Guillevic : La Poésie, Art de Vivre
Guillevic : La Poésie, Art de Vivre
monde
Marcella Leopizzi
1
À l’exception de Terre à bonheur – Paris, Seghers, 1952, 1985, 2004 –, Gallimard est l’éditeur
de l’ensemble de son œuvre poétique.
2
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel. Entretien avec Lucie Albertini et Alain
Vircondelet, Paris, Stock 1980 ; Paris, Le Temps des Cerises, 2007, p. 170.
3
Bernard Fournier, Le cri du chat-huant, le lyrisme chez Guillevic, Paris, L’Harmattan, 2002,
p. 250. Cf. aussi Jacques Lardoux, « Petits objets et détails concrets dans Art poétique (1989) »,
Notes Guillevic Notes II, sous la direction de Sergio Villani, automne 2012, p. 25-34.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 50
poésie m’est restée, pareille. […] Après, cette présence est
demeurée sans la religion4.
Écrire le poème
C’est convoquer le monde9.
8
Jacky Essirard, « Entretien avec Eugène Guillevic », Nu(e), 2007, n. 38, p. 199-200.
9
Guillevic, « Poèmes », La Nouvelle Revue Française, septembre 1986, p. 38.
10
Dans Vivre en poésie, Lucie Albertini et Alain Vircondelet s’entretiennent avec Guillevic et
l’interviewent. Les entretiens ont eu lieu en 1979 ; avant de les publier Lucie Albertini et Alain
Vircondelet ont choisi de supprimer maintes questions, tout en gardant l’intégralité des
réponses de Guillevic, afin de permettre à sa parole d’avancer, de rebondir le plus clairement
possible. De ce fait, de par l’absence de l’indication des noms de ceux qui parlent, ce livre fait
plutôt songer à un ouvrage où l’auteur écrit à la première personne, un peu comme dans une
autobiographie. Pour plus d’approfondissements, voir : Marcella Leopizzi, « Parler Guillevic.
Entretien avec Lucie Albertini-Guillevic », Skené, 2015, p. 135-160 ; Marcella Leopizzi,
« Parler Guillevic. Entretien avec Lucie Albertini-Guillevic (II) », Skené, 2016, p. 95-109.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 52
son ‘arrière-boutique’, étant convaincu, tout comme l’a dit Michel de
Montaigne, qu’« il se faut réserver une arrière-boutique, toute notre,
toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et
principale retraite et solitude » (Livre I, chapitre 39)11.
Au fil de cet ouvrage, convaincu qu’on ne peut pas vivre sans
poésie, il démontre que « la poésie est ce qui permet de tenir »12 et que
« le suicide témoigne de la perte en soi-même de la poésie »13. La vie
étant constituée de moments, de journées, de mois et d’années, il faut,
dit-il, que ces instants soient « meublés »14 le plus possible « de joie, de
joies faites de très peu de chose, de riens »15. C’est pourquoi il invite à
« vivre tout événement quotidien dans les coordonnées de l’éternité »16,
voire à « vivre le concret dans sa vraie dimension »17 dans ce qu’on peut
appeler, écrit-il, « l’épopée du réel »18. De ce fait, à son avis, le rôle du
poète et du poème est de mettre à même le lecteur de trouver sa propre
poésie, voire de « vivre le sacré dans la vie quotidienne »19, de vivre la
vie « dans cette présence à soi et aux choses au cours des actes les plus
quotidiens : préparer son café, seul le matin dans une cuisine, aller au
travail, regarder un pigeon qui passe, une pierre qui roule… »20. Pour
« vivre en poésie », en effet, il faut, avance-t-il, « vivre le chant »21,
11
Michel de Montaigne, Essais [1580, 1582, 1588], a cura di Fausta Garavini et André
Tournon, Milano, Bompiani, 2012, p. 432. Pour plus d’approfondissements, voir : Lionello
Sozzi, « Arrière-boutique », in Dictionnaire de Michel de Montaigne, sous la direction de
Philippe Desan, Paris, Champion, 2004, p. 65-66 ; Lionello Sozzi, « Lo spazio interiore : note
in margine all’« arrière-boutique » di Montaigne », Studi di cultura francese ed europea in
onore di Lorenza Maranini, Fasano, Schena, 1983, p. 137-150.
12
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 10.
13
Ibid.
14
Ibid., p. 226.
15
Ibid.
16
Ibid., p. 11.
17
Ibid., p. 10.
18
Ibid.
19
Ibid., p. 138
20
Ibid., p. 10.
21
Ibid., p. 163.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 53
autrement dit porter le niveau de la vie quotidienne, de la vie biologique,
à un niveau supérieur22 :
22
Ibid.
23
Guillevic, « Ouverture », in ID., Sphère, in ID., Sphère suivi de Carnac, Paris, Gallimard,
1963, p. 62 [Sphère (1963), Carnac (1961)].
24
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 223.
25
Guillevic, Présent, Paris, Gallimard, 2004, p. 206, note 10 : « Extraits d’une note dictée le
28 juillet 1996 ».
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 54
Il y a quelque temps, j’étais en soirée chez des amis, et un
homme d’affaires est venu s’asseoir près de moi. Il savait
que j’étais poète, mais il ne me connaissait pas, et à brûle-
pourpoint, il m’a posé cette question : « Est-ce que vous avez
raté votre vie, vous ? Moi, j’ai raté la mienne. J’ai gagné
beaucoup d’argent, il en faut beaucoup. Je passe une grande
partie de mon temps à défendre ce que j’ai gagné et j’ai le
sentiment d’une vie gâchée. Et vous ? »
J’ai répondu : « Non, je n’ai pas ce sentiment-là. Non, ma vie
n’est pas un échec. Je ne claironne pas, je n’ai pas
d’amertume quand je regarde, je survole ma vie. »
J’ai eu une vie dure pour différentes raisons, je me suis senti
physiquement fragile, mais cela ne m’empêche pas d’arriver
à un âge honorable. Ma vie a été dure, mais je n’ai pas le
sentiment d’avoir perdu mon temps, d’avoir gâché ce que
j’avais, ce que je pouvais avoir à la naissance. J’ai conquis,
j’ai acquis, j’ai gardé. J’ai vécu douloureusement mais
pleinement. Que j’aie fait des bêtises, c’est certain. J’ai fait
des choix que je ne referais pas, mais je ne m’attache jamais
ni aux regrets ni aux remords. C’est comme ça, c’est fini,
c’est passé. […]
Je me suis trompé. Politiquement, je me suis trompé ; je ne
suis pas le seul. […]
En somme, je considère que si ma vie n’est pas un échec,
c’est parce que je crois avoir toujours été fidèle à moi-même,
à ma vérité profonde. Je n’ai rien sacrifié à des bagatelles, à
des choses de vanité ou de puissance 26.
26
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 223-225.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 55
face / Marche posément, / Picore de temps en temps. // Cela se passe /
Dans un univers / Qui ne cesse de trembler / À la recherche, on dirait, /
De son destructeur. // Ce pigeon / Te paraît un sage. »27. La sagesse
n’étant qu’un point de vue sur les choses, il faut la ‘découvrir’,
démontre-t-il, soi-même au jour le jour, ayant toujours comme point de
repère l’essence première de la vie :
29
Ibid., p. 225.
30
Guillevic, « Vivre en profondeur », in ID., Accorder, Paris, Gallimard, 2013, p. 202.
31
Guillevic, « Le temps », in ID., Exécutoire, in ID., Terraqué suivi de Exécutoire, Paris,
Gallimard, 1968, p. 167 [Terraqué (1942), Exécutoire (1947)].
32
Guillevic, « En cause », in ID., Sphère, cit., p. 114.
33
Guillevic, « Vivre en profondeur », in ID., Accorder, cit., p. 202.
34
Ibid., p. 202-203.
35
Ibid., p. 203-204.
36
Ibid., p. 204.
37
Ibid.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 57
marécage »38 et à « Retrouver en nous / Et en tant de matières / La vie
des ancêtres, // Avec l’étonnement, l’admiration / Qu’ils avaient, eux,
pour ces choses / Que nous jugeons mineures // Et qui guidaient leurs
vies. »39. Il encourage à « Vivre en profondeur »40 et à « Chercher à
pénétrer / Pour connaître. »41. Il recommande de « Ne pas se régaler de
l’oisiveté »42 mais d’« Explorer le monde, le réel // Et pas rien que ses
dentelles / Ou ses vomissures. »43.
Il fournit des suggestions sages aussi face au concept concernant
la mort, vis-à-vis duquel il semble éprouver un calme supérieur, comme
en témoignent ces vers :
Il reste à inventer
Le tombeau qui convient
À ceux qui le refusent. 44
38
Ibid., p. 205.
39
Ibid., p. 203.
40
Ibid., p. 206.
41
Ibid.
42
Ibid.
43
Ibid.
44
Guillevic, Requis, Paris, Gallimard, 1983, p. 104.
45
Guillevic, « De ma mort », in ID., Sphère, cit., p. 17-28.
46
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 27.
47
Guillevic, « De ma mort », in ID., Sphère, cit., p. 17.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 58
Il faudrait accepter // Pas la mort, / Mais la mienne. 48
Du moins je n’aurai pas / A me connaître alors, // Pas
à me voir cadavre. 49
48
Ibid., p. 20.
49
Ibid., p. 21.
50
Grand admirateur d’Hölderlin, Guillevic a traduit et retraduit quelques-uns de ses poèmes.
À cet égard, nous renvoyons aux traductions retravaillées du poème An die Parzen qui
témoignent de l’effort guillevicien renouvelé de restituer l’intensité du poème (qui s’apparente
à la prière et qui, par un élan sincère, révère et appelle le poème) ainsi que de la tentative de
transmettre un credo de poète-à-poète et de poète-à-lecteur visant à ‘dépasser’ la mort.
1. Aux Parques « Accordez-moi rien qu’un été, Puissantes, / Et l’automne où mûrir mon chant,
/ Pour qu’alors assouvi du délectable jeu, / Plus volontiers meure mon cœur. // L’âme qui dans
la vie n’eut pas son droit divin, / N’aura pas de repos non plus dans les Enfers. / Mais si, un
jour, il m’est donné de réussir / Ce que j’ai de sacré dans le cœur, le poème. // Sois alors
bienvenu, ô calme du royaume des ombres ! / En moi sera la paix, et même si ma lyre / Ne
m’y a pas conduit : une fois j’aurai vécu / Comme vivent les dieux et il n’en faut pas
davantage. »
2. Aux Parques « Accordez-moi, puissantes, un seul été / Et un automne où mûrir mon chant,
/ Pour qu’alors, assouvi par le plus doux des jeux, / Plus volontiers meure mon cœur. // L’âme
qui dans la vie n’eut pas son droit divin, / Là-bas non plus n’aura pas de repos, dans l’Erèbe ;
/ Mais si, un jour, ce qui est mon désir, / Si ce qui est sacré s’accomplit, le poème, // Bienvenue
à toi, calme pays des ombres. / Tu me verras content, si même alors mon chant / Ne
m’accompagne pas. Une fois j’aurai vécu / Comme vivent les dieux. Il n’en faut pas
davantage. »
3. Aux Parques « Accordez-moi rien qu’un été, Puissantes, / Et l’automne où mûrir mon chant,
/ Pour qu’alors assouvi par le plus doux des jeux, / Plus volontiers meure mon cœur. // L’âme
qui dans la vie n’eut pas sa part divine, / N’aura pas de repos non plus dans les Enfers, / Mais
s’il m’était donné de réussir / Ce que j’ai de sacré dans le cœur, le poème, // Sois alors bienvenu
ô calme du royaume des ombres, / Et même si mon luth ne m’accompagne pas, /: Une fois
j’aurai vécu comme vivent les dieux, / Il n’en fallait pas davantage. »
Pour plus d’approfondissements, voir le site internet : [Link]
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 59
résignation stoïque de Montaigne dans le passage des Essais intitulé
« Que philosopher c’est apprendre à mourir » (I, 20)51 :
Si j’étais la rose
Qui s’offre à mes yeux,
Qu’est-ce que je ferais ?
Accepter
Que tombent des pétales 52.
51
Michel de Montaigne, Essais [1580, 1582, 1588], a cura di Fausta Garavini et André
Tournon, cit., p. 138 : « Cicéron dit que philosopher ce n’est autre chose que s’apprêter à la
mort. C’est d’autant que l’étude et la contemplation retirent aucunement notre âme hors de
nous et l’embesognent à part de corps, qui est quelque apprentissage et ressemblance de la
mort : Ou bien, c’est que toute la sagesse et discours du monde se résout enfin à ce point, de
nous apprendre à ne craindre point à mourir ». Montaigne aime la vie et la cultive en sachant
pertinemment que lui aussi la perdra inéluctablement, de par la nature même de l’humaine
condition. Le « savoir mourir » fait partie de son « art de vivre » : c’est une des leçons les plus
précieuses de sa sagesse. Il sait bien qu’il est vain de nier la souffrance, mais, à son avis, il
faudrait lui donner le moins de prise possible sur notre esprit. Puisque la mort est inévitable, il
faut s’accoutumer à cette pensée, mais sans se laisser obséder par la hantise. Et Montaigne de
demander au stoïcisme de le secourir face à la hantise de la douleur et de la mort.
52
Guillevic, Maintenant, Paris, Gallimard, 1993, p. 147.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 60
prend conscience que le véritable bonheur est simplement celui d’être en
vie. Seule cette reconnaissance, exaltée entre autres par Montaigne dans
les Essais53, assure, soutient Guillevic, le bonheur de vivre, parce qu’en
connaissant sa propre nature on devient de sages artisans de sa propre
fortune. Du reste, comme l’a écrit Pierre Charron, la sagesse consiste
« en deux choses, bien se cognoistre, et constamment estre bien reglé et
moderé en toutes choses par toutes choses »54.
Ainsi, ayant confiance en l’homme, Guillevic envisage le bonheur
comme atteignable via la force d’âme :
53
« C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être :
Nous cherchons d’autres conditions, pour n’entendre l’usage des nôtres : et sortons hors de
nous, pour ne savoir quel il y fait. Si avons-nous beau monter sur des échasses, car sur des
échasses encore faut-il marcher de nos jambes. Et au plus élevé trône du monde, si ne sommes
assis que sus notre cul. Les plus belles vies sont à mon gré celles qui se rangent au modèle
commun et humain, avec ordre : mais sans miracle et sans extravagance » (III, 13), Michel de
Montaigne, Essais [1580, 1582, 1588], a cura di Fausta Garavini et André Tournon, cit., p.
2084.
54
Pierre Charron, De la Sagesse [1601], nouvelle édition publiée avec des sommaires et des
notes explicatives, historiques et philosophiques par Amaury, Genève, Slatkine, 2013, 3 tomes,
préface. D’après Charron « la connaissance de soi-même est la première de toutes les
connaissances » (ibid., livre I, chapitre I, p. 1) et « c’est la meilleure disposition à la Sagesse »
(ibid.). Le meilleur maître est l’expérience, et l’expérience des autres peut elle aussi servir (cf.
ibid., livre III, chapitre I, p. 282) : « cognoistre est le premier, et est dit le commencement de
sagesse. Parquoy nous disons sage, celuy qui cognoissant bien ce qu’il est, son bien et son mal,
combien et jusques où nature l’a estrené et favorisé, et où elle lui a deffailly, estudie par le
benefice de la philosophie, et par l’effort de la vertu, à corriger et redresser ce qu’elle luy a
donné de mauvais, reveiller et roidir ce qui est de foible et languissant, faire valoir ce qui est
bon, adjouter ce qui deffaut, et tant que faire se peut la secourir ; et par tel estude se regle et
conduict bien en toutes choses », (ibid., préface, p. XXXII).
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 61
faille mourir, c’est déjà la tragédie. La maladie, la séparation
sont tragiques, mais la tragédie ce n’est pas la tristesse. Je
préfère Sophocle à Musset. La vie est tragique, alors, vivons-
là tragiquement mais pas tristement. S’affliger, voilà la pire
des afflictions.
Il faut avoir, il faut se donner à soi-même la dimension
nécessaire pour sentir la sève, le voltage de la vie. Il ne s’agit
pas de la prendre à bras-le-corps – ce n’est pas une affaire de
lutteur de foire –, il faut se faire tout petit, pour bien la
sentir.55
Étendez-vous. Respirez
Calmement votre vie.
Ça ne durera pas.56
55
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 225-226.
56
Guillevic, « Sistre », in ID., Relier, Paris, Gallimard, 2007, p. 412.
57
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 226.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 62
Un miracle.
Essaie encore.58
Le poème
La première aventure
La dernière, la seule,
Où tout se joue,
Où tout se donne.60
58
Guillevic, Maintenant, cit., p. 37.
59
Guillevic, Requis, cit., p. 34.
60
Guillevic, Inclus, Paris, Gallimard, 1973, p. 227.
61
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 189.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 63
On dit, assez souvent, qu’il n’y a pas de poèmes d’amour
dans mon œuvre. Moi je dis que tous mes poèmes sont des
poèmes d’amour. D’abord, tous mes poèmes sont érotiques.
Il s’agit toujours de pénétrer, d’entrer en communication…
J’ai écrit des poèmes érotiques à des rochers. J’ai besoin
d’être en contact62.
62
Ibid., p. 215.
63
Guillevic, Art poétique, in ID., Art poétique précédé de Paroi et suivi de Le Chant, Paris,
Gallimard, 2001 [Paroi (1970), Art poétique (1989), Le Chant (1990)], p. 241.
64
Ibid., p. 149.
65
Ibid., p. 190.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 64
leur paysage natal, mais je crois que celui-là joue un rôle
fondamental66. […] Être né au pays des menhirs – du monde
mégalithique –, ces menhirs qui appartiennent à une
civilisation dont on ignore tout et qui date de longtemps
avant les Celtes. On est en plein inconnu, en plein mystère.
On est dans le sacré67.
66
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 47.
67
Ibid., p. 48.
68
Ibid., p. 32.
69
Ibid., p. 214.
70
Philippe Guénin, « Une écriture du silence », entretien avec Guillevic, Les Lettres
françaises, n. 32, mai 1993, citation in Sara Arena, La poesia dell’oggetto nell’opera di
Guillevic, préface de Fabio Scotto, Verona, Edizioni Fiorini, 2011, p. 131-132.
71
Guillevic, Ce Sauvage – poème, Érès, Tolosa 2010, quarta di copertina.
72
Ibid.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 65
communique et je communie »73. La poésie permet de percevoir et de
voir la vraie Beauté : envisageable comme harmonie, simplicité,
unification, paix… Elle est recherche, réflexion, elle donne énergie et
apaisement. Elle fait vibrer, elle meut et émeut l’âme, le regard,
l’oreille…
73
Ibid.
74
Guillevic, Présent, cit., p. 171.
75
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 63.
76
Ibid., p. 136.
77
Guillevic, Art poétique, in ID., Art poétique précédé de Paroi et suivi de Le Chant, cit., p.
289.
78
Ibid., p. 217.
79
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 148.
80
Delphine Garnaud, « L’instant qui dure », in Guillevic maintenant, actes du colloque de
Cerisy 11-18 juillet 2009, sous la direction de Michael Brophy et Bernard Fournier, Paris,
Champion, 2011, p. 25-35.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 66
mouvement’ c’est-à-dire un « récitatif du présent »81 restant
indéfiniment au présent…
D’ailleurs, pour lui, loin d’être un art purement esthétique, la poésie est
une activité éthique85. Elle doit toucher, relier, servir de lien avec autrui
et avec le monde, réaliser un rêve social, une sorte d’utopie sur la terre.
81
Henri Meschonnic, Politique du rythme. Politique du sujet, Lagrasse, Verdier, 1995, p.
359.
82
Guillevic, Art poétique, in ID., Art poétique précédé de Paroi et suivi de Le Chant, cit., p.
226.
83
Ibid., p. 263.
84
Ibid., p. 288.
85 Pour plus d’approfondissements, voir : Marcella Leopizzi, « Guillevic dans l’œuvre
Meschonnic », Skené, 2015, p. 187-200 ; Marcella Leopizzi, « Guillevic et l’épopée du réel.
Vivre en poésie, vivre en vibration avec le monde », Skené, 2014, p. 29-37.
86
Guillevic, « Lexiquer », in ID., Accorder, cit., p. 106.
87
Guillevic, « Art poétique », in ID., Gagner, Paris, Gallimard, , p. 183.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 67
tes années / Vécues et à vivre. »88. Il croit à l’importance de ‘jeter une
bouteille à la mer’ ; en écrivant ses poèmes, en effet, il satisfait, en même
temps, un besoin personnel contingent et, de par la valeur
transpersonnelle-universelle qu’ils atteignent, il écrit contre le temps :
« j’écris un poème contre le temps 89 » ; « Avec des mots / Et leurs
souvenirs, // Faire un noyau / Que l’on puisse, ou presque, / Tenir dans
la main, // Un noyau de temps. »90.
Dans cette optique, en s’interrogeant sur le rôle du poète, dans
Vivre en poésie et dans de nombreux poèmes, il en souligne toujours
l’importance et la valeur ‘sociale’ 91 :
88
Guillevic, Art poétique, in ID., Art poétique précédé de Paroi et suivi de Le Chant, cit., p.
166.
89
Ibid., p. 223.
90
Ibid., p. 222.
91
Guillevic s’est toujours intéressé au rôle social du poète. Il suffit de songer à sa participation
au colloque international sur la poésie, tenu à Montréal pendant l’exposition universelle de
1967, intitulé Le poète et la société contemporaine, dont les actes ont été publiés sous la
direction de Léon-Gontran Damas dans la revue Études littéraires, vol. 1, n° 3, 1968, p. 330-
455.
92
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 174.
93
Ibid., p. 192.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 68
dans leur être propre, les identifie, les nomme et ouvre entre elles et lui,
ainsi que de l’une à l’autre, un espace de communion sensible »94.
La poésie ‘travaille’ la sphère profonde de celui qui écrit et de
celui qui lit, en ce qu’elle modifie la façon de se rapporter au réel et d’être
avec l’‘autre’95 : écrire/lire un poème c’est vivre/sentir la vie 96. Ce lien
étroit entre la poésie et la vie fait de la vie le fil rouge du poème et, par
voie de conséquence, du poème le film-énergie de la vie. D’où la
définition guillevicienne de la poésie comme « l’équation : vivre =
langage »97.
Expression d’un ‘sentir’ lié à l’univers du je-biographique, auquel
le je-lyrique donne voix, la voix poétique guillevicienne s’ouvre sur des
voies infinies en devenant ainsi universelle et atemporelle. Vers après
vers, en immisçant l’âme du moi en celle du je, le discours poétique
guillevicien s’ouvre sur une dimension impersonnelle et, de ce fait, il
atteint la sphère intime du lecteur et établit avec lui un rapport étroit :
94
Serge Gaubert, préface à Guillevic, Art poétique précédé de Paroi et suivi de Le Chant, cit.,
p. 15.
95
Henri Meschonnic, Politique du rythme. Politique du sujet, cit., p. 384-385.
96
Henri Meschonnic, Vivre poème, Liancourt, Dumerchez, 2006, p. 12. Cf. aussi : [Link].,
La valeur essentielle de la poésie. Quelle vous paraît être la valeur essentielle de la poésie ?,
www.é[Link]
97
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 199. Pour plus d’approfondissements,
voir : Marcella Leopizzi, « Guillevic : la poésie comme équation entre vivre et langage », Studi
di letteratura francese, 2014, p. 67-80.
98
Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 225.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 69
Il n’aura pas, / Mon poème, / La force des explosifs. // Il
aidera chacun / À se sentir vivre / À son niveau de fleur en
travail, // À se voir / Comme il voit la fleur. 99
une rivalité assez impressionnantes. Une volonté de se réaliser en grimpant dans la hiérarchie.
[…] Ce n’était pas un banal travail de bureaucrate. […] Il fallait trouver les arguments pour
soutenir les thèses de l’administration même si l’on n’était pas convaincu. J’ai eu à soutenir,
une fois, qu’un acte avait été passé le 31 décembre à vingt-quatre heures et non pas le 1er
janvier à zéro heure », Guillevic, Vivre en poésie ou l’épopée du réel, cit., p. 91.
Notes Guillevic Notes VII (Fall/Automne 2017) 71