Fiche : Les Cahiers de Douai
Poème : Le Buffet
Auteur : Arthur Rimbaud
Pour aimer la poésie d'Arthur Rimbaud, au début, pas besoin de tout comprendre.
Nulle part dans la littérature ne s'est exprimé avec autant de force que chez cet auteur
le refus du monde tel qu'il est, le désir d'échapper, le désir... ! Nulle part la rage et le
courage d'être libre, dans la pratique de la vie comme dans l'usage des mots.
Intellectuellement et littérairement armé par la fréquentation précoce des livres, arc-
bouté contre une mère trop impérieuse, enflammé par les idées révolutionnaires de la
Commune, Rimbaud est le Poète par excellence au sens où, plus que tout autre, il a
voulu la poésie capable de changer la vie. Tant qu'il en a eu la force, il a couru
derrière l'idée d'une "poésie objective", qui lui permettrait de comprendre le monde et
d'agir sur le réel, de réveiller les volcans, de "relever" les Déluges, de "réinventer
l'amour", d'accomplir "la magique étude du bonheur". Il a voulu "trouver une langue"
faisant appel à tous les sens, ouverte à tous les jeux. Il s'est ingénié à retourner et
détourner les vieilles maximes pour les jeter à la tête du Vieux Monde. On aime
Rimbaud parce qu'on a une fois senti cela et qu'on y a vu passer les plus éclatants des
astres : la Révolte et l'Utopie. On aime Rimbaud parce qu'on y a reconnu quelque
chose comme l'essence de la jeunesse. On aime Rimbaud parce qu'on y a reconnu, le
génie en plus, quelque chose de soi. Grand symboliste , il sut donner une seconde vie
a l’inerte , on retrouve çela dans son poème le buffet , ou il transforme un simple
objet du quotidien a un temple de souvenirs . On pourrait alors se demander de quelle
façon le poète perçoit ce dernier
Le poème le buffet, de Arthur Rimbaud, a la forme d'un sonnet, deux quatrains suivis
de deux tercets en alexandrins est désigné, montré au lecteur dans le v.1 par le
présentatif « c’est ». Le poète semble avoir cet objet sous les yeux et il le dé[Link]
poète décrit son apparence, ses caractéristiques, de manière simple et précise grâce
aux adjectifs présents dans les premières strophes .L’accent est porté sur son
ancienneté à l’aide d’une polyptote : « très vieux »
Avec la rime riche entre « sombre » et « ombre », la thématique de l’épanchement est
installée .Il y’a une construction en miroir pour souligner le thème du reflet .
Le poète , dès la seconde strophe lui confère des attributs humains , a travers la
comparaison « a pris cet air si bon des vieilles gens » . l’allitération en « v » renvoie
a la vestuté du meuble
Il s'en dégage encore l'odeur des temps anciens. Ce buffet est comme personnalisé, il
a pris par mimétisme l'air bon, la gentillesse et la générosité de ses propriétaires . dés
le départ l’autre met l’accent sur l ouverture du meuble « Le buffet est ouvert »(v.
3),Le buffet éveille les sens (champs lexicaux des sens : "vin", "parfum", "odorants",.
Le buffet est une incitation à se souvenir, mais de façon agréable : "des parfums
engageants" on observe alors le constraste entre la description impersonnelle du
début , et l’intimité qui se fraie un chemin alors qu’on progresse dans notre lecture
Dans la seconde strophe ,il y a une mise en abîme puisque le buffet, un objet,
contient un amoncellement d’autres objets. Il y a une absence de rangement dans le
meuble. Le buffet déborde comme l’indique l’hyperbole « tout plein » v 5. Son
contenu, en désordre, n’est pas clairement détaillé au lecteur. Le substantif utilisé
pour le décrire au vers 5 : « fouillis » n’apporte pas d’informations précises. Par la
suite, l’énumération des choses anciennes qui s’entassent sur ses étagères reste
imprécise comme si le poète souhaitait garder pour lui certains élé[Link] plein
répond à très vieux corrélation entre vieillesse et abondance. Présence-absence du
buffet qui n'est plus nommé mais donné par son contenu. La réinscription du son [ain]
dans plein renvoie à vin du coup, l'expression confirme l'idée d'une liquidité
.
« Précision, formalisation sur le motif des griffons linges masculin chiffons masculin
dentelles féminin de femmes ou d'enfants fichus masculin de grand-mère Gradation
en âge et imprécision, hésitation à cause de la valeur alternative du on odorants et
jaunes Il s'agit d'une symétrie. » Rapprochement, mélange quasiment de l'olfactif et
du visuel. Le jeu chromatique se développe, passage de l' ombre à la lumière. jaunes
renvoie à la lumière par contraste avec sombre et connote la vieillesse.
Le buffet porte la trace du temps qui passe en témoigne la polyptote relevée plus
tôt : « vieilles », « vieux », « vieilles vieilleries ». Pourtant, cet objet vieillit, mais ne
meurt pas comme semble l’indiquer la plupart des verbes au présent et non pas au
passé. Le vieux meuble est associé à de vieux objets, devenus inutiles mais pourtant
conservés. Nous pouvons relever le champ lexical de la vieillesse : « linges jaunes »
v 6, « dentelles flétries » v 7, « grand-mère » v 8, « cheveux blancs », « fleurs
sèches » v 10. Ces objets sont marqués par le temps. Ils ont un aspect fané :
« jaunes », « flétries », « sèches », « blancs ». Ils sont démodés : « chiffons »,
« dentelles », « fichus ». Le passé est visible et les objets en portent concrètement la
trace.
Néanmoins, dans la strophe 3, les objets portent la trace du passé de manière
symbolique. Ce sont des souvenirs, ils rappellent les moments passés : « cheveux »
coupés pour garder le souvenir des personnes, « médaillons » et « portraits » qui
représentent ces personnes, « fleurs séchées » qui symbolisent un événement.
La strophe 3 commence par un tiret (qui peut symboliser une rupture, une différence
par rapport à la strophe 2) et un conditionnel : « on trouverait » v 9. Il s’agit de la
charnière du poème : le poète ne parle plus de ce qu’il voit vraiment, il imagine, il
rêve sur ce que le buffet pourrait contenir ou alors ce conditionnel indique qu’on ne
peut pas voir le contenu, qu’on peut seulement le deviner, parce qu’il relève d’un
passé intime, donc secret, caché. Deux buffets se superposent alors : dans les deux
premiers quatrains il s’agit du buffet réel que Rimbaud voit et décrit, dans les deux
tercets, le buffet réel le fait penser à un autre buffet qui est imaginaire. Le meuble est
une métaphore de la mémoire. Il contient un fouillis d’objet, de même que la
mémoire contient pêle-mêle des souvenirs qu’on ne parvient plus forcément à mettre
dans l’ordre . c’est un désordre qui bouscule tous les sens
C’est dans cette strophe que nos spéculations quant aux intentions de rimabaud se
confirment, on retrouve l’emploi de la seconde personne dans la dernière strophe :
Personnification.
La chute du sonnet semble évoquer l’arrivée de la mort : les portes du buffet
s’ouvrent, mais il n’en sort aucune parole, seulement le silence et l’obscurité. Les
« grandes portes noires » pourraient symboliser le tombeau, le cercueil, la mort, le
néant. C’est sur l’adjectif : « noires » que s’achève le sonnet, et ensuite le poète
laisse la place au silence.
Ce qui est étonnant c'est l'attitude bienveillante de Rimbaud devant ces souvenirs.
Généralement, ce sont les personnes âgées qui essaient de faire renaître la félicité
d'un passé comme dans une sorte de rêve en arrière, pour retraverser à l'envers une
existence et se donner l'illusion de revenir enfant. En ouvrant le buffet il revient les
bouffées d'autrefois, les sensations de jeunesse, les élans même, des visions de choses
oubliées.
Rimbaud se plaît à philosopher sur l'au-delà des choses. Les choses prennent fin
lorsque nous cessons de les utiliser, mais nous en conservons certaines pour leur
valeur sentimentale. Les choses devenues inutiles ont encore une histoire à raconter.
On respecte les vieilles personnes car elle sont la mémoire de notre histoire récente et
nous raconte un temps que nous n'avons pas connu. Ce buffet sait bien des choses
mais elles sont ici enfermées. Nous les ressortons pour leur faire raconter leur histoire
D’un côté, le poète semble faire l’éloge de la vieillesse. La vieillesse est regardée de
manière bienveillante. Elle fait l’objet de comparaisons valorisantes Ces vieux
objetssont regardés avec tendresse car ils sont des témoins, ils racontent l’histoire de
leurs propriétaires disparus, ils en gardent la trace. De l’autre, il montre aussi que la
mémoire est fragile, et qu’elle est guettée, comme les êtres et les objets, par le néant.
La trace que le buffet conserve du passé est un peu dérisoire : les souvenirs s’effacent
progressivement au fur et à mesure que le temps passe. Le buffet conserve des objets-
souvenirs, mais ils sont devenus anonymes, leurs propriétaires ne sont plus connus Le
poète ne sait plus si l’objet a appartenu à une femme ou à un enfant.
Le buffet n’est pas un objet aussi ordinaire et banal qu’il en a l’air, mais un témoin
précieux du passé. C’est le poète qui est capable de voir ce « don caché » du buffet,
qui est capable d’en comprendre la lien une complicité entre le poète et l’objet.
L’objet a un pouvoir secret, et le poète a une sensibilité qui lui permet de le percevoir.