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Propriétés Des Eaux Naturelles: Jean-Claude BOEGLIN

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DOCUMENTATION
27/09/2008

Propriétés des eaux naturelles

par Jean-Claude BOEGLIN


Ingénieur chimiste
Docteur ès sciences
Ancien Directeur de l’Institut de recherches hydrologiques (IRH-environnement, Nancy)
Conseiller scientifique de l’Institut de promotion industrielle (IPI)-environnement
industriel, Colmar
Expert International du NANCIE (Centre international de l’eau de Nancy)

1. L’eau pure et ses propriétés.................................................................. G 1 110 - 2


1.1 Composition et structure de la molécule d’eau ........................................ — 2
1.2 Différents états de l’eau .............................................................................. — 2
1.3 Propriétés physiques de l’eau .................................................................... — 2
1.4 Propriétés chimiques de l’eau .................................................................... — 3
1.5 Propriétés biologiques de l’eau.................................................................. — 4
2. L’eau dans la nature ................................................................................ — 4
2.1 Éléments du cycle de l’eau ......................................................................... — 4
2.1.1 Précipitations ...................................................................................... — 4
2.1.2 Ruissellement...................................................................................... — 4
2.1.3 Évapotranspiration ............................................................................. — 4
2.1.4 Infiltration ............................................................................................ — 4
2.1.5 Cycle de l’eau ...................................................................................... — 4
2.2 Répartition de l’eau sur la Terre ................................................................. — 5
2.3 Ressources hydriques naturelles ............................................................... — 5
2.3.1 Eaux superficielles.............................................................................. — 5
2.3.2 Eaux souterraines ............................................................................... — 6
3. Pollution et utilisation ultérieure de l’eau........................................ — 8
Références bibliographiques ......................................................................... — 8

L e caractère banal de l’eau qui nous environne, fait parfois oublier que ce
liquide qui nous est si familier s’avère en réalité — par ses propriétés si
particulières — à la fois le fluide le plus indispensable à la vie et celui dont la
complexité est la plus remarquable.
En dehors de sa fonction biologique, on peut dire que l’histoire du dévelop-
pement industriel s’est construite en partenariat avec l’eau.
Cet article sera consacré :
— à un bref rappel sur la structure, la composition et les principales propriétés
physico-chimiques et biologiques de l’eau ;
— à l’étude de l’eau dans la nature : cycle de l’eau, réserves et ressources en
eau, caractéristiques des eaux naturelles ;
— à l’évaluation des effets néfastes de la pollution et à la définition des actions
à entreprendre pour la protection et conservation des eaux.

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1. L’eau pure
et ses propriétés
1.1 Composition et structure O
104,5° O
de la molécule d’eau 0,096 nm 104,5°
0,062 nm
Bien que la formule H2O soit relativement simple, il existe de
très nombreuses combinaisons possibles des éléments hydrogène H H H H
et oxygène qui comportent chacun plusieurs isotopes.
L’eau pure est donc un mélange de plusieurs molécules, chimi-
quement identiques, mais ayant des propriétés physiques distinc- Figure 1 – Géométrie de la molécule H2O
tes. Cependant, l’eau ordinaire est constituée essentiellement de
molécules 1H216O, comme le montre le tableau 1 qui donne la
composition isotopique moyenne de l’eau.
1.2 Différents états de l’eau
Comme pour la plupart des corps, l’eau peut se présenter sous
Tableau 1 – Composition isotopique moyenne de l’eau trois états ou phases : solide (glace), liquide (eau proprement dite),
et gazeux (vapeur d’eau).
Abondance relative
Molécules Ces trois phases coexistent dans la nature, toujours observables
(% en masse)
deux à deux, et plus ou moins en équilibre : eau-glace, glace-
1H 16O 99,70 vapeur, eau-vapeur, selon les conditions de température et de
2
pression.
2H 16O ou D O 0,000002
2 2 Il existe cependant un point, dit point triple (figure 3) pour lequel
3H 16O ou T O traces
2 2 les trois phases sont rigoureusement en équilibre, à la température
1H 18O de 0,01 oC et sous une pression de 4,6 mmHg (613 Pa).
2 0,20
1H 17O 0,04
2
1H2H16 O ou HDO 0,03 1.3 Propriétés physiques de l’eau
Les valeurs des principales constantes physiques de l’eau sont
La molécule d’eau est constituée d’un édifice électronique sta- rassemblées dans le tableau 2.
ble, qualitativement semblable au néon, qui cependant ne réalise Le caractère polaire de la molécule d’eau est à l’origine d’asso-
pas un équilibre électrique parfait. ciations possibles entre les molécules d’eau ; il donnera lieu à bien
En effet, à cause de l’électronégativité marquée de l’oxygène, et des anomalies physiques que nous signalons brièvement.
de sa tendance à accaparer les deux électrons d’hydrogène, il
s’ensuit une déformation de la structure à l’origine des caractéris- ■ Température d’ébullition
tiques géométriques essentielles de la molécule d’eau, qui est dis- Anormalement élevée, si on la compare avec celle de composés
symétrique et conforme au schéma angulaire de la figure 1. de masse moléculaire du même ordre, possédant plusieurs atomes
Du point de vue électrique, cela se traduit par un caractère d’hydrogène.
polaire de la molécule d’eau (figure 2), présentant un moment
électrique permanent, qui permet d’expliquer les extraordinaires, ■ Masse volumique
pour ne pas dire aberrantes, propriétés de l’eau, qui font qu’elle Elle varie avec la température et la pression, mais aussi avec la
n’a pas les caractéristiques d’un liquide parfait. teneur en sels dissous.

H+q H
µO–H

O–2q O
–2q –2q µ
Moment µ
dipolaire Moment
Dipôle résultant

H+q H
Figure 2 – Polarité de la molécule H2O
et des liaisons O—H

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■ Viscosité

p (kPa) Elle diminue lorsque la température croît ; par contre, elle aug-
mente avec la teneur en sels dissous. Contrairement aux autres
Courbe de fusion liquides, une pression modérée, rend l’eau moins visqueuse aux
basses températures.

22 300 C ■ Tension superficielle


Elle est extrêmement élevée ; égale à 73 × 10–3 N/m à 18 oC et
52,5 × 10–3 N/m à 100 oC.
État solide État liquide L’addition de sels dissous augmente généralement la tension
superficielle, les tensioactifs par contre la diminuent.
Courbe
d'ébullition ■ Permittivité relative ε
101,3 Elle est particulièrement élevée ε = 80 (à 20 oC) par rapport à
d’autres liquides. C’est ce qui explique le pouvoir ionisant très
T important de l’eau.
0,6 État gazeux

■ Conductivité électrique de l’eau


Courbe de L’eau est légèrement conductrice. La conductivité de l’eau pure
sublimation à 20 oC est 4,2 × 10–6 S/m ce qui correspond à une résistivité très
élevée de 23,8 MΩ · cm.
0 0,01 100 374
θ (°C) Cette conductivité très faible mais jamais nulle de l’eau est expli-
quée par une légère dissociation de la molécule d’eau en ions
T point triple C point critique selon l’équation chimique :
p = 0,6 kPa p < 22 300 kPa
θ = 0,01 °C θ < 374 °C 2H 2 O ! H 3 O aq + OH aq
+ –

Figure 3 – Diagramme des phases de l’eau (non à l’échelle)


Cet équilibre est caractérisé quantitativement par sa constante
d’équilibre ou produit ionique :

K e = 3 H 3 O aq 4 3 OHaq 4
+ –
(0)
avec 3 H 3 O aq 4 et 3 OH aq 4 concentrations molaires en ions.
+ –
Tableau 2 – Principales constantes physiques de l’eau pure
Eau liquide Dans le cas de l’eau pure, la fraction des molécules ainsi disso-
ciées est extrêmement faible, comme l’indique la valeur de la
Température d’ébullition sous 760 mmHg constante d’équilibre de dissociation qui varie, par ailleurs, de
(101 325,02 Pa)............................................. 100 oC façon notable avec la température :
Capacité thermique massique à 15 oC....... 4,186 8 J · g–1
3 H3 Oaq 4 3 OHaq 4
+ –
oC............ à 20 °C = 10 –14
Enthalpie de vaporisation à 100 2 252,5 J · g–1
Conductivité thermique à 20 oC ................. 5,98 mW · cm–1 · K–1
3 H3 Oaq 4 = 3 OH aq 4
+ –
et
Résistivité à 20 oC........................................ 23,8 MΩ · cm

3 H3 Oaq 4
+
Permittivité relative ε à 20 oC ..................... 80 d’où = Ke = 10 –7
Indice de réfraction pour la raie D à 10 oC 1,333 00
Ce qui permet de définir la notion de pH (grandeur sans unité)
Masse volumique à 4 oC ............................. 1 g · cm–3 par la relation :
(par définition)
pH = – lg 3 H 3 O aq 4 = 7
+

Eau solide
Température de fusion ............................... 0 oC (par définition) ou, ce qui est équivalent par la relation :

g–1
3 H3 Oaq 4
Capacité thermique massique.................... 2,093 4 J · +
= 10 –pH
Enthalpie de fusion sous 760 mmHg
(101 325,02 Pa)............................................. 333,27 J · g–1
oC............................
Tension de vapeur à 0 877,128 Pa 1.4 Propriétés chimiques de l’eau
Permittivité relative ε .................................. 3,26
L’eau est, par ses propriétés électriques et sa constitution
Indice de réfraction pour la raie D ............. 1,309 07
moléculaire, particulièrement apte à la mise en solution de nom-
Densité (par rapport à l’eau à 4 oC)............ 0,916 49 ± 0,000 7 breux corps gazeux, liquides polaires, et surtout solides [1] [5].
Eau vapeur La solvatation (ou action hydratante de l’eau) est le résultat
d’une destruction complète ou partielle des divers liens électrosta-
Conductivité thermique à 100 oC ............... 0,231 mW · cm–1 · K–1 tiques entre les atomes et les molécules du corps à dissoudre, pour
Densité par rapport à l’air ........................... 0,623 37 les remplacer par de nouveaux liens avec les molécules d’eau, et
forger ainsi de nouvelles structures : il se produit une véritable
Indice de réfraction pour la raie D à 100 oC 1,002 59 réaction chimique.

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Une solvatation complète est une dissolution. confondre ce ruissellement avec l’écoulement qui comprend en
Si la solvatation s’exerce sans que la matière se disperse spon- plus le déversement des nappes souterraines.
tanément dans l’eau, on tend vers une peptisation qui correspond
à la solution colloïdale.
2.1.3 Évapotranspiration
Si la solvatation n’est que superficielle, on obtient une suspen-
sion colloïdale ou une gelée, suivant que le corps est mouillable ou C’est la somme de toutes les pertes par transformation d’eau en
gonflable (hydrophilie). vapeur. On distingue deux composantes :
Certains corps favorisent la dissolution, la peptisation ou hydro- — l’évaporation constituée par le retour direct de l’eau à l’atmo-
philie. On les désigne sous les noms de solubilisants, peptisants, sphère et qui est un phénomène purement physique dépendant en
émulsionnants, stabilisants, agents de mouillage. particulier du déficit hygrométrique, c’est-à-dire de la différence
La dissolution des corps minéraux engendre une ionisation, entre la pression de vapeur saturante à la température considérée
c’est-à-dire la dissociation des molécules formant le cristal minéral, et la pression de vapeur réelle. L’évaporation moyenne en France
avec apparition d’ions chargés électriquement dotés d’une certaine est de l’ordre de 660 à 700 mm d’eau par an ;
mobilité en solution. En effet si on produit un champ électrique — l’autre composante est constituée par la transpiration des plan-
continu, les ions vont se déplacer (vers la cathode pour les tes qui est égale au volume d’eau transitant par les plantes et néces-
cations + et vers l’anode pour les anions –) en provoquant le pas- saire à leur croissance. On l’estime de 300 à 1 000 L d’eau par
sage d’un courant. kilogramme de matière sèche végétale. La transpiration se produi-
sant par les feuilles, l’eau contenue dans la plante est constamment
renouvelée par les racines qui « pompent » l’humidité du sol. La
transpiration est loin d’être un phénomène négligeable.
1.5 Propriétés biologiques de l’eau
Exemple : une forêt de hêtres transpire annuellement 70 à
540 mm d’eau suivant son âge.
L’eau, l’oxygène et le dioxyde de carbone contribuent à créer des
conditions favorables au développement des êtres vivants [3].
Il existe un cycle biologique, cycle au cours duquel s’effectue 2.1.4 Infiltration
une série d’échanges. L’eau entre pour une grande part dans la
constitution des êtres vivants. Pour l’homme, on cite les pourcen- Une partie des précipitations pénètre dans le sol et dans le
tages suivants : sous-sol où elle alimente les eaux souterraines constituant le stock
— nouveau-né ................................................................... 66 à 74 % d’eau du sol et les réserves des nappes aquifères. Une partie de
— adulte ............................................................................. 58 à 67 % ces eaux souterraines retournera naturellement ou artificiellement
L’eau compose la plus grande partie de nos aliments : à la surface du sol d’où elle participera à l’écoulement général où
à l’évapotranspiration.
— laitue ...................................................................................... 92 %
— pomme de terre ................................................................... 78 %
— poulet..................................................................................... 72 %
2.1.5 Cycle de l’eau
En définitive, il existe une circulation de l’eau analogue à celle
que provoquerait un gigantesque appareil distillatoire.
2. L’eau dans la nature Le cycle se trouve donc fermé comme le montre le schéma de la
figure 4, ce qui se traduit par un bilan global exprimant l’égalité
des pertes et des gains :
précipitations = ruissellement + évaporation + transpiration + infiltration
2.1 Éléments du cycle de l’eau














évapotranspiration

L’eau sous ses différents états physiques (gazeux, liquide, solide) Les éléments du bilan hydrologique peuvent être évalués locale-
suit un vaste cycle dans la nature. ment dans des installations expérimentales appelées lysimètres
qui utilisent le sol lui-même comme appareil de mesure.
Sous nos climats et dans une région de sol sédimentaire, les
2.1.1 Précipitations éléments du bilan se décomposent suivant la saison comme indi-
qué dans le tableau 3.
La vapeur d’eau atmosphérique se condense en nuages qui
engendrent les précipitations sous forme de pluie, de neige ou de
grêle. Ces précipitations constituent actuellement l’origine de pres-
que toutes nos réserves en eau douce. Elles sont très variables Tableau 3 – Bilan du cycle de l’eau suivant la saison
d’une région à l’autre suivant le climat et le relief qui sont les fac-
teurs essentiels. La mesure des précipitations s’exprime par la Étape En été En hiver
valeur de la lame d’eau moyenne tombée annuellement à un
endroit considéré. Cette valeur qui est nulle dans les régions déser- Ruissellement....................... 15 % 25 %
tiques peut atteindre jusqu’à 14 m/an dans l’Himalaya. Le volume
Évaporation .......................... 25 % 10 %
total des précipitations sur les continents est estimé à environ
100 000 km3/an. Infiltration ............................. 25 % 65 %
Transpiration ........................ 35 %
2.1.2 Ruissellement
Parvenue sur le sol, une partie des précipitations s’écoule à sa Les chiffres du tableau 3 nous montrent l’influence des précipi-
surface vers le réseau hydrographique et les étendues d’eau libre tations hivernales pour la constitution des réserves, principalement
(lacs, mers, océans), c’est le ruissellement de surface. Il ne faut pas pendant la fonte des neiges. Toutes ces données sont des données

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Soleil
Neige Nuages
Pluie
Glacier Évaporation

Évaporation
Forêt
Pluie
Ruisseau
Infiltration

Grottes
Source

Rivière Fleuve
Couche imperméable Lac
Infiltration
Lagune Mer
Couche imperméable Infiltration

Infiltration

Infiltration

Figure 4 – Cycle de transformation de l’eau dans la nature

moyennes, car elles dépendent de la topographie et de la nature de L’eau à l’état naturel, superficielle ou souterraine, n’est jamais
la roche constitutive du sol. « pure » ; c’est un milieu vivant qui se charge très rapidement de
divers éléments en contact des milieux qu’elle traverse et sur les-
quels elle ruisselle.
2.2 Répartition de l’eau sur la Terre Ces éléments peuvent être présents dans l’eau sous les trois
états (gaz, solide, liquide), posséder un caractère organique ou
minéral et à l’état particulaire avoir des dimensions très variables
1 milliard 340 millions de km3 (soit 1,34 × 1018 m3), un volume
([G 1 210], figure 1).
impossible à se représenter et pourtant c’est la quantité totale
d’eau se trouvant sur notre planète, cela sur une surface de l’ordre Une classification très succincte des éléments rencontrés dans
de 510 millions de km2. l’eau permet d’établir le tableau 4.
Les océans, les mers et lacs salés constituent plus de 97 % de ce Nous procéderons ci-après à une analyse de l’origine et des
volume total d’eau ; cette eau salée s’avère très difficilement utili- caractéristiques générales (sur le plan de la qualité) de la res-
sable car les dispositifs de dessalement conduisent à des coûts de source.
l’eau très onéreux voir prohibitifs. Il ne reste en définitive sur la
terre que de l’ordre de 2,8 % sous forme d’eau douce dont 2,2 %
sur les glaciers et calottes polaires (donc pas utilisables) et seule- 2.3.1 Eaux superficielles
ment 0,6 % qui sont répartis entre l’atmosphère et les eaux
continentales constituées par les eaux superficielles (rivières, fleu- Elles sont constituées par toutes les eaux circulant ou stockées
ves et lacs) et les eaux souterraines accumulées dans le sol et à la surface des continents [2].
sous-sol. Elles ont pour origine soit les eaux de ruissellement, soit les nap-
Le véritable problème qui se pose est en réalité l’accessibilité de pes profondes dont l’émergence constitue une source de ruisseau
ces réserves en eau douce et leur localisation très irrégulièrement puis de rivière.
répartie, ce qui explique que souvent certaines régions du globe Ces eaux se rassemblent en cours d’eau, caractérisés par une
sont très défavorisées. surface de contact eau-atmosphère toujours en mouvement et une
vitesse de circulation appréciable.
Elles peuvent se trouver stockées en réserves naturelles (étangs
2.3 Ressources hydriques naturelles et lacs) ou artificielles (retenues, barrages) caractérisées par une
surface d’échange eau-atmosphère quasiment immobile, une pro-
L’homme a recours généralement, pour satisfaire ses propres fondeur qui peut être importante et un temps de séjour souvent
besoins (production d’eau pour la consommation humaine) et élevé.
permettre l’usage de l’eau dans ses diverses activités industrielles Il s’agit d’une ressource facilement accessible mais malheureu-
et agricoles, à deux types de ressources naturelles : sement fragile et vulnérable, la pollution la rendant souvent impro-
— les eaux superficielles ou de surface (de rivières, fleuves et pre à l’utilisation en l’absence d’un traitement préalable.
lacs...) ; Quelques notions d’hydrologie physique sont rappelées dans
— les eaux souterraines. l’encadré 1 [6].

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Tableau 4 – Classification des éléments rencontrés dans l’eau


État ou forme des éléments Nature des éléments
Matières en suspension Sables, argiles, boues diverses.
Roches en débris, matières organiques, minérales et végétales.
Débris divers insolubles.
Matières en émulsion Matières organiques colloïdales.
Huiles minérales, goudrons, suies, pétrole, argiles colloïdales.
Matières organiques solubilisées Tourbes, déchets végétaux, matières azotées.
Produits de synthèse organique solubles, etc.

Sels minéraux carbonates  calcium



bicarbonates   magnésium
 
sulfates  de  sodium
chlorures   potassium
 
nitrates, etc.   ammonium, etc.

Organismes vivants d’origine végétale, Plancton, algues, champignons, vers, larves d’insectes, larves, bactéries, amibes, virus, etc.
animale, bactérienne et virale
Gaz Oxygène, azote, dioxyde de carbone, ammoniac.

— la présence fréquente de matières organiques d’origine natu-


Encadré 1 – Quelques notions d’hydrologie physique relle provenant de la décomposition des organismes animaux et
végétaux après leur mort ;
■ On appelle bassin versant ou bassin hydrologique une zone de — le développement plus ou moins important de phytoplancton
relief dont les eaux de ruissellement de surface s’écoulent et se (algues) et zooplancton et, dans certaines conditions, d’une vie
rassemblent vers un exutoire unique (par exemple, l’embou- aquatique intense ;
chure d’un fleuve). Il est déterminé par la configuration géogra- — la fragilité de cette ressource très vulnérable à la pollution
phique et délimité par une ligne de crête et de partage des eaux d’origine urbaine, industrielle et agricole. On y rencontre par suite
(exemple : le bassin versant de la Seine qui s’étend sur très souvent une micropollution minérale (métaux lourds) ou orga-
44 520 km2). nique (hydrocarbures, solvants, phénols, pesticides, herbicides, etc.)
pouvant avoir un caractère toxique et des substances azotées et
■ Le réseau hydrographique est constitué par l’ensemble des
phosphorées à l’origine des phénomènes d’eutrophisation.
fleuves et des rivières. Il est d’autant plus développé que le sol
est moins perméable. On définit la densité du réseau hydrogra- Sur le plan bactériologique, les eaux sont contaminées plus ou
phique qui est égale au quotient de la surface du bassin par le moins par des bactéries (dont certaines pathogènes) et des virus.
nombre de cours d’eau (y compris les cours d’eau temporaires),
ainsi que le coefficient de drainage, rapport entre la surface du
bassin et la longueur totale des cours d’eau. 2.3.2 Eaux souterraines
■ L’écoulement est égal à la somme du ruissellement de surface
et du déversement des nappes souterraines. C’est la quantité [Link] Définitions
d’eau qui circule dans le réseau hydrographique. Les eaux qui ne sont ni réévaporées, ni retournées à la mer par
■ On appelle déficit à l’écoulement la différence entre la lame ruissellement s’infiltrent dans le sol et le sous-sol et s’y accumulent
d’eau tombée (mesurée à l’aide d’un réseau de pluviomètres) et pour constituer les eaux souterraines.
la lame d’eau écoulée à l’exutoire du bassin versant. Cette der- La pénétration et la rétention des eaux dans le sol dépendent des
nière est mesurée grâce au débit de l’exutoire unique qui est en caractéristiques des terrains en cause et notamment de leur struc-
général un fleuve dans une station de jaugeage. ture qui peut permettre la formation de réservoirs aquifères appe-
lés nappes.
La composition chimique des eaux de surface [2] [7] dépend de
la nature des terrains traversés par l’eau durant son parcours dans
l’ensemble des bassins versants. Au cours de son cheminement, On appelle nappe aquifère une zone de terrain poreux et
l’eau dissout les différents éléments constitutifs des terrains. Par perméable formant roche-magasin limitée à la partie inférieure
échange à la surface eau-atmosphère, l’eau va se charger en gaz par une roche imperméable formant le fond du réservoir.
dissous (oxygène, azote, dioxyde de carbone).
Les eaux de surface se caractérisent par : La surface supérieure de la nappe est appelée surface piézomé-
— les variations saisonnières (car climatique) et, à degré moindre, trique. L’altitude de chaque point de cette surface est appelé niveau
journalières des paramètres physiques : température, turbidité et piézométrique qu’il ne faut pas confondre avec le niveau hydro-
coloration. Les concentrations en matières solides finement disper- statique d’une surface d’eau libre. La forme de la surface piézomé-
sées ou à l’état colloïdal peuvent être importantes tout en étant aléa- trique peut être déterminée par des sondages. Cette forme est
toires suite à des pluies soudaines, des orages et des pollutions fonction du niveau et du débit de l’exutoire ainsi que de la perméa-
accidentelles ; bilité du terrain.

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Précipitations Alimentation de la nappe


Terrain poreux (précipitations)
et perméable

Nappe Niveau Terrain


le piézométrique imperméable Niveau
éab ble piézométrique
erm éa
le imp erm
p
Soc ain
Te
rr ble
Source éa
rm
pe
im
r ain
Ter
Figure 5 – Nappe active

Figure 6 – Nappe captive

La pénétration, la circulation, le séjour de l’eau dans les terrains


dépendent à la fois de leur nature, de leur structure élémentaire et
des dispositions relatives des diverses couches géologiques. Parmi
les paramètres de structure, citons : la répartition granulométrique, Précipitations Précipitations
la porosité, la perméabilité.
Coteaux
[Link] Différents types de nappes
Puits
Selon les conditions géologiques, on peut distinguer différents
types de nappes [4] [6]. Rivière

[Link].1 Nappe active (ou nappe libre) Alluvions perméables


C’est une nappe due à la succession d’une couche imperméable
surmontée d’une roche-magasin (figure 5). L’ensemble du disposi- Terrain imperméable Niveau
tif peut être affecté d’une pente plus ou moins forte. piézométrique
La nappe est alimentée directement par l’infiltration des eaux de Figure 7 – Nappe alluviale
ruissellement. Le niveau de cette nappe fluctue en fonction de la
quantité d’eau retenue.
L’équilibre hydraulique entre pluviométrie et réserve est assuré
par le trop-plein qui constitue les sources. Celles-ci apparaissent en
des points particuliers dus principalement à la topographie de la Précipitations
couche imperméable. Le niveau supérieur de la nappe piézomé-
trique s’établit uniquement en fonction de la perméabilité du ter- Puits
rain à travers lequel pénètre l’eau d’infiltration. Surface du sol

[Link].2 Nappe captive


Ce type de nappe est dû à l’enfoncement d’une roche-magasin Niveau piézométrique
par suite de la pente des couches géologiques (figure 6). L’eau est
enfouie dans le sol depuis des milliers ou des centaines de milliers
d’années. Ces nappes sont exploitées par des forages profonds Terrain perméable
jusque 600 et même 1 000 m.
Toutefois, une nappe captive peut être alimentée en certains
points là où le terrain aquifère affleure à la surface du sol ou vient Terrain imperméable
se perdre dans une couche perméable.

[Link].3 Nappe alluviale Figure 8 – Nappe phréatique


Les plaines alluvionnaires sont souvent formées de matériaux
détritiques, c’est-à-dire de débris, très poreux et gorgés d’eau
(figure 7). Il y a là une réserve importante à exploiter et qui est
presque toujours entretenue par le débit des rivières ainsi que par Le niveau piézométrique de la nappe phréatique a toujours ten-
les précipitations et éventuellement la nappe des côteaux. Au voi- dance à suivre régulièrement les variations de la pluviosité. En
sinage de la mer, la nappe peut recevoir de l’eau salée. période de sécheresse, les puits se tarissent.

[Link].4 Nappe phréatique [Link] Propriétés physiques et chimiques


Lorsque le fond imperméable est pratiquement horizontal et peu Les eaux souterraines ont des propriétés étroitement liées à leur
profond, il existe une nappe dite phréatique dans laquelle on peut origine géologique, c’est-à-dire déterminées par la nature et struc-
creuser des puits (figure 8). ture des terrains. À tout instant, l’eau est au contact avec le sol

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PROPRIÉTÉS DES EAUX NATURELLES ______________________________________________________________________________________________________

dans lequel elle stagne ou circule : il s’établit un équilibre entre la dans la détérioration de la qualité de l’eau [3] de nos ressources
composition du terrain et celle de l’eau. que réside le véritable problème que nous rencontrons.
Ainsi, les eaux circulant dans un sous-sol sablonneux ou grani- Nos eaux de surface (cours d’eau, lacs, étangs...), encore relati-
tique, sont acides et peu minéralisées. Par opposition, les eaux cir- vement propres au début du siècle, sont de plus en plus exposés
culant dans les sols calcaires auront une forte minéralisation avec à la pollution et nos nappes équifères n’échappent pas, en outre, à
une composition bicarbonatée calcique. cette contamination générale.
L’eau des nappes captives est une eau stagnante qui, de par son Qui dit pollution, pense irrémédiablement industrie et éventuel-
long contact avec les roches, est souvent très minéralisée avec la lement agriculture. Le raccourci est un peu facile toutefois. Il est
présence de fer et manganèse. inexact surtout. Nous sommes tous des pollueurs... chacun à sa
mesure certes. Les ressources en eau sont exposées en réalité à
L’eau des nappes alluviales constituées de matières détritiques plusieurs types de pollution [7].
n’ayant pas terminées leur évolution géologique, contient très sou-
vent des composés soufrés leur conférant saveur, odeur et goût ■ L’industrie, c’est vrai, rejette bon nombre de substances qui vont
très désagréables. polluer nos rivières et nos nappes, parfois même d’une manière
Parmi les caractéristiques générales des eaux souterraines, il d’autant plus pernicieuse que l’on n’en connaît pas les effets à long
faut retenir une très faible turbidité, une température et une terme. Les rejets industriels renferment des produits divers sous
composition chimique sensiblement constante et l’absence pres- forme insoluble ou soluble d’origine minérale et/ou organique, à
que générale d’oxygène dissous. caractère plus ou moins biodégradable et parfois toxique même à
très faible concentration (comme par exemple, les métaux lourds, les
Elles sont très souvent, mais pas toujours, d’une très grande composés cyanurés ou phénolés, les pesticides et hydrocarbures
pureté bactériologique ; c’est le cas lorsque l’eau s’infiltre dans des divers...).
milieux à très fine granulométrie et de grand pouvoir filtrant
(comme les grès triasiques), mais dans des milieux granitiques ou ■ L’agriculture utilise des engrais chimiques azotés et phosphorés,
calcaires très fissurés et à grande vitesse de passage, l’eau ne sera des produits phytosanitaires destinés à protéger les cultures et à faci-
pas épurée et peut même être dangereuse. liter la vie des agriculteurs. Ces produits parfois toxiques lorsqu’ils
sont utilisés en excès vont contaminer en période de pluie, les eaux
Les nappes alluviales et phréatiques sont vulnérables à la pollu- de surface par lessivage et ruissellement et les nappes par infiltra-
tion domestique, industrielle et agricole ce qui peut expliquer la tion.
présence souvent à l’état de traces de micropolluants minéraux et
+
organiques et de produits azotés à l’état ammoniacal ( NH 4 ) et de ■ La pollution domestique de nos eaux usées urbaines (mélange

nitrates ( NO 3 ) . d’eaux vannes et d’eaux ménagères) est essentiellement constituée
Il est à noter que lorsqu’une nappe a été polluée, il est très dif- de matières organiques biodégradables certes, mais grandes
ficile de récupérer sa pureté originelle : les polluants sont en effet consommatrices d’oxygène, de germes pathogènes (cause d’épi-
non seulement présents dans l’eau, mais également fixés et absor- démies) et de produits chimiques (lessives détergentes riches en
bés sur les roches et les minéraux du sous-sol. phosphates) à l’origine des phénomènes d’eutrophisation.
Par nos lavabos, nos éviers, nos salles de bains et nos WC passe
chaque jour une pollution proportionnelle au nombre d’habitants.
■ Il ne faut pas oublier par ailleurs, la pollution générée par les eaux
3. Pollution et utilisation pluviales en particulier en périodes orageuses. L’eau de pluie se
charge d’impuretés au contact de l’air (fumées industrielles) puis en
ultérieure de l’eau ruissellant sur les toits et les chaussées des villes, de produits divers
(huiles de vidange, carburants, métaux lourds, etc.).
En définitive, il faut considérer que si l’on veut éviter, sous l’effet
L’évolution spectaculaire que connaît l’environnement urbain et
des rejets polluants de dégrader gravement l’environnement, il est
industriel pose dans de nombreux pays le problème de l’eau.
nécessaire de préserver le mieux possible notre patrimoine natu-
La France, qui a offert jusqu’à l’aube du XXe siècle l’exemple rel, constitué par nos ressources en eau.
d’un pays apparamment riche en eau, a dû depuis lors, la
Le grand chantier de l’après-guerre a consisté à mettre de l’eau
consommation augmentant, prendre conscience de ce problème et
de qualité à la disposition de la population pour sa consommation
adopter une politique qui permet de lui trouver une solution.
et de permettre l’alimentation des sites industriels avec une eau en
L’approvisionnement en eau (par les précipitations notamment) quantité suffisante dont la qualité est compatible avec ses divers
écarte a priori tout risque majeur de pénurie de la ressource. On usages (fabrication, refroidissement, lavage et nettoyage, fluide
peut considérer que notre pays dispose encore de ressources en thermique...). Le grand défi contemporain des sociétés modernes
eau pour satisfaire nos besoins en quantité ; même si, en période est celui de l’assainissement, il faut absolument éviter que l’eau
de sécheresse en été, les pouvoirs publics sont, dans certaines après usage, l’eau dite « usée » contamine l’eau naturelle des nap-
régions de l’hexagone, amenés à préconiser quelques restrictions pes souterraines, des rivières et des lacs, la rendant ainsi impropre
et une meilleure gestion de l’usage de l’eau. C’est en réalité surtout à la consommation et à l’utilisation industrielle.

Références bibliographiques

[1] Société DEGREMONT. – Mémento technique [3] DAJOZ (R.). – Précis d’écologie. 4e édition, [6] MORETTE (A.). – Précis d’hydrologie. Éditions
de l’eau. 2 volumes, 1re édition Technique et 525 pages, Gauthier Villars (1982). Masson (1964).
Documentation Lavoisier (1989). [4] Société Lyonnaise des Eaux. – Mémento de
l’exploitant de l’eau. Technique et Documen- [7] BONTOUX (F.). – Introduction à l’étude des
[2] DUSSART (B.). – Limnologie. L’étude des eaux tation Lavoisier (1986). eaux douces, eaux naturelles, eaux usées.
continentales. 2e édition, 736 pages, Boubée [5] SIGG (L.) et coll. – Chimie des milieux aqua- 2e édition CEBEDOC, 170 pages, Diffusion
(1992). tiques. 392 pages, Éditions Masson (1992). Lavoisier (1993).

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