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Sijilmâsa : cité idéale, site insaisissable ?

Ou comment une ville échappe à ses fouilleurs

François-Xavier Fauvelle, Larbi Erbati, Romain Mensan

E & E, n° 20

Les Études et Essais du Centre Jacques Berque


N° 20 – Avril 2014
(Rabat – Maroc)

[Link]
Sommaire

Introduction .................................................................................................................................... 4
Sijilmâsa entre le VIIIe et le XVe siècle : le « moment urbain » des sources écrites .............. 5
Historique des opérations archéologiques .................................................................................. 8
Comment le site archéologique déjoue les archéologues ....................................................... 11
Quel paradigme urbain pour la fouille ? ................................................................................... 12
Bibliographie................................................................................................................................. 16
Sijilmâsa : cité idéale, site insaisissable ?
Ou comment une ville échappe à ses fouilleurs

François-Xavier Fauvelle, Larbi Erbati, Romain Mensan

Résumé

Pourquoi la cité de Sijilmâsa, siège de principautés islamiques et porte du grand commerce


transsaharien durant tout le Moyen Âge, continue-t-elle de déjouer les efforts des archéologues
visant à caractériser son apparence physique et son organisation ? À l’heure de la reprise de
fouilles par une équipe franco-marocaine, c’est à cette question qu’entend répondre le présent
article. Au-delà des raisons liées à la mauvaise conservation du site, il est ici suggéré que les
travaux antérieurs ont cherché à vérifier sur le terrain l’hypothèse d’une cité possédant en même
temps toutes les caractéristiques décrites dans les différentes sources écrites. A l’opposé de cette
vision synthétique émerge, sur la base des premiers résultats archéologiques, un autre modèle,
celui d’une cité multipolaire dont les composantes spatiales se sont reproduites par essaimage. Ce
paradigme offre un parallèle avec le paysage actuel de ksour de l’oasis du Tafilalet.

Mots-clés : archéologie, cité islamique, architecture de terre, ksar (ksour), paradigme urbain,
Moyen Âge, Sijilmâsa, Tafilalet (Maroc)

Le CJB n'entend apporter aucune approbation, ni improbation quant au contenu du texte


qui relève de la seule responsabilité de l'auteur.
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

Sijilmâsa : cité idéale, site insaisissable ?


Ou comment une ville échappe à ses fouilleurs

François-Xavier Fauvelle
Historien, archéologue
Directeur de recherche CNRS, TRACES, Toulouse-Le Mirail
Chercheur associé au Centre Jacques Berque, Rabat
Co-directeur de la mission franco-marocaine à Sijilmâsa
ffauvell@[Link]

Larbi Erbati
Professeur d’archéologie islamique
Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine, Rabat
Co-directeur de la mission franco-marocaine à Sijilmâsa

Romain Mensan
Géo-archéologue
TRACES, Toulouse-Le Mirail

Introduction valeur du site au bénéfice des divers publics


potentiels.
Depuis 2012, faisant suite à plusieurs
courtes missions préliminaires, une équipe
franco-marocaine a repris des fouilles sur le
site islamique médiéval de Sijilmâsa, dans la
palmeraie du Tafilalet, au sud-est du Maroc
(fig. 1). Les travaux archéologiques, dont on
peut prévoir qu’ils dureront au moins une
dizaine d’années au rythme d’une campagne
annuelle de quatre à cinq semaines, sont
soutenus par l’INSAP (organisme marocain
de supervision des fouilles archéologiques) et
la Commission des fouilles du ministère
français des Affaires étrangères1. Ils
s’inscrivent par ailleurs dans un programme
pluridisciplinaire encadré par le Centre
Figure 1. Chercheurs, étudiants, ouvriers
Jacques Berque et visant d’une part à croiser entament la seconde campagne de fouille de la
les approches sociales et archéologiques du mission franco-marocaine à Sijilmâsa.
site dans son environnement oasien, d’autre Photo : F.-X. Fauvelle, 2013
part à inscrire l’approche archéologique dans
une perspective patrimoniale de mise en
Pourquoi fouiller à nouveau ce site ? La
question nous est souvent adressée, depuis
1 Avec l’appui du laboratoire TRACES (UMR 5608, des bords d’ailleurs diamétralement opposés,
CNRS et université de Toulouse-Le Mirail) et de son par ceux qui pensent que tout a déjà été dit
Pôle Afrique, de l’université de Toulouse-Le Mirail,
du SCAC de l’ambassade de France à Rabat et du par les archéologues au sujet de Sijilmâsa,
SCAC de l’ambassade de France à Nouakchott. comme par ceux qui pensent qu’il n’y a rien
4
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

de proprement archéologique à dire à propos la ville échappe à ses fouilleurs, c’est aussi
d’un site déjà remué en tous sens. parce que les fouilleurs sont tentés, dès
Diamétralement opposés ? Pas si sûr. Si l’on l’abord du site, de dessiner sur les limons de
peut si facilement croire qu’il n’y a (au choix) l’oued Ziz le plan idéalisé d’une cité islamique
pas grand-chose ou plus rien à dire au sujet de souvent et diversement décrite dans la
la fameuse cité caravanière, c’est d’abord documentation historique.
parce que Sijilmâsa, il faut en convenir
froidement, n’a pas livré jusqu’à présent, en
dépit des efforts des fouilleurs, de vestiges Sijilmâsa entre le VIIIe et le XVe
architecturaux et mobiliers comparables à siècle : le « moment urbain » des
ceux d’autres cités islamiques du Maroc ou sources écrites
d’Afrique du Nord en général. Et même à ne
considérer que les sites liés au commerce
transsaharien, il faut encore admettre que On sait que Sijilmâsa fut, au moyen-âge,
Sijilmâsa ne présente pas le visage l’un des grands carrefours de l’économie-
distinctement urbain et florissant que monde islamique, tout à la fois « port » et
montrent par exemple, en Mauritanie, les sites entrepôt du commerce transsaharien, siège
médiévaux de Tegdaoust2 et de Koumbi des maisons de commerce arabes et juives,
Saleh3, pour ne prendre en exemple que les enjeu de pouvoir pour les dynasties berbères
terminaisons sahéliennes de l’axe partant et arabes d’Afrique du nord4. La relative
précisément de Sijilmâsa. Bref, que l’on pense précision de la documentation historique sur
qu’il y a ou pas quelque chose à voir et à certains aspects du rôle économique de
montrer à Sijilmâsa, il reste à coup sûr Sijilmâsa s’accompagne cependant d’une
quelque chose à comprendre en même temps certaine pauvreté des descriptions physiques5.
que l’on reprendra des fouilles – à savoir Les lignes qui suivent ne prétendent
pourquoi les résultats archéologiques ont été nullement à l’exhaustivité, mais à faire saillir
jusqu’à présent tellement frustrants. les principaux traits qui ressortent des
descriptions historiques.
Avec le recul de deux campagnes de
fouilles, c’est à cette question que s’attache à Al-Bakri (mi-XIe siècle) nous a transmis
répondre le présent article. La réponse, on le plusieurs récits concurrents de la fondation de
verra, est multiple ; mais elle a en grande Sijilmâsa, événement qui remonterait à l’année
partie à voir avec l’écart entre l’horizon 757 AD (140 de l’hégire) si l’on en croit celui
d’attente à l’égard de la ville présentée par les des récits qui paraît être issu d’une chronique
sources historiques et une réalité de la dynastie des Banu Midrar, premiers
archéologique plus insaisissable qu’ailleurs. Si émirs de la localité6. La date de 722 AD
indiquée par un autre récit, vraisemblablement
issu du milieu ṣufrite, pourrait résulter d’un
2 S. Robert et al., dir., Tegdaoust I. Recherches sur
Aoudaghost, Paris, Éditions Recherche sur les
lapsus calami du copiste (ayant écrit 104 pour
Civilisations, 1970 ; C. Vanacker, Tegdaoust II. Fouille 140). Dans les décennies suivant sa fondation,
d’un quartier artisanal, Nouakchott, Institut
mauritanien de recherche scientifique, 1979 ; J. 4 M. Terrasse, « Sidjilmâsa », Encyclopaedia of Islam,
Devisse et al., Tegdaoust III. Recherches sur Awdaghost. Leide, Brill, 2e édition (édition CD Rom), IX, p. 545-
Campagnes 1960-1965. Enquêtes générales, Paris, 546 ; F.-X. Fauvelle-Aymar, Le Rhinocéros d’or.
Éditions Recherche sur les Civilisations, 1983 ; J. Histoires du Moyen Âge africain, Paris, Alma, chap. 16.
Polet, Tegdaoust IV. Fouille d’un quartier de Tegdaoust 5 J. Devisse J., « Sijilmāsa : les sources écrites,
(Mauritanie orientale), Paris, Éditions Recherche sur les l’archéologie, le contrôle des espaces », dans
Civilisations, 1985 ; D. Robert-Chaleix, Tegdaoust V. L’Histoire du Sahara et des relations transsahariennes entre le
Une concession médiévale à Tegdaoust, Paris, Éditions Maghreb et l’Ouest africain du moyen âge à la fin de l’époque
Recherche sur les Civilisations, 1989. coloniale, Bergame, Gruppo Walk Over, 1986, p. 18-
3 S. Berthier S., Recherches archéologiques sur la capitale de 25.
l’empire de Ghana, Oxford, Archaeopress (BAR 6 V. Monteil V., « Al-Bakrî (Cordoue 1068). Routier de
International Series 680 - Cambridge Monographs in l’Afrique blanche et noire du Nord-Ouest », Bulletin
African Archaeology 41), 1997. de l’IFAN, série B, n° 1, XXX, p. 39-116 + carte
dépliante.

5
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

la ville aurait été pourvue d’une muraille en important, sur les bords duquel on a disposé
briques crues (tub), que l’on peut comprendre des jardins et planté des palmiers à perte de
éventuellement comme un pisé, élevée sur un vue »8.
soubassement en pierre ; sa construction se Si rien n’indique que les auteurs des
serait achevée en 814 AD (199 H). Mêlant aux descriptions qui précèdent ont visité Sijilmâsa,
données historiques des observations qui on ne doit pas attendre de ceux qui y ont
datent de son temps (ou du temps de sa séjourné de descriptions plus détaillées. Ainsi
source), le géographe andalou indique que Ibn Battuta, qui y réside quatre mois en
Sijilmâsa « s’élève au confluent de deux attendant le départ de la caravane pour le
rivières, qui prennent naissance toutes deux Mali, se contente-t-il d’écrire que Sijilmâsa est
aux sources d’Ajlef. Non loin de Sijilmâsa, ce « une ville des plus belles » où l’on trouve
fleuve se partage en deux branches, dont l’une d’excellentes dattes9.
passe à l’est et l’autre à l’ouest de la ville ». Il
précise que la ville « est entourée de En dépit des lacunes et divergences des
nombreux faubourgs. On y trouve de hautes sources, un point commun apparaît : c’est
maisons, de grands édifices et beaucoup de bien d’une ville (madina) que l’on parle. On
jardins ». Enfin, dernière précision : « La connaît la variété des définitions que recouvre
grande mosquée […] est solide et bien le terme arabe, selon qu’il s’applique aux
construite. En revanche, les bains maures sont formes de l’urbanisme ou aux institutions
mal faits et médiocrement bâtis ». C’est à peu urbaines, et l’on sait quels défis cela pose aux
près tout. historiens comme aux archéologues10. Mais
Un siècle plus tard, al-Idrisi met lui peut-être est-ce là précisément ce qui autorise
aussi en avant la richesse de l’environnement à tenter de réconcilier, d’une part les sources
oasien. Sijilmâsa est « une grande ville très entre elles, d’autre part les sources historiques
peuplée et le lieu d’un va-et-vient de et les données de terrain, en recherchant une
voyageurs ; elle est entourée de végétation, de ville qui possède tous les caractères aperçus
jardins, son site et ses environs sont par les petites entrebâillures documentaires
magnifiques […]. Les récoltes sont ouvertes par les auteurs médiévaux. Qu’il
abondantes » et certaines années, ajoute faille donc, pour suivre cette hypothèse, que
l’auteur, « les cultures poussent sans qu’il soit Sijilmâsa ait été à la fois, au gré des points de
besoin de semer »7. Notons un certain vue, un site urbain densément bâti et un
laconisme dans la description du site : « Les espace agrémenté de cultures, voilà qui ne
constructions de Sijilmâsa sont belles, bien paraît pas forcément en contradiction avec ce
que les troubles récents en aient ruiné une que l’on peut imaginer comme un paysage
grande partie qui a été détruite et incendiée ». d’« oasis urbaine ». Mais ce que peut être
Et une dissonance avec la description d’al- concrètement une ville à la fois enclose dans
Bakri : « On n’y trouve point de bourg un rempart et étirée le long d’un fleuve, ce
fortifié, mais des châteaux (ksour), des que peut signifier sur le plan archéologique la
demeures et des cultures contiguës sur une conjugaison de la densité et de l’extension
rivière dont le débit est important et qui vient spatiale, voilà qui reste à caractériser sur le
du côté oriental du désert ». Point de situation terrain.
interfluviale ici, point non plus cette
concentration spatiale suggérée par le solide
rempart d’al-Bakri, mais au contraire un 8 J. Cuoq, 1985, Recueil des sources arabes concernant
étirement de pleins (habités) et de creux l’Afrique occidentale du VIIIe au XVIe siècle (Bilād al-
(cultivés) le long d’un unique axe fluvial. À la Sūdān), Paris, Editions du CNRS, 1985, p. 186.
9 J. Cuoq, Recueil, p. 290.
rigueur, c’est la vision d’al-Idrisi que partage 10 Voir par exemple les essais réunis dans P. Cressier,
encore Yakut au début du XIIIe siècle, qui M. García-Arenal, dir., Genèse de la ville islamique en al-
parle d’une « ville traversée par un fleuve Andalus et au Maghreb occidental, Madrid, Casa de
Velázquez – Consejo superior de investigaciones
7 Idrisi. La Première géographie de l’Occident (H. Bresc et A. científicas, 1998.
Nef éd.), Paris, GF Flammarion, 1999, p. 133-134.

6
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

Quoi que l’on trouve en fouillant le sol, Sijilmâsa, qu’ont convergé les chercheurs en
nul doute que cela permette de qualifier quête de la cité médiévale.
matériellement le « moment urbain » de
Sijilmâsa, que l’on peut, malgré toutes nos
incertitudes, placer entre le VIIIe siècle, point
de départ donné par al-Bakri, et le début du
XVIe au plus tard. À cette date, en effet, et en
dépit de quelques témoignages postérieurs qui
signalent plutôt le rôle du Tafilalet comme
centre d’activité secondaire11, la gloire de
Sijilmâsa est déjà fanée. À en croire le
témoignage sans ambiguïté de Léon l’Africain,
la ville ancienne est alors « complètement
ruinée et […] ses habitants sont regroupés
dans des châteaux et disséminés un peu
partout dans le territoire ». Il ajoute que l’on
peut encore voir « quelques parties » de la
« haute muraille » qui entourait naguère la
cité12.
Dès lors, où chercher ? La réponse s’est
vite imposée. Car si la ville a disparu, la
mémoire des populations du Tafilalet, dans le
Maroc pré-saharien (fig. 2), n’a cessé de
réinvestir l’espace supposément occupé
naguère par la glorieuse cité, érigeant des
mausolées de saints et des cimetières au Figure 2. Sijilmâsa : localisation
pourtour des ruines apparentes comme pour
les sanctuariser, remployant au besoin les
matériaux durs ou précieux prélevés sur le site
mais se gardant d’y faire empiéter le bâti
postérieur, élaborant des récits sur les causes
de la richesse et de la ruine de la ville, bref
désignant de multiples façons les lieux
supposés de la cité médiévale. Ces lieux ont
aujourd’hui l’apparence d’un vaste terrain
mamelonné et caillouteux, ici et là hérissé de
restes de murs en pisé, étiré entre la rive
orientale de l’oued Ziz et les faubourgs de
Rissani (fig. 3). Bordé par le fleuve et par un
défluent artificiel appelé la séguia Chorfa, le
site a du reste une localisation qui n’est pas
sans évoquer les termes d’al-Bakri, même si
ceux-ci restent difficiles à interpréter. C’est là Figure 3. La zone archéologique de Sijilmâsa :
en tout cas, vers ce qui est désormais glacis caillouteux, mamelons érodés, murs en
considéré comme la « zone archéologique » de pisé (arrière-plan).
Photo : R. Mensan, 2013
11Voir par exemple L. Mezzine, « Relation d’un voyage
de Taġāzā à Siğilmāsa en 1096 H./1685 J.-C. »,
Arabica, n° 1, 43, p. 211-233.
12 Jean-Léon l’Africain, Description de l’Afrique (A

Épaulard éd. et trad.), Paris, A. Maisonneuve, 1981,


vol. II, p. 428-430.

7
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

Historique des opérations opérations sur le site de Sijilmâsa. Il s’agit de


archéologiques travaux de nature géophysique, pionniers pour
l’époque, de sondages archéologiques et
d’enquêtes ethnologiques et d’anthropologie
Le site de Sijilmâsa attira déjà l’attention physique. Les sondages mettent au jour
de quelques voyageurs à la fin du XIXe plusieurs structures hydrauliques (captages,
siècle13. Plusieurs chercheurs français s’y réservoirs, canaux) et des éléments de culture
intéressèrent à l’époque du Protectorat ; c’est matérielle (verre, bijoux, faïence) de prestige17.
par exemple le cas d’Henri Terrasse14. Celui-ci Dans les mêmes années, Mohamed Ben
signale, autour de la « zone archéologique », Chemsi, alors inspecteur des Monuments
des restes d’enceinte fortifiée en terre crue, historiques à Meknès, effectue des fouilles
des ruines de murs également de terre crue et extensives au sein de la « zone
de très nombreux tessons de céramique archéologique », plus précisément dans un
(principalement à glaçure verte), parmi secteur identifié par la tradition locale comme
lesquels manquent singulièrement, remarque- étant celui de la « mosquée ». Aucune
t-il, les échantillons de poterie peinte ou documentation de terrain ou publication ne
estampée caractéristique de l’Occident semble associée à ces opérations ; cette
musulman. Le même auteur décrit information provient de la littérature
longuement, à l’intérieur du ksar de Rissani, postérieure. Un autre Marocain, Lahcen
quelques éléments de décor architecturaux Taouchikht, rédige dans les années 1980 une
mérinides aujourd’hui disparus. Venant après thèse de doctorat portant sur une étude par
H. Terrasse, Vincent Monteil signale, dans sériation (non contrôlée par des datations C14
son édition du récit du géographe arabe al- ou par la stratigraphie) de la céramique du
Bakri, quelques nouvelles observations faites Tafilalet, à partir d’une importante collecte de
par lui en 1940 : un puits ancien du quartier surface18.
juif, un barrage sur le Ziz qu’il attribue à la
période médiévale15... À partir de 1988, cinq campagnes de
fouilles programmées (1988, 1992, 1993,
Dans les années 1960, et en tout état de 1994, 1996) plus une dernière campagne de
cause avant 1971 (date à laquelle ces travaux fouilles de sauvetage (1998) ont été conduites
sont signalés dans la littérature), la sous l’égide de la Middle Tenessee State
Superintendance aux antiquités marocaines University par Ronald Messier, qui depuis les
pratique sur le site de très longues et très années 1970 avait contribué à relancer l’intérêt
profondes tranchées à vocation pour Sijilmâsa à partir d’études
archéologiques qui sont encore visibles sur le numismatiques19. Plusieurs comptes rendus de
terrain. À notre connaissance, aucun rapport fouille et articles de présentation générale des
sur ces travaux archéologiques n’a été produit résultats ont été publiés20. Certains comptes
ou ne s’est conservé16.
En 1971 et 1972, c’est l’égyptologue 17 B. de Rachewiltz, « Missione etno-archeologica ».
Boris de Rachewiltz qui conduit quelques 18 L. Taouchikht, Etude ethno-archéologique de la céramique
du Tafilalet (Sijilmassa): état de la question, thèse de
doctorat : archéologie, Aix-en-Provence, université
13 W.B. Harris, « A Journey to Tafilalt », The Geographical d’Aix-Marseille I, 1989.
Journal, n° 4, 5, 1895, p. 319-335 ; H.G. Raverty, 19 R. Messier, « Quantitative Analysis of Almoravid

« Sijilmasiyah and Tafilalt », The Geographical Journal, Dinars », Journal of the Economic and Social History of the
n° 2, 6, 1895, p. 189-191. Orient, n° 1-2, XXIII, 1980, p. 102-118.
14 H. Terrasse, « Note sur les ruines de Sijilmasa », Revue 20 Voir inter alia R. Messier, « Sijilmasa. Five Seasons of

africaine, 1936, p. 581-589, 8 pl. Archaeological Inquiry by a Joint Moroccan-


15 V. Monteil, « Al-Bakrî » ; p. 82-84. American Mission », Archéologie islamique, 7, 1997, p.
16 Ces travaux sont signalés par B. de Rachewiltz, 61-92 ; R. Messier, N.D. MacKenzie,
« Missione etno-archeologica nel Sahara maghrebino. « Archaeological Survey of Sijilmassa, 1988 », Bulletin
Rapporti preliminary. Prima campagna (29 maggio – d’archéologie marocaine, XVIII, 1998, p. 265-288 ; R.
3 luglio 1971). Seconda campagna (28 marzo – 7 Messier et al., « Sijilmassa. An Archaeological Study,
maggio 1972) », Africa (Rome), 27, 1972, p. 519-568 1992 », Bulletin d’archéologie marocaine, XIX, 2002, p.
(p. 520 et fig. 1). 257-292 ; D.R. Lightfoot, J.A. Miller, « Sijilmassa:

8
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

rendus originaux, qui présentent des coupes


stratigraphiques non publiées, restent
consultables auprès de l’INSAP à Rabat. Quoi
qu’aucune synthèse n’ait pour l’instant vu le
jour, une monographie reprenant les données
de l’ensemble des campagnes de fouilles a été
annoncée. Au total, l’équipe américaine a
réalisé sur l’ensemble de la « zone
archéologique » une cinquantaine de sondages
archéologiques d’emprise relativement
restreinte (généralement inférieure à 30 m2), la
jonction de plusieurs sondages ayant conduit
localement à l’ouverture de secteurs fouillés
plus vastes.

The Rise and Fall of a Walled Oasis in Medieval


Morocco », Annals of the Association of American
Geographers, n° 1, 86, 1996, p. 78-101.

9
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

B
A
B
A A

D
C
B
C
A

A
B
B
A
A
A

A
A
A
A
A

F
C
B
C
A

A
B
B
A
A
A

A
A
A
A
A

A A

C
G B
C A
A
A
B
CA

BB A

A
A
A
A

A
A

A
E
A
C
A B
C
A

Figure 4. Plan de répartition des principaux sondages réalisés avant 2012. Le nord est en haut de
A
B
B
A
A
A

l’image. Le site s’étend entre l’ouedAZiz (à l’ouest) et la séguia Chorfa (à l’est), en bleu cyan sur l’image.
A

A
A

Traits noirs : sondages pratiqués parA le Service des antiquités du Maroc. En bleu : sondages de l’équipe
américaine (avant 1996). Encadré : secteur des fouilles franco-marocaines 2012-2013. Autres figures :
A. Ksar de Rissani. B. Extension de la ville actuelle de Rissani. C. Infrastructures urbaines actuelles
(gare routière, gendarmerie, etc.). D. Cimetière musulman. E. Cimetière musulman. F. Cimetière juif.
G. Stade de football.
Image en fond de carte : photo aérienne (Agence nationale de la conservation foncière, Royaume du
Maroc). DAO : F.-X. Fauvelle 2013.

Ces diverses opérations de fouilles stratigraphie est très peu développée (de
réalisées à proximité de Rissani (fig. 4) l’ordre de 4 m en règle générale, au maximum
permettent d’avoir aujourd’hui une vision 6 mètres), ce qui est surprenant pour un site
relativement claire du potentiel archéologique urbain de cette importance (cf. par exemple
d’une large partie de (mais certes pas de toute) l’authentique tell archéologique du site
la « zone archéologique ». Les enseignements mauritanien de Koumbi Saleh, dont la
principaux, sur lesquels tout le monde peut puissance stratigraphique, sur une durée
sans doute tomber d’accord, sont les pourtant moindre, est de 8 à 12 mètres).
suivants : Certes, le matériau constructif localement
• Stratigraphie. Dans tous les sondages qui employé à Sijilmâsa, à savoir le pisé (un
ont été menés jusqu’au socle rocheux, la mortier de limon armé de graviers ou de
galets et banché entre des planches), pourrait

10
Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

expliquer cette faible accumulation. Mais cet Comment le site archéologique


argument ne vaudrait que si la fouille avait déjoue les archéologues
révélé un « feuilletage » d’occupations avec
des indices de résidualisation des éléments les
moins fins (graviers et galets, mobilier Bien conscients des difficultés
culturel), ce qui n’est pas le cas. Au contraire, auxquelles ont fait face les équipes
les occupations repérables grâce aux sols archéologiques qui ont travaillé jusqu’à
présents dans l’épaisseur de la stratigraphie présent sur le site, la mission franco-
sont en très petit nombre et ont préservé au- marocaine s’est attachée, au cours des
dessus d’elles des épaisseurs significatives de premières campagnes, à mettre en place une
démolition dans lesquelles se mêlent blocs stratégie de fouille :
érodés de pisé et poches de sable éolien. • visant l’individualisation de niveaux
• Structures. Dans les sondages ayant livré d’occupation par les sols, niveaux de
des vestiges, les fouilles ont abouti à la circulations, seuils (à l’exclusion, par
reconnaissance de nombreuses structures conséquent, de couches sédimentaires
présentant éléments de murs ou de fondations identifiées en coupe)…
en pisé ou en briques crues, éléments de • …obtenus par une fouille extensive et
maçonnerie en briques cuites ou en moellons, horizontale (par opposition à une fouille
dallages en terre cuite, enduits de sols verticale de faible emprise),
successifs ou rechargés. Ces éléments sont • …datés par la méthode directe (au Carbone
présents dans tous les niveaux archéologiques, 14) sur des échantillons organiques prélevés
sans rupture technologique apparente avec les dans des contextes stratigraphiques
élévations très frustes en pisé visibles au- absolument sûrs…
dessus du sol actuel. Diverses hypothèses
d’attribution fonctionnelle des structures ont • …et excluant par conséquent (à cette phase
été émises (habitat, espaces cultuels, espaces du travail) toute datation sur la base du
dévolus à des activités artisanales, voire mobilier.
« industrielles »), mais les faibles surfaces Dans un milieu dans lequel le matériau
excavées ne permettent guère de certitudes. de construction (pisé, terre battue, brique
• Mobilier. Dans ce phasage déjà sommaire, crue) des structures en place ne se distingue
l’étalonnage chronologique de la stratigraphie (dans le meilleur des cas) des limons d’origine
sur la base de la céramique est rendu et des limons résiduels de démolition que par
particulièrement délicat en raison de la quasi sa compacité, cette méthode s’est révélée
absence de mobilier en place, de la très faible payante. Dans le secteur de nos fouilles 2012-
quantité de tessons de céramique peinte à 2013, qui correspond également à la partie de
glaçure translucide (chose déjà remarquée par la « zone archéologique » où se sont
Terrasse) et enfin du caractère totalement concentrées beaucoup d’opérations
ubiquiste (dans la séquence archéologique archéologiques antérieures, l’ouverture d’une
comme à l’échelle du Tafilalet) de la surface d’environ 300 m2 fouillée par paliers a
céramique à glaçure verte, qui paraît être une permis l’individualisation de deux niveaux
production locale de tout-venant. principaux, l’un, en bas de la séquence, daté
du VIIIe-IXe siècle (correspondant
Ces observations expriment bien le sentiment potentiellement à la première occupation de la
de frustration que peut engendrer la fouille du ville), l’autre, pratiquement affleurant sous la
site de Sijilmâsa, qui s’effectue dans des surface actuelle, daté de la deuxième moitié du
niveaux peu stratifiés, mal individualisés et XIIIe siècle (fig. 5).
livrant peu de mobilier en place.

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Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

son potentiel est peu développée parce qu’elle


est incomplète et discontinue. Elle est caractérisée
par une occupation (ou une série limitée
d’occupations) de cinq siècles (jusqu’au XIIIe
siècle), suivie d’un abandon qui a laissé les
derniers niveaux archéologiques affleurer
durant trois siècles, avant une réoccupation
moderne. Établi sur la base de datations
effectuées sur les niveaux d’occupation, ce
phasage ne pouvait être déduit ni de
l’apparente continuité technologique dans les
Figure 5. Sijilmâsa, secteur A, deuxième techniques de construction, ni de l’ubiquité
campagne de fouilles (2013). Vue vers l’est. Au d’un mobilier rarement en place, déposé et
premier plan : dallage de terre cuite remué en surface pendant des siècles, et de
appartenant au niveau d’occupation supérieur toute façon peu diagnostique à l’heure
de la séquence archéologique (XIIIe siècle). À actuelle.
l’arrière-plan : murs en pisé modernes (mi-
XVe-mi XVIIe s.). Le pendant des observations qui
Photo : R. Mensan, 2013 précèdent est qu’il « manque », dans le secteur
dont nous venons de parler, les niveaux
attribuables au XIVe-XVe siècles. De façon
Ces résultats, déjà remarquables compte
significative, les rares indices mentionnés dans
tenu du mauvais état de conservation du site,
la littérature à propos de vestiges mérinides
apportent une première réponse à la question
proviennent d’un secteur situé à plusieurs
du faible développement stratigraphique. Car
centaines de mètres au sud, et qui n’a fait
si la puissance stratigraphique dans ce secteur
l’objet que de peu d’investigations.
est faible, c’est qu’en réalité le développement
Parallèlement, les datations effectuées par
stratigraphique (de l’ordre de 3 mètres entre
notre équipe et les observations collationnées
les niveaux des VIIIe et XIIIe siècles) ne
dans la littérature semblent indiquer une
représente que cinq siècles d’occupation
séquence archéologique qui présente partout
continue ou de réoccupations successives.
un reflet partiel de la séquence historique,
Cette première observation rendait nécessaire
quoique les vestiges mis au jour puissent
de dater les murs en pisé qui s’élèvent sur
appartenir à diverses périodes. Ces
cette partie du site, et qui font partie d’un
observations tendent à indiquer que non
ensemble architectural localement perçu
seulement de larges parties de la ville
comme appartenant à la cité ancienne et
médiévale restent encore à documenter en
souvent considéré par les archéologues
dehors des secteurs sondés jusqu’à présent,
comme médiévale. Un fragment de bois
mais aussi qu’il faudra, pour poursuivre le
prélevé dans l’épaisseur de l’un de ces murs a
travail de documentation archéologique,
été analysé et permet aujourd’hui une
adopter une représentation
attribution entre le milieu du XVe et le milieu
(chronologiquement) arythmique et
du XVIIe siècle21. Selon toute probabilité, il
(spatialement) éclatée du développement de la
est donc « moderne », c’est-à-dire reflétant
Sijilmâsa médiévale
une occupation postérieure à la ruine de la
Sijilmâsa médiévale. En d’autres termes, la
séquence archéologique pour ce secteur qui a Quel paradigme urbain pour la
attiré l’attention des archéologues en raison de
fouille ?
21 Bois de palmier d’une traverse de banchage Mais pourquoi voulions-nous donc que
appartenant au dispositif originel de construction du la ville se fût développée durant ses sept
mur. Beta 312419 : 340+/-30 BP = cal AD 1450-
1640 (2 sigma). La fourchette est large en raison du siècles de prospérité par stratification in situ à
pallier de la courbe de calibration à l’âge moderne. l’intérieur de ses remparts ? Si ce paradigme
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Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

urbain s’est imposé tacitement à tous les ante quem de fondation (al-Bakri) et de
chercheurs qui ont travaillé précédemment sur destruction (Léon l’Africain), ne laissait-il pas
le site, c’est en premier lieu qu’il semblait entrevoir une cité aux caractères différents de
correspondre à la vision plus ou moins ceux des paysages actuels, conjuguant tout à la
classique de la « ville islamique », telle en tout fois forte densité et large extension de
cas qu’elle se développe dans les territoires l’habitat urbain, continuité temporelle par-delà
plus centraux du monde islamique, à l’instar les épisodes de destruction, noblesse d’une
de Fustat/Le Caire ou Fès, ou telle qu’elle architecture plus « arabe » que vernaculaire ?
ressort de notre connaissance des villes À vrai dire, fallait-il vraiment tenter de
caravanières du Sahel médiéval. Le caractère réconcilier les sources et chercher à donner un
polycentrique du maillage actuel de ksour unique corps à l’urbanité de Sijilmâsa ? Si la
(villages fortifiés) dans les régions pré- Sijilmâsa des auteurs médiévaux est un corps
sahariennes du Maroc et la dynamique économique et politique qui prospère entre le
d’essaimage individuel de chaque ksar rendue VIIIe et le XVe siècle, rien n’indique en
nécessaire du fait du caractère érosif de revanche que les descriptions à notre
l’architecture en pisé auraient pourtant pu disposition nous révèlent autre chose que des
suggérer un tout autre modèle de états urbains effectivement irréconciliables
développement urbain dans le cas de parce que distincts les uns des autres. La
Sijilmâsa. Les prospections archéologiques Sijilmâsa d’al-Bakri, dans son état architectural
conduites au sujet d’autres localités midraride de forteresse berbère, n’est
médiévales dans un contexte similaire22 vraisemblablement pas la même que la
ouvrent du reste la voie à une perception Sijilmâsa d’al-Idrisi constituée d’un semis de
dynamique de déplacement de l’agglomération ksour, selon son propre terme, et dont une
(centre commerçant et politique) au sein de sa partie vient du reste, nous dit-il, d’être rasée,
palmeraie (bassin économique et vivrier), ce qui implique une reconstruction
l’une et l’autre entretenant en quelque sorte postérieure. Quant à la Sijilmâsa mérinide, où
un rapport synecdotique dès lors qu’il s’agit de séjourne Ibn Battûta, elle présente sans doute
désigner, dans les sources, la « ville ». aussi un autre faciès, qui ne nous a pas encore
Mais si la tentation est si forte de rechercher, été révélé. En somme, il est sans doute vain
dans le cas de Sijilmâsa, une ville occupant en de rechercher la Sijilmâsa d’un moment
continu tout l’espace intérieur du rempart qui urbain unique et continu d’avant la ruine
semble la délimiter et la définir pour des définitive, car Sijilmâsa n’a peut-être jamais
siècles, entraînant de ce fait un biais fait qu’essaimer et se multiplier, sous des
d’observation des séquences archéologiques formes diverses, dans un paysage au sein
observables, c’est aussi que telle était duquel le corps vivant (et peut-être lui-même
l’implication du désir initial de réconcilier les multipolaire) de la ville cohabitait avec les
sources écrites les unes avec les autres. Le cadavres de ses avatars antérieurs.
« moment urbain » de Sijilmâsa, circonscrit En rupture avec ce paradigme urbain,
dans nos sources par des événements post- et qui chez nos prédécesseurs a conduit à
proposer une reconstitution cartographique
22 Voir en particulier P. Cressier, « Du Sud au Nord du de la Sijilmâsa médiévale par empilement des
Sahara : la question de Tâmdult (Maroc) », dans Du données archéologiques de toutes périodes, et
Nord au Sud du Sahara. Cinquante ans d’archéologie à dessiner de la sorte une macro-cité faite d’un
française en Afrique de l’Ouest et au Maghreb. Bilan et assemblage étrangement hétérogène, mais
perspectives, sous la direction de A. Bazzana, H.
Bocoum, Paris, Sépia, 2004, p. 275-285 ; ainsi que les répondant à l’image idéale de la ville
observations éclairantes de P. Cressier, L. Erbati, islamique23, nous voudrions pour conclure
« Le pouvoir dans ses murs. Villes et fortifications
dans le Maroc du haut Moyen Âge », dans Le Château
et la ville. Espaces et réseaux (VIe-XIIIe siècle), sous la
direction de P. Cressier, Madrid, Collection de la 23 Par exemple D.R. Lightfoot, J.A. Miller,
Casa de Velázquez (108), 2008, p. 283-297, au sujet « Sijilmassa » ; R. Messier, « Le plan de Sijilmassa
des premières villes islamiques du Maroc. révélé par GIS », Actes des premières journées nationales

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Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

proposer un autre paradigme. Celui d’une ville


qui ne se serait pas développée par
accumulation verticale mais par déplacement,
qui n’aurait pas rebâti sur ses ruines mais à côté
de ruines elles-mêmes mises en carrière au
cours du temps, qui n’aurait pas privilégié la
densité mais la multipolarité. Ce modèle peut
trouver ici une première expression graphique
synthétisant les données les plus robustes
issues des travaux antérieurs et de nos propres
observations archéologiques, et délibérément
limitées aux contextes stratigraphiques fiables
et datables (fig. 6). Avantage peut-être pas si
mince pour qui entreprend de fouiller
Sijilmâsa : ce schéma ne prétend pas tant
prédire ce que l’on découvrira dans le sous-sol
qu’expliquer pourquoi ce qu’on croyait
trouver est jusqu’à présent resté insaisissable.

d’archéologie et du patrimoine, vol. 3 : Archéologie, Rabat,


SMAP, 2001, p. 99-107.

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Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

Figure 6. Première ébauche de plan de répartition phasé des ensembles de vestiges de Sijilmâsa.
Données : littérature archéologique, datations directes, photo aérienne complétée d’observations de
surface. Image en fond de carte : photo aérienne (Agence nationale de la conservation foncière,
Royaume du Maroc). DAO : F.-X. Fauvelle 2013.

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Études et Essais du CJB, n° 20, 2014

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