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Ethique Et Morale

Ce document présente une discussion sur la distinction entre éthique et morale. L'auteur défend la primauté de la visée éthique d'une vie bonne sur la morale, tout en reconnaissant la nécessité pour l'éthique de passer par le filtre de la norme morale. L'auteur explore également les liens entre obligation, formalisme et jugement moral en situation.

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Ethique Et Morale

Ce document présente une discussion sur la distinction entre éthique et morale. L'auteur défend la primauté de la visée éthique d'une vie bonne sur la morale, tout en reconnaissant la nécessité pour l'éthique de passer par le filtre de la norme morale. L'auteur explore également les liens entre obligation, formalisme et jugement moral en situation.

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Revista Portuguesa de Filosofia

Ethique et Morale
Author(s): Paul Ricoeur
Source: Revista Portuguesa de Filosofia, T. 46, Fasc. 1, Paul Ricoeur (Jan. - Mar., 1990), pp.
5-17
Published by: Revista Portuguesa de Filosofia
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/40336076
Accessed: 26-04-2020 17:58 UTC

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Ethique et Morale

Mon expose repose sur une distinction, celle entre ethique


et morale que je soumets a la discussion. A vrai dire rien dans
l'etymologie ou dans l'histoire de l'emploi des mots ne l'impose ;
Tun vient du grec, l'autre du latin, et les deux renvoient a l'idee
de moeurs (ethos, mores) ; on peut toutefois discerner une
nuance, selon que Ton met l'accent sur ce qui est estime bon ou
sur ce qui s'impose comme obligatoire. Cest par convention que
je reserverai le terme d'ethique pour la visee d'une vie accomplie
sous le signe des actions estimees bonnes, et celui de morale
pour le cote obligatoire, marque par des normes, des obligations,
des interdictions, caracterisees a la fois par une exigence d'uni-
versalite et par un effet de contrainte. On reconnaitra aisement
dans la distinction entre visee de la vie bonne et obeissance
aux normes l'opposition entre deux heritages, l'heritage aristote-
licien, oil l'ethique est caracterisee par sa perspective teleologi-
que (de telos signifiant fin), et un heritage kantien oil la morale
est definie par le caractere d'obligation de la norme, done par
un point de vue deontologique, (deontologique signifiant precise-
ment devoir). Je me propose, sans souci d'orthodoxie aristoteli-
cienne ou kantienne, de defendre
1 - la primaute de l'ethique sur la morale
2 - la necessite neanmoins pour la visee ethique de passer
par le crible de la norme
3 - la legitimite d'un recours de la norme a la visee, lors-
que la norme conduit a des conflits pour lesquels il n'est pas
d'autre issue qu'une sagesse pratique qui renvoie a ce qui, dans
la visee ethique, est le plus attentif a la singularity des situa-
tions. Commengons done par la visee ethique.

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6 REVISTA PORTUGUESA DE FILOSOFIA

I - La visee ethique

Je definirai la visee ethique par les trois term


visee de la vie bonne, avec et pour les autres, dan
tions justes. Les trois composantes de la definitio
ment importantes.
Parlant d'abord de vie bonne, faimerais soulign
grammatical de cette expression typiquement ari
Cest encore celui de Voptatif et non deja celui d
C'est, au sens le plus fort du mot, un souhait : puiss
-tu, puissions-nous vivre bien, et nous anticipons
ment de ce souhait dans une exclamation du typ
celui qui. . . Si le mot souhait parait trop faible, p
allegeance particuliere a Heidegger de souci : souc
de l'autre, souci de l'institution.

Mais le souci de soi est-il un bon point de d


vaudrait-il pas mieux partir du souci de l'autre ?
neanmoins sur cette premiere composante, c'est
pour souligner que le terme soi, que faimerais as
d'estime au plan ethique fondamental, reservant celu
pour le niveau moral, deontologique de notre inve
se confond aucunement avec le moi, done avec
egologique que la rencontre d'autrui viendrait ne
subvertir. Ce qui est fondamentalement estimable en
c'est deux choses : d'abord la capacite de choisir p
sons, de preferer ceci a cela, bref la capacite d'agir i
lement ; e'est ensuite la capacite d'introduire des
dans le cours des choses, de commencer quelque
monde, bref la capacite d'initiative. En ce sens, l'e
est le moment reflexif de la praxis : e'est en app
actions que nous nous apprecions nous-memes com
l'auteur, et done comme etant autre chose que de sim
de la nature ou de simples instruments. II faudra
toute une theorie de Faction pour montrer comment
soi accompagne la hierarchisation de nos actions.
Passons au deuxieme moment : vivre bien avec
autre s. Comment la seconde composante de la vi
que je designe du beau nom de sollicitude, enchain
la premiere ? L'estime de soi, par quoi nous avon

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ETHIQUE ET MORALE 7

ne porte-t-elle pas en die, en rai


la menace d'un repli sur le moi, d
l'ouverture sur l'horizon de la vi
certain, ma these est que la sollic
a l'estime de soi, mais quelle en
implicite. Estime de soi et sollici
penser l'une sans l'autre. Dire so
que l'autre que soi, afin que Ton
s'estime soi-meme comme un au
traction seulement qu'on a pu p
mettre en couple avec une dema
schema d'estime croisee, que res
toi aussi tu es un etre d'initiativ
selon des raisons, de hierarchiser
les objets de ta poursuite, tu es
Autrui est ainsi celui qui peut d
moi, se tenir pour un agent, aut
Sinon, aucune regie de reciprocit
de la reciprocity c'est que les per
insubstituables l'une a l'autre da
procite des insubstituables est
reciprocity n'est en apparence c
l'un estime l'autre autant que so
pas une certaine inegalite, comm
ciple au maitre ; l'inegalite toute
naissance de la superiority du mait
reciprocity Inversement, l'inegalit
de l'autre, de sa souffrance. C'est
de retablir la reciprocity, dans l
celui qui parait etre seul a donn
par la voie de la gratitude et de
retablit l'egalite, la ou elle n'est
tie entre egaux.

Vivre bien, avec et pour l'autre,

Que la visee du vivre bien env


le sens de la justice, cela est im
l'autre. L'autre est aussi l'autre
justice s'etend plus loin que le fa

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8 REVISTA PORTUGUESA DE FILOSOFIA

ici en jeu : selon la premiere le vivre bien ne s


relations interpersonnelles, mais s'etend a la vi
tutions ; selon la seconde, la justice presente de
qui ne sont pas contenus dans la sollicitude,
l'essentiel une exigence d'egalite d'une autre so
l'amitie.

Concernant le premier point il faut entendre


a ce premier niveau d'investigation toutes les stru
ensemble d'une communaute historique, irredu
tions interpersonnelles, et pourtant reliees a
remarquable que la notion de distribution - qu'o
l'expression de justice distributive - permet d'e
en effet comprendre une institution comme
partage, de repartition, portant sur des droits
des revenus et des patrimoines, des responsabi
voirs, bref des avantages et des charges. Cest c
tributif - au sens large du mot - qui pose un prob
Une institution a en effet une amplitude plus v
a face de l'amitie ou de l'amour ; dans l'institution
les processus de distribution, la visee ethiqu
ceux que le face a face laisse en dehors au titre
se forme la categorie du chacun - qui n'est pas
mais le partenaire d'un systeme de distribution
siste precisement a attribuer a chacun sa part.
destinataire d'un partage juste.
On pourra s'etonner que nous parlions de
plan ethique, oil nous nous tenons encore, et pas
plan moral, voire legal, que nous aborderons tou
raison legitime cette inscription du juste dans
vie bonne et en rapport avec l'amitie pour a
l'origine quasi immemoriale de l'idee de justice,
hors du moule mythique dans la tragedie grecq
tion de ces connotations religieuses jusque dans le
larisees, attestent que le sens de la justice ne s'
la construction des systemes juridiques qu'il sus
sens de la justice est solidaire de celui de l'in
souvent le precede. Cest bien sur le mode d
nous penetrons dans le champ de l'injuste et
injuste ! telle est la premiere exclamation. On n

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ETHIQUE ET MORALE 9

des lors de trouver un traite


d'Aristote, lequel suit en cela
est de former Tidee d'une ega
tienne les inevitables inegalit
l'ethique : a chacun en propor
merite, telle est la formule d
comme egalite proportionnelle
de justice s'engage dans les voi
caracteriserons dans un moment la morale. Mais il etait bon de
s'arreter a ce stade initial ou la justice est encore une vertu sur
la voie de la vie bonne et ou le sens de l'injuste precede par sa
lucidite les arguments des juristes et des politiques.

II - La norme morale

A la seconde partie de cette etude revient la tache d


tifier la seconde proposition de notre introduction, a savoi
est necessaire de soumettre la visee ethique a l'epreuve
norme. Restera a montrer de quelle facjon les conflits s
par le formalisme, etroitement solidaire du moment deo
gique, ramene de la morale a l'ethique, mais a une ethiqu
chie par le passage par la norme et inscrite dans le jug
moral en situation. C'est sur le lien entre obligation et
lisme que va se concentrer cette seconde partie, en gardant
fil conducteur les trois composantes de la visee ethique.

A la premiere composante de la visee ethique, que


avons appelee souhait de vie bonne, correspond, du cot
morale, au sens precis que nous avons donne a ce terme
gence d'universalite. Le passage par la norme est en ef
a l'exigence de rationalite qui, en interferant avec la vis
vie bonne, se fait raison pratique. Or, comment s'ex
l'exigence de rationalite ? Essentiellement comme exigence
versalisation. A ce critere se reconnait le kantisme. L'ex
d'universalite, en effet, ne peut se faire entendre que c
regie formelle, qui ne dit pas ce qu'il faut faire, mais
criteres il faut soumettre les maximes de Faction : a savoir
cisement, que la maxime soit universalisable, valable pou
homme, en toutes circonstances, et sans tenir compte d

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10 REVISTA PORTUGUESA DE FILOSOFIA

sequences. On a pu etre choque par l'intransig


En effet, la position du formalisme implique la m
du desir, du plaisir, du bonheur; mais ce n'est
mauvais, mais en tant que ne satisfaisant pas, e
caractere empirique particulier, contingent, au cr
dental d'universalisation. C'est cette strategic
menee a son terme, conduit a l'idee d'autonomie, c'est-a-dire
d'auto-legislation, qui est la veritable replique dans l'ordre du
devoir a la visee de la vie bonne. La seule loi, en effet, qu'une
liberte puisse se donner, ce n'est pas une regie d'action repon-
dant a la question : que dois-je faire ici et maintenant, mais
l'imperatif categorique lui-meme dans toute sa nudite: "agis
uniquement d'apres la maxime qui fait que tu peux vouloir en
meme temps qu'elle devienne loi universelle". Quiconque se
soumet a cet imperatif est autonome, c'est-a-dire auteur de la
loi a laquelle il obeit. Se pose alors la question du vide, de la
vacuite, de cette regie qui ne dit rien de particulier.
C'est pour compenser ce vide du formalisme que Kant a
introduit le second imperatif categorique, dans lequel nous pou-
vons reconnaitre l'equivalent, au plan moral, de la sollicitude au
plan ethique. Je rappelle les termes de la reformulation de l'im-
peratif categorique qui va permettre d'elever le respect au meme
rang que la sollicitude: "Agis toujours de telle fagon que tu
traites Fhumanite dans ta propre personne et dans celle d'autrui,
non pas seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme
une fin en soi". Cette idee de la personne comme fin en soi est
tout-a-fait decisive; elle equilibre le formalisme du premier
imperatif. C'est ici qu'on demandera sans doute ce que le respect
ajoute a la sollicitude et, en general, la morale a l'ethique. Ma
reponse est breve: c'est a cause de la violence qu'il faut passer
de l'ethique a la morale. Lorsque Kant dit qu'il ne faut pas trai-
ter la personne comme un moyen mais comme une fin en soi,
11 presuppose que le rapport spontane d'homme a homme,
c'est precisement l'exploitation. Celle-ci est inscrite dans la
structure meme de l'interaction humaine. On se represente trop
facilement l'interaction comme un affrontement ou comme une
cooperation entre des agents de force egale. Ce qu'il faut d'abord
prendre en compte, c'est une situation oil l'un exerce un pouvoir
sur l'autre, et ou par consequent a l'agent correspond un patient
qui est potentiellement la victime de l'action du premier. Sur

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ETHIQUE ET MORALE n

cette dissymetrie de base se gref


ques de l'interaction, resultant du
te sur une autre. Cela va depuis l'i
la torture, en passant par la viol
la contrainte psychique, la trom
multiples figures du mal, la mo
dictions : tu ne tueras pas, tu ne m
en ce sens, est la figure que rev
lence et a la menace de la violen
de la violence rdpond l'interdicti
la raison ultime pour laquelle la fo
est inexpugnable. Cest ce que Ka
cet egard, la seconde formule d
plus haut, exprime la formalisat
Regie d'Or, qui dit: "Ne fais pas
pas qu'il te soit fait". Kant formal
l'idee d'humanite - l'humanite
personne d'autrui -, idee qui est
peut deja dire, historique, de l'aut
II me reste a dire quelques mo
l'idee de justice lorsqu'elle passe
On a vu que cette transition etai
lisme de la vertu de justice chez
l'idee de justice est complete che
Theorie de la Justice, a la faveu
point de vue deontologique d'ori
contractualiste qui offre pour la j
justice le cadre d'une fiction, la fi
thetique, anhistorique, issu d'une
dans ce cadre imaginaire. Rawls
la condition d'egalite dans laquel
partenaires d'une situation orig
d'ignorance quant a leur sort reel d
Ce n'est pas le lieu de discuter
sant a la fairness dans la situati
faut ignorer de sa propre situati
societe en general et sur les t
lequel je me bornerai a insister c
(jue de la demonstration des prin
que la theorie n'est dirigee que c

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12 REVISTA PORTUGUESA DE FILOSOFIA

particuliere de la teleologie, a savoir celle de l'ut


a predomine pendant deux siecles dans le mo
anglaise avec John Stuart Mill et Sidgwick. L'utilit
effet une doctrine teleologique dans la mesure o
definie par la maximisation du bien pour le plus
Dans la conception deontologique de Rawls, rien
pose, du moins au niveau de l'argument conce
C'est la fonction du contrat de deriver les conte
pes de justice d'une procedure equitable (fair) sa
gement a l'egard de quelque critere que ce soit d
une solution procedural a la question du juste,
declare de la theorie de la justice.
Le premier principe de justice ne fait pas pr
nous : "chaque personne doit avoir un droit egal
plus etendu de libertes de base, egal pour tous, q
tible avec le meme pour les autres"; ce premier pri
Pegalite des citoyens devant la loi sous la form
egal de spheres de liberte. On retrouve l'egalite
d'Aristote, mais formalisee. Cest le second prin
probleme : "les inegalites sociales et economiqu
organisees de facjon a ce que a la fois a) - Ton pu
blement s'attendre a ce qu'elles soient a l'avanta
et b) - qu'elles soient attachees a des positions et
ons ouvertes a tous". Nous reconnaissons la le p
telicien de la justice proportionnelle au merite,
par exclusion de toute reference a la valeur des
individuelles. Ne vaut que le raisonnement tenu dan
originelle sous le voile d'ignorance, tentant a
peut concevoir un partage inegal qui soit a l'ava
cun ! Ce raisonnement est celui du raisonnement du maximum
emprunte a la theorie de la decision dans un contexte d'incerti-
tude. II est designe de ce terme, pour la raison que les partenai-
res sont censes choisir l'arrangement qui maximise la part
minimale. Autrement dit, est le plus juste le partage inegal tel
que l'augmentation de l'avantage des plus defavorises est com-
pense par la diminution du desavantage des plus defavorises.

Mon probleme n'est pas celui de la valeur probante de


l'argument considere en tant que tel, mais de savoir si ce n'est
pas a un sens ethique prealable de la justice que d'une certaine

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ETHIQUE ET MORALE 13

facjon la theorie deontologique


aucunement mettre en question l'in
Rawls accorde volontiers que celui
bien pesees (our considered convict
preuve formelle et ces convictio
reflechi" (reflective equilibrium). C
pesees, car, dans certains cas flag
religieuse, discrimination raciale)
parait sur ; nous avons bien moi
de repartir la richesse et l'autor
jouent alors par rapport a ces do
Pepreuve que celui que Kant assig
tion des maximes. Tout l'appareil
une rationnalisation de ces convi
cessus complexe d'ajustement mut
theorie. Or sur quoi portent ces
sont celles-la meme que nous avon
d'Or: uNe fais pas a autrui ce qu
soit fait". En effet, en adoptant
vorise, Rawls raisonne en moralis
tice fonciere de la distribution des
dans toute societe connue. C'est p
lisme, pointe son sens de l'equite, f
qui interdit de traiter la personne
la traiter comme une fin en soi.
per$ois l'elan de la sollicitude do
fait transition entre l'estime de s
tice.

Ill - Sagesse pratique

J'aimerais, dans les minutes qui me restent, donner le debut


d'une justification a la troisieme these enoncee au debut de mon
expose, a savoir qu'un certain recours de la norme morale a la
visee ethique est suggere par les conflits qui naissent de l'appli-
cation meme des normes a des situations concretes. Nous sa-
vons depuis la tragedie grecque, et singulierement depuis V Anti-
gone de Sophocle, que des conflits naissent precisement lorsque
des caracteres obstines s'identifient si entierement a une regie

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14 REVISTA PORTUGUESA DE FILOSOFIA

particuliere qu'ils en deviennent aveugles a l'egar


autre: ainsi en est-il d' Antigone, pour qui le devoir rel
donner la sepulture a un frere Pemporte sur la classifi
frere comme ennemi par la raison d'Etat ; de me
pour qui le service de la cite implique la subordinati
port familial a la distinction entre amis et ennemis. Je
che pas ici la question de savoir si ce sont les nor
-memes qui s'affrontent dans le ciel des idees ou si le c
resulte pas simplement de l'etroitesse de notre comp
liee a l'attitude morale detachee de sa motivation eth
fonde. Guerre des valeurs ou guerre des engagements f
le resultat est le meme, a savoir la naissance d'un t
faction sur le fond d'un conflit de devoir. Cest pour
a cette situation qu'une sagesse pratique est requise,
au jugement moral en situation, et pour laquelle la c
est plus decisive que la regie elle-meme. Cette convi
toutefois pas arbitraire, dans la mesure ou elle fait rec
ressources du sens ethique le plus originaire qui ne
passes dans la norme.

Je donnerai trois exemples, pris chacun dans une


composantes de Tethique: estime de soi, sollicitude,
justice.

Un conflit nait au niveau de la premiere composante


d'estime de soi, des lors qu'on lui applique la regie formelle
d'universalisation, dont nous avons dit plus haut, qu'elle est le
socle de l'autonomie du sujet moral. Or, appliquee a la lettre,
cette regie d'universalisation cree des situations conflictuelles,
des lors que la pretention universaliste, interpretee par une cer-
taine tradition qui ne s'avoue pas, se heurte au particularisme
solidaire des contextes historiques et communautaires d'effectua-
tion de ces memes regies. Nous sommes les temoins et souvent
les acteurs, en Europe occidentale, de tels conflits oil s'affron-
tent la morale des droits de Phomme et l'apologie des differen-
ces culturelles. Ce que nous ne voyons pas, c'est que la preten-
tion d'universalisme attachee a notre profession des droits de
l'homme est elle-meme entachee de particularisme, en raison de
la longue cohabitation entre ces droits et les cultures euro-
peennes et occidentales ou ils ont ete pour la premiere fois

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ETHIQUE ET MORALE 15

formules. Cela ne veut pas dire q


ne soient pas meles a cette pretenti
longue discussion entre les cultures
cee, qui fera paraitre ce qui merit
versel. Inversement, nous ne fero
l'universalite que si nous admetto
puissance sont aussi enfouis dans d
tiques. Une notion, paradoxale je l'
versaux en contexte ou d'univers
Cette notion rend le mieux comp
nous cherchons entre universalite et historicite. Seule une dis-
cussion au niveau concret des cultures pourrait dire, au terme
d'une longue histoire encore a venir, quels universaux pretendus
deviendront des universaux reconnus.

Je propose un second exemple de conflit de devoirs que


j'emprunte a la sphere ethique de la sollicitude et de son equi-
valent moral, le respect. J'aurais pu m'attacher a la question
rebattue de la verite due au mourant, ou a celle de l'euthanasie,
ou m'engager dans la controverse du droit a l'avortement dans
les premiers mois de la grossesse. Je n'aurais pas manque d'invo-
quer la sagesse pratique dans des situations singulieres qui sont
le plus souvent des situations de detresse et plaider pour une
dialectique fine entre la sollicitude adressee aux personnes con-
cretes et le respect de regies morales et juridiques indifferentes
a ces situations de detresse. J'aurais insiste aussi sur le fait que
ce n'est jamais seul que Ton decide, mais au sein de ce que
j'appellerai une cellule de conseil, ou plusieurs points de vue
sont en balance, dans l'amitie et le respect reciproques. J'ai pre-
fere prendre un exemple pour lequel il a ete fait appel a mon
propre jugement dans le cadre d'une discussion au sein d'Amnestv
International. II s'agit de la pratique de la medecine dans des
situations a haut risque, comme l'internement psychiatrique, le
regime carceral, voire la participation a l'execution de la peine
capitale etc... Le medecin consulte dans le cadre de la prison
ne peut pas exercer a plein sa vocation definie par le devoir
d'assistance et de soins, des lors que la situation meme dans
laquelle il est appele a l'exercer constitue une atteinte a la liber-
te et a la sante, requise precisement par les regies du systeme
carceral. Le choix, pour le medecin individuel, est entre appli-

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16 REVISTA PORTUGUESA DE FILOSOFIA

quer sans concession les exigences issues du ser


crate, au risque d'etre elimine du milieu carceral
tir aux contraintes constitutives de ce milieu le minimum d'ex-
ceptions compatibles avec le respect de soi, le respect d'autrui,
et celui de la regie. Mais il n'y a plus de regie pour trancher
entre les regies, mais, une fois encore, le recours a la sagesse
pratique proche de celle qu'Aristote designait du terme de ph ro-
nes is (que Ton a traduit par prudence), dont VEthique a Nico-
niaque dit qu'elle est dans l'ordre partique ce qu'est la sensation
singuliere dans l'ordre theorique. C'est exactement le cas avec le
jugement moral en situation.

Le dernier exemple de jugement moral en situation que je


propose releve du probleme de la justice deja evoque deux fois,
au plan ethique avec le juste et l'injuste, puis au plan moral
avec la tradition contractualiste. Partons du point ou nous
sommes arretes avec la conception purement procedural de la
justice chez Rawls. Ce que cette conception ne prend pas en
compte, c'est l'heterogeneite des biens qui sont impliques dans
la distribution par laquelle on a defini les institutions en gene-
ral. La diversite des choses a partager disparait dans la proce-
dure de distribution. On perd de vue la difference qualitative
entre choses a partager, dans une enumeration qui met bout a
bout les revenus et les patrimoines, les positions de responsa-
bilite et d'autorite, les honneurs et les blames. Rawls lui meme
ouvre la voie a une mise en question du formalisme en faisant
reference a l'idee de biens sociaux premiers. Or, si Ton demande
ce qui qualifie comme bons ces biens sociaux, on ouvre un
espace conflictuel des lors que ces biens apparaissent relatifs a
des significations, a des estimations heterogenes. Chez un auteur
comme Michael Walzer, dans Spheres of Justice (1983), la prise
en compte de cette reelle diversite des biens aboutit a un veri-
table demembrement de l'idee unitaire de justice, comme le
suggere le titre de son livre. Constituent des "spheres" dis-
tinctes de justice, les regies qui decident des conditions de la
citoyennete - celles qui se referent a la securite et au bien-
-etre, - celles qui ont pour reference l'idee de marchandise,
c'est-a-dire la notion de ce qui, par sa nature de bien, peut etre
ou non achete ou vendu, - celles qui reglementent l'attribution
des emplois, des positions d'autorite et de responsabilite sur une

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ETHIQUE ET MORALE n

autre base que l'heredite ou le


conflits ne naissent pas seulem
les biens qui distinguent ces sph
rite a donner aux revendications attachees a chacune. C'est a
cette situation embarrassante que doit faire face une nouve
fois la sagesse pratique.
L'experience historique montre en effet qu'il n'y a pas d
regie immuable pour classer dans un ordre universellement con
vaincant des revendications aussi estimables que celles d
securite, de la liberte, de la legalite, de la solidarite, etc. . . Seu
le debat public, dont Tissue reste aleatoire, peut donner naissan
ce a un certain ordre de priorite. Mais cet ordre ne vaudra
pour un peuple, durant une certaine periode de son histoir
sans jamais remporter une conviction irrefutable valable po
tous les hommes et pour tous les temps. Le debat public e
ici l'equivalent, au plan des institutions, de ce que j'appe
tout a Theure le cercle de conseil pour les affaires privees
intimes. Le jugement politique est, ici aussi, de l'ordre du ju
ment en situation. Avec plus ou moins de chance, il peut et
le siege de la sagesse, de ce "bon conseil" qu'evoque le choe
d9 Antigone. Cette sagesse pratique n'est plus une affaire perso
nelle ; c'est, si Ton peut dire, une phronesis a plusieurs, pu
que, comme le debat lui-meme. C'est ici que l'equite s'avere e
superieur a la justice abstraite. Parlant de l'equitable (epieik
et de sa superiority a l'egard du juste, Aristote observe: u
raison en est que la loi est toujours quelque chose de gener
et qu'il y a des cas d'espece pour lesquels il n'est pas possib
de poser un enonce general qui s'y applique avec certitude".
Aristote de conclure: "Telle est la nature de l'equitable: c'e
d'etre un correctif de la loi, la ou la loi a manque de statue
cause de sa generalite" (Eth Nic. V, 14, 1137 a 31 - 1
b 3), L'equite s'avere ainsi etre un autre nom du sens d
justice, quand celui-ci a traverse les conflits par l'application
la regie de justice.

PAUL RICOEUR

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