Erratum: Echanges, Pouvoir, Representations
Erratum: Echanges, Pouvoir, Representations
SORBONNE PARIS V
Torne 1
A Jean-Bernard,
Louis MOLLET qui m'a aidée dans la traduction de certains textes et avec lequel
j'ai eu, par de solides discussions, une approche plus dialectique de la réalité
malgache;
Jean-Claude HEBERT qui m'a adressé de nombreux écrits et m'a fait bénéficier
de ses conseils pour des recherches bibliographiques.
Je dois beaucoup à André NICOLA! qui m'a fait entrer à l'ORSTOM en 1971 et à
taus ceux qui, dans cette maison, ont cru à mon travail de chercheur et m'ont
fourni appuis et conseils.
Jean-Yves MARTIN et Bernard HOURS ont été des amis sincères et des
chercheurs avec lesquels j'ai eu de multiple échanges.
INTRODUCTION 1
Introduction 6
Introduction 44
Introduction 101
Introduction 175
Introduction 200
ANNEXES
Aires du mot Vazimba d'après carte de J.C. Hebert "Le Fatidra" 230
ERRATA ET CORRECTIONS:
COMORES
~O
160f---------'----r-"~J-"<_--=~---+__t_'="'-"="--+ -"-:::::....==.:.:....---116·
200 f----------+II-:~m~*'i;F=,"'--~~;__+-=j_---------__i20·
Tropique du Capricorne
24o~-----+-+-----,r=:-'----+----=----I----1---------------l24·
48 0
--+-+-
- 1 -
INTRODUCTION
l d'abord fait leur puissance et causé ultérieurement leur perte comme étant lié
aux rapports qu'ils entretenaient avec l'extérieur". Nous l'utiliserons pour
comprendre comment les relations externes, présidant aux échanges extérieurs,
ont fondé et nécessité les rapports internes établis par les chefs avec les
communautés locales désormais regroupées autour de l'institution royale. Dans
ces rapports externes, sont intervenus non seulement les échanges commerciaux
avec les Hollandais et Portugais, puis plus tard les Anglais et les Français, mais
également et sur un plan différent parce que plus anciennes, les relations
économiques et culturelles avec les Arabes qui contrôlaient dès le XIIIe siècle le
commerce dans l'Océan Indien. On ,comprend bien de cette manière que les
études faites sur la côte Ouest par P. Ottino (l) et J. Lombard (l), prennent pour
cadre d'analyse global l'ensemble de l'Océan Indien, intégrant tout le travail fait
l par G. Ferrand (2) qui cherchait à préciser l'influence de l'Islam à Madagascar. Ils
poursuivent donc la voie tracée aux alentours de 1902-1915 en l'élargissant à
l'étude des rapports économie-société, prenant pour base de leur analyse le
schéma idéologique identifiant ces rapports d'un point de vue génético-structural
issu de l'ethnologie.
(1) Nous reprenons ici le titre d'un ouvrage de G. Balandier "Histoire d'autres", .
coll. Stock paru en 1977, parce qu'il désigne bien la difficulté et la
nécessité d'etablir la bonne distance avec cet objet-sujet relatif aux
sciences sociales. Ce que nous tentons d'élucider dans ce chapitre pour le
lecteur et pour nous-même.
- 6 -
INTRODUCTION
avec l'Etranger avait été nécessaire aux transformations. C'est ce que note F.
Raison-Jourde (1) qui attribue à l'insuffisance de l'explication historique la
popularité de la thèse de G. Althabe selon laquelle la rutpure des dominés (les
villageois) avec les dominants (l'Administration ou Fanjakana) serait fondée sur
l'identification des dirigeants à l'Etranger. Elle remarque dans cette théorie la
faculté qu'ont eues la petite et moyenne bourgeoisie Merina d'éviter de
s'entendre rappeler combien l'alliance avec l'Etranger avait fait partie intégrante
du fonctionnement des royautés et plus particulièrement, des monarchies
côtières.
1.1.1 De l'étrangeté...
les traductions ont fait l'objet d'un montage thématique (O. Ainsi, on peut dire
que de nombreux auteurs sont associés à ce travail. Leur participation va de la
simple justification des comportements à l'interprétation de l'évènement dans
son essence. Plus allusif, le propos explicitait l'évènement, faisant émerger de
nouvelles formes de communication qui toutes se situaient à la limite de
l'interdit et de la transgression (2). C'est dans l'impossibilité de restituer ces
"moments dialectiques" où tout s'enchaînait, où tout devenait sens que se trouve
la véritable opacité d'une recherche.
1.1.4 De l'altérité
l'intérieur de leurs cases ou sur le lieu de leur travail, amenait des changements
dans les rapports des groupes entre eux, simplement par le travail de
mémorisation que faisaient les uns et les autres et qui se trouvait diffusé dans le
village. Ainsi, s'est effectué un passage quasi permanent de l'objectivité à la
subjectivité: l'individu, sujet d'observation s'objective lui-même, observateur
actif, il investit l'étranger des multiples représentations que l'histoire que tous
cherchent à redécouvrir lui apporte. Face à cet étranger, les différentes
communautés naturelles ont de tout temps renforcé leurs liens d'ordre
économique, social ou politique, pour se reconnaître comme faisant partie d'une
unité, produit spécifique de l'agencement de ces trois ordres de la vie réelle.
Ainsi, ont été découverts certains des processus qui ont présidé à l'unification
Sakalava. Ceux-ci appartiennent à l'histoire objective, c'est-à-dire politique, en
même temps qu'ils temoignent de cette part de l'Histoire des groupes ainsi mis
en communication qui est ordinairement qualifiée de subjective et en tant que
telle est oblitérée au profit de la mémoire utile aux rapports légitimés et retenus
par l'Histoire et l'actualité.
(1) Ces deux approches ont convergé et donné lieu à des projets de recherche
concernant l'étude de la genèse, du développement et la transformation du
Mode de Production Sakalava; voir travaux de J. Lombard, B. Schlemmer et
E. Fauroux.
(2) qui regroupaient les unités de résidence des' groupes lignagers fortement
segmentés, d'origine variée, et liés entre eux par des relations de parenté
et d'alliance plus ou moins anciennes ou récentes.
- 12 -
(l) L'Aire de mise en' valeur rurale de Morondava-Mahabo est formée d'un
périmètre regroupant les sous-préfectures de Morondava et Mahabo. Il est
le ressort d'application d'un statut foncier particulier qui assure la priorité
de l'état pour les aménagements, gèle la spéculation, facilite les
procédures d'expropriation et, d'une façon générale, privilégie les
opérations foncières entreprises par la collectivité face à la rigidité et la
convoitise des propriétaires prives. L'AMVR était dirrigée par un directeur
technique et utilisait la Compagnie Française de Développement Textile
(CFDT) comme conseiller technique.
Le syndicat des communes et les coopératives étaient des organismes
d'état chargés d'assurer la commercialisation des produits, de mettre en
oeuvre certaines opérations de développement. Le premier dépendait du
Ministère de l'Intérieur et le second du Ministère de l'Agriculture. Ils
avaient chacun à leur tête un Directeur.
- 18 -
(I) Ankilivalo situé dans la sous-préfecture de Mahabo, non loin des tombeaux
royaux Sakalava et Bemanonga situé à la km environ de Morondava sur la
route Morondava-Mahabo. Le choix des villages étudiés s'est fait en
( relation avec les périmètres de développement cotonier, la composition
ethnique des villages•••
(2) Cette étude demandée par le Ministère de l'Agriculture, avait été financée
sur un reliquat de crédit du Fond Européen de Développement (FED) et mis
en oeuvre par la Centrale d'Equipement et de Modernisation du Paysannat
(CEAMP), organisme dépendant du Ministère de l'Agriculture et chargé de
mettre en oeuvre et de suivre la réalisation du développement de la culture
du coton et du riz.
- 19 -
On voit bien que tout projet humain, qu'il émane d'une société qui
prône la rationalité économique, où productivité et valeur d'échange sont seules
prises en compte, qu'il intervienne dans une société plus soucieuse de produire à
la marge sa spécificité son identité, dont le système de valeurs ne s'énonce pas
dans les termes du modèle capitaliste, contient une part d'irrationnel. C'est cet
uni vers totalement déraisonnable, totalement contrasté où voisinaient les
équipements techniques les plus sophistiqués avec le bouleversement
technologique dû à la création du barrage, et les méthodes les plus archaïques
pour désensabler les canaux où la main d'oeuvre prestataire était encore la plus
sûre, la machine destinée à cet usage étant toujours en panne, et les pièces de
rechange faisant défaut, qui nous a rendu sensible à la vertu de l'irrationnel,
qualité communément admise et attribut reconnu des pays du Tiers-Monde.
(1) Aidée en cela par le choix de la FAO qui s'est porté sur un candidat expert
de carrière, travaillant pour un bureau d'étude avec lequel la FAO avait
l'habitude de coopérer.
servira à identifier dans le vécu des relations de quelque nature qu'elles soient,
leur origine, leur capacité à s'instituer pour reproduire ou mettre à bas les
dominations. Produisant à la marge leur spécificité, peut-être leur identité, les
Etats-nations en voie de constitution dans leur rapport avec le peuple -cet autre
Tiers-Etat-, renforcent-ils ou atténuent-ils la dynamique externe, où les "nantis"
toutes catégories confondues ont du mal à sauvegarder leurs privilèges face à un
nombre croissant de déshérités, ces migrants du Tiers-Monde, qui viennent
grossir les rangs du Quart-Monde dans les pays dits développés?
Et l'on peut dire que les institutions d'Etat fondées sur l'organisation
politique et économique mise en place par la colonisation ne sont plus les seuls
lieux de production du politique, de l'économique, de l'éthique, car elles sont
elles-mêmes agies et englobées dans des rapports historiques difficiles à
identifier parce que traversées d'idéologies souvent contradictoires qui
permettent aux hommes d'Etat d'être toujours ailleurs, hors des rapports de
domination qui se jouent par leur médiation. De fait, la problématique de l'Etat
est inséparable tout à la fois des formations sociales dans lesquelles un pouvoir
central s'est développé, et des modalités de formation des nouveaux Etats depuis
leur indépendance. La marge de manoeuvre que ces nouveaux Etats s'accordent
par l'intermédiaire de leurs représentants est largement dépendante des formes
d'aliénation héritées du passé, inscrites dans les structures sociales et culturelles
qui ont contribué pour une grande part à instituer l'Etranger dans les rapports
internes. Le statut cf Etat indépendant qu'a acquis Madagascar, au fur et à
mesure que s'accroît la domination économique externe, est une situation
nouvelle sur laquelle s'élabore un jeu de relations subtiles, où se mêlent
étroitement l'archaisme le plus ostentatoire, et dont il importe de ne pas être
dupe, comme le mimétisme le plus conforme aux rapports de type occidental
véhiculés dans les instances de décision à l'échelon national et international dont
il ne faut pas méconnaître le sens et inverser le cours.
dans ce nouveau projet, ne l'est qu'en vertu de l'inégale répartition des richesses
mondiales ou nationales. La capacité de la société rurale étudiée à produire ses
nouvelles formes sociales, politiques, son idéologie, bref, son sens, est loin d'être
épuisée, malgré un registre symbolique et rituel d'amplitude limitée. Qui, dès
lors, du barbare ou du civilisé est enseignant, et qui est enseigné?
- 25 -
CHAPITRE II
(1) Le "Togny" talisman qui préside à toute création de village auquel sont
attachés les interdits relatifs à l'appartenance sociale-historique des
groupes lignagers co-résidents du noyau fondateur du village. L'analyse
historique de cette institution montre qu'elle précédait l'institution royale,
puis fut redéfinie avec la création du premier Menabe pour instituer les
groupes co-résidents du village Benghe foyer originaire de la formation
Sakalava groupe territorial.
Cf. J.F. Rabe Dimy, "Contribution de l'Ombiasy à la formation du royaume
Menabe". Le Tony. 14p in "Les souverains de Madagascar. Etudes réunies et
présentées par F. Raison-Jourde. Ed. Karthala, avril 1983.
(2) Que l'on pense ici à la théorie de Max WEBER "Ethique du protestantisme
et l'esprit du capitalisme" CoU. Recherches en Sciences Humaines.
- 29 -
(I) R. GIRARD "La violence et le sacré" Livre de poche. Coll. Pluriel- 1er
trimestre 1980. 534 P et plus' particulièrement chapitre IV "La pensée des
mythes et des. rituels" où sont développées les deux notions clefs
explicatives selon cet auteur du pouvoir à son degré zéro.: celles de
"violence fondatrice" et "victime émissaire". Nos analyses des mythes
constitutifs de la royauté et du peuple ont rencontré à-posteriori le schéma
théorique proposé par cet auteur. . .
Si nous reconnaissons qu'il entre ici dans nos analyses une part
d'imagination, est-ce pour autant que nous ne produisons pas de sciences humaines
sachant, par expérience cette fois, à quel point chaque avancée conceptuelle,
chaque abstraction affadit le propos, le réduit quant il ne rencontre pas
l'essence. Sommes-nous condamné à surdéterminer notre propos? Les lois
dialectiques que nous avons cherchées à identifier dans le cours des évènements
ne doivent-elles pas être elles-mêmes remises en cause?
sont la plupart du temps dénaturés par le fait qu'ils constituent souvent le but de
l'Histoire présente (l). C'est ainsi que dans toute société, l'Histoire est devenue
support idéologique dans l'expression des rapports politiques. Et ~ous avons
beaucoup cherché à saisir l'origine historique des thèmes idéologiques du pouvoir
qui avaient une efficacité particulière dans les rapports présents.
Dans une recherche qui avait pour objet les pratiques sociales
et leurs modes de légitimation dans les évènements marquants de la vie des
communautés, nous ne pouvions nous satisfaire d'une chronologie historique
présentée linéairement: dans l'invocation dès ancêtres royaux on distingue la
période mythique, qui contient cinq niveaux idéologiques, puis les périodes
successives qui ont abouti à des divisions territoriales (3) avec le déplacement de
la résidence royale, et on insiste particulièrement sur la période qui s'étend de
1850 à nos jours et qui correspond dans la région d'enquête à la création des
tombeaux royaux de Tomboarivo et Tsihanihy, hauts-lieux de référence des
groupes sociaux locaux. La chronologie fixée dans le Toka (invocation des rois
Maroserana) consiste, dans le Menabe, en une généalogie tout à fait lapidaire
même quand on insiste pour connaître les alliances successives des. rois, qu'on
demande l'énumération des collatéraux et le nom de leurs descendants; elle est
plus préoccupée de la légitimité dynastique au regard des principes de
succession, de relater les évènements majeurs qui ont marqué le règne des
différents rois et qui ont donné lieu à des alliances sous forme de Ziva ou de
Fatidra (deux modes différents de "parenté à plaisanterie"), donc à des alliances
externes. Et nous avons pu constater dans le fitampoha de 1968 (cérémonie
dynastique) qu'elle formait plus une toile de fond qui témoignait encore de
l'ancienne stratification sociale, dont certains groupes n'étaient pas encore
totalement émancipés, ou qui l'exploitaient encore en vue de reproduire une
légitimité. Cette généalogie dynastique n'avait plus la même fonction organique
d'intégration hiérarchique qu'elle avait eue dans le passé, son utilité résiduelle
était d'ordre chronologique.
(2) Référence ethnique pour les Vazimba et lignagère pour les Misara dans leur
acception la plus fréquemment employée.
qu'une hypothèse nouvelle s'est imposée à notre investi 9ation, qui correspondait
mieux à ce qui nous était communiqué: en partant du present, il était possible de
retrouver dans les faits passés les traces d'une domination commune. Le
renversement des rapports du peuple avec le roi était une dialectique générale
porteuse de significations partielles qu'il n'était possible d'élucider qu'en restant
conforme à la pratique d'enquête dans la relation des faits passés. Nos enquêtes
n'ayant pas porté exclusivement et de loin sur l'histoire des rois Sakalava, il eut
été aberrant de ne développer que le rôle de la migration Maroserana, celle qui a
laissé une trace dans l'Histoire de la Côte Ouest, selon le mécanisme bien connu
de la sélection des évènements considérés comme ayant le plus marqué une
époque donnée. Ces évènements se rapportent presque toujours aux chefs, plus
rarement à ceux qui se trouvaient dominés. C'est pourquoi, et en partie aussi
parce que l'actualité nous l'imposait, nous avons choisi de parler également du
rôle des migrations lignagères, même si celles-ci étaient le produit des rapports
avec les rois.
Cette critique, que nous formulons ici pour notre propre compte, est
surtout faite pour introduire une Umitation : les matériaux dont nous disposons
réunis à un moment donné, exploités à un autre, sont tributaires de nos premières
hypothèses de recherche et les choix qùe nous effectuons ultérieurement pour les
organiser et produire un modèle de la société étudiée doivent tenir compte de
cette origine. Cette difficulté, nous l'avons rencontrée sans cesse dans
l'interprétation des évènements qui ont eu cours durant le temps d'enquête et
surtout dans l'évaluation du degré de &.énéralité qu'il fallait accorder à ces
interprétations. Or dans une situation ou l'Etat souverain Sakalava n'est plus
qu'une forme vide de contenu, mais exploitée de toutes les manières possibles,
associée au développement d'un Etat-nation à la fois dépendant et défensif vis-à-
vis des rapports externes qui le traversent, il était absolument nécessaire de
situer les analyses de la production des formes politiques nouvelles dans le
processus de formation de l'Etat: son mode d'institutionalisation et
d'organisation et sa capacité centralisatrice.
CHAPITRE III
MYTHE ET REALITE
- 44 -
INTRODUCTION
Ce travail qui s'est peu à peu concentré sur la mise en évidence des
idéologies dans les circonstances données des enquêtes effectuées, ne nous
autorise guère à retracer les étapes historiques de la progression Maroserana sur
la Côte Ouest de Madagascar, migration qui s'est accompagnée du
développement des échanges extérieurs rendant possible et nécessaire une
intégration politique et économique signifiée par le double contenu accordé au
terme Maroserana "ceux qui possèdent beaucoup de ports" ou encore "ceux qui
sont au centre des chemins".
Les thèmes idéologiques du pouvoir que nous avons reperes pour leur
efficacité dans les rapports présents tournaient tous autour de la légitimité
dynastique, base du système politique Sakalava. Ils renvoyaient également aux
légitimités sociales induites de la parenté et alliance entre ~roupes où dans bien
des cas les relations <falliance avec la dynastie Maroserana etaient revendiquées,
contestées ou encore ignorées. Et les grandes traditions ou Tantarana-Be
recueillies au cours des enquêtes devaient être comprises comme des métaphores
de rapport idéaux ceux qui ont été retenus par l'histoire ou encore niés mais qui
intervenaient. dans les rapports du moment pour signifier certaines des
contradictions générales qui traversaient les formations sociales villageoises
nouvellement construites depuis la colonisation. Les cinq Tantarana-Be
sélectionnées dans et par les situations d'enquête ne recouvrent pas tous les
mythes constitutifs de la royauté (Il et du peuple, elles nous paraissent
cependant présenter l'essentiel du fond idéologique disponible et rendront compte
une fois précisé ce qui fait leur actualité des modalités selon lesquelles un
pouvoir central s'est développé sur la Côte Ouest donnant naissance à la société
politique Sakalava à la fin du XVlème siècle au Sud de l'ile sur la rivière
Sakalava, affluent du Mangoky.
(0 L'on repère dans les Toka (prières> des rois Maroserana, cinq niveaux
idéologiques, Ramiky-Miky, Ravato, Ravaomena, Ravaomieko,
Ndremandazoala.
(1) Le groupe, plus connu sous le nom de Marobaly, chef connu de la rébellion
de la première heure à la colonisation était représenté au Nord dans la
vallée du Manambolo où les liens Hirijy-Andrambe de nature Ziva furent
évoqués par le Mpitoka-Hirijy de Moravagno.
- 46 -
Nous espérons ainsi déboucher sur une analyse qui n'est pas nouvelle,
mais reste assez' mal et peu explorée, celle des rapports de la société à son
histoire en tout cas celle de son commencement (O. Nous ouvrons donc ici le
débat sur la question si difficile à résoudre de la fonction des mythes et des
traditions orales dans les évènements présents. La lecture dynamique des
Tantarana que nous proposons rejoint l'approche sensible que nous avons eu de la
réalité, elle correspond aussi à la dimension historique que nous cherchions à
atteindre dans les rapports présents, elle restitue à cette société cette part du
passé utile qui n'est enregistré nulle part, où l'évènement est trop souvent vu de
façon circonstancielle, où il est dénaturé, quand il n'est pas nié au regard de la
société qui le produit. Et ajoutons que les faits sociaux que nous devions
interpréter ne nous ont guère donné le choix et nous devions ou bien réduire les
traditions orales recueillies au rang des discours sans importance dans les
rapports présents, ou bien leur accorder tout leur sens au risque de tomber dans
l'erreur "épistémologique" en les surdéterminant. La nature dialectique de
l'histoire qui s'est particulièrement bien vérifiée dans nos enquêtes alors que nous
n'y prêtions guère d'attention et que notre méthodologie n'était pas appropriée
pour la faire apparaître clairement, nous entraîne à prendre le risque calculé qe
projeter nos fantasmes et nous préférons pêcher par axcès que par défaut car
l'erreur est somme toute plus parlante. Elle suscite les réactions et permet aux
opinions divergeantes de voir le jour. Voilà dans quel esprit ce chapitre est écrit,
il convient pour en prendre la mesure de se laisser porter par les épopées relatées
tout en sachant par avance que ces récits ne sont pas tout à fait le
commencement qu'ils veulent être et que le roi ou le peuple, l'institution de la
caste ou le mythe de l'autochtonie ne sont compréhensibles que dans une
réciprocité de perspective. Les cultes Tromba ou cérémonies de possession où ces
traditions intervenaient sont là pour nous rappeler cette réalité dialectique et
contradictoire. Les Tromba-Antety (possession par un esprit de la terre) et
Andrano (possession par un esprit de l'eau) se répondaient l'un à l'autre dans le
village Andranofotsy où furent recueillies ces Tantanarabe (grandes traditions).
Sa mère lui proposa Rakelitamana. Celle-ci lui plaisait, mais il trouvait qu'elle
avait de trop petites jambes.
- "Mais que veux-tu alors", lui dit à nouveau sa mère.
- "C'est Soamananoro que j'aime" dit-il.
- "Mais Soamananoro est l'épouse de Ravato, ils vivent de l'autre
"côté", répliqua sa mère.
-"Ecoute-moi mon enfant•••"
- "Non maman", ~t l'enfant, "Je vais aller chercher Soamananoro".
- "Les crevasses dans les sols sont ardues, leur mousse là-bas
ressemble à des pintades, leurs épines ressemblent aux cornes de trois boeufs
castrés".
- "Ah bon, dit Rabonia, "mais comme .je veux me marier, je vais tout
de même y aller".
Rabonia alla voir un Ombiasa. Il alla à la chasse, car la chasse était l'une des
distractions des rois dans le temps. Une centaine d'hommes l'accompagnèrent.
Tandis que Rabonia était allongé à l'ombre, ses hommes partirent à la recherche
.du gibier, du bon gibier pour le repas du roi Rabonia. Rabonia se promenait et
rencontra Konantitse.
- "Comment vas-tu Konantitse. Je viens te voir parce que j'ai besoin
d'un Oly (talisman), dit Rabonia.
- "Quel genre de Oly voudrais-tu ?".
- 48 -
Konantitse alla puiser de l'eau, emportant avec lui sa canne, arriva au puits.
- "une fleur venant de l'autre côté de la mer est arrivée jusqu'ici dit-
elle.
Rabonia descendit de l'arbre, saisit Konantitse, la fit tournoyer, tout son corps se
disloqua.
Il laissa sécher la peau de Konantitse.
Quand elle fut sèche, Rabonia s'en empara et partit dans le pays de Ravato. Il
demanda d'abord à Mantaloha comment ils trouveraient une maison où ils
pourraient demeurer. Mantaloha lui promit de le conduire à la maison de
Konantitse. Rabonia voulait prendre Soamananoro pour femme, c'est pourquoi il
a traversé toutes les régions qui le séparaient d'elle.
Rabonia habita alors dans la maison de Konantitse, il préparait son repas, il y
mangeait. Le prince Ravato voulant castrer ses boeufs rassembla tout son peuple
pour le lendemain matin où des gens devaient arriver de tous côtés. Rabonia sous
l'aspect de Konantitse, demanda au prince la permission d'assister à cet
évènement en souvenir de son enfance. Le prince Ravato ne vit aucun
inconvénient à cela. Rabonia dit à Mantaloha :
- "Comment ferons-nous pour retenir ces boeufs-là ?".
- "Tiens bien", dit Mantaloha, "ils ne nous blesseront pas".
Rabonia retint un gros boeuf, on le castre sur le champ. Ravato en fut ébahi et
se disait que ce n'était pas Konantitse mais une autre personne.
- "Tu veux me tuer. Pourquoi ne me crois-tu pas", dit Konantitse.
- "J e vais vous laisser".
Il se leva pour aller rejoindre sa demeure. Ravato annonça que le lendemain il y
aurait un concours de Kirijy (cerceau de fer-blanc qu'on fait avancer à l'aide d'un
bambou et avec lequel les enfants font la course qu'ils essaient d'attraperl.
Les gens se sont rassemblés à la pointe du jour. Ils se départageaient en deux
camps, dix hommes de part et d'autre. Rabonia regarda sous la peau de
Konantitse; Mantaloha était avec lui. Le jeu commença, on fit démarrer un
cerceau qu'on rattrapait de l'autre et ainsi de suite.
- "Ce jeu me fait penser à mon enfance ", dit Konantitse (ici, en
réalité, Rabonia).
- "Qu'y a-t-il ?" dit Ravato.
- "Je pense à mes jeux de jadis", lui répondit Konantitse, "pourrais-je
jouer ?".
- "Oui", dit Ravato.
Konantitse rejoignit le jeu en s'appuyant sur sa canne. Rabonia rattrapa tous les
cerceaux qu'on lui lança, alors que dix hommes auraient eu normalement les
jambes fracturées. Ravato dit que le gagnant n'était pas Konantitse et il partit à
la chasse.
Rabonia profita de ce moment opportun pour approcher la femme de Ravato et
lui dit :
- "Est-ce bien toi Soamananoro ?
- "Oui, c'est bien moi", dit la femme
- "Je suis venu te prendre et te ramener chez nous ", dit Rabonia,
"Ravato et moi sommes les enfants de deux soeurs (femmes du roD
"il est le fils de la première fern me, et moi je suis celui de la
seconde; viens nous rentrons; veux-tu rentrer avec moi? .
- "Oui", dit Soamananoro, "nous allons partir à la pointe du jour".
Ravato était toujours à la chasse, la nuit commençait à tomber, aussi n'était-il
pas loin de revenir, car il avait assez de sangliers, ayant· mangé tout ce qu'il
avait trouvé dans la forêt. Rabonia et Soamananoro partirent le jour où Ravato
- 50 -
* Konantitse vivait-elle encore après que l'on eût enlevé sa peau (qu'on lui
eût arraché la peau)'?
Non, elle ne vivait plus, mais elle reviendra à la vie puisque c'est
Mantaloha qui la lui a prise.
- 51 -
Rabonia emporta alors Soamananoro chez lui. C'était une très jolie femme. Ils
arrivèrent de l'autre côté de la mer. Rabonia régna car il avait ainsi obtenu une
jolie fem me. Ravato en colère les suivit sous terre* *.
Il essayait de lever la tête. C'est lui qui a donné naissance à tous ces blocs de
pierre qui longent la rive de ce côté, sur ce sol rouge là. La tête a laissé des
traces à la surface. C'est pourquoi il y a des blocs de pierre id et là ; Ravato
voulut sortir de son trou mais en vain. Il était un homme transformé en pierre,
c'est ce qui a donné le nom de Ravato.
Or, ce qui fonde l'inégalité de départ entre les frères est contenu
dans la possession d'un Ody Mantaloha) (talisman) qu'aurait donné à Rabonia,
Konantitse, un homme rencontré alors qu'il était à la chasse dans la forêt. Cet
homme dans le cours de l'histoire, sera tué par Rabonia dont il empruntera les
traits pour ne pas être reconnu par son frère Ravato, moyen qu'il utilise pour se
rapprocher de Soamananoro et la convaincre de le suivre.
l'assimilation qui permet d'englober tous les groupes sociaux du Sud qui ont
partagé l'histoire de cette domination commune et a engendré l'identité Sakalava
au terme d'un processus par lequel les autochtones ont été dépossédés d'eux-
mêmes sont devenus esclaves (U, premier stade d'une future différenciation par
les marques d'oreille de boeufs. C'est ainsi que nous comprenons, à la lumière de
ce texte, le terme employé par Guillain (2) de peuplade Sakalava pour
caractériser cette formation sociale de départ.
Il était une fois trois frères qui étaient tous les trois mariés. Ils
voulaient préparer des terrains en vue d'en faire des rizières. Ils cherchèrent un
endroit où l'eau ne manquait pas, une vallée.
- "Cette terre est bonne pour qu'on y cultive du riz" a dit l'un d'entre
eux.
- "Ah oui" dit l'ainé dénom mé Trimo, "mais partons".
Les autres firent de même, ils partirent et rentrèrent chez eux. Ils avaient
trouvé l'endroit où ils pourraient cultiver le riz.
Ensuite, ils cherchèrent un Vositse (boeuf castré) qu'ils abattirent et ils en
retirèrent la bosse, la poitrine et toutes les parties grasses qu'ils pouvaient
emporter. Lorsqu'ils arrivèrent devant leurs épouses, ils dirent:
- "Nous étant promenés par là, nous avons trouvé un endroit où l'on
peut cultiver le riz, nous som mes venus vous le raconter à vous, nos épouses, car
nous allons repiquer le riz".
- "Tant mieux" répondirent les femmes mais il faudra d'abord irriguer
la rizière et ensuite nous repiquerons le riz".
Le lendemain, ils repartirent à l'endroit trouvé afin de procéder à l'irrigation. Ils
emportèrent la bosse du zébu et quatre Kapoaka de riz (unité de mesure
correspondant à la petite boite de nestlé), ce qui leur suffisait pour eux trois.
Arrivés là-bas, Trimo dit au plus jeune d'entre eux de rester et de faire la
cuisine, alors qu'eux iraient creuser les canaux d'irrigation car c'est un travail
difficile. Le benjamin se mit alors à faire la cuisine, fit cuire une bosse de zébu,
le riz. Le riz cuit, le bouillon déborde et se renverse par terre. Et dans une
grotte quelque part par là, vit un monstre appelé Boriborikobosomotse. C'est une
bête de petite taille à longue barbe, barbe qu'il tire sans cesse. La bête sentit
alors l'odeur (de la sauce), de la viande, sortit de son antre, flaira dans la
direction Sud, puis Nord et Est mais ne sentit la viande que lorsqu'il flaira dans la
direction Ouest. Il sentit que l'odeur de la viande venait de là-bas. Arrivé à
proximité d'Andranomandeha, la bête parla. Elle parla de là-haut* :
- "Je suis la grosse bête à lon&ue barbe et de petite taille qui aime se
cacher à Ambatopay, qui aime se cacher a Ambatolava".
- "Ah dit le jeune homme, voilà une bête qui arrive, je vais mettre
mon cache-sexe, je vais me battre" dit-il, "alors je vais mettre mon cache-sexe".
Elle arrivait, elle se rapprochait de plus en plus et quand elle fut à peu près à la
hauteur de Tsiagnaloka, la bête poussa un cri et dit:
- "Je suis la bête à longue barbe et de petite taille qui aime se cacher
à Ambatolava".
Quand la bête arriva aux environs de Tsimafana, elle poussa à nouveau un cri et
dit.
- "Je suis la bête à longue barbe et de petite taille qui aime se cacher
à Ambatolava, à Ambatolava".
La grosse bête provoqua un grand vent.
- "Ah dit le jeune homme, c'est la bête qui arrive. Je vais prendre la
hache, puis le couteau et les mettre à ma ceinture de façon à pouvoir la
transpercer quand elle arrivera, que ce soit le midi ou le matin, tout comme un
Baralahy (le groupe ethnique Bara est réputé pour sa bravoure), fort, prêt à
lutter".
Bory Bosy Lavasomotse (le nom de la bête) aime se cacher à Ambatolava. Il aime
se cacher à Ambatolava. La grosse bête arriva chez le jeune homme, se servit en
viande en prenant deux morceaux et les mangea avec du riz. Elle ordonne au
jeune homme de lui servir de la viande, mais celui-ci refusa de partager son
repas. C'est ainsi qu'ils en vinrent aux mains. La bête attaqua le jeune homme si
bien qu'il se trouva par terre et déjà la bête arracha un peu de sa barbe pour lui
attacher les pieds; il arracha un peu de sa barbe et lui attacha les mains. Il lui
fit faire le Kimontitse (position demi-fléchie, inconfortable), où l'on fait passer
les mains de l'extérieur vers l'entrejambe et les deux mains saisissent les
oreilles). Elle l'attacha à l'aide de sa barbe. Elle prit alors la marmite de viande,
le riz, et quand elle eut mangé et tout terminé, elle retira sa barbe et détacha le
jeune homme puis partit sans l'avoir tué. Trimo arriva avec son frère cadet.
Trimo était fort. Il arriva et demanda:
- "Qu'y a-t-il de neuf ici, cher cadet" dit-il à son frère benjamin "Où
est donc la nourriture que tu as préparée ?".
- "Eh bien, il y avait quelqu'un de louche qui est venu ici. Voici les
traces qu'il a laissées, ses ongles. Il m'a frappé ici et depuis je meurs de faim
jusqu'à en être faible, comme tu le constates en ce moment, je n'ai rien mangé".
- "Ah" dit Trimo, "vous êtes vraiment méchants. C'est à cause de
quelqu'un de louche que vous allez nous laisser mourir de faim et que nous ne
mangerons pas sur place. Je ne crois pas à cela. Je crois plutôt que c'est toi qui
as tout mangé. Je ne tolère pas cela".
- "Mais regardes, c'est là que nous nous sommes battus".
- "Rentrons, parce que vous allez me faire mourir de faim alors que
nous travaillons durement, rentrons, même si tu as jeté cette nourriture quelque
part. Nous ferons faire de la cuisine par les enfants".
Ils rentrèrent et arrivèrent au village.
- "Faites de la cuisine, parce que nous avons demandé à celui-ci de
faire la cuisine, mais il y a eu un certain Kobo-Somotse, à longue barbe, aussi
n'avons-nous pas encore mangé".
Les épouses acquièscèrent et firent la cuisine. Tout fut prêt. Les maris
mangèrent et comme la nuit était déjà tombée, ils se mirent au lit. Le matin, ils
allèrent à nouveau rejoindre leur travail et creuser les canaux d'irrigation. Ils
emportèrent avec eux de la poitrine de boeuf. Ils partirent tous les trois:
- "Je ne veux plus faire la cuisine ici, dit le benjamin. Que celui qui
veut faire la cuisine le fasse".
- "Eh bien, je vais la faire à mon tour" dit le deuxième (cadet), allez
travailler vous autres".
Trimo et le frère benjamin partirent au travail. Le frère cadet fit cuire la
poitrine de boeuf et quatre Kapoaka de riz blanc. La viande sentait bon et la
sauce se déversait sur le feu. La bête ne tournoyait plus autour d'elle, mais s'est
tournée à l'Ouest, elle sentit l'odeur de la viande et sortit de son antre. Elle
arrivait en trépignant de joie et disait.
- 55 -
bête à terre, la frappa à nouveau, elle tomba. Trimo la frappa encore. IlIa lança
en l'air et la laissa tomber à terre, il l'écrasa alors du pied. Trimo arracha
aussitôt sa barbe, attacha ses pattes, arracha sa barbe, en attacha ses mains, lui
fit faire le Kimontitse, la mit au pied de l'arbre, la cache à ses cadets afin que
ceux-ci ne la voient pas. Il la laissa là. Il prit alors des Hannes (Vahamirazo) de
Mirazo puisque c'est la plus résistante, il 'l'attacha à la taille de la bête•••••• afin
que ses enfants s'amusent avec elle. Le frère benjamin et le frère cadet
arrivèrent alors.
- "J'ai une certaine prémonition" dit le cadet.
- "Moi aussi" dit le benjamin. "On dirait que j'ai peur. Nous ne
mangerons pas".
- "Mais mangez donc, vous n'allez tout de même pas vous priver à
cause de cette bête là. Nous allons manger".
Ils mangèrent, mangèrent et ils terminèrent. Trimo dit:
- "Nous allons transporter quelque chose là qui va servir de jouet à
mon fils".
- "Ah non, nous ne t'aiderons pas".
- "Vous ne m'aiderez pas du tout ?".
- "Tu es complètement fou toi, nous ne transporterons pas une bête
pareille. On n'amène pas une bête au village".
- "Eh bien, je vais l'amener" dit Trimo.
Trimo porta la oête sur les épaules. Il partit, partit. Les deux autres prirent leurs
jambes à leur cou jusqu'au village. Trimo amena la bête et arriva au village.
- "Mon garçon".
- "Oui" dit l'enfant.
- "Amuses-toi avec cela".
- "Mais qu'est-ce ceci ?"
- "C'est un être humain, amuses-toi avec lui. C'est cela que je t'ai
amené de là-bas. Surtout, ne défais pas ces liens avec lesquels je l'ai attaché.
Amuses-toi seulement avec sa tête, montes sur son dos, voilà comment tu vas
jouer avec lui" dit-il à l'enfant.
L'enfant s'amusa avec la bête, mais un jour - cela se comprend puisqu'on a à faire
à un enfant - l'enfant défit les liens de la bête qui, une fois détachée, emporta
l'enfant avec elle, elle l'emporta jusqu'à son antre. Elle le tua, puis le mangea.
Borybory-Kobosomotse le mangea et le termina.
. - "Nous allons manger" dit la mère de l'enfant. "Il est déjà midi. Où
es-tu mon garçon? Où est donc passé l'enfant?
- "Je l'ai fait jouer la-bas avec la bête que j'ai ramenée. Je vais aller
le voir" dit Trimo.
Il regarda, mais la bête n'y était pas.
- "Boto (petit nom pour nommer un petit garçon) a été certainement
emporté par la bête".
- "C'est ce que tu as ramené, répondit la femme qui a tué mon fils.
Dans ce cas, nous allons nous séparer, je n'accepte pas cela. Tu vas sûrement
chercher à me tuer puisque tu as pu sacrifier ton fils".
,La femme fit ses bagages et rentra chez ses parents.
- "Eh bien, dit Trimo, je vais poursuivre la bête et"la tuer d'autant
plus que Dieu m'a fait très fort, pourquoi ne parviendrais-je pas à la tuer? Je
vais partir à sa recherche".
Trimo aiguisa son coupe-coupe à tel point que les mouches perdaient leurs pattes
à son contact. Trimo partit et arriva à l'endroit où se trouvait la bête pour la
première fois. Comme il l'avait transportée, il savait par où elle passait. Trimo
s'est transformé en bananier. La bête passa peu de temps après.
- 57 -
* Cette partie est difficile à traduire. Elle est typiquement Sakalava et finit
généralement les traditions orales rapportées. Il s'agit d'une traduction
littérale.
Plus encore que sa force, qui est immanente, puisque c'est le coupe-
coupe et non la hache qui tuera le monstre, c'est sa ruse et les transformations
qu'il subit, cette lente initiation qui l'identifie peu à peu au monstre, le rend
équivalent et ses déplacements de lieu anticipent la venue du monstre, le rendant
apte à devenir l'interprète du monde de la nature qui doit être domestiquée et
dont il sera le maître.
(2) Recueil des traditions Bory-Bory, Ibonia après cette ceremonie Tromba
antety auprès du Mpitoka-Sakoambe Mija, gros propriétaire de boeufs et
placé au centre des rapports matrilignages-patrilignages du village.
- 62 -
Et ces deux mythes placés ainsi hors du temps, hors de l'espace, sont
porteurs d'un langage singulièrement universel capable de transformer les
situations concrètes et complexes trae:és par les évènements en conflit
ontologique (celui du couple originel). au détriment des contradictions réelles
qu'elles signifient. Cependant, l'interprétation de tels récits reste toujours
alléatoire en vertue de leur rationnalité dialectique où la causalité circulaire se
présente de manière tautologique puisque la fin du récit est le point de départ de
son commencement. Etudions à ce propos les mythes de constitution de la
royauté recueillis dans la même région au cours des enquêtes.
Il Y est alors allé. Il s'est adressé à la cadette. Quand on est la cadette, que peut-
on faire, n'est-ce pas une personne qui doit obéir. C'est alors qu'il est détendu
pour transmettre ceci :
- "Mety, c'est d'accord".
C'est son mariage qu'on a célébré. L'aînée s'appelait Volafeno, la cadette
Volamaro.
- "Je vais l'emmener avec moi, car je ne peux rester longtemps Tale".
Et il partit avec la cadette.
Mais l'aînée a aussi changé d'avis car elle voulait partir pour suivre sa petite
soeur la nouvelle épouse. Elle est arrivée chez elle et a vu le foyer de sa soeur,
elle a vu qu'elle ne s'occupait pas elle-même du travail ménager ni même des
repas. C'était les gens ses serviteurs qui allaient chercher de l'eau froide et elle
prenait ses bains à l'intérieur de la maison. Elle avait des milliers de personnes à
son service ainsi que pour lui rendre hommage. Aussi quand l'Ampagnito eut des
idées sur elle, accepta-t-elle d'être aussi sa femme.
L'Ampagnito décida alors d'en parler à son père car lui dit-il "Je ne veux pas de
femme illégitime".
Il appela les Fihitse (soldats, gardes).
- Nous allons partir" leur dit-il "chez mon beau-père là-bas".
En arrivant, il dit 'l}iaoudi-Gnato" (formule de politesse).
- "Ah c'est vous. Qu'y a-t-il" dit le père de Volafeno
- "Nous sommes venus ici vous rendre visite et venus vous dire que
Vola-Feno accepte d'être ma femme".
- "Ah? Elle accepte ?"
- "Oui, elle a vu le foyer de sa soeur et elle accepte"
- "Elle accepte? Est-ce à dire que vous allez répudier la petite
soeur ?"
- "Non, comment voulez-vous que je répudie ma femme? Ce n'est pas
dans mes intentions"
- "Voulez-vous être polygame, rendre deux personnes rivales
(Ampirafy) ?"
- "Oui, je vais être marié aux deux soeurs. La polygamie n'est pas
mauvaise mais l'une est la cadette, une cadette qui a déjà son foyer et l'aînée est
arrivée après. Plus tard, elles auront des enfants mais l'aînée sera toujours après,
car c'est la cadette qui est la maîtresse de maison Tompon-Trano. L'une sera
celle qui suit le Mpagnaraka, l'autre sera Tompon-Trano maîtresse de maison.
Que peut-on y faire à cela Tale? Et il continua en disant "Votre Raza, vos
origines, je ne les connais pas mais moi, je sais que vous êtes Hirijy car c'est
chez vous que j'ai désiré avoir des femmes. Désirer Hirijy. Votre Raza sera donc
Hirijy. Voilà le Raza que je peux reconnaître comme étant celui chez qui j'ai
désiré avoir des femmes. Et les Taranaka (descendants) de ces deux femmes que
j'ai épousées sont Hirijy".
Alors, ils cohabitèrent et c'est l'aîné qui, la première, eut un enfant.
Le Mpagnito alla alors chez son beau-père.
- "Ma femme vient d'avoir un enfant".
Puis, la cadette eut également un enfant.
Le Mpagnito alla également chez son beau-père pour le lui annoncer.
- "Ma parole est toujours ma parole" a-t-il dit.
- "C'est la cadette qui est Tompon-Trano (maîtresse de maison), celui
qui est né en dernier est donc le Tompon puisque c'est le fils de la maîtresse de
maison. Même si celle-ci est la cadette, -c'est la première fem me, son fils
Ndremandresy sera donc le Tompon".
- 66 -
dans des boites en argent, cependant que leur signification est restée intacte
même si leur puissance est variablement reconnue par les &ens. Il s'agit en
réalité du code législatif propre à chaque règne auquel les allies dépendants des
différents rois sont soumis et attachés (1). Et transgresser les interdits n'est
certes pas une petite affaire. Elle peut aller jusqu'à la disparition par non
reproduction biologique du groupe transgresseur, l'origine d'un tel état étant
toujours rapporté à une faute qu'il convient de démasquer. Les Dady sont encore
les témoins des rapports dominants qui se sont institués à l'avènement et au
cours du règne de chacun des rois. C'est ce que nous a appris notre participation
à la cérémonie dynastique Sakalava en 1968 sans que nous puissions pour autant
préciser le contenu de ces interdits liés à chaque Dady et les groupes sociaux qui
s'y rattachent.
eurent lieu des luttes entre groupes pour le contrôle des Dady: ces faits
historiquement non établis, dont il est dit qu'ils eurent lieu au Sud à Ben9he foyer
originaire de la formation sont intéressants et méritent <fêtre signales car ils
manifestent ce qui est important pour les gens, à savoir, que le peuple et le roi
se sont institués l'un par l'autre et à travers l'autre. Les faits de conquête, soit la
violence directe, ne sont intervenus que plus tard et ne peuvent être facteur
explicatif de l'intégration politique réalisée. Essayons de préciser le contour de
cette réalité avec une nouvelle tradition du héros fondateur de la dynastie et de
l'origine de la royauté. Ecoutons le Mpitoka-Mahakasa dans cette version.
Tout cela parce que l'on parle de notre histoire. Les gens qui ne
possèdent pas la terre, on les mettra dans la terre, la tête vers l'Est. Et nous,
possesseurs de la terre Tompon-Tany, nous ne serons pas ensevelis sous la terre
mais sur la terre et notre tête sera tournée au Sud et ce sera la même chose pour
tous nos descendants. Notre Maroando (cercueil> ou Tamango sera posé sur terre
dans la Tragnovinta, là-haut. Ajoutons le commentaire qui suivait ces lignes où
l'informateur développe et interprète cette tradition.
(1) J. LOMBARD, Ouvrage cité. Idéologie des Mpagnitovola (celui qui tranche
par la parole) p. et suivantes.
(3) Tombeaux particuliers aux nobles. Ces tombeaux ont leurs gardiens et sont
lieu d'émergeance de Tromba-Sazoka, comme les tombeaux royaux.
- 72 -
particuliers. Et tout se passe comme si, ces groupes avaient perdu la notion
même de leur identité première, la seule qui aurait été retenue par l'histoire
étant celle qui a coïncidé avec l'affermissement royal. Ce processus de fusion-
assimilation des groupes premiers installés, expliquant cette perte de substance
et d'identité marque l'intériorisation des rapports liés à cette socialisation de
départ. Elle est egalement exprimée, mais négativement cette fois, dans la
tradition de Ravato-Rabonia qui met l'accent sur les rapports d'alliance qui
seront la pierre de touche de l'intégration politique, une fois définies les règles
de succession. Ce passage de la société civile à l'état Sakalava et les principales
mutations attestées par les traditions orales ayant donné lieu à des catégories
mythiques du pouvoir, ne peuvent être élucidées sans que soit précisée la
correspondance entre les formations lignagères locales du Sud et les nouveaux
venus migrants Maroserana.
du fait de leur qualité d'oncles maternels des rois ayant régné, des premiers rois,
les plus illustres grâce auxquelles leur patrilinéarité fut produite et confirmée à
chaque génération malgré les segmentations sociales du groupe et leurs
migrations successives (O.
Ecoutons le Mpitoka-Hirijy
Nous sommes ici bien loin du personnage mythique rapporté dans les
traditions royales qui présentent Ndremisara comme ayant délégué à son cadet le
pouvoir. Notre informateur Hirijy, qui est la source des Raza puisque Ndremisara
et Ndremandresy sont issus du mariage des Maroserana avec des femmes Hirijy,
les soeurs Volafeno et Volamary 'éinterprète ici son statut d'origine Hirijy au
regard de la dynastie montante représentée par Ndremisara et Ndremandresy. Le
conflit de légitimité est présenté comme violent au départ et l'intervention des
Hirijy n'est pas le seul fait singulier des mères mais celui du groupe maternel
concerné dans ses rapports antérieurement institués avec les Andrambe dont
(l) Plus loin, notre informateur précisera "qu'il y a plusieurs sortes de Hirijy,
chacun a sa branche particulière, mais leur origine commune est le
Fiherenena, dans le Mangoky. Dans la Tsiribihina, on trouve des Hirijy-
Marokiriho, Antotoe, Tsimahabe. Ceux de Masoarivo viennent de Belo, ils
sont issus d'un nommé Lahimara qui avait un fils Soahy. Ce dernier était
d'ici et partait pour Masoarivo. Les gens partaient de Belo pour s'installer à
Masoarivo ••• 11 Il attestait des segmentations récentes du groupe qu'il
connait mais insistait sur l'origine commune des hirijy dans le Mangoky.
(2) J. LOMBARD notait que les Andrambe auraient été directement associés
au renversement des rapports des autochtones avec les rois devenant les
premiers Mpitoka au moment où l'idéologie Maroserana se mettait en place
avec l'apparition des Ombiasy. Bararatavokoke, [Link] les
ancêtres mythiques de référence de cette période. Ils sont cités dans le
Toka-Maroserana.
- 77 -
nous n'avons pas eu la tradition d'origine (l). Ces rapports sont fondés sur le lien
Ziva qui indique des rapports préférentiels de communauté à communauté, un
lien de solidarité et de protection qui intervient face à un danger.
(1) Les Andrambe, dans la Tsiribihina sont un groupe li 9nager important parmi
lesquels on compte un des principaux chefs de la rebellion au début de la
colonisation Marobala. Comme tous les résistants de la première heure, ils
ont migré vers le Nord. Cette période marque la segmentation récente du
groupe. On compte parmi eux actuellement ~es fonctionnaires importants.
- 78 -
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Retenons que le fait de mariage avec le roi n'a pas été suffisant pour
que le groupe acquiert un statut, mais il fut, comme nous venons de le voir pour
les Hirijy, une condition permettant au groupe d'agir au double bénéfice du
royaume et de leur autonomie.
deviendront Ziva des rois est clairement exprimée par les Mpitoka (chefs de
lignages) Hirijy (l) et Marotsiraty (2) dont l'identité d'origine est applicable à
cette réalité sociale-historique de départ et découlera par la suite l'organisation
politique et économique de la royauté. L'identité des Marotsiraty comme des
Hirijy se confond avec celle des Maroserana et se projette dans les rapports de
puissance et d'intérêt liés à l'élevage. Etre Ziva parmi les Longo-Maroserana,
c'est participer à un mode de reproduction (au sens large de biens et de .
personnes) où la minorité Maroserana au pouvoir se reproduit socialement au
détriment de leurs alliés soumis à la loi d'exogamie, se reproduit politiquement
et économiquement grâce et au travers des segmentations lignagères induites de
l'accroissement biologique des hommes et du troupeau. L'institution fondatrice
de ce Ziva, rapport préférentiel induit des alliances avec le roi, est le Togny-
Tany, elle marque cette centralisation sociale-économique de départ où le
Menabe est devenu "Menabe", où les Maroserana "Maroserana", les Sakalava,
"Sakalava"•• Et le pouvoir des Maroserana s'est ainsi projeté dans l'espace lui-
même grâce à la répartition des marques d'oreille de boeufs, indicatrices de la
sphère d'influence du roi. C'est le système de marquage des boeufs (dont la
pointe est en V pour les Marotsiraty, en fer de lance pour les Hirijy et bien
d'autres etc.•.)' qui vérifie le mieux cette intégration politique et économique
indissociables l'une de l'autre. C'est ce système qui perdure actuellement au-delà
de l'institution dynastique et de la souveraineté royale. Autour de relations Ziva
anciennes, s'organisent les formations sociales Longo, comme au temps du
premier Menabe au foyer originaire de la formation, où le groupe lignager
fondateur du Togny-Tany (talisman) occupe une position centrale médiatrice des
rapports internes/externes de la communauté, base de la production et des
échanges locaux, où les segmentations sociales à venir opèrent une redistribution
élargie dans l'espace. même de ces rapports. La répartition des marques d'oreille
de boeufs au dessein d'origine commun en est la matérialisation. Le contrôle
politique sur la terre est une réalité concrète et vérifiable, l'organisation de
l'élevage en fut dès le départ la pierre angulaire.
(I) Cf. JC HEBERT, Le Fatidra, ouvrage cité. L'auteur propose une analyse de
la genèse et la transformation du lien Ziva à Madagascar. Théorie qui
coincide fort justement avec la généralité de certains rapports essentiels
des communautés actuelles de parents. Bien plus certaines contradictions
notables dans les explications actuelles du Ziva tiennent au degré
d'émancipation des groupes li 9nagers rencontrés vis-à-vis de leur
dépendance passée à la royaute, ou encore de substitutions de rôles
notables chez les anciens dépendants des rois, esclaves royaux.
- 83 -
Ces deux institutions Togny tana et Togny tany menabe (3) sont
parentes en ce sens que la relation Ziva initialement contenue dans les rapports
de parenté des groupes co-résidents (4), rapportée peu à peu à l'activité de
l'élevage et projetée dans l'espace fut le point de départ de l'intégration
territoriale. Elle se transformera en lien personnel politique élaboré autour de la
personne du roi grâce au Fatidra. Les textes qui parlent de ce nouveau rapport,
sont unanimes pour dire qu'il se transformera en Ziva s'il se répète à plusieurs
générations. Et, l'on voit la parenté stricte contenue dans le Ziva initial, celle
qui référait à un ancêtre éponyme commun quasi-mythique, prendre la forme
d'une parenté élargie grâce au Fatidra (parenté artificielle, lien personnel qui
implique l'interdit de mariage) pour signifier au cours des générations une
nouvelle parenté stricte (lever possible d'interdits de mariage). Le système social
Longo (au sens large qui inclut les alliés par mariage, Fatidra et Ziva) a ainsi
assuré la circularité du pouvoir dans les reseaux de parenté eux-mêmes, où les
Maroserana, non soumis à l'exogamie, initiateurs des liens de Fatidra, fixent et
stabilisent les alliances entre groupes lignagers, leurs Ziva (au sens strict). La
naissance des institutions Togny tany menabe à Benghe et l'apparition du
Hazomangavy à Tserampiouke au lieu de partage des territoires Andrevola,
Fierene et Menabe marquent ce processus par lequel le système Longo
correspondant à l'organisation progressive de l'élevage peu à peu dominante a
assuré la pérennité du pouvoir au héritiers membres de la dynastie. La logique de
la reproduction dynastique ne doit alors plus être vue que com me le si 9ne donc la
preuve de cé que la patrilinéarité et la primogéniture furent confirmes à chaque
génération tandis que les conflits, les transgressions ou encore l'évolution
(1) Cf. Tome III, pp. 45 à 50, où l'on trouve expliqué par différents
informateurs leurs conceptions du Ziva. Elles ne coincident pas et nous
avons fait figurer en marge le contenu plus précis qui donne sens à ces
textes. .
(2) Cf. Tome II, pp. 10-11, A. GRANDIDIER, Notes manuscrites inédites prises
à Morondava (Cahier nO 14 pp. 663-664) du manuscrit original.
(3) Cf. J.F. RABE DIMY, Le Togny, Contribution de l'Ombiasy à la formation
du royaume Menabe in Les souverains de Madagascar. Karthala, pp. 177 à
191.
(4) Cf. Tome III, p. 56, Origine du Ziva des Tsiarama avec les Misara. L'auteur
donne la définition la plus approchée du Ziva initial aux groupes de parents,
c'est aussi celui qui avançait une identité récente fondée moins sur ses
rapports anciens avec la dynastie, mais sur des rapports nouveaux fondés
sur la relation Ziva fondatrice d'une sorte d'autochtonie retrouvée.
- 84 -
(l) Cf. J.F. RABE DIMY, Ouvrage cité p. 178-179 ••• "Les Vazimba cherchaient
des boeufs à Bibiaomby en pays Betsimisaraka. A cette époque, il n'y avait
pas encore de Famoto (Togny) pour les boeufs. Un Ombiasy disait: "Ce
boeuf de pelage noir qui entre le cinquième (dans le piège) sera utilisé pour
le Togny, car ce boeuf entraine avec lui d'autres boeufs". Ces boeufs
étaient au nombre de douze. Et ce même Ombiasy insista: "C'est avec
celui-là (en indiquant le boeuf de pelage noir) que vous ferez le Togny de
vos boeufs. Quant à ceux-ci de pelage Mazava (dont la tête est de pelage
blanc et le corps de pelage noir) et de pelage Mena (roux), ils
appartiendront au Mpanjaka (roD. Quant au reste, qui est au nombre de
douze, ceux-ci représenteront la part du peuple". Telle est l'origine des
boeufs. Et -ces boeufs se sont multipliés. Le Togny établi couvre tout le
pays. C'est ainsi que les boeufs se multipliaient davantage. Même
Rarandra, Ratsikiloly ne modifiaient pas le processus du Togny".
du Sud se substituera à leurs luttes passées, elle est centrée sur cette intégration
et différenciation territoriale, au lieu de partage des eaux. Les limites
géographiques (sens de l'écoulement des rivières) matérialisent cette division. La
prière Slkidy organise une rationnalité symbolique où les directions cardinales
intègrent les destins particuliers (les douze signes du zodiaque) dans le système
politique naissant. A. GRANDIDIER 0-2) a également rapporté cette tradition
en insistant cependant plus sur son aspect objectif, intégrateur des dynasties du
Sud là où la relation de Fatidra est devenue substitutive de la guerre et institue
un rapport de protecteur à protégé accepté par celui qui devient vassal de
l'autre. Cette référence au Togny est suffisamment générale, malgré les
variantes selon le lieu où l'histoire est rapportée, selon le niveau explicatif
proposé, plus centré sur l'aspect symbolique ou réel pour ne pas reconnaître la
progression de l'institution Togny aux différentes périodes d'intégration réalisée:
(1) Cette distinction en Ziva et Fatidra qui fut sans cesse affirmée pour
signifier l'aspect collectif du Ziva et interpersonnel du Fatidra tend à
disparaître quand les Fatidra successifs entre deux groupes se transforment
en Ziva. Il n'en reste pas moins que tant que le pouvoir royal est fort, les
rapports interpersonnels entre groupes lignagers sont le produit des
rapports de puissance et d'intérêts gérés par le roi: il impose toujours ses
préférences et alliances. Cf. ci-dessus.
autres, ceux qui se sont exclus dès le départ en refusant le mariage, les exclus
des alliances multiples, les nouveaux venus migrants qui n'ont pas pu ou su "jouer
selon les règles du système" pour acquérir leur autonomie, les esclaves produits
des échanges externes et des conflits internes.
Les retours constants aux origines, aux racines d'une identité passée,
fut-elle totalement mythique avaient une fonction dans les rapports présents que
nous avons toujours cherchée à connaître et qui semblait se mouvoir dans la
référence générique Vazimba, totalité abstraite au contenu sémantique variable,
désignant tantôt la catégorie du mythe par opposition à l'histoire (2) s'appliquait
le plus souvent au rapport social Ziva au sens ambigü (3) dont il est porteur,
intervenait dans les cultes locaux Tromba (Antety, Andrano) et pouvait désigner
aussi les groupes lignagers "quasi-autochtones" qui se sont installés dans le
Menabe au moment de la formation politique Merina et sont devenus Ziva des
(2) Cf. Tome III, Origine et fonctions du lien Ziva. p.56 à 59.
rois Maroserana qui les ont accueillis (1). Quel que soit le lieu ou la manière dont
cette notion fut utilisée, les discours unitaires du Président de la République
dans ses campagnes (2) dans l'ile, les fonctionnaires d'état en quête de clientèle
électorale, dans les cultes de possession (3), elle semblait désigner le "genre de la
négation" (4) contenu dans les discours produits ou les rapports sociaux
finalement signifiés. Elle permettait de qualifier les contradictions
symboliquement mises en scène.
1
(l) Cf. ,Chapitre V.
(5) Cf. Tome III. p. 15-16 : Origine des Marotsiraty et aussi la segmentation
originelle des Sakoambe-Andrasily, Cf. ci-dessus.
- 91 -
(3) Mode de production de la dynastie fondé sur le Ziva des groupes locaux qui,
systématise les pratiques endogames, fonde les règles de succession et le
mode de productic;>n des identités lignagères par nécessité exogame.
- 92 -
(3) Tombeaux particuliers aux Nobles élément d'unè territorialité élargie aux
cours successifs du développement de la royauté. A partir de ces hauts-
lieux, ~'organisaient des réseaux de communication et d'échange plus ou
moins intégrés au pouvoir central royal.
(4) Cf. 1. Molet, "Origine et sens du nom des Sakalava de Madagascar". Etudes
de géographie Tropicale offertes à P. Gouron.
et celle qui l'a suivie immédiatement après, de sorte que la catégorie mythique
de Ndremisara générique de l'institution de caste représente le stade ultime du
développement du lien Ziva au sens politique qu'il a pris dans la royauté.
L'ambiguité de la relation Ziva pour revendiquer une autochtonie synonime
d'indépendance à l'égard des anciennes hiérarchies, tient à ce qu'il désigne le
terme d'un processus logique de rupture avec les rapports de parenté débouchant
sur la caste. Cette instance sociale nouvelle occupera une fonction médiatrice de
la reproduction élargie du système politique naissant. L'identité Misara reposait
en effet, sur l'exploitation politique du Ziva à cette fin privative du pouvoir par
une minorité de parents-alliés par opposition au Ziva primitif de la communauté
de parents solidairement et intrinsèquement liés. Cette transformation du lien
social Ziva en lien politique révèle le statut de l'alliance tel qu'il s'est fixé
progressi vement dans les lois de succession, fondement de la production
idéologique et des transformations sociales actuelles, explique la production des
généalogies partielles dont la plupart évoquent un ancêtre mythique éponyme
commun auquel s'attache les formations villageoises créées depuis la
colonisation. Les trois séquences dialectiques identifiables dans les traditions de
Bory-Bory, lbonia et Ndremisara, nullement exclusives d'autres catégories sont
pertinentes en ce qu'elles proposent un découpage de la "préhistoire" (1), celui
qui était utile pour les transformations présentes. Revoyons ces catégories afin
de proposer une histoire de ce qui n'est pas l'histoire, afin de mieux comprendre
de l'intérieur l'aspect le plus spécifiant de cette formation sociale.
compte d'une négation possible du pouvoir auquel elles ont idéalement participé.
Leur charge symbolique peut s'inverser jusqu'à signifier le contraire. Ainsi, en
fut-il d'Ibonia dans la formation sociale Andranofotsy qui validait les fem mes au
détriment des ainés et des patrilignages, tandis que Ndremisara atteignait le
stade de surdétermination qu'il eut au moment de la formation du royaume du
Boina par séparation de la branche cadette Maroserana avec la branche aînée
restée en Menabe. Il devient totalement abstrait Tromba. En lui, se révélait la
nature politique de la parenté et la fonction idéologique de la généalogie où la
patrilinéarité était devenue dans la formation dynastique Maroserana, synonime
de matriarchat.
individualisation, tandis que les autres, tous les autres, producteurs de boeufs,
d'identités nouvelles, travaillent essentiellement à leur postérité en instruisant
des stratégies capables d'assurer aux descendants le statut momentanément
acquis.
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150km
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INTRODUCTION
(3) Cf. carte de situation ci-contre et cadre géographique des enquêtes dans le
Menabe Indépendant n° l (en annexe). Les cartes ci-contre ont été publiées
dans l'ouvrage collectif présenté par F. Raison-Jourde "Les souverains de
Madagascar", .Khartala p. 44. Elles ont l'avantage de situer à la fois la
genèse des territorialités politiques Merina et Sakalava, les zones
d'influences corn merciales sur la Côte Ouest, et les principales scissions
intervenues dans la formation et le développement des dynasties du Sud.
- 102 -
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- - - Andrllndahifol'Y t vara 1685
Andrlamandisoarlvo t vars 1718
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l'EXPANSION MERlNA
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_ por1 -"_uelft
~ ... 213 .. tt8fic_!Ume
..... por1 irrclatUnr'
~ ptlnciplu" po.... "'*I..
ISources : H. Deschamps. op. ciro • P. Boileau. op. cil• • Cdl Mollerd. NOIes sur Madagascar. plan
d'occu/Hrion de l'"e. OCI. 1891. E.M.A.T•• ancien fonds. carton nO 57.J
- 103 -
VOlAN.\!l.Y 1. VOUJl.~ N.
DADY EXPOSÉS LORS DU FITAMPOIIA DE 1968
•
. (AhURAMY-1
Î\ ~"IH"UYIe IHIRU\l
:- ~I Él'énements du passé sakalcl'a Clan normal C/all d'apparte· Sazoka actif~'
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\1 1 auxque! renvoient les dady d'appartenance nunce des Mpi- en /968
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des MpibabY
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Sa rationalité repose Il. Andrambe II. Andrambe
i sur l'interdit de l'inceste : principe
d'exogamie institué pour tQus sauf
babydt!l968
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endogamie de caste.
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Jo ...... . . . . •• DR......\L1l1....fll 1<' FITAMPOHA
H·~IU.'l"~DIA"AlJ.·O ANOlIAWrllAlI\'O
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IV. D40W'
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,..,[Link] ~ ... DADY VI : Formation du Mailaka : IV. Sakoambe IV. Marol::hy
o 4o.·um [Link]
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< Région Nord de l'actuelle sous- V. Andrasily V. Andrasily
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1 / 1 A1<[Link]"IIVO ~~ ~ préfe.::ture d~ la Tsiribihina Vassaux VI. Marolahy VI. Ndrellatelo
IIHM>\'I:-"" ;i!:: 12 (A Jladonaka) des Maroserana
~3 ~
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.
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AliU.:M~tvO
~1- 1
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régn:!nt dans le Ménabe : rois Tsifa-
lany et Remongo mort en 1882.
L-""?,..Lr.::::::::J v, o.\DY
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~~
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~
--'- ~~ OADY VII cl VIII: 1825, connit VII. Marolahy VII. Andra~i1y
uumAl" r=::
'~G~I\'~'[Link]'RI\·O ..&.-- - - -....~ ...
-. 1'\D."'·'LAI"lIro
llUL\S.\~I.\[
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1 1 M.:rina-Sakalava dans le Malaka à
Ankirijy
Il t:E,N'~ T
~
vu. OADY_ 1 \1U. U'UY LUlle avec le Fiherenana VIII. ? VIII. Andrevola Dady VIII
\------------------+-------+-------1---=-------1 o
.t>
J. • "0 IESAOnE ""1 Vinany (nom posthume An- 1
[Link]" U""NO ====--------'=-- driantahoranarivo)
slPAUTlOHOU ME--:'UE
IühA"î--- Tocra (nom posthume An-
driamilafikarivo)
ces deux rois ne sont pas devenus
OADY. Durant leurs règnes, opposi·
tion Vinany et N;:;rova; séparation
matriiignJges-patriiignages Marose-
rana. Formation de Mitsinjo : Matri-
lignages Mamserana alliés aux
l\1 isara.
0;Jposilion Sakala\'a-Merina: Tsi-'
mafana.
Gppositioir. Toera-Ingereza :
:ù:~·c:Jdet \"01 des DJdy p;:;r Ingereza
- -IS89.
\'-::1 ----_. -1 -+ -1 -,,-'-- _
DADY IX : Ce;1 Ing.-:reza, nom pos· Dadv IX
th ume """d narr.••nenganvo.
. . qUi. est IX. Makoa IX. Andrcvola ""d; n:lIlla 1lOran:!-
devcnu DADY : rivo (VinaIlY)
Reslitution des Dady en 1899 par [Link]·
.. .
1':J d mlOlSlra:lon l' C X. Misara X. Hirijy rivo (Toera)
co omale. 'est le fils K:lSltroka. sœur
l~GENOl:.: l.n l'Oml <Sn IOiJ"C'r~U'lt ",".. nu &CM luiü. c:e leun AOmI pc'[Link].
:;dcptif P. K::many branche cadette de Dady X
ltl n«he, con cun plCIA iudi'lL1CnlIJ lu«&u:on au [Link]~\oir.
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- td..I:mt'lU ~u MC'tu~< roi ct deviendra DAOY X. pilk•.If.. fipre hoslile 1
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- 105 -
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Legende Notes
Rapport de descendance - Con~té N° 4 - Nom posthume Ndriamilafil<arivo a) Echange de frères et soeurs entre
Sexe masculin
N° 8 et 10 sont soeurs uterines (Mta<arc:na) Maroserana et Misara à l'époque de
N° Il et 12 sont Vezo-Timangaro Ndriantahora (1850)
Sexe féminin N° 20 est Mal<oa-Siril<ary
b) Adoption successive des héritiers ~rooa
Rapport d'adoption N° 3 et 5 sont alliées Misara de Kel<arivo
à partir de Toera, issu de femme Misara de
N° 1-2-7-21-24 sont rois et reines devenus
Mariage Kekarivo (Matrilinéarité).
Dady
ND 24- Narova de son vivant c) Formation Mitsinjo Adoption et endogamie
~~
1 . Tarbeau Imboorivo
III IV II = " TsiCV1ihy d) Problèmes de légimité Makoa Misara des rois
II II 1- . " . l''brmmjd<a
Maroserana à partir de Tqera
IV -1 réTOVinta Mitsinjo
- 107 -
ces généalogies dynastiques partielles était encore compliqué par la pratique des
noms posthumes et la déformation des noms. Nous avons pris pour acquis les
informations lapidaires recueillies en ces hauts-lieux de la royauté qui
retraçaient dans les termes de la légitimité dynastique les événements qui ont
traversé le Menabe Indépendant de la veille de la colonisation devenu sous-
préfecture de Belo, là où nos enquêtes les plus complètes ont été menées. D'où
est né ce sentiment diffus d'une symbolique générale centrée sur la double
nécessité du dépassement de la cause ethnique, de la cause lignagère dans la
référence faite ordinairement à ces Dady, figures historiques stylisées des rois et
parents Maroserana dans la reproduction sociale du pouvoir depuis
l'indépendance" A quel moment en sommes-nous venus normalement à considérer
que la dialectique des institutions Dady et Tromba initialement engagée au
moment de la naissance du pouvoir Maroserana était toujours aussi centrale de la
reproduction sociale élargie des rapports de parenté nouvellement institués avec
la création des villages permanents depuis la colonisation. Quels types de
rapports s'établissaient entre les institutions Togny Tany de la création des
villages, Dady et Tromba et, partant, à quelles logiques sociales politiques
étaient attachés les cultes d'émergence locale.
0) Cf. Itinéraire Tome II, Les généalogies des lignages d'Andranofotsy. Plus
particulièrement Andralefy, p. 170 Sakoambe-Mija, p. 194.
Les généalogies des anciens fonctionnaires du culte dynastique, gardiens
des hauts-lieux de la royauté: Mahakasa-Marotsiraty p. 73 Filoha-Marolahy
p. 70, Tsihenjagny-Hirijy p. 77 et Tsimoray-Misara p. 79 et Tome III. Ces
généalogies ne furent pas prises systématiquement, mais montées à partir
des textes d'interview recueillis. Au moment où l'information libérée était
fondamentale, nos informateurs prenaient soin généralement de décliner la
légitimité sociale qui fondait leur connaissance. A ces occasions,
apparaissaient le lien historique réel des lignages et leur proximité à
l'égard des derniers rois Maroserana qui ont régné sur place••• C'est à JL.
PATESY que nous devons le difficile travail de montage de ces planches.
Cf. pages suivantes.
- 109 -
par référence aux anciens lieux de résidence royale (1) devenus tombeaux royaux
ou Tragnovinta : nulle profondeur généalogique au-delà de trois générations
ascendantes par rapport aux Mpitoka, chefs de lignage gardiens de la mémoire
généalogique énoncée le plus souvent dans les termes d'une succession
unilinéaire, dont les collatéraux sont exclus si ce n'est ceux qui, issus d'une
relation endogame ont été désignés ou associés à la succession, légitimés par
adoption ou encore ceux qui sont issus de père inconnu, ont été adoptés par
l'oncle maternel; enracinement des lignées fondatrices de ces tombeaux dans les
temps idéologiques de la royauté en cette période généralement lonpue d'un
siècle environ (2) donnée dans les généalogies dynastiques par réference à
Bararatavokoke, Vokoke Tsimibaby et Ndremisara-Ndremandresy, exprimée dans
le Toka prière au Togny, talisman fondateur des villages au lieu de culte
Antragnovato qualifié de Zomba par référence au haut-lieu où sont enfermés les
Dady, reliques des rois morts. Cette analogie évoquée par le gardien Masy du
Togny et du culte Antragnovato du village Andranofotsy devait-elle signifier un
rapport d'homologie entre les institutions Dady et Togny Tany dont nous avons
vu précédemment qu'elles furent quasiment substitutives au moment où la
dynastie montante s'est instituée. La reproduction sociale que nous avons étudiée
dans le village Andranofotsy en 1968 relevait-elle de cette logique particulière à
la royauté Sakalava au moment où la dynastie Maroserana est née en se
revendiquant d'un pouvoir, venu d'ailleurs fondé sur le juste dépassement de la
cause ethnique-lignagère qu'il semblait signifier. La lecture symbolique des
généalogies mythiques de référence aux cultes d'émergence locale du village
Andranofotsy administre cette preuve de l'enracinement réel des nouveaux
pouvoirs villageois où les rapports de parenté dominants, instituaient des liens
de solidarité entre frères, ces héritiers de la cause lignagère inégalement
partagée. Les inégalités et les conflits potentiels prenaient toujours la forme des
différenciations lignagères, ils étaient joués et déplacés sur les divisions récentes
des rois Maroserana, réinterprétés et dépassés dans le langage de la toute
première origine qui a vu les Maroserana s'instituer dynastie. Et, tout se passait
comme si les nouveaux tombeaux fondateurs du village créés depuis la
colonisation symbolisaient cette dialectique de la parenté-territorialité
originellement fondée sur le dépassement de la cause dynastique, ici lignagère,
qui s'instituait. Les marques d'oreille de boeufs par laquelle se fixait l'identité
lipnagère, associées à ces tombeaux, témoignaient elles-mêmes de cette double
realité centrale et périphérique des pouvoirs locaux finalement signifiés. Au
tombeau Besely du village, se trouvent associées deux types de marque, l'une de
type généalogique désignant la logique de reproduction lignagère principalement
engagée dans l'activité et la compétition sociale et une marque de type
générique au dessein fort simple, commune aux différentes lignées alliées signe
tangible de l'unité constitutive du village au regard des conflits qui ont présidé à
son élaboration, qui ont motivé la rupture de groupes autrefois parents et
rivaux. Or, il s'avère que toute segmentation sociale dans la région de Belo, de
ce Menabe Indépendant de la veille de la colonisation, non soumis au protectorat
Merina, est le produit direct d'un processus général de destructuration des
lignages autrefois associés et centrés sur la légitimité dynastique. Si les conflits
qui furent à t'origine de la fondation des villages deviennent des éléments
(ll Cf. figure 11, Lieu des Hazomanga des Dady chefs de lignape du village
Andranofotsy : Où sont figurés les hauts-lieux de la royaute : tombeaux
[Link] et Tragnovinta p. 110 ci-après.
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GENEALOGIE DES
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I~TS/IP.A
HIRIJi FUs 15
- Hl -
structuraux des organisations sociales des villages, intervenaient dans les conflits
à venir et les légitimités en cours d'élaboration, il fallait convenir et partir de
l'hypothèse selon laquelle le culte d'Antragnovato, culte des grottes du village
était l'homologue du culte dynastique, les Dady et par voie de conséquence les
Tromba, cérémonies de possession avaient leur source dans ces mêmes cultes, au
même titre que les Tromba royaux dits Sazoka avaient le leur dans les
Tragnovinta. Les nouveaux tombeaux et les cultes locaux liés à l'installation des
groupes ligna gers dans les villages permanents depuis la colonisation avaient une
fonction integratrice des rapports internes à la communauté villa geoise
récemment constituée au regard des rapports externes qui ont contribue à sa
formation. Les traditions fondatrices étudiées précédem ment désipnaient bien le
niveau explicatif seul utile à la compréhension des rapports géneraux concrets
qu'il nous appartenait de signifier.
d'Antragnovato, tandis que l'origine récente donnée dans la généalogie était par
les catégories générales Maromalinika et Angajija (Makoa, Comoriens) (U, cités
en premier dans le Toka mettait en évidence le contenu réel des rapports
symbolisés dans ce Zomba-Bé (2) et dont procédait l'intégration politique et
économique du village: les évocations témoignaient bien cfun effacement de la
stratification Maroserana passée et centrée autrefois autour de la personne du
roi qui n'est pas évoqué en ce lieu, tandis que l'identité réellement affirmée des
Tsitompa évoquait la relation Ziva des Vezo, Makoa (3) de l'entourage des rois à
Tomboarivo, ces Hohimalagno et Magnolobondro respectivement mariés à un
frère et une soeur, celle-ci ayant été la femine du roi dont est issu Ingerezza :
Les lignées ainées et cadettes Tsitompa dites frères étaient en réalité cousins
croisés à trois générations ascendantes. Et les rapports de parenté nouvellement
institués en prenant leur source aux mythes cforigine des dynasties du Sud
témoignaient de cette double rationnalité où le renversement des rapports des
anciens dépendants Maroserana s'opère en transposant les inégalités et
différenciations contenues dans les rapports de parenté, légitimées dans la
succession des marques d'oreille de boeufs, dans les termes des premières
différenciations politiques fondatrices des différenciations ethniques du Sud. Les
rapports de parenté du lignage fondateur, avaient cette fonction centralisatrice
des rapports où la cause lignagère principalement engagée, générait les
différenciations présentes tout en affirmant l'origine unique Sud de sa fondation
et rappelant les "lignes de peuplement" (4) dont pouvaient se revendiquer les
lignages. Antragnovato était alors un haut-lieu d'intégration politique locale
donnée dans les rapports dominants de parenté exprimés symboliquement à
travers une territorialité à géométrie variable, support des réseaux potentiels de
communication et d'échange.
(2) Terme exact em ployé pour qualifier la grotte par référence au haut-lieu
dynastique où sont enfermés les Daddy, reliques des rois Maroserana.
Antragnovato avait bien aux yeux de nos informateurs cette qualité
institutionnelle analogue du culte des Daddy dans les rapports de parenté
récemment institués dans les villages.
Andrasily. Les rapports d'inégalité, la hiérarchie des rôles et des statuts, les
conflits eux-mêmes étaient toujours interprétés en fonction de la cause
hégémonique lignagère centralisatrice du pouvoir et de son nécessaire
dépassement. C'est pourquoi, le Sikidy techni9ue de divination par laquelle est
interprété le destin de chacun était genéralement consulté à propos
d'Antragnovato dont le Toka évoque Ratsikilolo, Ramenatehe, esprits dont
procède l'origine des Masy et qui fondent le cycle de souveraineté Tsitompa (1).
Le culte des prémisces, les cultes Tromba mettaient en scène ce scénario
constitutif du pouvoir villageois conçu comme une dialectique de la parenté-
territorialité centrée sur cette souveraineté du lignage fondateur. Et tout
événement susceptible de mettre en cause la communauté villageoise évoquait
une symbolique générale des rapports d'alliance Longo stabilisés au cours des
générations, fixés et pérennisés dans ce panthéon local, cadre social-historique
de dépassement des causes lignagères réellement signifiées.
(2) Cf. Tome II, "Itinéaires" III.3.5, p.166 et III.3.8, p. 172. Particulièrement la
conclusion p. 175 et III.3.9. Planches généalogiques de référence à ce culte
: Fig. 9-10, p. et Fig. 3-4 p. 176, 177, 179.
L'on peut situer par la parenté les Miavotrarivo, les Misara et les Tsitompa
en associant la Fig. 3-4 à la Fig. ci-dessus p. Reporter les deux schémas au
niveau de Mahalagno et Keliany. Voir aussi Tome III, p. 106 à 109 et 99-
100.
Mpitoka chef lignage Andralefy) (1) était la relation organique de l'ensemble des
rapports de parenté des adeptes du culte. Les rapports généralisés d'alliance
autour des Andralefy où le lien personnel était déterminant allaient éclairer le
processus général de légitimation de chaque lignée au-delà même de la source
unique et intemporelle Misara désignée. La dialectique générale en 9agée dans ce
Tromba n'était plus cette contradiction hom me-fem me et la designation du
couple fondateur centrale du Tromba Antety et de la production de la légitimité
généalogique, mais les rapports personnels et durables qui ont existé autrefois
autour de la personne du roi, prolongés ou non par l'existence d'une descendance,
élargie à ces alliés ·politiques avec lesquels il a fallu compter au moment où la
souveraineté Sakalava fut mise en danger par les rapports externes
véritablement externes. La relation générale Ziva Amin Fatidra relatée à de
nombreuses reprises en cours d'enquête devait être comprise en cet événement
Tromba Andrano, pour ce qu'elle a été au moment de la fermeture du système
social-politique en ce lieu Tserampioke où furent définies les territorialités
respectives du Menabe, Andrevola et Mahafaly. Il désignait le processus
d'intégration politique et les solidarités qui se sont nouées depuis 1860 dans la
région, elles qui ont effacé les divisions passées de type ethnique en les
réinterprétant dans des rapports de parenté institués entre alliés au travers
d'unions particulières fondatrices de lignées attachées à une marque d'oreille de
boeufs où chacun conserve la spécificité de son origine exploitable dans les
échanges. En effet, la Tragnovinta de Mitsinjo fut ce haut-lieu de la souveraineté
Maroserana qui a concentré autour de sa puissance en cours d'affaiblissement les
alliés politiques Bara, Betsileo, Vazimba. Les lignages d'Andranofotsy adeptes de
Tromba Andrano ont des marques particulières relatives à ces solidarités
politiques passées interethniques et dépassées dans l'identité générale Misara où
la différenciation de caste est la moins contestable puisque fondée sur une
endogamie stricte depuis trois générations. De ce Tromba Andrano, il était
intéressant de noter le caractère général horizontal des rapports institués entre
adeptes Tromba réunissant les descendants femmes et cadets n'ayant pas de
Hazomanga au village donc installé,s dans le village de leur fem me, séparés de
leurs ainés au Nord pour raison de conflit d'héritage. A la différence du Tromba
Antety dont la, relation Ziva instituait la communauté de parents Longo Amin
Raza, alliée par mariage et les différenciations lignagères induites des rapports
généraux de fratrie où la primogéniture avait force de loi, le Ziva du Tromba
Andrano réactualisait l'inégalité de caste et la stratification passée Maroserana
induite des rôles et statuts à l'égard des Maroserana. La dialectique des rapports
de parenté-territorialité se jouait à l'occasion de ces Tromba-, accordant aux
rapports externes la même fonction instituante que dans la formation dynastique,
en ces hauts-lieux Tragnovinta de Mitsinjo pour Andranofotsy, en ce tombeau de
Befifitaha symbole de la révolution pacifique engagée depuis 1860 dans la région,
période qui a préparé la colonisation et où les rapports externes ont changé de
nature, sont devenus des rapports quasi directement politiques obligeant les
chefs locaux à se positionner à l'égard des enjeux internationaux de l'Océan
Indien. La parenté réelle généalogiquement confirmée en ce tombeau d'origine
des lignages co-résidents Befifitaha, celle idéologique relative à la Tragnovinta
de Mitsinjo pour les exclus de la légitimité dynastique et les alliés politiques
Maroserana du village étaient signifiées dans le système de marquage de boeufs
toujours attaché à un tombeau et à une marque généalogique relative à la
création d'un nouvel espace social issu de la séparation.
Ziva au cours des générations, et ces relations sociales d'essence inégale issues
de la parenté et les lois de succession allaient éclairer la manière dont cette
société se reproduisait, tandis que la symbolique des catégories cardinales était
indicative des processus de transformation sociale en ces hauts-lieux de la
royauté où se jouaient en 1969 les stratégies divergeantes à l'égard de l'ancien
ordre aristocratique et militaire Maroserana. La double valorisation des
catégories cardinales dans les Tromba d'Andranofotsy celle Est-Ouest du Tromba
Andrano, celles Nord-Sud du Tromba Antety allait étayer l'hypothèse déjà
formulée au moment de la cérémonie dynastique Fitampoha (1) étudiée un an
plus tôt selon laquelle la dialectique générale de ces cultes jouait sur le thème
du renversement politique des alliances lignagères autrefois centrées sur la
souveraineté Maroserana et sa légitimité. Andranofotsy avec ses douze lignages
co-résidents et 14 marques d'oreille de boeufs (2) résume bien à lui seul cette
petite histoire locale qui a vu l'effondrement progressif de l'appareil hiérarchique
Maroserana, maintenu formellement par la colonisation, réactivité avec
l'indépendance et la constitution de ces pouvoirs villageois "sui généris". La
symbolique générale des catégories cardinales validées dans les cultes locaux
d'émergence s'apparentait à celle du Fitampoha où' le Nord et le Sud, l'Est et
l'Ouest s'opposaient l'un à l'autre, retrouvant ainsi le scénario constitutif de la
naissance du pouvoir royal dans cette dialectique de la parenté-territorialité
signifiée en ces occasions. Les alliances passées des groupes lignagers locaux
mises en scène dans ces formations sociales-politiques Tromba allaient être
réinterprétées en ces lieux Befifitaha et Mitsinjo qui furent les foyers d'origine
des migrations locales. Désormais externes à la parenté instituée au village, ces
alliances témoignaient de la décomposition du système Maroserana en ces lignes
de force déjà tracées 50 ans avant la colonisation (3), période correspondant aux
règnes de Kelisambaye Vinany, Narova et Toera.
(2) Cf. tableau des marques d'oreilles de boeufs des lignages co-résidents. Les
deux marques supplémentaires sont de type Misara (Befanamy Mirangitsy).
Leur diffusion comme marque commune à certaines lignées dépendantes
des Tragnovinta de Kekarivo et Mitsinjo témoigne de la division
Maroserana passée depuis Vinany et dont parle A. GRANDIDIER dans ses
notes. Cf. "Itinéraires", p; 16 à 18.
(1) Cf. Tome III "Anthologie", p. 163. Récit du conflit ancien Toera et
Ingerezza: Réminiscences. Et p. 151-152, Le Fitampoha de l'époque de
Toera: Réminiscences. Ces données prises à l'occasion des cérémonies
dynastiques Fitampoha de 1968 et Lohavogny de 1969 auprès des
fonctionnaires du culte furent encore traitées sous forme des discours des
possédés de ces rois au moment des cultes, de manière que les clivages
passés étaient alors remis en scène, rappelés pour instruire la division
persistante entre les lignées Maroserana. A cette époque, l'on a assisté à
une nouvelle séparation des lignées. Ces segmentations dynastiques étaient
le signe et la preuve même de la décomposition dynastique réduite de plus
en plus à des segments de lignage capables de fédérer tout juste leurs
proches parents. Cette réalité sociologique de la dynastie contrastait avec
celle des formations villageoises qui tendaient au contraire à développer
leur influence sociale sous le jeu combiné de l'accroissement
démographique des lignées solidairement associées au Togny et ces cultes
locaux.
(3) Le Hazomanga, pieu de circoncision (Cf. Carte n° 3), est à la fois base de
l'organisation sociale de la production rizicole et de l'élevage. Cf. Tome II
"Itinéraires", p. 183 (texte n° 50) et Tome III "Anthologiell p. 117-118-119.
- 122 -
Fig.11
ABOALfMENA
Légende
," __,
: 1BEFIFITAHA
lfJ KEKARIVO
=t'
~SIANIHY
~OMBOARIVO TSIMAFANA
TSITAKABASSIA
Lieu des HAZOMANGA (Pieux de Circoncision) des DADY (ancêtres de la 1-:· génératlon ascendante)
[Link]
- 123 -
(2) Les Hazomanga situés à l'Est de la case des Mpitoka appartenaient aux
groupes lignagers qui ont un statut maternel à l'égard des Tsitompa:
Misara, Marotsiraty et Marofohy.
(4) Cette formation intiale Tsitompa est composée des groupes lignagers alliés
depuis trois générations: Hohimalagno et Magnolobondro, Vezo des lignées
ainées cadettes.
(3) Que l'on pense aux cinq niveaux idéologiques propres aux traditions
fondatrices du pouvoir royal dont nous n'avons obtenu que deux récits.
(2) Pour les groupes Makoa métissés aux Vezo, il s'agit d'identités nouvelles.
Les anciens esclaves, sans statuts dans l'organisation Maroserana avaient,
depuis 1850 largement leur place dans la société. Cf. Tome III
"Anthologie", p. 136.
(3) Cf. plus haut, Chapitre 1l1, "La cérémonie de Tserampiouke" Le lien
Fatidra.
- 126 -
A ANDIMAKY
\15 O000000
Villagesrde résidenc
6' 7 B >----
- ANDRASILY HAROI'SIRATY SAKOAMBE
Tsinivy Tafiky Hija Tsirnarqiriky
QJ), D1LQ~Q, ~,
5anbil<ida Tsimiegnatra Tsimahaba Sikily
Ü~O ~ M 0:o,Q""
[[) o7fM l\:Â
MISARA
Hirangitsy 8efanamy
MIKEA-MAINT~-rOTSY
Antambahy Ki toky
Tsialifo
- 127 -
(2) Nous verrons plus loin les idéologies relatives aux Tragnovinta et tombeau
d'origine Misara de segmentations locales.
(3) Cf. schéma des marques d'oreille de boeufs associés aux tombeaux
d'appartenance des lignages co-résidents du village.
- 128 -
au même tombeau et à la même marque (l) ne devait cependant pas cacher les
tendances à l'éclatement de conflits qui s'imposaient fréquemment à tous les
alliés Longo. Nous les avons notés en cours d'enquête (Z) dans les évènements qui
marquaient la vie économique et sociale du villa ge. Et nous savions qu'une partie
des Tsitompa résidait à Tsimafana, le frère aine de Tsimikora, le Mpitoka chef
de lignage en titre, maire en 1969 de Tsimafana, village du delta Sud de la
Tsiribihina situé non loin des tombeaux royaux de la lignée Makoa (Ingerezza) des
Maroserana, s'était séparé, avait hérité des marques d'oreille de boeufs
Ndranatsara (lignées Hohimalagno maternelles à trois générations ascendantes
par rapport à Tsimikora, notre informateur>. Cependant les rapports de fratrie
institués (3) à Besely entre les deux lignées présentes au village restaient
déterminantes des rapports sociaux vécus dans le village malgré la division ou
plutôt grâce à la division des parcs à boeufs sous Nampia entre les lignées
Miavotrarivo-Tsitompa et celles Marotsiraty-tsitompa des tombeaux respectifs
de Besely et Nosy Lava. Il fallait voir, dans cette séparation économique, une
gestion encore positive des rapports de fratrie fortement conflictuels enga9és
dans la compétition lignagère. Au demeurant, tous les Hazomanga (4) des lignees
ainées-cadettes étaient situées sous deux Kily au Sud-Ouest du village, signe que
toutes les lignées ainsi regroupées à l'ombre de ces Kily reconnaissaient avoir les
mêmes ancêtres en commun partagés. Le Taranaka Tsitompa (5) pris dans ces
rapports généraux de fratrie auxquels étaient associées les soeurs des ancêtres
fondateurs et leurs descendants dont certains avaient été adoptés (Malaitsy et
Tovogniny) était porteur de marques de boeufs au dessein complexe et
dissymétrique (6) à droite (ligne paternelle) comme à gauche (ligne maternelle)
et de type généalogique, sorte de résumé des rapports d'alliance
(l) Nous ne développerons que l'analyse des marques de boeufs afférentes aux
trois tombeaux directement liés à la formation sociale initiale de parents
Longo : Besely d'abord et ensuite Nosy Lava et Ankotraka qui ferment
historiquement la territorialité stricte du village, elle-même délimitée par
ces tombeaux. Cf. carte nO 4 du territoire villageois.
(3) Fig. 1 p. La succession des Hazomanga est matérialisée par le tracé des
petites flèches et suivant les relations de parenté. A la 3ème génération
descendante, celle de Mahalagno et Nampia apparaît un tracé de flèches
plus grandes, relatives à la segmentation des parcs à boeufs des lignées
sans séparation de tombeau ni' de marque. A terme, la séparation est
probable.
(5) Fig. l, correspond à la définition d'un Taranaka (groupe 'des descendants sur
5 générations).
(6) Cf. schéma des marques d'oreille de boeufs des Tsitompa,fig. 1. p. 126.
- 129 -
stabilisés depuis cinq générations. Ces marques qui représentent les alliés
paternels et maternels des trois générations ascendantes par rapport aux chefs
de lignage Mpitoka en titre en 1969 étaient une sorte de schéma matriciel
permettant une lecture sélective des Toka, invocations faites au moment des
cérémonies. C'était le cadre organique des rapports de parenté qui régissent les
principes de succession (patrilinéarité et primogéniture) et l'obli 9ation exo&ame
des lignages qui composent l'ensemble villageois toujours rappele et signifie par
l'intercesseur pour celui auquel s'adresse l'évènement. Or, ces marques d'oreille
de boeufs des Tsitompa étaient le signe tangible d'une endogamie du groupe
antérieure à sa fondation. Ils ont en effet une origine commune Hirijy à la fois
maternelle et paternelle, manifeste si on décom pose les marques gauche et
droite en dessins plus simples, significatifs des lignées antérieurement associées.
Et ce sont les Andralefy qui vérifient et témoignent de ce rapport endogame de
départ à la marque Ambalava des Tsitompa d'Andranofotsy. Cette hypothèse est
largement validee par ce qu'on connaît du processus migratoire des Andralefy
partis de Befifitaha et qui ont été associés aux Hirijy dans la création du
tombeau Ankilida auquel ce lignage continue de se référer (O. L'origine
paternelle des Tsitompa est quant à elle matérialisée par le dessein commun
qu'ils ont avec les Vongovato (2), dont le chef connu fut Vongovongo (3),premier
ministre de Toera et qui fut un des premiers gouverneurs de la colonisation. A ce
dessein de l'oreille droite, est jôinte la marque des Hirijy (4) tandis que l'oreille
gauche, maternelle, est formée des desseins simplifiés Andralefy et
Magnolobondro (5).
(2) Marque 34, Schéma des marques relevées dans les villages étudiés ci-
dessus.
(5) Dessin 11 et 20. Nous verrons l'importance de cette marque qui se retrouve
présente comme oreille gauche (maternelle) de plusieurs lignages, tous
Vezo du Nord ou du Sud et liés très généralement aux tombeaux de
Tomboarivo et Befifitaha : Là où sont enterrés Kelisambaye et Vinany, les
plus anciens rois du Menabe Indépendant, depuis 1855 date de sa séparation
d'avec le royaume de Mahabo soumis à cette époque au royaume Merina.
- 130 -
(1) Cf. schéma global des relations généralisées d'alliance Longo des lignages
co-résidents autour des Tsitompa. Nous développerons plus loin l'aspect
partkulier de la relation Fatidra des groupes dont les tombeaux ne sont pas
sur place et qui désigne une intégration plus récente à travers des rapports
personnels entre chefs de 'lignage. Les Tsitompa dans ces relations restent
tout aussi centraux.
(3) Tradition d'origine des Miavotrarivo, Tome III, p. 29. La segmentation des
Miavotrarivo. Cf. Texte sur le Tromba, Tome III, p. 106. Hazomanga et
création du tombeau.
- 131 -
symétrie a ete conservée. Ce second groupe Longo des Tsitompa, cette lignée
maternelle du lignage ainé devenu cadet Tsitompa est alors plus attaché à
signifier la rupture, la séparation d'avec les Mila qu'à produire leur identité.
Celle-ci est par ailleurs incontestable puisque les Miavotrarivo Mila sont associés
au tombeau de Befififaha (1) d'origine de la segmentation de ce lignage. Le
tombeau de Besely exprime alors une dialectique de la parenté-territorialité
contenue dans la production de l'identité lignagère Tsitompa, génératrice de
nouvelles identités grâce au développement élargi sur place de ce système social
fondé sur la patrilinéarité, la primogéniture et l'exogamie de clan, tandis que
l'origine première de la segmentation des groupes qui se sont intégrés à la
formation sociale sert la cause du dépassement futur de ce système social,
l'inscrit dans l'espace même des processus migratoires qui ont conduit à la
territorialisation (2). A la marque d'oreille de boeufs des Tsitompa qui désigne les
lignages maternels et paternels qui ont participé à l'élaboration du groupe
fondateur (3), est associée la marque de type génerique qui présente le processus
de rupture par lequel ces mêmes lignages se sont trouvés associés, ont mipré.
Au-delà des aspects conjoncturels des migrations locales qui ont affecte le
peuplement du village, les marques de boeufs associées au tombeau révèlent la
logique d'ensemble des différenciations premières fondatrices de nouvelles
contradictions dépendantes des conditions sociales-politiques et économiques de
la vie du village.
(2) Ces processus migratoires ne sont pas simples à reconstituer, car il y eut
plusieurs types de migrations qui ont présidé à la formation du village.
Celle qui est plus directement liée à Besely a pour origine le tombeau de
Befifitaha et les segmentations qui se sont produites entre groupes alliés
dépendants de ce tombeau au début de la colonisation dont nous pouvons
dire qu'il s'agit des alliances des lignées maternelles Makoa avec les
femmes, soeurs ou épouses Maroserana de Kekarivo••• L'origine historique
réelle de la migration Miavotrarivo se situerait à l'époque de
Nidraninhanina et le nom posthume de la lignée Miavotrarivo installée dans
la Tsiribihina est Ndriamandaiarivo. Cf. A. GRANDIDIER, Tome II, p. Il et
texte sur l'origine des Miavotrarivo, tome III, p. 29.
(3) Le groupe fondateur dont l'ancêtre Matoe fut cité, fut gouverneur de la
colonisation. La contestation de l'identité Ambalava de la marque des
Tsitompa. Cf. Tome II, p. 243 par les Hohimalagno est tout à fait pensable
et rejoint les conclusions que nous faisons ici de l'origine Hirijy de ce
groupe. Il nous fut dit que leur marque n'est pas Ambalava mais Tsimahabe
(comme les Hirijy). Nous"n'avons pas cherché à pousser l'étude de cette
contradiction. L'essentiel n'était. pas, dans ce travail, de reconstituer
l'histoire réelle des groupes, mais de comprendre la manière dont le passé
est réinterprété et fonde les légitimités sociales. Cette rupture révèle
sûrement un ordre de faits qui nous a échappé.
- 132 -
(1) Cf. Tome II, p. 91. Le mariage des Tsitompa. Texte 19, partie concernant
l'explication de la formation du tombeau Nosy Lava où sont regroupés les
lignages alliés des soeurs Tsitompa.
(2) Cf. dessin nO 6. Schéma ci-dessus.
(3) Cf. marque nO 20. Le Kavy est situé à la base de' l'oreille, une découpe qui
laisse le bout pendant.
(4) Le chef de lignage Gaston d'Andramasay de lignée paternelle Marotsiraty
était Longo Amin Raza des Antavela. Descendant de Havana, il fut le
mari-protecteur de Tinompo femme Misara' de Toera devenue veuve au
début de la colonisation après les évènements d'Ambiky. Cf. photo
d'archives in "Les Souverains de Madagascar" Karthala, 1983. Ouvrage cité
bibliographie en référence. .
- 133 -
qui était issu cPune union de son père Tinovo avec les Magnolobondro (1).
(2) Les Andralefy à une génération antérieure ont pratiqué l'échange de soeurs
avec les Antavela. Ce type cPalliance semblait se reproduire
périodiquement et assurait la solidarité entre certaines lignées aux
générations où elles étaient jouées. Elles révélaient les solidarités
antérieures tout en opérant celles à venir dans le sens de la fermeture-
ouverture du système en réseaux cPalHances stabilisés au cours des
générations.
(1) Il est à noter que les soeurs Tsimialisa mariées aux principaux chefs de
lignage de la communauté fraternelle de parents (Fig. l, p. ) avaient pour
tombeau Ankotraka dont nous parlerons plus loin. Ce lignage était donneur
de femmes aux Tsitompa, car il faut noter que les unions de Faliagnara
(même génération que Tsimikory de la branche ainée devenue cadette) et
Tsirery, maire de Tsimafana qui a hérité de la marque Hohimalagno avaient
aussi des femmes Tsimialisa (Marque de boeufs Sambikida) de type
généalogique et dissymétrique attachées à Ankotraka là où sont aussi les
Magnolobondro. .
villageois (1), où les Mija et les Tsitompa étaient en tout point associés. Leurs
marques d'oreilles de boeufs, de type généalogique, signe de leur distinction de
leur totale autonomie, attachée à un tombeau différent, pour les Tsitompa
Besely et les Mija Nosy Lava, montrait qu'ils produisaient leur identité stricte
de parenté l'un par l'autre et à travers l'autre, leur union était celle d'une
fraternité renouvelée où ils ne partagent que les mêmes ennemis. Leurs intérêts
nettement différentiés seront d'autant plus satisfaits qu'ils mettront en commun
leur puissance. C'est de ce partage là ' dont il était question quand ces chefs de
lignage étaient détenteurs et gardiens-propriétaires des tombeaux Besely et Nosy
Lava, c'était encore et toujours de ce type de solidarité que procédait la co-
gestion du culte des prémices entre Malaitsy et Tsivogne. Et l'on pouvait
affirmer à ce stade de l'analyse, sans dénaturer les propos de nos informateurs
que les Tsitompa fondateurs du village travaillaient à leur postérité, arrivaient
au terme d'un cycle de souveraineté durant lequel ils avaient été porteurs de
mutations sociales suffisantes pour entraîner dans la conquête de leur autonomie
leurs alliés (au sens strict). Eux, dont on dit (0 qu'ils étaient Makoa, plus ou
moins directement apparentés à Toera et Ingerezza (lignées Kimosy, Vongovato,
Marotsiraty) et dont la très grande proximité à l'égard de la dynastie fut-elle
non habilitée à régner leur avait conférée des marques de boeufs qui se sont
diffusées du Sud au Nord de la sous-préfecture, signe de leur puissance passée en
ces temps de division des royautés dont témoignait la géo-politique locale du
Menabe Indépendant à la veille de la colonisation.
(1) Cf. cartes n° 3 et 4. Dans l'espace résidentiel, nous avons déjà noté la
présence du Togny Tany, talisman de la création du village, célébré au
départ et au terme de toute cérémonie, familiale ou non. Les trois ombres
pour veillée mortuaire relatives à chacun des trois tombeaux de la
formation villageoise où les Tsitompa sont à la base dès la répartition
sociale dans les tombeaux. Et enfin, l'organisation sociale des Hazomanga
dont nous avons parlé. Les Misara d'Andranofotsy n'y figurent pas bien que
proches parents de même mère que les Tsitompa. Nous verrons pourquoi
ci-après. Le territoire villageois lui-même est strictement délimité par les
tom beaux du village.
(I) Cf. dessin des marques de boeufs n° 15, 28 des villages de Soahazo et
Moravagno, celles n° 29 du campement d'Ampasimandroro et celles n° 20
des Magnolobondro du village Ankirijy.
les lignées maternelles des générations les plus anciennes des deux segments de
lignage ainé et cadet Tsitompa, ces Hohimalagno et Magnolobondro semblent
bien être issus de mères d'un même lignage, peut-être soeurs, situation ordinaire
de la différenciation lignagère et de l'appartenance à des tombeaux différents.
Le tombeau d'Ankotraka laissait entrevoir à la génération des Matoe, c'est-à-dire
bien avant la colonisation les liens réels qui unissaient les Vazimba, ces Makoa de
l'entourage des rois enterrés à Tomboarivo avec les Vezo et les unions plus ou
moins durables qu'ils ont établies avec les chefs locaux, les femmes soeurs des
rois ou encore les femmes temporaires des rois et leurs descendants qui ont
depuis pris des identités lignagères grâce à la généralisation de la relation Ziva
comme principe de rupture ou d'intégration appliqué à la loi d'exogamie sur cinq
générations. Le principe des Tragnovinta allait être reproduit au-delà de toute
attente grâce à la décomposition du système Maroserana et à travers lui.
(1) Cf. "Itinéraires" Tome II, p. 201. La cérémonie funèbre d'une femme
Tsimialisa qu'il fut donné d'observer en fin d'enquête ne laissait plus place
aux hypothèses: On a pu, à cette occç.sion (sur le thème de la sorcellerie
ayant entraîné la mort), mesurer pleinement les forces dissociatrices
actives dans le village, celles qui étaient susceptibles d'entraîner tous les
li 9nages co-résidents et participants à la cerémonie dans un conflit
genéralisé. Les différenciations présentes, les futures segmentations
sociales n'étaient en ce cas nullement indépendantes des conflits passés.
C'était un des aspects de la reproduction fondée sur l'intériorisation de
rapports passés qui n'affleurent à la conscience qu'en certaines occasions.
hg. ia
FOflMATION SOCI ALE ANDHANOFOTSY Une ail iance uénéral isée autour d'lin FOKOANY
LONGO AMIN'NY 1 1 1 Il Il 1 1 1 1
FATIDRA TROMBA ANDRANO
.....
li)
CO
1
- 139 -
Vazimba Tsiniambany seraient ces Makoa qui ont pris leur indépendance
politique, les Sambikida qui, dans le village sont les Tsimialisa se seraient
querellés à propos d'héritage, quant aux Sambitia, ils auraient transgressé
l'interdit d'inceste (1). Ces traditions présentaient les modes d'intégration
lignagère qui ont opéré au cours du tem ps et qui furent appliqués à la naissance
de marques de type généalogique, signe de ces intégrations partielles. C'est
pourquoi les marques d'oreille de boeufs recueillies dans la région de Belo
présentent quelques marques génériques et que les marques au dessin plus
complexe doivent être comprises par rapport au tombeau d'appartenance des
lignees fondatrices qui se réfèrent d'un ancêtre commun personnalisé après la
mort et qui s'attachent aussi à un tombeau prestigieux, de nobles, ces
Tragnovinta ou tombeau des rois relativement à leur ancienne position dans
l'ancien ordre aristocratique et militaire Maroserana.
(3) Ce sont les tombeaux, les Tragnovinta qui généraient les Tromba
d'émergence locale: Befifitaha était à l'origine du Tromba Antety
Miavotrarivo; Mitsinjo qui était à l'origine des Tromba Fmaoky au Nord
dans le village d'Ampasimandroro (vallée du Manambolo), n'était pas
indépendant de l'émergence des Tromba Andrano du village Andranofotsy
dont le Masy résidait à Soahazo, village situé sur la côte dans la vallée du
Manambolo (Cf. carte n° 9 en annexe).
- 141 -
00 Dn LEGENDE
RARIVO-SISAMPONY
HIRIJY
ANKO MANG A,
ÇJ MAROFOHY.
.
0·0
M. lli)
Ueo des Tombe e" des
ANDRASILY, MAROT SIRATY ,
(Il Cf. Schéma ci-contre: Nous avons porté les marques d'oreille de boeufs
afférentes à ces tombeaux d'appartenance des lignages co-résidents. Elles
définissent les rapports préférentiels dans l'espace qui interviennent dans
l'activité d'élevage à propos des échanges à longue distance, mais aussi
complémentairement dans l'activité rizicole sur le lac Bemarivo qui est un
lieu de migrations temporaires de travail pour les habitants des villages de
la vallée du Manambolo au Nord: pâturage des boeufs d'accumulation dans
le Manambolo, riziculture de décrue sur le lac Bemarivo au Sud.
(4) Les gardiens de tombeaux qui témoi&naient d'une identité générale Misara :
Ziva Misara avaient une idéologie tres nettement matrilinéaire justifiée le
plus souvent implicitement par le droit à l'endogamie. A Mitsinjo, cette
endogamie était le signe d'une appartenance de caste. Les gardiens des
tombeaux plus récents datant de la colonisation: Ankilida, Besely, en
particulier avaient quant à eux ·une idéologie patrilinéaire, eux qui étaient
le plus souvent les alliés directs des rois Maroserana, soumis à l'obligation
exogame du fait de leur origine Makoa. Le lien généalogique des
descendants Makoa des Maroserana était objectivable tandis que celui des
descendants Misara de Kekarivo était le produit d'un choix, d'une adoption
par le roi, le père biologique était ainsi le plus souvent inconnu pour le
commun des mortels: secret des tombeaux. L'idéologie proprement Misara
reposait sut' cette ambiguïté des rapports biologiques fondateurs de
l'héritage. JF Barre, dans son ouvrage "Les sables rouges", ouvrage cité en
biblio. faisait la même constatation dans le royaume Sakalava du Nord.
- 144 -
d'une volonté de pouvoir fondée sur un savoir inégalement partapé et que seule la
mémoire généalogique enracinée dans les tombeaux de reférence pouvait
distribuer. Les gardiens de tombeaux avaient toujours cette position sociale
particulière du "supposés sachant" eux qui étaient issus le plus souvent de cette
relation Ziva organique des rapports stabilisés d'alliance qui permettait la levée
d'interdits de mariage entre cousins croisés et ou parallèles (1). De ce fait,
n'étant rien ni personne, ils portaient en eux l'identité substantielle du Raza, le
plus souvent matérialisée par ces marques de boeufs Vazimba, représentations
quasi abstraites et inversées des marques de type généalogique. Leur fonction
d'interprète des lois garantissant la reproduction lignagère n'était pas de celle
qui agit directement le pouvoir, elle s'accordait avec l'impossible partape, cette
loi fondatrice qui doit rester secrète et sur laquelle est fondee toute
intériorisation.
(2) Essentiellement celle des Sambikida. Elle marquait (au sens propre), le
double enracinement des Tsitompa dans la formation dynastique
Maroserana de la veille de la colonisation: La première désignait l'alliance
par mariage de ces Makoa de l'entourage des rois sous le règne de Vinany
(Kimosy) dont le tombeau royal est Tomboarivo (le plus ancien du Menabe
Indépendant qui date de la division des Menabe à la période de l'expansion
Merina). Celle des Tsimahalilo appartenant au Mpitoka Filoha du
Fitampoha 1968 exprimait la même réalité, celle d'une exclusion de
l'héritage dynastique (il est [Link] par sa mère) à l'époque du roi de
Mahabo dont il a la charge (Ndriamagnetsy : Trimanongarivo) et les étapes
de sa migration vers le Nord, de son intégration avec les groupes localisés
avec lesquels il s'est allié par la suite.
(1) Nous n'étudierons dans cette partie que ces types d'activité associées dans
le village. Dans la mairie de Belo, il y avait également des cultures "riches"
(haricots, lentilles) mais elles ne [Link] pas le village, ni ceux de la
vallée du Manambolo. Elles étaient situées dans la zone des Baiboho
humides "terres innondables" situées le long de la vallée de la Tsiribihina.
(3) Les cultes locaux Tromba Antety et Andrano étaient bâtis sur un rapport
contradictoire à l'étranger: surdéterminé et pluriel dans le Tromba
Andrano (habits comoriens, objets étrangers utilisés, tome II p. 100), ou
encore rejeté dans le Tromba Antety (habits malgaches, aucun objet
étranger dans le rite, tome II p. 166). Cf. aussi la cérémonie observée par
A. Grandidier durant son voyage où il fut reçu avec Samat par Narova,
tome II, p. 16 et suivantes.
- 147 -
(2) Les camps pénaux, en général situés dans les régions, villages d'origine des
fonctionnaires d'état central, étaient un moyen de contrôle politique et
économique de l'élevage. Les services préfectoraux et sous-préfectoraux
étaient très souvent mobilisés avec les notables ruraux (juridictions de
Dyram-Pokonolona )organisaient des "battues" pour retrouver voleurs et
boeufs volés: nous avons à Bemanonga (région de Morondava) à Bevoay, été
présent lors de ces retours de tournée.
(3) Ces peines, sous les Maroserana, allaient jusqu'à la punition par la mort.
(4) L'enjeu du vol des boeufs qui étaient vendus hors du lieu du vol sur les
marchés Merina ou Betsileo étaient de se procurer de l'argent pour
racheter des boeufs sur lesquels seraient imprimés la marque du lignage.
- 148 -
sous cette condition d'y ajouter une démarque qUI Jouera concurremment au
cours des générations, obligeant le lignage à maintenir les liens étroits qui
l'unissent à la dynastie, l'instituant périodiquement donneur de femmes. La
centralité politique et économique Maroserana assurée à travers la reproduction
lignagère de type patrilinéaire où jouait dialectiquement et contradictoirement
un marquage-démarquage des boeufs selon l'équilibre interne des rapports au
cours des générations entre paternels et maternels soumis l'un comme l'autre à
l'obligation exogame était perpétuellement remise en cause, le vol des boeufs
pratiqué le plus souvent entre Longo, largement valorisé par l'éducation en était
l'expression. En d'autres termes le démarquage, cette découpe en V à la pointe
dite Kopoke des Hirijy avait de bonnes chances de se multiplier en dehors même
des relations Longo avec les Maroserana et de devenir, aux périodes de perte de
souveraineté des Maroserana, au moment où leur pouvoir s'affaiblissait, comme
les marques en fer de lance, des démarques signe de l'autonomie véritablement
prise par les anciens alliés -dépendants. C'est à cette révolution pacifique que
s'attachait la naissance du tombeau dit Misara de Befifitaha, ces affranchis, ces
anciens esclaves royaux devenus Vohitsy, hommes libres. Le vol des boeufs a eu
cette fonction éminemment politique de révolution pacifique. Déjà amorcée sous
le règne de Vinany, elle s'est accrue et fut favorisée par la politique coloniale
elle-même. Les marques d'oreille de boeufs relevées dans les villages d'enquête
montrent que ces marques symétriques au dessin fort simples en V à la pointe
sont toujours associées à un dessin ~avy. Cette particularité rejoignait les faits
d'actualité relevés au cours des règnes de Kelisambaye et Vinany qui ont vu le
Menabe Indépendant se constituer, traversé de conflits où les Bara ont chaque
fois refait l'union sacrée face au danger d'expansion Merina qui n'avait pas
atteint cette région. La marque d'oreille de boeufs générique dite des affranchis
(1) qui possèdent cette symétrie, une découpe en V à la pointe et un Kavy, bout
pendant tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur des oreilles droites et gauches
seraient ces Makoa de l'entourage de Kelisambaye et Vinany alliés à des migrants
Bara, fils de prince partis chercher fortune ailleurs et qui sont à· l'origine de
matrices généalogiques nouvelles exploitées actuellement dans le sens des
échanges préférentiels Nord-Sud intrinséquement liés.
enfants différents des Tantarana Razan (D, grandes traditions qui conservent la
part obligée du secret "des grandes familles" (2) pour mieux les valider. Point
n'est besoin de partager obligatoirement le "secret des dieux" (3) pour une
sociologie attachée à l'unique savoir de la reproduction. La duplicité de ces
hommes d'état avec les notables ruraux, des fonctionnaires locaux ou nationaux
s'appliquait à organiser la démarque des boeufs par le vol et le contrôle de ces
vols: les rapports de parenté des lignages dominants, fondateurs le plus souvent
des villages permanents y trouvaient leur compte en accélérant le processus
auto-cumulatif des lignages associés dans la compétition économique le plus
souvent dialectiquement centrée au Nord et au Sud ou encore à l'Est et l'Ouest.
Les groupes 'd'affiliation lignagères (4) institués dans les villages témoignaient
jusque dans leurs rapports Longo des mouvements de l'histoire Maroserana qui les
ont amenés à migrer, éventuellement à se séparer. L'union sacrée qu'ils
cherchaient à valider rejoignait le plus souvent la logique des marchés locaux,
des réseaux commerciaux concurrents qui se sont multipliés depuis
l'Indépendance.
(1) Les Litin Raza sont différents des Tantarana Razana. Les textes de
traditions répertoriés tome III sont des Tantarana. Elles contiennent un
enseignement et une information sur les origines lignagères que tous ne
sont pas destinés à partager... La diffusion de cette information suit en
général la règle de primogéniture.
(2) Nous employons ce terme au sens propre et figuré. Dans toutes les sociétés
du monde, les grandes familles ont ce souci de protection par le se<::ret de
ce qui a maintenu au cours du temps leur unité. Dans cet univers social, il y
a toujours des dominants, des dominés, des exclus, des marginaux,
l'essentiel tient dans cette unité préservée à l'extérieur.
(3) Désigne la structuration idéologique des représentations.
(4) Les GAL, groupes d'affliliation lignagère, voir aussi article de R. DOGNIN,
Ouvrage cité. Nous rejoignons tout à fait la problématique de l'auteur
appliquable, nous le pensons, à ces sociétés pastorales.
- 150 -
(l) L'accumulation lignagère désigne ici tout à la fois les échanges de biens et
de personnes: stratégies d'alliance et développement de l'adoption qui sont
en rapport avec le patrimoine.
Référence dynastique
MAROSIŒANA
Référence territoriale
ANTIBEFA
Il!!LANJA
Référence ethnique
au plus des foires annuelles (1) et où l'action des hommes d'état se faisait sentir
le plus souvent indirectement (2). Et l'on assistait à la réactivation des liens
personnels de Fatidra dans ces communautés d'alliance généralisée des lignages
co-résidents, par lesquels les stratégies sociales des chefs de lignage se
révélaient. Certaines de ces relations se transformaient en Ziva et assuraient la
redistribution sociale élargie des rapports dans l'espace-temps utile aux
échanges.
(3) Cf. schéma p. 152 les liens personnels de Fatidra débouchent dans tous
les cas sur le dépassement de la cause lignagère.
(l) Cf. en annexe 1 les relations établies par nos informateurs sur le sens et
l'origine de la marque d'oreille de boeufs à laquelle ils étaient attachés. La
méthode d'exposition et de classement des matériaux d'E. BIRKELI était
sans doute motivée par le souci de l'auteur de reconstituer l'histoire
générale des migrations de la côte Ouest. Nous remercions J.C. HEBERT
de nous avoir communiqué ses résultats et commenté nos informations. Sa
méthode nous a influencé car en conclusion de son travail "quelques notes
sur les marques d'oreilles de boeufs chez les Sakalava de l'Ambongo", il est
en mesure de proposer la genèse de la constitution des marques au travers
des segmentations sociales. Notre approche, avant tout territoriale, tient
dès l'abord compte d'une segmentation politique des groupes qui a tendance
à s'imposer à des alliés dépendants tout le temps que dure l'obligation
exogame.
- 157 -
LEGENDE
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ORGANISATION DES PATURAGES ET TRANSHUMANCE DES BOEUfS
dessin d'origine (l) ont subi des changements de formes ••. Ils désignaient les
rapports préférentiels utiles aux échanges correspondants à la réactivation
d'anciennes relations Ziva dont procède le Togny Tany, cadre de dépassement de
l'identité ethnique, des différenciations de caste passées: les substitutions de
rôles connotées par le qualificatif de Tsitompa Tsiniambany que nous proposons
de traduire comme étant. ceux qui sont Ziva mais pas domines, ont leur racine
dans ce jeu dialectique de décomposition dynastique et reconstitution d'espaces
de légitimité dans des réseaux d'alliance stabilisés à partir et à travers les
divisions administratives modernes, qui ont reconstitué et à tout le moins fixé
l'ancienne géo-politique des royautés. Elles ont été utiles à la pérennité des
groupes de parenté nouvellement institués, eux qui étaient détachés de
l'exclusivité dynastique.
(1) Comparer les dessins de marques recueillis par E. BIRKELI : Voir dessin
n° 63, 64, 65 et traditions correspondantes p.31, n° 80, et traditions
correspondantes p.80, n° 12 et p. 12 traditions correspondantes. L'on peut
ajouter la marque des Andrambe n° 68, p. 31 qui est analogue de celle des
Vongovato moins les découpes en V à la pointe.
(3) Cf. schéma ci-contre: Répartition des pâturages des boeufs des résidents
de la Tsiribihina. Ce schéma sera commenté plus en détail, chapitre VII.
(5) Dont les descendants actuels étaient les Ndrenatelo, Mpibaby, porteurs de
Dady du Fitampoha.
- 162 -
1- HIf'IJYd' . 2- MIA~OTSE9
8- In
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9- ZENOMENA
-l'L--....----:.·
18- ANDRAMBE9
T
--J
Legende Notes
(2) Voir socio-matrice de la relation Ziva, marques d'oreille de boeufs dans les
réseaux de communication et d'échanges locaux, ci-après.
- 164 -
=
SOCIOMATRICE DE LA RELATION ZIVA: Les circuits informels
de communication et d'échange
- 165 -
ne devait pas ignorer ce fait bien établi en l'occurrence, que derrière tout
système Longo bien institué, c'est-à-dire territorialisé, comme à Andranofotsy, il
devait y avoir un ou plusieurs hommes d'état susceptibles de favoriser le
processus cumulatif engagé dans les échanges. Les deux reseaux d'alliance séparés
de la reproduction dynastique qui se dégageaient des rapports de parenté des
Tsitompa d'Andranofotsy témoignaient jusque dans cet aspect de l'émergence
d'hommes d'état devenus hauts fonctionnaires de cette réalité des rapports de
pouvoir entre villageois et administration. Jamais précisément évoquée, cette
question ne fut découverte que grâce au travail d'archive où étaient nommément
cités les anciens gouverneurs, sous-gouverneurs du temps de la colonisation. Les
noms comme Tsitakoa, Fiaro, des anciens chefs de canton correspondaient aux
Dady, Matoe cités à propos des généalogies effectuées (1).
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- 173 -
CHAPITRE V
LE FITAMPOHA DE 1968
OU
INTRODUCTION
(l) En 1899, les Dady volés par Ingerezza étaient contrôlés par les groupes
Maroserana-Makoa du delta de la Tsiribihina. Dans le conflit aîné-cadet,
les groupes matrilignagers du roi qui s'opposaient étaient les Misara et les
Makoa.
- 176 -
sorte de "degré zéro" de l'Etat (1). L'on peut distinguer la période qui va de la
colonisation à 1939 où les chefs naturels nobles ou Ampanjaka sont les
interlocuteurs privilégiés du pouvoir colonial. Puis 1939-1946, où l'administration
coloniale conserve les chefs locaux comme interlocuteurs privilégiés mais pas
exclusifs. Elle s'appuie pour élargir le contrôle politique et économique sur les
clivages. internes: esclaves-nobles et aînés-cadets. Elle approfondit son
insertion. A partir de 1946, le procès de "décolonisation" commence par la mise
en place progressive d'une future "élite bureaucratique". Nombre d'originaires de
l'Ouest deviendront en 1958 hauts fonctionnaires. En 1968, époque du Fitampoha,
dix ans après l'indépendance, le processus d'individualisation qui accompagne
l'accès à la fonction publique de certains lignages renforce les contradictions
internes de leur société d'appartenance, et la stagnation économique, voire la
paupérisation croissante, accentuent encore les dissensions internes. 1968
correspond à une période de crise politique et économique qui verra son
aboutissement en 1972 avec la mise à l'écart du Président Tsiranana.
(l) Notion développée par A. NICOLAI, qui connote toutes les formes
intériorisées du pouvoir, condensées dans la formule suivante "l'Etat, c'est
moil!.
En réalité, l'enquête directe que nous avons faite en 1968 (1) ne nous
a pas permis de retrouver les règles de succession des Mpibaby et les informations
obtenues sont très contradictoires en cette matière. Nous avons des listes des
Mpibaby pour 1939 et 1958 mais celle de 1968, époque de notre enquête, ne
précisait que rarement leurs lignages majeurs d'appartenance. Ainsi en est-il des
Ndrenatelo, lignage de formation récente. Parfois, nous étaient indiquées les
marques d'oreilles de boeufs au titre de l'identité lignagère. Seuls les Dady de
Ndremisara, Ndremandresy sont portés par les représentants du groupe Misara et
cette information, pour résiduelle qu'elle soit, n'en est pas moins digne d'intérêt.
Nous y reviendrons plus' loin. La colonisation a beaucoup joué sur la succession
dynastique et a renforcé de ce fait les conflits internes, a permis des
renversements de rapports (aîné-cadet, esclaves royaux-nobles, patrilignages-
matrilignages) et l'objet du Fitampoha de 1968 était pour la plupart des acteurs la
légitimation des rapports actuels. Sous la colonisation, des segments de lignages
com me les Hirijy se sont refusés à continuer d'assumer leur fonction,
abandonnant leur charge au cadet, manière de se mettre à distance vis-à-vis de
l'institution royale par trop manipulée par le pouvoir colonial. Il, est à remarquer
que ce groupe a fait partie des opposants de la première heure a la colonisation,
ce qui s'est traduit pour eux par une migration vers le nord et une segmentation
de leur groupe. Le porteur Hirijy du Dady-Ndriamihoatrarivo (P. Kamamy de son
vivant) appartient au segment de lignage cadet. Les groupes Marolahy, Andrasily
et Andrevola appartiennent aux groupes Mananila, c'est-à-dire aux matrilignages
qui ont donné la première femme du roi, ceux dont sont issus pour le premier
Ndriantsoanarivo et Ndrianilainarivo, pour le second Ndriamanetriarivo. Quand
aux Andrevola, il s'agit de groupes apparentés dès la toute première origine à la
formation Sakalava, ré~nant dans une portion de territoire qui comprenait la
majeure partie de la region' de Tuléar, le Mahafaly excepté (Fagereng, 1977),
dans une région où les rivalités entre parents expliquent la géopolitique de ce qui
sera plus tard le Menabe, le Mahafaly et le pays Andrevola. Cependant, ce
groupe est devenu vassal des Maroserana et a conclu une alliance avec le
Fiherenena. Rivaux mais alliés, c'est ainsi que nous comprenons la fonction de
Mpibaby des Andrevola au Fitampoha.
conflit avec ces derniers. Dans le chapitre IV précédent, nous avons représenté la
généalo,Rie des rois Maroserana ayant régné dans le Menabe et isolé en grisé les
Dady celébrés lors du Fitampoha de 1968 (1). Cette généalogie, reconstituée par
J. LOMBARD (1973), rejoint les informations obtenues par enquête directe
durant notre étude, ce qui atteste la parfaite mémorisation de la chronologie
Sakalava par la tradition orale. L'origine sociale attestée des Mpibaby en 1968 en
fonction des Dady dont ils ont la charge s'explicite alors moins par la succession
des matrilignages qui ont donné la première femme aux rois régnants et dont
sont issus les successeurs légitimes de la royauté selon un principe de
patrilinéarité et de primogéniture que par les. évènements ayant marqué les
règnes des rois qui ont amené les dérogations à ces principes. A cela s'ajoute la
stratégie des groupes concernés devant les évènements qui ont amené des
segmentations et migrations, ce qui explique la difficulté de retrouver les
lignages majeurs d'appartenance de ceux qui exercent les fonctions rituelles du
Fitampoha.
(I) Les tombeaux royaux des Dady invoqués sont du nord au sud,
respectivement Benghe (limite sud de la préfecture), premier tombeau
royalSakalava, haut-lieu des Dady Ndremisara Ndremandresy, puis Mahabo
à Maneva, haut-lieu des Dady III à VII et Belo à Tomboarivo et Ambiky,
hauts-lieux des Dady VII à X (Cf. tableau généalogique des Maroserana et
carte jointe). p. 104 et 106.
- 181 -
(2) L'influence de Narova, soeur de Vinany fut réelle: elle est marquée par la
séparation des tombeaux Maroserana : Narova crée un nouveau tombeau, la
Tragnovinta de Mitsinjo. C'est sous son règne que Befifitaha, ce tombeau
des guerriers d'Ingerezza a acquis son renom: Cf. notes de A.
GRANDIDIER, p.732 à 736. L'intégration des Bara aux Sakalava date de
cette période.
- 182 -
(l) Il est à noter cependant que la majeure partie des groupes nobles sont
localisés dans l'actuelle sous-préfecture de Belo-sur-Tsiribihina et cela
tient aux évènements qui ont bouleversé le royaume Sakalava. Les
actuelles sous-préfectures de Morondava et de Manja, régions plus
facilement accessibles ont été soumises au royaume Merina. Les groupes
non soumis ont alors migré vers le nord, plus particulièrement les nobles et
certains de leurs dépendants possesseurs de tombeaux, se sont opposés et
regroupés dans ce qui était, à la veille de la colonisation, le Menabe
indépendant, où les Merina ont été défaits à deux reprises, dans le nord de
la Tsiribihina à Ankirijy et non loin de Belo à Tsimifana.
- 183 -
rois ayant régné dans le Menabe-Sakalava, auxquels a été rendu un culte, nous
induit à penser que tous les groupes lignagers Mananila, branches écartées de la
dynastie Maroserana: Misara, Maromany, Andrevola ainsi que les matrilignages
des rois ayant régné, auraient dû être présents au minimum. Et l'on peut ajouter
les dépendants actuels de ces groupes et tous les collatéraux Maroserana qui
n'ont pas régné parce que soeurs, filles ou cadets j tous ces groupes de grande et
petite noblesse sont répartis et plus ou moins segmentés sur toute la ~réfecture
de Morondava (1) qui, rappelons-le, correspond territorialement a l'ancien
Menabe historique, celui d'Andriandahifotsy de qui date le premier Fitampoha.
(2) Transport des Dady de Belo à Ampasy, bain des Dady 8 jours après et le
lendemain retour des Dady à Belo.
- 184 -
(2) Rappelons que ces épisodes sont bien connus, tout au moins pour les
évènements extérieurs qui ont traversé la société Sakalava, induisant des
migrations. importantes est-ouest et sud-nord, périodes également de
conflits alternant avec des alliances Merina-Sakalava et Bara-Sakalava.
(2) Dont le plus flagrant fut l'entrée dans l'eau sacrée au moment du bain des
Dady d'un groupe étranger formé de touristes français, anglais, ainsi que
d'intellectuels, journalistes, experts, Merina et français.
(3) Ceux qui sont répartis dans les villages, essentielle:Tlent de la commune de
Belo (Cf. supra), assistaient à la cérémonie pour rendre hommage à leurs
rois.
- 186 -
(1) C'est la place occupée par rapport au roi qui légitime l'aîné. Les mariages
fréquents des rois Maroserana avec deux soeurs introduisaient des ruptures
hiérarchiques à l'intérieur des groupes de parenté Longo amin'raza alliés
par mariage aux rois, et des renversements hiérarchiques car ces groupes
fonctionnaient sur un mode principalement patrilinéaire à l'intérieur de
leur lignage et matrilignager par rapport au roi.
(2) Nous avons recueilli deux versions variantes de ce mythe: l'une est
essentiellement symbolique (le roi n'a rien parce qu'il a tout), l'autre est
présentée sous forme généalogique. Cf. supra "Les [Link] fondatrices".
- 187 -
(3) Lohavogny: nettoyage du tombeau royal une fois l'an. En 1969, à cette
occasion, il a été décidé de scinder le Hazomanga-Maroserana, ce qui
signifie la scission du groupe.
- 188 -
(1) C'est pourquoi, dans cette partie, nous sommes obligé de faire intervenir
des éléments d'analyse extérieurs au Fitampoha proprement dit. Nous les
retirons de l'étude du village d'Andranofotsy et de l'enquête régionale du
Manambo10, ainsi que de-l!.appréciation des enjeux électoraux de l'époque,
du résultat des élections de 1969 où une nouvelle équipe communale a été
élue tandis que se maintenait le maire élu depuis 1958 et également
ministre.
- 189 -
Enfin, le peuple Sakalava représenté par les lignages répartis dans les
villages autour de la commune de Belo, indifférent aux conflits dynastiques,
reste cependant attaché aux croyances qui entourent le culte des rois morts et se
confondent le plus souvent avec le culte de leurs propres ancêtres. De cette
confusion, au sens étymologique du terme, est née l'adhésion des groupes
autochtones à ceux qui deviendront les rois Maroserana, après avoir été tout·
simplement leurs alliés et voisins. Ces formations lignagères autochtones n'ont en
effet acquis l'identité particulière qui les désigne, qu'à la faveur des relations qui
ont existé, à l'époque très éloignée de l'installation de Ndremandazoala à Benghe,
au foyer originaire de la formation (1).
•
- 190 -
l'histoire dont on ne sait si elle a été dominée ou dominante et, à travers elle,
peuvent s'opérer tous les renversements de situation: ambiguïté et opportunité
deviennent les maîtres de l'histoire. Fait révélateur, les groupes Misara
segmentés dans la région (tombeaux de Kekarivo, Mitsinjo et Befifitaha dans le
delta de Belo, tombeaux au nord du village d'Aboalimena dans la vallée du
Manambolo), sont Ziva de tout le monde et revendiqués comme tels dans leurs
lieux respectifs de résidence. C'est donc bien à travers eux que se ferme la
communauté politique comme elle se fermait autour des rois Maroserana
d'Antan.
Ici, point de vérité historique, l'histoire n'est que parce qu'elle est
politique; une société n'existe que lorsqu'elle est hiérarchisée. Atteindre
l'essence de l'évènement, c'est avoir la juste appréhension de l'inégalité et de la
domination même masquées. Comme toute institution, le Fitampoha n'est pas
intemporel. Au-delà de la permanence symbolisée par les rites et les croyances
qui s'y rattachent, au-delà des conflits structuraux, ceux sur lesquels s'est
construit un régime politique, celui des rois Sakalava, s'impriment les rapports du
moment. La mémoire sélective des évènements passés agit résiduellement mais
fortement et explique en partie l'adhésion à certaines dominations. Le Fitampoha
est une manière de se représenter le pouvoir et en même tem ps, il le fait
fonctionner. C'est là sa vraie nécessité.
également des lignages de Belo qui ne pouvaient plus faire paître leurs boeufs
aux alentours de la ville, où les conflits agriculture élevage se multipliaient.
Aboalimena, Soahazo et Tanambao, villages principaux, sont nés des
segmentations aînés-cadets de l'époque coloniale. En particulier, les Misara ont
reconstitué un nouveau tombeau et se sont alliés aux Mikea et Vezo déjà localisés
sur place, d'autres lignages comme les Hirijy ont été des opposants à la
colonisation. Les rapports nord-sud de la commune de Belo sont fondés sur
l'implication réciproque entre segmentations lignagères internes (aîné-cadet) et
attitude face à la colonisation; les rapports maîtres-esclaves ont suivi le même
schéma. Les conflits analysés dans le cadre des rapports de parenté se traduisent
toujours spatialement et l'absence au moment du Fitampoha des lignages résidant
au nord de Belo à l'exception du Mpibaby-Tsimangataky, qui avait une charge
rituelle, n'est en conséquence pas étonnante.
(l) L'impôt personnel n'était pas la seule. forme d'extorsion, ni de loin 'la
principale, comme les évènements de mai 1972 l'ont démontré. L'abolition
de cet impôt n'a pas produit les effets escomptés dans le monde rural. En
effet, il s'intégrait à tout un système de taxes (d'abattage, sur les
cérémonies••.) qui recouvraient pratiquemeht toute la vie quotidienne.
- 193 -
(1) Après avoir perdu beaucoup de temps à identifier les unités de production
dans les villages, nous avons compris que l'essentiel de l'étude des
différenciations économiques ne pouvait s'effectuer sans que soient isolées
les unités d'échange. C'est donc dans l'étude des villages conçus comme
entité globale de production que s'effectue l'identification des réseaux
possibles d'échange à partir de l'analyse spatiale des rapports sociaux, de la
résidence au territoire, des territoires aux divisions administratives,
quartier, canton, commune; au niveau de la sous-préfecture de Belo-sur-
Tsiribihina, nous avons étudié les relations tombeau-territoire de quartier.
L'entité administrative du quartier est tout· à fait pertinente socio-
historiquement et socio-économiquement. Nous avons donc réalisé la
cartographie des quartiers de Belo. Ce document, pourtant important par la
compréhension du contrôle social et économique, n'existait nulle part et
constitue le point de départ d'une analyse des réseaux potentiels de
commercialisation induits des groupes territoriaux (en général, les unités
de résidence sont toutes Longo, c'est-à-dire prises dans un rapport
d'alliance généralisée).
- 194 -
Dès lors, c'est en situant les différents Masy, les rapports qu'ils ont
entre eux ainsi qu'avec l'administration, leur spécialisation et l'importance de
leur "clientèle", qu'une compréhension des différenciations internes de tous ordres
est possible. Le Masy comorien du Fitampoha 1968 avait à l'époque une bonne
partie de la clientèle de Belo, mais son activité avait tendance à diminuer au
profit d'un ':l0uveau Masy issu du village d'Andranofotsy, à l'origine des Tromba-
Andrano de ce village. Dans le Bemarvio, il y avait un Masy-Misara spécialisé
dans les Ody ou charmes pour les femmes. Dans le delta au nord de la Tsiribihina,
étaient localisés trois Masy fortement rivaux. L'enquête que nous avons faite et
qui pourtant nous a donné l'occasion de participer à toutes les cérémonies de la
région est restée très insuffisante pour ce qui est de la connaissance des
activités de ces Masy qui s'institutionnalisent dans les cérémonies Tromba ou Bilo
de la région. Notons ici que le Masy-Mikea d'Aboalimena, dont l'audience était
importante jusqu'à Andranofotsy, pourtant situé 40 km plus au sud, était absent
du Fitampoha 1968, alors que nous savons qu'il était le Masy du Fitampoha 1978 ;
entre temps les hauts fonctionnaires de la région avaient perdu le pouvoir
politique.
(3) Plusieurs équipes ont travaillé sur cette cérémonie Fitampoha en 1958,
1978. Leurs enquêtes n'ont cependant donné lieu à aucun débat
contradictoire. Les publications sur ce sujet constituent autant d'angles
d'attaque différents de cette institution, synthèses partielles utilisables
cependan~ dans une analyse globale des rapports entre institution et
économie régionale.
- 196 -
(1) Le conflit latent existant à l'époque entre le PSD du nord et du sud avait
ses racines en partie dans les stratégies économiques -concurrentes
soutenues par les financements étrangers bilatéraux ou multilatéraux ou
même totalement privés.
- 197 -
CHAPITRE VI
INTRODUCTION
En dernier lieu, s'il ne fait aucun doute que ces institutions sont
particulièrement efficaces au plan symbolique, il n'en n'est pas de même au plan
politique et économique, bien qu'elles soient étroitement liées à la vie politique
et économique locale. Tromba et Bilo sont en relation directe avec les
institutions politiques comme les mairies, les coopératives, les syndicats des
communes, mais interviennent également dans la constitution de circuits de
commercialisation et les campagnes électorales. Nous l'avons vérifié tant dans
notre enquête à Morondava-Mahabo que plus tard à Andranofotsy.
(2) L'expansion Merina qui a commencé au début du XIXème siècle qui avait
pour objet le contrôle 'des échanges extérieurs sur les côtes ne s'apparente
aucunement à une colonisation même si les rapports externes de l'époque
sont venus en changer le cours préparant ainsi la colonisation proprement
dite.
- 202 ~
S'il ne fait aucun doute que les manifest"ations Tromba répondent aux
conditions politiques et économiques du moment, fondement objectif de la
réalité sociale, leur fonction ne peut être élucidée qu'en tenant compte du
caractère' subjectif de la participation des villageois, directement liés à leurs
conditions de vie.
(I) L'étude du système cérémoniel était pour tous· ceux qui travaillaient en
milieu rural la clef des rapports généraux observés. Il est utile de
mentionner que ce fait fut vérifié dans nos études.
- 204 -
(2) Cf. la genèse de cette formation sociale présentée chapitre IV où l'on voit
l'émergence des Tromba en relation avec la création des tombeaux ou en
référence à des hauts-lieux.
- 205 ~
ont reproduit d'abord et avant tout les inégalités liées au système patrilinéaire
de parenté, puis se sont développées des pratiques d'endogamie et certaines
stratégies d'alliance comme l'union successive avec deux soeurs, qui instituent
une iné&alité entre alliés. Ces dernières pratiques étaient auparavant l'apanage
du roi, a l'origine des lois, mais que sa qualité place au-dessus des lois qu'il a
instituées. L'émergence et la multiplication des Tromba-Antety est la traduction
d'une situation nouvelle liée au fàit colonial, où chaque nouveau village et chaque
nouveau tombeau suscite ses propres cultes de référence; les Tromba-Antety
deviennent dès lors l'équivalent symbolique du culte des Dady. La recrudescence
des Tromba-Antety coTncide avec l'état de désagrégation des systèmes lignagers,
dont les segmentations induisent fréquemment de nouveaux tombeaux et de
nouveaux cultes.
contestation passée dont l'efficacité pénètre les rapports actuels. Et les Tromba
que l'on pourrait qualifier d'anti-étrangers remettent en cause certains rapports
externes de la société aux périodes-clefs qui ont marqué ou précède le processus
colonial.
Le pouvoir qui s'institue selon ces processus est toujours venu
d'ailleurs (11; apparemment enraciné dans le passé, il se situe en réalité en
dehors du temps, car on peut rarement identifier avec précision l'origine des
évènements qui lui donnent sens et l'espace où il se déploie reste imprécis. C'est
d'ailleurs toute l'histoire des migrations intérieures qui se trouve réactualisée,
dont seuls sont çonnus le sens général de la mi~ration et les hauts-lieux marqués
par quelque évènement. C'est pourquoi differents termes sont utilisés pour
signifier cette relation spatiale-temporelle particulière entre les évènements
réels, objets de la cérémonie et les Tromba, lieu de résurgence du passé
mythique et fictif, chacun de ces qualificatifs opérant pour indiquer le genre de
contestation qui s'opère au regard de l'ancien ordre aristocratique Sakalava :
Tromba-Andrano (esprit venu de l'eau), Tromba-Boeny (Esprit venu du Boeny),
Tromba-Doany (esprit venant d'un lieu sacré), Tromba-Sazoka (Esprit d'origine
royal) (2).
On peut dire que les Tromba-Andrano procèdent du même type
d'abstraction et de symbolisation que les Tromba-Misara dont nous avons vu le
lien avec la formation du Boina: ils renvoient l'un et l'autre au mythe d'Ibonia,
où le symbolisme de l'eau soutient la même dynamique générale et rappelle
l'existence d'une situation de domination qui n'étant pas intériorisée, est toujours
susceptible de réapparaître sous forme de contestation. Pour tenir compte de ce
double discours, historique (réel) et mythique, il est une signification que l'on
peut donner en dernière analyse, et qui inscrit ces pratiques sociales dans l'ordre
des rapports actuels: celle de révéler comment les formations lignagères ont été
intégrées dans les systèmes politiques et sociaux respectivement Sakalava et
Merina. Quelle que soit l'origine Sakalava ou migrant des groupes sociaux qui se
refèrent des Tromba-Andrano, c'est fondamentalement le même langage qui
identifie les groupes autour d'une contestation et de l'émancipation par rapport à
l'ordre ancien; ce passé révolu est transgressé par ceux qui ont su tirer parti de
leur position dans le système traditionnel et prendre place dans l'administration.
Le mode de légitimation des rapports qui s'instituent dans le déroulement de la
cérémonie repose sur l'actualisation du passé mythique des groupes sociaux qui y
participent et la redécouverte de leurs anciens rapports: quand le culte est
pratiqué surtout par des originaires, il rappellera la perte de leur autonomie ou
de leur pouvoir à la période de l'unification Sakalava; quand ce sont des
migrants, il opérera l'alliance avec les anciens dominés du système Sakalava en
tirant partie des relations Est-Ouest qui ont existé à un moment de l'histoire
particulière de ces groupes, et dont le lien Ziva atteste l'existence.
Bien entendu, tous les groupes lignagers, quand ils se sont émancipés
de leur dépendance ancienne vis-à-vis de l'institution royale n'ont pas la même
vocation intêgratrice. Ils ne sont pas non plus tous capables de réaliser au même
degré un processus d'unification. C'est là justement ce qui confère aux Tromba-
Andrano une spécificité dans la contestation, qui s'exprime sur le plan local ou
national, et tous les Tromba locaux n'ont pas vocation à devenir des Tromba
nationaux. A Morondava et à Belo-sur-Tsiribihina, quand nous y avons
(2) Tome III p.88 à 110, La différenciation des Tromba telle qu'elle a été
présentée dans différents interviews.
- 210 -
travaillé (D, c'était la référence Vazimba qui tendait à s'imposer dans les
Tromba-Andrano ; elle occupe la même fonction intégratrice dans les relations
Est-Ouest que la référence Misara dans les rapports Nord-Sud. Fréquemment
utilisées par les fonctionnaires en quête de mandat électoral, elles tirent leur
efficacite l'une et l'autre de la légitimité royale qu'elles contiennent
résiduellement et négativement. En elles et par elles, se sont fondées certaines
nouvelles légitimités politiques et se sont crées autour de certains fonctionnaires
une clientèle formée par ceux qui leur étaient liés socialement et historiquement
et qui est restée relativement stable.
utile que grâce à l'exploitation qu'ils en ont faite. Ils ont su tirer parti de leurs
conditions de vie particulières, qui dans leur constant déplacement, les placent
toujours ailleurs de là où ils se trouvent, leur permettent de représenter cet
ailleurs puisqu'ils sont ceux qui auraient dû être rois si••• "le Paradis avait été sur
terre", s'il n'y avait eu transgression originelle et usurpation de la loi. On le voit
bien là, il n'y a plus dès lors de distance entre le fonctionnaire du culte et le culte
lui-même, entre l'objet du culte - les Dady - et le sujet du culte, le roi du
moment, qui contrôle les Dady, symbole du pouvoir et condition de sa
conservation puisqu'ils sont matérialisés, localisés, qu'ils doivent être gardés et
sont l'objet de luttes internes et externes. Rien d'étonnant alors à ce que
Ndremisara soit vu dans toutes les traditions comme l'origine du culte des Dady,
qu'il soit le point d'encrage des généalogies dynastiques, qu'il tende à devenir le
lieu de l'expression des généalogies mythiques (l).
(1) Daddy: Reliques des rois morts ayant régné. La position généalogique de
ces' rois est par le biais de cette institution, immortalisée ce qui entraine
avec celle dés Mpibaby (porteurs des Daddy) oncles maternels de ces rois,
l~ fixation des rôles et des statuts des groupes lignagers liés à chaque
regne.
(2) Cf. Tome II p. 229 -230, Les Tsiarama que nous avons rencontrés résidaient
à Bepilopilo, village situé dans la vallée du Manambolo sur la rive Nord à
quelques kilomètres d'Aboalimena.
- 214 -
(l) Les Beosy comme les Mikea dans les forêts du sud, collecteurs de miel
vivent d'activité de cueillette dans la forêt, plus particulièrement dans les
grottes. Beaucoup d'entre eux se sont depuis longtem ps insérés dans les
villages tout en conservant leur spécialisation. Pour certains, cette
sédentarisation a été le fait de la colonisation.
(2) Les théories du peuplement, plus particulièrement celles qui sont issues du
courant français de A. GRANDIDIER comme celle de JULLY ont tenté de
démontrer l'origine étrangère des dynasties régnantes à Madagascar.
Ouvrage cité.
- 215 -
(l) C'est selon ce processus que Radama est devenu, sur la côte Ouest, l'objet
d'un mythe: Thèse de R. DELV AL.
d'alliance. Et ce sont justement les MiS?ra, ~roupes de parenté réels qui ont
développé le mieux, c'est-à-dire d'une maniere systématique cette pratique
sociale particulière. Ils sont les plus nombreux dans la région, les plus segmentés,
et ceux qui font parler le plus d'eux, non seulement parce que certains Hauts-
fonctionnaires leurs sont apparentés, mais parce qu'ils interviennent quasiment
dans tous les rapports des autres groupes lignagers étant Ziva de tout le monde
et revendiqués comme tels.
La segmentation des tom beaux Misara de Kekarivo, Befifitaha,
Aboalimena et Mitsinjo (Cf. carte de situation) mérite une attention particulière
car elle permet d'appréhender l'organisation des rapports nouveaux dans ce
contexte post-colonial où l'institution royale achève de se dissoudre tout en
servant de support aux cadres de parenté récemment construits. Et nous verrons
par l'exemple qui suit, que c'est bien le type de relation qui slétablit avec le
passé mythique qui explique le fonctionnement social actuel et légitime les
nouveaux rapports.
(1) Notre informateur est directement issu de cette lignée qui a choisi, au
moment de la colonisation de rompre avec sa dépendance ancienne, de
sorte qu'il a créé avec les Andralefy, lui-même étant Hirijy un nouveau
tombeau à Ankilida. Sa position dans la généalogie construite à partir de la
création du tombeau de Befifitaha est indiquée par la disposition des
ancêtres des descendants alliés de cette femme Misara. Cf. planche B,
Généalogie de Tsihenjagny, Itinéraires Tome II, p. 77 et chapitre IV, "Les
héritiers". Nous nous at~~.s:hons ici à la production idéologique révélatrice
des stratégies sociales élucidées dans le chapitre IV.
- 218 -
Cette pratique sociale qui institue groupe lignager à part entière des
unités sociales dont l'origine paternelle est inconnue est dans la logique du mythe
dont Ndremisara est porteur autant qu'elle l'est dans la réalité. En effet, ce
groupe a ainsi trouvé une solution qui lui permette de conserver un privilège de
caste noble, tout en favorisant l'émergence de groupes lignagers patrilinéaires à
la seconde génération, qui sont leurs alliés, les Miavotrarivo, Samoky-Hirijy et
Andralefy pour le delta Nord de la Tsiribihina, les Mikea-Tsimangataky pour la
rive Sud du Manambolo.
(2) Le terme de violence légitimante utilisé par J. F. BARRE (ibid supra) que
nous opposons ici à la notion de non-violence légitimante est parfaitement
adapté aux conclusions que l'on peut tirer du rapport de cette société à son
histoire, celle durant laquelle elle produisait sa souveraineté en instituant
l'étranger dans les rapports internes.
- 220 -
(2) La thèse la plus remarquable à ce sujet, est celle de A. JULLY qui montre,
généalogies royales de toute l'ile à l'appui, que tous les rois à Madagascar
ont même origine Arabe. La méthode diffusionniste employée, autant que
le contexte du début de la colonisation, une interrogation aussi dérisoire de
l'histoire, autorise à penser que cette théorie avait un contenu idéologique
précis destiné à faire endosser la colonisation avant la lettre par les
étrangers Arabes impliqués depuis longtemps, bien avant les Européens,
Portugais, Hollandais, dans les échanges dans l'Océan Indien et responsables
de la traite.
Il faut donc voir dans ces Tromba des réseaux potentiels d'échange
fondés sur les rapports réels institués à partir de ces nouvelles formations
sociales que sont les communautés villageoises actuelles.
(3) Le Togny-Tany institue, nous l'avons vu une alliance mythique des groupes
fondateurs du village. Le lignage gardien du Togny est celui qui aura acquis
une position sociale stabilisée vis-à-vis des autres lignages au regard des
règles de parenté et d'alliance instituées.
- 224 -
En définitive, le contenu qui est actualisé dans ces cultes, ce sont les
rapports d'alliance que les rois Maroserana ont entretenus avec les différents
groupes lignagers, et cette information est absente, inaccessible même à une
recherche systématique. La généalogie que nous avons publiée (3), ne présente
d'intérêt que limité à la légitimité dynastique, mais le non-dit, code secret des
légitimités nouvelles et actuelles par résurgence des conflits structuraux
véhiculés au travers des successions dynastique est resté intact inaccessible à
quiconque n'est pas impliqué dans ces rapports.
(2) G.M. BERG, "Some worlds about Merina historical litterature "Ed J.C.
MILLER. The African past speaks-Folkestone, Kent: Dawson, 1980, Archon
1980.
C'est un même scénario immuable qui permet aux conflits sociaux de s'inscrire
dans le cadre de ces institutions, dans l'espace et le temps, et la loi n'y est en
som me que le reflet des relations de pouvoir. C'est ainsi que la résurgence
récente de la matrilinéarité dans les Tromba-Andrano, rejoint une problématique
des rapports politiques et économiques actuels, d'où nait une redéfinition des
rapports externes: le pouvoir qui est perçu et vécu comme étranger se confond
avec tout pouvoir qui s'institue ou s'exprime en dehors des rapports de parenté
nouvellement construits, en dehors du jeu d'alliances objet des stratégies
interdépendantes des nouveaux pouvoirs existant dans le cadre des villages.
cette différenciation, alors que les modes de relations avec l'extérieur ne nous
sont donnés que par les notions de Misara et de Vazimba au terme d'un processus
d'abstraction que nous avons évoqué précédemment. La reproduction élargie de
la parenté dans l'espace est possible du fait des alliances nouvelles que ces
références permettent de valider. La pratique de segmentation, comme solution
des conflits internes aux ~roupes de parenté reste encore la plus généralement
utilisée, et cette maniere particulière d'extérioriser les conflits par un
déplacement de lieu est aussi le mode par lequel se diffusent les Tromba.
Cap S'André
~
~ 3 Extension possible de j'aire Vazlmba selon les auteurs anciens
5 Populations mélées
s. CHA ZAN
- 231 -
Une théorie s'est ainsi faite qui tente d'expliquer la domination des
Vazimba, premiers originaires, par les Hova, par le fait qu'ils n'ont pas su
intégrer la technique du fer dans leur système de production (2), alors qu'ils sont
reconnus comme les spécialistes de la poterie et de la riziculture de décrue. Les
traditions Vazimba que nous avons recueillies lors de notre enquête sont à cet
égard très parlantes, celles de Tsimahalilo, Sambikida, Sambitia font état de la
qualification de leur groupe au regard tantôt des échanges de produits, de la
maîtrise de techniques, ou encore de la bonne gestion des relations internes.
Elles renvoient à une période mythique non datable parce qu'antérieure aux
formations politiques qui allaient naître au XVIIe siècle. Cette réalité s'inscrit
dans les rapports actuels quand on cherche la rationalité des interdits de sel, de
porc, qui sont actualisés dans les Tromba de l'Ouest comme ils l'ont été dans les
cultes Vazimba de l'Imerina. C'est pourquoi nous· rejoignons l'optique de J.C.
HEBERT qui assimile la notion de Vazimba à celle de Ziva "appellation qui aurait
été donnée à ces petits clans en leur qualité d'autochtones les plus anciens envers
lesquels les populations nouvellement venues étaient liées par le Ziva (parenté à
plaisanterie)". Il reprend en ce sens les théories développées par LEROI-
GOURHAN et J. POIRIER (3), selon lesquelles la parenté à plaisanterie entre
deux groupes institue une unité sociale quasi-organique, ou "alliance chtonienne".
(3) J.C. HEBERT, La parenté à plaisanterie. Ouvrage cité. Selon les propres
références de l'auteur.
- 232 -
(l) Ces différentes institutions ont été présentées Chapitre IV. Le culte
Soloho, le plus ancien, s'est transformé mais on conserve dans les
invocations aux ancêtres mythiques la référence générique Soloho avant
chaque invocation.
- 234 -
Fitampoha par les relations qui en ont été faites et nos propres matériaux (1),
car on constate que l'invocation des Dady aux différents Fitampoha est loin
d'être homogène.
sont les Dady invoqués de manière facultative, puisque le premier est invoqué au
Fitampoha de 1958, mais pas en 1939 ni en 1968, et que le second n'est pas
invoqué en 1958, mais l'est en 1939 et 1968. Cette symétrie est digne d'intérêt,
elle peut être rapportée aux rapports Nord-Sud que Ramona représente et aux
rapports Est-Ouest que Ramitraha symbolise, et en effet, ces deux règnes
marquent une césure dans l'évolution économique et politique du Menabe qui sera
bientôt dépendant des échanges polarisés au Nord à Majtmga et Soalala, et au Sud
à Tulear.
(1) Cf. L'islam dans la Province de Majunga, Province de Majunga. Bureau des
Affaires politiques. Archives coloniales. Dépôt d'Aix n° C86 AP /0, Cf.
Partie concernant l'implantation des Arabes et Comoriens. p. 33.
(4) Cf. Emergence des Tromba et prédominance du lien Ziva, Chapitre IV ci-
dessus.
- 237 -
A contrario, que Ramoma n'ait pas été cité en 1939, alors que les
groupes anciennement dominants n'avaient plus le soutien du pouvoir colonial
montre combien les relations Nord-Sud impliquent la stratification politique
passée de la société Sakalava. A ce titre, il est utile de mentionner qu'en 1939,
après le Fitampoha, fut organisé par le Gouverneur P. KAMAMY un retour aux
sources de la royauté à Benghe (4), auquel ont participé les chefs de haute lignée
qui se regroupaient autour de sa personne (principalement ceux de la Tsiribihina),
et les [Link]-Rabehava, migrants· anciennement implantés dans le Menabe,
dont la parenté avec les Maroserana est attestée au moins idéologiquement par
les traditions orales. Ce Fitampoha de 1939 ne devait pas être loin d'avoir la
même signification que celui de 1978 (5) où les héritiers de la dynastie et leurs
alliés étaient menacés dans leur pouvoir, et cherchaient à travers les légitimités
historiques passées à reconquérir le pouvoir social.
En 1958, le Fitampoha a fonctionné comme une tribune politique,
mais en 1968, dix ans après l'Indépendance, certains candidats à la fonction
(4) Les listes des noms et l'origine des Raza (lignages) de ceux qui ont
accompagné P. KAMAMY nous ont été données par le Mpitoka (chef de
lignage Misara d' Andranofotsy, gardien du tom beau Misara de Befifitaha
qui a lui-même participé à ce voyage à Benghe, lieu des premiers tombeux
royaux Sakalava : Ndremisara, Ndremandresy et Ndremandazoala.
(5) Cérémonie à laquelle nous n'avons pas assité. Nous renvoyons aux travaux
de J. LOMBARD et J.F. RABE DIMY. A paraître.
- 239 -
publique de la première heure, se sont vus écarter peu à peu du pouvoir, et l'on
peut dire que les héritiers directs Maroserana, et à travers eux certains de leurs
alliés dépendants, n'avaient plus que des postes subalternes, et peu de chances
d'en acquérir de nouveaux. Et l'émergence des fonctionnaires d'Etat de la région,
qui s'était effectuée sur une base ethnique renforcée -celle du Menabe-, sur des
alliances polarisées le long de l'axe Nord-Sud, explique aussi la non-invocation de
Ramitraha en 1958, alors qu'il est invoqué en 1939 et 1968.
(1) Cf. Tableau Chapitre IV Sazoka (possédés des rois) actifs dans l'évènement
du Fitampoha 1968. p. 169.
loin d'épouser le même comportement, quand nous avons été convié par la
possédée chef de Tromba à participer à la danse du Dabara (esprit). De même,
les échanges qui s'effectuaient dans les villages à cette occasion (moment
propice pour les femmes d'acheter des tissus, de l'encens, etc •••) montraient que
cette manifestation sociale était en relation directe avec l'activité économique
villageoise. La fonction symbolique de l'étranger dont nous occupions la place,
jouait en sens inverse de l'expérience de la colonisation. En effet, alors que le
pouvoir royal est apparu fréquemment comme confondu avec celui de
colonisateur, la société civile, elle qui a été colonisée avant la lettre, a malgré
tout élaboré des mécanismes de contestation puisés aux sources de la légitimité
royale. C'est pourquoi les Tromba ne sont pas l'expression monolithique du
pouvoir mais traduisent différents stades et différentes formes de dissolution du
pouvoir sur lesquels s'élaborent les nouveaux pouvoirs ceux qui sont actuels.
(l) P.5.0. : Parti Social Démocrate, parti unique au pouvoir depuis 1958.
A.K.F.M. : Parti d'opposition de l'époque.
"étranger" désigné, avait bien sa raison d'être dans cette solidarité d'intérêt que
nous avons tenu à souligner, et qui se manifeste dans la périodisation du
Fitampoha de 1968.
VI.5 Conclusion
(l) Qui s'est déroulée en plusieurs périodes de 1967 à 1970. Chaque nouvelle
mission (5 au total) amenait un approfondissement des rapports tels qu'ils
étaient vécus symboliquement ou au niveau des représentations mais n'ont
pas été jusqu'à s'interroger comme nous le faisons ici sur la signification
dans les rapports politiques et économiques de la violence symbolique dans
toutes ses manifestations.
de leur temps, ce sont les vrais politiques, ils expliquent, ils traitent les malades,
ils manient les symboles, ils marient les gens ou les empêchent de se marier, ils
désignent l'appartenance au tombeau, la place dans le tombeau, ils légitiment, ils
codifient. Sous leur apparence archaïque, ces Masy ne cessent d'anticiper, de
conjecturer, cultivant une certaine marginalité à l'égard des sociétés qui
s'entrechoquent, et n'appartenant ni au monde traditionnel ni au monde moderne,
ils jouent de l'un sur l'autre. Et ces Hauts-Fonctionnaires aux allures
occidentales, très dans leur temps en apparence, ne peuvent tout à fait agir sans
la médiation de ces Masy. Le retrait des reliques du Menabe vers le Nord en 1968
ou son projet, les cultes Ndremisara du Nord, certains cultes Vazimba, sont des
manifestations qui marquent une manipulation réciproque des rapports institués.
C'est pourquoi nous pensons que ces manifestations sociales étaient intégrées à
l'appareil d'Etat, et il est certain qu'en 1968 des fonctionnaires locaux, comme
certains commerçants Karana (Pakistanais) participaient à ces cultes ou avaient
contribué à les créer. De même, dans la région de Belo, les Masy Comoriens
avaient une grande audience et leur parenté avec des groupes auxquels étaient
apparentés des Hauts-Fonctionnaires d'Etat comme les Vezo-Trimangaro était
bien connue. L'étranger, enfin, était intégré dans ces cultes, dans un curieux jeu
d'imitation et de meurtre symbolique qui servait une vision unitaire des rapports
internes, où étaient symboliquement niées les inégalités, en particulier celles qui
existaient entre certains fonctionnaires et les villageois.
(l) Roland BARTHES, Essais critiques. Collection Points. Ed. du Seuil, 1964,
p. 80 et suivantes.
(2) Déjà notable en 1969, le déficit extérieur avait atteint son seuil jugé
critique par les conseillers techniques du Ministère du Plan qui avaient
lancé le signal d'alarme aux gouvernants.
- 247 -
Notre enquête n'a pas été menée de manière systématique pour ce qui
concerne la connaissance des Tromba, et surtout celle de l'identité véritable des
esprits qui s'y manifestaient. Elle est cependant tout à fait parlante pour
démontrer l'état de décomposition du système Maroserana dans l'ordre des
rapports actuels. Elle montre clairement l'importance relative des relations Est-
Ouest et Nord-Sud au moment de l'enquête, et le rôle symbolique de l'Etranger
dans la réorganisation des rapports internes. Nous avons indiqué comment les
Tromba des Dady (reliques des rois ayant régné) et des [Link] qui n'ont pas
régné mais ont des tom beaux royaux (Tragnovinta) sont significatifs des luttes
dynastiques encore en cours en 1968 et se situent sur le registre des conflits
antérieurs sans pour autant s'y limiter. Leur peu d'audience indiquerait la
décomposition du pouvoir Maroserana. Les Tromba-Andrano du Boeny à
Andranofotsy, les Tromba-Vazimba à Morondava et à Mahabo renvoyaient quant
à eux à la périodisation inscrite dans l'institution Royale dans les Fitampoha, et
favorisaient tantôt les relations Est-Ouest, tantôt les relations Nord-Sud. Et bien
que nous ne soyions pas en mesure, comme J.M. ESTRADE (3), de présenter un
tableau classificatoire des Tromba locaux, ce qui eut été l'idéal, ce manque
d'information est en revanche largement compensé par l'analyse en profondeur
des rapports qui s'instituent dans les cérémonies.
ET
VERS L'AFRIQUE
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20·-
U'
Fleuves ou Vallées
Principales villes
• concernées par les échanges
Lacs
Ce qui nous apparaît maintenant comme une évidence, ne le fut pas lorsque
nous menions notre enquête et nous n'avons pas centré notre étude sur les
circuits de communication et d'échan~e. Nous ne serons donc pas en mesure de
présenter sous forme quantitative les echanges pratiqués localement. Nous avons
montré cependant, par la monographie d'Andranofotsy, comment la territorialité
diffuse s'organise au travers de formes de sociabilité enfermées dans les rapports
de parenté et s'instituent dans un système cérémoniel fondateur de réseaux
potentiels d'échange et de communication. Les enquêtes régionales de
Morondava-Mahabo et celle de la vallée du Manambolo porteront plus loin nos
analyses et montreront la manière dont les relations générales institutions-
économie se présentent à l'investigation : çes études mettent en lumière les
chaines d'équivalence de r~pports de nature différente qui s'intègrent ou
s'opposent dans l'espace-temps utile aux rapports sociaux inégaux mais idéaux
finalement signifiés. Pour objectiver ces rapports, ils fallait sortir du champ
trop strictement monographique et intégrer un champ d'investigation enfermé
dans un contexte géo-dimatique et économique où les contradictions
perceptibles relevaient des conditions de production locales tandis que les
rapports d'échange en étaient l'enjeu.
légitimés, dans tous les cas, étaient déplacés hors du lieu de leur manifestation
première établissant un lien qu'il importait crélucider entre la société dite civile
et l'état dit organisé et qui caractérise la fonction réelle des institutions dans le
rapport ainsi établi entre elles en certains évènements. Cette réalité du politique
au stade premier de son institutionnalisation, quand il n'est pas encore détaché
des rapports sociaux qui le constitue, était si forte qu'il nous a paru impossible de
le dissocier de l'économique et du social dans les manifestations sociales où la
charge symbolique était la plus vive, Tromba ou institutions dynastiques. Elles
participaient indirectement, nous l'avons vu à l'accumulation (au sens large),
avaient un effet dans la redistribution du pouvoir dans le cadre apparemment le
plus éloigné, celui de l'appareil d'état, elles étaient un instrument de mesure du
clientélisme politique, préfiguraient le plus souvent les élections à venir. C'est
pourquoi, il nous a fallu le plus souvent plonger dans l'actualité politique et
économique locale pour mettre en évidence cette réciprocité de perspective qui
animait les faits sociaux appartenant au domaine le plus immédiat de la vie
quotidienne et les affaires d'état au centre desquelles se plaçait l'idée crun
développement, cette nouvelle image crépinal qui devait remplacer l'autre (I) :
En ces tem ps modernes, le Far-West, ce Menabe crélevage et de culture
extensifs (de décrue, de type sèche) allaient voir ses forces productives
augmenter dans l'intervalle crespaces aménagés, irrigués prévus pour des projets
plus structurés de cultures intensives associées (riz-coton), et ces deux
configurations péo-économique historiquement déterminées par les relations qui
se sont instituees entre modes de production locaux du fait de la colonisation
prendraient forme dans des sociétés mixtes crétat. La logique politique et
économique du syndicat des communes, celle concurrente des coopératives à
Morondava participaient crune idéologie généralement partagée par les
fonctionnaires en charge des plus hautes fonctions de l'état, le Ministre de
l'Intérieur, de l'Agriculture et le Commissaire Général à la Coopération en
fé.vrier 1967 affirmaient au col,loque de Mantasoa (2) qu'ils entendaient bien
(1) Ce terme "crimage crépinal" employé ici est surtout destiné à désigner la
distance prise devant la réalité que nous ne cherchons pas à surdéterminer.
Il s'agit cridéologie du développement.
(1) Cf. schéma des circuits de commercialisation pour les principaux produits
locaux avant 1915, formalisé par E. Fauroux. A partir de 1966, les
coopératives et les syndicats des communes .cherchaient à se substituer aux
grandes com pagnies et aux intermédiaires indiens et pakistanais.
(2) E. FAUROUX, ouvrage cité. Chapitre la, p. 315 à 327. L'auteur montre que
la rente de situation donnée aux nouveaux hommes d'état originaires fut
une donnée non négligeable de leur accumulation. Partie que nous
développerons plus loin.
C'est pourquoi, nous ouvrons ici la discussion sur les conclusions proposées
en 1975 par E. FAUROUX qui, s'appuyant sur des études faites dans la vallée de
la Maharivo généralisait à l'ensemble du Menabe la situation des paysans de cette
zone très dépendante des projets en cours de développement et qui n'en
"recevaient que les miettes". La dégradation des systèmes de production locaux
dans la vallée de la Maharivo et de Morondava était certes plus avancée que dans
le Nord, ce que remarque l'auteur. La question qui reste alors ouverte est celle
qui consiste à se demander si cette situation était révélatrice de ce qui se
passait ailleurs, ou encore n'était que la traduction d'une différenciation sociale
et économique vérifiable au niveau des formations urbaines de Morondava et
Belo, vérifiable dans d'autres régions où les conditions de l'accumulation dans
l'élevage étaient encore maintenues (pour un temps sans doute mais)
suffisamment pour induire des disparités spatiales. Ces différenciations géo-
économiques avaient un sens social et politique et concernaient la préfecture de
Morondava, cadre administratif d'intervention de l'état, ancien Menabe de
Ndriandahifoutsy. C'est pourquoi notre enquête qui couvre les régions de
Morondava,· Belo et la vallée du Manambolo avait pour objet les effets
inégalement répartis dans l'espace des interventions de l'etat en tant qu'il s'agit
de les traiter comme des réalités politiques et économiques contenues dans les
stratégies des hommes d'état. Dans cette hypothèse, les anciennes zones
d'accumulation des boeufs du Menabe seraient ces régions favorisées (2) pour un
temps durant cette période de transition entre le moment où le projet de
développement de l'élevage n'était pas entré dans sa phase active, la
généralisation de l'économie monétaire dans ce secteur d'activité n'était pas
totale, l'usine d'abattage pas encore construite. La vallée du Manambolo à cette
époque faisait encore rêver d'un far-west aux richesses insoupçonnables,
fluctuantes, difficiles à contrôler. Mais ces boeufs d'accumulation localisés dans
la partie Nord de la préfecture étaient-ils des "valeurs-refuge qui payaient en
monnaie de singe le cul-de-sac social du Menabe" (3). La réalité dépasserait-elle
la fiction? Nous le pensons, car les éleveurs que nous avons rencontrés étaient
(1) Cf. Tome II, "Itinéraires", p. 224 et 227. Entretiens avec les chefs de
lignage Homankazo, Misara et texte du Masy, devint Mikea p. 256.
d'inscrire toute opération dans le cadre géo-politique qui lui convient replacera
l'économie de l'éleva&e au centre du développement de la petite agriculture
marchande qui s'est developpée durant la colonisation sans pour autant remettre
en cause les modes de production locaux et l'élevage, déjà à partir de 1941
période où commence la nationalisation des cadres locaux et régionaux
d'administration coloniale, mais encore plus nettement à partir de 1958, entrait
dans un processus nouveau d'accumulation finale en argent pouvant et en bonne
logique, devant entraîner tous les autres. Nous avons assisté à la mise en place
du projet de développement de l'élevage "Projet AGM" du syndicat des communes
qui était la clef des transformations politiques et économiques de la région, des
inégalités et différenciations qui pouvaient faire penser à une "équilibre de
l'indigence" dans la société rurale soumise à cette politique, tandis que des signes
réels d'accumulation se faisaient sentir dans ces petites villes de Morondava,
Mahabo, Belo plus notables dans la catégorie des jeunes scolarisés et décelables
dans l'évolution de la propriété privée immatriculée mais qui n'auraient été
vérifiables qu'au niveau des conseils d'administration des sociétés d'état ou
mixtes de développement, des intermédiaires parentés locaux d'échange.
Nous sommes porté à croire, en rendant compte, quinze ans plus tard, de
nos enquêtes, et nous avons avancé cette hypothèse en conclusion du Fitampoha,
que la fin du régime du Président Tsiranana, ouvrait une nouvelle ère de
mutation profonde correspondant peut-être à une destructuration des rapports de
parenté, inscrite déjà dans la logique des politiques économiques développées à
Morondava : Ce que nous mesurions en 1968, c'était l'incomplète mals déjà future
intégration de l'élevage dans l'économie de marché, le renforcement des rapports
de parenté et d'alliance en ce cas, serait une sorte de radicalisatIon préalable
aux processus de désintégration, d'individualisation observables dans les rapports
C'est donc dans une réciprocité de perspective que nous étudierons les
initiatives étatiques et paysannes au regard de la transformation sociale déjà
évoquée: Une même logique politique et économique était attachée à ces
projets, une idéologie commune et une manière analogue de symboliser les
conflits et de chercher à les résoudre y présidaient. Et c'est dans le contrôle de
l'appareil d'état, lui qui était dans tous les cas la clef du processus cumulatif
engagé dans l'action de développement qu'il fallait rechercher la production des
inégalités. L'économie d'échelle, cette notion chère aux économistes, ne pouvait
se réaliser sans la médiation des instances étatiques et c'est pourquoi l'on
assistait à une forte demande de la part des villageois qui cherchaient la voie de
leur propre développement de création d'organes techniques, administratifs,
scolaires, hospitaliers pour assurer leur position écohomiquè et sociale nouvelle.
Et, réciproquement, toute entreprise de l'état qui visait à changer les conditions
de production, ne pouvait prendre sens politique et économique indépendamment
d'une analyse centrée sur la réorganisation des circuits de commercialisation des
produits, où l'élevage. et le riz étaient toujours plus ou moins associés pour
l'accumulation intermédiaire, tandis que les cultures de marché (coton, mais,
arachides et tabaC> étaient l'enjeu d'une accumulation monétaire.
(2) E. FAUROUX, Thèse de doctorat citée plus haut: c'est sans aucun doute le
meilleur document d'analyse des rapports de production locaux (au sens
restreint). Non publiée, elle devrait être actualisée. Beaucoup de questions
générales sont posées. Nous remercions tout particulièrement cet auteur de
nous avoir confié son fichier de recueil des données disponibles aurpès du
service des domaines pour l'étude des terres im matriculees de Morondava-
Mahabo. Ces données ont été cartographiées, commentées en annexe (6
cartes couleur> et nous sommes en parfait accord sur les analyses
présentées sous forme de tableaux dans cette thèse. C'est pourquoi, nous
nous bornerons à indiquer dans ce développement, les grandes catégories
qui sous-tendent notre réflexion des rapports institution économie. Une
publication commune pourrait être envisagée pour valoriser les résultats de
ce lourd travail statistique: nous avions élaboré deux ans plus tôt un
fichier incomplet sur certains points (les rapports de production), plus
complet sur d'autres, (les terres en cours d'immatriculation et la profession"
et résidence des propriétaires). Ces derniers résultats n'ont pas été
cactographiables parce qu'il y avait trop d'inconnu. C'est pourquoi nous
avons opté pour une analyse qualitative des terroirs villageois que nous
connaissions bien.
Cet objectif, non avoué pour le premier, nettement marqué dans les
discours (2) pour le second, prenait forme économique intégrée en 1968 au
moment où la convention FAO-PNUD (3) intervenait pour créer les conditions
technologiques et de coordination des divers projets de développement (4).
L'orientation prise dès le départ par les sociétés d'état, syndicat des communes
et coopératives, se portera d'avantage sur les échanges que sur la production, la
politique de réorganisation, de concentration, de moralisation des circuits de
commercialisation entreprise par la colonisation sera redéfinie: le syndicat des
(0 Au sens que nous avons toujours donné à ces termes (système Longo
généralisé).
(2) Voir en annexe le discours présenté par le Ministre de l'intérieur à
Mantasoa.
(3) Conventions des Nations Unies: financement multilatéral.
(4) De nombreuses présentations ont été faites de ces ·projets partiels de
développement: le rapport de la FAO, E. Fauroux, Mme Rakotoarivelo,
Manandafy Rakotonirina.
- 263 -
de plus en plus appuyée sur les anciens esclaves et, partant, les Vezo, leurs Ziva.
Ce mode d'accumulation induit d'une "rente de situation" à l'égard du pouvoir
colonial de nature politique a eu tendance à se généraliser à d'autres formations
lignagères, celles dites Misara à Belo, en arrière-plan desquelles les Mikea-
Vazimba, Ziva entre eux affermissaient des solidarites politiques analogues selon
une dialectique Nord-Sud et Est-Ouest contradictoirement jouée, au regard d'une
circulation migratoire intérieure, par terre, par opposition à celles de Vezo dont
la circulation migraoire est centrée sur les divers points d'accostage des bateaux
où, le plus souvent, les Maroserana avaient leur résidence "secondaire". Quant à
la dynastie Maroserana, elle avait cette valeur sociale-historique utile aux
différenciations nouvelles issues de la colonisation et l'indépendance dans cet
espace géo-politique du Menabe devenu préfecture et désormais ouvert à la
formation de l'état-nation. Le contrôle politique de l'espace des hommes d'état
originaires, confortés dans leur position depuis l'indépendance nationale, était
fondé sur cette idéologie de la relation Ziva relative à une origine première, ces
tom beaux royaux et ces Tragnovinta, tom beaux des nobles auquel tout un chacun
fut rattaché et qui, segmentés du Nord au Sud de la Préfecture correspondent
aux divisions passées de la royauté réinterprétées dans les événements et les
équilibres nouveaux de pouvoir des villages permanents depuis la colonisation.
L'armature des divisions administratives, celle des mairies fut l'ossature
première relative à ces territorialités politiques de la légitimité Maroserana
réinterprétées au moment de l'indépendance. Elles allaient matérialiser le statut
politique central de certaines lignées parmi lesquelles les Maroserana ont
conservé la place qui leur revenait mais qu'ils avaient quasiment perdue après dix
ans d'indépendance. Dans cette perspective générale d'accumulation du pouvoir
préalable aux différenciations économiques et sociales véritables, la
concentration foncière n'était pas pertinente pour mesurer pratiquement son
effet sur la transformation des pouvoirs locaux, tout au plus cette réalité
indiquait-elle le degré de décomposition sociale de certains villages au regard de
la formation urbaine, ceux qui étaient directement, par leur situation
géographique, leur composition sociale, concernés par les actions de
développement portant sur la production (O. En revanche, les stratégies spatiales
induites de la mise en œuvre des politiques économiques des sociétés mixtes
d'état, celles portant sur la production malgache inde pendante, relevaient de
cette même idéologie du Ziva qui assuraient aux hommes d'état impliqués dans
leur réalisation, une légitimité dans les transformations des pouvoirs locaux dont
ils étaient issus.
TERROIR DE BEMANONGA
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- 271 -
Répartition .
et hydraulique des terres
sociale au sud de Bemanonga
rizico les situées
Fig.5
o
o
o
o o
~Bois
~
~Canal
Œ Rizière
cultivée
, 'èreen voie
@
v il 11 A"
...
Rizière.
abandonnee r;J;:J
~
RIZI
d'abandon
(1) Les cooperatives rizicoles, mis à part le centre des semences et la ferme
de Mahabo où existait une vulgarisation pour développer la productivité du
riz, s'est orientée au départ, essentiellement sur une action de
centralisation de la collecte, a diffusé des centres de collectage devant en
principe éliminer les intermédiaires patentés par les sociétés privées et les
Pakistanais.
(2) Cf carte des périmètres de développement en annexe nO 6.
(3) JP RAISON avançait ce point de vue 9énéral suivant à propos des
possibilités réelles de Morondava pour le developpement d'une agriculture
marchande: "cette région peut ecologiquement à peine être considérée
comme un delta: cours d'eau de peu d'importance, donc pas de cuvettes de
débordement, pas ou presque de Baiboho innondés en saison des pluies donc
pas ou peu de rizicultures de décrue com me dans le Betsirihy ou Belo, peu
de pâturages de qualité en saison sèche, globalement peu de bons sols. Le
maïs aurait pour une courte période, été tout ce qu'on a trouvé". Dans ce
contexte, toute opération de développement entrait en concurrence directe
l'une avec l'autre (coton, agrumes, riz) au regard de la nouvelle distribution
de l'eau.
(4) Les investissements consentis étaient lourds: importation de tuyaux
destinés à l'aspertion des fruits (oranges) alimentés par la nappe fréatique,
travaux d'installation etc..•
- 274 -
Photo S. Chazan
- 275 -
Les trois régions sur lesquelles ont porté nos observations, Bevoay,
Soaserana et Bemanonga (l) objectivaient du point de vue de la concentration
foncière, de la mise en valeur, de la libération de la force au travail des villages
directement soumis à l'intervention économique de l'état, cette réalité des
rapports contradictoires engagés à propos de la rente en argent entre l'étranger,
les notables ruraux et l'administration. Dans les deux cas étudiés, apparaissait une
spéculation foncière qui prenait forme dans une petite et moyenne propriété
urbaine, phénomène récent datant de 1963, témoin des rapports de clientèle
institués entre les pouvoirs locaux et les hommes d'état.
!l) Cf. carte n° 6 : zones d'enquête par rapport aux interventions "économiques
de l'état.
(2) L'étude monographique de ce village a fait l'objet d'un rapport de synthèse
(ouvrage cité). Nous nous bornons ici à présenter, d'un point de vue très
général, et au plan des institutions, les rapports engagés entre l'étranger,
les notables ruraux et l'administration à propos du développement.
(3) Voir tableau, en annexe, d'évolution récente de la propriété immatriculée.
Mentionnée au service des domaines: en cours d'immatriculation;
(4) Voir sur ce point l'analyse des rapports de production engagés dans cet
espace rizicole où les rapports de parenté étaient déterminants de la
distribution de l'eau et de la situation des meilleures terres. Il en était de
même de la propriété des cultures sèches et de décrue au Nord du village.
Les ~ropriétaires du Sud-Ouest du village sont symbolisés de la même
maniere au Nord sur les cultures sèches dans les cartes fig. 4. Analyse
détaillée p. 110 à 116, S. Chazan, "Etude des formes d'organisation .•.", déjà
cité.
- 276 - Fig. 9
Village
- Grand Canal
Canal Secondaire
0
~
Réseau Hydrographique
Naturel
~ Bois
~ Riziàre CUltivée
~
Rizière abandonnée
( ~
avant,949
...:k. Marais
o "
(1) Sé reporter aux analyses, p. 134 à 139, S. Chazan, op. cit. Observations des
séances de dynam à Bemanonga, 1968. E. Fauroux a lui-même étudié le
dyÏ1a de Bezezika et ceux des villages riverains de la Maharivo, en 1970. P.
Durand, en 1960, étudiait les dyna d'Analaiva et Bamaflonga.
(2) D'autres fonctionnaires d'état étaient impliqués personnellement dans les
enjeux économiques du développement cotonnier: Le vice-Président qui
avait été gouverneur à Belo, d'origine Vezo.
(3) Le processus le plus évident de la constitution d'une rente en nature, en
bœufs, était donné dans la fonction et la gestion des cam ps pénaux localisés
dans le delta Sud de Morondava, non loin de la ferme d'état de Morondava,
voir plus haut.
.,.
- 278 -
~
~~
Village
- Grand Canal
Canal Secondaire
Réseau Hydrographique
~ Naturel
:0 ~ Bois
TSIVALAKA Â
..:1J... ~
• • Plantation
..dJ... .1
~
Défrichement Paysan
0 (Cultures Secondaires)
~ Marais
(l) La carte foncière n'a pu être effectuée au moment des enquêtes car les
enquêtes parcellaires des domaines n'étaient pas encore traitées. Nous
envisageons de monter cette carte à même échelle que celles de la
répartition hydraulique et rizicole et leur évolution depuis 15 ans ci-contre.
Voir analyse détaillée de la répartition hydraulique et foncière, p. 83 : S.
Chazan, "Etudes des formes ..•".
(2) Cf comparaison cartes n° 9 et 10 où l'on voit le Lac Tsivalaka avoir
pratiquement doublé.
- 280 -
(1)
(2)
Voir carte des circuits d'échange des bœufs. e 7 Ç?
C'est le Ministre de l'Intérieur, donc les préfectures, qui avaient pour
fonction de contrôler les stocks, com me la redistribution du riz des zones
excédentaires vers les zones déficitaires: manière indirecte de surveiller
les écarts de prix entre les zones de production à calendriers culturaux
différents et durant la période de soudure.
(3) Bevoay-Morafeno, lieu de pâturage des bœufs d'accumulation de la région
(carte n° 6 en annexe). Les villages comme Bemanonga et Marovoay y
avaient des parents sur place (Tsitompa, Andralefy, Vazimba...). Cette
région située au Nord de Mahabo était aussi un pôle de développement
rizicole pour les résidents-migrants de Soaserana-Fenoarivo, villages plus
au Sud qui ne pouvaient plus effectuer de double riziculture comme
auparavant du fait de la réorganisation de la répartition de l'eau.
(4) Cette concurrence prenait parfois un tour amusant marquant l'importance
des intérêts engagés: la préfecture de Morondava s'était ainsi arrangée
pour bloquer l'utilisation des tracteurs en saison des pluies. Ceux-ci n'ont
pu être déplacés du fait des ruptures de charge qui rendaient certaines
régions innondées innaccessibles. Ils sont restés sur place en entrepÔt. •
- 282 -
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coopérative mais l'avaient désertée pour avoir été spoliés (D. En conséquence,
les entrepôts étaient vidés au moment de notre enquête et nous avons observé les
effets de cette situation sur les rapports interethniques où la domination
technologique dans les rapports de production d'abord (2) puis bureaucratiques (3)
dans les rapports d'échange s'enracinaient aux mêmes sources, étaient fondées sur
les liens personnels de certains notables ruraux avec les fonctionnaires en charge
de ces politiques locales des coopératives et du syndicat des communes. Elles
s'appuyaient sur les rapports passes migrants-originaires pour la mise en valeur
dont le contrat social se trouvait réinterprété au moment de la formation de
nouveaux réseaux de commercialisation par les hommes d'état plaçant ainsi les
conflits interethniques au premier rang de la scène politique locale. C'est ce qui
apparaissait dans la situation des villages de Bevoay-Morafeno concernés par le
problème d'assèchement général des terres rizicoles appartenant à un même
périmètre hydraulique (4) et où les cérémoniers Bilo, Tromba,
contradictoirement organisées en saison sèche où furent explicités le processus
général par lequel certains rapports d'alliance étaient valorisés, entraînait avec
lui tout à la fois le jeu électoral proprement politique et le jeu social-
économique devant assurer la domination de l'élevage sur la riziculture et
réciproquement. A ces occasions, les conseillers ruraux des villages de Bevoay et
Morafeno se livraient à une lutte d'influence pour la fonction de maire
d'Analaiva, ce marché officiel des bœufs: Riziculteurs et éleveurs dans ces
cérémonies semblaient avoir le même but d'accumulation en bœufs, les moyens de
constitution d'une rente foncière étant cependant contradictoires de leurs
intérêts respectifs. Et cette région située au cœur des anciens pâturages de la
reine de Mahabo, là où résidaient les gardiens des tombeaux royaux, dont
l'autonomie productive était encore résiduellement assurée au regard de la
création du réseau d'irrigation qui ne l'avait pas encore atteinte, reproduisait la
lutte d'influence des fonctionnaires d'état en terme de division ethnique. Nous
assistions en effet, à un éclatement des rapports interethniques en ce village d'
Ampasimbevihy, lieu antérieur de la centralisation étatique où l'on trouvait tout
à la fois la coopérative, le lieu de culte, la case de passage réservée aux
fonctionnaires en mission et surtout qui était situé au centre des voies de
communication en ce lieu très souvent inaccessible en saison des pluies. Le
regroupement des migrants s'est fait autour de Morafeno (Antaisaka
principalement) et celui des originaires autour de Bevoay et la concurrence se
jouait au travers de la répartition de l'eau en saison sèche autour
(1) Nous n'avons pu faire l'analyse du proc~ssus de spoliation mais les enjeux
furent facilement identifiés parce que la contradiction avait atteint au
moment de l'enquête son expression radicale.
Rappelons que les fonctionnaires, mal$ré leurs responsabilités prises à
l'égard de la politique des coopératives etaient concurrents de ces villages
au regard des nouvelles conditions de distribution de l'eau. Ils avaient tous
des concessions à Soaserana et étaient, comme à Bemanonga, les premiers
bénéficiaires de la répartition prioritaire de l'eau pour le coton et les
agrumes.
(3) Nous n'avons pas analysé le processus bureaucratique donné dans la gestion
de la coopérative, ni celle du syndicat des communes (informations
inaccessibles et trop fragmentaires à l'époque).
(4) Le périmètre hydraulique comprenait deux réseaux d'irrigation (prise 1 et 2
dans le schéma et carte ci-'contre).
Fig.7
~ Terroir de BEVOAY TERROIR DES VILLAGES DE BEVOAY, AMPASIMBEVIHY,MORAFENO, ANKORONADABO, MANAMBALlHA.
[Link].1 Terroir de BETSIRIRY Carte effectuée d'après enquêtes du service topographique du Ministère de l'Agriculture: 1967.
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- 289 -
autour des deux prises de distribution d'eau (I). Enfin, les terroirs (2) autrefois
éclatés (3) se sont concentrés, signe de la radicalisation des rapports de
production migrants-originaires fondés auparavant sur le lien personnel de
Fatidra par lequel les Sakalava restaient les Tompon Tany (4), maîtres
incontestables de la terre de leurs ancêtres personnalisés qui avalent leur
tombeau sur place, imposaient en quelque sorte leurs alliances et préférences. Ce
contrat social était en train de se radicaliser par le relais des cérémonies Bilo,
tandis que les Tromba fondaient une société d'appartenance sociale attachée à
une généralisation des rapports d'alliance qui, tout en tenant compte de la
référence au tombeau replaçait la communauté restreinte de parents dans la
chaîne de communication donnée par les migrations des groupes qui se
reconnaissent a voir une même origine première. La politique de la coopérative
elle-même jouait sur cette représentation unitaire de l'alliance généralisée entre
groupes lignagers locaux qui plaçaient le migrant producteur de riz au centre de
la communication et des échanges internes à longue distance. Une telle
transposition de l'idéologie du Ziva propre à l'organisation de l'élevage dans
l'organisation rizicole, où le migrant producteur était en quelque sorte le point
de départ et d'arrivée d'un circuit interne de distribution des biens et des
Anciens bras
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- 291 -
catégorie formelle du pouvoir quand elle n'était pas spécifiée par la nature des
rapports réellement engagés. Et l'étude des institutions Bilo Tromba, dans la
région de Morondava, celles de la vallée du Manambo1o tendaient à montrer que
les mécanismes du pouvoir obéissaient aux mêmes règles que les mécanismes de
constitution des marchés. L'appareil d'état dans tous les cas, s'il conférait à
certains "privilégiés" cette rente de situation point de départ de l'accumulation
véritable, était aussi un enjeu de la transformation sociale, le lieu du contrôle
politique de l'espace, du contrôle social lui-même.
(1) Voîr sur ce point, "Etude des formes d'organisation•••", p.29 à 36, ilLe
système de l'alliance" et E. Fauroux, p. 160-161.
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- 293 -
(1) Définitions de Zanatany données Tome III, p.76 et analyses des notions
Tompon Tany, Zana Tany, "Etudes des formes •••".
(2) Voir sur ce sujet les rapports de nature politique à la terre dans le système
Maroserana. Chapitre IV, p. 125 et suivantes.
(3) Cette notion s'est appliquée aux migrants de la première comme elle
définissait le statut des autochtones dans la formation Maroserana au
moment de l'établissement de la dynastie, de la généralisation de l'activité
dominante de l'élevage fondée sur des rapports stabilisés d'alliance autour
de la dynastie dont le fonctionnement endogame instituait un effet de
domination permanent vis à vis des alliés nécessairement exogames.
(4) E. Fauroux, ouvrage cité, p. 337 et suivantes.
- 294 -
premier, sur ces rapports préférentiels Nord-Sud, les secondes sur les relations
Est-Ouest, renforçaient encore ce climat concurrentiel des divisions ethniques en
ce qu'elles étaient l'une et l'autre fondées sur le contrôle politique de l'espace
devant couvrir les réseaux intégrés de l'origine et la destination des bœufs
craccumulation. Les migrants qu'ils soient Tandroy, Bara, Antaisaka, Betsileo et
quel gu' ait été leur mode d'insertion (I) dans la société craccueil participaient à
ces reseaux. Ils contribuaient à la reproduction élargie des alliances fondatrices
des rapports de production locaux et instituées dans les villages permanents
objets de ces conflits au niveau de la production entre élevage-riziculture. La
rente foncière des Sakalava qui contrôlaient sur place l'accumulation en bœufs en
vertu de leurs droits de Tompon était soit le produit crune limitation du
développement de l'agriculture, de la riziculture par le biais des migrations de
travail où, pour disposer de nouvelles terres, il fallait posséder par avance des
bœufs pour le piétinage alors que dans le système de l'alliance à son origine, la
possession de rizières fut la condition crune accumulation en bœufs pour les
migrants ou encore les originaires pour s'assurer de cette rente, renforçaient la
dépendance de la riziculture à l'égard de l'élevage grâce à ces liens personnels de
Fatidra en les modulant et agissait sur le rythme des migrations. Cette rente
foncière n'était pas loin de s'apparenter à une rente de situation renforcée elle-
même par ces liens durables institués avec les migrants de la première
génération et les différenciations auxquelles cette solidarité ancienne donnait
lieu rejoignait celles qui s'instituaient dans la pratique de l'état par
l'intermédiaire de ceux qui avaient été portés au pouvoir par ces mêmes réseaux
de clientèle: et l'on pouvait noter que l'appartenance sociale de fonctionnaires
éminents pouvait être double, exploitée dans les deux sens: celle relative à
l'origine des courants migratoires qui ont traversé le Menabe depuis la
colonisation et qui ont trouvé une légitimité au regard de la loi du Ziva validée
aux différentes étapes de la migration Maroserana ou encore celle relative à une
autochtonie véritable dont on a gommé les différenciations qu'elle contenait.
Dans les deux cas, de l'autochtonie à l'ethnie, il n'y avait le plus souvent pas
rupture, l'idéologie du Ziva, nous l'avons noté plus haut (2) avait une fonction
intégratrice de la société nationale. Cette vision unitaire de la société rurale sur
laquelle ont porté nos premières analyses de la région de Morondava-Mahabo
tendait à ne pas surdéterminer les conflits ethniques pour mieux les interpréter
dans ce jeu des différenciations locales-nationales. Elle était justifiée par les
références génériques des identités sociales revendiquées sur place: Vazimba et
Antagnandro. Il fallait comprendre ces termes de la façon dont l'identité
Vazimba. était produite dans les cultes et avait pour objet les différenciations de
marques de bœufs fondatrices de l'héritage (au sens large).
Dans cette perspective (U, étaient liés par le Ziva de nature politique tous
les groupes lignagers dont la migration Sud-Nord a contribué à l'hégémonie
dynastique, les Antagnandra représentaient ce Ziva institué pour se substituer à
la guerre, eux qui furent les autochtones du Sud qui ont opté pour l'intégration
dans le royaume Sakalava, tandis que les groupes non soumis sont devenus les
Betsileo actuels. Ces derniers furent des alliés des rois Sakalava au moment de
l'expansion Merina et le terme Antagnandro entretenaient fort bien la confusion
entre les deux types de liens Ziva de nature sociale et politique. Elle
correspondait à leur intégration sociale sur place. Le métissage de la Côte Ouest
était ainsi revendiqué, de sorte que les institutions Tromba de quelque nature
qu'elles soient (Andrano ou Antety) prenaient sens relativement les unes aux
autres et fondaient toujours contradictoirement les alliances récemment
instituées au travers desquelles s'opéraient les différenciations véritables par les
échanges. Les Tromba Andrano étudiés à Bevoay, ceux d'Andranofotsy qui
validaient des rapports Est-Ouest avaient cette valeur socialement utile aux
échanges par la continuité idéologique de la parenté qu'ils instituaient au travers
de cette discontinuité géographique relative aux voies de communication Est-
Ouest qui suivent le cours des fleuves et traversent Madagascar. Celle-ci a
imposé de tout temps les circuits migratoires qui ont traversé l'ile en différentes
périodes.
(1) Voir sur ce point la section IV-3.3 portant sur les circuits informels
d'échange contenus dans la formation villageoise Andranofotsy. p. 157.
Morondava compte tenu des conditions dans lesquelles notre enquête a été faite
(1), a trouvé une lecture d'autant plus immédiate qu'elle était inspirée des
observations partielles et des hypothèses formulées à l'occasion de ces premières
missions (2). Il apparaissait que les rapports de production des villageois ne
prenaient forme de différenciations économiques et sociales pertinentes que dans
les échanges, ce qui supposait de repérer ces formes sociales actives symbolisées
sur place à l'occasion des cérémonies et d'en comprendre les rationnalités
spatiales-temporelles utiles à la constitution de réseaux de communication
préférentielle, cadre de ces échanges.
Nous avons eu alors une approche du réel tout entière centrée sur les
rapports de pouvoir qui trouvaient une expression spatiale significative du
contrôle social historiquement fondé, prenant appui sur l'étude qualitative d'
Andranofotsy qui est devenu une médiation utile à l'élargissement des rapports
sociaux dans l'espace des migrations de ce village. Comme pour Bevoay,
Morafeno, Ampasimbevihy, c'était l'histoire du peuplement de ce village, les
migrations alternantes, plus ou moins temporaires ou définitives qui l'avaient
traversé, qui fondaient la matrice explicative des rapports dominants de parenté
organiques de la reproduction, des différenciations lignagères bâties sur cette
référence au Togny dont nous avons vu qu'il instituait le pouvoir villageois à son
degré zéro (3). La position de ce village dans la géo-politique et transformation
économique locale fut élucidée en poussant la logique de la parenté-
territorialité, cette dialectique générale du pouvoir active des rapports internes
de la communauté de résidence et toujours symbolisée dans les événements
Tromba de nature Antety ou Andrano. Elle montrait qu'en toutes circonstances,
le droit éminent sur la terre fut conservé par les "groupes d'affiliation
lignagères" fondateurs du village. L'on pouvait affirmer que les deux périodes de
peuplement 1922 et 1944 qu'a connu Andranofotsy furent des moments forts
d'intégration sociale pour ce noyau de parents-alliés-dépendants Tsitompa, même
si dans l'intervalle, une bonne partie des résidents ont dO, pour raison de cultures
ou d'élevage, ou encore de conflits entre parents, migrer pour un temps ailleurs.
Le contrôle politique de l'espace villageois s'est perpétué au-delà de la continuité
résidentielle, par les liens de nature généalogique à la terre et que la référence
aux tombeaux sur place garantissait. Les Tompon Tany du village sont ceux qui,
partis chercher fortune ailleurs, assuraient au noyau limité de résidents
permanents, ces Zana Tany qui ont leur Tavony (placenta de leur mère) enterré
sur place (4), les conditions de leur reproduction. C'est ainsi qu' Andranofotsy,
ancien lieu de p~turage des lignages résidant autrefois sur la rive Nord-Est du lac
Bemarivo à Mangotroko et la rive Nord-Ouest à Ankotrofotsy est devenue terre
d'accueil de ces lignées dont la segmentation définitive a pris forme avec la
création des tombeaux Besely, Nosy Lava Ankotraka. Ils représentaient la
différenciation
(1) Voir chapitre II, p. qui explicite le déplacement de lieu de nos enquêtes
de Morondava à Belo.
(2) Se reporter au chapitre II, p( où est développée la construction
r-étroactive de l'objet d'étude une fois affirmée la "vanité" de toute
référence à une problématique explicite. Savoir à chaque nouvelle enquête
"oublier ses classes" est une attitude de recherche qu'il nous plait de
revendiquer et qui caractérise notre approche "impressionniste" de la
réalité.
(3) Voir chapitre IV, p.
(4) Tome III, p 76.
- 300 -
(1) Voir schéma p.142sur l'origine des Hazomanga des Dady, ancêtres de la
seconde génération ascendante par rapport aux Mpitoka, chefs de lignage
au moment de l'enquête.
(3) Ces taxes n'étaient pas négligeables compte":tenu des rythmes cérémoniels,
des sacrifices qu'elles occasionnaient bien qu'il n'y ait pas de consommation
ostentatoire à ces occasions.
- 301 -
de ces formations (1). Ils étaient de ceux qui bénéficient de cet avantage unique
de ne posséder que des démarques, le plus souvent symétriques garantes de leur
position centrale et stable vis-à-vis des groupes lignagers locaux, leurs alliés
soumis à l'obligation exogame et à la reproduction patrilinéaire. La composition
et l'organisation sociale des quartiers de la ville de Belo (2) reconstituait le
clivage passé Maroserana expliquant l'installation des Misara-Maroserana non
loin du Zomba où sont gardés les Dady de Tsianihy (Toera, Pierre et Georges
Kamamy) et celles des Misara dits aussi Ndranatsara qui regroupent les alliés
Makoa des Maroserana dont les Dady étaient situés dans le Zomba de
Tomboarivo. La scission, lors du Fitampoha 1968 (3) du Hazomanga Maroserana
témoignait d'une opposition récente Nord-Sud et Est-Ouest au centre de laquelle
Andranofotsy était placé et qui était explicative de la dualité de son organisation
politique (4): les stratégies Sudistes et Nordistes dialectiquement associées
faisaient éclater l'équilibre des pouvoirs institués depuis trois quarts de siècle
autour de la légitimité Maroserana (5), exploitaient la dualité et les querelles de
légitimité symbolisées en terme de non-rupture pour favoriser l'autonomie
relative prise par les groupes lignagers locaux à l'égard de la dynastie dont
témoignait l'apparition des tombeaux et de nouvelles marques. Le Fitampoha,
nous l'avons vu révélait les forces vives localement instituées qui ne passaient
plus par l'exclusivité de la légitimité dynastique. Et les conflits sociaux et
économiques' observés au Sud dans la Tsiribihina (6), avaient leur exacte
(1) Nous n'avons pu reconstituer et identifier précisément les chefs de file des
alliés-dépendants Maroserana, mais ils étaient nombreux à être représentés
à un niveau quelconque dans l'administration. Ce n'était en général pas des
aînés. La généalogie des Marofohy ou encore les Hohimalagno comptaient
beaucoup de salariés scolarisés et professions libérales.
(2) Voir itinéraires p. 132 à 135. Nous n'avons pu approfondir cette répartition
des lignages dans les quartiers de Belo. Les différenciations dont elles
témoignent constituent les lignes de force devant être étudiées pour
identifier les contradictions économiques et sociales de la région.
(3) Voir étude du Lohavoagny : présentation des Zomba Tome II, p 58.
(4) Voir Tome II, p. 206 à 209 pour l'analyse du contexte électoral de la mairie
de Belo, ce non-dit du Fitampoha qui est apparu à travers l'étude
d'Andranofotsy et des villages de la vallée du Manambolo.
(5) Voir Tome II, p. 250 à 253 et 253 à 256.
(6) Voir chapitre IV: Les plus fervents défenseurs d'une stratégie Sudiste
étaient ceux qui étaient associés au Ziva des Mikea-Hirijy et prônaient
volontiers une idéologie patrilinéaire marquée et l'application stricte de la
loi d'exogamie pour les unions dont on n'a pas retrouvé au préalable un Ziva
ancien susceptible de la lever d'interdit par une cérémonie Tsipirano. Les
stratégies Nordistes étaient le fait des Antavela dont la stratégie de
segmentation et de répartition sociale dans les villages et cam pements de
la rive Nord du Manambolo s'opposaient aux intérêts des villageois de
Sohahazo-Andranolava. Les conflits de pâturage mais surtout
d'approvisionnement en eau en saison sèche, ces déplacements intérieurs
des boeufs étaient l'objet des conflits généralisés intervillageois symbolisés
dans l'opposition culturelle.
- 302 -
projection au Nord, les Tromba d'émergence locale se diffusaient dans les deux
sens: un Tromba F'maoky, de la Tragnovinta de Mitsinjo (1) était réactivé dan la
vallée du Manambolo par leurs alliés Kimosy auxquels étaient associés ces
Tsimangataky devenus Fmaoky, gardiens avec les Samoky des boeufs des Misara
à Aboalimena. Les Tromba Andrano du Manambolo généraient quant à eux une
une chaine de communication Nord-Sud qui rejoignait la dialectique Andrano-
Antety observée à Andranofotsy révélatrice des échanges préférentiels. Dans
tous les cas, le village-clef, ancien chef-lieu de quartier était le lieu de
l'organisation de Bilo, cette occasion donnée à la production des différences de
statuts et rôles sociaux dont l'enjeu était l'élevage en cours de réorganisation
compte-tenu du développement généralisé de la riziculture de contre-saison (2)
partout où c'était possible. Le sacrifice de boeufs y était au centre des
évènements comme durant le Fitampoha.
(1) La mise en valeur des ''Baiboho'' de Besihanaka (carte n° 8), concernait tous
les villages enquêtés au Nord: Ankirijy, Morava9'10' Aboalimena, Soahazo.
Les terres nouvellement mises en valeur ont éte réparties par Fokoany et
avaient nécessité une réorganisation complète de l'élevage. En saison sèche
où l'on pratiquait la riziculture de décrue, c'était toujours
l'approvisionnement en eau des boeufs qui posait problème: Tome II, p. 24-2
à 24-4-.
(2) Tome II, p. 238 à 24-2 et 24-4--24-5.
(3) Les adeptes des Tromba F'maoky avaient une unité de tombeau
(Andranolava et Aboalimena), ce qui n'était pas le cas des adeptes du Bilo.
Les villages-tampon, Moravagno et Antanambao-Behara, étaient situés aux
deux extrêmes, préservés par une position géo-politique et économique
émergente: Antanambao-Behara, village d'immigrants Betsileo et
Antaisaka, était le lieu privilégié du contrôle politique de la mairie-canton
de Belo: c'était le lieu d'accumulation des boeufs des Misara-Ndranatsara
dont le commerce s'effectuait au Nord par Masoarivo-Nord. Moravagno,
bénéficiait d'une autonomie non négligeable, lieu· de rupture de charge
inaccessible par terre directement, il était proté 9é .d'un contrôle
administratif direct, disposait de pâturages bien situes et d'un espace
rizicole en propre. Ces conditions de production expliquaient la distance
prise en 1968 par ce chef de lignage Hirijy à l'égard du système dynastique
auquel il avait lié il n'y avait pas si longtemps et qu'il avait servi jusqu'à
une date récente. Il entrainait avec lui ces lignages exclus du dernier
Fitampoha signifiés par ces changements apportés à la répartition des
fonctionnaires du culte.
- 303 -
Les conflits qui avaient tendance à se généraliser et qui sont retracés dans
leur globalité par l'opposition Andranolava-Soanafindra sous-jacente à celle
<fAnkirijy-Ankorobe, qui représentent une partie du conflit des villages
Ankirondro-Bevoay à propos des rapports de production liés à la riziculture sur le
lac Bemarivo, ces conflits furent utiles à la compréhension des différenciations
présentes par la manière dont les Masy et hommes d'état, fonctionnaires locaux
jouaient sur les rapports ethniques pour mieux les fonder. La rente foncière dans
tous les cas était le produit du contrôle politique de l'espace généré par les
rapports stabilisés <falliance actifs des communautés de résidence où les
migrants avaient cette fonction socialement utile à leur reproduction élargie
dans l'espace relatif aux échanges. C'était ainsi qu'à Belo, les rapports de
production institués dans les villages de résidence, les conflits qu'ils
supportaient, avaient leur expression achevée au Nord dans cette vallée du
Manambolo, zone d'élevage extensif et de départ pour le corn merce des boeufs
<façcumulation des résidents restés dans la Tsiribihina. Le système de
gardiennage (2), les déplacements des villageois résidant au Manambolo vers les
lieux de production rizicole en saison sèche sur le Lac Bemarivo, établissaient
une répartition de la destination finale de cette rente foncière. Cependant, la
volonte d' Aboalimena de devenir un pôle de développement économique
autonome de Belo, par la constitution <fune riziculture de decrue pour conserver
sur place la main-<fœuvre et tirer les bénéfices de la rente, mettait en cause les
rapports entre le Nord et le_Sud. Ils cherchaient aussi à devenir chef-lieu de
canton. Un poste de gendarmerie fut créé pour assurer le contrôle direct sur la
production, en réponse de quoi les villageois demandaient la mise en place de
services techniques agricoles et <fune école, cherchaient à immatriculer les
terres sur lesquelles portaient le conflit agriculture-élevage et pensaient à créer
une Dynam Pokolona comme à Andranofotsy. Et ces relations entre zones du
Nord et du Sud à économies corn plémentaires étaient globalement remises en
cause
(l) Carte nO 9 en annxe.
(2) Voir chapitre IV, p. 160 "La transhumance des bœufs de la vallée de la
Tsiribihina vers la vallée du Manambolo".
- 304 -
(1) Unions temporaires le plus souvent, mais qui donnent lieu à des cérémonies
d'adoption: cas des Samoky d'Andranofotsy, des Misaka d' Ankirondro.
- 305 -
(1) Aboalimena était un village coupé en deux, dont les lignages Misara-Mikea
les plus riches avaient opté pour le métayage dans la concession indienne,
Tome II, p. 253 à 255.
(2) Voir Tome Ill, p. 66 à 84.
(3) Voir Tome II, p. 238 à 246.
(4) Se reporter chapitre IV ci-dessus.
- 306 -
Les traditions Mikea (1) portent en effet beaucoup moins sur une ongme
mythique donnée si souvent comme étant ceux qui les premiers peuplèrent l'île,
que sur leur mode particulier de production et leur insertion à la fois marginale et
centrale de la formation Sakalava-Maroserana, leur origine indienne. Elles sont
beaucoup plus riches que celles des Vezo parce qu'elles s'attachent à la mise en
place des communications internes par terre qui supposaient tout à la fois
l'intégration territoriale-politique qui a caractérisé cette formidable mutation du
XYlème siècle et a abouti à la montée des grandes dynasties du Sud, elle devait
simultanément les dépasser, ce dont témoigne l'élaboration idéologique de la
relation Ziva propre à la formation politique achevée .et territorialisée à
l'actuelle préfecture de Morondava. Les traditions Vezo, quant à elles, beaucoup
plus lapidaires, relatent essentiellement les rapports externes de l'ancienne
économie de traite auxquelles les lignées Vezo furent associées et leur
transformation avec l'abolition de l'esclavage d'abord, la colonisation ensuite. Le
métissage des Arabes, Comoriens venus commercer sur les côtes, s'est tranformé
en un système généralisé d'alliance avec les chefferies locales qui a toujours pour
origine une relation endogame périodiquement reproduite et légitimée. De cette
manière, les intermédiaires comoriens et arabes ont déplacé les rapports externes
préférentiels auxquels ils furent associés dans les rapports internes. Les luttes
entre Kelisambaye et Vinany puis Toera et Ingerezza trouvent leur explication en
partie sur ce registre externe des rapports engagés à leur époque. Les
descendants Makoa de la lignée des rois Maroserana étaient im pliqués autrefois
dans ces réseaux qui avaient tendance à cette époque de l'indépendance à
s'enraciner à l'origine première de la naissance des dynasties, étaient de ce fait,
intégrateurs des mi 9rations intérieures Bara, Antaisaka, Antaimoro, Antandroy.
C'est à cette réalite proprement politique et économique des rapports externes
que l'on assistait avec ce retour aux sources de l'ori 9ine "unique" des dynasties du
Sud dans les Tromba d'émergeance locale. Que les reseaux intérieurs Mikea aient
supporté la diffusion des mi 9rations et du métissage indien, ceux des Vezo soient
le fait plus direct des metissages comoriens, leurs segmentations récentes
étaient fondées sur les mêmes principes que ceux de la segmentation dynastique
et en épousaient la forme: le système de marquage des bœufs et les interdits de
couleur de robe pour les sacrifices en étaient encore la pierre angulaire. La
centralisation politique et économique en ce cas, reposait sur la gestion des
conflits de parenté et alliance par les Masy (devins) et la reproduction élargie
des systèmes économiques et sociaux donnés dans les réseaux de communication
et d'échange s'appuyaient sur l'émergeance de fonctionnaires locaux et
nationaux: à Belo, toutes les Tragnovinta et tout tombeau de création d'un
village auxquels étaient ap~liquée une marque générique de bœufs, bénéficiaient
de cette liaison intrinseque entre un pouvoir localement insituté et
historiquement légitimé et un pouvoir venu d'ailleurs, généré par ce processus de
formation d'un état moderne, le Fanjakana malgache.
réseau d'alliance une fois celui-ci institué dans les villages de résidence. Quels
que soient les acteurs sociaux, originaires ou migrants qui se livraient à
l'agriculture associée à l'élevage, les rapports de parenté et d'alliance accusaient
des modifications sensibles atteignant les institutions elles-mêmes. Nous voyions
les Sakalava partout devenus riziculteurs autant qu'éleveurs, les faits
d'indifférenciations étaient alors de plus en plus nombreux et concernaient le
mode de dévolution des terres rizkoles "Lova". Ils entraînaient des conflits (1)
qui tenaient pour la plupart que l'accumulation des bœufs passaient par une
forme intermédiaire d'accumulation en argent. Là était, somme toute, la raison
véritable selon laquelle la petite agriculture marchande s'est développée avec
tant de succès sans déboucher comme on l'escomptait dans l'économie de
marché. La différenciation économique et sociale n'atteignait encore qu'un
nombre trop limité de gens, se traduisait par des écarts importants dans les
conditions de vie entre ceux qui étaient depuis l'indépendance associés à la rente
final<:: en argent et les autres, tous les autres, pour que soit possible, voire même
souhaitable cette généralisation monétaire. L'action de l'état se trouvait prise à
cette contradiction entre la reproduction politique du pouvoir des élus nationaux
pas tout à fait détachés de leur société d'appartenance et cependant engagés
dans une transformation qui, à terme, remettrait en cause ces valeurs liées à la
vertu sociale de la puissance économique fondée en elles.
, ,'
"
(1) Tome II, p. 147 à 151 et p. 161 à 165: les terres Lova du terroir rizicole du
village Andranofotsy et les rapports Samoky-Tsitompa-Andralefy engagés
depuis trois générations et qui se sont traduits dans la succession des
marques Samoky différentes de celles des autres lignages associés à Nosy
Lava qui ont conservé seulement un trait commun (Kavy interne aux deux
oreilles) mais sont d'inspiration Betsileo. Ils sont d'ailleurs fortement
métissés Betsileo à l'origine (mariage de Karany et Hoempo), généalogie p.
163.
- 308 -
ANNEXE l
dans la Tsiribihina
Cette marque est celle du lieu où ils ont immigré, mais l'origine
première Sud de la migration du groupe est associée à la marque
des Tsimirangobe qui appartenait aux Homankazo du même village de
résidence et qui sont des princes d'origine Bara qui se sont alliés
aux Maromany.
2) Les Tsimirangobe
Texte nO 18
2) Les Tafiky :
Texte nO 13 - 14
4) Les Mikea
Texte n057
5) Les Andralefy
Texte n028
6) Les Antavela
Texte nO 39 - 59
7) Les Maromany
Sont des enfants de rois, des princes chassés par leur père.
Leur marque est Vongohazo (n017).
- 310 -
7) Les Miavotrarivo
8) Les Marolahy
Texte nO 13 - 14
9) Les Homankazo
ANNEXE II
C'est ce que nous avons fait pour le pois du cap dans la province
de Tuléar, dans la préfecture de Morondava et dans la préfecture
de Tuléar. Le pois du cap que les Anglais achètent avait presque
perdu le marché de Londres. Il a fallu tout reprendre parce que
les Hindous qui faisaient le commerce du pois du cap achetaient
des fonctionnaires malgaches (c ' étai t le cas à Morombe où un petit
fonctionnaire a pu s'acheter une 404 parce qu'il a ét'é acheté par
les Hindous pour introduire dans les lots qui devaient être embarqués
sur les bateaux des pois du cap pourris). Evidemment, en arrivant
à Londres, nos acheteurs anglais ont presque refusé les pois du
cap malgaches. C'est là où l'Etat a dû intervenir brutalement et
nous avons créé ce qu'on appelait le Comptoir du Pois du Cap de
Tuléar qui était courtier pour les syndicats les pois du cap
étaient achetés par les syndicats de communes qui empruntaient
de l'argent ·à la banque, qui triaient et qui vendaient par l'intermé-
diaire du Comptoir du Pois du Cap de Tuléar. Nous avons repris;
il y a trois ans que nous avons fait cela au début " les cours
tombaient et nous étions obligés d'acheter aux paysans à 15 F,
puis à 18 F· et, à la dernière campagne à 20 F nous remontons
la pente. Donc, le syndicat ne se contentait pas, je le répète,
de faire de la production il commençait également à faire de
la commercialisation, en particulier le pois du cap dans la région
et les paysans étaient contents parce que le pois du cap, il Y
- 315 -
J'ai dit tout à l' heure que les systèmes économiques différents
peuvent coexister comme c'est le cas en Israël: vous avez le kibboutz,
vous avez le moshav, vous avez le système capitaliste normal, tradi-
tionnel et les choses peuvent se passer pareillement à Madagascar.
Les capitalistes., sont ·là, qui cherchent à rester d'ailleurs nous
serions en difficulté si le secteur privé disparaissait parce qu'il
Y a beaucoup de Malgaches, beaucoup de familles qui vivent du travail
qui se paie dans le secteur privé. Nous ne voulons pas la mort
du secteur privé, au contraire mais nous pensons aussi que des
systèmes économiques différents peuvent coexister, le système socia-
liste -socialisant disons- doit également exister.
- 320 -
Voilà donc à peu près ce que j'ai à vous dire sur le syndicat
de communes c'est un organisme qui a été créé il y a quatre ans,
que nous avons diffusé dans le pays. Il Y a encore deux ou trois
préfectures qui n'en ont pas, je crois qu'elles en auront.
Il faut m' arrêter parce qu'il faudrait quand même que je vous
permette de poser des questions et comme je vois déjà quelques
jeunes gens impatients à me poser des questions, je vais essayer' de
leur répondre et de leur donner satisfaction car tout n'est pas
di t. Il faudrait absolument que vous me posiez des questions parce
•
- 321 -
ANNEXE III
- de propriétaires étrangers-colon
Pakistanais-Chinois
sociétés privées
Les titres qui ont opposé les Fokonolono à des futurs propr~e
taires privés ont été répertoriés et font l'objet d'une présentation
des types de conflits les plus fréquemment rencontrés à propos
des immatriculations· (critères 69 et 70) du fichier.
w
(\)
U)
( : : : )
( : : Décès :: Vente : Annulation + expropriation )
( :-----------------------------:-----------------------------:-----------------------------)
( : Nb de : Superficie: Nb de : Superficie: Nb de : Superficie )
( : parcelles : en ha : parcelles : en ha : parcelles : en ha )
(---------------------------------------:--------------:--------------:--------------:--------------:--------------:--------------)
( : : : : : : )
( Etrangers : 35 : 1934,0583: 47 : 7818, 7353: 15 : 422,2477 )
(---------------------------------------:--------------:--------------:--------------:--------------:--------------:--------------)
( : : : : : : )
(Malgaches. : 41 . : 821,0792: 56 : 873,7603: 0 : 0 )
(---------------------------------------:--------------:--------------:------~-------:--------------:--------------:--------------)
( : : : : : : )
( Total : 76 : 2755,1375 : 103 : 8692,4956: 15 : 422,2477 )
( : : : : : : )
(1) Un traitement qualitatif pourrait être entrepris sur les processus et motifs de mutation.
M0 D E D ! EXP LOI T A T ION (1)
(
( : Directe 77 + 278 * : Indirecte 41 + 79 *
(
(
:-----------------------------------------:---------------------------------------------------------)
: Salariat : Entraide : Métayage 1/2 : Métayage 2/3 : Métayage 3/4 .)
(-----------------------------:--------------------:--------------------:---------------------:------------------:----------------)
( . . . . . )
i . . . .
(Etrangers ~ 2 : 0 : 6 : 4 : l )
1
( : : : : : )
(-----------------------------:--------------------:--------------------:---------------------:------------------:----------------)
( : : : : : )
(Malgaches : 9 : 0 . : 12 : 16 : l )
( : : : : : )
( .• .• .• .• .• ) w
w
q
* Le premier chiffre concerne les étrangers et le second les malgaches.
(1) Le thème n'a pu faire l'objet d'une carte car les données n'étaient pas statistiquement fiables. Au'demeurant, l'analyse
des rapports de production était traitée sous le double aspect qualitatif-quantitatif dans la thèse de E. Faurona (1975).
( : )
( Etrangers 32 : Malgaches 41 )
(---------------------------------~----------------------------------------:-----------------------------------------------------)
( : : : : : : )
( Colons : Pakistanais .: Stés privées : Divers : Ouest : Plateaux : Sud-Est )
(------------------:-----------------:------------------:------------------:-----------------:-----------------:-----------------)
( : : : : : : )
( 20 : 7 : 0 : 5 : 28 : 11 : 2 )
( : : : : : : )
(1) Ce thème pourrait faire l'objet d'un traitement à part, mais une typologie des principaux conflits à déjà été
présentée dans la thèse dIE; Fauroux.
331
c:AAAen:RISTIOJE,S CDŒRA1LS ca c:x:N'lJ:TS QUI SE sarr JOU&S A PROfOS DE L'It'IlIalATICtl IlALCAClIC
1 Usurpation. locltion de lA terrw : Or.!.qinllire contre réuniOlVlAia. Lut- 1 Propriété non .i.. en valeur. ~ d' IlIIIIiIln-
)
1 pour vinQt lIN. Héritier deatit~. te d'intl~ entre deux villiIQU 1 culiltion ~ vUl~ d'1JlIniqranta antaics;okoa et
1 Terre i_tricul" 1 villAge oriqinaire
1-------- 1- 1
( Cc.t1~tion pour non .i-a en veleur
1 Oriqinaire œntre oci9inaire IncollpUt_t
11__ .i. en
_ valeur ldouze ,"",tayera) ))
)
1 )
1_·_ _-_0_-_-__---------------------- ._--)
1 )
1 :iolution )
1-·------------- -------------
1 :
·----1
1
: _~~~~on_~~._oi_t._tr_o1d_i_t_i_cnne
__ la_ :J~!ti,f8f'~!rî~!~iqr~[Link]- Attri~lion soc:iét~~_·~_ta~_~.____ 1
1 [Link] de droit. tnditicnnela Devin ••iQt'ant ancien renamoi pro- [Link] gena du v1l1~ oü réaide le devin .sont 1
1 et conflit de h ..ite tie. de n fonction pour usurper la dovenua Illélilyecs )
1 pcopci't~ cie. terru ilWC oc1qina1cu: )
1--·- - - - ------ -)
1 ~tion de droit. tnditionnela Hi9nnt. du pbtuux 1 fokonolClNl IIéc1ti"re du droit usucpô ~ .... droits. )
1 ~tet\Mlt .u fokonolClNl : ~ d'1oraOltrlcuhtion pu fokonolClNl 1
1------_·_--------
1 [Link] de droit. tro1ditionnela
--------------:-------------------------)
.nciena 1 1U9r~t.
ulqilChe .~t
Soc:iété d'état propc1étalCe )
1 ~ é~t [Link] )
1---------------
1 contUt droits tro1ditionnela. droit. EtranQen 1 pcopcUtair.. Ngranu 1 ~
--)1
1 lIlOdernes : 1
1---- :-----------------------)
"~lenance léQale. ~nbtntion EJcploit~en fut par .[Link] ins- Affolire s:ortée ilU [Link]. ~ )
NlqilChe 1 tallu. Contlit entre aiqr~ts pour )
.nciennet~ àJ droit )
CARACI'ERISTIC(JES GrnERALES DES œM'LITS OOI SE SCNr JOOES A PROPOS DE L' IMMIGRATICN ETRANGERE
(
( Etrangers-eolons
(-------------------------------
(
-------------------------------------------------------j
Type de conflit : Acteurs Solution
1--------------------------------------:
(
--------- : :
( .
( Usurpation de droits Originaires 1 étrangers : Irrmatriculation obtenue par étrangers. exploita-:
( : tion par métayers antaisak.s :
(--------------------
( Usurpation de droits traditionnels Fokonol~
----------------------:-------------------------------------------------1
1 étrangers : Contestataire principal utilisé comme contre-
( : maître
1-----------------
1 Usurpation de droi ts tradi tionnels
:-Fokonol~
:
------------------------:-------------------------------------------------1
1 otrangers : Exploitation par migrants antaisaks, sous- J
( : exploité en fait l
(-------------------
( Usurpation de droits traditionnel.s
:-------
Etrangers 1 fokonolona originaire 1
-:-------------------------------------------------1
: Tentative d'accaparement avortée l
( état malgache l
(---------------
( Usurpation de droits d'une partie de
---------------------:-------------------------------------------------1
Fokonolona 1 étrangers : Héritiers abandonnent, r~prise par fokonolona )
( proprlété traditionnelle )
(---------------------
( Usurpation de droits d'une partie de
:------
Fokonolona 1 étrangers
-------------:-------------------------------------------------)
colons : Principal contestataire devient contre-martre )
( la propriété par le lien de fatidra : des métayers. Sous-exploitation, vente à fonc- )
( (parenté à plaisanterie) : tionnaire migrant )
(-----------------------
( Usurpation de droits des migrants
---------------:-------------------------------------------------)
Originairea migrants 1 colons étran- séparation de la propriété en deux. Nouvelle )
( Orlqinaire a usurpé droits aux mi- gers opposition du fokonolona sans effet )
( grant.s, vente de la propriété à )
( étrangers. Opposition du fokonolona )
( portée devant le [Link] : )
(---------------
( Usurpation de droi t.s
traditionnol.s : Métayers originaires 1 colons étran-
:-------------------------------------------------))
( par petit fonctionnaire. Vente étrm-: gers )
( gers. Conflit d'exploitation )
(-------------------------
( Usurpation de droits. Nouveau canal, Opposition fokonolona
:-------------------------------------------------)
: Héritage direct par la famille village, fokono- )
transformation POlS du cap en riz : lona devient métayer )
---------------------------------------:---------------------------------------:-------------------------------------------------)
( Usurpation droits traditionnels, con-: Etrangers 1 fokonolona originaires : Vente sucessive de la propriété. Opposition du )
1 flit de limite : fokonolona i n u t i l e , )
1--------------------
C Droit.s traditionnel.s
au fokonolona Originaires 1 migrants
:-------------------------------------------------)
: Après défrichement, originaires ont vendu la )
( Défnchement par migrants : terre à étrangers )
(--------------------
( Tentative d'usurpation de droits
:---
: Etrangers 1 originaires
-:-------------------------------------------------)
: Sous-exploitation, immigrants antandroys y cul- )
( • : tivent, pois du cap )
(---------------
( Propriété traditionnelle usurpée
:-----------------
Opposition originaires 1 étrangers
:-------------------------------------------------)
: Vente pour faillite à commerçants étrangers )
C-------------------- ----------: Fokonolona 1 état malgache
C Terre açpartenant à étrangers en
:-------------------------------------------------))
: En fait exploitée par fokonolona sans contre-
C droi:: : partie au propriétaire. )
(--------------------
( Immatriculation par étrangers d'une Etrangers 1 fokonolona
-----------:-------------------------------------------------)
1 état malga- Entente étrangers-fokonolona pour paturage aux )
( terre appartenant au fokonolona che abords de la concession. Hlse en valeur hydro- )
( lique. Revendicat:ion des droits 3 l'étét malga- )
( c h e )
(---------------
( Exproprlation du fokonolona par état Etrangers-colons 1 fokoQOlona
:- -------)
: Mise en valeur hydrolique par étrangers-colons. )
( : Actuellement héritiers des droits traditionnels )
( : récupèrent leurs terres )
(---------------
1 Expropriation pour dettes par prê- Migrants étrangers 1 réunionnais
:----------------------------
: Fokonolona devient métayer
-----------))
( teur et usurier : )
(-----------------
1 Vente étrangers colons à pakistanais Etrangers
------------
pakistanais 1 métayers an-
:-------------------------------------------------))
: Actuellement abandonna
( taisaks o r i g i n a i r e s ' )
(--------------
( Delimite
: -----------------------
Originaires 1 étrangers colons et hé- : Vente aux enchères à étrangers pakistanais
------)
)
( ritiera: )
1-------------------
(
:-- ------------------------:-------------------------------------------------))
Etrangers-pakistanais
(------------------
( Type de conflit Acteurs
-------------------------------------------)
Solution)
{--=.======------------------ --- -..--_ .. !;;,- -- -- ------- ~ - - - -------------l
: Usurpation de droit.s trOlditionnel..s Originaires 1 étrangers pakistanai.s : Contestataires mis à cinq reprises en prison. ))
( : Actuellement sous-el'ploitation par mlgrants an-
( :~~)
(
-----------
( Usurpation de droits et vente Originaires 1 étrangers-eolons 1
..-----------------------------------------))
( étrangers pakistanais propriétaires : )
(----------------
( Contestation de vente entre héri- Entre groupe de
-------------------:-----------------------------------~---------)
parents : Vente à étrangers pakistanais. Vente a haut- )
1 tlers : fonctionnaire )
(
(-~:~;~i:;i~-~-f~~~-~illa-
---------------
Etrangers pakistanais 1 fokonolona
._------------------------------------------------)
; vi~lage devient métayer ••~rit~e métis, indiens)
1 g..ol:j : [Link]· )
1-----------------------------------:-----------------
1 Conflit exemplaire (454 CT). Expro- : Fokonolona 1 état
--------------:-----------------------:---------.
f~ançais 1 étran-
------~---~----)
Fokono~ona s'es~ oppo~e collectlv~n~ a l'e~at j
1 prlation par l'état français de la : gers pakistanais 1 etat malgache françals e~ ~~lstan~ls. Le confllt reapparalt )
1 propriété traditionnelle villageoise avec les [Link], etat malgache soutlent le )
(1 'lente à étrangers pakistana1.s : : fokonolona actuellement
:--_~
)l
( De llmite à la suite de donnations Originaires 1 étrangers pak~stanais, : Donnation eff7Ctuée info~ll~t. p~a~[Link] 1
1 héritiers petits fonctionnalres foko~olona qul sOUtlent l actlon de l herltler )
( traditionnel)
1 1
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