سجلماسة مقال بالفرنسية PDF
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E & E, n° 20
[Link]
Sommaire
Introduction .................................................................................................................................... 4
Sijilmâsa entre le VIIIe et le XVe siècle : le « moment urbain » des sources écrites .............. 5
Historique des opérations archéologiques .................................................................................. 8
Comment le site archéologique déjoue les archéologues ....................................................... 11
Quel paradigme urbain pour la fouille ? ................................................................................... 12
Bibliographie................................................................................................................................. 16
Sijilmâsa : cité idéale, site insaisissable ?
Ou comment une ville échappe à ses fouilleurs
Résumé
Mots-clés : archéologie, cité islamique, architecture de terre, ksar (ksour), paradigme urbain,
Moyen Âge, Sijilmâsa, Tafilalet (Maroc)
François-Xavier Fauvelle
Historien, archéologue
Directeur de recherche CNRS, TRACES, Toulouse-Le Mirail
Chercheur associé au Centre Jacques Berque, Rabat
Co-directeur de la mission franco-marocaine à Sijilmâsa
ffauvell@[Link]
Larbi Erbati
Professeur d’archéologie islamique
Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine, Rabat
Co-directeur de la mission franco-marocaine à Sijilmâsa
Romain Mensan
Géo-archéologue
TRACES, Toulouse-Le Mirail
de proprement archéologique à dire à propos la ville échappe à ses fouilleurs, c’est aussi
d’un site déjà remué en tous sens. parce que les fouilleurs sont tentés, dès
Diamétralement opposés ? Pas si sûr. Si l’on l’abord du site, de dessiner sur les limons de
peut si facilement croire qu’il n’y a (au choix) l’oued Ziz le plan idéalisé d’une cité islamique
pas grand-chose ou plus rien à dire au sujet de souvent et diversement décrite dans la
la fameuse cité caravanière, c’est d’abord documentation historique.
parce que Sijilmâsa, il faut en convenir
froidement, n’a pas livré jusqu’à présent, en
dépit des efforts des fouilleurs, de vestiges Sijilmâsa entre le VIIIe et le XVe
architecturaux et mobiliers comparables à siècle : le « moment urbain » des
ceux d’autres cités islamiques du Maroc ou sources écrites
d’Afrique du Nord en général. Et même à ne
considérer que les sites liés au commerce
transsaharien, il faut encore admettre que On sait que Sijilmâsa fut, au moyen-âge,
Sijilmâsa ne présente pas le visage l’un des grands carrefours de l’économie-
distinctement urbain et florissant que monde islamique, tout à la fois « port » et
montrent par exemple, en Mauritanie, les sites entrepôt du commerce transsaharien, siège
médiévaux de Tegdaoust2 et de Koumbi des maisons de commerce arabes et juives,
Saleh3, pour ne prendre en exemple que les enjeu de pouvoir pour les dynasties berbères
terminaisons sahéliennes de l’axe partant et arabes d’Afrique du nord4. La relative
précisément de Sijilmâsa. Bref, que l’on pense précision de la documentation historique sur
qu’il y a ou pas quelque chose à voir et à certains aspects du rôle économique de
montrer à Sijilmâsa, il reste à coup sûr Sijilmâsa s’accompagne cependant d’une
quelque chose à comprendre en même temps certaine pauvreté des descriptions physiques5.
que l’on reprendra des fouilles – à savoir Les lignes qui suivent ne prétendent
pourquoi les résultats archéologiques ont été nullement à l’exhaustivité, mais à faire saillir
jusqu’à présent tellement frustrants. les principaux traits qui ressortent des
descriptions historiques.
Avec le recul de deux campagnes de
fouilles, c’est à cette question que s’attache à Al-Bakri (mi-XIe siècle) nous a transmis
répondre le présent article. La réponse, on le plusieurs récits concurrents de la fondation de
verra, est multiple ; mais elle a en grande Sijilmâsa, événement qui remonterait à l’année
partie à voir avec l’écart entre l’horizon 757 AD (140 de l’hégire) si l’on en croit celui
d’attente à l’égard de la ville présentée par les des récits qui paraît être issu d’une chronique
sources historiques et une réalité de la dynastie des Banu Midrar, premiers
archéologique plus insaisissable qu’ailleurs. Si émirs de la localité6. La date de 722 AD
indiquée par un autre récit, vraisemblablement
issu du milieu ṣufrite, pourrait résulter d’un
2 S. Robert et al., dir., Tegdaoust I. Recherches sur
Aoudaghost, Paris, Éditions Recherche sur les
lapsus calami du copiste (ayant écrit 104 pour
Civilisations, 1970 ; C. Vanacker, Tegdaoust II. Fouille 140). Dans les décennies suivant sa fondation,
d’un quartier artisanal, Nouakchott, Institut
mauritanien de recherche scientifique, 1979 ; J. 4 M. Terrasse, « Sidjilmâsa », Encyclopaedia of Islam,
Devisse et al., Tegdaoust III. Recherches sur Awdaghost. Leide, Brill, 2e édition (édition CD Rom), IX, p. 545-
Campagnes 1960-1965. Enquêtes générales, Paris, 546 ; F.-X. Fauvelle-Aymar, Le Rhinocéros d’or.
Éditions Recherche sur les Civilisations, 1983 ; J. Histoires du Moyen Âge africain, Paris, Alma, chap. 16.
Polet, Tegdaoust IV. Fouille d’un quartier de Tegdaoust 5 J. Devisse J., « Sijilmāsa : les sources écrites,
(Mauritanie orientale), Paris, Éditions Recherche sur les l’archéologie, le contrôle des espaces », dans
Civilisations, 1985 ; D. Robert-Chaleix, Tegdaoust V. L’Histoire du Sahara et des relations transsahariennes entre le
Une concession médiévale à Tegdaoust, Paris, Éditions Maghreb et l’Ouest africain du moyen âge à la fin de l’époque
Recherche sur les Civilisations, 1989. coloniale, Bergame, Gruppo Walk Over, 1986, p. 18-
3 S. Berthier S., Recherches archéologiques sur la capitale de 25.
l’empire de Ghana, Oxford, Archaeopress (BAR 6 V. Monteil V., « Al-Bakrî (Cordoue 1068). Routier de
International Series 680 - Cambridge Monographs in l’Afrique blanche et noire du Nord-Ouest », Bulletin
African Archaeology 41), 1997. de l’IFAN, série B, n° 1, XXX, p. 39-116 + carte
dépliante.
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la ville aurait été pourvue d’une muraille en important, sur les bords duquel on a disposé
briques crues (tub), que l’on peut comprendre des jardins et planté des palmiers à perte de
éventuellement comme un pisé, élevée sur un vue »8.
soubassement en pierre ; sa construction se Si rien n’indique que les auteurs des
serait achevée en 814 AD (199 H). Mêlant aux descriptions qui précèdent ont visité Sijilmâsa,
données historiques des observations qui on ne doit pas attendre de ceux qui y ont
datent de son temps (ou du temps de sa séjourné de descriptions plus détaillées. Ainsi
source), le géographe andalou indique que Ibn Battuta, qui y réside quatre mois en
Sijilmâsa « s’élève au confluent de deux attendant le départ de la caravane pour le
rivières, qui prennent naissance toutes deux Mali, se contente-t-il d’écrire que Sijilmâsa est
aux sources d’Ajlef. Non loin de Sijilmâsa, ce « une ville des plus belles » où l’on trouve
fleuve se partage en deux branches, dont l’une d’excellentes dattes9.
passe à l’est et l’autre à l’ouest de la ville ». Il
précise que la ville « est entourée de En dépit des lacunes et divergences des
nombreux faubourgs. On y trouve de hautes sources, un point commun apparaît : c’est
maisons, de grands édifices et beaucoup de bien d’une ville (madina) que l’on parle. On
jardins ». Enfin, dernière précision : « La connaît la variété des définitions que recouvre
grande mosquée […] est solide et bien le terme arabe, selon qu’il s’applique aux
construite. En revanche, les bains maures sont formes de l’urbanisme ou aux institutions
mal faits et médiocrement bâtis ». C’est à peu urbaines, et l’on sait quels défis cela pose aux
près tout. historiens comme aux archéologues10. Mais
Un siècle plus tard, al-Idrisi met lui peut-être est-ce là précisément ce qui autorise
aussi en avant la richesse de l’environnement à tenter de réconcilier, d’une part les sources
oasien. Sijilmâsa est « une grande ville très entre elles, d’autre part les sources historiques
peuplée et le lieu d’un va-et-vient de et les données de terrain, en recherchant une
voyageurs ; elle est entourée de végétation, de ville qui possède tous les caractères aperçus
jardins, son site et ses environs sont par les petites entrebâillures documentaires
magnifiques […]. Les récoltes sont ouvertes par les auteurs médiévaux. Qu’il
abondantes » et certaines années, ajoute faille donc, pour suivre cette hypothèse, que
l’auteur, « les cultures poussent sans qu’il soit Sijilmâsa ait été à la fois, au gré des points de
besoin de semer »7. Notons un certain vue, un site urbain densément bâti et un
laconisme dans la description du site : « Les espace agrémenté de cultures, voilà qui ne
constructions de Sijilmâsa sont belles, bien paraît pas forcément en contradiction avec ce
que les troubles récents en aient ruiné une que l’on peut imaginer comme un paysage
grande partie qui a été détruite et incendiée ». d’« oasis urbaine ». Mais ce que peut être
Et une dissonance avec la description d’al- concrètement une ville à la fois enclose dans
Bakri : « On n’y trouve point de bourg un rempart et étirée le long d’un fleuve, ce
fortifié, mais des châteaux (ksour), des que peut signifier sur le plan archéologique la
demeures et des cultures contiguës sur une conjugaison de la densité et de l’extension
rivière dont le débit est important et qui vient spatiale, voilà qui reste à caractériser sur le
du côté oriental du désert ». Point de situation terrain.
interfluviale ici, point non plus cette
concentration spatiale suggérée par le solide
rempart d’al-Bakri, mais au contraire un 8 J. Cuoq, 1985, Recueil des sources arabes concernant
étirement de pleins (habités) et de creux l’Afrique occidentale du VIIIe au XVIe siècle (Bilād al-
(cultivés) le long d’un unique axe fluvial. À la Sūdān), Paris, Editions du CNRS, 1985, p. 186.
9 J. Cuoq, Recueil, p. 290.
rigueur, c’est la vision d’al-Idrisi que partage 10 Voir par exemple les essais réunis dans P. Cressier,
encore Yakut au début du XIIIe siècle, qui M. García-Arenal, dir., Genèse de la ville islamique en al-
parle d’une « ville traversée par un fleuve Andalus et au Maghreb occidental, Madrid, Casa de
Velázquez – Consejo superior de investigaciones
7 Idrisi. La Première géographie de l’Occident (H. Bresc et A. científicas, 1998.
Nef éd.), Paris, GF Flammarion, 1999, p. 133-134.
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Quoi que l’on trouve en fouillant le sol, Sijilmâsa, qu’ont convergé les chercheurs en
nul doute que cela permette de qualifier quête de la cité médiévale.
matériellement le « moment urbain » de
Sijilmâsa, que l’on peut, malgré toutes nos
incertitudes, placer entre le VIIIe siècle, point
de départ donné par al-Bakri, et le début du
XVIe au plus tard. À cette date, en effet, et en
dépit de quelques témoignages postérieurs qui
signalent plutôt le rôle du Tafilalet comme
centre d’activité secondaire11, la gloire de
Sijilmâsa est déjà fanée. À en croire le
témoignage sans ambiguïté de Léon l’Africain,
la ville ancienne est alors « complètement
ruinée et […] ses habitants sont regroupés
dans des châteaux et disséminés un peu
partout dans le territoire ». Il ajoute que l’on
peut encore voir « quelques parties » de la
« haute muraille » qui entourait naguère la
cité12.
Dès lors, où chercher ? La réponse s’est
vite imposée. Car si la ville a disparu, la
mémoire des populations du Tafilalet, dans le
Maroc pré-saharien (fig. 2), n’a cessé de
réinvestir l’espace supposément occupé
naguère par la glorieuse cité, érigeant des
mausolées de saints et des cimetières au Figure 2. Sijilmâsa : localisation
pourtour des ruines apparentes comme pour
les sanctuariser, remployant au besoin les
matériaux durs ou précieux prélevés sur le site
mais se gardant d’y faire empiéter le bâti
postérieur, élaborant des récits sur les causes
de la richesse et de la ruine de la ville, bref
désignant de multiples façons les lieux
supposés de la cité médiévale. Ces lieux ont
aujourd’hui l’apparence d’un vaste terrain
mamelonné et caillouteux, ici et là hérissé de
restes de murs en pisé, étiré entre la rive
orientale de l’oued Ziz et les faubourgs de
Rissani (fig. 3). Bordé par le fleuve et par un
défluent artificiel appelé la séguia Chorfa, le
site a du reste une localisation qui n’est pas
sans évoquer les termes d’al-Bakri, même si
ceux-ci restent difficiles à interpréter. C’est là Figure 3. La zone archéologique de Sijilmâsa :
en tout cas, vers ce qui est désormais glacis caillouteux, mamelons érodés, murs en
considéré comme la « zone archéologique » de pisé (arrière-plan).
Photo : R. Mensan, 2013
11Voir par exemple L. Mezzine, « Relation d’un voyage
de Taġāzā à Siğilmāsa en 1096 H./1685 J.-C. »,
Arabica, n° 1, 43, p. 211-233.
12 Jean-Léon l’Africain, Description de l’Afrique (A
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« Sijilmasiyah and Tafilalt », The Geographical Journal, Dinars », Journal of the Economic and Social History of the
n° 2, 6, 1895, p. 189-191. Orient, n° 1-2, XXIII, 1980, p. 102-118.
14 H. Terrasse, « Note sur les ruines de Sijilmasa », Revue 20 Voir inter alia R. Messier, « Sijilmasa. Five Seasons of
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B
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A A
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C A
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BB A
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A B
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Figure 4. Plan de répartition des principaux sondages réalisés avant 2012. Le nord est en haut de
A
B
B
A
A
A
l’image. Le site s’étend entre l’ouedAZiz (à l’ouest) et la séguia Chorfa (à l’est), en bleu cyan sur l’image.
A
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A
Traits noirs : sondages pratiqués parA le Service des antiquités du Maroc. En bleu : sondages de l’équipe
américaine (avant 1996). Encadré : secteur des fouilles franco-marocaines 2012-2013. Autres figures :
A. Ksar de Rissani. B. Extension de la ville actuelle de Rissani. C. Infrastructures urbaines actuelles
(gare routière, gendarmerie, etc.). D. Cimetière musulman. E. Cimetière musulman. F. Cimetière juif.
G. Stade de football.
Image en fond de carte : photo aérienne (Agence nationale de la conservation foncière, Royaume du
Maroc). DAO : F.-X. Fauvelle 2013.
Ces diverses opérations de fouilles stratigraphie est très peu développée (de
réalisées à proximité de Rissani (fig. 4) l’ordre de 4 m en règle générale, au maximum
permettent d’avoir aujourd’hui une vision 6 mètres), ce qui est surprenant pour un site
relativement claire du potentiel archéologique urbain de cette importance (cf. par exemple
d’une large partie de (mais certes pas de toute) l’authentique tell archéologique du site
la « zone archéologique ». Les enseignements mauritanien de Koumbi Saleh, dont la
principaux, sur lesquels tout le monde peut puissance stratigraphique, sur une durée
sans doute tomber d’accord, sont les pourtant moindre, est de 8 à 12 mètres).
suivants : Certes, le matériau constructif localement
• Stratigraphie. Dans tous les sondages qui employé à Sijilmâsa, à savoir le pisé (un
ont été menés jusqu’au socle rocheux, la mortier de limon armé de graviers ou de
galets et banché entre des planches), pourrait
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urbain s’est imposé tacitement à tous les ante quem de fondation (al-Bakri) et de
chercheurs qui ont travaillé précédemment sur destruction (Léon l’Africain), ne laissait-il pas
le site, c’est en premier lieu qu’il semblait entrevoir une cité aux caractères différents de
correspondre à la vision plus ou moins ceux des paysages actuels, conjuguant tout à la
classique de la « ville islamique », telle en tout fois forte densité et large extension de
cas qu’elle se développe dans les territoires l’habitat urbain, continuité temporelle par-delà
plus centraux du monde islamique, à l’instar les épisodes de destruction, noblesse d’une
de Fustat/Le Caire ou Fès, ou telle qu’elle architecture plus « arabe » que vernaculaire ?
ressort de notre connaissance des villes À vrai dire, fallait-il vraiment tenter de
caravanières du Sahel médiéval. Le caractère réconcilier les sources et chercher à donner un
polycentrique du maillage actuel de ksour unique corps à l’urbanité de Sijilmâsa ? Si la
(villages fortifiés) dans les régions pré- Sijilmâsa des auteurs médiévaux est un corps
sahariennes du Maroc et la dynamique économique et politique qui prospère entre le
d’essaimage individuel de chaque ksar rendue VIIIe et le XVe siècle, rien n’indique en
nécessaire du fait du caractère érosif de revanche que les descriptions à notre
l’architecture en pisé auraient pourtant pu disposition nous révèlent autre chose que des
suggérer un tout autre modèle de états urbains effectivement irréconciliables
développement urbain dans le cas de parce que distincts les uns des autres. La
Sijilmâsa. Les prospections archéologiques Sijilmâsa d’al-Bakri, dans son état architectural
conduites au sujet d’autres localités midraride de forteresse berbère, n’est
médiévales dans un contexte similaire22 vraisemblablement pas la même que la
ouvrent du reste la voie à une perception Sijilmâsa d’al-Idrisi constituée d’un semis de
dynamique de déplacement de l’agglomération ksour, selon son propre terme, et dont une
(centre commerçant et politique) au sein de sa partie vient du reste, nous dit-il, d’être rasée,
palmeraie (bassin économique et vivrier), ce qui implique une reconstruction
l’une et l’autre entretenant en quelque sorte postérieure. Quant à la Sijilmâsa mérinide, où
un rapport synecdotique dès lors qu’il s’agit de séjourne Ibn Battûta, elle présente sans doute
désigner, dans les sources, la « ville ». aussi un autre faciès, qui ne nous a pas encore
Mais si la tentation est si forte de rechercher, été révélé. En somme, il est sans doute vain
dans le cas de Sijilmâsa, une ville occupant en de rechercher la Sijilmâsa d’un moment
continu tout l’espace intérieur du rempart qui urbain unique et continu d’avant la ruine
semble la délimiter et la définir pour des définitive, car Sijilmâsa n’a peut-être jamais
siècles, entraînant de ce fait un biais fait qu’essaimer et se multiplier, sous des
d’observation des séquences archéologiques formes diverses, dans un paysage au sein
observables, c’est aussi que telle était duquel le corps vivant (et peut-être lui-même
l’implication du désir initial de réconcilier les multipolaire) de la ville cohabitait avec les
sources écrites les unes avec les autres. Le cadavres de ses avatars antérieurs.
« moment urbain » de Sijilmâsa, circonscrit En rupture avec ce paradigme urbain,
dans nos sources par des événements post- et qui chez nos prédécesseurs a conduit à
proposer une reconstitution cartographique
22 Voir en particulier P. Cressier, « Du Sud au Nord du de la Sijilmâsa médiévale par empilement des
Sahara : la question de Tâmdult (Maroc) », dans Du données archéologiques de toutes périodes, et
Nord au Sud du Sahara. Cinquante ans d’archéologie à dessiner de la sorte une macro-cité faite d’un
française en Afrique de l’Ouest et au Maghreb. Bilan et assemblage étrangement hétérogène, mais
perspectives, sous la direction de A. Bazzana, H.
Bocoum, Paris, Sépia, 2004, p. 275-285 ; ainsi que les répondant à l’image idéale de la ville
observations éclairantes de P. Cressier, L. Erbati, islamique23, nous voudrions pour conclure
« Le pouvoir dans ses murs. Villes et fortifications
dans le Maroc du haut Moyen Âge », dans Le Château
et la ville. Espaces et réseaux (VIe-XIIIe siècle), sous la
direction de P. Cressier, Madrid, Collection de la 23 Par exemple D.R. Lightfoot, J.A. Miller,
Casa de Velázquez (108), 2008, p. 283-297, au sujet « Sijilmassa » ; R. Messier, « Le plan de Sijilmassa
des premières villes islamiques du Maroc. révélé par GIS », Actes des premières journées nationales
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Figure 6. Première ébauche de plan de répartition phasé des ensembles de vestiges de Sijilmâsa.
Données : littérature archéologique, datations directes, photo aérienne complétée d’observations de
surface. Image en fond de carte : photo aérienne (Agence nationale de la conservation foncière,
Royaume du Maroc). DAO : F.-X. Fauvelle 2013.
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Études et Essais du CJB, n° 20, 2014
Paris, Éditions Recherche sur les TAOUCHIKHT L., 1989, Etude ethno-archéologique
Civilisations. de la céramique du Tafilalet (Sijilmassa) : état de la
question, thèse de doctorat (non publiée),
RACHEWILTZ B. de, 1972, « Missione etno- Aix-en-Provence, université d’Aix-Marseille
archeologica nel Sahara maghrebino. I.
Rapporti preliminary: prima campagna (29
maggio - 3 luglio 1971); seconda campagna TERRASSE H., 1936, « Note sur les ruines de
(28 marzo - 7 maggio 1972) », Africa Sijilmasa », Revue africaine, p. 581-589, 8 pl.
(Rome), 27, p. 519-568
TERRASSE M., 2004, (édition CD Rom),
RAVERTY H.G., 1895, « Sijilmasiyah and « Sidjilmâsa », Encyclopaedia of Islam, Leide,
Tafilalt », The Geographical Journal, 6 (2), p. Brill, 2e édition, IX, p. 545-546.
189-191.
VANACKER Cl., 1979, Tegdaoust II. Fouille d’un
ROBERT D., ROBERT S. & DEVISSE J. (dir.), quartier artisanal, Nouakchott, Institut
1970, Tegdaoust I. Recherches sur Aoudaghost, mauritanien de recherche scientifique.
Paris, Éditions Recherche sur les
Civilisations.
ROBERT-CHALEIX D., 1989, Tegdaoust V. Une
concession médiévale à Tegdaoust, Paris, Éditions
Recherche sur les Civilisations.
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