout, et
tout est entre Ses mains ; et nous pouvons nous fier à Lui. La patience est le mot d’ordre
jusqu’au moment du Seigneur pour agir avec ce qui Lui est contraire. Le Seigneur laisse Judas
se manifester entièrement, mais il ne fut plus dès lors question de supporter le traître. S’il y a
des cas où nous devons juger, il y a aussi des questions qu’Il ne demande pas à l’Église de
résoudre. Les pires de tous, sont ceux qui s’en vont, non pas ceux qui sont mis dehors. Qu’est-
ce qui condamne le plus un homme que le fait qu’il ne peut plus se tenir dans la présence du
Seigneur, même sur la terre ? Bien sûr aucun mal ne peut subsister en présence du Seigneur
au ciel ; et il ne le peut pas non plus à long terme sur la terre. « Ils sont sortis du milieu de
nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés
avec nous ; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun [d’eux] des nôtres »
(1 Jean 2:19). Ceux-là sont caractérisés comme étant des antichrists. Ce n’était pas
simplement un mal d’ordre moral, mais un mal contre Christ personnellement, et donc un mal
attaquant directement le fondement de la vérité éternelle. « Ils sont sortis ». Ainsi, partout où
il y a ce qui, sans contredit, est contraire à la gloire personnelle de Christ, Lui s’en occupe. Il
y a des cas, comme en 2 Jean, où il convient aussi aux saints de s’en occuper ; mais nous
trouvons en général que de telles personnes s’en vont. Dieu préfère, si j’ose parler ainsi, les
débarrasser Lui-même, déjà ici-bas. Ils ne peuvent pas continuer dans la présence du
Seigneur, même que cette présence soit simplement donnée à connaître sur la terre par la
puissance de l’Esprit de Dieu. Mais tandis qu’il a ces cas où les saints jugent et ceux où le
Seigneur juge, il n’en reste pas moins cette parole : « ne jugez pas afin que vous ne soyez pas
jugés ». Nous devons nous garder d’imputer des motifs, ou de prononcer une sentence sur
l’état absolu d’une personne devant Dieu.

 
1.2   Ch. 7:2

Nous avons à faire attention à ne pas devancer Dieu, de peur de nous retrouver contre Dieu,
dans le détail, sinon pour le principal. Nous ne devons pas briser ce qui est meurtri, en cédant
à des sentiments de personnes ou de partis exacerbés. Quel danger il y a là ! L’effet inévitable
d’un esprit qui juge, est de se retrouver lui-même jugé. Il est partout parlé en mal de l’âme qui
a l’habitude de se comporter en censeur. « Du jugement dont vous jugerez, vous serez vous-
mêmes jugés » (7:2).

Puis Il présente un cas particulier :

1.3   Ch. 7:3

« Et pourquoi regardes-tu le fétu qui est dans l’œil de ton frère, et tu ne t’aperçois pas de la
poutre qui est dans ton œil ? » (7:3). Autrement dit, là où il y a cette propension à juger, on
trouve autre chose d’encore plus grave : c’est le mal habituellement non jugé dans l’esprit
d’un professant ou d’un saint de Dieu et qui fait que cette personne ne reste pas tranquille
dans son désir de prouver aux autres qu’ils ont tort.

1.4   Ch. 7:4

« Ou comment dis-tu à ton frère : Permets, j’ôterai le fétu de ton œil ; et voici, la poutre est
dans ton œil ? » (7:4). Le fétu était bien sûr petit, et il en était fait une grosse affaire, tandis
qu’on passait à côté de la poutre, une chose énorme. Le Seigneur mettait en relief de manière
très forte la vérité qui Le concernait, et le danger qu’il y a à avoir un esprit de suspicion et de
jugement. Et Il montre que la manière correcte d’agir, si nous désirons le bien de Son peuple
et leur délivrance du mal, c’est de commencer par le jugement de soi-même. Si nous désirons
réellement que le fétu soit ôté de l’œil de notre frère, comment faut-il faire ? Commençons par
les fautes graves que nous savons si peu corriger et confesser chez nous : ceci est digne de
Christ. Quelle est Sa manière d’agir avec ? Dit-Il du fétu dans l’œil de notre frère, amenez-le
aux juges ? Pas du tout ; il faut vous éprouver vous-mêmes. C’est là que l’âme doit
commencer. Quand je juge le mal que ma conscience connaît, ou, si elle ne le connaît pas
encore, ce que ma conscience apprend dans la présence de Dieu, — si je commence par cela,
alors je verrai clair pour ce qui concerne les autres ; j’aurai un cœur en état d’entrer dans leurs
circonstances, un œil nettoyé de ce qui rend le cœur biaisé ou inapte à avoir un sentiment
commun avec Dieu à cet égard.

1.5   Ch. 7:5

« Toi, hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu
de l’œil de ton frère » (7:5). On peut trouver cela chez un croyant en principe, quoique, quand
le Seigneur dit « toi, hypocrite », Il fait allusion au mal dans sa forme la plus développée ;
mais même chez nous, nous le connaissons dans une mesure, et qu’y a-t-il de plus opposé à la
simplicité et à la sincérité de la piété ? Le Seigneur montre que ce point précis conduit au mal
le plus haïssable qu’on puisse trouver sous le nom de Christ, celui d’hypocrite, une chose que
même la conscience naturelle ressent vivement et rejette. « Toi, hypocrite, ôte premièrement
de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu de l’œil de ton frère » (7:5). Nous
avons trouvé tellement souvent qu’une fois la poutre ôtée, on ne voit plus le fétu, qui a déjà
disparu. C’est un grand réconfort ; quand le cœur s’appuie sur le Seigneur, aurons-nous du
regret de constater que nous nous sommes trompés à l’égard de notre frère ? Ne vais-je pas
me réjouir de trouver la grâce du Seigneur chez mon frère, si je découvre, dans le jugement de
moi-même, que je suis seul à avoir tort ? Ce peut être douloureux, mais l’amour de Christ
dans le cœur du croyant est réjoui de savoir qu’un déshonneur de plus est épargné à Christ.

Ceci est donc le premier grand principe que le Seigneur ordonne ici. Il faut veiller
sérieusement contre cette habitude de jugement, d’autant plus qu’elle amène de l’amertume
dans l’esprit qui s’y livre, et elle rend l’âme inapte à agir correctement avec une autre : car
nous sommes placés dans le corps, comme l’apôtre Paul le montre, pour que nous puissions
nous être en aide les uns aux autres ; et nous sommes tous membres l’un de l’autre. Le
Seigneur inculque l’esprit de grâce qui cherche le bien des autres, même si cela implique de se
condamner soi-même.

1.6   Ch. 7:6

Mais il y a autre chose. En veillant contre les jugements hâtifs et durs, il risque d’y avoir un
abus de la grâce. Alors le Seigneur lie immédiatement l’un avec l’autre : « Ne donnez pas ce
qui est saint aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les
foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent » (7:6). Faisons bien attention
de nous rappeler que le Seigneur ne parle pas ici de la diffusion de l’évangile aux pécheurs.
Que Dieu nous préserve de manquer à porter l’évangile de la grâce de Dieu aux pécheurs
partout sous le ciel, car tout saint de Dieu devrait en avoir le désir et s’y efforcer. Tous
devraient le faire, c’est-à-dire avoir l’esprit d’amour actif qui va vers les autres, avec le désir
énergique du salut et de la bénédiction des âmes : ce serait une triste carence que de ne pas
aller plus loin que d’amener les âmes à Christ. La seule pensée digne d’un chrétien, c’est la
gloire de Christ, et on devrait par conséquent chercher à croître dans et vers Christ en toutes
choses, et à chercher et à faire la volonté de Dieu. Dans ce verset le Seigneur ne soulève pas la
question de diffuser l’évangile sans faire de distinction, car s’il y avait des différences à faire,
nous savons que l’évangile conviendrait surtout à ceux qui ont été des chiens, — ce qui dans
le langage des Juifs était une figure de tout ce qui est abominable. « Et quelques-uns de vous,
vous étiez tels ; mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été
justifiés au nom du seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Cor. 6:11). L’apôtre
venait de parler des voleurs, des ivrognes, des ravisseurs, etc. On aurait pu demander : la
méchanceté de certains n’est-elle pas plus grande que celle d’autres ? Sur un plan terrestre, on
pourrait dire : oui, certainement à tous égards ; mais en sauvant des âmes, Dieu ne fait pas ces
distinctions. Ainsi, s’agissant de croyants Juifs, Paul dit qu’ils étaient « enfants de colère
comme aussi les autres » (Éph 2:3). Il peut y avoir eu des caractères d’une grande élévation
morale parmi eux. Cela les rend-il plus propres à être des objets de la grâce de Dieu ? Hélas !
quand une âme trouve de quoi se justifier dans ce qu’elle est, rien n’est plus dangereux. Il est
difficile pour quelqu’un qui éprouve ce sentiment de se courber devant la vérité qu’il ne peut
entrer au ciel sur aucune autre base que celle des publicains et des pécheurs. C’est bien cela
qu’il faut, si l’âme doit recevoir le salut de la part de Dieu par la foi en Jésus Christ.
Le Seigneur n’est donc nullement en train de restreindre la diffusion de l’évangile en tout
lieu ; mais Il parle des relations des Siens avec ceux qui ont une marche profane. Le chrétien
n’a pas à agir avec l’homme mondain comme étant sur le même terrain ; il n’a pas à étaler
pour lui les trésors particuliers qui sont la portion du chrétien. L’évangile doit être répandu
libéralement ; il s’agit des richesses de la grâce de Dieu. Mais à côté de l’évangile, j’ai les
affections spéciales de Christ pour l’église, Sa seigneurie vis-à-vis de Ses serviteurs, Sa
sacrificature, l’espérance de Son retour, etc.

Si vous vous mettez à parler de ces choses qu’on peut peut-être qualifier de perles des saints,
avec ceux qui de toute évidence ne sont pas chrétiens, vous êtes sur un mauvais terrain. Si
vous insistez sur les devoirs du fidèle dans un cercle mondain, c’est donner ce qui est saint
aux chiens. Il y a des ressources bénies pour les chiens, il y a ce que le Seigneur dispose pour
eux : les miettes qui tombent de la table des maîtres (Matt. 15:27). Et telle est la grâce de Dieu
envers nous : les miettes qui tombent pour être notre portion, à nous pauvres chiens de Gentils
que nous étions, voilà ce qu’il y a de mieux. Qu’y a-t-il de pareil à ce qui découle de la grâce
du Seigneur ? Quels que soient les bienfaits promis aux Juifs, la grâce de Dieu a manifesté
dans l’évangile une bénédiction plus grande que tout ce qui fut jamais promis à Israël. Israël
peut-il apprendre à connaître quelque chose de mieux que la délivrance de Dieu que nous
connaissons maintenant ? La conscience d’être en un instant complètement purifié de tout
péché, et d’être en possession, immédiatement et pour toujours, de la justice de Dieu en
Christ ; et d’avoir accès présentement à Dieu comme Père à travers le voile déchiré ; et d’être
faits Son temple par le Saint Esprit demeurant en nous. Comme le Seigneur Lui-même disait à
la femme samaritaine : « si tu connaissais le don de Dieu, et qui est Celui qui te dis ‘donne-
moi à boire’, tu Lui aurais demandé et Il t’aurais donné de l’eau vive » (Jean 4:10). Quand
Christ est reçu maintenant, quelle que soit la personne dont il s’agisse, il y a cette plénitude de
bénédiction. Nous n’avons même pas à aller au puits maintenant, car la fontaine est à
l’intérieur du croyant. « L’eau que je lui donnerai sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en
vie éternelle » (Jean 4:14). Il y a ainsi beaucoup de passages de la Parole de Dieu qui font voir
combien Sa grâce est vaste et parfaite, tandis qu’elle interdit de jeter certaines choses sans
réserve parmi les personnes mondaines, car elles n’en sont pas des objets convenables. Tout
acte qui implique la communion entre un croyant et un incroyant est infidèle. Prenez par
exemple la question du culte, et l’habitude d’appeler culte (ou : adoration) tout le cycle de
dévotions. Mais le culte suppose la communion avec le Père et avec le Fils, et les uns avec les
autres dans ce culte. Il n’y a pas et ne peut pas y avoir de communion réelle dans les formes
habituelles de prière. En effet vous constaterez que les évangéliques ne font guère cas des
prières, mais les supportent à cause du sermon. Le système fondé sur un rituel facile qui
prétend régénérer tous les participants et qui unit croyants et incroyants dans une seule
manière d’être, et qui appelle cela du culte ou de l’adoration, c’est jeter ce qui est profane aux
chiens. N’est-ce pas une tentative à peine voilée de mettre les brebis et les chiens sur le même
terrain ? C’est en vain ! Vous ne pouvez unir devant Dieu les ennemis de Christ et ceux qui
Lui appartiennent. Vous ne pouvez mêler en un seul peuple ceux qui ont la vie et ceux qui ne
l’ont pas. Essayer de le faire, c’est pécher, et cela se termine toujours par la faillite et la
déception, et du déshonneur pour le Seigneur. Tous les efforts d’avoir un culte avec ce
caractère mélangé tombent directement sous le coup de ce verset 6. D’un autre côté, prêcher
l’évangile en le gardant dissocié du culte, c’est juste et béni. Quand le jour du jugement
viendra sur ce monde, sur qui tombera le coup le plus terrible ? Non pas sur le monde
ouvertement profane, mais sur Babylone, parce que Babylone est la confusion de ce qui est de
Christ avec le mal, c’est-à-dire la tentative de rendre la communion possible entre la lumière
et les ténèbres (2 Cor. 6:14). Il y a ce dont nous sommes responsables, selon ce que dit
l’apôtre : « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés
et que vous ne receviez pas de ses plaies » (Apoc. 18:4). C’est le fait de participer à ses
péchés qui rend l’affaire grave vis-à-vis de Dieu. C’est accepter un terrain commun sur lequel
l’Église et le monde peuvent se rejoindre, alors que l’objectif de Dieu, et celui pour lequel
Christ est mort, est et était précisément d’avoir un peuple séparé pour Lui, de manière à ce
que, par leur consécration même à Dieu, ils soient un lumière dans ce monde — non pas des
témoins orgueilleux disant « tiens-toi là, car je suis plus saint que toi » (És. 65:5), mais une
épître de Christ qui dise au monde où trouver l’eau vive, et qui leur offre de venir : « que celui
qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie » (Apoc. 22:17). La lumière de l’Église, reflet
de Christ, brille sur l’eau vive que Christ donne à celui qui veut. Là où on ne confond pas la
religion du monde avec l’adoration (ou : culte) qui monte vers Dieu de la part de Son peuple,
là vous aurez aussi la vraie ligne de démarcation entre les cas où il faut juger et les cas où il ne
le faut pas. Il y aura le service actif envers le monde par l’évangile, et pourtant la séparation
soigneuses de l’église d’avec le monde. C’est aussi vrai individuellement. N’y aurait-il même
qu’un seul saint en un lieu donné, il n’a pas à jeter ses perles devant les pourceaux ; et s’il
s’agit d’une assemblée, elle a à s’en garder en tant que corps. Quel test pour le cœur ! Les
gens s’appuient sur le passage de la Parole de Dieu qui dit « Si quelque incrédule vous convie,
et que vous vouliez aller, etc. » (1 Cor. 10:27) ; mais faites attention comment vous allez et
dans quel but. Si vous allez avec de la confiance en vous-mêmes, vous ne ferez que
déshonorer Christ ; si c’est pour vous faire plaisir, c’est un motif misérable ; si c’est pour
plaire aux autres, ce n’est guère mieux ; si c’est réellement pour servir Dieu et plaire à notre
prochain en vue de l’édification (Rom. 15:2), il faudra se donner de la peine, et il faudra de la
révérence et une sainte crainte, de peur d’oublier le Dieu vivant et le fait qu’Il est un feu
consumant. Car le Dieu du croyant est un feu consumant ; Il est tel dans Ses voies à notre
égard, et il faut Lui en être reconnaissant. Il n’épargne pas plus le mal chez nous qu’Il ne veut
que nous l’épargnions. Il peut y avoir des occasions où l’amour de Christ peut contraindre une
âme à aller porter témoignage à Son amour dans un cercle mondain ; mais si nous savons
combien il est facile que des paroles nous échappent et que des choses soient faites, alors
qu’elles impliquent de la communion avec ce qui est contraire à Christ, il y aurait de la crainte
et du tremblement ; or là où il y a de la confiance en soi, il ne peut jamais y avoir la puissance
de Dieu.

2 Matthieu 23 — Contre les professants.


                       

Le Judaïsme encore reconnu


2.1   Rappel du chapitre 22 et généralités sur le chapitre 23

Le chapitre 22 a réduit au silence ceux qui prétendaient avoir le plus de lumière. Ne croyant
pas en Christ, ils étaient destitués de la seule clef susceptible de leur ouvrir l’Écriture ; et le
Psaume 110 qui rend pourtant un témoignage brillant à leur Messie, était une nuée ou
brouillard épais, non seulement pour les égyptiens d’alors et d’autrefois, mais maintenant
pour Israël. Ils ne voyaient pas Sa gloire, et étaient donc irrémédiablement déconcertés,
incapables de comprendre que David, parlant par l’Esprit, puisse appeler son fils son
Seigneur.
 

2.2   Condamnation des gens religieux = professants

Dans ce chapitre 23, le Seigneur prononce la condamnation de la nation, et par-dessus tout


non pas celle des gens qu’on serait le plus porté à dénoncer, non pas celle des gens
ouvertement hors la loi, dévergondés ou violents, ni celle des Sadducéens sceptiques et amis
de leurs aises, mais la condamnation de ceux qui étaient tenus généralement en la plus haute
estime à cause de leur connaissance et de leur sainteté religieuse. C’est toujours le cas dans les
voies de Dieu à l’égard de Son peuple. La conscience, l’homme, le monde même peuvent
juger l’immoralité grossière avec plus ou moins d’exactitude. Dieu voit et évite ce qui a bonne
apparence aux yeux humains, tout en étant faux et profane. La Parole de Dieu montre
explicitement qu’il faut qu’il en soit ainsi. Les malheurs les plus terribles en réserve pour ce
monde, ne sont pas ceux destinés aux ténèbres du paganisme, mais au judaïsme rebelle
comme à la chrétienté corrompue, c’est-à-dire le domaine où la vérité est le plus connue et où
les privilèges les plus excellents ont été conférés, mais dont, hélas ! la puissance a été
méprisée et niée. Cela ne veut pas dire que, quand Dieu se lèvera en jugement, il laissera les
nations païennes impunies. Elles n’échapperont pas au châtiment, et boiront certainement leur
part de coupe du jugement. « Écoutez cette parole que l’Éternel prononce sur vous, fils
d’Israël, sur la famille entière que j’ai fait monter du pays d’Égypte, disant : Je vous ai
connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous
toutes vos iniquités » (Amos 3:1-2). Il en est maintenant également de même avec les Gentils
professants : plus la lumière accordée a été complète, plus riche a été la grâce révélée dans
l’évangile, plus il y a de raisons fortes pour que des jugements impitoyables atteignent la
chrétienté, quand le glas de la vengeance divine sonnera pour ceux de la terre qui ne
connaissent pas Dieu et n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus Christ (2 Thes.
1:8). Le Seigneur ne voit pas comme l’homme voit, à la fois en grâce et en jugement : car
l’homme regarde à l’apparence, mais le Seigneur regarde au cœur (1 Sam. 16:7). Jésus ne
parlait pas autrement dans la scène que nous avons sous les yeux.

2.3   Ch. 23:1

Il est cependant remarquable que dès le début du premier verset, Il parle « aux foules et aux
disciples ». Ils étaient encore, dans une grande mesure, vus comme allant ensemble, et il en a
été ainsi jusqu’à la mort et à la résurrection de Christ ; et même alors, le Saint Esprit n’a brisé
les liens que lentement, un par un, et ce n’est que peu avant la destruction de Jérusalem qu’Il
fait entendre Sa dernière parole au résidu Juif (chrétien, alors, bien sûr) par plusieurs témoins.
Mais en principe, il n’y avait pas de séparation [du résidu fidèle d’avec la foule, la masse] et il
ne pouvait pas y en avoir avant la croix. Il y a donc une erreur fatale à se servir de ce qui avait
lieu en Israël avant la mort de Christ comme argument pour négliger la sainte union à part du
monde, à laquelle les croyants sont appelés depuis ce jour capital. Avant la mort de Christ, le
fondement de cette union n’était même pas encore posé, le mur de clôture subsistait encore
(Éph. 2:14), et bien que la foi qui pénétrait jusqu’au plus profond de la gloire de la personne
du Seigneur, ne manquait pas de récolter une riche récompense et un accueil parfait,
cependant il aurait été prématuré, et même contraire à l’ordre divin, de conduire les Juifs hors
du camp (Héb. 13:13), ou de les réunir avec les Gentils en un seul corps avant la croix. Plus la
sentence prononcée ou exécutée par Dieu est solennelle, plus le déploiement de Sa patience
est grand et merveilleux. Et s’Il nous appelle à la patience, combien la Sienne est étonnante !
Combien la patience a Son œuvre parfaite dans Son cas ! (Jacq. 1:4). Mais que dire alors de
l’esprit qui abuse de Sa patience envers ce qu’Il va juger, niant par-là la vérité également
certaine de Son amour sensible et de Son soin jaloux sur ceux qui sont en Christ dans la
proximité de relation la plus intime avec Lui ? Il parle paix à Ses saints, mais qu’ils ne
retournent pas à la folie (Ps. 85:8).

2.4   Ch. 23:2-12

2.4.1        Ch. 23:2-7 – La chaire de Moïse reconnue

Cela faisait donc partie de la mission juive de notre Seigneur de dire : « Les scribes et les
pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. Toutes les choses donc qu’ils vous diront,
faites-les et observez-les » (23:2-3). Mais Il prenait soin de donner des avertissements pour
que les scribes et les pharisiens ne soient à aucun égard la norme personnelle du bien et du
mal. « Ne faites pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas ». Ils étaient en eux-
mêmes des phares, modèle du mal, de ce qui n’est pas droit (23:4-7). Et pourtant, non
seulement les disciples sont encore mis dans la même catégorie que les foules, mais alors que
le Seigneur dénoncent très sévèrement ces guides religieux, les disciples sont déclarés par le
Seigneur Lui-même être encore tenus de reconnaître ceux qui sont assis dans la chaire de
Moïse. C’est là qu’ils étaient en fait, et le Seigneur maintient, au lieu de la dissoudre,
l’obligation de les reconnaître, eux et tout ce qu’ils mettaient en avant, en tout cas ce qui
provenait de la loi, non pas ce qui provenait de leurs traditions. C’était honorer Dieu malgré
les hypocrites qui ne cherchaient que l’honneur des hommes pour eux-mêmes. Mais cela
n’offre aucune justification pour les faux apôtres ou leurs successeurs pleins d’illusion
aujourd’hui. Car les apôtres n’avaient pas de chaire comme celle de Moïse, et le christianisme
n’est pas un système d’ordonnances ou d’observances formelles comme la loi, mais là où il
est réel, il est le fruit de l’Esprit par la vie en Christ, qui est formée et nourrie par la Parole de
Dieu.

2.4.2        Le chrétien n’est pas dans la même position que les saints de l’Ancien
Testament

On a insisté récemment avec assurance, dans des cercles dont on aurait mieux espéré, que
comme les saints de l’Ancien Testament comptaient sur Christ, et qu’ils avaient la vie
éternelle par la foi, bien qu’ils fussent sous la loi, ainsi maintenant nous qui croyons en Christ
sommes malgré tout sous la loi comme eux, et au même sens qu’eux, même si, comme eux,
nous sommes justifiés par la foi. Or, cela a beau paraître plausible et normal à certains, je
n’hésite pas à déclarer cela très mauvais. C’est ramener délibérément les âmes dans la
condition dont l’œuvre de Christ nous a tirés et délivrés. Les Juifs d’autrefois étaient placés
sous la loi par le sage conseil de Dieu, jusqu’à ce que vienne la Semence promise pour opérer
une complète délivrance ; et les saints du milieu des Juifs, bien que s’élevant au-dessus de
cette position par la foi, étaient durant toute leur vie assujettis à la servitude et à l’esprit de
crainte (Héb. 2:15). Christ nous a affranchi, par la grande grâce de Dieu, par Sa mort et Sa
résurrection, à la suite de quoi nous avons reçu l’Esprit d’adoption par lequel nous crions :
« Abba, Père ». Pourtant, malgré le témoignage clair rendu par Dieu au changement capital
apporté par la venue de Son Fils, et malgré l’accomplissement de Son œuvre et le don du
Saint Esprit, voilà qu’on propose ouvertement et sérieusement, comme si cela faisait partie de
la foi une fois enseignée aux saints (Jude 3), que cette œuvre merveilleuse et ce déploiement
de la grâce divine soient mis de côté, avec ce qui en résulte pour le croyant, et que l’âme soit
replacée sous l’ancien joug et l’ancienne condition. C’est sans doute certainement et
précisément l’objectif de Satan, un effort pour effacer tout ce qui caractérise le christianisme
par le moyen d’un retour au judaïsme. Le seul point qui étonne, c’est de trouver un pareil aveu
éhonté sur le sujet, de la part de gens qui ont professé la lumière de l’évangile.

La vraie réponse à une aussi mauvaise compréhension de Matthieu 23, et une aussi mauvaise
application de portions semblables de la sainte Écriture, est que jusqu’à ce point, notre
Seigneur continuait Sa mission proprement messianique (et Il l’a fait jusqu’au dernier
moment) ; et cela impliquait que la nation et le résidu soient maintenus sous la loi, et non pas
sous la puissance libératrice de Sa résurrection. Cependant aucun des disciples ne pouvait
encore dire : « En sorte que nous, désormais, nous ne connaissons personne selon la chair ; et,
si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons
plus [ainsi]. En sorte que si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création : les choses
vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles ; et toutes sont du Dieu qui
nous a réconciliés avec lui-même par Christ, et qui nous a donné le service de la
réconciliation » (2 Corinthiens 5:16-18). Maintenant, au contraire, ceci est devenu le langage
normal du chrétien. Il ne s’agit pas d’atteindre spécialement un niveau extraordinaire de foi,
mais de se soumettre simplement et présentement à tout le témoignage chrétien rendu dans le
Nouveau Testament. Et je peux ajouter, que ce que la loi était pour les Juifs, la Parole de Dieu
dans toute son étendue, l’est pour les chrétiens, spécialement cette partie du Nouveau
Testament qui est fondée sur la mort, la résurrection, la glorification de Christ et l’envoi du
Saint Esprit ici-bas, et qui vient à la suite de cela. Même si nous étions Juifs, l’ancien lien est
dissous par la mort, et nous sommes mariés à un autre (voir début de Rom. 7), à Christ
ressuscité d’entre les morts. Ainsi, avoir à la fois Christ et la loi comme guide et comme règle,
c’est comme avoir deux maris en même temps ; c’est une sorte d’adultère spirituel. Même
soumis les uns aux autres en grâce (Éph. 5:21), nous n’avons à tenir compte d’aucune autorité
sinon celle de Dieu dans les choses de Dieu.

2.4.3        Ch. 23:4-7 – Usage des répréhensions du Seigneur pour nous

Certes nous pouvons et devons tirer un profit moral de la censure adressée par notre Seigneur
aux scribes et aux pharisiens : car qu’est-ce que le cœur ! (Jér. 17:9). Nous avons à nous
garder d’imposer aux autres ce que nous négligeons d’observer nous-mêmes. Nous avons à
veiller à ne pas faire les œuvres pour être vus des hommes. Nous avons à prier pour ne pas
admettre l’esprit du monde, pour ne pas être à la recherche de la prééminence, au dedans et au
dehors (23:4-7).

2.4.4        Ch. 23:8-12 – Y a-t-il des conducteurs à respecter ?

La vérité est qu’ici comme partout, la puissance de la vérité et la bénédiction dépendent de


l’acquiescement de cœur à la gloire de Christ sous une forme ou sous une autre, et à la suite
de cela, à notre participation à Ses pensées et Ses sentiments. D’où les paroles : « Mais vous,
ne soyez pas appelés : Rabbi ; car un seul est votre conducteur, [le Christ] ; et vous, vous êtes
tous frères. Et n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre père, celui qui
est dans les cieux. Ne soyez pas non plus appelés conducteurs ; car un seul est votre
conducteur, le Christ » (23:8-10). Il ne s’agit pas ici des dons variés que le Seigneur a
conférés par le Saint Esprit à Ses membres dans Son corps, l’Église, mais il s’agit de l’autorité
religieuse dans le monde, et d’un certain statut et d’un certain respect attribués en vertu d’une
fonction ou d’une position ecclésiastique. Ce serait gouverner les choses divines selon les
principes des hommes, et récompenser le fruit de la grâce de Dieu, s’il y en a du réel, par ce
qui s'adresse au cœur humain et qui fait plaisir à son vil égoïsme. Ainsi tout en affirmant
l’autorité de la loi dans la sphère pour laquelle elle a été donnée, il y a un accroissement
progressif de la sévérité dans la dénonciation de l’indignité morale de ceux qui s’en servent
pour s’exalter eux-mêmes. Mais jusqu’ici il n’y a aucun développement des bienheureuses
ressources que Son amour a voulu donner, une fois monté en haut, pour le perfectionnement
des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ (Éph 4:12). Mais le
grand principe moral du royaume (qui reste toujours vrai, je n’ai pas besoin de le dire) est
appliqué ici : « Le plus grand de vous sera votre serviteur. Et quiconque s’élèvera sera
abaissé ; et quiconque s’abaissera sera élevé » (23:11-12). La croix et la gloire divine n’ont
fait qu’accentuer la valeur et l’importance de ces paroles du Sauveur ; mais auparavant et
indépendamment du nouvel ordre de choses dans l’Église, ces paroles portaient Son empreinte
et avaient cours pour le royaume.

2.5   Ch. 23:13-33

Les scribes et les pharisiens étaient en contraste net avec ce modèle du vrai service pour les
disciples, et le Seigneur va maintenant prononcer huit malheurs solennels contre eux (23:13-
33). Que pouvait-Il dire d’autre au sujet de gens qui non seulement n’entraient pas dans le
royaume des cieux, mais qui empêchaient ceux qui étaient disposés à y entrer ? Ceux qui
cherchaient l’influence religieuse sur les faibles et les sans défense, en vue de faire du gain,
que méritaient-ils d’autre ? Certes leur zèle pour faire des prosélytes était infatigable, mais
quel en était le fruit pour Dieu dans les âmes ? Ceux qui étaient enseignés, n’étaient-ils pas,
comme d’habitude, le meilleur signe indicateur de pareils enseignants, comme étant plus
simples et plus honnêtes selon la chair, francs et ouverts quant à leurs voies, leur but et leur
esprit ? Ensuite [23:16-22] on a la mise à nu du coupage de cheveux en quatre au moyen de
distinctions extérieures, tout en méconnaissant réellement l’autorité de Dieu ; et il y a [23:23-
24] l’insistance sur des violations infimes jointe à la négligence de la vérité morale éternelle la
plus claire. Ensuite [23:25-28] sont découverts les efforts pour avoir de l’apparence
extérieure, malgré l’impureté intérieure, et ceci à la fois dans le travail et la vie et les
personnes, lesquelles étaient pleines de perfidie et propre volonté, tout en se parant [23:29-33]
et affectant une grande vénération pour les prophètes et les justes qui avaient souffert
autrefois, sans plus agir désormais sur les consciences. Ce dernier point leur donnait beaucoup
de crédit. Cet étalage d’honneur rendu aux justes morts et disparus, voilà ce qui coûte le
moins et qui, dans ce monde, rapporte le plus de réputation religieuse, spécialement quand on
se rattache à eux en apparence, comme si l’on était dans la même association. La succession
semble naturelle, et cela semble être de la dureté que d’accuser ceux qui honorent aujourd’hui
les saints morts, spécialement de les accuser d’avoir le même esprit de rébellion que ceux qui
les persécutaient et les mettaient à mort en leur temps. Mais (23:34-35) le Seigneur les testait
d’une manière rapide et décisive, et démontrait l’inclination réelle et l’esprit de la religion du
monde. « C’est pourquoi voici, moi, je vous envoie des prophètes, et des sages, et des
scribes ; et vous en tuerez et vous en crucifierez, et vous en fouetterez dans vos synagogues, et
vous les persécuterez de ville en ville, en sorte que vienne sur vous tout le sang juste versé sur
la terre, depuis le sang d’Abel le juste, jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous
avez tué entre le temple et l’autel ». C’était (23:36) moralement et tout le temps la même race
avec le même caractère. Dans Son juste gouvernement, le Seigneur ajoute : « En vérité, je
vous dis : toutes ces choses viendront sur cette génération ». Ainsi serait jugée la pleine
mesure, qui avait commencé par leurs pères et avait été complétée par eux (23:32). Ils étaient
hypocrites sur tous les chefs d’accusation relevés par le Seigneur, et étant aussi coupables que
le pire de leurs prédécesseurs, ils allaient bientôt montrer où ils en étaient vraiment de leur
auto-satisfaction. Ils étaient effectivement des serpents, de la race des vipères. Comment
pourraient-ils échapper au jugement de l’enfer ?

2.6   Ch. 23:37-39

Pourtant, combien est touchante ici la lamentation du Seigneur sur la cité coupable, Sa propre
cité : « Jérusalem, Jérusalem, la [ville] qui tue les prophètes, etc. » (23:37). Sa gloire éclate
plus que jamais ; le Messie rejeté est en vérité l’Éternel (Jéhovah). Lui avait voulu les
rassembler, et combien de fois ! mais eux ne le voulaient pas. Ce n’était plus Sa maison, ni la
maison de Son Père, mais la leur, et elle leur est laissée désolée. Néanmoins, malgré cette
parole de jugement si solennelle, il y a espoir à la fin. « Car je vous dis : Vous ne me verrez
plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
(23:39). Israël doit encore voir son Roi, mais pas avant qu’un résidu pieux d’entre eux se
convertisse pour l’accueillir au nom de l’Éternel.

3                         Matthieu 28
3.1   Ch. 28:16-17

« Et les onze disciples s’en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait ordonné
[de se rendre]. Et l’ayant vu, ils lui rendirent hommage ; mais quelques-uns doutèrent »
(28:16-17).

Et pourtant ceux-ci qui doutaient étaient des disciples. Combien Dieu est bon ! Combien Il est
au-dessus des pensées de la nature ! L’homme aurait dissimulé ce fait. Pourquoi dire que
quelques-uns de Ses disciples ont douté ? ceci n’allait-il pas être une pierre d’achoppement
pour d’autres ? — En réalité il est profitable de connaître les profondeurs de nos cœurs
incrédules, de voir que, même en la présence de Jésus ressuscité, « quelques-uns doutèrent ».
Quel que soit Son amour pour Ses enfants, Dieu ne leur cache jamais leurs péchés, ni ne passe
légèrement dessus.

 
3.2   Ch. 28:18-20

« Et Jésus, s’approchant, leur parla, disant : Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la
terre. Allez donc, et faites disciples toutes les nations, les baptisant pour le nom du Père et du
Fils et du Saint Esprit, leur enseignant à garder toutes les choses que je vous ai commandées.
Et voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle » (Matthieu
28:18-20).

En face de telles expressions, il m’apparaît qu’il aurait été déplacé de parler de l’ascension.
Après avoir dit « voici, moi je suis avec vous toujours », combien il aurait été tout à fait hors
de place de donner des détails sur Son départ au ciel ! C’est ici que le rideau tombe.
Autrement la bénédiction de cette promesse ne serait pas restée intacte sur les cœurs. Ainsi, la
mise de côté de Son départ me semble être le couronnement de la beauté de la promesse
laissée lors du départ, et de tout cet évangile.

Pourquoi n’y a-t-il pas ici la « repentance et la rémission des péchés » ? pourquoi n’y a-t-il
pas l’idée de « prêcher l’évangile à toute créature » ? En quoi la conclusion de Matthieu est-
elle particulièrement convenable ? Le Seigneur rejeté comme Messie Juif, dévoile de
nouvelles manières d’agir de Dieu vis-à-vis des hommes. Auparavant, ils ne devaient même
pas aller auprès des Samaritains ; mais ici c’est une sphère toute nouvelle qui s’ouvre. Il ne
s’agit plus de Dieu comme ayant une demeure particulière dans une nation ; il s’agit
maintenant de la pensée beaucoup plus large : « Allez donc, et faites disciples toutes les
nations, les baptisant pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (28:19). Le baptême
est ici en contraste avec la circoncision, et la pleine révélation de la Déité est en contraste
avec le nom de l’Éternel (Jéhovah) par lequel Dieu était connu en Israël.

« Leur enseignant à garder toutes les choses que je vous ai commandées ». Ceci concorde
avec le sermon sur la montagne où le Seigneur dit, en contraste avec les temps précédents,
« mais Moi je vous dis ». Il était le Prophète comme celui que Dieu avait promis à Moïse de
susciter, et qu’ils étaient tenus d’écouter (Deut. 18:18-19). Quelle direction spécialement
appropriée pour les disciples Juifs ! Ils avaient à enseigner toutes les choses que Jésus avait
commandées. Il était le bien-aimé Fils de Dieu qui désormais devait, par excellence, être
écouté. Il ne s’agissait pas de mettre les Gentils sous la loi, ce qui a été la ruine de la
chrétienté, la négation du christianisme, et le profond déshonneur de Christ Lui-même.

Et ici tout s’achève. Les disciples allaient entrer dans une scène troublée, mais « voici, moi je
suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle » (28:20). Ceci suffisait et
suffit à la foi. Le Seigneur donne l’assurance que, à la fois pour ce siècle et pour toujours,
nous pouvons mettre la confiance de nos âmes dans cette parole qui demeurera encore quand
le ciel et la terre auront passé !

Common questions

Alimenté par l’IA

La période de la "grande tribulation" est décrite comme un temps de souffrance intense et universelle, visant particulièrement les croyants juifs et une multitude de toutes nations, en proie à la colère de Dieu mais aussi à l'activité satanique violente . Satan, précipité du ciel, provoque cette tribulation en cherchant à anéantir le témoignage du Résidu juif et des croyants . Les effets attendus sur les croyants incluent une purification par les épreuves, et son aboutissement sera, pour ceux qui persévèrent jusqu'à la fin, le salut . La tribulation vise à renverser le faux témoignage de la chrétienté apostate et éprouver les croyants tout en préparant leur délivrance finale .

Le Royaume de Dieu ne peut pas être mélangé avec les valeurs et les systèmes du monde car le royaume des cieux est basé sur des principes spirituels qui diffèrent fondamentalement des objectifs terrestres, tels que l'amour, l'humilité et le renoncement, opposés à la domination et à l'autorité mondaines . Les enseignements de Jésus Christ soulignent que toute tentative de mélanger croyants et non-croyants dans un culte commun vide de sens spirituel et contraires aux principes divins conduit à un échec spirituel et à un déshonneur pour le Seigneur . En outre, le jugement de Dieu sera sur les incrédules et les serviteurs infidèles, illustrant la séparation nécessaire entre le Royaume de Dieu et les systèmes terrestres corrompus . Enfin, le Royaume des Cieux est prophétisé comme une entité céleste qui ne tolérera pas le mélange avec des valeurs profanes ou des agents du mal dans sa consommation ultime .

Les événements de la Passion soulignent l'injustice et l'incompréhension de la mission de Jésus à travers divers épisodes. Premièrement, la purification du temple et les miracles de guérison mettaient en évidence la mission de Jésus comme agent de purification et de guérison, pourtant, cela provoqua l'indignation parmi ceux qui rejetaient sa vérité et son autorité . Ensuite, malgré l'annonce explicite de ses souffrances et de sa mort imminente, les disciples ne comprenaient toujours pas sa mission, illustrée par la demande égoïste de la mère de Jacques et Jean, montrant leur incompréhension des vérités profondes que Jésus enseignait . La parabole des vignerons, où le peuple d'Israël est décrit comme chassant l'héritier légitime, illustre la révolte contre Jésus, le rejetant complètement, bien qu'il soit le maître de toute chose . Les chefs religieux, sourds à la vérité annoncée par Jésus et obsédés par leur propre prestige, étaient aveuglés par leur justice extérieure, négligeant la justice véritable et rejetant la pierre angulaire qu'était Jésus . Enfin, l'accusation sévère envers les pharisiens comme meurtriers des prophètes démontre le décalage entre leur position religieuse et leur incapacité à reconnaître la mission rédemptrice de Jésus . Ainsi, la Passion illustre à la fois le rejet par l'humanité de la grâce incarnée en Christ et l'incompréhension de sa mission de rédemption.

L'évangile du royaume, proclamé par Jésus lors de son ministère, annonçait la proximité du royaume prophétisé où Christ régnerait et manifestait la puissance divine pour prouver cette proclamation, tel que des guérisons physiques . Il était destiné à inciter les gens à se soumettre à l'autorité royale de Jésus avant son règne terrestre à venir . En revanche, l'évangile de la grâce, prêché principalement après l'ascension de Jésus, se focalise sur la mort et la résurrection de Christ, offrant le pardon des péchés comme un don gratuit de Dieu grâce au sacrifice expiatoire de Jésus . Alors que l'évangile du royaume était orienté vers l'établissement et la reconnaissance de la seigneurie de Christ, l'évangile de la grâce se concentre sur le salut individuel par foi et la saison de la grâce qui persiste avant le jugement futur .

Le chapitre 21 de Matthieu montre l'incompréhension et le rejet de Jésus par le peuple juif à travers plusieurs événements. Jésus entre à Jérusalem en tant que roi prophétisé, mais le peuple ne comprend pas la nature de son règne humble (Matthieu 21:1-11). Ensuite, les commerçants du temple sont expulsés par Jésus, ce qui illustre la corruption religieuse et l'incompréhension des véritables priorités spirituelles (Matthieu 21:12-13). De plus, Jésus est confronté à des chefs religieux qui remettent en question son autorité et cherchent à le piéger, montrant leur rejet de son message et leur manque de compréhension de sa mission messianique (Matthieu 21:23-27). Les paraboles de Jésus sur les vignerons meurtriers et les deux fils soulignent cette incompréhension et ce rejet, dénonçant l'hypocrisie des leaders religieux qui ne reconnaissent pas l'accomplissement des promesses messianiques en Jésus (Matthieu 21:28-46).

L'apparition en gloire de Jésus lors de la Transfiguration dans Matthieu 17 a pour but de donner aux disciples un aperçu de sa majesté royale future après les souffrances et le mépris qu'il a subis . Cette vision préfigure son retour en puissance et en gloire . La gloire révélée sur la montagne renforce leur compréhension de sa véritable identité et de son rôle divin, car Dieu Lui-même distingue Jésus de Moïse et Élie, soulignant son statut de Fils bien-aimé . Bien que les disciples soient d'abord incapables de supporter la scène, cet événement sert à préparer et renforcer leur foi pour les épreuves futures et leur mission après la résurrection .

La confrontation de Jésus avec Satan dans le désert a été cruciale pour son ministère en démontrant la manière dont il a résisté aux tentations en utilisant la parole de Dieu, à la différence d'Israël qui avait échoué dans le désert . Cette épreuve a établi la certitude de son engagement envers la mission divine, en soulignant sa dépendance à la parole divine pour vaincre le diable . Sa victoire a démontré qu'il n'était pas soumis aux convoitises humaines classiques, ce qui a préparé le terrain pour l'entrée de Jésus dans son ministère public, marquée par la proclamation du royaume de Dieu . En répondant par la scripture à chaque tentation, Jésus a montré sa fidélité inébranlable à Dieu, ce qui a donné le ton pour son ministère ultérieur de révélation divine et la façon dont il appellerait les autres à suivre .

Les "jours de douleur" dans l'évangile de Matthieu symbolisent une période de grande tribulation associée à la fin des temps, spécifiquement destinée au peuple juif et à ceux qui se convertiront par leur biais . Cette période est caractérisée par des événements catastrophiques, tels que l'obscurcissement du soleil, la chute des étoiles, et des bouleversements cosmiques . Ces jours sont aussi une période de jugement où les puissances établies seront renversées, et cela précédera l'apparition du Fils de l'homme dans sa gloire . Cela concerne particulièrement le "résidu juif" et précède la venue du Fils de l'homme, un temps où la bonté divine est manifestée à travers l'abrègement des jours de douleur pour le bien des élus .

Le désert dans le ministère de Jean le Baptiste et de Jésus symbolise l'épreuve, la tentation et la préparation spirituelle. Jean prêchait dans le désert, appelant à la repentance et à préparer le chemin du Seigneur . Jésus, immédiatement après son baptême, a été conduit dans le désert pour être tenté par le diable, échoant à Israël qui a failli dans le désert . Le désert représente ainsi un lieu de confrontation spirituelle et de victoire sur la tentation, une étape nécessaire avant de commencer un ministère public .

Le Sermon sur la montagne, dans Matthieu 7, conseille aux disciples de ne pas juger les autres pour ne pas être jugés eux-mêmes. Il souligne l'hypocrisie de critiquer les petites fautes des autres sans d'abord reconnaître et corriger ses propres fautes graves. Jésus insiste sur le besoin d'introspection avant de vouloir corriger autrui : "Toi, hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu de l’œil de ton frère" . Il exhorte également à la bienveillance et à traiter les autres comme on voudrait être traité, résumant ainsi la Loi et les Prophètes . Le chapitre conseille de faire preuve de discernement et de ne pas donner des choses saintes à ceux qui risquent de les profaner ou de les tourner en dérision . Enfin, il met l'accent sur l'importance de bâtir sa vie sur ses enseignements pour résister aux épreuves .

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