Urkina: Con D Sa
Urkina: Con D Sa
LA LEGENDE I/r.RMATIAN
DES MONDE~~~A:....::...:.:..~~ ",,",,-=
Petits contes des savanes
du Burkina Faso
Collection La Légende des Mondes
Dernières parutions
L' Harmattan
Paris - Montréal
© L'Harmattan. 2003
5-7. rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris - France
L'Harmattan. ltalia s.r.I.
Via Bava 37
10124 Torlno
L'Harmattan Hongrte
Hargtta u. 3
1026 Budapest
ISBN: 2-7475-3740-4
DU MÊME AUTEUR CHEZ LE MÊME EDITEUR :
BGLacombe
7
Lespasseports africains
***
8
Le passeport d'ivoire
9
Sous l'ombre nocturne du manguier, la maman
montra à sa fillette un petit ivoire: un demi-œuf. Il
portait en creux une tête de vache sur la partie plate.
Elle lui dit: « Ta sœur, qui est mariée au troisième
village au-delà du fleuve, ne te reconnaîtrait pas si tu
allais la voir! Dans la concession de son mari, il y a un
grand manguier comme celui-ci. Donne-lui ce
passeport, elle saura qui tu es et te gardera avec elle! »
Et, devant Saratta, sa maman enfouit l'objet sous l'arbre.
Ensuite, sa mère lui dit : « Ceci est un secret, n'en parle
à personne. Si un jour malheur m'arrivait, tu viendras
prendre ce passeport. Mais avant, laisse-le là où je l'ai
mls. »
Sur le chemin du retour, Saratta entendait sa
mère mais ne l'écoutait pas, elle répondait par des « Oui
maman» pour scander les recommandations de sa mère
et faire semblant d'écouter. Elle avait déjà trop envie de
désobéir et de déterrer l'objet de sa cachette!
10
devinait tout ce qui la préoccupait! Car la marâtre était
sorcière! Ce fut facile pour elle quelques jours après de
chiper* le passeport d'ivoire et de le jeter dans le feu:
ainsi, la petite fille de la première épouse ne lui
échapperait pas! En envoûtant la fillette, elle voulait
obtenir des enfants pour elle-même qui était stérile.
Saratta ne retrouva pas son ivoire, mais l'oublia, trop
préoccupée à désobéir à toute grande personne qui lui
interdisait quelque chose.
11
Saltiogo mélangeait de la bouse de vache sur laquelle elle
avait fait des incantations sorcières.
12
Métamorphosée en gemsse, Saratta passa des
heures à pleurer. Elle aurait voulu mourir de faim mais
ne le put. Désormais, elle comprenait tout ce que sa
mère lui avait dit, mais c'était trop tard; elle réentendait
les conseils de la défunte. Elle comprit son destin quand
sa marâtre entreprit de convaincre son père de sacrifier
lui-même cette bête aux prochaines fêtes. Saratta
comprit que la sorcière arriverait à ses fins, il fallait fuir.
Mais un espoir naquit en elle : Saratta se dit que
sa mère savait! Elle connaissait bien la sorcellerie de sa
coépouse! Il fallait avoir confiance. Un jour que le
troupeau était amené près du grand manguier par le
pasteur qu'employait son papa, elle fouilla sous les
feuilles et trouva son passeport! Ce devait être le sien, il
fallait avoir confiance et fuir! Elle le prit dans la
bouche.
Elle profita de l'inattention du berger pour se
sauver. Mais au lieu de filer directement dans la
direction qu'elle devait prendre, elle prit la direction
opposée, arriva sur un plateau latéritique* sec où ses
sabots ne laissèrent aucune marque. De là, elle reprit la
direction de l'est, vers le village où était mariée sa
grande sœur. Elle marchait vivement et la nuit la surprit
mais elle ne s'arrêta pas. Dans cette même nuit, elle
entendit un lion. Serrant la pièce d'ivoire dans sa
bouche, elle s'aplatit au sol afin de donner à croire
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qu'elle était épuisée. Le chasseur s'approcha et, quand il
bondit, elle se redressa et fit front: le fauve s'empala de
lui-même sur ses cornes de lyre*. Elle se dégagea d'un
brusque élan de tout le corps et s'enfuit, laissant le lion
blessé derrière un buisson.
Au coucher du soleil, alertés parce que le
troupeau ne revenait pas (le pasteur, effrayé par la perte
d'une bête, s'était enfui !), le père et sa femme allèrent
battre la brousse. Ils ne retrouvèrent le troupeau qu'au
matin. Il y manquait la vache blanche que le père
rechercha, mais il perdit les traces de sa gemsse
d'albâtre* sur le plateau de latérite*. Il renonça à la
poursuite: la génisse était partie comme elle était venue,
Dieu l'avait voulu! Mais Saltiogo, elle, ne désarma pas.
Elle avait plus d'un jour de retard sur la génisse mais elle
savait où Saratta s'obstinait à vouloir aller: rejoindre sa
sœur! Mais qui la reconnaîtrait en vache? La marâtre la
récupèrerait facilement avec les marques de propriété
des trois grands traits sur les flancs! Le passeport était
parti en fumée et, sans lui, Khadi, la grande sœur de
Saratta, ne la reconnaîtrait jamais. Saltiogo prit donc
directement la route de l'est et marchait sous le soleil
quand elle entendit une respiration derrière un buisson.
« Elle est là! », se dit-elle en s'approchant. C'est
alors que le lion blessé par les cornes de Saratta bondit
et la tua.
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Saratta traversa le fleuve quand le soleil était déjà
haut. Elle pressait le pas et compta un village, puis un
autre, et au soir atteignit le troisième. Les femmes du
village s'étonnaient de voir cette génisse inconnue à la
robe virginale* qui marchait d'un pas décidé et elles
l'entourèrent. Saratta leur lécha les mams de
reconnaissance en se demandant qui était sa sœur parmi
elles ... Elle fit alors le tour des concessions, dispersées
comme dans tout village peulh et vit un gros et
majestueux manguier: c'était là qu'habitait sa sœur, sa
maman le lui avait bien dit! Saratta était arrivée! Les
femmes s'exclamèrent: «Khadi, c'est chez toi qu'elle
va !» La femme interpellée s'approcha, la génisse se
tourna vers elle et meugla.
En s'approchant de sa grande sœur, Saratta
fouilla sa main de son museau humide et laissa tomber
de sa bouche, gluant de bave, le passeport d'ivoire.
Interdite, Khadi le regarda et le reconnut. Elle se
précipita chez elle et revint avec un passeport dans
chaque main: tous deux en ivoire. Tous deux étaient de
même forme; tous deux représentaient une tête de
vache aux cornes de lyre, à un détail près : l'un était
gravé en creux, l'autre était sculpté en relief. Les
femmes restaient silencieuses, étonnées que Khadi et la
génisse aient eu deux passeports semblables et opposés,
deux passeports en miroir*.... Khadi rapprocha les
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deux ivoires, elle hésita un peu puis les joignit face
contre face. Les deux têtes de vaches s'encastrèrent si
bien l'une dans l'autre que les dos ronds des deux
passeports réunis fonnaient comme un œuf d'ivoire
bruni. Les femmes applaudirent. Elles s'émerveillèrent
plus encore lorsque la génisse s'évapora et qu'apparut à
sa place une belle jeune fille.
16
L'homme doit cultiver pour manger
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Désormais, les humains eurent faim. Ils
broutèrent l'herbe comme les vaches, ils dévorèrent les
feuilles des arbres, ils avalèrent les insectes comme les
oiseaux.. , Ils souffraient* à chercher leur pitance* jour
après jour.
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multiplierez, mais par le travail! » Le ton de sa voix était
presque un anathème*.
19
--." ........ _.... '"
Le fusil et le python
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n'allait flécher qu'au retour des champs ... Mais une nuit
il rêva: il allait par la brousse et vit trois grands arbres:
un cailcédrat, un fromager et plus lom, un baobab. Dans
son rêve, il se vit s'approcher du baobab. Il était
immense et creux comme le sont souvent ces arbres
quand ils ont nourri des générations d'hommes. Il se vit
grimper et regarder au fond : et là il vit le regard d'un
serpent le f1xer. Alors, il redescendit et partit. Dans son
rêve, il se vit marcher longtemps dans la brousse jusqu'à
des terres qu'il reconnut... Et le jeune homme se
réveilla. Il comprit qu'il savait où était le fusil de son
père! Dévoré de désir, il alla par la brousse retrouver les
trois arbres. Il monta dans le baobab : le serpent était
bien là, énorme! Le python eut un tressaillement de
tout le corps et se détendit pour tuer le :fils et le dévorer.
Il ne vit pas la fine lame aiguisée du sabre que le jeune
homme tenait devant lui et contre laquelle il alla,
s'ouvrant lui-même la tête en deux! Il s'écroula, il était
mort! Le :fils plongea entre les anneaux et trouva,
enfermé dans un sac de peau cousue, le fusil interdit et
convoité.
Le fùs devint un chasseur aussi célèbre que son
père. Les années passèrent, mais la malédiction pesait
sur lui: il ne pouvait se marier. Toutes les femmes le
fuyaient. Avec l'âge, cette vie solitaire lui pesa: il voulait
renoncer à cette vie de chasseur. Il enferma le fusil et le
22
cacha, mais les femmes toujours le fuyaient! Alors, il se
dit qu'il fallait remettre les choses comme il les avait
trouvées. Il alla voir un sorcier qui lui dit seulement,
avant même qu'il lui parle:
- Ton père était un lion!
Et il le congédia.
Alors, humblement, le grand chasseur se retira de
la case du grand féticheur et alla méditer en brousse.
C'est là qu'il comprit ce qu'il pouvait faire.
23
Ensuite, il revint portant la peau, reprenant la
longue route jusqu'au baobab où il avait trouvé le fusil
de son père. Il jeta l'arme enrobée dans sa peau de lion
sur les os blanchis du python tué tant d'années
auparavant. Il repartit en brousse, et rechercha un
python. Il en trouva finalement un énorme, qu'il saisit
dans un filet après l'avoir piégé en lui donnant un bœuf
entier à engloutir (et le python dormait digérant quand il
s'en saisit). Le chasseur traîna son prisonnier jusqu'à la
cachette de son père. Il y jeta le serpent libéré de son
filet.
En descendant du baobab, le vent s'éleva et le
fils repenti cria :
- Père, ô toi Lion magnifique! Je t'ai rendu ton fusil,
rendu ton python, rends-moi la paix !
Seul le vent lui répondit, mais chasseur sut que
son don était agréé par les mânes* de son père qui
flottaient toujours dans la brousse et qui, maintenant
que son fils avait obéi à son ordre, pouvaient reposer en
parx.
24
Le masque de fibres
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grands gestes qui faisaient que sa robe de fibres flottait
autour de lui comme un nuage.
Le soir, Zumboa convoqua toute sa parenté et
ses neveux. Il leur parla de sa rencontre du matin. Et
tous acceptèrent de recevoir le masque.
Le lendemain, Zumboa retrouva le masque et
l'informa que sa famille l'acceptait parmi elle. Le
masque suivit donc son ami et entra à Bondoukuy: il
donna une chèvre au chef de terre et une autre pour ses
parents. Enfin, il en donna une troisième pour qu'elle
soit sacrifiée au bois sacré du Dô*.
26
Dimbo, de la famille de Zumboa, releva* la
maison de Zumboa longtemps après sa mort. Il
retrouva les statuettes de fer représentant des
propriétaires de ce masque: elles lui parlaient et
réalisaient ses vœux. Il leur demandait de la pluie sur ses
champs -_ou pas -, et les statuettes votives* des
propriétaires du masque répondaient aux attentes de
Dimbo : il a toujours obtenu ce qu'il demandait.
27
La vieille de la termitière
29
La matinée se passait sans problème et, alors que
le soleil était haut, le jeune garçon décida de manger. Il
descendit de sa termitière et ouvrit le foulard qui
entourait la calebasse... Il se lava la main et se prépara à
manger. C'est à ce moment-là qu'une vieille horrible,
avec des cheveux longs en désordre et une bouche
édentée, sortit de la termitière. Yézouma n'osait bouger,
il était terrorisé. La vieille prit le tô, avala tout et repartit
dans son antre.
Quand le garçon put enfin bouger, il s'enfuit.
Mais il erra encore avant la nuit sans oser retourner ni
au champ ni chez lui. Enfin, il se décida à rentrer et alla
se coucher; il était toujours sous le coup de sa frayeur
et ne put répondre aux appels de sa mère qui, lui ayant
fait chauffer l'eau du bain, lui disait de venir se laver.
30
alla se coucher. Il sentit qu'une main rude le réveillait:
c'était son père qui lui demanda :
- Que se passe-t-il, mon fils ? Hier, aujourd'hui, tu ne
te laves plus? Qu'est-ce qui se passe en brousse?
Et Yézouma raconta finalement son histoire. Le
père déclara qu'il irait le lendemain garder son sorgho.
31
quelqu'un qui n'avait pas le droit d'être là. Elle avait pris
la maison des termites, qu'elle squattait*, et maintenant
elle voulait prendre leurs repas, et ensuite s'approprierait
le sorgho, et tous trois ils mourraient de faim! Il fallait
agir avant que la famine ne les saisisse tous les trois.
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Au milieu de la matinée, elle ouvrit le foulard. Le
tô parfumé avec sa sauce de feuille exhala sa bOIUle
odeur. La vieille femme sortit de sa termitière! Quelle
horreur! La femme de Wémien faillit faire comme son
fils et son mari: prendre ses jambes à son cou* et fuir !
Mais elle résista à sa peur. Quand la vieille voulut
prendre le tô, la femme de Wémien lui dit:
- Non! Il n'est pas encore temps de manger. Et puis,
tu ne vas pas manger avec ces cheveux en désordre.
Viens, je vais te coiffer. Après, tu mangéras.
33
Mais quand la vieille voulut se lever pour
s'approcher de la calebasse, elle retomba en arrière.
Alors la femme, son mari et son fils prirent chacun qui
une corde, qui un bâton et ils battirent la vieille de la
termitière en lui donnant de grands coups. Elle se
débattait, mais elle ne pouvait se détacher. Elle se
secouait, se tordait la tête et fmit par se rompre le cou
elle-même dans son affolement.
Les trois la remirent dans sa maison, la
termitière, qui lui servit de tombe. Et le fils put de
nouveau venir garder la récolte, mais il préférait rester
sous un autre arbre pour chasser les oiseaux.
34
110 et Tyamaba
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Elle comprit, voyant l'œuf brisé, que le jeune python
était aussi son fils. Elle lui donna du lait de chèvre avant
d'allaiter 110.
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restant de longues heures à causer avec son frère:
«Jamais je ne me marierai, lui disait-il, je ne veux pas que
tu me quittes, je veux que tu restes avec moi.» Le
python souriait devant l'innocence de son frère humain.
Tyamaba était adulte et vivait dans une grande
case de terre, ronde comme un grenier, quand son père
mourut. Sa mère ne tarda pas à s'affaiblir, elle appela ses
fils et les recommanda l'un à l'autre. Puis elle s'adressa à
110 et lui dit : « N'épouse pas de femme qui ait la peau
jaune, car alors elle sera curieuse et tentera de voir ton
frère que nul regard de femme ne doit blesser. » Et elle
mourut.
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qu'un parent contrefait*, nain et laid, y était réfugié qu'il
devait nourrir chaque soir. Mais un jour qu'une voisine
lui demanda du lait, elle répondit qu'elle n'en avait pas.
« Et ce lait alors ? » demanda la voisine en montrant une
calebasse pleine. L'épouse dit que ce lait était réservé au
parent infirme de son mari qui était enfermé dans le
grenier. La voisine rit : « Mais que tu es idiote, c'est une
autre épouse qu'il a enfermée là dedans! Toi-même, ne
vois-tu pas qu'il y reste longtemps au lieu d'y poser
simplement la calebasse ? »
Piquée au vif*, l'épouse voulut en avoir le cœur
net*: elle souleva le toit de paille du grenier et vit le
python qui la regardait! Affolé, Tyamaba rompit sa case
d'un coup de sa tête puissante. Le mur en s'écroulant
enterra la curieuse sous sa masse. Le bruit fut si grand
qu'no, qui guidait son troupeau dans une brousse
proche du village, entendit et accourut aussitôt. no, en
arrivant chez lui, devant la case en miettes et sa femme
morte, comprit le drame. n suivit en courant la lourde
marque laissée dans le sable par son frère serpent durant
sa fuite.
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l'autre retenait. À la fin, le serpent sortit la tête de l'eau
et dit à son frère bien-aimé: « Ce qui était écrit devait se
réaliser: une femme autre que ma mère m'a vu, et je
dois quitter le pays des hommes. Je sais ton affection.
En retour je t'abjure* de rentrer chez toi, mais ne
retourne pas. Je vais dire à tes vaches de sortir, prends
ton bâton de nelgi, celles que tu toucheras de ton bâton
de berger, celle-là resteront avec toi. Mais ne te retourne
pas ! » Alors, 110 lâcha son frère qui s'enfonça dans les
eaux du fleuve.
Le cœur en peine, l'homme reprit donc la route
du retour. C'est alors qu'il entendit les vaches: elles
marchaient d'un pas rapide mais elles étaient des
ombres. Suivant les conseils de son frère, dès qu'elles
s'approchaient de lui, il les touchait de son bâton de nelgi
et elles devenaient de chair.
Le regret de la perte de son frère serpent rouvrit
soudainement la blessure d'Ilo : il se retourna. Tyamaba,
au milieu du fleuve, le regardait! Les deux frères,
jumeaux de la même mère, se firent un dernier adieu.
Seules les vaches d'ombre retournèrent vers le fleuve,
les autres suivirent l'homme. Quand le python eût
disparu sous l'eau, 110 rentra chez lui avec son troupeau.
Il se maria et eut des enfants à qui il raconta l'alliance du
Peulh et du python.
39
Voilà pourquoi le pasteur p~ulh ne se sépare
jamais de son bâton de nelgi et que, lorsqu'une vache
s'enfuit, il lui suffit de la toucher avec pour que, calmée,
elle s'arrête et rejoigne le troupeau - car les vaches
restent à jamais le don d'un frère python à ses frères
humains.
Voilà pourquoi, quand un enfant se noie dans le
fleuve, il suffit d'y jeter du lait pour qu'on puisse le
retenir par son petit doigt si celui-ci dépasse de l'eau.
40
La lune et le soleil
41
Les enfants grandirent et Dieu appela les deux
femmes: «Je vous donne le pouvoir d'octroyer un don à
vos enfants pour les récompenser de ce qu'ils ont été. »
Alors, la maman de la lune dit: «Puisqu'il en est
amS1, qu'elle soit nue sous le regard du monde, et
puisqu'elle est fantasque, que sa course dans le ciel le soit
tout autant. » Quant à la maman du soleil, elle dit: «Mon
fils est si docile... que sa course dans le ciel soit à son
image, régulière, et qu'elle annonce au monde le moment
qu'il est. Et que nul ne puisse le voir. »
C'est pour cela que Dieu fit autour du soleil une
boule de lumière que personne ne peut fixer. Mais pour
la lune, il atténua la malédiction de sa mère: il lui permit
de se reposer et de rester absente du ciel durant
quelques jours de son cyc1e* céleste, pour se reposer.
C'est pour cela que le soleil est insoutenable à la
vue et qu'il revient au même endroit chaque année, alors
que la lune suit sa course sans que l'on puisse savoir si
elle va apparaître ou pas à l'horizon, mais, quand elle est
là, on peut la regarder et la voir toute nue.
42
Histoire de Konon le gris-gris
43
panier sur la tête, Konon vida le panier et reprit sa
place. Calmement, la femme rejeta le gris-gris et reprit
ses noix. Elle prit seulement la précaution de s'écarter
de l'arbre avec son panier et rentra chez elle.
44
tueusement la poterie et retourna au village. Il
construisit une case pour y placer le fétiche qui, une fois
installé, lui dit :
-Je suis Konon et te remercie de m'avoir compris,
mais une femme m'a négligé, alors, dis bien aux
femmes, à toutes, qu'aucune d'entre elles ne doit me
voir, sinon elle en mourra.
Quand Tiéhoulé mourut, Konon vint à ses
funérailles, auxquelles il assista de bout en bout; les
femmes qui le virent en moururent.
45
1
1
Quand Dieu se cacha des hommes
47
voyaient pas pourquoi il leur faudrait changer de place
et se fatiguer à bouger quand le vent suffisait à cette
tâche, faisant chanter leur feuillage ...
48
vous ne pourrez plus venir me voir. Je vais me retirer de
ce monde que j'ai créé; je vais me cacher. Ce sera à
vous de trouver comment m'atteindre et me parler.
Moi, je saurai toujours bien comment me manifester!
Et il prit la toile tissée de l'araignée et la jeta derrière lui
sur la terre: c'est le ciel d'aujourd'hui, et les étoiles sont
les nœuds du large filet tissé par l'araignée.
49
Les scorpions
51
« Des scorpions, madame? Voulez-vous que je vous en
débarrasse?» La darne riait, amusée de la coïncidence
entre la réprimande qu'elle avait faite à ses enfants et
l'arrivée de cet homme qui débarrassait les maisons de
sa vermine*. Ou bien la darne ne riait pas quand elle
avait oublié ce qu'elle avait dit à ses enfants. Mais toutes
répondaient « Oui », car toutes les maisons de brousse
sont infestées de scorpions et le vieil homme s'y
entendait à les attraper. Elles envoyaient les enfants se
promener, ce qui valait mieux à ce qu'ils restent à se
faire piquer en tripatouillant le panier ou à se moquer
du vieillard, lequel, sitôt seul, se mettait à cueillir tous
les scorpions de la maison, dont il remplissait son
panier. Et les ménagères s'étonnaient qu'il y en eût tant
chez elles!
Curieusement, les enfants disparaissaient comme
les scorpions; on avait beau les chercher, on ne les
retrouvait plus! Mais on les regrettait peu, car les
enfants qui restaient étaient si obéissants qu'ils vous
consolaient des absents.
52
assis sur leur natte ou couchés la tête posée sur leur
oreiller de bois.
Dès qu'il s'était éloigné du village, le chasseur de
scorpions regardait sa récolte: des garçons et filles
ulcérés qui se mordaient, se pinçaient, se piquaient. Dès
que l'un tentait de s'échapper, les autres le plaquaient*
et tous retombaient au fond. Le soir, le vieil homme
s'amusait de ses nouveaux pensionnaires. Arrivé chez
lui, il posait son panier, les regardait se quereller et n'y
pensait plus.
53
dans leur désespoir et ils allèrent la piquer, la piquer de
leur dard, la piquer de leur méchanceté. Elle pleura
encore plus et cela les réjouit. Mais le spectacle finit par
les lasser et ils la délaissèrent, cherchant à s'enfuir
encore. Tous les soirs, ils retrouvaient la petite fille pour
la torturer, elle, la seule qui ne bougeait pas. Et de plus,
la seule qui ne tentait pas de se sauver!
Après de longues semaines de captivité*, les
deux garçons reconnurent dans la maison que le vieux
nettoyait, leur propre maison. Ils virent leur mère! Ils
faillirent ne pas la reconnaître. Elle avait blanchie. Ses
cheveux n'étaient plus tressés, ils n'étaient même pas
peignés. La peau de son visage était toute grise des
pleurs qui l'avaient lavée... Le soir, désespérés, ils
s'approchèrent de la petite scorpionne*, qui ne dit rien,
attendant les piques et les moqueries, mais rien ne vint :
les deux petits scorpions pleuraient! «On ne peut se
sauver que si nous ne nous aidons pas, dit-elle. Et on ne
s'aide pas tout seul! »
Les garçons ruminèrent toute la journée ce que la
petite fille leur avait dit et, au matin, ils avaient un plan.
Ils durent attendre le soir pour l'appliquer et supporter
de cheminer toute la journée dans leur panier. Dans la
nuit, ils firent régner l'ordre: à deux, ils étaient forts et
ils matèrent tous les autres; puis ils purent se faire
entendre. Au matin, ils avaient une petite troupe, celle
54
composée des jeunes qui avaient revu: qui sa maison,
qui l'arbre qui l'avait vu naître, qui le marigot où il
s'ébattait.
Le vieux s'aperçut du changement: il les regarda
et leur dit en riant: « Petits scorpions stupides, petits fils
d'hommes ou de rhinocéros, de girafe ou de margouillat,
de poisson capitaine, de poisson chat ou de crapaud.
Oisillons désobéissants, éléphanteaux insolents, faons*
espiègles, alevins* farceurs, salopiots* de toute race!
Vous êtes condamnés à rester ici, punis, dans ce panier
magique, pour toujours ! » Sa voix faisait mal à tous ces
enfants qui pleurèrent, puis qui se donnèrent encore des
coups ! Et leur bourreau* reprit sa tournée, allant dans
les maisons où les uns et les autres pouvaient
reconnaître des personnes amies.
Le soir, leur torti.onnaire* alla se coucher, laissant
ses prisonniers à leurs cris, leurs pleurs et leur
méchanceté. Mais les deux frères étaient toujours bien
décidés et continuèrent à organiser la révolte. Nuit après
nuit, les deux frères, aidés par la petite fille, assurèrent
leur loi, la firent ensuite partager à leurs alliés et
admettre par les nouveaux venus qu'il fallait mater* dès
leur arrivée dans les paniers. Ayant enfin convaincus
tous leurs compagnons d'infortune (et assommé les
derniers arrivés qui ne voulaient rien entendre), un soir,
à peine le vieillard parti., ils frrent la chaîne et un
55
scorpion, puis un second, puis un troisième et ainsi de
suite, s'évadèrent.
Quand ils furent assez nombreux à s'être sauvés,
les scorpions hors du panier firent tomber leurs prisons
en s'entraidant. Des deux paniers s'évadaient les
scorpions. Il était temps, le vieil homme se levait de son
grabat! Ils étaient presque tous sortis quand, dans la
pâle lumière du matin, apparut l'ombre tant détestée du
geôlier. Les scorpions firent front afin de laisser aux
derniers, dont les deux frères qui traînaient leurs
«récents collègues» assommés, la possibilité de fuir. Ils
étaient bien décidés à ne pas se laisser attraper sans
coup férir*, comme la première fois quand, empêtrés
dans leur nouvelle forme, ils n'avaient pas su comment
s'échapper.
Mais le vieillard ne tenta rien, il éclata de rire et
s'évanouit, c'était un djinn, qui partit comme tout djinn:
dans un tourbillon de vent.
56
réserves de bonté de ses parents avait bien vieilli dans
son panier! Et le lézardeau* avait laissé la place à un
lézard bien décidé à rester sagement des jours entiers à se
dorer au soleil au lieu de courir n'importe où au grand
dam* de dame maman qui n'en pouvait plus de sa
désobéissance et l'avait rejeté. Tous s'enfuirent: qui par
terre, qui par air, qui sauta dans l'eau, qui plongea dans un
terrier... Les puces s'enfuirent accrochées au pelage des
chiens, les aigles poursuivant les hirondelles...
Quant aux deux petits garçons et à la petite fille,
c'étaient trois beaux jeunes gens qui allèrent fonder un
village où ils appelèrent leurs vieux parents. Ils eurent
plein d'enfants très obéissants.
57
Zita, la petite fille astucieuse
59
- Ah ! répondit alors la hyène avec un rictus de peur,
laisse-moi vite passer, nous, les phacochères, on n'aime
pas ces histoires d'hommes et de hyènes.
60
La femme qui eut son lot
61
La femme rentra chez elle toute joyeuse, maiS
elle déchanta: son mari était parti, ses enfants avaient
fui. Lassés par son ingratitude et ses jérémiades*, ils
avaient déserté la maison et décidé d'aller ailleurs vivre
leur vie. Elle comprit que ce qu'elle avait toujours voulu,
c'était d'être vraiment malheureuse, et qu'elle l'était!
Elle se mit à pleurer.
62
gâtée*! Furieux à leur tour, les paysans la lièrent et
l'emmenèrent pour la présenter au roi. Le roi saurait
bien la juger !
63
La morale de ce conte est qu'il vaut mieux faire
avec ce qu'on a, que de rêver à ce qu'on n'a pas.
Ce qu'on demande et que l'on n'obtient pas n'est
pas trop à regretter, car les dons que l'on obtient en
réalisation de nos demandes, quand bien même ils nous
paraissent la réalisation de nos vœux les plus secrets et
les plus profonds!, sont plus souvent source de
malheurs.
64
Les deux héros de la cité de Sara
Histoire de Nahouroun
65
grosse gousse de fruit, ceux-là, et ceux-là seuls, il les
rattrapait. Il les déposait gentiment à terre, il avait bon
cœur quand même.
Quant aux autres, eh bien, ils se déposaient tout
seuls ! Dans le fracas des branches mortes et leurs cris
de peur, ils finissaient bien par arriver au sol! La traînée
des feuilles que leur chute arrachait restait longtemps à
flotter dans l'arbre alors qu'eux-mêmes étaient déjà
arrivés et que Nahouroun se saisissait d'eux et les
renvoyaient dans le feuillage.
Il arrivait que des enfants se fassent mal, un peu.
Pas trop: les Bwabas de ce temps étaient des durs à
cuire* et ce n'est pas une chute du haut d'un baobab qui
les aurait effrayé; d'ailleurs, les enfants trouvaient cela
très drôle, d'autant plus que la chute leur arrachait des
cris de frayeur! Et que tous les enfants du monde
adorent avoir peur.
66
Histoire de Haho
67
ses exploits sinistres! Ils chantaient victoire! Trop tôt!
Quand la fête était à son comble, Rabo éclatait ses liens
en gonflant son corps musclé et se sauvait: il allait à la
vitesse d'un cheval au galop, personne ne le rattrapait.
Ces blagues le faisaient rire !
68
officiels, ce qui n'empêcha pas les maisons de rester vides :
tous ceux qui pouvaient marcher étaient venus assister à
la mise à mort de Rabo, car tous voulaient le lapider,
l'étrangler, l'écarteler, le décapiter, le découper en
morceaux ... On discutait ferme de la meilleure manière
de le tuer en le faisant souffrir. Mais le Peulh gâcha la
fête que se promettaient tous ces gens avides de
vengeance: il refusa qu'on tue Rabo !
Pebwéré alla vendre Rabo à Warkoye: «Si tu
reviens, lui dit-il, je te tuerai sans sommations.» Le
Méchant partit comme esclave mais il se sauva. Dans sa
fuite, il repassa à Bondoukuy, mais si vite qu'il put
échapper à la foule et à la colère du Puissant et il
disparut
69
campements peulh, et alors les griots bwaba l'annoncent,
hommage que l'on ne rend pas aux autres étrangers
mais aux seuls Peulh.
70
Le chasseur et la souris
71
mangeailles* !)} Le lion se retourna furieux: une
minuscule souris était là, avec son museau qui frémissait
continuellement, sa petite queue nue qui se balançait
d'ici à là, et ses petites mains qu'elles frottaient l'une
contre l'autre avec appétit!
72
Mais le chasseur n'était pas ingrat. Un jour, il
revint là où il avait tué l'antilope, se disant que la souris
devait toujours être à côté de son trou. Il l'appela:
« Madame, ou Mademoiselle la Souris, viens, c'est
moi. " Je suis le chasseur, je viens te dire merci.» La
peti!e souris se présenta et le chasseur lui donna des
graines de son grenier: du sorgho, du mil, de la farine
de néré... Elle les mangea avec appétit, les trouvant fort
à son goût. « Si tu en veux d'autres, viens chez moi
habiter », proposa le chasseur reconnaissant.
73
Le rusé et l'empressé
75
d'en face portait un arc, un carquois de flèches et un
large coutelas pendait à sa ceinture.
L'homme prit la parole et s'adressa au premier
chasseur d'une voix forte pour être bien entendu:
- Oh toi ?! Que fais-tu sur mes terres?
Étonné d'être ainsi interpellé, et bien certain
d'avoir été là le premier, le chasseur répondit:
-Je suis ici de par le droit du premier occupant, j'étais
là avant toi!
L'autre éclata de rire :
- Tu te moques! Je t'ai vu arriver de mon arbre. J'étais
là-haut pour choisir l'emplacement des autres maisons
qui viendront s'installer sous mon autorité. Il y a
longtemps que j'ai choisi pour moi où je m'installerai
avec mes femmes: j'ai déjà déterminé les meilleures
terres et les meilleurs biefs à poissons!
76
- Et moi une grosse pierre... Comme ça, dit le second
en esquissant un geste vague et un sourire fin.
Après un long silence il dit, et ses yeux se
plissèrent plus encore:
- Sors ta termitière ! Moi je sors ma pierre!
77
Il Y a une autre morale qui dit que, souvent, il
vaut mieux à une question répondre par une question
plutôt que d'affmner étourdiment quelque chose que
l'on ne puisse pas prouver. Car il y a dans la vie entre les
hommes deux choses qui ne coïncident pas: les faits qui
se sont passés et les récits des hommes qui les racontent,
les expliquent et les justifient. Souvent, très souvent, les
mots disent des choses qui n'ont plus qu'un rapport
lointain avec les faits qui leur ont donné naissance !
On serait bien étonné de comparer ces choses
dont on parle avec les faits qui se sont vraiment déroulés
jadis, dans un passé lointain. Mais heureusement, on ne
le peut pas, alors restent fables, contes et légendes pour
dire le passé !
78
La femme de l'éléphant
79
tinrent conseil. Il fallait parle:r au roi ! Lui dire la vérité.
Mais qui allait parler? Un jeune chef de famille, décidé
et pondéré*, leur dit:
- Puisqu'il faut que quelqu'un parle, je prendrai la
parole. Quand viendra mon tour, je parlerai au chef de
son éléphant. Je lui dirai combien nous l'aimons,
combien il est facétieux* quand il renverse nos cases
comme nous renversons les termitières pour prendre
des tennites pour nos poussins. Je dirai aussi qu'il est
presque un homme à tant aimer l'alcool, plus que nous!
Et enfin, tout le plaisir qu'ont nos femmes à travailler
pour lui faire du dolo, car il boit comme dix, comme dix
éléphants s'entend! Et alors je dirai cette phrase: "Ô
Chef, ô notre roi vénéré! Mais vraiment, ton éléphant..."
Et vous continuerez ma phrase en disant tous ensemble:
"Ton éléphant, il nous emmerde !" Et je continuerai, lui
détaillant les méfaits de son maudit animal.
Tous furent d'accord sur le scénario*.
80
réunion. Il se dit que, décidément, ses braves sujets
étaient bien braves. Il augmenterait encore les impôts afin
de les satisfaire. il demanda sa pipe qu'une de ses femmes
,
lui bo~ qu'une autre lui alluma, et qu'il fuma à petites
bouffées satisfaites.
Vint le tour du jeune chef de famille, il prit la
parole:
- Chef, après les hommes vénérables qui tour à tour
ont pris la parole devant toi, je m'aperçois que nul n'a
parlé de ton éléphant. Chef, ton éléphant, c'est une bête
formidable. Il pourrait être un homme: quelle
descente*! Il boit que c'est merveille. Nos femmes
désertent nos couches dans la nuit' pour aller chercher
du bois pour pouvoir brasser toute la bière qu'il
consomme. Nous leur donnons le mil rouge avec tant
de gaieté! C'est un plaisir pour nous d'ouvrir nos
greniers pour lui. Quelle bête channante ! Mais - et là il
sortit la phrase préparée - : "Ô Chef, ô notre roi vénéré!
Mais vraiment, ton éléphant..."
Et il se tut. Il attendit... Il attendait... Mais
aucun des vénérables chefs de maison ne broncha. Tous
le regardaient, avec dans les yeux l'innocence la plus
totale. Où étaient la mâle assurance qu'ils avaient
montrée, la hargne qu'ils avaient manifestée, la volonté
d'unité et celle de parler d'une seule voix qu'ils avaient
affirmées?
81
Alors, sans paraître accorder d'importance au
long silence qu'il avait laissé s'installer, le jeune homme
reprit:
- Mais Chef, ton éléphant, nous l'aimons trop. Ne t'a-
t-on pas raconté comment il s'est endormi sur une case
la dernière nuit ? Il Ya eu une vieille qui n'a pas eu le
temps de sortir, mais elle était très vieille et souvent elle
nous disait qu'elle n'attendait que la mort. Ton éléphant,
Chef, l'a exaucée. Ô Chef, ô notre roi vénéré! Mais
vraiment, ton éléphant... (Il laissa un silence s'installer,
mais comme rien ne venait de l'assistance il reprit :) ton
éléphant est une bénédiction: il l'a entendue et l'a aidée
à partir. Et puis, quand il va aux champs, c'est un
bonheur de marcher sur ses pas : il a dégagé toutes les
cultures; les arbres qui gênent, il les a arrachés. On se
croirait dans une ville des blancs: tu marches comme
ça, sans être ·gêné par rien! Ah ! C'est qu'il est fort! Et
c'est pourquoi je réaffttme: "Ô Chef, ô notre roi
vénéré! Mais vraiment, ton éléphant..."
Il suspendit sa voix mais personne ne broncha.
82
fut énoncée: "à Chef, ô notre roi vénéré! Mais
vraiment, ton éléphant... " Pourtant ils ne reprirent pas
en chœur le répons* qu'ils devaient proclamer: "Ton
éléphant, il nous emmerde !" Ils restaient, tous, chefs de
famille, de lignage ou de terre, plus silencieux tous
ensemble qu'un poisson.
83
danses. Tous les célibataires sont des gens qU1
s'emmerdent...
Le roi bondit! Lui qui avait cru que le jeune en
voulait à son éléphant! Quelle idée! Quelle splendide
idée! Une femme pour son pachyderme* chéri, mais
oui! Une femme l'aiderait à mieux vivre, car il pouvait
se gâter la santé à trop boire de dola ennuyé par sa vie
solitaire!
84
Quand le rot se renseigna, il apprit que son
ancien sujet était devenu roi lui aussi, et il dut donc
renoncer à sa première idée d'aller le taxer, car vraiment,
il trouvait, quoique roi, que son royaume déclinait. .. La
production baissait et en conséquence le rendement des
impôts! Mais heureusement que ses éléphants le
consolaient.
85
1
1
,
Epilogue
87
j
j
· Vocabulaire
89
barbe : voir emporter au nez et à la barbe
bourreau : tortionnaire, celui qui tue les condamnés
Bwaba, bwamu: les Bwaba sont une population du Sud-Ouest
du Burkina, dont la langue et la culture se nomment bwamu
céible : grosse corde, cordage
captivité : être captif, être en prison
cauris: coquillages qui servaient de monnaie, on les utilisait
aussi pour décorer ou comme monnaie
charme, fétiches, gris-gris: tout cela est un peu équivalent
fétiche: voir charme, cela peut être aussi un masque, un gris-
gris (une personne magique, un djinn)
chef: signifie le patron, mais aussi la tête, d'où l'expression
chefblanc : la tête blanche
chiper: prendre rapidement quelque chose sans que son
propriétaire le voit, c'est aussi voler
claudiquant: boitant
codée (phrase) : la phrase que prononce le jeune chef de famille
est un signal
coépouse : autre épouse du mari
cœur net: en avoir le cœur net, être certain, savoir exactement
ce qui est
concession : ensemble des maisons et des cases appartenant à
une même grande famille, en général clôturée (avec un mur ou
des seccos - nattes de tiges de mil -); en ville on appelle
souvent la concession: la cour, ou le carré.
contrefait, être contrefait: être difforme
contusionné: être contusionné, être comme roué de coups,
courbatu mais sans blessures apparentes
cou: voir prendre
cure, en avoir cure: s'en moquer totalement, être indifférent
cycle : itinéraire répétitif
dam : dommage, au grand dam, au grand déplaisir, avec
beaucoup de dégâts
demander la route: expression burkinabè qui veut dire que
l'invité demande l'autorisation de partir
démonter (se) : perdre son calme, son sang-froid
dépecer: enlever la peau
descente : avoir une belle descente, boire beaucoup de dolo, de
bière...
détaler: se sauver très vite
dévorer à belles dents: manger avec un très bon appétit
90
divination: au Burkina on pratique la divination par le sacrifice
des poulets; on pose une question et on tue le poulet, selon
qu'il tombe sur le dos ou sur le ventre on a la réponse à sa
question (respectivement, 'oui' et 'non') ; on peut aussi ouvrir
le poulet et regarder les reins, s'ils sont clairs, c'est 'oui'
djinn: génie (gris-gris, masque, fétiche), mais aussi tourbillon
d'air dont on dit que ce sont des génies qui se déplacent
djinna, féminin de djinn (au Burkina)
D6: religion commune aux populations du Sud-Iouest du
Burkina
dolo : bière de mil
doucereux: hypocritement (d'une douceur exagérée donc
fausse)
duel: rencontre violente de deux adversaires
dur-à-cuire : désigne une personne très forte, résistante
eau: être de la même eau, c'est être pareil
écartelé: déchirer en tirant sur les membres, être écartelé: être
déchiré moralement entre plusieurs choses à choisir ou à faire
écrin: boîte contenant un objet précieux, l'eau est ici comparée
à un bijou
emporter quelque chose au nez et à la barbe de quelqu'un
signifie qu'il ne s'aperçoit de rien
en miroir: comme face à face, ici cela veut dire que les deux
passeports sont l'un pour l'autre comme dans une glace
enfouir: enterrer profondément
enlever des termites, expression familière au Burkina qui
signifie que l'on va en brousse récolter des termites pour nourrir
les poussins ; on prend le matin très tôt la termitière et on donne
les termites à manger à la volaille en cassant la motte
enlever: expression très utilisée au Burkina, signifie récolter,
prendre ou mettre de côté la part de quelqu'un etc.
étriper, enlever les tripes, familier, il signifie aussi ouvrir le
ventre; s'étriper signifie se battre d'une manière désordonnée
éventrer: ouvrir le ventre
facétieux: farceur
faon : petit de la biche
feignant: quand on ne l'est pas, on regarde ce que le mot veut
dire dans le dictionnaire, paresseux !
férir: voir Sans coup férir
féticheurs: soignent ou pratiquent la divination, sorciers
bénéfiques ou maléfiques
91
fourcher: il a la langue qui a fourché, il s'est trompé, il n'a pas
dit ce qu'il voulait (c'est faire un 'lapsus')
frasques: bêtises que l'on fait en s'amusant trop
génisse: jeune vache, vachette
gnilé : djinn, génie, gris-gris, fétiche, toujours un être du monde
parallèle à celui des hommes (gnilé est un nom bwamu)
gris-gris: fétiche, génie, djinn, ou bien amulette protectrice ou
méléfique
grouiller: africanisme = se dépêcher
harassé (être) : être fatigué
hyène : carnassier africain
injonctions: ordres, recommandations expresses (que l'on doit
donc suivre)
jambes :voir prendre
karité: arbre qui donne des fruits appelées noix de karité, on
mange la pulpe du fruit mais de la noix on fait du beurre de
karité
Koro : frère aîné en peulh
latérite: pierre rouge ferrugineuse (qui contient du fer), adj. :
latéritique
lézardeau : n'existe pas dans le dictionnaire, ici désigne pour
s'amuser un petit et jeune lézard (les professeurs appellent cela
"faire un néologisme", on crée un mot qui n'existe pas mais que
l'on comprend bien quand même)
Lobi : population du Sud-Ouest du Burkina
lyre : instrument de musique à corde aux branches courbes
mangeaille: (nom) nourriture abondante, plantureusef
manguier: arbre fruitier africain, qui a un feuillage en très
grosse boule, il donne comme fruit la mangue
marâtre ou belle-mère: pour un enfant c'est l'épouse du père
autre que sa propre mère (coépouse de la mère) ; la belle-mère
est également la mère du conjoint c'est-à-dire: mère de
l'épouse pour le mari, mère du mari pour l'épouse
marigot: c'est un étang et une rivière en même temps, et il peut
être un lac aux mille ramifications (petites rivières et mares qui
s'y rattachent) en saison des pluies
masque: un masque c'est un génie sous la forme d'un
déguisement porté par une personne
mater : dominer (un autre sens plus populaire et argotique est
différent et signifie "regarder, espionner", un maton est ainsi un
gardien de prison)
miroir: glace, voir aussi En miroir
92
mue : changement de peau (on parle de mue pour les serpent
quand ils perdent leur peau en grandissant)
munir: fournir, donner
nelgi: arbre (nom peulh) qui désigne un bois d'une certaine
souplesse dont on fait des bâtons pour la chasse ou pour les
berger
néré: arbre fruitier, donne des graines qui se consomme en
farine, et dont on fait un condiment, le soumbala
nez et barbe : voir emporter
pachyderme : éléphant
pain de singe: fruit du baobab
parler dans le vide: pour ne rien dire
péroraison : long discours
Peulh : population africaine de pasteurs nomades, leur langue
est le pulaar
phacochère: sanglier d'Afrique
piquer au vif: vexer, dire une parole qui force la personne à
réagir; être piqué au vif: être vexé
pitance: ce que l'on a manger, ni bon et abondant, mauvaise
nourriture
plaquer: sauter sur quelqu'un pour le faire tomber (terme des
sports, comme le rugby)
pondéré : être pondéré, être calme, équilibré, lucide
prendre les jambes à son cou: expression signifiant que l'on
fuit à toute vitesse
prince: être bon prince, être gentil (ironique)
pulaar : langue des Peulhs
python: serpent (le boa n'est pas africain)
rejeton: enfant
relever: au Burkina cela signifie reconstruire une maison là où
en était une autre autrefois. Quand une personne meurt, on
l'enterre dans sa maison, et plusieurs générations après, on peut
reconstruire une maison à l'emplacement de l'ancienne. Les
ossements que l'on retrouve éventuellement en recreusant sont
alors donnés aux forgerons qui les enterrent dans un ossuaire
(cave où sont tous les ossements que l'on trouve) à l'écart des
habitations
répons : réponse par une phrase apprise par cœur
réserver: au Burkina, cela signifie mettre de côté la part de
quelqu'un (alors qu'en français de France, cela signifie mettre
en réserve pour l'avenir, sans préciser)
93
robe: pour un animal (cheval, vache, et autre gros animal),
désigne l'ensemble de son poil (équivalent de chevelure pour
cheveux)
rônier: genre de palmier abondant dans la région de Banfora
(où est le village de Niamiadougou), dont on tire du vin de
palme; l'arbre très utilisé pour sa feuille et sa tige pour
fabriquer de la vannerie. L'on consomme ses fruits.
salopiot: garnements, enfant turbulent ou méchant
sans coup férir: sans donner un seul coup
scénario: projet, plan
scorpionne: n'existe pas dans le dictionnaire, ici désigne pour
s'amuser un scorpion femelle (les professeurs appellent cela
"faire un néologisme", on crée un mot qui n'existe pas mais que
l'on comprend bien quand même)
souffrir: au Burkina cela signifie que l'on a faim
soumbala : condiment fait à base de graines de néré fermentées
squatter: habiter une maison sans autorisation
Suspicieux: méfiant
Tapir (se) : se cacher
Tcherma : langue des habitants de la région de Banfora, on dit
que c'est la langue des Gouins (lesquels sont appelés ainsi par
les non-tchenna)
Tô : sorte de polenta, c'est une pâte cuite à l'eau qui est la
nourriture de base des Burkinabè
tonitruant: très fort, bruyant
tortionnaire: personne qui torture, bourreau
truffe : nez des animaux, chien, lion, chat....
véracité: la vérité, ce qui est vrai
vermine: insecte dans une maison ou dans ses vêtements ou ses
cheveux, saletés
vif, voir piquer
virginal: de couleur blanche
votif/votive(fém.) : vient de vœu, qui accorde les vœux que l'on
fait
94
Table des matières
Avertissement 7
Les passeports africains 8
Le passeport d'ivoire 9
L'homme doit cultiver pour manger 17
Le fusil et le python 21
Le masque de fibres 25
La vieille de la termitière 29
Ilo et Tyamaba 35
La lune et le soleil 41
Histoire de Konon, le gris-gris 43
Quand Dieu se cacha des hommes 47
Les scorpions 51
Zita, la petite fille astucieuse 59
La femme qui eut son lot 61
Les deux héros de la cité de Sara 65
Le chasseur et la souris 71
Le rusé et l'empressé 75
La femme de l'éléphant 79
Épilogue 87
Vocabulaire 89
95
Achevé d'imprimer sur les presses de l'Imprimerie BARNÉOUD
B.p. 44 - 53960 BONCHAMP-LÈS-LAVAL
Dépôt légal: Février 2003 - N° d'imprimeur: 13785
Imprimé en France
Petits contes des avanes
de Burkina Faso
e rc u il de cnte, n été écrit pé inlernent à leur demand pour Buri.
et Anni k 8 et 1 an, qui d'. irai nt a ir à lir de conte.. ur leur puy.,
1 Burkina Fa. . Le petits OIlle' de 'ltlvemes. nt d n oit tir' du f od
de: mes et légendes Itaï ue., oit cl 1 g nde re u illie ur 1 t rrain.
ertains d i ent a air été in nlés! L1s.t nt 'cril J n untyl que Boris
uluit « p ur I::nfant mai p . pour béb ,) et il 1 ur st adj im un le iqu
qui donne aux enf nt. burkinab le nbulaire qui pourrait 1 ur é happer
et au utre, n n-Burkinab', le v abulair'. p' ifique au Burkina ain i
que de' expre :i n langagière: nationale. qu'ils p urraient ir de. diOi-
cuIté. a ntenure,
Rori nnick