Fiches de lecture
Revue Espaces et sociétés, 2011/3 n°146, « Paysage et environnement : une
poétique commune » - Entretien avec François-Xavier Mousquet, Propos
recueillis par Frédéric Pousin, Denis Delbaere
François-Xavier Mousquet = dimension environnementale importante dans le projet de paysage.
Question de la reconversion des friches industrielles minières donc nveaux terrains disponibles,
souvent très pollués et dont les coûts de dépollution seraient compliqués à absorber avec la crise
économique (désindustrialisation) donc apparition de l’EPF pour « pré-verdir » ces espaces.
Manque de qualité : espaces figés
Approche écologique : permet d’appréhender les friches comme des espaces en constante
transformation, et non plus comme des espaces figés. Passage de la friche industrielle à la friche
végétale.
Nvelles dynamiques : la végétalisation est possible sans terrassement préalable (économies),
végétations spontanées.
Cette approche participe à la modification du regard des gens sur le terril (appropriation culturelle).
À l’aune de ces expériences, diriez-vous que les approches paysagistes et environnementales
devraient tendre vers une véritable hybridation ?
Non car paysagiste ≠ écologue
A l’origine, les écologues considérés superflus. Maus reconnaissance des enjeux environnementaux
dans le projet donc devenus incontournables.
Les paysagistes s’éloignent de l’héritage horticole pour se rapprocher d’un voc plus urbain,
architecturé. Ajd, acteurs à part entière du monde de l’aménagement mais légitimité précaire car la
notion de paysage est très subjective (associée à des considérations esthétiques jugées secondaires).
Diriez-vous alors que le projet de paysage associe des compétences multiples, autonomes, et dont
aucune ne devrait prévaloir sur les autres ?
Oui et non.
Les compétences doivent être confrontées et chacune doit s’exprimer mais il faut pouvoir prendre
parti et s’arrêter sur un choix.
Ex : Concours pour l’aménagement des abords de la Citadelle de Lille. Pour le projet de la citadelle,
cortège végétal et époque de référence ont convergé autour d’un parti paysager que nous avons
déterminé.
« S’il est donc juste de vouloir que chaque discipline apporte sa vérité dans le projet, il n’en demeure
pas moins que l’apport du paysagiste demeure à part dans la mesure où c’est lui qui est le garant de
la cohérence du projet structuré autour d’un parti… L’écologie, est une science de la mise en relation
des maillons du vivant. Le paysage vise la mise en relation des espaces… »
Les racines, le passé d’un lieu contribuent à la construction du sens d’un projet : « Les plus beaux
projets d’avenir sont ceux qui s’appuient sur le passé ».
Paysage en devenir : L’action d’un cabinet de paysagistes face à la
reconversion des sites charbonniers du bassin du Nord- Pas-de-Calais
(entre 1980 et 2000), Christian Hottin
80s : rapport de l’ingénieur général des Ponts et Chaussées Lacaze. La friche constitue un état de
transition entre une ancienne et une nouvelle activité économique. A la base, enjeu local/régional
puis crise économique et chocs pétroliers qui en font un enjeu national : de plus en plus de friche et
donc de grandes surfaces d’espaces délaissés et inutilisés.
En 86, 20 000 ha de friches industrielles en Fr.
NPDC (9 000 ha), Lorraine (2 500 ha), Ile-de-France (1 000 ha) et Rhône-Alpes (450 ha)
Agence Paysages
« Il apparaît donc qu’à l’exact opposé de la politique de la table rase et du retour à la situation
antérieure un temps envisagés pour la reconversion des sites miniers nos paysagistes veulent au
contraire donner une seconde vie aux sites sur lesquels ils interviennent, en inventant pour eux une
configuration respectueuse du passé car fondée sur la prise en compte de l’existant, mais néanmoins
compatible avec les évolutions des territoires concernés. »
Ex : Pré-verdissement de la fosse 4-5 sud de Méricourt
Physionomie de la commune profondément marquée par l’emprise des sites miniers. Les terrains de
la fosse + emprise SNCF développement de friches périphériques induites par l’abandon des activités
minières qui créent une rupture dans le tissu urbain.
Solution : instaurer une continuité entre les différents éléments de la friche, afin de lui conférer une
identité plus visible (une passerelle). Sur la friche elle-même, favoriser l’insertion du site dans la
trame urbaine en créant des accès pédestres et en y développant des cheminements et traiter a
minima l’espace végétal en utilisant le potentiel existant.
Ex : La cité ouvrière Pierrard à Méricourt
Groupe de corons et de lotissements plus ou moins étroitement imbriqués les uns dans les autres.
Plusieurs entités distinctes : l’ancienne cité datant des années 1920, avec ses 289 logements jumelés,
5 petits immeubles collectifs et 119 logements de pensionnés.
Relatif isolement de la cité Pierrard par rapport à son environnement (voie ferrée au N, absence de
communication avec le lotissement Coop Artois). Absence de hiérarchisation dynamique des espaces
à l’intérieur de la cité ; un grand espace vide et dépourvu de fonction en occupe le centre.
Solutions : mise en place d’une signalétique, implantation de végétation au croisement et
renouvellement de l’éclairage qui visent à construire un espace plus hiérarchisé. Percement de voies
entre la cité et le lotissement Coop-Artois (meilleure communication). Travail sur l’identité de la cité :
il s’agit de mieux l’individualiser, tout en l’ouvrant sur l’extérieur.
Une analyse : créer du lien en affirmant l’identité du lieu
Paysagiste : maîtrise d’un grand nombre de savoirs, géologiques, géographiques, botaniques ou
climatologiques, mais aussi historiques, sociologiques et ethnologiques.
Jean-Luc Brisson : le métier de paysagiste est « de mettre du liant, de la cohésion entre les
intervenants et les usagers ».
substituer aux facteurs de cohésion anciens, dont la solidité va s’amenuisant à mesure que
disparaissent les activités industrielles traditionnelles, une nouvelle forme de lien, dans
l’espace et entre les hommes.
Projets de la fosse 4-5 et la cité Pierrard de Méricourt : présence d’un travail de « couture » qui vise à
restaurer le lien, à créer des passages entre le site minier et les hommes qui y vivent ou vivent
autour.
Affirmer positivement l’identité d’un monde dégradé, un espace rejeté, perçu de l’extérieur comme
un non-lieu, indigne de pérennité (perception négative)
Paysagiste doit « rendre le paysage visible à tous, à ses habitants, au monde extérieur, le faire existe
et révéler le potentiel esthétique caché de ces lieux stigmatisés ».
« La reconversion des paysages tend alors à la conversion des mentalités et des représentations. »
« Longtemps produit subi, involontaire, des rapports entre le territoire et les activités humaines, le
paysage accède aujourd’hui au statut de facteur de production. Dans une société où l’image prend
une importance croissante, où le cadre de vie devient un élément de choix économique, le paysage ne
peut plus être contingent, il doit se maîtriser et faire l’objet d’un véritable projet, car avec lui se
forgent l’identité et la réputation d’une région »