Desmas - Memoire Tomate
Desmas - Memoire Tomate
Titre : Analyse comparative de compétitivité :le cas de la filière tomate dans le contexte euro-
méditerranéen.
Résumé :
Dans le cadre du processus de Barcelone, les pays de l’UE et du Sud de la Méditerranée sont engagés dans des
négociations de libéralisation des échanges dans la zone Euro-Méditerranéenne. La tomate est un produit particulièrement
sensible dans ces négociations car bien que les importations de tomates de l’UE soient majoritairement intra-
communautaires, les PSEM sont les principaux fournisseurs extra-communautaires. Les protections de l’UE vis-à-vis des
exportations de tomates en provenance des PSEM sont importantes et étroitement liées à la saisonnalité. Elles font par
ailleurs appel à des instruments de protection complexes. Dans le cas d’une diminution de ces barrières tarifaires, la
compétitivité des différents partenaires sera déterminante.
L’étude comparative de la compétitivité de la filière tomate de part et d’autre de la Méditerranée met en évidence
de meilleures capacités structurelles en France et aux Pays-Bas et des coûts de revient inférieurs en Espagne et au Maroc. En
revanche, l’étude des filières turques révèle un net désavantage en matière de compétitivité structurelle et des avantages
réduits en terme de coûts. Par ailleurs, les coûts de commercialisation (conditionnement et transport) tendent à égaliser les
performances commerciales des producteurs des PSEM par rapport aux producteurs européens en augmentant les charges
totales et en dégradant l’avantage acquis dans la production.
Ainsi, des désavantages en matière de compétitivité prix seront compensés par de meilleures capacités en terme de
compétitivité structurelle et inversement.
Abstract :
Within the context of the Barcelona conference, the European and the South and East Mediterranean countries are
committed in negotiations that aim to liberalize trade within the Euro-Mediterranean area. Tomato is a sensible product in
these negotiations. Indeed, although the imports of the EU are mainly intra-European, the South and East Mediterranean
countries are the main extra-European suppliers. The EU protections applied to exports of tomatoes of the latter are important
and closely connected to seasonality. Moreover, that system resorts to complex instruments. In the case of a reduction of the
tariff barriers, the competitiveness of each partner will be decisive.
The study of the competitiveness of the tomato sector within both sides of the Mediterranean reveals better
structural capacities in France and in the Netherlands, and lower production costs in Spain and Morocco. However, the study
of the Turkish sector points out a real disadvantage regarding structural competitiveness and few advantages resulting from
costs. Besides, trade costs (packaging and transport) tend to make commercial performances of the farmers of the South and
East Mediterranean countries equal to the European ones by increasing total costs and reducing the advantage gained in
production.
So, disadvantages related to the price competitiveness will be made up for better capacities in terms of structural
competitiveness.
2
REMERCIEMENTS
Un grand merci à toute l’équipe de l’axe 4 de l’IAMM pour avoir contribuer à une
ambiance de travail très conviviale et tout particulièrement à Olivia Roskams qui s’est
toujours montrée disponible et efficace.
Je remercie également toutes les personnes que j’ai rencontrées et contactées et qui
m’ont aidée à réaliser cette étude. Je souhaite notamment remercier toutes les personnes qui
m’ont accueillie et aidée lors de ma mission au Maroc.
Je remercie enfin Mme Maryline Huchet-Bourdon pour les conseils et le temps qu’elle
a bien voulu me consacrer au cours de ce travail.
Durée : 2004-2007
3
Liste des sigles utilisés.
4
Table des matières
Introduction. 9
I. CONTEXTE. _________________________________________________________ 10
A. Le marché de la tomate. ______________________________________________ 10
1. La production et les échanges de tomates dans le monde. ___________________ 10
2. Le commerce extérieur européen. ______________________________________ 11
2.1. Les échanges intra et extra-communautaires. ___________________________ 11
2.2. Des importations concentrées en hiver.________________________________ 11
2.3. Des importations principalement intra-communautaires. __________________ 12
B. Les régimes tarifaires de l’UE en vigueur. _______________________________ 13
1. Le régime intra-communautaire. _______________________________________ 13
2. Le régime extra-communautaire. ______________________________________ 13
2.1. Le processus de Barcelone. ___________________________________________ 13
2.2. La protection tarifaire de l’UE dans le cadre des échanges de tomates. _________ 14
C. Le choix de la zone d’étude. ___________________________________________ 18
1. Le choix des pays. __________________________________________________ 18
2. Les principales régions de production des pays étudiés._____________________ 18
D. Positionnement des pays sur le marche européen de la tomate : les performances
commerciales.___________________________________________________________ 19
1. Le choix des indicateurs internationaux de compétitivité concernant la politique
commerciale des concurrents. ______________________________________________ 19
2. Positionnement sur le marchéeuropéen. _________________________________ 20
2.1. Parts de marché à l’importation. _______________________________________ 20
2.2. Parts de marché à l’exportation. _______________________________________ 22
3. Ouverture et spécialisation. ___________________________________________ 22
3.1. L’ouverture sur l’extérieur. ___________________________________________ 22
3.2. La pénétration du marché intérieur. __________________________________ 23
4. Partenariats privilégiés. ______________________________________________ 23
II. PROBLEMATIQUE ET METHODOLOGIE. _____________________________ 25
A. Problématique.______________________________________________________ 25
B. Objectifs du travail.__________________________________________________ 25
1. Réunir les informations disponibles sur le sujet.___________________________ 25
2. Une analyse technico-économique de la filière. ___________________________ 25
C. Approche méthodologique.____________________________________________ 26
1. Organisation générale de la filière exportation-importation en Europe. _________ 26
1.1. Depuis la production jusqu’à la mise en marché. __________________________ 26
1.2. Formation des prix des tomates à l’importation.___________________________ 28
2. Les déterminants de la compétitivité d’une filière : éléments théoriques et approche
retenue. _______________________________________________________________ 29
2.1. La compétitivité prix. _____________________________________________ 29
2.2. La compétitivité hors prix : techniques de production et organisation. _______ 30
3. Identification des données nécessaires et méthodes choisies pour collecter ces
données._______________________________________________________________ 30
3.1. Etude de la compétitivité prix. ________________________________________ 31
3.2. Etude la compétitivité hors-prix._______________________________________ 33
5
III. LA COMPETITIVITE HORS-PRIX DES PAYS-BAS, DE LA FRANCE, DE
L’ESPAGNE, DU MAROC ET DE LA TURQUIE : TECHNICITE, ORGANISATION
ET COMMERCIALISATION. ______________________________________________ 34
A. Les structures productives.____________________________________________ 34
1. Des exploitations essentiellement familiales et de petite taille en Espagne et en
Turquie. _______________________________________________________________ 34
2. Une tendance capitalistique au Maroc, en France et aux Pays-Bas. ____________ 34
B. Systèmes de production et innovation. __________________________________ 35
1. Niveau technique des équipements et des opérateurs. ______________________ 35
1.1. La généralisation de la production sous abris au Nord comme au Sud de la
Méditerranée. _________________________________________________________ 35
1.2. Des rendements nettement supérieurs dans les pays du Nord. ________________ 37
1.3. Des techniques d’irrigation de plus en plus performantes. ___________________ 37
1.4. L’exemple du Maroc en matière de transfert de technologie et d’assimilation des
techniques. ___________________________________________________________ 38
1.5. La technicité est un facteur de sélection des producteurs maraîchers au Maroc. 38
2. Qualification des producteurs._________________________________________ 39
3. R&D : l’appui technique. ____________________________________________ 40
3.1. Le soutien public pour la recherche et le développement. ___________________ 40
3.2. L’appui technique.__________________________________________________ 41
3.3. Innovation et modernisation de la filière. ________________________________ 41
C. L’organisation de la profession : collaboration, réactivité et gestion de criseS. _ 43
1. L’organisation de la production _______________________________________ 43
1.1. Une organisation institutionnalisée en Europe.____________________________ 43
1.2. Au Sud : les producteurs marocains s’organisent tandis que les producteurs turcs
sont isolés. ___________________________________________________________ 44
2. La coordination des activités d’exportations : le dynamisme du Maroc et de
l’Espagne. _____________________________________________________________ 45
D. Les circuits de commercialisation : les structures de mise en marché et leur
efficience. ______________________________________________________________ 46
1. Les process préparation-expédition. ____________________________________ 46
2. La transaction entre exportateurs et importateurs. _________________________ 47
2.1. Les circuits commerciaux et les opérateurs intervenant dans la transaction. _____ 47
2.2. Les structures nationales de mise en marché. _____________________________ 48
2.3. L’importance de la grande distribution. _________________________________ 49
2.4. Les stratégies commerciales.__________________________________________ 49
IV. ETUDE DE LA COMPETITIVITE PRIX DES PAYS-BAS, DE LA FRANCE, DE
L’ESPAGNE, DU MAROC ET DE LA TURQUIE. _____________________________ 52
A. Potentialités naturelles et dotation en facteurs. ___________________________ 52
1. Une différence de climat très marquée entre le Nord et le sud de la méditerranée. 52
1.1. Ensoleillement et chaleur au Sud. ______________________________________ 52
1.2. Des conditions climatiques plus modérées au Nord.________________________ 52
2. Les facteurs naturels limitants. ________________________________________ 53
2.1. Le problème de la ressource en eau au Maroc et en Espagne. ________________ 53
2.2. Pression pathogène, sol peu fertile et aléas climatiques en Espagne. ___________ 53
2.3. La dépendance énergétique de la France et des Pays-Bas. ___________________ 54
3. Le milieu humain. __________________________________________________ 54
3.1. Une main d’œuvre disponible et abondante dans les PSEM. _________________ 54
3.2. Une pénurie de main d’œuvre en Europe.________________________________ 54
B. Appui institutionnel : soutiens publics et subventions. _____________________ 56
6
1. L’OCM fruits et légumes : des financements collectifs._____________________ 56
2. Un faible soutien public à destination des producteurs marocains et turcs. ______ 56
C. Compétitivité prix : calcul des coûts de revient.___________________________ 57
1. Des coûts de production très différents selon les pays.______________________ 57
2. L’importance de la dotation en facteurs sur la maîtrise des coûts de production. _ 59
2.1. Le coût de la main d’œuvre. __________________________________________ 59
2.2. Approvisionnements.________________________________________________ 61
2.3. Des investissements différents selon les pays et le type de structures utilisé. ____ 61
3. L’importance de la logistique dans le coût de revient à l’exportation. __________ 62
3.1. Des coûts de conditionnement élevés pour les PSEM. ______________________ 62
3.2. L’impact des modes de transport sur le coût de revient final._________________ 62
3.3. Les coûts induits par le stockage. ______________________________________ 64
4. L’influence des coûts de commercialisation sur le prix de revient à l’exportation. 64
D. Analyse des prix de marché.___________________________________________ 65
1. La concurrence sur le marché français : _________________________________ 65
2. La concurrence hispano-hollandaise. ___________________________________ 66
E. Analyse et Interprétation du système de prix d’entrée._____________________ 66
1. Le cas du Maroc. ___________________________________________________ 66
2. Le cas de la Turquie. ________________________________________________ 67
3. Les autres pays tiers susceptibles d’entrer sur le marché européen. ____________ 67
F. Le calcul des marges des producteurs. __________________________________ 68
1. Des marges plus faibles en Turquie et en Espagne. ________________________ 68
2. Evolution de la marge au cours du temps : l’exemple français. _______________ 69
3. Comparaison des marges selon le marché de destination : l’exemple du Maroc.__ 69
Conclusion. 71
7
Table des illustrations.
8
Introduction et problématique
Depuis les deux dernières décennies, la mondialisation se traduit par une véritable
révolution technologique et organisationnelle qui bouleverse les systèmes de production et de
commercialisation. La différenciation accrue des produits, les progrès logistiques, les
économies d’échelle et les nouvelles stratégies intensifient la concurrence nationale et
internationale. Parallèlement à ce phénomène, l’ouverture des frontières et la libéralisation des
échanges influent sur le commerce international. Le processus de libéralisation s’applique
aussi bien sur le plan multilatéral, avec l’OMC, qu’à l’échelle régionale, avec des accords
régionaux tel que le MERCOSUR. Dans ce contexte de réduction des barrières tarifaires, les
questions agricoles constituent un enjeu fondamental qui soulèvent de nombreux débats dans
les négociations multilatérales.
I. CONTEXTE.
A. LE MARCHE DE LA TOMATE.
2, 8 Mt
Brésil
11, 6 Mt 1, 2 Mt
Chili
Chine
15, 5 Mt
Espagne
5, 7 Mt
Grèce
Inde
7, 5 Mt 3, 3 Mt Iran, Rép.
2, 1 Mt Italie
1 Mt
2, 2 Mt 6, 3 Mt Mexique
2, 8 Mt
6 Mt P t l
Source : FAOSTAT.
1
Voir en annexe, « la production de tomates dans l’UE à 25 », p. 2.
2
Espagne, Pays-Bas, Jordanie, Belgique, Maroc, Turquie et Italie.
10
2. Le commerce extérieur européen.
2.1. Les échanges intra et extra-communautaires.
Notre étude portant sur la compétitivité de la filière tomate dans le cadre des
échanges euro-méditerranéens, nous nous intéresserons davantage aux importations de l’UE
en provenance des pays européens et des pays tiers.
tonnes
250 000
200 000
150 000
2003
100 000
2004
50 000
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Source : COMEXT.
3
UE à 25.
4
COMEXT, nos calculs.
5
Voir en annexe, p.3., « Le commerce extérieur européen ».
11
2.3. Des importations principalement intra-communautaires.
Graphique 3 : Parts des différents fournisseurs dans les importations de l’UE en 2003.
9%
1%
RDM
UE
90% PSEM
Source : COMTRADE.
tonnes
50 000 jordanie
palestine
40 000
israël
30 000 chypre
20 000 egypte
tunisie
10 000
maroc
0 turquie
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Source : COMEXT.
6
D’après FAOSTAT, nos calculs.
7
Voir en annexe « Evolution des exportations de tomates de l’Egypte, du Maroc, d’Israël et de la Turquie à
destination de l’UE », p.4.
8
Source : COMEXT, nos calculs.
12
Finalement, les chiffres du commerce extérieur de l’UE mettent en évidence la
prédominance des importations intra-communautaires d’une part et l’importance des PSEM
et des pays de l’Est dans les origines extra-communautaires d’autre part.
On constate également une certaine saisonnalité des échanges aussi bien en ce qui
concerne les volumes que les origines.
L’UE applique à ses importations le Tarif Douanier Commun pour protéger les
producteurs européens de la concurrence des pays tiers, sur le marché communautaire. En
respectant à la fois les accords pris dans le cadre des négociations à l’OMC, les accords de
libre-échange et les régimes tarifaires préférentiels, le Tarif Douanier Commun influe sur les
échanges multilatéraux.
Le commerce de biens à l’intérieur de l’UE est donc soumis à deux types de régimes
tarifaires : le régime intra-communautaire et le régime extra-communautaire.
1. Le régime intra-communautaire9.
L’Acte Unique européen a mis en place la libre circulation des marchandises dans
l’UE. Les importations d’un Etat membre en provenance d’un autre Etat membre ne font plus
l’objet de déclaration d’introduction et la TVA n’est payée qu’au moment où la marchandise
entre dans le pays importateur.
Les échanges intra-communautaires sont basés sur le concept de livraison/acquisition
dans lequel la livraison se substitue à l’exportation et l’acquisition à l’importation. La TVA
est due dans le pays de destination et il n’y a aucune formalité douanière. Cependant, les
produits alimentaires sont soumis à la réglementation nationale au titre de la protection de la
santé publique ou de la défense des consommateurs. Or, ces réglementations ne sont pas
complètement harmonisées pour tous les pays de l’UE. En outre, certains produits sont encore
soumis à des contrôles douaniers s’ils doivent faire l’objet d’un contrôle phytosanitaire.
Par ailleurs, dans le cadre des échanges avec les pays tiers, l’UE a mis en place un
régime douanier spécifique.
2. Le régime extra-communautaire10.
Les accords d’association bilatéraux établis avec la Turquie et le Maroc leur accordent un
accès facilité au marché européen dans le cadre des échanges de tomates notamment
La tomate fait partie des produits soumis à un mécanisme de prix d’entrée. L’UE
établit un prix de déclenchement ou trigger price. Si le prix d’entrée est supérieur au prix de
11
Les signataires sont les gouvernements de l'Algérie, l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, Chypre, le
Danemark, l'Egypte, l'Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Israël, l'Italie, le Luxembourg, la
Jordanie, le Liban, Malte, le Maroc, les Pays-Bas, le Portugal, Royaume-Uni, la Suède, la Syrie, la Tunisie, la
Turquie et l'Autorité Nationale Palestinienne.
12
www.europe.gouv.fr, Site d’informations sur l’Europe.
13
Journal Officiel des Communautés Européennes, L/70, 18 mars 2000.
14
déclenchement, alors, le produit importé est taxé d’un droit ad valorem (en pourcentage du
prix à l’importation). En revanche, si le prix d’entrée est inférieur au prix de déclenchement,
le produit est taxé d’un droit ad valorem et d’un droit spécifique(en €/100 kg). Ce droit
spécifique varie proportionnellement à la différence entre le prix d’entrée et le trigger price.
Ce système de prix de déclenchement fonctionne en fait comme un prix minimum
à l’importation. Ce principe s’applique à tous les pays selon le régime MFN14. Mais, il
pourra être modifié dans le cadre d’accords bilatéraux ou de régimes préférentiels.
Dans le cas de la tomate le trigger price est fixé à 84,6 €/kg. Au-dessus de ce prix de
déclenchement, seul le droit ad valorem (8,8%) entre en compte alors qu’au-dessous du prix
de déclenchement le prix à l’importation est taxé d’un droit ad valorem et d’un droit
spécifique. Par ailleurs, le seuil en dessous duquel s’applique le droit de douane maximal est
fixé à 92 % du prix d’intervention qui est de 84,6 €/100 kg dans le cas de la tomate, d’où un
seuil égal à 77,8 €/100 kg. La période de l’année peut influer sur le prix de déclenchement ou
sur le montant de la taxe ad valorem.
Il en résulte un mécanisme de base pour le calcul des droits de douane des tomates en
provenance des pays tiers (cf. tableaux 1 & 2).
Tableau 1 : le régime MFN applicable aux pays tiers dans le cas de la tomate.
Tableau 2 : le régime MFN applicable aux pays tiers dans le cas de la tomate.
Par exemple, le 1er janvier 2005, la valeur forfaitaire pour le Sénégal était égale à 61,7
€/kg. Par conséquent, le droit de douane était égal à : 8,8 % x 61,7 + 29,8, soit 35,2 €/100 kg,
d’où un prix à l’importation de 96,9 €/100 kg.
14
MFN : Most Favored Nation.
15
2.2.1.2. La méthode de calcul des droits de douane15.
Les fruits et légumes sont des produits périssables dont la vente se fait généralement
en consignation. Les importations se font à la commission ; c’est l’importateur qui est le
commissionnaire : il achète la marchandise à un exportateur et la vend ensuite en réalisant une
commission qui varie entre 6 et 8 %. Ainsi, le prix des produits n’est pas fixé au moment de
leur exportation ou de leur arrivée sur le marché européen. L’exportateur confie en fait sa
marchandise à un importateur qui se charge alors de la vente. Le prix du produit est donc le
prix du marché au moment de la vente. Par conséquent, ce système rend difficile la
détermination de la valeur en douane nécessaire au calcul de la protection tarifaire à appliquer
à la marchandise. En réalité, dans le cas des produits avec prix d’entrée, il existe trois
méthodes pour calculer les droits de douane : - La valeur forfaitaire à l’importation (VFI).
- La méthode FOB.
- La méthode déductive.
Les prix wagon-départ permettent d’établir chaque jour, pour chaque produit et selon
la provenance, des cotations officielles dans différentes places de marché européennes.
Chaque Etat membre dispose d’un service chargé de fournir à la Commission européenne les
prix moyens et les quantités vendues chaque jour sur les marchés d’importation. Toutes les
cotations du jour sont ensuite regroupées à Bruxelles qui applique une pondération propre à
chaque produit et à chaque origine. La moyenne pondérée des cotations du jour permet
alors de calculer la valeur forfaitaire à partir de laquelle seront calculés les droits de douane
du lendemain. La Commission européenne fixe ainsi quotidiennement une valeur forfaitaire à
l’importation. Dans la pratique, ce sont souvent les importateurs qui paient le droit de douane
à l’Etat pour le compte des exportateurs. Néanmoins, le montant du droit de douane est
finalement répercuté dans le prix payé par le consommateur.
Cette valeur est ensuite diminuée de la taxe ad valorem et d’un montant forfaitaire de
5€/100 kg.
Si l’importateur opte pour la VFI lors du dédouanement, le droit de douane à appliquer
est déterminé par la comparaison de la VFI avec l’échelle de prix d’entrée correspondant au
régime douanier applicable à l’importateur (MFN, régime préférentiel, accord d’association).
En ce qui concerne les deux autres méthodes, méthode FOB (Free On Board) et
méthode déductive, le calcul du droit de douane est le même que pour la méthode basée sur la
VFI, c’est-à-dire à partir de l’échelle de prix d’entrée. Cependant, le choix de la valeur en
douane diffère puisque avec la méthode FOB on considère la valeur du produit dans le pays
d’origine et avec la méthode déductive, la valeur prise en compte est le prix du produit sur le
marché d’importation.
Le régime douanier applicable pour tous les pays tiers (régime MFN) est modifié en
fonction des accords conclus entre l’UE et le pays importateur. Il en résulte plusieurs
modifications possibles selon les partenaires:
15
Nos enquêtes, Chevassus-Lozza, 2005, Benloula, 2005.
16
Voir en annexe « Comparaison des régimes tarifaires applicables au Maroc et à la Turquie », p. 5 à 7.
16
! Le régime appliqué au Maroc dans le cadre de l’accord d’association Maroc-UE :
! Le trigger price et le prix seuil (respectivement égaux à 84,6 et 77,8 €/100 kg dans le
régime MFN) sont diminués. Le trigger price est baissé à 46,1 €/kg et le prix seuil à 42,4
€/100 kg (cf. tableau 3).
Par exemple, au 1er janvier 2004, la valeur forfaitaire pour le Maroc était égale à
46,4 €/100 kg. Par conséquent, les exportateurs marocains n’avaient aucun droit de douane à
payer car cette valeur se situe au-dessus du prix de déclenchement.
Aux vues des différents exemples pris précédemment, on s’aperçoit qu’il est
toujours désavantageux pour les exportateurs d’exporter à un faible prix. En effet, même si
leurs prix sont très compétitifs par rapport aux prix communautaires, les droits de douane
appliqués dans ce cas sont tels que le prix des produits importés sur le marché sont très élevés
pour le consommateur. De ce fait, les exportateurs ont davantage intérêt à exporter à un prix
plus élevé de façon à obtenir une marge beaucoup plus importante. Ainsi, le produit pourra
17
être vendu au même prix au consommateur mais la répartition des marges sera toute autre. Le
droit de douane étant diminué voire supprimé, son montant sera en fait transféré au
producteur ou à l’exportateur. On parle de rente.
Dans un premier temps, il faut définir les pays que l’on va étudier et comparer. Ce
travail s’inscrit dans le cadre d’un projet européen portant sur l’étude des impacts de la
libéralisation des échanges agricoles entre l’UE et les pays méditerranéens. Nous
considérerons donc les pays les plus représentatifs de cette zone pour la filière tomate. Par
ailleurs, nous voulons établir un état des lieux de la filière de manière à pouvoir ensuite
envisager les perspectives d’avenir en matière d’échanges. Pour cela, il semble judicieux de
sélectionner les principaux pays producteurs de tomates et qui participent le plus aux
importations et exportations de la zone euro-méditerraéenne.
En ce qui concerne la production, les trois premiers producteurs de tomates européens
sont l’Italie, l’Espagne et la Grèce, avec des productions respectives d’environ 7, 4 et 2
millions de tonnes. De plus, l’Italie et l’Espagne comptent parmi les principaux exportateurs
européens et parmi les principaux fournisseurs de tomates de l’UE, l’Espagne étant d’ailleurs
le premier. Par contre, la Grèce participe peu aux échanges aussi bien communautaires
qu’extra-communautaires. Ainsi, nous retiendrons uniquement l’Espagne en tant que
grand producteur exportateur car elle exporte huit fois plus de tomates que l’Italie et en cas
de libéralisation totale, elle sera davantage confrontée à la concurrence des pays tiers.
Concernant les exportations, les Pays-Bas occupent la seconde place européenne,
juste derrière l’Espagne. Leurs exportations dépassent leur production car ils importent des
tomates pour les ré-exporter ensuite.
Par ailleurs, la France est le cinquième producteur et le deuxième importateur de
tomates européen. Les producteurs français sont donc directement concernés par la
concurrence communautaire et extra-communautaire. De plus, étant donné que 35 à 40% des
tomates importées par la France proviennent du Maroc, la libéralisation des échanges euro-
méditerranéens représente un enjeu majeur pour les producteurs français. En revanche, la
France exporte peu de tomates comparativement à ses partenaires européens.
Au sujet des pays tiers, le Maroc est le principal exportateur extra communautaire
de l’UE. De plus, en tant que le pays méditerranéen le plus avancé dans les négociations
concernant les exportations de tomates vers l’UE, son étude constituera un « cas d’école »
pour l’ensemble des PSEM. En outre, la Turquie occupe respectivement les troisième et
cinquième rangs mondiaux pour la production et l’exportation de tomates. La tomate est
le premier légume produit en Turquie avec plus de 9 millions de tonnes. Bien que seul le tiers
soit produit pour le frais, la Turquie dispose d’un potentiel de production et d’exportation
important. Cependant, elle exporte très peu de tomates vers l’UE. Nous chercherons donc à
expliquer pourquoi la Turquie est très peu présente sur le marché européen et comment les
choses sont amenées à évoluer en cas de libéralisation ou d’adhésion à l’UE.
Pour chaque pays, nous choisirons les zones de production les plus représentatives de
la production nationale et qui participent aux échanges euro-méditerranéens.
Au Maroc, en Espagne et en Turquie, nous étudierons respectivement la région du
Souss Massa, la région d’Almeria et les régions d’Adana et d’Antalya. Nous avons retenu ces
régions, car la production de tomates se fait essentiellement en contre-saison, sous abris
serres.
18
" Le Souss Massa est la première région primeuriste et exportatrice du Maroc.
" La province d’Almeria est la principale région espagnole productrice et
exportatrice de tomates.
" Les régions d’Adana et d’Antalya concentrent la production légumière turque
destinée à l’exportation.
La France possède trois grands bassins de production de tomates : le Sud-Est17,
l’Ouest18 et le Sud-Ouest19. Notre étude concernera essentiellement le Sud-Est et l’Ouest car
ils représentent à eux seuls 75% de la production française.
Aux Pays-Bas, les principales régions serristes sont la région de Naaldwijk, entre
Rotterdam et Amsterdam, et l’est de la région d’Eindhoven.
• COMTRADE est la base de données des Nations Unies concernant les statistiques
commerciales des produits pour tous les pays et secteurs disponibles depuis 1962.
• FAOSTAT est la base de données statistiques de la FAO. Elle couvre notamment les
domaines concernant l’agriculture, le commerce, l’alimentation et la population.
17
Bouches-du-Rhône, Drôme, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, et Vaucluse.
18
Côtes-d’Armor, Finistère et Ille-et-Vilaine.
19
Aquitaine.
20
Option citée, Latifa Redani : « Analyse du potentiel agro-exportateur marocain et des avantages comparatifs
avec l’Espagne : l’étude de cas de la tomate primeur », 2003.
19
! Part de marché à l’exportation PMXi :
PMX i = X i a UE
∑ Xi i
%
50
40
Pays-Bas
30
Espagne
20 France
10 Turquie
0 Maroc
2000 2001 2002 2003
L’analyse des données annuelles montre que l’Espagne est le principal fournisseur
de tomates de l’UE dont elle couvre entre 40 et 50% des besoins. Les Pays-Bas arrivent en
seconde position avec une part à l’importation située entre 30 et 40%.
Les principaux clients de l’Espagne et des Pays-Bas sont le Royaume-Uni et
l’Allemagne. En effet, selon les mois, les Pays-Bas réalisent entre 55 et 75% de leurs
exportations de tomates à destination de ces deux pays. Et, bien que l’Espagne se diversifie,
elle leur destine entre 30 et 45% de son volume d’exportation. Par conséquent, l’Espagne et
les Pays-Bas sont en concurrence sur le marché communautaire. Il faut également signaler
que les Pays-Bas figurent parmi les clients de l’Espagne et peuvent représenter jusqu’à 20%
de ses exportations.
La France, le Maroc et la Turquie réalisent tous des parts de marché inférieurs à
10%. Ainsi, étant donnée leur pénétration peu importante du marché, ils sont susceptibles de
se concurrencer mutuellement. Cependant, une analyse détaillée de leurs clients européens est
nécessaire pour tirer des conclusions.
20
Avec plus de 90% de ses exportations de tomates à destination de la France, le Maroc
constitue un concurrent potentiel pour les producteurs français.
Quant à la Turquie, elle exporte très peu vers l’UE. Ses principaux clients sont la
Grèce, la France et l’Allemagne, chacune représentant 3% des ses exportations. D’autre part,
elle ne représente que 0,3% des importations allemandes et moins de 1% des importations
françaises. Elle ne constitue donc pas une menace ni pour les producteurs de ces pays, ni pour
leurs autres clients. On observe toutefois une augmentation de ses parts de marché à
l’exportation alors que les autres origines dénotent plutôt une tendance à la baisse.
Par ailleurs, la France, le Maroc et la Turquie ne constituent pas de réels concurrents
pour l’Espagne et les Pays-Bas. En revanche, l’inverse est vrai dans le cas de la France car
elle destine entre 20 et 70% de ses exportations de tomates au Royaume-Uni et à l’Allemagne
selon les années. De plus l’Espagne exporte entre 10 et 20% de ses tomates en France, d’où
une concurrence pour les producteurs français et les exportateurs marocains. Par contre les
Pays-Bas exportent peu vers le marché français.
Cette analyse basée sur les données annuelles reste restrictive et donne un aperçu un
peu faussé de la réalité de la concurrence qui s’exerce sur le marché européen. En effet, ne
pas prendre en compte la saisonnalité des échanges conduit à des conclusions hâtives et
parfois erronées. C’est pourquoi, nous allons nous intéresser aux données mensuelles.
21
que les Pays-Bas réalisent leurs meilleures parts de marché à l’exportation. Néanmoins, la
France représente moins de 5% des exportations hollandaises estivales.
Graphique 7 : Place de l’UE dans les exportations de chaque pays : les parts de marché à
l’exportation sur le marché européen de la tomate.
%
100
80
Pays-Bas
60 Espagne
France
40
Turquie
20 Maroc
0
2000 2001 2002 2003
3. Ouverture et spécialisation.
3.1. L’ouverture sur l’extérieur.
% 120
100
2000
80
2001
60 2002
40 2003
20
0
France Espagne Turquie Maroc Pays-Bas
Source : COMTRADE.
Avec un taux d’ouverture sur l’extérieur supérieur à 100%, les Pays-Bas exportent
davantage de tomates qu’ils n’en produisent. Ils ré-exportent des tomates importées en
provenance des pays européens ou des pays tiers.
Le Maroc et l’Espagne exportent environ le cinquième de leur production car ils
bénéficient chacun d’un marché local qui en absorbe la plus grande partie. Mais, ils se sont
également orientés dans une stratégie exportatrice. En terme d’évolution, l’Espagne semble se
maintenir tandis que le Maroc a un taux d’ouverture sur l’extérieur qui décroît ces dernières
années. Dans le cas du Maroc, la diminution observée depuis 2000 est à imputer à une
augmentation de la production marocaine alors que les exportations, essentiellement à
21
Graphiques commentés à l’aide des chiffres concernant la production et les échanges de chacun des pays.
22
destination de l’UE, sont contingentées. Quant à l’Espagne, on constate une diminution
conjointe de sa production et des ses exportations.
La France exporte actuellement plus du dixième de sa production de tomates avec une
légère tendance à la hausse ces dernières années. En effet, en 2001 et 2002, sa production était
en baisse tandis que ses exportations étaient en hausse. Cependant, en 2003, c’est le
phénomène inverse qui s’est produit, d’où la chute du taux d’ouverture sur l’extérieur.
Enfin, la Turquie est peu orientée sur l’extérieur car le pays dispose d’une demande
nationale très importante en fruits et légumes et notamment en tomates22. Or, dans la mesure
où ce marché est rémunérateur, les producteurs ont intérêt à en faire leur priorité. Par ailleurs,
on observe une augmentation progressive de la production, parallèlement à une croissance des
exportations.
Pays-Bas
Maroc
2003
2002
Turquie
2001
2000
Espagne
France
0 10 20 30 40 50 60
Source : COMTRADE.
4. Partenariats privilégiés.
Afin de rendre compte des partenariats et des relations privilégiées qui existent entre
certains pays dans le cadre des échanges euro-méditerranéens nous nous sommes intéressés
aux stratégies commerciales des concurrents. Pour cela, lors de nos différents entretiens avec
les professionnels, nous nous sommes renseignés sur les différentes pratiques et les relations
préférentielles entre les partenaires commerciaux euro-méditerranéens.
22
La capacité concurrentielle de la Turquie en matière de fruits et légumes frais, UBIFRANCE, 2004.
23
De façon à pouvoir répondre à une demande annuelle, de plus en plus de partenariats
entre des fournisseurs locaux des pays importateurs et des fournisseurs exportateurs se créent.
Ainsi les distributeurs traitent avec un seul interlocuteur qu’ils chargent de les approvisionner
tout au long de l’année. C’est pourquoi, certains producteurs créent des joint-ventures et
d’autres s'associent avec des grossistes. Par exemple, pour fournir les enseignes anglaises
Sainsbury et Tesco, un grand groupe de producteurs anglais de haricots verts s’approvisionne
directement auprès du groupe Agri Souss, au Maroc, pendant les mois hors de son calendrier
de production. Il existe également des partenariats entre des producteurs marocains et
espagnols pour fournir les pays scandinaves.
Ces formes d’association se répandent de plus en plus du fait de l’importance
croissante de la grande distribution.
Les pourcentages figurant entre parenthèses précisent la part relative de chaque client dans
les exportations des différents pays.
Espagne : Ses principaux clients sont l’Allemagne (23%) et le Royaume Uni (20%), suivis
des Pays-Bas (17%) et de la France(15%).
Maroc : son principal client est la France, à laquelle il destine 95% de ses exportations de
tomates.
Turquie : Le marché russe (42%) et l’Arabie Saoudite (27%) sont les deux principales
destinations des exportations de tomates turques.
France : Les destinations varient beaucoup selon les années. Cependant, les principaux
clients sont l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Royaume Uni, la Suisse, la République
Tchèque et l’Espagne.
24
II. PROBLEMATIQUE ET METHODOLOGIE.
A. PROBLEMATIQUE.
B. OBJECTIFS DU TRAVAIL.
23
Voir Les principales régions des pays étudiés, §. I. C. 2. p. 14 et 15.
25
Nous comparerons les filières nationales. Cette méthode aboutira à une comparaison
des différences de compétitivité pour chaque activité de la filière. Les pays du Sud sont-ils
beaucoup plus compétitifs que les pays du Nord en termes de coûts de production ? Le cas
échéant, n’existe-t-il pas des freins au développement de l’activité d’exportation dans les pays
du Sud : coûts liés au transport, gamme de produits limités, absence d’aide et de conseil,
méconnaissance des marchés potentiels, réglementations et législation des pays, compétitivité
prix, coûts liés à la prospection commerciale? Les avantages des pays du Nord ne pourraient-
ils pas résider dans la recherche et l’innovation, les infrastructures ou bien dans les stratégies
commerciales ? Afin de répondre à ces questions, nous tenterons de mettre en évidence pour
chaque pays les faiblesses et les forces ainsi que les opportunités et les menaces.
Nous nous baserons sur un point central vers lequel rayonnent les principaux flux
d’échanges. Pour les flux terrestres en provenance d'Espagne et du Maroc et à destination de
l’UE la France est le passage obligé. Ainsi, 3,4 millions de tonnes de fruits et légumes passent
par la côte Est et Perpignan, contre moins de 300 000 tonnes par la côte Ouest. Le marché de
Saint Charles à Perpignan joue donc le rôle de plate-forme multimodale d’intérêt européen.
Saint Charles International commercialise aujourd'hui plus de la moitié des flux venant du
Sud et assure le traitement et la répartition sur tout le continent européen y compris les pays
de l'Europe de l'Est. Par conséquent, il constitue le lieu idéal pour comparer les filières
d’exportation en provenance des PSEM avec les filières intra-communautaires. De plus, les
coûts de transport depuis le Maroc et l’Espagne pourront être comparés au niveau d’une
même destination.
C. APPROCHE METHODOLOGIQUE.
Seuls les éléments communs à tous les pays seront ici pris en compte, les caractéristiques
propres à chaque pays seront détaillées dans la partie suivante.
Définition : "La filière concerne l'ensemble des agents (entreprises et administration) et des
opérations (production, transformation, répartition, financement) qui concourent à la
formation et au transport d'un produit ou d'un groupe de produits jusqu'à un stade final
d'utilisation, ainsi que les mécanismes d'ajustement des flux des produits et des facteurs de
production24."
Le schéma suivant met en évidence les relations existant entre les principaux
opérateurs aux différents stades de la filière. Cependant, selon les pays et les circuits de
commercialisation, certains des acteurs mentionnés ici n’interviendront pas.
Nous nous sommes appuyés sur l’organisation de la filière pour construire notre
approche méthodologique. Notre analyse a intégré les différents stades afin de tenir compte de
l’ensemble des facteurs qui déterminent la compétitivité d’une filière d’un pays.
24
Source : Adepta / Panorama de l'agriculture et des IAA.
26
PRODUCTION IMPORTATION
EXPEDITION Transport
PLATE-FORME DE GROUPAGE
Groupage / Entreposage / Préparation de commandes / Transport - Affrètement
OPERATEURS
LOGISTIQUES Transport Entreposage Fonctions intégrées
par certains
PLATE-FORME D’ECLATEMENT importateurs,
commissionnaires et
négociants.
Transport
GROS
GROSSISTES EXPORTATION CENTRALES D’ACHAT
Transport Transport
Pour pouvoir être introduites sur le marché communautaire, les tomates importées doivent
répondre aux mêmes normes que les tomates produites et commercialisées par les producteurs
européens. Ces normes concernent la catégorie, le calibre et la traçabilité.
Ainsi, dans le cas de la mise en marché des produits importés, un certain nombre
d’opérateurs sont à prendre en considération en plus des opérateurs identifiés pour la filière
nationale. Il faut en effet tenir compte des intermédiaires qui assurent l’introduction des produits
sur le marché importateur. On distingue notamment les exportateurs et les importateurs par
lesquels se font les transactions commerciales. Il faut également prendre en compte les fonctions
de transport et de dédouanement respectivement prises en charge par les transporteurs et les
transitaires en douane. Mais, il arrive parfois que certaines de ces opérations soient effectuées par
un même opérateur de façon à limiter les intermédiaires.
Les acteurs impliqués dans le mécanisme d’importation sont l’exportateur et
l’importateur. En simplifiant un peu les choses, supposons qu’un importateur veuille acheter une
certaine quantité de tomates en provenance d’un pays tiers. Il va donc faire appel à un
exportateur qui va lui fournir la marchandise dont il a besoin. Cet exportateur va alors acheter la
quantité de tomates souhaitée à un producteur (ou à une organisation de producteurs), à un prix
p, de façon à satisfaire la demande de l’importateur. Mais, ce n’est évidemment pas à ce prix que
les tomates seront commercialisées ensuite sur le marché national car le prix devra également
intégrer les marges des différents intermédiaires ainsi que le droit de douane à appliquer à la
marchandise importée.
En tenant compte des principaux intermédiaires intervenant dans les échanges, le schéma
suivant donne un aperçu simplifié de ce que paie et gagne chacun :
mM mM
mX mX mX
T T
mP mP Pp° Pp°
Cp° Cp° Pp°
Il s’agit alors de distinguer clairement les notions de compétitivité prix et hors prix27.
La compétitivité prix est la capacité à proposer, sur le marché, des produits à des
prix inférieurs à ceux de ses concurrents. Elle se rapporte à l’analyse comparée des coûts et
des prix d’une économie par rapport aux économies avec lesquelles elle entre en
concurrence. Selon Bismut et Oliveira Martins (1986), l’avantage en termes de coûts ou de prix
se traduit par une meilleure position du pays sur le marché international. Afin d’estimer la
compétitivité prix nous procéderons donc aux calculs des coûts de revient et à la détermination
de la structure de ces coûts de façon à identifier les postes qui absorbent le plus de charges.
Autrement dit, nous évaluerons les coûts de production et de conditionnement nationaux
auxquels il faudra rajouter les coûts de transport à l’exportation. Cependant, les potentialités
25
Boudiche, Bornaz, Kachouri, 2003.
26
Option citée, Latifa Redani : « Analyse du potentiel agro-exportateur marocain et des avantages comparatifs avec
l’Espagne : l’étude de cas de la tomate primeur », 2003.
27
Afin de distinguer les deux notions, nous nous sommes appuyées sur des notes de cours disponibles en lignes sur
le site du Lycée Montesquieu à Blanquefort : http://www.ac-bordeaux.fr/Etablissement/SudMedoc/ses/index.htm.
29
naturelles et les dotations en facteurs influencent directement les coûts, tout comme l’appui
institutionnel. Nous devrons donc en premier lieu étudier ces aspects de façon à identifier les
avantages et inconvénients des différents pays étudiés. Cependant, dans la mesure où les coûts
comparés seront exprimés en monnaies nationales, il faudra les convertir dans une monnaie de
référence. Dans la mesure où notre étude concerne le marché européen, nous retiendrons l’euro
comme monnaie de référence.
Tomates
Tomates
locales
importées
Marché
Coûts de production d’importation Coûts de production
+ Coûts d’expédition pays + Coûts d’expédition exploitation
d’origine ! plate-forme ! centre de consommation
d’éclatement européenne
+ Coûts d’expédition plate-
forme européenne ! pays
importateur
Pour répondre à nos objectifs nous avons d’abord réalisé une étude bibliographique afin
de comprendre le concept de compétitivité d’une filière. Cela nous a permis de constituer une
revue de littérature dans laquelle figurent différentes approches de la compétitivité utilisées dans
le cadre d’études économiques par des organismes internationaux, des entités nationales ou
encore par la communauté scientifique. Ainsi, des sites Internet, des bases de données
internationales, des documents officiels, des études économiques, des articles, des mémoires et
des ouvrages sur l’économie internationale ont été consultés.
30
3.1. Etude de la compétitivité prix.
Toutes les informations relatives aux avantages inhérents aux pays concernant les atouts
naturels, économiques et institutionnels ainsi que la disponibilité de la main d’œuvre ont été
recueillies de manière différente selon les pays. Pour l’Espagne, les Pays-Bas et la Turquie, les
sources sont principalement issues d’articles et d’études réalisées par des chercheurs ou des
professionnels de la filière. Concernant la France et le Maroc, nous nous sommes également
appuyés sur les études existantes, mais aussi sur des renseignements obtenus au cours des
enquêtes téléphoniques et de terrain que nous avons menées auprès des professionnels de la
filière.
3.1.1. Etude des coûts de revient : la collecte des données diffère d’un
pays à l’autre.
Les coûts de production retenus sont ceux figurant dans l’audit de la filière fruits et
légumes réalisé conjointement par Oniflhor et le cabinet d’études Ernst&Young. Ils concernent
la production de tomates sous serre. Nous nous sommes également appuyé sur le compte-rendu
de voyage réalisé par les techniciens du service maraîchage de la Chambre d’agriculture du
Roussillon dans le cadre d’une étude sur l’évolution de la filière tomate en Bretagne et aux Pays-
Bas. Enfin, ces chiffres ont été confirmés par une étude qui nous a été fournie gracieusement par
deux chercheurs espagnols, Jaime de Pablo Valenciano du département d’Economie appliquée de
l’Université d’Almeria et Juan Carlos Pérez Mesa, du service d’études et de statistiques de la
COEXPHAL.
Les coûts de transport internationaux pour les exportations de tomates hollandaises sont
tirés d’une étude menée par les deux chercheurs espagnols mentionnés ci-dessus.
Les coûts de production de la tomate sous serre auxquels nous nous référons proviennent
de deux sources : l’audit de la filière fruits et légumes d’Oniflhor, d’une part, et les enquêtes de
J. de Pablo Valenciano et J.C Pérez Mesa, d’autre part.
Les coûts de commercialisation sur le marché français sont ceux utilisés par Latifa
Redani dans sa thèse de Master of Science du CIHEAM : « Analyse du potentiel agro-
exportateur marocain et des avantages comparatifs avec l’Espagne : Etude de cas de la tomate
primeur ». En revanche, ceux mentionnés dans le cas du marché allemand sont tirés de l’étude de
J. de Pablo Valenciano et J.C Mesa.
Les coûts de transport à destination de Perpignan sont également ceux utilisés par Latifa
Redani dans le cadre de son étude. Ils nous ont été confirmés par Michel Puntunet de l’entreprise
de transport Guanter&Rodriguez, située sur le marché international Saint Charles à Perpignan.
31
! Dans le cas de la Turquie :
Une étude réalisée par UBIFRANCE sur la capacité concurrentielle de la filière fruits et
légumes turque, donne un coût de revient global pour la tomate de plein champ et sous serre.
Afin de les compléter et d’avoir une idée de la structure de ces coûts, nous nous sommes basés
sur des études économiques réalisées par des étudiants turcs de l’Université d’Izmir. Cependant,
il convient ici de relativiser ces données dans la mesure où elles ont été établies dans la région
d’Izmir, dont l’essentiel de la production n’est pas destiné à l’exportation, contrairement à la
région d’Antalya. De plus, le dépouillement des enquêtes et l’interprétation des données
économiques ont été fastidieux et incertains du fait de nombreuses erreurs, de données non
pertinentes et du manque de précision de certains enquêteurs.
Les coûts de conditionnement résultent eux aussi des enquêtes réalisées par les étudiants.
Enfin les coûts de transport entre la Turquie et le marché européen sont très difficiles à
évaluer. D’une part, car la France importe peu de tomates turques et d’autre part car les tomates
d’origine turque à destination de l’UE ne passent pas nécessairement par les plates-formes
françaises. Les chiffres figurant dans cette étude sont donnés à titre indicatif. Ils ne sont
certainement pas exacts mais tendent à se rapprocher de la réalité. Leur calcul a été possible
grâce aux informations fournies par M. Montigaud de l’INRA de Montpellier.
28
Chambre d’agriculture, n°943, Mai 2005.
32
3.1.2. Etude des performances commerciales des pays concurrents
sur le marché euro-méditerranéen.
Pour étudier les performances commerciales des différents pays, nous avons analyser les
différences de prix entre les concurrents sur leur marché commun. Le marché international de
Saint Charles à Perpignan étant la première plate-forme d’éclatement européenne en matière de
fruits et légumes, nos calculs concernant la comparaison de l’Espagne, du Maroc et de la France
sont basés sur les prix de vente par origine fournis par le SNM de Perpignan. En revanche, le
marché allemand de Francfort a servi de référence pour la comparaison de l’Espagne et des Pays-
Bas. L’Allemagne est en effet l’une des principales destinations des exportations espagnoles et
hollandaises et le Service des Nouvelles des Marché français fournit les cotations sur le marché
de Francfort.
29
Voir Liste des personnes contactées et rencontrées pendant le stage, en annexe.
33
III. LA COMPETITIVITE HORS-PRIX DES PAYS-BAS, DE LA
FRANCE, DE L’ESPAGNE, DU MAROC ET DE LA TURQUIE :
TECHNICITE, ORGANISATION ET COMMERCIALISATION.
Dans ce paragraphe, nous décrirons les principaux modèles d’exploitations présents dans les
régions étudiées en insistant sur les surfaces et le cadre productif. Le paragraphe suivant
abordera de façon plus détaillée les différents types d’abris, les équipements techniques utilisés
pour la conduite de la culture et les rendements correspondants à ces systèmes productifs.
30
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
31
La tomate en Hollande et en Bretagne, Chambre d’Agriculture du Roussillon, 2004.
32
Observatoires des exploitations légumières, Oniflhor, 2003.
34
entre 2 et 10 ha et un peu plus de 20 % possédaient plus de 10 ha. En revanche si on considère
les superficies, les exploitations de plus de 10 hectares représentent plus de 60% de la superficie
de tomates sous serres et celles entre 2 et 10 hectares. Mais si on affine davantage le découpage
des superficies, on s’aperçoit que les exploitations ayant une superficie entre 2 et 5 hectares sont
les plus répandues (près de 35%) suivies par celles disposant d’une surface entre 5 et 10 hectares
(25%).
Par ailleurs, au Maroc, quelle que soit la taille des exploitations, elles produisent en
général deux à trois cultures, dont souvent la tomate et le haricot vert et/ou la courgette. Il faut
donc relativiser les chiffres précédents car ils ne concernent que les superficies cultivées en
tomates. Autrement dit la taille réelle des exploitations est souvent supérieure. Cependant, la
superficie consacrée à la tomate reste la plus importante dans les exploitations diversifiées. Il
existe néanmoins des exploitations spécialisées dans une seule culture34. Mais, rares sont celles
qui le sont en tomates car il faut pouvoir produire des volumes importants durant tout le
calendrier d’exportation pour se positionner. Néanmoins, les producteurs qui s’installent,
débutent généralement par cultiver uniquement 2 à 3 hectares de tomates pendant quelques
années. Les autres exploitations spécialisées en tomates sont de petite taille (< 2ha) et
approvisionnent seulement le marché local. Mais ce type d’exploitations tend à disparaître car le
marché local est peu rémunérateur.
Les conditions climatiques favorables dans les pays du sud de la Méditerranée permettent
la généralisation des serres dites traditionnelles. Ainsi, au Maroc, en Espagne et en Turquie, on
observe à la fois des cultures de plein champ, principalement destinées à la production de saison,
et des cultures sous abris pour la production de contre-saison. Dans le cas de la production
primeuriste, il s’agit de serres dites traditionnelles qui ne comportent ni systèmes de chauffage,
de ventilation ou d’hydroponie. Ainsi, les systèmes de production rencontrés dans ces pays
nécessitent des niveaux d’investissements peu élevés.
" En Espagne :
33
Voir en annexe, « Typologie des exploitations de tomates primeurs dans la région du Souss Massa en fonction de
la superficie », p. 14.
34
Les spécialisations concernent des cultures telles que le maïs doux, le poivron jaune ou encore le haricot vert. Ce
sont des cultures plus rémunératrices et qui peuvent être rentables avec de plus petits volumes que la tomate.
35
Conférence Méditerranéenne sur les nouvelles techniques des cultures protégées, mai 2004.
35
caractéristiques du climat optimales et de parvenir à des potentiels de production variant entre 10
et 16 kg/m² pour une production sur sol sous abris plastique36.
Par ailleurs, le sol de la région étant peu fertile, la production sur sol artificiel est
largement répandue et le système le plus utilisé est « l’enarenado »37. D’autres substrats tels que
la laine de roche, la perlite ou la fibre de coco sont également utilisés pour la production hors sol
mais leur coût est supérieur et ils restent minoritaires.
Il existe également en Espagne des structures modernes en verre avec automatisation des
fenêtres et des équipements technologiques de pointe38 (systèmes de réfrigération, de chauffage,
d’injection de CO2 et de mécanisation des tâches). Néanmoins, ce type de serre reste très
minoritaire. Son utilisation s’explique par le fait que sous des abris plastiques, l’atmosphère ne
peut être contrôlée. Or, du fait de l’utilisation progressive de variétés à haut potentiel et des
conditions climatiques défavorables de ces dernières années, certains producteurs espagnols
s’engagent dans cette voie pour garantir une bonne campagne.
" En Turquie :
" Au Maroc40 :
36
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
37
Ce procédé consiste à incorporer sur le sol une première couche de terre végétale de 20 cm d’épaisseur, recouverte
de fumier sur lequel est superposée une couche de sable de 10 cm d’épaisseur. Un tel sol a une durée de vie de 10
ans et tous les 3 ans le fumier est renouvelé.
38
Zins Beauchesne et associés, mars 2002.
39
Réussir fruits et légumes, mai 2005, n° 240.
40
Informations recueillies auprès des professionnels de la filière lors de notre mission au Maroc.
41
D’une superficie au sol variant entre 0,5 et 1 ha.
36
1.1.2. Au Nord, des abris mieux isolés pour une production douze
mois sur douze.
" En France42 :
La France constitue un cas intermédiaire entre les pays du Sud et les pays du Nord tels
que les Pays-Bas. En effet, bénéficiant d’un climat plutôt clément le Sud de la France présente
encore des cultures de plein air (plus de 400 ha) et des cultures sous tunnels froids (environ 350
ha). Cependant, les cultures sous serres chauffées sont largement majoritaires (environ 700 ha).
En Bretagne en revanche, la culture de plein air a pratiquement disparu et l’essentiel de la
production est réalisé sous des serres hautes chauffées qui sont généralement recouvertes d’un
matériau rigide et disposent de systèmes modernes de chauffage, de ventilation et de fertigation.
Ainsi, en France 60% de la production de tomates est réalisée sous serres, d’où des
niveaux d’investissements et de charges très élevés (entre 60 et 77 €/m²).
Les surfaces cultivées en tomates occupaient 2 829 ha en 2004, dont 1 418 hectares sous
serres chauffées43, 664 ha sous serres froides et 747 ha de plein air. Ainsi, plus de 60% de la
production française de tomates est réalisée sous serres. Néanmoins, il peut y avoir des
différences de rendements importantes, pouvant atteindre 10 kg/m², entre les nouvelles et les
anciennes serres. Les systèmes productifs bretons sont d’ailleurs plus performants que ceux du
Sud, leurs rendements pouvant atteindre 52 kg/m² contre 40 à 45 kg/m² dans le Sud44. La
majorité des exploitations ont investi dans des serres hautes, des serres basses, des multichapelles
et dans une très faible mesure dans des tunnels plastiques.
La production est réalisée presque exclusivement sous serre et à 98% sur substrat.
Néanmoins, environ 40% de ces serres sont vieilles et nécessitent d’être remplacées45.
Tout comme la Bretagne, les Pays-Bas ont investi dans des structures modernes du fait
d’un climat moins clément que celui du pourtour méditerranéen. Les tomates hollandaises son
donc cultivées sous des serres modernes dont les équipements sont parmi les plus sophistiqués :
ventilation et chauffage automatisés, éclairage d’appoint, enrichissement carboné, brumisation et
fertigation informatisée.
Finalement, les abris plastiques traditionnels sont généralisés au Sud tandis que les
abris mieux isolés et les serres modernes en verre sont plus répandues au Nord.
Que ce soit l’Espagne, la Turquie ou le Maroc, les rendements moyens n’atteignent pas
plus de 15 kg/m²46 tandis qu’ils se situent entre 40 et 52 kg/m² en France et sont supérieurs à 55
kg/m² aux Pays-Bas.
La tomate étant une plante assez sensible à la fois au déficit hydrique et à l’excès d’eau,
une irrigation maîtrisée est nécessaire au bon développement de la culture. Or, pour des pays
comme le Maroc et l’Espagne, où les ressources en eau sont rares, il a fallu mettre en place des
42
Oniflhor, Ernst&Young, 2003.
43
Les serres chauffées représentent respectivement 60 et 80 des surfaces en serres du Sud-Est et de l’Ouest.
44
Pour des serres en verre. Oniflhor, Ernst&Young, 2003.
45
Oniflhor, Ernst&Young, 2003.
46
Oniflhor, Ernst&Young, 2003.
37
systèmes d’irrigation permettant d’économiser l’eau. Les systèmes d’irrigation localisée se sont
donc généralisés. Ainsi, toutes les exploitations maraîchères du Souss Mass sont désormais
équipées de systèmes de goutte à goutte. La différence réside ensuite dans la modernité des
systèmes utilisés. En effet, toutes les exploitations ont recours à la fertigation (fertilisation par
irrigation) mais la dose d’engrais apportée et son mode d’administration diffèrent. Certains
utilisent des systèmes plus ou moins traditionnels et réalisent eux-mêmes les mélanges dans une
cuve qui sert pour toutes les serres. D’autres ont adopté un système de mélanges avec plusieurs
cuves correspondant chacune aux différents secteurs et il existe aussi des stations de tête
informatisées qui calculent les besoins de chaque plant en fonction de son stade de croissance.
Toutes ces pratiques permettent donc une gestion plus rigoureuse et économe de l’eau. Par
conséquent, selon le professeur Hafidi de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II
d’Agadir, il semble qu’avec les moyens actuels, les économies d’eau par les méthodes
d’irrigation des cultures maraîchères aient atteint leurs limites dans le Souss Massa. En Espagne,
on constate également une bonne maîtrise des systèmes d’irrigation ; le système d’irrigation au
goutte à goutte est généralisé aujourd’hui car il permet une économie d’eau de 30%.
Par ailleurs, aussi bien en Bretagne qu’aux Pays, la fertigation informatisée est largement
généralisée. Elle est également fréquemment utilisée au Maroc et en Espagne mais cette
technique n’est pas encore d’actualité en Turquie47.
Lors de notre mission au Maroc, nous nous sommes rendus compte de capacité
d’assimilation des techniques dont font preuve les agriculteurs du Souss Massa. Les apports
étrangers sont également vecteurs de technologie. Le cas du groupe Azura en est l’exemple
parfait puisqu’il a été créé sur l’initiative d’un producteur breton qui a exporté son savoir-faire et
sa technique au Maroc pour pouvoir produire toute l’année. Les Espagnols qui investissent
actuellement dans le secteur contribuent eux aussi à l’apport de nouvelles techniques.
Cependant, c’est grâce à la traçabilité que la profession s’est organisée et structurée. Par
ailleurs, des maladies dévastatrices tel que le TYLC, ont conduit les producteurs marocains à
intégrer des techniques plus performantes. Lors de l’apparition du virus TYLC, les agriculteurs
se sont réunis et ont formé des ateliers afin de se partager le travail et de collaborer. Ils se sont
d’abord renseignés sur le virus en réalisant une bibliographie et chacun a ensuite expérimenté
diverses solutions. La communication entre eux a alors été très efficace et des campagnes
d’informations ont été organisées : affichage sur les routes, comités techniques sur l’initiative de
l’Apefel, etc. A force d’expériences et de conseils, les producteurs sont parvenus à vaincre ce
fléau.
Par ailleurs, le transfert de technologie se réalise aujourd’hui grâce à plusieurs réseaux.
Dans un premier temps, l’Apefel joue un rôle important de vulgarisation et d’information en
organisant des ateliers, des séminaires et des formations. Il cible l’information au niveau de la
station de conditionnement qui est un passage quotidien obligatoire pour le producteur afin de
suivre sa production et s’enquérir des prix du jour. L’Office et les sociétés de produits
phytosanitaires et d’engrais sont également des acteurs clés de diffusion de l’information.
Durant ces dernières années, le secteur de la tomate au Maroc a connu une forte sélection.
Ainsi, 80% des petits producteurs ont progressivement disparu car ils n’avaient pas la capacité
d’absorber la technique et en particulier celle requise pour répondre aux exigences de traçabilité.
Jusqu’en janvier 2005, la certification n’était encore qu’une recommandation mais en janvier
47
Zins Beauchesne et associées, mars 2002.
38
2006, elle deviendra une obligation. En imposant des réglementations strictes, l’Union
européenne a indirectement encouragé les producteurs marocains à améliorer leurs techniques.
Par ailleurs, dans la mesure où le secteur agricole est exonéré d’impôts sur le revenu, de
nombreuses personnes ayant un capital (cadres, médecins, pharmaciens, notables, etc.) ont
cherché à investir dans le secteur de la tomate il y a quelques années. Mais étant donné le
processus d’évolution de la technicité et les crises traversées ces dernières années par le secteur
(TYLC, sécheresse, etc.), seuls les producteurs attachés à leurs terres et qui vivent uniquement de
l’activité agricole subsistent.
Cependant, la technicité n’est plus un critère de sélection. Aujourd’hui, la sélection
s’opère selon la spécialisation et les performances. La spécialisation découle de l’adaptation à la
demande et la performance repose sur l’augmentation des rendements et la diminution du coût de
revient. Pour ce faire, les agriculteurs du Souss Mass emploient de plus en plus de cadres. On
assiste donc à une absorption de la main d’œuvre par le secteur et la tendance va même jusqu’à
la spécialisation par fonction (traçabilité/certification, protection phytosanitaire, fertigation).
Finalement, on constate que ces trois pays bénéficient d’un encadrement technique
efficace et compétent conjointement à l’utilisation massive d’une main d’œuvre ouvrière moins
qualifiée mais néanmoins efficace. Le Maroc se distingue cependant grâce à l’autonomie acquise
par les professionnels du secteur vis à vis des institutions techniques.
48
Société Agricole des Services au Maroc.
39
d’exploitation qui a le plus de responsabilités; il est à la fois chef de culture et responsable de
l’encadrement du personnel.
Ces informations sont à relativiser par rapport à la définition du statut de cadre de part
et d’autre de la Méditerranée.
La raison pour laquelle les pays ne bénéficient pas d’un même appui de la part du
secteur de la recherche réside essentiellement dans le financement qui lui est destiné.
On constate dans la plupart des PSEM, une faible implication des pouvoirs publics dans
la recherche et le développement pour le secteur maraîcher49. Le transfert technique n’est donc
pas assuré par les institutions et les organismes de recherche. Au Maroc et en Turquie, les
producteurs déplorent un manque d’appui institutionnel en faveur de la recherche et du
développement avec pour conséquence une dépendance de ces pays à l’égard de la génétique
étrangère.
C’est pourquoi dans la plupart des pays, les investissements proviennent du secteur privé.
Ainsi, les producteurs marocains voyagent et communiquent entre eux de sorte que c’est
désormais le secteur privé qui investit dans le développement et la technicité. Le secteur
bénéficie donc d’une grande réactivité grâce au pragmatisme des professionnels et au transfert
informel d’informations. Les Marocains ne bénéficiant pas de subventions, leur motivation et
leurs efforts en sont d’autant plus volontaires et efficaces.
Quant à la Turquie, la recherche variétale financée par les pouvoirs publics par
l’intermédiaire des fermes d’Etat ne fonctionne pas. Cependant, deux des principaux instituts de
recherche en matière de fruits et légumes ont entrepris de collaborer avec le secteur privé50. Par
ailleurs, même si la recherche turque est encore peu développée, elle est porte néanmoins sur des
légumes tels que la tomate et le concombre.
49
Selon les dires des professionnels marocains, UBIFRANCE (2004).
50
UBIFRANCE, avril 2004, La capacité concurrentielle de la Turquie en matière de fruits et légumes frais,.
51
Oniflhor, Ernst&Young, 2003.
40
l’adaptation aux contraintes de production et d’exportation ainsi qu’aux attentes des
consommateurs.
Ainsi, la R&D participe à l’amélioration des rendements, au choix des variétés en
fonction des contraintes climatiques ou logistiques. Elle contribue également à la recherche
d’une meilleure qualité visuelle et gustative ainsi qu’à l’élargissement de la gamme en terme de
segmentation du produit.
Cependant, selon les pays, l’apport de la R&D en terme de transfert technique ou
stratégique diffère de manière importante.
La recherche d’une adéquation entre l’offre et la demande est davantage un souci exprimé
par les pays du Nord de la Méditerranée. Les Pays-Bas sont d’ailleurs les leaders incontestés
dans ce domaine dans la mesure où ils s’intéressent de près aux attentes des consommateurs par
le biais de panels de consommateurs et de relations avec la grande distribution. De plus, les
opérateurs responsables de la mise en marché collaborent avec la R&D.
En France, on constate un lien étroit entre la R&D et les attentes du marché d’un point de
vue technique et logistique uniquement. En effet, la recherche s’applique avant tout à créer des
variétés à haut rendement et de bonne conservation, négligeant de ce fait l’amélioration des
qualités organoleptiques au même titre que l’Espagne. Néanmoins, l’Espagne n’investit pas non
plus dans la recherche de variétés plus productives.
Enfin, en matière de segmentation, le Maroc rejoint depuis quelques années les pays
européens. Cependant, la France et les Pays-Bas se démarquent des autres pays en ciblant
davantage la production de niches à fortes valeurs ajoutées. En effet, les tomates cerises, cerises
grappes ou encore grappes cocktail sont des segments de gamme vers lesquels les producteurs
français et hollandais s’orientent de plus en plus. En Espagne, la segmentation est également
généralisée, mais du fait du faible niveau d’équipement, le standard qualitatif reste basique.
Par ailleurs, si la culture hors sol est largement répandue en Espagne, en France et aux
Pays-Bas, ce n’est pas encore le cas au Maroc et en Turquie. Néanmoins, cette technique
commence à voir le jour dans certaines régions de ces pays. Ainsi, les régions de production du
Nord du Maroc expérimentent cette technique depuis une vingtaine d’années. Plus récemment, la
production hors sol semble être également amenée à se développer en Turquie où elle permettrait
une amélioration des rendements de plus de 30%, des produits de meilleure qualité, une moindre
utilisation des intrants ainsi qu’un calendrier de production plus étendu55.
53
Réussir fruits et légumes, mai 2005, n°240.
54
Zins Beauchesne et associés, mars 2002.
55
Réussir fruits et légumes, mai 2005, n°240.
56
Cf. Mission au Maroc, entretiens avec les professionnels de la filière, 11 au 17 juillet 2005.
42
3.3.4. L’interdiction du bromure de méthyle s’est révélé décisive pour
les producteurs marocains.
Les producteurs maraîchers marocains et turcs ont des rendements moyens à peu près
équivalents, de 15 kg/m².
Les producteurs marocains estiment qu’en gardant les superficies actuelles plutôt que de
faire des extensions, ils sont en mesure d’accroître les rendements et d’atteindre 300t/ha à
condition d’optimiser à la fois la technologie et les infrastructures. Ainsi, en cas de libéralisation,
ils espèrent pouvoir multiplier la production par deux en allant produire de la tomate au Nord du
pays. Mais cette hypothèse reste incertaine car bien qu’il n’y ait pas de problème d’eau, la
technique et la main d’œuvre sont des facteurs limitants.
Les producteurs turcs espèrent également augmenter leurs rendements de 30% en passant
au hors sol.
1. L’organisation de la production
57
Redani, 2003.
43
De plus, les agriculteurs de la province d’Almeria se sont réunis au sein de l’APAL58 qui
défend les intérêts des coopératives et assure la coordination avec le secteur privé ou public. Elle
agit également en tant que prestataire de services. Par ailleurs, les établissements privés59 chargés
de la vente aux enchères des fruits et légumes des agriculteurs indépendants ont formé
l’association ECOHAL, qui fait elle-même partie d’une agence de conseil, l’ASAMPHAL.
Cependant, parmi toutes ces formes d’organisation de la profession, il faut souligner une
concurrence interne au sein de la filière et un réel manque de coordination.
Au Maroc, ces dernières années ont été marquées par une prise de conscience de
l’importance d’une coopération et d’une fédération des producteurs. C’est pourquoi, les petits
producteurs isolés ont disparu et ceux qui ont su s’intégrer et se regrouper ont réussi à gagner des
parts de marché. Ainsi, les agriculteurs se sont regroupés par affinité au sein de coopératives
disposant de leur propre station de conditionnement. Lorsque la station est créée sur l’initiative
d’un grand groupe ou d’un gros producteur qui gère sa propre production et celle d’affiliés, il
s’agit généralement d’une société anonyme. En revanche si la station est crée par un groupe de
petits ou de moyens producteurs qui se réunissent pour conditionner leurs propres productions, il
s’agit d’une coopérative. Dans ce cas, soit la coopérative assure elle-même la commercialisation
de ses produits soit elle le fait par l’intermédiaire d’un des groupes61.
Par ailleurs, l’Apefel recense 500 adhérents dont 400 exportateurs répartis au sein de 11
groupes exportateurs. Elle est chargée de diffuser l’information concernant la filière fruits et
légumes auprès des opérateurs de la filière. Ainsi, elle réalise régulièrement des notes
58
Association provinciale des groupements d’agriculteurs de la région d’Almeria.
59
En Espagne, ces établissements sont désignés sous le terme de alhondigas.
60
Faudrin, J.C, et al., 2003.
61
Distibucion y consumo, noviembre-diciembre 2004.
44
d’informations, met à jour les bases de données disponibles pour les producteurs (produits
phytosanitaires, variétés…) et organise des campagnes de vulgarisation.
Ne bénéficiant pas de réel appui institutionnel, les producteurs marocains de fruits et
légumes se sont organisés indépendamment en créant des coopératives et des organisations sur
leur propre initiative.
Contrairement au Maroc, la Turquie souffre d’une faible organisation et d’un manque
d’unités d’expédition. Ce phénomène est d’ordre sociologique car en Turquie, les formes
d’association et de partenariat ne sont pas répandues62. Il existe trois formes de coopératives en
Turquie, mais aucune ne correspond à l’image que nous avons en Europe. En effet, le modèle
turc est très opaque et fortement lié aux Pouvoirs Publics de sorte que ces coopératives n’incitent
pas à la rentabilité de la production. Ainsi, dans le secteur des fruits et légumes, agrumes et
olives exceptés, les agriculteurs turcs sont isolés et n’ont aucun pouvoir de négociation face aux
acteurs commerciaux. Cependant, la création de groupements de producteurs est officiellement
prévue en vue de l’adhésion à l’UE.
Au Maroc63, dans le secteur de l’exportation, on peut considérer que le marché est séparé
en deux, d’après M. Jamal Merzouk64. Le groupe Tazi, qui regroupe les marques Idyl et Azura,
représente environ 30% du marché tandis que les 70% restants correspondent aux autres groupes
et coopératives affiliées (50%) et à des producteurs autonomes pour (20%). Cependant, ce
schéma est appelé à évoluer car le groupe Tazi a, semble-t-il, atteint les limites de l’intégration.
Le groupe ne veut plus investir dans sa propre production, car plus la taille augmente plus la
maîtrise de la technique devient difficile. Il préfère donc investir chez ses apporteurs dont la
taille réduite permet encore d’améliorer la technicité. Ainsi, il recherche constamment de
nouveaux apporteurs pour accroître ses volumes de vente. Ceci a pour effet positif de permettre à
certains producteurs de ne pas disparaître.
On distingue en fait trois types de groupes exportateurs :
! Les groupes intégrés possèdent leurs propres exploitations et leurs propres stations de
conditionnement qui sont généralement de grande dimension et très modernes. Ils disposent en
outre de leurs propres infrastructures logistiques et commercialisent leur production sous une
seule marque. De plus ces groupes sont financés en partie par des investissements étrangers.
! Les groupes intégrés mixtes conditionnent à la fois leur propre production et celle
d’autres producteurs. Il arrive également qu’ils commercialisent les produits de stations de
conditionnement indépendantes.
! Les groupes intermédiaires ne disposent pas de leurs propres exploitations. Ils
commercialisent les lots conditionnés dans des stations indépendantes.
62
UBIFRANCE, 2004.
63
Voir en annexe « Organisation de la profession dans la filière tomate au Maroc », p. 15.
64
Groupe Les Domaines agricoles, au Maroc.
45
Ces groupes se sont ensuite regroupés pour des frets en commun.
Par ailleurs, l’EACCE (Etablissement Autonome de Contrôle et de Coordination des
Exportations) est chargé du contrôle de qualité, du respect des contingents et du suivi des lots
destinés à l’exportation. Il s’agit d’un établissement de contrôle indépendant co-administré par le
gouvernement et les professionnels de la filière. Il a été créé suite à la démonopolisation de
l’OCE (Office de Commercialisation et d’Exportation) afin d’assurer la neutralité et l’objectivité
des opérations de contrôle technique ainsi que la coordination des exportations. Le contrôle
s’effectue à la station de conditionnement quand l’expédition se fait par bateau et au port ou à
l’aéroport dans le cas d’expéditions maritimes ou par voie aérienne.
Enfin, l’ASPEM (Association des Producteurs et Exportateurs de Primeurs au Maroc) est
la représentation professionnelle des producteurs exportateurs marocains dans le secteur du
maraîchage.
65
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
66
Distribucion y consumo, noviembre-diciembre 2004.
46
Les Pays-Bas semblent également avoir bien intégré la gestion collective des fonctions de
conditionnement et d’expédition. Les producteurs hollandais se regroupent pour investir dans la
mécanisation ainsi que dans des outils collectifs plus performants. En Espagne, en revanche, il
n’y a pas de lien entre les stations et les métiers d’expédition, d’où une rupture dans le système
de commercialisation67.
Dans cette partie nous allons nous intéresser aux structures commerciales qui
caractérisent la filière d’exportation. Nous étudierons dans un premier temps les intermédiaires
qui existent à l’échelon national dans chacun des pays de l’étude. Il s’agit là de s’intéresser à la
première mise en marché, autrement dit aux relations commerciales entre le producteur et
l’acheteur. Puis, dans un second temps, nous examinerons les stratégies commerciales de chaque
concurrent vers leurs marchés d’exportation afin de mettre en évidence les points sur lesquels ils
concentrent leurs efforts.
La filière import–export comporte plusieurs circuits de commercialisation des fruits et
légumes selon les pays.
Selon le circuit emprunté, les opérateurs et le nombre d’intermédiaires intervenant dans
les échanges varient, mais la transaction principale se réalise toujours entre un exportateur et un
importateur. Afin de mieux comprendre le système, nous allons considérer les deux principaux
circuits empruntés.
Dans le premier circuit, on distingue trois principaux types d’exportateurs : le producteur
indépendant, les organisations de producteurs et les groupes exportateurs intégrés.
• Le producteur indépendant peut vendre sa marchandise sur le marché local, laquelle sera
ensuite rachetée par un exportateur, ou traiter directement avec une coopérative ou un
groupe exportateur.
• Les organisations de producteurs telles que les coopératives ou les groupements de
producteurs ont la possibilité de traiter directement avec l’importateur ou de passer par
l’intermédiaire d’un grand groupe exportateur.
• Les groupes d’exportateurs traitent directement avec l’importateur.
67
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
47
de procéder reste minoritaire du fait des procédures administratives et douanières avec lesquelles
les centrales d’achat ne sont pas familières et ne veulent pas s’encombrer.
Au Maroc, il arrive que la production commercialisée sur les marchés de gros soit en fin
de compte destinée à l’exportation. En effet, pour accroître leur quota d’exportation ou si le
marché exportateur est très rémunérateur, certaines stations vont chercher à s’approvisionner
depuis le marché de gros. Or, dans la mesure où le marché local est peu rémunérateur, elles
bénéficient de cours avantageux.
Dans le cas de la Turquie71, le marché local étant de plus en plus rémunérateur, ce genre
de pratique est moins répandu. En effet, la plupart du temps, les entreprises exportatrices ayant
68
Ce sont des systèmes de ventes aux enchères.
69
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
70
Selon une source professionnelle : Dominique Calais, Directeur de la Coopérative Océane à Nantes.
71
Voir en annexe, « Les producteurs turcs face au marché », p. 16.
48
leur propre station de conditionnement regroupent la production de quelques centaines de
producteurs auprès de qui elles s’approvisionnent directement. Néanmoins, cette organisation
révèle un problème majeur concernant le pouvoir de négociation des producteurs. Comme il
n’existe pas en Turquie de coopératives de production à proprement parler, ce sont les grands
groupes qui gèrent l’ensemble de la filière et fixent les prix. Or, il est question que le
gouvernement turc encourage à la création de groupements de producteurs à l’image du modèle
européen.
En Europe, la grande distribution est un client intéressant car sa demande est permanente
et elle achète des volumes importants. Elle représente ainsi en général plus de 70% des ventes de
fruits et légumes. Cependant, elle dispose d’un pouvoir de négociation très fort de telle sorte que
la formation des prix ne suit pas forcément la loi de l’offre et de la demande. En effet, en France
tout au moins, selon Hassan et Simioni (2000), la baisse du prix à la production n’est pas
répercutée au consommateur de sorte que les grandes et moyennes surfaces atteignent parfois des
marges allant jusqu’à 300 %. Les syndicats et le gouvernement tentent de mettre en place une
législation adaptée mais le pouvoir des GMS est tel que s’elles s’associent et décident d’arrêter
de s’approvisionner en tomates françaises au profit de tomates d’autres origines. C’est pourquoi,
selon une source professionnelle72, la conduite des négociations doit être prudente afin d’ obtenir
des contre-parties de la part de chaque opérateur.
Par ailleurs, certains producteurs peuvent avoir des difficultés à répondre aux exigences
imposées par la grande distribution, en terme de délais et de volumes notamment. En effet, dans
la mesure où la commercialisation se fait en flux tendus, les opérateurs doivent faire preuve
d’une grande réactivité. Or, il semble qu’en France certains opérateurs n’arrivent pas à répondre
à ces contraintes. Aux Pays-Bas, en revanche, l’organisation et la coordination des opérateurs est
telle que les circuits commerciaux sont très efficaces.
Par ailleurs, il semble qu’en Turquie également, la grande distribution commence à
acquérir une place de plus en plus importante dans les circuits de commercialisation. Mais le
phénomène est encore récent.
En ce qui concerne le Maroc, c’est la grande distribution européenne et non marocaine
qui joue un rôle important dans les relations commerciales en créant de plus en plus de
partenariats avec les groupes exportateurs ou les organisations de producteurs.
Le constat majeur que l’on peut faire à l’heure actuelle en terme de stratégie commerciale
est la prise en considération des attentes des consommateurs par les opérateurs de la filière.
Ainsi, grâce à l’absorption de la technicité et à la modernisation permanente du secteur, dans
tous les pays, hormis la Turquie peut-être, les producteurs ont acquis de plus en plus
d’autonomie en matière de conditionnement et de commercialisation. Les programmes de
production73 sont désormais pratique courante.
Ainsi, auparavant au Maroc, la stratégie était de produire dans un premier temps et
d’évacuer sa production ensuite. Désormais, les agriculteurs produisent pour vendre et pour cela,
ils ont d’abord une démarche d’évaluation de l’offre. Certains ont même des contrats selon
lesquels ils s’engagent à livrer un certain nombre de camions par semaine pour un produit
répondant à des critères pré-définis par l’acheteur.
72
Coopérative Océane à Nantes.
73
La production de la campagne est prédéterminée selon les contrats passés entre les producteurs et les acheteurs.
49
Cependant, ce sont les Pays-Bas qui ont développé le mieux leurs méthodes d’évaluation
de la demande. En effet, ils ont recours à des panels de consommateurs et sont en lien avec la
grande distribution qui fait le relais de l’information en provenance des consommateurs74.
Selon les producteurs marocains, l’idéal est en fait d’avoir une stratégie qui permette
d’assurer la vente d’une partie de sa production (environ 30%) à un prix fixe par des contrats.
Une autre partie (30%) est vendue à un prix réévalué chaque semaine de façon à pouvoir corriger
le prix fixe. Enfin, une dernière partie (environ 40%) est réservée à la vente libre afin de garder
une certaine marge de manœuvre sur les prix.
2.4.2. La certification.
La certification est aujourd’hui l’un des points forts de la modernisation du secteur. Elle
est devenue obligatoire pour répondre aux exigences de traçabilité et aux normes de qualité
imposées par la Commission européenne. Elle est une autre conséquence majeure de
l’importance de la grande distribution sur le reste de la filière. En effet, les stations de production
et de conditionnement sont désormais certifiées EUREPGAP, HACCP ou encore ISO. Car ceci
est désormais nécessaire pour pouvoir commercialiser la marchandise.
Ainsi, au Maroc, 15 stations de conditionnement sont déjà ou sont sur le point d’être
certifiées BRC. De plus, 30 à 40% des exploitations sont aujourd’hui certifiées EUREPGAP. La
certification est donc devenue un challenge que s’impose la profession. Mais elle n’est pas un
problème pour les producteurs organisés car en général les stations de conditionnement les
accompagnent dans cette démarche en leur proposant l’encadrement nécessaire.
Si la traçabilité et la certification sont des enjeux majeurs pour les pays exportateurs, elle
n’en demeure pas moins une préoccupation forte pour les pays de l’UE dans la mesure où ils sont
eux-même soumis aux normes communautaires. Aussi, en Espagne, un système national de
certification a même été mis en place et aux Pays-Bas, 68% des exploitations étaient certifiées
EUREPGAP en 200375.
2.4.3. La segmentation.
Tous les pays se sont désormais engagés dans une stratégie de segmentation de leur offre
afin de diversifier leurs clients et de tenter de se positionner sur les niches à haute valeur ajoutée.
Seule la Turquie est encore en retard dans ce domaine, bien que la tomate cerise ait récemment
été introduite dans la production76.
Le paradoxe est néanmoins frappant puisque alors même qu’on assiste à une
segmentation de plus en plus poussée d’une part, dont le coût n’est pas négligeable, on
s’aperçoit d’autre part, que des produits sans aucune différenciation sont commercialisés à prix
très bas comme c’est le cas dans les hard discount. Il s’agit alors de faire deux poids deux
mesure. Autrement dit, la segmentation est certes l’une des stratégies qui serait peut-être à
envisager mais à condition qu’elle soit valorisée. Les consommateurs doivent pouvoir faire la
différence sur les étalages entre les différentes qualités qu’on leur propose.
74
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
75
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
76
UBIFRANCE, avril 2004.
50
terme de coûts77 notamment, les producteurs français ont été contraints de développer leur
stratégie commerciale en s’appuyant sur des marques avec des cahiers des charges bien définis.
Ainsi, en France, il existe des marques leaders. Les Pays-Bas se sont également focalisés sur ce
créneau tandis que l’Espagne ne semble pas encore avoir mis en place une telle politique
marketing.
En revanche, les grands groupes exportateurs marocains se sont à leur tour orientés vers
la promotion de leur production par l’intermédiaire de grandes marques pour concurrencer les
marques européennes d’une part et se concurrencer entre eux d’autres part.
La Turquie reste très en retard par rapport à ses concurrents. Ainsi, en terme de
compétitivité structurelle, la filière tomate turque n’est ni comparable aux filières tomate des
pays européens ni à celle du Maroc. Elle est pourtant le cinquième exportateur mondial. On est
alors en mesure de se demander comment elle parvient dans ce cas à exporter autant de tomates
et comment elle se positionne sur ses marchés d’exportation.
77
Voir partie IV.
51
IV. ETUDE DE LA COMPETITIVITE PRIX DES PAYS-BAS, DE LA
FRANCE, DE L’ESPAGNE, DU MAROC ET DE LA TURQUIE.
78
Voir en annexe, « Comparaison des conditions climatiques des différents pays », p. 17.
52
2. Les facteurs naturels limitants.
2.1. Le problème de la ressource en eau au Maroc et en Espagne.
Etant donnée l’intensification des cultures, associée à un climat chaud et sec, le Maroc et
l’Espagne doivent faire face à une ressource en eau limitée. En effet, le manque de législation et
de planification de l’utilisation des eaux de la nappe phréatique entraîne une surexploitation des
eaux souterraines. On assiste alors à une intrusion marine qui provoque la salinité des eaux
d’irrigation. Ceci est préoccupant car la tomate fait partie des plantes à tolérance modérée vis-à-
vis de la salinité.
Les virus sont aujourd’hui les principaux facteurs limitants de la production de tomates
espagnole. La virulence des attaques virales survenues ces dernières années met en évidence les
limites du système de conduite intensive corrélé à un matériel génétique hybride. Aux effets
dévastateurs de ce type de maladies, s’ajoute le fait que les producteurs espagnols ne disposent
pas de traitements chimiques (produits phytosanitaires), physiques (lutte contre les vecteurs de
transmission) ou biologiques efficaces80.
Par ailleurs, la région d’Almeria dispose d’un sol peu fertile. C’est pourquoi, dans la
majorité des cas, les tomates sous serres dans la région d’Almeria sont cultivées sur un sol
sableux appelé ‘enarenado’ ou sur des substrats selon des techniques hors sol.
Enfin, il arrive que la région doive faire face à une vague de froid importante en hiver.
Durant la dernière semaine de janvier 2005, la province d’Almeria a enregistré des températures
extrêmes qui ont entraîné des dégâts dans toutes les productions de la province. Certains
producteurs ont perdu jusqu’à 100% de leur production de tomates car, à cette époque de
79
La nappe qui approvisionne les exploitations d’agrumes a atteint un déficit de 260 millions de mètres cubes par
an.
80
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
53
l’année, les tomates plantées en août de l’année précédente, sont presque à maturité81. Tout le
travail a déjà été fait et tous les frais de campagnes sont déjà investis et il n’y a aucun moyen de
compenser les dommages.
Etant données les vagues de froid hivernal et la présence fréquente de pluie, de grêle et de
vent, la culture de tomate en plein air a quasiment disparu en Bretagne et aux Pays-Bas où elle a
progressivement été remplacée par des abris plastiques ou en verre. Ainsi, aujourd’hui, la plupart
des producteurs sont dotés de structures rigides, modernes et chauffées. De plus, le taux
d’humidité relative étant supérieur à celui requis pour la culture de tomate, la production sous
serre permet en outre de maîtriser l’hygrométrie.
Par conséquent, les Pays-Bas et l’Ouest de la France sont donc fortement dépendants des
ressources énergétiques et des structures rigides. En revanche, les conditions climatiques plus
douces du Sud-Est de la France permettent de recourir principalement à des abris non rigides
chauffés ou non chauffés.
3. Le milieu humain.
3.1. Une main d’œuvre disponible et abondante dans les PSEM.
Pour faire face à cette pénurie de main d’œuvre, les Pays-Bas ont adapté leur législation
aux enjeux agricoles modernes, à l’instar de l'Allemagne et de l’Espagne. Ils font ainsi appel à
une main d’œuvre saisonnière étrangère abondante en provenance des nouveaux États membres
de l'Est. Les Pays-Bas prennent ainsi des initiatives pour attirer la main d’œuvre et des accords
bilatéraux sont en cours. De plus, près d’une exploitation agricole sur 5 emploie des travailleurs
clandestins, en particulier dans les serres.
En France, le recours rare voire nul à une main d’œuvre immigrée entraîne des coûts de
main d’œuvre plus élevés. Ainsi, seuls 0,9 % de la population active agricole française est
étrangère. On constate cependant, que dans les Bouches-du-Rhône, des travailleurs marocains
obtiennent des contrats de travail délivrés par l’Office des Migrations Internationales (OMI).
Certains sont ainsi employés chaque année six à huit mois depuis dix ou quinze ans. Dans le
Finistère, les producteurs ont aussi recours à une main d’œuvre étudiante d’origine asiatique.
83
Nous reviendrons sur le problème de coût dans la partie III, avec l’analyse des coûts de production.
84
« Etude comparée au niveau européen de l’impact de la concurrence sur l’emploi dans le secteur agricole »,
Jacques Le Guen, 2005.
http://www.agriculture.gouv.fr/spip/IMG/pdf/rapport_leguen-18052005.pdf
85
La tomate en Hollande et en Bretagne, Chambre d’Agriculture du Roussillon, 2004.
55
ils ont besoin chaque jour et, devant l’affluence des travailleurs, ils disposent d’un important
pouvoir de négociation. La présence de ces travailleurs clandestins entraîne donc des coûts de
main d’œuvre très bas par rapport aux autres pays de la Communauté européenne.
Cependant, cette situation génère des conflits sociaux et économiques. Si le
gouvernement décide de prendre des mesures pour résoudre ce problème, les producteurs de la
région risquent de voir leurs coûts de production augmenter de façon importante. Néanmoins, un
processus de régularisation est en cours. Mais il repose sur l’initiative des employeurs, donc il
n’est pas sûr qu’il conduise à l’élimination du travail clandestin, compte tenu de la préférence de
certains employeurs pour le maintien de situations illégales qui, même si elles présentent des
risques, permettent des rémunérations du travail bien moindres.
Bien que chaque gouvernement essaie de rechercher des mesures pour favoriser
l’insertion des demandeurs d’emploi dans ce secteur économique, l’appel à la main d’œuvre
étrangère légale ou illégale est fréquent. En effet, la main d’œuvre nationale est peu disposée à
accepter des emplois précaires et mal payés alors que le recours à la main d’œuvre étrangère
permet une plus grande flexibilité.
En Europe, l’Organisation Commune des Marchés (OCM) des fruits et légumes gère le
marché. Sa réforme en 1996 a conduit à la mise en application d’un nouveau règlement (CEE N°
1035/72). Les organisations de producteurs (OP) se substituent désormais aux groupements de
producteurs (GP). Leur fonction principale est d’assurer la commercialisation des produits. A ce
titre elles bénéficient du concours public dont les aides ne sont allouées qu’au profit d’une
commercialisation collective. Les OP sont co-financées à 50% par les professionnels et à 50%
par le FEOGA dans le cadre de Programmes Opérationnels (PO) pluriannuels. Chaque OP
bénéficie d’une aide plafonnée à 4,1% de la valeur de sa contribution commercialisée (VPC).
Le programme opérationnel (PO) définit 6 axes d’orientation : optimisation des
conditions de production (investissements dans les exploitations et les stations), recherche de la
qualité (expérimentation, traçabilité, adaptation de nouvelles variétés, contrôles qualité…),
actions liées à l’environnement (production et lutte intégrée, protection de l’eau, contrôle des
résidus, désinfection des sols…), les actions liées à la commercialisation, la gestion et les retraits.
En Europe, le secteur des fruits et légumes ne bénéficie pas de soutiens directs.
Cependant, il existe d’autres sources de financement tels que les dotations aux jeunes
agriculteurs (DJA), les programmes intégrés méditerranéens (PIM) et les Plans d’amélioration
matérielle (PAM). Il existe en outre des soutiens indirects de la part des régions.
Cependant, en Europe, le secteur fruits et légumes est peu, voire non concerné par les
aides de la PAC et les aides sont régionalisées de sorte qu’il n’y a pas d’harmonisation entre les
pays.
86
Cf. annexe « Mesures d’encouragements à l’investissement ».
56
- mesures d’encouragements à l’investissement (encouragements fiscaux, garantie des
investissements, location et acquisition de terrains, aides financières),
- facilités de crédits et bonifications des taux d’intérêts,
- financement des infrastructures publiques,
- exonération de l’impôt sur le revenu jusqu’en 2020.
Quant à la Turquie, elle bénéficie d’un soutien grâce à des projets de développement
financés par la Banque Mondiale et l’Etat turc. Ainsi, une partie des serres situées dans la région
d’Antalya a été construite, il y a plusieurs années sur l’initiative du FMI87 dans le cadre d’un
programme d’aide à l’agriculture turque. Grâce à ce programme chaque producteur a pu ainsi
acquérir 2 000 m² de serre en verre. De plus, le gouvernement a annoncé des mesures incitatives
en faveur des cultures sous abris et des techniques modernes d’irrigation. Cependant, depuis
2001, il n’y a plus de subvention de l’Etat pour l’utilisation de semences certifiées.
En Europe des financements sont alloués au secteur fruits et légumes dans le but
d’encourager le regroupement et la fédération des producteurs. Au Maroc, les soutiens publics
sont davantage sous formes d’incitations économiques. Enfin, en Turquie, le secteur reçoit peu
d’aide de la part du gouvernement.
La production maraîchère est une production contraignante car elle nécessite à la fois des
apports importants de capitaux et de travail. En effet, les capitaux sont indispensables pour les
investissements, la technicité et la spécialisation car, pour prétendre à une production de qualité,
il est indispensable de travailler avec des outils récents et performants88.
La priorité des producteurs consiste à produire le moins cher possible. Leur objectif est
alors de recourir à des structures et des modes de production efficients en terme de coûts, de
productivité et de qualité. Pour comparer les niveaux de compétitivité des pays, nous allons
calculer, non pas les seuls coûts de production, mais les coûts de revient totaux, incluant
également les coûts de commercialisation (conditionnement et transport).
La comparaison des coûts de production présentée ici concerne des structures et des
modes de production très différents d’un pays à l’autre mais néanmoins représentatifs des
productions nationales de chaque pays. Bien que les techniques et les équipements diffèrent, ils
permettent de produire des tomates commercialisées dans la même catégorie89. Les
consommateurs ne font aucune différence, d’où la pertinence d’une telle comparaison.
Dans un premier temps on constate que les producteurs turcs et marocains ont des coûts
de production équivalents et nettement inférieurs à ceux observés en Europe. Les postes pour
lesquels les producteurs marocains et turcs sont plus compétitifs que les producteurs européens
sont la main d’œuvre, les amortissements et l’énergie. En revanche, les approvisionnements
(divers, intrants et plants) représentent une part importante du coût total.
87
Fonds Monétaire International.
88
Selon une source professionnelle française.
89
Tomate ronde.
57
En ce qui concerne les pays européens, les coûts de production sous serres chauffées sont
comparables en France et aux Pays-Bas. La répartition des charges est à peu près similaire dans
les deux pays, avec cependant, une part relative pour la main d’œuvre un peu moins élevée aux
Pays-Bas. En revanche, en France, les systèmes de production sans chauffage permettent de
diminuer le coût total de 30%. Quant à l’Espagne, grâce à des charges de main d’œuvre
inférieures et l’absence de charges d’énergie, ses coûts de production ne représentent que deux
tiers des coûts français et hollandais.
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
tunnel froid chapelle "enarenado" substrat abris serre serre serre tunnel bas
18 kg/m² chauffée 20 12,26 kg/m² 13,15 kg/m² 22 kg/m² chauffée 56 chauffée 59 15 kg/m²
kg/m² kg/m² kg/m²
Source : Chambre d’Agriculture du Vaucluse, J.C Pérez Mesa & J. de Pablo Valenciano, enquêtes Maroc,
Oniflhor / Ernst&Young, Enquêtes Turquie.
Cependant, d’autres sources90 annoncent des coûts de production minimaux de 0,75 €/kg
à 0,85 €/kg aux Pays-Bas et de 1 €/kg en France, dans les Pyrénées Orientales.
Graphique 11 : Répartition des différents postes de charges (hors assurances et frais financiers).
0,7
0,6
0,5 amortissement
0,4 divers
0,3 irrigation
0,2 engrais/phyto
énergie
0,1
main d'œuvre
0
semences/plants
tunnel froid 18 chapelle "enarenado" substrat 13,15 abris serre 22
kg/m² chauffée 20 12,26 kg/m² kg/m² kg/m²
kg/m²
France France Espagne Espagne Maroc
Source : Chambre d’Agriculture du Vaucluse, J.C Pérez Mesa & J. de Pablo Valenciano, enquêtes
Maroc, Oniflhor / Ernst&Young, Enquêtes Turquie.
90
La tomate en Hollande et en Bretagne, Chambre d’Agriculture du Roussillon, 2004.
58
2. L’importance de la dotation en facteurs sur la maîtrise des coûts de
production.
Dans un premier temps, la dotation en facteurs s’avère primordiale puisque certains pays
peuvent tirer profit de leurs conditions climatiques et de leurs avantages concernant la main
d’œuvre et les approvisionnements.
Ainsi, en fonction des pays et des modes de production, le poids de certains facteurs est
déterminant dans le calcul des coûts totaux. C’est pourquoi, il est nécessaire de considérer
l’ensemble des postes de charges concernant aussi bien les amortissements, l’énergie, les
approvisionnements divers (intrants : pesticides, fertilisants…) et la main d’œuvre, la
mécanisation, la fiscalité et les frais généraux. Une telle analyse permettra ainsi de mettre en
évidence les forces et les faiblesses respectives des principaux pays producteurs de l’UE et du
Bassin Méditerranéen.
Le problème majeur qui se pose en production agricole est la différence qui existe entre
les régimes sociaux des différents pays producteurs. D’une part, bien que les écarts soient
moindres dans le cas des pays de l’UE, l’harmonisation n’est pas encore complète. D’autre part,
les différences sont très significatives entre les pays européens et les pays tels que le Maroc et la
Turquie. De plus, outre des différences importantes de salaires, les conditions de travail sont loin
d’être les mêmes dans tous les pays.
Le coût du travail très élevé en Europe pénalise les filières dont les besoins en main
d’œuvre sont importants, en particulier concernant les travailleurs saisonniers.
De plus, les efforts en matière de recherche de la qualité, par le développement de
méthodes de protection biologique et intégrée impliquent de consacrer davantage de temps à la
formation technique du personnel, et au contrôle de la production. Ainsi, ces procédés peuvent
accroître le coût et poser des problèmes de pénurie de main d’œuvre91.
On constate de ce fait un fort impact du coût de la main d'œuvre sur la compétitivité de la
production de légumes en Europe. En effet, le salaire brut chargé de la main d’œuvre permanente
est de l'ordre de 10 €/heure en France, 9 €/heure aux Pays-Bas et 6 €/heure en Espagne92.
En ce qui concerne la main d’œuvre saisonnière, les salaires bruts sont équivalents en
France et aux Pays-Bas (environ 8,5 €/heure) tandis qu’en Espagne le coût horaire est nettement
inférieur (6 €). Cependant, le Maroc et la Turquie détiennent des avantages compétitifs
considérables dans ce domaine puisque les salaires nets de la main d’œuvre saisonnière sont
respectivement de 4 €/jour et de 9 €/jour. Cependant, en Turquie, le secteur agricole emploie de
nombreux travailleurs clandestins ainsi que des mineurs dont les salaires sont plus bas que le
salaire légal. Si l’on tient compte de cela, le salaire maximum à considérer n’est que de 5 à 6,2
euros net par jour.
Par conséquent, si on ramène ces valeurs au coût horaire, le salaire marocain est 16 fois
moins élevé que le salaire français.
91
Cf. document collectif INRA 2004 : http://www.inra.fr/rhone-alpes/symposium/pdf/session4-1_3.pdf.
92
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
59
2.1.2. Durée légale du travail et régimes de protection sociale : des
différences notables selon les pays.
Une autre différence majeure entre les pays européens et les PSEM, concerne les charges
patronales. En Europe, les régimes sociaux sont très réglementés. Néanmoins, des politiques
d’incitations à l’emploi de salariés à bas salaires sont mises en place dans certains pays.
La Turquie et la France sont les pays où les charges patronales sont le plus élevées.
Cependant, la situation des deux pays est très différente dans la mesure où en France le salaire
minimum garanti est élevé (7,7 €/h environ) comparativement à la Turquie (2 €/heure).
Cependant, la France a mis en place un régime spécial pour les travailleurs saisonniers du secteur
fruits et légumes, dont la durée de travail n’excède pas 110 jours par an. Ils bénéficient ainsi
d’une exonération de 90% des cotisations patronales pour la sécurité sociale.
Par ailleurs, alors que les charges patronales sont faibles aux Pays-Bas, un système
d’exonération partielle sur les bas salaires avantage encore plus les producteurs.
A titre de remarque, l’Allemagne dispose d’un accord avec la Pologne l’autorisant à
payer aux travailleurs polonais des salaires de 5€ de l’heure sachant que les charges sociales sont
payées par le gouvernement polonais.
Enfin, si la protection sociale dans le secteur agricole, au Maroc, est faible à l’heure
actuelle, elle est amenée à être davantage réglementée dans les années à venir, au même titre que
les conditions de travail et de logement des ouvriers. Par conséquent, l’avantage comparatif du
Maroc en terme de coûts de la main d’œuvre risque de s’amoindrir.
Le temps de travail dans les PSEM est supérieur à celui des pays d’Europe, d’autant plus
que les chiffres obtenus pour la Turquie ne tiennent pas compte des saisonniers clandestins dont
la durée de travail est supérieure à la durée légale. Il faut également relativiser ces chiffres car la
notion de productivité n’est pas prise en compte.
Tableau 6 : Parts des charges patronales et salaires de la main d’œuvre permanente.
Tableau 7 : Part des charges patronales, salaires et durée légale du travail de la main d’œuvre
saisonnière.
93
Oniflhor, Ernst&Young , 2003.
60
sociales élevées. On comprend alors l’avantage du Maroc et de la Turquie en terme de coûts de
main d’œuvre puisque ce poste ne concerne que 20 à 25%94 de leurs charges.
2.2. Approvisionnements.
L’utilisation d’intrants dans les PSEM est fortement dépendante de l’industrie étrangère.
En effet, n’étant pas produits localement, les matériaux plastiques, les produits phytosanitaires et
les fertilisants doivent être importés à des coûts élevés. La part relative des engrais et des
produits phytosanitaires peut ainsi atteindre 25 à 30%95 des charges totales. En Espagne, ce poste
est également relativement important puisqu’il concerne 20% du coût total. Ceci peut s’expliquer
notamment par les crises sanitaires à répétition apparues ces dernières années en Espagne.
Au contraire, la France et les Pays-Bas, semblent mieux maîtriser l’utilisation des
intrants. Cela est sans doute dû à la généralisation de la fertigation et aux méthodes de
production alternatives telles que la lutte intégrée et la lutte biologique.
Le montant des charges du poste énergie est équivalent en France et aux Pays-Bas pour
des exploitations de mêmes caractéristiques96. Cependant, la dépendance énergétique de la
France (notamment la Bretagne) et des Pays-Bas, révèlent un coût énergétique élevé pouvant
atteindre 20 à 30%97 des coûts de production, sachant que ces charges comprennent à la fois
l’énergie nécessaire au chauffage, à l’éclairage et à l’irrigation.
94
Nos enquêtes.
95
Nos enquêtes.
96
La tomate en Hollande et en Bretagne, Chambre d’Agriculture du Roussillon, 2004.
97
Sous multichapelle plastiques et sous serres en verre, CTIFL.
61
Tableau 8 : Montant des investissements pour la construction des abris.
Finalement, la France et les Pays-Bas ont des coûts de production trois à quatre fois
supérieurs à ceux observés dans les PSEM. L’écart avec l’Espagne est un peu moins important
mais il n’en demeure pas moins que l’Espagne possède un avantage comparatif en terme de
coûts vis-à-vis de ces principaux partenaires et concurrents européens.
62
3.2.1. Le transport routier est actuellement le plus répandu pour les
trajets intra-communautaires et les trajets extra-communautaires de
courte distance.
Sur de grandes distances, le transport par bateau peut être très avantageux en
termes de coûts. C’est pourquoi, concernant les importations en provenance d’Egypte, d’Algérie
et d’Israël par exemple, le bateau reste le moyen le plus compétitif. Ces trois origines essaient en
effet de se positionner sur le marché européen. C’est pourquoi, des lignes directes entre l’UE et
l’Egypte d’une part, et l’Algérie d’autre part, sont actuellement à l’essai. L’entreprise
Guanter&Rodriguez, à Perpignan, a ainsi mis en place une ligne maritime entre Oran et Alicante
sachant que le trajet via la mer est seulement de 7 heures. Ils ont également installé à Alicante,
un entrepôt frigorifique et une agence en douane.
Avant l’essor du camion, les exportateurs marocains avaient recours au transport par
bateau. Cependant, le chargement se faisait en cale à la palette. A l’avenir, selon Montigaud, le
transport maritime en containers réfrigérés sur des bateaux de lignes est amené à se développer.
Ainsi, les exportateurs ne seront pas obligés de se regrouper car grâce au containers chaque
exportateur pourra exporter le volume souhaité. Ainsi, le transport maritime aura la même
souplesse que le transport routier tout en offrant des prestations de livraisons de client à client.
Les lots seront sans doute plus facilement gérables en matière de logistique et de stockage. Ce
mode de transport est appelé à se développer pour de nombreuses origines.
Mais, si la voie maritime s’avère plus compétitive que la voie terrestre, elle doit
néanmoins permettre un transport dans des délais similaires et dans des conditions de
conservation optimales, pour pouvoir se développer. Or, dans le cas du Maroc, il faut 2 à 3 jours
par camion contre 5 jours par bateau.
98
Soit 22 tonnes nettes de tomates.
63
Malgré des délais de livraison relativement importants, entre 4 et 7 jours selon la
destination, le camion reste le mode de transport privilégié par les entreprises exportatrices.
Cependant, il semble que pour faire la liaison Turquie-Marseille, le transport par bateau d’un
conteneur réfrigéré de 900 kg coûte entre 700 et 750 €, soit 0,78 à 0,83 €/kg99. Ainsi, ce mode de
transport a une forte incidence sur le prix final du produit. On comprend alors pourquoi, un pays
tel que la Turquie exporte peu vers l’UE. De plus, d’après M. Puntunet, la Turquie ne dispose
pas des infrastructures suffisantes pour développer une telle activité. En effet, il n’existe pas à
l’heure actuelle de ligne directe entre la France et la Turquie, par exemple. C’est pourquoi, les
envois par bateau demandent davantage d’organisation. On peut également penser que le suivi de
la marchandise privilégie le transport par camion car les entreprises exportatrices turques
semblent y attacher beaucoup d’importance et ont souvent leurs propres camions. Ce mode de
transport est par ailleurs beaucoup moins cher, mais nous ne disposons pas de chiffres à ce sujet.
Selon la qualité, une tomate se conserve entre 10 et 15 jours (cf. variété long life). Mais,
si l’entreposage de longue durée est nécessaire c’est que la situation est extrême et que le marché
est bloqué. En effet, l’entreposage génère un coût supplémentaire car les frais de déchargement
et de stockage grèvent le produit. A titre d’indication, le déchargement d’une palette coûte 10 €
et son stockage 1,20 € par jour. Il faut donc faire le calcul en fonction de la VFI du jour, pour
savoir s’il est plus avantageux de payer les droits de douanes ou d’entreposer en attendant une
situation plus favorable.
Tableau 9 : Synthèse des coûts de production et des coûts de revient à l’exportation (€/kg).
Pour une même catégorie, les prix des tomates d’origine française sont plus élevés
pendant une grande partie de l’année. Toutefois, cette tendance est d’autant plus vraie en hiver et
au printemps car les prix des tomates françaises peuvent être trois fois plus élevés que ceux des
tomates turques et marocaines. En revanche, en automne, les prix sont équivalents, toutes
origines confondues.
Graphique 12 : comparaison des prix des tomates par origines, sur le marché français.
€/kg
2,00
Maroc
1,50
Espagne
1,00 Roussillon
0,50
0,00
janvier mars mai juillet sept. nov.
Source : COMEXT.
D’après ce qui précède, les tomates marocaines perdent finalement leur avantage
compétitif initial et arrivent sur le marché français avec un coût final supérieur à celui des
exportateurs espagnols. Or, cette augmentation du coût n’est pas compensée par une
augmentation du prix perçu par les exportateurs marocains. On constate qui plus est que la
majeure partie de l’année, les prix de gros pour l’origine Maroc sont inférieurs aux prix de gros
pour l’origine Espagne. Selon Redani (2003), il semblerait que ce soit également le cas pour des
tomates de marque en provenance de ces deux pays101 (cf. graphique 13).
Graphique 13 : Comparaison des prix de gros par rapport aux coûts de revient à l’exportation de
l’Espagne et du Maroc sur le marché Saint Charles en France (2005).
€/kg
1,2
Espagne CEmin
1
Espagne CEmax
0,8 Maroc CEmin
0,6 Maroc CEmax
0,4 Prix de gros Maroc
0,54 0,52 0,59 Prix de gros Espagne
0,2 0,39
0
2/1 23/1 13/2 5/3 26/3 19/4
101
Voir en Annexe, « la concurrence maroco-espagnole, p. 20 et 21.
65
2. La concurrence hispano-hollandaise.
Graphique 14 : Comparaison des prix de gros par rapport aux coûts de revient à l’exportation de
l’Espagne et des Pays-Bas sur le marché de Francfort en Allemagne (2005).
€/kg
2,5
Espagne CEmin
2 Espagne CEmax
1,5 PB CEmin
PB CEmax
1 Prix de gros PB
0,5 0,56 0,7 0,72 0,77 Prix de gros Espagne
0
30/3 4/5 13/6 18/7 24/8
1. Le cas du Maroc.
Pour être rentables, les exportateurs du Souss Massa doivent percevoir un prix supérieur à
leur coût de revient à l’exportation égal à 0,55104 €/kg en moyenne. Or, le Maroc bénéficie,
d’octobre à mai, d’un prix d’entrée sur le marché européen négocié. Alors que le prix de
déclenchement dans le cadre du régime MFN est de 84,6 €/100kg, il n’est plus que de 46,1 €/kg
dans le cadre de l’accord d’association Maroc-UE. Ainsi, en respectant les quotas qui leur sont
alloués, les exportateurs marocains doivent payer un droit spécifique uniquement si leur prix de
vente est en dessous de ce prix négocié. Par conséquent, la valeur du prix d’intervention
concédée au Maroc est nettement supérieure aux coûts que doivent supporter les exportateurs
pour arriver sur le marché français vers lequel ils exportent 95% de leurs tomates. De ce fait, la
protection tarifaire de l’UE envers les exportations marocaines de contre-saison n’est pas
prohibitive et il est rare que les tomates marocaines soient taxées.
Par ailleurs, le prix d’intervention est également inférieur au prix moyen observé sur le
marché français entre les mois d’octobre et de mai. Dans la mesure où on ne leur impose pas un
prix qui soit supérieur à celui de leurs concurrents français ou étrangers, les exportateurs peuvent
102
Voir en Annexe, « la concurrence hispano-hollandaise, p. 22.
103
Cf. Comparaison des régimes tarifaires du Maroc et de la Turquie en Annexe, p. 5 à 7.
104
Nos calculs.
66
donc se positionner facilement sur le marché français. Les quotas restent la seule contrainte
imposée aux exportateurs marocains durant cette période.
En revanche, du mois de juin au mois d’août, aucun quota n’est accordé dans le cadre
d’une préférence tarifaire. De plus, le prix de déclenchement est fixé à 52,6 €/100 kg et même
au-dessus de ce prix, les exportateurs doivent payer un droit ad valorem de 5,7%. Par
conséquent, si les tomates marocaines entrent au prix de déclenchement, la taxe qui leur est
appliquée implique un prix final minimum de 55,5 €/kg. Or, le prix moyen sur le marché français
à cette époque de l’année, n’est guère plus élevé. Autrement dit, les Marocains n’ont pas intérêt à
exporter à cette période car pour réaliser une marge positive, il faudrait qu’ils vendent à des prix
proches de 0,60 €/kg en tenant compte du coût de revient à l’expédition ainsi que des marges des
intermédiaires. La protection tarifaire appliquée par l’UE en été est donc prohibitive pour
les exportateurs marocains. Elle l’est d’autant plus que même avec des coûts de production
plus faibles, les tomates marocaines ne pourraient pas concurrencer les tomates européennes car
une fois les droits de douane appliqués, leur prix ne seraient plus du tout compétitif. Ceci
explique pourquoi, la production de saison au Maroc est exclusivement réservée au marché local.
On peut alors imaginer qu’en cas de libéralisation, la production de saison soit amenée à se
développer. Et, grâce à des coûts de production plus faibles, la concurrence marocaine
serait une réelle menace pour les pays européens.
2. Le cas de la Turquie.
105
84,6 €/100kg de janvier à mars et 112,6 €/100 kg en avril.
106
Dans le cas d’un transport par camion, principal moyen de transport utilisé par les exportateurs turcs.
67
F. LE CALCUL DES MARGES DES PRODUCTEURS107.
Tableau 10 : Comparaison des marges brutes des producteurs pour chacun des pays étudiés.
Il est difficile de comparer les marges brutes des producteurs dans la mesure où les
sources utilisées pour obtenir des données fiables diffèrent d’un pays à l’autre. C’est pourquoi les
chiffres figurant dans ce tableau sont donnés à titre indicatif car ils ne sauraient être
représentatifs de l’ensemble de la production.
Les niveaux de marge varient de façon importante aussi bien d’un pays à l’autre
qu’à l’intérieur d’un même pays. Ainsi, si l’on compare des exploitations d’un même pays, le
rapport entre les marges les plus faibles et les marges les plus hautes varie de 1 à 4 pour le
Maroc, de 1 à 10 pour la France, selon les années, et de 1 à 12 pour la Turquie. Mais ces valeurs
dépendent encore une fois du type d’exploitation ainsi que des campagnes de production
considérées.
Par ailleurs, les chiffres relatifs à la production espagnole résultent d’une étude réalisée à
partir de données moyennes homogénéisées (rendement moyen, moyennes des prix sur 3
campagnes, type de structure majoritairement utilisé…). C’est pourquoi, elles sont supposées
être plus ou moins représentatives de la production nationale.
En ce qui concerne les chiffres relatifs à la Turquie, ils résultent d’enquêtes et semblent
être également représentatifs de la production turque.
Finalement, les producteurs turcs et les producteurs espagnols ont les marges les plus
faibles comparativement aux autres pays. Cela pourrait être dû au fait que la production dans
ces pays est majoritairement familiale et non pas capitalistique. Néanmoins certains producteurs
français et marocains obtiennent des marges équivalentes à celles observées en Turquie et en
Espagne, tandis que d’autres parviennent à réaliser des marges beaucoup plus élevées.
Cependant, tous ces chiffres sont à relativiser dans la mesure où nous n’avons pas tenu
compte des coûts financiers et des charges de structures qui sont spécifiques à chaque
exploitation. Les résultats obtenus dans cette partie ne concernent que la marge brute. De plus,
ces chiffres ne rendent pas compte de la situation relative des producteurs des différents pays
car ils n’ont pas les mêmes pouvoirs d’achat.
Enfin, les fluctuations de prix varient tellement d’une année sur l’autre qu’il en est de
même pour les marges. Par conséquent, il faut raisonner sur plusieurs campagnes pour pouvoir
avoir un aperçu réel de la situation. Nous allons donc prendre l’exemple du cas français pour
mettre en évidence cette variabilité annuelle.
D’autre part, les calculs ne tiennent pas compte de la répartition du volume produit entre
le marché local et l’exportation, le cas échéant. Nous chercherons à calculer les marges selon le
marché de destination en prenant l’exemple du Maroc.
107
Voir en annexe p. 23 et 24.
68
2. Evolution de la marge au cours du temps : l’exemple français.
Quel que soit le système de production considéré, on constate que la marge brute varie de
façon importante d’une année sur l’autre. Par conséquent, une mauvaise campagne pourra être
compensée par une meilleure campagne l’année suivante, comme ce fut le cas pour les années
1999 et 2000.
D’autre part, les coûts de production étant équivalents d’une campagne sur l’autre, pour
une période donnée, la marge brute est directement corrélée à la moyenne des prix de vente108
obtenus lors de chaque campagne.
Tableau 11 : Comparaison des marges brutes des producteurs marocains selon le marché de
destination.
Sachant que les prix moyens obtenus sur les marchés local et d’exportation se situent
respectivement entre 1 et 2 Dhs/kg et 7 et 8 Dhs/kg.
108
Les prix de vente considérés ici sont les prix de vente bord champ, en €/kg.
109
Le tout-venant regroupe l’ensemble de la production de l’exploitation : celle destinée à l’exportation ainsi que
celle destinée au marché local.
110
Voir en annexe, « Résultats de nos enquêtes et de celles réalisées par les étudiants de l’Institut Agronomique et
Vétérinaire Hassan II, à Agadir ».
69
ensuite affecter les charges à l’hectare en fonction de la répartition du volume destiné au
commerce local ou à l’exportation.
En procédant ainsi, on constate que la marge brute est très différente selon le marché de
destination. Ainsi, en vendant sur le marché local qui est peu rémunérateur, les producteurs
marocains réalisent une marge négative, tandis qu’ils compensent cette perte grâce à
l’exportation.
70
Conclusion/ Discussion.
71
pourcentage de bénéfice : la marge. Ainsi, si les prix ne chutent pas, il serait intéressant de
s’interroger sur la répartition de la marge entre le prix de revient à l’exportation et le prix au
détail.
Par ailleurs, l’élargissement de l’UE soulève le problème de la concurrence des
producteurs des pays de l’Est vis-à-vis des producteurs de l’UE à 15. Les dix nouveaux pays
bénéficient en effet de coûts de production beaucoup plus bas que les pays de l’UE à 15. Le
différentiel de coûts varie du simple au double entre les pays européens et certains pays de l’Est.
Par exemple, les coûts de production en Pologne sont douze fois moins élevés qu’en France (1
€/h contre 12 €/h). Or, depuis mai 2004, la Pologne fait désormais partie de l’UE et a par
conséquent un accès libre au marché européen. Au contraire de la Turquie et du Maroc, les coûts
de transport ne dégradent pas l’avantage acquis par les producteurs polonais dans la production
grâce à leur proximité du marché communautaire. En effet, la Pologne occupe une position
géographique stratégique entre l’Allemagne, premier importateur européen et les pays de l’Est
qui consomment de plus en plus de légumes. Exemptées de droits de douane, les tomates
polonaises arrivent désormais sur le marché communautaire à des prix relativement bas. A titre
d’exemple, on a assisté à l’arrivée, en France, de tomates polonaises à très bas prix au cours de
l’été 2004. Ceci a eu pour conséquence une déstabilisation du marché et une chute des prix
importante qui a entraîné une crise pour tout le secteur français. Ce phénomène est d’autant plus
à craindre que le transport en Europe est facilité par l’ouverture des frontières. Par conséquent, si
l’accès au marché est encore limité et protégé pour les pays tiers, les pays de l’Est entrés
récemment dans l’UE constituent une menace de taille pour les producteurs européens. Ce
constat relativise le débat d’une libéralisation des échanges de tomates dans la zone euro-
méditerranéenne.
Dans le contexte d’une future libéralisation des échanges agricoles d’une part et
l’élargissement récent d’autre part, d’autres pays semblent intéressants à considérer. En effet,
Israël gagne des parts de marché chaque année en Europe et au regard des potentialités naturelles
de l’Egypte et de l’Algérie, une interrogation demeure quant à leur capacité concurrentielle
future. L’Algérie pourrait en effet avoir un potentiel agricole important car en plus de sa
climatologie favorable et de ses terres non exploitées, elle dispose de ressources en gaz
importantes et avantageuses pour le développement des productions sous serres. Dans le cas
d’Israël, le pays semble limité dans ses zones de production.
72
BIBLIOGRAPHIE
Aubert P., Leclair M., (page consultée le 7 avril 2005), « La compétitivité exprimée dans les
enquêtes trimestrielles sur la situation et les perspectives dans l’industrie », INSEE, Série des
documents de travail de la Direction des Études et Synthèses Économiques, [en ligne].
Adresse URL :
http://www.insee.fr/fr/nom_def_met/methodes/doc_travail/docs_doc_travail/G2004-01.pdf
Ayadi N., Montigaud J-C., Rastoin J-L., « La vulnérabilité des régions européennes
productrices de fruits et légumes frais dans un contexte de libéralisation internationale », Rapport
d’étape, 142 pages, avril 2005.
Barry F., Hannan A. , (page consultée le 11 avril 2005), « FDI and the Predictive Powers of
Revealed Comparative Advantage Indicators», mars 2001.
Adresse URL : http://www.ucd.ie/economic/staff/barry/papers/RCA_Mar02.PDF.
Belghazi S., « Impacts des politiques commerciales sur l’emploi dans le secteur marocain de
l’habillement ».
Ben Said T., Boudiche S., Triki S. , (page consultée le 11 avril 2005),« Etude d’impact de
l’accord d’association Tunisie-Union Européenne pour un secteur stratégique : lait et dérivés »,
2001.
Adresse URL : http://ressources.ciheam.org/om/pdf/b32/CI011666.pdf
Berger A., Faudrin J-C., Portet P., Rapport d’Audit de la filière fruits et légumes“, décembre
2003.
Bismut C. et Oliveira-Martins J., "Le rôle des prix dans la compétition internationale", dans
Industrie mondiale : la compétitivité à tout prix, sous la direction de Fouquin M, 1986
Chahed Y., Drogué S., (page consultée le 7 avril 2005), « Incidence du processus multilatéral
sur la viabilité des accords préférentiels : le cas euro-méditerranéen », [en ligne].
Adresse URL : http://www.femise.org/PDF/conf2003/05-1415-2-Drogue2003.pdf
Chambres d’Agriculture, « Fruits et légumes : les échanges Nord-Sud », n°943, mai 2005.
Chevassus-Loza E., et al., « The protection of European Market in the Fruit and Vegetable
sector. The agreements between EU and Mediterranean countries”, Deliverable D 13, EU-MED
AgPol, 61 pages, juin 2005.
73
CTIFL, « Compétitivité de la filière française de la tomate et adaptation à l’internationalisation
du marché », juillet 1991.
Dechetvois N., Bernard A., „La capacité concurrentielle de la Turquie en matière de fruits et
légumes frais », UBIFRANCE, 180 pages avril 2004.
Diop N., M. Jaffee S., “Fruits and vegetables : global trade and competition in fresh and
processed product markets”, in Global Agricultural Trade & developing countries, World Bank,
2004.
Filipiak E., Marniesse S., « Compétitivité et mise à niveau des entreprises : Approches
théoriques et déclinaisons opérationnelles », AFD, 2003.
Gregoir S., Maurel F., « Les indices de compétitivité des pays : interprétations et limites », in «
Compétitivité », Rapport n°40 du Conseil d’Analyse Economique, Michèle Debonneuil et Lionel
Fontagné, 2003.
Ibro G., et al, (page consultée le 7 avril 2005)., « Analyse Coût-bénéfice des Technologies du
Niébé : Une Application de la Matrice d’Analyse des politiques (MAP) », Conférence annuelle
de l’Association Africaine d’Evaluation Nairobi, juin 2002.
Adresse URL :
http://www.evaluationcanada.ca/distribution/200206_ibro_germaine_kamay_alio_moussa_bokar
_nouhoheflin_theodore.pdf
Oniflhor, CTIFL, FNPL, « Observatoires des exploitations légumières : résultats 2003 », 2003.
Oniflhor, Ernst&Young, « audit économique des filières fruits et légumes françaises : état de la
compétitivité des filières fruits et légumes françaises comparativement aux principaux pays
producteurs européens », 199 pages,2003.
Pérez Mesa J-C., de Pablo Valenciano J., « Costes de producción y utilización de la mano de
obra en tomate : resultados de un seguimiento de fincas bajo plástico en Almería », 2003.
Redani L., «Analyse du potentiel agro-exportateur marocain et des avantages comparatifs avec
l’Espagne : l’étude de cas de la tomate primeur», CIHEAM-IAMM, Thèse de Master, n°58,
2003.
74
Tyouss S., « Stratégies des producteurs exportateurs au Maroc : cas de la tomate fraîche »,
ENSAM, Thèse de DEA « Economie du Développement Agricole, Agro-alimentaire et Rural »,
octobre 2004.
Notes de cours proposées par Julien et Cédric - 703 - année 1999/2000, (page consultée le 13
avril 2005), « La Compétitivité », 2001.
Adresse URL : http://www.ac-bordeaux.fr/Etablissement/SudMedoc/ses/2001/td/td15.htm
75