Cours d'Hyperfréquences Avancé
Cours d'Hyperfréquences Avancé
Cours d’Hyperfréquences
Filière Génie Electrique
Pr. Rachid MALEK
SOMMAIRE
1 INTRODUCTION
-1-
GE (5ème année) - Hyperfréquences
R. MALEK - ENSAO
1 Introduction
Nous prenons une expérience très simple qui consiste à relier un générateur de tension sinusoïdale
( vg , Rg ) à une charge Rc par l’intermédiaire de deux fils parallèles A-B et C-D (Figure 1). La
charge est reliée à un voltmètre par un câble coaxial de un mètre de longueur environ (longueur l).
l 1m
A B B’
Rg Vlue
Rc
Vg
C D
Figure 1. Mise en oeuvre des phénomènes de propagation.
Compte tenu de la longueur des fils de connexion, si la fréquence du générateur est inférieure à 1
MHz environ, la tension lue au voltmètre est évidemment :
Rc
Vlue Vg .
Rc Rg
Lorsque l’on augmente la fréquence tout en conservant la tension efficace Vg constante, on constate
que la tension lue varie. Si l’on divise la longueur l par dix, soit un câble coaxial de longueur 10 cm,
on constate que ce phénomène se produit pour une fréquence dix fois supérieure. La tension lue au
voltmètre dépend donc de la longueur du câble coaxial et de la fréquence de fonctionnement.
Pour comprendre ce phénomène, il faut faire appel à la théorie de la propagation des ondes
électromagnétiques que nous allons développer. On peut déjà affirmer que pour éviter les
phénomènes de propagation dans les circuits électroniques, il faut que la dimension de ces
circuits soit plus petite que la longueur associée à la longueur d’onde des signaux mis en
jeu :
v
,
f
avec v la vitesse des signaux et f leur fréquence.
Plus la fréquence croît, plus la longueur d’onde diminue, plus les phénomènes de propagation sont
susceptibles d’intervenir. Dès l’apparition de la miniaturisation apportée par la microélectronique
vers les années 1960, les électroniciens ont cru longtemps qu’ils allaient pouvoir éviter les méthodes
lourdes d’analyse électromagnétique qui permettent de prendre en compte les phénomènes de
propagation. Mais les ambitions des électroniciens ne se sont pas limitées qu’à la miniaturisation
des circuits. Du fait du besoin accru de plages de fréquences libres pour les applications de
télécommunication, les fréquences de fonctionnement ont augmenté. De plus, la complexité de
l’architecture des circuits entraîne des couplages entre circuits qui ne peuvent se traiter que grâce à
la théorie de l’électromagnétisme. Aucun électronicien ne peut ignorer aujourd’hui les concepts de
base de l’électromagnétisme qui interviennent dans l’analyse des circuits d’électronique rapide.
Dans le domaine de l’électronique rapide, nous considérons des fréquences supérieures à la centaine
de MHz. Nous entrons alors dans le domaine des micro-ondes ou des hyperfréquences, allant de
quelques centaines de MHz à quelques centaines de GHz (109 Hz). Au-delà des GHz, on trouve les
THz (1012 Hz).
La Figure 2 donne une représentation de la correspondance entre fréquence et longueur dans le vide
( r 1).
3 MHz 30 MHz 300 MHz 3 GHz 30 GHz 300 GHz
f
HF VHF UHF SHF EHF
100 m 10 m 1m 10 cm 1 cm 1 mm
Compte tenu de la dimension des composants et circuits intégrés, dans la bande UHF et jusqu’à
environ 1 GHz, la majorité des circuits de communication sont réalisés à l’aide d’éléments localisés,
résistance, inductances, capacités, tels qu’on les connaît en électronique (technologie CMS). Entre 1
et 100 GHz, ces éléments localisés sont remplacés, grâce à des équivalences, par des circuits
réalisés à l’aide de lignes de propagation. L’étude de ces circuits spécifiques sera effectuée dans le
cours d’électronique du second semestre.
1.3.1 Historique
L’intérêt pour les fréquences micro-ondes est apparu pour un grand nombre de raisons. La
plus basique est le besoin toujours croissant de bandes spectrales pour les applications
radiofréquences et toutes les applications pour lesquelles seules les fréquences micro-ondes peuvent
être utilisées. La bande de fréquence 1 GHz (109 Hz) à 1 THz (1012 Hz) contient 1000 fois la bande
de fréquence DC – 1 GHz, on comprend ainsi pourquoi les fréquences micro-ondes sont si
largement utilisées dans un contexte de besoin croissant de nouvelles plages de fréquence.
Au départ, durant la seconde guerre mondiale et les années qui suivirent, l’ingénierie
micro-onde était synonyme d’ingénierie RADAR (Radio Detection And Ranging) du fait du fort
développement de système micro-ondes impulsé par le besoin de radars à très haute résolution
capables de détecter et de localiser les avions et troupes ennemies. Les radars actuels, sous leurs
diverses formes, anti-missiles, anti-feu, météo, guidage de missiles, contrôle du trafique des
aéroport, …, représente encore une utilisation majeure des micro-ondes. Cette utilisation est liée à la
nécessité d’avoir des antennes possédant un diagramme de rayonnement le plus fin possible, c'est-à-
dire dont le faisceau est le plus étroit possible, comme ce qui peut être réalisé par voie optique à
l’aide de LASERs. La capacité pour une antenne à focaliser le rayonnement sur un faisceau étroit est
limitée par les phénomènes de diffraction, qui sont caractérisés par la taille relative de l’antenne
(ouverture rayonnante) par rapport à la longueur d’onde. Par exemple, une antenne de type parabole
produit un cône de rayonnement possédant un angle d’ouverture A donné par l’expression simple
suivante :
140
A ,
D / 0
où D est le diamètre de la parabole, 0 est la longueur d’onde dans le vide.
Ainsi une antenne de diamètre 90 cm peut produire un faisceau possédant un angle d’ouverture de
4,7° à 10 GHz. Un faisceau de ce type peut déjà donner une information tout à fait correcte sur une
cible visée par un radar. Pour atteindre la même finesse de faisceau à 100 MHz, l’antenne doit
posséder un diamètre 100 fois plus important, à savoir 90 m. Il est ainsi clair que l’on doit travailler
à des fréquences suffisamment élevées afin de minimiser la taille des antennes. Les fréquences
micro-ondes permettent d’obtenir des antennes de l’ordre de quelques mm à quelques dizaines de
cm, correspondant à la taille des circuits ou systèmes utilisés, et pouvant être embarqués (avions,
bateaux, satellites). Cette simple explication explique également pourquoi les signaux radio ne
peuvent être transmis en bande de base (fréquences audibles de 50 Hz à 15 KHz environ) car cela
nécessitera des antennes de plusieurs centaines de km de long. Nous reviendrons sur ces aspects
importants à la fin de ce cours lorsque nous discuterons des antennes.
Plus récemment, les fréquences micro-ondes ont commencé à être largement utilisées dans
les systèmes de communication. Du fait que les communications micro-ondes s’effectuent « à vue »
en espace libre, nous avons alors vu apparaître des antennes placées au sommet de tours ou de pics
montagneux. Très rapidement, les satellites géostationnaires ont été utilisés pour les
communications micro-ondes comme stations relais. Le premier placé en orbite fut Telstar, lancé en
1962 et fournissant la première transmission télévision en direct des Etats-Unis vers l’Europe.
Depuis, les satellites sont très largement utilisés pour des objectifs de communication, de
surveillance, ou pour collecter des données atmosphériques ou météorologiques. Pour la télévision,
la bande C est la plus utilisée aux Etats-Unis. La transmission ou canal de montée (terre satellite)
utilise la bande 5,9 – 6,4 GHz, et la réception ou canal de descente utilise la bande 3,7 – 4,2 GHz.
Pour la réception, des antennes paraboliques de 2,4 m de diamètre sont généralement utilisées, puis
la télévision est diffusée par câble au sol vers les particuliers. Une seconde bande a également été
attribuée pour la diffusion directe vers le particulier, principalement utilisée en Europe et au Japon :
14 – 14,5 GHz pour la transmission et 10,95 – 11,2 GHz ou 11,45 – 11,7 GHz pour la réception.
Dans cette bande, l’antenne doit posséder un diamètre de 90 cm pour une réception correcte. Ce
sont les antennes visibles sur nombre de toits ou balcons.
Télécommunications (UIT), organisme international dont le siège est à Genève et qui dépend de
l’ONU.
Si l’électronicien peut se permettre l’utilisation de n’importe quelle fréquence lorsqu’il travaille
avec des circuits blindés, il devient répréhensible lorsqu’un élément de son circuit rayonne et
s’avère susceptible de gêner l’environnement (problème de compatibilité électromagnétique –
CEM). Le spectre hertzien, comme on l’a vu, est ainsi divisé par plages de largeur variable
attribuées à des utilisations bien spécifiques, aucune plage jusqu’aux micro-ondes n’étant laissée
libre. L’UIT remet périodiquement à jour un recueil d’utilisation du spectre hertzien dont le volume
est semblable à celui d’un dictionnaire classique. Le Tableau 1 donne les applications principales
par bandes de fréquences. Nous donnons ci-dessous quelques applications et leur bande de
fréquence précise.
87 – 107 MHz : plage utilisée en radioélectricité pour les émissions en Modulation de
Fréquence (FM).
54 – 216 MHz : transmission des canaux télévision dits « VHF » par voie terrestre.
470 – 890 MHz : transmission des canaux télévision dits « UHF » par voie terrestre.
890 – 960 MHz : Technologie GSM pour la téléphonie mobile.
1710 – 1880 MHz : Technologie DCS 1800 pour la téléphonie mobile.
2450 – 2500 MHz : fours micro-ondes et applications civiles (radar, …).
60 GHz : réseaux de transmission à courte portée intra-muros.
77 GHz : radars anticollision automobile.
La Figure 3 donne le principe et les fréquences de fonctionnement des technologies GSM et DCS
1800, qui constituent les standards Européens en téléphonie mobile.
Tx Rx f(MHz)
GSM
Downlink (Rx) 890 915 935 960
Uplink (Tx)
MS=mobile station
BS=base station 1-2Watts
300 Watts
Tx Rx f(MHz)
DCS 1800
La Figure 4 donne une idée de la très forte croissance du marché de la téléphonie mobile, passant de
moins de 100 millions d’abonnés en 1997 à plus de un milliard en 2004. La taille de ce marché
implique la formation de techniciens et ingénieurs compétents dans le domaine des micro-ondes.
Subscribers (Millions)
1250
1000
750
500 400
250
Si l’on considère l’électronicien comme le spécialiste des circuits mettant en jeu des circuits à
transistors, on peut considérer que celui-ci peut s’attendre au cours de sa carrière à être confronté au
spectre sur lequel les transistors fonctionnent. Or actuellement les transistors les plus performants
possèdent des fréquences de transition supérieures à 500 GHz. Il est donc nécessaire de s’intéresser
au domaine des micro-ondes, et donc d’étudier la propagation des ondes électromagnétiques le long
de lignes, puis ensuite les composants et circuits micro-ondes. Le formalisme mathématique
complet pour l’étude de la propagation des ondes est complexe et fait appel aux équations de
Maxwell. En pratique, on se réfère cependant rarement aux équations de Maxwell pour traiter les
problèmes de propagation. On utilise une approche « circuit » en utilisant des équivalences entre le
courant et la tension, et les champs magnétique et électrique. Dans ce cours, nous développons cette
approche « circuit ». Le cours d’électronique du second semestre sera destiné à l’étude des
phénomènes de propagation à l’aide des équations de Maxwell.
Watts. Il est limité à des fréquences de 110 GHz actuellement du fait des dimensions qui deviennent
alors microniques et nécessitent des précisions d’usinage extrêmes. La ligne micro-ruban est utilisée
à l’intérieure des systèmes. Sa structure planaire permet le montage de transistors ou de puces en
surface. Le guide d’onde coplanaire est également une structure planaire, il possède l’avantage par
rapport à la ligne micro-ruban d’être moins dispersif (la permittivité effective reste constante sur
une plus large bande de fréquence), mais demeure plus gourmand en dimensions transversales.
Pour des fréquences supérieures à la centaine de GHz, pour lesquelles on trouve essentiellement des
applications radar ou spatiales, on utilise principalement les guides d’onde, rectangulaires ou
cylindriques, du fait de leurs meilleures propriétés électriques ou mécaniques.
0
100 Espace libre
200
Fibre optique
0,5 dB/km
300
Atténuation
Guide
dB / km Câble
400 circulaire
coaxial 2 dB/km
60 dB/km
500
600
0 10 100 1000 10000
Distance en km
Figure 7. Atténuation typique pour les quatre supports de transmission les plus utilisés pour relier
des systèmes entre eux (> quelques 10 cm).
L’étape 6. est de loin la plus compliquée. L’analyse temporelle nécessite la résolution « directe » de
l’équation différentielle, et donc des outils mathématiques d’analyse, alors que l’analyse
harmonique, qui fait appel à la notation complexe, se résume à l’étude de problèmes algébriques.
On peut comparer avec le domaine de l’automatique (systèmes asservis). Il est largement plus aisé
de dériver la fonction de transfert d’un système, qui correspond au régime harmonique, plutôt que sa
réponse indicielle (analyse temporelle ou « dynamique »).
Nous allons étudier le comportement de cette ligne lorsque la fréquence augmente, en partant des
basses fréquences.
En basse fréquence, c'est-à-dire en dessous de quelques MHz, la ligne peut être modélisée par une
simple résistance.
Lorsque l’on augmente la fréquence, on voit apparaître un phénomène de filtrage passe-bas. Ce
phénomène a lieu entre quelques dizaines de MHz et quelques centaines de MHz, dépendant comme
on le verra par la suite de la longueur de la ligne. On constate évidemment ce phénomène sur les
lignes téléphoniques, ce qui pose des problèmes pour transmettre des informations haut débit. Ce
phénomène peut être modélisé par une capacité en parallèle sur la ligne. Cette capacité traduit
physiquement le fait que l’on dispose de deux conducteurs en vis à vis.
Enfin si l’on augmente encore la fréquence, on se retrouve dans le cas de l’expérience de la Figure
1 : la tension mesurée au bout de la ligne n’est pas du tout égale à la tension appliquée en entrée. Il
se produit un phénomène de propagation. Ce phénomène est du au comportement inductif de la
ligne, on doit ainsi faire apparaître une inductance dans notre modèle. Cette inductance traduit
physiquement le phénomène d’auto-inductance abordé dans le cours de magnétostatique de
première année.
Enfin, si le diélectrique séparant les deux conducteurs n’est pas parfait, un courant de fuite
pourra circuler entre ceux-ci. Ce courant engendrera des pertes, il est donc nécessaire d’ajouter au
modèle une résistance parallèle. Du fait que cette résistance soit en parallèle, on utilise plutôt le
terme de conductance.
A ce stade, ayant compris la cause de la présence de chacun de ces quatre éléments, on pourrait
penser modéliser simplement la ligne par un arrangement de ces éléments. On aurait alors un
modèle « localisé » ou « discret ». Quel que soit l’arrangement, on n’aurait alors pas la possibilité
de faire apparaître des effets de propagation et la structure serait un simple filtre localisé de type
passe-bas du second ordre.
Afin de tenir compte de l’effet prépondérant de propagation, la technique consiste à établir un
modèle d’une section de longueur infinitésimale de ligne, puis ensuite d’intégrer les équations
différentielles décrivant le modèle ainsi constitué.
Pour la suite, on considère donc un élément de ligne de longueur infinitésimale dx (Figure 9). D’un
point de vue vocabulaire, nous utiliserons le terme « section élémentaire » pour décrire une section
de longueur infinitésimale. Les quatre éléments R, L, C et G sont définis de manière linéique et ont
pour dimension :
R : résistance linéique série en Ohms (/m).
L : inductance linéique série en Henrys (H/m).
C : capacité linéique parallèle en Farads (F/m).
G : conductance linéique parallèle en Siemens (S/m).
Ces quatre éléments R, L, C et G ainsi définis sont appelés paramètres primaires de la ligne de
propagation.
Ldx Rdx
i(x) i(x+dx)
v(x) v(x+dx)
Cdx
Gdx
dx
i x, t
vx dx, t v x, t Rdx.i x, t Ldx. (1)
t
v x, t
ix dx, t i x, t Gdx.vx, t Cdx. (2)
t
Du fait que dx est une longueur infinitésimale, on peut écrire :
vx dx, t v x, t vx, t ix dx, t i x, t i x, t
et (3)
dx x dx x
D’où les deux équations différentielles :
vx, t i x, t
R.i x, t L (4)
x t
i x, t vx, t
G.v x, t C (5)
x t
I x,
G.V x, jC V x, G jC V x, . (10)
x
coefficients constants. Eliminons V x, entre les deux équations ; pour cela, dérivons l’équation
(10) par rapport à x :
2 I x,
V x, . (11)
G jC
x 2 x
V x,
Remplaçons le terme par son expression (équation (9)) :
x
2 I x,
G jC R jL I x , . (12)
x 2
Soit encore :
2 I x, 2 I x, 0
. (13)
x 2
où G jC R jL j a la dimension de m . Nous verrons plus loin la
-1
signification physique de .
De la même manière, on obtient :
2 V x, 2
V x, 0 . (14)
x 2
Intégrons l’équation (13). L’équation caractéristique s’écrit : r 2 2 , soit deux solutions :
r1
. (15)
r2
La solution générale est donc :
En posant :
R jL
Z c
G jC , (18)
La phase s’est donc déplacée selon les x croissants à la vitesse v (Figure 10). La phase s’est
propagée avec la vitesse v qui est ainsi définie comme la vitesse de phase :
v . (25)
1 t1 2 t 2
x1
v t
x2 x
x
Ainsi, toute fonction mathématique f t représente une onde qui se propage selon les x
v
croissants avec la vitesse v . On appelle ces ondes des ondes progressives.
x
De la même manière, on montrerait que toute fonction mathématique f t représente
v
une onde qui se propage selon les x décroissants avec la vitesse v . On appelle ces ondes des
ondes régressives.
Par la suite, chaque fois que l’on parlera d’ondes progressives, on utilisera l’indice « + ».
L’indice « - » sera utilisé pour les ondes régressives.
2.3.2.a Longueur d’onde
x
Représentons, à un instant donné t, l’expression : Cos t (Figure 11).
v
i ou v
x
x1 x2
1 2
La longueur d’onde est, par définition, la distance qui sépare, à un instant donné, deux points
d’abscisse x1 et x2 où la phase est la même, à 2 près :
x x
t
2
t 1
2 , (26)
v v
x2 x 1
2
2v
ce qui donne : 2 , d’où : x x1 ,
v
en définitive, nous retiendrons :
2
, (27)
v
Ces deux équations dépendent de deux coefficients complexes A et B . Nous pouvons
réécrire ces équations en remarquant que le coefficient A correspond aux ondes progressives et
que B correspond aux ondes régressives.
En posant :
I 0 A et I 0 B , (30)
V0
V
Z c et 0 Z c . (34)
I 0 I 0
Pour la suite, afin d’alléger les notations, nous omettrons les parenthèses et x, dans les
équations manipulées.
Z c ne dépend pas de x mais de la pulsation . Ceci montre que les ondes de courant et
tension progressives sont en tout point de la ligne dans un rapport Z c .
Ces deux situations correspondent concrètement au cas d’une ligne semi infinie (terminée
seulement à une extrémité). Dans ce cas en effet il ne peut y avoir qu’une seule onde (progressive
ou régressive) sous peine de voir tension et courant tendre vers l’infini, ce qui est physiquement
inacceptable.
On en conclut que l’impédance Z c correspond à la valeur de l’impédance qu’il faut connecter au
bout d’une ligne afin qu’elle se comporte comme une ligne semi infinie, c'est-à-dire pour que seule
une onde (progressive ou régressive) se propage. On nomme cette impédance l’impédance
caractéristique de la ligne. Une ligne terminée par son impédance caractéristique Z c est dite
adaptée.
Nous avons établi l’expression de Z c en fonction des paramètres linéiques de la ligne de
propagation R, L, C et G :
R jL .
Z c (38)
G jC
Dans le cas général, l’impédance caractéristique d’une ligne est donc complexe. En pratique
cependant, la qualité des conducteurs utilisés (Cuivre, Or ou Argent) ainsi que des substrats
diélectriques nous situent le plus souvent, dans le domaine de la RF, dans un contexte « faibles
pertes » qui implique :
R jL et G jC . (39)
On a alors à gérer une impédance caractéristique réelle, qui s’écrit :
L
Z c . (40)
C
L’adaptation de la ligne s’en trouve évidemment grandement simplifiée.
est relié à la vitesse de phase par la relation (27) que nous rappelons :
2
. (42)
v
Dans l’hypothèse « faibles pertes » traduite par les relations (39), on obtient pour les expressions de
et de :
LC . (44)
1 R 1
GZ c . (45)
2 Zc 2
1 R 1
Les termes et GZ c représentent les pertes conductrices dues à la résistance série R et les
2 Zc 2
pertes diélectriques dues à la conductance G, respectivement. Dans la pratique, la qualité des
diélectriques utilisés conduit souvent à négliger les pertes diélectriques qui s’avèrent largement
inférieures aux pertes conductrices.
peut s’exprimer en fonction de la terminaison au point x l puisque c’est cette terminaison qui
conditionne le phénomène de réflexion. En x l , on considère la ligne chargée par une impédance
V l
Z l , soit : Z l .
I l
On peut exprimer Z l en utilisant les équations de propagation (32) et (33), soit :
V0 e V0 el
l
Zl Z c , (47)
V0 e V0 el
l
soit :
1 l
Z l Z c , (48)
1 l
soit encore :
Z l Z c
l . (49)
Zl Zc
Pour une onde régressive en tension, on obtient de la même façon :
Z 0 Z c
l , (50)
Z 0 Zc
où Z 0 est l’impédance en x 0 .
On en déduit la définition générale et unique du coefficient de réflexion en tension :
Zch arg e Zc
, (51)
Z ch arg e Z c
où Z ch arg e représente l’impédance de charge de la ligne de propagation, quel que soit le sens de
propagation considéré. On peut dire que « le coefficient de réflexion à l’extrémité d’une ligne de
propagation s’exprime comme la différence entre l’impédance de charge vue et l’impédance
caractéristique de la ligne, divisée par la somme ».
On pourrait montrer que le coefficient de réflexion en courant est égal à l’opposé du coefficient de
réflexion en tension.
On peut vérifier que ce résultat n’est pas contradictoire avec la réalité physique qui implique que la
puissance transmise doit être égale à la puissance incidente moins la puissance réfléchie.
Le coefficient de transmission en courant s’écrivant Ti 1 , on obtient bien un coefficient de
transmission en puissance : T p Tv Ti* 1 1 * 1 2
inférieur à l’unité.
V x,
La Figure 12 représente sur un diagramme de Fresnel (ou plan complexe) l’expression
V
lorsque x varie.
V x,
V
0
1
x
Figure 12. Illustration de la notion de Rapport d’Onde Stationnaire (ROS) : diagramme de Fresnel.
L’amplitude ou module normalisé de l’onde de tension totale en tout point x de la ligne sur l’onde
de tension progressive s’écrit alors :
V x, V x,
vx 1 e 2 jx .
(57)
V V0
1 v 1 . (58)
2k
vmax 1 si 2 x 2k x k .
2 2
Les minima et maxima se retrouvent tous les . Ils sont espacés entre eux de . La Figure 13
2 4
représente l’amplitude normalisée de l’onde de tension le long de la ligne, en fonction de x.
A une distance x, on a : vx 1 e 2 jx 1 Cos 2 x 2 Sin 2 x 2 .
v x
1
1
/4
1
/2
x
0
Figure 13. Illustration de la notion de Rapport d’Onde Stationnaire (ROS) : amplitude de l’onde de
tension. Tracé effectué pour 0,5 .
Avant le développement des analyseurs de réseau durant les années 70, la mesure du ROS
constituait l’une des mesures les plus importantes en hyperfréquences. Aujourd’hui, avec
l’avènement simultané des analyseurs de réseau et de techniques de calibrage pouvant s’adapter aux
technologies actuelles, planaires ou autres, la mesure du ROS est incluse dans un ensemble de
mesures plus complet. Un TP est encore consacré à la mesure du ROS, dans un but exclusivement
pédagogique.
CO ou CC
Plan d’entrée
La méthode consiste à établir l’expression de l’impédance d’entrée du circuit (vue du plan d’entrée),
puis à montrer que cette impédance est purement imaginaire. On peut également montrer que
l’impédance ramenée représente alternativement un condensateur puis une self, puis un
condensateur, …, et dire pour quelle application fondamentale en électronique ce genre de circuits
seront intéressants.
2.5.1.a Intérêt
L’abaque de Smith constitue un outil encore largement utilisé dans le domaine des
hyperfréquences, malgré l’avènement d’outils CAO de plus en plus performants et accessibles. Il
permet d’effectuer graphiquement le passage (dans les deux sens) entre le coefficient de
réflexion à l’extrémité d’une ligne et l’impédance de charge. Ces deux paramètres étant
complexes, ils peuvent être représentés dans un plan complexe. L’abaque de Smith consiste à
superposer deux plans complexes : un plan cartésien représentant le coefficient de réflexion et un
faisceau de courbes représentant l’impédance de charge.
2.5.1.b Construction
Afin d’avoir un abaque indépendant de la valeur de l’impédance caractéristique de la ligne,
l’abaque doit être normalisé par rapport à celle-ci. En général l’abaque est normalisé par rapport à
50 qui constitue le standard d’impédance en hyperfréquences.
La relation liant le coefficient de réflexion à l’impédance caractéristique et l’impédance de charge
d’une ligne a été établie au paragraphe 2.3.4.a :
Zch arg e Z c
. (65)
Z ch arg e Z c
Dans la pratique, l’impédance caractéristique Z c d’une ligne de propagation peut, en première
approximation, être considérée comme réelle. C’est dans cette hypothèse qu’est tracé l’abaque de
Smith, soit :
Zch arg e Z c
. (66)
Z ch arg e Z c
Si l’on normalise les impédances par rapport à Z c , on obtient :
Z
Z c / Z c zch arg e 1
Z
ch arg e
. (67)
ch arg e Z c / Z c zch arg e 1
1
( re 1 ; im ). im
z ch arg e
La Figure 15 montre la représentation des cercles représentant les parties réelle et imaginaire de
zch arg e dans un plan complexe de coordonnées re et im .
im im zchimarg e 2
im
zch arg e 1
j z re
ch arg e 7 j
z re
ch arg e 1
0,5j 0,5j
zchre arg e
-0,5j -0,5j
zchre arg e 0
Axe des Impédances -j -j
réelles zchimarg e 1 zchimarg e 2
zch arg e 1
zchrearg e jzchimarg e 1
z re
ch arg e z 1 2 j
2 im
ch arg e
2
z im
ch arg e
.
z ch arg e 1 zch arg e jzch arg e 1
z re
1 z
2
z
im 2 re
1 z
2 im
2
z im
Donc : im 2 , soit im 0 si zch arg e 0 , et vice-versa.
ch arg e im
z re
ch arg e 1 z
2 im
ch arg e
2
2.5.1.c Utilisation
L’abaque de Smith sert a priori à passer de coefficient de réflexion à impédance de charge (et
vice-versa). Son cadre d’utilisation est cependant bien plus large. Il est utilisé pour de nombreuses
opérations qui mettent en jeu des décalages de longueur car, pour une ligne sans pertes, dans le
plan des coefficients de réflexion, un décalage de longueur x se traduit par un simple déphasage :
4
2x x , (69)
correspondant à un aller-retour de l’onde, comme l’indique la relation établie au paragraphe 2.3.4.a:
V 4 j x
x 0 e 2x 0 e 2 jx 0 e .
V V
(70)
V0 V0 V0
La Figure 17 illustre ce décalage.
x
Z ch arg e
Plan d’entrée
Figure 17. Illustration d’un décalage de longueur.
L’équation (70) montre qu’un tour complet de l’abaque correspond à x ( 2 ).
2
Si l’on souhaite connaître l’impédance de charge « vue » au niveau du plan d’entrée représenté sur
la Figure 17, il suffit de placer zch arg e sur l’abaque de Smith, puis d’effectuer une rotation
correspondant à , comme le montre la Figure 18.
La question est de savoir « dans quel sens tourner » sur l’abaque. Nous pouvons montrer, en nous
appuyant sur la mise en équation des stubs au paragraphe 2.4.2, que l’on doit tourner dans le sens
trigonométrique lorsque l’on décale le plan d’entrée vers la charge, et dans le sens inverse lorsque
l’on s’éloigne de la charge, en allant donc vers le générateur.
Z ch arg e
2.5.1.c.1 Exemple 1
Nous considérons une ligne de propagation d’impédance caractéristique Z c 200 , de
longueur électrique ou phase l 130 terminée par une impédance Z T R jX 400 j300
(Figure 19).
Quelle est l’impédance d’entrée Z e vue du plan P1 ?
l 130
P1
Figure 19. Utilisation de l’abaque de Smith. Exemple 1 : circuit.
Solution :
l l
La longueur électrique est égale à l 2 , soit 0,36 .
Les impédances reportées sur l’abaque de Smith sont normalisées, donc nous reporterons :
Z R jX
zT T r jx 2 j1,5 .
Zc 200
Portons cette valeur sur l’abaque de Smith à l’intersection des cercles r 2 et x 1,5 , soit
P0 (Figure 20).
En l’absence de pertes, si l’on s’éloigne de la charge, le point P0 se déplace sur le cercle de
rayon OP0, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le rayon de ce cercle nous permet, à
l’aide de la réglette disposée près de l’abaque, de déduire que le ROS de la ligne sera :
3,33 .
A partir du point P0 représentant la ligne à la terminaison, on se déplace sur le cercle défini
précédemment d’un angle de 260° ( 2 l ), ce qui donne le point P. P est à l’intersection des
cercles : re 0,77 et xe 1,09 , d’où l’impédance d’entrée cherchée :
Z e re jxe Z c 0,77 j1,09.200 , soit : Z e 154 j 218 .
Solution :
Montrons d’abord comment l’on passe d’une impédance à une admittance sur l’abaque.
Nous avons montré qu’une ligne ¼ d’onde transformait une impédance de charge Z T en Z e
1
telle que : Z e Z T Z c2 , soit en impédance normalisée : ze zT 1 , donc ze . Une
zT
longueur (ligne ¼ d’onde) fait tourner de sur l’abaque. On en déduit donc que sur
4
l’abaque, pour passer de l’impédance à l’admittance, il suffit de prendre le symétrique
par rapport au centre de l’abaque.
La suite du raisonnement est calquée sur l’exemple 1.
On obtient : Ye 0,00575 j0,0032 1 .
Z c 100 Z T 20 j6
l
CC
Figure 21. Utilisation de l’abaque de Smith. Exemple 3 : adaptation d’impédance.
Solution :
En M, nous devons combiner deux impédances :
L’impédance ramenée par le tronçon de longueur d terminé par Z T ,
L’impédance ramenée par le tronçon de longueur l en court-circuit.
Il est de ce fait plus simple de raisonner en admittance car deux admittances en parallèle s’ajoutent.
On souhaite que l’ensemble des tronçons présente un impédance égale à Z c afin qu’il y ait
adaptation, c'est-à-dire une admittance normalisée yM 1 . Or la ligne court-circuitée ramène en M
une admittance ycM jb . Il faut donc qu’en M, le tronçon de longueur d ramène une admittance
yTM 1 jb . Donc le point représentatif de yTM doit se trouver sur le cercle dont la partie réelle est
égale à 1, soit le cercle passant par le centre de l’abaque. Sur l’abaque de Smith, pointons le point P0
Z
correspondant à Z T : z T T 0,2 j0,06 (Figure 22). Nous raisonnons en admittance, donc yT
Zc
s’obtient en prenant le symétrique de P0, soit Q0, par rapport au centre de l’abaque. Lorsque l’on
s’éloigne de la charge yT , on se déplace sur le cercle de rayon OQ0 puisque les lignes sont
supposées sans pertes.
L’admittance ramenée par le tronçon de longueur d doit se trouver sur l’intersection entre ce cercle
et le cercle r 1, ce qui donne deux possibilités, représentées par les points M1 et M2, que nous
appelons solution 3-1 et solution 3-2.
Solution 3-1 : M1
La longueur d se déduit immédiatement : on tourne de Q0 vers M1 dans le sens
trigonométrique, on parcourt donc : 0,51/2 tour 0,26 0,183 0,423 . La longueur
C 3.10 8
d’onde guidée est égale à : 10,6 cm.
f reff 2.10 9 2
Donc d1 0,423.10,6 4,5 cm.
L’admittance normalisée ramenée par le tronçon de longueur d en M se lit sur l’abaque :
y dM 1 1 j1,75 . Pour que yM 1 , il faut donc que le court-circuit ramène j1,75 .
Pointons l’admittance d’un court-circuit, soit , ce qui donne le point CC. Lorsque nous
nous déplaçons vers le point M, nous rencontrons l’admittance j1,75 au point CCM. Nous
avons alors parcouru 0,083 , donc l1 0,083.10,6 8,8 mm.
Solution 3-2 : M2
Nous obtenons respectivement : d 2 0,057.10,6 6 mm et l2 0,42.10,6 4,45 cm.
On peut dire que les deux solutions sont à peu près équivalentes car les longueurs mises en jeu sont
du même ordre de grandeur.