Finance Islamique et Crise Économique
Finance Islamique et Crise Économique
Introduction
La crise économique et financière de 2008 qui a touché le système bancaire et financier est
l’une des crises les plus longues et difficiles que le monde ait connues. Ses effets se
manifestèrent des années après son éclatement en août 2007. Nous avons encore en tête la
faillite en chaîne de grands groupes bancaires tels que Lehman Brothers, mais aussi la
nationalisation de banques en Europe (Northern Rock en Angleterre et Fortis en Belgique).
Alors que les conséquences de cette crise ont depuis ravivé le débat public sur la nécessité de
rendre la finance plus éthique, nous nous posons la question de recherche suivante : La
finance islamique peut-elle être une alternative à la finance conventionnelle en période de
crise ? Cette question est motivée par le fait qu’il y a eu un manque d’éthique dans les
pratiques qui ont causé la crise de 2008. De plus, comme nous le verrons dans notre
développement, les principes de la finance islamique rendent celle-ci plus éthique.
Notre recherche a, dans une certaine mesure, comblé le vide empirique qui existait par rapport
à l’étude de la performance des banques islamiques en période de crise et en Europe. En effet,
car la plupart des auteurs ont étudié cette branche de la finance dans des pays arabes. La plus-
value de notre étude est que nous avons apporté notre contribution à l’étude de cette branche
de la finance dans un pays occidental (Royaume-Uni). Nous avons également utilisé une
méthodologie (CAMEL) qui n’est pas ou peu abordée dans les études précédentes.
Ce mémoire n’a pas pour but de faire l’apologie de la finance islamique mais de comparer,
d’analyser de manière neutre et objective les différences et similitudes avec la finance
conventionnelle.
Dans la première partie, nous énumérerons les différents principes de la finance islamique.
Ensuite, nous expliquerons brièvement les différents contrats financiers. Une comparaison
sera également menée entre le mode de fonctionnement d’une banque islamique et celui d’une
banque conventionnelle. Enfin, nous clôturerons cette première partie par une revue du
système d’assurance (takaful) et d’obligations (sukuk) selon la finance islamique.
2.
Dans la seconde partie du présent travail, nous développerons notre question de recherche sur
la base d’une revue de la littérature existante. Nous présenterons ensuite notre échantillon et
l’étude empirique. Sur la base de 80 observations, nous analyserons la performance
(profitabilité, liquidité et solvabilité, Tobins’Q) de huit banques islamiques et huit banques
conventionnelles au cours de la période pendant crise (2008-2009) et après la crise financière
(2010-2012).
Nos résultats suggèrent que selon la méthodologie CAMEL, les différents ratios sont plus
stables et donc moins volatils pour les banques islamiques que pour les banques
conventionnelles. De plus, en période de crise (2008-2009), le ratio de profitabilité pour les
banques conventionnelles avait fortement chuté. Les pertes causées par la crise ont été donc
plus importantes pour ces banques.
En revanche, les différents tests statistiques que nous avons réalisés et le test de comparaison
des différents types de banques (test de Wilcoxon) montrent qu’il n’y a pas de différence
significative (à un niveau de significativité à 5%) de performance financière entre les deux
types de banques en période de crise.
Après avoir exposé nos résultats, nous mettrons en évidence les limites de notre recherche et
aborderons une petite discussion autour de la finance islamique.
3.
Jadis, les commerçants musulmans utilisaient la finance islamique dans leur activité
quotidienne. Dans les pays musulmans, les banques offraient des produits financiers
islamiques mais aussi des produits issus de la finance conventionnelle (Causse-Broquet G.,
2012).
Lors de la crise pétrolière des années 70, la flambée des prix du pétrole a poussé les
épargnants dans les pays arabes à déposer massivement leur argent. Face à cet afflux de fonds,
il y a eu une nécessité de créer des banques qui soient en conformité avec la loi islamique
(Charia). Cet événement majeur de l’histoire économique explique l’essor et le
développement de la finance islamique dans les pays du Golfe.
La première banque islamique a vu le jour en 1963 en Egypte (Egypt Mit Ghamr). D’autres
furent créées après à Dubaï (Dubaï Islamic Bank, 1975), au Koweït (Koweït Finance House,
1977), au Bahreïn (Bahreïn Islamic Bank, 1979) et au Qatar (Qatar Islamic Bank,
1982)(Causse-Broquet G., 2012, P 19).« Un événement marquant de l’histoire du système
financier islamique fut la création de la Banque Islamique de Développement en 1975.
Implantée à Djeddah, elle fut créée par quatre pays membres fondateurs : l’Arabie Saoudite,
la Libye, les Emirats Arabes Unis et le Koweït. Son objet est d’être la banque de
développement pour le monde musulman et à ce titre elle participe à de grands
projets»(Causse-Broquet G., 2012, P 19).
4.
Durant la période post 2000, le 11 septembre 2001 fut un événement marquant pour la finance
islamique. Les épargnants des pays du Golfe qui avaient déposé leur argent dans des banques
étrangères n’avaient plus confiance en ces dernières, ce qui les a poussés à rapatrier leurs
fonds. Cet événement du 11 septembre couplé à la crise pétrolière des années 70 ont permis à
la finance islamique de se développer. Aujourd’hui, le marché de la finance islamique
atteindrait les 1000 milliards de dollars Américains avec un taux de croissance variant entre
12% et 15%, réalisés par plus de 450 établissements financiers dans plus de 60 pays (Causse-
Broquet G., 2012, P 20).
1
ADEFI (2012). Historique de la finance islamique.
[Link] (Consulté le 26/11/2014)
5.
De nouveaux produits financiers islamiques ont vu le jour comme par exemple les sukuks
(obligation islamique) et le contrat takafoul (assurance)2. Le sukuk est le produit financier
islamique qui a connu la plus forte croissance. « En 2011, on évalue le montant des émissions
à environ 85 milliards de dollars US, dont 20% de sukuks souverains. Ils sont surtout émis en
Malaisie. » (Causse-Broquet G., 2012, P 21). Avec l’internationalisation de la finance
islamique, plusieurs banques islamiques sont apparues dans les pays occidentaux. L’Islamic
Bank of Britain, créée en 2004, est la première banque islamique occidentale. D’autres
banques ont suivi. Avec la distinction de Londres comme étant une place financière, plusieurs
banques islamiques ont ouvert des filiales dans le pays (Causse-Broquet G., 2012). Malgré
son expansion, la finance islamique reste principalement concentrée en Asie et au Moyen-
Orient tandis que l’Amérique Latine représente encore un terrain vierge comme le montre la
carte suivante.
2
Nous analyserons plus en détail les différents produits financiers islamiques dans le chapitre 2.
6.
La finance islamique se veut d’être une finance morale, éthique et équitable, et se distingue de
la finance conventionnelle par la conception du travail et du capital. L’enrichissement et
l’argent sont vus, en Islam, comme un moyen et non comme une finalité. « Toute
fructification d’un capital quelconque, toute acquisition d’une richesse supplémentaire doit
impérativement provenir du déploiement d’un effort, qu’il soit individuel ou collectif, d’un
échange, d’un don ou encore d’un héritage » (Karich I., 2002, P29). L’argent est donc
improductif et ne peut donc générer de l’argent (intérêt) sans que cela soit le résultat d’un
effort. Ainsi, cinq principes fondamentaux régissent la finance islamique : l’interdiction de
l’intérêt (Riba), l’interdiction du hasard (Gharar) et de la spéculation (Maysir), l’interdiction
de certaines activités considérées comme illicites par l’Islam (alcool, pornographie, armes…),
le partage des profits et des pertes et l’adossement à un actif tangible.
Il y a donc une part d’incertitude dans la spéculation. Les contrats aléatoires (basés sur un
événement futur incertain) sont interdits en Islam car les gains ou les pertes de chacune des
parties au contrat ne sont pas clairement définis.
3
En finance islamique, les contrats de financement sont la Musharaka et la Mudaraba (voir infra, chapitre 2).
8.
2.1 Murabaha
Le contrat Murabaha est un contrat « par lequel la banque, sur ordre de son client, achète un
bien (marchandises, matières premières, ou produits semi-finis) et le revend à son client au
coût de revient majoré d’une marge. Le paiement peut être immédiat ou différé. » (Causse-
Broquet G., 2012, P 59). Ainsi, le contrat Murabaha ressemble à un prêt classique en finance
conventionnelle mais sans intérêt. La marge du banquier correspond à la différence entre le
prix de revente au client et le coût de revient pour la banque. Contrairement à un contrat de
prêt classique, aucun intérêt de retard ne sera chargé au client si celui-ci paie en retard. De
plus, le risque est supporté par la banque. En effet, prenons l’exemple d’une banque qui doit
acheter de la marchandise pour son client, celle-ci est entreposée dans un entrepôt après
l’achat auprès du fournisseur. Si l’entrepôt venait à bruler avec la marchandise, le banquier
devra racheter cette marchandise car il en reste le propriétaire tant qu’il ne l’aura pas vendue
au client. La rémunération de ce risque est comprise dans la marge du banquier. La figure
suivante illustre les principaux mécanismes du contrat Murabaha.
2.2 Musharaka
La Musharaka est « un contrat entre deux parties (ou plus) pour le financement d’un projet
dont les pertes ou les profits sont distribués au prorata des contributions respectives au
capital. » (Elmelki A., 2011, P 9). La répartition des profits ou des pertes est fixée lors de la
conclusion du contrat et l’apport des associés peut se faire soit en nature soit en numéraire.
2.3 Mudaraba
Le contrat Mudaraba est typiquement utilisé dans le cas où un entrepreneur avec peu de
moyens financiers utilise son savoir-faire en faisant appel à un investisseur pour prendre en
charge le financement. En effet, la Mudaraba est « un contrat conclu entre un (ou des)
investisseur(s) qui apporte(nt) des fonds (rab-el-mal) –en l’occurrence la banque- et un
entrepreneur qui assure le travail nécessaire et apporte son expertise pour faire fructifier ces
fonds (moudharib). »(Causse-Broquet G., 2012, P 51). Contrairement à la Musharaka, dans la
Mudaraba la banque n’est pas actionnaire et donc n’a pas le droit d’ingérence dans les affaires
de l’entrepreneur. La figure 5 illustre la Mudaraba.
2.4 Ijara
L’ijara est « un contrat de location d’un bien comprenant une possibilité de transfert de la
propriété de ce bien au profit du locataire »(Guéranger F., 2009, P 113). Le contrat d’ijara
ressemble au contrat de leasing avec trois parties : La banque, le locataire (client de la banque
islamique) et le fournisseur.
A l’issue du contrat (étape 7 dans la figure 6), le locataire (client) peut exercer une option de
vente pour racheter le bien mis en location. Un contrat de vente sera alors signé entre la
banque et son client.
12 .
2.5 Salam
Le contrat Salam est un contrat de vente où la livraison est différée dans le temps mais le
paiement se fait comptant. Ce contrat est habituellement utilisé dans l’achat/vente de
marchandises ou de matières premières (SAÏDANE D., 2009). Ce contrat nous fait penser au
contrat forward à la différence près que le paiement se fait comptant dans un contrat Salam.
Nous remarquons à juste titre que le contrat Salam comporte une part d’incertitude et viole
donc le principe d’interdiction du gharar. En effet, à terme, lorsque le vendeur (agriculteur,
fournisseur…) devra s’exécuter, le banquier n’est pas certain de recevoir la totalité de l’objet
du contrat. Cette exception du gharar est tolérée pour autant que la nature de la marchandise
et la quantité soient spécifiées dans le contrat. Si le vendeur (agriculteur) ne produit pas
suffisamment pour honorer ses engagements, il devra acheter la quantité manquante (Huet
Jean-Michel& al, 2014).
2.6 Istisna
L’istisna est un contrat par lequel un investisseur (moustasnii) est lié à un fabricant (sanii)
pour la fabrication d’un bien en contrepartie d’une rémunération fixée préalablement. Ce
contrat ressemble au contrat salam, à la différence que l’objet du contrat est un produit fini
qui a subi une transformation (SAÏDANE D., 2009). De plus, le paiement se fait aussi au
comptant mais sans obligation de payer la totalité du montant au moment de la conclusion du
contrat.
Suite à l’interdiction de l’intérêt, les banques islamiques ne peuvent pas avoir recours aux
banques centrales en tant que prêteurs en dernier ressort car il y aura un intérêt qui sera
chargé. Les dépôts constituent la principale source de refinancement des banques islamiques.
De plus, aucun intérêt de retard ne peut être perçu par la banque (Causse-Broquet G., 2012).
Concernant la rémunération des déposants/épargnants, l’institution financière islamique
partage avec ces derniers uniquement le profit réalisé par les investissements financés par leur
épargne (Hassoune, A. 2003).
Chaque banque islamique possède les mêmes organes de gestion et de gouvernance que ceux
présents dans les banques classiques (une assemblée générale d’actionnaires, un conseil
d’administration…) avec la particularité d’avoir un comité supplémentaire appelé comité de
charia que nous développerons dans la section suivante.
A l’instar des banques conventionnelles, les banques islamiques doivent faire face à un certain
nombre de contraintes et régulations. A ce titre, elles sont soumises à une supervision
financière, à l’audit interne et externe… De plus, chaque banque islamique doit avoir un
comité de charia qui fait partie de son organe de gouvernance. Ce comité est composé de 4 à
7 oulémas (théologiens) qui s’assurent de la conformité de chaque produit et service de la
banque islamique avec la charia. Aucun nouveau produit financier ne sera proposé aux clients
sans l’accord préalable du comité de la charia (Ghayad R., 2008).
Le comité de la charia émet aussi, par l’intermédiaire de ses conseillers et oulémas, une
fatwa4 sur des sujets aussi divers que variés. Les parties prenantes tant internes (membres du
conseil d’administration…) qu’externes (clients…) peuvent être à l’origine de la demande de
fatwa. L’ensemble des fatwas émises sont conservées dans un recueil en cas de litiges
(Guéranger F., 2009).
4
Avis juridique émis par un juriste musulman.
15 .
Le choix des oulémas au sein du comité de charia est une décision importante pour la banque
car cela peut avoir une incidence sur sa notoriété et son image de marque. La fonction
d’ouléma exige une grande maitrise de la religion (lois islamiques, Coran, hadith5) et de la
finance (Causse-Broquet G., 2012). En principe, les oulémas doivent être indépendants pour
être crédible et avoir la confiance des parties prenantes de la banque. De plus, ils sont aussi
indépendants vis-à-vis du management de la banque et refuseront de certifier tout produit ou
service financier contraire aux principes de l’Islam.
En outre, un compte courant ouvert dans une banque islamique présente la particularité
d’absence de frais de gestion pour les services bancaires y afférents (virement, retrait,
paiement électronique…).
Le détenteur d’un compte d’épargne dans une banque islamique ne recevra pas d’intérêts mais
une partie du résultat généré par la banque tout en supportant une partie du risque pris par sa
banque. De plus, des frais seront débités du compte pour la gestion des fonds. Une différence
majeure à souligner est le fait que l’épargnant doit prévenir à l’avance sa banque lorsqu’il
souhaite procéder à un retrait de fonds. Enfin, le compte d’investissement est le plus répandu
et représente une importante entrée d’argent pour les banques islamiques. Ce type de compte
ressemble à un investissement en action où l’investisseur (déposant) recevra une rémunération
variable (dividende). L’investisseur peut perdre une partie de son argent en vertu du principe
5
Parole des Prophètes.
16 .
de partage des profits et des pertes et autorise sa banque à investir dans des projets (Causse-
Broquet G., 2012).
Une dernière différence importante entre les deux systèmes bancaires est que les banques
islamiques n’ont pas recours au marché monétaire interbancaire pour se refinancer (Bitar, M.
et Madiès, P., 2013). Cette contrainte a permis aux banques islamiques d’être plus stable
durant la crise de 2008 et a évité l’effet domino qu’ont connu les banques conventionnelles.
Toutes ces différences dans le fonctionnement des banques islamiques se traduisent par une
structure bilantaire particulière. Le tableau suivant illustre la comparaison entre le bilan
simplifié d’une banque islamique et celui d’une banque conventionnelle.
La banque islamique comme la banque conventionnelle reçoit des dépôts et accorde des
crédits. Cependant, le passif d’une banque islamique est composé de 2 types de dépôts :
D’une part, les dépôts à profits partagés où le capital du déposant n’est pas garanti. Ces
comptes d’investissement sont rémunérateurs en vertu du principe de partage des profits et
constituent une large proportion du passif. D’autre part, les comptes de dépôts (wadiah) où le
capital est garanti et ne représente qu’une faible partie du passif car peu ou pas rémunérateurs
pour les déposants. Ces comptes sont les comptes courants à titre gratuit et les comptes
d’épargnes. Des réserves sont constituées au passif pour faire face au risque de détérioration
des stocks de marchandises, produits finis… dans le contrat murabaha (voir chapitre 2) par
exemple.
A l’actif du bilan d’une banque islamique, on retrouve les principaux contrats (murabaha,
musharaka…) explicités au chapitre 2. Contrairement aux banques conventionnelles, des
crédits gratuits (qard hasan) sont présents à l’actif des banques islamiques, représentant des
prêts à court terme sans intérêt servant à financer des études, mariage…Seuls les frais de
dossier sont facturés aux clients.
D’un autre côté, les banques islamiques dégagent une marge d’intermédiation plus importante
que celles des banques conventionnelles grâce à la non-rémunération des dépôts. En effet, les
dépôts peuvent être vus comme une « subvention » à destination des banques islamiques. Ces
dépôts « gratuits » réduisent les coûts des banques et augmentent ainsi leurs profits.
18 .
La finance islamique est venue avec une alternative au contrat d’assurance conventionnelle,
qu’est l’assurance islamique ou takaful. L’assurance islamique a vu le jour au Soudan en 1970
et en Malaisie en 1980 (Zainal Abidin Mohd, K. 2005).
4.1.2Takaful : Mécanismes
Le takaful est en quelque sorte une garantie mutuelle ou assurance mutuelle (Cooper Maysami
R., Jean Kwon W. 1999). En effet, « il s’agit de la constitution, par un groupe de personnes
qui travaillent dans le même secteur, d’un fonds commun mutuel destiné à indemniser tout
participant qui doit faire face à des pertes spécifiques pour des raisons
inattendues »(Guéranger F., 2009, P 188).
Chaque membre de l’assurance mutuelle peut être vu comme un assureur car il apporte une
partie des fonds et comme un assuré car il peut bénéficier d’une indemnisation s’il y a pertes
ou réalisation du risque. Contrairement à l’assurance conventionnelle, tous les membres sont
solidaires en cas de pertes car ils portent à la fois « la casquette » d’assureur et d’assuré
(Cooper Maysami R., Jean Kwon W. 1999).
Comme toute compagnie d’assurance, les compagnies d’assurance islamique investissent les
primes perçues dans des titres à revenus fixes (fixed income securities) (El-Gamal M., 2010),
en particulier dans des obligations islamiques (sukuk).
19 .
Le sukuk est une obligation islamique où les détenteurs du titre sont copropriétaires d’un actif
sous-jacent tangible (immeuble, machine, cash-flow…). L’émetteur (entreprise, fonds
souverains …) émet par l’intermédiaire d’un SPV 6 un sukuk pour financer l’acquisition d’un
actif (Tahmoures Afshar A. 2013). Il ne s’agit pas d’un titre de propriété sur une dette comme
dans une obligation classique. La revente du sous-jacent permettra de récupérer le nominal et
de rémunérer les obligataires. La figure suivante illustre les interactions qui existent entre
l’émetteur (SPV), la société et les investisseurs.
Figure 9 : Sukuk
Deux types d’obligations islamiques existent : D’une part, les obligations reposant sur un actif
« asset-based », d’autre part, les obligations adossées à un actif « asset-backed » (Tahmoures
Afshar A., 2013). Pour les sukuk asset-based, il y a une obligation de rachat à l’échéance et
donc une garantie pour l’investisseur de récupérer le principal. En ce qui concerne les sukuk
asset-backed, il n’y a aucune garantie de rachat et donc l’investisseur supporte une partie du
risque lié à l’actif (risque de réduction de valeur, dépréciation…) (Hassoune A., 2008).
6
SPV: Special purpose vehicle est un véhicule financier.
20 .
A l’issue de cette première partie, après avoir explicité les différents principes qui régissent la
finance islamique et les différents contrats financiers, nous retenons que cette branche de la
finance est éthique, morale et plus juste. En effet, le principe de partage des profits et des
pertes satisfait au concept d’équité. Dans un contrat de financement (Musharaka et
Mudaraba7) les deux parties sont dans une relation d’égal à égal.
De surcroît, la finance islamique permet de rendre « plus morale » la finance avec toutes les
dérives que nous connaissons (spéculation sur les prix des matières premières...). Enfin, cette
branche de la finance favorise le partenariat dans les affaires, l’investissement socialement
responsable (interdiction d’investir dans certaines industries et le secteur de l’armement…).
Dans la seconde partie du présent travail, nous nous poserons la question de recherche
suivante : La finance islamique peut-elle être une alternative à la finance conventionnelle en
période de crise ?
7
Voir chapitre 2
21 .
La crise de 2008 est encore dans toutes les mémoires ! Ses effets se manifestèrent des années
après son éclatement en août 2007. Il y a eu la faillite en chaîne de grands groupes bancaires
tels que Lehman Brothers, mais aussi la nationalisation de banques en Europe (Northern Rock
en Angleterre et Fortis en Belgique). Cette crise est souvent appelée la crise des subprimes car
les crédits hypothécaires subprimes (à risque) aux USA étaient à son origine. Mais ceux-ci ne
représentaient qu’une part modeste (1000 milliards $) en comparaison à la capitalisation
boursière des USA qui s’élevait à 20 000 milliards $ à cette époque (Artus P. & Al, 2008).
Selon Diaw A. (2011), l’intérêt (riba) est la cause principale de la crise de 2008 car elle crée
une déconnexion entre l’économie réelle et la sphère financière. De plus, elle permet une
augmentation du coût de la dette. Ainsi d’après ce même auteur, sans la riba, la crise des
subprimes n’aurait jamais vu le jour. Le système financier et bancaire islamique a été en
partie « immunisé » des effets néfastes de la crise grâce, entre autres, à l’interdiction du riba.
De nombreux auteurs, dont nous discuterons les résultats de recherche dans la section
suivante, ont affirmé que les banques islamiques ont été impactées dans une moindre mesure
par les conséquences de la crise.
22 .
Les résultats des différentes études sont aussi nombreux que variés. Certains auteurs ont
montré que les banques islamiques étaient plus performantes que les banques
conventionnelles en période de crise. D’autres affirment qu’au contraire, ce sont les banques
conventionnelles qui ont moins souffert de la crise. Enfin, d’autres ne voient aucune
différence significative de performance entre les différents types de banques due à la crise.
Parmi les auteurs qui affirment que les banques islamiques ont été plus performantes, nous
pouvons citer Hasan & Dridi (2010) et Hassoune A. (2003). Selon ce dernier, « la rentabilité
des banques islamiques demeure moins volatile et sans doute plus élevée que celle des
banques conventionnelles.» (Hassoune, A., 2003, p2). Cette stabilité résulte du principe de
partage des pertes et des profits. Cette crise nous a montré que le système bancaire
conventionnel basé sur le commerce de la dette est instable. Cette instabilité est due à une
fluctuation des taux d’intérêts, spéculation, prise de risque excessive… Un système financier
basé sur le partage des profits, le commerce et la prohibition de l’intérêt s’avère plus stable
(Hassoune, A., 2003).
Ben Jazia, Jaouadi & Ziadi (2011), parmi d’autres, ont trouvé que les banques islamiques
contribuent à la stabilité économique et financière. De plus, ils affirment que la finance
islamique peut être un remède à la crise et permettrait d’éviter que d’autres ne se produisent à
l’avenir.
8
Voir tableaux annexe 0 : Résultats synthétiques des différentes études.
23 .
Miniaoui et Gohou (2013) montrent que contrairement aux autres pays du Golfe, les banques
islamiques des Emirats Arabes Unis ont moins bien performé que les banques
conventionnelles pendant la crise financière. Après la crise, les banques islamiques sont
parvenues à réduire l’écart de performance entre les deux systèmes financiers.
Tous ces auteurs ont analysé le cas de banques 100% conventionnelles ou 100% islamiques
sans s’intéresser au cas intermédiaire de la banque où les deux systèmes financiers coexistent.
Ce type de banque est appelé communément « banque conventionnelle avec fenêtre
islamique ». C’est-à-dire, la banque propose des services bancaires classiques et des produits
financiers conformes aux principes de la finance islamique. Il n’est pas rare de voir certaines
banques conventionnelles se diversifier en proposant des produits financiers islamiques
(sukuk et autres). Ainsi, l’adoption de la finance islamique par une banque conventionnelle
peut-elle s’avérer bénéfique en période de difficultés financières ?
De plus, nous constatons un vide empirique en ce qui concerne la performance des banques
islamiques en Europe. Pourtant, des banques islamiques sont présentes dans certains pays
européens comme la France, la Suisse, le Luxembourg ou le Royaume-Uni.
24 .
La majorité des études citées ci-dessus traite de la performance des banques islamiques et
conventionnelles dans des pays où la population est majoritairement musulmane (Pays du
Golfe, Turquie, Indonésie, Malaisie, Pakistan…). Peu d’études ont été faites sur des pays
fortement touchés par la crise de 2007 comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Irlande ou
encore l’Espagne. Vu la faible présence de banques islamiques aux Etats-Unis, nous avons
décidé de nous intéresser aux banques islamiques et conventionnelles actives au Royaume-
Uni. De surcroît, le Royaume-Uni est le pays européen qui compte le plus grand nombre de
banques islamiques. Ainsi, huit banques islamiques et huit banques conventionnelles
présentes au Royaume-Uni ont été choisies sur la base de deux critères, à savoir la taille (actif
bilantaire) et le secteur d’activité (Banque commerciale, d’affaires/d’investissement,
universelle, de financement…) (voir la liste des banques choisies à l’annexe 1 et à l’annexe
2).Ce choix a été opéré sur la base de la liste publiée par la Bank Of England (2014).
9
PLC : Public Limited Company
10
LTD: Limited
25 .
11
Ces ratios financiers seront explicités dans les sections qui suivent.
26 .
Nous allons à présent appliquer la méthodologie CAMEL pour les différentes banques
sélectionnées en calculant les différents ratios financiers à partir des bilans. Nous allons
calculer ces ratios pour différentes périodes : la période avant (2005-2007), pendant (2008-
2009) et après la crise financière (2010-2012).
Dans un premier temps, nous avons procédé à une analyse financière pour chacune des
banques12. Ensuite, sur base des résultats individuels, nous avons agrégé les différents types
de banques afin de comparer leur performance financière pendant et après la crise. Cette
démarche nous a permis de dégager une tendance sur la période étudiée ainsi que d’évaluer
l’impact de cette crise sur les différents ratios des deux groupes de banques (islamiques et
conventionnelles).
Dans la section suivante, nous allons voir si ces différences de performance financière sont
statistiquement significatives. Ainsi, nous pourrons vérifier si les effets de la crise ont été
différents sur les banques islamiques et les banques conventionnelles britanniques.
Une moyenne pondérée des trois indicateurs (profitabilité, liquidité et solvabilité) a été
calculée pour chaque groupe de banques. La pondération de chaque banque a été définie
comme étant son actif total divisé par la somme des actifs totaux de toutes les banques du
secteur (islamique ou conventionnelle). Nous obtenons le graphique suivant.
12
Veuillez vous référer utilement aux annexes 3 et 4.
28 .
% Actif total
9,00% Banques islamiques Banques
8,40%
conventionnelles
8,21%
6,55%
6,20%
6,06%
5,80% 5,90%
4,30%
4,00% 3,66%
3,23%
2,98% 2,83%
1,93% 2,03%
1,53% 1,54%
1,28%
-0,16% -0,30%
2008 2009 2010 2011 2012 2008 2009 2010 2011 2012
-1,00% Solvabilité Profitabilité Liquidité
Globalement, nous pouvons constater que les différents ratios (solvabilité, liquidité et
profitabilité) sont plus volatils pour les banques conventionnelles que pour les banques
islamiques. On peut donc supposer une stabilité de ces dernières et une meilleure capacité de
résistance en période de difficultés financières (crise, panique chez les épargnants…).
Ensuite, les banques islamiques de notre échantillon investissent une proportion plus
importante de leur actif que les banques conventionnelles pour faire face aux besoins de
liquidités, ce qui peut être expliqué par le fait que les banques islamiques ne peuvent pas avoir
recours aux banques centrales.
29 .
L’élément d’analyse le plus frappant est que les effets de la crise ont eu un impact moindre
sur la profitabilité de nos banques islamiques que sur celle de nos banques conventionnelles.
En effet, la profitabilité moyenne des banques islamiques s’élevait à 0,37% de l’actif total en
2008 contre 0,07% en 2009. Il y a eu donc une perte de profitabilité pour les banques
islamiques. Par contre pour les banques conventionnelles, le choc a été plus brutal. Le ratio de
profitabilité moyen passait de 0,43% de l’actif total en 2008 à -0,16% en 2009.
Ce résultat suggère une meilleure résistance à la crise de la part de nos banques islamiques
comparées à nos banques conventionnelles.
Cette différence de performance peut s’expliquer en partie par le fait que les banques
islamiques n’étaient pas présentes sur le marché de la titrisation. Les banques
conventionnelles qui pratiquaient la titrisation pouvaient rendre plus liquide leur bilan en
transformant les créances en titres négociables (Klein L., 2008). Ces créances étaient
douteuses car le taux de remboursement était souvent faible. Les investisseurs (souvent des
banques) qui ont investi dans ces titres pouvaient perdre jusqu’au 80% de la valeur de
l’investissement après 2008 (Hull J. 2012). Cet événement explique, entre autres, pourquoi la
profitabilité de certaines banques s’est effritée après la crise.
Dans les sections suivantes, nous mènerons une étude économétrique afin de tester
l’hypothèse de différence de performance financière entre les banques islamiques et
conventionnelles en période de crise.
30 .
Dans cette section, nous allons utiliser le test de Student (t-student) pour voir s’il y a eu des
différences statistiquement significatives (à un niveau alpha=5%) pour les ratios de
profitabilité, liquidité et solvabilité des différentes banques (islamiques et conventionnelles)
pour les périodes pendant et après la crise. Nous nous baserons sur la p-valeur pour nos
décisions d’acceptation ou de rejet de l’hypothèse nulle.
Tableau 3 : Test de différence pour les ratios de solvabilité, liquidité et profitabilité des
banques islamiques
Les p-valeurs (0,1175 ; 0,1492 ; 0,7952) sont supérieures à 0,05 ; donc nous ne pouvons pas
rejeter l’hypothèse nulle. Sur base des résultats du test de student, nous pouvons dire qu’il n’y
a pas de différence significative entre les différents ratios pendant et après la crise pour les
banques islamiques.
31 .
Ces résultats rejoignent les constatations que nous avons faites avec la méthode CAMEL. En
effet, le graphique 1 (résultats CAMEL) nous montre que les différents ratios pour les
banques islamiques sont plus stables que ceux des banques conventionnelles sur la période
2008-2012.
Tableau 4 : Test de différence pour les ratios de solvabilité, liquidité et profitabilité des
banques conventionnelles
Les p-valeurs (0,0899 ; 0,1166 ; 0,4699) sont supérieures à 0,05 ; donc nous ne pouvons pas
rejeter l’hypothèse nulle. Nous pouvons également dire qu’il n’y a pas de différence
significative entre les différents ratios pendant et après la crise pour les banques
conventionnelles.
Pour conclure cette analyse statistique des différents ratios, nous pouvons dire qu’il n’y a pas
de différence significative entre les ratios pendant et après la crise pour les différentes
banques. En effet, les résultats des différents tests nous ont amenés à ne pas rejeter
l’hypothèse nulle pour les deux types de banque. Néanmoins, les p-valeur étaient plus faibles
pour les différents ratios des banques conventionnelles en comparaison à celles des banques
islamiques.
32 .
Dans la section suivante, nous mènerons une étude économétrique pour voir si les effets de la
crise ont impacté différemment la performance des banques islamiques et des banques
conventionnelles.
Dans le cadre de notre étude économétrique, nous considérons dans un premier temps que la
performance financière d’une banque est fonction de trois variables indépendantes :la
solvabilité, la profitabilité et la liquidité.
L‘estimation que nous utilisons pour la variable dépendante (performance financière) est le
Tobin’s Q ratio, défini comme étant la valeur de marché des actifs divisée par la valeur
comptable des actifs. La valeur de marché des actifs est calculée comme étant la somme de la
valeur comptable des actifs et de la valeur de marché des fonds propres moins la valeur
comptable des fonds propres. La valeur de marché des fonds propres correspond à la
capitalisation boursière de la firme, c'est-à-dire le prix de l’action multiplié par le nombre
d’actions. Le Q ratio vaudra 1 si la valeur de marché des FP= à la valeur comptable des FP.
Ce ratio sera supérieur à 1 si la valeur de marché des FP est plus grande que la valeur
comptable des FP. Il sera inférieur à 1 dans le cas contraire (Chung, K. H., & Pruitt, S. W.
1994).
Comme nous l’avons fait pour l’analyse CAMEL, nous nous limiterons à deux périodes : la
période pendant crise (2008-2009) et la période après crise (2010-2012). Nous ne nous
attarderons pas sur la période avant crise car pour certaines banques, il y avait des données
manquantes. Afin de distinguer l’impact des différentes périodes sur les différents ratios
(profitabilité, liquidité, solvabilité, q ratio…), dans chacune des régressions, nous avons
introduit une variable muette (dummy variable). Cette variable prendra la valeur 0 si nous
sommes en période de crise (2008,2009), et la valeur 1 sinon. Cette variable muette est donc
très importante pour notre étude car elle nous permettra de dire s’il y a eu une différence de
performance pour les différentes banques à cause de la crise.
33 .
5 :Performancet=β0+β1solvt+β2profitt+β3liqt+β4criset+β5criset*solvt+β6criset*proft+β7crise
t*liqt+et
Dans les différentes régressions, nous rajoutons à chaque fois des variables d’interactions
pour expliquer au mieux la performance des banques à la période t.
Enfin, dans un deuxième temps, nous créerons un nouvel échantillon qui regroupera les
observations des banques islamiques et des banques conventionnelles. Nous exécuterons une
sixième régression multiple pour voir s’il y a une différence de performance entre banques
islamiques et banques conventionnelles en période de crise. Pour ce faire, on utilisera une
nouvelle variable muette, la variable « type banque ». Cette variable prendra la valeur 1 s’il
s’agit d’une banque islamique et 0 pour les banques conventionnelles. La dernière régression
est la suivante :
Pour chacune des régressions que nous avons exécutée, le tableau de l’analyse de la variance
nous indique que le p-valeur est faible (< à 5%). Cela signifie que le modèle global est
significatif, c’est-à-dire qu’au moins un paramètre est significativement différent de zéro.
Nous pouvons dire que pour toutes les régressions, au moins une variable indépendante
explique la variable dépendante (la performance financière ou le Tobin’s Q ratio).
1 2 3 4 5
solvabilité -0,728 -0,88 -0,755 -0,729 -0,845
(0,0001)*** (0,0001)*** (0,0001)*** (0,0001)*** (0,0001)***
profitabilité -1,513 -1,931 -1,183 -1,511 -1,5
(0,0263)** (0,0081)*** (0,0862)* (0,0288)** (0,1327)
liquidité 0,34 0,325 0,358 0,303 0,115
(0,1609) (0,1698) (0,1322) (0,3799) (0,74)
crise -0,002 -0,03 -0,015 -0,006 -0,05
(0,9336) (0,3037) (0,5439) (0,8638) (0,233)
crise*solv 0,177 0,109
(0,1108) (0,5511)
crise*prof -1,319 -0,984
(0,1146) (0,4873)
crise*liq 0,07 0,425
(0,8763) (0,3779)
R2 81,69% 83% 83% 81,71% 83,58%
Nbre d’obs 40 40 40 40 40
Avant de tester ces hypothèses, nous devons faire un test préliminaire pour savoir si les
résidus proviennent ou non d’une distribution normale. Pour ce faire, nous utiliserons le test
de Shapiro-Wilk car nous sommes en présence d’un petit échantillon.
Tableau 6 : Test de Shapiro-Wilk pour les résidus des régressions des banques
islamiques
La p-valeur (0,0048) est inférieure à 5%, nous pouvons rejeter l’hypothèse nulle. Donc les
résidus ne proviennent pas d’une distribution normale.
Revenons à notre tableau 5. Le R2 est assez élevé pour les différentes régressions (autour de
80%), c’est-à-dire, 80% de la variation de la performance financière d’une banque islamique
s’explique par la variation des variables « solvabilité » et « profitabilité ». Les paramètres de
ces variables sont significatifs à différents niveaux de significativité (1%, 5% ou 10%).
36 .
En revanche, nous remarquons que, pour aucune des régressions, la variable muette « crise »
n’est significative. Cela suggère que la performance financière de nos banques islamiques en
période de crise n’est pas différente à leur performance financière après la crise, ce qui
confirme les résultats de l’analyse statistique.
Qu’en est-il pour les banques conventionnelles ? Nous analyserons les résultats des
différentes régressions pour les banques conventionnelles dans la section suivante.
Comme pour l’échantillon des banques islamiques, nous allons tester si les résidus
proviennent d’une distribution normale ou pas.
Tableau 7 : Test de Shapiro-Wilk pour les résidus des régressions des banques
conventionnelles
La p-valeur (0,1313) est supérieure à 5%, donc nous ne pouvons pas rejeter l’hypothèse nulle.
Les résidus proviennent d’une distribution normale.
Le tableau 8 résume les résultats que nous avons obtenus des différentes régressions pour les
banques conventionnelles.
37 .
1 2 3 4 5
solvabilité -0,305 -0,0004 -0,306 -0,337 -0,031
(0,0023)*** (0,9979) (0,0023)** (0,0020)*** (0,8537)
profitabilité -1,038 -0,575 0,868 -0,897 0,4529
(0,0676)* (0,3) (0,6536) (0,1288) (0,811)
liquidité 0,1914 0,343 0,209 0,0237 0,294
(0,2102) (0,0314)** (0,1741) (0,9237) (0,2722)
crise -0,012 0,04 -0,008 -0,02 0,036
(0,3146) (0,10)* (0,4955) (0,1917) (0,2050)
crise*solv -0,479 -0,447
(0,0184)** (0,0362)**
crise*prof -2,02 -1,08
(0,3066) (0,5879)
crise*liq 0,279 0,0798
(0,3942) (0,8089)
R2 43,94% 52,5% 45,66% 45,14% 53,19%
Nbre d’obs 40 40 40 40 40
Pour les différentes régressions, le coefficient de détermination (R2) se situe autour de 45%.
Pour la majorité des régressions (3/5), la variation de la performance financière des banques
conventionnelles s’explique principalement par la variation de la variable « solvabilité ». Pour
la deuxième régression, les paramètres des variables « liquidité », « crise » et de la variable
d’interaction « crise*solvabilité » sont significatifs à 5% ou 10%.
Dans la section suivante, nous nous intéresserons à la question de savoir s’il y a eu une
différence significative entre la performance des banques islamiques et des banques
conventionnelles en période de crise.
38 .
Pour cette sixième et dernière régression, nous allons supprimer la variable muette « crise »
car nous nous concentrerons uniquement sur les effets de la crise (période 2008-2009) sur la
performance des différentes banques. Pour distinguer les différents types de banques, nous
avons créé une nouvelle variable muette qui se nomme « type banque ». Elle prendra la valeur
1 pour les banques islamiques, 0 sinon.
Pour suivre la même méthodologie que les sous-sections précédentes, nous allons tester si les
résidus proviennent d’une distribution normale.
La p-valeur (0,1049) est supérieure à 5%, donc les résidus proviennent d’une distribution
normale.
6
solvabilité -0,68
(0,0001)***
profitabilité -0,541
(0,5184)
liquidité 0,027
(0,9217)
Type banque 0,0054
(0,8502)
Solv*type bq -0,781
(0,01)***
R2 72,29%
Nbre d’obs 32
Comme nous avons 2 échantillons avec des caractéristiques différentes (la banque adopte ou
non les principes de la finance islamique), nous utiliserons le Test de Wilcoxon. Ce test nous
permettra de voir s’il y a une différence de performance pendant la crise entre banques
islamiques et banques conventionnelles.
40 .
La p-valeur (0,9850) est supérieure à 5%, c’est-à-dire que nous acceptons l’hypothèse selon
laquelle la crise a impacté la performance financière tant des banques islamiques que des
banques conventionnelles britanniques.
Les régressions que nous avons exécuté plus haut montrent que le ratio de solvabilité explique
principalement la différence de performance financière entre les banques islamiques et les
banques conventionnelles. Le calcul des différents ratios qui composent la méthodologie
CAMEL nous montre que la crise financière de 2008 a impacté le ratio de profitabilité des
différentes banques. Ce ratio a fortement diminué en 2009 pour les banques conventionnelles
en comparaison aux banques islamiques.
Dans le dernier chapitre de notre travail, nous allons faire la lumière sur les principales limites
de notre étude et avoir un regard critique sur la finance islamique en général.
41 .
7.1 Limites
Notre étude souffre de plusieurs limites. La première est que l’horizon temporel que nous
avons choisi est assez limité. En effet, nous nous sommes concentrés sur deux périodes : la
période pendant crise (2008-2009) et la période après crise (2010-2012). Nous avons omis la
période pré-crise (2005-2008). Cette négligence est indépendante de notre volonté car pour
certaines banques islamiques, nous n’avons pas eu accès aux comptes annuels pour la période
(2005-2008) car ces banques étaient relativement récentes par rapport à leurs homologues
conventionnelles qui sont implantées au Royaume-Uni depuis un certain temps.
Une seconde limite qui découle de la précédente est que, malgré que nous ayons pris toutes
les précautions concernant la taille et le secteur d’activité des banques islamiques et des
banques conventionnelles, nous avons comparé des banques islamiques assez récentes à des
banques conventionnelles implantées à Londres depuis longtemps. Cet élément peut biaiser
nos résultats car une banque jeune aura un besoin en réinvestissement plus important qu’une
banque ancienne. Un besoin d’investir affectera le résultat net de la banque et donc, in fine, le
ratio de profitabilité que nous avons calculé avec la méthode CAMEL.
Enfin, une dernière limite que nous pouvons mettre en évidence est que la taille de nos
échantillons est faible. Pour chaque échantillon, banque islamique et banque conventionnelle,
nous avons eu 40 observations.
Pour les différentes régressions multiples, sauf pour la variable « crise », nous avons estimé
l’impact de chaque variable explicative sur la performance financière d’une banque
(profitabilité, solvabilité et liquidité) de manière individuelle. La création de nouvelles
variables d’interaction comme par exemple la variable « profitabilité*solvabilité » nous aurait
permis d’améliorer notre modèle et d’avoir un plus grand nombre de variables significatives.
Certains auteurs dont Chung, K. H., & Pruitt, S. W. (1994) utilisent des ratios d’endettement,
entre autres, pour approximer le ratio de Tobin’s Q. Nous n’avons pas calculé de ratios
d’endettement pour la simple et bonne raison que ce ratio ne faisait pas partie de ceux qui
composent la méthode CAMEL. Nous avons voulu avoir une « complémentarité » entre les
deux outils d’analyse, le ratio de Tobin et la méthode CAMEL.
42 .
7.2 Discussion
L’objectif principal de l’étude que nous avons menée était de voir l’impact de la crise de 2008
sur la performance financière des banques islamiques et des banques conventionnelles. A
l’issue de notre analyse, il en ressort que la crise a impacté la performance tant des banques
islamiques que des banques conventionnelles britanniques. Toutefois, l’analyse CAMEL que
nous avons effectuée montre que l’impact de la crise a été plus fort pour les banques
conventionnelles, notamment sur le ratio de profitabilité. D’après notre étude économétrique,
les différences de performance financière s’expliquaient aussi par le ratio de solvabilité.
Les résultats de notre étude concordent et rejoignent ceux des études citées dans la revue de
littérature. En effet, la majorité des auteurs cités affirmaient que les banques islamiques
étaient plus performantes que les banques conventionnelles en période de crise. En réalisant
notre analyse de différents ratios financiers par la méthodologie CAMEL, nous avons montré
que la performance financière (ratio de solvabilité, liquidité et profitabilité) des banques
islamiques est moins volatile que celle des banques conventionnelles. De surcroît, le ratio de
profitabilité de ces dernières était moins élevé que celui des banques islamiques en 2009. Par
contre, l’analyse statistique des différents ratios par le test de student nous a révélé que ces
différences n’étaient pas statistiquement significatives.
Comme nous l’avons dit plus haut, il y a un certain vide empirique concernant l’étude de la
performance des banques islamiques en période de crise et en Europe. La plus-value de notre
étude réside dans notre contribution à l’étude de cette branche de la finance dans un pays
occidental (Royaume-Uni) alors que la majeure partie des études antérieures se sont focalisées
sur le cas de pays musulmans (Pays du Golfe, Indonésie, …).
43 .
L’analyse du cas des banques islamiques implantées dans les pays occidentaux revêt une
importance particulière dans la mesure où plusieurs pays européens (la France, la Suisse, le
Luxembourg) ont fait part de leur intérêt pour cette branche de la finance qui se veut
« éthique » et « transparente ».
En effet, selon un article paru dans « l’essentiel » en octobre 201413, le Luxembourg aurait
émis pour la première fois des sukuks pour un emprunt obligataire. L’obligation est adossée à
des immeubles et les investisseurs ayant souscrit à cette obligation islamique (sukuk) ne
recevront pas d’intérêts. Ils recevront une partie des loyers en guise de rémunération. En
entrant dans le marché de la finance islamique, le Luxembourg, après le Royaume-Uni, veut
être un pôle de la finance islamique en Europe (L’essentiel, 2014).
Un autre exemple de l’intérêt de la finance islamique par des pays européens est le cas de la
Belgique. L’article publié dans l’Echo par Anaïs Sorée 14 (2015) nous apprend que pour
l’année académique 2015-2016, la Louvain School of Management proposera un nouveau
diplôme en finance islamique. Cette démarche a été faite pour combler le manque de talents
dans cette discipline. En somme, les capitales européennes ont compris qu’il y avait des parts
de marché à acquérir dans ce secteur en croissance.
13
L’Essentiel (2014). Le Luxembourg place son premier sukuk.
[Link] (consulté le 03/08/2015)
14
Sorée, A. (2015). Pourquoi l’UCL lance un diplôme en finance islamique.
[Link]
_islamique.[Link]?ckc=1&ts=1434190195 (consulté le 03/08/2015) L’Echo.
44 .
La question légitime que nous nous posons à présent est la suivante : Est-ce que la finance
islamique et plus particulièrement, les banques islamiques se basent sur la religion pour être
plus profitable ? Les banques islamiques ciblent principalement des clients de confession
musulmane. Comme nous l’avons dit dans le chapitre 3, le détenteur d’un compte d’épargne
dans une banque islamique ne recevra pas d’intérêts. Cela représente donc un coût en moins
pour la banque islamique et donc une possibilité pour elle d’augmenter sa marge
d’intermédiation. Comme avec la finance conventionnelle, la finance islamique suit une
logique capitaliste et de profit.
Pour les clients soucieux d’investir leur argent en conformité avec leur conviction religieuse,
se rabattre sur les contrats financiers (Murabaha, Musharaka, Mudaraba, Ijara, Salam et
Istisna) proposés par les banques islamiques n’est pas toujours une bonne décision
d’investissement. En effet, reprenons le cas du contrat Murabaha que nous avons brièvement
explicité dans le chapitre 2. Par exemple, un client souhaite acquérir une maison et signe un
contrat Murabaha avec sa banque. Celle-ci va acheter la maison et la revendre au client à un
prix supérieur au prix d’acquisition initial. La banque signe un contrat de vente avec son
client et peut donc fixer librement le prix de vente à condition que le client l’accepte. Un
crédit hypothécaire classique peut s’avérer moins coûteux pour l’acquisition d’un tel bien car
le banquier ne peut pas fixer un taux d’intérêt de manière arbitraire. Les banques
commerciales se basent sur les taux directeurs des banques centrales pour fixer à leur tour les
taux d’intérêt.
Une autre critique que nous faisons est le fait que les différents contrats financiers islamiques
ressemblent à s’y méprendre aux contrats de la finance classique. Par exemple, le contrat
Murabaha ressemble à un crédit classique. Le contrat Ijara ressemble à un contrat de location
ou de leasing. Le contrat Salam ressemble à un contrat Future ou Forward selon les cas. On
pourrait constater les mêmes similitudes pour les autres contrats… Mais qu’est-ce qui les
différencie ? Vu que l’intérêt est interdit en droit musulman, une astuce a été trouvée pour le
remplacer par « le commerce » dans le cas du contrat Murabaha et par le principe du partage
des profits dans les autres contrats. Ainsi, on peut légitimement se demander si les bénéfices
réalisés dans le contrat Murabaha et les profits perçus par la banque islamique dans les autres
contrats ne sont pas une forme d’intérêt déguisé.
45 .
Enfin, tant pour les banques islamiques que pour les banques conventionnelles, la logique
capitaliste, marchande et de profit prime. Cependant pour les banques islamiques, un volet
« éthique » est d’application. En effet, la finance islamique favorise le partenariat dans les
affaires, l’investissement productif et socialement responsable (interdiction d’investir dans le
secteur de l’armement, dans les jeux de hasard…). De plus, elle permettrait de lier la sphère
financière à l’économie réelle par le principe d’adossement à un actif tangible (Elmelki A.,
2011). Ainsi, la spéculation, la vente à découvert et les opportunités d’arbitrages n’ont aucune
place dans la finance islamique.
Avec toute l’actualité que nous connaissons aujourd’hui, le mot « islam » a une connotation
négative. En conséquence, il semble plus approprié de qualifier cette finance de « finance
éthique » ou « finance morale » pour qu’elle continue à prospérer et à se développer en
Europe et aux USA où l’industrie de la finance islamique est quasi-absente.
46 .
Conclusion
La finance islamique ne peut plus s’exercer en vase clos. De par ses principes, cette branche
de la finance a fait ses preuves et peut être complémentaire à la finance conventionnelle.
L’objectif du présent travail est de voir si la finance islamique peut être une alternative à la
finance conventionnelle en période de crise ? Cela revient à se poser la question de savoir si
les banques islamiques ont été plus performantes que les banques conventionnelles en période
de crise. Nous nous sommes penchés sur le cas des banques islamiques à Londres car cette
ville est une place financière mondiale incontournable et se veut d’être un pôle important de la
finance islamique en Europe. De plus, peu d’études antérieures ont été réalisées sur ce sujet
dans cette région du monde. Pour mener à bien notre recherche, nous avons fait une étude
empirique à l’aide de deux outils : Le premier outil que nous avons utilisé est la méthodologie
CAMEL (Capital adequacy, Asset quality, Management quality, Earning, Liquidity). Il
permet de mesurer la stabilité et la performance d’une institution financière en période de
difficultés financières. Ces différents ratios ont été calculés grâce aux bilans des différentes
banques sur la période 2008-2012. Le second outil étant l’estimation à l’aide de régressions
linéaires de l’effet de la crise sur la performance financière (mesurée par le Tobin’s Q ratio)
des banques islamiques et conventionnelles. Des résultats différents ressortent de notre étude.
En effet, la méthode CAMEL montre que les différents ratios sont plus stables et donc moins
volatils pour les banques islamiques que pour les banques conventionnelles. De plus, la crise a
eu un impact plus important sur le ratio de profitabilité pour les banques conventionnelles
dans la mesure où les pertes causées par la crise ont été plus importantes pour ces dernières.
Par contre, les tests statistiques de comparaison des deux types de banques (test de Wilcoxon,
t-student) montrent qu’il n’y a pas de différence significative de performance financière entre
les deux types de banques en période de crise.
47 .
Au vu des résultats que nous avons mis en évidence, nous pouvons affirmer que la finance
islamique peut être une alternative en période de crise pour de nombreuses raisons : le
principe de partage des profits et des pertes permettrait à la banque islamique de réduire le
risque. En effet, la banque décidera de financer un projet (création d’entreprise ou autres)
uniquement s’il est jugé viable sur le long terme et que le risque de défaut soit faible. Avec ce
principe, les deux parties au contrat ont intérêt à ce que le projet soit un succès car s’il y a des
pertes, elles seront assumées par les deux parties selon un prorata fixé préalablement. Il en est
autrement pour les banques conventionnelles, si l’entrepreneur subit des pertes, il sera le seul
à les assumer. Mais cette situation affectera aussi la qualité de remboursement de
l’emprunteur. Les banques conventionnelles devraient être plus attentives aux résultats des
projets pour éviter d’accorder des prêts à des projets très risqués ou viables uniquement à
court terme. Le principe d’adossement à un actif tangible permet aussi de réduire le risque de
la banque islamique car tout investissement doit reposer sur un actif sous-jacent réel et
tangible. En cas de défaut, la banque ou le créancier peut se faire rembourser sur le prix du
sous-jacent qui est réel.
De par ses principes, la finance islamique permettra de rendre « plus éthique » la finance et le
capitalisme en général. De plus, la finance islamique satisfera une demande importante si son
application serait plus large en Europe. En effet, de nombreuses personnes de confession
musulmane ou non, ne pourraient pas être propriétaire d’un bien immeuble ou autre en raison
de l’interdiction de l’intérêt. L’intérêt étant interdit dans d’autres religions (judaïsme) que
l’islam (Friedheim E., 2014). La finance islamique pourrait donc relancer la consommation et
l’investissement dans de nombreuses économies européennes.
Les principales limites que nous retenons de notre étude sont au nombre de 3 :
- La taille de nos échantillons est faible (8 banques pour chaque type de banque avec 40
observations)
- L’horizon temporel est limité (2008-2012) excluant la période avant crise (2005-2007)
en raison de données manquantes.
- Nous avons comparé des banques islamiques assez récentes à des banques
conventionnelles qui étaient implantées à Londres depuis longtemps.
A l’avenir, pour des recherches ultérieures sur ce sujet, il serait intéressant de voir si
l’application des principes de la finance islamique par une banque a un impact ou non sur sa
performance financière. Dans la littérature actuelle, y compris dans notre étude, les auteurs
analysent la performance des banques soit islamiques, soit conventionnelles. Une question de
recherche intéressante à explorer serait de voir si une banque conventionnelle se reconvertit
en banques islamique, est-ce que cette reconversion aura un impact positif sur la performance
financière de cette banque ?
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