Résumé Aristote, Pierre-Marie Morel
Résumé Aristote, Pierre-Marie Morel
Contenido
Aristote, par Pierre-Marie Morel............................................................................................................1
Intro....................................................................................................................................................2
Sur la philosophie Aristotélicienne.................................................................................................2
Sur l’ouvrage Aristotélicienne............................................................................................................4
Chap.1 :..............................................................................................................................................5
Fonder la philosophie naturelle......................................................................................................5
La nature : les principes et les causes.............................................................................................6
Le mouvement et les êtres en mouvement....................................................................................9
Le lieu et le temps........................................................................................................................11
Chap. 2 : Questions de méthodes.....................................................................................................16
Les écrits logiques........................................................................................................................16
Le problème des fondements de la science..................................................................................19
La connaissance des principes......................................................................................................22
La nature des principes.................................................................................................................22
Les usages de la dialectique..........................................................................................................23
Intro
Sur la philosophie Aristotélicienne
Tâche fondamentale et traditionnelle de la philosophie : préserver l’unité de la dispersion mouvante
et illimité du multiple ;
Mais,
Comment unifier le multiple sans l’abolir, atteindre à l’unité sans supprimer la réalité plurielle de ce
qui s’y rapporte ?
Platon : les choses sensibles «participent» à des formes intelligibles séparées —comme celle du beau
en soi ou de l’égal en soi—.
Aristote : conçoit le multiple lui-même dans sa positivité et non pas comme une pluralité indéfinie ; il
tente de l’organiser (le multiple) et non pas de le dépasser. La multiplicité n’est intelligible que si
nous la comprenons comme une diversité différenciée, comme une multiplicité structurée par des
espèces et des genres.
La bonne méthode pour parvenir aux divisions est de commencer par l’examen des «faits
manifestes» (ta phainomena) propres à chaque genre, avant d’en exposer les causes et la genèse 1; il
s’agit de subordonner la systématisation du divers à son examen méthodique.
La philosophie naturelle : traités naturalistes (qui forment la majeure partie du corpus) pour
une physique nouvelle et puissamment organisée. C’est une discipline théorique qui atteint,
donc, sa fin indépendamment de toute application technique ou pratique.
Les affaires humaines : ouvrages de philosophie pratique qui explorent les différentes voies
qu’emprunte la conduite humaine (éthique et politique) dans la recherche d’une seule fin : le
bonheur. Le savoir pratique a toujours pour fin l’action et non pas la connaissance elle-même
2 domaines qui se touchent : la philosophie pratique renvoie à l’idée de nature, parce qu’elle
s’interroge sur ce qui est conforme ou contraire à la nature, même si la nature ne suffit jamais à
éclairer l’homme de bien ou le politique sur ce qu’ils doivent faire.
En recherchant le bonheur, on cherche le bien proprement humain, i.e., ce qui est naturel à
l’homme, mais qu’on ne peut pas atteindre qu’à travers des moyens humains (l’éducation, les lois,
etc.). L’homme est un animal paradoxal, dont la nature est de dépasser sa propre nature.
Modèle ontologique et cosmologique commun des 2 domaines. Elles existent sous les deux
modalités de la puissance et de l’acte ou accomplissement (energeia) ; et être c’est toujours soit être
1
Part. an., I, 1, 640a14-15
susceptible d’accomplissement, soit être accompli d’une certaine manière. Que les êtres tendent
vers leur fin ou qu’ils en soient détournés —ex. par le hasard ou par la perversité—, ils existent
toujours sur le mode de l’accomplissement et c’est ce qui rend intelligibles leur devenir et leur nature
propre. C’est ainsi qu’il dira qu’il faut définir le composé que forment ensemble l’âme et le corps par
leur commune actualité ou réalisation (entelecheia) : «bien que l’un et l’être s’entendent en plusieurs
sens, c’est la réalisation qui en constitue le sens éminent» (De an., II, 1, 412b8-9). L’acte, donc, n’est
pas un simple accident de l’être, mais sa modalité éminente.
Le divers est donc une multiplicité dynamique d’actes, de puissances et de mouvements. Unifier le
réel est comprendre alors l’unité dynamique dans laquelle se trouve l’homme.
Sur l’ouvrage Aristotélicienne
3 problèmes principaux qu’on trouve dans le corpus :
b) Sur sa transmission
Les œuvres d’Aristote dont nous disposons aujourd’hui sont le résultat d’un travail d’édition, de
traduction et d’exégèse de 2000 ans d’antiquité, et ils ne donnent, donc, qu’une idée assez
imparfaite de ce que pouvaient être les notes de cours laissées par lui.
Le titre même des écrits a été modifié au cours des siècles et les premières listes des ouvrages (faites
par des philosophes et historiens postérieurs) ne coïncident pas avec les titres connus aujourd’hui.
Jaeger 2marque une rupture dans l’histoire de l’interprétation d’Aristote par l’originalité de sa
démarche personnelle ainsi que par ses analyses dites «génétiques» de la philosophie d’Aristote.
Jaeger divise la carrière philosophique d’Aristote en 3 périodes :
2
Aristote. Fondements pour une histoire de son évolution, Werner Jaeger
3
P. Pellegrin et D.Devereux
Chap.1 :
Fonder la philosophie naturelle
[Physique + Météorologiques + Du ciel + Génération et corruption + Génération des animaux
+ Histoire des animaux + Marche des animaux + Mouvement des animaux + Parties des
animaux + De l’âme 4 + Petits Traités d’histoire naturelle]
L’étude physique chez Aristote passe dans tous ses ouvrages par :
La Physique :
La Physique traite, selon le même Aristote, des «premières causes de la nature et la totalité du
mouvement naturel»5
Mais,
Les indications relatives à l’ordre des traités ont le plus souvent une visée systématique et non
nécessairement chronologique.
Sa philosophie naturelle passe, donc, par les êtres naturels et leurs mouvements (kinesis) et, plus
généralement, tout ce qu’il range sous la catégorie du changement (metabolè) : le déplacement
(phora), l’accroissement (auxèsis) et le décroissement (phtisis), la modification qualitative ou
altération (alloiôsis), la génération (genesis) de l’être naturel et sa destruction (phthora).
La Physique, en disposant les principes, est donc souvent placée au début de cette étude.
4
L’étude de l’âme est l’affaire du physicien: De an., I, 403a28
5
Météor., I, 1, 338a20-339a9
La nature : les principes et les causes
La plus part des philosophes présocratiques (ainsi que les contemporains de Socrate, Platon et
Aristote) ont essayé d’expliquer la formation du monde en le rapportant à un ou plusieurs principes
(archè). Aristote, même s’il pose l’éternité du monde, aussi, et il l’a fait au L.1 de la Physique, laquelle
utilise des arguments de type dialectique, en s’appuyant sur les doctrines de ses prédécesseurs.
La connaissance des principes n’est pas immédiate (démonstrative) : il faut procéder inductivement,
en commençant par ce qui est le plus clair pour nous (ce qui s’offre à l’expérience : les composées
comme les animaux, les plantes, etc) pour y arriver à ce qui est le plus clair en soi (ce qui est simple
ou incomposé et qui ne s’offre pas à l’expérience : les éléments ou principes). 6
Mais Aristote ne se limite pas à une recherche empirique 7, mais il marque aussi la succession des
étapes : les enfants confondent d’abord et distinguent ensuite.
La différence entre la connaissance la plus claire pour nous et la connaissance la plus claire
en soi
La continuité de l’une à l’autre (passage possible, mais qui suppose des médiations)
1 seul principe
o Immobile Eléates : Parménide, Mélissos
o Mû : air ou eau «Physiciens» : Thalès (eau) ou Anaximène (air)
Plusieurs principes
o En nombre limité Empédocle [4,188a18]
o En nombre illimité
D’un seul genre avec des différences de formes Démocrite
Opposés Anaxagore [4,187a25]
De cette opposition, il en ressort que les principes contiennent tous des termes contraires.8 Tout
changement suppose la contrariété. Et cette contrariété nécessaire rejette l’existence d’un seul
principe, ainsi que des principes infinis, car elle est une relation finie (entre 2 termes).
6
Physique I, 1, 184a16-26
7
Son exemple (Phys., I, 1, 184b10-14) suggère d’un côté que les sensations ne saisissent pas de pures
singularités mais insèrent spontanément leurs objets dans des classes (ex. de l’enfant)
8
Phys. 1, 5, 188a19
Dans les êtres naturels, c’est l’opposition entre la détermination ou forme (eidos), et l’absence de
celle-ci ou privation (sterèsis).9
Mais comment expliquer ce passage de l’un à l’autre ? Il faut identifier ce qui devient, ce qui nous
permet de dire que quelque chose est devenu blanc. Mais les contraires ne peuvent pas être présents
simultanément et sous le même rapport dans une même chose il faut un 3ème terme pour
comprendre la permanence relative de ce qui devient et une forme de corrélation des contraires.
Ce 3ème principe est la matière. Donc les 3 principes sont : matière, forme et privation.
La matière est d’abord en puissance (dunamis) ce qu’elle va devenir en acte (energeia) sous l’effet de
la forme.10 Les contraires (forme et privation) sont co-efficaces, et en corrélation, sans être
simultanés.
Les êtres naturels sont des composés de matière et de forme et ils possèdent leurs propriétés selon
deux modalités possibles, la puissance et l’acte.
En sachant ceci, on peut commencer la recherche des êtres naturels et de leurs propriétés, c’est-à-
dire des causes qui les déterminent.
Êtres naturels : êtres susceptibles d’être causes d’événements physiques. Ils ont pour
principe interne une certaine «nature», «une cause de mouvement et de repos pour la chose
en laquelle elle réside immédiatement par soi et non pas par accident» 11. C’est une cause
immanente, propre à la chose, d’action immédiate sur elle-même et irréductible à sa seule
matière ou à l’effet que produirait sur elle un agent extérieur.
Êtres artificiels : aucune tendance par nature au changement (sinon par accident, à travers
de la matière qui les compose)
Aristote commence donc à traiter de la nature en tant que principe interne de chaque être naturel,
et non en tant que totalité —il subordonne l’approche globale à l’examen des individus naturels—.
Ce sont les individus naturels les véritables sujets du devenir, et en ce sens, donc, des substances
(‘ousia’12) et non des images ou des modes d’une autre réalité.
Seuls les animaux peuvent être dits réellement automoteurs, même si les substances inanimés sont
elles aussi des principes (passifs) de mouvement et de repos :
9
I, 7, 190b27 & I, 9, 192a27
10
8, 191b28-29
11
II, 1, 192b21-23
12
192b33-34
«aucune de ces choses ne se meut elle-même, mais elles ont un principe de mouvement qui leur
permet, non pas de mouvoir ni d’agir, mais de subir» 13
Mais, donc, la phusis, est-elle un principe passif ou actif ? La nature peut être, selon les cas, un
principe actif ou un principe passif.
De quelle manière la nature exerce son efficacité causale ? Le changement exige la présence d’un
sujet ou substrat qui fonde la permanence de ce qui change. Aussi la nature est-elle d’abord cause en
tant que matière14, comme l’ont compris les physiciens présocratiques. Mais la matière est
indéterminée, et donc elle ne permet pas de caractériser l’individu naturel ni d’en constituer la
définition de cet individu (on ne définit pas le lit en disant qu’il est du bois). Elle ne permet que de le
définir sous l’aspect de la puissance et ne constitue pas la définition de ce qu’il est en acte 15.
La nature, en un autre sens, est «la forme, ce dont il y a définition» 16. La forme est le principe à la fois
structurant et organisateur du composé dont elle est la forme.
Le corps de l’animal est la matière dont son âme est la forme 17.
La forme peut définir une qualité, une propriété ou une partie. La matière n’est pas l’informe pur et
simple, mais un état d’indétermination relative :
«la matière fait partie des choses relatives, car à une autre forme, correspond une autre matière» 18
L’unité du composé naturel c’est donc moins l’assemblage d’une matière et d’une forme initialement
hétérogènes qu’une organisation comprenant plusieurs niveaux de détermination, de la matière la
moins déterminée à la forme supérieure de l’animal pris comme un tout.
«la nature entendue au sens de génération est un acheminement vers une nature» 19
Le principe de la génération est en réalité contenu dans la forme elle-même, quand celle-ci coïncide
avec l’espèce :
La forme ne doit pas être assimilée à la configuration ou à la morphologie (c’est le tort de Démocrite
d¡avoir réduit la forme à la figure (schèma)), car ceci nous ferait confondre la main vivante et la main
sculptée. Si on dit que l’âme est la forme du corps, c’est parce qu’elle le dispose à vivre d’une
certaine manière en lui donnant tout à la fois son organisation et son mouvement. La forme
13
VIII, 4, 254b15-16
14
193a29
15
192a33-b5
16
193a31
17
De an., II, 1, 412a27-b5
18
II, 2, 194b9
19
193b12-13
20
193b8-12
complète porte en elle la fonction (ergon) ou l’action (praxis) globale de l’animal, tout comme les
formes de ses parties comprennent leurs fonctions respectives21.
La forme définit donc l’ensemble des mouvements naturels dont l’animal peut être le sujet et elle en
oriente le développement. La forme est également le moteur premier et la cause finale de l’être
dont elle est la forme.22
«la nature est la fin (telos), c’est-à-dire le ‘ce en vue de quoi’ (to hou heneka) »23
On distingue donc «quatre causes» en tant que quatre manières d’être cause : selon la matière,
selon la forme, selon le mouvement et selon la fin.24
La nature d’une chose est donc tout à la fois ce qui la définit —sa forme et sa fin— et son devenir,
orienté vers son accomplissement.
Mais ces 4 causes n’ont pas une importance égale. La causalité finale comprise dans la forme, parce
qu’elle constitue le facteur le plus déterminant, correspondra aussi à l’explication la plus précise.
Aristote refuse au hasard (automaton) et à la fortune (tuchè) le statut de véritables causes.25 Ce sont
des causes par accident (des échecs ponctuels de la causalité finale) et elles produisent leurs effets
dans ce qui admet la contingence, les phénomènes naturels sublunaires ou les affaires humaines.
Vu que l’aptitude au mouvement est une propriété essentielle des êtres naturels, il faudra donc
connaître ce qu’est le mouvement pour connaître ce qu’est la nature. 26
L’existence de l’infini ou illimité (apeiron) est aperçue à partir de l’existence du mouvement, car le
mouvement nous apparaît comme continue et non pas comme composé d’unités indivbisibles, et ce
qui est continu est indivisible à l’infini 27.
21
Part. An., I, 5, 645b19-22; Eth. Nicomaque, I, 6, 1097b30-33
22
Phys., II, 7, 198a25; 8, 199a32
23
II, 2, 194a28-29
24
II,3, 194b23-195a3; 7,198a16-22
25
II, 4-6
26
III, 1, 200b13-14
27
III, 1, 200b20)
Mais, le pb : l’infini comme existant en acte. L’infini ne peut être ni substance incorporelle
(phytagoriciens et platoniciens), ni un corps, car
une substance incorporelle est une et indivisible 28, mais ce qui est infini est divisible (ex : la
suite des nombres)
le corps est «ce qui est limité par une surface »29, ou encore, tout corps occupe un lieu
limité30
L’infini est donc un accident et non une réalité par soi 31, et il ne peut exister en acte, mais seulement
en puissance32 (comme quand on dit qu’une grandeur est divisible à l’infini ou qu’il est toujours
possible d’additionner une unité à un nombre); c’est donc une puissance qui ne peut être actualisé.
Mais,
comment concevoir la continuité du mouvement sans recourir à la thèse d’un infini existant en acte ?
a)
Le mouvement n’est pas donc un genre intelligible (contrairement à Platon, Sophiste, 254D). Quand
on définit un mouvement particulier (de changement, metabolè), on le fait toujours selon l’une des
catégories qui expriment les changements des êtres eux-mêmes : la substance, la qualité, la quantité
ou le lieu34.
Le mouvement naturel est déterminé dans sa nature même par les propriétés des choses (comme on
a vu ci-dessus par rapport à la forme des choses), contrairement au mouvement violent ou forcé, qui
le conduit dans la direction opposé (ex : le feu est absolument léger et se meut vers le haut). Cette
conception est fausse, telle qu’il l’a démontré la science moderne (à partir de Galilée) en le
définissant par des lois universelles en termes mathématiques (abstraction faite de la nature et des
qualités des mobiles)35.
Il y a du devenir, et donc du mouvement, parce que les propriétés des êtres naturels existent en
puissance lorsqu’elles ne sont pas actualisées. Le mouvement est donc ontologiquement et
essentiellement lié à la puissance, mais il n’est pas pure puissance car il ne serait donc qu’une
28
III, 5, 204a11
29
204b5-6
30
205b24-206a7
31
204a29-30
32
6,206a18
33
III, 1, 200b32
34
200b32-201a9
35
Galilée réfute le lourd et le léger par soi. La gravité et la légèreté sont des propriétés relatives, fonction de la
densité, et il n’y a qu’une seule matière.
possibilité de mouvement. Le mouvement est la manière dont la puissance se réalise avant
l’accomplissement de la chose elle-même, « la réalisation de ce qui est en puissance, en tant que
tel »36. Le mouvement est la manière dont la virtualité se réalise sans s’abolir encore dans l’actualité
parfaite.
Ex : le constructible (puissance) se réalise en tant que tel dans le processus de construction
(mouvement), antérieurement à l’existence de la maison (acte). 37
Il est donc une espèce d’acte inachevé 38, contenant donc une partie d’indétermination.
b)
Le continu est
Aristote distingue entre le successif (to ephexès), le contigu (to echomenon) et le continu (to
suneches), en précisant qu’il y a continuité quand « la limite (peras) des choses en contact est une et
la même »40
La quantité est soit discrète (le cas des nombres entiers), soit continue (le cas de la ligne, de la
surface, etc.) 41, et ce qui caractérise les continues, c’est qu’il est possible de concevoir une limite
commune où les parties se touchent. La continuité de la matière ne supprime donc pas les
différences dans celle-ci (autrement on serait dans un monisme sans distinction physiques entre les
êtres et les objets)
Il en découle que le mouvement est différencié et continu. La limite nous le rend intelligible car elle
est un terme indivisible qui sépare et unit à la fois. Ainsi se trouvent congédiées et renvoyées dos à
dos l’hypothèse de l’infini en acte et celle des corps indivisibles.
Le lieu et le temps
Les 2 limites physiques nécessaires à l’intelligibilité du mouvement sont le lieu et le « maintenant »
Car tout ce qui est, est quelque part 42, il faut comprendre l’essence du lieu pour comprendre bien le
mouvement. Mais ceci est compliqué.
Et l’hypothèse du vide (en tant que lieu privé de corps) suppose donc l’existence du lieu.
36
201a10
37
201a16-19
38
2, 201b31-32
39
VI, 2, 232b25
40
V, 3, 227a11-12
41
Catégories (6, 4b20-5ª14)
42
IV, 1
Première supposition : « que le lieu soit une certaine chose à part des corps, et que tout corps
sensible soit dans un lieu »43
Mais,
On ne peut pas distinguer la limite d’un corps du lieu qu’elle occupe et, donc, « le lieu n’est pas
quelque chose qui existe à part de chacune des choses »44. Le lieu n’est donc pas une extension
(diastèma) qui serait « quelque chose à côté des corps » (ti para to sôma)45. Les choses changent de
lieu et on constate qu’un même lieu peut être occupé successivement par différents corps.
a)
Le lieu ne doit pas être assimilé à la forme (on l’assimile car comme la forme, il délimite la chose) ou
à la matière de la chose (concept platonicien du chôra [Timée, 49A-52D])
b)
Mais il n’est pas nécessaire, pour qu’il y ait du mouvement, qu’il y ait du vide 50. Au contraire, le vide
est incompatible au mouvement car :
il est indifférencié et ne peut donc expliquer l’existence des lieux naturels, ni la distinction
entre mouvements naturels et violents, ni l’arrêt et la direction déterminée du mouvement 51
les différences de vitesse supposent la résistance du milieu, l’air ou l’eau 52
43
208b28
44
209a13
45
4, 211b17
46
1, 209a6-30
47
2, 209b27
48
IV, 2
49
IV, 6-9
50
7, 214a26
51
8,214b12-215a24
52
8,215a24-216a23
L’existence de la matière, parce qu’elle est une, continue et qu’elle contient en puissance les
contraires que suppose tout changement, rend finalement inutile l’hypothèse du vide. 53
« il est manifeste qu’il n’existe de vide ni distinct —et cela ni absolument ni dans le rare—, ni en
puissance, à moins qu’on ne veuille appeler en général vide la cause du transport. »54
pb : cette définition ne conduit pas au concept d’espace comme milieu neutre et géométrisable.
ne définit pas le mouvement comme une simple traversée de l’espace, mais comme l’action
d’un corps sur un autre et, par suite, comme un changement d’état
cherche à répondre au problème de la continuité du mouvement des corps et à identifier les
limites qu’elle suppose, et non à définir un espace qui serait comme un lien en soi, mais à
caractériser le lieu qu’occupent les choses.
Sur le temps56 :
Cette analyse doit permettre d’articuler la continuité du decenir, à la fois impliquée et garantie par la
matière, avec le fait qu’il s’agit précisement d’un devenir, c’est-à-dire, d’une situation d’im-
permanence scandée par les ruptures cinétiques.
Le temps
« il est de la même manière partout et il concerne toutes choses », mais les changements qui le
rendent manifeste, le dispersent dans la multiplicité des êtres en mouvement 60
53
IV, 9
54
IV,9, 217b20
55
IV, 4, 212a20
56
IV, 10-14
57
12, 220b5-6
58
Du ciel, I, 9, 279a16-30; Phys. 12, 221b3-7
59
IV, 11, 219b10 (pour le temps); 219b13-14, 220ª14; 13, 222a14 (pour le maintenant)
60
10, 218b9-13
assimilation du temps au mouvement du monde (Timée, Platon, 37C-39E)
car le temps n’est pas un mouvement particulier, car le mouvement est toujours mouvement d’une
chose particulière, alors que le temps est en toutes choses.
Mais,
Le temps est « le nombre d’un mouvement selon l’avant et l’après »65, et il ne peut être défini
séparément des choses qui sont dans le temps.
Pb : si le temps est l’effet d’un dénombrement, n’est-il ontologiquement dépendant de ce qui
nombre ?
Seule une âme peut nombrer, le temps est-il ontologiquement dépendant de l’existence d’une âme
qui le nombre ?66 Aristote montre cette difficulté comme un parenthèse, et il tranche de manière
assez abrupte par le rappel de sa propre définition du temps, dans laquelle il n’est pas question de
l’âme. 67 Aristote donc parait opter par la position réaliste : si l’âme mesure le temps, ce n’est pour
celui-ci qu’un accident. Le véritable fondement ontologique du temps, c’est l’avant et l’après, et le
mouvement qu’ils supposent.
Nous devons supposer un substrat commun aux différents mouvements du monde pour comprendre
leur succession ou leur simultanéité ; ce substrat, c’est précisément le temps tel qu’Aristote le
conçoit, parce que celui-ci, à la différence des changements, est « de la même manière partout et
concernant toute chose »68. L’expérience que nous faisons du temps est l’expérience d’une unité
diffuse que la somme des mouvements ne parvient pas à épuiser. Or, si le temps remplit en partie
cette fonction, il ne suffit pas à garantir la continuité globale des mouvements : des mouvements
peuvent être successifs et même contigus , sans être continus.
61
11, 218b21-219a2
62
11,219a10
63
11, 219a30-33
64
11,220a4-5
65
219b1
66
14, 223a16-29
67
Sur cette opposition “psycho-centriste” (il faut unbe âme qui nombre pour qu’il y ait du temps ) – réaliste (le
temps edxiste parce qu’il y a du mouvement ) et son contexte voir la pag. 50 de ce livre de Pierre-Marie Morel
(je ne la copie pas)
68
10,218b13
Car le temps est eternelle, le mouvement doit aussi l’être. C’est pourquoi Aristote rapporte
l’ensemble des mouvements au premier mouvement local : le mouvement circulaire éternel du
« premier ciel », c’est-à-dire de la sphère des étoiles fixes, à laquelle il assigne le rang de premier
moteur mû69. Ce mouvement parfaitement régulier est l’invariant qui nous permet de mesurer le
temps70.
L’unité de la nature n’est donc pas celle d’une entité distincte de l’ensemble des êtres naturels, mais
elle ne résulte pas non plus de leur simple addition.
Les vivants du monde sublunaire ont besoin d’un moteur immobile extérieur pour se mouvoir, mais
ils le trouvent dans l’objet premier de leur désir ; leur propre forme constitute un moteur immobile
interne. L’âme est ainsi le principe immobile interne des mouvements du vivant, parce qu’elle est ce
sans quoi le vivant ne pourrait pas se mouvoir et ce qui fixe le programme de son accomplissement
ou sa fin propre.
La raison d’un changement doit donc être cherchée dans les principes mêmes de l’existence, de la vie
et des propriétés de ce dernier, parce que le changement est toujours l’accomplissement d’une
propriété ou d’une entité naturelle virtuellement existantes.
La physique est une théorie générale de l’activité des êtres susceptibles de changement.
69
VIII, 7, 260b28
70
IV, 14, 223b12-224a2
Chap. 2 : Questions de méthodes
On ne trouve pas de substantif chez Aristote qu’on pourrait directement traduire par « logique » :
l’adjectif logikos et l’adverbe logikôs ont des connotations dépréciatives et désignent des arguments
qui ont le défaut de ne pas prendre en compte la réalité factuelle et de privilégier des propriétés
abstraites71, coupées de leurs substrat, ou inappropriés à l’objet dont on traite.
La logique d’Aristote n’est pas « formelle », ce n’est pas une pure technique de production de
raisonnements valides, indépendamment de leur contenu. Elle s’appuie toujours sur les sciences
positives et leur contenu, sur l’analyse et l’exercice de nos facultés de connaissance. Elle analyse le
langage commun et les conditions habituelles de l’énonciation. Mais on ne doit pas exiger la même
rigueur (ou exactitude), dans tous les domaines. Il faut prendre en compte les propriétés de l’objet et
la finalité du propos pour décider de la méthode que nous devrons employer.
« […] il ne faut pas rechercher la rigueur (akribeia) de la même manière dans tous les cas, mais le
faire, dans chacun d’eux, en fonction de la matière qui est en question et dans la mesure appropriée à
l’investigation (methodos). En effet, le charpentier et le géomètre recherchent l’un comme l’autre
l’angle droit, mais différemment : le premier, autant qu’il en a besoin pour accomplir son ouvrage ; le
second, en se demandant ce qu’il est et quelle en est la propriété, car il a le regard tourné vers la
vérité. »
La méthode d’Aristote, donc, n’est pas une, mais diverse, et plutôt que de parler de la méthode
d’Aristote, on devrait dire les méthodes.
71
Sería algo similar a idealista o ideologiste (Marx)
72
C’est de même pour la recherche de la vie bonne : elle n’est pas unique et on ne peut pas penser à une seule
« idée du bien » universelle, car elle se manifeste pour l’homme de diverses manières. (Critique à la rigidité
naïve qu’Aristote veut voir dans la conception platonicienne du Souverain bien)
73
= qui facilite l'apprentissage
74
Métaphysique, 3, 1005b2-8
Ses écrits logiques sont regroupés dans l’Organon75 : les Catégories, le traité De l’interprétation, les
Premiers et Seconds Analytiques, les Topiques et les Réfutations sophistiques.
o La substance
o La quantité
o La qualité
o La relation
o Le lieu
o Le temps
o La position
o La possession ou l’avoir
o L’agir
o Le patir
- Chap. 10-15 : définie d’autres types de prédications, les différents modes de distinctions
réciproques ou d’oppositions (« post-prédicaments ») :
o L’opposition en général
o La contrariété
o L’antériorité
o La simultanéité
o Le mouvement
o L’avoir
Le concept de « substance » (ousia) est définie au Chap. 5 (« ce qui n’est ni affirmé d’un sujet ni
dans un sujet, comme cet homme-ci ou ce cheval-ci »76), et il distingue entre cette substance
première (prôte ousia) et la substance seconde, que constituent l’espèce (homme). Opposition qui
sera dépassé au livre Z de la Métaphysique où l’expression « substance première » désignera la
forme.
Il est manifeste qu’Aristote affirme tout à la fois que les formes sémantiques sont adéquates aux
différences ontologiques, parce qu’elles traduisent correctement la pluralité des sens de l’être, et
que la pluralité des sens de l’être est réelle, irréductible à de simples effets de langages.
75
Ils sont un ‘instrument’ de la philosophie. Des fois on inclue la Rhétorique et la Poétique en tant que
composants d’une théorie générale de l’argumentation et de l’expression
76
2a12-14
De l’Interprétation (Peri hermeneias) : il complète le travail accompli dans les
Catégories, en définissant les conditions générales du jugement, que celui-ci soit vrai ou
faux, en appelant la méthode exposée aux Analytiques.
- Chap. 1 : indique que la signification des mots est conventionnelle, les sons émis par la voix étant
des « symboles » (sumbola) des états ou affections de l’âme et les mots écrits des symboles des mots
émis par la voix.
- Chap.2&3 : les noms et les verbes ne sont en eux-mêmes ni vrais ni faux, ces qualifications ne
pouvant convenir qu’à des énoncés complexes prenant la forme de la proposition (apophansis) : de
l’affirmation (kataphasis) ou de la négation (apophasis – Chap.4)
- Chap.5-14 : examinent les différents types de propositions et leurs oppositions
(affirmatives/négatives ; universelles/particulières ; etc.)
- Chap. 9 : pose la difficulté fameuse de la valeur des propositions portant sur le futur : la
contingence des événements futurs a pour conséquence qu’il n’est pas nécessaire que telle
proposition soit vraie (ex : qu’il y aura demain une bataille navale) ou fausse ; seule la disjonction
(qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas) est nécessaire. L’argument logique n’est, donc, abstrait de la thèse
ontologique : les propositions en question n’ont pas de valeur de vérité parce que les choses ou les
événements eux-mêmes auxquels elles se conforment, sont de l’ordre du possible et contiennent
donc leurs contraires en puissance77. La contingence n’est pas seulement une modalité logique, mais
aussi une réalité cosmologique.
Les Analytiques : principalement consacrées au syllogisme, et donc aux liaisons entre les
jugements —l’élément de base de la logique et dont l’expression linguistique est un
énoncé vrai ou faux—.
- Les Seconds Analytiques : élaborent la théorie de la démonstration (du syllogisme apodictique 79),
définissant la connaissance scientifique au sens strict (L. I). Ils envisagent les problèmes posés par la
distinction de la définition et de la démonstration (II, 1-10), établissent une typologie des facteurs
explicatifs en distinguant les quatre types de relations causales (matérielle formelle, motrice,
finale)80, et s’achèvent sur le problème de la saisie des principes qui doivent fonder la connaissance
scientifique.81
77
19a31 sq.
78
I, 1, 24b19
79
=ce qui présente un caractère d'universalité et de nécessité absolue
80
II, 11-18
81
II, 19
2 fonctions principales de la science (exposition des règles du syllogisme démosntratif) des
Analytiques :
Les Réfutations sophistiques : étudient les procédés mis en œuvre par les sophistes pour
réfuter eux-mêmes leurs adversaires.
- on en connaît la cause
- que cette connaissance nous apparaît comme nécessaire 83
- que nous pouvons l’enseigner84.
Mais vu que la connaissance de la cause nous est donnée par le syllogisme démonstratif, « savoir »
sera connaître par démonstration (apodeixis), et la démonstration prendra le nom de « syllogisme
scientifique » (sullogismos epistèmonikos)85
1. en tant que critère opératoire : la conformité des raisonnements à une méthode définie
2. en tant que critère de fondation : la dépendance de ces raisonnements par rapport à une ou
plusieurs propositions ayant valeur de principes.
« Pour ce qui est du syllogisme et de la démonstration (apodeixis), on voit donc clairement ce qu’est
chacun d’eux …….. qu’elle emporte sur eux en exactitude »86
Aristote parle d’une disposition (hexis), ce qui désigne généralement une potentialité déterminée,
une tendance habituelle à accomplir telle ou telle action, comme voir, entendre ou faire preuve de
82
Seconds Analytiques II, 19, 99b15-100b17
83
Sec. An., I, 2, 71b9-16
84
Mét., A, 2, 982a13
85
Sec. An., I, 2, 71b18
86
Seconds Analytiques II, 19, 99b15-34
générosité. C’est aussi un mode de saisie des principes [Voir en ce sens BARNES [1994], p.260], et
ainsi un certain type d’activité, c’est-à-dire une disposition en acte.
La réponse d’Aristote au final du chapitre : les principes de la science sont donnés dans l’activité
même du noûs, intellect ou intellection.
Aporie :
mais,
comemnt connaître scientifiquement ce qui est présupposé et non pas produit par la science ? Si
connaître scientifiquement c’est connaître par la cause, comment connaître les principes (qui par
définition n’ont pas de cause) ?
Aristote est embarrassé réponse sur deux fronts : la logique (pas suffisante) et la psychologie (les
modes de connaissance et l’acquisition de savoirs)
- de type « innéiste » : connaissance initiale des principes, avant de nous les remémorer.
NO ! : Aristote vise ici la connaissance latente des formes intelligibles qui fait selon lui
la faiblesse de la théorie platonicienne de la réminiscence (référence à l’aporie du
Ménon sur la reconnaissance du vrai (80 D-E))
- on ne connaît pas positivement les principes avant de les avoir présents à l’esprit, mais
on a la faculté ou puissance (dunamis) de les acquérir. C’est un moyen qui ne dépend
pas de la science mais qui n’est pas non plus un savoir enfoui dans l’âme
« Or il semble bien que ce soit le cas de tous les animaux, car ils possèdent une puissance de
discernement qui leur est connaturelle, et que nous appelons « sensation » (aisthèsis). Bien qu’elle
se trouve chez les animaux, une rétention de l’impression sensible se forme chez certains, mais ne se
forme pas chez les autres. Pour tous ceux, donc, chez qui elle ne se forme pas, il n’y a pas de
connaissance en dehors de l’acte de sentir, aussi bien en général que pour ce qui ne laisse pas
d’impression. Quant à ceux dans lesquels elle se trouve, une fois qu’ils ont senti, ils la possèdent
encore dans leur âme. »
87
I, 2, 71b19 sq.
88
Premier car ce sont des principes « propres » à la science dont il est question [72a5]
89
Immédiats car ce sont des prémisses indémontrables, propositions auxquelles aucune autre n’est antérieure
[72a7]
90
I, 1, 71a1-2
91
99b34-100b5. He cortado el fragmento según las nociones a cada momento. Passage très similaire au 1er
chap. du libre A Métaphysique
Todo animal percibe y discierne (sensación o imagen), pero solo algunos retienen (memoria) esa
impresión. Los segundos crean conocimiento (en el alma) además de la sensación, los primeros solo
sensación.
« Quand cela s’est produite plusieurs fois, il y a une différence entre ceux chez qui se forme une
notion (logos), à partir de la rétention de ces impressions, et ceux chez qui ce n’est pas le cas. »
De los que crean conocimiento, unos crean nociones (logos: 1ère unification mentale de la diversité
des affections sensibles) a partir de estos conocimientos, otros no.
“ Ainsi, de la sensation vient la mémoire, comme nous l’avons dit, et de la mémoire, quand elle
s’applique fréquemment au même objet, vient l’expérience (empeiria), car une multiplicité
numérique de souvenirs constitue une expérience une. »
« De l’expérience à son tour —c’est-à-dire de l’universel qui s’est mis au repos tout entier dans
l’âme, de l’un en dehors de la multiplicité des choses, qui se trouve un et identique en chacune
d’elles—, vient le principe de l’art et de la science ; de l’art s’il s’agit d’une genèse, de la science s’il
s’agit de ce qui est. Ces dispositions ne se trouvent donc pas en nous sous une forme déterminée et
elles ne proviennent pas non plus d’autres dispositions plus savantes, mais de la sensation. »
Suma de experiencias = principio del arte (si génesis (producción)) / ppio. de la ciencia (si
comprensión esencia (conocimiento))
« […] Quand, parmi une multiplicité indifférenciée, quelque chose s’est immobilisé, il y a dans l’âme
un premier universel — en effet, c’est l’individuel qui est senti, mais la sensation est sensation de
l’universel […]. Un nouvel arrêt se produit à ce niveau, jusqu’à ce qu’on s’arrête aux notions sans
parties et universelles, par exemple au niveau « animal de telle espèce », jusqu’au niveau « animal »,
puis la même chose se produit à ce niveau-là. Il est donc clair que c’est nécessairement par induction
(epagôgè) que nous connaissons les premiers principes, car c’est ainsi que la sensation produit en
nous l’universel. »
La multiplicité des perceptions d’individus humains conduit naturellement à la saisie de ce qui fait
leurs caractères essentiels communs. Des notions universelles spécifiques (homme, arbre) à
l’universel générique (humanité), puis à un autre niveau (êtres vivants). Aristote appelle ce processus
« induction » (epagôgè).92 Cette opération n’est pas seulement la production de l’universel, mais
aussi sa hiñérarchisation (entre les différents universels) et à organiser ses différents degrés. Elle
conduit aux définitions : mis en rapport des espèces et des genres (ex : homme = « animal
raisonnable »).
L’induction, donc, permet de connaître les premiers principes propres à chaque science (100b4)
92
L’induction consiste à “partir des cas particuliers (apo tôn kath’hekaston) pour accéder aux énoncés
universels (epi ta katholou) »
La connaissance des principes
A cet empirisme (les sensations comme base de la connaissance de l’universel), Aristote oppose les
dernières lignes des Seconds Analytiques (100b5-17):
« Puisque d’autre part, parmi les dispositions dont relève la réflexion (dianoia) et par lesquelles nous
saisissons la vérité, les unes sont toujours vraies, tandis que les autres sont sujettes à l’erreur,
comme l’opinion et le calcul, alors que la science et l’intellection (noûs) sont toujours vraies ; puisque
aucun genre de connaissance n’est plus exact que la science, l’intellection 93 mise à part ; que, par
ailleurs, les principes sont plus connaissables que les démonstrations ; que toute science est
accompagnée d’argumentation, il résulte de tout cela qu’il ne saurait y avoir de science des principes.
Et, puisqu’il n’est pas possible qu’il y ait rien de plus vrai que la science, l’intellection mise à part,
c’est l’intellection qui saisira les principes. Cela découle des considérations précédentes et du fait que
la démonstration n’est `pas principe de la démonstration, de sorte que la science n’est pas principe
de la science. Si donc nous ne possédons en dehors de la science aucun autre genre de connaissance
vraie, l’intellection sera le principe de la science. Elle sera aussi principe du principè, et la science tout
entiere est vis-à-vis de ce qui est en question dans le même rapport »
L’intellection des indivisibles (ou termes simples) est toujours vraie. L’erreur est impossible dans le
cas des termes simples (concepts élémentaires), parce que l’erreur ne peut se produire que dans une
composition (sunthesis), i.e. dans un rapport de prédication.
« le noûs est principe de la science »94, puisque son activité est la condition ultime de la science.
Aristote n’oppose pas l’epistèmè et le noûs comme 2 facultés de connaissances, mais il parle d’une
seule faculté (De l’âme) noétique ou rationnelle ; il distingue simplement entre les différents usages
de cette faculté.
L’induction est elle-même un processus intellectuel. La solution par le noûs repose sur le critère de la
valeur épistémologique : l’approche psychologique et celui épistémologique se complètent donc sans
se contredire, bien que la raison ne soit pas génétiquement autonome à l’expérience et aux
sensations.
Ce sont des principes propres à chaque science (incommunicables, les sciences entre elles 95).
L’exigence d’incommunicabilité des genrs répond à la nécessité d’accorder la méthode déductive aux
pragmata (aux choses même).
93
L’intellection (ou acte de l’intellect) est toujours vrai [De l’âme, III, 6, 430a26-430b30]
94
100b15
95
Sec. An. , I, 7
Division des principes 96:
« nous affirmons en outre qu’il y a, en plus de la science, un principe de la science, grâce auquel nous
connaissons les définitions » (I, 3, 72b23-25)
L’intellection pose par induction des termes simples et universels (l’homme, l’arbre, le triangle)et
nous fait ainsi saisir les essences dont la définition va constituer le point de départ de la
démonstration.
Si Aristote ne parle pas directement des principes communs (comme il fait des principes propres),
c’est peut-être parce qu’il estime en parler suffisamment en traitant des principes propres. La
particularieté des principes communs est qu’ils ne sont assujettis à aucune compétence scientifique
au sens strict.
Si la fin des Sec. Analytiques ne les évoque pas, c’est parce qu’il ne relève pas directement de la
« science démonstrative ». C’est une compétence qui n’exige aucune connaissance scientifique
particulière et qui pourtant touche aux principes ultimes de toutes les sciences c’est la dialectique.
Les Topiques sont un traité des lieux (topoi) communs qui forment les points de départ des
raisonnements dialectiques, mais ils fournissent une méthode de dialectique et non une théorie de la
dialectique.
Si on adopte une définition minimale, on dira que la dialectique est la démarche consistant à prendre
pour point de départ les opinions généralement admises et qui envisage, sur un sujet donné, les
arguments « pour » et « contre ».
96
Sec. An, I, 2, 72a15-24
97
République, VII, 532 B sq. ; 534 B
Comme l’interrogation socratique, la dialectique aristotélicienne est une méthode de recherche de
savoirs, mais elle se définit par opposition à la forme la plus contraignante de rationalité (au
syllogisme démonstratif).
« une formule d’argumentation dans laquelle, certaines choses étant posées, une chose distincte de
celle qui ont été posées s’ensuit nécessairement, par la vertu même de ce qui a été posé »98
Un syllogisme est dialectique lorsqu’il part d’opinions admises (endoxa— 100a29-30). Ces opinions
admises sont celles partagées par la plupart des hommes (ou par ceux qui font autorité).
Les opinions admises (endoxa) peuvent porter sur tous les sujets, sans besoin d’une compétence
particulière.
Un homme cultivé102 (culture générale = paideia) est capable d’exercer son jugement sur toute chose
ou en toute circonstance, sans besoin d’accumuler la totalité des savoirs positifs.
Sur les circonstances où nous devons recourir au syllogisme dialectique : Topiques, I, 2, 101a25-
101b4
Cette raisonnement s’appliquera non seulement en dehors, mais aussi à l’intñerieur des genres
particuliers (Top,. I, 6, 102b35-103a5)
La dialectique sert :
La dialectique trouve des applications pratiques et politiques très importantes dans le domaine de la
rhétorique.
98
Topiques, I, 1, 100a25-27
99
l' art de la dispute et du débat.
100
raisonnement faux qui apparaît comme valide, notamment à son auteur
101
Premiers Analytiques I, 1, 24b2-3
102
Parties des animaux (I, 2, 639a1-29)
La rhétorique est « le pendant (antistrophos) de la dialectique »103, elle peut conclure (contrairement
au syllogisme scientifique) à partir des contraires 104, et part de prémisses probables fournies par les
opinions admises105 à propos des lieux communs106.
Fonction diaporématique (« d’en passer par les apories ») qui consiste dans l’exposition des
problèmes en prenant pour points de départ les doctrines philosophiques remarquables et, dans
certains cas, les usages linguistiques ou les apparence incontestables.
4. Aux notions premières (principes) de chaque science à travers l’examen dialectique des idées
admises108 (et, donc, au processus inductif dont on a parlé avant). Bien qu’elle ne puisse en
produire positivement la connaissance, elle en permet au moins l’usage transversal, et elle
« communique avec toutes les sciences »109 de sorte qu’elle peut partir des lieux qui sont
communs à toutes les disciplines et à toutes les facultés 110. (recherche des premiers
principes)
La dialectique est dont une sorte de registre argumentatif, qui permet de porter la contradiction et
de mener l’interrogation en tout lieu où nous ne pouvons partir de connaissances absolument
certaines.
Alors, Aristote ne fait pas-t-il de la dialectique une sorte de science suprême, alors même qu’il
semble par ailleurs lui refuser cette place, que Platon lui avait assignée ?
103
Rhét., I, 1, 1354a1
104
1355a34-35
105
I, 2, 1357a7-33
106
1358a10-26
107
Top. I, 2, 101a34-36
108
Topiques, I, 2, 101a36-101b3
109
Sec. An., I, 11, 77a29
110
Réf. Soph., 9, 170a35-sq.
Chap. III : LA PHILOSOPHIE PREMIÈRE
Livre I • Α
Livre II • α
Livre III • Β
Livre IV • Γ
95
101
Protagoras. >
105
exclu. >
106
108
Livre V • Δ
110
110
110
112
113
114
115
119
Semblable. >
120
spécifique. >
121
121
123
125
125
126
128
129
129
130
130
130
131
131
132
133
133
134
134
136
Livre VI • Ε
137
137
accident. >
139
141
142
Livre VII • Ζ
143
143
Substance. >
145
substrat. >
146
et définition. >
148
sa quiddité. >
151
153
155
157
158
162
164
substances. >
166
168
169
substances. >
171
172
Livre VIII • Η
175
matière. >
175
176
178
180
5 (1044b-1045a) < La matière et les contraires. >
181
182
Livre IX • Θ
185
185
186
187
188
puissance. >
189
l'acte. >
190
192
8 (1049b-1051a) < Antériorité de l'acte sur la
puissance. >
193
géométrique. >
196
197
Livre X • Ι
199
199
202
dérivées. >
203
205
petit. >
207
208
211
212
213
Livre XI • Κ
215
215
217
219
Physique . >
220
221
suite . >
222
7 (1063b-1064b) < La Théologie est distincte de la
225
226
228
230
232
10
de changement . >
234
Livre XII • Λ
237
substances. >
237
238
239
4 (1070a-1070b) < De l'identité des causes chez
240
241
éternel. >
243
245
247
divine. >
251
252
11
Livre XIII • Μ
256
256
257
260
de Platon. >
262
du changement. >
264
265
267
271
12
276
Substances. >
280
Livre XIV • Ν
283
Multiple. >
283
285
289
292
294
Pourquoi la Métaphysique ?
Objet de la Physique : montrer comment le divers (diversité des être et de leurs états) parvient à
s’unifier, en comprenant le devenir comme un accomplissement.
1ère réponse : Puisque les êtres se définissent par leur nature (leur principe interne de mouvement) ,
le principe d’unité est immanent à chaque étant naturel.
Les êtres naturels existent d’une certaine manière par eux-mêmes (ils ont une unité propre), même
s’ils dépendent du milieu extérieur.
Mais, il faut se demander ce que signifie « être par soi », et même « être »
Pb : les limites de la physique elle est impuissante à couvrir tout le champ de l’ontologie Besoin
d’une science de l’être La Métaphysique (série de traités de forme et contenu hétérogène, sans
un ordre chronologique définie)
Livre A :
Chaps. 1-2 : annonce d’une enquête épistémologique : la recherche d’une science (epistèmè)
suprême, appelée « sagesse » (sophia), à partir d’une démarche dialectique d’avec les philosophes
précédents.
Ainsi, la sagesse est caractérisée comme uns avoir libéral —qui n’a pas d’autre fin que lui-même—,
universel —la connaissance de toutes choses en un sens—, qui porte sur des choses difficiles, qui
connaît les causes et qui exerce sa domination sur les autres compétences. 111
111
2, 982a719
La sophia se distingue des autres types de savoirs par la connaissance des premières causes et des
premiers principes (981b28-29), ce qu’il faudra cherche ce que c’est. Sans connaître cet objet ultime,
on sait que la sagesse porte sur le bien, car elle sait en vue de quelle fin chaque chose est faite (2,
982b5-6). La sophia vise : « le souverain bien dans l’ensemble de la nature » (982b7).
« Il y a une certaine science qui étudie l’être en tant qu’être et ce qui lui appartient par soi. Or elle
n’est identique à aucune de celles qui sont dites partielles, car aucune des autres sciences n’examine
universellement (katholou) l’être en tant qu’être, mais, découpant une certaine partie de l’être, elles
étudient l’attribut de cette partie, comme le font par exemple les sciences mathématiques »
(10003a21-26)
Cette science est la « philosophie première »112. Mais son objet, est-il le souverain bien [Livre A] ou
l’ensemble des êtres divins [Livre Λ] ?
« Si donc il n’y avait pas d’autre substance en dehors de celles qui sont constituées par la nature, la
physique serait la science première ; mais s’il y a une substance immobile, la science en question doit
être première et doit être la philosophie première, et elle est universelle au sens où elle est
première. Et elle aura pour tâche d’étudier l’être en tant qu’être, ce qu’il est et ce qui lui appartient
en tant qu’être » (1026a27-32)
La primauté implique l’universalité (car ce qui est absolument premier est principe de toutes choses).
a. La théologie (science des êtres divins) est le fondement de toute ontologie. La substance
immobile, assimilée à l’être divin, a rang de principe par la dépendance à la fois ontologique
et cosmologique de toutes choses par rapport à elle. Subordination donc de la
Métaphyisique au chap. 7 du livre Λ : le bien ultime et la cause finale de toutes choses
coïncident avec Dieu.
Une perspective légèrement différente : Rapport indirecte des substances particulières et
112
Γ, 2, 1004a4
113
1026a16
sensibles à la substance immobile, car celui-ci n’est pas un genre auquel les premières
appartiendraient. L’unité de l’ontologie ne serait donc qu’une unité « d’analogie » : l’identité,
dans leur relation à une seule et unique nature, d’une pluralité de choses qui, pourtant, ne
sont pas comprises dans l’unité d’un même genre. C’est la substance en général, et par là
toute substance, qui constitue une unité référentielle pour la pluralité des sens de l’être.
b. Le rapport de principalité entre l’être « premier » et les êtres particuliers étant très difficile à
établir, la théologie d’Aristote doit laisse le soin à l’ontologie de rendre compte des principes
et des causes des substances sensibles. Ontologie, donc, coupé de la théologie Le conflit
entre primauté et universalité ne pourrait donc se résoudre, et la Métaphysique
témoignerait d’une irréparable scission.
c. Revenir sur le sens de « premier » : la primauté de l’objet renvoie réellement à une
substance particulière éminente ? Il y a une substance immobile et séparée de la matière,
donc la physique ne peut couvrir tout le champ de la philosophie première : l’examen de
l’être en tant qu’être appartient donc à une science, universelle, de ce qui est séparé. L’objet
de cette science serait donc la substance (ousia) en tant que forme, ou l’essence, c’est-à-dire
le contenu de la définition Compatibilité entre l’universalité de la philosophie première et
la primauté de son objet, sans l’identifier nécessairement au dieu du livre Λ
Dans la langue ordinaire : ce qui appartient en propre à quelqu’un ou à quelque chose/ la richesse ou
les biens matériels
Platon : ousia est liée à la forme (eidos ou idea) : elle ne se donne qu’à la visée de l’intellect. La forme
est, en général, la raison d’être, mais aussi le caractère essentiel de ce dont elle est forme.
1. L’argument « tiré des sciences » : Il doit y avoir des idées éternelles, qui servent de modèle
(paradeigma) pour toutes les choses particulières, car :
a. Chaque science se réfère par définition à une réalité une et idéntique
b. Chaque science porte sur des réalités déterminées.
ex : si la médecine est la science, non pas de tel état particulier de santé, mais de la
santé considérée absolument, il doit y avoir une certaine santé en soi, i.e., une idée
de la santé.
2. L’argument « de l’un par-delà les multiples »
3. L’argument « tiré de la pensée » : si nous pensons à « homme », nous pensons à quelque
chose qui est, mais qui n’est aucune des choses particulières, car notre pensée (ennoia)
demeure, alors même que les entités particulières ont péri. Il doit y avoir donc quelque chose
au-delà (para) des entités sensibles particulières : une forme (eidos) ou une idée (idea)
4. L’argument « des relatifs »
5. L’argument du « troisième homme »
Mais114,
Contre 1 : cette argument ne prouve pas que les choses en commun des entités particuliers sont des
idées.
Contre 3 : dans ces conditions, il doit y avoir des idées des êtres corruptibles, comme Socrate, car
nous y pensons aussi et nous en conservons une certaine image (phantasia) quand elles n’existent
plus. Et nous pensons aussi à des choses qui n’existent pas (ex : une chimère). L’argument platonicien
montre donc seulement qu’il y a quelque chose d’autre à côté des entités particulières, mais pas que
ceci soit les idées.
Dans ces deux contre-arguments, Aristote accepte et utilise ce quelque chose de « commun »
(koinon) qu’on observe dans les entités particuliers, mais il refuse la solution donné par Platon qui
passe par les idées, car il ne trouve que cette identification (cette liaison du commun aux idées) soit
justifiée. Car :
1. « être une idée » n’est pas la seule manière d’être à côté des entités sensibles
2. Même si on admet l’existence des idées, ceci n’implique pas qu’elles soient telles que Platon
les décrit
3. C’est inconcevable que les idées soient séparés (« à côté ») des entités physiques : « il
semblerait en outre impossible que la substance (ousia) soit séparée (chôris) de ce dont elle
est la substance, de sorte que l’on se demandera comment les idées (ideai), qui sont <selon
Platon> les substances des choses, pourraient être séparées »
Dans son Contre-3 il ouvre une nouvelle perspective : celle d’une coïncidence de l’universel et du
particulier, d’une relation d’immanence que refuse selon lui la théorie des idées. Les idées ne sont
veritablement pas la substance des choses, car la substance est « dans » les choses.
Le pb le plus important de tous : la théorie des idées platonicienne rend inconcevable une science
des choses en devenir (i.e., une physique). Car, si les idées ne sont pas la substance des choses
sensibles, quel concours apporteront-elles à leurs changements et à leurs mouvements (à ce qui les
caractérise en propre)? Car les idées sont par nature immuables et éternelles
Platon échoue à définir un rapport de causalité entre les principes des choses et les
mouvements de ce choses, et « l’étude tout entière de la nature est réduite à néant »
(992b8-9)
Le pb d’Aristote : comment concevoir la forme (puisque l’ousia est principalement une forme) pour
qu’elle soit à la fois déterminante et universelle, et immanente à l’entité sensible particulière dont
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Sur les idées (Peri ideon), 79-82, Aristote
elle est la forme pour qu’elle rende compte, non seulement des aspects permanents de cette entité,
mais aussi de son devenir ?
Être et substance