Lignes D'influence
Lignes D'influence
LIGNES D'INFLUENCE
CONTENU
3.1 GÉNÉRALITÉS......................................................................................................................................... 1
RÉFÉRENCES 26
ii Conception des ponts
MISE EN GARDE
Ce document, basé sur le code CSA-S6-14, a pour objectif de faciliter aux ingénieurs l'analyse, la
conception et l'évaluation des ponts. Toutefois ce document ne couvre pas l'ensemble des cas pouvant se
présenter, chaque pont étant un cas unique, que ce soit par sa géométrie ou les fondations qui le
supportent. Les utilisateurs sont priés de référer au code CSA-S6-14 et à son Commentaire pour juger de
la justesse et de la pertinence des indications, exemples et explications inclus dans le présent document.
Bien qu'un grand soin ait été apporté à la préparation de ce document, il n'est pas exclu qu'il puisse
comporter des erreurs. L'auteur et l'École Polytechnique déclinent toute responsabilité quant au contenu
de ce document et des erreurs ou omissions qui pourraient résulter de l'utilisation des informations qu'il
contient.
Comme ce document a été rédigé pour être utilisé dans le cadre d'un cours régulier ou de formation
continue présenté par le professeur Bruno Massicotte, seules les personnes dûment inscrites et ayant
assisté à de tels cours sont aptes à utiliser le document compte tenu des nombreux commentaires et
nuances mentionnés durant le cours.
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envoyées à Bruno Massicotte. Les personnes ayant suivi le cours et désirant être mises au courant des
corrections importantes qui pourraient être apportées au document doivent le mentionner explicitement
à Bruno Massicotte afin d'être mises sur la liste d'envoi électronique.
3.1 GÉNÉRALITÉS
À l'époque où le calcul des structures et des ponts se faisait manuellement, l'utilisation des lignes d'influence
était essentielle pour déterminer les efforts dans les structures dus aux charges mobiles ou aux charges
transitoires. Cette méthode, comme beaucoup d'autres, permet de visualiser et de calculer l'effet d'une
charge mobile sur une structure au moyen de représentations graphiques.
Depuis l'avènement de l'ordinateur, et plus particulièrement des ordinateurs personnels, le recours à des
méthodes manuelles faisant appel à des concepts graphiques pour déterminer les efforts dans les structures
a peu à peu disparu du quotidien des ingénieurs, voire de leur formation académique. Cependant, la
connaissance et l'utilisation de méthodes graphiques, surtout au niveau qualitatif, permet d'améliorer la
compréhension du comportement des structures et favorise le développement d'un sens intuitif et le
jugement, utiles à l'ingénieur en structures.
Ce chapitre porte principalement sur le concept de lignes d'influence tout en servant de révision de certains
principes fondamentaux de l'analyse structurale. L'étude de l'effet de charges mobiles sur les structures est
traitée d'abord pour les poutres et les treillis isostatiques pour être par la suite étendue aux poutres continues,
aux cadres rigides et aux grillages. Les méthodes manuelles utilisées pour le calcul des lignes d'influence
sont présentées en détail. On traite, vers la fin du chapitre, de l'utilisation de tables de lignes d'influence
pour ensuite terminer par l'utilisation de l'ordinateur et des programmes de calcul adaptés aux charges
mobiles.
Le texte présenté dans ce chapitre ne couvre pas l'ensemble des concepts ou applications des lignes
d'influence. Les références [3.1 à 3.4], plus complètes, dont certaines exclusivement consacrées à la
question, peuvent être consultées au besoin.
juste à la droite de n alors qu'il est maximal négatif lorsque P est juste à la gauche de n (Fig. 3.1c). Le
moment fléchissant maximal et l'effort tranchant maximal s'expriment comme suit pour une charge
concentrée se déplaçant sur une poutre simplement appuyée :
x P
A n B
Px (Lx)
(M)
L
P (Lx)
L
+
(V)
Px
L
b) Efforts internes
x L x
M n max P (3.1a)
L
Vn max P
L x x
ou Vn max P (3.1b)
L L
L'expression valeur négative maximale est fréquemment utilisée en analyse des structures et est utilisée ici
pour désigner la valeur minimale au sens mathématique.
Si la position de la charge P est modifiée, on peut tracer d'autres diagrammes similaires à ceux de la figure
3.1 et construire par la suite l'enveloppe des valeurs maximales tel que montré à la figure 3.2 pour une
poutre simplement appuyée. L'enveloppe pour le moment maximal positif forme une parabole du second
degré donné par l'équation 3.1a alors que l'enveloppe des efforts tranchants maximaux positif et négatif est
formée de droites définies à l'équation 3.1b. Les valeurs données par ces enveloppes sont appelées
diagrammes des moments maximaux et des efforts tranchants maximaux.
P
Charge
mobile
A B
PL
4
Mmax+
Vmax+
P
++
-
P
Vmax-
q
L x
2
x2
Vn max ou Vn max q (3.2b)
2L 2L
q q
Charge uniforme
mobile
L L
2 2
qL (M) qL
8 8
Mmax+
q
Vmax+
qL
2 +
qL
Vmax-
+ 2
(V)
+
(V)
Figure 3.3: Efforts dus à une charge uniforme Figure 3.4: Enveloppe des efforts pour une
charge uniforme mobile
Pour un groupe de charges concentrées (Fig. 3.5), le moment fléchissant absolu se produit sous l'une des
charges, identifiée habituellement par tâtonnement. Cette charge est généralement celle située le plus près
de la résultante des charges (ou centre de gravité des charges). Si on suppose que le moment maximal à la
section n se produit sous la charge j (Fig. 3.5d), on obtient alors :
i j 1
M n RA x j
Pi x j xi (3.3)
i 1
et
L xj c
RA
L
P (3.4)
où c correspond à la distance entre la résultante des charges et la position de la charge j. Le signe ± est dû à
la position relative de la charge j et de la résultante. Ainsi le signe est positif (+) lorsque la résultante est à
gauche de la charge j et négatif (-) dans le cas contraire. Le moment maximum se produit lorsque
dMn /dx = 0, ce qui donne en introduisant 3.4 dans 3.3 :
dM n
P L 2x c 0
dx
donc
L c
x (3.5)
2 2
P1 P2 Pj Pm
A n Résultante B
x c = SP
P1 P2 Pm
P1 P2 Pm
P1 P2 Pj Pm
n Résultante
c/2 c/2
L/2
d) Position pour Mmax
Ainsi, le moment maximal causé par un groupe de charges mobiles sur une poutre simplement appuyée se
produit sous l'une des charges lorsque la résultante des charges et la charge Pj se trouvent équidistantes des
extrémités. Cette règle est basée sur l'hypothèse où toutes les charges se retrouvent sur la poutre. Il est
possible, lorsque la longueur de la poutre et la distance entre la première et la dernière charges sont
comparables, que la valeur maximale du moment se produise seulement lorsqu'une certaine partie des
charges se trouve sur la poutre. Dans ce cas, seulement ces charges doivent être considérées dans les calculs.
Le calcul du moment maximum absolu est illustré au moyen d'un exemple.
Exemple 3-1:
Pour la poutre montrée à la figure 3.6a sur laquelle circule le chargement QS-660, il s'agit de déterminer la
section où se produit le moment maximum absolu et la valeur de ce moment.
Solution
a) Positon de la résultante
La position de la résultante du chargement QS-660 par rapport à l'axe de l'essieu avant est (Fig. 3.8b):
Comme le troisième essieu (P = 200 kN) est situé le plus près de la résultante, on assume que le moment
maximum se produit sous cette charge, ce qui donne:
M n max
donc
c L c
0.818m et x200 10.818 m
2 2 2
20 10.818 1.636
RA 660 357kN
20
L
M max RA 0.818 60 10 240 6 1822kN m
2
À la figure 3.6c, on donne la valeur des moments sous les autres charges du QS-660 pour la position
donnant le moment maximal dans la poutre.
c) Vérification
On peut vérifier que le choix du troisième essieu était approprié. En effet, en choisissant le deuxième essieu
comme étant celui donnant les efforts les plus critiques, on obtient les valeurs suivantes:
c
c 4.364 m; 2.182 m; R A 258.0kN; M max 1777 kN m
2
Ainsi on constate que la valeur maximale du moment sous la charge de 240 kN est inférieure à celle sous la
charge de 200 kN. Ceci nous amène à conclure que le moment maximal ne se produit pas nécessairement
sous la plus grande des charges mais généralement sous celle située le plus près du centre de gravité des
charges.
240
200
160
60
4 6 6
20 m QS-660
a) Poutre et chargement
240
200
160
60
Résultante
x
240
200
160
R
60
0.818
0.818
L/2 = 10 m
292 M
+ 964
1480
1822
Il est courant lors du calcul des efforts qu'il faille considérer l'interaction entre des efforts de nature
différente (M-V; N-M; N-V), que ce soit pour les poutres ou poteaux en acier ou en béton. Dans de tels cas,
il faut user de discernement pour les combinaisons d'efforts considérées. Ainsi, pour un diagramme
d'interaction de résistance symétrique, comme on en retrouve généralement en charpentes d'acier3.5,
l'utilisation de la combinaison formée des efforts maximaux est sécuritaire mais parfois trop conservatrice.
En effet, la figure 3.7a montre un diagramme d'interaction P-M symétrique où les cas de chargement 1, 2 et
3 sont illustrés. Une conception sécuritaire requiert l'utilisation du diagramme de résistance B. Toutefois,
en utilisant la combinaison Pmax-Mmax, où Pmax = P1 et Mmax = M1, le diagramme C, plus sécuritaire, sera
requis. Pour un diagramme d'interaction non symétrique, comme on en retrouve généralement en charpentes
de béton armé3.6, l'utilisation de la combinaison des valeurs maximales n'est pas garante de sécurité. La
figure 3.7b montre que le diagramme B, satisfaisant pour la combinaison Pmax - Mmax, où Pmax = P1 et
Mmax = M3, ne rencontre pas les critères de résistance requis pour la condition 2. Le diagramme C est donc
requis.
Dans les deux cas illustrés à la figure 3.7, on constate que l'utilisation des conditions obtenues de la valeur
maximale de chacun des effets, associés à la valeur correspondante de l'autre effort (Pmax= P1 avec M1 ou
P3 avec Mmax = M3), est satisfaite par le diagramme d'interaction A mais n'est pas nécessairement sécuritaire
pour tous les cas de chargement.
La considération des cas intermédiaires, où P Pmax et M Mmax, n'est pas simple et doit être faite avec
attention. Toutefois, en pratique, l'utilisation de l'ordinateur facilite grandement la tâche du concepteur dans
la détermination de ces valeurs car tant les valeurs maximales que les différents rapports entre les efforts
peuvent être obtenus. Toutefois, la visualisation des cas de charge critique avec le diagramme d'interaction
permet de constater si des conditions critiques sont probables ou non.
P P
C C
B
B 1
1 A
(P1,M3) (P1,M3)
A
2
3
3
2
M M
3.3.1 Définition
La ligne d'influence d'un effet donné dans une structure (M, V, N, , etc.) est une représentation graphique
de la valeur de cet effet à une section donnée causée par une charge unitaire se déplaçant sur la structure
et dessinée le long de cette structure aux différents points d'application de la charge. On peut donc tracer
une ligne d'influence pour tous les types d'effets à différentes sections le long d'une poutre.
section n sont montrées. L'ordonnée de la ligne d'influence à n'importe quelle section de coordonnée x
donne la valeur du moment fléchissant Mn ou l'effort tranchant Vn à la section n lorsque la charge unitaire
se trouve à la position x. Les valeurs positives sont tracées du côté inférieur de l'axe. On peut également
obtenir la ligne d'influence des réactions d'appuis en A et B (Fig. 3.8d). L'ordonnée de la ligne d'influence
prend donc les valeurs suivantes pour les différents types d'efforts à la section n selon la position de la
charge.
Pour les réactions d'appuis on trouve :
RA
L x
(3.6a)
L
RB
x
(3.6b)
L
Pour 0 x b :
b c x x
M n c RB c (3.6c)
L b L
b x x
Vn RB (3.6d)
L b L
Pour b x L :
b c L x L x
M n b RA b (3.6e)
L c L
c L x L x
Vn RA (3.6f)
L c L
Il est intéressant de noter que les lignes d'influence du moment fléchissant et de l'effort tranchant peuvent
être construites directement à partir des lignes d'influence des réactions d'appuis situées du côté opposé de
la position de la charge unitaire par rapport à la section n.
Charge mobile
x Pn =1
A n B
b c
L
a) Dimensions
n
A B
+
bc
L
b) Ligne d’influence de Mn
1.0
b/L
-
A B
n
+
c/L
n
A B
RA
+
1.0
n
A B
RB
+
1.0
d) Lignes d’influence des réactions d’appui
Charge mobile
2
h Pn=1
1
A B
C D
b b b b
L
x
a) Géométrie
N3
N2 Pn=1
N1
A B
C D
RA RB
b) Coupe
3b +
4h
c) Ligne d’influence de N1
1/4 sin
+
1/2 sin
d) Ligne d’influence de N2
b/h
e) Ligne d’influence de N3
Lorsque la charge se situe entre C et D, la ligne d'influence est une ligne droite joignant la valeur à C et
celle à D comme montré aux figures 3.9c, 3.9d et 3.9e.
P1 P2 P3
S1 S2
A n B
L
a) Charge mobile
A B A
- B
+
+ V
M
b) Lignes d’influence
P1 P2 P3
A n B
Cas 1
P1 P2 P3
A n B
Cas 2
P1 P2 P3
A n B
Cas 3
P3 P2 P1
A n B
Cas 4
P3 P2 P1
A n B
Cas 5
P3 P2 P1
A n B
Cas 6
c) Positions de charges
Pour chaque type d'effort, on multiplie la valeur réelle de P avec l'ordonnée de la ligne d'influence
correspondant à sa position. La somme de ces produits pour toutes les charges présentes sur la poutre donne
la valeur de l'effet considéré à la section n dû au groupe de charges:
Effort Pi i (3.8)
En procédant par tâtonnement, par inspection ou en se fondant sur l'expérience, on détermine quelle position
des charges donne l'effort maximal. Dans le cas où les charges ont des valeurs différentes, il est nécessaire
de faire circuler les charges dans les deux directions afin d'obtenir les efforts maximaux (Fig. 3.10c).
Exemple 3-2:
Il s'agit, pour la poutre montrée à la figure 3.11, de déterminer le moment fléchissant et l'effort tranchant
causés par un groupe de trois charges mobiles ayant les valeurs et les espacements suivants: P1 = 60 kN; P2
= 240 kN; P3 = 200 kN; s1 = 4 m; s2 = 6m. La poutre a une portée de 20 m et la section n se trouve à 8 m de
l'appui A.
Les calculs sont résumés au tableau 3.1. On peut remarquer que le moment maximal et l'effort tranchant
maximal se produisent pour le même cas de chargement ce qui n'est pas toujours le cas.
240 kN
200 kN
60 kN 4m 6m
A n B
8m
20 m
Moment fléchissant
Cas x1 1 M1 x2 2 M2 x3 3 M3 M
total
1 8 4.8 288 12 3.2 768 18 0.8 160 1216
2 4 2.8 144 8 4.8 1152 14 2.4 480 1776
3 -2 0 0 2 1.2 288 8 4.8 960 1248
4 8 4.8 288 4 2.4 576 -2 0 0 864
5 12 3.2 192 8 4.8 1152 2 1.2 240 1584
6 18 0.8 48 14 2.4 576 8 4.8 960 1584
Effort tranchant positif
Cas x1 1 V1 x2 2 V2 x3 3 V3 V
total
1 8 0,6 36 12 0.4 96 18 0.1 20 152
2 4 0 0 8 0.6 144 14 0.3 60 204
3 -2 0 0 2 0 0 8 0.6 120 120
4 8 0.6 36 4 0 0 -2 0 0 36
5 12 0.4 24 8 0.6 144 2 0 0 168
6 18 0.1 6 14 0.3 72 8 0.6 120 198
Effort tranchant négatif
Cas x1 1 V1 x2 2 V2 x3 3 V3 V
total
1 8 -0.4 -24 12 0 0 18 0 0 -24
2 4 -0.2 -12 8 -0.4 -96 14 0 0 -108
3 -2 0 0 2 -0.1 -24 8 -0.4 -80 -104
4 8 -0.4 -24 4 -0.2 -48 -2 0 0 -72
5 12 0 0 8 -0.4 -96 2 -0.1 -20 -116
6 18 0 0 14 0 0 8 -0.4 -80 -80
L'utilisation d'une ligne d'influence peut s'illustrer comme suit. Pour la poutre montrée à la figure 3.12a, on
donne en ordonnée la valeur de la ligne d'influence d'un effet Q quelconque en fonction de la position
longitudinale des charges. La valeur de toute effet Q causé par un groupe de charges P1, P2,..., Pn peut être
obtenu en utilisant la valeur de la ligne d'influence de cet effet :
Q 1P1 2 P2 ... n Pn (3.9a)
ou bien
Q i Pi (3.9b)
La valeur de ce même effet, due à une charge linéique d'intensité p (Fig. 3.12b) agissant sur une portion de
longueur CD, est :
D
Q p dx (3.10a)
C
qui prend la forme suivante pour une charge linéaire q d'intensité constante :
D
Q q dx (3.10b)
C
P1 P2
Pn
n
1 2
Ligne d’influence
de l’effort Q
a) Charges concentrées
D
C
Ligne d’influence
de l’effort Q
b) Charges linéique
Ainsi la connaissance de la forme d'une ligne d'influence indique la position que doivent occuper les charges
afin de produire l'effet maximal. Des exemples de lignes l'influence sont donnés aux figures 3.13 à 3.15
pour une poutre isostatique, une poutre continue et un cadre rigide respectivement. On peut voir, sur la
figure 3.13, que le moment négatif maximal en E survient lorsque les travées AB et CD sont chargées alors
que la travée BC n'a aucune charge. D'une façon similaire, l'effort tranchant positif maximal à cette même
section se produit lorsque la charge occupe toute la section AB et la portion EC de la travée centrale. Sur la
figure 3.14, on observe que la réaction d'appui en B est maximale lorsque les travées AB et BC sont chargées
alors que des charges sur la travée CD réduisent la valeur de la réaction. Sur la figure 3.15, on doit interpréter
la ligne d'influence sur la béquille BE comme étant la valeur de l'effet considéré à la section n pour une
charge horizontale positive vers la droite agissant sur la béquille BE.
Pn
P1 P2
A B E C D
a) Poutre chargée
Pn
P1 P2
RB
b) Appui B remplacé par RB
A B C D
1 n
2 1
+
F
c) Ligne d’influence de RB
Pn
P1 P2 ME
A B C D
VE
d) Équilibre maintenu par les forces ME et VE
1
2
A E C D
B n
+
1
F
e) Ligne d’influence de moment en E
Tangentes
parallèles 1
n
A E C D
1 +
2 + B
A E B F C D
a) Poutre
B
A C D
+ 1
F
b) Ligne d’influence de RB
F
A B C D
+
F F
c) Ligne d’influence de MF
F
Tangentes
parallèles
1
A B C + D
F
d) Ligne d’influence de VE
A B E C D
F G
a) Cadre
A B C
+ D
+ +
1
F G
F b) Ligne d’influence de la réaction en A
B E C
A D
+
+
1
F F
F G
c) Ligne d’influence du moment en E
-
A B 1 C D
+ E
+
F
F G
Ainsi, considérons la poutre isostatique en équilibre de la figure 3.13a. On peut éliminer le support en B et
remplacer par son effet par une charge concentrée positive vers le haut, RB (Fig. 3.13b). Si la structure est
maintenant soumise à une charge concentrée F en B de sorte que la flèche en B égale l'unité, on obtient la
déformée de la poutre montrée à la figure 3.13c. Comme la structure était initialement isostatique,
l'élimination de l'appui en B rend la structure instable (mécanisme) et la force F requise pour obtenir une
flèche unitaire en B est nulle (F=0). Ceci est particulier aux structures isostatiques. En effet, pour une
structure hyperstatique l'élimination d'une restriction laisse toujours une structure stable de sorte que F n'est
pas nulle (F =/ 0).
Si on applique le théorème de Betti exprimé par l'équation 3.11, on trouve :
1P1 2 P2 ... n Pn 1 RB F 0 (3.12)
Cette équation indique que le travail virtuel externe fait par le groupe de charges agissant sur la poutre (Fig.
3.13b) durant le déplacement de la structure à la figure 3.13c est égal au travail virtuel externe réalisé par
le système de forces de la figure 3.13c durant le déplacement de la figure 3.13b. Cette dernière quantité est
égale à zéro car il n'y a aucun déplacement en B dans le système de la figure 3.13b. Ainsi on peut réécrire
l'équation 3.12 :
RB i Pi (3.13)
Si l'on compare cette dernière équation à l'équation 3.9b, on voit que la flèche de la poutre de la figure 3.13c
est la ligne d'influence de la réaction RB. Ceci démontre que la ligne d'influence de la réaction RB peut être
obtenue en relâchant cet effet (ici éliminer l'appui B) en introduisant subséquemment un déplacement
unitaire en B vers le bas, c'est à dire dans la direction opposée à la direction positive de l'effet considéré, la
réaction RB. En utilisant la statique élémentaire, on peut aisément vérifier que la valeur des ordonnées de la
figure 3.13c est bien égale à la réaction d'appui en B pour une charge unitaire se déplaçant le long de la
poutre de la figure 3.13a.
De façon similaire, on peut obtenir la ligne d'influence du moment à la section E. Il faut pour cela relâcher
le moment en E en introduisant une rotule à cet endroit. On applique ensuite deux couples égaux et opposés
F afin de produire une rotation relative des deux extrémités de poutres en E. En appliquant le théorème de
Betti pour les systèmes des figures 3.13d et 3.13e, on obtient :
1P1 2 P2 ... n Pn 1 M E F 0 (3.21)
ou bien
M E i Pi (3.22)
démontrant que la courbe sur la figure 3.13e est bien la ligne d'influence du moment en E.
Finalement, la ligne d'influence de l'effort tranchant en E est obtenue en relâchant cet effet en E en
introduisant un mécanisme permettant le transfert des autres efforts mais non l'effort tranchant, et en
imposant un déplacement unitaire relatif des deux extrémités de la poutre au moyen de deux charges
concentrées égales et opposées. Ceci nous permet encore une fois d'écrire à l'aide du théorème de Betti pour
les systèmes des figures 3.13d et 3.13f :
1P1 2 P2 ... n Pn 1 VE F 0 (3.23)
ou bien
VE i Pi (3.24)
prouvant du fait même que la figure 3.13f est bien la ligne d'influence de l'effort tranchant en E.
Les lignes d'influence montrées jusqu'à présent étaient composées de lignes droites, typiques pour les
structures isostatiques. Ainsi le calcul d'une des valeurs de la ligne d'influence et la connaissance de sa
représentation graphique sont suffisants pour tracer la ligne d'influence au complet en connaissant la valeur
associée en tout point.
Les lignes d'influence des structures hyperstatiques sont composées de courbes nécessitant le calcul de la
valeur associée à plusieurs endroits. Aux figures 3.14 et 3.15, le principe de Müller-Breslau est appliqué de
façon générale pour obtenir les lignes d'influence de divers types d'effets pour des structures hyperstatiques.
Exemple 3.3:
Pour la poutre montrée à la figure 3.16, on désire trouver les lignes d'influence pour VC, MB et RB ainsi que
leur valeur maximale de ces effets pour un chargement QS-660.
a) Effort tranchant VC :
La ligne d'influence de VC se trouve en relaxant cet effort, afin d'avoir un déplacement unitaire, tel qu'illustré
à la figure 3.16b. On voit que seulement les charges sur la travée CD vont induire un effort tranchant en C.
L'effort maximal s'obtient en plaçant la charge de 240 kN en C et celle de 200 kN à 6 m de C vers la droite,
ce qui donne l'effort tranchant suivant, avec 240 = 1.0 et 200 = (10-6)/10 = 0.4:
VC = 1.0×240 + 0.4×200 = 320 kN
b) Moment fléchissant MB :
La ligne d'influence du moment en B est montrée à la figure 3.16c. Elle a été obtenue en relaxant le moment
en B en insérant une rotule et en imposant une rotation unitaire au même endroit. La valeur maximale de la
ligne d'influence survient en C et prend la valeur de :
C = × L = 1 × 5 m = 5 m
Le moment maximal produit par le chargement QS-660 s'obtient en positionnant la charge de 240 kN en C,
celle de 200 kN à 6 m du côté droit de C et celle de 60 kN à 4 m à gauche de C, ce qui donne : 240 = 5.0 m,
200 = 5(10-6)/10 = 2.0 m et 60 = 5(5-4)/5 = 1.0 m. La valeur de MB est donc :
MB = 5.0×240 + 2.0×200 + 1.0×60 = 1660 kN.m
c) Réaction d'appui RB :
La ligne d'influence de la réaction en B est montrée à la figure 3.16d. Elle a été obtenue en relaxant la réaction
en B en éliminant l'appui et en imposant un déplacement unitaire au même endroit.
A B C D E F
20 5 10 5 20
a) Poutre cantilever
A B C D E F
1 +
F
b) Ligne d’influence de VC
5m
A B 1 D E F
c) Ligne d’influence de MB
A B D E F
1 +
C
d) Ligne d’influence de RB
La réaction maximale produite par le chargement QS-660 s'obtient en positionnant la charge de 240 kN en C,
celle de 200 kN à 6 m du côté gauche de C, celle de 160 kN à 12 m du côté gauche de C et celle de 60 kN à 4 m
à la droite de C, ce qui donne : 240 = 1.0, 200 = (20+5-6)/25 = 0.76, 60 = (20+5-12)/25 = 0.52 et 60 = (10-
4)/10 = 0.6. La valeur de RB est donc :
RB = 1.0×240 + 0.76×200 + 0.52×160 + 0.6×60 = 511.2 kN
Exemple 3.4
À la figure 3.17 on montre une ferme à membrures articulées formant une poutre en arc. On désire calculer
la ligne d'influence de la membrure 1 située entre les nœuds E et F. On procédera en faisant une coupe à
travers le panneau CDEF et en utilisant tour à tour les lignes d'influence des réactions d'appui en A et B.
a) Équilibre à gauche
En faisant l'équilibre à gauche (Fig. 3.17b), on utilise la ligne d'influence de RA pour déterminer la valeur de
la ligne d'influence de la membrure 1 lorsque la charge se situe à la droite de D.
En faisant la somme des moments autour de D, on détermine que l'effort N1 est égal à :
M D RA 2 a N1 d 0
donc M D RA 2 a N1 d 0
2a R A
N1
d
Ceci conduit à l'expression suivante pour N1 :
2a 2a x
N1 RA 1
d d L
b) Équilibre à droite
En faisant l'équilibre à droite (Fig. 3.17c), on utilise la ligne d'influence de RB pour déterminer la valeur de
la ligne d'influence de la membrure 1 lorsque la charge se situe à la gauche de C.
En faisant la somme des moments autour de D, on détermine que l'effort N1 est égal à :
M D RB 4 a N1 d 0
donc
4a RB
N1
d
Ceci conduit à l'expression suivante pour N1 :
4a 4a x
N1 RB
d d L
b/4 F
1
b/2 E
2
b
3
A C D B
a a a a a a
a) Poutre triangulée
F
E
N1
d
N2
N3
D
C
RA b) Équilbre à gauche
E N1
d
N2
N3
C D
RB
c) Équilbre à droit
RB
RA -4a
L
-2a
L
C D
d) Ligne d’influence de N1
A G B
n1
C n2 H D
n3
E I F
a) Vue en plan
A
+ D
H
1 +
F
C
I
E
b) Ligne d’influence de Mn1
B
A D
F
C
I
1
E
c) Ligne d’influence de Mn2
A G
D
B
F
C 1
E
d) Ligne d’influence de Mn3
La différence fondamentale qui existe entre ces deux extrêmes est que la méthode d'analyse structurale
conventionnelle utilise des éléments de poutres unidimensionnels pour représenter une structure alors que
la méthode des éléments finis idéalise la structure au moyen d'éléments unidimensionnels, bidimensionnels
et tridimensionnels. La formulation des éléments finis en fait également une méthode ayant une beaucoup
plus grande polyvalence.
En analyse des ponts, les deux méthodes sont utilisées. Lorsque la géométrie d'un pont s'assimile à une
poutre ou un cadre plan, la méthode d'analyse des structures conventionnelle sera généralement préférée,
étant plus simple d'application. Lorsqu'on désire réaliser une analyse en trois dimensions d'un tablier, on
utilisera souvent la méthode de d'analyse des structures conventionnelle en faisant une analyse de grillage,
ou bien on utilisera la méthode des éléments finis.
RÉFÉRENCES
3.1 GhalI, A., NevillE, A.M. 1989. Structural analysis - A unified classical and matrix approach. 3rd
Ed., Chapman and Hall, N-Y, 870p.
3.2 Larnach, W.J. 1964. Influence lines for statically indeterminate plane structures., MacMillan & Co
Ltd, London, 256p.
3.3 Griot, G., Lorsch, H. 1952. Influence line tables. F. Ungar Publishing, N-Y, 87p.
3.4 Eriksen, B. 1955. Influence lines for thrust and bending moments in the fixed arch. Concrete
Publication Ltd, London, 27p.
3.5 Beaulieu, D., Picard, A., Tremblay, R. Grondin, G., Massicotte, B. 2003 et 2010. Calcul des
charpentes d'acier, Tomes 1 et 2. Institut Canadien de la Construction Métallique, Ontario.
3.6 Wight, J., MacGregor, J.G. 2009. Reinforced concrete mechanics and design. Prentice Hall.
3.7 American Institute for Steel Construction 1966. Moments, shears and reactions for continuous
highway bridges.