Le partenaire-symptôme
Jacques-Alain Miller
Troisième séance du Cours
(mercredi 3 décembre 1997)
Le premier schéma est une
simplification de la configuration que
J’ai aligné la dernière fois trois Lacan a apportée au début de son
schémas qui scandent le enseignement comme schéma L, et
développement de l’enseignement qui institue l’axe libidinal, pensé
de Lacan, la croix, les parallèles et comme imaginaire, en opposition
l’intersection et j’ai dit qu’être par rapport à l’axe symbolique. On
lacanien, c’était se régler dans peut le trouver dans les Écrits de
l’expérience analytique sur une Lacan désigné comme le schéma L.
antinomie dont nous avons ici trois Le second schéma que j’ai écrit
versions qui répercutent l’opposition est une simplification du grand
de la parole et de la libido. graphe de Lacan. Et cette fois-ci,
les deux axes sont situés en
parallèles l’un avec l’autre. Et
troisièmement j’ai simplifié de cette
façon ce que Lacan présente dans
ses Écrits sans schéma - il faut se
référer au Séminaire XI pour trouver
une représentation schématique -
comme l’articulation de l’aliénation
et de la séparation modelée sur les
opérations ensemblistes de la
réunion et de l’intersection.
Par cette simplification, j’ai aligné
ces illustrations, qui sont différentes
pour montrer qu’à chaque fois se
répète et s’essaye une coordination,
une articulation entre parole et libido.
Et j’ai indiqué que c’était là le
problème, au singulier, le problème
unique de l’enseignement de Lacan
et qu’être lacanien, c’était aborder
l’expérience analytique à partir de
cette antinomie en essayant des
solutions diverses qui ont conduit
Lacan, à la fin de son enseignement,
à essayer l’articulation borroméenne,
cette fois-ci à trois, pour la résumer.
Ce qui reste constant, et ce qui
différencie l’essai de Lacan de ceux
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des autres post-freudiens, c’est-à-
dire de ceux qui ont eu à faire avec
l’œuvre de Freud, les remaniements
que Freud pouvait apporter à son
débat avec sa propre découverte,
ce qui différencie Lacan, c’est de se
régler sur le couple analyste-
analysant et d’organiser Et, puisque j’ai employé le mot de
l’expérience et sa réflexion sur dynamique à propos de l’axe
l’expérience à partir de ce couple. symbolique, il n’y a pas à se
Et c’est en cela qu’il se différencie surprendre de parler d’inertie à
spécialement de la tentative propos de l’axe imaginaire.
kleinienne qui a consisté à rabattre Et donc c’est, dans la pratique
l’expérience analytique sur un autre elle-même, un clivage.
couple, sur le couple de la mère et C’est dans l’écoute elle-même du
du nourrisson. Et, du seul fait de patient, un clivage. Ça implique qu’il
prendre pour référence le couple y a tout un registre de ce qui est dit,
analyste-analysant, la parole et par le patient, qui ne relève de rien
l’interprétation sont venues au de plus que de cette inertie et qui
premier plan de la théorie donc dirige l’attention de l’analyste
analytique. C’est un effort pour sur ce qui contrarie cette inertie et
penser tout ce qui est de l’ordre qui est susceptible de produire des
métapsychologique à partir de la effets, qui est de l’ordre symbolique
pratique. et lui-même aménagé de façon à
Le premier schéma met en distinguer des scansions, des
évidence, déjà, une forme de franchissements, des points de
symétrie, sous les espèces d’une capitons. L’idée même de traversée
opposition entre deux registres, du fantasme tient à cette
d’une séparation entre deux construction du symbolique dans
registres qu’on peut dire l’analyse. La traversée du fantasme,
symétriques puisqu’ils sont c’est supposer qu’on puisse
susceptibles de venir l’un par appliquer des catégories propres à
rapport à l’autre en opposition. En l’ordre symbolique, comme celle du
même temps cette symétrie relève point de capiton, ou de
d’une dissymétrie si l’on peut dire franchissement, à ce qui relève de
fonctionnelle entre ces deux axes. l’inertie de l’imaginaire.
En effet le premier, l’axe symbolique, Ce clivage dirige l’écoute
est supposé nous représenter ce analytique, et d’une façon très
qui est le ressort de l’expérience. Ce différente de l’écoute kleinienne.
qui anime sa dynamique, ce qui L’écoute kleinienne, dont j’ai
produit des effets, c’est l’axe si l’on proposé un autre schéma, circulaire,
veut causal. Tandis que le second, enveloppant, l’écoute kleinienne
dit imaginaire, isole ce qui s’oppose suppose – donnons-lui ici ce
à cette dynamique, qui est pris dans symbolisme, cette signification –
la parenthèse de l’imaginaire, qui qu’à tout ce que dit le patient il y a
est ce qui fait obstacle à la un corrélat inconscient et donc que
dynamique symbolique. l’analyste s’intéresse à tout, que son
écoute est totalitaire.
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 29
qui amorce le mouvement qui
conduira Lacan à la fameuse
séance courte dont on peut dire que
l’objectif est de réduire le dit du
patient à l’opératoire. C’est ça qui
fait la différence lacanienne dans la
psychanalyse : c’est une différence
quantitative sur quoi on se règle, le
temps minuté. Cette différence a
son fondement, au départ, dans ce
(note : à chacun des traits sur le schéma en croix, qui oppose toute
cercle correspond un trait sur l’autre une zone du commentaire de
cercle, illustrant par cette image le l’imaginaire au ressort symbolique
corrélat) de la transformation subjective. La
Et que, de moment en moment, il séance courte traduit cette
a à traduire, à interpréter ce qui est focalisation sur l’axe symbolique.
dit par le patient, à lui donner sa
valeur dans l’inconscient. Et donc
ça prescrit une pratique de
l’interprétation qu’on peut dire de
l’interprétation constante,
permanente. Doublant de moment
en moment le dit du patient. Dans la
pratique kleinienne, on observe que
la forme princeps est le dialogue,
que l’analyste en dit autant que le Dans ce schéma premier, en
patient, sinon plus. dépit de la présentation symétrique
Alors que la valeur du schéma en des deux axes, l’imaginaire est
croix, lacanien, est déjà à impliquer conçu en fait comme d’une structure
une interprétation rare. différente de l’axe symbolique. Il y a
Ce schéma est déjà à écarter de dans l’imaginaire, en effet, réversion,
l’interprétation analytique une projection mutuelle, égalité en
quantité de dits et déjà à impliquer même temps que continuité et en
qu’une quantité de dits ne seront tant que tels les éléments ne se
pas interprétés, parce qu’ils relèvent distinguent pas par des frontières
de phénomènes de miroir, entre le marquées, alors que l’axe
moi et l’Autre ou le moi et le monde, symbolique est structuré en termes
qui ne font que reprendre et élémentaires dont le repérage est
commenter la stagnation du sujet. donné par la linguistique : le
Et donc ce schéma en lui-même signifiant, et ces deux pôles
raréfie l’interprétation. Tout n’est apparaissent comme distinct, le
pas à interpréter et l’attention est pôle grand A, dissymétrique par
focalisée sur ce qui est de l’ordre du rapport au pôle que j’écris ici S
ressort de l’expérience. barré, par rapport au pôle du sujet
Il y a donc, dans la pratique barré, qui lui contraste avec le
analytique qui se réfère à Lacan, en premier par son vide, et son
effet ce qu’on peut qualifier de part caractère d’effet variable.
perdue et c’est l’idée qu’il y a ainsi
une part perdue, une part qui n’est S
pas opératoire dans les dits du sujet,
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 30
susceptible de se capitonner de la
même façon qu’elle a, elle aussi, un
signifié qui est le désir.
Et le troisième schéma institue ce
qui est en quelque sorte un pas au-
A delà du parallèle, une articulation,
que le symbolique appelle comme
C’est en cela que le schéma deux complémentaire : l’inférence, la
traduit une progression de la présence, l’instance de la libido, que
réflexion et qu’il traduit, une fois le sens lui-même en tant qu’effet de
qu’on l’a déshabillé de tout son la connexion entre les signifiants
appareil, un effort pour homologuer appelle pour se fixer, appelle
l’axe symbolique et l’axe imaginaire, l’ingérence, si l’on peut dire, de la
pour leur affecter une structure pulsion.
comparable.
Cette parallèle, qui est la matrice
même du graphe de Lacan, traduit
la tentative pour structurer ce qui
était l’axe imaginaire selon les
mêmes canons que l’axe
symbolique, et ça suppose sans
doute de cliver l’imaginaire, cet
ancien imaginaire, entre pulsion et
désir, et précisément, de structurer
la pulsion comme une chaîne
signifiante et le désir comme le Et c’est ainsi que ce qui est de
signifié de cette chaîne signifiante. l’ordre signifiant, S1 S2, ne se suffit
Ce que Lacan a réussi à fixer avec pas des effets de vérité où le sujet
ce graphe, c’est la notion d’une trouve à se loger mais encore ne se
seule structure dans l’expérience boucle qu’à la condition que la
analytique et d’impliquer qu’en pulsion s’y inscrive et s’y inscrive
même temps que se déroule la sous les espèces du retour de
chaîne signifiante parlée, le dit du l’objet perdu, marqué petit a.
patient, simultanément se déroule la Ce sont, à les voir ainsi
chaîne pulsionnelle qui, elle aussi, radiographiées, trois façons de
comporte un lieu de l’Autre, qui elle repérer la parole par rapport à ce
aussi comporte un trésor des que Freud a appelé la libido. On
signifiants de la pulsion, que la peut dire qu’en les repérant sur ce
pulsion est également une chaîne schématisme, c’est là le problème
signifiante, seulement muette, que Lacan dans son enseignement
fonctionnant en parallèle à la chaîne a posé et a tenté de résoudre, à
explicite et qu’elle est également partir du moment où il est parti pour
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 31
aborder la métapsychologie de la Le sujet-supposé-savoir, c’est le
pratique analytique, du couple symptôme-supposé-parole. Et la
analyste-analysant. pratique analyste consiste à vérifier
On peut dire, prenons ça ainsi la parole du symptôme. Alors c’est
cette fois-ci comme point de départ, évidemment un postulat pratique
que le résumé de cet effort, que d’introduire la croyance dans le
quatrième, c’est son écriture du symptôme. C’est introduire du sens
discours de l’inconscient, qui part de dans la souffrance, transformer le
l’articulation signifiante et son effet symptôme, en tant qu’on en pâtît,
de vérité mais qui y ajoute, le en une entité qui parle. Avec
résultat de ce qu’il appelait au point l’inquiétude, rénovée par l’ultime
trois, la séparation, le produit de enseignement de Lacan, que peut-
jouissance. être ce ne serait rien de plus
qu’imaginaire. Le fait que le
symptôme parle peut-être n’est-ce
S1 S2 qu’imaginaire ? Peut-être que la part
symbolique du symptôme, c’est-à-
dire l’articulation des signifiants S1
S a
et S2 et son effet de vérité, n’est-elle
qu’imaginaire, n’est-elle que fictive ?
Ce schéma suppose que
C’est déjà ce qui distingue le
l’articulation signifiante n’a pas
symptôme des autres formations de
simplement des effets de vérité,
l’inconscient : le rêve, l’acte manqué,
mais qu’elle a en plus une
le lapsus, c’est déjà ce qui met le
production qui marque sa présence
symptôme à part dans la mesure où
dans le corps vivant, petit a. Le
dans le symptôme la volonté de dire
symptôme analytique développé tel
n’y est pas évidente.
que nous nous y intéressons cette
Et c’est déjà ce qui suffit à mettre
année, répond à cette formule,
en question la connexion que la
répond au mathème du discours de
psychanalyse exploite entre le sens
l’inconscient. En première analyse
et le réel. Le dernier enseignement
au moins, on pourrait dire ceci est le
de Lacan tourne autour de
mathème du symptôme analytique
l’antinomie du sens et du réel. Elle
selon Lacan.
tourne autour d’une notion du réel
Ce qui est réel, disais-je la
en tant qu’autre que le sens. Et
dernière fois, dans le symptôme,
c’est ce que déjà le schéma 1, le
c’est que ce fonctionnement sert à
schéma 2, le schéma 3, à leur façon,
la jouissance du corps vivant. Le fait
essayaient de résoudre.
que ça parle, le fait que ce soit un
Le dernier enseignement de
message, que ce soit articulé, que
Lacan met en question la possibilité
ça ait des effets de vérité, n’est pas
même de la psychanalyse, en
du même niveau que la production
instituant un autre horizon, un réel
de jouissance. Pour que ce soit un
qui exclurait le sens. C’est-à-dire ce
message il faut encore le croire, et
qu’on habille d’habitude d’une façon
c’est ce que Lacan a appelé le
apaisée, douceâtre, en parlant des
sujet-supposé-savoir.
limites de la psychanalyse. Les
S1 S2 limites de la psychanalyse se serait
ça : qu’il y aurait pour le sujet un
S a réel, où le sens n’aurait pas de
présence. Ce réel, c’est ce à quoi
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 32
Lacan a donné sens en parlant de Cette tendance tend à séparer,
jouissance, mais ce terme de aujourd’hui, la psychanalyse de la
jouissance a sa valeur exacte en science en même temps qu’elle la
tant qu’opposé à désir. Parce que si rapproche de l’art. C’est ainsi qu’on
le dernier mot c’est le mot du désir, voit un esthétisme, psychanalytique,
pas de problème. Le désir est qui est même à la pointe de
sensible à l’interprétation. Il est l’élaboration, là où Lacan n’est
même identique à l’interprétation. qu’une référence parmi d’autres. Un
Le désir désigne ce qui du sens esthétisme qui s’appuie sur un
déborde toujours le signifiant, et en relativisme quant au réel, c’est-à-
cela c’est un concept fait sur dire un esthétisme qui suppose que
mesure pour l’interprétation. le réel connaît pas et qui s’appuie
Tandis que la jouissance, non, et sur l’expérience analytique pour
c’est déjà ce qui s’était levé dans dire : ce à quoi nous avons affaire
l’œuvre de Freud : l’idée d’une c’est, de la part du patient, avec
pulsion, à la fois muette et sourde. notre aide, à la construction de
D’où la question : jusqu’à quel point récits de son existence.
le sens est-il susceptible de L’expérience analytique s’arrête
s’introduire dans la jouissance, quand le récit apparaît satisfaisant.
c’est-à-dire jusqu’à quel point le Dans tout ça, le réel s’évanouit.
déchiffrage du sens est-il C’est peut-être sur ce point qu’il
susceptible de modifier le mode de nous faut toucher terre, c’est-à-dire
jouissance ? D’où les tentatives de rappeler ce que nous pouvons,
Lacan d’élaborer la notion d’un sens dans l’expérience analytique, isoler
joui, qui serait la clef de la de réel. Et c’est pourquoi, de
jouissance. l’inconscient nous nous déplaçons,
C’est comme un effort pour avec Lacan, vers le symptôme qui
installer le sens dans le réel. Cette suppose, si on suit ce schéma (JAM
difficulté se perçoit très bien dans montre le schéma 4), une
l’orientation actuelle de la articulation entre les effets de vérité,
psychanalyse, et dans l’accent mis fictifs, sans doute, et la marque, la
sur le fictif, sur le semblant. Les répétition du réel.
analystes, même ceux qui tentent C’est pourquoi je me proposais -
de court-circuiter l’enseignement de ça me parait indispensable cette
Lacan, mais qui n’en subissent pas année - de procéder à une relecture
moins l’influence -comme on dit ! - minutieuse de l’œuvre de Freud
et cette influence est portée par le Inhibition, symptôme et angoisse. À
mouvement d’ensemble de ce qu’on vrai dire j’y ai déjà procédé
appelle la culture, sont au fond rapidement l’année dernière, en un
aveuglés, captivés par l’instance de autre lieu qu’ici, à Madrid, ça a été
la fiction. Ils n’arrivent plus à publié d’ailleurs récemment, un bref
percevoir l’expérience analytique commentaire que j’ai fait de
que sous les espèces d’une Inhibition, symptôme et angoisse, et
narratologie, c’est à dire qu’ils je n’ai pas pu, étant donné le style
conçoivent finalement l’expérience et le but du Séminaire de l’an passé
analytique comme la construction avec Éric Laurent, lui donner ici son
d’une fiction qui a des effets de écho. Mais en début d’année, où
vérité et ils posent que se sont ces nous sommes encore, j’entends
effets de vérité qui satisfont le procéder à cette lecture comme
patient.
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 33
base à notre réflexion de cette
année.
S
Inhibition, symptôme et angoisse.
Inhibition, symptôme et angoisse,
Je vous invite évidemment à vous y
prend son sens, c’est ce que je
reporter directement. Je le prends
propose, par rapport à ce double
par ce biais, à savoir un texte de
ternaire. schéma
Freud qui vise le réel de
Le premier, c’est le ternaire de la
l’expérience. Ne nous laissons pas
découverte freudienne, c’est le
entraîner par la tripartition qui figure
ternaire du déchiffrage, c’est le
dans le titre et relisons ce texte
ternaire où Freud, précisément, a
comme le témoignage d’une
défini - je prends ce qui nous
approche de l’expérience analytique
occupe - le symptôme, à partir de
qui vise le réel de l’expérience.
l’articulation S1, S2, S barré comme
Peut-être faut-il commencer par
effet de vérité.
procéder par un relevé, comme
C’est-à-dire qu’il a constitué un
introduction, de sa position dans
domaine, à partir de phénomènes
l’œuvre de Freud. Parce qu’en effet
comme le rêve, pas directement le
la réflexion de Freud comme celle
symptôme, il faut bien voir, à partir
de Lacan connaît des temps. Elle
d’un domaine constitué de
n’arrive pas d’un seul tenant tout de
phénomènes comme le rêve dans
suite et certainement il faut en fixer
L’interprétation des rêves, l’acte
la position. Pour relever sa position,
manqué dans Psychopathologie de
je commencerai par opposer deux
la vie quotidienne, le lapsus, et
séries de trois textes de Freud.
Voilà Inhibition, symptôme et également d’une structure
comparable au lapsus, le mot
angoisse, dans la première série
d’esprit. Ce que Freud a montré sur
L’interprétation des rêves, La
ce domaine qu’il a constitué, c’est
psychopathologie de la vie
que ces phénomènes étaient
quotidienne, Le mot d’esprit dans
interprétables, qu’ils avaient du sens.
ses relations avec l’inconscient ;
C’est pourquoi Lacan a qualifié ce
deuxième ternaire, l’« Au-delà du
domaine de sémantique
principe de plaisir », La psychologie
psychanalytique et effectivement ça
des groupes et analyse du moi, la
s’étend sur ses marges, jusqu’à
Massenpsychologie, et « Le moi et
rendre interprétables des
le ça ».
phénomènes de l’association
mentale ou des phénomènes de la
Inhibition, symptôme et angoisse
remémoration. On peut dire qu’à
(1925)
partir de ce domaine, Freud a pensé
révéler ce que Lacan appelle le
secret du symptôme. Il a conçu le
-Interprétation - Au-delà du
secret du symptôme sur ce modèle-
des rêves principe de
ci, à savoir il s’agit d’un phénomène
-Psychopathologie plaisir (1920) articulé dans le signifiant, et qui
de la vie Massenpsychlogie dispose d’un sens. Freud a inséré le
quotidienne (1921) symptôme dans la série rêve, acte
- Le moi et le ça manqué, lapsus et c’est par là qu’il
- Le mot d’esprit (1923) a pensé délivrer le secret du
-sbarré comme symptôme.
S1 S2 effet de vérité Alors je dis : c’est par rapport à ce
ternaire qui est le ternaire de
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 34
référence du retour à Freud de c’est rêve, lapsus, symptôme,
Lacan - le retour à Freud de Lacan d’accord, mais on devrait sursauter
ça a été de prendre comme de voir le symptôme inséré dans
direction ce ternaire-là, le ternaire une série tout à fait différente,
du déchiffrage - par rapport à ce flanqué d’inhibition et d’angoisse.
ternaire du déchiffrage, Inhibition, Qu’est-ce que vient faire le
symptôme et angoisse est de l’autre symptôme entre inhibition et
côté. Si on prend comme référence angoisse ?
ce ternaire, si on se rappelle que Alors ce qu’il vient faire c’est que,
pour Freud, c’est à partir de ce dans Inhibition, symptôme et
ternaire qu’il a pensé le symptôme, angoisse, le symptôme est abordé
au point que Lacan ait pu au début comme un mode de satisfaction. Il
ajouter le symptôme au rêve, à n’est pas abordé comme un mode
l’acte manqué et au lapsus et au d’expression ou très
mot d’esprit. Au début Lacan a secondairement. Il est abordé
ajouté purement et simplement le comme un mode de satisfaction, et
symptôme à ces phénomènes un mode de satisfaction qui
comme formations de l’inconscient. échappe - et c’est même sa
Quand on lit Inhibition, symptôme définition - au principe du plaisir, car
et angoisse, on se dit et bien ce il se manifeste comme déplaisir.
n’est pas ça du tout. Inhibition, Il n’est pas du tout rapporté à un
symptôme et angoisse, le fait inconscient qui voudrait dire et qui
majeur qui apparaît par différence, dit de façon masquée, il est
c’est que ça n’apparaît pas du tout, rapporté à la pulsion en tant qu’elle
dans cet ouvrage, comme veut jouir et qu’elle réussit à jouir de
primordial, même ça n’apparaît pas façon dérivée. Et on voit bien le
du tout que le symptôme se clivage, c’est que le point de vue de
déchiffre. Inhibition, symptôme et l’inconscient était introduit par Freud
angoisse, c’est l’ouvrage qui fait une à partir de la notion que ce que dit
théorie du symptôme où le le sujet veut dire autre chose que ce
déchiffrage du symptôme n’est qu’il croit et donc que l’inconscient
absolument pas au premier plan. Et apparaissait toujours comme un
même, si on relit l’ouvrage en autre texte.
cherchant mais qu’est-ce que ça Alors qu’ici, l’essentiel de
apprend du déchiffrage du l’enquête se centre sur ce qui
symptôme, on s’aperçoit que apparaît comme déplaisir, comme
chaque fois que Freud en parle, souffrance, et qui se révèle être une
c’est pour en minorer l’incidence. satisfaction. Et donc l’écart est
C’est vraiment un autre Freud que distinct, ce n’est pas de l’ordre du
celui de la découverte de déchiffrage d’un autre texte, c’est de
l’inconscient. Et justement la valeur l’ordre de la révélation que ce qui
du titre lui-même Inhibition, est déplaisir est en fait une
symptôme, et angoisse, la valeur du satisfaction et c’est à rendre compte
titre c’est justement que le de cet écart que se consacre Freud.
symptôme est inséré dans une toute Autrement dit le premier ternaire
autre série que rêve, acte manqué, en effet inclut le symptôme dans
et lapsus. Ce qu’on aurait attendu une problématique du sens, alors
dans le fil de la découverte que Inhibition, symptôme et
freudienne ce n’est pas du tout angoisse inclut le symptôme dans
Inhibition, symptôme et angoisse, une problématique de la jouissance.
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 35
Et pourquoi est-ce qu’il y a une s’agit que d’une matière première
problématique de la jouissance ? qui ne nous donne pas la clef de ce
C’est que c’est ça qu’ouvre Freud : dont il s’agit dans l’expérience
c’est qu’on jouit ailleurs que là où ça analytique. Et par rapport à ces
fait plaisir. Alors sans doute on textes princeps des années 20, le
continue de parler d’inconscient. texte princeps à vrai dire, c’est « Le
Mais là, l’inconscient qualifie la moi et le ça », c’est à partir de ce
satisfaction qui ne s’éprouve pas texte que s’est vraiment fixée une
comme telle. La satisfaction qui orthodoxie freudienne. Et c’est déjà
s’éprouve comme une souffrance. à Lacan qu’on doit d’avoir restitué
Maintenant l’autre ternaire. « l’Au-delà du principe de plaisir »,
L’autre ternaire c’est assez différent comme inaugurant cette nouvelle
puisque ça qualifie des œuvres des approche, etc.
années vingt, je crois que ça c’est Mais par rapport à ce ternaire -
1920 - c’est à vérifier - ça c’est 21, pour le prendre comme tel -
ça c’est 23, et puis sous réserve de Inhibition, symptôme et angoisse
vérification, et Inhibition, symptôme apparaît simplement comme un
et angoisse c’est 1925. Là, on peut complément concernant l’angoisse,
dire que le second ternaire énumère ce dont témoigne l’introduction du
les œuvres de Freud qui précédent traducteur anglais de Freud,
Inhibition, symptôme et angoisse. Strachey, qui note l’ampleur du
Ce sont les œuvres de ce qu’on a terrain couvert par Inhibition,
appelé dans l’histoire de la symptôme et angoisse, qui y voit
psychanalyse le tournant des l’indice de la difficulté de Freud à
années 20, et qui a été senti à unifier son travail et qui pose - ce
l’époque comme tel, au niveau de la qui a été admis à l’époque d’ailleurs
technique analytique. Le tournant et depuis - que c’est le problème de
des années 20, ça qualifie un virage l’angoisse qui est le thème principal
de la technique analytique où on a de Inhibition, symptôme angoisse.
commencé à penser que Et donc Inhibition, symptôme et
précisément les œuvres du premier angoisse apparaît comme un
ternaire, finalement, n’étaient pas complément de la seconde topique
tellement utiles dans la pratique. freudienne concernant l’angoisse et
Qu’en tout cas elles n’arrivaient pas précisément comme incluant
à résoudre la question du l’instance du moi dans le
symptôme. C’est très joli tout ça phénomène de l’angoisse. Donc
concernant les rêves, les actes comme un pas de plus vers
manqué, les lapsus, d’accord ça a l’élargissement du domaine du moi
du sens mais le tournant des à l’angoisse.
années 20, c’est de se confronter Et en effet, on peut dire - comme
au symptôme en tant qu’il résiste au le dit Strachey – qu’avant Inhibition,
déchiffrage de l’opération signifiante. symptôme et angoisse, Freud
Et du coup - pour reprendre le rendait compte de l’angoisse en
terme de Lacan - un discrédit a considérant qu’il y avait une
frappé, dans la technique, le transformation directe de la libido en
premier matériel freudien. Et même, angoisse. Disons même de
c’est l’idée de Lacan, le mot même caractère automatique et donc ce
de matériel que nous utilisons, qui serait la novation propre
traduit déjà ce discrédit. Le terme d’Inhibition, symptôme et angoisse,
même de matériel indique qu’il ne c’est de montrer que le moi est
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 36
impliqué dans la production de que ça. Pour construire la
l’angoisse. psychanalyse, il avait un temps
Si l’on veut ça n’est pas faux, limité. Donc quand il avait déchiffré
mais la lecture que je propose est le symptôme, il faut dire qu’au
quand même décalée par rapport à départ il renvoyait le patient, au
ça. Je considère au contraire patient de s’arranger avec ce qui
qu’Inhibition, symptôme et angoisse, pouvait lui en rester. Et puis, à
c’est le point de capiton de la élargir son expérience, en effet, il
seconde topique. C’est à partir s’est aperçu que, au-delà de ce qui
d’Inhibition, symptôme et angoisse était déchiffrage du symptôme, il en
qu’il faut relire ce que Freud a restait quelque chose.
essayé dans la seconde topique et Il n’a pas cessé d’inventer des
ce qu’il a essayé c’est précisément - concepts pour rendre compte de ce
selon moi - de définir l’inconscient à qui restait : la réaction
partir de la libido, de définir un thérapeutique négative, le
inconscient non pas à partir - pour masochisme primordial, la pulsion
le dire en terme lacanien - de l’axe de mort, chaque fois c’est devenu
symbolique mais précisément à de plus en plus impressionnant, si je
partir de la libido et donc il nous puis dire, de plus en plus wagnérien
propose une autre définition du (rires), bon. Mais Inhibition,
symptôme, non pas à partir du sens symptôme et angoisse c’est qu’il
mais à partir de la satisfaction. prend acte, précisément de ce qui -
Comme on a pu dire, une définition disons-le alors simplement - au-delà
économique du symptôme. du déchiffrage persiste, insiste du
Alors j’ai relu bien des fois symptôme. Voilà en tout cas le point
Inhibition, symptôme et angoisse de vue auquel je suis arrivé comme
avant de m’aventurer à commenter pour organiser Inhibition, symptôme
ce livre. Précisément parce qu’on ne et angoisse.
sait pas de quoi ça parle Ça fait 10 chapitres. Comment les
exactement, il faut prendre un parti. organiser, ces 10 chapitres ?
Je viens d’indiquer lequel je prends, Une première façon, c’est de
qu’est-ce qui me parait être la ligne relever que les six premiers
principale : c’est la nouvelle chapitres sont centrés sur le
définition du symptôme. Une symptôme et les quatre derniers
définition qui est à côté de tout ce sont centrés sur l’angoisse. Voilà
qui relève du déchiffrage du une première partition et je
symptôme. Et qui est donc très m’occuperai aujourd’hui de ces six
réaliste, si l’on considère ce à quoi premiers chapitres. Aucun ne porte
on a affaire. Il faut bien dire que de titre et je m’efforcerai de leur en
Freud a mis un certain temps avant donner un.
de se confronter à cette dimension Il apparaît, il me semble, qu’on
parce que ce qui l’intéressait peut distinguer dans cet ouvrage
tellement, lui, au départ, c’était la une première partie, qui porte sur le
petite articulation S1-S2, c’était le symptôme et le moi et ce sont les
déchiffrage. Quand il avait déchiffré trois premiers chapitres. Et qu’il y en
ce dont il s’agissait, il les foutait à la a une seconde, qui nous présente
porte. On célèbre la séance de une clinique différentielle du
cinquante-cinq minutes cinq fois par symptôme, selon qu’il s’agit de la
semaine, d’accord, mais enfin Freud, phobie, de l’hystérie ou de la
il n’avait pas tellement de patience névrose obsessionnelle.
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 37
Je m’attacherai là à cette phénomènes ne peut être qualifié
première partie où il semble, en comme d’une entrave au
effet, qu’il s’agisse d’une extension fonctionnement. À la limite l’acte
de la seconde topique au problème manqué, mais qui est, en général,
de l’angoisse. Le premier chapitre pas très loin du lapsus et du mot
de cet ouvrage, clairement, est d’esprit.
consacré à l’inhibition. On peut dire Autrement dit, dans la première
que c’est même le seul qui distingue série, dans la série de la découverte
l’inhibition ; ça ne veut pas dire de l’inconscient, Freud n’est pas du
qu’on peut le laisser de côté parce tout orienté par la notion du
qu’au contraire, il indique la fonctionnement, alors qu’ici, c’est
perspective de l’ensemble de celle qui préside même à la
l’ouvrage. La perspective de cet constitution de ce nouveau domaine,
ouvrage concerne ce que Freud qui n’est pas du tout celui d’une
appelle les fonctions du moi. Mais sémantique psychanalytique mais
enfin, de quoi s’agit-il ? bien plutôt d’une économie
Il s’agit de la notion qu’il y a une psychanalytique.
instance au service de laquelle les À savoir : qu’est-ce qui fait
organes fonctionnent, les organes obstacle au fonctionnement ? Il dit
et même l’ensemble de l’existence même : inhibition ou symptôme la
fonctionne. Ce que ça met au différence n’est pas nécessairement
premier plan, c’est le probante, c’est même sa première
fonctionnement. À savoir aussi bien phrase. Il appelle inhibition, d’une
qu’on puisse marcher, on a des façon générale, tout ce qui est de
jambes, c’est pour marcher ou c’est l’ordre du non-fonctionnement, de
pour se tenir debout, enfin, d’ailleurs l’entrave au fonctionnement et le
c’est aussi pour s’asseoir, mais c’est symptôme apparaît comme une
quand même la fonction de la subdivision de l’inhibition quand le
locomotion qu’il met au premier plan, non-fonctionnement est
il y a la fonction sexuelle, c’est pour pathologique.
etc., et puis dans le rang des Alors, vous verrez en lisant le
fonctions du moi, Freud met aussi chapitre un, il distingue quatre
bien le travail professionnel, qui est fonctions où il repère des
là évidemment pas directement lié à inhibitions : la fonction sexuelle, la
un organe du corps. Donc ce que ça fonction alimentaire, la locomotion
dégage, ce que ça installe au milieu, et le travail professionnel. C’est une
de cet ouvrage et comme direction, liste qui en elle-même demanderait
c’est la notion de fonctionnement. à être fondée, mais ne prenons que
Que ça tourne, ce que Lacan ça pour commencer. À quoi ces
appelait le discours du maître. Et inhibitions sont-elles rapportées ?
donc ça organise par rapport à ce Parce que ça, ça qualifie son point
fonctionnement, tout ce qui fait de vue d’ensemble. Ce sont des
entrave au fonctionnement. On voit inhibitions qui ne tiennent pas à des
que c’est ainsi que se constitue le entraves physiques ou
série inhibition, symptôme, angoisse. physiologiques, et il les rapporte
C’est une série : les entraves au d’emblée à un seul facteur qui est la
fonctionnement. Ce n’est pas du libido, selon que la libido se porte
tout le point de vue du rêve, de sur ces actions ou s’en détache. Et
l’acte manqué ou du lapsus ou du d’ailleurs elle ne fait jamais bien
mot d’esprit, parce qu’aucun de ces parce que ou bien elle s’en
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 38
détourne ou bien elle investit trop, sexualisée, le moi évite un conflit
de toute façon elle perturbe. Et c’est avec le ça qui investit cette fonction,
ça qu’il installe d’emblée, c’est la ou bien : l’inhibition est au service
fonction perturbatrice de la libido. de l’autopunition, le moi évite, dit-il,
Par exemple, s’agissant de la un conflit avec le surmoi, ou enfin,
fonction sexuelle il met, il constate, troisièmement : dans le cas des
à l’occasion, le manque inhibitions globales, comme on voit
d’appétence du sujet, la libido, dit-il, dans le deuil, le moi renonce à des
se détourne, il dit même que quand fonctions parce qu’il n’a pas la libido
la libido se détourne, c’est disponible pour les investir, sa libido
l’inhibition pure, ce détournement, est investie dans le travail du deuil,
Abwendung, là elle se détourne. Au et donc il s’appauvrit, il perd de
contraire, dans d’autres inhibitions l’énergie et c’est, selon lui, le
c’est dû à l’accroissement de principe de la dépression et de la
l’investissement libidinal de l’action, mélancolie, etc.
qui produit une inhibition. Donc Autrement dit le premier chapitre
dans tous les cas, on est référé à de ce livre confronte directement le
une libido qui ou bien par trop ou fonctionnement et la libido et nous
bien par trop peu, gêne le présente le spectacle de tout ce qui
fonctionnement. La fonction conduit à l’impuissance du moi. Et
alimentaire est perturbée par le c’est même comme cela que
retrait de la libido, la fonction j’intitulerais moi ce premier
locomotrice par l’aversion qu’on chapitre : L’inhibition et
peut avoir pour la marche, la l’impuissance du moi.
fonction laborieuse, si je puis dire, Il met en scène un moi qui est
par la diminution du plaisir à sans doute le maître des fonctions,
travailler. mais qui passe son temps à éviter
Donc dans tous les cas, et d’une les conflits avec les autres
façon presque tautologique, Freud instances. Il évite le conflit avec le
isole ce qui conduit le moi à ça, il évite le conflit avec le surmoi
renoncer à une fonction dont il et lorsqu’il a un coup dur, il se vide
pourrait disposer et cette de libido. Voilà une confrontation
renonciation à une fonction est dûe directe entre la libido et le
à l’investissement mal placé de la fonctionnement, et qui se passe
libido. directement, qui a lieu entre la
Il essaye de l’ordonner de trois fonction et le moi comme réservoir
façons. Ou bien ce dont il s’agit est de libido.
excessivement libidinalisé et, Alors c’est sans doute là qu’il isole,
comme il s’exprime, il y a un qu’il distingue le symptôme de
accroissement de la signification l’inhibition ; le symptôme ne met pas
sexuelle, de la Sexualbedeutung, et simplement en fonction, en cause le
il faut dire, ou de la Bedeutung moi. C’est là-dessus que se termine
symbolique et c’est bien ce qui le chapitre mais précisons : on ne
conduira Lacan à confondre peut pas rendre compte du
précisément la libido avec la symptôme sans mettre en fonction
signification, c’est ça qui le conduira la pulsion. Et alors ce qui est
à parler du désir, à parler du phallus extraordinaire c’est quand on lit le
en terme de signification - c’est déjà chapitre deux, sortant du chapitre
présent ici - et dans ce cas là Freud un où on a un moi complètement
distingue : l’activité étant trop dégonflé, un moi qui perd de la
J.-A. MILLER, Le Partenaire-Symptôme Cours n°3 - 3/12/97 - 39
libido de tous les côtés, qui fuit le de la façon dont le moi dispose de
conflit avec le ça, qui fuit le conflit ce pouvoir, mais ce qu’il met en
avec le surmoi, qui, quand il a un valeur c’est la capacité du moi de
deuil, est complètement à plat et ne l’emporter sur la pulsion et c’est
peut plus assurer ses fonctions, cette puissance qui est exprimée
quand on arrive au chapitre deux, dans le refoulement et qui donne
au contraire, on a en quelque sorte naissance à un processus substitutif,
un moi superman (rires). Il faut le et, si l’on veut, métaphorique.
lire comme ça, en essayant Ce processus substitutif de la
d’animer un peu cette scénographie, satisfaction de la pulsion, c’est celui
c’est comme ça que j’appellerais, qui donne naissance au symptôme.
j’intitulerais le chapitre deux : Le C’est-à-dire au lieu de procéder à
symptôme et la puissance du moi. une action qui transforme le mode,
Au contraire, on s’aperçoit ici, et ou à la locomotion et à la motricité,
on met en fonction autre chose, on il se produit une modification
met en fonction la pulsion, on symptomatique du corps propre. Et
s’aperçoit d’une ressource du moi, donc ce qui est là au premier plan
capable d’inhiber les pulsions. Cette c’est une métaphore, on peut dire la
capacité du moi d’inhiber les métaphore symptomatique. À la
pulsions, c’est la nouvelle valeur place d’une satisfaction directe de la
que Freud donne au terme de pulsion, en raison de l’opposition du
refoulement. C’est un changement moi, le cours normal de la
majeur, c’est que le refoulement tel satisfaction se trouve en quelque
qu’il intervient dans Inhibition sorte dégradé et substitué en
symptôme et angoisse, ça n’est pas symptôme. Et donc c’est le
le refoulement qui fait qu’on ne peut symptôme qui a en quelque sorte la
pas, on ne peut plus comprendre un valeur métaphorique de satisfaction
texte manifeste sans avoir recours à de la pulsion. Et en quelque sorte il
un texte inconscient. Ce qu’il incarne et il éternise l’instance de la
appelle refoulement c’est une pulsion, son exigence de
modification de la satisfaction, c’est satisfaction.
précisément la capacité de J’annonce déjà le chapitre trois,
transformer le plaisir attendu de la qui boucle cette première partie, et
satisfaction de la pulsion en qui donne la raison de cette
déplaisir. Ce n’est pas une puissance du moi : le moi dont il
modification du texte, c’est une s’agit n’est lui-même rien d’autre
modification de la satisfaction. C’est qu’une partie du ça. Ce moi qui
ce qu’il exprime dans ces termes : apparaît dans le premier chapitre
« Le plaisir attendu de la comme le maître des fonctions,
satisfaction est transformé par le apparaît dans le troisième comme
processus du refoulement en une partie distinguée du domaine
déplaisir ». C’est là que le moi des pulsions, et donc comme en
apparaît en effet doté d’un pouvoir, son fond identique au ça, une partie
propre, Macht, un pouvoir qui est différenciée du ça. Et c’est dans la
appuyé sur le principe du plaisir qui mesure où il se lie au ça, qu’il est lié
a la capacité d’orienter tout le cours à la pulsion, qu’il peut retourner
de l’activité psychique dans son contre la pulsion une partie de sa
sens. force.
Il faut, à Freud, rendre compte en Et donc nous avons ces deux
détail - je le dirai la fois prochaine - visages du moi, son impuissance
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dans l’inhibition mais la révélation
de sa véritable puissance quand on
s’aperçoit que le moi est lui-même
une instance pulsionnelle.
Bon, et bien je vais poursuivre
cette lecture la fois prochaine.
Fin du Cours n°3 du Partenaire-
Symptôme
Jacques-Alain Miller
(3 décembre 1997)