Dépôts de ferrite pour dispositifs micro-ondes
Dépôts de ferrite pour dispositifs micro-ondes
N° 50.2002
THESE
Pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITE DE LIMOGES
Discipline : Electronique des hautes fréquences et optoélectronique
Jury
INTRODUCTION GENERALE
épaisseurs de ferrite importantes (entre 50 et 100 µm). Dans ce cas, il est donc nécessaire
d’utiliser une technique autorisant de fortes vitesses de dépôt, et c’est pour cette raison que
nous avons choisi l’évaporation au canon à électrons. Cependant cette technique présente des
inconvénients et des difficultés de mise en œuvre comme, par exemple, la difficulté d’un
transfert stœchiométrique du lingot au substrat, ou encore les délais importants nécessaires à
la réalisation d’une couche (formation d’un lingot + phase de dépôt).
Ce mémoire se subdivise en quatre grandes parties. Dans le premier chapitre nous
nous attachons à décrire de façon succincte les différentes classes de matériaux :
diamagnétiques, paramagnétiques, ferromagnétiques et ferrimagnétiques, puis nous
présentons le phénomène de résonance gyromagnétique qui est à l’origine du principe de
fonctionnement d’un circulateur. Ensuite, nous donnons la structure cristalline et les
principales propriétés de l’hexaferrite de baryum de type M. Enfin, dans la dernière partie de
ce chapitre, nous dressons un rapide bilan bibliographique des travaux déjà effectués dans le
domaine de l’intégration des circulateurs et dans celui de la réalisation de couches minces.
Le second chapitre décrit le dispositif expérimental de dépôt et les différents moyens
de caractérisation dont nous nous sommes servis.
La troisième grande partie présente les résultats expérimentaux que nous avons
obtenus durant cette thèse, l’objectif étant de déterminer l’influence de tous les paramètres de
dépôt (vitesse de dépôt, température des substrats, durée du dépôt…) sur les différentes
propriétés des couches de ferrite : propriétés magnétiques, chimiques, cristallographiques et
morphologiques. De plus, dans ce chapitre, nous tentons de donner une explication de ces
résultats en analysant les phénomènes mis en jeu.
Enfin, comme nous l’avons dit précédemment, la réalisation d’un dépôt étant un
processus relativement long à mettre en œuvre et ayant de nombreux paramètres à contrôler, il
est apparu nécessaire d’appliquer la méthode des plans d’expériences à la réalisation de
couches. Ces méthodes sont très employées dans le monde industriel car elles permettent une
économie de temps et de moyens dans l’optimisation d’un procédé. Le chapitre III montre
l’intérêt de ces méthodes appliquées au cas qui nous intéresse, sachant que nous avons choisi
une méthode bien particulière : la méthode Taguchi.
CHAPITRE I :
Le magnétisme et ses applications
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Un matériau magnétique est composé d’un ensemble de cristaux. Chaque cristal est
une structure spatiale périodique d’ions d’éléments simples. Chacun de ces ions étant formé
d’un noyau et d’un nuage d’électrons, la théorie du magnétisme doit étudier :
• le magnétisme des particules élémentaires,
Cette étude est basée sur la mécanique ondulatoire et constitue une partie importante
de la physique du solide.
Dans cette partie, un exposé très simplifié sera fait sur le magnétisme électronique et
sur le magnétisme ionique. Puis nous présenterons les différentes classes de matériaux
magnétiques : dia-, para-, ferro- et ferrimagnétiques. L’importance de ces deux derniers types
nous a conduit à développer davantage leurs propriétés macroscopiques.
A partir de là on peut définir deux notions élémentaires qui sont : le moment orbital
et le moment de spin.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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i=-e.f (1.1)
Ce courant, circulant dans une spire confondue avec l’orbite, crée, d’après la loi
d’Ampère, un moment magnétique :
r r
µ L = πr 2 × i × n (1.2)
r
où : n : normale orientée à la surface de la spire,
r : rayon de l’orbite.
r
Le moment µ L est appelé le moment orbital. Ce moment est quantifié : il doit être un
multiple du magnéton de Bohr défini par :
e h
µB = . = 9,274 × 10 − 24 A.m 2 (1.3)
2m 2π
µ = Jqgµ B (1.4)
où Jq est un nombre quantique et g un facteur dit facteur de landé. Pour les ferrites ce
facteur g est très légèrement supérieur à deux.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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En réalité, la théorie est beaucoup plus complexe que cela puisqu’elle fait intervenir
les quatre nombres quantiques que sont les indices de la fonction d’onde attachée à l’électron
(n, l, m et s). Mais dans ce travail, il n’est pas nécessaire d’entrer dans le détail de la
mécanique quantique, les relations précédentes sont suffisantes.
B = µ 0 (H + M) = µ 0 H + J (1.5)
M=χH (1.6)
µ r=1+χ (1.7)
A partir des valeurs de ce paramètre χ, il est possible de définir les grands groupes de
matériaux magnétiques :
• diamagnétiques : χ<0, de l’ordre de -10-6,
Il est important de noter que les corps ferromagnétiques deviennent paramagnétiques au-
delà d’une certaine température dite température de Curie.
Nous allons maintenant présenter de façon plus approfondie ces différents types de
matériaux.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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µ0e
ω = γ LH = H (1.8)
2m
1 M NZe 2
χd = = −µ 0 < r2 > (1.9)
µ0 H 6m
moments ceux-ci seront dirigés au hasard et leur résultante sera nulle. Par contre, si un champ
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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magnétique est appliqué dans le milieu il va tendre à orienter les moments parallèlement à lui-
même. Cette orientation est contrebalancée par l’agitation thermique qui disperse l’orientation
H
des moments. Le moment résultant des N atomes est donc fonction du rapport du champ à
T
la température absolue T.
La susceptibilité magnétique des substances paramagnétiques a été calculée
respectivement par Langevin et Brillouin. L’expression qu’ils ont obtenue est la suivante :
µ 0 Nµ 2 C
χp = = (1.10)
3kT T
I.1.5.1. Définition
Dans une substance ferromagnétique les moments magnétiques d’atomes voisins sont
parallèles entre eux (figure I.2).
Cet alignement des moments est dû au fait qu’il existe une interaction interne appelée
champ d’échange ou champ moléculaire. Ce champ d’échange peut être considéré comme
l’équivalent d’une induction magnétique (BE). Son intensité peut atteindre 103 Tesla. Dans
l’approximation du champ moyen, chaque atome magnétique est donc soumis à un champ
proportionnel à l’aimantation :
BE=λM (1.11)
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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l’aimantation moyenne due à tous les autres. En fait, il ne peut subir que l’influence de ses
proches voisins.
En réalité, le phénomène mis en jeu est plus complexe que cela. En effet, le champ
moléculaire est une approximation de l’interaction d’échange de la mécanique quantique. On
montre que l’énergie d’interaction des atomes i, j portant les spins Si, Sj possède un terme :
L’équation (1.12) est appelée modèle d’Heisenberg. Cette énergie d’échange est due à
l’interaction spin spin des couches non saturées responsables des moments. Elle peut être
positive, négative ou nulle, et elle dépend :
• de la distance entre les atomes voisins comparée au diamètre de la couche électronique
responsable du moment de spin,
Dans l’expression (1.12), Je représente l’intégrale d’échange qui est liée au recouvrement
des distributions de charge des atomes i, j. C’est en fait Je qui est responsable de l’orientation
des moments de spin. Ce terme est très sensible à la distance inter-atomique.
Il existe neuf éléments ferromagnétiques à l’état pur dans la nature : les trois éléments de
transition fer, cobalt et nickel, ainsi que six terre rares (Gd, Tb, Dy, Ho, Er, Tm).
• au-delà d’une certaine température critique (Tc), les ferromagnétiques perdent leurs
propriétés magnétiques caractéristiques et se comportent comme des paramagnétiques.
Ce dernier point peut s’expliquer par le fait que lorsqu’on augmente la température on
augmente aussi l’agitation thermique des atomes : ils deviennent plus mobiles et moins
stables. Ainsi, dans les corps ferromagnétiques, les fluctuations des moments magnétiques
atomiques sont telles, au-delà de la température de Curie, que le corps perd toute organisation
magnétique et devient aussi désordonné qu’un matériau paramagnétique.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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En effet, lorsque la couche est suffisamment mince (épaisseur inférieure à 400 Å), les
champs démagnétisants dans le plan de la couche sont très faibles et la répartition en
domaines, rencontrée dans les matériaux ferromagnétiques massifs, n’est plus
énergétiquement favorable. La couche est alors monodomaine et sous l’action d’un champ
extérieur, le renversement de l’aimantation se fait par rotation cohérente des spins. Par contre,
lorsque l’épaisseur augmente, la configuration en domaines est la plus favorable d’un point de
vue énergétique. Une paroi de Bloch présente toujours une épaisseur très petite devant ses
deux autres dimensions. L’aimantation est dans ce cas parallèle à la paroi et l’énergie de
champ démagnétisant dans la paroi reste très faible. La figure ci-dessous montre la répartition
des spins pour une paroi de Bloch.
Figure I–5 : Répartition des spins dans le cas d’une paroi de Bloch
Pour une couche mince, l’une des dimensions de la paroi peut devenir de l’ordre de
grandeur de l’épaisseur de la couche. Dans ce cas l’énergie de champ démagnétisant de paroi
devient très grande et l’état d’énergie libre minimum correspond à une répartition de
l’aimantation dans la paroi différente de celle dans les parois de Bloch. La rotation de
l’aimantation se fait dans le plan. Cette répartition est caractérisée par les parois de Néel
(figure I.6).
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Figure I–6 : Répartition des spins dans le cas d’une paroi de Néel
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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∆M
la valeur dans l’état démagnétisé. En fait, la courbe d’aimantation dépend beaucoup de
∆H
la pureté de l’échantillon.
Si le champ varie entre deux valeurs extrêmes (-Hm, +Hm), la variation de
l’aimantation n’est plus réversible et décrit un cycle d’hystérésis.
Le champ coercitif représente la valeur du champ à partir de laquelle le retournement
des moments devient possible. Grâce à celui-ci on peut définir deux catégories de matériaux :
• les matériaux à grand champ coercitif (plusieurs centaines de kA/m) s’appellent des
matériaux durs. Ils sont utilisés pour la réalisation d’aimants permanents ou d’éléments de
mémoire,
• par opposition, les matériaux possédants une faible valeur du champ coercitif (quelques
A/m) sont dits doux. Ils constituent des circuits magnétiques pour transformateurs ou des
pièces de blindage magnétique.
I.[Link] Définition
Cette énergie résulte de la structure cristalline elle-même. En effet, les moments des
atomes tendent à s’orienter dans certaines directions dites directions de facile aimantation. Si
un moment atomique est orienté dans une direction différente des directions de facile
aimantation, il possède une certaine énergie potentielle d’anisotropie dépendant de l’angle du
moment avec les directions de facile aimantation. Cette énergie est minimale lorsque le
moment est orienté suivant l’axe de facile aimantation.
Pour un corps ferromagnétique, l’orientation des domaines peut être modifiée par
l’application d’un champ directeur suivant une direction bien déterminée par rapport aux axes
du cristal. Cette orientation des domaines va provoquer une aimantation résultante de
l’ensemble du cristal et la courbe fournissant M en fonction de H pourra être tracée. L’énergie
nécessaire pour amener l’ensemble des moments dans la direction du champ est donnée par :
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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E = ∫ HdM (1.14)
Cette énergie est différente selon l’orientation de H, c’est à dire de M à saturation, par
rapport aux axes du cristal.
Par exemple, l’expression générale de E, pour un système cubique, est de la forme :
où les deux premiers termes suffisent et font apparaître deux constantes K1 et K2. De
plus, α1, α2 et α3 sont les cosinus directeurs de l’aimantation par rapport aux trois axes du
cristal. Le nickel et la plupart des ferrites correspondent à un K1 négatif. Pour les applications
hautes fréquences il faut réduire au maximum K1 de façon à réduire les pertes. A titre
d’exemple, quelques valeurs de K1 sont reportées dans le tableau ci-dessous :
n p (fer) p (cobalt)
1 10 3
2 21 10
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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M
H d = −N (1.17)
µ0
N est un opérateur tensoriel sans dimension ayant une représentation simple dans les
cas où l’aimant a une forme géométrique simple (cylindre, disque, sphère) se rapprochant
d’une forme théorique ellipsoïdale. Pour un corps de forme ellipsoïdale à l’intérieur duquel le
champ démagnétisant est homogène nous avons :
Nx 0 0
N= 0 Ny 0 (1.18)
0 0 Nz
Nx, Ny, Nz sont les composantes de N suivant trois axes de références Ox, Oy, Oz liés
aux axes de symétrie de l’ellipsoïde. Ce champ démagnétisant introduit une anisotropie
supplémentaire, dite de forme, car les composantes du tenseur N ne sont pas égales.
Dans le cas d’un plan parfait, que l’on approche physiquement en utilisant un
échantillon d’épaisseur très faible devant ses autres dimensions (couche mince), l’existence
d’une composante normale de l’aimantation au plan de l’échantillon va être énergétiquement
défavorable, et donc l’aimantation du matériau reste dans ce plan.
I.1.6.1. Définition
Par définition, un matériau ferrimagnétique est un matériau qui possède deux sous-
réseaux qui n’ont pas la même aimantation (figure I.8) : à l’intérieur d’un domaine, les
moments de spins des atomes constituants peuvent être opposés ; le moment résultant étant
positif, négatif ou nul.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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• et des ions métalliques qui se répartissent dans les interstices laissés par les ions oxygénés.
Les interstices laissés par les ions O2-, appelées sites, sont de deux sortes :
• sites A tétraédriques : au centre de quatre ions oxygène,
Une maille cristalline contient 32 ions oxygène et 24 ions métalliques. Aux 32 ions
oxygène correspondent 96 interstices : 64 sites A et 32 sites B. De plus, les 24 ions
métalliques se répartissent entre les différents sites suivant deux types de distribution
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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S’il n’existe qu’une sorte d’ion ferromagnétique (Fe3+ par exemple) nous aurons x ions
occupant des sites A et y ions occupant des sites B, avec x + y = 1. De plus, s’il existe une
interaction entre les sites A et B, les moments des ions sur chacun de ces sites seront
différents. Le moment moyen est donc de la forme :
µ = xµ A + yµ B (1.20)
Si le nombre total d’ions par unité de volume est N1, il existera une aimantation
résultante moyenne :
N 1 µ = xM A + yM B = M (1.21)
hA =
n
[αxM A + εyM B ] (1.24)
µ0
hB =
n
[βyM B + εxM A ] (1.25)
µ0
où n est un nombre positif et ε est égal à –1. De plus, nous constatons que le champ
moléculaire total hA est dû à l’action des ions A (respectivement B) par l’intermédiaire du
facteur nα (respectivement nε).
En éliminant des équations précédentes (1.24) et (1.25) les termes MA, MB, hA et hB on
peut calculer M = χH et on trouve la formule suivante :
1 T 1 σ
= + − (1.26)
χ C χ0 T −θ
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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1
La forme de la courbe représentant est donnée sur la figure I.10.
χ
Sur cette courbe θa est le point de Curie asymptotique et θp est le point de Curie
paramagnétique.
Si θp est négatif la substance est toujours paramagnétique, au contraire si θp est positif
et la température inférieure à θp, elle possède une aimantation rémanente. En effet, dans ce
cas, il apparaît des aimantations spontanées sur les sites A et B. Il y a donc une mise en ordre
des spins au-dessous d’une certaine température.
I.2. Le circulateur intégré [9] [10] [11] [12] [13] [14] [15]
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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• la seconde application se situe dans la fonction d’isolation inter-étages pour masquer une
désadaptation entre deux éléments successifs dans une chaîne d’émission.
Les circulateurs modernes doivent être capables de fonctionner dans une gamme de
température allant de – 40°C à + 85°C, dans une large bande de fréquences, avec de faibles
pertes d’insertions et une bonne isolation.
I.2.2. Propriétés
Pour un circulateur à trois voies, les amplitudes des ondes qui entrent dans la jonction
et celles des ondes qui en sortent sont reliées par la relation matricielle suivante :
[bi]=(Sij)[ai] (1.27)
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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0 0 1
S = 1 0 0 (1.28)
0 1 0
S. S = 1 (1.29)
I.2.3.1. Description
Avant toute chose, nous devons faire certaines hypothèses simplificatrices pour pouvoir
introduire la théorie qui va suivre :
• en l’absence de champ radiofréquence, et en présence du champ magnétique continu, à
l’équilibre, M est constant dans tout le matériau. Le champ démagnétisant statique est le
même dans tout le matériau. Cela impose une forme ellipsoïdale à celui-ci,
• les dimensions de l’échantillon sont faibles vis à vis de la longueur d’onde du champ
microonde excitateur, c’est à dire qu’on négligera tout effet de propagation du champ
d’excitation à l’intérieur de l’échantillon, aussi bien du champ microonde appliqué que du
champ démagnétisant créé,
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Hi = Hz – Nz Ms (1.31)
r r r
M = χ .( H i + hi ) (1.32)
r
dM r r r
= γµ 0 M ∧ ( H i + hi ) + terme d ' amortissement (1.33)
dt
ω = 2πf = γµ 0 [ H r − ( N z − N x ) M s ][ H r − ( N z − N y ) M s ] (1.34)
où :
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Nx Ny Nz ω
Plaquette infinie
0 0 1 γ µ 0 (Hr – Ms)
suivant x et y
Cylindre infiniment
1/2 1/2 0 γ µ 0 (Hr + 0,5 Ms)
long suivant z
A titre indicatif, la valeur du facteur gyromagnétique pour les ferrites est telle que :
r r
M = χH (1.38)
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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r r
B = µ0 µr H (1.39)
µr − jκ 0
µ r = jκ µr 0 (1.40)
0 0 µ rz
les termes µ r et κ peuvent être évalués, mais nous n’entrerons pas dans le détail du
calcul ici.
Pour un ellipsoïde de révolution nous avons χxy = -χyx, ce qui permet de diagonaliser
la matrice [M]. Une base de vecteurs propres est donnée par le vecteur unitaire de l’axe Oz et
les vecteurs unitaires du plan Oxy tournant à la pulsation du champ hyperfréquence, l’un dans
le sens positif (polarisation circulaire positive h+), l’autre en sens négatif (polarisation
circulaire négative h-). Les équations 1.36 et 1.37 s’écrivent alors :
M + = χ+ . h + (1.41)
M− = χ−. h − (1.42)
Pour un matériau ferrite possédant des pertes nous avons aussi bien pour χ + que pour
χ− :
La figure I.13 représente l’évolution des quatre coefficients µ '+ , µ '− , µ '+' et µ '-' en
fonction du champ magnétique continu interne à un matériau de ferrite, pour une fréquence
donnée. Dans le cas où la polarisation de l’onde est circulaire négative, on observe que
µ −' ≈ 1 et que µ −'' ≈ 0 . Cette propriété est à la base des dispositifs non réciproques car il est
possible de trouver des champs statiques H pour lesquels µ +' et µ −' sont suffisamment
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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De plus, au voisinage de la résonance, µ '+' décrit une lorentzienne dont la largeur à mi-
hauteur, notée ∆H, caractérise par définition les pertes magnétiques à la résonance.
Enfin, à partir de la connaissance des valeurs de µ '+' loin de la résonance, on peut
extrapoler une lorentzienne dont la largeur à mi-hauteur, notée ∆Heff, correspond aux pertes
magnétiques hors résonance (figure I.14).
Figure I–13 : Evolution des quatre paramètres µ +’, µ -’, µ +’’ et µ -’’ en fonction du champ
magnétique total interne pour une fréquence donnée
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Le choix du matériau ferrite est conditionné par les performances du dispositif que l’on
souhaite réaliser. La classe des matériaux oxydes ferrimagnétiques (ou ferrites) peut être
subdivisée en quatre principales familles structurales :
• les spinelles MFe2O4 (M = Co, Ni, Zn …)
• les grenats L3Fe5O12 (L : terre rare ou yttrium), dont le plus connu est le grenat d’yttrium
fer (YIG) Y3Fe5O12
Les caractéristiques magnétiques de quelques ferrites sont reportées dans le tableau I.4
suivant :
BaFe12O19 BaFe18O27
Matériau Y3Fe5O12 LiFe5O8
(type M) (type W)
Ms (10-4 Wb/m2) 143 290 382 415
4πMs (Tesla) 0,18 0,364 0,48 0,522
HA (kA/m) 4,2 36 1,35.103 1,51.103
HA (Oe) 53 450 17000 19000
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Nous allons décrire plus précisément les ferrites hexagonaux. Il en existe un grand nombre
dont les plus importants sont :
• l’hexaferrite de baryum de type M (BaFe123+O19), d’anisotropie uniaxiale,
Compte tenu de nos objectifs, nous ne nous intéressons qu’aux hexaferrites de type M
dont la structure cristalline est la même que celle de la magnétoplombite de formule
approximative PbFe7.5Mn3.5Al0.5Ti0.5O19. C’est un empilement compact de couches d’ions
oxygène, certains de ces oxygènes étant substitués par des cations divalents de taille
comparable (Ba2+, Sr2+, Pb2+…).
La structure hexagonale de type M correspond à l’empilement le long de l’axe c de
blocs R, S, R* et S* (figures I.15 et I.16) où R* et S* se déduisent de R et S par une rotation
de 180° autour de l’axe c.
De plus, une représentation de la structure cristalline de la phase M est donnée sur la
figure I.17.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Les ions magnétiques Fe3+ sont situés dans trois types de sites interstitiels :
• deux cations en sites tétraédriques dans le bloc S,
• quatre cations en sites octaédriques dans le bloc S, cinq cations en sites octaédriques dans
le bloc R,
Les diagrammes d’équilibre ont pour but de visualiser de manière précise les domaines
d’existence des diverses phases d’un système chimique, leurs relations et leur variation en
fonction des variables de position (composition chimique) et d’action (pression et
température). Le diagramme de phases concernant l’hexaferrite de baryum est donné sur la
figure I.18.
(1)
(2)
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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En général, les ferrites hexagonaux sont ferrimagnétiques. Ce qui les distingue des
autres ferrites c’est qu’ils possèdent une forte aimantation à saturation et une forte anisotropie
magnétocristalline selon l’axe c.
S 2 4 -
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Le moment magnétique des ions Fe3+ est de cinq magnétons de Bohr (µ B) au zéro
absolu. Donc, pour une molécule de BaFe12O19 tous les spins étant colinéaires, l’aimantation
résultante est de :
5 * (3 + 4 + 1 - 2 - 2) = 20 µ B à 0 K
d’où un moment magnétique de 0,66 Tesla.
Sur la figure I.19 est représentée l’évolution du moment magnétique à
saturation en fonction de la température.
Nous constatons que l’aimantation décroît à peu près linéairement pour une plage de
température variant de –73°C à 327°C. Cela est dû à la prépondérance des interactions entre
ions placés en sites octaédriques. De plus, la température de Curie est de 450°C et le moment
magnétique est égal à 0,48 Tesla pour une température de 20°C.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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soit aligné suivant une direction de difficile aimantation. Dans le cas d’un cristal de symétrie
hexagonale, cette énergie s’écrit :
EA = K1 sin2θ. (1.45)
De même, le champ d’anisotropie est le champ qu’il faut appliquer pour écarter le
moment magnétique de la direction de facile aimantation. Son expression est de la forme :
2 K1
HA = (1.46)
µ0M s
La valeur qui existe réellement est l’énergie. Dans l’expression de HA seul le terme K1
a une réalité physique. Ce champ permet seulement de rendre compte de l’énergie.
Sur la figure I.20 est reportée l’évolution du champ d’anisotropie en fonction de la
température.
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Figure I–21 : Vue en coupe d’un circulateur réalisé avec une sphère de ferrite
En effet, cette géométrie est plus facile à réaliser. De plus, une sphère de ferrite n’a
pas besoin d’un champ magnétisant aussi important que celui nécessaire pour un disque. Les
performances de ce type de circulateurs ont été évaluées. Les mesures ont été réalisées en
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Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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utilisant une sphère de ferrite de Nickel Zinc ayant un diamètre de 2 mm, une aimantation à
saturation valant 0,5 Tesla et une constante diélectrique relative (εr) de 13,5. Dans ces
conditions, la fréquence de circulation mesurée est de 37,5 GHz. De plus, il a été obtenu une
isolation de 15 dB sur une plage valant 1 GHz autour de cette fréquence. D’autres essais ont
été menés en faisant varier le diamètre de la sphère. Les résultats sont regroupés dans le
tableau I.6 suivant.
Jusqu’à présent l’isolation mesurée n’est pas suffisante pour la réalisation d’un
circulateur. En effet, dans tous les cas, elle est à peine supérieure à 13 dB alors qu’idéalement
elle devrait être proche de 30 dB.
En conclusion d’autres études doivent être menées pour améliorer les performances de
tels dispositifs.
Une autre solution pour éliminer ce problème technologique est de remplacer le disque
de ferrite massif par une couche. Le but, ici, est donc de réaliser des circuits intégrés
monolithiques microondes sur GaAs. Le fait que les circuits soient réalisés sur GaAs entraîne
une limitation au niveau de la température. En effet, celle-ci ne doit pas excéder 900°C, sous
peine d’endommager le substrat si un recuit à haute température est nécessaire.
Nous allons présenter ici les résultats relatifs à la réalisation d’un circulateur intégré
fonctionnant dans la bande X (de 8 à 12,5 GHz). Les couches de ferrite sont réalisées par laser
pulsé sur substrat silicium. En effet, cette technique permet d’obtenir des couches possédant
de bonnes propriétés magnétiques et diélectriques à des vitesses relativement importantes
(> 5 µm/h). De plus, afin de minimiser les craquelures dues à la différence de coefficients de
dilatation thermique qui existe entre le substrat silicium et la couche de ferrite, une sous-
couche d’or d’épaisseur supérieure à 5 µm a été déposée. Le ferrite utilisé est un ferrite de
YIG. Les couches ainsi obtenues sont ensuite recuites à 850°C pendant 20 secondes. Enfin,
l’épaisseur déposée avoisine 80 µm.
Dans ces conditions les pertes d’insertion (S21) minimales mesurées sur le circulateur
sont de 3 dB et restent inférieures à 5 dB dans une gamme de fréquences allant de 6,2 à
45
Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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11,5 GHz. Quant aux valeurs de l’isolation (S12), elles sont supérieures à 11 dB. Les valeurs
élevées des pertes sont dues à la rugosité des couches, aux craquelures, ainsi qu’à l’épaisseur
déposée. En effet, en théorie, l’épaisseur qui permet d’obtenir les pertes minimales (<1dB) est
de 100 µm.
Des simulations ont montré que les pertes diminuent lorsque l’épaisseur de la
couche augmente. Cela est visible sur la figure I.22 qui représente l’évolution des pertes
d’insertion en fonction de l’épaisseur pour différents ferrites et à certaines fréquences. A titre
d’exemple, pour le BaM, aux alentours de 70 GHz, une épaisseur comprise entre 50 et 100
µm est nécessaire afin de minimiser les pertes.
Figure I–22 : Evolution des pertes d’insertion en fonction de l’épaisseur des couches
46
Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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influences d’un recuit et de la température des substrats sur les propriétés magnétiques des
couches ainsi obtenues. Après optimisation de ces deux paramètres ils ont retrouvé sur leurs
dépôts les mêmes caractéristiques magnétiques que sur le massif.
I.5. Conclusion
Comme nous venons de le voir l’hexaferrite de baryum est l’un des principaux
candidats pour la réalisation de dispositifs hyperfréquences. En effet, il possède une forte
47
Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Dans le chapitre suivant, nous allons présenter la technique de dépôt et les différents
moyens de caractérisation que nous avons utilisés durant notre étude.
48
Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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Bibliographie du chapitre I
49
Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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50
Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
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[20] ADAM J. D., BUHAY H., DANIEL M. R., DRIVER M. C., ELDRIDGE G. W.,
HANES M. H., MESSHAM R. L.
Monolithic integration of an X-band circulator with GaAs MMICs, IEEE MTT-S Digest,
1995, pp 97 – 98.
[21] WEBB D. C.
Design and fabrication of low-cost ferrite circulator, Naval Research Laboratory,
Washington DC.
51
Chapitre I : Le magnétisme et ses applications
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
[26] BAYARD B., CHATELON J. P., LE BERRE M., JOISTEN H., ROUSSEAU J. J.,
BARBIER
The effects of deposition and annealing conditions on crystallographic properties of
sputtered barium ferrite thick films, Sensors and Actuators A: Physical, 2002, Vol. 99, pp
207-212.
52
CHAPITRE II :
Dispositif expérimental de dépôt et moyens de
caractérisation des couches
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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Le schéma général du dispositif expérimental est représenté sur la figure II.1 (page
suivante).
Le système de la partie inférieure étant plus puissant que celui de la partie supérieure,
il est nécessaire d’ouvrir la soupape de communication entre ces deux niveaux afin d’abaisser
la durée totale du pompage.
des dépôts tests. Cette calibration n'est évidemment valable que pour les conditions
particulières dans lesquelles elle s'est déroulée. Il est donc très important que ces conditions
soient reproduites lors des évaporations ultérieures : pression résiduelle ; positions relatives de
la tête de mesure, du substrat et de la source d’évaporation ; température du creuset et des
substrats ; vitesse de croissance de la couche ; etc.
Le bloc canon à électrons, qui est placé dans la partie inférieure de l’enceinte, est
représenté sur la figure II.2 ci-dessous.
puissance est appliquée à la cathode par l’intermédiaire d’un adaptateur d’impédance afin de
minimiser la puissance réfléchie.
Durant notre étude, nous avons utilisé une décharge électrique uniquement pour
réaliser un nettoyage des substrats avant la phase de dépôt.
Après introduction dans l’enceinte d’un gaz neutre (argon) à pression suffisante, une
décharge électrique est créée entre la cathode (sur laquelle sont fixés les substrats) et le reste
de l’enceinte mis à la masse. Pour améliorer la réactivité des espèces mises en jeu, nous
chauffons un filament en tungstène par effet joule. Ce filament émet donc des électrons
conduisant à l’ionisation des atomes du gaz support de la décharge.
Dans ce montage, les substrats peuvent être chauffés par conduction grâce à un
élément chauffant de type SEI 20/50. Ces éléments chauffants à gaine alliage INCONEL sont
utilisables depuis les températures cryogéniques jusqu’à plus de 1000°C. La température est
lue à l’aide d’un thermocouple de type K (chromel-alumel) placé derrière les substrats. Le
porte-échantillons et le solénoïde sont refroidis grâce à une circulation d’eau. La position du
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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Figure II–5 : Tracé de l’induction magnétique créée au niveau des substrats en fonction de
l’intensité du courant
D’après ce graphique l’induction varie entre 0,01 et 0,05 Tesla pour un courant
compris entre 1 et 5 A. Ces valeurs peuvent être considérées comme importantes pour les
domaines magnétiques des couches de BaFe12O19 [2].
Enfin, comme on peut le voir sur la figure II.4, cette induction est normale au porte-
substrats.
Des pastilles cylindriques de ferrite sont réparties sur le fond du creuset. Lorsque la
pression dans la partie inférieure de l’enceinte atteint approximativement la valeur de 10-4 Pa,
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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ces pastilles sont fondues progressivement en faisant varier la puissance du canon entre 0 et
2,5 kW. Durant cette phase, il est nécessaire de positionner le cache rotatif au dessus du
creuset afin d’éviter tout dépôt sur les substrats. Au final, le lingot doit posséder une surface
homogène et légèrement convexe afin d’éviter les projections pendant la phase de dépôt.
Un lingot neuf est réalisé avant chaque dépôt afin de se placer dans les mêmes
conditions d’évaporation d’un dépôt à l’autre.
puissance rf réfléchie : Pr = 0 W
Le microscope que nous utilisons est un Philips XL20 équipé d’un système d’analyse
de composition par dispersion en énergie des rayons X (E.D.X).
Le microscope électronique à balayage n’est pas un microscope conventionnel, dans le
sens optique du terme, avec formation d’une image stigmatique par une lentille objectif. Sa
technique de formation d’image est proche de celle utilisée en télévision, avec formation
d’une image séquentielle. Dans un M.E.B., le faisceau d’électrons balaie l’échantillon.
Une représentation schématique du M.E.B. est donnée sur la figure II.6.
(1) système de déflexion-balayage
(2) objectif
(3) préparation sur porte-objet
goniométrique
(4) détecteur d’électrons à
scintillateur
(5) détecteur d’électrons
rétrodiffusés à semi-conducteur
(6) spectromètre de rayons X à
dispersion d’énergie Si(Li)
(7) mesure du courant absorbé
(8) électronique de commande,
d’exploitation et de visualisation
des images et spectres
système d’analyse E.D.X. L’analyse par dispersion en énergie des rayons X permet
d’identifier les éléments constituant l’échantillon. C’est une méthode quantitative. La
répartition en surface des éléments dans la couche peut également être déterminée.
Dans ce montage la source est fixe, l’échantillon tourne sur lui-même avec une vitesse
ω tandis que le détecteur se déplace à la vitesse 2ω sur un cercle, centré sur l’échantillon,
appelé cercle goniométrique. Le détecteur, placé en 2θ, enregistre à tout instant les raies de
diffraction correspondant à l’angle θ. Ici les plans qui diffractent sont ceux parallèles à la
surface du dépôt.
(1)
GUINEBRETIERE René, Radiocristallographie sur échantillons polycristallins, cours de DEA, Ecole Nationale
Supérieure de Céramiques Industrielles (E.N.S.C.I.) de Limoges, 2002, pp 62-69.
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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Les plans sont repérés par les indices de Miller (hkl). A chaque plan correspond une
distance inter-réticulaire vérifiant la condition de Bragg suivante :
2 dhkl sinθ = n λ
avec : θ : angle de diffraction,
λ : longueur d’onde du faisceau X (λ = 1,5406 Å),
n : nombre entier,
dhkl : espacement des plans réticulaires appartenant à une même famille.
L’identification de la phase, ou des phases cristallines présentes dans le matériau, se
fait en comparant les angles 2θ et les intensité relatives obtenus pour chaque raie à partir du
diagramme expérimental, avec un fichier de référence. Un premier fichier a été établi par
l’American Society for Testing Materials (ASTM) dès 1942, plusieurs modifications ont
ensuite eu lieu. En 1969, le Joint Committee on Powder Diffraction Standards (JCPDS) fut
chargé de la mise à jour continue de ce fichier. Depuis 1977, ce comité a pris le nom
d’International Center for Diffraction Data (ICDD).
Ainsi, à chaque phase connue on associe une fiche qui constitue une sorte de carte
d’identité de cette phase. A titre d’exemple la fiche JCPDS de l’hexaferrite de baryum est
donnée sur la figure II.12.
Figure II–12 :
Fiche JCPDS
de la phase
BaFe12O19
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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Cette fiche comporte pour chaque raie caractéristique, les valeurs des angles 2θ (1),
des intensités intégrées (2) et des indices de Miller (3).
Ce type de montage est celui qui est le plus souvent rencontré. Cependant, il présente
un inconvénient important. En effet, dans un tel montage l’échantillon est en rotation et
lorsqu’il est pulvérulent, il peut tomber quand l’angle de rotation devient trop important.
Durant nos différentes études, les diagrammes de diffraction ont été réalisés sur une
plage angulaire 2θ variant entre 12 et 80° avec un pas de 0,02° car c’est dans ce domaine
angulaire que sont situés les pics caractéristiques du ferrite massif.
faisceau est donné sur la figure II.14. Ce monochromateur permet de résoudre le doublet
Kα1 - Kα2.
Durant nos différentes études nous avons utilisé un montage en transmission.
Le « zéro » sert de référence pour comparer les films obtenus avec des fiches
théoriques. Cela permet d’identifier les phases présentes.
Les chambres de Guinier sont des diffractomètres qui présentent une très bonne
résolution angulaire. Le principal inconvénient pour nous est que ces analyses ne permettent
pas d’observer les orientations sur les couches. Elles indiquent seulement la présence de
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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phases mais doivent être couplées à un diffractomètre de type Bragg-Brentano pour observer
les éventuelles orientations préférentielles.
Les propriétés magnétiques des couches sont mesurées à l’aide d’un hystérésismètre
M2100. Les échantillons sont soumis à un champ appliqué à la fréquence industrielle de 50
Hz, produit par un bobinage primaire approprié. Le principe général alors utilisé est basé sur
la loi de l’induction électromagnétique : toute variation du flux φ coupé par une bobine
produit dans celle-ci une tension induite proportionnelle à dφ/dt. Si l’on sait mesurer cette
tension en fonction de l’excitation qui produit la variation de flux, on peut remonter par
intégration à la valeur de l’aimantation et donc tracer le cycle d’hystérésis. Une description
succincte de l’hystérésismètre utilisé est donnée sur la figure II.16.
(1)
CAGAN Vladimir, Mesures des paramètres magnétiques fondamentaux des matériaux ferromagnétiques ou
ferrimagnétiques, Versailles, Laboratoire de Magnétisme et d’optique de Versailles, 1997, pp 117-126.
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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L’épaisseur des couches est mesurée à l’aide d’un profilomètre DEKTAK IIA. Cet
appareil permet de mesurer avec une très grande précision des hauteurs de relief inférieures à
50 Å. L’échantillon se déplace sous un stylet à pointe diamantée dont les variations verticales
traduisant le profil du dépôt sont transformées en tensions électriques à l’aide d’un
transformateur différentiel. Un convertisseur analogique / numérique stocke alors les résultats
sous forme numérique, puis les informations sont visualisées sur l’écran vidéo et peuvent être
tracées sur papier thermique.
Avant la phase de dépôt, un substrat en verre est placé sur le porte-échantillons de telle
sorte que la moitié de sa surface soit protégée (figure II.18 (a)). L’épaisseur de ferrite
déposée est donc évaluée en mesurant la hauteur de la marche obtenue après dépôt (figure
II.18 (b)).
A titre d’exemple un profil d’épaisseur est donné sur la figure II.19 ci-dessous. Ici
l’épaisseur mesurée est peu différente de 12,6 µm.
Figure II–19 :
Exemple de mesure
d’épaisseur
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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La Spectrométrie de Masse des Ions Secondaires (SIMS) est une technique d’analyse
physico-chimique à très grande sensibilité. Le principe de cette analyse consiste à bombarder
la surface de l’échantillon avec un faisceau d’ions, appelés ions primaires, de quelques keV.
Sous l’effet de ce bombardement, il y a pulvérisation de la matière (érosion ionique) et
diverses particules secondaires sont alors émises de la surface : électrons, photons, atomes et
molécules neutres, atomes et molécules excités, ions. La figure II.20, donne une
représentation schématique du phénomène.
La technique SIMS analyse alors, par spectrométrie de masse, les ions secondaires
issus de la pulvérisation.
En ce qui nous concerne, nous avons utilisé cette technique pour effectuer des profils
de concentration en fonction de la profondeur. A titre d’exemple, un profil de concentration
est donné sur la figure II.21 ci-dessous.
Figure II–21 :
Profil de
concentration
en profondeur
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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La densité des ions primaires étant variable, cela permet d’obtenir une large gamme en
profondeur d’analyse (de 1 nm à 20 µm). Ces analyses ont été réalisées au laboratoire de
recherches sur la réactivité des solides à Dijon.
Dans ce chapitre, nous avons présenté la technique de dépôt et les différents moyens
de caractérisation que nous avons utilisés. Nous allons maintenant exposer dans le chapitre
III, les résultats expérimentaux que nous avons obtenus concernant l’hexaferrite de baryum.
Chapitre II : Dispositif expérimental de dépôt et moyens de caractérisation des couches
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Bibliographie du chapitre II
[2] JI Z. G.
Copper phthalocyanine film grown by vacuum deposition under magnetic field, Thin
Solid Films, 2002, 402, pp 79 – 82.
III.1. Introduction
L’objectif de cette étude est la réalisation d’un circulateur intégré fonctionnant aux
alentours de 70 GHz. En effet, la transmission locale des informations par ondes radio s’est
vue attribuer une bande de fréquence autour de 60 GHz. De même, un autre domaine
d’application pourrait être les radars anticollision pour l’automobile, avec un fonctionnement
à 77 GHz.
Comme nous l’avons dit au chapitre I, à de telles fréquences, pour minimiser les pertes au
niveau du circulateur il est nécessaire de réaliser des couches épaisses de ferrites (1)
.
Cependant, à l’heure actuelle, peu d’études ont été publiées sur ce thème de recherche. Afin
de fixer les objectifs à atteindre, nous nous sommes appuyés sur un rapport interne au Naval
Research Laboratory (1), publié par Denis C. WEBB, aux Etats Unis. Les grandes lignes de ce
rapport sont reportées dans le tableau III.1 suivant.
objectif acceptable
Propriétés physiques
Epaisseur 100 µm 50 µm
Adhérence ( Test du scotch) 100 % 50 %
Fissures aucune fissures entraînant une
réduction maximale de 20%
de l’intensité d’aimantation
Paramètres de dépôt
Température des substrats 300°C 600°C
Température de recuit pas de recuit recuit rapide < 850°C
Paramètres du matériau
Intensité d’aimantation à saturation 0,25 – 0,5 T 0,15 – 0,5 T
Largeur de raie de gyrorésonance 16 kA/m 40 kA/m
Tangente de pertes magnétiques 0,001 0,01
placé dans un champ magnétique, conserve son aimantation (ferrite dur). Donc, ce ferrite à
forte anisotropie, peut à la fois remplir la fonction circulation et la fonction polarisation
magnétique, au sein du circulateur.
Une étude systématique de tous les paramètres de dépôt a été réalisée, et nous avons
observé leurs influences respectives sur les différentes propriétés des couches.
Ce chapitre se subdivise en trois grandes parties distinctes. Tout d’abord, nous allons
dresser un rapide bilan des travaux sur le sujet, déjà effectués au sein de l’équipe. En effet, les
premiers résultats ont fait l’objet de la thèse d’Ibrahima WANE, soutenue en juillet 2000.
Ensuite, nous allons décrire et interpréter les résultats obtenus lors de l’étude des paramètres
de dépôt : température des substrats, vitesse de dépôt, épaisseur déposée … Enfin, nous
conclurons et présenterons les perspectives.
Ce diagramme montre clairement que le ferrite massif que nous utilisons pour la
réalisation des couches n’est pas orienté. De plus, on remarque qu’il ne possède que deux pics
présentant l’orientation souhaitée (00l ) : (006) et (008).
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Ce même ferrite a été analysé à l’aide d’une chambre de Guinier. Le résultat est
reporté sur la figure III.2. Si l’on superpose le film obtenu avec la fiche théorique
correspondant à la phase BaFe12O19, nous constatons qu’il y a concordance entre les deux.
Cela montre bien la présence d’une phase unique : BaFe12O19.
De plus, ce film nous servira de référence pour montrer l’existence de mélanges
biphasés dans certaines des couches réalisées.
Toutes ces grandeurs ont été évaluées à partir des cycles de la figure III.3. Dans ce
tableau, il est important de remarquer que les valeurs du champ coercitif mesurées par
application d’un champ parallèle ou perpendiculaire à la surface sont identiques. Cela traduit
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
bien le fait qu’à l’état massif le matériau est isotrope et ne possède donc pas d’orientation
préférentielle. Ces résultats sont en accord avec le diagramme de diffraction obtenu au
paragraphe III.2.1.
Figure III–3 : Cycles d’hystérésis du ferrite de baryum massif mesurés en champ parallèle et
en champ perpendiculaire
Des analyses E.D.X ont été réalisées sur trois pastilles et à deux endroits différents sur
chacune d’elles, en appliquant une tension d’accélération de 20 kV. Nous avons alors obtenu
les valeurs suivantes :
En moyenne nous mesurons donc un rapport Fer / Baryum proche de 11. Compte tenu
des imprécisions sur les mesures (≈ 10 % ) , nous pouvons dire que ces résultats sont en accord
avec la formule théorique qui conduit à un rapport molaire de 12. Afin de vérifier ce résultat
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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nous avons fait procéder à une analyse chimique d’une pastille au service central d’analyse du
CNRS de Vernaison. Les résultats obtenus sont regroupés dans le tableau III.4.
Ba % Fe %
11,47 57,06
Tableau III–4 : Analyse chimique d’une pastille (‘%’ = grammes pour 100 grammes)
Ici, les mesures sont réalisées après avoir réduit la pastille sous forme de poudre. Donc,
contrairement aux analyses EDX, ce type d’analyses permet d’obtenir une composition
chimique sur la totalité de la pastille. A partir de là nous pouvons déduire le rapport molaire
57,06
Fe 56 = 12,26 . Ce résultat
entre le fer et le baryum de la façon suivante : =
Ba molaire 11,47
138
confirme bien ceux obtenus par EDX et montre que le rapport Fer / Baryum mesuré est très
voisin du rapport théorique (Fe/Ba ≈ 12).
III.3. Bilan des résultats obtenus durant la thèse d’Ibrahima WANE [1]
Les travaux d’Ibrahima Wane ont débuté par l’étude d’un autre ferrite « dur » :
l’hexaferrite de strontium (SrFe12O19). Les résultats ont montré que les dépôts possèdent une
grande intensité d’aimantation à saturation (jusqu’à 0,6 Tesla) et un rapport de rémanence
proche de 0,5, et ceci, sans recuit thermique. Cependant, les valeurs du champ coercitif restent
faibles, puisqu’il est au maximum égal à 40 kA/m. De plus, les couches réalisées sont très
largement déficitaires en strontium. Cela implique que, malgré une étude systématique de
l’influence de tous les paramètres de dépôt, la phase de l’hexaferrite de strontium n’est pas
formée ; ce qui explique pourquoi les couches possèdent des propriétés magnétiques
différentes de celles du ferrite massif (tableau III.5).
Dans un second temps, une étude a été menée sur un autre ferrite « dur » : l’hexaferrite de
baryum (BaFe12O19). Les tout premiers dépôts d’hexaferrite de baryum réalisés sous vide
(≈ 0,2 Pa) et à une température de substrats de 400°C ont montré qu’aux faibles vitesses de
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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dépôt (≤ 7 µm/h) les couches sont amorphes. Lorsque la vitesse de dépôt devient plus
importante nous observons une cristallisation suivant la phase de la wüstite (FeO). Cela est dû
à la présence du fer divalent résultant de la réduction du fer trivalent aux basses pressions [2],
ainsi qu’au manque d’oxygène dans les couches [3]. Par la suite, tous les dépôts ont donc été
réalisés sous atmosphère pure d’oxygène.
Il est apparu qu’en modifiant les paramètres de dépôt (notamment la vitesse
d’évaporation), nous pouvons faire varier le rapport Fer / Baryum et ainsi obtenir la bonne
stœchiométrie (Fe/Ba ≈ 12).
De plus, lorsque la température des substrats est inférieure à 700°C, les couches sont
amorphes ou mal cristallisées. Par contre, à 700°C, les dépôts cristallisent majoritairement
suivant la phase de l’hexaferrite de baryum massif et présentent une orientation préférentielle
dans le plan (hk0).
Durant cette thèse, les valeurs du champ coercitif mesurées sur les couches ont été
comprises entre 75 et 350 kA/m. En ce qui concerne l’intensité d’aimantation à saturation,
elle a varié entre 0,13 et 0,24 Tesla. Il faut noter que ces valeurs restent inférieures à celle
mesurée sur le ferrite massif (0,39 Tesla) mais sont acceptables compte tenu de l’application
visée.
Enfin, il est apparu que la composition du lingot variait d’un dépôt à l’autre et qu’il était
donc difficile de comparer les résultats obtenus. Dans ces conditions, l’influence des
différents paramètres de dépôt sur les propriétés des films n’a pu être étudiée durant la thèse
d’Ibrahima Wane.
Le ferrite de baryum est déposé au-dessus de cette couche d’or. Ces sous-couches sont
réalisées par pulvérisation cathodique magnétron au sein du laboratoire, et font l’objet d’une
partie de la thèse d’Emmanuel Briney.
La couche de titane de 200 nm d’épaisseur sert à améliorer l’adhérence entre la sous-
couche métallique et le substrat. Elle joue aussi le rôle de barrière anti-diffusion entre l’or et
le silicium. Quant à la couche d’or (800 nm), elle permet de réduire les contraintes au sein de
la couche de ferrite.
Cependant, de nombreuses fissures restent visibles sur la surface des dépôts. Elles sont
dues aux contraintes thermiques résultant de la différence de coefficients de dilatation
thermique entre le ferrite et le substrat, ainsi que l’illustre le tableau III.6 qui regroupe les
coefficients pour différents matériaux massifs [6].
La couche d’or servira aussi de plan de masse inférieur au niveau du circulateur intégré.
En effet, l’or possède une grande conductivité (0,452.108 S/m) ce qui en fait le candidat idéal
pour l’application visée. Le schéma de principe d’un circulateur intégré est donné ci-après :
Figure III–5 : Schéma de principe d’un circulateur intégré avec des accès en technologie
coplanaire
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Toutes nos études ont donc été menées sur des dépôts réalisés sur une sous-couche de
Titane / Or.
En s’appuyant sur les premiers résultats obtenus par Ibrahima Wane, mes travaux de
thèse ont porté sur l’étude systématique de l’influence de tous les paramètres de dépôt
(température des substrats, vitesse de dépôt, épaisseur des couches…) sur les propriétés des
films d’hexaferrite de baryum. Ce sont ces différents résultats que nous allons présenter
maintenant.
Durant cette étude nous avons fait varier la température des substrats entre 100°C et
700°C tout en maintenant une pression constante (0,46 Pa) dans la partie haute de l’enceinte.
En effet, comme nous l’avons dit précédemment (chapitre II, figure II.1), la pression dans
l’enceinte de dépôt ne doit pas être trop faible pour éviter la réduction du fer trivalent en fer
divalent. Dans un même temps, il existe une pression limite supérieure (0,46 Pa) qui est
imposée par la pression limite de fonctionnement du canon à électrons
(Pcanon limite ≈ 2.10-2 Pa). Dans ce chapitre, tous les dépôts ont donc été réalisés sous une
atmosphère pure d’oxygène à une pression de 0,46 Pa. Dans cette partie, les films ont tous une
épaisseur proche de 20 µm.
Toutes les couches ainsi obtenues ont ensuite été recuites. Les recuits post-dépôt sont
réalisés dans les conditions suivantes :
• rampe de montée : 600°C / heure,
• température du palier : 850°C,
• durée du palier : 2 heures,
• rampe de descente : 600°C / heure,
• pression d’oxygène : 0,1 Pa.
Dans cette partie, nous présentons les résultats obtenus pour deux vitesses de dépôt :
10 µm/h et 20 µm/h. Les couches qui sont réalisées à une température de 100°C ne sont pas
adhérentes et n’ont donc pas pu être caractérisées. Cela est visible sur la figure III.6 qui
montre l’état de surface d’un dépôt non recuit, obtenu dans les conditions suivantes :
• vitesse de dépôt : 10 µm/h,
• température des substrats : 100°C,
• épaisseur du dépôt : 20 µm,
• pression dans la partie haute de l’enceinte : 0,46 Pa.
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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La figure III.7 présente les diagrammes de diffraction obtenus sur des couches réalisées
à une vitesse de 10 µm/h avec différentes températures de substrats.
Il apparaît que les dépôts effectués à des températures inférieures à 700°C sont
amorphes ou très mal cristallisés. En effet, sur les différents diagrammes seuls sont présents
les pics caractéristiques du silicium (2θ = 69,132°) et de la sous-couche d’or. Cependant, sur
les diagrammes que nous présentons ici nous n’avons pas visualisé le pic du silicium afin
d’éviter de saturer le détecteur. Nous constatons aussi la présence de la phase spinelle
BaFe2O4 qui est non magnétique. La présence de cette phase a été confirmée à l’aide
d’analyses réalisées dans une chambre de Guinier. D’après la littérature, l’apparition de cette
phase est liée au fait que les couches ne présentent pas la composition du ferrite massif
(Fe/Ba ≈ 12). Ce phénomène a été mis en évidence dans le cas de poudres [7]. Les travaux de
M. Koleva et al. ont aussi montré la présence de cette phase secondaire pour des couches
réalisées par laser pulsé et ne possédant pas la bonne composition [8]. Cela peut s’expliquer à
l’aide du diagramme de phases (figure III.8) qui montre qu’hors stœchiométrie (Fe/Ba ≠ 12),
il y a apparition de mélanges biphasés. Cependant, ce diagramme à lui seul ne permet pas
d’expliquer pourquoi ce mélange de phases n’est présent que sur certains dépôts alors que le
rapport Fer / Baryum est quasiment toujours différent de 12.
Enfin, tous ces dépôts étant amorphes ou très mal cristallisés, ils ne sont pas
magnétiques à l’hystérésismètre.
Figure III–7 : Diagrammes de diffraction de dépôts réalisés à 10 µm/h et à différentes températures
* Phase BaFe2O4
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Comme l’indique la figure III.7, à 700°C, les dépôts sont cristallisés et nous observons
une orientation préférentielle dans le plan. En effet, les pics présents sur le diagramme sont les
suivants : (110), (200), (300) et (220).
Lorsque la vitesse de dépôt vaut 20 µm/h, nous observons exactement les mêmes
phénomènes. En effet, seules les couches réalisées à 700°C sont cristallisées, et elles
présentent toujours une orientation préférentielle dans le plan.
Après recuit, pour une vitesse de dépôt de 10 µm/h, quelle que soit la température des
substrats, les couches cristallisent majoritairement suivant la phase de l’hexaferrite de baryum
massif. A 700°C, nous constatons qu’il existe toujours une orientation préférentielle dans le
plan de la couche. La figure III.9 représente le diagramme de diffraction d’un dépôt réalisé à
700°C et recuit.
87
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nous allons maintenant nous attacher à présenter les différents résultats concernant les
propriétés magnétiques.
D’après les résultats obtenus précédemment, seules les couches réalisées à une
température de 700°C sont cristallisées avant recuit. Celles-ci sont donc magnétiques et nous
avons pu mesurer les propriétés magnétiques regroupées dans le tableau III.7.
88
Figure III–10 : Diagrammes de diffraction de dépôts recuits, réalisés à 20 µm/h et à différentes températures de substrats
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Sur ce graphe, nous constatons que le champ coercitif décroît lorsque la température
augmente. Sa valeur varie entre 92 kA/m et 267 kA/m. Cela est en accord avec la littérature.
En effet, d’après le diagramme de Movchan et Demchishin (figure III.12) [10] nous savons
que lors de la réalisation de couches plus la température est importante et plus les grains sont
gros. Or le champ coercitif est lié à la taille de ces grains [11][12][13]. En effet, comme nous
l’avons dit au chapitre I, afin de minimiser l’énergie magnétostatique la matière se subdivise
naturellement en domaines. Dès lors, comme le montre la figure III.13, il existe trois
configurations magnétiques possibles :
• les particules les plus fines sont superparamagnétiques, c’est à dire que les forces
d’échange maintenant les spins alignés suivant une direction cristallographique peuvent
être inférieures aux forces résultant de l’agitation thermique,
• les grains les plus gros sont constitués de plusieurs domaines magnétiques. Comme nous
l’avons dit dans le premier chapitre, ces domaines sont séparés par des parois qu’une
énergie relativement faible va pouvoir déplacer, entraînant ainsi le renversement de
l’aimantation pour des valeurs de champ appliqué peu élevées,
90
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
• enfin, étant donné qu’une paroi de Bloch a une dimension finie, les particules de tailles
intermédiaires sont monodomaines (c’est notamment le cas des poudres ferromagnétiques
qui ont un cycle d’hystérésis rectangulaire avec un champ coercitif important). C’est cette
configuration qui est la plus intéressante pour nous.
Les tailles limites inférieures et supérieures des particules monodomaines sont difficiles à
préciser, mais il est admis qu’elles se situent respectivement à 15 nm et 1 µm environ. Les
couches que nous réalisons possèdent des grains de taille supérieure. En effet, dans tous les
cas les tailles de grains mesurées sont comprises entre 1 et 3,5 µm. Nous nous trouvons donc
dans la configuration multidomaines et dans ce cas le champ coercitif est d’autant plus
important que les grains sont petits. Il s’agit bien du phénomène traduit par la courbe de la
figure III.11.
De plus, lorsque l’on augmente la température des substrats on améliore la qualité des
couches en réduisant la concentration des défauts. Or ces défauts peuvent causer
l’immobilisation des parois des domaines et donc augmenter la valeur du champ coercitif
[14].
Figure III–12 : Diagramme M-D des zones structurelles de matériaux condensés sous vide en
fonction de la température de dépôt (T) et du point de fusion (Tm) du condensat (en degrés
absolus)
91
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Si l’on augmente la vitesse de dépôt (Vd ≈ 20 µm/h) et que l’on fait varier la
température des substrats, les valeurs du champ coercitif mesurées sur les couches sont plus
faibles. Les différents résultats sont regroupés dans le tableau III.8.
Compte tenu des imprécisions sur les mesures, nous pouvons dire que l’intensité
d’aimantation à saturation est indépendante de la température à laquelle sont chauffés les
substrats. En effet, quelle que soit la température, Js a une valeur proche de 0,2 Tesla. Cette
92
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
valeur est acceptable pour l’application visée (0,15 Tesla). Cependant elle reste inférieure à
celle mesurée sur le ferrite massif (0,39 Tesla). Il existe au moins deux causes à cela :
tout d’abord, durant la procédure de recuit à haute température, des éléments de la sous-
couche diffusent dans le ferrite et inversement du fer et du baryum diffusent dans la sous-
couche. Ce phénomène d’interdiffusion entraîne la formation d’une couche tampon non
magnétique à l’interface ferrite-substrat et donc une réduction de la valeur de Js [15]. Ce
phénomène peut également se produire pendant la phase de dépôt.
ensuite, comme nous l’avons vu au paragraphe III.4.1., la présence de la phase spinelle non
magnétique (BaFe2O4) peut aussi faire chuter la valeur de l’aimantation à saturation.
Pour une vitesse plus importante (Vd ≈ 20 µm/h), les valeurs de l’intensité d’aimantation à
saturation mesurées sur les couches, sont voisines de celles obtenues à 10 µm/h. Ces
différents résultats sont regroupés dans le tableau III.9 :
93
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Figure III–15 : Photos M.E.B. de deux dépôts, l’un réalisé à une température de 500°C (a) et
le second à 700°C (b)
La photographie (b) obtenue sur un dépôt réalisé à 700°C est bien en accord avec les
résultats cristallographiques précédents. En effet, la forme et la disposition des grains que l’on
observe sont typiques d’une orientation cristallographique dans le plan de la couche [16].
Autrement dit, cette photographie montre bien des hexagones « couchés ». La longueur des
grains observés est voisine de 1,3 µm.
Si la vitesse de dépôt est de l’ordre de 20 µm/h, la morphologie des couches est
totalement différente de celle observée à 10 µm/h. Ce phénomène que nous ne pouvons
actuellement expliquer, est mis en évidence sur la figure III.16 ci-dessous.
Figure III–16 : Photos M.E.B. de deux dépôts, l’un réalisé à une température de 500°C (a), et
le second à 700°C (b) (Vd ≈ 20 µm/h)
Le tableau III.10 regroupe les valeurs du rapport Fer / Baryum mesurées sur des
dépôts réalisés à différentes températures. Ces mesures ont été obtenues pour deux vitesses de
dépôt différentes.
94
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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95
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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III.4.5. Conclusion
Durant cette étude, nous avons montré que les couches cristallisent à partir d’une
température de substrats de 700°C. Cela permet d’éliminer la nécessité d’un recuit post-dépôt
engendrant des fissures à la surface qui entraînent une augmentation des pertes au niveau du
circulateur intégré. De plus, c’est à cette température que les couches sont les plus adhérentes
et présentent le moins de fissures.
Cependant, les valeurs de champ coercitif obtenues sur les couches recuites, sont
meilleures lorsque les dépôts sont réalisés à plus faibles températures de substrats.
Dans la suite de nos travaux, nous nous sommes donc placés à une température de
700°C, et nous avons optimisé les autres paramètres de dépôt afin d’essayer d’améliorer les
valeurs de l’intensité d’aimantation à saturation et du champ coercitif.
Dans ce qui va suivre, nous allons présenter les résultats obtenus lorsque nous avons fait
varier la vitesse de dépôt. En effet, durant l’étude précédente il est apparu que ce paramètre
avait une influence sur les propriétés magnétiques des couches.
Durant cette étude nous avons fait varier la vitesse de dépôt entre 6,3 µm/h et 37,1 µm/h,
tout en maintenant les autres paramètres constants. La limite supérieure de la vitesse est
imposée par des problèmes d’adhérence entre la sous-couche et le ferrite. Nous nous sommes
placés dans les conditions suivantes :
température des substrats : 700°C,
épaisseur des couches : ∼ 12 µm,
pression dans la partie haute de l’enceinte : 0,46 Pa.
Nous avons aussi observé l’influence du recuit, celui-ci étant réalisé dans les mêmes
conditions que durant l’étude précédente.
Comme observé précédemment, quelle que soit la vitesse de dépôt, avant recuit, les
couches sont cristallisées suivant la phase de l’hexaferrite de baryum. De plus, elles
présentent toutes une orientation préférentielle dans le plan (hk0). Cela est visible sur la
figure III.18 qui représente les diagrammes de diffraction de deux dépôts non recuits, l’un
réalisé à une vitesse de 6,3 µm/h, et l’autre à 37,1 µm/h.
96
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Figure III–18 : Diagrammes de diffraction de deux dépôts non recuits réalisés à 6,3 µm/h et
37,1 µm/h
Ici, les pics de diffraction les plus intenses sont les pics (110) et (220). Il faut noter que
les deux pics correspondant à l’orientation recherchée (00l ) ne sont pas présents sur les
différentes couches. En conclusion, nous pouvons dire que la vitesse de dépôt n’est pas un
paramètre qui permet de modifier la cristallisation.
La figure III.19 page suivante, représente les diagrammes de diffraction de dépôts
recuits. Sur cette figure, nous constatons que les couches recuites ne présentent pas
d’orientation préférentielle puisque les pics correspondant aux plans (107), (114), (108),
(203), (109), (217) et (2011) sont alors visibles sur les diagrammes. Ce phénomène semble
s’accentuer lorsque la vitesse de dépôt est importante. De plus, nous pouvons observer que le
recuit fait apparaître la phase spinelle BaFe2O4. Comme nous l’avons dit au paragraphe
III.5.1., l’apparition de cette phase est principalement due au fait que les couches ne
présentent pas la composition du ferrite de baryum massif. Cependant, il existe certainement
d’autres phénomènes qui entrent en jeu puisque cette phase secondaire n’est pas
systématiquement présente bien que la grande majorité des couches ne possède pas un rapport
Fer / Baryum de 12.
Dans ce paragraphe, nous allons présenter les différents résultats concernant les
propriétés magnétiques obtenus sur les couches, avant et après recuit. Les valeurs sont toutes
mesurées en appliquant un champ parallèle à la surface des dépôts.
97
Figure III–19 : Diagrammes de diffraction de couches recuites réalisées à différentes vitesses de dépôt
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Figure III–20 : Evolution du champ coercitif en fonction de la vitesse de dépôt avant et après
recuit
Avant recuit, nous constatons que le champ coercitif a tendance à diminuer lorsque la
vitesse de dépôt augmente. Les valeurs de celui-ci sont comprises entre 110 et 50 kA/m. Ce
résultat peut s’expliquer par le fait que la taille des grains varie en fonction de la vitesse de
dépôt. En effet, comme nous l’avons montré précédemment le champ coercitif et la dimension
des grains sont étroitement liés. Le graphique ci-dessous représente l’évolution du champ
coercitif en fonction de la taille des grains (Tg) mesurée sur les couches.
99
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Si l’on se réfère à la figure III.13, nous constatons que nous nous trouvons bien ici
dans la configuration multidomaines (Tg ≥ 1 µm). Dans cette configuration le champ coercitif
décroît lorsque la taille des grains augmente. Cela est en accord avec les résultats obtenus
puisque plus la vitesse est importante et plus les grains observés sont gros. Ce dernier point
n’ayant pas pu être expliqué.
De plus, à partir de la figure III.20, nous observons que si la vitesse de dépôt est
inférieure à 17 µm/h, le recuit ne modifie pas les valeurs du champ coercitif mesurées sur les
couches. Par contre, au delà de cette vitesse, le recuit post-dépôt permet d’augmenter le
champ coercitif. Cela est dû au fait que le recuit modifie la morphologie aux fortes vitesses de
dépôt. Ce phénomène est mis en évidence sur la figure III.22. Les deux photographies
représentent la morphologie d’un même dépôt avant (figure III.22 (a)) et après recuit (figure
III.22 (b)). Ce dépôt a été réalisé à une vitesse de 30 µm/h.
La taille des grains étant plus faible après recuit, les valeurs de Hc sont plus
importantes. Après recuit, les valeurs obtenues sont quasiment constantes et sont comprises
entre 91 et 117 kA/m.
En conclusion, nous pouvons dire que les valeurs obtenues sur les dépôts recuits sont
acceptables pour la réalisation d’un circulateur intégré. Par contre, avant recuit, à fortes
vitesses, elles sont trop faibles. Cela peut être un facteur limitatif. En effet, compte tenu des
épaisseurs visées (≈ 50 µm), il semble nécessaire de se placer à fortes vitesses de dépôt.
Figure III–22 : Photographies d’un dépôt réalisé à 30 µm/h, avant (a) et après (b) recuit
100
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Compte tenu des imprécisions sur les mesures, nous pouvons dire que Js est
indépendant de ce paramètre de dépôt. En effet, les valeurs mesurées oscillent autour d’une
valeur moyenne qui vaut 0,2 Tesla. Les résultats obtenus sur les couches recuites sont
identiques. Comme l’indique le tableau III.11, elles sont, elles aussi, proches de 0,2 Tesla.
Tableau III–11 : Valeurs de l’intensité d’aimantation à saturation mesurées sur des couches
recuites
Toutes ces valeurs sont inférieures à celle mesurée sur le ferrite massif. Comme nous
l’avons dit précédemment, cela est dû entre autres, d’une part, à la formation d’une couche
tampon non magnétique, et, d’autre part, à la présence de la phase spinelle BaFe2O4.
A titre d’exemple, nous avons reporté sur la figure III.24, deux photographies
représentant deux dépôts recuits réalisés à deux vitesses différentes. La couche obtenue à
faible vitesse (figure III.24 (a)) présente des grains dont la forme et l’agencement sont
typiques d’une orientation dans le plan. Par contre, nous constatons que si la vitesse est plus
101
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
importante (figure III.24 (b)) la morphologie des dépôts est totalement différente. Cela est en
accord avec les résultats cristallographiques, qui ont montré :
• qu’à faibles vitesses, les dépôts recuits possèdent une orientation préférentielle dans le
plan (hk0),
Figure III–24 : Photos de deux dépôts recuits réalisés à deux vitesses différentes :
(a) : Vd ≈ 10,7 µm/h
(b) : Vd ≈ 37,1 µm/h
De plus, une étude systématique de l’état de surface des couches a montré que plus la
vitesse de dépôt est importante, plus la surface est craquelée.
Le graphique de la figure III.25 présente les résultats obtenus par analyse E.D.X sur
des échantillons réalisés à différentes vitesses de dépôt, avant et après recuit. Ces analyses
E.D.X ont été réalisées avec une énergie égale à 20 keV ce qui correspond à une profondeur
d’analyse de l’ordre de 2,2 µm.
Figure III–25 :
Evolution du
rapport Fer /
Baryum en
fonction de la
vitesse de dépôt
102
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Avant recuit, nous constatons que le rapport Fer / Baryum augmente lorsque la vitesse
de dépôt croît. En effet, celui-ci varie entre 7,4 et 13,9 pour des vitesses allant de 6,3 à
37,1 µm/h. Cela vient du fait, comme nous l’avons dit au paragraphe III.4.4., que les atomes
évaporés ne proviennent pas de la surface du lingot, mais du nuage de vapeur dense. Or, la
composition de ce nuage varie en fonction du nombre d’atomes évaporés et donc en fonction
de la vitesse.
Après recuit, le rapport Fer / Baryum obtenu est identique à celui mesuré sur les
couches non recuites lorsque la vitesse de dépôt est inférieure à 17,1 µm/h. Si cette vitesse est
supérieure, nous observons une augmentation du rapport Fe / Ba par rapport aux valeurs
obtenues sur les mêmes couches non recuites. Cela peut être dû à des phénomènes de
diffusion qui se produisent lors de la phase de recuit à haute température (voir paragraphe
III.5.5.2.). Le rapport Fer / Baryum varie alors entre 7,4 et 31,2.
De plus, il est important de remarquer, sans toutefois pouvoir donner d’explications,
que la composition du ferrite de baryum massif est obtenue, avant recuit, sur des couches
réalisées à une vitesse proche de 30 µm/h.
Enfin, nous constatons que le rapport Fer / Baryum mesuré ici, à vitesse et
température des substrats identiques, est différent de celui obtenu lors de l’étude portant
sur l’influence de la température des substrats (tableau III.12).
Tableau III–12 : Comparaison des rapports Fe / Ba mesurés lors des deux études
Cela peut être dû au fait que les épaisseurs déposées sont différentes d’une étude à
l’autre. En effet, lors de l’étude portant sur l’influence de la température des substrats les
épaisseurs réalisées étaient de l’ordre de 20 µm alors que durant cette étude elles sont voisines
de 10 µm. Cela tend à montrer que lorsque l’on modifie la durée du dépôt les quantités
d’atomes évaporés pour chaque espèce varient. Il se produit donc des phénomènes
d’évaporation préférentielle durant la phase de dépôt. Cela vient du fait que les températures
de fusion de l’oxyde de fer et de l’oxyde de baryum sont différentes. Ces différentes
températures sont reportées dans le tableau III.13.
103
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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D’après ce tableau, nous pouvons dire que l’oxyde de fer a tendance à s’évaporer de
façon préférentielle par rapport à l’oxyde de baryum. Afin de confirmer cette hypothèse, nous
avons donc étudié la répartition en profondeur des différents éléments constituant la couche.
Pour cela nous avons réalisé des analyses E.D.X sur la tranche des dépôts, et des analyses
S.I.M.S. Dans le paragraphe suivant nous allons présenter les résultats obtenus par ces deux
techniques.
104
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Dans notre cas, nous avons tracé les profils de concentration pour une couche réalisée
à 30,1 µm/h, avant et après recuit. De plus, nous avons fixé le nombre de points de
discrétisation à 128. Les résultats obtenus sont reportés sur les figures III.27 et III.28.
Nous constatons sur ces graphes que les concentrations en fer et en baryum sont
constantes quelle que soit la profondeur d’analyse. Il semblerait donc que les dépôts soient
homogènes en profondeur, ce qui remet en cause l’hypothèse précédente. Il est possible que
l’épaisseur étudiée ici (12,6 µm) et la précision sur les mesures ne permettent pas d’observer
le phénomène d’évaporation préférentielle.
Figure III–27 : Répartition en profondeur des différents éléments pour une couche non
recuite
Figure III–28 : Répartition en profondeur des différents éléments pour une couche recuite
105
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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De plus, ces courbes ne mettent pas en évidence une diffusion du baryum qui
permettrait d’expliquer pourquoi le rapport Fer / Baryum mesuré augmente à la suite de la
procédure de recuit à haute température. Afin de confirmer ces résultats, nous avons fait
réaliser des analyses S.I.M.S au laboratoire de recherches sur la réactivité des solides de
Dijon, sur des dépôts obtenus dans les mêmes conditions expérimentales que précédemment.
Le profil alors obtenu sur le dépôt non recuit est représenté sur la figure III.29.
106
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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en profondeur n’est pas optimale et les bords des cratères sont loin d’être abrupts. Cela peut
expliquer une interface couche-substrat large et des signaux après l’interface encore intenses.
De plus, nous constatons que le film est relativement homogène en profondeur, avec
une légère augmentation des signaux caractéristiques du fer et du baryum de la surface vers
l’interface. Cependant, ces variations ne semblent pas significatives. En effet, compte tenu des
conditions d’acquisition, si l’expérience dure trop longtemps, il est possible d’observer de
faibles fluctuations de signaux, que l’on retrouve sur les deux éléments. En conclusion, en ce
qui concerne le dépôt non recuit, nous pouvons dire que les résultats obtenus par analyses
E.D.X et S.I.M.S. concordent, et tendent à prouver que les couches réalisées sont homogènes
en composition sur l’épaisseur.
Nous allons maintenant présenter le profil SIMS obtenu sur le même dépôt après
recuit (figure III.30).
107
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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De plus, des analyses chimiques effectuées au Service Central d’Analyse du CNRS sur
une couche recuite réalisée à 37 µm/h, à une température de 700°C et ayant une épaisseur de
13,9 µm, ont donné les résultats suivants :
Fe
Ba % Fe %
Ba molaire
9,59
56
= 7 ,7
3,08 9,59
3,08
138
Tableau III–14 : Composition chimique d’une couche (‘%’ = grammes pour 100 grammes)
Ces analyses, réalisées après avoir réduit la couche sous forme de poudre, permettent de
mesurer un rapport molaire global sur l’ensemble du dépôt et ne prennent pas en compte les
éventuelles hétérogénéités. Or les mesures E.D.X effectuées sur ce même dépôt ont permis
d’obtenir un rapport Fer / Baryum en surface voisin de 31. Cela va bien dans le sens des
analyses S.I.M.S. qui mettent en évidence un phénomène de diffusion en surface.
En conclusion, les résultats obtenus par analyses E.D.X et S.I.M.S. concordent et
tendent à prouver que les couches réalisées sont relativement homogènes en composition sur
l’épaisseur mais que le rapport molaire Fe / Ba du matériau massif n’est pas conservé. De
plus, les analyses S.I.M.S. étant plus précises, elles permettent de mettre en évidence un
phénomène de diffusion du baryum lors de la phase de recuit.
III.5.6. Conclusion
Durant cette étude, réalisée à une température de 700 °C, nous avons obtenu des
couches cristallisées majoritairement suivant la phase de l’hexaferrite de baryum, et ceci
quelle que soit la vitesse de dépôt. De plus, elles possèdent toutes une orientation
cristallographique préférentielle dans le plan.
Enfin, le rapport Fer / Baryum, qui est un indicateur de la composition chimique des
couches, est différent de celui que nous avons obtenu lors de l’étude portant sur l’influence de
la température des substrats. Or, tous les autres paramètres étant identiques, seule l’épaisseur
de la couche a changé. Cela pourrait être dû à un phénomène d’évaporation préférentielle
durant le dépôt. Cependant, les analyses E.D.X réalisées sur la tranche, ainsi que les analyses
S.I.M.S., ne semblent pas mettre en évidence ce phénomène. En effet, elles montrent toutes
les deux que les couches sont homogènes en profondeur.
108
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Dans un premier temps, nous nous sommes placés à une température de 700°C et à une
vitesse proche de 30 µm/h. En effet, lors de l’étude précédente, c’est à cette vitesse et à cette
température que nous avons obtenu sur les couches la composition du ferrite massif. Nous
avons alors fait varier l’épaisseur des films entre 11,5 et 54,5 µm. Enfin, les conditions de
recuit sont identiques à celles citées au paragraphe III.5.
La figure III.32, présente les diagrammes de diffraction de dépôts non recuits, réalisés
à différentes épaisseurs. Nous constatons sur ces diagrammes que les couches possédant une
épaisseur inférieure ou égale à 37,8 µm cristallisent majoritairement suivant la phase de
l’hexaferrite de baryum massif. De plus, elles présentent une orientation préférentielle dans le
plan (hh0), puisque les pics les plus intenses sont les pics correspondant aux plans (110) et
(220). Par contre, si l’épaisseur est plus importante, nous constatons la présence d’un mélange
biphasé : BaFe12O19 + BaFe2O4.
Après recuit, lorsque l’épaisseur est inférieure ou égale à 37,8 µm, les couches
cristallisent toujours suivant la phase BaFe12O19. Cependant, comme nous l’avons observé
durant l’étude précédente, les dépôts présentent maintenant une légère désorientation par
rapport au plan (hk0).
Pour une épaisseur de 54,5 µm, il existe toujours la présence du mélange biphasé décelé
précédemment. Ce phénomène a aussi été observé à partir des différents films obtenus lors de
l’analyse des dépôts dans une chambre de Guinier. Les résultats sont reportés sur la figure
III.31.
* phase BaFe2O4
Figure III–31 : Analyses Guinier de deux dépôts recuits, réalisés à deux épaisseurs
différentes
109
* phase BaFe2O4
Figure III–32 : Diagrammes de diffraction de dépôts non recuits, réalisés à différentes épaisseurs
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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111
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Les différents résultats obtenus concernant le champ coercitif sont reportés sur la
figure III.34.
La courbe qui nous intéresse ici, est la courbe (1). Nous constatons que le champ
coercitif reste constant lorsque l’épaisseur déposée augmente. Cela est bien en accord avec les
résultats expérimentaux que nous avons obtenus durant notre étude. Cependant, les valeurs du
champ coercitif mesurées ici sont plus faibles. En effet, elles sont voisines de 24 kA/m. Cela
est probablement dû au fait que la technique de dépôt utilisée et les épaisseurs visées sont
différentes.
Le fait que Hc soit indépendant de l’épaisseur déposée n’est pas surprenant puisque
cette grandeur est une grandeur intrinsèque au matériau.
Après recuit, les valeurs du champ coercitif mesurées sont plus importantes qu’avant
recuit. En effet, celles-ci varient alors entre 87 et 144 kA/m. Comme précédemment, cela peut
s’expliquer par le fait que les grains que nous observons dans ce cas sont plus petits après
recuit.
112
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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toutes les grandeurs mesurées sont inférieures à celle du ferrite massif pour les mêmes raisons
que lors des études précédentes.
La figure III.36 représente l’état de surface de deux dépôts réalisés à la même vitesse
mais avec deux épaisseurs différentes. Nous constatons que lorsque l’on augmente l’épaisseur
déposée, la surface semble d’avantage fissurée. Cela risque d’être un problème lors de la
conception du circulateur intégré. En effet, ces fissures engendrent des pertes.
Figure III–36 : Photos M.E.B. de deux dépôts réalisés à la même vitesse mais à deux
épaisseurs différentes :
(a) : 12,6 µm - (b) : 54,5 µm
113
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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L’augmentation du nombre des fissures est due au fait que les valeurs des coefficients
de dilatation thermique sont modifiées lorsque l’épaisseur de la couche varie. Cela a été
montré dans le cas de couches minces de titane déposées sur SiO2. Il a été observé que les
coefficients de dilatation thermique des couches de titane variaient entre 21,21.10-6 /°C et
9,04.10-6 /°C pour des épaisseurs comprises entre 0,1 et 0,3 µm, ce que représente le schéma
de la figure III.37.
Ces variations augmentent les contraintes au niveau de la couche et entraînent donc
l’apparition de nombreuses fissures.
Sur la figure ci-dessous, nous avons reporté l’évolution du rapport Fer / Baryum en
fonction de l’épaisseur de la couche (Ed) obtenue sur des couches non recuites.
Avant recuit, nous constatons que le rapport Fer / Baryum décroît lorsque l’épaisseur de
la couche augmente. Celui-ci varie entre 16,7 et 2,3. Cela tend à confirmer qu’il existe bien un
114
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Tableau III–15 : Valeurs du rapport Fe / Ba mesurées sur les couches avant et après recuit
Après recuit, nous constatons que le rapport Fer / Baryum augmente lorsque l’épaisseur
déposée est inférieure à 54,5 µm. Il varie alors entre 2,2 et 23,9. Comme nous l’avons montré
au paragraphe III.5.5.2., ceci est dû à un phénomène de diffusion ayant lieu lors du recuit
post-dépôt.
Afin de confirmer ou d’infirmer ces résultats, nous avons effectué des analyses S.I.M.S.
et des analyses E.D.X sur la tranche des couches. Les différents résultats sont présentés au
paragraphe suivant.
115
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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fer tendent respectivement à croître et à décroître avec l’épaisseur déposée. Ce résultat est en
accord avec les températures de fusion de ces deux oxydes, qui prévoient que les atomes de
fer doivent s’évaporer en premier.
Enfin, compte tenu de l’épaisseur, le profil (a) ne permet d’observer que de faibles
variations de concentrations en fonction du point de la tranche analysé.
116
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Figure III–40 : Profil SIMS d’un dépôt non recuit ayant une épaisseur de 54,5 µm
De même que précédemment nous avons fait réaliser une analyse chimique sur ce
dépôt. Les résultats sont regroupés dans le tableau III.16.
Fe
Ba % Fe %
Ba molaire
0,48 3,10 15,9
Tableau III–16 : Analyse chimique réalisée sur une couche (‘%’ = grammes pour 100
grammes)
Le fait que le rapport molaire obtenu sur l’ensemble de la couche (15,9) soit supérieur à
celui mesuré en surface (2,3) tend à prouver qu’en profondeur la quantité de baryum est
moindre.
III.6.6. Conclusion
A partir de cette étude, nous sommes capable de tirer les conclusions suivantes :
117
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
• ensuite, avant recuit, le champ coercitif varie entre 43,9 et 79,2 kA/m. Ici, le recuit
améliore ces valeurs puisqu’elles sont alors comprises entre 87,1 et 144,5 kA/m,
• enfin, nous avons montré que pour des épaisseurs importantes il existe probablement un
phénomène d’évaporation préférentielle durant la phase de dépôt.
Dans ce qui va suivre, nous allons présenter les résultats obtenus pour d’autres vitesses de
dépôt (5 et 17 µm/h), lorsque nous avons fait varier l’épaisseur des couches.
Afin d’observer si les résultats obtenus précédemment sont valables quelle que soit la
vitesse de dépôt, nous avons réalisé une étude portant sur l’influence de l’épaisseur des
couches pour deux autres vitesses de dépôt. Ces deux vitesses ont été fixées arbitrairement à
5 µm/h et 17 µm/h. Les autres paramètres de dépôt ont été maintenus constants. Les couches
ont donc été réalisées dans les conditions suivantes :
Vd ≈ 5 µm/h Vd ≈ 17 µm/h
Ts = 700 °C Ts = 700 °C
Pression ≈ 0,46 Pa Pression ≈ 0,46 Pa
3,7 µm ≤ Ed ≤ 13,4 µm 7,1 µm ≤ Ed ≤ 36,2 µm
Comme lors des études précédentes, les diagrammes de diffraction présentent une
orientation préférentielle dans le plan (hh0). Cependant, pour une vitesse de 17 µm/h,
l’apparition du mélange de phases (BaFe2O4 + BaFe12O19) se fait pour une épaisseur plus
faible qu’à 30 µm/h.
Figure III–41 :
Diagramme de
diffraction d’un dépôt
ayant une épaisseur de
36,2 µm
118
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
En effet, comme le montrent les figures III.41 et III.42, la phase spinelle est déjà
présente sur la couche possédant une épaisseur de 36,2 µm.
Ce phénomène ne paraît pas gênant puisque, compte tenu des épaisseurs visées
(∼ 50 µm), il semble nécessaire de réaliser les dépôts à de fortes vitesses de dépôt.
Il faut noter que toutes les valeurs obtenues ici, l’ont été sur des dépôts non recuits, et
en appliquant un champ parallèlement à la surface des couches.
Figure III–43 : Evolution du champ coercitif en fonction de l’épaisseur pour deux vitesses de
dépôt
119
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
est différent de ce que nous avions observé à 30 µm/h. En effet, à cette vitesse, les valeurs du
champ coercitif ne varient quasiment pas en fonction de l’épaisseur des couches.
De plus, il faut noter que les grandeurs maximales obtenues ici ( Hc ≈ 98 kA/m) sont
supérieures à celles mesurées lors de l’étude précédente ( Hc ≈ 80 kA/m). Les premières citées
étant proches de celle du ferrite de baryum massif ( Hc = 102 kA/m).
Ces résultats sont toujours à comparer à la taille des grains que nous mesurons au
M.E.B. En effet, comme précédemment, les grains les plus gros conduisent au champ coercitif
le plus faible. A titre d’exemple, nous avons reporté sur la figure III.44, deux photographies
obtenues sur deux dépôts réalisés à 17 µm/h.
Bien que la morphologie soit très différente d’un dépôt à l’autre, il apparaît clairement
à partir de ces photos que les grains les plus petits (photographie b) conduisent au champ
coercitif le plus grand (Hc ≈ 93,4 kA/m).
120
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
garder à l’esprit que les domaines d’études, en ce qui concerne les épaisseurs, ne sont pas
identiques pour les deux vitesses. Cela peut expliquer ces différences de résultats.
Les valeurs maximales obtenues lors de cette étude, sont proches de celle du ferrite de
baryum massif (Js = 0,39 Tesla). Enfin, l’apparition du mélange de phase (BaFe12O19 +
BaFe2O4) pour une épaisseur de 36,2 µm et une vitesse de dépôt de 17 µm/h, entraîne une
chute importante de l’aimantation à saturation. En effet, dans ces conditions Js ne vaut plus
que 0,12 Tesla.
121
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Figure III–46 : Evolution du rapport Fer / Baryum en fonction de l’épaisseur des couches
pour deux vitesses différentes
III.7.4. Conclusion
La principale conclusion, que nous pouvons tirer de cette étude, est qu’il existe bien un
phénomène d’évaporation préférentielle durant la phase de dépôt. De plus, celui-ci se produit
quels que soient les paramètres choisis.
Afin de contourner ce problème, le laboratoire est en train d’acquérir un bâti
d’évaporation équipé de trois sources différentes. Cet équipement permettra d’évaporer de
façon séparée l’oxyde de fer et l’oxyde de baryum, de telle sorte que la composition chimique
des couches sera contrôlée.
Cependant, comme le montre la figure III.47, l’utilisation de deux sources distinctes
nécessite de prendre en compte certains phénomènes d’interaction.
Afin de simuler ces phénomènes, et ainsi d’optimiser la position des différents creusets
dans l’enceinte, une thèse est actuellement en cours au sein du laboratoire. Ces travaux sont
effectués par Pierre Aubreton.
Lors de notre étude, nous avons obtenu des propriétés magnétiques acceptables compte
tenu de l’application visée. Cependant, un problème de taille subsiste. En effet, toutes les
études réalisées jusqu’à présent ont mis en évidence une orientation cristallographique
préférentielle dans le plan des couches. Or, comme nous l’avons montré au chapitre I, pour
réaliser le circulateur, il faut que les dépôts possèdent une orientation selon l’axe c
perpendiculaire à la surface. Pour ce faire, nous avons donc mis au point un porte-substrats
122
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
équipé d’un solénoïde permettant de réaliser des dépôt sous champ, et nous avons observé
l’influence de la nature du substrat sur la cristallisation. Nous présentons ces travaux dans le
paragraphe suivant.
Figure III–47 : Interaction des atomes issues de deux sources distinctes [19]
Comme nous l’avons vu, quelles que soient les conditions de dépôt, toutes les couches
présentent une orientation cristallographique préférentielle dans le plan du film. Cela étant en
grande partie dû au substrat, nous avons essayé d’optimiser la nature de celui-ci, afin de
favoriser une orientation cristallographique selon l’axe c perpendiculaire. La littérature
montre qu’il est possible d’obtenir l’orientation souhaitée en réalisant les dépôts directement
sur corindon ou sur silicium orienté (111) [20].
La structure corindon doit son nom à α - Al2O3. Elle est caractérisée par un empilement
hexagonal compact déformé d’anions oxygène, dans lequel les cations métalliques M3+
occupent les 2/3 des sites octaédriques (figure III.48).
Nous avons donc simulé, grâce au logiciel « Diamond », les mailles cristallines de
l’hexaferrite de baryum et du corindon dans le plan (00l ) , puis celle du silicium dans le plan
(111). Les différents résultats obtenus sont regroupés sur la figure III.49.
A partir de ces simulations, nous avons mesuré les distances entre les atomes (d) pour
les différents substrats étudiés, et nous les avons comparées avec celles obtenues sur le ferrite
de baryum massif. Tous les résultats sont regroupés dans le tableau III.17.
123
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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corindon (000l )
hexaferrite de baryum
(00l ) silicium (111)
dFe-Fe = 2,887 Å dO-O = 2,507 Å
distances (d) dSi-Si = 3,840 Å
dO-O = 2,570 Å ou 2,875 Å
Nous pouvons constater qu’il existe seulement un désaccord de 2,45 % entre dO-O de
l’hexaferrite de baryum et dO-O du corindon (000l ) . De plus, pour ce qui est du silicium (111),
nous pouvons déduire la loi suivante : [Link]-O = [Link]-Si à 0,39 % près. Il existe donc une
concordance satisfaisante (à 10% près) entre les distances périodiques des substrats et celles
du matériau déposé, qui permet de favoriser la croissance épitaxiale d’un film mono-orienté
[21].
124
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nous avons alors réalisé quelques dépôts dans diverses conditions (tableau III.18), afin
de confronter les résultats expérimentaux aux résultats théoriques. Dans tous les cas, la
température des substrats est de 700°C, et la pression dans la partie haute de l’enceinte vaut
0,46 Pa.
125
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Nous avons ainsi obtenu les diagrammes de diffraction reportés sur la figure III.50. Sur
ces diagrammes, nous constatons que l’orientation recherchée (00l ) n’est pas obtenue, et ceci
quelle que soit la nature du substrat utilisé.
126
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Sur silicium orienté (111), les couches cristallisent mais ne possèdent pas d’orientation
préférentielle. En effet, les pics (110), (200), (1010), (1112) et (220) sont visibles. Cela
présente une différence par rapport aux résultats obtenus précédemment, où nous observions
uniquement une orientation préférentielle dans le plan de la couche.
De même, sur substrat corindon (000l ) les résultats obtenus ne sont pas ceux espérés.
En effet, dans ce cas il apparaît une orientation préférentielle dans le plan de la couche (220).
Dans notre cas, il semble donc que les substrats testés ne sont pas les plus appropriés
pour favoriser une orientation cristallographique perpendiculaire au plan de la couche. Cela
peut venir du fait que les épaisseurs réalisées ici et la technique de dépôt employée sont
différentes de celles que l’on rencontre habituellement dans la littérature. Enfin, cette dernière
montre qu’il existe d’autres substrats qui permettent d’obtenir cette orientation : GGG (111),
ZnO (001) [22]. Cependant, ils n’ont pas été testés durant notre étude.
Les couches effectuées sur corindon (000l ) ont été recuites dans les mêmes conditions
que lors des études précédentes. La figure III.51 donne le diagramme de diffraction obtenu à
partir du dépôt n°3 recuit.
Nous remarquons ici que le fait de recuire les dépôts entraîne une désorientation des
couches qui ne présentent plus l’orientation préférentielle (hk0).
Une autre solution pour tenter d’orienter les couches selon l’axe c perpendiculaire est de
réaliser les dépôt sous champ. De nombreux travaux ont été publiés sur le sujet. En
particulier, les résultats de Z. G. Ji montrent qu’il est possible de modifier l’orientation
cristallographique par application d’un champ (6 mTesla) durant la phase de dépôt [23].
127
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nous avons donc utilisé le dispositif décrit au chapitre II et nous avons appliqué un
champ magnétique de 0,04 Tesla durant le dépôt. De plus, toutes les couches ont été réalisées
dans les conditions suivantes :
• vitesse de dépôt : ∼ 13,5 µm/h,
Nous avons alors fait varier la température des substrats entre 600 et 700°C. Il est
important de noter que contrairement au montage utilisé durant les études précédentes, ici, le
chauffage se fait par conduction. La température lue grâce au thermocouple est donc la
température réellement appliquée sur les substrats.
Nous avons alors obtenu les diagrammes de diffraction de la figure III.52.
A partir de ces diagrammes, nous constatons que les couches présentent soit la phase
BaFe12O19, soit la phase BaFe2O4. De plus, nous n’obtenons pas l’orientation souhaitée (00l ) .
En effet, les dépôts possèdent une orientation préférentielle dans le plan puisque seul est
visible le pic de diffraction correspondant au plan (220) lorsque la couche est cristallisée selon
la phase de l’hexaferrite.
En conclusion nous pouvons dire que le fait d’appliquer, dans ces conditions, un champ
magnétique durant la phase de dépôt ne permet pas d’orienter les couches selon l’axe c
perpendiculaire.
128
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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Durant ces travaux, nous avons obtenu des couches épaisses d’hexaferrite de baryum
possédant des propriétés magnétiques compatibles avec la réalisation d’un circulateur intégré
fonctionnant autour de 70 GHz. En effet, dans la majorité des cas, l’intensité d’aimantation à
saturation mesurée varie entre 0,15 et 0,24 Tesla et le champ coercitif est compris entre 44 et
267 kA/m. De plus, il est important de remarquer que les valeurs de ce dernier sont plus
importantes après recuit.
Cependant, certains problèmes persistent. En effet, les couches obtenues après recuit
présentent des fissures importantes à leur surface qui peuvent entraîner des pertes au niveau
(1)
du circulateur. Celles-ci pourront être réduites grâce à l’utilisation d’un four de recuits
rapides (RTA), qui est en cours de mise au point au sein de l’équipe.
De plus, nous avons montré qu’il existe probablement un phénomène d’évaporation
préférentielle durant la phase de dépôt. Il est aussi possible que la composition initiale du
lingot soit différente de celle du ferrite de baryum massif. En effet, comme nous l’avons
indiqué au chapitre II, les pastilles de ferrite sont fondues avant la phase de dépôt de façon à
obtenir un lingot possédant une surface homogène et légèrement convexe. La puissance canon
nécessaire à la réalisation de ce lingot est relativement faible (≈ 2 kW) mais peut tout de
même permettre une évaporation en surface. Pour confirmer ceci des analyses chimiques ont
été réalisées sur un lingot n’ayant pas encore été utilisé et ont permis d’obtenir les résultats
suivants :
Fe
Ba % Fe %
Ba
17,29 58,81 8,38
Tableau III–19 : Analyse chimique d’un lingot avant dépôt (‘%’ = grammes pour 100
grammes)
Ceci montre bien que le fait de fondre les pastille a déjà entraîné une modification de la
composition chimique du lingot que nous allons évaporer. Afin d’observer l’évolution du
rapport Fer / Baryum sur le lingot, nous avons de nouveau analysé celui-ci après dépôt et la
couche ainsi obtenue. Les résultats sont regroupés dans le tableau III.20.
Nous constatons ici que la composition du lingot a très légèrement varié après le dépôt
puisque le rapport Fe / Ba passe de 8,38 à 7,57. De plus l’analyse chimique de la couche
permet d’obtenir un rapport molaire de 7,67 proche de celui mesuré sur le lingot (7,57). Ceci
129
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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tendrait à prouver que dans ce cas, il s’est produit un transfert stœchiométrique du lingot aux
substrats. Cependant, ces résultats sont à analyser avec précaution, puisque les analyses
chimiques présentées ici ne concernent qu’un dépôt réalisé dans des conditions biens
spécifiques. Nous ne pouvons donc pas généraliser ces résultats mais d’autres analyses du
même type sont actuellement en cours de réalisation.
Tableau III–20 : Analyses chimique d’un lingot après dépôt et de la couche correspondante
Nous espérons que tous ces problèmes seront éliminés grâce à l’acquisition d’un bâti
d’évaporation comportant trois sources distinctes (voir annexe 2). En effet, nous pourrons
alors évaporer séparément l’oxyde de fer et l’oxyde de baryum. Enfin, nous n’avons pas
réussi à orienter les couches perpendiculairement à la surface des dépôts.
La réalisation d’un dépôt étant un processus relativement long, nous avons appliqué la
méthode des plans d’expériences afin de réduire le nombre de manipulations à effectuer. En
effet, il s’agit de méthodes mathématiques qui permettent de cibler les paramètres influents
afin d’arriver au résultat plus rapidement.
Dans le chapitre suivant nous allons présenter les résultats obtenus lors de l’application
de la méthode Taguchi à la réalisation de couches épaisses de ferrite de baryum.
130
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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131
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
[11] HERZER G.
Grain size dependence of coercivity and permeability in nanocrystalline ferromagnets,
IEEE Transaction on Magnetics, 26, n°5, 1990.
[12] HERZER G.
Nanocrystalline soft magnetic materials, Journal of Magnetism and Magnetic Materials,
1992, 112, pp 258-262.
132
Chapitre III : L’hexaferrite de baryum : résultats expérimentaux
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[23] JI Z. G.
133
CHAPITRE IV :
Application de la méthode Taguchi
aux dépôts en couches minces
134
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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IV.1. Introduction
135
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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Genichi Taguchi, Docteur ès sciences, est né au Japon le 1er janvier 1924. Son travail
majeur a consisté à combiner les techniques de l’ingénierie et celles des statistiques, dans le
but d’obtenir une amélioration rapide de la qualité et une réduction des coûts, en recherchant
une optimisation au niveau de la conception des produits et des processus de fabrication.
G. Taguchi a incontestablement contribué à la réussite des Japonais dans le domaine
de la qualité, ce qui leur a permis de devenir, depuis maintenant plus de vingt ans, les leaders
mondiaux dans ce domaine tout en ayant des prix de revient compétitifs. En effet, la méthode
des plans d’expériences Taguchi est utilisée au Japon depuis les années 1960. Or, ce n’est que
dans les années 1980 qu’elle est apparue en Occident, et plus particulièrement, c’est en 1988
qu’elle a commencé à être utilisée en France.
Dans tout processus de production industrielle, on constate souvent des disparités sur
le produit final, malgré des conditions initiales identiques en théorie, mais malheureusement
différentes dans la réalité. Ces différences étant dues, entre autres, aux variations des
conditions d’environnement, ainsi qu’aux variations des caractéristiques des matières
premières utilisées. Les méthodes classiques d’optimisation consistent, pour la plupart, à
éliminer ces facteurs parasites (bruits). Une représentation schématique de cette approche est
donnée sur la figure IV.1.
Classiquement, on s’attaque donc aux causes des variations (bruits) grâce notamment à
un surdimensionnement des composants, un resserrement des tolérances, une diversification
136
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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des produits et des conditions d’utilisation. Cependant tout ceci engendre un surcoût parfois
important.
Contrairement à ces méthodes, l’approche de Genichi Taguchi ne cherche pas à
éliminer ces bruits parasites, mais à minimiser leur impact (figure IV.2).
Pour G. Taguchi, les causes des variations existent toujours, il est inutile de s’y
attaquer ou de s’affranchir de leurs effets. Le but est d’obtenir une certaine « robustesse » par
rapport aux bruits. Concrètement, cette technique consiste à identifier les combinaisons de
facteurs contrôlés qui permettent de réduire les effets des bruits parasites sur la réponse, sans
s’attaquer directement à ceux-ci. Les paramètres relatifs au produit ou à son processus de
fabrication, sur lesquels on peut facilement agir, sont dénommés facteurs contrôlés. Enfin, la
recherche des bonnes valeurs à donner aux facteurs contrôlés s’effectue de façon
expérimentale, afin que : le produit ou le processus à optimiser respecte les performances
fonctionnelles ou dimensionnelles désirées, soit insensible aux bruits, et ce, au coût le plus
faible.
Lors de la réalisation d’un plan d’expériences, plusieurs méthodes d’expérimentation
sont alors possibles :
• variation d’un seul facteur à la fois,
137
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
En ce qui concerne les plans factoriels complets, on étudie toutes les combinaisons
possibles des niveaux des facteurs essayés. Un niveau représente un facteur dans un certain
état. Il en résulte un nombre d’essais prohibitif. Or, tous les essais réalisés n’ont pas le même
degré d’utilité. En effet, certains essais apportent plus d’informations efficaces que d’autres.
C’est pourquoi la méthode Taguchi utilise les plans d’expériences fractionnaires, qui
réduisent considérablement le nombre d’essais à effectuer. Pour illustrer ces propos, le
tableau IV.1 montre le nombre d’essais à réaliser dans le cas d’un plan factoriel complet et
dans celui d’un plan d’expérience fractionnaire. N représente ici le nombre de facteurs sur
lesquels nous pouvons agir, chacun de ces facteurs pouvant avoir deux niveaux distincts.
nombre de facteurs
nombre d’essais à effectuer
à 2 niveaux
plan factoriel complet plan factoriel fractionnaire
N
2N N+1
3 8 4
4 16 5
5 32 6
6 64 7
7 128 8
Dans un premier temps, il est nécessaire de définir avec précision le système à étudier
et les critères de qualité à optimiser. Pour cela, il faut organiser un groupe de réflexions
(brainstorming) réunissant les différentes personnes concernées, c’est à dire, le maître
d’œuvre de l’expérimentation et les experts du système.
138
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
il est nécessaire que les niveaux d’un même facteur ne soient ni trop éloignés, ni trop proches,
tout en veillant à ce que les combinaisons entre les niveaux des facteurs soient physiquement
possibles. Enfin, certains facteurs peuvent interagir et donc influer sur le résultat. C’est
pourquoi les interactions doivent être décelées dès le début de l’étude, grâce aux compétences
des experts.
Afin d’expliciter la démarche, nous allons développer un exemple concret [2], celui
d’un processus automatisé d’émaillage de pièces en tôle. Ici, le critère de qualité à optimiser
est l’épaisseur de l’émail qui doit être de 95 µm ± 10 µm. Le cas réel qui a servi de base pour
construire cet exemple comporte 12 facteurs à 2 niveaux et 1 facteur à 4 niveaux. Pour
simplifier, nous ne retenons que les 7 facteurs à 2 niveaux présentés dans le tableau IV.2.
Ensuite, il suffit de sommer les degrés de liberté des facteurs et des interactions, puis
d’ajouter 1 pour déterminer le nombre d’essais à réaliser et donc la dimension de la matrice
d’expériences.
Dans notre exemple, il y a 7 facteurs à 2 niveaux et aucune interaction entre eux. Nous
avons donc :
ddl A = ddl B = ddl C = ddl D = ddl E = ddl F = ddl G = 2 – 1 = 1
d’où un total de 7 degrés de liberté et donc un nombre d’essais de 7 + 1 = 8.
139
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
A partir de là, on constate que la plus petite matrice d’expériences compatible avec
l’objectif de l’expérimentation à effectuer, est une matrice fractionnaire de type L8. La
propriété fondamentale de cette matrice est l’orthogonalité. C’est cette propriété qui permet
d’isoler les effets individuels des différents facteurs testés simultanément dans des conditions
variées. On peut ainsi attribuer aléatoirement une colonne à chaque facteur.
La matrice ainsi obtenue, prédéfinie par Taguchi lui-même, est donnée ci-dessous.
matrice des facteurs contrôlés
N° essai
A B C D E F G
1 1 1 1 1 1 1 1
2 1 1 1 2 2 2 2
3 1 2 2 1 1 2 2
4 1 2 2 2 2 1 1
5 2 1 2 1 2 1 2
6 2 1 2 2 1 2 1
7 2 2 1 1 2 2 1
8 2 2 1 2 1 1 2
Tableau IV –3 : Plan factoriel fractionnaire de 7 facteurs à 2 niveaux
∑(y i − y)2
définie ci-dessous : σ= i =1
(4.1)
n −1
où : σ : écart type des valeurs mesurées,
y : moyenne des valeurs mesurées,
y i : valeur nominale mesurée,
n : nombre de mesures effectuées par essai.
140
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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Dans le cas où l’écart type est nul (par exemple si une seule mesure est possible), on
fixera σ = 0,0001.
Nous allons maintenant donner les différentes formules permettant de calculer le ratio
Signal / Bruit.
La performance est d’autant plus grande que le ratio Signal / Bruit est élevé. La
formule permettant d’évaluer ce ratio est différente selon la nature du critère à optimiser
(critère ciblé, à minimiser ou à maximiser).
S y 2 1
critère ciblé : = 10 × log − (4.2)
N dB σ n
S
critère à minimiser : = −10 × log σ 2 + y 2 [ ] (4.3)
N dB
S 1 3 × σ 2
critère à maximiser : = −10 × log 2 × 1 + 2 (4.4)
N dB y y
(107 − 72) 2 + (46 − 72) 2 + (44 − 72) 2 + (110 − 72) 2 + (53 − 72) 2
σ= = 33,5 .
5 −1
De même, le rapport Signal / Bruit vaut :
S 72 2 1
= 10 × log − = 6,45 dB.
N dB 33,5 5
141
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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Tableau IV–4 : Résultats des essais, moyennes, écarts types et ratios Signal / Bruit
A partir du tableau IV.4, on peut déterminer les effets moyens de chaque niveau de
S
facteurs, sur la valeur mesurée et sur le ratio , par rapport à la moyenne générale des
N dB
réponses.
Pour cela, il faut calculer :
la réponse moyenne pour chaque niveau de facteur qui correspond à la moyenne des résultats
de tous les essais où le facteur se trouve à ce niveau. Par exemple, pour le facteur A au
niveau 1, nous avons :
l’effet moyen de chaque niveau d’un facteur qui s’apprécie par rapport à la moyenne générale
de l’ensemble des essais. Par exemple, l’effet moyen sur la valeur mesurée lorsque le
facteur A est au niveau 1 s’écrit :
De même, l’effet moyen du facteur A au niveau 1 sur le rapport Signal / Bruit est
obtenu de la façon suivante :
6,45 + 9,68 + 7,12 + 5,75
E 'A1 = ( ) − 8,78 = −1,53
4
On en déduit donc les différents résultats regroupés dans le tableau IV.5.
142
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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En général, il est commode de transcrire ces résultats sous forme graphique. Les
différents graphiques obtenus sont regroupés sur les figures IV.3 et IV.4. Ils représentent les
effets moyens des différents facteurs sur la valeur mesurée et sur le ratio Signal / Bruit.
143
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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En fixant les niveaux des différents paramètres comme indiqué dans ce tableau nous
pouvons espérer obtenir une épaisseur d’émail voisine de 104 µm et un rapport Signal / Bruit
proche de 8,8 dB. Afin de confirmer ces résultats, il reste encore à effectuer un essai de
validation.
Dans le paragraphe suivant, nous allons présenter les résultats obtenus lors de
l’application de cette méthode à l’étude qui nous concerne, à savoir l’optimisation des
différentes propriétés des couches épaisses d’hexaferrite de baryum.
Durant cette réunion, il a été décidé d’optimiser trois grandeurs caractérisant la qualité
d’un dépôt :
le champ coercitif, Hc, qui est un paramètre à maximiser,
et enfin, le rapport Fer / Baryum, qui est un paramètre à cibler sur la valeur 12.
145
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
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Enfin, ces deux facteurs interagissent probablement. Il est donc nécessaire de réserver
une colonne de la matrice d’expériences afin d’étudier l’interaction entre Ts et Vd. Toutes ces
données sont regroupées dans le tableau IV.7.
Nous avons donc un facteur à deux niveaux, un facteur à trois niveaux et une
interaction. A partir de là, nous pouvons calculer les degrés de liberté pour chaque facteur.
Nous obtenons alors :
ddl Ts = 3 – 1 = 2
ddl Vd = 2 – 1 =1
ddl TsVd = ddl Ts × ddl Vd = 2 × 1 = 2
Il existe donc cinq degrés de liberté, ce qui conduit à un nombre d’essais de 5 + 1 = 6.
Cela implique l’utilisation de la matrice présentée ci-après.
N° essai Ts Vd TsVd
1 1 1 I1
2 1 2 I2
3 2 1 I3
4 2 2 I4
5 3 1 I5
6 3 2 I6
Dans ce tableau les grandeurs In représentent les interactions entre Ts et Vd pour l’essai
n° n. Par exemple I1 représente l’interaction entre Ts au niveau 1 et Vd également au niveau 1
pour l’essai n°1.
Tous les résultats qui vont suivre ont été obtenus sur des couches recuites. Ces recuits
étant réalisés dans les mêmes conditions que celles décrites dans le chapitre précédent. De
plus, à la suite de chaque dépôt, le porte-échantillons pouvant contenir 8 substrats, nous en
avons prélevé trois que nous avons recuits et sur lesquels nous avons alors mesuré les
grandeurs suivantes : Hc, Js et Fe / Ba.
146
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
147
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Les évolutions tracées ici sont à analyser avec précautions. En effet, comme nous
l’avons dit, cette étude réalisée dans le cadre d’un projet de DESS, s’est déroulée il y a plus
d’un an. Or depuis, de nouvelles données nous ont permis de tirer d’autres conclusions (voir
chapitre III).
Toutefois, les droites obtenues ici n’étant pas totalement parallèles sur les deux
intervalles, il existe donc une faible interaction. Ainsi, l’effet de la température des substrats
sur l’intensité d’aimantation à saturation, dépend de la vitesse de dépôt. Il est donc nécessaire
d’introduire une nouvelle colonne affectée à l’interaction dans la matrice d’expériences.
Celle-ci devient alors factorielle fractionnaire, ce qui permet de calculer le ratio Signal / Bruit.
Dans le tableau IV.10 sont reportées les valeurs de la nouvelle matrice d’expériences
obtenue.
N° Ts Vd TsVd n°1 n°2 n°3 moyenne écart type S/N (dB)
1 1 1 I1 0,206 0,226 0,215 0,215 0,0100 -13,34
2 1 2 I2 0,201 0,185 0,209 0,198 0,0122 -14,10
3 2 1 I3 0,140 0,134 0,152 0,142 0,0001 -16,95
4 2 2 I4 0,102 0,126 0,106 0,111 0,0129 -19,24
5 3 1 I5 0,190 0,270 0,200 0,220 0,0436 -13,64
6 3 2 I6 0,230 0,200 0,170 0,200 0,0300 -14,26
S
Dans ce cas, la formule que nous avons utilisée pour calculer le rapport est
N dB
celle d’un critère à maximiser (voir IV.[Link].). Nous avons ensuite calculé les effets moyens
des facteurs contrôlés sur Js et sur le ratio Signal / Bruit. Les résultats sont regroupés dans le
tableau IV.11.
Par exemple le calcul de l’effet moyen de la température des substrats au niveau 1 sur
la valeur mesurée est le suivant :
0,215 + 0,198
E TS1 = − 0,181 = 0,026
2
148
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
A partir des tableaux IV.11 et IV.12, il est possible de réaliser les graphiques des
figures IV.6 et IV.7 représentant les effets moyens des facteurs sur la valeur mesurée et sur le
rapport Signal / Bruit. A partir de la figure IV.6 on s’aperçoit que la température a plus
d’influence sur l’intensité d’aimantation à saturation que la vitesse de dépôt. De plus, on
constate que les interactions sont, comme prévues, faibles. En effet, comme nous pouvons le
voir ces interactions se situent autour de la moyenne des valeurs mesurées.
149
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Grâce à la figure IV.8 qui représente l’évolution de la moyenne des valeurs mesurées
en fonction de la température (300, 500 et 700°C) pour les deux vitesses de dépôt (10 et 20
µm/h), on étudie le degré d’interaction (nul, faible, moyen ou fort) entre la température des
substrats et la vitesse de dépôt.
Les droites obtenues sont quasiment parallèles entre 300 et 500°C, d’où une
interaction faible. Entre 500 et 700°C, elles sont convergentes. Il existe donc, ici, une
interaction de degré moyen. Ainsi, l’effet de la température des substrats sur le champ
coercitif dépend de la vitesse de dépôt. Il faut donc introduire une nouvelle colonne affectée à
150
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Figure IV–8 :
Effet moyen
de Ts sur Hc
125,99 40,88
moyennes
Tableau IV–14 : Résultats des essais, moyennes, écarts types et ratios Signal / Bruit
S
Ici aussi, la formule utilisée pour le calcul du rapport est celle d’un critère à
N dB
maximiser. Nous pouvons alors calculer les effets moyens des facteurs contrôlés sur Hc et son
ratio Signal / Bruit (tableau IV.15).
151
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Grâce à ce tableau et à la formule (4.5), nous pouvons calculer les interactions dans le
cas de la valeur mesurée et dans celui du ratio Signal / Bruit. Nous trouvons alors les résultats
portés dans le tableau IV.16.
interaction Ts1Vd1 Ts1Vd2 Ts2Vd1 Ts2Vd2 Ts3Vd1 Ts3Vd2
S
% 0,11 -0,11 0,55 -0,55 -0,66 0,66
N dB
mesure 9,88 -9,88 9,01 -9,01 -18,89 18,89
A partir de là, nous pouvons aussi tracer les graphiques des figures IV.9 et IV.10.
Figure IV–9 :
Effet moyen sur
la valeur mesurée
de Hc
Figure IV–10 :
Effet moyen sur
le ratio S/N (dB)
de Hc
Grâce à la figure IV.9 représentant l’effet moyen des différents facteurs sur les valeurs
mesurées, on s’aperçoit que la température des substrats a plus d’influence sur le champ
coercitif que la vitesse de dépôt. Nous constatons aussi que les interactions sont, comme
prévues, d’un degré moyen sur la gamme de températures étudiées. De plus, l’effet de la
152
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
température sur Hc est quasiment linéaire décroissant sur la plage testée. En effet, comme
nous l’avons montré au chapitre III, plus la température des substrats est élevée et plus le
champ coercitif est faible.
Enfin, le graphique de la figure IV.10 qui représente l’effet moyen des facteurs sur le
S
ratio , permettra de mieux optimiser la valeur de Hc par la suite, étant donné que le
N dB
ratio Signal / Bruit doit être maximal. De même que précédemment la combinaison TS1Vd1
semble convenir ici.
Figure IV–11 :
Effet moyen de Ts
sur le rapport Fer /
Baryum
153
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Ces droites n’étant pas parallèles, nous pouvons dire qu’entre 300 et 500°C il y a une
interaction de degré moyen. Par contre, cette interaction est faible entre 500 et 700°C. Ainsi,
l’effet de la température des substrats sur le rapport Fer / Baryum dépend de la vitesse de
dépôt. Il est donc nécessaire d’introduire une nouvelle colonne affectée à l’interaction, dans la
matrice d’expériences. De plus, cela permet de calculer le ratio Signal / Bruit.
Cette nouvelle matrice d’expériences est donnée dans le tableau IV.18. Il faut noter
S
que, dans ce cas, la formule utilisée pour le calcul du ratio est différente des
N dB
précédentes car ici, nous avons un critère ciblé à une valeur (Fe / Ba = 12).
Grâce à ce tableau, nous pouvons calculer les effets moyens des facteurs contrôlés sur
le rapport Fe/Ba et son ratio Signal / Bruit.
Tableau IV–19 : Effets moyens des niveaux des facteurs sur Fe/Ba
A partir de là, nous pouvons aussi calculer les différentes interactions. Les résultats
obtenus sont regroupés dans le tableau IV.20.
Tableau IV–20 : Effets moyens des interactions sur le rapport Fer / Baryum
154
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Comme précédemment, nous pouvons alors former les graphiques représentés sur les
figures IV.12 et IV.13 donnant les effets moyens des facteurs sur la valeur mesurée de Fe /
S
Ba et sur le ratio .
N dB
Grâce à ces graphiques, nous nous apercevons que la vitesse de dépôt a plus
d’influence sur le rapport Fer sur Baryum que la température. On constate aussi que les
interactions sont, comme prévu, d’un degré moyen.
De même que précédemment, la figure IV.13 permettra de mieux optimiser la valeur
du rapport Fer / Baryum, étant donné que le ratio Signal / Bruit doit être maximal. La
meilleure combinaison dans ce cas est TS2Vd1.
155
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
L’objectif de notre étude est d’obtenir un rapport Fer / Baryum de 12, et de maximiser
les valeurs de Hc et de Js.
Pour cela, comme nous l’avons dit depuis le début, il faut maximiser le rapport
Signal / Bruit pour toutes les grandeurs, afin d’éviter les dispersions. A partir des résultats que
S
nous avons obtenus lors de cette étude nous pouvons conclure que ce ratio est maximal
N dB
lorsque la température des substrats et la vitesse de dépôt sont au niveau 1. A partir de là nous
avons regroupé dans le tableau IV.21 les effets moyens de Ts et Vd au niveau 1 et de
l’interaction correspondante sur la valeur mesurée et le ratio Signal / Bruit pour le champ
coercitif, l’intensité d’aimantation à saturation et le rapport Fer / Baryum.
facteurs niveau Js Hc Fe / Ba
valeur mesurée 0,026 40,84 3,07
Ts 1
ratio Signal / Bruit 1,53 3,32 -3,08
valeur mesurée 0,011 25,62 -6,09
Vd 1
ratio Signal / Bruit 0,61 1,74 5,67
valeur mesurée -0,003 9,88 -4,69
TsVd I1
ratio Signal / Bruit -0,24 0,11 -2,74
ratio Signal / Bruit théorique résultant -13,36 46,05 21,51
valeur mesurée théorique résultante 0,215 202,33 7,67
Dans ce tableau les valeurs résultantes théoriques sont calculées de la façon suivante :
pour Js : J s = T + E TS1 + E Vd1 + I1 (4.6)
156
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
157
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Bibliographie du chapitre IV
158
Chapitre IV : Application de la méthode Taguchi aux dépôts en couches minces
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
130
Conclusion générale
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
CONCLUSION GENERALE
Tout d’abord, rappelons que l’objectif de cette thèse était de réaliser des couches
d’hexaferrite de baryum possédant les propriétés nécessaires à la conception future d’un
circulateur intégré.
La technique de dépôt employée, l’évaporation au canon à électrons, nous a permis
d’atteindre des vitesses de dépôts (jusqu’à 37 µm/h) compatibles avec la réalisation de
couches possédant des épaisseurs importantes (50 µm) tout en conservant une adhérence
convenable entre le substrat et la couche de ferrite.
D’un point de vue cristallographique, les couches réalisées ont montré qu’en modifiant
les paramètres de dépôt nous pouvons obtenir soit la phase unique de l’hexaferrite de baryum
de type M, soit un mélange de phases comprenant la phase précédemment citée et la phase
spinelle (BaFe2O4), l’apparition de cette dernière n’étant pas uniquement liée aux variations
Fe
de composition chimique (2,3 < < 56). De plus, tous les dépôts présentent une orientation
Ba
cristallographique préférentielle dans le plan de la couche. Compte tenu de ce qui a été dit au
chapitre I, pour obtenir le phénomène de résonance gyromagnétique, ceci est un problème
qu’il est impératif de surmonter en vue de la réalisation d’un circulateur intégré. Quelques
pistes ont été explorées (modification du substrat et utilisation d’un champ magnétique durant
la phase de dépôt) mais n’ont pas permis d’obtenir une orientation selon l’axe c
perpendiculaire.
Dans l’ensemble, les propriétés magnétiques (Js et Hc) mesurées sur les couches sont
acceptables pour l’application visée. En effet, l’intensité d’aimantation à saturation maximale
relevée est proche de 0,41 Tesla, ce qui est la valeur mesurée sur le ferrite de baryum massif
(Js = 0,4 Tesla) et la valeur la plus faible vaut 0,11 Tesla. Cependant ces deux valeurs ne sont
pas très significatives de l’ensemble des valeurs obtenues, ces dernières étant plutôt
comprises entre 0,15 et 0,24 Tesla. De même, les valeurs du champ coercitif
(44 〈 H c 〈 267 kA/m ) sont acceptables comparées à celle du massif (Hc ≈ 100 kA/m). De plus,
nous avons constaté que les valeurs de ce champ sont plus importantes après recuit.
Cependant, après avoir subi un recuit à haute température, la surface des couches présente de
nombreuses fissures malgré l’utilisation de sous-couches intermédiaires permettant
l’adaptation des coefficients de dilatation thermique. Ces fissures pourront être réduites par
l’utilisation d’un four de recuits rapides qui est en cours de mise au point au sein de l’équipe.
Conclusion générale
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nous avons aussi mis en évidence des phénomènes d’évaporation préférentielle qui
ont lieu, soit durant la phase de dépôt elle-même, soit lors de la formation du lingot de ferrite.
Ces phénomènes nous empêchent de contrôler la composition chimique des couches. En effet,
la grande majorité des dépôts ne présente pas la composition du ferrite de baryum massif
Fe
≈ 12 .
Ba
Dans le futur, ce problème d’évaporation préférentielle sera éliminé grâce à
l’utilisation d’un bâti d’évaporation équipé de trois sources différentes. Il permettra, dans un
premier temps, d’évaporer de façon séparée l’oxyde de fer et l’oxyde de baryum puis, dans un
second temps, de procéder à l’étude de ferrites doux comme le ferrite de Nickel-zinc ou celui
de Lithium-Zinc.
En effet, comme il apparaît difficile d’orienter les couches de ferrite de baryum selon
l’axe c perpendiculaire, une autre solution envisageable serait de déposer une couche de
ferrite doux entre deux couches d’aimant, ces dernières servant à polariser la couche de
ferrite. Actuellement, une thèse en cours au sein du laboratoire porte sur la réalisation et
l’optimisation de couches minces de Samarium-Cobalt. Un deuxième aimant devrait être
étudié : le Néodyme-Fer-Bore.
Enfin, nous avons montré que la méthode des plans d’expériences pouvait être
appliquée à l’optimisation des propriétés des couches réalisées par les techniques classiques
de dépôts sous vide. Les résultats présentés au chapitre IV, concernant l’application de la
méthode Taguchi à notre cas, ne constituent qu’une pré-étude qui est approfondie
actuellement dans le cadre d’une thèse menée dans l’équipe. En effet, la démarche à suivre est
beaucoup plus complexe que cela, puisque en toute rigueur, avant de choisir un plan
d’expérience, il faut réaliser une « Analyse en Composante Principale » qui permet d’une part
de mettre en évidence les interactions entre les différents facteurs et d’autre part de faire
ressortir ceux qui ont le plus d’influence sur la grandeur à optimiser.
ANNEXES
161
ANNEXE I :
Processus d’évaporation
au canon à électrons
162
Annexe 1 : Processus d’évaporation au canon à électrons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
I. Introduction
• par laser,
Les substrats sont en général placés au dessus de la source, dans une position telle que la
surface à recouvrir d’un dépôt soit en regard de la vapeur provenant de cette source.
Nous allons développer uniquement le cas où la source d’évaporation est chauffée en
utilisant un canon à bombardement électronique.
163
Annexe 1 : Processus d’évaporation au canon à électrons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
• dans le premier cas, la pression de gaz résiduel est négligeable (P < 10-2 Pa). La
probabilité d’avoir une collision entre un atome éjecté et un atome de gaz est presque nulle.
Le libre parcours moyen est largement supérieur aux dimensions de l’enceinte. Ce régime,
schématisé sur la figure 1.a, est appelé régime balistique,
• dans le second cas, la pression de gaz n’est plus négligeable (10-2 ≤ P ≤ 2 Pa). Ici, le libre
parcours moyen n’est plus très grand devant la distance source-substrats. La probabilité
d’avoir une collision entre un atome éjecté et un atome du gaz n’est plus nulle. Lors d’une
collision, il y a échange d’énergie et de quantité de mouvement entre les deux partenaires :
l’atome incident change de direction, son énergie varie et il repart en ligne droite avec un
nouveau libre parcours moyen. Sa trajectoire est alors schématisée par une ligne brisée entre
la source et les substrats (figure 1.b),
(a)
P ≤ 10-2 Pa
(b)
10-2 Pa ≤ P ≤ 2 Pa
(c)
P > 2 Pa
Figure 1 : Schématisation des différents modes de transport de la vapeur dans les techniques
de dépôt sous vide
164
Annexe 1 : Processus d’évaporation au canon à électrons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
• enfin, lorsque la pression de gaz est élevée (P > 2 Pa), la probabilité d’avoir une collision
entre un atome éjecté et, au moins, un atome de gaz, est proche de 1. Dans ce cas, le nombre
de collisions est tellement important que l’atome perd rapidement son énergie cinétique et se
thermalise. Son énergie cinétique devient égale à celle du gaz. L’atome diffuse à travers le gaz
(figure 1.c). Ce mode de transfert est appelé régime diffusionnel.
Quand ils arrivent sur les substrats, les premiers atomes, en fonction de leur énergie,
peuvent : soit être absorbés au point d’impact, soit diffuser pour se répartir de façon
statistique dans des sites préférentiels de la surface (liaisons pendantes, lacunes …). Ils vont
permettre l’accrochage d’autres atomes. Il se forme des îlots qui grossissent indépendamment.
Ces îlots se lient les uns aux autres pour former un maillage lâche qui finit par se transformer
en couche continue sur laquelle va croître le dépôt.
En pratique, les atomes évaporés ne sont pas répartis uniformément dans tout le demi-
espace au-dessus de la source. Pour caractériser cette répartition, on pose que le nombre
d’atomes émis dans un angle solide élémentaire dΩ, autour d’une direction faisant un angle θ
avec la normale (voir figure 2), est de la forme :
dNe = N0 g(θ) dΩ
165
Annexe 1 : Processus d’évaporation au canon à électrons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
r
source, un vecteur MPi tel que : MPi = g (θ) . La courbe obtenue en joignant l’extrémité de
ces vecteurs (lieu géométrique des points Pi), est l’indicatrice d’émission (figure 2).
cos θ
g (θ) =
π
L’indicatrice de cette fonction est représentée par un cercle (une sphère en trois
dimensions) tangent à la surface au point M comme le montre la figure 3 ci-dessous.
166
Annexe 1 : Processus d’évaporation au canon à électrons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Quand la vitesse d’évaporation augmente, tout se passe comme s’il y avait une pseudo-
focalisation des atomes évaporés autour de la normale à la source. Autrement dit, tout se
passe comme si la loi d’émission n’était plus en cos θ mais en cos n θ , avec n ≥ 1. La fonction
de distribution est alors de la forme :
n +1
g(θ) = cos n θ
2π
Figure 4 : Répartition spatiale normalisée pour une vitesse d’évaporation de 6,67 mg.s-1
1 : courbe expérimentale
2 : courbe théorique cos θ
3 : courbe théorique cos2 θ
4 : courbe théorique cos3 θ
167
Annexe 1 : Processus d’évaporation au canon à électrons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Tous les atomes quittant la surface du lingot ne possèdent pas la même énergie. On
considère généralement que la répartition des énergies obéit à une distribution de Maxwell-
Boltzmann. La fonction de distribution d’énergie des atomes évaporés s’écrit sous la forme :
2π E
f (E ) = E exp(− )
(πk T ) 3 / 2 kT
avec :
- E : énergie d’un atome évaporé,
- k : constante de Boltzmann,
- T : température des atomes à la sortie de la source (généralement prise égale à la
température d’évaporation du matériau à déposer).
3
L’énergie moyenne E = kT est de l’ordre de quelques dixièmes d’électronvolt.
2
• une vitesse de dépôt qui peut varier dans une plage étendue, de très faible à très forte. Les
valeurs varient avec la puissance appliquée, la nature du matériau à déposer et les
conditions de réalisation du dépôt.
168
Annexe 1 : Processus d’évaporation au canon à électrons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Bibliographie Annexe 1
169
ANNEXE II :
Processus d’évaporation
au tri-canons
170
Annexe 2 : Processus d’évaporation au tri-canons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
I. Introduction
Pour résoudre le problème de l’évaporation des alliages qui ont des pressions de
vapeur différentes, on peut utiliser plusieurs sources d’évaporation (une pour chaque
matériau). La vitesse d’évaporation de chaque source doit être contrôlée avec précision en
utilisant une balance à quartz pour chaque source. De plus, afin d’obtenir, sur les substrats
placés en regard des sources, un bon mélange des différentes vapeurs, la distance source-
substrat ne doit pas être choisie au hasard. Enfin, si la différence de densité des matériaux est
importante, il sera difficile d’obtenir une composition uniforme sur toute la surface des
substrats à cause des collisions entre atomes légers et atomes lourds qui risquent d’entraîner
une dispersion des atomes légers.
Nous allons maintenant présenter très succinctement l’étude en cours concernant la
mise au point de la nouvelle installation de dépôt.
Les résultats de simulation présentés dans cet annexe font l’objet de la thèse de Pierre
Aubreton au sein de l’équipe. Nous lui avons demandé de simuler, par la méthode de Monte
Carlo, l’évaporation séparée de trois matériaux et de regarder l’influence de la distance
source-substrat, de la position des sources d’évaporation et de la vitesse de rotation des
substrats sur la répartition en épaisseur et la répartition en composition des dépôts.
Les différentes simulations ont montré que la distance source-substrat devait être au
moins égale à 40 cm pour obtenir une répartition en épaisseur uniforme sur les substrats.
171
Annexe 2 : Processus d’évaporation au tri-canons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
défavorables pour obtenir des dépôts homogènes en composition, nous avons pris une loi
d’émission en cos5θ et nous nous sommes placés dans le cas où les atomes évaporés ne
subissent aucune collision dans le volume de transfert source-substrat (régime balistique).
Dans un premier temps, le porte-substrats est supposé immobile.
(a) (b)
Figure 2 :
Répartition
en épaisseur
mesurée
selon l’axe
zz’ de la
figure 1
172
Annexe 2 : Processus d’évaporation au tri-canons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
L’épaisseur simulée en chaque point est la somme des épaisseurs de fer, de nickel et de
zinc. Nous constatons que l’épaisseur est relativement homogène au centre sur une distance
de 5 cm puisque l’épaisseur est comprise entre 18,5 et 19 µm.
Par contre, la figure 4 qui représente respectivement les pourcentages de fer, de nickel
et de zinc contenus dans la couche, montre que les dépôts ne sont pas homogènes en
composition. Ce résultat était prévisible compte tenu de l’emplacement des différentes
sources d’évaporation par rapport aux substrats. Il est normal de retrouver beaucoup plus de
nickel à gauche et de fer à droite de la figure. De plus, quelque soit le matériau, les
pourcentages simulés varient de façon très importante. Par exemple, le pourcentage de fer
contenu dans le dépôt varie entre 10 et 70 % d’une extrémité à l’autre du substrat.
Afin de remédier à ce problème, d’autres simulations ont été réalisées en simulant la
rotation du porte-substrats. En réalité, le code de calcul développé prend en compte la rotation
des trois sources d’évaporation ce qui, d’un point de vue théorique, est identique à la rotation
des substrats. Dans la pratique, il serait impossible de déplacer les trois blocs canons à
électrons alors qu’une rotation du porte-substrats bien que complexe, est déjà envisagée.
Comme on peut le voir sur la figure 3, la rotation des substrats ne modifie pas la
répartition en épaisseur obtenue précédemment.
173
Annexe 2 : Processus d’évaporation au tri-canons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Par contre, à partir d’une vitesse de rotation de 10 tr/min, nous constatons (voir
figure 5) que la couche déposée devient relativement bien homogène en composition et ceci
pour les trois matériaux évaporés. En effet, comme le montre cette figure, les pourcentages
simulés ne varient que de 1,5 % d’une extrémité à l’autre du substrat dont les dimensions sont
importantes (carré de côté 55 cm).
III. Conclusion
174
Annexe 2 : Processus d’évaporation au tri-canons
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Figure 4 : Evolution des pourcentages de fer (a), de nickel (b) et de zinc (c) sur un substrat
immobile de dimension 55 cm × 55 cm situé à 40 cm des sources d’évaporation
175