Propriétés Des Eaux Naturelles: Jean-Claude BOEGLIN
Propriétés Des Eaux Naturelles: Jean-Claude BOEGLIN
DOCUMENTATION
27/09/2008
L e caractère banal de l’eau qui nous environne, fait parfois oublier que ce
liquide qui nous est si familier s’avère en réalité — par ses propriétés si
particulières — à la fois le fluide le plus indispensable à la vie et celui dont la
complexité est la plus remarquable.
En dehors de sa fonction biologique, on peut dire que l’histoire du dévelop-
pement industriel s’est construite en partenariat avec l’eau.
Cet article sera consacré :
— à un bref rappel sur la structure, la composition et les principales propriétés
physico-chimiques et biologiques de l’eau ;
— à l’étude de l’eau dans la nature : cycle de l’eau, réserves et ressources en
eau, caractéristiques des eaux naturelles ;
— à l’évaluation des effets néfastes de la pollution et à la définition des actions
à entreprendre pour la protection et conservation des eaux.
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1. L’eau pure
et ses propriétés
1.1 Composition et structure O
104,5° O
de la molécule d’eau 0,096 nm 104,5°
0,062 nm
Bien que la formule H2O soit relativement simple, il existe de
très nombreuses combinaisons possibles des éléments hydrogène H H H H
et oxygène qui comportent chacun plusieurs isotopes.
L’eau pure est donc un mélange de plusieurs molécules, chimi-
quement identiques, mais ayant des propriétés physiques distinc- Figure 1 – Géométrie de la molécule H2O
tes. Cependant, l’eau ordinaire est constituée essentiellement de
molécules 1H216O, comme le montre le tableau 1 qui donne la
composition isotopique moyenne de l’eau.
1.2 Différents états de l’eau
Comme pour la plupart des corps, l’eau peut se présenter sous
Tableau 1 – Composition isotopique moyenne de l’eau trois états ou phases : solide (glace), liquide (eau proprement dite),
et gazeux (vapeur d’eau).
Abondance relative
Molécules Ces trois phases coexistent dans la nature, toujours observables
(% en masse)
deux à deux, et plus ou moins en équilibre : eau-glace, glace-
1H 16O 99,70 vapeur, eau-vapeur, selon les conditions de température et de
2
pression.
2H 16O ou D O 0,000002
2 2 Il existe cependant un point, dit point triple (figure 3) pour lequel
3H 16O ou T O traces
2 2 les trois phases sont rigoureusement en équilibre, à la température
1H 18O de 0,01 oC et sous une pression de 4,6 mmHg (613 Pa).
2 0,20
1H 17O 0,04
2
1H2H16 O ou HDO 0,03 1.3 Propriétés physiques de l’eau
Les valeurs des principales constantes physiques de l’eau sont
La molécule d’eau est constituée d’un édifice électronique sta- rassemblées dans le tableau 2.
ble, qualitativement semblable au néon, qui cependant ne réalise Le caractère polaire de la molécule d’eau est à l’origine d’asso-
pas un équilibre électrique parfait. ciations possibles entre les molécules d’eau ; il donnera lieu à bien
En effet, à cause de l’électronégativité marquée de l’oxygène, et des anomalies physiques que nous signalons brièvement.
de sa tendance à accaparer les deux électrons d’hydrogène, il
s’ensuit une déformation de la structure à l’origine des caractéris- ■ Température d’ébullition
tiques géométriques essentielles de la molécule d’eau, qui est dis- Anormalement élevée, si on la compare avec celle de composés
symétrique et conforme au schéma angulaire de la figure 1. de masse moléculaire du même ordre, possédant plusieurs atomes
Du point de vue électrique, cela se traduit par un caractère d’hydrogène.
polaire de la molécule d’eau (figure 2), présentant un moment
électrique permanent, qui permet d’expliquer les extraordinaires, ■ Masse volumique
pour ne pas dire aberrantes, propriétés de l’eau, qui font qu’elle Elle varie avec la température et la pression, mais aussi avec la
n’a pas les caractéristiques d’un liquide parfait. teneur en sels dissous.
H+q H
µO–H
O–2q O
–2q –2q µ
Moment µ
dipolaire Moment
Dipôle résultant
H+q H
Figure 2 – Polarité de la molécule H2O
et des liaisons O—H
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■ Viscosité
p (kPa) Elle diminue lorsque la température croît ; par contre, elle aug-
mente avec la teneur en sels dissous. Contrairement aux autres
Courbe de fusion liquides, une pression modérée, rend l’eau moins visqueuse aux
basses températures.
K e = 3 H 3 O aq 4 3 OHaq 4
+ –
(0)
avec 3 H 3 O aq 4 et 3 OH aq 4 concentrations molaires en ions.
+ –
Tableau 2 – Principales constantes physiques de l’eau pure
Eau liquide Dans le cas de l’eau pure, la fraction des molécules ainsi disso-
ciées est extrêmement faible, comme l’indique la valeur de la
Température d’ébullition sous 760 mmHg constante d’équilibre de dissociation qui varie, par ailleurs, de
(101 325,02 Pa)............................................. 100 oC façon notable avec la température :
Capacité thermique massique à 15 oC....... 4,186 8 J · g–1
3 H3 Oaq 4 3 OHaq 4
+ –
oC............ à 20 °C = 10 –14
Enthalpie de vaporisation à 100 2 252,5 J · g–1
Conductivité thermique à 20 oC ................. 5,98 mW · cm–1 · K–1
3 H3 Oaq 4 = 3 OH aq 4
+ –
et
Résistivité à 20 oC........................................ 23,8 MΩ · cm
3 H3 Oaq 4
+
Permittivité relative ε à 20 oC ..................... 80 d’où = Ke = 10 –7
Indice de réfraction pour la raie D à 10 oC 1,333 00
Ce qui permet de définir la notion de pH (grandeur sans unité)
Masse volumique à 4 oC ............................. 1 g · cm–3 par la relation :
(par définition)
pH = – lg 3 H 3 O aq 4 = 7
+
Eau solide
Température de fusion ............................... 0 oC (par définition) ou, ce qui est équivalent par la relation :
g–1
3 H3 Oaq 4
Capacité thermique massique.................... 2,093 4 J · +
= 10 –pH
Enthalpie de fusion sous 760 mmHg
(101 325,02 Pa)............................................. 333,27 J · g–1
oC............................
Tension de vapeur à 0 877,128 Pa 1.4 Propriétés chimiques de l’eau
Permittivité relative ε .................................. 3,26
L’eau est, par ses propriétés électriques et sa constitution
Indice de réfraction pour la raie D ............. 1,309 07
moléculaire, particulièrement apte à la mise en solution de nom-
Densité (par rapport à l’eau à 4 oC)............ 0,916 49 ± 0,000 7 breux corps gazeux, liquides polaires, et surtout solides [1] [5].
Eau vapeur La solvatation (ou action hydratante de l’eau) est le résultat
d’une destruction complète ou partielle des divers liens électrosta-
Conductivité thermique à 100 oC ............... 0,231 mW · cm–1 · K–1 tiques entre les atomes et les molécules du corps à dissoudre, pour
Densité par rapport à l’air ........................... 0,623 37 les remplacer par de nouveaux liens avec les molécules d’eau, et
forger ainsi de nouvelles structures : il se produit une véritable
Indice de réfraction pour la raie D à 100 oC 1,002 59 réaction chimique.
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Une solvatation complète est une dissolution. confondre ce ruissellement avec l’écoulement qui comprend en
Si la solvatation s’exerce sans que la matière se disperse spon- plus le déversement des nappes souterraines.
tanément dans l’eau, on tend vers une peptisation qui correspond
à la solution colloïdale.
2.1.3 Évapotranspiration
Si la solvatation n’est que superficielle, on obtient une suspen-
sion colloïdale ou une gelée, suivant que le corps est mouillable ou C’est la somme de toutes les pertes par transformation d’eau en
gonflable (hydrophilie). vapeur. On distingue deux composantes :
Certains corps favorisent la dissolution, la peptisation ou hydro- — l’évaporation constituée par le retour direct de l’eau à l’atmo-
philie. On les désigne sous les noms de solubilisants, peptisants, sphère et qui est un phénomène purement physique dépendant en
émulsionnants, stabilisants, agents de mouillage. particulier du déficit hygrométrique, c’est-à-dire de la différence
La dissolution des corps minéraux engendre une ionisation, entre la pression de vapeur saturante à la température considérée
c’est-à-dire la dissociation des molécules formant le cristal minéral, et la pression de vapeur réelle. L’évaporation moyenne en France
avec apparition d’ions chargés électriquement dotés d’une certaine est de l’ordre de 660 à 700 mm d’eau par an ;
mobilité en solution. En effet si on produit un champ électrique — l’autre composante est constituée par la transpiration des plan-
continu, les ions vont se déplacer (vers la cathode pour les tes qui est égale au volume d’eau transitant par les plantes et néces-
cations + et vers l’anode pour les anions –) en provoquant le pas- saire à leur croissance. On l’estime de 300 à 1 000 L d’eau par
sage d’un courant. kilogramme de matière sèche végétale. La transpiration se produi-
sant par les feuilles, l’eau contenue dans la plante est constamment
renouvelée par les racines qui « pompent » l’humidité du sol. La
transpiration est loin d’être un phénomène négligeable.
1.5 Propriétés biologiques de l’eau
Exemple : une forêt de hêtres transpire annuellement 70 à
540 mm d’eau suivant son âge.
L’eau, l’oxygène et le dioxyde de carbone contribuent à créer des
conditions favorables au développement des êtres vivants [3].
Il existe un cycle biologique, cycle au cours duquel s’effectue 2.1.4 Infiltration
une série d’échanges. L’eau entre pour une grande part dans la
constitution des êtres vivants. Pour l’homme, on cite les pourcen- Une partie des précipitations pénètre dans le sol et dans le
tages suivants : sous-sol où elle alimente les eaux souterraines constituant le stock
— nouveau-né ................................................................... 66 à 74 % d’eau du sol et les réserves des nappes aquifères. Une partie de
— adulte ............................................................................. 58 à 67 % ces eaux souterraines retournera naturellement ou artificiellement
L’eau compose la plus grande partie de nos aliments : à la surface du sol d’où elle participera à l’écoulement général où
à l’évapotranspiration.
— laitue ...................................................................................... 92 %
— pomme de terre ................................................................... 78 %
— poulet..................................................................................... 72 %
2.1.5 Cycle de l’eau
En définitive, il existe une circulation de l’eau analogue à celle
que provoquerait un gigantesque appareil distillatoire.
2. L’eau dans la nature Le cycle se trouve donc fermé comme le montre le schéma de la
figure 4, ce qui se traduit par un bilan global exprimant l’égalité
des pertes et des gains :
précipitations = ruissellement + évaporation + transpiration + infiltration
2.1 Éléments du cycle de l’eau
évapotranspiration
L’eau sous ses différents états physiques (gazeux, liquide, solide) Les éléments du bilan hydrologique peuvent être évalués locale-
suit un vaste cycle dans la nature. ment dans des installations expérimentales appelées lysimètres
qui utilisent le sol lui-même comme appareil de mesure.
Sous nos climats et dans une région de sol sédimentaire, les
2.1.1 Précipitations éléments du bilan se décomposent suivant la saison comme indi-
qué dans le tableau 3.
La vapeur d’eau atmosphérique se condense en nuages qui
engendrent les précipitations sous forme de pluie, de neige ou de
grêle. Ces précipitations constituent actuellement l’origine de pres-
que toutes nos réserves en eau douce. Elles sont très variables Tableau 3 – Bilan du cycle de l’eau suivant la saison
d’une région à l’autre suivant le climat et le relief qui sont les fac-
teurs essentiels. La mesure des précipitations s’exprime par la Étape En été En hiver
valeur de la lame d’eau moyenne tombée annuellement à un
endroit considéré. Cette valeur qui est nulle dans les régions déser- Ruissellement....................... 15 % 25 %
tiques peut atteindre jusqu’à 14 m/an dans l’Himalaya. Le volume
Évaporation .......................... 25 % 10 %
total des précipitations sur les continents est estimé à environ
100 000 km3/an. Infiltration ............................. 25 % 65 %
Transpiration ........................ 35 %
2.1.2 Ruissellement
Parvenue sur le sol, une partie des précipitations s’écoule à sa Les chiffres du tableau 3 nous montrent l’influence des précipi-
surface vers le réseau hydrographique et les étendues d’eau libre tations hivernales pour la constitution des réserves, principalement
(lacs, mers, océans), c’est le ruissellement de surface. Il ne faut pas pendant la fonte des neiges. Toutes ces données sont des données
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Soleil
Neige Nuages
Pluie
Glacier Évaporation
Évaporation
Forêt
Pluie
Ruisseau
Infiltration
Grottes
Source
Rivière Fleuve
Couche imperméable Lac
Infiltration
Lagune Mer
Couche imperméable Infiltration
Infiltration
Infiltration
moyennes, car elles dépendent de la topographie et de la nature de L’eau à l’état naturel, superficielle ou souterraine, n’est jamais
la roche constitutive du sol. « pure » ; c’est un milieu vivant qui se charge très rapidement de
divers éléments en contact des milieux qu’elle traverse et sur les-
quels elle ruisselle.
2.2 Répartition de l’eau sur la Terre Ces éléments peuvent être présents dans l’eau sous les trois
états (gaz, solide, liquide), posséder un caractère organique ou
minéral et à l’état particulaire avoir des dimensions très variables
1 milliard 340 millions de km3 (soit 1,34 × 1018 m3), un volume
([G 1 210], figure 1).
impossible à se représenter et pourtant c’est la quantité totale
d’eau se trouvant sur notre planète, cela sur une surface de l’ordre Une classification très succincte des éléments rencontrés dans
de 510 millions de km2. l’eau permet d’établir le tableau 4.
Les océans, les mers et lacs salés constituent plus de 97 % de ce Nous procéderons ci-après à une analyse de l’origine et des
volume total d’eau ; cette eau salée s’avère très difficilement utili- caractéristiques générales (sur le plan de la qualité) de la res-
sable car les dispositifs de dessalement conduisent à des coûts de source.
l’eau très onéreux voir prohibitifs. Il ne reste en définitive sur la
terre que de l’ordre de 2,8 % sous forme d’eau douce dont 2,2 %
sur les glaciers et calottes polaires (donc pas utilisables) et seule- 2.3.1 Eaux superficielles
ment 0,6 % qui sont répartis entre l’atmosphère et les eaux
continentales constituées par les eaux superficielles (rivières, fleu- Elles sont constituées par toutes les eaux circulant ou stockées
ves et lacs) et les eaux souterraines accumulées dans le sol et à la surface des continents [2].
sous-sol. Elles ont pour origine soit les eaux de ruissellement, soit les nap-
Le véritable problème qui se pose est en réalité l’accessibilité de pes profondes dont l’émergence constitue une source de ruisseau
ces réserves en eau douce et leur localisation très irrégulièrement puis de rivière.
répartie, ce qui explique que souvent certaines régions du globe Ces eaux se rassemblent en cours d’eau, caractérisés par une
sont très défavorisées. surface de contact eau-atmosphère toujours en mouvement et une
vitesse de circulation appréciable.
Elles peuvent se trouver stockées en réserves naturelles (étangs
2.3 Ressources hydriques naturelles et lacs) ou artificielles (retenues, barrages) caractérisées par une
surface d’échange eau-atmosphère quasiment immobile, une pro-
L’homme a recours généralement, pour satisfaire ses propres fondeur qui peut être importante et un temps de séjour souvent
besoins (production d’eau pour la consommation humaine) et élevé.
permettre l’usage de l’eau dans ses diverses activités industrielles Il s’agit d’une ressource facilement accessible mais malheureu-
et agricoles, à deux types de ressources naturelles : sement fragile et vulnérable, la pollution la rendant souvent impro-
— les eaux superficielles ou de surface (de rivières, fleuves et pre à l’utilisation en l’absence d’un traitement préalable.
lacs...) ; Quelques notions d’hydrologie physique sont rappelées dans
— les eaux souterraines. l’encadré 1 [6].
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Organismes vivants d’origine végétale, Plancton, algues, champignons, vers, larves d’insectes, larves, bactéries, amibes, virus, etc.
animale, bactérienne et virale
Gaz Oxygène, azote, dioxyde de carbone, ammoniac.
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dans lequel elle stagne ou circule : il s’établit un équilibre entre la dans la détérioration de la qualité de l’eau [3] de nos ressources
composition du terrain et celle de l’eau. que réside le véritable problème que nous rencontrons.
Ainsi, les eaux circulant dans un sous-sol sablonneux ou grani- Nos eaux de surface (cours d’eau, lacs, étangs...), encore relati-
tique, sont acides et peu minéralisées. Par opposition, les eaux cir- vement propres au début du siècle, sont de plus en plus exposés
culant dans les sols calcaires auront une forte minéralisation avec à la pollution et nos nappes équifères n’échappent pas, en outre, à
une composition bicarbonatée calcique. cette contamination générale.
L’eau des nappes captives est une eau stagnante qui, de par son Qui dit pollution, pense irrémédiablement industrie et éventuel-
long contact avec les roches, est souvent très minéralisée avec la lement agriculture. Le raccourci est un peu facile toutefois. Il est
présence de fer et manganèse. inexact surtout. Nous sommes tous des pollueurs... chacun à sa
mesure certes. Les ressources en eau sont exposées en réalité à
L’eau des nappes alluviales constituées de matières détritiques plusieurs types de pollution [7].
n’ayant pas terminées leur évolution géologique, contient très sou-
vent des composés soufrés leur conférant saveur, odeur et goût ■ L’industrie, c’est vrai, rejette bon nombre de substances qui vont
très désagréables. polluer nos rivières et nos nappes, parfois même d’une manière
Parmi les caractéristiques générales des eaux souterraines, il d’autant plus pernicieuse que l’on n’en connaît pas les effets à long
faut retenir une très faible turbidité, une température et une terme. Les rejets industriels renferment des produits divers sous
composition chimique sensiblement constante et l’absence pres- forme insoluble ou soluble d’origine minérale et/ou organique, à
que générale d’oxygène dissous. caractère plus ou moins biodégradable et parfois toxique même à
très faible concentration (comme par exemple, les métaux lourds, les
Elles sont très souvent, mais pas toujours, d’une très grande composés cyanurés ou phénolés, les pesticides et hydrocarbures
pureté bactériologique ; c’est le cas lorsque l’eau s’infiltre dans des divers...).
milieux à très fine granulométrie et de grand pouvoir filtrant
(comme les grès triasiques), mais dans des milieux granitiques ou ■ L’agriculture utilise des engrais chimiques azotés et phosphorés,
calcaires très fissurés et à grande vitesse de passage, l’eau ne sera des produits phytosanitaires destinés à protéger les cultures et à faci-
pas épurée et peut même être dangereuse. liter la vie des agriculteurs. Ces produits parfois toxiques lorsqu’ils
sont utilisés en excès vont contaminer en période de pluie, les eaux
Les nappes alluviales et phréatiques sont vulnérables à la pollu- de surface par lessivage et ruissellement et les nappes par infiltra-
tion domestique, industrielle et agricole ce qui peut expliquer la tion.
présence souvent à l’état de traces de micropolluants minéraux et
+
organiques et de produits azotés à l’état ammoniacal ( NH 4 ) et de ■ La pollution domestique de nos eaux usées urbaines (mélange
–
nitrates ( NO 3 ) . d’eaux vannes et d’eaux ménagères) est essentiellement constituée
Il est à noter que lorsqu’une nappe a été polluée, il est très dif- de matières organiques biodégradables certes, mais grandes
ficile de récupérer sa pureté originelle : les polluants sont en effet consommatrices d’oxygène, de germes pathogènes (cause d’épi-
non seulement présents dans l’eau, mais également fixés et absor- démies) et de produits chimiques (lessives détergentes riches en
bés sur les roches et les minéraux du sous-sol. phosphates) à l’origine des phénomènes d’eutrophisation.
Par nos lavabos, nos éviers, nos salles de bains et nos WC passe
chaque jour une pollution proportionnelle au nombre d’habitants.
■ Il ne faut pas oublier par ailleurs, la pollution générée par les eaux
3. Pollution et utilisation pluviales en particulier en périodes orageuses. L’eau de pluie se
charge d’impuretés au contact de l’air (fumées industrielles) puis en
ultérieure de l’eau ruissellant sur les toits et les chaussées des villes, de produits divers
(huiles de vidange, carburants, métaux lourds, etc.).
En définitive, il faut considérer que si l’on veut éviter, sous l’effet
L’évolution spectaculaire que connaît l’environnement urbain et
des rejets polluants de dégrader gravement l’environnement, il est
industriel pose dans de nombreux pays le problème de l’eau.
nécessaire de préserver le mieux possible notre patrimoine natu-
La France, qui a offert jusqu’à l’aube du XXe siècle l’exemple rel, constitué par nos ressources en eau.
d’un pays apparamment riche en eau, a dû depuis lors, la
Le grand chantier de l’après-guerre a consisté à mettre de l’eau
consommation augmentant, prendre conscience de ce problème et
de qualité à la disposition de la population pour sa consommation
adopter une politique qui permet de lui trouver une solution.
et de permettre l’alimentation des sites industriels avec une eau en
L’approvisionnement en eau (par les précipitations notamment) quantité suffisante dont la qualité est compatible avec ses divers
écarte a priori tout risque majeur de pénurie de la ressource. On usages (fabrication, refroidissement, lavage et nettoyage, fluide
peut considérer que notre pays dispose encore de ressources en thermique...). Le grand défi contemporain des sociétés modernes
eau pour satisfaire nos besoins en quantité ; même si, en période est celui de l’assainissement, il faut absolument éviter que l’eau
de sécheresse en été, les pouvoirs publics sont, dans certaines après usage, l’eau dite « usée » contamine l’eau naturelle des nap-
régions de l’hexagone, amenés à préconiser quelques restrictions pes souterraines, des rivières et des lacs, la rendant ainsi impropre
et une meilleure gestion de l’usage de l’eau. C’est en réalité surtout à la consommation et à l’utilisation industrielle.
Références bibliographiques
[1] Société DEGREMONT. – Mémento technique [3] DAJOZ (R.). – Précis d’écologie. 4e édition, [6] MORETTE (A.). – Précis d’hydrologie. Éditions
de l’eau. 2 volumes, 1re édition Technique et 525 pages, Gauthier Villars (1982). Masson (1964).
Documentation Lavoisier (1989). [4] Société Lyonnaise des Eaux. – Mémento de
l’exploitant de l’eau. Technique et Documen- [7] BONTOUX (F.). – Introduction à l’étude des
[2] DUSSART (B.). – Limnologie. L’étude des eaux tation Lavoisier (1986). eaux douces, eaux naturelles, eaux usées.
continentales. 2e édition, 736 pages, Boubée [5] SIGG (L.) et coll. – Chimie des milieux aqua- 2e édition CEBEDOC, 170 pages, Diffusion
(1992). tiques. 392 pages, Éditions Masson (1992). Lavoisier (1993).
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
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