Gamma PDF
Gamma PDF
La fonction Gamma
(par A. Joyal pour le camp mathématique)
La fonction Gamma est l’un des joyaux des mathématiques. On la retrouve en analyse, en théorie des
nombres, en théorie des probabilités et en théorie des représentations des groupes. Depuis Legendre, on dit
que les intégrales Z Z
∞ 1
Γ(x) = e−t tx−1 dt et B(p, q) = tp−1 (1 − t)q−1 dt
0 0
sont eulériennes. La première définit la fonction Gamma et la seconde la fonction Bêta.
§0 Un peu d’histoire
§1 Les fonctions Bêta et Gamma
§2 Applications
§3 Exercices
§4 Prolongement analytique
§5 Exercices
§ 0 Un peu d’histoire
L’origine de la fonction Bêta remonte au début du calcul différentiel et intégral. Elle fait sa première
apparition dans l’Arithmetica Infinitorum publié par Wallis en 1665. L’ouvrage contient la célèbre formule
de Wallis:
π 2 · 2 4 · 4 6 · 6
= ···.
2 1·3 3·5 5·7
La méthode qu’utilise Wallis pour obtenir sa formule est particulièrement originale. Il se propose de calculer
l’aire d’un cercle en calculant l’intégrale
Z 1p
π
= 1 − x2 dx. (2) .
4 0
pour q un entier positif. Il dresse alors un tableau de A(p, q) = I(p, q)−1 pour tous les entiers p, q ≤ 10.
q=0 q=1 q=2 q=3 q=4 q=5 q=6 q=7 q=8 q = 9 q = 10
p=0 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
p=1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
p=2 1 3 6 10 15 21 28 36 45 55 66
p=3 1 4 10 20 35 56 84 120 165 220 286
p=4 1 5 15 35 70 126 210 330 495 715 1001
p=5 1 6 21 56 126 252 462 792 1287 2002 3003
p=6 1 7 28 84 210 462 924 1716 3003 5005 8008
p=7 1 8 36 120 330 792 1716 3432 6435 11440 19448
p=8 1 9 45 165 495 1287 3003 6435 12870 24310 43758
p=9 1 10 55 220 715 2002 5005 11440 24310 48620 92378
p = 10 1 11 66 286 1001 3003 8008 19448 43758 92378 184756
1
Wallis reconnait le triangle de Pascal avec
(p + q)!
A(p, q) = .
p!q!
p+q p+q
A(p, q) = A(p, q − 1) et A(p, q) = A(p − 1, q) (3) .
q p
Wallis fait alors l’hypothède que ces relations sont vraies même pour des valeurs fractionnaires de p et q.
Par exemple, posons bn = A(1/2, n/2). On a b2 = 3/2 et on obtient que
1 n + 12 1 1 2n + 1 (2n + 1) · · · 5 · 3
b2n = A ,n = A ,n− = b2n−2 = .
2 n 2 2 2n (2n) · · · · · · 4 · 2
De même,
2n + 2 (2n + 2) · · · 4 · 2
b2n+1 = b2n−1 = · b1 .
2n + 1 (2n + 1) · · · 5 · 3
Wallis observe que la suite b1 , b2 , . . . est croissante car la suite
Z 1
1 1 n n
= I( , ) = (1 − x2 ) 2 dx.
bn 2 2 0
est décroissante. Les inégalités b2n−2 < b2n−1 < b2n , impliquent que l’on a
3 5 2n − 1 4 2n 3 5 2n + 1
· ··· < b1 · · · · · < · ··· .
2 4 2n − 2 3 2n − 1 2 4 2n
On sait que b1 = A( 21 , 12 ) = 4
π. On obtient par suite que
1
Euler y découvrit la fonction Bêta. Revenons à l’intégrale de Wallis. Si on pose t = x p , on obtient que
Z 1
I(p, q) = p tp−1 (1 − t)q dt.
0
2
Depuis Legendre, on les étudie sous une forme légèrement modifiée
Z 1
B(a, b) = ta−1 (1 − t)b−1 dt.
0
aB(a, b + 1) = bB(a + 1, b)
n−1
B(a, n) = B(a + 1, n − 1).
a
1 · 2 · · · (n − 1)
B(a, n) =
a(a + 1) · · · (a + n − 1)
(m − 1)!(n − 1)!
B(m, n) = ∗ .
(m + n − 1)!
Euler a généralisé la formule ∗ pour des valeurs quelconques de a, b > 0. Pour tout a > 0 posons
Z ∞
Γ(a) = e−t ta−1 dt.
0
La relation fondamentale
Γ(a + 1) = aΓ(a)
se démontre en intègrant par parties
Z ∞ Z ∞
−t a
Γ(a + 1) = e t dt = −e−t ta |10 +a e−t ta−1 dt.
0 0
3
Comme Γ(1) = 1, cela prouve que Γ(n + 1) = n!. Démontrons maintenant la formule
Γ(a)Γ(b)
B(a, b) = .
Γ(a + b)
On a évidemment Z ! Z !
∞ ∞
−x a−1 −x a−1
Γ(a)Γ(b) = e x dx e x dx
0 0
Z ∞ Z ∞
= e−x−y xa−1 y b−1 dxdy.
0 0
Pour évaluer l’intégrale relative à dx, effectuons le changement de variable x = tu. On obtient que
Z u Z 1
xa−1 (u − x)b−1 dx = (tu)a−1 (u − tu)b−1 u dt
0 0
Z 1
= ua+b−1 ta−1 (1 − t)b−1 dt
0
= ua+b−1 B(a, b).
Par suite, Z ∞
Γ(a)Γ(b) = B(a, b) e−u ua+b−1 du
0
= B(a, b)Γ(a + b)
ce qui donne le résultat désiré.
La fonction Bêta possède un grand nombre d’expressions intégrales obtenues par changement de vari-
ables. Si on pose
t = sin2 θ, 1 − t = cos2 θ, dt = 2 sin θ cos θ dθ
on obtient que
Z π
2
B(a, b) = 2 (sin θ)2a−1 (cos θ)2b−1 dθ.
0
1 √
Γ( ) = π.
2
Les valeurs centrales
Γ(a)Γ(a)
B(a, a) =
Γ(2a)
sont particulièrement intéressantes. Si on utilise la relation sin 2θ = 2 cos θ sin θ, on obtient
Z π
1 2
B(a, a) = (sin 2θ)2a−1 dθ.
22a−2 0
4
Si on pose ψ = 2θ on obtient ensuite que
Z Z π
π 1
1 1 2 1
B(a, a) = (sin ψ)2a−1 dψ = (sin ψ)2a−1 dψ = B a, .
22a−1 0 22a−2 0 22a−1 2
2a−1 a a + 1
Γ(a) = √ Γ Γ .
π 2 2
Si on pose
x 1 1
t= , 1−t = , dt =
1+x 1+x (1 + x)2
on obtient que Z ∞
xa−1
B(a, b) = dx ?
0 (1 + x)a+b
Une expression plus symétrique s’obtient en séparant cette intégrale en deux parties:
Z 1 Z ∞
xa−1 xa−1
B(a, b) = dx + dx.
0 (1 + x)a+b 1 (1 + x)a+b
1
Si remplace x par x dans la seconde, on obtient que
Z ∞ Z 1
xa−1 xb−1
dx = dx.
1 (1 + x)a+b 0 (1 + x)a+b
Par suite,
Z 1
xa−1 + xb−1
B(a, b) = dx. ?
0 (1 + x)a+b
Si 0 < a < 1, on obtient en particulier que
Z ∞ Z 1
xa−1 dx xa−1 + x−a dx
B(a, 1−a) = Γ(a)Γ(1 − a) = = .
0 1+x 0 1+x
1
= 1 − x + x 2 − x3 + · · · .
1+x
5
Si on multiplie la série géométrique par x−a et si on intègre terme à terme, on obtient la série
Z 1 ∞
x−a dx X (−1)n
= .
0 1+x n=1
a−n
Par suite,
X (−1)n
B(a, 1−a) = ? .
a−n
n∈Z
6
C’est le résultat cherché puisque
1 · 2···n
B(n + 1, a) = .
a(a + 1) · · · (a + n)
puisque n−1 est la valeur maximum, et (n + 1)−1 la valeur minimum, de la fonction x−1 dans l’intervalle
[n, n + 1]. Les inégalités ! !
Z n+1
1 dx 1 1
0≤ − ≤ −
n n x n n+1
entraı̂nent que la série à terme positifs !
∞ Z k+1
X 1 dx
−
k k x
k=1
converge donc vers une limite γ ≤ 1. Disons maintenant quelques mots sur la convergence d’un produit. On
dit qu’un produit infinie
Y∞
1 + an
n=1
converge absolument pour N grand. On montre que le produit converge absolument ssi la somme
∞
X
| an |
n=1
7
converge. Ceci dit, le produit
∞
Y x
1+
n=1
n
converge. Nous pouvons maintenant établir la formule de Weierstrass. D’après la formule d’Euler, on a
1 x −x
= lim x 1 + x · · · 1 + n
Γ(x) n→∞ n
1 1
log n = 1 + + · · · + − γ + o(1)
2 n
dans laquelle o(1) désigne une quantité qui tend vers 0 si n → ∞. Par suite,
1 1 1
nx = exlog n = ex(1+ 2 + 3 +···+ n ) e−γx eo(1) .
Donc
x x −x x −x x −x
x 1+x 1+ ··· 1+ n = e−o(1) eγx x 1 + x e−x 1 + e 2 ··· 1+ e n.
2 n 2 n
1 x −x
= eγx x · 1 + x e−x 1 + e 2 ···.
Γ(x) 2
3 Exercices
Posons a! = Γ(a + 1) et
a a! Γ(a + 1)
= = .
b b!(a − b)! Γ(b + 1)Γ(a − b + 1)
8
Exercice : Montrer que
a+1 a a
= + .
b b b−1
9
Exercice : Montrer que
∞
(a + b)! Y (n + a)(n + b)
= .
a!b! n=1
n(n + a + b)
§ 2 Applications
f ?g =g?f et (f ? g) ? h = f ? (g ? h).
I 0 (f ) = f et I n+1 (f ) = 1 ? In (f ).
10
Nous avons montré que Z x
n 1
I (f )(x) = (x − t)n−1 f (t) dt.
(n − 1)! 0
On peut montrer que si a → 0 alors I a (f ) → f = I 0 (f ). Montrons que l’on a I a (I b (f )) = I a+b (f ) pour tout
a, b > 0. Il revient au même de montrer que l’on a
γa ? γb = γa+b .
On trouve Z Z
x 1
1 xa+b−1
(γa ? γb )(x) = ta−1 (x − t)b−1 dt = ta−1 (1 − t)b−1 dt
Γ(a)Γ(b) 0 Γ(a)Γ(b) 0
xa+b−1 xa+b−1
= B(a, b) = = γa+b (x).
Γ(a)Γ(b) Γ(a + b)
Appliquons ces résultats à l’évaluation de certaines intégrales. Remarquons d’abord que si g = g 1 ?· · ·?gn ,
alors Z ∞ Z ∞ Z ∞
f (t)g(t)dt = ··· f (t1 + · · · + tn )g1 (t1 ) · · · gn (tn )dt1 · · · dtn
0 0 0
On a évidemment Z ∞ Z ∞
n
I =2 ··· f (x21 + · · · + x2n )dx1 · · · dxn .
0 0
√
Le changement de variable xi = ti , donne
Z ∞ Z ∞
−1 −1
I= ··· f (t1 + · · · + tn )t1 2 · · · tn 2 dt1 · · · dtn .
0 0
11
Par suite n Z ∞
π2 n
I= f (t)t 2 −1 dt.
Γ( n2 ) 0
En particulier, le volume bn d’une boule de rayon 1 dans l’espace euclidien de dimension n est donné par
n Z 1 n n
π2 n π2 π2
bn = t 2 −1 dt = n = n .
Γ( n2 ) 0
n
( 2 )Γ( 2 ) ( 2 )!
d
Le volume d’une boule de rayon r est bn rn et d’une sphère n
dr (bn r ) = nbn rn−1 .
§ 4 Prolongement
pour tout nombre complexe z. On montre facilement que cette fonction possède de Taylor
1 z2 z3
= g1 z + g 2 + g3 + · · ·
Γ(z) 2! 3!
qui converge pour tout nombre complexe z. On dit pour cela c’est une fonction entière (tout comme les
fonctions ez , sin z et cos z). Cette fonction s’annule si et seulement si z = −n pour un entier n ≥ 0, car un
produit convergent ne s’annule que si l’un des facteurs est nul. On peut définir le prolongement analytique
de la fonction Γ en posant
∞ z
e−γz Y e n
Γ(z) =
z n=1 1 + nz
pour tout nombre complexe z 6= −n. Les identités satisfaites par la fonction Gamma usuelle sont encore
satisfaites par son prolongement analytique Γ(z). C’est une conséquence du principe de prolongeent analy-
tique. Toutefois, il est intéressant de les démontrer directement. Par exemple, démontrons que la fonction
Γ(z) satisfait l’équation fonctionelle Γ(z + 1) = zΓ(z). Pour cela, il faut montrer que le produit
∞
z Y 1 + z − 1+z
= eγ(1+z) z(1 + z) 1+ e n
Γ(z + 1) n=1
n
1
est égal à Γ(z) . Remarquer que
1+z z 1
1+ = 1+ 1+ .
n n+1 n
Par suite,
∞
z Y z −z 1 −1
= eγ eγz z(1 + z) 1+ e n 1+ e n
Γ(z + 1) n=1
n+1 n
" ∞
# " ∞
#
γ
Y 1 −1 γz
Y z −z
= e 1+ e n × e z(z + 1) 1+ e n .
n=1
n n=1
n+1
12
tend vers 0 lorsque n → ∞. Le second facteur vaut
z −z z −z z −z z −z
eγz z(1 + z) 1 + e 1+ e 2 1+ e 3 1+ e 4 ···
2 z z 3
z −z 4
z −z 5
z
=eγz z 1 + z e−z 1 + e− 2 1 + e 3 1+ e 4 1+ ···.
2 3 4 5
1
=
Γ(z)
Nous avons démontré l’équation fonctionelle Γ(z + 1) = zΓ(z). Ceci fait, Il est facile de démontrer la formule
des compléments:
1 sin πz
= .
Γ(z)Γ(1 − z) π
Pour cela il suffit d’utiliser l’identité Γ(1 − z) = −zΓ(−z). En effet,
∞
1 1 γz −γz
Y z −z z z
= = ze e 1+ e n 1− en
Γ(z)Γ(1 − z) Γ(z)(−z)Γ(−z) n=1
n n
∞
Y z 2 sin πz
=z 1− 2 = .
n=1
n π
La formule des compléments est démontrée. Il est plus difficile de démontrer la formule de duplication de
Legendre
22z−1 1
Γ(2z) = √ Γ(z)Γ z + .
π 2
Pour cela on on procéde indirectement en utilisant la dérivée logarithmique du produit de Weierstrass
∞
!
Γ0 (z) 1 X 1 1
ψ(z) = = −γ − + − .
Γ(z) z n=1 n z + n
On dit que ψ(z) est la fonction Digamma. Le développement de ψ(z) est absolument convergent si z n’est
pas un entier ≤ 0 car son terme général
!
1 1 z
− =
n z+n n(n + z)
est inférieur en valeur absolu à Cn−2 pour une constante C convenable (qui dépend de z). Il est même uni-
formément convergent si | z + n |≥ > 0 pour tout n ≥ 0. Il est souvent commode d’écrire le développement
de ψ(z) sous la forme !
∞
X 1 1
ψ(z) = −γ − − .
n=0
n+z n+1
Plus généralement, si k > 0 on dit que la dérivé k-ième de ψ(z) est une fonction polygamma
∞
X 1
ψ (k) (z) = (−1)k−1 (k − 1)! .
n=0
(z + n)k+1
13
Remarquons au passage que ψ(x) est croissante pour x > 0 car la fonction ψ 0 (x) est continue et positive
pour x > 0. La fonction log Γ(x) est donc convexe pour x > 0. Remarquons de plus que ψ(1) = −γ < 0
et que ψ(2) = 1 − γ > 0 ( car γ = 0, 577 < 1). La fonction ψ(x) s’annule donc pour un élement x 0 de
l’intervalle (1, 2). Γ(x0 ) est la valeur minimum de Γ(x) pour x > 0. Numériquement, on trouve x0 = 1, 462
et Γ(x0 ) = 0, 886.
On peut fonder toute la théorie de la fonction Γ(z) sur celle de la fonction trigamma ψ 0 (z). On voit
aisément que cette fonction satisfait à l’équation fonctionelle
1
ψ 0 (z) = + ψ 0 (z + 1).
z2
On en déduit l’équation fonctionelle de la fonction Gamma. En effet en intégrant l’équation fonctionelle de
ψ 0 (z) on obtient une équation fonctionelle pour ψ(z):
1
ψ(z) = C − + ψ(z + 1)
z
Pour déterminer la constance C il suffit de substituer dans léquation une valeur particulière de z. Si on
met z = 1, on obtient que −γ = C − 1 + (1 − γ) et par suite que C = 0. Si on intègre ensuite l’équation
fonctionelle pour ψ(z), on obtient une équation fonctionelle
avec C une constante inconnue. Si on substitue cette équation dans l’exponentielle on obtient que
Γ(z + 1) = K · zΓ(z)
pour une constante K = eC inconnue. Si on pose z = 0 on obtient que K = 1 à la condtion de savoir que
∞ 1
Y en
e−γ = 1.
n=1
1 + n1
Utilisons maintenant cette méthode pour démontrer la formule de duplication de Legendre. Vérifions d’abord
que ψ 0 (z) satisfait la formule de duplication
1
4ψ 0 (2z) = ψ 0 (z) + ψ 0 z + .
2
En effet,
∞ ∞
1 X 1 X 1
ψ 0 (z) + ψ 0 z + = 2
+ 1
2 n=0
(z + n) n=0
(z + 2 + n)2
∞ ∞
X 4 X 4
= 2
+
n=0
(2z + 2n) n=0
(2z + 2n + 1)2
∞
X 1
=4 2
= 4ψ 0 (2z).
n=0
(2z + n)
Si on intègre la formule de duplication pour ψ 0 (z), on obtient une formule de duplication pour ψ(z):
1
2ψ(2z) = C + ψ(z) + ψ z +
2
Pour déterminer la constante C on peut poser z = 21 . On a
∞
! ∞
!
1 X 1 1 X 1 1
ψ = −γ − − = −γ − 2 − = −γ − 2 log 2.
2 n=0
n + 12 n+1 n=0
2n + 1 2n + 2
14
Par suite, C = 2 log 2. Nous avons obtenue la formule de duplication pour ψ(z):
1
2ψ(2z) = 2 log 2 + ψ(z) + ψ z + .
2
Si on intègre cette formule pour ensuite substituer le résultat dans la fonction exponentielle on obtient que
1
Γ(2z) = K · 22z Γ(z)Γ z +
2
pour une constante inconnue K. Pour déterminer K il suffit de substituer de z = 21 . On sait par la formule
des compléments que l’on a
1 2
Γ = π.
2
Par suite,
1
K= √ .
2 π
Nous avons démontré la formule de duplication de Legendre
22z−1 1
Γ(2z) = √ Γ(z)Γ z + .
π 2
(la constante d’intégration est nulle car log Γ(1) = 0). Si on substitue z = 1 dans cette formule, on obtient
une formule d’Euler
ζ(2) ζ(3) ζ(4) ζ(5)
γ= − + − +···.
2 3 3 5
1 z(z + 1) · · · (z + n)
= lim .
Γ(z) n→∞ n! nz
15
valide lorsque la partie réelle de z = x + iy est > 0.
Cette intégrale diverge toutefois lorsque x 7→ 0. Suivant Cauchy, on peut obtenir une expression convergente
en lui retranchant une partie divergeante. Pour cela on peut séparer l’intégrale en deux parties
Z 1 Z ∞
Γ(z) = e−t tz−1 dt + e−t tz−1 dt.
0 1
La seconde intégrale Z ∞
Γ(z, 1) = e−t tz−1 dt
1
Par suite,
∞
X (−1)n
Γ(z) = Γ(z, 1) + .
n=0
(z + n)n!
Nous avons exprimé la fonction Gamma comme la somme d’une fonction entière et d’une partie fractionnaire.
La décomposition montre que
(−1)n
lim (z + n)Γ(z) = .
z→−n n!
Par suite, Z ∞
1 1
= e−at ts−1 dt.
as Γ(s) 0
Cette identité joue un rôle important dans un grand nombre d’applications. Par exemple, considérons la la
fonction zeta de Riemann
1 1 1
ζ(s) = 1 + s + s + s + · · ·
2 3 4
Montrons que l’on a Z ∞
1 ts−1
ζ(s) = dt.
Γ(s) 0 et − 1
16
En effet, pour tout entier n ≥ 1, on a
Z ∞
1 1
= e−nt ts−1 dt.
ns Γ(s) 0
Par suite,
∞ ∞ Z Z ∞ X∞
X 1 1 X ∞ −nt s−1 1
ζ(s) = s
= e t dt = e−nt ts−1 dt
n=1
n Γ(s) n=1 0
Γ(s) 0 n=1
Z ∞ Z ∞ s−1 .
−t
1 e s−1 1 t
= t dt = dt
Γ(s) 0 1 − e−t Γ(s) 0 et − 1
§ 5 Exercices
n−1
X 1
ψ(z + n) = ψ(z) + .
k+z
k=0
n−1
X 1
ψ(n) = −γ + .
k
k=1
∞
!
X a1 ak
a1 ψ(z1 ) + · · · + ak ψ(zk ) = − +··· + .
n=0
z1 + n zk + n
Les 10 exercices qui suivent ont pour but de d’établir la formule de Gauss
k kπ Xq−1 2rkπ
π rπ
ψ = −γ − log(2q) − cot + cos log sin .
q 2 q r=1
q q
La formule permet de calculer la valeur de la fonction ψ(x) pour x = k/p un nombre rationnel positif < 1.
17
Exercice : Si 1 ≤ k ≤ q sont des entiers, montrer que l’on a
∞
!
k X 1 1
ψ(1) − ψ =q − .
p n=0
nq + k nq + q
1
En particulier, montrer que ψ 2 = −γ − 2 log 2.
18
Si ω est une racine q-ième de l’unité 6= 1, alors ω est racine du polynôme
Xq − 1
= 1 + X + X 2 + · · · + X q−1 .
X −1
Par suite,
ω + ω 2 + ω 3 + · · · + ω q = 0.
1 X −k
ak = w p(ω).
q ωq =1
k kπ Xq−1 2rkπ
π rπ
ψ = −γ − log(2q) − cot + cos log sin .
q 2 q r=1
q q
19
Si ω = cos θ + i sin θ, alors la partie réelle de log(1 − ω) vaut log 2 sin θ2 . En prenant les parties réelles
montrer que
k q − k q−1 2rkπ
X rπ
ψ +ψ = −2γ − 2 log q + 2 cos log 2 sin .
q q r=1
q q
q−1
X 2rkπ
−1 = cos .
r=1
q
Les exercices qui suivent ont pour but d’établir la formule de multiplication de Gauss
q−1 !
1
qz− 21
Y k
Γ(qz) = (2π) 2 (1−q) q Γ z+ .
q
k=0
La méthode consiste à établir d’abord les formules de multiplication pour les fonctions ψ(z) et ψ 0 (z).
q−1
1 X 0 k
ψ 0 (qz) = 2
ψ z+ .
q q
k=0
q−1
1X k
ψ(qz) = log q + ψ z+ .
q q
k=0
20
Si on intègre la formule de multiplication pour ψ(z) on obtient que
n−1
X k
log Γ(nz) = C + z log n + log Γ z +
n
k=0
pour une constante C. En substituant dans la fonction exponentielle on obtient ensuite que
n−1
Y k
Γ(nz) = Knz Γ z+
n
k=0
avec K = eC . Les deux exercices qui suivent ont pour but de déterminer la constante K.
Suggestion: Utiliser l’exercice précédent et la formule de duplication de Legendre pour calculer le produit
" #
1 n − 1 2 1 n − 1 1 n − 1
Γ ···Γ =Γ Γ ···Γ Γ .
n n n n n n
21
en utilisant l’exercice ?. Faire croitre ensuite n → ∞.
Intégrer ensuite cette formule par rapport à la variable a. Déterminer la constante d’intégration en substi-
tuant a = 0.
22